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 Sujet du message: La forêt de Telemnalda
MessagePosté: Mar 23 Juil 2013 17:38 
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La forêt de Telemnalda


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Telemnalda est une dense forêt en flanc de montagne qui surplombe la ville de Tahelta. A la fois terrain de chasse, de cueillette et de promenade, elle est très fréquentée par la communauté Sindel. La végétation de Telemnalda regroupe une foultitude d’espèces végétales, des plus communes aux plus extraordinaires. Chênes, hêtres, frênes et érables côtoient les tindas, arbres aux feuilles argentées que l’on ne trouve que sur Naora et auxquels on prête des vertus thérapeutiques. On y trouve également des arbustes fruitiers tels que des fraisiers et framboisiers, ou encore des petits bruissons de ronces qui abritent de délicieuses baies très juteuses et sucrées dont raffolent particulièrement les jeunes Elfes. La forêt est traversée par un torrent, qui se déverse du sommet des montagnes environnantes à la fonte des glaces, et ceux qui ont l’audace de s’aventurer au plus profond des bois pourront y tomber sur le Domaine de Fuinil:

Aucune ville connue. Ce lieu est sans doute le plus vide et le plus inextricable. A l'origine il s'agit d'un lieu d'expérimentation pour les mages météorologues, mais une expérience aurait mal tourné, transformant ce domaine en une forêt inexploitable, inexplorable et inhabitable. On raconte qu'il resterait dedans quelques survivants d'une ancienne race de Worans sombres, rien n'est moins sûr...

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La LOI : c'est ICI !
Qui? Quoi? Comment? Pourquoi? Serait il possible? : C'est ici!
Pour une action de grâce : Ici!
Corrections GMiques de vos Rp : C'est !


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 Sujet du message: Re: La forêt de Telemnalda
MessagePosté: Dim 14 Jan 2018 13:40 
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Deux jours passent, paisibles et sans surprise sous ce climat étrangement stable modulé par les mages du Naora. J'occupe mon temps à enseigner quelques bases de ma langue natale à Isil et à m'exercer au maniement de mes lames sur cet esquif mouvant. Nous finissons par accoster dans une petite crique qui devrait, à en croire la carte que m'a remise l'officier de la milice, être assez proche de notre destination.

Lhyrr prend aussitôt son envol tandis que nous nous chargeons de nos sacs et des provisions nécessaires à la suite de notre périple. Je scrute la forêt d'un air quelque peu dubitatif, elle a l'air tout à fait naturelle dans le coin, mais je sais que nous sommes proches de la sylve inextricable et réputée dangereuse qui fut jadis corrompue par des mages peu avisés. Je ne sais trop quelles bestioles improbables, possiblement modifiées aussi par les fluides, peuvent s'y dissimuler, si bien que je m'empare de mon arc et y encoche une flèche à tout hasard, les yeux parcourant vivement les alentours alors que nous débarquons.

Isil ne semble pas plus tranquille que moi et nos protégés, des citadins pure souche, n'en mènent visiblement pas bien large dans cet environnement inconnu et empli d'une atmosphère étrange, sourdement inquiétante. Ma compagne ne tarde guère à s'approcher de moi pour me murmurer d'une voix tendue:

"Au sud-ouest, à environ une heure d’ici se trouve un campement, ou quelque chose y ressemblant."

Je consulte rapidement la carte et, bien qu'il me soit difficile de l'orienter avec exactitude compte tenu de sa qualité très sommaire, j'en arrive vite à une conclusion que je partage aussitôt à voix basse avec Isil:

"Notre destination ne peut pas se trouver au sud-ouest, c'est impossible. Et nous sommes trop près du domaine de Fuinil pour que des habitants de Tahelta traînent dans la région, tous savent que ce coin est dangereux..."

Elle hoche sombrement la tête pour répondre:

"Nous ferions mieux d’aller voir de quoi il retourne. Je crains que ça ne puisse être anodin. Je vais prévenir nos protégés de monter un camp sur la plage et de nous y attendre, dans le doute, je préfère qu’ils restent en arrière."

J'incline le visage en signe d'acquiescement et rappelle mon fauve qui n'a qu'une hâte après ces quelques jours de navigation forcée: courir dans les bois et chasser. Toutefois, je ne suis pas très chaud pour le laisser vagabonder à sa guise, non seulement ce n'est pas son habitat naturel mais en outre j'ignore tout de la faune ou de la flore qui pourrait sévir dans ces régions malsaines. Il obéit sans trop renâcler pour une fois et, dès qu'Isil a prévenu nos compagnons de voyage qu'ils allaient devoir nous attendre un peu ici, je lui murmure:

"Prends garde, les mages ont fait de nombreuses expériences dans la région et certaines ont perverti la forêt et ce qui y vivait, ne te fie pas aux apparences, elles pourraient être trompeuses."

L'Elfe hoche la tête pour m'indiquer qu'elle a compris et pousse un léger soupir avec, dans les yeux, une légère lueur de pitié que je suppose liée à cette approche dominatrice de la nature si enracinée parmi mon peuple. Nous voulons tout contrôler, modeler à notre guise, oublieux parfois que chaque manipulation de la nature engendre des conséquences que nous ne sommes pas certains de maîtriser. J'étais comme eux autrefois, ne me posant nulle question à ce propos tant mon éducation me faisait considérer cela comme normal, naturel. J'ai changé au fil de mes pérégrinations, lentement et, sans doute, jusqu'à un certain point seulement. Jamais je ne serai un Taurion capable de vivre presque nu au sein d'une relation fusionnelle avec la nature, Sindel je suis né Sindel je reste malgré tout. Me sortant subitement de mes pensées, Isil m'indique qu'elle est prête à aller faire une reconnaissance du côté de ce campement si déplacé en ces lieux dénaturés. Je lui adresse donc un léger sourire songeur, ce que nous y trouverons je n'en ai pas la moindre idée, avant de m'engouffrer souplement dans les taillis derrière Isil, arc en main et flèche encochée à tout hasard.

