L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: L'Aura de Syriën (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Lun 10 Avr 2017 12:44 
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L'Aura de Syriën


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Lieu de guilde des Danseurs d'Opale


L'Aura de Syriën est la plus ancienne et la plus puissante citadelle de l'Ordre des Danseurs d'Opale, la plus secrète, aussi. Elle se situe dans les plus hautes montagnes du domaine de Fuinil, très précisément sur la source du fleuve qui se jette dans l'Aeronland près de Tahelta. Sa construction débuta quelques années après l'Exode et les archives qui y sont précieusement conservées relatent qu'il fallut près de trois millénaires de labeur acharné pour l'achever. Plus qu'une simple bâtisse c'est un hommage vibrant à la fondatrice de l'Ordre, Syriën, fille de Sithi, une ode à la mémoire de sa beauté et de la pureté de son âme. Les plans furent réalisés par son fils unique, la légende veut qu'il ait commencé à les tracer quelques minutes après avoir assisté au sacrifice de ses parents, morts pour protéger la fuite des Sindeldi. D'après cette même légende, l'enfant aurait été le dernier Sindel à quitter Eden et, dès qu'il eut posé le pied au Naora, consacra toute son existence à cette oeuvre. Il est dit qu'il rendit son âme à Sithi le jour même où la dernière pierre de la citadelle fut posée.

La roche ayant servi à l'ériger, un marbre blanc délicatement nuancé de veines opalines, fut extraite du coeur de la montagne sur laquelle elle se dresse, altière et intemporelle, depuis plus de vingt millénaires. Son architecture a été travaillée de façon à ce qu'elle se fonde en totale harmonie dans le paysage, aussi est-elle invisible depuis les airs et difficilement repérable depuis le sol, à moins d'en être très proche. La région désolée et tourmentée dans laquelle elle se trouve n'a jamais été vraiment explorée par les Sindeldi et seuls les plus fidèles partisans de l'Ordre participèrent à sa construction, si bien que même lors des pires périodes de l'inquisition les Ithilausters ne virent dans les rares évocations de son existence que des contes sans fondement. Quant aux rares à l'avoir découverte, soit ils étaient membres de l'ordre soit ils périrent dans les montagnes hostiles avant d'avoir l'occasion d'en parler. Les Danseurs d'Opale peuvent se montrer impitoyables lorsqu'il s'agit de préserver leurs traditions, ceux de l'Aura de Syriën plus que les autres, sans doute parce que ce lieu est pour eux le plus sacré qui soit.

La population actuelle du lieu se monte à quelques deux cents personnes, un nombre relativement stable depuis de nombreux millénaires. Malgré l'effroyable inquisition dont fut victime l'ordre, de nombreuses familles au sein du Naora ont préservé dans le plus grand secret leur attachement à ses valeurs et à son histoire glorieuse, si bien que les habitants ne manquent jamais de rien et voient régulièrement l'un ou l'autre rejeton de ces antiques lignées les rejoindre. Si dans son ensemble le Naora ignore jusqu'à l'existence de ce lieu, ses résidents sont parfaitement au courant de ce qui se passe dans ce pays qu'ils considèrent envers et contre tout comme le leur. Il n'est d'ailleurs pas rare que certains membres de l'Aura de Syriën se mêlent à la population de Tahelta, bien peu le savent mais une solide escouade de combattants fut d'ailleurs envoyée en urgence soutenir la défense de la capitale lorsque les Garzoks y déferlèrent.

La tradition martiale des Danseurs se perpétue ici de la manière la plus pure qui soit sur Yuimen, inchangée depuis l'Exode. Tous les habitants sont capables de manier une arme correctement et s'entraînent quotidiennement, bien qu'aujourd'hui, seuls quelques rares combattants aient véritablement l'expérience du champ de bataille et dépassent le niveau d'un bon guerrier. La citadelle dispose également d'une bibliothèque unique, probablement la seule qui comporte encore dans ses rayons des originaux de récits historiques datant d'Eden.

C'est une descendante en ligne directe du fils de Syriën qui dirige la citadelle à ce jour, cela depuis plus d'un millénaire: Ylys Ithil. Cette très belle Sindel aux yeux couleur de lune rousse est extrêmement cultivée, ses connaissances de l'histoire et de la politique Sindel sont encyclopédiques, bien qu'elle étale rarement son savoir. Au premier abord elle peut sembler réservée et distante mais, une fois sa confiance acquise, ces barrières disparaîtront pour révéler une personnalité fondamentalement cordiale et bienveillante. Ylys est très attachée à la justice et à la vérité, elle peut se montrer extrêmement dure envers qui la bafouerait ou lui mentirait, la sanction sera alors immédiate et sévère, révélant la main de fer dans le gant de velours. Quoi qu'il arrive, elle fait partie de ces gens qui n'ont jamais besoin d'élever la voix pour se faire entendre ou obéir, si elle dirige l'Aura de Syriën ce n'est certes pas dû à sa seule hérédité. Son arme de prédilection est le Tsalion, mais elle pourra vous enseigner toutes les armes (AA) conventionnelles.

A noter que, suite à la décision prise par la guilde de se révéler au grand jour, le secret entourant l'Aura de Syriën se dissipe peu à peu. Désormais, toute personne respectant Sithi et les Danseurs d'Opale y sera bien accueillie et pourra profiter des cours d'arts martiaux qui y sont dispensés.

