L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Ard’Khorneur
MessagePosté: Sam 6 Sep 2014 00:15 
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Ard’Khorneur


La plus méridionale des Ardis connues. Elle se présente sous la forme de plusieurs petites cavernes sur plusieurs étages, reliées entre elles par des tunnels naturels. Ces galeries sont les vestiges d’un ancien cours d’eau aujourd’hui totalement asséché dont il ne subsiste qu’une petite nappe phréatique, accessible via l’unique puits de la cité, dans les quartiers du dirigeant qui a par conséquent tout le contrôle sur la distribution de l’eau. Place pour le moins luxueuse et recherchée… Et les conflits pour l’avoir sont nombreux.

Le dirigeant en place, Malikhen, ne se laisse pourtant décidément pas tuer. Terrible guerrier, armé d’une épée monumentale, il tue chacun des effrontés voulant lui retirer son pouvoir… Et en accroche les crânes à sa ceinture, pour montrer à chacun sa force.

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 Sujet du message: Re: Ard’Khorneur
MessagePosté: Ven 10 Avr 2015 12:53 
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Fourbus, épuisés de ce trajet inopiné, nous arrivons finalement devant les portes d’Ard’Khorneur. De hautes portes de bois ferré, prenant toute la taille de la faille dans laquelle nous nous trouvons, comme pour la continuer en cité, au-delà. Kad’n frappe trois coups secs à la porte, qui s’ouvre aussitôt. Les habitants d’ici savent notre présence. En avançant, j’ai remarqué les meurtrières creusées à même la roche claire des murs, même si aucun regard n’est visible, de l’extérieur. J’ai eu la sensation d’être épié, observé. Sur mes gardes, j’ai parcouru les derniers mètres, m’attendant presque à me faire assaillir de flèches ou de dards, dans une embuscade subite. Mais rien n’est arrivé, et nous pénétrons maintenant dans cette nouvelle ardis inconnue. Derrière la porte, l’homme qui a actionné le mécanisme de son ouverture. Un être assez frêle, plutôt grand, aux longs cheveux noirs lâchés encadrant un visage plus pâle que celui de ces congénères. En voilà un qui ne doit pas souvent voir le soleil… Il nous accueille avec emphase.

« Oh, bonjour, et bienvenue dans LE Ard’Khorneur !»

Je lève un sourcil, surpris de tant d’exagération verbale. Kad’n paraît aussi décontenancé qu’Estera et moi, pour le coup. Je décide de répondre à cet étrange accueil.

« Bonjour, nous venons voir le dirigeant de cette ardis. Est-il joignable ? »

D’après ce que j’ai appris de lui, il n’est pas homme à se faire si aisément contacter. Une grimace exagérée se plaque sur le visage du portier.

« Heuaaaa non, j’crois pas non. Mais moi, Ben’Zhaïe, je vais peut-être pouvoir vous aider. Tenez, r’gardez ça. »

Il introduit sans aucune délicatesse une sorte de brique de métal à engrenages dans un boitier prévu à cet effet, et les cliquetis mécaniques se font entendre, crachant un peu de vapeur, signifiant que le processus fonctionne. Une porte s’ouvre dans un mur, dissimulée. Je remarque d’ailleurs que dans la pièce qui nous accueille, aucune porte n’est visible. Toutes, si tant est qu’il y en a plusieurs, sont fondues dans les murs, creusées à même la roche. Etre étrange que ce Ben’Zhaïe, mais au moins nous a-t-il ouvert un passage vers sa ville.

« Bien… Merci. »

Ne voyant pas trop quoi ajouter à cet olibrius aux mimiques exagérées, je prends le pas vers l’ouverture, accompagné de mes deux compères. Nous débouchons dans un tunnel naturel éclairé de torches. La pente descendante est douce, et je m’y engage avec assurance. Notre trio finit par débarquer dans une caverne bien plus petite que celle, immense, d’Ard’Essith. Elle est percée de nombreuses entrées semblant mener à des tunnels comme nous venons d’en rencontrer. Quelques habitations de fortune décorent la salle, qui semble être d’une rare pauvreté, encore inconnue de moi ici, malgré le statut presque permanent d’esclave chez les habitants de ce monde. Kad’n m’explique ce fait, voyant mon visage déconfit.

« Ard’Khorneur est peut-être la pire des Ardis, pour les esclaves. Malikhen, son dirigeant, est sans pitié et intransigeant. Il contrôle à lui seul les provisions d’eau de la ville, et n’en confère à ses habitants que s’ils le servent bien. Une gestion autoritaire et brutale, qui ne lui vaut pas que des amis… Mais ceux qui se dressent contre lui ne vivent pas longtemps, ici. »

Un personnage tout à fait charmant, en somme. Il me tarde de le rencontrer. Dire que la dernière fois que j’ai croisé un village où les esclaves étaient mal traités, j’ai non seulement libéré tous les esclaves, mais j’ai aussi massacré sans scrupules tous les gardes vivant ce village, sans faire l’exception d’aucun, même les désarmés, même ceux qui daignaient se rendre en prenant peur face à mon ire. J’espère ne pas avoir à agir de la sorte ici. Je l’espère réellement… Même si la vision de ces hères désargentés vivant dans une crasse immonde me crispe déjà. Kad’n se rapproche d’un couple d’esclave aux joues creusées, qui nous regardent passer, le regard vide. Il leur demande s’ils peuvent nous indiquer la résidence de Malikhen. Ils pointent un tunnel du doigt, comme si arracher ne fut-ce qu’un mot les vidait de toutes leurs forces.

Nous empruntons donc ce passage, qui descend une nouvelle fois plus profond dans les dédales de grottes d’Ard’Khorneur. Nous passons ainsi deux autres cavernes en enfilade avant de nous faire diriger vers un autre passage, ascendant cette fois. C’est dans ce passage que je vois, au loin, un petit groupe d’une dizaine d’individus vêtus comme le furent les hommes que j’ai tué à Ard’Essith : des armures de cuir rouge et noir, et des masques assortis, mais pourvus d’antennes et de gros globes noirs en guise d’yeux. Les hommes insectes. Les mêmes qui ont tenté de mettre fin à mes jours dans le palais de Salaa’tin. Ils se dirigent vers un boyau secondaire où nous n’allons apparemment pas, mais je ne peux les laisser filer. Je presse le pas en leur direction, sous l’exclamation surprise d’Estera :

« Cromax, que ? Où vas-tu ? »

Il se met à me suivre, et Kad’n l’imite, non sans une mimique impatiente et des yeux levés au ciel. Pressé, le regard fixé sur ce groupe qui m’échappe sans m’avoir remarqué, je bouscule un porteur de jarre, qui lâche le récipient sur le sol en criant sa détresse. Dans un bris de céramique, il se brise derrière moi, alors que se forme un attroupement qui coupe la route de mes compagnons. Pressé, je ne prends guère le temps de m’arrêter pour les attendre. Je dois percer ces êtres à jour.

(Fonce, ils sont proches !)

Derrière, j’entends Estera tenter vainement d’écarter la foule en cohue regroupée autour de l’incident. Il m’a perdu de vue. Kad’n doit mettre moins de fougue à tenter de me suivre. Il a l’air plutôt indépendant. Je bifurque en trottant dans ce couloir secondaire, et aperçois mes cibles, au loin, bifurquer encore à une autre intersection. Le couloir que je parcours est désert, et le suivant, où je les suis, l’est encore davantage, à peine éclairé. Main sur les gardes de mes armes, je m’avance dans une grotte plutôt sombre, à peine plus large que le couloir d’où je viens. Mais je ne les vois plus. Il y a bien un couloir, à quelques dizaines de mètres, qui s’en va plus profond encore, mais ils n’y sont pas. Ça pue le traquenard.

