L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Ven 10 Aoû 2018 20:55 
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Commanderie d'Opale


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Lieu de guilde des Danseurs d'Opale


Opulente propriété fortifiée d'une famille de la haute noblesse située dans le quartier sud de la cité, la commanderie d'Opale n'est évidemment pas connue sous ce nom à Nessima, pas davantage que son appartenance à cet ordre considéré comme hérétique et disparu par le Clergé de Sithi. Les Nessimois l'appellent simplement du nom de la famille qui la possède, comme pour toutes les demeures de la noblesse.

Bâtie sur une éminence rocheuse dans les premières années d'existence de Nessima, elle n'est accessible que par le biais d'un long escalier muni de rebords en pente pour les roues d'un chariot et ne présente au monde extérieur qu'une unique façade austère digne d'une forteresse. L'intérieur est plus vaste qu'il n'y parait car les constructeurs ont habilement tiré parti de l'existence de la ville souterraine de Sanssitr pour créer de vastes caves, servant aujourd'hui de salles d'armes ou d'entrepôt.

La propriété comporte un grand bâtiment principal, celui partiellement visible depuis l'extérieur, servant de demeure seigneuriale et hébergeant également la domesticité et les gardes, dont l'arrière donne sur des jardins de bonne taille pour l'intérieur d'une cité, enrichis de quelques fontaines et bassins. Ces jardins sont entourés de divers bâtiments annexes à moitié creusés dans le roc: écuries, four à pain, petite forge pour maréchal ferrant, lieux de stockage pour le fourrage et le grain, leurs usages sont divers et variés.

Officiellement cette propriété est donc celle de riches nobles de Nessima qui, passionnés d'arts martiaux, en ont fait un lieu d'enseignement en sus de leur demeure. Tout un chacun peut venir y suivre des cours, gratuits pour les bases, payants pour les techniques plus complexes. Par ailleurs, une dizaine de chambres confortables est à disposition des visiteurs et des apprentis dans le bâtiment principal.

Les propriétaires étant la plupart du temps absents, c'est la maître d'armes et intendante Llyann'tar Thelwë qui accueille les visiteurs et donne les cours d'arts martiaux. C'est une jeune Sindel d'à peine plus de cent vingt ans, mais c'est aussi et surtout une redoutable combattante affectionnant tout particulièrement l'épée à une main et demie. C'est une femme déterminée et dure, elle ne ménagera pas ses recrues mais ne fera preuve d'aucune rudesse inutile. Fille de l'Armurière Royale Eshrin'tar Enoure, elle est née à Nessima dans une famille de la haute noblesse très aisée et y a passé sa jeunesse. Devenue adulte, elle a beaucoup parcouru le monde, les continents d'Imfitil et de Nirtim principalement, puis est revenue endosser le rôle de "gouvernante" dans cette demeure à la demande de sa guilde, dont elle est par ailleurs l'une des dirigeantes. Outre Llyann, une vingtaine de serviteurs et guerriers résident en permanence dans la propriété.

Maître d'armes de la commanderie de Nessima (CCAA)

Llyann'tar Thelwë (niveau 21)

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Guerrière Héroïque issue de maître d'armes.

Elle peut vous enseigner les CCAA suivantes:

Basiques: (prix public: 250 yus. Membres: 175 yus)

  • Botte
  • Coup ciblé
  • Coup colossal
  • Coup de bouclier
  • Coup de fourreau
  • Estoc droit
  • Feinte
  • Garde imprenable
  • Halte forcée
  • Hypnose
  • Instinct sauvage
  • La différence d'un pas
  • La main du géant
  • Lames défensives
  • Les cent lames
  • Passe-bouclier
  • Renversement armé
  • Surprise éclair
  • Trancheur
  • Vol d'arme
  • 36 chandelles

Secondaires: (prix public: 350 yus. Membres: 245 yus.)

  • Danse des sabres
  • Adresse de guerre
  • Double trancheur

Danses d'Opale: (prix public: 500 yus. Membres: 350 yus.)

  • Danse de l'éclipse

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Lun 13 Aoû 2018 13:34 
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Un quart d'heure plus tard, j'entreprends l'ascension de l'interminable escalier qui donne accès à la demeure de mes ancêtres, à la foi euphorique et légèrement anxieux. Que vais-je retrouver de mon enfance, connaîtrai-je encore certains des serviteurs, des gardes? Et comment encaisserai-je tous les souvenirs qu'engendrera inévitablement en moi le seul fait de parcourir ces lieux où j'ai grandi, alors que j'ai pris la vie de mon propre père de mes mains? Ils m'assaillent déjà tandis que je grimpe les marches d'un pas rapide, je me souviens des visages de mes parents, de ceux de Jaëlle et de Moraën aussi, mais tous sont morts depuis des années et, contrairement à ce que je craignais, ces réminiscences ne parviennent plus à vraiment m'atteindre. Sans doute ai-je trop côtoyé la mort ces dernières années pour être encore capable de m'en émouvoir, mais à dire vrai je ne sais trop si cela doit me rassurer ou, au contraire, m'inquiéter.

Une chose a changé, en tous les cas: il n'y a pas de gardes devant les lourdes portes de bois sombre ornées de ferrures argentées qui percent la massive façade en pierres de taille de l'édifice, seule partie du bâtiment visible de l'extérieur. Seraient-ils tous tombés, comme cela a été le cas du frère de Moraën, le jour où mes parents ont été enlevés? Je grogne sourdement de mécontentement, l'intendant, Lubjaën, aurait dû les remplacer depuis longtemps! Enfin, je n'ai jamais trop apprécié ce serviteur, beaucoup trop zélé à mon goût lorsqu'il s'agissait de dénoncer mes frasques d'enfant à mes géniteurs. Mais après tout, cela faisait sans doute partie de ses devoirs, entre mécontenter mon puissant seigneur de père et le morveux que j'étais à l'époque, j'imagine que le choix a dû être vite fait. Reste qu'il aurait pu limiter la casse à bien quelques reprises en gardant certains détails pour lui, ce qu'il n'a jamais fait. Mais est-il seulement encore en poste? Il n'y a qu'une façon de le savoir: j'actionne le lourd heurtoir de bronze d'un geste assez sec pour que le vacarme produit résonne jusque dans les recoins les plus éloignés de cette demeure qui est désormais la mienne, ou du moins le sera dans quelques instants.

Les pesants battants s'ouvrent enfin après plusieurs minutes d'attente, dévoilant le visage chafouin d'un Sindel assez âgé aux cheveux gris coupés très courts et vêtu comme un domestique que je n'ai encore jamais croisé. Il tique en découvrant mon Ithilartëa à mes côtés, un éclat inquiet dans les yeux, mais il se reprend vite et s'enquiert d'un ton hautain:

"Que puis-je pour vous, mon jeune ami? Si vous cherchez un emploi de garde j'ai le regret de vous informer que nous n'engageons pas."

Je hausse un sourcil à l'intonation employée, je sais bien que je n'ai pas mon armure sur moi et que mes vêtements simples peuvent tromper un observateur non averti, mais le seul fait que je me trouve devant lui implique que j'ai franchi les contrôles du quartier noble et que je ne suis donc pas un vulgaire reître en mal d'embauche. Par ailleurs, quel mercenaire aurait un compagnon du genre de Sinwaë, n'est-il pas capable de reconnaître un Silnogure quand il en voit un? Quelque peu étonné par ces manquements, je lui rétorque avec fraîcheur:

"Vous pouvez vous écarter céans de mon passage, sieur, pour commencer. Puis vous irez quérir Lubjaën, et prestement je vous prie."

Le vieux serviteur recule d'un pas à mes paroles, puis il fronce les sourcils et, sans faire mine de s'écarter comme je le lui ai demandé, s'enquiert avec suspicion:

"Quérir messire l'intendant, certes. Qui dois-je annoncer?"

"Tanaëth'tar Ithil, fils de Veyann et Maeyl'tar Ithil. Ces noms vous disent-ils vaguement quelque chose?"

Le domestique écarquille les yeux de stupeur et s'empourpre violemment en s'écartant vivement du passage et en bredouillant:

"Toutes mes excuses, Monseigneur, je... nous avions entendu dire que vous étiez revenu voilà quelques mois mais je ...nous ne nous attendions plus à vous voir..."

Je m'assombris à ces bredouillements: ce Sindel est un abruti. Il n'a pas la moindre preuve que je suis bien celui que je prétends être et il me laisse entrer sans s'en assurer? Par Sithi, je sens qu'il va falloir faire un peu de ménage dans les parages, ces prochains jours. Par ailleurs son air imperceptiblement ennuyé ne m'a pas échappé, mon retour ne semble pas l'enchanter le moins du monde. Je soupire doucement, pas vraiment étonné, quand le chat n'est pas là, les souris dansent, puis je réplique en franchissant enfin le pas de porte:

"C'est sans importance. Allez me cherchez Lubjaën, je l'attendrai dans le bureau de mon père."

Sans plus lui prêter la moindre attention, j'avale le grand hall d'entrée décoré de luxueuses tapisseries et de quelques meubles d'art en quelques longues enjambées puis m'engouffre pensivement dans le couloir parsemé d'affreux tableaux donnant accès à l'aile ouest de la maison, où se trouve le bureau en question.

(Eh bien, la décoration aussi sera à revoir, j'ai comme l'impression que mes goûts n'ont pas grand chose en commun avec ceux de mes parents...)

(Je suppose que c'est normal, tu as vu du pays, depuis ton départ...)

C'est bien possible, en effet, reste que j'ai une étrange impression de...vieillot, comme si tous ces objets au luxe suranné évoquaient un temps depuis longtemps enfui. Et peut-être est-ce bien le cas d'une certaine manière, bien qu'une centaine d'années ne soit certainement pas ce qu'un Sindel qualifierait de "long temps". Mais je sais avoir vécu bien plus de choses au cours des quatre dernières décennies que la plupart de mes compatriotes en une vie, la notion du temps est quelque chose d'extrêmement subjectif, ainsi que je l'ai appris en côtoyant les humains, entre autres. Quelques instants plus tard, je pousse en retenant mon souffle la porte de la vaste pièce toujours encombrée de documents où mon père travaillait autrefois, me demandant de quoi elle peut bien avoir l'air aujourd'hui.

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Lun 13 Aoû 2018 15:35 
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Certaines choses ne changent pas, et le bureau de feu mon géniteur en fait partie. La grande pièce rectangulaire percée de plusieurs fenêtres à meneau donnant sur les jardins est identique à celle de mes souvenirs, lumineuse et encombrée d'un impensable fatras de paperasses, la plupart sommairement rangées sur les étagères superbement ouvragées qui occupent presque tous les murs disponibles. Le sol est recouvert d'épais tapis de teintes noires et argent et, outre le bureau, quatre fauteuils confortables entourent une petite table basse sur laquelle trônaient autrefois systématiquement une carafe de vin et de fins verres à pied. Elle est vide, aujourd'hui, mais en dehors de cela tout est tel que je m'en souvenais, ce qui a un petit quelque chose d'étrange compte tenu des événements qui se sont déroulés depuis lors. Alors que je me dirige vers le bureau pour m'y installer, une voix fortement teintée d'étonnement mais que je reconnais malgré tout fort bien m'interpelle soudain depuis la porte:

"Tanaëth?! Est-ce bien vous?"

Je me retourne en souriant légèrement, observant durant quelques secondes le vieux Ninsalit de ma famille avant de lui répondre. Lui non plus n'a pas pris une ride. Plus grand que moi d'une bonne dizaine de centimètres, Lubjaën est mince et doté d'un visage inspirant la confiance, ses cheveux gris foncé sont toujours attachés en une stricte queue de cheval et son regard couleur de plomb n'a rien perdu de son acuité.

"Messire Lubjaën. Heureux de voir que vous êtes toujours fidèle au poste. Installez-vous, nous avons à parler de nombreuses choses."

Contrairement à tous les vieilles connaissances que j'ai croisées depuis mon retour, l'intendant me reconnaît immédiatement, ce qui ne me surprend pas vraiment étant donné qu'il m'a vu naître et grandir jour après jour durant près d'un siècle. A mon invitation il prend place sur l'une des chaises à disposition des visiteurs autour du bureau en me dévisageant avec une incrédulité des plus comiques, comme s'il ne parvenait pas vraiment à croire que je suis véritablement revenu.

"Je suis fort aise de votre retour, Monseigneur. Je commençais à craindre le pire, cela fait des années que j'ai envoyé une certaine Moraën à votre recherche et j'espérais qu'elle vous ramènerait rapidement...L'avez-vous rencontrée?"