Maître d'armes de l'Aura de Syriën (CCAA)

Ylis Ithil (niveau 21)

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Classe Héroïque: Gardienne de la Tradition, issue de maître d'armes.

Elle peut vous enseigner les CCAA suivantes:

Basiques: (prix public: 250 yus. Membres: 175 yus)

-Botte
-Coup ciblé
-Coup colossal
-Coup de bouclier
-Coup de fourreau
-Estoc droit
-Feinte
-Garde imprenable
-Halte forcée
-Hypnose
-Instinct sauvage
-La différence d'un pas
-La main du géant
-Lames défensives
-Les cent lames
-Lien funeste
-Passe-bouclier
-Renversement armé
-Surprise éclair
-Trancheur
-Vol d'arme
-36 chandelles

Danses d'Opale: (prix public: 500 yus. Membres: 350 yus.)

-Danse de l'éclipse

Secondaires: (prix public: 350 yus. Membres: 245 yus.)

-Danse des sabres
-Adresse de guerre
-Double trancheur

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 Sujet du message: Re: L'Aura de Syriën (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Mer 14 Mar 2018 16:11 
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Il arrive un moment où j'aperçois, dans les montagnes qui se trouvent à notre droite, une vallée encaissée surmontée par deux pics enneigés aux allures de crocs, un lieu qui m'a été décrit par Lyann lors de notre dernière rencontre. Pensif, je fais halte et me tourne vers Isil après un instant de réflexion, lui désignant la vallée en question d'une main tendue:

"Cette vallée est l'un des accès à la citadelle de mon ordre. Nous pourrions nous y rendre, là-bas nous pourrions nous reposer en toute sécurité, loin des magouilles de Tahelta. Qu'en penses-tu?"

L'Elfe incline le visage, un léger sourire aux lèvres et, me semble-t'il, une lueur d'espoir au fond des yeux:

"Oui, cela me semble être une bonne idée. C’est loin d’ici ?"

Une légère moue relève mes lèvres à la question de mon amie:

"Trois jours, peut-être quatre, seule une piste étroite y mène et ce n'est pas un lieu aisé d'accès. La montée sera dure."

Lhyrr devrait cependant pouvoir porter Isil jusqu'à destination, un rude chemin, oui, mais qui nous assurera un répit dont nous avons tous deux grand besoin. Notre dernier combat m'a sérieusement éprouvé et se frayer un passage dans cette forêt trop luxuriante n'a rien d'une partie de plaisir. Mais cela reste notre meilleure option et nous sommes capables de surmonter les périls de ce chemin, du moins je l'espère:

"En route alors. Plus vite nous y serons plus tôt nous aurons un bain chaud!"

Et par Sithi, rude cette fichue montée l'est plus que je ne le voudrais. La pente est sévère et les cailloux roulent dangereusement sous nos pieds ou pattes, seul Sinwaë semble parfaitement à son aise alors qu'il rôde et furette autour de nous en quête d'une proie ou d'une odeur intrigante. La vallée se fait de plus en plus encaissée, canyon presque, s'élevant sans pitié vers les lointains monts enneigés que nous distinguons parfois. De vallée en vallée nous franchissons plusieurs cols qui nous dévoilent un vaste et inextricable panorama couronné de neiges éternelles, lesquelles attirent mon Silnogure comme un pot de miel attire les mouches. Sans doute a-t-il hâte de retrouver un milieu proche du sien, bien éloigné de la touffeur des jungles Naoriennes. Au crépuscule du troisième jour, un sourd grondement de l'Ithilartëa m'incite à m'immobiliser tout net et à m'emparer de mon arc, les yeux plissés alors que j'examine les alentours. Je murmure à l'attention d'Isil:

"Il y a du monde..."

Elle hoche la tête et descend de Lhyrr pour faire face à la menace tandis que je continue à scruter en vain les environs. Quelques instants plus tard, une demi-douzaine de silhouettes sortent de leurs cachettes en hauteur, des Sindeldi équipés comme des guerriers et munis d'arcs qu'ils montrent ostensiblement sans pour autant nous menacer. L'un d'eux s'avance et nous hèle en Sindel, avant de répéter en langue commune:

"Salutations, voyageurs. Seriez-vous perdu?"

Je le scrute quelques instants, le temps d'apercevoir le pendentif qu'il porte bien visible sur sa poitrine, avant de lui répondre en remisant ma relique de glace:

"C'est par ma seule volonté que mes lames se meuvent. Voici Aísillyn An’Naïnelim d'Escalie, Dame de Cuilnen, et son compagnon Lhyrr. Mon nom est Tanaëth Ithil, Rêveur d'Opale et Lame du Crépuscule."

Je dégage mon propre pendentif de mon armure dans le même temps et le lui montre, ce qui lui soutire un large sourire:

"Nous espérions que vous viendriez nous voir, Seigneur Ithil, nous avons eu des échos de votre passage à Tahelta. Soyez les bienvenus. Nous allons vous escorter jusqu'à l'Aura si vous le voulez bien."