Et ça se confirme bien vite : je me suis fait avoir comme un bleu. Une torche s’allume derrière moi, et je dégaine instantanément mes deux armes, ma métamorphe ayant pris la forme d’un cimeterre tout à fait de rigueur, en ces lieux clos. Plusieurs torches s’allument, partout autour, alors que je tourne sur moi-même pour faire face à chacun, et à aucun en même temps. Une dizaine à peine… Je peux les vaincre sans souci, s’ils sont doué d’une maîtrise du combat semblable à ceux que j’ai vaincu à Ard’Essith. Je décide de la jouer à la confiance, et à l’intimidation. Avant que l’un d’eux ait eu le temps de prendre la parole, je m’exclame :

« N’espérez pas me vaincre ici, avec un si piètre nombre. Rangez vos armes, et vous vivrez. »

Je ne reçois en réponse que le silence. Nul ne semble vouloir me parler, ni m’attaquer, ce qui en fait est un consensus qui ne peut que m’arranger. Je poursuis.

« Faites venir votre chef, j’ai à lui parler. Vous savez qui je suis. Vous savez donc aussi que les vôtres ont échoué. »

D’un mouvement preste, je sors d’une poche le collier d’ambre à l’insecte prisonnier et leur tend, tournant toujours sur moi-même. Aucune réaction, si ce n’est le rire étouffé de l’un d’entre eux, vers lequel je me tourne.

(Le chef ? Il est vêtu tout pareillement que les autres, comment se reconnaissent-ils ?)

(Il a peut-être de plus grandes antennes.)

Mon regard dévie vers le haut de son casque étrange… Il s’agit bien entendu d’une blague de Lysis, que je ne cautionne absolument pas. Ça laisse le temps à mon nouvel interlocuteur de prendre la parole.

« Nous savons qui tu es, mais les nôtres n’échouent jamais. »

Il ne se laisse pas décontenancer, fier et sûr de lui. Je rétorque, sec :

« Trois sont pourtant morts sous mes coups. Et l’assassine à leur solde aussi, alors que j’étais désarmé. Vous voulez vraiment tester le combat contre moi ?! »

Il rengaine son sabre fin, imité des neuf autres, et avance d’un pas.

« Ce n’est pas ce que nous voulons, non. Ceux-là sont morts parce qu’ils devaient mourir. Mais tu ne verras pas notre chef, il ne se déplacera pas juste pour toi. Il te faudra aller jusqu’à lui. Et tu n’y parviendras pas sans une armée. Et tu n’auras pas d’armée sans être à la tête d’une Ardis. »

Je fronce les sourcils. Que signifie cette assurance, ces mots choisis avec, je le sens, une réflexion poussée ?

« Chef d’une Ardis, hein ? Pourquoi voudriez-vous me voir chef d’une ardis ? Celui de celle-ci vous semble trop incorruptible pour mener votre petite guerre ? »

L’homme-insecte secoue la tête de gauche à droite.

« Tu n’y es pas, Cromax. Malikhen est d’ores et déjà de notre côté. Comme nombre d’autres. Bientôt, vous serez seuls à vous battre contre ce monde. Ard’Essith tombera, et notre maître règnera sur l’ensemble de Saldana. Te savoir à la tête d’une armée vaincue ne fera que rendre sa victoire plus agréable, et votre défaite plus amère. »

Quelle prétention ! Je réponds sans réfléchir :

« Il n’est pire combattant que celui qui se croit invincible. Je marcherai contre votre maître, et je déferai ses armées ! »

D’un calme impassible, mon vis-à-vis masqué me répond :


« Nous verrons. Nous verrons. »

Et il se défile, emmenant les siens à sa suite. Je les laisse filer, et ne rengaine mes lames qu’après leur départ. En vérité, mes allégeances multiples me conduiront sur des voies bien plus complexes que celles que nous avons envisagées ici. Mais je me dois de suivre le plan tel que je suis sensé le suivre, du moins pour l’instant. Je faisais peu de cas de la vie de Malikhen, depuis mon arrivée ici. Je savais que nous finirions par nous retrouver en rivalité, mais j’ignorais que je serais celui qui provoquerait le duel. Pourtant, je le dois. Je le sais. Estera, lui, ne doit pas savoir. En voilà un autre que je devrai duper. Mon supérieur direct, un compagnon sincère et affable. Je m’en renfrogne d’avance.

D’ailleurs, j’entends sa voix, au loin, m’appeler. Il est temps pour moi de le rejoindre. Je sors de la grotte par le chemin que j’ai emprunté, et le rejoins près de l’artère plus importante où je l’ai abandonné.

« Je suis ici, je suis ici, pas d’inquiétude. »

« Mais où étais-tu donc ? Pourquoi avoir ainsi si subitement changé de direction ? »

« Oh… rien. Je croyais avoir vu quelqu’un que je connaissais. Visiblement, j’ai fait erreur. »

Je lui lance un sourire qui se veut convainquant… Mais il ne me semble pas convaincu. Il ne partage pas ses doutes et… je lui en sais gré. Je n’ai nulle envie de me justifier maintenant, ni d’improviser un mensonge pour le moment. A la dérobade, je lui lance :

« Bon, allons retrouver Kad’n. Malikhen nous attend toujours, je crois. »

Et j’embraye le chemin, suivi par le sergent Estera.

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 Sujet du message: Re: Ard’Khorneur
MessagePosté: Dim 26 Avr 2015 16:27 
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Kad’n nous a précédé au-devant des quartiers de Malikhen, tels qu’ils nous ont été indiqués. Et il nous attend là, à ce qui semble être un poste de ravitaillement d’eau pour la ville. L’endroit est hautement gardé, par plusieurs soldats armés de cimeterres et de boucliers ronds en cuivre clouté. Une dizaine, au total. Leur armure, légère, est de tissus et de petites plaques de métal recouvrant épaules, genoux ou gorge, pour les plus équipés. Notre navigateur semble en discussion avec l’un d’eux, la vingtaine, au crâne rasé et cerné d’un bandeau retenant à l’arrière de sa tête une longue natte tressée. Torse nu, il semble tenir tête à Kad’n, et lorsque celui-ci s’apperçoit de notre arrivée, il rompt la conversation et s’en vient à notre rencontre. Le pilote de l’Atmos nous indique brièvement le compte rendu de son enquête personnelle. Il se fait un guide surprenant et efficace, n’hésitant pas à nous aider en prenant de bonnes initiatives. Je commence à m’y attacher, à ce jeune enturbanné.

« Là se trouve la porte menant aux quartiers de Malikhen. Nul n’a le droit de passer, pas même les gardes. »

Il indique une lourde porte de bronze encastrée dans la pierre taillée à même le roc de la grotte. Et il poursuit, alors que je détaille l’entrée colossale.

« Ils sont là surtout pour garder la fontaine. Lorsqu’elle coule, les habitants se ruent dessus et ça peut créer des émeutes. Ils préservent l’ordre. »

Il montre du doigt le point d’eau, sec… Une fontaine que le dirigeant de l’ardis active, apparemment, à son bon vouloir. D’où la misère sévissant en ville. Les esclaves, et même les citoyens libres, doivent tout donner de leur possession pour s’octroyer une outre de ce précieux liquide. Une raison de plus pour détester Malikhen et sa direction de la ville. Je commente tout haut mon ressenti.

