L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Ard’Essith
MessagePosté: Sam 6 Sep 2014 00:14 
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Ard’Essith


Plus ancienne Ardis, c’est aussi la plus grande, avec près de mille cinq cents âmes y vivant. Elle est constituée d’une immense cavité, dans laquelle une véritable ville est construite, avec une architecture fine et rare sur Saldana, exploitant les beautés de la hauteur, là où dans les autres Ardis, le plafond est bien plus bas… Et c’est donc impossible. Un lac souterrain reflète dans ses eaux sombres et fraîches la majestueuse cité. La plus importante mine de Mithrill de Saldana s’étend, à l’arrière de la ville.

C’est aussi là que le chef est présent depuis le plus longtemps sans qu’il soit mis au duel. En place depuis près de vingt ans, Salaa’tin dirige son peuple avec bonté et justice. Il sait se montrer ferme, cependant.

Elle occupe une position approximativement centrale géographiquement parlant dans le désert d’Arrak.

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 Sujet du message: Re: Ard’Essith
MessagePosté: Lun 16 Fév 2015 18:00 
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Loin d’être semblable au petit port qui nous a fait partir d’Ard’Ùlan, le port d’Atmos d’Ard’Essith est particulièrement majestueux et grand. Nous y pénétrons par cette petite porte ronde, mais je me rends vite compte qu’il ne s’agit là que l’une des nombreuses entrées de l’endroit, qui s’organise en forme d’étoile autour d’une plateforme centrale de chargement et déchargement, déjà elle-même plus grande que la salle de départ de la cité tuloraine en ce monde. Collé au hublot, je regarde les esclaves décharger paquetages et barils de plusieurs atmos plus grands et robustes que le notre. Nul doute que cette ville est d’une importance évidente pour ce monde et sa gestion. J’espère y être accueilli en allié, si je veux poursuivre cette mission correctement. Si je rencontre de l’animosité ici, il sera rude de fédérer le peuple de Saldana sous une bannière commune. De mon sens de la diplomatie dépendra le futur de ma mission sur cette planète.

(Et quand est-ce qu’on tue des ennemis, dans tout ça ?)

(Voyons… Mettre fin à une guerre ne signifie pas détruire intégralement l’un des camps.)

(Mais nous en sommes capables, à deux. Nous pouvons le faire.)

Je reste un instant dubitatif sur cette assertion. J’ai beau savoir qu’elle peut s’incarner, je n’ai toujours pas eu d’aperçu des pouvoirs de Lysis. Ni de ceux qu’elle me confère en sa présence !

(Tu les verras, bientôt. Nul ne pourra se dresser contre nous.)

Un peu effrayant, en vérité. Je décide de la tempérer un peu.

(Je te rappelle que nous sommes techniquement dans les deux camps, dans cette histoire. On devra sans doute tuer, n’ais crainte. Mais… nous devons le faire intelligemment.)


(Tu as raison. Vivement que des gredins nous menacent, ceci dit.)


Son esprit belliqueux devient de plus en plus ardent à mesure que le temps passe. De taquine, elle s’est parfois faite cruelle… mais toujours dans un but de me protéger ou de me conseiller. Mais là, sa volonté de nuire gratuitement m’inquiète un peu, même si je dois avouer qu’il y a bien longtemps que le sang n’a plus sali ma lame. Je repense, mitigé, au massacre de gardes que j’ai commis sur l’ile d’entraînement des Treize. L’horreur de leur mort violente, et la satisfaction de vaincre pour la justice, pour ma justice. Ce sentiment de puissance qui m’a envahi, qui m’a enivré… Il est terrible et pourtant, je sens qu’il souhaite revenir, comme un manque en moi. Comme un besoin de tuer.

(Je ne fais que révéler tes propres désirs cachés, Cromax.)

Je ne peux m’empêcher, même si c’est vrai, de penser qu’elle est peut-être à la source de ceux-ci. Ou si pas à la source, au moins à leur entretien et à leur développement. Je décide de reléguer ça dans un coin de mon esprit, alors que Lysis enf ait de même de son côté, et je me reconcentre sur ma mission en me tournant vers Kad’n, qui manœuvre notre atterrissage de main de maître.

« Est-ce là la capitale de ces contrées ? »


Sans me jeter de regard, il poursuit sa manœuvre tout en me répondant.

« Pas vraiment, non. Chaque Ardis est totalement indépendante l’une de l’autre. Ce sont des sortes de… cités-états, si vous préférez. Ard’Essith est la plus grande de la région, et celle qui comporte le plus d’habitants, et les plus rares ressources. Son approvisionnement en eau est immense, d’où la possibilité d’avoir en son sein autant d’habitants. Mais les richesses de cette Ardis ne sont pas dues à son eau, mais bien aux veines de Mitrhill qui en parcourent les murs. »

Le mithrill, ce métal rare si prisé des nains, et portant haut l’avidité des fin forgerons elfes. Je suis curieux de voir à quoi ressemble une mine de ce métal précieux, même si ça n’est pas là le motif de ma visite ici. A chaque heure qui passe, j’en apprends de plus en plus sur ce monde. Une quantité d’informations dure à engranger, et à retenir. Mais je m’en sors jusqu’ici plutôt bien, et parviens à me faire une vraie vision de ce qu’est cette planète, même si je sais que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre.

L’atmos est maintenant paralysé sur le sol, immobilisé par de lourdes sangles de cuir par les esclaves chargés de l’amarrage. Kad’n se tourne vers nous, tout en tirant un levier qui ouvre la porte latérale de l’atmos.

« Nos chemins se séparent là pour l’instant, mais je reste à votre disponibilité. Mon Atmos est vôtre, pour le temps de votre mission ici. Je vous attendrai ici, ou au QG des pilotes. Vous le trouverez sans peine. »

ça, c’est plutôt une bonne nouvelle, pour le coup. Et c’est en le saluant qu’Estera et moi quittons ce curieux moyen de transport. Sur le quai d’amarrage, nul ne semble faire attention à nous. Quelques regards curieux des esclaves, tout au plus. Ils ne doivent pas souvent avoir vu d’elfe… Encore moins à la peau grise, et vêtus comme je le suis. J’avoue que depuis le début de mes aventures, si mon apparence physique n’a que peu changé, hormis mes quelques transformations secrètes, j’ai acquis une solide dose de charisme, ne fut-ce qu’en comptant le matériel qui me pèse à chaque instant sur les épaules.

Aussi, confiant et accompagné d’un être non moins charismatique, je m’avance vers la grande porte menant à la cité d’Ard’Essith.

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 Sujet du message: Re: Ard’Essith
MessagePosté: Ven 20 Fév 2015 20:03 
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Et la cité d’Ard’Essith s’offre à nous de la plus belle manière qui soit. Baignée de multiples puits de lumière, l’immense caverne dans laquelle elle est construite semble auréolée d’une lueur diaphane, qui se répercute comme un miroir sur le centre d’intérêt principal de l’endroit : un immense lac aux eaux sombres pourtant percées par les nombreux rayons, la rendant par instant translucide et bleutée, aux chatoiements semblables au ciel des régions nordiques les plus extrême, lorsque les jeux de lumière s’amusent avec les étoiles pour rendre à la vue un spectacle à nul autre pareil. Ici, les rais bleutés se répercutent par endroits sur les murs de roches, rendant à l’ensemble un aspect des plus irréels et enchanteurs. Pour le coup, je me surprends à béer devant ce spectacle inattendu en ce monde de sable et de vent.

A l’arrière de ce lac aux reflets féériques, un palais d’or et de sable, architecturalement semblable à ce que j’ai pu connaître dans le désert de l’Est de l’Imiftil, chez les Kel’Atamara, mais en bien plus majestueux, grand et riche. Des murs hauts, cernés de tours rondes aux toits d’or en forme de meringue, ajoutent à l’endroit une aura de mystère et de grandeur. Je ne peux m’empêcher d’exhaler un soupir admiratif, perçu par mon compagnon de route, qui me rudoie d’un coup de coude dans les côtes pour me préciser :

« Le palais des Mille et une Vies. Une cité entière sous cette forme, aux cent détours et aux mille portes. Demeure et propriété du grand Salaa’tin, maître des lieux depuis près de vingt ans. »

Vingt ans ! Une sacrée durée, en connaissant le système politique de la planète, visant clairement la loi du plus fort. Cela voulait dire que cet être a pu survivre à tous les défis proposés en vingt ans. Soit il est complètement paranoïaque, soit il doit être un duelliste hors-pairs, à l’entrainement infaillible. Mais Estera, voyant la surprise sur mon visage, réduit à néant mes hypothèses en une affirmation qui me laisse pantois.

« Salaa’tin est un homme bon et juste. Sa longévité, il la doit à sa capacité à se faire aimer de son peuple. Nul ne l’a jamais défié, et ses rares détracteurs, c’est son peuple qui les a réduits au silence. »


Réduire au silence. Dans mon langage, c’est souvent synonyme d’un meurtre crapuleux, mais dans la bouche d’Estera, je sais qu’il s’agit d’une toute autre implication : les détracteurs se sont simplement pliés aux arguments du peuple, voyant qu’ils ne les suivraient pas dans leurs critiques du pouvoir en place. Le dénommé Salaa’tin doit être une vraie grande personnalité, à n’en pas douter. Et à ce point, j’ignore si ça nous sera ou non bénéfique dans notre entreprise. Et… plus particulièrement dans mon souci d’œuvrer à la fois pour les deux camps de cette guerre.

Lors de ces présentations indirectes, nous nous déplaçons sur le pourtour du lac, près des habitations des esclaves, désertes pour la plupart. Une cité de mineurs, tel qu’elle m’a été présentée. Ils sont sûrement tout occupés à leur œuvre, charriant et ôtant à la roche les rares et précieux fragments de mithril. Quelques hères nous observent cependant, qui cuisinant, qui reprisant des frusques émaciées, qui se reposant d’un quart de travail épuisant. Nous ne nous y arrêtons guère, et poursuivons notre chemin jusqu’à l’entrée du palais, où des gardes nous accueillent d’un regard circonspect.

« Nous souhaitons rencontrer Salaa’tin, votre chef. Pouvez-vous nous conduire à lui ? »


Incrédule, le garde me renvoie un regard surpris. Il est vêtu d’amples habits de toile, et ses seules pièces d’armure apparentes sont des épaulières cuivrées et des protège-tibias de même.

« Salaa’tin tient des audiences publiques dans la grande salle du Palais. Vous l’y trouverez jusqu’au Couchant. Qui êtes-vous ? »

Question professionnelle tout à fait logique. Surtout qu’il n’a jamais dû voir de sindel de sa vie. Je souris avant de répondre.