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 Sujet du message: Re: La forêt de Telemnalda
MessagePosté: Dim 14 Jan 2018 13:42 
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Près d'une heure plus tard, ma compagne s'arrête subitement et me murmure:

"Ils sont devant, j'entends des voix, plusieurs, toutes masculines et Sindeldi."

Seulement, j'ai beau tendre l'oreille, je ne discerne pas le moindre son elfique dans les bruits sylvestres. Je hausse les épaules et lui chuchote en retour:

"Je n'entends rien, avançons encore un peu et tentons d'entendre ce qu'ils racontent sans nous faire repérer?"

Nous nous approchons de quelques dizaines de mètres, assez pour que je puisse enfin entendre ce qui se raconte. Si pendant un temps les conversations sont d'une affligeante banalité et ne nous révèlent rien de ce qui se trame ici, nous finissons par surprendre quelques phrases qui nous apprennent ce que nous voulons savoir. Ils attendent la nuit pour mener une attaque sur la cache des témoins, dont ils connaissent apparemment l'emplacement exact! Je remets à plus tard le comment, préférant pour l'heure écouter la suite qui s'avère en définitive assez peu instructive, si ce n'est qu'ils ne semblent pas inquiets d'y rencontrer une sérieuse opposition et évoquent déjà le butin et les avantages qu'ils pourront tirer de ce raid. D'un commun accord Isil et moi reculons hors de portée de leurs oreilles et ma compagne me souffle alors:

"Allons vite prévenir les personnes de la planque de ce qui se prépare, proposons-leur d'aller se cacher dans la forêt et tendons à ces mercenaires une embuscade là-bas. Si nous faisons assez vite, nous aurons le temps de nous préparer."

Je hausse un sourcil interloqué à cette proposition, avant de murmurer en retour:

"On leur tombe dessus, non?"

Évidemment il y a cette loi qui stipule que nul Fils de Sithi ne doit occire son pareil, mais que faire lorsque la gangrène atteint de telles proportions? Ceux que nous écoutons sont prêts à tuer pour protéger de puissants corrompus d'un scandale, ils ne se poseront pas la moindre question en lançant l'assaut sur le camp constituant notre destination. Je secoue une nouvelle fois la tête et passe un index explicite le long de ma gorge en fixant Isil au fond des yeux. Nous pouvons agir maintenant et épargner bien des risques aux témoins, du moins à mon sens.

Isil me lorgne d'un air abasourdi en répliquant:

"Quoi, maintenant ? Mais ils sont une vingtaine et armés jusqu'aux dents, nous ne sommes que trois. Nous pouvons toujours les prendre par surprise, mais... c'est courir un grand risque."

Je scrute une nouvelle fois les Sindeldi qui vaquent et palabrent dans leur campement, ils sont vêtus comme des forestiers mais je devine l'éclat de la maille sous leurs oripeaux. Et armés jusqu'aux dents, de fait. Leurs visages durs et, pour certains, couturés de cicatrices, m'apprennent qu'il s'agit de vétérans, au moins autant que leur manière générale de se mouvoir. La surprise ne durera pas longtemps, ils sont aguerris, mais nos chances me semblent plus que raisonnables. Je hausse donc les épaules et réponds doucement:

"Nos chances sont bonnes. Peut-être meilleures que celles que nous aurons plus tard, mais qui peut savoir? Seulement ici c'est nous qui serons les agresseurs, nous aurons l'initiative et la charge de cet acte. Nous pouvons tenter de rejoindre ce camp si tu préfères, mais je crains que dans tous les cas nous devions les affronter."

Le regard de l'Elfe se pose sur l'arme qu'elle a entre les mains, puis elle relève la tête vers moi pour annoncer:

"Bien. Attaquons-les de deux endroits différents, à l'arc. Faisons-leur croire que nous sommes plus nombreux que ça."

J'approuve d'un hochement de tête avant de glisser un baiser au coin de ses lèvres:

"Laisse-moi entamer la danse, attends qu'ils soient focalisés dans ma direction et prends-les à revers, puis replie-toi et frappe d'ailleurs, si nous les désorganisons ils sont à nous. Et faites attention à vous."

Je jette un coup d'oeil expressif à Lhyrr avant de rejoindre le poste de tir que j'ai repéré précédemment, un épais tronc entouré de taillis sur l'arrière, lesquels me permettront de changer discrètement et en vitesse de position en cas de besoin. Isil se fond quand à elle dans la forêt pour aller prendre position, je lui laisse les quelques minutes nécessaires puis je bande ma relique de glace, gèle ma flèche d'un effort de volonté et vise posément l'un des Sindeldi qui s'est un peu écarté du groupe, sans doute pour aller satisfaire un besoin naturel. Pourtant, à l'instant de décocher ma flèche, j'hésite encore, ne suis-je pas en train de commettre une terrible erreur en tuant ainsi des Enfants de Sithi? Que dirais-je à notre Mère lorsque je la reverrai? Que je n'avais pas le choix, qu'ils devaient mourir pour que notre peuple change de voie?