Les Elfes gris se détendent et ne tardent pas à nous guider jusqu'à une étroite passe aux allures de défilé. Quelques centaines de mètres plus loin, nous débouchons sur un paysage grandiose de monts acérés d'une immaculée blancheur sur lesquels se dresse, discrète et pourtant majestueuse, la citadelle Naorienne des Danseurs d'Opale. J'en reste souffle coupé durant quelques secondes tant il se dégage une...aura ensorcelante de ce lieu opalin bâti en totale harmonie avec la nature qui l'entoure. Comme on est loin du domaine de Fuinil et de Tahelta, soudain, si près et pourtant dans un autre monde. Ainsi c'est ici que s'est perpétuée notre tradition, ici qu'ont été préservées les graines sacrées des Enfants de Sithi... Je me secoue alors que nos guides nous invitent à poursuivre le chemin et leur emboîte le pas sans plus traîner bien que je peine à détacher mon regard de l'oeuvre splendide de mes ancêtres.

Trois bonnes heures nous sont encore nécessaires pour atteindre, par un sentier qu'une chèvre ne renierait pas, une petite porte engoncée au pied des puissantes murailles. Elle est ouverte après un bref échange avec les gardes qui nous surplombent du sommet des murs et nous ne tardons pas à entrer dans le lieu légendaire, du moins pour moi. L'intérieur est un entrelacs de ruelles étroites et tortueuses, partout des fortifications cloisonnent chaque secteur de la citadelle, tout comme l'Opale de Lune en Hidirain cette merveille a été bâtie pour la guerre. De ruelle en escaliers, de cour en passage intérieur, nous finissons enfin par arriver dans une vaste salle constituant le premier niveau d'une puissante tour. Deux gardes se tiennent devant les portes ouvertes avec, entre eux, une Sindel de haute taille aux yeux d'une étrange couleur rousse qui nous jaugent avec une acuité perçante.

Je m'incline légèrement devant l'Elfe Grise et la salue protocolairement dans notre langue avant de présenter Isil et son Loykarme en langue commune afin d'indiquer à celle que je devine sans mal être Ylis Ithil que ma compagne ne parle pas notre langue. La maîtresse des lieux hausse un sourcil légèrement inquisiteur et nous examine de la tête aux pieds avant de sourire légèrement:

"Dame d'Escalie, c'est un honneur pour nous de vous accueillir. Soyez la bienvenue, et toi aussi cousin. Cela fait des mois que j'attendais de te rencontrer, nous avons à parler. Mais vous devez être épuisés, je vais vous faire conduire à vos appartements, nous nous entretiendrons lorsque vous serez reposés."

Je la remercie d'un sourire et d'un signe de tête tandis qu'elle demande à un garde de nous montrer le chemin, une vraie bonne nuit de repos dans un lit ne nous fera pas de mal après nos bivouacs sommaires de ces derniers jours. Je lui demande encore:

"Avez-vous un guérisseur ici? Ma compagne a été empoisonnée et cela ne semble pas vouloir s'améliorer beaucoup..."

Ylis acquiesce et promet de l'envoyer dans nos appartements, Isil renâcle un peu à cette idée mais finit néanmoins par l'accepter, reconnaissant sans doute que cela n'a rien d'inutile. Le garde nous conduit jusqu'à deux appartements contiguës comportant tout le confort souhaitable sans être ouvertement luxueux, bien que le marbre blanc délicatement ouvragé qui constitue l'ensemble de la citadelle donne une impression de faste renforcée par le grand lit à baldaquins qui trône au centre de l'une des pièces. Cette vision qui me tire un large sourire, la seule chose qui m'importe dans l'immédiat c'est de pouvoir me débarrasser de mon armure et de la crasse du voyage avant de m'écrouler pour deux ou trois jours!

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: L'Aura de Syriën (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Mer 14 Mar 2018 16:44 
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Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
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Localisation: Raynna, Naora
Bien des heures plus tard, après un sommeil réparateur, je rejoins Ylis dans la salle du conseil de la citadelle. L'Elfe Grise est fièrement assise sur le siège seigneurial et me dévisage avec un mélange de curiosité et de réserve calculatrice lorsque je m'avance vers elle. Elle est seule dans la vaste salle d'une blancheur immaculée, colorée seulement par une immense bannière aux armes des Danseurs accrochée au mur derrière elle ainsi que par quelques rares meubles de bois noir: une grande table ovale derrière laquelle la Sindel se tient, entourée de sept sièges qui ne se différencient du "trône" que par des dossiers plus bas. Les dernières lueurs du jour dispensent une luminosité légèrement orangée dans la pièce grâce à plusieurs fenêtres ogivales, créant une atmosphère chaleureuse que semble démentir l'éclat dur et résolu qui brille dans le regard de la maîtresse des lieux. Nous nous faisons face sans prononcer un mot durant de longues secondes, puis la voix de l'Elfe brise soudain le silence, calme et posée mais révélant pourtant une subtile tension sous-jacente:

"J'ai entendu bien des choses, vous concernant, Messire Ithil. Vous auriez été choisi pour être le dirigeant de notre ordre voilà presque trois ans, par décision du conseil de l'Opale de Lune, en Hidirain, est-ce exact?"

J'incline lentement le visage sans détacher mon regard du sien et rétorque fermement:

"C'est exact, Dame Ithil."