« Ce dirigeant est un monstre. Comment peut-on laisser ainsi souffrir son peuple sans s’attirer sa haine ? »

C’est Estera qui répond, cette fois. Sans doute mû par sa propre expérience de dirigeant d’Ardis.

« Il appuie ainsi son pouvoir sur ses citoyens. Il montre qu’il est puissant. Les gens d’ici sont faibles, à cause de ce manque d’eau, aucun n’est à-même de trouver les forces pour le défier, quand ils n’en ont déjà pas assez pour survivre. »

Que ce soit logique et réfléchi, je n’en doute pas. Mais c’est quand même complètement inhumain. Je fronce les sourcils, sévère.

« La dictature, même si elle parait fondée d’un point de vue logique, reste une chose à bannir. Nous devons empêcher cela. »

Estera s’insurge :

« Ce n’est pas notre mission ! Il ne nous faut pas nous détourner de nos buts. Ne nous attirons pas plus d’ennemis que nous en avons déjà. »

Kad’n poursuit l’argumentaire, plus posé, comme à son habitude.

« En plus, les gardes ne nous laisseront pas passer. Ils veillent aussi sur l’entrée, malgré tout. »

Je les regarde tour à tour. Ma réponse est sans appel.

« Libérer un peuple de l’oppression ne nous attirera aucun ennemi. Aucun vivant, en tout cas. Quant aux gardes, Kad’n, tu dis toi-même qu’ils sont surchargés lorsque la fontaine coule… Nous n’avons qu’à attendre que ce soit le cas, et passer derrière lorsqu’ils seront submergés par la foule. »

Kad’n opine doucement du chef, sous son bandeau bleu nuit. Mon plan est simple et logique.

« Je resterai ici pour couvrir vos arrières, et m’assurer que nul ne vous suivra dans l’antre de Malikhen. Une fois ces portes passées, nul n’est plus sensé vous suivre. »

Estera semble, lui, moins convaincu par mon plan. Je le sens tendu et nerveux.

« Et que comptes-tu faire ? Le tuer ? Il est connu pour être un monstre de combat, invaincu malgré les nombreuses tentatives de mettre fin à ses jours. On dit qu’il gagne en puissance à chaque cadavre qu’il dépèce. »

Un sourire mauvais se plaque sur mon visage.

« C’est ce qu’on dit de moi aussi. Et puis nous serons deux, sauf si tu préfères m’abandonner maintenant et rester derrière. Fais ton choix, Estera. Mais rien ne m’empêchera d’aller le défier. »

Il serre les poings, et me répond une nouvelle fois avec énervement.

« Je pourrais te l’interdire. Je suis ton supérieur hiérarchique, instructeur Cromax. »

Une ombre passe dans mon regard, et je reste un instant silencieux. Mon supérieur hiérarchique ? Vraiment ? Me connait-il donc si peu ? Nul ne peut se gausser de décider de mes actes, ou de les interdire. Voilà pourquoi j’ai rejoint Oaxaca, faisant le serment de servir sa cause pourvu que je reste libre de mes actions. Et voilà qu’un simple sergent de milice voudrait s’y opposer ?

« Alors c’est en qualité de citoyen libre que j’agirai, non sous le couvert de notre mission. Les grades et les ordres… Crois-tu vraiment que ça puisse m’atteindre ? Me connais-tu donc si peu ? »

Un sourire fataliste se plaque sur son visage.

« J’aurai essayé. Je t’accompagnerai, puisque tu ne veux pas entendre raison. Avoir les couilles de prendre des initiatives risquées, pour défendre les idéaux de ta milice, c’est aussi ça qui différencie un bon gradé d’un piètre bleu. Et c’est bien dans la première catégorie que je te vois. »

Je lève un sourcil, non sans être submergé d’un sentiment de fierté face à un tel compliment, une telle marque de confiance. Je donne à Estera une tape sur l’épaule, signifiant ma confiance à son égard, et la fierté retirée de ses mots.

Nous nous installons donc un peu en retrait, afin d’attendre le moment où l’eau jaillira de la fontaine. Le socle de pierre sur laquelle elle coule étant totalement sec, ça ne devrait plus tarder. Nous attendons quand même plusieurs heures, durant lesquelles Estera, Kad’n et moi partageons des temps de garde et de repos. C’est durant le tour de Kad’n que le mouvement se fait plus ample, et que le peuple s’agglutine petit à petit autour de la fontaine toujours sèche. Il nous réveille prestement, et nous commençons à nous rapprocher du troupeau. Il semblerait que ce soit la soif ardente qui ait poussé tous ces gens à se regrouper-là plutôt qu’un horaire défini. Je me tourne vers Kad’n pour lui demander :

« Si la révolte procure l’eau, pourquoi ne se révoltent-ils pas plus ? »

La réponse m’est lancée avec un haussement d’épaule.

« Parce que la révolte ici amène tant de coups d’épée que d’eau. Le peuple sait qu’il ne doit pas abuser de ses demandes, s’il ne veut pas ne plus recevoir que du sang pour s’abreuver. »

Un monstre. Un vrai monstre, mais pas dénué d’intelligence. Je n’ai guère l’occasion de pousser plus loin mon enquête. Une rumeur monte de la foule, très vite suivie des cris de détresse des gardes se regroupant en un ceinturon protecteur autour de la fontaine pour retenir le flux de la populace. Ou en tout cas la canaliser un brin. Certains esclaves, rapidement, en viennent aux mains. Oui, ici le sang coule davantage que l’eau, sans en douter. Les gardes, apparemment, veillent à ce que les citoyens libres arrivent en premier pour récolter le coulis aquatique sortant de la fontaine tant convoitée. Tous sont pris d’une furie sans nom : gardes, hommes libres et esclaves. Il est vraiment difficile de décrire la ferveur quasiment religieuse, la frénésie fanatique qui emporte les esprits et les enivre de rage et de désir. L’eau, substance vitale trop rare ici pour être prise à la légère. Plus chère que l’or, les pierres précieuses ou même la vie. La diversion est plus forte encore que je ne l’aurais cru, et Estera et moi n’avons aucun mal à nous faufiler jusqu’à la porte de bronze. Seul un garde se tourne vers nous, le jeune qui conversait avec Kad’n. Par chance, notre pilote le remarque également, et attire une fois de plus son attention en le questionnant vivement sur les événements en cours. Le jeune garde le rabroue vivement, mais au moins n’a-t-il plus son attention sur nous.

La porte est lourde, mais pas fermée à clé. Nous la poussons à deux avant de nous faufiler dans un couloir sombre, la refermant derrière nous. Des marches ascendantes, en colimaçons, taillées par l’homme dans la roche, et non par les eaux anciennes, comme le reste des grottes de l’ardis, montent dans l’obscurité. Nous les empruntons, non sans qu’Estera ne s’exclame dans un murmure :

« Mais… C’est un tombeau ! »

Effectivement, un examen plus approfondi des escaliers me révèle la présence de nombreux ossements disséminés çà et là. Parfois en des tas grossiers comportant plusieurs ossements d’origines différentes, parfois en squelettes presque entiers qui semblent être tombés là tels quels. Peu rassurés, nous gravissons les marches. Si le maître de cette crypte gagne réellement en puissance à chaque mort qu’il cause, alors il doit être sacrément puissant. Mais peu convaincu par cette rumeur, je ne me laisse pas impressionner outre mesure. Nul être n’est éternel. Il ne fera pas exception à l’adage.