Je serre les dents à cette pensée, le choix je l'ai, prétendre le contraire serait me mentir à moi-même. Mais ce Sindel que je vise, sait-il dans quoi il s'est embarqué, est-ce vraiment un pourri ou simplement un soldat convaincu de faire son devoir et suivant des ordres dont il ne comprend pas la vraie nature? Serait-il préférable que je les aborde de face, que je tue si besoin les responsables en invoquant le jugement de Sithi comme l'a fait mon ancêtre? Je grimace légèrement, ce jugement consistant en un duel honorable n'a plus vraiment cours depuis de nombreux siècles, une telle tentative n'aurait pas une chance sur mille d'aboutir. Dois-je tout de même le tenter, envers et contre tout, afin de pouvoir assurer à notre Mère que j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour éviter le bain de sang? Mon aïeul aurait agi ainsi, sans le moindre doute, mais je ne suis pas lui et les temps sont différents. Après un dernier soupir je décoche mon trait qui, meurtrier gracieux à en frémir, va se ficher pile sous le menton de ma cible qui s'écroule d'un bloc. Le signal de l'assaut est donné...

Je distingue entre les branchages un autre Sindel qui s'effondre, puis un autre encore. Isil est entrée dans la danse et a ainsi attiré l'attention de la plupart, bien qu'un guerrier se dirige prestement vers moi ou, plus exactement, vers le comparse que je viens de tuer. Son regard parcourt anxieusement la sylve mais il ne me voit pas et se penche sur le mort pour s'assurer de son état, une intention louable qui, malheureusement pour lui, signe son arrêt de mort. Mon deuxième trait fuse et se fiche profondément dans son abdomen tandis que les autres crevures réagissent enfin et commencent à se protéger au moyen de boucliers, cherchant à découvrir leurs assaillants dans la jungle impénétrable qui les entoure. J'aperçois un groupe de trois Elfes qui courent de concert vers la position où doit se trouver Isil, me tournant ainsi le dos. Ils sont loin et il y a passablement de branches qui encombrent l'espace, un tir difficile sans doute mais que je suis pourtant raisonnablement certain de réussir. Je vise calmement celui du milieu et lâche ma flèche qui file en sifflant, frôlant de si près une grosse branche que je crains qu'elle ne dévie et ne se perde en vain dans la forêt. Il n'en est pas ainsi et mon projectile percute brutalement le dos de ma cible, la jetant au sol à la plus grande consternation de ses comparses qui marquent une halte et jettent des regards affolés autour d'eux. Je souris froidement et abats un nouvel ennemi qui pointe ma direction du doigt, trop tard cependant car d'autres ont vu son geste et quatre combattants se précipitent vers moi armes au poing et protégés par leurs boucliers.

Je fais choir le plus rapide d'une flèche dans la jambe, seule partie de son corps que je peux atteindre de ma position compte tenu de son arme défensive, puis remise mon arc au profit de mes deux lames qui jaillissent de leurs fourreaux en un chuintement sinistre. Comme souvent, la vue de mon Ardente dégainée fait tiquer mes ennemis qui ralentissent l'allure et se jettent des regards nerveux, si bien que je caresse un instant l'espoir qu'ils renoncent et m'évitent d'avoir à prendre leurs vies. Mais ils ne manquent pas de courage et poursuivent malgré tout leur charge, un acte stupide à mes yeux car aucun d'eux ne peut espérer rivaliser avec ma science du combat, mais comment pourraient-ils le savoir? Ils viennent, mes lames semblent prendre soudainement vie et ils meurent, effarés, une profonde stupeur mêlée d'incompréhension gravée sur leurs visages. Je ne tire nulle joie de ces morts, bien au contraire elles m'attristent et m'écoeurent, que suis-je en train de faire par Sithi? Mes lames devraient protéger mon peuple, pas le massacrer, que suis-je en train de faire? Les justifications que je trouve à mes actes sont-elles justes, sont-elles en accord avec la Voie que je me suis promis de suivre, avec les promesses que j'ai faites à Sithi? J'en doute de plus en plus alors que mes yeux se posent sur les visages de ces Elfes Gris que je viens de trucider, ils semblent tellement innocents dans la mort...

Mes états d'âme et mes questions existentielles me distraient si bien que je ne réalise qu'à la dernière seconde qu'un ennemi s'est assez approché pour me porter un coup de Tsalon vicieux visant ma gorge. Je le pare in extremis d'un revers de ma Vorpale et force dans la foulée mon adversaire à reculer en pointant sa trogne couturée de ma Flamboyante, jaugeant dans le même temps ce nouvel adversaire. Si rien ne le distingue à priori de ses comparses au niveau de la tenue, sa manière d'éviter mon Ardente et de se déplacer indique que c'est là un ennemi d'une toute autre trempe, capable peut-être de me donner du fil à retordre. Je jure intérieurement pour chasser mes doutes. Mieux vaudrait que je me concentre sur le combat car, visiblement, lui n'hésitera pas une seconde à m'étriper, ainsi que l'indique sans fard son assaut suivant, résolument létal.

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 Sujet du message: Re: La forêt de Telemnalda
MessagePosté: Dim 14 Jan 2018 13:42 
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Nos lames s'entremêlent, se séparent et s'embrassent à nouveau, foudroyantes, meurtrières, incapables pourtant de trouver la faille dans la défense de l'adversaire. Quelques passes plus tard, essoufflés, nous rompons l'engagement et reculons tous deux de quelques pas, les yeux pareillement plissés à la recherche du point faible de l'autre. Je l'observe enfin, ce Sindel capable de me tenir tête, c'est devenu si rare. Il est grand, un peu plus de deux mètres, mince, souple et nerveux comme une bonne lame. Rapide, aussi, plus que je ne le souhaiterais. Ses cheveux noirs sont mi-longs, attachés en un catogan sévère qui durcit encore ses traits austères soulignés par un regard gris pâle qui ne cille pas, tel celui d'un faucon ne lâchant jamais sa proie des yeux. Une proie, est-ce ainsi qu'il me voit? Un léger sourire flotte sur mes lèvres, l'un de nous deux mourra dans les instants qui viennent, nous verrons alors qui sera la proie de l'autre, en définitive.

