L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Sam 13 Jan 2018 12:56 
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Elle prend la nourriture, glisse sa main gracile et fine à travers les paluches du guerrier et jette le précieux dans les braises. La viande crépite, se tortille, alors que son fumet se repend doucement au-dessus d'elle.

Elle reste obnubilée par cette cuisson, elle évite son regard perçant, de côté elle le remercie d'une voix cristalline et mal assurée. Il reste muet, près d'elle, la couverture de fourrure en manteau sur ses épaules. Elle retourne la chair brunie, la fait cuir de l'autre côté se brûle les doigts, s'y reprend à deux fois. Puis une fois, complètement satisfaite, elle l'attrape goulûment, la glisse dans sa bouche, croque dedans perçant la peau. Elle libère la pulpe raisiné qui dégouline sur sa main. Ses lèvres, son menton se parent d'un filet luisant de bave. Elle plisse les yeux de plaisir et de satisfaction, suce chacun de ses doigts pour en recueillir la moindre parcelle du précieux nectar qui s'étalent entre chacun d'eux à la manière d'une toile fine.

Elle se retourne vers lui, brisant le silence imposé par Orok, elle pose sa main sur sa poitrine, maintenant réchauffée et vivante. « Abigaël » dit-elle d'une parole un peu plus assuré, lentement, circonspect elle tend son bras vers son torse. Il perçoit la finesse de sa main sur sa peau cuir, elle attend une réponse. Elle le prend pour un sauvage, il jauge son visage candide.

Les yeux d'Orok se froncent, il attrape rapidement le poignet le serrant fort, la contraignant à se contorsionner pour ne pas qu'il lui casse, elle se retrouve en suivant le mouvement le visage plaqué sur sa poitrine. Elle sent son cœur, l'âpreté de son contact. Une autre main agrippe fortement ses cheveux. Elle sursaute, elle est prise au piège, sous son joug, soumise. L'orque solitaire, sauvage, peu mourir comme chaque être qui foule ce monde, mais il se sait supérieur aux humains, sont dieu lui murmure dans ses prières.


Il la renifle, passe son visage dans ses cheveux, inspire son odeur intensément douce, floral et légèrement épicé. Il continue son inspection, tenant fort son bras, ses lèvres descendent sur la joue, son nez se colle contre sa peau, il sent sa respiration haletante. Il va plus bas, frôlant sa bouche, rattrapant une goutte oubliée de sang avec un lapement de langue. Puis il tire sa chevelure, donnant en offrande son gorge à sa gueule carnassière qu'il incline un peu plus. À la naissance de sa poitrine, il entend son cœur, écoute ses battements, le buste se soulever. Il esquisse un sourire, il la relâche de son emprise et se redresse pour retourner à sa place. Il se love alors dans sa couverture et d'une voix distinct et forte répond enfin : Orok .


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Dim 14 Jan 2018 16:01 
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Mes doigts frôlent à peine son torse mais je peux sentir la chaleur de son corps qui s’infiltre sous mes ongles courts. Mes yeux sont restés braqués dans les siens et j’ai une appréhension lorsque je remarque son froncement de sourcils. Je m’apprête à retirer mon bras me sentant en danger mais il est plus rapide et sa main puissance me saisit le poignet. Il me serre fort, si fort, que j’en grimace sous la douleur et mon front se retrouve plaquer contre son buste taillé dans le marbre. Les yeux grands ouverts, je cligne plusieurs fois des paupières et sursaute lorsque son autre main vient s’agripper à mes cheveux.

Je me sens minuscule comme un grain de raisin qu’il pourrait facilement écraser. Les battements de mon cœur palpitent de plus en plus vite, je ferme les yeux sous la peur et l’angoisse de mourir comme les trois autres mercenaires.
Son nez vient se glisser dans mes cheveux, il me renifle comme précédemment dans la forêt. Je respire un grand coup, comme pour relâcher la pression qui me statufie, et une odeur virile se glisse dans mes narines. Un mélange assaisonné de nature, de terre et de pluie me chatouille agréablement les sens, une odeur brute et saisissante, qui arrive, un tant soit peu à m’apaiser.

Pourtant, je ne peux pas bouger, il me maintien contre lui, sa main encercle toujours mon poignet et l’autre est cramponnée à mes cheveux tandis que son nez continue son cheminement vers mon visage. Il hume ma peau tandis que sa bouche frôle ma joue pour dangereusement descendre vers la mienne. Je sens sa langue râpeuse venir me lécher et je rouvre les yeux, à la fois surprise et apeurée.
A ce même instant, ma tête part en arrière lorsqu’il tire sur mes cheveux, légèrement en biais offrant mon cou et laisse entrevoir un délicat décolleté. L’orque peut lire l’inquiétude et le tourment sur mon visage, tandis que le sien se perd dans le creux de mon oreille pour découvrir cette nouvelle parcelle de peau.
Je peux sentir sa bouche qui s’étire doucement d’un sourire contre la naissance de ma poitrine mais il me relâche, là, d’un coup, me laissant muette et stupéfaite que je pense avoir tout imaginé. Il se redresse sans me jeter un regard et va se réinstaller de l’autre-côté du feu et rajuste sa couverture sur ses épaules.

Je pose une main contre mon sein pour calmer mes palpitations, les yeux rivés vers les braises rougeâtres. Orok. Je garde les yeux baissés et je répète son prénom dans ma tête, je trouve qu’il lui correspond, il est à la fois énigmatique et féerique.

Peut-être qu’il me flaire pour me savourer avant de vouloir me manger ? Suis-je un casse-croute ? Me suis-je moi-même offerte comme pitance ? Mes yeux sont perdus dans les flammes et je me convaincs qu’il m’aurait déjà tué, non ? Je frotte mes yeux, qui ont retenu des larmes, pour y chasser la fatigue avant de reporter mon attention sur Orok. La couverture lui tombe de l’épaule et je remarque sa blessure, une entaille sur son bras, toujours ouverte ou le sang s’est asséché.

« Toi avoir mal ? » Dis-je en pointant mon doigt vers sa meurtrissure, j’aurai pu lui préparer un cataplasme pour éviter que la plaie ne s’infecte mais je n’ai pas les plantes nécessaires, ni le matériel adéquat pour le recoudre.

Sans attendre de réponse, je décide de m’allonger sur le dos. Ma robe blanche encore humide me colle à la peau, mais il est hors de question que je me déshabille devant lui.

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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Sam 20 Jan 2018 17:30 
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- XI -


Conforme aux prévisions d’Oroshi, le blizzard avait forci avant de cesser brutalement. La pâle obscurité s'était retiré et avait ouvert une large perspective, une étendue blanche qui s'étirait à perte de vue, intacte, éblouissante par la réverbération. Aussi le froid était devenu plus supportable et la reprise d'un bon rythme réchauffait autant le corps que le moral.

« Le flérustre s’éloigne, je le vois, là-haut, sur le dénivelé. »

La silhouette bleu gris disparaissait dans les hauteurs, au pied d’une parois vertigineuse.