Après plusieurs dizaines de marches, une faible lueur rougeâtre transparait en haut de notre progression, se faisant de plus en plus présente. Nous arrivons. Et déjà, alors qu’aucun mot n’a été prononcé, nos armes sont hors de nos fourreaux.

L’ambiance est pesante. Le danger omniprésent. Malikhen est proche.

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 Sujet du message: Re: Ard’Khorneur
MessagePosté: Sam 16 Mai 2015 16:25 
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Avant même que nous n’arrivions au sommet de cet escalier, un rugissement subit se fait entendre dans la pièce que nous rejoignons, me faisant sursauter par sa bestialité malgré la voix humaine qui le pousse. Le maître de cet ardis m’a été décrit comme un véritable monstre, tant par son physique que par son mental, ou sa capacité à tuer quiconque se présente à lui. Et la preuve de ce dernier trait est faite avant même que nous ayons à nous en poser la question : un corps propulsé avec force traverse mon champs de vision pour percuter le mur droit des escaliers, avant de retomber lourdement sur les marches, nuque brisée. Une femme, à la peau sombre et aux cheveux de jais, presque nue sinon quelques haillons décorés de bijoux d’argent. Des bijoux d’esclave, des chaines… Son corps dévale jusqu’à notre hauteur et s’immobilise sur le dos. Ses membres sont comme disloqués par la chute, et du sang coule de l’arrière de sa nuque. Elle garde sur le visage une expression de douleur, de peur. Je jette un regard craintif vers Estera, qui n’a pas l’air bien plus rassuré que moi. Celui que nous allons voir vient de tuer, devant nous, avant même que nous ne l’ayons vu. Je donne une claque sur l’épaule du milicien qui m’accompagne, pour lui signaler notre alliance indéfectible dans ce combat. A deux, nous vaincrons. Cette femme n’était qu’une esclave, elle ne pouvait pas lutter contre lui… Si tant est que c’eut été son but.

Je continue à grimper les marches, contournant le corps fraichement mort sans trébucher dessus. Je presse le pas, presque malgré moi. L’attente de cette bataille est insoutenable. Et le voir arracher ainsi la vie, une vie sans doute innocente que j’aurais pu sauver si j’étais arrivé plus tôt ne fait que renforcer cet empressement.

Enfin, j’arrive au sommet. Et c’est de dos que, pour la première fois, j’aperçois Malikhen. Une peau noire comme l’ébène, un crâne chauve, des protections de bras, d’épaules et de jambe noires et cuivrées, massives et garnies de piques dangereuses. Un attirail bien lourd, qui ne le couvre même pas totalement, puisque la peau de son dos, dévoilant une puissante musculature, est à nu. De curieuses marques, rougeoyant comme des braises chaudes, forment des symboles sur sa peau. Il domine de toute sa taille une seconde femme, bien vivante celle-ci. Sans doute l’a-t-il frappée, puisqu’elle se tient la joue, effondrée sur le sol comme après une chute. Ses yeux bleus, malgré sa peau sombre et métissée, regardent subitement vers moi, avec une panique certaine dans le regard. Ça n’échappe pas à son maître, qui se retourne brusquement vers nous alors qu’Estera arrive à mon côté, essoufflé par la montée rapide de ces derniers escaliers.

Le regard de Malikhen a de quoi glacer les sangs. Entièrement rouge, luisant lui aussi comme si des flammes l’habitaient, il nous fixe avec rage, plus encoléré que surpris de vois des inconnus pénétrer ainsi son antre. Il est affublé d’une courte barbe blanche, dont la longue moustache tressée lui pend sur le torse. Une ceinture de crânes lui tombe en travers de la taille, où j’aperçois même une main tranchée. Mais là n’est pas le plus impressionnant, chez lui. Car à son côté, pendue à un solide baudrier de cuir clouté une épée magistrale pend. Sa lame est aussi large que deux paumes, et aussi longue que ses jambes. Et malgré sa taille disproportionnée, elle semble tranchante à souhait. Il la dégaine aussitôt en nous apercevant, et s’appuie dessus comme sur une canne, nous toisant avec hargne.

« Comment osez-vous, étrangers, vous présenter à moi les armes dégainées ? »

Dans mes mains, ma lame métamorphe et ma rapière sont tenues serrées. Tout comme Estera et son épée. Je trouve curieux, vu sa réputation, qu’il s’en étonne. Surtout vu la mort qu’il vient de causer devant nos yeux. Je réponds, à la volée, avec une assurance dont je ne me doutais pas :

« Nous n’espérions pas une entrevue paisible avec toi, Malikhen. Ton règne de terreur va s’achever ici, aujourd’hui, et les Hommes-Insectes ne seront guère là pour te protéger. »

Sa face burinée est sévère, mais dans sa voix profonde et grave, rocailleuse, je perçois une note d’amusement moqueur. Et un aplomb démesuré.

« Ils n’auront guère besoin de le faire. Pour vous, mon règne s’achèvera. Votre sang viendra augmenter ma puissance, et vos crânes décoreront ma ceinture. Je vous attendais, vermines de Yuimen. On m’a parlé de toi, Cromax, comme d’un grand guerrier. J’espérais tomber face à un être digne de se battre contre moi, mais je ne vois qu’un couard et un faible. Tu mourras comme ton ami, car tel est votre destin scellé. »

Derrière lui, je perçois la silhouette de la jeune esclave se faufiler derrière un meuble massif pour se protéger. Tremblante, affaiblie, elle sait qu’elle ne doit pas rester au milieu du chemin car bientôt, le fracas des armes retentira au sommet de cette tour creusée à même la roche, dans cette grande pièce circulaire éclairée de rouge. Mon regard noir glisse vers celui, de feu, de Malikhen.

« Il est parfois sage d’écouter ce que les gens disent. Prépare-toi à mourir. »

Et franc, j’avance vers lui, armes en avant. Ma métamorphe prend la forme d’une lance robuste à la pointe acérée. Je dois avoir l’avantage de la distance, vu qu’il a sans aucun doute celui de la force. A mon côté, et malgré sa nervosité claire, Estera a l’air fier dans son armure dorée, brandissant son épée, et se protégeant de son bouclier. Ses cheveux blonds tombent sur le côté de son visage. C’est la première fois que je vais combattre avec lui. C’est d’ailleurs rare que je combatte en duo, ou en groupe. Solitaire, rares sont ceux qui ont réellement combattu de concert avec moi. Daïo fut l’un des seuls, en vérité. Sur Yuimen comme aux Enfers.

