L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Ard’Ùlan
MessagePosté: Sam 6 Sep 2014 00:16 
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Ard’Ùlan



Orientale par rapport au centre du désert d’Arrak, Ard’ùlan est l’ardis ayant subi le plus d’influences des mœurs et culture de Tulorim. Et pas sans raison : la ville abrite le fluide spatial menant à la capitale du Pays de Whiel. Étroitement gardée par des volontaires de l’armée Tuloraine, il s'y effectue le transit des minéraux récoltés sur Saldana vers Yuimen. Le dirigeant est ici un émissaire du conseil de Tulorim, Sire Melchial, qui s’est creusé une route de sang vers l’acquisition de cette place avec l’aide des soldats de Whiel, dérogeant ainsi à la coutume stricte (mais alors méconnue) des autochtones. Protégé par sa garde d’élite, et soutenu par les colons Tulorains ayant emménagé sur ce monde désertique, aucun esclave en place n’a jamais osé remettre en cause son autorité.

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 Sujet du message: Re: Ard’Ùlan
MessagePosté: Dim 9 Nov 2014 18:14 
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Le sergent Estera et moi-même traversons donc le fluide vers la mystérieuse Saldana, dont je ne connais, pour l’instant, que le nom et la situation politique complexe. Lorsque mon corps se rematérialise, je me retrouve dans une salle plutôt sombre, qui semble creusée à même la roche. Une roche aux couleurs de l’argile, d’un brun tirant vers le rouge, à quelques égards. Estera ne tarde pas à se reformer à côté de moi, et lui aussi, bien qu’habitué des lieux, s’attarde à regarder les alentours… Comme s’il s’attendait à être assailli d’ennemis sitôt le seuil du fluide franchi. Je fronce les sourcils, avant de m’adresser à lui.

« Risquons-nous quelque chose, dans l’immédiat ? »

Il me rend mon regard, et pose une main sur mon épaule, avec un sourire qui se veut rassurant.

« Ça fait quelques semaines que je ne suis plus venu ici. Qui sait dans quel état se trouve ce monde, maintenant. »

Je me prends à penser que si l’urgence est si forte, que si la menace de la guerre civile est si proche du fluide, ils auraient dû mettre en œuvre bien plus de défenses pour empêcher d’éventuels insurgés de traverser le fluide vers Tulorim. Mais peut-être n’est-ce pas la conquête, la raison et la nature de cette guerre. Peut-être ignorent-ils tout de l’utilisation des fluides, et de l’existence des faeras en ce monde. Peut-être cherchent-ils simplement à se défaire de l’influence de Tulorim. Cela me semblerait étrange, tout de même, que ce fluide ne soit l’objet d’aucune convoitise. Si ce que les miliciens m’ont dit est exact, c’est un sbire d’Aerq, allié d’Oaxaca, qui manœuvre le tout dans l’ombre, fomentant la révolte pour servir ses desseins.

Pour l’heure, rien ne permet de répondre à ces questions. Même mon accompagnant, coutumier du monde, semble perdu et indécis sur la situation, et sur le comportement à adopter. Une chose est sûre : la salle est vide. Éclairée de torches et de trous carrés percés à même les murs, épais, donnant directement sur l’extérieur, mais à une telle hauteur qu’on ne voit rien de cet extérieur en question, elle n’abrite qu’Estera et moi. Et n’a pour seule issue qu’une porte, vers laquelle l’humain s’approche, pour y frapper vivement de ses poings.

« Ouvrez-nous. Ohé ! Sergent Estera de Tulorim. Laissez-nous entrer. »

Un court instant de silence, rompu par le bruit de chaines et de loquets faisant vibrer la porte, qui finit par pivoter sur ses gonds pour s’ouvrir, et laisser ma vue apercevoir ce qu’il a au-delà : deux soldats tulorains, en livrée noire et blanche, aux couleurs de la cité neutre des humains d’Imliftil. La cité que je sers, officiellement, par le biais de la milice. Celui qui a ouvert la porte s’efface au profit de l’autre, qui accueille Estera en lui donnant l’accolade. Apparemment ils se connaissent. D’une quarantaine d’années, le soldat arbore une barbe brune et des cheveux courts. Ses yeux émeraudes, si communs au peuple de Whiel, confirment son origine. Il finit par les fixer sur moi. Estera prend la parole pour me présenter.