La Sindel se penche légèrement vers moi, les yeux plissés comme pour mieux lire en mon âme:

"Connaissez-vous seulement notre histoire, nos traditions? Si oui, vous devez savoir que le conseil d'Imfitil n'a pas autorité pour nommer notre guide, c'est une décision qui doit être entérinée par la totalité des commandeurs."

Je me contente de hausser les épaules et, gardant une parfaite impassibilité, de lui répondre doucement:

"Vous faites erreur, Dame, sans vouloir vous offenser. C'est une décision qui doit être acceptée par tous les Danseurs d'Opale, sans exception, et non par les seuls dirigeants de nos citadelles. Nul parmi nous n'est tenu de suivre un guide qu'il n'aurait pas choisi, c'est par notre seule volonté que nos lames se meuvent."

L'Elfe sourit légèrement et approuve d'un signe de tête:

"De fait. Alors dites-moi, pourquoi vous accepterais-je, vous un illustre inconnu, comme mon supérieur?"

"Supérieur? Tous les Enfants de Sithi sont égaux devant notre Mère, auriez-vous oublié son enseignement?"

Ylis rit légèrement en me répliquant:

"Allons, vous n'êtes certainement pas assez naïf pour ignorer ce qu'implique cette place que vous revendiquez. L'égalité est une utopie, une armée a besoin de commandants, fusse-t-elle celle de Sithi."

"Vous confondez égalité et rôle dans une société, quelle qu'elle soit, Dame. Chacun de nous endosse un rôle, occupe une place unique dans une structure, une place qu'il choisit librement en son âme et conscience de prendre. Le fait d'occuper différentes positions dans notre ordre, ou ailleurs, n'implique pas que l'une soit supérieure à l'autre. Votre main droite est-elle supérieure à votre pied, à vos oreilles?"

"Nous sommes en guerre, Messire Tanaëth, ce qui engendre son lot de nécessités. Un commandant doit être obéi par ses troupes s'il veut avoir une chance d'obtenir la victoire."

"Il doit être obéi par choix, en toute connaissance de cause, parce que ses soldats ont confiance en lui et en son jugement, pas parce qu'ils ont été entraînés à suivre aveuglément des consignes qu'ils ne comprennent souvent pas. C'est précisément cette approche qui a engendré la création de notre ordre sur Eden, cela qui a fait des Danseurs des combattants d'exception capables de donner leurs vies sans hésiter pour leur peuple: ce n'était pas la décision d'un commandant quelconque, mais celle de chaque guerrier."

"Cela remonte à plus de vingt-mille ans et c'était sur un autre monde, bien différent de Yuimen, Sire Ithil. Par ailleurs, vous savez comment cela s'est terminé, n'est-ce pas? L'Ordre s'est éteint sur Eden et il ne s'est jamais relevé, devons-nous reproduire les mêmes erreurs?"

"Quelles erreurs? Notre peuple a survécu, le sacrifice des Danseurs a permis l'exode et aujourd'hui nous sommes toujours là, debout et prêts à poursuivre la Voie de Sithi. Auriez-vous perdu la foi, Dame Ylis?"

L'Elfe soutient mon regard acéré durant quelques instants, puis elle le détourne en soupirant discrètement et contemple le paysage pendant une poignée de secondes avant de me dévisager à nouveau:

"Nous ne sommes plus qu'une poignée, Tanaëth. Notre légende et nos rangs s'étiolent année après année, jamais le pouvoir du clergé n'a été aussi absolu qu'aujourd'hui. La perte de nos souverains est un coup dur, les prêtres ont désormais les mains totalement libres et ce n'est pas à notre avantage, vous vous en doutez. Sithi est absente de ce monde et ne peut rien pour nous à ce qu'il semble, comment savoir si nous sommes toujours en accord avec les volontés de notre Mère alors que cela fait vingt millénaires que nous n'avons plus eu contact avec elle? Mais bref, là n'est pas la question pour le moment."

"Là est toute la question, Ylis. Si nos citadelles se dressent toujours sur Yuimen, s'il y a encore quelques Danseurs aujourd'hui, c'est précisément parce que nous avons gardé une foi inébranlable en notre Créatrice et en la Voie qu'elle nous a enseignée voilà tant de siècles. Que cette foi disparaisse et nous aurons échoué, ce sera notre fin."

"De grands mots que tout cela, Messire. Nous parlons sans cesse de la Voie de Sithi, mais qu'en savons-nous au juste? Ses enseignements? Qu'en reste-t-il? Quelques vagues évocations aux allures de dogmes, la plupart imposés après l'exode par des prêtres sans scrupules afin d'asseoir leur domination sur notre peuple. Regardez la réalité en face Tanaëth, de nos jours plus personne ne sait vraiment quelle était cette fameuse Voie, nul ne se souvient de ses enseignements originels, nous n'en avons que des versions déformées et ternies."

Je secoue lentement la tête et rétorque posément en la fixant au fond des yeux:

"C'est faux. J'ai rencontré Sithi et parlé avec elle."

La Sindel s'adosse en fronçant les sourcils, me scrutant avec une lourde suspicion avant de demander avec une sourde ironie:

"Vraiment? Et que vous aurait-elle donc dit, que vous étiez son élu, destiné à sauver l'Opale de l'extinction? Que nous allions retrouver notre influence d'antan et réussir à contrebalancer le pouvoir de ses prêtres?"