Parade, esquive, riposte, les assauts se succèdent une fois encore sans trouver le pivot qui fera basculer le combat et nous nous séparons à nouveau. D'autres ennemis se sont approchés, sans se risquer à intervenir pourtant, comme s'il restait une trace d'honneur au fond d'eux. Une hypothèse que je ferai bien de ne pas trop prendre pour argent comptant, leur exposer mon dos serait probablement une erreur fatale, une erreur que je ne commettrai pas. Plus loin, derrière mon adversaire, j'aperçois aussi Lhyrr qui tient deux ennemis en respect, mais je ne parviens en revanche pas à localiser Isil, j'espère qu'elle n'a pas pris un mauvais coup. Toutefois le moment est mal choisi pour me préoccuper d'autre chose que de mon assaillant qui rengage le combat d'une volte rageuse soutenue d'une débauche de Ki. Je reconnais la feinte juste à temps pour l'esquiver d'un pas en arrière plutôt que de la contrer, ce qui aurait pour effet de déséquilibrer ma défense et d'exposer dangereusement mes côtes. Je lui offre en retour une danse des sabres de derrière les fagots mais, si cette technique le surprend visiblement, il parvient tout de même, à mon grand dam, à parer ou esquiver les redoutables attaques aux allures de danse folklorique. La riposte ne se fait pas attendre, cette danse a le défaut majeur de rendre les esquives ou parades suivantes plus délicates du fait de l'inertie engendrée, un détail qui n'a apparemment pas échappé au Sindel. Je me replie nerveusement en posture de garde imprenable, cela m'empêche certes de l'attaquer mais me permet de le maintenir à distance et de contrer méthodiquement chacun de ses coups. Il réalise très vite qu'il ne passera pas ma garde aisément et tente alors de me désarmer d'une botte vigoureuse, connue sous le nom de main du géant, attaque qui me briserait quelques doigts si mes réflexes ne me permettaient de retirer à temps la main pour qu'il ne trouve que le vide en lieu et place de mes phalanges. Et ce vide fait que, pour la première fois depuis le début du combat, une faille infime se crée dans sa garde, le poids de son arme ne trouvant pas l'obstacle désiré et l'emportant un rien de plus qu'il ne faudrait. Je réplique d'un coup d'estoc vicieux de ma Vorpale, il tente de le parer en faisant pivoter légèrement son tsalon mais mon attaque est parfaitement placée et ma blanche assassine transperce sa cotte de mailles pour aller s'abreuver rudement, toujours avide de sang, du côté de son estomac.

Une exclamation atterrée fuse des spectateurs tandis que l'Elfe blessé se dégage d'un entrechat en arrière, un rictus de douleur aux lèvres. La blessure n'est pas mortelle, l'armure l'ayant atténuée malgré tout, mais il sait aussi bien que moi que cela l'affaiblira rapidement et qu'il ne peut plus se permettre que le combat dure, je le lis dans ses yeux pâles inflexiblement rivés aux miens. J'y vois aussi une étincelle de doute, fugace comme l'aurore certes, mais il n'en reste pas moins que j'ai fissuré sa confiance en lui-même et que cela le poussera à commettre des erreurs. Je l'attends, un sourire imperceptiblement narquois aux lèvres, retranché derrière un masque d'assurance destiné à accroître ces doutes qui l'ont envahi. Nous sommes de niveau égal pour ce qui est de la technique, ce n'est pas là que se joue le combat, ce sont nos volontés qui s'affrontent et d'elles que dépendra l'issue de cet affrontement. Regard contre regard nous nous tournons autour, esquissant ici et là des attaques qui ne sont que des feintes destinées à pousser l'autre à la faute. Le temps devient étrangement paradoxal, chaque seconde semble longue comme un siècle et pourtant elles défilent à toute allure, au rythme des perles écarlates qui gouttent de la plaie de mon ennemi et que je perçois avec une acuité presque dérangeante. Je serais bien incapable de dire combien de temps s'est écoulé depuis le début de ce combat, peu sans doute, trop aussi car Lhyrr et Isil sont peut-être en difficulté. Mon esprit me hurle d'en finir sans délai mais mon instinct me dicte la patience, il n'est de pire conseillère que la hâte dans ce genre de situation. Quelques secondes passent encore, insoutenable latence car nos vies sont sur le fil de la lame et l'un de nous deux vit ses derniers instants. Mais cela fait bien des années que l'idée de mourir ne me trouble plus, bien que la rencontre avec Isil change quelque peu la donne. Mais est-elle seulement encore en vie?