J'incline légèrement le visage et sort de mon col l'insigne de la garde militaire ayant appartenu à la chasseuse Sindel afin de le lui montrer:

"Elle m'a trouvé, oui, voilà passablement de temps. Elle a malheureusement été assassinée par des tueurs à la solde d'Averenn quelques jours après notre rencontre. Mais le moment n'était pas encore venu pour moi de revenir à Nessima, tout ce que j'y aurais gagné aurait été de me faire envoyer à Raynna."

"Fichtre, voilà une bien triste nouvelle... je suis profondément désolé qu'elle ait péri..."

"Et moi donc. Mais parlons plutôt de l'avenir, j'ai besoin de connaître l'état exact de la situation des affaires et possessions de mes parents, éclairez-moi voulez-vous?"

"Certainement Monseigneur."

Nous passons plusieurs heures à discuter de ces points, documents à l'appui lorsque cela s'avère nécessaire, avant que je ne le libère pour qu'il aille se charger de me faire préparer un repas et un bain chaud. La situation n'est pas brillante, mes parents ont perdu la plupart de leurs commerces et leur fortune a fondu comme neige au soleil, l'influence politique de ma Lignée à Nessima est devenue quasiment inexistante et seuls quelques rares serviteurs sont encore en poste, en nombre bien insuffisant pour entretenir la propriété. Mais je m'attendais à tout cela et ai déjà songé à des solutions lorsque j'ai dû convaincre Asuran de m'autoriser à défier sa fille Sylënn. Par ailleurs, ma position au sein des Danseurs d'Opale me donne accès à ses finances, ce qui me sera d'une grande aide même si je ne dépenserai jamais un yu lui appartenant pour des motifs privés, simple question d'intégrité.

Toutefois, je n'ai nulle intention de m'enraciner dans la demeure de mes parents, aussi ai-je prévu d'en faire un nouveau bastion de notre Ordre, secret bien évidemment vu le pays dans lequel nous nous trouvons. Reste que cela nous fera un pied à terre de plus au Naora, en manœuvrant finement et en faisant preuve de patience, cela pourrait s'avérer être l'une des pierres de fondation de l'édifice "diplomatique" qui nous permettra de reprendre un jour notre place parmi les Sindeldi, qui sait? Mais c'est là musique d'avenir, pour l'heure il me faut régler une quantité certaine de problèmes plus urgents, à commencer par l'un d'eux. Je m'empare donc de mon nécessaire d'écriture télépathique et y trace quelques mots:

Bonjour Llyann, c'est Tanaëth. Notre plan a été couronné de succès, reviens dès que possible à Nessima et retrouve-moi à la demeure de ma famille, elle appartiendra aux Danseurs et personne n'est mieux placé que toi pour diriger ce futur refuge de notre Ordre.

Avec toute mon affection, je t'embrasse.


Née et ayant tout comme moi grandi à Nessima, Llyann connaît parfaitement la ville et bon nombre de ses habitants, d'autre part elle fait partie de la haute noblesse et son grade élevé au sein de l'Opale implique qu'elle en connaît et maîtrise tous les rouages, ce qui en fait la personne idéale pour diriger cette future commanderie. J'ignore où elle se trouve actuellement et combien de temps il lui faudra pour revenir, mais j'ai bon espoir que ce soit avant mon mariage qui aura lieu dans un peu plus deux mois.

Quelques heures plus tard, après un délectable bain brûlant, le premier depuis des mois, ainsi qu'un bon repas, je retrouve Lubjaën et lui fais part des décisions que j'ai prises durant ce temps de délassement:

"Voici un millier de yus, cela devrait vous permettre d'assurer les charges courantes pour un certain temps. Ma soeur de coeur, Llyann'tar Thelwë, arrivera bientôt, c'est elle qui dirigera cette demeure, vous la seconderez pour toutes les tâches courantes comme vous le faisiez pour mes parents. Nous allons en faire un lieu d'enseignement d'arts martiaux, aussi attendez-vous à devoir accueillir plus de monde qu'autrefois. Je vous fournirai des gardes, à vous de choisir les domestiques nécessaires, je vous fais confiance. Mais virez-moi séance tenante l'hurluberlu qui m'a reçu, c'est un incapable et je n'aime pas ses manières."

Je marque une pause pour lui laisser le temps d'assimiler, puis je poursuis:

"Aujourd'hui même, je veux que vous alliez trouver les hérauts publics et que vous leur demandiez de diffuser largement et sans délai la nouvelle suivante: la cérémonie de Samsin qui scellera nos fiançailles, à Sylënn'tar Thinel et moi-même, aura lieu dans six jours, à la pleine lune, au temple de Sithi. Payez-leur ce qu'ils demandent, mais je veux que toute la cité soit au courant. N'y voyez nulle arrogance cela fait partie de mon plan pour contrer Averenn, il faut que tous ses amis sachent que je suis pleinement réintroduit dans mes droits et que s'en prendre à moi n'ira pas sans conséquences. Enfin, un banquet aura lieu ici-même après la cérémonie, vous veillerez à sa parfaite organisation. Je vous informerai du nombre approximatif de convives dès que possible. Des questions?"

S'il est visiblement surpris par l'annonce de ce mariage, le Ninsalit s'abstient prudemment de tout questionnement à ce propos et se contente de me répondre:

"Non Monseigneur, tout est clair et vous serez scrupuleusement obéi."

"Je n'en doute pas. Allez maintenant, nous avons tous deux du pain sur la planche."

Tandis qu'il s'éclipse, je souris pour moi-même avec autodérision, amusé autant qu'étonné de l'aisance avec laquelle je me glisse dans ce rôle de seigneur, bien que j'y aie été préparé toute ma jeunesse durant. Mieux vaudrait que je ne m'y habitue pas trop pourtant, puisque je n'ai pas l'intention de moisir ici plus longtemps que nécessaire.

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Mer 15 Aoû 2018 19:33 
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Une fois le Ninsalit de ma famille sorti du bureau ayant appartenu à mon père et à je ne sais combien de générations d'Ithil avant lui, je m'adosse pensivement dans le luxueux fauteuil à haut dossier et contemple les jardins, visibles au travers des fenêtres à meneau, sans pour autant les regarder véritablement. La première partie de ma danse est achevée, je suis de retour chez moi et réintroduit dans mes droits, mais je n'en éprouve nul sentiment de victoire. Rien ne sera vraiment joué tant qu'Averenn vivra, tôt ou tard il reviendra à Nessima et ce jour-là... une lutte à mort reprendra, parsemée je n'en doute pas de coups en traître, de machinations vicieuses qu'il me sera extrêmement difficile de contrer, faute d'avoir l'esprit assez tordu pour seulement les imaginer. Je devrai agir vite, très vite, le défier et prendre sa vie avant qu'il n'ait eu le temps de mettre en œuvre ses manigances, sans quoi ma situation deviendra très vite intenable.

Mais pour l'heure, il n'est fort heureusement pas encore revenu et j'ai de nombreuses tâches qui m'attendent, à commencer par la recherche des preuves de sa culpabilité. Après avoir fouillé plusieurs heures durant les innombrables paperasses qui encombrent le lieu, un vieux souvenir me revient en mémoire alors que je me demande comment je vais bien pouvoir confondre mon retors ennemi: mon père dissimulait certains documents sensibles ou petits objets de grande valeur dans une cache que, curieux et fouineur comme je l'étais enfant, je n'avais pas manqué de découvrir. Se pourrait-il qu'il y ait conservé des documents susceptibles de coincer Averren? Je n'y crois guère, sans doute est-elle vide depuis longtemps, mais m'en assurer ne coûte rien et je vais donc vider l'un des rayonnages de la bibliothèque qui possède un double fond soigneusement dissimulé. Il me faut tâtonner un moment pour trouver le mécanisme d'ouverture que je n'avais jamais actionné moi-même, ayant seulement vu en cachette mon père le faire, mais je finis par parvenir à ouvrir le petit compartiment secret.

J'y trouve quelques documents qui, une fois rapidement parcourus, s'avèrent complètement dépassés et bons pour les archives. Comme je m'y attendais un peu il n'y rien à en tirer contre Averenn, mais j'y déniche aussi une petite bourse de cuir que j'ouvre avec curiosité.

(Par Sithi! Tu vois ce que je vois Sindalywë?!)

(Oui, c'est incroyable, même moi je n'en avais jamais vu autant à la fois!)

Éberlué, j'en vide le contenu dans le creux de ma main: des runes! Plus que je n'en ai jamais possédé, près d'une vingtaine! Comment mon père a-t-il obtenu un tel trésor? Je n'en ai pas la moindre idée, mais en guise d'héritage c'est bien plus que je n'en espérais, à mes yeux cela vaut bien plus que n'importe quelle fortune car je connais la rareté et le pouvoir de ces étranges petites pierres gravées de signes noirs. J'en reconnais certaines, l'une signifie "tigre", trois d'entre elles signifient "endurance", deux autres "invoquer" et deux enfin représentent le verbe "renforcer", mais j'ignore totalement ce que veulent dire les autres. Après quelques instants passés à les examiner en tout sens, je les range dans la petite bourse que je referme soigneusement et glisse dans l'une de mes poches d'où elle ne risque pas de s'échapper, puis je remets le panneau de bois et les documents qui se trouvaient devant en place afin que nul ne puisse découvrir cette cachette par hasard.

Après quelques minutes de réflexion, je me décide à retourner sans tarder à l'armurerie. Quitte à être privé de mon armure durant les quelques jours qu'il faudra à Raziel'tar Manith pour l'améliorer, autant en profiter pour y faire incruster en même temps quelques runes, non? Il faut évidemment que je fasse identifier au préalable celles que je ne connais pas mais, maintenant que j'y pense, Eshrin devrait probablement en être capable et, compte tenu de nos excellentes relations, je ne doute pas qu'elle fera de son mieux pour me conseiller et les incruster le cas échéant. Je quitte donc la pièce, puis ma demeure, d'un pas rapide, empli de curiosité quant à la signification de ces nombreuses runes inconnues.

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Mer 10 Oct 2018 14:32 
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Une heure plus tard, de retour dans la demeure de ma famille et, plus précisément, dans le bureau de feu mon traître de géniteur - qu'il faudra que je m'habitue à considérer désormais comme mien - je sors mon nécessaire à écriture télépathique et entreprends de rédiger un message à l'attention d'Ylis Ithil, la commandante de l'Aura de Syriën:

"Bonjour Ylis, c'est Tanaëth. Je viens d'acquérir six galères pour l'ordre, achetées en mon nom évidemment. Voyez s'il y a des marins dans nos membres et si oui, envoyez-les au plus vite au port de Tahelta afin qu'ils prennent possession des quatre navires qui s'y trouvent. Il faudra trois cents marins au total, si besoin contactez le prêtre Ephedym dans les quartiers pauvres de ma part, il devrait pouvoir trouver des matelots parmi les réfugiés de Sor-Tini et les démunis. Prenez soin de choisir des Sindeldi n'éprouvant aucune haine envers les Eruïons, ces navires ayant pour but de leur livrer des vivres et des biens de première nécessité. Faites remplir leurs cales à Tahelta ou Cyniar avec ce qui convient et envoyez-les à Nessima dès que possible, les deux dernières galères y attendront leurs équipages.

Bien à vous, que Sithi vous garde."


Ce message envoyé, je range pensivement mon matériel. Sans doute faudra-t-il plusieurs semaines avant que les Danse-Lames prennent la mer pour aller accomplir leur mission, mais les Eruïons se sont passés d'aide depuis des millénaires et je ne vois guère comment accélérer les choses davantage. Par ailleurs je sais qu'Ylis ne trouvera pas trois cents marins parmi les membres de l'Opale; nous ne sommes pas précisément un peuple de navigateurs, mais j'ai bon espoir qu'il soit possible d'en trouver assez parmi les milliers de démunis de Tahelta et cela aura en outre l'avantage d'en sortir quelques-uns de leur misère noire. Et puis, la plupart venant d'un autre monde, peut-être seront-ils moins enclins à mépriser tout ce qui n'est pas Sindel, ayant probablement été en contact avec d'autres peuples sur les colonies.

Je consacre les jours suivants au renouvellement des gardes et serviteurs de ma demeure, qui retrouve peu à peu vie, ainsi qu'à l'organisation des prochaines cérémonies en collaboration avec Asuran et Sylënn. Si le père s'avère fort satisfait des dispositions que j'ai prises en achetant des navires qui vont remettre en route le florissant commerce qu'il entretenait avec mon père, ma future épouse en revanche est plus sombre et distante que jamais. Je suppose que cela est dû à l'approche de nos fiançailles, mais par Sithi il va bien falloir qu'elle se fasse à l'idée et abandonne cette tête d'enterrement! La perspective d'être lié à vie avec une porte de prison ne me tente guère, aussi lui demandé-je de rester un moment lorsque son père déclare qu'il est temps pour lui de se retirer, ce qui me vaut un regard noir suivi d'un haussement d'épaules et d'une réponse résolument enchanteresse:

"J'ai à faire, sieur Ithil, que voulez-vous encore?"