Malikhen, lui, reste immobile, fier et sûr de lui. Il nous regarde approcher prudemment, et je décide de porter le premier coup, m’élançant subitement en me fendant, tendant le bras pour le percer de la pointe de ma lance. Il bouge à peine pour esquiver mon coup, qui vient néanmoins se perdre dans son épaulière massive, la rayant à peine. Je me relève prestement, alors qu’un sourire mauvais se dessine sur ses lèvres. Son expression est effrayante. Il semble tellement sûr de lui. Son regard n’a qu’une signification : il me laissait une chance de le toucher, une chance seulement de le blesser, et je n’ai même pas pu la saisir. Il se gausse intérieurement de mon échec, me voit déjà vaincu, alors qu’il n’a pas encore frappé. Et alors que son sourire s’étire en un rictus de colère et offre à ma vision une rangée de dents blanches serrées par la rage d’un combat gagné d’avance, il bondit vers moi, faisant un large geste rotatif de sa lame formidable. Preste et agile, je bondis en arrière pour esquiver le coup. Estera, lourd dans son armure, préfère parer le coup de son bouclier… Erreur, hélas. La puissance de notre ennemi commun est telle qu’il se fait balayer comme un vulgaire fétu de paille, virevoltant sur lui-même dans les airs jusqu’à aller défoncer une chaise de bois brut posée contre une table massive, qui se décale sous le choc. Il geint, mais se relève vite, armant tant son épée que son bouclier.

Malikhen est doté d’une force surpuissante. J’en avais la crainte, j’en ai maintenant la certitude. Je profite de la latence entre sa charge et son prochain coup pour moi aussi effectuer un coup rotatif de ma lance, qui me contourne avant de le percuter. Sa pointe, au dernier moment, se change en un marteau au bout pointu en forme de bec de corbeau. Lourd et acéré, pour percer son armure… Le choc est rude, mais le coup atterrit dans ses protèges-bras, juste sous le coude. L’épaisseur et la solidité de l’armure sont telles que l’arme frappe sans la détruire ni la percer. D’un revers de la main, il se saisit du bout du marteau de Lucerne pour me l’arracher, mais ma pensée est plus rapide que son geste, et l’arme se change à nouveau en une épée acérée, que je tire vers moi avec l’intention de lui trancher la main. La lame glisse sur sa peau comme si elle était de cuir. Aucun sang n’y reste. Aucune blessure.

(Mais enfin, il est blindé ou quoi ?!)

Le stratagème semble toutefois l’énerver, car il se met à nouveau à charger vers moi, balayant une fois de plus l’air de son arme dévastatrice. Je me jette sur le sol en roulant avant qu’elle ne m’atteigne, et culbute vers lui pour projeter mes lames en avant afin de le transpercer des deux au bout de mon geste. Ma rapière ripe contre sa ceinture, mais l’autre le touche au ventre, sur sa peau découverte, là où elle est tendre et plus fragile. Mais cela ne l’affecte pas, ni ne le transperce. Loin de là, même. La peau semble résister à mon arme, et ses tatouages luisent de plus belle. Ma pensée fugitive et choquée s’avère exacte : il semble insensible à nos coups. Pas étonnant que nul n’ait réussi à le vaincre jusqu’ici. La surprise m’égare cependant, et il profite de ce court instant d’inattention pour m’envoyer un coup de poing dans la mâchoire, m’envoyant au plancher, à moitié sonné. Je lâche mes armes pour me réceptionner, et rampe en arrière pour ne pas rester à sa portée. Ses yeux assassins me ciblent pourtant, et il avance vers moi, menaçant, épée en main, prêt à porter le coup fatal qu’en cette posture, je ne pourrai parer.

C’est heureusement sans compter la vaillance d’Estera, qui s’interpose face au géant à la peau sombre pour l’empêcher de m’atteindre. Je profite de sa présence pour me relever à l’aide d’un guéridon, mais notre ennemi décide de poursuivre son avancée furieuse, et charge le sergent l’épaule en avant. En position défensive, bien protégé derrière son bouclier, et campé sur ses jambes pour préserver un équilibre idéal, il ne s’en fait pas moins projeter sous le choc, droit vers moi. Je le réceptionne de plein fouet, et le bois du petit meuble se brise sous le choc. Brouillons, nous nous relevons frénétiquement pour nous remettre en position. Mais je n’ai plus mes armes. Elles sont à hauteur de Malikhen, qui ne semble absolument pas s’en soucier, fort de sa grosse épée. Je m’empare du pied du guéridon brisé, rapidement. C’est mieux que rien, même si je doute lui faire quoique ce soit avec un morceau de bois, là où mes puissantes armes ne le percent pas.

Une fois encore, il pousse un grognement de rage avant de se ruer vers nous. Cette fois, Estera m’imite, et nous bondissons chacun d’un côté de sa charge, évitant sa lame qui balaye les airs avant de frapper violemment le mur, arrachant à celui-ci des éclats de pierre et de sable aggloméré et durci. Au passage, nous le frappons dans le dos, Estera de sa lame sur son épaulière, sans grande efficacité, et moi de ma massue improvisée, sur l’arrière de la tête. S’il ne peut être percé, peut-être peut-il être contusionné, voire assommé. Peut-être, mais pas en l’état. Mon coup n’était peut-être pas assez fort, mais malgré un nouveau grognement, il ne semble pas affecté par le choc outre mesure. Prestement, je lâche mon bout de bois et cours pour ramasser mes armes au sol. Cela lui laisse le temps de se retourner pour de nouveau foncer vers moi. Estera, malin dans sa réaction, se jette alors dans ses pieds pour le faire trébucher, s’aidant du poids de tout son corps, de la force de sa lame, et de la forme de son bouclier. Malikhen trébuche, et arrière près de moi la tête en avant. Je saute sur l’occasion : transformant mon arme en un marteau de guerre massif et solide, armement terriblement prisé par les nains, fort peu maniable, mais dévastateur, je lui bourrine la face d’un coup monumental qui le cueille sous la mâchoire. Je m’attends, vu la brutalité du choc, à la voir exploser dans une gerbe de sang et de dents, mais il n’en est rien : il se redresse simplement en se la tenant fermement. Il a mal… mais c’est tout. Atterré, je le regarde me jeter un regard courroucé. Cette fois, il est vraiment en colère. Et ce n’est plus un grognement qui sort de sa bouche, alors qu’il fait à nouveau voler sa lame dans ma direction, mais un rugissement furieux.

Cette fois, la lame m’atteint du plat, en plein dans les côtes. Ma précieuse armure est solide, heureusement, et je lui dois de n’avoir pas plusieurs côtes cassées sous le choc rude, qui me balaye malgré tout à travers la pièce. J’arrive à pleine vitesse dans les portes de l’armoire de bois noir derrière laquelle la jeune femme s’est glissée, et en défonce les portes. Je me retrouve groggy, conscient mais vaseux, étourdi, au milieu de vieilles frusques trouées dont beaucoup sont ensanglantées. Les habits de ses victimes… peut-être. De mon état abasourdi, je vois Estera l’attaquer rageusement, lui donner plusieurs coups d’épée sans le blesser, emporté par la colère, et vif de sa rapidité au combat. De ma position, ça ressemble à une recrue donnant frénétiquement des coups d’épée en bois à un mannequin d’entraînement, qui subit sans faiblir. Mais il ne reste pas sans réaction indéfiniment : armé d’une force folle, il retourne un coup de manchette à Estera, qui lui éclate la pommette droite en le faisant s’effondrer au sol. Lâchant sa grosse épée, il se saisit du corps de mon confrère sonné pour le lancer à travers la pièce. Estera atterrit contre un mur, s’effondrant sur un buffet dans un bruit de métal. Le souffle coupé, il tente de se redresser, mais Malikhen, armé de son arme, est déjà sur lui. Il donne un coup fracassant, vertical et puissant, qui semble presque couper Estera en deux tellement la torsion de con corps est inhabituelle. Dans le creux du dos. Par chance, l’armure l’a protégé du tranchant, et l’effet n’est surtout dû qu’à la force du barbare, et au meuble cédant sous le poids conjugué du milicien et de la frappe.