Imperceptiblement distrait par ces pensées je mets une fraction de seconde de trop à réagir lorsque le Sindel se fend subitement pour m'empaler de son double sabre. Le coup est rude mais mon armure de mithril tient bon et la lame ripe avec un désagréable grincement sur le métal rouge sombre, non sans me couper à moitié le souffle sous l'impact. Je maudis ma distraction en ripostant d'un revers brutal qui ne fend que les airs, ce qui m'oblige aussitôt à une retraite précipitée sous le déluge de coups qui suit. Je tique en apercevant des mouvements à l'orée de mon champ de vision, derrière les comparses qui nous observent et attendent sans doute leur heure pour me planter une lame dans le dos, une occasion que je leur ai pas encore offerte mais qui viendra tôt ou tard si je ne me concentre pas pleinement sur l'instant présent. Tout déterminé que je sois à ne plus me laisser troubler, le monumental rugissement qui fracasse soudain le relatif silence de la jungle me fait brièvement tourner un regard surpris vers sa source. Ce que je vois me laisse sans voix: des Worans sombres sont en train d'assaillir le camp et de déchiqueter les derniers survivants! L'ombre du tsalon qui occulte brièvement le soleil me ramène sans douceur à mon problème le plus immédiat: survivre à mon adversaire actuel qui, lui, ne s'est pas laissé perturber par ce rugissement impromptu. Je tente d'esquiver tout en remontant désespérément mon ardente en parade, mais je sais que c'est trop tard avant même que la lame acérée ne plonge dans mon épaule droite après avoir trouvé la faille qui se trouve entre les deux plaques de mithril la protégeant. Je titube en arrière sous le choc, retenant un cri et bandant toute ma volonté pour ne pas lâcher mon ardente alors que je sens une effroyable douleur s'emparer de mon bras. C'est l'instant que choisissent ses comparses pour me tomber dessus tels des charognards se précipitant à la curée, maudits soient-ils!

Ma Vorpale s'empare d'un bras au terme d'une violente arabesque remontante mais je réalise avec effroi que je n'ai plus la force de lever ma deuxième lame pour parer l'épée qui menace mon crâne. D'une contorsion maladroite je parviens néanmoins à dévier quelque peu l'attaque et c'est le plat de la lame qui heurte ma tête, assez violemment pour me faire voir toute une constellation en plein jour et me faire dangereusement chanceler. Je parviens à dévier un autre coup de mon avant-bras bardé de métal mais le tsalon de mon plus redoutable ennemi fuse et me percute en pleine poitrine, choc brutal qui me fait reculer d'un pas et trébucher sur une racine. Je tente de retrouver mon équilibre d'un entrechat approximatif mais quelque chose me frappe à l'arrière du genou à cet instant et je m'écroule comme une masse, à la merci des sbires de ces damnés Ithilausters. Le double sabre s'abat alors tel un inéluctable couperet destiné à m'étêter, à peine discernable tant l'attaque est vive. Cette fois je crois bien que c'est la fin...

Je ne dois la vie sauve qu'à une roulade fébrile, la lame se contentant de me trancher net un bout d'oreille en lieu et place de ma gorge. Mon geste malhabile me projette tout droit dans les jambes d'un sous-fifre qui s'écroule lourdement sur moi, encaissant ainsi bien malgré lui le coup suivant destiné à m'achever. Le Sindel au tsalon pousse un effroyable juron et dégage le corps d'un coup de pied, omettant un menu détail dans sa hâte de m'éliminer. Ma Vorpale, lancée de toutes mes forces dans une courbe horizontale à une main du sol, fracasse la cheville de l'Elfe qui hurle de souffrance en s'effondrant à mes côtés, tentant malgré sa situation de me porter un nouveau coup au visage. Encore à moitié coincé sous le corps du sous-fifre je n'ai pas la moindre chance d'esquiver, quant à parer... mon bras droit refuse tout service et ma Vorpale est loin, beaucoup trop loin pour que je puisse espérer la ramener à temps. Une douleur terrible me fissure le crâne lorsque le tsalon percute ma pommette gauche. Je hurle cette fois, un son cassé, fissuré, qui s'éteint dans un borborygme tandis que je sombre irrémédiablement dans l'inconscience.

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 Sujet du message: Re: La forêt de Telemnalda
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Je suis dans une plaine doucement vallonnée, immense, sans fin, recouverte d'une herbe haute, drue et d'un vert si... vert qu'il en est presque dérangeant. Il n'y a nul arbre, pas de rochers, rien qui puisse briser l'infinie monotonie de ce paysage qui, s'il semble accueillant au premier regard, s'avère morne et mort, mort, mort...

Il y a dans les cieux d'un noir de poix une lune, pas une petite lune discrète comme celle que nous connaissons sur Yuimen, non, une lune gigantesque, démesurée, qui semble avoir englouti la moitié du ciel. Elle est pâle, si pâle, évoquant un spectre engoncé dans son linceul, âme en peine qui, de ses yeux bouffis de désespérance, inonde le monde de ses larmes. Car il pleut. Il pleut bien que nul nuage ne soit visible, bien que la terre soit aussi sèche que le sable du plus aride désert. Je m'en étonne un peu, baisse les yeux sur cette herbe qui, pourtant, paraît si vivace, gorgée de ces sucs humides que l'on hume avec délice en été, lorsque les paysans coupent le foin. Mais, sous mon regard atterré, l'herbe semble se dessécher, se racornir, lentement d'abord puis de plus en plus vite, retournant à la poussière, transformant en quelques battements de coeur la plaine verdoyante en une terre désolée et cendreuse. Je ne comprends pas.