« Je suis Cromax, et je viens de Yuimen, un monde attaché au vôtre. Moi et mon partenaire avons fait route depuis Ard’Ùlan pour rencontrer votre dirigeant en vue d’obtenir conseil et aide pour la guerre civile qui ravage votre peuple. »


Le garde semble se renfrogner, et me répond, un peu moins professionnellement :

« Les Saldis ne forment pas un peuple uni. Et la guerre dont vous parlez n’a pas atteint ces murs. Vous n’aurez que des discours de paix de la part de celui qui la maintient fermement pour chacun des siens. »


Son torse se bombe de fierté quand il évoque le discours pacificateur de Salaa’tin. Il semble avoir une aura particulièrement flatteuse parmi son peuple, ce qui confirme ce que m’a dit Estera de lui. Puisqu’il ne semble pas foncièrement contre le fait que nous pénétrions dans l’enceinte du palais, nous ne nous faisons pas prier, et poursuivons notre route jusqu’à ce qui semble être la porte de la salle principale. Une haute porte, assez massive, d’une forme étrange rappelant celle des toits de la cité. Je suis surpris de constater que l’endroit paraît, à cette heure, assez peu fréquenté, ce qui diffère pas mal des habitudes des audiences publiques des puissants de Yuimen. Eux, quand ils se mettent à écouter la populace, les citoyens se fendent de mille reproches et demandes illusoires sur leur condition. Ici, ça ne semble pas être particulièrement le cas. Aussi, nous pénétrons sans attendre par ladite porte, pour entrer dans la salle principale du palais.

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 Sujet du message: Re: Ard’Essith
MessagePosté: Lun 2 Mar 2015 00:31 
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Nous y sommes rapidement accueillis par un quatuor d’esclaves, deux hommes et deux femmes, qui nous pressent de questions pour apprendre le but de notre présence ici. Ils ont l’air de faire grand cas de la protection de leur maître, en tout cas. Ils ne laissent rien au hasard, et ne montrent aucune imprudence. Après les avoir rassurés Estera et moi, ils nous mènent finalement jusqu’à l’arrière de la salle, où entre des dizaines de voiles masquant la vue depuis l’entrée, le dirigeant de la cité nous attend. Il a sans doute entendu nos dires avec ses esclaves, et est donc aussi informé qu’eux sur les raisons de notre venue ici. Se protéger avec des voiles… Culotté, mais ça peut s’avérer efficace. Un combat dans un tel environnement, pour qui ne connait pas la position de chacun des voiles, serait suicidaire. Est-ce vraiment la seule justice et magnanimité de ce chef qui en fait un souverain incontesté ? Son intellect, si je ne m’abuse pas sur ses stratégies, semble aussi particulièrement développé. Ou du moins s’entoure-t-il des bonnes personnes.

Salaa’tin, donc, se présente à nous, assis sur de larges coussins, en tailleur. Il est vêtu d’amples habits qui feraient mentir n’importe qui sur sa carrure, qui me semble néanmoins assez fluette. Homme d’âge mur, la quarantaine bien tapée, il arbore la peau brute de son peuple, et une barbe taillée avec précision. Si ses braies sont larges, elles se resserrent en tout cas autour de ses bottes, afin qu’il n’y trébuche jamais par mégarde. Et si un épais manteau de lin couvre ses épaules en descendant bas dans son dos, ses bras sont libres de tout mouvement. Pour toute couronne, il arbore une tiare d’or au chef de plume, d’or elle aussi. Un grand sabre est posé devant lui, à la garde dorée ornée de rubis. Une arme d’apparat, qui n’en semble pas moins tranchante pour autant. De quoi asseoir son autorité, sans le moindre doute.

« Bienvenue à Ard’Essith, étrangers. Que ces sables vous apportent la paix, car c’est la paix qui habite ces lieux. »

Une introduction pour le moins… surprenante, en temps de guerre civile. Estera s’incline pour le saluer, et je l’imite. Notre hôte nous indique deux coussins où s’asseoir, et nous obtempérons. C’est un peu bas d’assise pour moi, mais une fois en tailleur comme lui, on y est plutôt bien mis. Je décide de répondre à ses dires.

« La paix, nous la désirons plus que tout. Mais c’est bien la guerre qui nous amène icI. Vous êtes certainement au courant… Ard’Essith est-elle épargnée de cette révolte qui agite votre peuple ? »


Salaa’tin incline la tête, et tourne le regard vers moi.

« J’ai connaissance de ce tourment, mais il n’a pas atteint le peuple de cet Ardis. Nous y vivons sereinement. Les tumultes de l’extérieur de nous atteignent pas. »

« Mais c’est une guerre civile ! Elle finira de toute façon par vous retomber dessus. Vous êtes la plus grande Ardis des environs. Ard’Essith est garante de richesses nombreuses et précieuses. Elle va attirer les convoitises. »

« Et nous saurons nous défendre, et laisser les belliqueux se détruire dans le désert en gardant la paix de ces lieux. »

Je souffle, déjà las de ses discours. Nous devisons ainsi de la situation pendant un bon quart d’heure, et chacun de mes arguments se fait balayer par une nouvelle rebuffade prônant l’immobilisme, la paix et la sécurité des lieux. Je finis par hausser le ton, devant tant de laissez-allez.

« Mais ne soyez pas aveugle ! Vous êtes isolé, au milieu d’une tempête qui fait rage. Il n’y a qu’un sot qui ne verrait pas le danger ! »

Notre hôte baisse la tête, silencieux. Estera me regarde d’un air accusateur. J’y ai sans doute été un peu fort mais… je le devais C’était plus fort que moi. Et je sais que désormais, l’entrevue est terminée. Salaa’tin le confirme, d’ailleurs.

« Nessah, accompagnez ces gens jusqu’à un appartement. Ils pourront y séjourner le temps qu’ils souhaitent avant de repartir pour leur quête. »

Il nous chasse, purement et simplement. Poliment, certes, mais ses mots sont clairs. Je fronce les sourcils, regard noir pointé sur celui qui, déjà, ne nous regarde plus. Une des esclaves de l’entrée s’approche, et je prends le temps de la détailler plus avant. La peau mate, les cheveux noirs lâchés sur les épaules, mais ne tombant pas dans son visage grâce à une chainette d’argent pendant sur son front, et tombant derrière ses oreilles. Son ventre est découvert, mais elle porte aux bras des bracelets d’argent qui soutiennent de longs voiles violets qui la couvrent jusqu’aux mains, où les voiles sont attachés à un anneau qu’elle porte au majeur. Une ceinture d’argent portée bas sur sa taille porte des voiles semblables qui descendent le long de ses jambes, resserrés aux chevilles par des anneaux, plus gros cette fois. Elle est pieds nus, puisque c’est là le symbole de l’esclavage en ce monde. Sa beauté est notable, et ses grands yeux marrons la subliment. Elle laisse couler sur mon compagnon et moi un regard dont aucun ne nierait la séduction. Les charmes de ce monde ont mis le temps à se dévoiler, mais… semblent bien réels.

Sans un mot, elle nous précède dans une suite de couloirs bas, et finit par nous abandonner dans des appartements dont la décoration, une fois de plus, n’est pas sans me rappeler le Palais Kel’Attamara. Chacun le nôtre… Je laisse Estera entrer dans le premier, histoire de provoquer la confrontation avec la belle esclave mais… Elle me laisse en plan devant ma porte, sans un mot, retournant à ses tâches. Je lâche un sourire amusé en la regardant partir, mon regard irrémédiablement attiré par la chute de ses reins qui balance au rythme de sa marche ô combien féminine.

(Hey ! Focus !)

Lorsqu’elle tourne le coin du couloir, je reprends mes esprits, et ouvre la porte de la salle qui est mienne.

(Ça va, ça va… Je ne peux même pas profiter du paysage ?)

(Tu aurais pu en profiter davantage en usant de tes pouvoirs…)

(Je ne les aime guère, tu le sais.)


(Tu les aurais aimés pourtant, je n’en doute à aucun instant, ses charmes exotiques.)

Je soupire en pénétrant mon antre. Un grand lit occupe la grande part de la pièce, rehaussé d’une décoration en croisillons de bois sombre. Un canapé bas et une table basse forment le reste du mobilier, ainsi qu’une commode à tiroirs, du même bois sombre.

(N’ont-ils pas de bains, ici ?)


(Je vais aller voir ça… Je reviens.)


Je sens Lysis quitter mon esprit pour vaquer à sa petite enquête. Je me laisse pour ma part tomber sur le lit, défaisant les attaches de mes jambières pour m’en séparer, me déchaussant et ôtant brassards et cotte de mitrhil. Mon baudrier portant mes armes est aussi abandonné. Je me relève pour poser le tout sur la commode, avant de m’allonger une fois de plus sur le lit. Lysis n’est pas encore de retour… Et je m’assoupis. Nonchalamment, sans doute, pour un endroit totalement inconnu… Mais ce lit est confortable. Et l’oreiller plus que bien remplumé. Ma tête s’y enfonce profondément, et je me laisse aller au confort et à l’insouciance d’un somme bien mérité.

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 Sujet du message: Re: Ard’Essith
MessagePosté: Mar 3 Mar 2015 00:13 
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Lysis n’est pas revenue lorsque dans ma profonde méditation, j’entends le déclic de la porte de ma chambre se faire. Pas de grincement, mais la certitude que la porte s’ouvre doucement. Furtif, je hasarde un regard vers celle-ci, pour ne voir, dans l’entrebâillement, que la délicieuse jeune femme à la peau mate qui m’a quitté si seul voici quelques instants. J’ignore combien de temps, exactement, en vérité. Lorsque je somnole de la sorte, les minutes deviennent des heures, ou les heures des secondes, sans distinction aucune du temps qui passe autour de moi, même si mes sens restent aux aguets. Curieux, piqué au vif par cet intéressant revirement de situation, je referme les paupières, me concentrant sur mon ouïe pour entendre ses pas légers, lents sur le parquet de la chambrée. Elle est discrète, telle une souris qui s’approche d’un piège près à se refermer sur elle sans qu’elle ne le sache. Et le traquenard que je suis n’hésitera pas une seconde à la croquer si elle s’approche trop près. L’alléchant rongeur, aux mouvements lents et calculés, ne tarde d’ailleurs pas à s’arrêter à mon côté. J’entends sa lente respiration filtrée entre ses lèvres. Elle se veut retenue, mais ne manque pas d’une certaine ferveur, d’une excitation notable. Je m’en délecte d’avance.

Elle reste immobile quelques secondes, comme pour me regarder dans mon sommeil illusoire. Puis, un fluet mouvement d’étoffe me signale qu’elle bouge la main, qu’elle la soulève pour la poser, peut-être, sur moi. J’attends de sentir la chaleur effleurer ma peau à travers le lin de ma chemise pour ouvrir les yeux prestement, et lui agripper le poignet avec vivacité, avant même qu’elle n’ait eu le temps de le poser sur mon torse. La jeunette sursaute, et laisse échapper un soupir voisé, de surprise.