Malikhen semble croire qu’il est vaincu, puisqu’il le laisse là, immobile et inconscient, dans les débris du meuble, se tournant vers moi avec un air menaçant. De là où je suis, je ne peux voir l’état exact du sergent. Je me redresse tant bien que mal, fourbu, mais conscient que si je n’agis pas, il me tuera. Je sens la colère embraser mon être également. Je perds patience, je panique. Mes mains, habituellement si assurées, se sont mises à trembler. Cet ennemi est plus fort que moi. Et je suis seul à lui faire face, désormais.

(Pas seul, non.)

Lysis. Je l’avais presque oubliée. Sa pensée résonne loin dans ma tête, comme si elle n’était pas vraiment là. Comme si la peur et la colère me coupaient à sa présence. Et alors que je vois Malikhen se ruer sur moi, et plaquer sa main sur ma gorge, Lysis apparaît sous sa forme humanoïde juste derrière lui. Enflammée, elle le regarde me soulever de terre pour me plaquer violemment contre le mur. Sous moi, la jeune femme paniquée se racrapote sur elle-même, mains sur la nuque. J’en ai à peine conscience. De main, je ne perçois que celle de mon ennemi, pressée sur mon cou, me privant d’air, m’empêchant de reprendre mon souffle, de respirer. Mes bras se débattent, gesticulent inutilement, donnant des coups de mes armes dans la peau increvable de cet ennemi infernal. J’étouffe, il m’étrangle. Ma vue se trouble, et ma bouche s’ouvre et se ferme sans pouvoir prononcer le moindre son, sans libérer ni recueillir la moindre parcelle d’air.

(Ly…sis…)

Même mes pensées sont troubles, imprécises, floues. Je me sens partir… Mais une chose se passe. Je ne comprends pas tout de suite quoi, mais j’ai déjà vécu ce sentiment, cette sensation. Mon corps se transforme, se fond dans celui de Lysis, qui se plaque contre moi alors que Malikhen semble, rageur, ne pas se préoccuper d’elle tant il cherche à me tuer. Et je me change. Mes muscles s’épaississent, ma peau change de consistance, de couleur. Elle prend l’aspect de ma fusion avec Lysis, d’or et d’argent marbrés. Je grandis, aussi, m’alourdis, rattrapant le géant en taille. Mes armes, dans mes mains aux griffes noires, s’enflamment l’une après l’autre. Le métal rougit, bouillant, et je frappe de nouveau mon ennemi avec. Cette fois, elles s’enfoncent dans sa chair, profondément, cautérisant directement la plaie en ressortant tant le feu qui les rend plus puissantes est fervent. Les mains de mon adversaire me lâchent. Elles ne m’étouffaient plus, de toute façon.

Moi aussi, maintenant, j’ai un regard de braise. Et je regarde de haut celui qui croyait m’avoir vaincu. Un doute passe sur son visage, mais il ne s’avoue pas défait. Il s’empare de son arme et me donne un coup puissant que, cette fois, je n’essaie même pas de parer. A son tour de ressentir ce que ça fait d’être face à un ennemi qui ne se fait pas blesser par les armes. Son coup m’atteint sans me blesser, s’arrêtant net sur ma peau de feu et de cendre.

« Non ! Cela ne se peut ! »

La colère atterrée est perceptible dans son interjection. Il recule prestement, et je m’avance vers lui.

« Ton règne est fini, tueur d’innocents. »

Enfin, nous pouvons nous battre en égal. Je me fends vers lui pour le pourfendre, mais il dévie mes lames de la sienne, tentant à nouveau de me frapper, vainement. Je renchéris, bondissant vers lui, tournoyant, sautant, plongeant dans une danse frénétique, et pourtant familière. La danse des sabres. De nombreuses fois, mes armes le transpercent, mes lames le tranchent, désormais renforcées par le pouvoir de la magie de Lysis. A chaque fois, les plaies sur son corps sont noires, carbonisées et sanglantes. Je finis mon enchaînement dos à lui, mais je le sais abattu. Il tombe un genou en terre, appuyé sur son épée au sol, tête baissée. Sa voix grave, alors que je me retourne vers lui, est implorante.

« Tu as gagné. Tu as prouvé ta force, ta valeur. Garde-moi en vie, et je te suivrai dans ton combat. Ne sois pas ce que je fus, un tueur sanguinaire. »

Bien essayé. Vraiment. Mais je sais qui je suis. Je sais que je n’ai aucun remords à arracher la vie. L’honneur, je n’en ai que faire. Mon regard est tant satisfait que mauvais lorsque ma rapière se plante dans sa gorge et en ressort, et lorsque ma métamorphe, changée en sabre du désert tranchant et large, lui coupe la tête net dans un bruit sec. Les tatouages sur son corps se foncent, s’éteignent alors que sa tête finit de rouler à mes pieds. Ma fusion s’arrête au même instant, et je récupère ma forme originelle, alors que Lysis disparaît dans la sienne au cœur de mon diadème. Je pose un pied victorieux sur cette tête et me penche vers lui pour lui susurrer, comme s’il pouvait encore m’entendre :

« Je suis un tueur sanguinaire. Voilà où était ton erreur. »

Je me redresse enfin, et sens toute l’adrénaline s’évacuer d’un coup de mon corps. Je chois à genoux contre le sol. Une silhouette s’approche de moi, celle de la femme qui s’était protégée derrière l’armoire. Elle se penche sur moi, et de ses lèvres sort une son délicat à mes oreilles. Un mot que je ne comprends pas.

« Mukha. »

Lysis me murmure dans l’esprit que ça signifie « chef » dans son langage, mais… je ne l’écoute guère. Je me laisse aller à ma propre inconscience. Je chois sur le sol, dénué de toute force. Vidé, je me laisse aller, là, à même le sol, sans sécuriser la zone, ni vérifier que les intentions de la jeune femme sont pacifiques, à un sommeil profond, proche de l’inconscience.

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 Sujet du message: Re: Ard’Khorneur
MessagePosté: Dim 17 Mai 2015 17:03 
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Quand je m’éveille, je ne sais dire combien de temps est passé. Quelques minutes, ou plusieurs heures durant lesquelles mon esprit s’est étiolé, a vogué dans l’inconscience, ressassant le cours du combat contre Malikhen. Cet homme était puissant. Le plus puissant ennemi que j’ai eu à affronter, sans aucun doute. Même de concert avec Estera, il a fallu plonger dans le plus profond de mes ressources pour le vaincre. Et encore, sans Lysis je n’y serais pas parvenu. Dans mes songes, je vois sa tête séparée de son corps me sourire, puis me grogner dessus, avec ses yeux de feu sans pupille ni iris. Je ne connaîtrai sans doute jamais la sorcellerie à l’œuvre qui permettait de résister ainsi comme ça aux coups de lames non animées de magie. Ses tatouages en étaient la source, sans aucun doute, mais d’où les tenaient-ils ? Et pourquoi rougeoyaient-ils de cette manière ? D’où venait-il, d’ailleurs, ce géant à la peau sombre et au poil blanc. De Saldana ? D’ailleurs ? était-il natif de Ard’Khorneur ? Et pourquoi a-t-il décidé de se montrer si cruel envers la population ?