« Nous quittons probablement son territoire. Tant mieux. »

Ils continuèrent donc leur chemin en file, creusant un sillon dans la neige nouvelle. Danso indiqua que leur destination était visible, les Cimes sifflantes, indiquant des reliefs escarpés aux formes irrégulières, impraticables, qui annonçaient une suite pleine de promesse. Soudainement, un long hurlement sauvage se perdit dans l’immensité. Ils se dressèrent d'étonnement ; le flérustre vomissait son mécontentement sur un promontoire, à une bonne distance, en frappant violemment le sol.

« C’est inhabituel. Je n’ai jamais vu de flérustre aussi démonstratif. »

« Il a juste l’air furieux. Regardez le sautiller sur son pic. »

Erastos s'amusait de la mauvaise humeur de cette créature qui l'avait tant angoissé. Le blizzard s'étant levé, ils pouvaient à présent le surveiller bien plus facilement. Mais le beuglement ne tarit pas et il se fit plus profond, s’insinuant en échos entre les parois gelées.

« Nous devrions le faire taire. »

La respiration de chacun s’accentua. Il y avait quelque chose de profondément menaçant dans les vociférations de la créature. Elle déversait sa rage avec une telle insistance que cela en devenait absurde. La mâchoire serrée, Oroshi attrapa le bras de Junkyo.

« Il se passe quelque chose. »

« Qu’il ferme sa gueule. Genryusai ! Fais-le se taire ! » insista Junkyo, plus véhément.

« Je n’utilise pas mon arc sur les créatures de Yuimen, sauf pour me nourrir ou quand j’y suis contraint. »

Contrairement aux autres, le moine avait conservé un timbre de voix plein de sérénité. Ses principes étaient nobles, mais ils tombaient en désuétude lorsque l'air s'emplissait de vociférations d’écartelé. Le soldat du nord vit rouge et il brandit sa lance sous son nez.

« Alors considère que tu es contraint ! »

Genryusai lui adressa un regard en coin qui dénotait froidement avec sa bienveillance habituelle. Un climat de tension s'insinua aussitôt, mettant à mal l'urgence qui venait d'émerger. Personne n'osa ajouter un mot de plus, de peur de prendre parti. À l'exception de Sajin le discret, qui, toujours muet, posa une main réconciliante sur l'épaule de l'archer. Genryusai frémit à son contact.

« D’accord, d’accord. »

Il extirpa une flèche de son carquois et banda son arc en direction des hauteurs.

« À une telle distance ? T’es peut-être un gong fu, mais franchement... »

Il ne répondit pas. Un œil fermé, concentré, il réajustait sa visée avec précision. Ils l’observèrent à l’œuvre avec une ferveur presque religieuse ; mais Genryusai se ravisa.

« Trop tard. »

Junkyo le dévisagea avec incrédulité, sans comprendre, car la créature n’avait pas bougé. Cependant, elle paraissait s’être calmé. Elle humait l'air en frissonnant. Progressivement, alors que Junkyo la toisait avec méfiance, une expression de terreur traversa son visage.

« COURREZ !!! »

Soudain, un grondement se fit entendre dans les hauteurs. Le groupe obéit sans comprendre. Alors ils aperçurent une déferlante de poudreuse dévaler une paroi en surplomb. La cascade blanche se répandit, une masse gigantesque qui gonflait progressivement, avalant l’espace jusqu’au dénivelé.

« Mettez-vous à l’abri ! »

Junkyo se plaqua contre un amas de roches et il fit signe aux autres de l’imiter. Alourdi par son équipement, Erastos peina à les rejoindre. La nuée blanche se rapprochait à une vitesse folle, engloutissant tout sur son passage. Pour trouver la force de courir assez vite, Erastos puisa dans des ressources insoupçonnées... mais cela ne suffit pas.


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Mar 23 Jan 2018 05:26 
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- XII -


La neige déferla par-dessus les roches et s’abattit sur le retardataire. Erastos fut balayé comme une feuille morte. La déferlante était si puissante qu’il fut projeté en contrebas, roulant, boulant, écrasé par la violence du débit. À force d’être retourné, il avait perdu toute notion de haut et de bas. Tout était blanc et éruption. Le fracas s’était saisi de lui et il luttait comme il le pouvait, cherchant en vain des appuis dans l’effervescence.

Après un moment excessivement long, il s’immobilisa. Enseveli sous une épaisse couche de neige, il ne pouvait plus bouger un petit doigt. Il devinait une lueur diffuse dans la glace, mais il était incapable d’en définir la provenance. Encore chamboulé par cette marée inopinée et ses membres trop engourdis par le froid, il ne ressentait même plus la gravité. Par où devait-il sortir ? Il commençait à étouffer sous cette neige. La panique l'investi. Il se mit alors à résister, jouant de ses muscles endoloris, comme une anguille, pour se ménager un espace pas plus grand qu'un cercueil. Il s’avachit la tête la première. À l’envers. Il comprit alors qu’il avait les jambes en l’air. Cette prise de conscience accentua son angoisse. L’air manquait, il voulait bouger, respirer, s’extirper de là et vite !

Le poids de son épée et sa taille proéminente était devenu le pire des fardeaux. La nécessité de s'en débarrasser devenant urgente, rugissant sous la difficulté, il se contorsionna pour retirer son lourd manteau et avec, la lanière qui retenait son arme. Après avoir réussi, il gémit au creux du maigre espace qu’il avait aménagé, avant de prendre une position plus digne.

Maintenant il pouvait jouer de ses bras. Déployant sa force, la peau à même la neige, en larges pompes et brutales impulsions, glapissant sous l’effort, il poussa la masse écrasante au-dessus de lui. Un craquement répondit, mais rien de plus. L’entreprise paraissait inhumaine. Il se recroquevilla dans l’obscure petite voûte en réfléchissant à ses options.

« À l’aide ! Je suis ici ! Quelqu’un m’entend !? »

Il eut beau crier, sa voix ne menait nulle part. Combien d’épaisseurs s’étaient accumulées au-dessus de sa misérable existence ? Alors, mut par une ultime détresse, il prit une longue respiration et il commença à attaquer la paroi avec l’avidité d’un mulot. Ses mains devenues écarlates évacuèrent des flots de neiges jusqu’à ouvrir un semblant de tunnel. Il s’y engouffra difficilement, nonobstant la largeur de ses épaules, en jouant de sa masse pour consolider les cloisons ; il creusa en rampant, déplaçant la neige avec de grands mouvements. L’air commençait à manquer. Ses gestes devinrent moins rythmés, moins synchrones ; alors, la voûte s’effondra sur lui, il n’eut pas la force de se redresser, de repousser le froid qui l’ensevelissait. La volonté aussi, faisait défaut. L’obscurité naquit, tandis que ses forces refluèrent.

Alors que tout semblait perdu, il eut un mince sursaut en devinant une rumeur. Un raclement lointain qui se faisait entendre, la seule sensation qui résumait son esprit déserté. Soudain, jaillit l’espoir ; matérialisé par la lumière et l’air. La lumière et l'air ! Il eut un sursaut et émergea de la neige comme un revenant. Sa vue était toujours brouillée par l’asphyxie, mais sa gorge se déploya. Hors d’haleine, il reprit progressivement ses moyens pour articuler des remerciements, mais une rangée de crocs s’abaissa sur lui, surmontée d’un œil dont l’iris se rétracta en une fente noire.