Je m'approche d'elle jusqu'à lui faire face et en être séparé par un petit pas, puis je lève une main pour frôler sa joue d'une caresse, un geste qu'elle esquive d'un léger mouvement de tête agacé. En temps normal je n'insisterais pas, mais cette fois je force le contact et l'incite à me regarder dans les yeux d'une pression de la main en lui rétorquant fermement:

"Vos autres devoirs attendront, cette fois, Sylënn. J'aimerais que nous fassions un peu connaissance et, surtout, je voudrais comprendre pourquoi l'idée de vous unir à quelqu'un vous rebute tant."

Ses pâles prunelles vertes s’étrécissent et laissent entrevoir un bref éclat de colère, mais comme je ne me laisse nullement démonter, elle finit par me répliquer d'un ton dur et froid:

"Je n'ai pas envie de parler de cela, comptez-vous tenter de m'y contraindre?"

Je hausse un sourcil, aussi amusé qu'interloqué par cette supposition, puis lui réponds calmement:

"Ma foi, je pourrais le découvrir par d'autres manières s'il le fallait, mais je préférerais l'apprendre de votre bouche. Ne croyez-vous pas que notre vie sera plus agréable si nous faisons tous deux un effort pour nous comprendre et nous entendre?"

Elle se dégage de mon contact d'un geste brusque et me rétorque sèchement:

"Vous ne découvrirez rien du tout, sieur Ithil. La raison pour laquelle je n'ai nulle envie d'un mari, ou même d'un compagnon, restera enterrée à jamais."

Je secoue doucement la tête et lui réponds à mi-voix tout en la fixant au fond des yeux:

"Je n'ai aucune envie de passer le reste de mon existence avec une porte de prison austère et glaciale, Sylënn, sans vouloir vous offenser en rien. Je veux savoir ce qui rend cette idée si pénible à vos yeux, non par simple curiosité mais parce que j'espère que comprendre cela me permettra de franchir ce rempart que vous élevez. Et s'il me faut pour cela user du pouvoir de Vision dont Sithi m'a gratifié, alors soit, je m'y résoudrai."


La belle noiraude recule brusquement d'un pas, comme si je venais de la gifler, avant de répondre d'une voix dangereusement atone:

"Je vous déconseille fortement de fouiller mon passé, sieur. Je ne vous le pardonnerai pas."

Je hausse légèrement les épaules sans manifester le moindre trouble face à son attitude indiciblement menaçante:

"Pour la différence que cela ferait... je prendrais le risque, soyez-en certaine. Mais encore une fois, je préférerais de loin que vous m'accordiez un brin de confiance et fassiez un petit pas pour que notre vie commune ne soit pas un enfer."

La redoutable guerrière me fixe longuement en silence, comme pour jauger si je me risquerais véritablement à encourir son courroux, puis elle lâche enfin d'un ton écœuré, jugeant probablement que je ne bluffe pas:

"Vous voulez vraiment savoir? Soit, je suppose que c'est justifié puisque vous avez réussi à m'obliger à honorer mon serment et que nous allons devenir époux. Mais répétez cela à quiconque et je jure devant Sithi que je vous passe mes lames au travers du corps, est-ce clair?"


"Cela restera entre vous et moi, vous avez ma parole, Sylënn."

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Dim 14 Oct 2018 08:34, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Ven 12 Oct 2018 12:17 
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La Sindel me dévisage longuement sans prononcer un mot, mais ce n'est pas vraiment moi qu'elle regarde. Son regard habituellement perçant semble voir au travers moi, presque absent, tandis qu'elle replonge dans des souvenirs que je devine des plus désagréables. Au terme de plusieurs minutes d'un silence que je me garde bien de rompre, elle entame enfin son récit, d'une voix si dénuée de timbre qu'elle en est sourdement inquiétante:

"Lorsque je suis entrée en formation d'Hirdam, j'ai été confiée à un instructeur que j'avais déjà rencontré. C'était une connaissance de mon père et il était déjà venu à la maison quelques fois. Je ne l'aimais pas, il avait un regard...dérangeant quand il me regardait, mais j'étais trop jeune pour comprendre ce qu'il signifiait. Durant les premières semaines de mon apprentissage, il s'est contenté d'être... désagréablement collant. J'avais bien conscience qu'il profitait de la situation et que ses gestes n'avaient rien d'innocent mais... je n'osais rien dire, il avait le pouvoir de me faire renvoyer et je n'aurais pas supporté de revenir vers mes parents après un tel déshonneur..."

Mon visage se durcit au fur et à mesure de son histoire, je ne peux que comprendre sa peur pour l'avoir moi-même éprouvée, bien que pour de toutes autres raisons. Comme elle j'avais été convaincu qu'échouer lors de ma formation couvrirait de honte ma famille, notre éducation de nobles constituait un carcan étroit dont nous ne pouvions nous extirper sous peine de mettre en péril la position et l'influence de nos familles, ce qui n'était pas envisageable. Qu'un instructeur se soit livré à pareil comportement était tout simplement écœurant et indigne, mais je sais que ce n'est pas une exception; nombreuses étaient les histoires qui courraient sous le manteau du temps où j'étais moi-même en formation. La plupart du temps cela n'allait pas plus loin que quelques gestes déplacés, même un instructeur ne pouvait pas tout se permettre, seulement je devine aux paroles de Sylënn que, pour elle, ce n'en est pas resté là. Elle n'a pas besoin d'en dire plus pour que je comprenne ce qui s'est passé, mais je m'abstiens néanmoins d'intervenir: la laisser sortir enfin cette sordide histoire au complet lui permettra peut-être de tourner la page, du moins je l'espère.

"Un soir il m'a convoquée dans son bureau et a menacé de dénoncer mes parents pour hérésie si je ne faisais pas exactement ce qu'il voulait... dois-je te faire un dessin de ce qui est arrivé ensuite?"

Son regard toujours rivé au mien flamboie de rage et de dégoût à ces derniers mots, mais pas plus que précédemment je ne me laisse déstabiliser, bien qu'il me faille faire un rude effort de volonté pour ne pas baisser les yeux:

"Comment cela s'est-il terminé? Tu l'as tué? Quelqu'un est intervenu pour mettre un terme à cette ignominie?"

Une moue écoeurée se dessine sur les traits durs de ma promise qui me répond d'une voix monocorde:

"Non...ça s'est terminé le jour où j'ai achevé ma formation."

Effaré, j'ouvre des yeux comme des soucoupes et m'exclame avec incrédulité:

"Tu veux dire que tu as enduré ça pendant près de cinquante ans?!"

"Oui..."

"Mais pourquoi par Sithi? Pourquoi ne pas en avoir parlé à quelqu'un de plus haut placé?!"

La guerrière me fixe longuement en silence, puis elle finit par avouer d'un murmure:

"Parce que j'avais trop honte, et que j'avais peur pour ma famille."

Je plisse légèrement les yeux, autant de colère rentrée que de réflexion, puis je lui demande à mi-voix:

"Alors il est toujours en vie, impuni, si je comprends bien? Qui est-il pour que tu aies craint des représailles au point de supporter... ça?"

"Tu le connais bien, Tanaëth. Il se nomme Averenn'tar Thelwë."

Bordel! J'en reste sans voix durant de longues secondes, incapable d'ordonner mes pensées, puis je me reprends péniblement pour remarquer doucement:

"Alors c'est pour ça que tu as accepté de m'aider...je comprends mieux. Cela m'étonnait que tu agisses ainsi pour ton père, il n'a pas assez pâti des manigances d'Averenn pour justifier que tu prennes de tels risques..."

Sylënn hoche lentement la tête avant de préciser d'un ton glacial:

"Je me suis jurée que j'aurai sa tête, seulement m'en prendre à lui était trop risqué, il a trop d'appuis, mon père et ma soeur en auraient subi les conséquences. Mais quand tu es arrivé et que tu m'as raconté ton histoire après m'avoir défaite...je me suis dit que toi tu n'avais plus de famille et que je tenais peut-être enfin une chance d'obtenir ma vengeance."

Je la scrute intensément durant un instant, puis je m'empare doucement de l'une de ses mains et la porte à mes lèvres avant de rétorquer avec un discret sourire:

"Tu fais erreur, j'ai une famille: toi. Mais cela ne m'empêchera pas d'écraser ce maudit, sois-en certaine. Tu auras bientôt ta vengeance."

Cédant à mon instinct, je prends le risque de l'attirer doucement vers moi pour l'étreindre chastement tout en ajoutant:

"Tu as remarqué? Nous nous tutoyons enfin..."

Je la sens se crisper et se tendre comme un arc à mon geste mais, pour la première fois, elle s'abstient d'aussitôt se dégager sèchement, ce qui est déjà un immense progrès à mes yeux. Cela ne dure pas, pourtant, après quelques secondes à peine elle s'échappe de mes bras et recule d'un pas en murmurant:

"Laisse-moi du temps, Tanaëth, c'est...difficile..."

"Ton temps sera le mien, Sylënn, sois sans crainte à ce propos."

Elle m'adresse un pâle sourire en guise de remerciement, puis elle déclare d'un ton un peu gêné qu'il est temps pour elle de partir, à quoi j'acquiesce simplement d'un léger signe de tête avant de l'observer quitter la pièce avec un léger sourire aux lèvres. Ce soir nous avons fait un pas plus grand que je ne l'aurais cru possible, peut-être finirons-nous par arriver à quelque chose, avec du temps?

Après son départ, je m'installe confortablement dans mon fauteuil pour réfléchir à ce que je viens d'apprendre. Avec une telle accusation et Sylënn pour témoin, il serait sans doute relativement aisé de faire condamner Averenn au bagne. Mais malheureusement ce n'est pas vraiment une option, non seulement elle a été assez explicite sur ce qui m'arriverait si jamais je me permettais d'évoquer ce passé, mais de plus la réputation et l'autorité de ma future épouse en prendraient un rude coup. Cet enfoiré d'Averenn a soigneusement protégé ses arrières, comme toujours, et plus j'en apprends sur lui plus je doute de trouver les preuves qui me permettront de le défier publiquement dans le cadre d'un jugement de Sithi. Je ne suis pas assez rôdé aux intrigues politiques pour être certain que cela ne se retournera pas contre moi, d'autant plus que je ne sais pas exactement qui le soutiendra, mais je n'ai plus vraiment le choix. Lui laisser davantage de temps ne fera que mettre davantage en péril les Danseurs d'Opale et ma propre vie, il suffirait qu'il ait une relation suffisamment haut placée dans le Clergé et qu'il obtienne d'elle qu'elle m'accuse d'hérésie pour que c'en soit fini de moi et de nos repères au Naora. Je ne puis qu'espérer qu'il n'ait pas parfaitement mesuré le danger que je représente pour lui et qu'il revienne à Nessima avec la ferme conviction de pouvoir m'écraser sans aide, sans quoi...

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
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Comme je l'ai redouté, le retour du temple de Sithi jusqu'à ma demeure est un véritable calvaire tant je suis affaibli par le combat que je viens de livrer. Je m'efforce de dissimuler au mieux ma faiblesse à la troupe qui nous suit, mais heureusement que Sylënn me soutient solidement, sans quoi je m’assiérais sur la première pierre venue et me reposerais quelques heures sans me soucier de faire attendre nos invités. Lorsque nous parvenons enfin au terme du détestable escalier qui donne accès aux portes de la maison de mon enfance, ma fiancée me demande d'un ton discrètement sarcastique:

"On va oublier l'entrée traditionnelle, qu'en dis-tu? Quoique, nous pourrions inverser les rôles, dois-je te porter comme un gros bébé ô mon vaillant fiancé?"

Misère... j'avais oublié le "rituel" de Missan qui doit marquer le début de notre vie commune et la fondation de notre foyer, un rituel que je suis censé débuter en portant ma fiancée pour lui faire franchir le seuil de notre futur lieu de vie. Et à son petit sourire moqueur, je vois bien que cette petite peste sait pertinemment, en me proposant de faire l'inverse, que toute la ville en ferait des gorges chaudes durant les dix siècles à venir. Non moins ironique, je lui rétorque juste assez haut pour qu'elle entende:

"Même un gamin de dix printemps serait capable de soulever une fragile jeune femme dans ton genre, ô ma tendre fiancée."

Joignant le geste à la parole, je passe un bras sous ses épaules et me penche pour glisser l'autre sous ses genoux, non sans devoir me faire violence pour ne pas laisser échapper un cri de douleur lorsque cela tire sur mon épaule malmenée. Puis, d'un effort dont je m'attends à ce qu'il soit rude, après tout elle doit peser presque le même poids que moi et son armure en rajoute une bonne couche, je la soulève de terre et...