« Voici Cromax… »

Mais je l’interromps presque aussitôt, pour m’introduire moi-même… à ma manière.

« Cromax, oui. Sergent attitré de la milice de Tulorim, récemment promus sur la surveillance de la situation de guerre civile sur Saldana. Quelle est-elle, actuellement ? »

Poser des questions pour qu’on n’en retourne pas trop… Tactique habile, que j’espère voir fonctionner. Les informations que j’ai données sont inexactes, et imprécises… Je ne suis pas encore sergent, et notre rôle ici est de mettre fin à la guerre, pas juste de surveiller celle-ci. Mais comme l’approche doit rester discrète, autant ne pas tout révéler au premier venu. Même s’il connaît Estera. Le sergent sait la supercherie, mais entre dans mon jeu en restant coi. Le soldat, lui, s’y engouffre avec la plus grande naïveté, et d’un ton formel, me fait rapidement un rapport de la situation.

« Nous ne sommes plus guère présents qu’ici, et dans une ou deux Ardis mineures des alentours. Les contacts avec les autres villes ont été rompus depuis le putsch. Ni commerce, ni diplomatie. Au moins nous laissent-ils tranquille ici. La forte présence de colons de Tulorim encourage les esclaves locaux à… rester paisibles. Mais le Seigneur Melchial craint un rassemblement massif pour faire tomber l’Ardis aux mains des rebelles. Aucun rapport d’éclaireur n’indique que ça arrive mais… tout le monde s’y prépare, ici. Comme si c’était inévitable. »

La situation, bien que critique, n’est pas aussi désespérée qu’elle aurait pu l’être. Les Tulorains ont encore un pied à terre plutôt sûr. Au moins un. Et c’est déjà pas mal, apparemment, vu le ton employé par le garde. Je porte mon regard sur Estera.


« Hé bien, il était temps qu’on arrive, alors. »


Il opine du chef, et s’adresse au barbu à nouveau.

« Melchial est présent ? Il faudrait qu’on ait un entretien au plus vite avec lui. »

Le soldat confirme d’un mouvement de tête que c’est possible de le voir… Et nous fait signe de le suivre, sans répondre de la capacité dudit Melchial à avoir une entrevue avec nous. Nous sortons de la salle du fluide pour nous retrouver dans une autre pièce, toute militaire, elle aussi creusée dans la même roche rougeâtre, mais cette fois décorée de pavois et tapisseries dans les tons rouges et ocres. Une salle des gardes, sans doute, munie de plusieurs lits, tables et chaises, coffres… Et de plusieurs soldats, en poste ou en pause. Au moins l’endroit est gardé.

Nous ne nous attardons cependant pas ici, nous laissant mener à travers des couloirs vers l’extérieur. Enfin… l’extérieur du bâtiment, qui se trouve être l’intérieur d’une gigantesque grotte naturelle, où est construite la ville. D’où le nom d’Ardis, sans doute. Une ville souterraine. La température y est assez fraiche, et l’ombre omniprésente. Ce qui est plutôt agréable et rare, j’imagine, sur une planète désertique. Le soldat nous mène par le chemin le plus court jusqu’à la demeure de Melchial : un castelet de pierres séparé de la ville par un pont-levis donnant sur une crevasse sans fond. Plutôt accueillant. Le pont est baissé, mais gardé par deux mastodontes en armure de plates. Lourds et lents… mais bien protégés, pour le coup. Nous pénétrons l’édifice sans qu’ils ne nous demandent de compte. Sans doute mon escorte aide-t-elle à cette facilité.

Nous arrivons dans une salle à manger toute en longueur, munie d’une longue table rectangulaire en bois brut, ornée de quelques chandeliers d’argent éclairant les lieux, avec l’aide d’un lustre métallique où de nombreuses chandelles brulent. Assis dans une chaise proche d’un trône de bois orné de coussins de velours vert, un homme d’un page assez avancé nous regarde arrivé. Lui-même vêtu de vert, et drapé dans une cape de velours vert cerclée d’or, l’humain a une mine dure, mais ses traits se rapprochent plus du politique que de l’homme d’armes. Cheveux noirs aux mèches tirant sur le gris plaqués sur l’arrière de son crâne, barbe rasée de frais, il nous regarde arriver de ses yeux noirs sévères.