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Mar 23 Jan 2018 16:35 
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Les babines du flérustre se rétractèrent sur un sourire carnassier. Erastos hurla, les yeux écarquillés de stupeur, et il replongea sous la neige. Les crocs claquèrent derrière lui. Les restes de l’avalanche étaient heureusement suffisamment meubles pour qu’il puisse s’y enfouir assez rapidement et profondément à la recherche de son épée. Le poids de la neige n’étant plus sur ses épaules. Il creusa frénétiquement à la recherche de la cache où étaient resté son manteau son sac et son épée garzoke.

Il manqua cependant de rapidité. Il eut beau s’être enfoui, une douleur lancinante traversa son épaule. Erastos glapit de douleur alors que la créature le tirait en arrière. Il se débattit comme il put, frappant l’abominable gueule qui s’était saisi de lui, cognant par chance l’œil unique de la chose. Elle lâcha aussitôt prise avec un râle de mécontentement.

La neige prit une teinte écarlate. Son épaule...

Dans un premier temps paralysé par la violence de l’assaut, Erastos resta haletant. Mais un rugissement le rappela à la réalité. Il continua de creuser, trop apeuré pour prendre en compte sa blessure... Ses effets n’étaient finalement pas bien loin.

L’ombre du flérustre se dessina au-dessus du trou, mais la lame noire émergea des glaces comme un vaisseau fantôme. La taille imposante de l’épée suffit à maintenir la créature à distance, qui jappait de fureur, extériorisant sa haine baveuse à son encontre. Erastos avait du mal soutenir le poids de l'épée, son épaule le lançait, ses mains tremblaient, l’acier gelé mordait ses paumes.

Le fléruste se calma alors et il entreprit de contourner le trou dans lequel reposait sa victime. Il faisait toujours autant preuve d’une grande prudence et son intelligence, pour le moins primaire, lui intimait d’attaquer sa proie par derrière. Cependant, Erastos suivit son mouvement comme l’aiguille d’une horloge. Les mains tremblantes, il le maintint à distance un long moment, mais son inquiétude s’accrut progressivement… La monstruosité ne trahissait aucun signe d’impatience. Elle tournait autour du trou dans la neige, le forçant à continuellement lui faire face, le scrutant de son œil avide avec un calme glacial. L'épée devenait de plus en plus lourde... Ses membres étaient parcourus de frissons incontrôlés. La confrontation au début subite s’était transformée en une bataille d’endurance, mortellement passive, dans laquelle Erastos ne se faisait guère d’illusions. Il allait devoir ouvrir les hostilités et cela ne lui plaisait guère.

Il eut alors un froissement de tissu. Une ombre violette traversa brusquement le ciel. Son apparition surprit autant Erastos que la créature. Débarrassé de son manteau de fourrure, accoutré de son kimono mauve, Sajin le discret resta un instant en suspension dans les airs, renversé, une main délicatement posée sur la tête du flérustre, avant de bondir à nouveau. La réaction de la bête fut instinctive et le claquement de mâchoire ne passa pas bien loin. Mais Sajin atterrit sans encombre et détailla tour à tour de son regard énigmatique la bête apeurée et le forgeron ensanglanté.

Un rugissement glaçant accueillit le nouvel arrivant, qui se cabra, pour fondre comme une flèche sur la créature. Elle fut repoussée en arrière d’un violent coup de paume. Erastos en resta bouche bée. La vitesse à laquelle il se déplaçait, ainsi que la portée de ses sauts, étaient tout bonnement inconcevables. L’épaisseur de la neige meuble laissée par l’avalanche rendait impossible tout appui. Tout être normalement constitué s’y embourbait, alors, cabrioler dans de telles conditions revenait à marcher sur l’eau.

Sajin profita de la confusion du flérustre pour l'aider à sortir du trou. Le manteau de neige n’était plus aussi lisse et intact qu’il eut été. L’avalanche avait laissé un tapis plein d’aspérités..

« Vise son œil. C’est son point faible. Je me charge de te supporter. » murmura le prodige sans quitter l’ennemi du regard.

« Euh… Très bien. »

En prononçant ces quelques mots, il crut tomber d’épuisement. Mais il se ressaisit et redressa sa garde. Ce n’était pas le moment de flancher. La créature émit alors un grognement profond. Sajin fit plusieurs pas de côté, les mains dans le dos, pour accaparer l’attention du flérustre. Il dégageait un angle d’attaque. Profitant de l'occasion, le forgeron s’y engouffra. Cependant l’épaisseur de la neige le ralentissait et le flérustre eut clairement de temps de flairer la manœuvre. Il se retourna brutalement et désarma Erastos d'un coup de patte. La poigne gelée d’Erastos céda sans résistance et l’arme tomba dans la neige. Il émit un hoquet de surprise, incapable de réagir face aux griffes qui s’abattirent sur lui.

Mais Sajin contra l’assaut avec promptitude et enchaîna par des feintes suffisamment agiles pour éviter griffes et crocs. Le moine paraissait avoir un parfait contrôle de la situation et sa demande de porter le coup fatal laissait Erastos interrogateur. S’était-il mis en tête de le mettre à l'épreuve ? Dans une situation aussi périlleuse ? L’aisance de son compagnon lui redonna néanmoins confiance. Faire face à cette créature était effrayant, mais il n'était plus seul.

Le flérustre chassait Sajin comme un papillon. La proximité de sa proie et son caractère insaisissable le rendait fou.

Cette fois-ci, il lui tournait carrément le dos et Erastos en profita pour enfoncer son flanc. Le cuir était solide, mais cela suffit pour ouvrir une petite entaille. La créature balaya d’un revers rageur. Mais cette fois-ci, Erastos encaissa le coup sans perdre sa lame. Il perdit cependant son équilibre, titubant maladroitement en arrière, en pointant bon gré mal gré la pointe de son épée.

Les crocs claquèrent, les coups de pattes fusèrent, et il peina à restreindre la proximité mortelle toujours croissante. Une griffe se glissa dans sa manche et le tira à l'oblique, brisant sa garde, exposant son dos. Sans calcul, Erastos planta son estramaçon dans la neige pour arrêter sa course et, s'appropriant l'élan, il répondit d'une taille circulaire. Le flérustre accusa le coup sans ciller, avant de déployer ses crocs avec un hurlement rageur.

Il n'avait qu'une envie : prendre ses jambes à son coup ; mais il tint bon. La créature jouait d'intimidation et lui tourner le dos s'avérerait fatal. Elle était rapide, trop rapide pour qu'il puisse l'atteindre. Viser son point faible dans de pareilles conditions, avec une arme aussi encombrante, c'était peine perdu.

Cependant, par le concours infiniment salutaire de son sauveur, la chance tourna en sa faveur. Une boule de neige éclata sur la rétine dilaté du flérustre, qui émit un hurlement rageur. Aveuglée, la créature se débattit sans rien percevoir des alentours. L'occasion était trop belle. Erastos fit quelques pas mesurés, assez discrets pour ne pas être repéré, puis il allongea sa lame dans la pupille congestionnée. Une simple entaille déclencha une frénésie folle. Le flérustre tourbillonna en soulevant des flots de neige, déchirant l'espace d'un râle torturé.