(Par tous les dieux!)

J'ai bien failli la lâcher tant la force que j'ai mise dans mon geste est supérieure à celle nécessaire! C'est ahurissant, mais elle ne pèse... rien. Littéralement rien, porterais-je une plume que cela me demanderait le même effort! Aussi éberlué que Sylënn, il me faut une seconde pour comprendre la cause de cette invraisemblance: j'ai fait incruster une rune de force, en plus de celle d'endurance qui m'a permis de contrer de mes brassards les effroyables coups de mon adversaire. Retenant un soupir de soulagement, je me reprends et, comme s'il était parfaitement naturel que je puisse la porter sans le moindre effort, lui fais franchir la porte de notre foyer dès que mes nouveaux gardes l'ouvrent cérémonieusement devant nous.

Parvenu dans la grande salle de ma demeure, prête à accueillir le banquet qui va suivre, je dépose doucement ma fiancée au sol et la conduit jusqu'à la grande cheminée trônant au bout opposé de la pièce. Aucun feu n'y brûle, mais du bois y a été soigneusement empilé et ne demande qu'une étincelle pour s'embraser. Lubjaen, mon intendant, s'approche alors de nous, portant une torche enflammée qu'il me remet solennellement et que je tends à mon tour à Sylënn en prononçant les paroles rituelles:

"Ici sera notre foyer. Si tu y consens, allume ce feu symbolique en hommage à Sithi qui nous offrit jadis l'étincelle de vie. Puisse notre mère nous accorder de donner la vie ainsi qu'elle l'a fait afin que se perpétuent ses Enfants au travers des âges."


Je discerne une infime crispation sur le visage de la belle Sindel à cette évocation, mais elle plonge néanmoins la torche dans l'empilement de petit bois qui prend feu aussitôt et repousse bien vite les ténèbres ambiantes. Dès que nous nous sommes retournés pour faire face à nos invités, le vieux Valyan entreprend de psalmodier une antique prière afin que Sithi bénisse notre nouveau foyer et nous accorde de nombreux héritiers, ce qui a bien évidemment le don de faire serrer une fois encore les dents à Sylënn. Pour les héritiers ce n'est pas gagné, mais à dire vrai cela ne m'importe guère. Après tout nous sommes tous deux encore jeunes et, en l'état actuel des choses, imaginer la rugueuse commandante en train de pouponner ne manque pas de piquant. Retenant à grand peine un éclat de rire, je m'adresse alors à la petite assemblée:

"Dames et seigneurs, nous vous souhaitons la bienvenue en notre demeure et vous invitons à prendre place à notre table afin de célébrer dignement nos fiançailles et la fondation de notre foyer. Par ailleurs, je vous prierais de bien vouloir m'excuser un instant, le combat contre Athyërël m'a éprouvé et je ne saurais profiter de votre illustre compagnie sans me décrasser quelque peu auparavant."


De retour dans mes appartements, c'est avec un indicible soulagement que j'avale coup sur coup deux potions de soin divines et sens enfin la douleur disparaître alors que ma blessure se referme complètement. Un autre motif de soulagement est l'état de mon armure qui, contrairement à ce que je craignais, n'a pas été proprement défoncée. La lame de mon redoutable adversaire a simplement réussi à passer entre deux plaques et a tranché le lien de cuir qui les maintenant ensemble. Rien que je ne puisse réparer moi-même, mais je remets cette tâche à plus tard, les invités attendant mon retour. Je regagne donc rapidement la salle après m'être soigneusement lavé et avoir revêtu la somptueuse tenue que j'avais faite faire sur mesure pour l'anoblissement d'Isil et qui constitue en réalité le seul habit correct que je possède.

La suite de la soirée, ou plutôt de la matinée car l'aube point alors que nous n'en sommes qu'aux entrées, se déroule sans accroc dans une ambiance détendue. Il doit être près de midi lorsque les derniers convives quittent la salle et que je peux enfin songer à aller m'effondrer comme j'en rêve depuis de nombreuses heures. Reste toutefois le "problème" de Sylënn à qui je demande d'un ton légèrement hésitant:

"Je t'ai fait préparer des appartements mais...peut-être préfères-tu retourner à la caserne?"


A ma plus grande surprise, elle me répond avec une douceur des plus inhabituelles:

"Non. Cela ferait jaser. Et puis, il faudra bien que je m'habitue... à tout ça. Montre-moi nos appartements."

Plus ému que les mots ne sauraient l'exprimer, je ne peux qu'imaginer le courage qu'il lui faut pour se résoudre à se reposer à mes côtés après ce qu'elle a vécu, je lui prends la main en murmurant simplement:

"Très bien... viens alors."

Il ne se passe rien entre nous durant les heures qui suivent, bien entendu, je ne prendrais pas le risque de la brusquer par un geste malencontreux. Mais le simple fait de dormir ainsi côte à côte est un immense pas en avant, peut-être que je n'aurai pas à vivre une éternité aux côtés d'un glaçon, finalement?

*****


Note GM: consommation de 2 potions de soin divines

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Jeu 25 Oct 2018 10:20, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Mer 24 Oct 2018 19:13 
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Il s'écoule près d'un mois avant que Lyann'tar Thëlwë, ma soeur d'âme et future dirigeante de notre commanderie de Nessima n'arrive enfin. Ma joie de la revoir est grande, mais je devine dès le premier regard qu'il y a un souci tant son visage est grave alors que nous étreignons fraternellement:

"Tu as l'air inquiète, que se passe-t-il?"

"Averren était dans le même Cynore que moi. Il est de retour, Tanaëth", m'annonce-t-elle sombrement. "Mais il y a plus grave: le secret de l'existence de Clair de Lune est éventé. J'ai appris qu'une petite armée de Garzoks s'apprêtait à l'attaquer."

"Quoi?! Par Sithi! Et...nos défenses, sont-elles suffisantes?"

"Je l'ignore. J'ai bien songé à m'y rendre, mais cela aurait été inutile, je serais arrivée trop tard."

"Bon sang...espérons que Sylayëm soit capable de tenir la citadelle, sans quoi nos projets sur Nirtim seront fortement compromis. Bref, on ne peut rien y faire pour l'instant et tu dois être affamée. Viens donc te restaurer et te reposer, nous reparlerons de tout ceci plus tard."

"Je me suis reposée pendant le vol, mais un bon repas chaud ne serait pas de refus."

Une fois qu'elle s'est sustentée, nous reprenons notre discussion et nous racontons mutuellement les aventures que nous avons vécues depuis notre dernière rencontre, ce qui nous prend plusieurs heures. La situation de notre Ordre sur Nirtim est inquiétante et nécessiterait que je retourne au plus vite sur ce continent, mais je suis douloureusement conscient que je ne puis quitter Nessima avant d'être dûment marié et d'avoir abattu mon ennemi. Nous pouvons nous permettre de perdre une citadelle sur Nirtim, même si le coup serait terrible, mais certainement pas de laisser Averren anéantir définitivement toute chance de retour au Naora pour notre Ordre. Ce que mon départ prématuré lui permettrait d'accomplir, cela ne fait pas le moindre doute. Je dois en finir avec lui - et vite de préférence - mais comment?

"Pourquoi ne pas le défier comme tu l'avais prévu?"

"Parce qu'il apprendra très vite que j'ai terrassé Athyërël et qu'il ne prendra pas le risque de m'affronter après ça."

"Aurait-il le choix?"

"Je n'en suis pas certain, mais je pense qu'il a encore assez d'influence en tant qu'Ithilauster pour obtenir de ses relations haut-placées à Tahelta que cela se règle devant un tribunal du Clergé. Et là, autant que je retourne de suite à Raynna. Non, avant toute chose il faut que je trouve au moins une preuve sérieuse de sa culpabilité, sinon il parviendra à retourner la situation."

"Je t'ai déjà répété dix fois qu'il aura pris soin de n'en laisser aucune, Tanaëth. Ne le sous-estime pas."

"Dans ce cas... il va falloir que je le pousse à commettre une erreur."

"Comment?"

"Aucune idée. Mais je trouverai bien quelque chose. Assez palabré, allons plutôt nous entraîner un peu, j'ai besoin de me défouler."

"Ta tendre fiancée ne te suffit pas", me demande Lyann avec une ironie mordante?

"Ma tendre fiancée redoute plus un assaut nocturne de ma part que toute une armée d'Eruïons, vile jalouse!"

"Ah oui? Pourtant il n'y a vraiment pas de quoi."

Je lui assène en riant une petite tape sur les fesses, assez preste pour que sa tentative d'esquive soit vaine, puis je la serre affectueusement contre moi en avouant:

"Tu m'as manqué! Viens, allons voir la salle d'entraînement, je voudrais que tu me dises si elle te convient."

"La salle d'entraînement, hein? Tu me faisais des propositions plus alléchantes la dernière fois que nous nous sommes croisés."

"Je ne tiens pas à ce que Sylënn nous trouve dans le même lit en rentrant, c'est déjà assez difficile comme ça", lui répliqué-je avec une moue amusée.

"Parce que tu penses qu'il te sera plus facile d'expliquer les nombreux bleus que je vais t'infliger?"

C'est en riant et en plaisantant que nous parvenons à la salle que j'ai fait remanier pour les futurs entraînements des Danseurs d'Opale, mais notre légèreté n'est qu'apparente. Je sais pertinemment que Lyann est toujours un peu amoureuse de moi et je ne puis me mentir à moi même en prétendant que la réciproque n'est pas vraie. Mais les regrets ne servent à rien, nous avons choisi de placer les intérêts de l'Opale avant les nôtres voilà déjà quelques années et il n'est plus temps de changer de cap. Une fois munis d'épées d'entraînement, Lyann me sourit narquoisement et demande:

"Bon, tu es prêt?"

"Oui, je... Aie!"

Par les enfers, comment a-t-elle fait ça? Elle était sur le point de dégainer et pourtant, avant que je n'aie compris ce qui se passait, elle a réussi à me porter un rude coup dans le ventre!

"C'est quoi cette fourberie?"

"Une technique que j'ai apprise récemment, ça s'appelle "surprise éclair". Efficace, ne trouves-tu pas" me demande-t-elle d'un ton moqueur? "Un bleu, un."

"Tsssk! Montre-moi un peu comment tu fais ça au lieu de fanfaronner!"

"C'est facile, mais il faut faire attention d'être à bonne portée. Regarde, place ton pouce ainsi sur la garde et tiens ton fourreau de l'autre main, ça aide à dégainer plus vite. Comme ceci."

"Ouch! Hey, tu sais que je viens de manger", récriminé-je après m'être pris un nouveau coup dans l'estomac?!

"Trop, apparemment, ça semble te ralentir", riposte-t-elle moqueusement.

"Ah oui? Voyons un peu..."

Mes premières tentatives pour reproduire cette technique s'avèrent... misérables, et me valent quelques nouveaux jolis bleus, mais je finis par comprendre le principe et, après quelques tâtonnements, parviens enfin à rendre la monnaie de sa pièce à ma sarcastique amie. Il me faut une bonne heure de plus pour assimiler parfaitement le geste requis, après quoi la pauvre Lyann s'avère incapable d'esquiver un coup auquel elle s'attend pourtant, ce qui la fait grogner:

"Par Sithi, je commence à comprendre comment tu as réussi à démolir Athyërël! Tu as fait des progrès depuis la dernière fois, mais attends un peu!"

Tournoyant subitement avec célérité alors que je ris encore de son dépit, elle me prend totalement par surprise et m'assène soudain un coup sur tempe, assez rude pour me faire chanceler bien qu'elle l'ait très clairement retenu.

"Tu les vois les chandelles?"

Secoué, je marmonne d'un ton incompréhensif:

"Hein? Quelles chandelles?"

C'est au tour de mon amie d'éclater de rire:

"Ce coup s'appelle les trente-six chandelles. Porté à pleine puissance il peut assommer, rendre amnésique ou même tuer net ton adversaire. Peut-être que si je te le montrais une nouvelle fois tu oublierais que tu es fiancé?"

"Mmh, on va éviter, Asuran ne me le pardonnerait pas."

Je préfère entraîner ce coup sur l'un des mannequins prévus à cette effet, même si je maîtrise plutôt bien mes lames je ne suis pas à l'abri d'une erreur et je ne suis pas particulièrement désireux de risquer de faire de Lyann un zombie décérébré.

"C'est la tempe que tu dois viser, pas la gorge! Et tape avec le plat de ton épée, le but n'est pas d'étêter ton adversaire bougre d'âne!"