Je plonge mes prunelles de jais dans celles de l'Elfe et affirme posément:

"Elle m'a dit que le seul devoir d'un enfant envers sa Mère était de vivre. Elle m'a également demandé d'être son héraut sur ce monde dans lequel elle ne peut intervenir elle-même, de guider notre peuple vers un avenir meilleur. Mais, vous mieux que tout autre devriez savoir que Sithi ne prophétise pas l'avenir, le futur n'est que possibilités, probabilités, révélées ou pas par nos choix. Jamais Elle n'a tracé une Voie pour nous, bien au contraire, elle nous a offert le libre-arbitre et les conseils d'une Mère plutôt que d'imposer sa volonté en tant que Déesse. J'ignore si nous retrouverons un jour notre place au sein des nôtres, j'ignore si nous parviendrons à retrouver assez d'influence pour contrer le Clergé, mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce futur advienne. Pas parce que Sithi l'a exigé, mais parce que c'est le rôle que j'ai choisi."

Ylis me dévisage un moment, doutant très logiquement de la véracité de mes paroles et s'efforçant de discerner un signe de mensonge dans mes yeux. Je soutiens sereinement ce regard jusqu'à ce qu'elle reprenne enfin:

"Supposons que ce soit vrai. Dans ce cas la Voie de Sithi n'existe pas, si je comprends bien ce que vous me dites là."

"Si par Voie vous entendez chemin tout tracé vers un avenir immuablement figé, c'est exact, elle n'existe pas. La Voie de Sithi n'est pas un destin annoncé, c'est une philosophie de vie, un code de conduite qui tend vers un but fondamental: la survie des Sindeldi."

"Alors expliquez-moi à quoi nous servons dans tout cela, la survie de notre peuple n'est pas menacée à l'heure actuelle, elle ne l'a plus été depuis l'exode."

Je hausse un sourcil incrédule et riposte du tac au tac:

"C'est ce que vous pensez? Plusieurs de nos colonies sont tombées, Tahelta elle-même a été attaquée par les forces d'Oaxaca, considérez-vous ces événements comme étant sans importance? En outre, la situation actuelle du Naora fait que certaines factions du Clergé ont le pouvoir d'isoler notre pays et ils ne se privent pas d'en abuser. Que se passera-t-il si Oaxaca décide de nous briser définitivement? Nous serons anéantis, pour la simple et bonne raison que nous serons seuls. Nous avons subi défaite sur défaite, Oaxaca a conquis de nombreux mondes, elle possède des armées immenses, est entourée d'immortels dont les seuls noms font trembler les plus braves. Et vous me dites que notre survie n'est pas en jeu?"

L'Elfe sourit finement et questionne à mi-voix:

"Et que feriez-vous pour changer cela, Messire? L'armée Sindel est aux ordres des Ithilausters, lesquels prônent une position défensive et isolée comme vous l'avez relevé. Cela restera ainsi tant qu'il n'y aura pas un souverain déterminé à la tête du Naora et, en ce qui nous concerne, notre seul espoir d'être réhabilités serait une décision royale. Sachant que le futur souverain sera nommé par le clergé, je vous laisse estimer les chances qu'il nous soit favorable et ait l'audace de se confronter aux prêtres..."

"Le clergé n'est pas le peuple Sindel, Ylis. Que le peuple nous suive et les prêtres seront forcés de s'incliner, exactement comme cela s'est produit jadis."

"Le peuple s'est habitué à ce joug, Tanaëth. Il est en place depuis tant de générations qu'il en est venu à faire partie de la tradition, à être considéré comme normal, acceptable. D'une certaine manière il est rassurant, en ce sens qu'il déresponsabilise l'individu et lui évite d'avoir à prendre des décisions puisque le clergé les prend à sa place et lui dicte ses actes et pensées."

Elle marque une pause pensive avant de poursuivre:

"J'ai appris ce que vous avez fait à Tahelta. Vous avez vu les laissés-pour-compte, les miséreux, eux nous suivraient sans doute, ils n'ont rien à perdre. Mais ne vous faites pas d'illusions, il en ira tout autrement parmi ceux qui ont des conditions de vie "normales"."

Je la coupe d'un geste impatient de la main et remarque:

"Je sais tout cela. A quel jeu jouons-nous, Cousine? Vous avez parlé à Lyann, elle vous a exposé la stratégie que nous avons imaginée et vous ne vous y êtes pas opposée, vous l'avez même améliorée. C'est donc bien qu'elle vous semblait valable. Cessons de tourner autour du pot. Ainsi que vous-même l'avez expliqué à Lyann: le temps nous est compté. Acceptez-vous de mener cette Danse à nos côtés? Voilà la seule question qui importe."

Car, j'en ai pris conscience il y a quelques instants, toute cette discussion n'est qu'une épreuve. Ylis dirige cette citadelle, et donc implicitement l'ordre puisqu'il s'agit de la citadelle mère de l'Opale, depuis bien avant ma naissance. Acceptera-t-elle que je guide sa Danse, que j'usurpe en quelque sorte un rôle qu'elle pourrait considérer comme sien? Ma parente me dévisage avec intensité durant une interminable minute, un regard auquel je ne me dérobe pas, bien qu'il ne me soit pas aisé de le soutenir tant il est empli de cette étrange assurance que l'on ne trouve que chez ceux ayant vécu une longue existence. Je me sens jeune, si jeune, sous ce regard couleur de lune rousse... Mais à mon plus grand soulagement la Sindel acquiesce enfin imperceptiblement du chef en soulignant:

"J'ai confiance dans le jugement de Lyann et de Tyrdann. L'Aura de Syriën sera à vos côtés aussi longtemps que je jugerai vos actes en accord avec la Voie de Sithi et favorables à l'Opale. Vous allez jouer une rude partie à Nessima, réfléchissez soigneusement aux raisons qui vous guident et aux nécessités, un échec serait désastreux pour nous."