Erastos suivit son mouvement à bonne distance, en attendant qu'il se calme légèrement, pour enfin lui asséner le coup de grâce. Il pourfendit la pupille en enfonçant une bonne partie de son épée dans le crâne de la créature. Elle ouvrit sa gueule avec un hoquet de surprise, avant s'effondrer lourdement.


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Jeu 25 Jan 2018 15:38 
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[j]Il ferme les yeux, son esprit s'ouvre aux bruits alentours. Même s'il ne la voie pas, il perçoit la perplexité chez Abygaël. Avait-elle éprouvé du plaisir ? Il se le demande et en sourirait presque. de ça voix gracile elle s'approche de lui. Toi avoir mal ? Elle lui parle étrangement, pense-t-elle vraiment qu'il est sauvage à ce point. Il comprend qu'elle parle de son épaule, sa présence lui avait presque fait oublier ce désagrément. Le sang a séché maintenant et forme une écorce de magma noire. La douleur est là, oui, mais elle est supportable, elle se réveille quand on se concentre sur elle, une épine aigre qui lui arrache un rictus. Il recouvre sa plaie et se retourne sans rien dire. L'instant d'après il entend des bruissements de vêtements, discrètement, il observe, curieux. Elle n'enlève pas sa robe humide, pudeur stupide, elle va attrapé froid et tomber malade pense-t-il. Du coin de l'œil, secrètement, pétillant, comme un voyeur sous sa couverture il épie ses seins galber se dévoiler retenue simplement par un corsage de coton blanc, son ventre qui amène à sa croupe dans un vallonnement opalescent. Elle se couche et il essaye de l'oublier, ce fantasme désirable, cette chaire tiède. Peu à peu des images lui viennent à l'esprit, elle dort, son corps se soulève au rythme de sa respiration. Orok résiste, mais pas longtemps.
Pourquoi le prend-elle pour un être animal, lui le représentant du peuple élu ? Une sensation de colère et d'envie se mêle en lui, il ne la quitte plus des yeux.
Il se lève, dans le silence tamisé de la nuit par la faune des insectes s’approchent de cette vénus étendue et saute sur elle, chasseur sur sa proie. Son corps massif sur elle, l'écrase, il se saisit de ses mains qui auraient voulu se débattre, dans l'agitation du réveil. Il plonge son regard dans le sien. Il entend son cœur sur sa peau, simplement séparé par ce voile désuet. Sa bouche n’est qu'a quelques centimètres de la sienne. Il sent sa respiration haletante, son regard effrayé aiguise ses sens, sa langue frôle la joue de la jeune femme. Il perçoit l'humide vêtements se coller contre lui, les cuisses de l'ingénue s'encastrer sur ses hanches.

Pourquoi ? Penses-tu que je ne parle pas ta langue ? Idiote !

Lui dit-il d'une voix rauque. Elle se cabre, ses seins darde, tente de repousser ce poids qui l'oppresse, mais en vain. elle s'époumone, s’essoufle. Ses yeux argentés se perdent dans les siens. Elle a peur. Elle lui répond, pouvait elle savoir ce qu'il était réellement.

voila, donc la différence entre nous humaine

lui dit-il. Il ressent sa chaleur sous lui, elle aiguise ses sens, ses envies. Elle se dévie, offre sa joue enflammée. Le feu les berce de ses lumières dansantes. Son nez s'écrase contre sa peau.Il veut qu'elle lui fasse face, il hume son parfum, animal sur sa proie. Il relâche un des poignets et de sa main rugueuse, libre, il pousse son visage à refaire front au sien. Ses lèvres se posent contre les siennes purpurines. Il les goûte, leur saveur sucré, humide en redemande et embrasse pleinement la jeune femme.sa salive s'écoule de sa bouche dans un filet lumineu. Lascif, il détend son corps, tous ses muscles, il libère l'autre main d'Abigaël alors qu'il termine son baiser fougueux et qu'il se détache de quelques centimètres d'elle pour la regarder. Son âme s'emporte, le désir l'emporte, elle doit le percevoir maintenant.Elle est à lui, cette humaine. Mais elle s'échappe, elle passe ses mains contre son torse et le repousse. Elle ne veut pas. Il plisse les yeux, véxé, énnervé, il est fils de guerrier petit fils de chef, n'importe qu'elle femme de sa tribu se serait damné pour qu'il la prenne.


Il se redresse et obtempère, il est de sang royale, il sait se tenir il n'est pas de ceux qui grouilles et rampes.

Je ne suis pas comme les tiens, humaine

Il retourne à sa place près du feu.

ils t'auraient violé tout à l'heure

Il prend une gorgée de sa gourde, s'essuie la bouche avec son avant-bras et lui lance au visage. La gourde frappe violemment la jeune femme.

Rendors-toi tu n'as rien à craindre pour ce soir.

Son ton est méprisant, il s'allonge et se recouvre de sa couverture avec un grognement.


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Lun 5 Fév 2018 04:44 
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Figé dans une posture menaçante, le cadavre de la bête gisait sur la neige. Un liquide visqueux et blanchâtre associé à l’hémoglobine ruisselait de son orbite crevée. Erastos s’écroula de fatigue en se reposant sur son épée encore fumante.

« Tu viens de me sauver la vie, Sajin. Sans toi, s’en était fini de moi. »

Le moine acquiesça d’un signe de tête minimaliste, sans quitter les restes immondes des yeux. Son port de tête était noble, sa respiration était calme, rien ne laissait croire dans sa posture qu'un combat venait d'être mené.

Une clameur monta au loin.

Les autres membres du groupe dévalaient la pente en toute hâte. Erastos ne put réprimer sa joie en les apercevant. L’épisode malencontreux se fermait enfin, et plutôt bien, si l’on omettait sa vilaine morsure. Il se crispa d’ailleurs lorsque Junkyo l’attrapa par les épaules pour l’ébranler d’éloges virils. Le cadavre du flérutres et la lame ensanglantée suscitèrent enthousiasme et félicitations, étrangement crispés, et unanimement tournés vers le forgeron.

« Je n’ai fais que porter le coup de grâce. Tout l’honneur revient à Sajin qui a maintenu le monstre en respect... à mains nues. »

« L'école du fleuve ne démérite pas à sa réputation. Voilà un exploit qui va rester encré dans les générations futures, les flérustres vont conter l'histoire de abominable Sajin ! » plaisanta Danso.

Le concerné ne réagit pas, la blague ne devait pas être de son niveau. Erastos, lui, riait de bon cœur. Mais alors que son regard comblé passait sur chacun, son sourire se figea. Il effectua un nouveau regard circulaire.

« Je ne vois pas Genryusaï. »

Ses quelques mots soufflèrent comme un vent glacial sur les retrouvailles. Ils s’assombrirent brusquement et les mines pétillantes devinrent fuyantes. L'archer n'était effectivement pas présent. L’angoisse lui saisit aussitôt la gorge, cela ne présageait rien de bon.

« Il a été emporté par l’avalanche. Nous n’avons rien pu faire, tout a été si vite… » confirma Oroshi, un voile douloureux obstruant son regard.

« Il ne doit pas être loin alors. » répliqua Erastos avec un rire nerveux.