« Alors, on voulait me surprendre ? »

Une expression interdite barre son visage. Prise à son propre jeu, elle ne sait que répondre. Je l’attire à moi, plaquant ma main libre dans son dos nu, pour approcher mon visage du sien. Proche, très proche. Alors que la chaleur de nos souffles se croise, je murmure :

« C’est donc à mon tour de jouer… »

Et je laisse glisser mes lèvres sur les siennes. Elle se crispe, je sens son poignet se tordre dans le mien, aussi je la libère, remontant la main dans son dos sur son épaule, et posant chastement l’autre à côté de sa cuisse. L’attirer à moi l’a à moitié allongée sur le lit, dans une position un peu scabreuse qu’elle ne quitte cependant pas. Après une hésitation notable, et notée, elle consent à rester contre moi, et me rend mon baiser. Prudemment, d’abord, avec l’hésitation d’une découverte qu’on ne veut précipiter, et puis, de l’effort enivrant d’une envie naissante, la passion détruit toute raison, emmenant toute pudeur sur son passage. Le baiser devient fougue et ferveur. Je sens la chaleur de sa bouche fondre sur moi. Je mordille la pulpe de sa lèvre, alors que ma main glisse doucement vers sa cuisse offerte, écartant les pans lâches de ses voiles purpurins. Alors que j’atteins sa hanche, la prisant avec plus de poigne, elle s’écarte de moi, le regard illuminé d’une lueur nouvelle, et met son index sur ma lippe, avant de se pencher vers mon oreille.

« Chhhht. Pas ici. Il existe des lieux où les secrets sont mieux gardés. »

Une chambre surveillée, donc ? Voilà toute la politesse et l’affirmation d’une volonté de paix du maître des lieux. En vérité, il se défie de tout, craint pour sa vie et sa sécurité. Il regagne un peu de mon estime. Il est plus intelligent qu’il ne parait au premier abord. Mais ce n’est pas le moment d’y penser : la belle m’attire hors de ma couche, et je me laisse faire, laissant mes doigts lâchement s’entrelacer aux siens. Elle rouvre ma porte, avec moins de ménagement cette fois, et entame une marche rapide et cadencée dans le couloir. Je la laisse devancer de quelques secondes, une fois de plus hypnotisé par sa démarche basculée. En voilà une qui sait user de ses reins comme il faut ! Je la rattrape cependant vite, dans de grandes enjambées de loup affamé. La plaquant dans notre course contre un mur, je lui flatte la hanche en l’embrassant, guidant sa mâchoire vers la mienne d’une main qui glisse dans ses cheveux, à l’arrière de son crâne. Cela ne dure qu’un temps, avant qu’elle se dérobe à nouveau à moi, ma laissant soupirer de désir à son égard. J’ai envie de sa chair, de la chaleur de sa peau. Mes pensées se troublent et s’extrémisent vers une seule cible, instinctive. Je la suis, avide, serrant les dents d’une envie contenue.

Nous parcourons ainsi rapidement quelques couloirs, où je me sens chat fébrile et joueur laisser filer sa proie pour mieux la rattraper. Enfin, elle bifurque dans une pièce aux nombreux voiles suspendus, comme dans la salle où Salaa’tin nous a reçu plus tôt. Une mode décorative utile, dans une salle d’audience, mais un peu plus incongrue dans une salle commune. L’ambiance est cependant agréable. Les voilent diffusent la lumière de nombreuses bougies allumées et tenues par des chandeliers en métal noir forgé, que je repère aux pieds posés sur le sol plus qu’à leurs embranchements masqués. Tout est tamisé, et assez sombre, au final. La demoiselle m’y a devancé, et en pénétrant l’endroit, je ne l’aperçois pas. La devinant joueuse, je la cherche du regard comme un prédateur de cauchemar, sans cligner des paupières ni ciller. Mais elle se révèle bien vite à moi, claquant la porte dans mon dos. J’ai à peine le temps de me retourner qu’elle se jette sur moi pour me renverser par terre… Droit sur un gros coussin plat comme plusieurs ornent l’endroit. L’ayant aperçu en entrant, je m’y laisse tomber sans résister, pour la voir s’approcher d’une démarche plus que langoureuse. Son déhanché est si prononcé qu’on dirait qu’elle va se déboiter la colonne à chaque pas qu’elle fait. Et pourtant, irrésistiblement, mon regard est attiré. J’imagine déjà la danse passionnées de nos deux corps unis, ondulant de concert dans une chaleur moite.

Un peu trop, d’ailleurs… Je ne vois pas la longue dague torsadée qu’elle sort de sous ses couches de voile, attachée à sa cuisse, sans doute, sans que je m’y sois aperçu. L’éclat de l’acier ne vient que trop tard à mon œil, croisant l’éclat de la flamme d’une bougie. Elle se rue sur moi et porte un coup auquel je ne m’attends pas. Je tente de l’esquiver en roulant sur le côté, mais le froid de sa lame vient déchirer ma chemise et glisser le long de ma peau, ouvrant une belle estafilade sur le côté de mes côtes. Une blessure peu profonde, mais qui se met néanmoins à saigner aussitôt.

(La garce !)

Je me relève tant bien que mal, lui faisant face, alors qu’elle aussi se redresse, un sourire mauvais collé sur le visage. Sur son vrai visage, cette fois : celui d’une tueuse. Je me sens désemparé : je n’ai ni armes, ni protections à part ma chemise et ma maîtrise naturelle au combat. Mais que puis-je, à mains nues, moi qui ne me suis jamais battu qu’avec des lames ? Elle semble une experte du combat rapproché, au vu de la posture qu’elle adopte, poignard inversé dans sa main, et garde haute, agressive. Elle lance deux coups dans ma direction, battant l’air alors que je fais un bond en arrière, laissant sa lame siffler sans toucher. L’expression de son visage est loin de celle de la simple esclave rencontrée plus tôt. Dents serrées, sourcils froncés, regard combattif et meurtrier, on peut dire que je suis dans une belle merde.

Et comme pour confirmer cette sombre pensée, j’entends un frottement à ma gauche, j’aperçois du coin de l’œil une ombre se mouvoir, trahie par les nombreux points de lumière. Je bondis sur le côté, évitant de me faire trancher par un nouvel ennemi inattendu, et sa lame dentelée. Un sabre, cette fois. Un dans chaque main, même. Alors que je me relève d’un bond, je le lorgne plus attentivement. Et son accoutrement ne peut que me laisser pantois, alors que deux de ses compagnons se joignent à lui, tout pareillement vêtus. De rouge et de noir, dans une armure qui semble de cuir ou de chitine, ils arborent une cape de lin noir semblable à deux ailes repliées qui pendent dans leur dos. De nombreux poignards aux lames dentelées sont accrochés à leurs jambes. Mais ce n’est là le plus surprenant de leur accoutrement : ils arborent tous trois un masque insectoïde étrange, rouge aux gros yeux de mouche, avec deux antennes dépassant de leur chef. À la fois ridicule et terriblement perturbant. Mais je n’ai le temps de me laisser distraire par l’incongruité de leur accoutrement : je fais face, seul et désarmé, contre quatre adversaires bien entraînés. Une seule chance de m’en sortir : discuter.

« Heu… bonjour ? »

Mais ils ne semblent pas de mon avis, et sans qu’aucun son ne sorte de leur masque d’insecte, ils se ruent tous trois sur moi, alors que la belle disparaît dans les voiles. Les voiles ! Voilà ma chance. Ils se sont retournés contre moi, et je dois m’en servir désormais. Usant de cette vieille technique que j’ai fini par maîtriser, je décide de prendre la même direction qu’eux, et cours droit vers le mur. Je souris d’avance, sachant pertinemment que cette technique a toujours terriblement désorienté mes ennemis. Car je cours droit vers le mur, certes, mais je ne m’y arrête guère, et au dernier moment pivote de ma course pour bondir sur ma gauche, deux pieds sur le mur, en poursuivant mes foulées vives pour atterrir sur le sol sans avoir perdu mon élan, continuant encore plus loin, derrière les voiles pendus dans la salle. Mes adversaires sont surpris, certes, mais pas aussi désorientés que je ne l’aurais espéré. L’un d’eux stoppe directement sa course pour se tourner dans la même direction que moi, alors que le second profite de son élan de course pour se repousser du mur et me poursuivre. Seul le troisième freine et perd de la vitesse, et la vision générale du combat.

(Trouver un plan, trouver un plan…)

Pour le coup, je suis à court d’idée pour me sortir de cette mauvaise passe. Et derrière moi, j’entends l’un d’eux qui me rattrape Je réfléchis trop, et perds en efficacité. D’autant que je ne sais tout bonnement pas vers où je vais.

(J’vais m’payer un mur que ça sera encore ça d’bon pour moi.)

Mais un soudain éclair de lucidité me traverse, avant la lame de mon adversaire, ce dont je lui en suis reconnaissant : avant qu’il ne se fende vers moi pour m’embrocher comme un poulet, je me saisis d’un lourd chandelier et pivote brutalement sur moi-même en espérant le toucher. Je ne fais que violemment heurter sa lame, ce qui en soit est déjà une victoire monumentale, puisqu’au lieu de me retrouver avec un trou entre deux vertèbres, je me vois muni d’une arme improvisée, et d’un adversaire désarmé, se tenant la main meurtrie. Son sabre a glissa sur le sol, derrière d’autres tissus, tout comme les bougies de mon chandelier, envoyées valser à travers la pièce en s’éteignant et recouvrant le sol de cire fondue.

Pour le coup, ce truc en métal, quoique bienvenu, est complètement impossible à manier correctement. Lourd, sans prise correcte, son seul avantage pourrait résider en la laideur des plaies qu’il peut infliger, si tant est qu’il puisse toucher des adversaires si rapides.

Sans perdre de temps, je me hasarde donc à un nouveau pivot, envoyant un coup latéral vers lui. Un peu trop optimiste, comme coup. Il l’esquive facilement, et roule sur le côté en ramassant son arme, alors que son semblable arrive comme une furie, tranchant le pan de tissu le plus proche pour se mêler à notre petite réunion privée. À deux contre un, avec cette masse impromptue pour seule arme, lente et peu maniable pour la défense, j’ai peu de chance de m’en tirer. Alors dans un sursaut de clairvoyance, je la leur balance sans considération de visée. Ça ne les blesse certes pas, mais ça a au moins le mérite de les bousculer tous deux, et de me laisser ainsi le temps de me coucher sur le sol pour rouler en dessous des voilures translucides, baignées de pénombre. Après plusieurs tours sur moi-même, sans que j’ai pris la peine de les compter, je me relève, aux aguets. Le bruit de métal du chandelier tombé sur le sol résonne encore, et les pas frénétiques de mes poursuivants à ma recherche dans ce champ de tissu m’indiquent leur position.