"Que voulez-vous dire au juste, Ylis?"

"Vous savez que le seul moyen de faire lever votre bannissement est d'épouser..."

"Je ne l'épouserai pas."

"C'est bien ce que je pensais," soupire l'Elfe.

"Il y a un autre moyen: défier Averren dans le cadre d'un Jugement de Sithi."

"C'est une vieille tradition qui n'a plus cours depuis longtemps. Il refusera et vous fera jeter au bagne."

"Pas si je peux prouver qu'il a orchestré la mort de ma mère et de deux autres femmes Sindel."

"Et comment prouverez-vous ça?"

Je laisse un discret sourire retrousser un coin de mes lèvres:

"Laissez-moi le comment, admettons que je le prouve."

"Admettons. En ce cas... Nessima est très attachée aux traditions martiales, fussent-elles tombées en désuétude partout ailleurs... vous auriez une chance qu'un tel jugement soit accepté, mais cela reste très risqué. Il serait sage de vous assurer quelques solides appuis avant de lancer votre défi, cela fait longtemps que vous avez quitté Nessima et vous étiez très jeune, ne l'oubliez pas."

"Aucun risque que je l'oublie, Dame. Mais dites-moi plutôt, sauriez-vous où l'on pourrait trouver une boussole pour se rendre sur Nyr?"

Nous palabrons encore durant de longues heures. Outre le fait qu'elle me donne deux pistes intéressantes pour retrouver l'une de ces mystérieuses boussoles, l'Elfe est une mine d'informations sur le Naora et je m'efforce tant bien que mal d'intégrer tout ce qu'elle m'explique sur la diplomatie actuelle: les luttes entre les familles, les coups tordus entre les factions du clergé et mille autres vilenies dont je n'avais pas même idée qu'elles puissent exister. Ha, innocence de ma jeunesse, pourquoi donc me fuis-tu à tire-d'aile? Comment sommes-nous tombés si bas? Comment? Nous étions un grand peuple autrefois, un peuple fier et digne, des explorateurs, des conquérants. Nous devrions éclairer le monde de notre sagesse, de nos connaissances, et depuis vingt millénaires nous nous terrons sur quelques îles que nous n'avons jamais été fichus de pacifier? Oh, nous avions bien quelques colonies aussi, mais nous les avons perdues. Bien sûr il y aussi ce peuple Sindel d'Izurith, quelques survivants du moins, dont l'existence démontre que les Sindeldi d'Eden se sont divisés et sont partis vers différents mondes lors de l'Exode, une information troublante s'il en est. Combien de mondes sont-ils parcourus par mon peuple aujourd'hui? Deux? Dix? Plus? Que reste-t-il au juste du grand peuple de notre monde originel? Je soupire doucement, encore une question que je n'ai pas songé à poser à Sithi...

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 Sujet du message: Re: L'Aura de Syriën (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Sam 17 Mar 2018 15:57 
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Localisation: Raynna, Naora
Mon souffle saccadé peine à me fournir assez d'air, mon coeur bat si vite que je ne parviens plus à dissocier ses battements les uns des autres. Mes muscles me brûlent comme s'ils étaient en flammes, mes lames sifflent sauvagement dans le silence de la nuit, pourfendant sans trêve de fantomatiques souvenirs d'êtres dont je ne me souviens pas même du visage. Je me suis efforcé, quelques heures plus tôt, de me rappeler des traits de mes parents. En vain. Je me suis efforcé de me remémorer le visage de Jaëlle, celle dont la mort prétendue a tout déclenché. Jaëlle... je l'ai aimée à en perdre la raison, je l'ai tuée aussi, des années plus tard, après que les ennemis de ma famille en ait fait une Banshee. Et pourtant je n'arrive pas à me rappeler de la forme de son visage ou, plutôt, un autre s'impose dès que je m'efforce de me souvenir d'elle. Un visage masculin aux traits durs et cupides, à la bouche perpétuellement tordue en un ignoble sourire hautain et moqueur. De longs cheveux couleur d'or qui encadrent des prunelles grises et froides, une silhouette longiligne, puissante et nerveuse comme celle d'un combattant, la prestance d'un grand seigneur. Ce qu'il est au demeurant, quoi que je pense de lui par ailleurs. Averren. L'Ithilauster, le Fils de Sithi qui a envers moi une si pesante dette que seule sa mort la paiera. Je le tuerai, ce n'est plus qu'une question de jours maintenant. J'attends ce moment depuis plus de trente ans, j'ai imaginé mille fois notre inévitable rencontre et, à chacune d'entre elles, je l'ai terrassé. Mais ce n'étaient que des rêveries sans substance. Les pointes de mes lames se posent doucement au sol, l'entier de mon corps tremble imperceptiblement de l'effort infernal que je viens d'exiger de lui dans l'espoir de retrouver ma sérénité. En vain.