Évidemment, vu comme ça... En réalité cette technique ne me pose guère de difficultés, ce n'est finalement qu'un puissant coup de taille un peu plus précis qu'un autre, mais en revanche je découvre vite qu'il s'avère presque impossible d'en gérer la force assez subtilement pour être sûr de ne pas tuer sa cible. Utile, donc, mais à ne pas utiliser quand on veut être certain de "juste" assommer quelqu'un.

*****


Note GM: apprentissage payant des CC:

  • Surprise éclair : Quand l'adversaire est juste à portée d'arme, brusquement, le personnage met la main sur la garde de cette dernière et l'autre sur le fourreau, le pouce en position pour aider à dégainer très rapidement, en profitant au passage pour tenter de frapper vivement la cible qui ne s'y attend pas forcément (For+1/lvl, esquive AA de la cible -1/lvl pour l'attaque subie).
    Condition : Avoir une arme au fourreau tenue
  • 36 chandelles : Utilise un coup de taille à l'aide d'une arme pour heurter la tempe adverse avec précision et puissance, ce qui peut avoir diverses conséquences. (1d100+[lvl]. De 1 à 70 : blessure + étourdi (pas d'attaque au tour suivant) - De 71 à 89 : blessure + assommé pour 3 tours - De 90 à 99 : blessure + assommé pour 3 tours + amnésique au réveil - A 100 : tué sur le coup pour un PNJ, reste 1PV pour un PJ (valable sur ennemi de lvl inférieur ou égal au PJ uniquement)
    Condition : Utilisation d'une arme contondante ou le plat d'une lame

Coût: 2x 175 yus = 350 yus

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 25 Oct 2018 15:13 
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Après nous être entraînés deux heures de plus, nous allons nous rafraîchir puis je fais faire le tour du propriétaire à Lyann afin qu'elle en connaisse les moindres recoins. Ceci fait, nous nous installons dans l'un des salons qui parsèment la demeure et ne tardons pas à y être rejoints par Sylënn qui hausse un sourcil inquisiteur en découvrant mon amie.

"Sylënn, je te présente ma très chère amie Llyann'tar Thëlwë, fille d'Eshrin'tar Enoure et d'Averenn'tar Thëlwë. Llyann, voici ma fiancée, Sylënn'tar Thinel, fille d'Asuran'tar Thinel et de... hum, de qui au fait?"

D'un ton qui n'a pas grand chose d'avenant, Sylënn rétorque abruptement:

"Ma défunte mère se nommait Lidhyë. Et je sais qui est Lyann. Que fait-elle ici?"

Rien d'étonnant à cette froideur, étant donné le passif de ma fiancée avec le père de Llyann, mais je m'empresse de clarifier un peu les choses:

"Llyann pense la même chose de son père que nous, Sylënn. Elle ne l'a pas choisi."

"Admettons, mais cela ne répond pas à ma question: que fait-elle ici?"

Aie. Je ne peux prétendre que Llyann est juste venue me rendre visite étant donné qu'elle va s'installer ici, mais je ne suis vraiment pas sûr que lui révéler la vérité serait une bonne idée. Comment réagirait-elle en apprenant que nous sommes les dirigeants d'un Ordre considéré comme hérétique par le Clergé de Sithi et que son nouveau foyer sera aussi un bastion de ce même Ordre? La connaissant, je doute fort que cela passe tout seul... mais d'un autre côté il sera difficile de le lui dissimuler longtemps, elle est très loin d'être stupide. A tout prendre, j'imagine qu'il serait préférable qu'elle l'apprenne par ma bouche plutôt que de le découvrir par elle-même, ce qui l'amènerait certainement à penser -à juste titre- que je lui ai menti et briserait le peu de confiance qu'elle m'accorde. Domptant l'anxiété qui menace de m'envahir, je lui réponds avec un calme que je suis loin d'éprouver intérieurement:

"Llyann va s'installer ici. Elle gérera le domaine et l'école d'arts martiaux que nous avons l'intention d'ouvrir."

"Nous? Dis-moi, Tanaëth, dois-je comprendre par là que je n'ai pas mon mot à dire sur ce genre de...questions? Il me semblait que cette demeure était censée être notre foyer..."

Le ton glacial qu'elle a employé ne laisse pas le moindre doute sur la colère qu'elle éprouve à cette idée, une colère qu'il me faut impérativement parvenir à circoncire avant que la situation ne dégénère:

"Écoute Sylënn, je sais que c'est maladroit de ma part de ne pas t'en avoir parlé plus tôt, mais...il y a des choses que tu ignores sur moi et que je ne pouvais pas te révéler avant."

"Maladroit? Le mot est faible. J'attends des explications, Tanaëth, et elles ont tout intérêt à être foutrement convaincantes. Et en privé, les explications", ajoute-t-elle avec un regard noir en direction de Lyann.

Je prie d'un regard cette dernière de nous laisser un moment puis, lorsqu'elle est sortie, je demande à ma furieuse promise:

"As-tu déjà entendu parler des Danseurs d'Opale?"

"Non. Je devrais?"

"Pas spécialement, le Clergé s'est démené pour effacer toute trace de leur existence."

Il me faut près de deux heures pour lui expliquer ce que sont les Danseurs d'Opale et lui conter leur histoire, notre histoire. Je ne lui cache rien, absolument rien, convaincu que continuer à lui dissimuler des éléments ne ferait que me l'aliéner davantage. Ma fiancée écoute ce long discours sans m'interrompre une seule fois, les yeux plissés d'attention et, me semble-t-il, de méfiance. Après un long silence, elle finit par demander d'un ton où perce une discrète incertitude:

"Tu affirmes donc que Sithi serait vivante? J'aimerais te croire, mais... tu comprendras que c'est difficile."


J'incline légèrement le visage et lui réponds doucement:

"Je comprends. Je partagerai mes souvenirs avec toi, cette nuit, via un rêve. Alors tu sauras que ce que j'affirme n'est que la plus stricte vérité."

"Et elle a fait de toi son...son quoi au juste? Héraut? Champion?"

"Lame du Crépuscule, c'est ainsi que se nomme le rôle qu'elle m'a confié. Je suis chargé de guider notre peuple en son nom, puisqu'elle ne peut être présente en personne sur Yuimen."

"Dans ce cas, pourquoi ne t'a-t-elle pas donné un moyen de prouver tes dires?"

Voilà une question qui m'a longtemps taraudé, tout aurait été infiniment plus simple si j'avais eu ce pouvoir, mais j'ai récemment fini par trouver la réponse au fond de mon coeur:

"Parce que c'est à moi de prouver par mes actes et paroles que je suis digne de sa confiance. Si je ne parviens pas à convaincre notre peuple que je suis ce que je prétends, alors c'est que je ne le suis tout simplement pas. Le respect et la confiance ne sont pas des dus, il faut les mériter."

Après un nouveau silence durant lequel elle réfléchit intensément, Sylënn finit par reprendre:

"Et qu'attends-tu de moi au juste? Que je rejoigne votre...cause?"

"Non. Tu nous rejoindras si tu en décides ainsi en ton âme et conscience, pas parce que je te l'aurai demandé. Cela n'aurait aucun sens. Tout ce que je te demande, c'est de garder le plus absolu secret sur tout ceci pour le moment. Le temps viendra où nous pourrons nous révéler au grand jour, mais c'est encore beaucoup trop tôt."

"Tu me "demandes" de garder le silence? Tu te fiches de moi? Tu sais très bien que je n'ai pas le choix par Sithi! Révéler ça maintenant que nous sommes fiancés serait dévastateur pour ma famille et pour mon propre avenir! Tu m'as odieusement manipulée, Tanaëth, et ça je ne suis pas sûre d'arriver à te le pardonner."

"Crois-le ou non, mais ce n'était vraiment pas mon but et je suis profondément désolé que cela t'apparaisse ainsi. Pas plus que toi je n'avais le choix, la cause que nous défendons est infiniment plus importante que mes envies ou même que ma vie. Comment aurais-tu réagi si je t'avais appris ça plus tôt? Tu m'aurais fait envoyer à Raynna séance tenante et cela aurait anéanti tout ce que nous avons réussi à accomplir. Je ne pouvais pas courir ce risque, j'ai fait un serment à Sithi et j'entends l'honorer quoi qu'il m'en coûte."

"Crois-tu que je sois aveugle? Mon oncle est Ithil Aënor et j'ai vécu des années chez lui, penses-tu que j'ignore à quel point le Clergé est pourri? Par ailleurs, ne t'ai-je pas aidé quand tu me l'as demandé, au risque de bousiller ma carrière? Est-ce là toute la confiance que tu as en moi?"

"Ne viens-je pas une fois de plus de mettre ma vie, et bien davantage encore, entre tes mains? Crois-tu que je t'aurais parlé de tout ça, même tardivement, si j'avais le moindre doute te concernant? Si tu connais le Clergé, tu sais à quel point nous menons une danse périlleuse, alors essaye de comprendre notre prudence, Sylënn."


J'aurais pu lui faire remarquer que si elle m'a aidé précédemment c'était parce qu'elle désirait se venger d'Averenn et non pour moi, mais cela n'aurait fait qu'attiser la dispute. A contrario mes paroles plus "diplomatiques" l'ébranlent visiblement mais, en la voyant se lever d'un geste fluide et s'approcher de moi le visage fermé et les poings serrés, je me demande si je ne vais pas m'en prendre une pour la peine... Mais elle s'arrête à quelques petits centimètres de moi, son étincelant regard vert pâle rivé au mien, et déclare d'un ton dur:

"J'accepte tes explications pour cette fois. Mais mens-moi encore, tente de me manipuler ne serait-ce qu'un peu et je te jure devant Sithi que je serai veuve avant la fin du jour. Me suis-je bien faite comprendre, mon cher fiancé?"


Je soutiens son regard sans vaciller, persuadé au fond de moi que lui parler plus tôt de ces points hautement sensibles aurait été une erreur quoi qu'elle en dise, mais je finis tout de même par incliner légèrement le visage pour lui répondre calmement:

"Cela n'arrivera plus."

"Bien. Alors à plus tard, je dormirai à la caserne cette nuit. J'ai besoin d'être seule pour réfléchir à tout ceci."

A l'instant où elle fait mine de se retourner, je la retiens doucement par le bras et frôle sa joue d'une légère caresse:

"Prête attention à tes rêves, cette nuit."

Elle se contente de hocher la tête d'un air un peu dubitatif, puis elle se dégage lentement de ma prise et quitte la salle de son pas félin tandis que je la suis pensivement du regard. Elle a un foutu caractère, pas de doute, mais je dois bien admettre que j'aime sa franchise et son assurance. Serais-je en train de commencer à m'attacher à elle? C'est un peu songeur que je retrouve Llyann dans les jardins après le départ de Sylënn. J'ignore ce qui sortira des réflexions de cette dernière et cela m'inquiète un peu, mais mon amie me sort de mes pensées en me demandant d'un ton amusé:

"Elle est toujours aussi accueillante?"

"J'en ai bien peur. Mais ça lui passera peut-être, avec le temps."

"Espérons. Comment-a-t-elle pris tes...explications?"

"Plutôt bien, du moins pour une demoiselle dotée d'un tel caractère. Je crois qu'elle était surtout vexée que je ne lui aie pas parlé de mon appartenance aux Danseurs d'Opale plus tôt, en fait."

"Ah... tu lui as révélé cela. Tu sais que son oncle est l'un des Ithil Aënors, je suppose?"

"Bien entendu. Mais elle ne nous trahira pas, sois sans crainte."

"Tu es sûr de ça?"

"Autant qu'on peut l'être, oui."

"Bien. Et que fait-on maintenant?"

"Nous allons forcer la main à ton père et en finir avec lui une bonne fois pour toutes. Mais avant ça, nous avons encore quelques détails à régler concernant ton nouveau poste. Viens, allons dans le bureau de...dans ton bureau."

Une fois installés dans la pièce en question, je lui tends une bourse replète:

"Voici douze mille yus, de quoi assurer l'entretien et le développement de ce lieu pour quelques temps. J'ai également rangé une épée, une armure, un bouclier et une cape dans cette armoire, des objets de grande qualité qui appartenaient à Athyërël, à l'exception de la cape. Oh, et il y a aussi un peu d'Hélcéa que j'avais récolté du côté de Luminion. N'hésite pas à les donner si quelqu'un te paraît les mériter."