Sauf celle de la demoiselle, qui m’arrive par derrière sans crier gare. Aussi silencieuse qu’une panthère, elle se glisse dans mon dos et tente de me transpercer de sa dague. À l’instant où la lame me touche l’épaule, déchirant ma peau, mais épargnant par bonheur les muscles en dessous, je m’abaisse avec réussite pour minimiser sa blessure. Bien joué. Dans un grognement, je me tourne vers elle. Je suis vraiment mal barré ici : mes ennemis connaissent mieux que moi l’endroit, et j’ai beau me jouer d’eux avec des tours de passe-passe, ça ne durera guère, si je ne parviens pas à les blesser ou les faire plier.

Rageuse, Nessah veut me porter un nouveau coup, mais je la vois heureusement venir, cette fois. Prenant les devants, je bondis vers elle, en hauteur, et agrippe un rideau léger pour l’arracher à ses attaches, et lui abaisser sur la tête, l’enfermant comme un rétiaire dans son filet. Emmêlée, elle ne termine pas son geste, et se laisse emmener par l’élan de mon assaut. Je me sers de l’inertie pour la balancer à travers la pièce, où elle s’effondre en roulant dans un cri rageur, arrachant de nouveaux voiles sur son passage. Le chaos du combat commence à se faire sentir, et les quelques voilages troublés finissent par toucher la flamme destructrice des chandelles, s’embrasant tout aussitôt, et faisant grimper de quelques degrés la chaleur de la pièce, et l’échelle du danger de s’y trouver.

En plus, avec tout ce bazar, la vision se fait plus nette, ici. La fumée n’a pas encore envahi les lieux, et les flammes rendent l’éclairage bien plus ardent. Les voiles masquent moins la vue, et je me retrouve effectivement face à mes trois ennemis, si l’on excepte l’esclave prisonnière, se débattant comme une forcenée pour se libérer avant de prendre feu. Et les trois n’hésitent pas à se ruer vers moi. Connaissant désormais les points forts de la pièce, j’esquive leurs coups d’un bond leste, et saute vers un chandelier encore pourvu de ses chandelles. Un des plus grands en taille. Un des plus lourds aussi, mais du coup ça me laisse le plaisir de l’allonge.

Le trio me fait donc face, dans cette ambiance incendiaire, et je les tiens à distance en les menaçant de mes flammes. Si l’un d’eux esquisse un mouvement d’attaque, je dirige vers lui mon manche, jusqu’à ce que les flammes et la cire bouillante le fasse repenser à celui-ci. Mais d’assaut, je ne peux en donner moi-même. Je suis contraint de me battre en défensive, sachant pertinemment que désormais, ils attendent une erreur de ma part pour me molester de coups et tenter de m’ôter la vie.

(Non. Ils ne peuvent. Lysis, bon sang, où restes-tu ?!)

Comme par magie - ou en est-ce réellement, après tout – je la sens revenir à la vitesse de la lumière, et pénétrer ma tête avec empressement, jaugeant d’un éclair la situation. L’esclave s’est libérée de ses entraves, et s’approche de ses sbires humano-insectes.

(Oh, tu ne t’ennuies pas, à ce que je vois. Voilà à quoi ça te mène de ne penser qu’avec ta…)

(Cesse ces sermons et aide-moi, bon sang !)

Le trio s’organise, pendant les critiques de la première qui aurait plongé sur une occasion pareille de fondre dans le plaisir de la chair. Ils attaquent par deux, désormais, et je ne peux plus les tenir à distance qu’en parant leurs coups de ma trique d’acier, réduisant ma portée, et la distance entre eux et moi. Ils m’acculent de plus en plus, et me repoussent dans un coin qui ressemble désormais à un véritable brasier.

(Hmmm non. Montre-moi comment tu te débrouilles.)

(Lysis !)

Elle ne m’a jamais fait le coup de ne pas m’aider en combat. Depuis qu’elle peut prendre forme, elle ne m’a jamais prouvé ses capacités martiales, et semble même carrément se désintéresser de ma survie. Repoussé dans mes derniers retranchements, je ne peux plus me reposer que sur mon instinct. Mon regard rougeoie des flammes de l’endroit, mais n’est pour une fois pas empreint de colère. En solo, un de mes adversaires tente un assaut, une nouvelle fente vers moi. Je dévie sa lame en lâchant mon chandelier dessus, et l’agrippe par les antennes pour le tirer vers moi avec la force de son élan. Je me dérobe au dernier moment, l’envoyant tête la première dans les flammes derrière moi. Et là, alors que son costume ridicule s’enflamme, j’entends sa voix. Une voix d’homme humilié, vaincu, terrorisé par le feu qui commence à consumer ses chairs. Il ne sera plus pour moi un danger… mais les autres le sont toujours, et se lancent vers moi à nouveau. Je n’ai plus le choix. Aussi suicidaire que ça puisse paraître, je fonce vers eux aussi, me faufilant avec souplesse, et énormément de chance, entre leurs lames, pour plonger dans leurs jambes. Mais leurs réflexes sont bons, et l’un d’eux en profite pour m’envoyer un coup de son pommeau pointu dans les reins. Je tombe au sol, meurtri, mais trouve encore la force de m’agripper à la patte du plus proche pour lui mordre à pleine dents le mollet, dans un geste aussi rageur que désespéré. Mes dents ne transpercent bien sûr pas le cuir de ses chausses, mais cela le déséquilibre suffisamment, et perturbe son allié. Je me relève d’un bond leste, profitant de ma souplesse légendaire pour me soustraire à leurs griffes.

(Pas mal, pas mal.)

(Arrête, il est temps d’en finir !)

Je sens son consentement dans mon esprit. Une faille que Nessah perçoit en moi. Dans un élan désespéré, elle se rue sur moi, et nous roulons sur le sol, dans les coussins, alors que Lysis, majestueuse, sort de mon esprit pour prendre sa forme humanoïde. Esprit du feu et de l’ombre, elle se place, sûre d’elle et fière, devant les deux guerriers-insectes. Surpris, ils n’essaient pas moins de la blesser de leurs lames… Qu’elle ne cherche même pas à éviter. Son regard enflammé les transperce de suffisance, lorsqu’ils se rendent compte que leurs coups la frappent sans la blesser, et que la moindre plaie qu’ils pourraient causer est aussitôt soignée. Elle n’est pas de chair, mais bien de fluides… Nulle arme, si elle n’est pas enchantée, ne peut la meurtrir. Alors qu’ils se mettent à hésiter, elle se montre intransigeante, et lance un sortilège dont l’effet de destruction n’a jamais connu d’égal à mes yeux. Une vague de feu les submerge tous deux, et ils crament littéralement sur place. Ils meurent instantanément, carbonisés avec tout le reste de la pièce derrière eux. Plus de voilures, plus de coussin. Plus de bougie, ni de chandelier. Juste un tas de décombres calcinés, avec au centre, trois cadavres noircis par le feu.

L’horreur de la scène est immense, mais je n’ai le temps de m’attarder sur leur horrible sort : je suis toujours aux prises avec la donzelle, qui me chevauche alors que je suis sous elle. Pas exactement de la manière dont je me suis initialement attendu, mais tout de même. Et elle ne sait guère la position confortable et pour le moins coutumière que cela évoque chez moi. Alors qu’elle me croit à sa merci, et tente de me porter un coup fatal, je pivote sur moi-même, retournant littéralement la situation. Au-dessus d’elle, entre ses cuisses, je lui assène un coup de poing maladroit dans la mâchoire, qui me fait sans doute aussi mal qu’à elle.

(Mais merde, je vaux vraiment rien sans arme !)

Pensée lue aussitôt par Lysis, qui profite de sa forme physique pour m’envoyer un sabre dentelé épargné du brasier. Me relevant, je l’attrape à la volée, et retrouvant la force de mes doigts autour d’une lame équilibrée, je reprends irrémédiablement le dessus sur mon ennemie. Sans la laisser se relever, je glisse la pointe du sabre sous sa gorge après avoir frappé sa main du plat de mon arme pour la désarmer. D’un air soudainement sûr de moi, je m’adresse à elle d’un ton narquois.

« En d’autres circonstances, ça n’aurait pas été ta gorge, que j’aurais transpercé. Ce ne seraient pas ta vie, que j’aurais arraché, mais tes cris et gémissements. N’aurait-ce pas, alors, été une bien plus agréable mort ? »

Je jette un regard de défi à mon adversaire vaincue. Elle saura, ainsi, avant de périr, qu’on ne me piège pas sans en payer les conséquences. Qu’on ne me trahit pas sans directement le payer. Je laisse son regard se teinter de honte et de panique, mais ne lui laisse pas le temps de demander pitié pour autant : ma lame s’enfonce dans sa chair, l’égorgeant sans pitié, alors que la salle continue à brûler. Je ressors l’arme dans une gerbe de sang, et la laisse choir à mes pieds, l’abandonnant aux cendres. Il est plus que temps pour moi de quitter cet endroit, qu’elle a décrit elle-même comme étant loin de tout regard et oreille. Je passe la porte, et Lysis reprend sa forme féérique intangible, se logeant dans mon esprit. Essoufflé, pénétré de la chaleur je m’appuie sur la porte en la refermant. Et sa voix me vrille l’esprit.

(Tu pues la fumée, tes habits sont tâchés. Une chance que j’ai trouvé les bains. Ils avaient l’air déserts… Une bonne occasion pour se laver de tout soupçon.)

Je souris, appréciant l’humour grinçant de ma faera, sinistre dans une telle situation. Mais je me surprends avoir le cœur léger. Tuer ne me fait plus rien. J’arrache les vies comme on cueille une fleur. Sans remords ni considération. Et je ne m’en offusque même pas en m’en rendant compte. Suis-je un monstre ? Ou juste un guerrier franc, à l’esprit libéré de toute loi morale ou norme éthique.

Sans attendre, je prends la direction des bains, indiquée par Lysis, et me questionnant sur les motivations de cette esclaves à nuire à mes jours, elle et ses sbires insectueux.

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 Sujet du message: Re: Ard’Essith
MessagePosté: Dim 8 Mar 2015 16:18 
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    [:attention:] Jeunes lecteurs s'abstenir : RP à caractère muy caliente

J’arrive dans les thermes du Palais après avoir dévalé plusieurs volées d’escaliers sans rencontrer âme qui vive. Je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est, mais je gage qu’il doit être assez tard. La nuit, sans doute, vu le calme ambiant. Lysis me mène à travers ces couloirs inconnus creusés à même la roche sombre de la grotte d’Ard’Essith. Ce lieu de propreté est désert, tout comme les passages que je viens d’emprunter. Et c’est heureux, vu ma mine. Mes habits sont ensanglantés, je pue la fumée et la chair carbonisée… Il serait complexe de l’expliquer sans me faire instantanément accuser du petit massacre que je viens de commettre. L’endroit est constitué de plusieurs bassins, plus ou moins grands et profonds, permettant pour certains de nager, pour d’autres de se baigner paisiblement en compagnie d’amis avec qui disserter, et enfin de plus petites baignoires individuelles réservées à la toilette personnelle.