Je relève les yeux pour les reporter vers la lune mais ils s'attachent soudain à quelque chose qui n'était pas là un instant plus tôt, quelque chose ou, plus exactement, quelqu'un. J'ouvre la bouche pour pousser un hurlement dément, émanation épurée d'un déni absolu, d'une terreur qui ne saurait avoir de nom, mais de ma gorge nul son n'émane. C'est une femme, une Sindel, c'était une femme, une Sindel, grande, droite, d'une beauté et d'une grâce immortelles, proche, si proche. De cette grâce ne reste que le côté glaçant, de cette femme ne reste que les os, des os sur lesquels pendouille un suaire grisâtre, taché de sang. Au sein du visage, du crâne ivoirin, deux puits sans fond couleur de mercure liquide me scrutent, me jaugent, me jugent, terribles, implacables, accusateurs. Quelques longues mèches blanches, rêches reliquats odieux d'une chevelure jadis crinière soyeuse, flottent au gré d'un vent que je ne perçois pas. Ses mâchoires s'entrouvrent en grinçant, je sais qu'elles grincent, je n'entends rien pourtant. Rien qui relève du domaine du sonore du moins car des mots se plantent dans mon âme comme des flèches acérées:

"Tu m'as trahie Tanaëth! Tu les as tués. Tu as assassiné mes enfants! Sois maudit! Maudit! Maudit! Maudit!"

Sa dextre se lève, éclair pâle qui fend les airs, pour claquer ma joue avec une force telle que je bascule en arrière, pourfendu d'une douleur fracassante qui me renvoie dans les ténèbres d'où je viens.

"Non...non...non...noooooooooonnnnnn!"

Ce n'est pas un cri, juste un grognement dont je suis le seul, sans doute, à comprendre la teneur. Je ne sais pas à quoi s'applique ce non, est-ce à ce que je viens de voir? A ce que j'ai fait? A cette souffrance ignominieuse qui me taraude comme le foret abject d'un tortionnaire immonde? Je ne sais pas, peut-être à tout cela en même temps. Je n'arrive pas à réfléchir, je le voudrais, je le devrais, mais mes pensées ne s'ordonnent pas. La douleur les disperse comme fétus de paille dans la tempête, si palpable qu'elle en devient matière, lances barbelées qui fouaillent sans pitié dans mon crâne, dans mon âme.

L'obscurité. Le silence, sans début ni fin, pesant, écrasant. Puis, comme s'il avait toujours été là, indiscernable mais pourtant existant, un son. Une litanie, sourde, un murmure, à peine audible. Un mot, un unique mot, répété encore et encore, à en avoir le tournis, à en avoir la nausée. Je n'en peux plus, je n'aspire qu'au silence et je voudrais hurler à cette voix insidieuse de se taire mais rien ne franchit le rempart de mes lèvres. Alors je me débats, furieusement, rageusement, pour échapper à ce mot qui me poursuit implacablement, lancinant, effrayant. Mais d'échappatoire il n'en est aucune, je suis enfermé dans mon esprit avec ce mot, ce foutu mot: Tanaëth. J'ignore ce qu'il signifie et je m'en cogne, je voudrais juste un peu de silence. Juste un peu de silence... Mais c'est trop demander, le mot me traque, me harcèle sans trêve jusqu'à ce que...

J'ouvre les yeux. Un oeil. L'autre reste clos malgré mes efforts. J'ai le visage en feu, tout est flou. Je sens obscurément un liquide ruisseler dessus mais il ne me fait aucun bien, au contraire, il attise une douleur si monstrueuse qu'un pitoyable gémissement rocailleux s'échappe de ma gorge. Et ce mot, ce damné mot qui revient, encore et encore, infoutu de me laisser en paix. Tanaëth. Le traître. L'assassin de sa famille, meurtrier de son propre père, de ses frères. Maudit. Je ferme l'oeil pour retenir les flots piquants qui semblent vouloir s'en extraire, en vain. Je l'ai trahie. Elle. Sithi. Un spasme me saisit, brutal, je me tords en serrant les dents, en tentant de les serrer. Spasme encore, un goût ignoble d'amertume dans la bouche, je crache, vomis, saisi de hauts-le coeur qui me secouent comme une poupée de chiffon et semblent ne jamais vouloir finir. On dit que toutes les bonnes choses ont une fin, une faim, est-ce aussi vrai pour les mauvaises? J'en doute, mais cela finit quand même par passer et j'émerge lentement, très lentement, réalisant peu à peu, avec une peine infinie, que je suis vivant. Quant à savoir si je dois m'en réjouir, ça c'est une autre histoire.

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 Sujet du message: Re: La forêt de Telemnalda
MessagePosté: Lun 15 Jan 2018 22:06 
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Je tente de me redresser mais quelque chose de mou, lourd et froid pèse sur moi, que je n'arrive pas à repousser. Je réalise au bout de quelques instants qu'il s'agit d'un cadavre et, écoeuré, me contorsionne tant et si bien que je parviens enfin à m'en dégager. Un vertige puissant s'empare de moi alors que je m'efforce de me lever, agrémenté d'une brûlure atroce au visage qui manque de peu me faire une fois encore tourner de l'oeil. Au prix d'un rude effort de volonté, je finis par arriver à me remettre debout, vacillant dangereusement sur mes jambes qui tremblent comme si elles étaient faites de gélatine. L'esprit confus, je parcours les environs d'un regard trouble, et d'un seul oeil, avant de passer délicatement une main sur mon visage, geste qui me soutire un cri de douleur lorsque mes doigts frôlent la balafre sanglante qui parcourt mes traits du front au menton. Je frémis, glacé jusqu'à la moelle des os, en réalisant subitement que je ne verrai probablement plus jamais de mon oeil gauche, crevé par le dernier coup de mon ennemi. Une vague de panique me submerge, comment pourrais-je encore manier mes lames correctement en n'y voyant plus que d'un oeil?!