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Le garde s’arrête à l’entrée de la pièce, et nous laisse, Estera et moi, y pénétrer sans nous suivre. Le Sergent décide de prendre la parole d’un ton strict, dénotant un peu de celui qu’il a directement utilisé avec moi, plus familier.

« Sire Melchial, Sergent Estera de la milice Tuloraine, au rapport. »

Comme en écho, mais d’un ton moins guindé, je réplique :


« Sergent Cromax, de la même milice. »


Le dirigeant de la ville se frotte le menton, et d’une voix grave et basse, nous invite à nous asseoir à sa table.

« Veuillez-vous asseoir. Que me vaut le plaisir de votre visite ? »

Plaisir ? Il n’a nullement l’air ravi. Et quelle question, aussi, quand on sait que sa ville est menacée de guerre civile. Estera poursuit, plus habitué à la personne qui nous fait face que moi.

« Nous sommes venus prendre compte de la situation de Saldana, sire. Nous sommes dépêchés par Tulorim pour mettre fin à la guerre. »

Il met à mal mon mensonge d’une balayette orale… mais peut-être ne vaut-il mieux pas mentir, à un tel personnage. Pas directement, du moins. Soucieux de ne pas perdre la face, je jette un coup d’œil vers le couloir, où le barbu n’est plus. Ouf, nous sommes seuls avec le dirigeant. Et… deux autres soldats en armure lourde semblables à ceux de l’entrée, qui surveillent la scène dans des renfoncements de la pièce. Je viens seulement de les remarquer.

Melchial se fend d’un éclat de rire sinistre, qui témoigne de tout sauf de la joie. Dédain, désespoir, ironie… Il ne tarde pas à confirmer mon impression.

« Deux pauvres sergents de milice, qui mettraient fin à une guerre civile que moi-même je ne peux gérer ? Vous êtes insouciants et idéalistes, jeunes gens. Mais je ne peux qu’accueillir avec bienveillance ce type d’initiative. »

Bienveillance… on repassera. Il a l’air sinistre. Et ses encouragements n’encouragent que le désespoir d’une situation qui parait, du coup, inextricable. Estera ne se laisse cependant pas plus démonter par la pique que moi, et rétorque d’un ton décidé :

« Je suis sans doute le mieux placé pour m’occuper de la gestion de cette guerre. Et le Sergent Cromax est un élément solide de notre milice, n’ayant échoué aucune mission, et brillant par ses actes héroïques dans tout Yuimen. Mais c’est un fait, sans votre aide, nous n’irons pas loin. Je viens vous demander votre soutien logistique pour mener à bien notre mission. »

Le dirigeant soupire, las.

« Et des hommes, et des armes, des transporteurs, vivres, équipements et pots de vin ? Que croyez-vous donc que je sois capable de vous fournir. Et pourquoi le ferais-je, quand je sais que tout ce dont je me séparerai me manquera lorsque l’offensive finale sera lancée contre Ard’Ùlan ? Quant à votre expertise sur le sujet, nul doute qu’elle est réelle… C’est de l’ardis dont vous aviez la garde que tout est parti. La première à tomber. Souhaitez-vous poursuivre dans votre échec ? Voulez-vous encore jeter l’opprobre sur votre père ? »

L’insulte est vicieuse. Assez subtile pour ne pas être prise pour un affront direct, mais blessante et dépréciatrice, c’est sûr. Le sergent ne se laisse pas démonter pour autant, bien que sa mine soit bien plus sombre, et que ses mâchoires se crispent nerveusement, le temps qu’il trouve ses mots pour répondre…

« Rien n’indique pour l’instant qu’une attaque aura lieu. Quant à votre participation, elle ne sera que minime. Je ne vous déferai d’aucun homme, ni d’aucun matériel, si ce n’est vivres et transports pour voyager dans le désert. Et surtout, tout ce que vous saurez nous dire sur l’évolution de la guerre civile. »

Nous serons donc vraiment deux pour résoudre cette histoire… Et pas un de plus. Les officiels locaux semblent charmants, vraiment. J’interviens à mon tour, plus provocateur que mon comparse.