Je me dévêts totalement, le temps de choisir laquelle m’irait le mieux. Un peu de nage me ferait sans doute le plus grand bien, pour canaliser le surplus d’adrénaline du combat tout en lavant mon corps de ses souillures. Mais à peine ai-je trempé un orteil dans l’eau que je me rétracte : glacée. En journée, ces bains doivent sans doute être chauffés par un système d’étuve passant par le sol… mais là, toute machinerie est éteinte, et je ne me vois pas me tremper dans une eau si fraiche.

Je n’ai guère vraiment le temps de me poser la question qu’une lueur vive attire mon attention. Mes habits ont pris feu, et se consument sur le sol de pierre.

(Lysis ! Qu’est-ce que tu fous ?)

(Je me débarrasse de preuves gênantes t’impliquant dans l’incendie. Inutile de laisser derrière nous ce genre d’indice.)

Assez logique, finalement, même si ça signifie me promener nu comme un vers dans le dédale de couloir du palais pour retrouver ma chambre. J’espère ne croiser personne, et, le cas échéant, que ça n’est pas un outrage passible de mort sur ce territoire, que d’arborer ostensiblement ses attributs.

(Généreux, en plus. Ils pourraient attiser la convoitise des femmes, et la jalousie de leurs époux.)

Je lève les yeux au plafond, ne sachant pas quoi répondre. Un sourire en coin, je m’approche d’un bain moyen. Pas individuel, mais moins grand qu’un bassin où nager. J’y trempe le bout de mon pied… glacé également.

(Brr… hors de question que je me trempe là-dedans ! J’attendrai demain pour me laver.)

(Fais pas ta minaude, mon chaton. Tu oublies l’incandescence de mon être…)

Aussitôt, Lysis se change en la magnifique créature qui s’était déjà offerte à mes yeux. De taille classique, elle est plutôt craquante. Joli brin de fille, elle a la taille fine et les formes voluptueuses. Gracieuse, légère, au visage taquin et au regard embrasé. Des lèvres fines, à la carnation juste suffisante pour donner l’impression de réclamer un baiser. Un petit nez en trompette, et des pommettes hautes, mais à la courbe douce, comme l’arrondi de son visage. La particularité la plus flagrante qui la démarque des autres êtres vivants sur Yuimen, et rappelle à tous la dominance du feu dans les éléments la constituant est sans conteste la couleur de sa peau. Orange vif, aux nuances variables…

Ses cheveux, aussi, rassemblés en une mèche unique allant du blond clair au rouge sans en passant par toutes les nuances des flammes. Quelques mèches rebelles s’échappent souvent de la masse, encadrant son visage comme autant de flammèches. De curieuses lignes courbes parcourent son visage et l’intégralité de son corps, creusant des sillons élégants dans sa peau. Pour seuls habits, elle porte de curieux assemblages noirs mi-rigides qui lui collent à la peau, semblables à du cuir épais, et dont elle peut se débarrasser à l’envi. Dissimulant pudiquement ses atouts féminins, c’est à se demander s’ils ne sont pas juste là pour les mettre en valeur, puisque l’apparence générale qu’elle dégage est… assez peu habillée. Des pointes noires comme l’obscurité qui l’habite cernent son front comme une couronne de ténèbres.

Ainsi vêtue, elle descend, féline, dans l’eau du bassin, qui commence peu après à fumer légèrement. Elle a usé de ses fluides de feu pour chauffer l’eau. Y’a pas à dire, c’est quand même pratique de l’avoir à mes côtés. Impressionné par cette capacité que je n’avais imaginée auparavant, je me laisse porter par ce nouveau confort, et descend dans le bassin qu’elle a chauffé pour m’y installer confortablement, mi-assis mi-allongé, poussant un soupir d’aise dans cette eau chaude, sans être brulante. Il n’y a pas à dire, ça fait du bien. Et soudain, je prends conscience qu’un tel bain sur cette planète est un luxe qui doit être rare et réservé à l’élite. L’eau étant si précieuse… Je ne peux que davantage m’y prélasser et en profiter, du coup. Quelque chose me dit que ça ne risque pas d’arriver de sitôt, une fois que j’en serai sorti.

Je trempe mon visage, et puis ma tête en entier, mouillant ma longue chevelure pour la débarrasser des odeurs de fumée. Des blocs de savon brut reposent sur les côtés de la baignoire. Je m’en frictionne la peau et le cuir chevelu, avant d’y passer mes mains, pour le répartir un peu partout. Une fois encore, je m’immerge entièrement, pour rincer le tout… Et lorsque je ressors, crachant un filet d’eau et frottant mes yeux pour les épargner du savon, je vois Lysis, debout dans le bain juste devant moi. Son regard de braise est fixé sur moi avec envie. Une envie nouvelle, que je ne lui connaissais pas. Une envie de moi.

« Lysis, que… »

Mais, souple et rapide, elle ne me laisse le temps de finir. Elle s’avance vers moi, me dominant, et s’assoit à califourchon sur mon bassin. Sa main vient chercher ma nuque, et elle m’attire à elle, contre elle. Je sens sa peau chaude irradier en moi. Mon visage contre son sein. Je ne remarque qu’alors qu’elle n’a plus ces sombres et pudiques protections. Entièrement nue, elle me caresse les cheveux. Mais mes mains la saisissent aux hanches, et je la recule, prenant aussi mes distances de son corps pourtant si désirable.

« Que fais-tu ? On ne peut pas… »

Une fois encore, son regard flamboie de désir. Son charme est irrésistible. Et tellement fort que je ne peux contrôler le pouvoir de la broche organique qui perce mon poitrail : ses phéromones se répandent dans les airs, dans un parfum délicat aux conséquences hautement érotiques. L’envie monte en moi. Une envie impossible à dissimuler. Lysis le remarque, bien évidemment, et approche son visage du mien susurrant avec langueur :

« Maintenant, on peut. »

Et elle m’embrasse à pleine bouche. Ses lèvres sont brulantes, sa langue tout autant. Un nouvel axe de plaisir auquel je ne peux résister. Elle m’a envouté, ensorcelé. Je ne puis que répondre à son baiser, avec passion, frénésie. Je suis sa chose, elle fait de moi ce qu’elle veut… Et moi de mon côté je la veux elle, indéniablement. Puissamment. Mes mains cherchent avec avidité à la caresser, mais elle m’attrape les poignets et les repousse derrière ma tête, avant de se redresser pour onduler sur mon corps offert comme une flamme danserait sur une buche embrasée. Et tel ce tronçon, mon derme crépite et se consume. Nos êtres se mêlent, se mélangent. Une symbiose ô combien de fois partagée avec de si nombreuses femmes de tous horizons et de toutes races, mais jamais n’a-t-elle été si puissante, si intégralement complète. Nous sommes les deux pièces d’un même puzzle, les deux parties d’un tout brisé il y a longtemps, et aujourd’hui reformé.

Les sensations sont fortes, plus que jamais avant. Différentes aussi, car le plaisir que je ressens, mieux, que nous partageons, est complètement en marge d’une relation charnelle classique. C’est tout un monde de nouvelles sensations que je découvre, que nous découvrons mutuellement, imbriqués l’un dans l’autre tant physiquement que par l’esprit. Nous partageons le plaisir de l’autre, et le mêlons au nôtre. Une symbiose parfaite, une fusion de nos chairs…

Et alors que l’étreinte se poursuit, alors que des vagues de plaisir submergent notre esprit commun, nous fondons l’un en l’autre. Littéralement. J’ai un moment de panique, quand je vois nos peaux se fusionner, se mélanger, nos êtres se combiner pour ne former plus qu’un. Mais la peur est vite effacée, soufflée par un nouveau sentiment de plénitude complète, et de puissance inconditionnelle. Nous sommes Un. Ivre de cette sensation inédite, je me lève, et jette un regard neuf sur mon propre corps. Notre propre corps. Je suis plus grand qu’à l’accoutumée, et plus musclé aussi. Mon apparence d’elfe a laissé place à celle d’un géant de plus de deux mètres, aux bras athlétiques. Ma peau elle-même est si particulière, comme marbrée d’or chaud et d’argent, qui se lient en volutes sur toute la surface de ma carcasse. Des cuisses solides, des pieds aux orteils griffus, tout comme mes mains. Mes ongles ont laissé place, ici, à des griffes noires légèrement courbes, et pointues. Je pose ces mains qui sont miennes sur mon visage, sans en reconnaître les aspérités habituelles. Mon être dégage, à l’instar de celui de Lysis, une chaleur inhabituelle. Pas brulante, mais… chaude. Plus chaude que la norme. Comme si un feu couvait sous elle.

Je lève une main à hauteur de mon visage, comme pour essayer vainement de comprendre… Je suis perdu, atterré, mais… tellement bien en même temps. Comme si cette apparence survenue par la fusion de ma faera et de mon propre corps était ce qui m’avait toujours manqué.

Dans un souffle, dans un soupir, enfin, nos corps se séparent. Je m’écarte de Lysis, un instant. Je suis sorti du bain sans même m’en rendre compte. Je la regarde, et elle me sourit. Je lui rends ce sourire. Il n’est aucun besoin de parler, tant nous nous comprenons mutuellement. Elle s’approche de moi, et me serre contre elle. Je lui rends son étreinte… Et elle disparait, reprenant sa forme faerique pour se loger, confortablement, dans mon esprit. Comme un murmure à l’intérieur de mon crâne, je la sens me parler, répéter comme un écho lointain :

(Maintenant, on peut…)

Elle se love confortablement, comme si elle dormait, même si elle n’en est pas capable. Nu comme un vers, je glisse à travers les couloirs traversés plus tôt pour rejoindre ma chambre, mes appartements. Apparemment, vu le calme ambiant, la petite partie de meurtre incendiaire n’a pas été découverte. Tant mieux. Par chance, je ne croise personne, et une fois à destination, je m’allonge sur mon lit, pensif… L’expérience que je viens de vivre est si perturbante que je ne parviens pas à me l’ôter de la tête, même si je devrais plutôt me pencher sur ces êtres qui en ont voulu à ma vie. Impossible de me concentrer sur du concret : mon esprit divague, et repense à la puissance engendrée par cette forme sublimée. Je finis par m’assoupir, laissant mes rêves se teinter de ces sensations brutes.