*****


Note GM: Don à la guilde de:

-12'000 yus
-Épée cristalline (2 mains)(For +26, Maîtrise AA +17) [E=4 (8/2)]
-Armure fluide d'écailles (End +35) [E= 5]
-Bouclier Elfique (End +35)[E= 5]
-Cape de laine noire (Indestructible, facilite la discrétion dans les milieux obscurs.) [E=2]
-2 doses d'hélcéa [E=2]

_________________

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 1 Nov 2018 17:59 
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Plus tard dans la nuit, je demande à Sindalywë de faire rêver un peu ma fiancée, ainsi que je lui ai promis:

(Montre-lui tes souvenirs d'Eden, veux-tu? La rencontre entre Ethernëm et Sithi, mais aussi le dernier combat des Danseurs d'Opale, la fin de notre monde. Puis partage avec elle notre rencontre avec notre créatrice sur cet étrange monde, fais en sorte qu'elle entende les paroles échangées.)

(Avec plaisir mon Bien-Aimé.)

J'en profite pour revisiter moi-même ces souvenirs qui, comme à chaque fois que j'y songe, font naître en moi de puissantes émotions et, surtout, le désir irrépressible de revoir Sithi. Il y a tant de questions que j'aurais aimé lui poser, tant de choses dont j'aurais aimé avoir le temps de discuter avec elle... Mais plus encore que tout ceci, c'est un sentiment plus profond qu'aucun autre qui motive mon envie de la retrouver. Folie, sans aucun doute, mais pour moi elle n'est pas une déesse lointaine et inatteignable, c'est une femme, une Sindel, que j'ai tenue dans mes bras. Comment pourrais-je l'oublier? Chaque fois que j'y pense j'ai l'impression de sentir encore son odeur, son corps ferme et infiniment troublant serré contre le mien. Je revois son regard, comme si c'était maintenant qu'elle me dévisageait et non pas des années en arrière, j'entends encore sa voix comme si elle résonnait au présent dans l'air qui m'entoure:

"J'aimerais vous garder ici plus longtemps, mais je ne le peux. Le lien va bientôt se briser. Aussi, entends bien ces paroles, Tanaëth, car elles seront peut-être les dernières que je pourrai t'adresser avant bien longtemps : si les devoirs d'une mère pour ses enfants sont infinis, le seul devoir d'un enfant vis à vis de sa mère est de vivre. En tant que mon Champion, ta mission est de guider mon peuple, de le faire vivre. Car tu es mon représentant sur Yuimen."

A cela elle avait ajouté avec insistance que, si elle m'avait donné ce pouvoir, c'était pour sauvegarder les Sindeldi, et non pas elle. Mais comment dissocier les deux? Comment espérer que mon peuple, notre peuple, survive et grandisse sans Sithi? Toute notre culture, notre histoire, nos traditions, sont issues de notre lien avec elle. Bien sûr, un enfant doit quitter le giron familial tôt ou tard et grandir par lui-même, mais comment pourrais-je contrebalancer sans son aide l'influence d'un clergé tout-puissant afin d'être en mesure d'accomplir ce qu'elle m'a demandé? Pas plus qu'autrefois je n'ai de réponse à cette question, je ne puis qu'espérer qu'elle apparaisse avec le temps. Et pour conserver cet espoir, il me faut avant tout conserver la foi, chasser de mon esprit les doutes qui m'assaillent et lui faire confiance. Un pas après l'autre, une action après l'autre, en m'efforçant toujours de rester au plus près du fil d'or de mon destin, voilà la seule chose qui soit en mon pouvoir.

Éprouvant soudain une sensation d'enfermement, bien que la pièce me servant de bureau soit vaste, je sors dans les jardins et observe songeusement le croissant de lune qui l'éclaire de sa pâle lueur argentée. J'ai déjà accompli un pas significatif en faisant lever mon bannissement et en me créant une certaine réputation à Nessima et à Tahelta, mais comment poursuivre la danse? Comment acquérir assez d'influence pour être en mesure de guider mon peuple vers un meilleur avenir que celui que nous préparent ces corrompus d'Ithilausters? Tout à mes réflexions, je suis en train d'arpenter les jardins d'un pas lent lorsqu'un violent vertige me saisit soudain. Ma vision se brouille et vire presque immédiatement au noir absolu tandis que je sens avec angoisse mes jambes céder sous moi. Incapable de l'empêcher, je tombe rudement à genoux sur les dalles du petit chemin que j'empruntais, puis à plat ventre, ou presque car un réflexe me permet d'interrompre ma chute en me retenant des deux mains.

(Par Sithi! Que...sort...empoisonnement...)

Mes pensées sont confuses, comme si j'avais largement abusé de boisson, mais ce qui me terrorise le plus c'est que je sens que Sindalywë ne comprend pas davantage que moi ce qui se passe et qu'elle est en proie à la même angoisse qui s'est emparée de moi. Je m'efforce de respirer amplement et calmement pour surmonter mon malaise, mais sans succès. Le seul effort de me maintenir avec les bras pour ne pas me fracasser le nez sur les pierres me laisse tremblant, mais je puise dans les tréfonds de ma volonté la force d'en soulever une afin de pouvoir saisir ma gourde magique et tenter d'avaler une potion de soin.

"Merde... je... posée..."

Ma gourde, je m'en souviens confusément maintenant, se trouve sur une table dans la chambre que j'occupe. Il n'y a guère plus d'une vingtaine de mètres jusqu'à cette dernière, mais en l'état elle pourrait aussi bien se trouver à l'autre bout du monde.

"Tanaëth? Hey! Réveille-toi!"

Nauséeux, je me sens rudement secoué et peine un instant à identifier cette voix, celle de Llyann, ainsi qu'à comprendre que c'est à moi qu'elle s'adresse, mais je finis par émerger assez pour grogner:

"Ça va...je crois..."

"Qu'est-ce qui t'arrive par Sithi?!"

"...sais rien..."

Il me faut quelques minutes pour retrouver mes esprits et assez d'énergie pour m'asseoir avec l'aide de mon amie dont l'inquiétude assombrit le regard clair. Un instant plus tard, je réalise que j'ai...quelque chose dans la main. Un caillou? Les jardiniers ne sont pas censés laisser traîner des cailloux, mais après tout ils ont été recrutés il y a peu et ne sont peut-être pas encore parvenus à tout nettoyer? Sourcils froncés, je porte l'objet incongru à mes yeux, qui s'écarquillent d'incompréhension en découvrant non pas une vulgaire pierre, mais une petite broche en forme de sablier. La première idée qui me vient est que Lyann ou Sylënn l'ont perdue, mais je la chasse rapidement: jamais je ne les ai vues porter ce bijou d'une facture tout à fait inhabituelle. En l'observant plus attentivement, je réalise que je n'ai jamais vu un ouvrage si fin, si parfait, bien que j'aie pourtant eu l'occasion de voir les créations d'artisans Hinïons ou Sindeldi parmi les meilleurs. Llyann me demande d'un ton intrigué:

"Qu'est-ce que c'est?"

"Pas la moindre idée, je ne sais absolument pas d'où ça sort."

(Sindalywë, tu sais ce que c'est?)

(Non, du tout, je n'ai jamais rien vu de pareil. Mais... c'est...)

(Important?)

(Oui.)

Il se dégage en effet de ce sablier une aura des plus étranges que je serais bien en peine d'identifier, n'y entendant strictement rien à la magie. Pourtant, je sens au fond de moi que ce bijou m'est destiné et qu'il a, ainsi que je l'ai ajouté à la suite de ma Faëra, une grande importance. Serait-ce Sithi qui m'a envoyé un présent en ces heures de doutes profonds? Poser la question c'est presque y répondre: pourquoi Sithi m'aurait-elle offert un sablier? Un symbole lunaire, oui, ou encore quelque chose en lien avec la Vision, mais ça? Non, ça ne tient pas la route. Quant à deviner en quoi il est important et à quoi il peut bien servir, ça...

"Llyann, tu m'aiderais à me relever s'il te plaît?"

Une fois debout, je réalise avec soulagement que mon malaise a enfin passé et que mes pensées sont redevenues claires, assez pour que je tienne sur mes deux jambes tout seul, en tout cas.

"Dis-moi, à quoi te fait penser ce sablier?"

"Eh bien, au temps, je suppose."

Au temps. Oui, c'est une évidence, ou semble l'être en tout cas. Mais quel rapport entre moi et le temps? Et si ce n'est pas Sithi qui m'a envoyé ce bijou, qui d'autre? Qu'est-ce qui est lié au temps? Mon âge, mais ce n'est pas l'époque de mon anniversaire et même si ça l'était ça ne répondrait pas à la question de savoir d'où il sort. Quelqu'un pourrait l'avoir perdu, quelqu'un d'autre que ma fiancée ou mon amie s'entend, mais je ne crois pas vraiment à cette hypothèse, pas avec les étranges sentiments qu'il fait naître en moi. Plus les minutes passent, plus je suis convaincu qu'il m'était destiné et que c'est quelque chose de crucial, mais peut-être n'est-ce que mon imagination qui fait des siennes après cet incompréhensible malaise?

"Qu'est-ce qui est lié au temps?"

"La vie et la mort?"

"Mmm. Moui. Mais il y a des symboles plus évocateurs, il me semble. Quoique... le temps, la vie, la mort...le destin...ça me fait un peu penser à cet étrange dieu, le seul que les Eruïons prient, enfin prient, façon de parler: Zewen."


Serait-ce lui qui me remercie ainsi de l'aide que j'ai juré d'apporter à ce peuple qui le prie? Cela me semble fort peu crédible, j'ai appris au cours de mes voyages que les dieux Yuimeniens n'intervenaient pas sur le destin des mortels, contrairement à Sithi sur Eden. Enfin, d'un autre côté j'utilise des techniques de combat qui sont liées à Moura et à Rana et je les prie même assez régulièrement; mais mon éducation rationnelle et l'approche plus philosophique que religieuse que mon peuple, et donc moi-même, avons des "divinités" fait que je ne crois pas véritablement qu'elles interviennent réellement en ma faveur quand je leur demande. Je ne fais qu'utiliser des énergies qui leur ont servi à créer ce monde, du moins est-ce ainsi que je le vois. Et dans ce cadre, un cadeau de Zewen est à peu près aussi probable qu'un cheval à huit pattes. Mais alors quoi? Rendant les armes devant cet insoluble mystère, je marmonne vaguement, plus à moi-même qu'à l'attention de Llyann qui me scrute toujours d'un air dubitatif:

"J'irai demander à Eshrin ou à Valyan s'ils ont une idée de ce que ça peut être lorsque le jour sera levé."

Tous deux ont de vastes connaissances, aussi bien en magie pour ce qui est d'Eshrin qu'en légendes diverses et variées pour Valyan, si quelqu'un à Nessima peut identifier cet étrange objet c'est sans nul doute l'un d'eux.

*****


Note GM: intégration rp d'une récompense à l'appel aux joueurs, bijou déjà ajouté à ma fiche par GM9.

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Lun 5 Nov 2018 21:03 
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De retour en ma demeure, je rejoins Lyann qui s'entraîne dans la nouvelle salle d'armes et lui fais part de ce que je viens d'apprendre sur l'étrange bijou, ce qui la laisse sans voix durant quelques instants. Elle se reprend néanmoins rapidement et remarque avec un léger sourire entendu:

"L'Oracle de Khonfas ne se trompe jamais..."

Je hausse les épaules avec une petite moue dubitative au souvenir de cette prophétie qui a fait de moi le dirigeant de l'Opale et lui rétorque:

"Les Oracles sont comme ces forains qui prétendent pouvoir nous prédire notre futur, ils s'arrangent toujours pour que leurs paroles puissent être interprétées d'un millier de façon. En cherchant bien tu leur trouveras toujours une signification quelconque."

Si j'ai appris une chose depuis que j'ai acquis le pouvoir d'écarter les brumes du temps, c'est que l'avenir n'est jamais unique, jamais certain, il en existe toujours d'innombrables et ce ne sont jamais que des possibilités qui se produiront, ou pas, selon nos actes. Et cette broche qui vient de m'être offerte, ne signifie-t-elle pas précisément que j'ai le potentiel de changer le destin? Certains disent que les vrais Oracles ne se trompent jamais, je pense quant à moi que s'ils se trompent rarement, c'est que ceux qui entendent leurs prédictions font tout pour qu'elles adviennent, consciemment ou pas. Mais malgré cela, je suis convaincu qu'il existe un "fil d'or" pour chacun de nous, un destin idéal en quelque sorte, celui qui manifeste l'entièreté de notre potentiel et que je me suis toujours efforcé d'approcher au plus près. Avec plus ou moins de succès bien sûr, on ne peut jamais être certain que nos choix sont les meilleurs, mais aurais-je reçu ce symbole de Zewen si j'avais totalement fait fausse route?

"Et pour mon père, que comptes-tu faire?"

La question de mon amie me sort sans douceur de mes pensées et c'est avec une grimace ennuyée que je lui avoue:

"Je n'en sais toujours rien. Si j'en fais trop il fera appel à ses relations pour m'abattre, et si je n'en fais pas assez il poursuivra ses foutues manigances comme si de rien n'était. Ce qui pourrait tout aussi bien signer ma perte. Notre perte."