« Il serait dommage que dans nos rapports, il soit état de fait de votre inaction pour sauver ce monde des rixes dont il est victime. Et quand bien même ça serait impossible, autant nous laisser essayer, non ? ça ne vous coutera pas grand-chose, et vous pourrez vous gausser, si nous réussissons, de cette paix retrouvée, sans avoir quitté votre petit abri bien confortable. »

Le regard noir qu’il me lance veut tout dire, mais… il cède à nos prérogatives, et met fin à la discussion pour la reporter à plus tard… Le temps sans doute pour lui de préparer ce dont nous avons besoin, et son argumentaire face à nos demandes. Ce type de personne ne fait rien spontanément.

« Bon. Vous reviendrez ici à l’heure du déjeuner. Je vous donnerai ce dont vous aurez besoin. Veuillez rompre. »

Et sans un mot de plus, sous cette froideur tombée, nous quittons la pièce.

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 Sujet du message: Re: Ard’Ùlan
MessagePosté: Ven 16 Jan 2015 12:08 
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Durant les quelques heures qui nous séparent du déjeuner, Estera et moi décidons de nous mêler un peu à la culture locale. Descendant dans les ruelles souterraines de l’ardis, nous finissons par atterrir dans un quartier bien moins typiquement tulorain. Ici, Yuimeniens et Saldaniens se côtoient et vivent ensemble, dans un mélange de culture notoire, mais pacifique. Les habitants de mon monde ont eu, ici, l’intelligence de ne rien imposer, juste d’amener quelques conforts logistiques aux peuplades locales. Les indigènes, eux, ont fait preuve de raison en les acceptant en échange de leur propre savoir sur ce monde. Inutile pour nous, pour le moment du moins, de mener une enquête trop active en ce monde. Cela ne ferait que nous faire passer pour des espions de piètre qualité, des enquêteurs zélés et sans personnalité. Aussi, au détour de la terrasse d’un troquet aux parfums de cuisine, je décide de m’attabler avec mon partenaire et supérieur – ou tout du moins l’est-il en grade - et nous commandons notre apéritif… De quoi attendre le repas promis par le dirigeant des lieux. Rien d’alcoolisé, ni de trop fort, je laisse le sergent passer commande pour moi, et me faire découvrir l’une des spécialités locales : le Thissa. Infusion de plantes séchées au goût légèrement amer, et aux arômes riches, saupoudré d’une épice jaune vif amenant piquant et fraicheur au liquide brulant.

Pendant que nous consommons la boisson, que je laisse volontiers refroidir un peu avant de la consommer, contrairement à Estera qui semble la préférer brulante, j’observe les gens alentours. Rien n’indique, ou presque, que ce monde est victime d’une guerre civile. Comme si cet ardis était un havre de paix loin des soucis de ce monde. Et heureusement, en réalité : au moins avons-nous un retranchement en cas de trop gros problème…


« Que peux-tu me dire sur ce monde ? »


Le tutoiement s’est fait naturel. Lui et moi serons amenés à passer de longues heures ensembles dans les temps prochains. Autant partir sur de bonnes bases de confiance et de familiarité amicale. Il ne semble par ailleurs pas s’en préoccuper, et commence le récit de sa réponse. Sirotant mon Thissa, je l’écoute déblatérer sur ce monde et sa propre histoire. J’apprends donc le système politique fractionné de cette partie du territoire. Aucun pouvoir central, aucun chef dominant, ces contrées ne sont dirigées que par les ardis, villes, qui les composent. À chaque tête d’ardis, un chef puissant, qui ne doit sa place qu’à sa capacité de survie. Car pour être chef, il faut être fort. Véritable loi de la jungle, la passation de pouvoir se fait dans la violence la plus absolue : toute destitution doit passer par la mort du précédent chef d’ardis. Autant dire que ceux qui restent en place longtemps sont soit très aimés, soit très craints, soit très malins. Ou… bien entourés, comme c’est le cas de la présente ardis, Ard’Ùlan. Melchial, dirigeant de Whiel, peut compter sur tous les originaires de Tulorim pour lui assurer une pérennité certaine à la tête de l’ardis contenant le fluide menant sur Yuimen. Une sécurité sur laquelle je ne crache pas…

Estera m’apprend également que si la planète est désertique et sableuse, elle n’en est pas moins d’un climat plutôt froid, et sec. L’eau est rare, mais à l’encontre des déserts de l’Imiftil, que j’ai parcouru de long en large, la chaleur n’est pas le principal ennemi. Soleil lointain diffuse peu de chaleur. Et le plus grand danger de cet environnement est l’environnement lui-même, ce qui explique l’occurrence des cités enfouies dans les souterrains rocheux de la planète : toute construction extérieure finirait par se faire balayer par les forts vents, projetant du sable à une vitesse phénoménale. N’importe quelle construction n’y résisterait pas, à force d’érosion et de poussées.