Une résurgence de la violence de l’avalanche lui revint alors, la déferlante qui l’avait brimbalé, bringuebalé, pour l’ensevelir sous une épaisse couche de neige. Genryusaï pouvait être n'importe où. Ils culminaient les alentours ravagés par la coulée... et tout était blanc, dégagé et blanc, désespérément blanc.


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Sam 7 Juil 2018 14:44 
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(( [:attention:] Contient des scènes violentes. [:attention:] ))


La foret d’Ynorie n’avait rien à voir avec ces bois lugubres qu’on décrit dans les récits. Malgré sa proximité avec les terres d’Oaxaca. Les arbres sont beaux, majestueux, feuillus. Une bonne odeur d’humus et de sève chatouille mes narines. J’entends le piaillement des oiseaux, le bruissement des feuilles et le ruissellement d’un cours d'eau pas très loin. L’endroit serait parfait pour une promenade tranquille, sur ce sentier dessiné entre les fougères et les mûres sauvages. Mais l’ambiance pour le moment n’y convient pas.

Nous progressons prudemment. Le moine et moi ouvrons la marche, suivis un peu plus loin par Li et Hilo. Nous suivons les traces de sang qui peu à peu s’effacent, absorbées par la terre humide ou recouvertes par les feuilles séchés. Aucun bruit ne laisse deviner qu’une créature de plusieurs mètres n’est pas loin. Ni grognement, ni souffle rauque. Les traces nous font quitter le sentier, nous dirigeant vers une zone d’arbres aux troncs immenses dont les branches ne se déploient qu’au sommet, laissant la vision libre. Les traces disparaissent et la végétation absente ne peut plus nous guider grâce à ses tiges tordues.

Nous redoublons d’attention. Je dresse mon bâton devant moi, les oreilles et les yeux aux aguets. Comment une telle créature pouvait disparaître de cette façon. Je sursaute. Un craquement de branche à ma gauche. Je pivote, dresse mon arme comme si elle pouvait m’aider face à ce monstre. Fausse alerte. Ce n’est qu’un bête écureuil qui se précipite pour escalader un tronc. Nous soupirons, faussement rassurés. Moment d’inattention. Un autre craquement se fait entendre derrière nous. Nous nous retournons mais avant de pouvoir réagir le Troll surgit de derrière un tronc, juste en face d’Hilo qui n’a pas le temps de réagir. Le monstre frappe le haut de son crâne. L’archer s’enfonce littéralement dans le sol. J’écarquille les yeux. Le Troll venait de réutiliser notre stratégie contre nous. Il n’était pas qu’un stupide amas de muscles. Il possédait véritablement une logique guerrière, une stratégie. Il avait simplement retourné notre plan mis en œuvre dans le village dans son propre habitat, un endroit qu’il connait où il peut se cacher. Une fois Hilo aplatit comme une crêpe, il saisit d’un mouvement vif la milicienne. Celle-ci ne dit rien, elle n’en a pas le temps. Le Troll la soulève et l’écrase contre un tronc. Une fois, deux fois. L’écorce vole en éclat, les hautes branches tremblent. Certaines tombent avec une pluie de feuilles. Il abat le corps brisé une troisième fois sur l’arbre avant de le relâcher en nous fixant avec un air de défi.

Avec le moine, nous nous jetons un regard et j’aperçois dans le sien la même flamme de détermination qui m’anime. Nous avons la volonté de vaincre, de survivre. Ce Troll allait payer cher, il venait de faire ses dernières victimes.
Nous nous tournons ensuite vers la créature. Ses épaules et sa poitrine se soulèvent. Le souffle court. Elle est autant harassée que nous. Un silence plane au-dessus de nous. Nous nous défions du regard. Je raffermis la prise sur mon bâton, le moine se met en position, jambes fléchis, paume droite en avant, bras gauche replié. Le Troll pousse un souffle nasal, grogne. Reprend son regard cruel et fou, gratte le sol de son pied.

Pour le vaincre, je devais me coordonner avec le moine. J’avais vu sa façon de combattre, compris d’où venait sa puissance de frappe. Je devais l’assister. Nos fluides d’air devaient se compléter. Je souffle un grand coup alors que le moine tourne sa tête vers moi et me sourit, comme s’il avait lu dans mes pensées.

Le Troll s’agite, hurle et se met à charger. Le moine l’imite et se précipite au corps à corps. Le duel à mort débutait et c’était lui ou nous.


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Sam 7 Juil 2018 14:49 
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Je concentre ma magie, me tenant prêt à la déverser brutalement. Le Troll arme son poing, frappe le sol, tentant d’écraser le moine en pleine charge. J’agis, envoie une poussée aérienne au moine, un surplus de vitesse qui lui permet d’éviter le coup. Il passe sous ses jambes. Brandit son poing, frappe la cheville. Je revois la magie s’accumuler dans sa main avant de se déverser à l’impact, provoquant un souffle de l’autre côté du membre frappé. Le monstre se tourne, fouette l'air d'un revers de main. Le moine se baisse, évitant une gifle magistrale. Le Troll poursuit son attaque, il abat ses poings, encore et encore mais le moine semble voir chaque coup venir, il pivote, roule, se baisse, évite coup après coup avec une agilité époustouflante. Je dirige ma magie vers lui, lui donnant une poussée d'air pour le sortir de cette pluie de coups. Le Troll se tourne vers moi. Hurle. Charge. Je me jette derrière un arbre. Je ressens une partie du choc à travers le tronc. De l'écorce s'en détache, m'égratigne le visage. La tête du Troll apparaît au détour du tronc, suivis de son corps. Il lève la main pour me frapper. Je rassemble mes fluides, ils jaillissent de mes jambes, soufflant le sol pour soulever un nuage de poussière.

Jamais je n'avais dû être si réactif et si vif avec ma magie. Heureusement pour moi, mes fluides obéissent. La poussière aveugle le monstre, se colle à ses orbites injectées de sang. Je sens ma réserve de fluide magique diminuer. L'agitation se calmer. A quel moment je n'aurais plus assez d'énergie pour me battre ? L'idée de me retrouver désarmer face à cette créature me terrifie.

L'attaque soudaine du moine ramène mon attention au combat. Il surgit de la poussière, saute contre un arbre, y prends appui pour bondir encore plus haut. Il atteint la hauteur de la mâchoire et frappe. Le Troll titube. Crache du sang. Frotte ses yeux sale avant de darder un regard noir sur nous et de revenir à la charge. Mon acolyte s'élance aussi pendant que je me relève et rassemble mes fluides. Le Troll frappe. Son poing s'enfonce dans le sol mou. Le moine se sert de son gros bras comme appui. Saute vers le visage. La créature se sert de sa seconde main, la ramenant vers son visage pour attraper l'insecte qui l'agace. J'envoie ma magie. Elle entoure le moine pour repousser la main qui l'aurait chassé. Le coup de pied du moine touche le menton. Il ne s'écroule toujours pas. Il émet un râle douloureux alors qu'un autre croc tombe et qu'un long filet de sang coule de sa bouche. Nous reprenons notre souffle. Nous y sommes presque. Mais une fois encore le Troll nous surprend. Il donne un coup de pied dans le sol, projetant une gerbe de terre humide vers le moine. Il lève les bras devant son visage pour s'en protéger et je n'ai pas le temps de réagir. Le Troll le balaie d'un revers de main, l'éjectant contre un arbre. Le choc est rude mais le moine semble toujours conscient et en un seul morceau. Son adversaire veut saisir l'occasion d'en finir. Je rassemble mes fluides mais ceux-ci semblent insuffisant, ils s'éparpillent en atteignant ma paume.