(Du calme Tanaëth! Reprends-toi et fais ce que tu dois faire!)

Je sursaute en entendant la voix de Syndalywë, cette même voix qui m'a tant horripilé en serinant sans fin mon nom voilà quelques minutes, à moins que ce ne soient des heures, des jours peut-être? Non, pas des jours m'apprennent les doigts ensanglantés que je ramène de ma balafre, mes plaies datent tout au plus d'une heure ou deux, moins sans doute puisque le cadavre qui m'écrasait était encore souple. Le combat vient donc de s'achever et... Isil! Bon sang, où est Isil?!

(Du calme te dis-je! Bois une potion de soin avant de retomber dans les pommes, tu te vides de ton sang!)


(Ce...ce n'est qu'une estafilade), murmuré-je mentalement sans la moindre conviction, l'angoisse au ventre.

(Sacrée estafilade, oui, mais je parle de ta blessure à l'épaule, elle est profonde et tu saignes trop!)

Tout embrouillé que soit mon esprit, cela fait des années que j'ai appris à suivre les conseils de ma Faëra, sans toujours bien les comprendre, certes, mais je n'ai jamais eu à le regretter. Je tâtonne un peu pour trouver ma gourde, qui par chance s'avère intacte, et avale sans discuter une grande potion de soin. La sensation qui suit est atroce, je sens les os fracassés de ma pommette se mouvoir dans ma chair pour se remettre en place et se ressouder. Ça fait un mal de chien et j'ai toutes les peines du monde à ne pas geindre comme un gamin douillet, mais ça ne dure heureusement pas plus de quelques secondes. En comparaison, les picotements qui me parviennent de mon épaule et de mon oreille... de mon oreille?! Le déroulement du combat me revient soudain et je jure sourdement en portant une main à ladite oreille, dont il s'avère qu'il manque désormais le tiers supérieur, la pointe si caractéristique dont sont si fiers la plupart des Elfes. Cette atteinte à mon apparence m'aurait laissé froidement indifférent voilà quelques mois, mais maintenant... maintenant il y a Isil et... merde, où est-elle?! Le coeur battant trop vite je fais un pas en direction du dernier endroit où je l'ai aperçue, un seul et unique pas avant que Syndalywë me rappelle sèchement le sens des priorités:

(Tes armes par Sithi! Ramasse tes armes!)

J'obtempère en grognant après les avoir cherchée de l'oeil durant quelques secondes puis, me redressant, je contemple le champ de bataille et grommelle un inaudible juron en secouant la tête d'incompréhension. Que s'est-il passé? Je devrais être mort, il restait plusieurs ennemis. Lentement, une vision aussi brève qu'incongrue, celle-là même qui m'a si malencontreusement distrait, me revient: les Worans sombres. J'en distingue quelques cadavres ici et là, pas beaucoup, deux ou trois, mais que faisaient-ils au Naora? Et surtout, pourquoi ne se sont-ils pas accaparés mes reliques? Quelque chose m'échappe, ce qui n'a rien de bien surprenant compte tenu de la brume qui étouffe encore mes pensées, mais peu importe, le temps des questions viendra plus tard. Pour l'heure, retrouver Isil, le reste attendra. Je ramasse tout de même en passant le tsalon de mon bourreau, une belle arme dont le poinçon m'apprend aussitôt la provenance: Sabarius, le maître forgeron Hinion de Tahelta. Je fronce les sourcils à cette découverte, peu nombreux sont ceux qui peuvent s'offrir ses créations, qui était ce Sindel que j'ai tué, au juste? Un instant de vacuité passe, puis je me secoue et me mets enfin en route vers l'endroit où j'espère retrouver ma compagne, priant les Dieux pour qu'elle ait réchappé à ce carnage mais n'y croyant pas trop, le silence qui pèse sur les lieux n'est pas précisément bon signe...

Je sursaute soudain et rentre instinctivement les épaules alors qu'une vaste ombre passe au-dessus de ma tête, reconnaissant une seconde plus tard, avec un profond soulagement, le loykarme d'Isil qui se pose devant moi. Mais mon soulagement ne dure pas, les prunelles qui se posent sur moi sont envahies d'une profonde panique et l'animal piaffe et s'agite comme s'il était devenu fou, ce qui laisse présager le pire quant au sort d'Isil. Je sens comme un étau me broyer les entrailles et le coeur à cette vue. C'est moi qui ai voulu ce combat, contre son avis, si elle est morte...c'est de ma faute, de ma seule faute et...

(Assez! Agis au lieu de te lamenter! Souviens-toi de celui que tu es!)

(Je l'ai trahie... elle...elle me l'a dit...je l'ai vue...)

(Foutaises! Tu as déliré et voilà tout! Maintenant tu te bouges, il n'y a pas un instant à perdre! Retrouve-là!)

(Hein? Sithi?)

(Isil, crétin! Isil bien sûr!)

(Ah. Oui, évidemment.)

La potion de soin a refermé le gros de mes plaies, mais je me sens malgré tout aussi faible qu'un vieillard et des nausées m'assaillent comme vagues sur la grève, ne se retirant que pour mieux revenir à la charge. Néanmoins mes idées s'éclaircissent petit à petit et, à force de volonté, je parviens jusqu'à l'endroit où je crois qu'Isil devait se trouver. Mais elle ne s'y trouve pas, il n'y a rien ici qu'un cadavre et une épée qui traîne au sol. Mon coeur manque un battement alors que je la reconnais soudain: l'épée d'Ölendra, l'amie d'Isil, l'Hinïonne qu'elle a été forcée de tuer aux environs de Khonfas, peu après notre première rencontre. Je la ramasse et l'examine brièvement avant de l'essuyer sur les frusques du mort, Isil était donc bien ici mais jamais elle n'aurait abandonné cette lame si elle avait pu faire autrement. Alors que s'est-il passé, où est-elle? Le loykarme geint presque sans répit, tournant en tous sens et piétinant d'un air désespéré les broussailles alentours en cherchant son amie, un spectacle qui me fait enfin réagir:

"Lhyrr! Arrête! Tu massacres toutes les traces qu'elle aurait pu laisser!"