Autant de questions qui resteront sans réponse, alors que mes paupières s’ouvrent. Je suis allongé sur un lit confortable, aux baldaquins décorés de voiles gris translucides. Un rapide regard m’indique que je suis toujours dans les appartements de Malikhen. Ses anciens appartements… La lumière rouge inquiétante qui y sévissait n’est plus, et l’endroit est bien éclairé, de nombreuses chandelles, ainsi que via un puits de lumière qui transfère directement la lumière du jour, en une colonne de lumière bien plus vivante que la sombre lueur qui baignait les lieux peu avant.

A mes côtés, assise sur le lit, à mon chevet, se tient la jeune femme qui, prostrée pendant tout le combat, semble bien se porter. Ses cheveux sont attachés en une natte épaisse et lâche à l’arrière de sa tête, à l’exception de quelques mèches qui tombent sur ses tempes et ses pommettes. Ses lèvres épaisses me sourient, dévoilant ses dents blanches et plus grandes que ne le sont celles des humains d’habitude. Ses yeux bleus, contrastant fort avec le teint sombre de sa peau, me regardent avec bienveillance. Alors que je vais pour me redresser, elle pose une main sur mon torse dénudé. Je me rends alors seulement compte que je suis dépossédé de mes armures, armes et vêtements. La bougresse ne m’a, pudiquement, laissé que mes braies de lin noir. Ses doigts frôlent sans le vouloir la broche d’argent et de végétal qui pousse dans ma chair, à hauteur de mon cœur. Elle semble s’en émouvoir, et son regard coule vers la bizarrerie que cela doit représenter pour elle… avant de revenir sur mon visage, pendant qu’elle tente de masquer son émoi sous des paroles de circonstance.

« J’ai lavé vos blessures et entretenu vos équipements, Mukha. Reposez-vous, car ce jour est grand. Vous avez vaincu Malilkhen le sombre, Malikhen le tueur. »

Oui, il est bien mort… mais est-ce pour cela qu’elle me doit autant de déférence. Par simple gratitude de l’avoir libérée d’un tyran ? De lui avoir sauvé la vie. Oui… bon… en fait ça fait pas mal de bonnes raisons de me cirer les pompes, mais quand même. Avec autant d’initiative ?

Me redressant malgré son conseil, je regarde autour de moi. Nulle trace ni du corps de Malikhen, ni d’Estera. La pièce a été rangée, et les débris de meubles déplacés. Elle semble percevoir mon trouble, puisqu’elle poursuit ses explications.

« Votre ami s’est éveillé avant vous. Il se repose maintenant dans d’autres appartements, avec votre ami Kadn. Il s’est permis d’ordonner qu’on distribue à volonté de l’eau aux habitants de la cité, disant que c’est ce que vous voudriez. »

J’ai du mal à tout resituer, mais je hoche la tête pour confirmer ses dires. Oui, libérer la populace de cet enfer de sécheresse était l’une des raisons de mon action ici. Pas la principale, mais ça elle n’a pas besoin de le savoir.

« Il a bien fait. Que les gens de cette ardis boivent désormais librement. Combien… Depuis combien de temps suis-je assoupi ? »

« Quelques heures. Le combat vous a pris vos dernières forces. Il était… époustouflant. Je n’en ai rien loupé. »

Le trouble passe un instant dans mes yeux. Personne ne sait pour Lysis, ni pour la fusion que je peux avoir avec. Comme si elle lisait mes pensées, elle me rassure cependant :

« Je n’ai rien raconté de tout cela à quiconque. Même votre ami Estera semblait surpris de vous voir en vie, et de constater la mort de Malikhen. Je garderai vos secrets pour moi, puissant guerrier d’ailleurs. Vous m’avez ce jour sauvé la vie, et je vous suis redevable. Je suis votre humble servante, jusqu’à l’heure de mon trépas. »

Je pose une main sur son avant-bras, souriant.

« Je n’ai nul besoin d’être servi. Un « merci » me suffit. Ma vie était autant en danger que la vôtre. »

Cette fois, c’est elle qui semble troublée par mes mots.

« Mais Mukha, je suis esclave. Je suis née pour servir, et ça serait pour moi un honneur de vous servir, vous. »

« Mais… Que signifie Mukha, à la fin ? »

« Vous l’ignorez donc ? En tuant Malikhen, vous avez pris sa place à la tête de Ard’Khorneur. Vous êtes notre nouveau dirigeant, et par les tunnels, il s’entend déjà que vous êtes aussi puissant que généreux. Un maître du combat et de la magie que nul ne peut défier. Vos partisans sont nombreux, et plus nombreux encore ceux qui clament votre nom en buvant l’eau que vous leur offrez. Mukha, Cromax. Vous êtes notre chef. »

Je reste abasourdi d’entendre ces mots. Chef, moi ? ça n’a jamais été mon intention. Je me souviens des paroles d’Estera, qui me disait qu’effectivement, c’était en tuant un dirigeant d’ardis qu’on prenait sa place, mais… je n’y songeais plus. Etourdi par la nouvelle, je retombe allongé sur la couche, regard perdu dans le vide. Une sensation de vertige nait en moi, et de nouvelles voies, de nouvelles possibilités pour mettre fin à cette guerre, et remplir ma mission auprès de la milice tout en respectant mon accord avec Oaxaca. Mais cela ne se fera pas en un jour. Perdu, je me tourne vers la demoiselle pour lui dire :

« Je… J’ai besoin de réfléchir un peu. Vous pourriez me laisser, s’il vous plait ? »

Elle se lève, nullement offensée par ma demande, et se dirige vers les escaliers, apparemment eux aussi nettoyés de tout ossement ou reste de cadavre ancien, sans un mot. Mon regard se perd sans le vouloir sur son bassin basculant de manière chaloupée au rythme de ses pas.

« Ah… au fait… Comment dois-je vous appeler ? »

Se retournant vers moi, avec un sourire entendu, elle me donne son nom.

« Sania. »

Et elle s’en va, me laissant seul avec mes pensées. Tout est confus dans ma tête il faut que je rassemble mes idées. Je reste ainsi allongé de longues minutes, à réfléchir, à penser, à oublier puis me souvenir. L’image de Sania se superpose à tout le reste. Je délire, un peu. Je manque de discernement. Plusieurs jours me seront nécessaires, pour rétablir tout ce qu’il faut rétablir ici, avant de repartir.

Et c’est une bonne nouvelle…

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 Sujet du message: Re: Ard’Khorneur
MessagePosté: Lun 25 Mai 2015 15:14 
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[:attention:] Lecteurs jeunes et sensibles s'abstenir.


Sa peau sombre est chaude, sous mes mains d’argent. Je lui saisis les hanches, alors qu’elle se cambre sous mes coups de rein, creusant dans son dos un sillon marqué tout le long de sa colonne vertébrale. Elle penche la tête, et ses épaules s’affaissent sur le matelas de plumes. Ahanant, gémissant, elle cède du terrain à l’abandon total de son être. Je saisis d’une main ses cheveux noirs et ondulés rassemblés en une natte lâche qui n’a plus de natte que le souvenir remué par des ébats sauvages.