Obliger Averenn à commettre une erreur afin que je puisse prouver que c'est un criminel me semble être la seule manière de l'emporter dans ce "combat" de fourbes, mais comment le contraindre à agir précipitamment? J'ai payé pour savoir qu'il a les nerfs solides et qu'il est maître dans l'art de dissimuler ses agissements, alors comment le coincer? Et puis, si j'y parvenais, il y a une chose que je ferais bien de ne pas oublier: rien n'est plus dangereux qu'un fauve acculé. Ha, si seulement c'était lui qui était intervenu lors des fiançailles plutôt que son laquais, tout aurait été tellement plus simple! Le problème serait réglé à cette heure, d'une manière ou d'une autre.

(Et ça sert à quoi de se lamenter sur ce qui ne s'est pas produit), me demande Sindalywë?

(A rien du tout, mais bon sang ce que j'ai hâte d'en avoir fini avec lui!)

(Je comprends ton impatience, mais prends garde à ce qu'elle ne te fasse pas commettre des erreurs, c'est lui qui doit en faire une, pas toi!)

(Je sais bien...)

Dieux ce que je hais ces maudits jeux "politiques"! Vivement que je puisse repartir arpenter le monde et batailler armes à la main, je suis un guerrier, pas un fichu politicien avide de pouvoir et habile à embobiner son monde! Quoi qu'il en soit, Lubjaen, mon intendant, entre à cet instant dans la salle:

"Messire, il y a là un garde qui requiert votre présence. Un humain serait aux portes de la ville et souhaiterait apparemment vous rencontrer, vous ou Dame 'tar Thinel."

Je fronce les sourcils à cette annonce, qu'est-ce encore que cette histoire? Qu'est-ce qu'un humain ferait ici et comment connaîtrait-il mon nom et celui de ma fiancée? Un nouveau membre de l'Opale que je ne connais pas encore? Un envoyé du Duc de Luminion ou de l'Imperator Kardân? Une fourberie concoctée par Averenn pour me décrédibiliser? Je n'ai qu'un moyen de le découvrir:

"Fort bien, je vais aller voir ça."

Je m'équipe rapidement au complet, on n'est jamais trop prudent, puis je rejoins le garde qui m'attend dans le hall d'entrée de ma demeure et l'invite à me conduire sans délai vers cet humain. Je tente bien de le questionner en chemin, mais il ne sait rien, lui-même n'a pas vu l'homme, il ne fait que suivre un ordre reçu de son sergent.

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Lun 19 Nov 2018 16:09 
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J'acquiesce d'un simple hochement de tête lorsque Cherock me demande en retour de ne pas user de formalisme à son égard, puis je le questionne sur la situation de l'Ynorie et écoute sa réponse avec attention. Rien ne semble avoir bougé depuis mon départ de Nirtim, hormis les habituels raids Garzoks Oaxaca paraît être entrée en hibernation, ce que l'humain ne manque pas de trouver alarmant car il suppose que c'est le signe qu'elle prépare quelque chose. Je lui réponds, songeur:

"Je n'en sais rien. J'en suis venu à me demander si la raison pour laquelle elle n'a pas encore conquis l'intégralité de ce monde ne tenait pas qu'à une chose: sa crainte de Zewen, qui pourrait se décider à intervenir si elle se faisait trop remarquer. Parce que vu la puissance dont elle dispose, si elle décidait de s'emparer de Yuimen nous serions tous écrasés en moins d'une semaine."

Une vision quelque peu défaitiste, certes, mais qui pourrait s'opposer à son seul dragon si elle décidait de le lâcher sur le monde? En admettant que la moitié de ce qui se raconte sur lui soit vraie...personne. Tout simplement personne. Laissant là mes sombres réflexions quant à l'invulnérabilité absolue de la noire Déesse, je présente un peu la ville à Cherock durant la courte marche qui nous conduit à ma demeure. Une fois entrés, je lui propose un repas le temps pour mes gens de préparer ses appartements, à quoi l'humain répond:

"Bien que je ne sois pas particulièrement affamé, je ne refuserai pas un bon repas, la viande sèche fait une excellente nourriture pour le voyage mais gustativement parlant on est loin du compte. Vous avez bien parlé d'une école d'art martiaux non ? J'avoue que cela pique ma curiosité. Serait il possible de la visiter ? J'ai reçu un entraînement martial de la part de mon père et la perspective d'observer un style de combat Sindel est très attrayant. Mais je comprendrai parfaitement si le fait qu'un humain soit présent ne soit pas très bien vu."

Avisant Lubjaën, mon intendant, un mince Sindel de près de deux mètres dix aux cheveux gris attachés en queue de cheval et aux yeux couleur de plomb, je lui demande de nous faire préparer un bon repas et d'apprêter des appartements pour notre hôte avant de préciser à l'humain:

"C'est Lubjaën, l'intendant, si vous avez besoin de quoi que ce soit en mon absence n'hésitez pas à le lui demander."

Si Lubjaën semble surpris de la présence de l'humain, il ne proteste nullement et se contente de l'observer un instant avec curiosité avant de s'incliner et d'aller vaquer à ses tâches. Tout en conduisant ensuite Cherock vers la salle à manger, je reviens à sa question avec un léger sourire:

"Tous les Sindeldi ne sont pas racistes et repliés sur eux-mêmes. Cela ne plaît pas à bon nombre des miens, mais j'appartiens à un antique ordre militaire Sindel qui a une toute autre vision du monde et qui prône l'ouverture. Nous avons des bastions en Imfitil et sur Nirtim, dont un à Luminion où nous participons à la formation des soldats du Duc Robert de Pérussac. Notre ordre comprend des Hinïons, des Taurions, des Sang-mêlés, des humains et même quelques Thorkins. Autant dire que cela ne me pose pas le moindre problème de vous montrer quelques-uns de nos arts guerriers traditionnels."

Nous ne tardons pas à parvenir dans la vaste salle à manger, munie de fenêtres donnant sur les jardins intérieurs et aux murs décorés de tentures brodées de motifs lunaires, où trône une longue table entourée de fauteuils à hauts dossiers. Une fois installés, les premiers plats ne tardent pas à arriver: fruits de mer frais pêchés dans les eaux poissonneuses en contrebas de la cité, légumes finement apprêtés, volailles et viandes diverses, le choix ne manque pas. Ce n'est qu'alors que je pose enfin une question qui me trotte dans la tête depuis notre rencontre:

"Vous m'avez dit, un peu plus tôt, que cette Serina craignait particulièrement une personne à Nessima? Savez-vous de qui il s'agit?"

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Mar 20 Nov 2018 18:13 
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Dans le chapitre précédent...

Deuxième Arc : L’art de faire parler la Foudre

Chapitre IX.2 : Danse opaline


Tanaëth fit signe à un grand Sindel dans une tenue s'apparentant à la livrée d'une maison, qui fut présenté comme l'intendant des lieux, Lubjaën. Cherock répéta le nom plusieurs fois à voix basse pour essayer d'en maîtriser la prononciation, mais il ne put arriver qu'à un résultat mitigé. Le Sindel dévisagea l'enchanteur avec une certaine curiosité mais ne dit rien de plus et partit accomplir les ordres de son maître, sa queue de cheval battant ses épaules. Tanaëth le mena dans une grande salle à manger où trônait une table immense où ils prirent place. En attendant que la nourriture arrive Tanaëth lui expliqua que contrairement à ce que beaucoup pouvaient dire...

"Tous les Sindeldi ne sont pas racistes et repliés sur eux-mêmes. Cela ne plaît pas à bon nombre des miens, mais j'appartiens à un antique ordre militaire Sindel qui a une toute autre vision du monde et qui prône l'ouverture. Nous avons des bastions en Imfitil et sur Nirtim, dont un à Luminion où nous participons à la formation des soldats du Duc Robert de Pérussac. Notre ordre comprend des Hinïons, des Taurions, des Sang-mêlés, des humains et même quelques Thorkins. Autant dire que cela ne me pose pas le moindre problème de vous montrer quelques-uns de nos arts guerriers traditionnels.

- C'est vrai ? Je me ferai alors une joie de profiter de cette occasion et de m'y joindre si votre maître d'armes en a le temps, le confinement des Cynores et Aynores ne m'a pas permit de me dépenser physiquement comme j'en ai l'habitude."

C'est à ces mots que le ballet de valets et autres serviteurs commença et bientôt la table fût remplie de mets tous plus appétissants les uns que les autres. Cherock n'avait jamais eu l'occasion de participer à un repas aussi riche et raffiné, n'ayant jamais manger avec un noble ou une personne particulièrement riche. Il se fit donc un devoir de goûter à tout les plats présentés, et Valyus tout puissant qu'ils étaient nombreux ! Lorsque Cherock demanda à son hôte quel était une des spécialités locales, celui-ci indiqua d'un geste de la main une farandole de fruits de mer fraîchement pêchés, ce que l'humain dut refuser.

"Vous m'excuserez Tanaëth, mais les fruits de mer sont l'un des rares aliments que je n'arrive pas à manger."

Le repas se poursuivit et alors que les plats commençaient à être débarrassés, le Sindel s'adressa à son invité.

"Vous m'avez dit, un peu plus tôt, que cette Serina craignait particulièrement une personne à Nessima? Savez-vous de qui il s'agit?"


"C'est le cas. Malheureusement, je n'ai pas la moindre idée de la raison pour laquelle elle en voudrait à Soeur Serina. Je sais que c'est une des raisons qui l'a poussée à quitter votre archipel et que c'est au même moment qu'elle a rejoint le culte de Rana. Je ne m'aventurerai cependant pas à affirmer que les deux ont un lien..." Cherock prit quelques instants pour réfléchir et faire fonctionner sa mémoire mais non, il n'arriva pas à mettre le doigt sur le nom exacte que la prêtresse avait évoquée. "Je n'ai pas plus que ça prêter attention au nom de la personne qu'elle craignait, donc je ne suis sûr ni de la prononciation ni du nom exacte. Avarren'tar, un prêtre de Sithi, cela vous évoque peut être quelque chose ?"

Alors que Cherock prononçait ces mots, Tanaëth se raidit une fraction de seconde. Puis, une des personnes ayant apporté le repas vint lui parler à voix basse, ce qui fit lever ce dernier de table, s'excusant en disant avoir quelque affaire à régler puis il éclipsa à la suite de son serviteur. Cherock quant à lui finit son repas, repu, et demanda à l'intendant Lubjaën s'il pouvait avoir accès à la salle d'entraînement. L'intendant hocha de la tête et l'invita à le suivre. Après quelques instants à déambuler dans les longs couloirs de pierres grises, éclatants de sobriété, le jeune humain entra à la suite de l'elfe gris dans une salle d'entrainement comme il en avait souvent vu, à l'exception près que celle-ci était en excellent état et propre, puisqu'elle n'avait pas encore eu le temps de servir à l'entrainement. Les râteliers étaient neufs, remplis des armes qu'ils devaient accueillir et aucune d'entre elle n'avait l'air endommagé.

Après un rapide signe de tête, l'intendant laissa l'humain pour retourner effectuer ses devoirs. Cherock se retrouva donc seul dans la salle, inspectant les différents râteliers. Il remarqua que les armes étaient toutes plus grandes que celles qu'il avait pu utiliser, les Sindeldi étant en moyenne bien plus grand que les humains. Il était donc normal que leurs armes soient plus grandes que celles des humains, mais le soucis était que de par ce fait, il n'y avait pas d'épée ou de sabre qui correspondait au maniement qu'un humain pourrait avoir. Pour un combattant novice, cette différence n'était pas importante puisqu'il apprenait les bases avec. Mais pour un combattant avec de l'expérience comme Cherock, s'entraîner avec une arme dont l'équilibre est trop différent de celui qu'il avait d'habitude n'était pas recommandé. On perdait des habitudes, des mouvements durement gagnés. Après, certains maîtres d'armes pouvaient passer avec aisance d'une arme à une autre sans que cela ne pose le moindre problème et avec de l'entraînement cette fluidité était accessible... Mais Cherock préférait se focaliser sur les quelques armes qu'il aurait à utiliser pour essayer d'en tirer le maximum.

(En plus, la Kisoku est une arme bien trop légère pour avoir un équivalent.)

(En plus.) acquiesça Cherock à la remarque de sa Faëra. Il caressa le fourreau de la lame, appréciant le toucher du bois noir laqué sous ses doigts, un bois qui n'avait pas subit les affres du temps malgré les centaines d'années qu'il avait derrière lui.