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 Sujet du message: Re: Ard’Essith
MessagePosté: Dim 8 Mar 2015 23:17 
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Des coups secs donnés sur ma porte me réveillent en sursaut. J’ignore combien de temps j’ai médité ainsi, loin de la réalité de ce monde, à m’épancher sur la fusion de mon corps avec celui, tout neuf, de Lysis. Je me lève, un peu péniblement, et m’étire félinement pour décoincer mes muscles endormis. Le petit combat d’hier les ont fait un peu travailler, ça fait du bien. De nouveaux coups, accompagnés cette fois de la voix d’Estera, me pressent de me hâter à aller ouvrir.

« Cromax ! Cromax, ouvre ! »

Son ton, quelque peu alarmé, m’indique que la petite scène carbonisée de la veille a été percée à jour. Qu’en ont-ils conclu ? Allons-nous être impliqués dans l’affaire ? Qui est le commanditaire de cet attentat visant à ma vie ? La fille elle-même, peut-être, pour laver son honneur terni par quelques badines pensées. Mais les mœurs de Saldana seraient bien rudes et fermées, si c’était le cas. Autant classer tout de suite l’hypothèse dans l’impossible. Le chef de l’Ardis, peut-être, se sentant mis en danger dans son pouvoir par ma seule présence. Juste et pacificateur, mais pas bête, voilà quel avait été mon avis sur lui. Se peut-il qu’il soit assez méfiant pour faire œuvrer ses esclaves et gardes personnels, pour réduire au silence toute menace ? C’est une probabilité déjà plus forte. D’autant que nous ne nous sommes guère quittés en bons termes la veille. Mais là encore, j’ai un peu de mal à y croire. Je sais les coutumes de ce monde fort étrangères à celles de Yuimen, surtout dans la gestion de la hiérarchie, mais à ce point ? Je n’ai mentionné aucune menace envers lui, et les raisons de ma visite ont été autrement plus importants et explicités qu’une simple prise de pouvoir. Reste l’autre possibilité, celle de quelqu’un qui a eu vent de ma venue en ce monde, et des raisons de celles-ci, et qui ne veut pas me voir mettre mon nez dans ses petites affaires. Même si elle me parait la plus logique, elle est tellement floue que je trouve superflu d’y songer plus avant maintenant. On verra bien, plus tard, comment les choses se présentent.

Je hausse les épaules en terminant de m’étendre, et avance vers la porte. À mi-chemin, je me rends compte que je suis toujours aussi nu qu’hier. En voilà une manière de se présenter à mon supérieur hiérarchique de la milice. Ma plaie de la veille forme une croute de sang sur mon flanc. La blessure tire un peu, quand je tourne le buste, mais c’est supportable. J’use de mon pouvoir de métamorphose pour la dissimuler aux yeux des extérieurs. Comme le reste de mes cicatrices, d’ailleurs. J’aime à présenter un corps net et bien taillé, sans bavure ni accrocs. La broche de rose dans mon torse suffit amplement pour ajouter de l’épique mystérieux à mon apparence de guerrier. Par souci de ne pas offenser mon partenaire de mission plus que par pudeur, je retourne vers le lit pour en arracher le drap, et me le rouler autour de la taille. Ainsi vêtu, ou tout du moins couvert, je vais ouvrir la porte. L’air soucieux que l’humain placarde sur son visage confirme le ton inquiété de sa voix. Appuyé sur la porte entrouverte, la main tenant mon habit de fortune pour ne pas qu’il se dérobe, je lève un sourcil interrogateur.

« Oui ? Que se passe-t-il pour que tu t’affoles ainsi ? »

Il semble un peu tiquer par mon manque de tenue et de réserve, mais ne commente guère. Il se contente de me livrer le message qu’il est chargé de m’apporter.

« Habille-toi vite, et rejoins-moi. Salaa’tin veut nous voir en urgence. »

Je feins la surprise, sans exagérer le trait. Inutile de surjouer.

« Ah oui ? Tu sais pourquoi ? »

« Pas encore. Il nous le dira lui-même, j’imagine. Mais le sujet a l’air assez grave. »

J’opine du chef, sentencieusement.

« Bien. Donne-moi quelques minutes et j’arrive. »

Je vais pour fermer la porte, mais il interpose son pied dans l’ouverture, et la repousse. Je le laisse faire, surpris d’une telle attitude, et le laisse pénétrer les appartements qui m’ont été confiés. Une chance que mes habits enfumés soient réduits en cendre. C’aurait fait un drôle de surprise, s’il les avait retrouvé sur le sol de ma chambrée. Je lui lance un regard surpris, mais recule vers mon sac en le laissant faire.

« Pas le temps. Je ne sais pas ce qu’il a à annoncer, mais ça ne sent pas bon. J’espère que tu ne l’as pas trop vexé, hier. »

Il ferme la porte derrière lui et s’adosse contre le mur, poursuivant.

« Si c’est le cas, nous serons bannis de l’Ardis, et ça ne nous aidera en rien pour notre mission. »

Il ne semble pas s’outrer de ma nudité. Je laisse donc tomber le drap à mes pieds tout en fouillant mon sac pour en sortir des habits de rechange qui y sont soigneusement pliés. Pantalon et chemise de lin noir. Classique. Je m’en vêts devant l’instructeur, qui me regarde faire alors que je lui réponds.

« Je serais alors le seul banni. Je m’arrangerai pour, si c’est le cas. Il n’est pas si grave que nous ayons à nous séparer, pourvu que l’un de nous reste ici pour recenser les nouvelles générales de la guerre. »

Il opine doucement du chef alors que j’enfile mes habits. Mais ne semble pas pour autant satisfait.

« Nous sommes trop dans le vague, encore. Nous n’avons rien appris sur cette guerre, ici. Comme s’ils refusaient de voir la vérité. »

Et à moi de prophétiser :

« Peut-être ces nouvelles urgentes concernent-elles une évolution de ce qui se passe ici. Nous ne le saurons qu’en allant les écouter. »

J’enfile ma cotte de mitrhil, et par-dessus une tunique de laine noire bordée d’argent. Je fixe mes épaulières par-dessus, enfile mes jambières et mes brassards, serrant bien les attaches de cuir. Ceinture et baudrier contenant mes armes, je passe ma besace en bandoulière afin de la caler dans le creux de mes reins, position la plus confortable pour ne pas perdre d’aisance. Silencieux, Estera me regarde faire. Lorsque j’ai fini, je me tourne vers lui en jetant un regard par terre pour voir si je n’ai rien oublié.

« Bien, je suis prêt. Allons-y sans plus tarder. »

Il se décale, et rouvre la porte, avant de la refermer aussitôt, se tournant vers moi d’un air grave, comme s’il avait hésité jusque-là à prononcer les mots qui suivent.

« Nous devons être francs et sincères l’un envers l’autre. On ne peut faire confiance en personne, en ce monde, alors gardons au moins cette assurance entre nous. Nos buts vont dans le même sens. Ne l’oublie pas. »

S’il savait, le pauvre, tout ce que je lui ai déjà caché. Des événements de la veille à la double implication de mon cas personnel dans les deux camps de cette guerre. Non, lui et moi n’avons pas les mêmes buts. Loin de là, même. Mais il m’est utile, pour l’instant. Aussi, il est vain de m’attirer ses foudres et soupçons. J’acquiesce d’un air assuré, lui posant une main sur l’épaule comme pour conclure un pacte tacite.

« Allons-y. »

Il semble confiant, et fait volte-face pour rouvrir la porte. Je le suis dans les couloirs que nous avons emprunté la veille pour venir de la salle où Salaa’tin nous a accueilli. Aujourd’hui encore, il est assis sur un large coussin rond et assez plat, en tailleur. Mais sa mine est effroyablement marquée de rides d’inquiétudes. Il est loin du chef que nous avons rencontré la veille. Curieusement, j’ai l’impression que nous sommes seuls avec lui dans la pièce. Il attend que nous nous avancions un peu plus, et que je referme la porte derrière moi pour commencer à parler, d’une voix tremblante, m’octroyant un regard implorant.

« Vous aviez raison, et moi tort. Ô combien tort. La guerre a percé nos murs, que je croyais si épais. La confiance aveugle en la fidélité de mon peuple Cette nuit, ma fille a payé le prix de cet aveuglement. »

Sa fille. Non. Impossible. Se pourrait-il que…

(On dirait bien, ouais. On peut dire que t’as tapé dans le mille.)

Un trouble passe dans mon regard. Je le laisse s’exprimer sans chercher à le dissimuler. La nouvelle semble grave, et mon trouble peut passer pour de l’inquiétude. Il poursuit de lui-même, sans sembler y prêter attention.

« Elle a été retrouvée morte ce matin. Avant de périr, elle a tué quatre de ses agresseurs, mais leurs cadavres ont été calcinés dans un incendie. On n’a rien pu en tirer. Elle avait juste ce pendentif dans le creux de la main, comme si elle l’avait arraché à son tueur… »

Un pendentif ? Je panique un instant, avant de me rassurer en voyant ledit pendentif dans la main de Salaa’tin. Il s’agit d’une sorte de cristal renfermant le cadavre desséché d’un insecte aux ailes orange. Estera s’en empare et l’observe avec circonspection. Salaa’tin poursuit néanmoins, me regardant toujours.

« Par ma négligence, j’ai perdu un être cher. Vous avez essayé de me prévenir, et je n’ai su vous entendre. Cela ne se reproduira plus. Vous avez mon soutien total pour la gestion de cette guerre inévitable. Tous les moyens possibles seront mis à votre disposition pour que vous meniez à bien votre mission. »

Il nous récompense ? Sérieusement ? J’ai tué moi-même sa fille, qui était non pas ennemie, mais alliée à ces hommes-insectes, et le sort tourne malgré tout en notre faveur ! C’est trop beau pour être vrai. Une chance certaine nous accompagne, c’est certain. Estera commente son observation du collier.

« Cet objet ne me dit rien. Il n’y a pas de tels insectes sur Saldana. »

Il me le confie, et je le regarde un instant, avant de hausser les épaules. Je me tourne vers notre hôte, et d’une voix grave, assurée, je m’adresse à lui.

« Nous trouverons les coupables de ces crimes, et les feront payer. Soyez-en assuré. Votre aide sera la bienvenue. À commencer par un rapport détaillé de vos dernières relations avec les Ardis environnantes. Qui comptez-vous dans vos alliés, qui sont ceux susceptibles de représenter un danger et de se dresser contre vous ? »

Il baisse les yeux, semblant réfléchir, puis les relève.