"Non. Non. Pas maintenant !"

J'aperçois le regard impuissant du moine alors que le Troll arme son poing. Une rage colossale m'emplit le torse. Je refuse de rester impuissant devant une magie qui ne veut pas réagir. Le souvenir du marteau qui écrase le torse du Chevalier d’Or réapparaît clairement. Je refuse qu’il se passe la même chose ici. Je refuse de voir mourir quelqu’un sous mes yeux à cause de fluides désobéissants ou insuffisants.

"NON !"

Mon cri s'élève dans les bois. Je ressens soudainement une sensation que je connais. Je sens ma magie m’ échapper, devenir hors de contrôle. Une brise commence à souffler. Des courants d'air m'encerclent et se rassemblent autour de mon poing fermé. Cette sensation, c'est celle que j'ai quand je lance un sort sur Aliaénon. Quand la magie n’obéit plus qu’à elle-même et puise dans toutes mes ressources. Instinctivement, je poursuis le lancement de mon sort alors que la main fermé du Troll commence à s'abattre. Le souvenir de la bataille de Fan-Ming, du coup porté à ce foutu dragon rose me vient en tête. J'arme mon bras alors que le vent continue de souffler entre les arbres et rejoint mon poing en provoquant un hurlement sourd. Je visualise. Je concentre mon sort. Vise la mâchoire du Troll. De ce coup là, je jure qu'il ne se relèverait pas. Je pousse un cri mêlant effort et volonté. Je m'élance en avant, frappe le sol de mon pied droit et balance mon poing comme si la mâchoire du Troll était à ma portée. La magie se libère. Un vent de tempête souffle sur cette partie de la forêt. Le sort prend un aspect de tornade. Il tourbillonne, virevolte, soulève une nuée de feuilles et de poussière sur son passage. Le Troll ne parvient pas à toucher mon acolyte. Le cyclone lui percute la mâchoire. J'ai l'impression d'entendre le tonnerre mais ce n'est que le bruit de mon sort qui s'écrase sur son visage. Le temps semble ralentir. Je vois d'abord un filet de bave et de sang qui se projette en l'air. Puis des morceaux de crocs. Le Troll se redresse sous la force de l'impact. Ses pieds décollent du sol. Il bascule en arrière. J'entends un râle de douleur avant qu'il ne retombe sur le sol, ajoutant encore de la poussière à celle déjà présente.

Mes jambes se dérobent. Je tombe à genoux, me rattrape avec mes mains pour ne pas finir la tête sur le sol. J'entends encore la respiration rauque du Troll. Elle se fait pénible. Gêné par le sang qui doit remplir son nez et ses poumons. Le souffle ralentit encore et encore, devient un gargouillis dégouttant. Un dernier gémissement, un dernier souffle, long, soupirant et plus rien. Le silence. Le vent tombe, le dernier battement de cœur du monstre cesse. Nous avons réussi. J'ai réussi. Je me sens vidé, à bout de force. Je jette un regard complice à celui qui a mené la lutte avec moi. Il me regarde à nouveau d'un air à la fois surpris et admiratif. Je souris avant de m'écrouler sur le sol mou et de fermer les yeux.


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Dim 29 Juil 2018 22:10 
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Ce fut la mort dans l’âme que l’équipée acheva son voyage, triste procession de voyageurs égarés dans les hauteurs glacées, hantée par le souvenir persistant de Genryusai. L’avalanche n’avait pas seulement confisqué un de leur compagnon, mais aussi tout l’engouement de ce petit groupe, qui réalisait que ce dernier pèlerinage pouvait véritablement le devenir. Le vide s’était installé entre leurs foulées, en écarts de solitudes. Danso n’avait pas accusé la perte de ce compagnon, malgré sa condition de soldat, prenant l’entière responsabilité de la faute… s’il y en avait une. Junkyo avait pris les choses en main, Oroshi s’en voulait d’avoir enrôlé ses serviteurs, et Sajin restait muet et insensible comme à son habitude. S’était comme si la mort du second gong fu lui était indifférente. Même si ce n’était pas le cas : Erastos en avait la conviction profonde. Il avait vu son visage se refermer imperceptiblement à la mauvaise nouvelle et cette distance, supérieure à ce qu’il avait déjà connu, se graver au fond de son regard. C’était un homme résolu et cette mésaventure n’avait fait que renforcer sa détermination profonde.

Erastos, quant à lui, s’était aussi muré dans l’isolement. La présence des autres lui manquait parfois, mais dans ces lieux où le froid vous mord, où l’air manque constamment, les épanchements et baumes de cœurs n’étaient que pertes d’énergies. Il se focalisa sur sa marche, essayant de ne surtout pas retarder les autres.

Lorsqu’ils arrivèrent au sommet d’un promontoire sombre et scintillant, ils s’accordèrent une pause devant leur objectif. Erastos posa son sac et se laissa tomber dans un creux. Ses joues étaient creusées et son teint hâve révélait qu’il souffrait plus qu’il ne le montrait. La créature qui avait provoqué l’avalanche l’avait mordu à l’épaule et la marche forcée n’aidait pas à la rémission.

« Laisse moi jeter un œil. Il faut surveiller l’état de la plaie. » fit Oroshi en commençant à retirer son manteau. « Les morsures de bête sauvages s’infectent souvent et… »

Elle ne finit pas sa phrase. L’épuisement se lisait aussi chez elle. Erastos frissonna lorsqu’elle lui retira ses fourrures et grimaça lorsqu’elle retira le bandage pour y appliquer ses baumes. Les autres, les deux guerriers du nord et le moine combattant Sajin étaient dressés au sommet du pic et commentaient la vue panoramique sur les environs. Leurs vêtements claquaient sous les bourrasques insistantes et il ne percevait que quelques brides de conversations, principalement tournées sur le chemin à prendre pour dévaler ce dernier à-pic qui les menait vers le fameux temple naturel de Rana, les cimes sifflantes, dont les quelques notes lui parvenaient par delà le relief.

Une fois le bandage neuf appliqué sur sa blessure, il rejoignit les hommes à l’extrémité rocailleuse. La vue qu’il y découvrit était vertigineuse. Ils étaient comme aux confins du monde, à l’extrême limite où une mer infinie de nuages s’étendait sous leurs pieds.

« Les cimes hurlantes… » fit Erastos à lui même.

Ces montagnes étranges et reculées jouissaient de réputation d’être impraticables et formaient un massif frontalier entre la république d’Ynorie et le royaume d’Omyre que les voyageurs avertis s’évertuaient à contourner. Un vent ininterrompu parvenu du nord se heurtait aux cimes et tourbillonnait en une mer de nuages, expliquant ainsi l’obscurité luxuriante des terres sauvages. Cette masse blanche et voluptueuse - qu’admirait Erastos - avait creusé depuis l’aube du monde, dans la roche noire et suintante, des cavités dont les courants aériens faisaient trembler les fondations avec de longs sifflements, tantôt stridents, tantôt caves et profonds.