(En fait, si.) le détrompa Amy. (Les fourreaux ont parfois été changés après avoir été trop abîmés. Mais tout les porteurs avant toi ont toujours décidé de gardé le design original, en y rajoutant une touche personnelle. Par exemple, le premier à avoir remplacer le fourreau, Gyo Jureda, a ajouté la boucle dorée à l'entrée du fourreau. Et ainsi de suite...Si tu venais à devoir le remplacer, toi aussi tu pourras y ajouter une marque de ton passage. Mais attention, mon accord devra être nécessaire !)

(Les légendes ynoriennes ne parlent pas de ça.) s'étonna Cherock.

(Il y a beaucoup de choses qu'elles ne disent pas, et autant qu'elles inventent.)

Refermant la main droite sur le fourreau, Cherock posa l'autre main sur sa garde. Puis il la dégaina d'un coup sec, tranchant l'air avec. Et quelque chose le dérangea. Il avait souvent vu les samouraïs d'Oranan et notamment son père, dégainer leur sabre à grande vitesse dans le but de surprendre leur adversaire. La lame se dénudait alors à une rapidité affolante et devenait même floue pendant le coup sous l'effet de la vitesse. La lame provoquait alors un sifflement particulier, tranchant l'air et l'adversaire de paille ou de sang. Le coup de Cherock, lui, n'avait pas produit ce sifflement caractéristique. Il n'avait pour ainsi dire jamais pu, malgré le nombre de fois qu'il avait essayé sous l'oeil attentif et sévère de son père. Autant le maître que l'élève avait fini par abandonner devant l'absence de progression. (Mais avant, je n'avais pas cette énergie...) C'était vrai: le Ki. C'était peut-être pour cette raison qu'il n'avait pas pu parvenir à maîtriser cette technique. Et alors qu'il s'apprêtait à réessayer en utilisant le Ki cette fois-ci, il entendit du bruit derrière lui et se tourna, découvrant Tanaëth.

"Oh, c'est vous Tanaëth. Auriez-vous quelques instants à me consacrer ? S'entraîner avec quelqu'un est toujours plus agréable. Et je suis sûr que vous avez quelques petites choses à m'apprendre sur la voie de l'épée !"

A suivre...

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 Sujet du message: Re: Commanderie d'Opale
MessagePosté: Mar 27 Nov 2018 13:56 
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A ma question de savoir si Cherock savait qui cette fameuse Serina craignait à Nessima, l'humain me répondit que c'était le cas mais qu'il n'avait pas la moindre idée de la raison de cette peur, bien qu'elle soit l'une des raisons l'ayant poussée à quitter le Naora et à rejoindre le culte de Rana. Après un instant de réflexion, il ajouta:

"Je n'ai pas plus que ça prêté attention au nom de la personne qu'elle craignait, donc je ne suis sûr ni de la prononciation ni du nom exact. Avarren'tar, un prêtre de Sithi, cela vous évoque peut être quelque chose ?"

Je fronce les sourcils à ce nom, même si la prononciation laisse à désirer je ne peux évidemment manquer de le reconnaître et je rétorque sombrement:

"Averren'tar Thelwë... oui, je connais bien cette sinistre vermine. Il est responsable de la mort de mes parents et de la femme que j'aimais étant jeune. De la chute de ma Maison, aussi. Il m'a traqué des années durant à travers tout Yuimen et vient tout juste de revenir à Nessima pour essayer d'en finir avec moi."

Un sourire froid et dur relève légèrement mes lèvres alors que j'ajoute:

"Lorsque vous retournerez à Oranan, vous pourrez dire à Serina qu'elle n'aura bientôt plus d'ennemi à Nessima. Ce n'est plus qu'une question de jours, maintenant."


Quelques instants plus tard, l'un des serviteurs fraîchement engagés vient m'informer que d'autres visiteurs demandent après moi, ce qui ne manque pas de m'inquiéter quelque peu: je n'ai que peu d'amis ici, serait-ce le début de la valse mortelle contre cet ennemi que je viens d'évoquer? Quoi qu'il en soit il me faut aller voir de quoi il retourne, si bien que je m'adresse à nouveau à Cherock en me levant:

"Veuillez m'excuser quelques instants, une affaire requiert mon attention. Ce ne sera pas long. Si vous avez besoin de quoi que ce soit en attendant, n'hésitez pas à le demander à Lubjaen."

Arrivé dans le hall d'entrée je me fige un instant, surpris: sept Elfes sont là, dont une Hinïonne résolument charmante, aussi différents les uns des autres que possible. Les six autres, trois femmes -non moins charmantes que l'Hinïonne - et trois hommes, sont indubitablement Sindeldi, mais que font-ils là?! Alors que je m'approche, l'une des Sindeldi, une véritable beauté aux longs cheveux blancs assez légèrement vêtue d'un court bustier et d'une jupe fendue de couleur brune, se tourne vers moi. Elle porte un étrange diadème pourvu de quatre pointes, dont deux plus longues à l'avant qui encadrent son visage aux traits fins. Elle arbore également un mystérieux tatouage, à moins que ce ne soit que du maquillage, sous ses yeux vert-pâle et est munie d'une sorte de bâton qui pourrait aussi bien servir d'arme vu son extrémité renforcée d'un métal légèrement rougeoyant. M'adressant un fin sourire, elle s'incline très légèrement et se présente en me tendant un rouleau de parchemin scellé:

"Tu ne te souviens pas de moi je suppose? La dernière fois que nous nous sommes rencontrés tu chassais des monstres avec une épée de bois dans les caves... je suis ta cousine, Elzekiël'tar Ithil."

Ma cousine? Hum, dommage serais-je tenté de dire, mais sans doute est-ce aussi bien ainsi. Il est temps que j'arrête mes frasques, je doute fort que Sylënn les tolère même si elle n'a pour l'instant aucune envie de devenir mon épouse autrement que sur le papier. Il va vraiment falloir que j'apprenne à résister aux belles femmes, sans quoi ma faiblesse finira par me jouer un mauvais tour. Enfin, pour autant que ce ne soit pas déjà fais, songé-je en repensant avec une grimace à Farya, la Shaakte portant possiblement un enfant de moi. Me reprenant sévèrement, je m'incline à mon tour et prends le parchemin qu'Elzekiël me tend en lui répondant d'un ton quelque peu incertain:

"Cela fait longtemps, en effet... cousine. Sois la bienvenue. Puis-je savoir ce qui t'amène en telle compagnie?"


Je ne l'aurais certainement pas reconnue si je l'avais croisée dans la rue, mais je me souviens néanmoins de son nom et crois me rappeler qu'elle était dans l'armée et, sauf erreur, que c'était une mage. Quoi qu'il en soit, elle me rétorque d'un air amusé:

"Eh bien lis ce parchemin, la raison de notre présence y est expliquée."

Un peu perplexe, j'examine brièvement le sceau qui le ferme, reconnaissant avec surprise qu'il s'agit de celui de ma parente Ylis, commandeuse de notre citadelle des environs de Tahelta, puis le déroule afin d'en prendre connaissance.

Mon cher cousin,

j'ai appris que tu avais retrouvé ton rang à Nessima et que tu t'étais résigné à épouser Sylënn'tar Thinel, j'en suis positivement ravie et t'adresse tous mes voeux de bonheur.

Te connaissant un peu j'imagine que tu n'y as pas même songé, mais il convient qu'un Noble de haut rang soigne son image et manifeste quelques attributs de son pouvoir. Aussi ai-je pris la liberté de recruter ta garde personnelle avec l'aide de ton ami Ephedym. Elle sera dirigée par Elzekiël, les liens du sang étant toujours les plus sûrs, mais sache que chacun de ses membres a été sélectionné avec le plus grand soin et que leur loyauté ne saurait être mise en doute. Considère cela comme mon cadeau de mariage.

Tu auras sans doute remarqué qu'il y a une Hinïonne parmi eux, elle se nomme Lydiël Keldanor et appartient à une branche mineure de cette noble famille de Cuilnen. C'est l'Ambassadeur de l'Anorfain à Tahelta qui a souhaité qu'elle fasse partie de ta garde et il m'a demandé à ce propos de te transmettre le bon souvenir de Dame Callirhoé d'Escalie.

Bien à toi, que Sithi te protège et éclaire ton chemin.

Ylis'tar Ithil


Une garde personnelle? Mais par Sithi, que veut-elle que je fasse d'une garde alors qu'elle sait fort bien que je ne m'éterniserai pas à Nessima et que ma route va me conduire aux quatre coins du monde? Imagine-t-elle que je vais traîner sept chaperons derrière moi partout où j'irai? Le pire c'est que cette bougresse a soigneusement manigancé son affaire, en les présentant comme son cadeau de mariage je ne doute pas une seconde qu'elle sache pertinemment que je n'ai d'autre choix que de l'accepter, d'autant plus qu'ils sont tous déjà dans mon hall d'entrée. N'ayant plus qu'à faire contre mauvaise fortune bon coeur, je salue courtoisement les six autres Elfes et appelle des serviteurs afin qu'ils leur attribuent des appartements et leur fournissent un repas. Pour le reste, je remets à plus tard les présentations de rigueur et la question de savoir comment je vais me dépatouiller de ce cadeau empoisonné et, songeur, vais retrouver l'humain qui, selon Lubjaën, se trouve dans la salle d'entraînement.

Lorsque j'y parviens, je vois mon invité s'efforcer tant bien que mal de dégainer rapidement son sabre à plusieurs reprises, ce qui me renseigne notablement sur son niveau de compétence en matière de maniement des armes. Il n'est pas mauvais, mais sa posture est loin d'être parfaite et son équilibre très moyen, ce qui me fait supposer qu'il est plus habitué à manier la magie que son sabre. Un peu étonné que Lyann ne soit pas dans les parages, je manifeste alors ma présence en avançant de quelques pas un peu plus bruyants que de coutume, un bruit qui le fait se retourner et me demander:

"Oh, c'est vous Tanaëth. Auriez-vous quelques instants à me consacrer ? S'entraîner avec quelqu'un est toujours plus agréable. Et je suis sûr que vous avez quelques petites choses à m'apprendre sur la voie de l'épée !"

"J'ai un moment, oui. Quant à pouvoir vous apprendre quelque chose, peut-être connais-je en effet une ou deux astuces qui pourraient vous servir. Vous cherchez à pouvoir dégainer plus rapidement votre arme, à ce que je vois?"


Je dépose mes reliques dans un coin de la salle et m'équipe d'un sabre d'entraînement muni de son fourreau que j'attache à ma taille, puis je reprends en joignant le geste à la parole afin d'illustrer mes propos:

"Il y a une technique connue sous le nom de "surprise éclair" pour ça. Il faut que vous positionniez votre pouce ainsi, légèrement replié. En le dépliant sèchement vous aller débloquer l'arme de son fourreau plus rapidement qu'en la tirant simplement, mais il faut le tenir ainsi, fermement, pour qu'il ne suive pas le mouvement. Ensuite... vous savez ce qu'est le Ki, je suppose?"

Après qu'il me l'ait confirmé, je reprends:

"Bien. Alors pour commencer vous maniez un sabre, pas une épée. C'est une arme faite pour les courbes, pour trancher en utilisant toute la longueur de sa lame plutôt que pour fracasser ou perforer. Cela peut sembler évident, mais comme nous savons tous que le plus court chemin d'un point à un autre est la ligne droite nous avons instinctivement tendance à l'oublier. Cette notion de courbe doit bien évidemment s'appliquer à votre manière de dégainer, mais aussi à la façon dont vous allez modeler votre Ki pour ce faire. Il faut faire en sorte qu'il accélère votre mouvement, ce qui revient à dire qu'il agit comme une force de poussée. Et comme toute force appliquée sur un objet, plus elle est précisément dirigée plus elle est efficace. En pratique, cela donne ceci."

Usant d'un minimum de Ki, je lui montre ce que donne cette technique en dégainant mon sabre d'entraînement d'un geste elliptique si foudroyant que l'oeil peine à le suivre, puis j'achève mon explication:

"Dernière chose, la plus importante de toutes peut-être: votre arme doit faire partie de vous, être le prolongement de votre corps. Si vous la considérez comme un objet distinct, vous y perdrez en rapidité, en fluidité et en force parce que, d'une certaine manière, vous serez toujours en train de lutter contre son poids, son inertie au lieu de vous en servir. Vous appliquerez votre Ki à votre arme, ou à votre corps, mais pas les deux en même temps puisque dans votre esprit ils ne formeront pas qu'un et que cela demanderait une concentration beaucoup trop grande dans la furie d'un combat que de l'appliquer à deux choses distinctes en même temps. Aussi, n'essayez pas de dégainer votre sabre: dégainez une part de vous-même, projetez-là de la même manière que vous projetteriez votre main, ou votre pied. Maintenant, essayez?"

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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