« Je vous ferai un rapport écrit, oui. Mais je peux déjà vous donner le nom d’Ardis avec lesquelles mes relations sont tendues. Il y a d’abord Ard’Khorneur. Son chef, Malikhen, a toujours été belliqueux et expansionniste. S’il y a une guerre en ce monde, il y est d’office lié, d’une manière ou d’une autre. Ensuite viendrait Ard’Melior. Voilà quelques mois que nous n’avons plus aucun contact avec eux. Peut-être s’est-il passé quelque chose. Et enfin, l’Ardis d’Ard’Rath. »

Estera frémit à mon côté, à l’écoute de ce nom. Salla’tin le perçoit autant que moi.

« Vous la connaissez bien, n’est-ce pas ? C’est celle que vous dirigiez avant que la révolte n’éclate. On la dit dirigée par un être masqué que nul ne connait. Le fou, comme les rumeurs le désignent. Il est sans doute risqué de vous y aventurer sans en savoir plus sur vos ennemis. Nos ennemis. »

Voilà donc les trois prochaines étapes possibles de notre voyage sur Saldana. Et bien des mystères encore à élucider. Je tranche la conversation.

« Bien. Nous commencerons par Ard’Khorneur. Nous partirons dans la matinée, inutile de faire traîner les choses. J’attendrai votre rapport écrit sur les autres Ardis à mon retour. »

Et je romps la conversation en me défilant. Derrière moi, Estera m’imite, alors que le dirigeant de l’Ardis indique :

« Que les sables vous accompagnent. »

Une heure passe, pendant laquelle Estera et moi dissertons de nos projets futurs. Il m’apprend ainsi de notre destination, ou plutôt du dirigeant de notre destination, que c’est un guerrier émérite et invaincu, collectionnant le crâne de ceux qui ont osé prétendre le défier. Intéressant. Peut-être cela pourra nous être utile, le moment venu. Nous nous arrangeons également pour que les tâches soient bien réparties. Là où j’imaginais cependant nous séparer pour aller dans deux Ardis différentes, il préfère quant à lui que l’on reste ensemble, au cas où le besoin de l’aide de l’autre se faisait sentir. Cela ne m’arrange guère, je dois l’avouer. L’avoir collé sans arrêt aux basques m’empêchera d’œuvrer en toute liberté pour les intérêts d’Oaxaca, ici clairement à l’encontre de ceux de Tulorim, qu’il représente… Et moi aussi. Rude est la situation de l’agent double qui veut bien faire pour deux camps ennemis. J’y parviendrai, quoi qu’il arrive, mais ça sera plus dur s’il me suit comme ça partout. Au moins ai-je réussi à lui faire accepter de nous séparer là-bas, afin que nous couvrions le plus de terrain. Dépendamment de la disposition des lieux, bien sûr. Mais ça, nous ne le saurons qu’une fois sur place.

Ainsi, nous finissons par rejoindre le hangar à Atmos. Notre pilote, Kad’n Ballahr, nous attend comme prévu, prêt à embarquer.

« J’ai refait le plein de carburant, on va pouvoir y aller. »

Le carburant en question est une sorte de liquide blanchâtre produisant cette curieuse fumée blanche et épaisse sortant de l’échappement des moteurs de l’engin. J’opine du chef, et précise au navigateur notre prochaine destination.

« Nous nous rendons à Ard’Khorneur. Savez-vous où ça se trouve ? »

Il se gratte le turban, et rétorque :

« Ouais, je sais où ça se situe. Mais je n’apprécie pas de m’y rendre pour autant. Enfin, nous irons selon votre désir. Par contre, il va falloir vous accrocher : la tempête rencontrée hier a redoublé d’activité. Ça va secouer. »

Rien qu’à cette idée, j’en suis malade. Nous embarquons sans plus tarder, et je fixe bien correctement ma ceinture, cette fois. Hors de question de me cogner comme la veille, surtout si je sais que ça va secouer. Kad’n ne semble pas plus inquiet que ça de la tourmente extérieure… Je décide de lui faire confiance. Peut-être à tort… Bien vite, l’Atmos démarre, et nous nous envolons à basse vitesse pour quitter la grotte par le même défilé rocheux que la veille…

Au revoir Ard’Essith, bonjour sables du désert !

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 Sujet du message: Re: Ard’Essith
MessagePosté: Lun 25 Mai 2015 17:48 
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Les vrombissements de l’atmos résonnent dans ma chair comme le douloureux souvenir du crash au beau milieu du désert. J’ai quelques réticences à reprendre la route dans une de ces machines, que je me suis promis de ne jamais plus piloter, sauf en cas d’extrême nécessité. Je n’y ai guère songé avant que l’appareil ne soit sorti du port d’attache d’Ard’Khorneur, prenant de la vitesse dans les passes rocheuses couvertes, sous la guidance de Kad’n Ballahr, notre pilote affilié. Ce n’est pas la première fois qu’il remonte dans ces machines volantes, pour sa part, et il montre plus de fierté que de craintes envers cette nouvelle machine. Il a dédié toute sa vie à la conduite de ces boules de métal crachant de la vapeur. Il sait se remettre en selle après être tombé. Estera, ayant un passif certain sur Saldana, ne semble pas s’en émouvoir davantage, aussi gardé-je un silence pudique sur mon ressenti. Nacer, Moktar. Ces appellations m’interdisent de craindre le vol d’atmos, désormais. Le sauveur, l’élu. Je ne peux décevoir ces gens qui croient en moi. J’amènerai la paix sur ces terres… mais à ma manière. Et je crois en l’union de mes deux ordonnateurs au sein d’une idéologie commune et partagée. Car telle est réellement la mission que je me suis fixée.

Je ravale ainsi mes craintes, qui se dissolvent dans la conduite souple et assurée de Kad’n au-dessus d’un désert paisible, bien loin de celui, tempétueux, que j’ai connu voilà près de quatre semaines. Celui qui m’a forcé à piloter cet engin de mort, et à le défoncer contre les roches et sables du désert, risquant ma vie et celle de mes compagnons.

Le voyage ne dure guère longtemps, et en quelques heures à peine, occupées par l’admiration sans faille ni ennui du décor de cette planète me rappelant, parfois, le désert de l’Est de l’Imiftil, nous rejoignons la grande Ard’Essith. Ainsi, les heures passent alors que je me perds dans les souvenirs de la Famille Kel’Attamara. De la princesse et de son fils, né dans le sable et dans le sang, au creux de mes mains. C’était il y a bien longtemps. J’étais alors inexpérimenté, un peu naïf sur les forces oeuvrant en ce monde. Mais comme aujourd’hui, j’étais libre. Comme le sable qui vole, balayé par les vents. Comme le vent lui, même, qui s’infiltre partout sans qu’on puisse l’arrêter, qui se fait force et rugissement, ou caresse apaisante sur un visage nostalgique.

Le silence subit suite à l’arrêt du moteur à vapeur de l’atmos me ramène dans la réalité. Je suis de retour à Ard’Essith, et cette fois, Salaa’tin est présent à la zone de débarquement pour nous accueillir. Nous ne devrons plus attendre pour le voir, ou aller le quérir loin dans son palais. Un homme à la stature réellement imposante trône à son côté, peau d’ébène, crâne chauve et bâton de bois noueux en main, ainsi que le dirigeant d’Ard’Ùlan, ce cher ser Melchial et son éternel sourire inversé. Au moins, sa tronche correspond au moment : l’heure est grave. Je devine le géant noir comme un chef d’une autre Ardis. Chose qui m’est vite confirmée par Salaa’tin.

« Ser Cromax, je vous présente Olemahn, dirigeant de l’Ard’Melior. Il s’est rallié sous notre bannière suite à vos agissements à Ard’Khorneur. Précédemment, il préférait rester neutre et éloigné du conflit. »

Le géant chauve prit une voix ronde et profonde, paisible, pour répondre.

« Nous avons compris que ce n’est pas en fuyant la guerre que nous aurions la paix. Je le déplore, mais nous devons nous battre pour préserver notre liberté, et rétablir cette paix que l’on nous a arrachée. »

Je le salue de la tête, et Estera m’imite. Kad’n, lui, n’est pas sorti de l’atmos, préférant s’occuper de ses belles mécaniques que d’assister à un tel conseil improvisé. Je lance une œillade provocatrice à sire Melchior.

« Vous vous êtes aussi décidé à sortir de votre forteresse pour participer à l’effort de guerre ? »

La pique est salée, et je le vois pester intérieurement. Mais désormais, il doit me parler en égal : je suis également dirigeant d’Ardis, tout comme lui. Et ça me fait jubiler intérieurement de le voir ainsi contraint, lui qui n’a jamais montré la moindre sympathie à mon égard. D’une voix désengagée, il répond, sévère :

« Je ne ploie qu’à la nécessité. Sans les forces d’Ard’Ùlan, vous auriez été vaincu par vos ennemis. »

« Nos ennemis. », précisé-je, railleur. « Et nous ne serons pas trop de quatre ardis pour les défier. En a-t-on appris davantage sur ceux qui les dirigent ? Et leurs intentions ? »

Salaa’tin est le plus indiqué pour répondre. Il s’avance donc et expose les faits.

« Plusieurs ardis se sont ralliées à Salaafi, le Fou. Il aurait vaincu les dirigeants de toutes les ardis voisines à Ard’Rath, et les dirigerait donc toutes en personne. C’est une aberration de nos coutumes ancestrales. Je répugne à l’idée que les Saldiens aient cédé à ce pouvoir sombre et unitaire. »

Estera a un peu tiqué en entendant le nom de notre ennemi, et celui de l’Ardis qui fut autrefois sienne.

« Saalati est puissant, et imprévisible. Provocateur et sans pitié… mais pas fou. Il a les capacités pour mener cette guerre, et la puissance pour la gagner. Mais son ambition s’arrêtait à Ard’Rath, à l’époque. Quelqu’un tire les ficelles derrière, dans l’ombre. J’en suis maintenant persuadé. Une personne dont les troupes déguisées en insectes se fondent dans la population. »

C’est à moi d’être surpris. Estera n’a pas chômé, et a également fait sa petite enquête sur les insectes… Sans me le dire. Aurait-il des suspicions à mon égard ? Lui aurait-on ramené la rumeur selon laquelle j’ai été vu en présence de ceux-ci ? Je ne laisse rien transparaitre sur mon visage, et laisse le géant Olemahn répondre au sergent.

« Ils ont disparu des ardis alliées en même temps que les menaces de guerre ouvertes ont été confirmées. On n’en trouve plus nulle trace. »

Salaa’tin fronce les sourcils, encoléré par le douloureux souvenir que ça lui évoque.

« Ils sont responsables du meurtre de ma fille. Ils paieront ce crime de leur vie. »

Il ne sait toujours pas la vérité : sa fille elle-même l’avait trahi et avait rejoint leurs rangs. Et surtout, c’était de ma main, et non de la leur, qu’elle était morte. Information que je garde tue, enfouie dans mon cerveau. Elle ne reparaîtra plus, car nul autre que moi n’ait été témoin de ce qui s’est passé, ce soir là. Salaa’tin poursuit.