J'essuie d'un revers de main la sueur qui me coule dans les yeux, sans pouvoir m'empêcher de palper dans le même geste mon oreille mutilée et la rude balafre qui marque désormais mon visage. Qu'il est loin l'adolescent qui a quitté Nessima voilà tant d'années, frais et intact à peu de choses près. Mon corps porte maintenant les stigmates de tant de combats que je ne sais plus très bien où j'ai récolté certaines cicatrices, mais ai-je assez appris pour me mesurer au redoutable Averren? Je n'en suis pas sûr et, pire, je suis terrifié à l'idée de me retrouver face à lui. J'ai commis de lourdes erreurs de jugement ces derniers temps, sans grandes conséquences fort heureusement, mais cela ne change rien aux faits. Et puis il y a cette vision que j'ai eue voilà déjà bien des mois, dans laquelle les rues de Nessima se transformaient en rivières de sang. Rivières dans lesquelles disparaissaient la Shaakt Färya et sa fille. Notre fille. J'ignore ce que cela peut bien signifier, je sais que je devrais l'ignorer, certaines de mes visions ne se sont pas réalisées, mes actes ont changé l'avenir et ce que j'avais vu ne s'est pas produit. Mais l'ai-je changé cette fois, suis-je en train d'arpenter un chemin différent? Je n'en sais rien et cela me ronge. Non que je craigne vraiment pour ma vie, là n'est pas le problème, mais ai-je le droit d'entraîner l'Opale et, question plus épineuse encore, Isil et Lhyrr dans cette affaire?

(Parce que tu crois que tu auras ton mot à dire sur la question, peut-être?)

L'intervention pleine de mordante ironie de ma Faëra me tire de mes pensées et je souris en coin à son interrogation:

(Sans doute pas, mais je pourrais essayer quand même.)

(Oh, tu en serais bien capable, mais n'as-tu pas mieux à faire de ton temps?)

(Tu ne comprends pas, Syndalywë...)

(Je comprends trop bien, au contraire: tu t'es amouraché de cette Elfette et tu as une peur panique qu'elle meure aussi. C'est pour cette raison que tu t'es lancé idiotement seul dans des combats alors qu'elle aurait pu t'aider et t'éviter des blessures graves.)

(Moui... il y a peut-être un peu de ça...) admets-je à contrecœur.

(Eh bien ressaisis-toi et vite, Tanaëth, tu n'auras qu'une seule et unique chance à Nessima.)

(Tu as regardé les avenirs?)

(Je n'ai pas besoin de mirer les futurs pour être certaine de ça, tu le sais aussi bien que moi, d'ailleurs.)

(Alors que dois-je faire selon toi? Renier ce que j'éprouve pour elle? Accepter qu'elle risque sa vie pour une cause qui ne la concerne pas? La quitter afin d'épouser celle qui m'était destinée? Enfin, il s'agissait de sa soeur à l'origine, mais...)

(Arrête-ça bon sang! Est-ce que je t'ai déjà dit ce que tu devais faire?!)

(Eh bien...oui, à de très nombreuses reprises. Alors continue, que dois-je faire? Rester loin de ma cité natale et laisser cette crevure d'Averenn s'emparer de tout ce qui appartenait à ma famille?)

(Ce serait peut-être préférable si tu ne changes pas très vite d'état d'esprit. Tu es empli de doutes et de craintes, jamais je ne t'ai senti ainsi et ça m'effraye. Vas à Nessima comme ça et...)

(J'y laisserai ma peau, je sais,) murmuré-je sombrement.

(Le conseil d'Ylis était bon: réfléchis bien aux raisons qui te font retourner là-bas. Si elles sont mauvaises...)

(Le sont-elles?)

(Ce n'est pas à moi de le dire, Tanaëth. Mais réfléchis, trouve la source de tes doutes et chasse-les. Fais-le avant d'aller là-bas.)

Je grimace légèrement et laisse mon regard se perdre songeusement dans les massifs puissants qui entourent la citadelle. Je connais parfaitement l'origine de mes craintes, elles sont en grande partie issues de mon éducation. On m'a appris à craindre l'autorité depuis ma plus tendre enfance, dès mon plus jeune âge la menace du bagne a plané au-dessus de moi chaque fois que je faisais une sottise. Et Sithi sait que j'en ai commis quelques-unes... Mais il n'y a pas que ça, Ylis et Syndalywë n'ont pas tout tort lorsqu'elles affirment que la présence d'Isil à mes côtés m'entraîne sur une pente glissante et inhabituelle. J'erre seul depuis tant d'années que j'avais oublié ce que c'était que de s'inquiéter pour ceux qui sont à nos côtés. Comment oublier celles qui sont mortes pour avoir croisé ma route, comment ne pas redouter que le même destin attende Isil? Comment faire fi de ma vision, de ces flots de sang et de la présence, si incongrue à Nessima, de mon amante Shaakt? Une hypothétique présence des plus inquiétantes, on ne côtoie pas une maîtresse-espionne d'Omyre et de Caix Imoros sans risques, je l'ai appris à mes dépends. En même temps il y a quelque chose d'absurde dans cette histoire, Färya ne saurait passer inaperçue à Nessima, quel que soit son talent, alors que ferait-elle là-bas? Sans doute est-ce une imprécision de ma vision, ou un futur n'ayant que d'infimes chances de se produire... mais s'il advenait malgré tout? Que se passera-t-il si elle et Isil se retrouvent face à face? Encore une idée à laquelle je préfère ne pas trop penser, ce qu'a vécu Isil à Khonfas ne laisse pas vraiment augurer d'une rencontre pacifique et l'Elfe Noire n'est pas une adversaire à prendre à la légère. J'aurais dû lui trancher la gorge il y a longtemps, je l'aurais fait si j'en avais eu le pouvoir. Faute de quoi je l'ai laissée s'insinuer dans mes Danses, comme si ces dernières n'étaient pas déjà assez précaires sans ses manigances tordues!