***



Combien de fois ces dernières semaines ai-je pris Sania ? Comment est-ce même arrivé, la première fois ? Je ne m’en rappelle plus, tant celles-ci ont été intenses en changements dans ma vie. Malikhen mort, il m’a fallu prendre maintes dispositions pour prendre sa place à la tête de l’ardis. Une place qui selon moi ne me revient pas, mais que je suis forcé d’occuper pour ne pas déroger aux traditions locales. Je n’ai pas envie d’être un dirigeant, je n’en ai jamais eu envie. Et pourtant, c’est le cas aujourd’hui, malgré moi. A cause d’un acte que j’ai de trop nombreuses fois commis dans ma vie : le meurtre. En tuant ce tyran, j’ai pris son pouvoir. Et nul ne peut me le reprendre sans me tuer. Déjà que la place de chef ne me sied que trop peu, alors en plus si elle implique qu’on doive me menacer sans cesse… Comment me suis-je retrouvé embarqué dans une telle affaire ?


***


Elle grogne, s’appuyant sur ses coudes alors que le rythme de mes assauts en son corps ne faillit pas. Je tire davantage sur ses cheveux et la ramène contre moi. Son dos contre mon torse, ses cuisses écartées sur mes genoux. Notre sueur se mêle, et fait glisser notre peau l’une contre l’autre. Mes mains glissent sur son ventre, agrippent ses seins alors que mes dents lui mordent le creux de la nuque, sur le côté droit de sa tête, qu’elle incline en fermant les yeux, abandonnée à moi. Ses griffes à elle se plantent dans mes cuisses, cherchant à s’agripper comme pour partager par la douleur le plaisir que je lui donne. Comme un animal.

***


Sania est esclave. Elle me l’a souvent rappelée. Aussi ne puis-je lui faire l’amour de face. Elle veut être prise comme une bête, sans condition ni discussion. Aussi, malgré mes tentatives de lui faire gouter à d’autres postures pleines d’allégresse, j’ai cédé à ses conditions. Même si pour le coup, j’ai du mal à saisir que quelqu’un ayant un statut d’esclave puisse en avoir. J’ai voulu la libérer, faire d’elle une citoyenne libre, mais elle a refusé. Elle a dit qu’elle serait bannie si elle devenait libre, et qu’elle ne serait acceptée ailleurs que sous un statut d’esclave. Elle a dit ne pas vouloir me quitter. Son libérateur. Son chef. Mukha. Je n’ai pu sauver sa sœur, mais je l’ai sauvée elle. De sa sœur, je n’en garde d’ailleurs qu’un vague souvenir. La jeune femme expulsée par Malikhen dans les escaliers, alors qu’Estera et moi les gravissions. Ses yeux vides de vie, son corps aux membres disloqués par la chute et les châtiments corporels du géant d’ébène. Sania dit que je ne pouvais rien pour elle. Que je l’ai sauvée, elle, ainsi que tout son peuple.

Estera et Kad’n m’y ont beaucoup aidé, aux cours des dernières semaines passées là. Ils ont été mes gestionnaires de communication, mes missionnaires dans les couloirs de l’ardis, prévenant de la nouvelle, et dictant les nouvelles lois et règles de l’endroit. Des règles plus libertaires, plus sociales. Des règles prenant soin du peuple. Aussi, Estera et Kad’n m’ont affirmé que j’étais aimé de ce peuple dont je ne connaissais que trop peu les mœurs, et que cette renommée avait déjà filtré à l’extérieur. Que j’étais appelé par plusieurs autres chefs d’Ardis « Nacer », le sauveur, ou « Moktar », l’élu. Ici, à Ard’Khorneur, je suis Mukha. Le chef.


***


« Mukha… »

Entre deux respirations vives, elle gémit mon pseudonyme. Mon surnom. Avec une voix d’abandon, comme si ses forces l’avaient abandonnée. Mes poings se crispent sur sa poitrine, puis sur ses hanches, alors que je sens le plaisir me submerger. L’intensité de l’étreinte est forte. Plus forte encore que les précédentes. Elle est plus symbolique aussi. Elle est la dernière avant mon départ prochain. Alors que mes assauts cessent subitement, et que les gémissements laissent place à l’unique bruit de nos respirations essoufflées, nous nous laissons tomber sur le côté, et elle reste silencieuse. J’ai chaud, très chaud. Je sens la sueur couler dans mon dos, coller nos corps l’un à l’autre. Je caresse son épaule, son bassin, ses cuisses. Elle reste silencieuse, comme toujours.

***



L’ardis a offert à Kad’n un nouvel Atmos, et il a porté la nouvelle à Ard’Essith. C’est là qu’il a récolté les nouvelles de la guerre sur Saldana, ces rumeurs courant sur mon compte, et ma force indomptable. L’espoir que les chefs alliés ont placé en moi pour se rassembler sous la bannière d’Ard’Essith en vue d’une grande bataille. Les troupes armées d’Ard’Khorneur sont parties sitôt son retour ici, voici deux ou trois jours. Moi, je devrai m’y rendre en Atmos, prochainement. Aujourd’hui, à l’heure où le soleil sera haut dans le ciel. La guerre, si elle couvait pour moi jusqu’ici sous le couvert de tensions palpables mais non visibles, éclate au grand jour. Et c’est moi qui ai amené les événements vers cette bataille. Indirectement, involontairement. De guerre civile, ça devient une bataille rangée, à découvert, entre deux armées. Des hommes-insectes, je n’ai plus aucune nouvelle depuis le décès de Malikhen. Ni d’eux, ni de leur chef. Je dois pourtant le rencontrer. Et quelle autre meilleure occasion que cette bataille où il sera d’office présent. Je pourrai voir son visage, me confronter à lui… Lui révéler mon identité, peut-être aussi, et arranger tout ça à ma sauce.

***


Sania s’est retournée vers moi, un sourire triste sur le visage. Elle sait le rôle que je lui ai réservé ici, en mon absence. Régente. Détentrice du pouvoir, délégué de ma main à la sienne. Elle parlera en mon nom. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour ne pas déroger aux coutumes locales de succession. Elle dirigera à ma place pendant que je serai absent, et nul ne pourra accéder au pouvoir sans me tuer moi, ou qu’on amène une preuve de ma mort. Elle ne sera donc techniquement pas trop en danger, même si elle ne sait comment allier son statut d’esclave et celui de dirigeante.

Estera arrive sans prévenir dans la pièce. Il ne se surprend pas de me trouver au lit, ni contre Sania. Il a appris à me connaître aussi, pendant ces deux semaines. Sans prêter la moindre attention à la femme esclave aux yeux gris, il m’adresse la parole d’un ton calme :

« Il est l’heure, Cromax. Kad’n nous attend déjà. »

Je me lève de la couche, nu comme un vers, et lui réponds d’une voix enjouée :

« Alors je me prépare, et nous y allons ! »

« C’est déjà ce que tu étais supposé faire. »

Son ton mêle impatience et raillerie amicale. Je lève un sourcil, et il fait demi-tour pour se retaper la descente de tous les escaliers. Je me penche quant à moi vers Sania, dont je caresse la joue avant de l’embrasser. Sans un mot, car il n’en faut aucun - d’autant qu’elle le prendrait mal – je m’habille et m’équipe de mes armes et armures. Sac, potions et bijoux, Je mets le tout et quitte mes appartements sans un regard en arrière. Estera m’attend au pied de la « Tour ». A deux, nous parcourons les tunnels de l’ardis jusqu’à l’entrée réservée aux Atmos. Kad’n nous attend à bord de son nouvel engin flambant neuf, aux cheminées de cuivre scintillantes, et au squelette d’acier gris et de bronze. A ce demander comment un truc pareil peut voler. Je m’y engouffre aux suites du Sergent, et nous décollons… vers de nouvelles aventures sur Saldana.

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