« Nos troupes sont rassemblées, et prêtes à partir. Nous quitterons Ard’Essith demain, aux premières lueurs de l’aube, pour marcher vers Ard’Rath. On dit que les troupes des ardis ennemies s’y rassemblent. Nous aurons tout le loisir de discuter de la stratégie à adopter en cours de route. Ça sera une traversée aussi rude que longue, même si l’ardis n’est pas très éloignée, au nord. La plus proche d’Ard’Essith, en vérité. Nous mettrons deux jours pour la rejoindre. »

Nous opinons tous du chef, attestant notre accord avec le plan proposé. La courte réunion est arrêtée là, et nous rejoignons chacun nos quartiers dans le palais d’Ard’Essith, surplombant toujours aussi superbement le lac caverneux qui forme la plus grande richesse de l’ardis.

Estera me retrouve aux thermes, nettoyés de tout indice de ma présence passée en compagnie de Lysis, qui se rit de me voir prendre un bain avec le sergent dans le même bassin où, voici quelques semaines, nous fusionnions nos chairs en une union charnelle torride. La discussion avec Estera est inévitable, et je l’espère aussi courte que superficielle. C’est la première fois que je l’ai seul en face de moi depuis le combat contre Malikhen.

« Nous avons bien avancé sur notre mission ici, mais elle est encore loin d’être terminée. Je sais la nécessité que tu as eu de prendre ton emprise sur Ard’Khorneur, mais il ne faut pas que nous perdions l’objectif principal de notre mission : cessez la guerre de ce monde, et comprendre qui se cache derrière. »

Je le rassure :

« Nous avons réuni plusieurs ardis et nous dirigeons vers la grande bataille contre nos ennemis, que j’espère décisive sur l’issue de ce conflit. La guerre bat son plein, et nous en précipitons le terme. N’est-ce pas ce que Tulorim attendait de nous ? »

« Les pertes seront grandes, dans un camp comme dans l’autre. Et nous n’avons pas encore gagné. Nous en savons trop peu sur nos ennemis. Et si les armées des ardis ennemies seront rudes à battre, elle le seront davantage, renforcées de tous ces hommes-insectes. Nous en savons trop peu, sur leur compte. »

« Nous n’avons plus le temps de nous en soucier. On verra bien leur implication sur place, dans la bataille. »

Je prends de l’eau dans le creux de mes mains pour m’éclabousser le visage avec. Estera ne semble pas satisfait de ma réponse.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre cela à la légère. Il s’agit de toute ma vie. De la sécurité de Tulorim et de tout Saldana. De ta vie aussi, désormais. »

Il se lève, mécontent, et s’enveloppe d’une serviette blanche en coton. Je lui réponds sur le même ton :

« Si je prenais tout ça à la légère, je ne serais pas ici, prêt à risquer ma vie sur un monde qui n’est pas le mien. Je sais l’image que je donne ici, l’espoir que les saldaniens ont placé en moi pour cette guerre. J’assumerai mon rôle public tel qu’ils s’y attendent, mais je n’oublie pas ma mission. Qu’as-tu fait, toi, pour que cela avance ? »

« Bien plus que tu ne le crois ! Pendant que tu te prélassais dans ta nouvelle place de chef, j’ai œuvré pour notre mission, figure-toi ! »

Mais il me fait une crise de jalousie, ma parole ! Il doit l’avoir mauvaise que j’ai gagné cette place alors que nous étions deux dans ce combat contre Malikhen, et n’a jamais su comment j’avais fini par le vaincre. Je le laisse partir en furie, sans lui répondre, et regagne ma chambrée après m’être un peu prélassé dans mon bain.

(Il commence à poser problème. Il se mêle de choses qui ne le regardent pas, et risque de me mettre des batons dans les roues pour la réussite de ma mission… secondaire.)

(Je pourrais le tuer. Sans peine.)

(Non ! Pas maintenant en tout cas. Ça paraîtrait suspect. Et ça n’est sans doute pas nécessaire. Il faut juste l’écarter un peu pendant que nous oeuvrerons à la résolution de tout ceci. On verra bien ça dans la bataille…)

Il est, en tout cas, pour moi l’heure de me reposer. La nuit passée, nous partirons à la guerre ! La plus grande bataille qu’il m’ait été donné de participer, sans aucun doute. J’en redoute déjà le déroulement, stressé de cette inconnue qui s’offre à moi. Je n’ai jamais rien connu d’une telle ampleur…

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 Sujet du message: Re: Ard’Essith
MessagePosté: Lun 1 Juin 2015 22:17 
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Le pilotage de l’atmos s’avère fastidieux, même si son utilisation reste assez simple dans la théorie. Je me débrouille tant bien que mal pour programmer mon itinéraire sur une sorte de carte interactive n’indiquant pas clairement les lieux, mais davantage des points de repère actionnés manuellement par des manettes y étant accolées. Ainsi, je dirige la machine vers Ard’Essith, et décolle tant bien que mal en tirant le manche vers moi, tel que me l’a enseigné Kad’n. Dans les airs, je dois ressembler à un oiseau commettant son premier vol. Je suis hasardeux, n’arrive pas à maintenir une trajectoire droite ou un équilibre de l’appareil. En arrivage proche d’Ard’Essith, je décide de me poser hors de la ville sans tenter les manœuvres complexes pour me poser dans l’aérodrome prévu à cet effet. La stabilisation verticale de ce type d’appareil n’es pas du tout de monde ressors. Je ne manque pas, d’ailleurs, d’atterrir assez brutalement sur un tas de sable. Sans me cracher, l’appareil restant droit et en un seul morceau, mais pas non plus sans en froisser la carlingue. C’est un fait : je ne suis pas fait pour piloter d’engin volant. Et c’est presque honteux, puisque ce sont les gens de mon peuple qui les ont inventés et importés sur Yuimen, sous la forme d’Aynores et Cynores. Peut-être sont-ils encore plus complexes et moins intuitifs à manier que les atmos… Je ne m’y suis jamais essayé, même s’il m’est arrivé de les emprunter plusieurs fois au cours de mes aventures.

J’entre dans Ard’Essith, sous les yeux ébahis de la population. Arborant un air sévère et détaché, je rejoins vite le Palais de Salaa’tin, où j’apprends rapidement que les trois chefs d’ardis se sont réunis en conseil en apprenant mon arrivée. Quand j’arrive face à eux, ils paraissent tous les trois réellement surpris de me voir, comme si l’annonce de ma venue n’avait été à leurs oreilles qu’une rumeur improbable. Melchial m’en annonce la raison, alors que je prends place sur un des coussins de la salle, autour de cette table basse carrée où ils sont rassemblés.

« Le Sergent Estera vous avait signalé comme mort dans la bataille. On a dû se fier à ses dires, ne parvenant pas à retrouver votre corps parmi ceux récupérés pour les funérailles. »

Ainsi, sur Saldana, le respect aux morts est grand, et on ne les laisse pas gratuitement servir de repas aux vers des sables.

Là où moi je les ai laissé brûler et crouler sous les pierres. Là où moi j’ai saccagé leurs corps.

Salaa’tin rétorque aux paroles du dirigeant d’Ard’Ùlan :

« Certains expliquaient cette absence en affirmant vous avoir vu avalé vivant par un vers des sables. Mais je n’y croyais guère, et votre arrivée me prouve ma confiance. Que s’est-il donc passé ? »

Ma mine se fait sombre, alors que j’explique l’horrible fausse vérité déformée sans honte.

« J’ai poursuivi Saalafi dans le Désert après avoir vaincu ses troupes. Il a appelé lui-même ces vers des sables, à l’aide d’un sifflet servant d’appeau. Ça a semé la confusion, mais je ne l’ai pas perdu de vue. Je l’ai rattrapé, et l’ai contraint à me parler. Après une explication avec lui, il m’a assuré que ses desseins n’étaient pas de détruire Saldana, mais qu’il n’avait pas trouvé d’autre moyen de faire passer ses idées que de les imposer en se faisant maître suprême des Ardis. Nous avons longuement conversé, et j’ai fini par lui faire comprendre que par le sang et la force, il n’obtiendrait que la mort et la haine. Il a fini par promettre de se rendre, de libérer de son oppression les ardis prises, et de renforcer dans le futur les alliances et les partages entre ardis de la région. Je le crois de bonne foi… Si jamais il ne l’est pas, il sait désormais que je suis plus fort que lui, et que la mort l’attend au tournant s’il commet les mêmes erreurs… »

Melchial semble perplexe, mais les deux autres gobent le tout de par leur optimisme certain, porté vers la rédemption, le pardon et la paix. Je poursuis néanmoins, plus sombre encore.

« Apprenant qu’Estera se trouvait à Ard’Melior, je m’y suis rendu pour lui annoncer la nouvelle… Hélas, il ne m’a pas cru, et la folie s’est emparée de lui. Il m’a accusé de trahison sans aucun argument valable. Il semblait comme possédé. Il m’a attaqué, et je n’ai qu’à peine cherché à me défendre. Il était hors de question pour moi de porter les armes contre un allié. Mais la folie était plus grande, et semblait le ronger profondément. J’ai fui la Tour, mais il a mis la ville à sang pour me retrouver. J’ai pu partir avant que sa démence ne le pousse à commettre l’irréparable : il a enflammé le Sän sous la cité. »

La réaction des trois hommes en dit long : ils savent exactement à quoi ça correspond : la destruction totale de la ville et la mort de tous ses habitants. Melchial porte une main choquée à ses lèvres, et Salaa’tin porte un regard éploré vers Olemahn, qui reste finalement le plus posé des trois. Dans son regard, une immense tristesse s’est installée. Irréparable, touchante. Je ne suis pas du genre à m’en vouloir pour mes actes meurtriers… mais là, j’ai été un monstre sans âme, de les laisser ainsi à ce sort funeste juste pour m’assurer de la réussite de mon plan. Et ce regard profondément bouleversé me touche au plus profond, alors que sa lourde voix pleine de sagesse, pincée par l’émotion, s’exprime.

« Au moins n’aurai-je pas vécu la responsabilité de sa chute. C’était folie que cette ville, par son essence même trop dangereuse. Un pari risqué dont tous ses habitants connaissaient les conséquences possibles. Ils savaient que c’était un risque. Que leurs âmes reposent en paix. »

Le silence tombe dans la pièce. Un silence de recueillement. Je m’y joins. Le moment est intense, profond, et chacun doit à cet instant explorer ses fautes les plus graves. La mienne, sans doute, est celle d’avoir laissé vivre Estera trop longtemps pour qu’il me perce à jour. De nombreux innocents en ont payé le prix… Mais c’était nécessaire.

Je suis un monstre par nécessité.

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