J’en apprends plus sur lui, également. Sur son histoire pleine de désillusions. Son père, pilier central de sa tragique histoire, l’a recueilli de force alors que sa mère, une prostituée qu’il avait mise enceinte alors qu’il était marié, lui a amené en le menaçant de révéler son infidélité. Aucun amour n’a jamais été donné à Estera, qui dès ses seize ans, a été enrôlé de force dans un bataillon maritime, espérant qu’il se fasse tuer dans quelque bataille sur les océans, pendant la guerre entre Tulorim et Kendra Kâr. Mais Estera s’est montré, pendant cette guerre, plein de ressources pour la survie et l’armée. Survivant à chaque escarmouche, montant petit à petit en grade, et gagnant à la sueur de son front ses galons, il arriva à se faire une place toute confortable dans l’armée de Tulorim… Ce qui ne plut pas au paternel, qui décida que son bâtard ne lui ferait plus d’ombre plus longtemps : il le muta sur Saldana. Infiltré dans un ardis en tant qu’esclave volontaire, sa mission était de tuer le chef de l’endroit et de prendre sa place… Ce qu’il finit par faire en personne. Dirigeant l’ardis pendant près de cinq ans, il aurait fini sa vie là si… une rébellion n’avait pas failli lui coûter la vie. Rébellion à l’origine de la guerre civile de ce monde, si j’en crois les paroles du sieur Melchial de plus tôt dans la journée. Fuyant pour sa survie, et allant ainsi contre les ordres de son paternel sévère, il finit par déserter l’armée et devenir milicien à la place… Montant à nouveau les échelons du pouvoir, jusqu’à atteindre le rang de sergent.

Et voilà qu’aujourd’hui, il revient sur Saldana, pour finir le travail que l’armée qu’il a quittée n’a su réaliser… Curieuse ironie, finalement. Et triste histoire… Un peu de compassion s’empare de moi, face à ce bâtard sans aucune notion de reconnaissance parentale. Mais je n’en fais guère étalage, concluant simplement à son histoire :

« Tu sembles pleins de surprises, et de forces, Estera. Ta connaissance de ce monde et ta capacité à y survivre nous amèneront la victoire ici. Allons, il va être l’heure du déjeuner, ce me semble… »

Il acquiesce, et nous finissons notre cinquième godet de thissa pour rejoindre le Palais de Melchial. Têtes connues, nous pénétrons l’endroit sans trop de difficulté, même sans notre escorte. Le dirigeant aux frusques vert et or nous accueille alors à sa table. Il semble en meilleure condition que plus tôt dans la journée, et nous gratifie même d’un sourire froid. L’affront passé ne semble pas attiser sa rancœur… Ce qui m’arrange.

Nous partageons alors un repas fait de fruits très sucrés, mais à la peau aussi dure qu’une coquille. Du pain de seigle, des confiseries… Je ne mange que ce qu’il faut pour me sustenter, laissant à plus tard la gourmandise. Il n’est guère temps de me sentir lourd ou somnolent. Nous partirons aujourd’hui même. J’ignore encore la destination, mais c’est un fait : nous ne devons pas tarder. Alors que nous nous régalons des mets proposés, le seigneur Melchial nous annonce :

« J’ai réfléchi à la meilleure manière de surveiller cette guerre. Vous vous rendrez à Ard’Essith, la plus grande Ardis des environs. Elle n’est pas sous le contrôle de Tulorim, mais son dirigeant, sage et intelligent, ne se dressera jamais contre nous. C’est dans cette cité neutre, occupant une place centrale dans la plaine désertique, que vous aurez le plus d’informations sur l’avancée de la guerre sans vous y mêler. »

Lysis ne peut se retenir d’intervenir.

(Sans nous y mêler ? C’est un ordre ? Une consigne ? Il risque d’être déçu.)

(Effectivement… Mais taisons cela pour le moment. Il l’apprendra bien assez vite.)