« Voici l’ultime épreuve de l’apprentissage des aéromanciens. » commenta Oroshi. « Mon maitre m’a parlé bien des fois de cet endroit. Je comprends maintenant pourquoi je lisais une telle fascination dans ses yeux lorsqu’il m’en parlait. L’air vibre d’une manière inimitable ici. »

« C’est aussi un bastion naturel régulièrement occupé par les orques. Nous arrivons sur leurs terres. » ajouta Junkyo.

« Les troupes d’Oaxaca ont dernièrement reculées, nous ont avertis les éclaireurs. Il semblerait qu’elle rassemble ses forces sur les frontières plus à l’est. La reine noire sait notre république affaiblit et y voit une moindre menace. »

« Et cela ne te dégoute pas que les peaux vertes sillonnent un lieu sacré ? »

« Les dons de Rana ne sont la propriété de personnes. Sa sagesse s’adresse à tous, aussi difficile à penser que cela puisse paraître. Cependant, nous devons nous assurer que le cœur du temple n’ait pas été saccagé et que les reliques du vent, de toute façon invisibles comme les bourrasques aux yeux des non initiés, soit encore présente… »

« Et comment allons nous nous assurer qu’elles soit encore présente, si elles sont invisibles ? » demanda Erastos, pour qui la recherche de ses reliques avait occupé les dernière semaines.

« Je l’ignore, ou plutôt, je ne le sais pas encore. Mon maitre m’a indiqué que je le saurais une fois sur place. Si ce lieu a été bafoué, il sera vide de la présence de Rana et rien n’y sera. »

Elle marqua une pause méditative et repris la parole du ton assuré du commandant.

« Le vent se lève. Il ne serait pas prudent de dévaler une telle pente pour l’instant. Passons la nuit ici et comme l’absence des orques dans la région nous fut confirmée, je pense que nous pouvons allumer un feu pour reprendre quelques forces. »

« Et avec quel bois ? »

Les interventions de Sajin étaient tellement rare qu’il fit sursauter le reste du groupe.

« De toute façon cela resterait une très mauvaise idée. Car nous ne sommes pas seul… »

Il montra alors une paroi des cimes sifflantes du bout du doigt. Les autres suivirent du regard. Ils étaient loin et on les devinait à peine, mais une ligne de silhouettes hérissée de pics gravissait le col par un chemin escarpé.

« Ils ne viennent pas de la mer de nuages. »

« Oui, ils nous ont devancé. Les avertissements des espions de ma famille étaient juste : Vandrak à bien embauché une horde de mercenaires pour explorer le temple… »

« Qu’allons nous faire ? Ils sont au moins une dizaine, voire une vingtaine, et nous ne sommes que cinq ! »

Danso tira son épée et la fit siffler dans l’air, le visage déterminé.

« Peu importe. Dans un défilé ils ne pourront venir qu’un par un. C’est une occasion. »

« Non » le coupa Oroshi, « Nous devons prendre du repos. Erastos tient à peine sur ses jambes et la bourrasque nous sera défavorable sont nous bravons les cimes maintenant. Nous nous en tenons au programme initial, mais sans feu. »

Danso broncha pour lui même et replaça son sabre dans son fourreau. Il n’en voulait pas à sa maitresse de l’astreindre à la prudence, mais il brûlait d’envie d’en découdre. C’était manifeste. La résolution rassura néanmoins Erastos qui doutait de pouvoir continuer, mais elle l’affligea en même temps car l’idée d’être un poids pour l’équipe lui était insupportable. Il s’insinua donc dans une faille à l’abri du vent sans perdre de temps et s’emmitoufla dans ses fourrures.


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Dim 29 Juil 2018 22:49 
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Le lendemain, avant l’aube, alors que les premières lumières du soleil pointaient à l’horizon, ils se mirent en route. Ils descendirent le dénivelé incertain qui disparaissait dans les nuages. Ici les gravats étaient recouverts par une mince couche de neige déposée pendant la nuit et ils tâtonnèrent à de nombreux endroits où de simple pressions précipitaient roches et gravillons en longs éboulements. Pour plus de sécurité, ils s’étaient sanglées les uns avec les autres avec une corde et les derniers, c’est-à-dire les plus en altitude, s’étaient munis de piolets pour s’accrocher en urgence au cas où le groupe serait emporté vers le bas.

Ils pénétrèrent ensuite dans la mer de nuage qui s’écoulait lascivement au fond d’un ravin et remontait en panache plus au sud pour s’éparpiller sur le haut plateau. C’était un brouillard à couper au couteau et l’humidité avait rendu le terrain glissant. Il errèrent ainsi un long moment avant de trouver un passage praticable sur l’autre parois pour s’élever jusqu’au temple.

Toujours reliés par une corde, Sajin était monté en tête, car étant un maitre du combat à mains nues et voyageant avec un simple sac, il était le plus à même d’aller et venir, de monter et descendre, afin de trouver la meilleur parois. Oroshi suivait pour apporter elle aussi son jugement grâce à ses sens capables de déceler la moindre variation du vent, et ensuite Erastos et son épaule blessée tenait place entre Danso et Junkyo, les plus robustes et aptes à s’ancrer pour soutenir le contrecoup d’une chute.

L’escalade était particulièrement difficile pour Erastos. Il n’utilisait son bras affaiblit que pour prendre appuis le plus brièvement possible afin de reposer l’autre. La pierre était gluante et lisse par endroit, si bien qu’il glissa. Danso accusa la secousse d’une manière stoïque, alors que Junkyo l’aida à se remettre en courses. Les indications de Oroshi furent criées à chaque passage difficile et ainsi ils émergèrent de la mer de nuage.

Le soleil s’était levé et brillait pâle sur un ciel intact, seulement piqué çà et là d’étoiles tardives. Au dessous les remous placides et cotonneux glissaient en silence. Erastos trouva une position de repos en se laissant pendre à un bras et s’arrêta sur cette vision mirifique. Jamais il n’avait soupçonné que le monde puisse être aussi beau. Depuis qu’il avait quitté Yarthiss il n’avait fait qu’essuyer des déconvenues, son objectif initial avait varié et aussi loin de chez lui, aussi loin de tout, il en était venu à douter de sa place ici. Cependant celle seule vision parvint à lui insuffler un engouement nouveau. Il oublia son épaule, la douleur dans ses bras, les courbatures qui lui ceignaient le dos et le sourire lui était revenu.

« Alors, tu avances ? »

Junko attendait, impatient en contrebas, et la corde vers Danso commençait à se tendre et à le hisser.

« Oui ! Oui, je crois que j’avance ! »


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Dim 26 Aoû 2018 00:10 
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Comme le soleil, le vent se levait et soulevait les premières notes de la journée des cimes sifflantes. Elles sonnaient graves et torturées et donnaient une consistance au désappointement des grimpeurs, qui réalisaient l’impasse dans laquelle ils s’étaient avancé.
Pour éviter un grand détour, ils s’étaient engagés sur la voie la plus courte mais aussi la plus escarpée. Après être descendu dans un brouillard nuageux, ils avaient tâtonné pour trouver un passage praticable, et à trop user de prudence, ils avaient négligé quelque chose d’essentiel : au fond de ce trou brumeux, ils ne percevaient pas le haut de la paroi.