Je rengaine mes armes en soupirant doucement, mieux vaut que j'aille seul affronter mon destin, trop d'êtres chers sont morts pour avoir marché à mes côtés et je ne supporterais pas qu'Isil rejoigne leurs rangs. Il est temps que je parte, avant qu'elle ne se réveille, même Averenn n'a pas le bras assez long pour l'atteindre ici. Lorsque tout sera terminé je la retrouverai et, la menace de l'Ithilauster supprimée, nous pourrons vivre en paix. Une légère moue d'ironie amère relève mes lèvres à cette pensée, en paix... comme s'il y avait la moindre chance que j'arpente un jour un chemin paisible... Ma route est pavée de larmes et de sang, je suis la Lame de Sithi et la paix ne fait pas partie de ce destin. Après m'être soigneusement décrassé, je rejoins Ylis pour lui faire part de ma décision:

"Je pars maintenant pour Nessima. Informez-en Isil lorsqu'elle se réveillera, dites-lui que je la retrouverai à Tahelta lorsque j'en aurai fini."

"Elle risque de ne pas apprécier," remarque ma cousine en me dévisageant d'un regard perçant.

"Je préfère qu'elle soit en colère plutôt que morte."

"Son aide pourrait s'avérer précieuse, vous ne vous en sortirez pas seul et vous n'avez plus guère d'amis à Nessima."

"Je sais, mais cette affaire ne la concerne pas et je refuse qu'elle risque sa vie pour cela."

"Cette affaire ne la concerne pas? Vous êtes son compagnon, non?"

Je hausse légèrement les épaules et rétorque pensivement à mi-voix:

"Pour un temps, à ses yeux ce n'est sans doute qu'une aventure sans lendemain."

"Ah... et pour vous?"

"Je ne sais pas... il n'y a guère de place pour l'amour dans ma Danse, quelque part c'est plus...facile, seul. Je veux dire par là que c'est ma seule existence qui est en jeu, mes choix n'impliquent que moi..."

"Vraiment? Vous devriez relire l'histoire de l'Opale et de sa création, Messire, Ethërnem n'était pas seul. D'autre part vos choix impliquent notre Ordre, de nombreuses vies sont en jeu. Vous feriez bien de ne pas l'oublier. Soit dit sans vouloir vous offenser."

Les paroles de la Sindel me percutent durement, je sais pertinemment qu'elle a raison, mais je n'en montre rien et me contente une nouvelle fois de hausser les épaules en lui répondant d'un ton faussement assuré:

"Je n'oublie rien, Ylis. Lorsque Averenn sera mort les choses seront différentes mais, d'ici là, il est préférable que je sois seul."

"Je pense que vous vous mentez à vous-même et que vous commettez une erreur. Enfin, si telle est votre décision... il ne m'appartient pas de vous dire ce que vous avez à faire."

Me mentir à moi-même... oui, peut-être un peu... il est des peurs dont je ne suis pas encore parvenu à me défaire, j'en suis bien conscient, celle de m'attacher à quelqu'un en fait partie. Je prends une ample inspiration et salue Ylis d'une petite révérence, quoi qu'il en soit il est temps d'aller affronter mon passé.

Je quitte la citadelle quelques instants plus tard, le visage figé en un masque inexpressif. Isil... La reverrai-je? Probablement pas, nos chemins se séparent ici et c'est sans doute mieux ainsi. N'empêche que j'ai une foutue boule dans le ventre, une chance qu'il pleuve, cela dissimule mes larmes à ceux que je croise. Que penseraient-ils, tous ces guerriers de l'Opale, s'ils me voyaient chialer comme une fillette? Que je suis faible et trop sensible pour mener l'Ordre dans les temps à venir, sans doute. Je déglutis avec peine en tentant, sans grand succès, de me convaincre que je suis assez dur pour poursuivre ma route comme si de rien n'était. Mais je sais au fond de moi que c'est faux, je sais que cette rencontre m'a changé en profondeur. Je m'immobilise sur le sentier qui dévale en direction de Tahelta et me retourne en ravalant mes larmes pour murmurer:

"Merci Isil."

Sinwaë vient fourrer son museau dans le creux de ma main et la pousse gentiment, comme pour me dire que je ne suis pas seul et que le moment est venu de poursuivre ma route. Je pousse un ample soupir et reprends ma marche sans plus me retourner. Je suis la Lame de Sithi et je ne vacille pas, jamais, ma Danse est faite de larmes et de sang, il n'y a nulle place pour quoi que ce soit d'autre.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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