Commencer une mission en dupant un officiel allié, voilà qui s’annonce pimenté. Je m’hasarde à une question :

« Bien. Nous ferons selon votre souhait. Et… concernant les vivres et moyens de transport ? »

Son regard vipérin coule vers moi, et il consent à me répondre, d’une voix qu’il semble arracher à sa gorge de vieux pingre :

« Je vous confie une Atmos, une bulle atmosphérique, ainsi qu’un pilote, et des vivres pour tenir jusqu’à Ard’Essith et en revenir sans manquer de rien. »

Ne sachant pas ce à quoi il fait référence, je jette un regard à Estera, qui semble pleinement satisfait de l’offre. Bien… Tant mieux si le sire des lieux ne se paie pas notre tête, et s’implique un peu dans notre mission. C’était loin d’être gagné, si j’en crois ses paroles de notre première rencontre. Qui sait, seulement, quel plan tordu il n’a pas mis en œuvre pour nous contrer ?

(J’le sens pas, ce mec là. Il est soupe-au-lait et faux.)

Lysis ne commente pas, mais je sens qu’elle partage mon avis… Mauvaise première impression. J’espère me tromper. Le dîner se finit sur quelques discussions banales sans grand intérêt, sur des politesses et des traits d’esprit qu’il n’est guère pertinent de relever plus avant. Je laisse Estera mener la conversation avec Melchial, me prenant à mes propres pensées…

(Si Oaxaca est mêlée à ça, il faut que je fasse en sorte de ne pas me dresser trop contre ses plans, tout en menant à bien ma mission. Me battre contre elle sans lui retirer l’avantage. Ainsi va le marché que nous avons passé, elle et moi.)

Je ne vois, pour l’instant, pas bien comment faire… Et décide sciemment de ne pas m’en soucier pour le moment. Je ne dispose pas encore de suffisamment d’éléments pour décider d’un plan. Peut-être en saurai-je plus, à Ard’Essith. L’heure tourne, et la fin du repas arrive. Nous nous levons après avoir remercié notre hôte, et nous laissons conduire jusqu’à un hangar de pierre, où sont rangés de curieux moyens de transport, faits de cuivre et munis de hublots. Ils pourraient faire penser à des Cynores, mais… de curieuse forme et composition. Plus petits, ronds, ils ne peuvent accueillir que quelques passagers. Celui qui nous est octroyé ne comporte que quatre places, plus celle du pilote. Je comprends qu’il s’agit là des Atmos dont Melchial a parlé pendant le repas.

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Melchial nous laisse en seule compagnie du pilote, un Saldanien, à n’en pas douter. Sa peau cuivrée est masquée par des tatouages sombres. Il est vêtu de vêtements de lin amples, et ses cheveux sont couverts d’un turban. Ses yeux sont totalement bruns, avec une pupille noire. Un regard déconcertant, qu’il pose sur nous avec bienveillance, avant de nous saluer.

(Un esclave.)

Estera m’a aussi parlé de ça. Ici, le peuple est séparé entre les Hommes Libres, uniquement masculins, et les esclaves. Celui-là doit donc être un esclave… Je n’aime guère ça, mais… Je m’accommoderai de cette culture pour le moment sans trop chicaner. Je dois faire bonne impression. Du moins pour le moment, même si je déteste le politiquement correct.

(Ils verront, quand tu libéreras les flammes de ta liberté, ce que tu penses de leurs us révoltants.)

Je la sens ne pas partager mon avis sur l’utilisation d’esclaves, malgré ses mots. Son esprit lié au mien filtre quelques diffuses informations, et je la sens pour l’esclavage, pourvu qu’il soit… en son avantage, et au mien.

L’esclave ouvre une porte ronde dans l’Atmos, et Estera s’y faufile. Je le suis, et m’installe sur un siège recouvert de cuir lisse tendu par des boutons de métal. Le pilote se met aux commandes, sans un mot, et… L’appareil se met à léviter au dessus du sol, en expulsant une curieuse fumée blanche, inconnue aux Aynores et cynores que je côtoie depuis pas mal de temps. Je me laisse porter sans poser de question… Et nous finissons par quitter l’Ardis, en empruntant une porte ronde large située dans le plafond du hangar. Nous élevant à la verticale jusqu’à quitter l’abri des roches, je m’installe confortablement dans mon siège tout en lorgnant à travers le hublot, curieux de voir ce que les paysages extérieurs de ce monde peuvent bien donner…

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