« Nous devons redescendre, cela devient trop risqué ! » aboya Danso.

« Attendez… il doit y avoir un moyen. »

Au dessus d’eux la falaise était devenue impraticable. Une grande masse noire s’élevait. Elle accrochait déjà l’ombre et s’inclinait, hostile et menaçante, sans aucun point de fuite. Erastos restait sur ses appuies sans oser prendre parti pour continuer l’ascension, ou redescendre. L’idée d’avoir fait tout ça pour rien le décourageait, même sil gardait espoir de pouvoir continuer, tout en sachant, malgré lui, qu’il arrivait à la limite de ses forces… Une douleur aigue s’installait insidieusement dans ses avant-bras, et ses mains se fermaient avec fébrilité.
Danso, juste au dessus de lui, devenait de plus en plus anxieux. Il ne supportait pas de rester à rien faire, surtout à cette hauteur. Il voyait bien que cette paroi les menait face à un mur impraticable et il sommait Oroshi de redescendre. Junkyo, lui, bougonnait en contrebas, il avait qu’une hâte, comme les autres, c’était d’en finir le plus vite possible.

« Nous perdons des forces pour rien et… »

« Silence ! » le coupa Oroshi.

Sa voix avait tranché aussi net qu’un couperet, mais elle ne trahissait pourtant aucun signe d’agacement. Le sifflement du vent retentit alors et l’apprenti aéromaitresse restait attentive. Elle détacha le ruban qui soutenait ses cheveux et le lâcha dans le vide. Il tomba jusqu’à Danso et, contre toute attente, il remonta en tourbillon bien au dessus d’eux. Oroshi s’était redressée sur la pointe des pieds et toisait son ascension avec l’acuité d’un chat.

« On monte ! »

Danso jura comme à son habitude, mais cette fois-ci il ne se priva pas de se faire entendre. La mer céleste dansait toujours langoureusement en contrebas, à une hauteur incalculable. Ils s’insinuèrent dans l’ombre, où la paroi devenait gibbeuse. Ils durent abandonner leurs positions de confort pour s’adapter aux nouveaux angles que formait la pierre. Cela devenait trop difficile pour Erastos. Les prises étaient devenues trop incertaines, trop périlleuses ; la corde de rappel ne le rassurait plus et le vide immense s’étendait juste en dessous. Outre tout ça, l’épée garzoke pendait dans son dos et l’attirait vers le bas. La lame était imposante et lourde, une arme seulement utilisable à deux mains.

« J’crois… Je crois que je vais lâcher ! » glapît-il alors.

« Non ! Pas maintenant ! » vociféra Danso qui était dans une position bien plus inconfortable.

Oroshi n’était plus visible. La corde disparaissait au dessus et commençait à se tendre.

« Ton épée. Détache là ! »

En temps normal, l’idée de se débarrasser d’une arme aussi peu commune aurait été sacrilège aux oreilles de l’apprenti forgeron, mais dans sa position... Tandis qu’il abandonnait une prise pour se libérer de sa lanière, sa paume glissait à cause d’un filet d’eau qui ne discontinuait pas. Il gémit et haletât sous l’effort, se recroquevillant pour maintenir sa prise humide et fuyante. Lorsqu’il réussit à retirer le crochet de sa sangle, son corps se relâcha, le cuir dévala ses épaules et l’estramaçon, immobile dans sa chute, disparu dans la mer de nuages…

« Tiens bon ! »

Erastos serra des dents et s’agrippa de toutes ses forces à pierre. Il était plus léger. Il put grimper avec plus de souplesse, se lover dans les interstices qui s’offraient à lui et utiliser ses jambes comme des leviers.

Au bout d’un moment, un gargarisme de satisfaction se fit entendre. Danso paraissait contenté. La corde de rappel se raidit alors, et Erastos fut hissé sur les derniers mètres, jusqu’à un interstice dans la falaise. Le trou était étroit, juste assez grand pour pouvoir croiser quelqu’un, et un mince filet d’eau ruisselait à sa base. Danso lui tendit une main secourable et accompagna son dernier effort, puis il l’invita à avancer pour qu’il puisse accueillir son compère.

Erastos avança courbé dans le tunnel et rejoignit Oroshi. Un sifflement puissant résonna au fond de la grotte.

« Bienvenue dans le dernier temple de Rana… »


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 Sujet du message: Re: La Forêt d'Ynorie
MessagePosté: Dim 26 Aoû 2018 01:40 
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Les aventuriers déployèrent les torches et pénétrèrent ainsi dans la montagne. Dans ses artères sinueuses et humides résonnait toujours un grondement lointain, parfois diffus et pénétrant, parfois sifflant et strident. Ils découvrirent ainsi un réseau de galeries qui montaient et se rejoignaient pour devenir plus larges, mais aussi plus sombres, et le vent qui y soufflait s’aggravait en conséquence.

Ils arrivèrent alors dans une galerie bien plus grande ; on aurait pu y loger un cynore. Un vent puissant y soufflait et éteignit les torches, mais ils ne se retrouvèrent pas dans l’obscurité, car des lueurs diffuses, qui provenaient étrangement d’un bord comme de l’autre, indiquaient que la montagne était percée de part en part.

Erastos agrippa le manteau de Junkyo pour ne pas glisser et suivit les autres qui avançaient en ligne contre le vent. Ils ignoraient où ils allaient et longèrent la paroi luisante, et trouvèrent enfin une issue qui ne laissait guère de doute. Une gigantesque porte ouvragée était creusée dans la roche, ou plutôt sortait de la roche, avec ses arches, son toit pyramidal et ses colonnes à entrelacs. Elle était faite de la même roche pâle et légèrement bleue des environs, mais le temps et les intempéries ne semblaient pas avoir eut d’effet dessus. Elle était intacte et resplendissante, assez haute pour y accueillir un géant…

Erastos adressa un regard ébahit à Sajin, qui haussa les épaules et ouvrit la marche. Oroshi partageait cependant son éblouissement. Elle restait immobile en plein vent, le regard tourné vers ce monument titanesque dédié, ou peut-être même crée, pour et par sa déesse…

Un grand escalier montait derrière et menait vers une grande salle, ou une accumulation de salles, car la perspective se perdait dans un réseau de galeries ouvertes fait de ponts aériens et de fenêtres souterraines. Une lumière bleue se propageait dans les recoins et des bourrasques tourbillonnaient, changeait de sens, et soulevaient une musique irréelle.

« C’est magnifique… »

« …et grand ! » ajouta Erastos.

Leurs paroles résonnaient dans l’immensité en échos tardifs et hasardeux.

« Alors on commence par où ? Ton maitre a du te donner quelques indications je suppose. »

« Aucune. »

« Qu… »

Junkyo n’ajouta rien, mais il paraissait déboussolé. Une multitude de chemins s’offraient à eux et quelque chose planait dans l’air. Ils pouvaient tous le sentir. Pris d'un léger vertige, leurs repères vacillaient ; un enchantement illusoire s’emparait d’eux.

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