Le Loykarme rugit sombrement en me montrant les dents, mais il n'en arrête pas moins de tout saccager, comprenant sans doute la pertinence de mes paroles. Il me faut plusieurs minutes pour parvenir à repérer les premières traces, quelques branches brisées et une empreinte de botte dans la terre meuble. Empreinte que je reconnais aussitôt, cela fait des mois qu'elles côtoient les miennes. Je me mets en demeure de suivre la piste, ce qui n'a rien d'aisé, mes talents de pisteurs étant ce qu'ils sont. Par chance cette forêt n'est pas coutumière des bipèdes et son sous-bois dense nécessiterait bien des précautions pour ne pas laisser de traces visibles, précautions que ma compagne n'a visiblement pas prises, si bien que même un borgne pourrait suivre sa piste, ce qui tombe plutôt bien. Je la suis, non sans mal car certains passages gardent moins de traces que d'autres, pendant un temps qui me semble s'étirer sur des jours entiers bien que seule une petite demi-heure s'écoule à en juger par la luminosité du jour qui baisse sans hâte. Enfin, Lhyrr qui me colle aux basques en me soufflant dans le cou et moi finissons par parvenir aux abords d'un marécage puant où nous apercevons Isil! Elle est recroquevillée au pied d'un arbre, tremblante, trempée jusqu'aux os et couverte de boue mais vivante! Vivante! Le Loykarme me bouscule rudement pour se précipiter vers elle et enfouir son museau dans son giron, je me retiens de lui dire ce que je pense de ses manières et m'avance à mon tour, fronçant les sourcils lorsque le regard de l'Elfe croise le mien. Il est étrange, différent de celui que j'ai connu, trop...vide?

"Pousse-toi, Lhyrr, elle a besoin de soins!"

La réaction de l'Hinïonne me prend totalement par surprise: elle se débat faiblement, tentant de se dégager du contact de Lhyrr avec, au fond des prunelles, une incompréhensible lueur de panique! Dieux, que lui est-il arrivé?! Je réalise en m'accroupissant près d'elle qu'elle est livide et que ses lèvres sont toutes craquelées, ses traits sont creusés et des cernes noires soulignent son regard éteint, à croire qu'elle n'a pas dormi depuis une semaine! Mais le pire est qu'elle ne semble pas nous reconnaître et je n'en saisis pas la raison, ne distinguant nulle trace de coup sur son crâne. Elle a en revanche une plaie au ventre, une lame a percé son armure et elle devait être salement crasseuse à en juger par les bords boursouflés et rougeâtres d'infection qui apparaissent au travers de l'armure malmenée. L'arme était-elle empoisonnée? Je remets une fois de plus les questions à plus tard il faut que je lui fasse boire une fiole de soin mais elle s'agite tant qu'il me faudrait la brusquer pour que tout le liquide ne coule pas à côté et je n'en ai pas la moindre envie. Je tente donc de la calmer en lui parlant doucement et en caressant tendrement son visage du bout des doigts, jusqu'à ce qu'enfin elle finisse par s'apaiser et que je puisse lui faire boire une potion. A peine suis-je parvenu à lui faire absorber le bienfaisant liquide qu'elle s'évanouit, ce qui ne m'arrange pas vraiment car je ne me sens pas précisément en état de la porter. Il va bien falloir pourtant, à moins que...

"Lhyrr, viens un peu par là et arrête de bouger que je puisse la mettre sur ton dos!"

Le loykarme semble comprendre ce que j'attends de lui car il s'approche aussitôt et se baisse pour me faciliter la tâche, qui me demande néanmoins un effort colossal qui manque de peu me faire rejoindre Isil au pays des songes. Je m'appuie contre Lhyrr quelques instants pour retrouver mon souffle et mes esprits, puis nous nous dirigeons vers le rivage et les témoins qui nous attendent d'un pas lent et, pour ma part, fort peu assuré. J'ignore combien de temps il nous faut pour parcourir ce chemin que nous avons à peine mis une heure à faire à l'aller, sans doute le triple, plus peut-être. Quoi qu'il en soit nous finissons par arriver à destination, juste à temps à vrai dire car je ne crois pas que j'aurais pu marcher cent mètres de plus. Nos compagnons Sindeldi accourent aussitôt, mortellement inquiets et pâlissant à vue d'oeil en apercevant ma bobine. Je grommelle que tout va bien et leur demande de s'occuper d'Isil avant de m'effondrer contre la coque du bateau, vidé de toute force.

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 Sujet du message: Re: La forêt de Telemnalda
MessagePosté: Ven 19 Jan 2018 04:44 
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Affalé dos à la coque de notre catamaran, j'observe d'un oeil éteint nos compagnons descendre en douceur Isil de son Loykarme, puis l'allonger au sol sur une couverture hâtivement disposée. Je n'ai qu'une envie, qu'une nécessité, c'est de me laisser aller au sommeil, mais en les voyant se consulter du regard, un peu gênés, pour définir qui d'entre eux se chargera de retirer ses vêtements détrempés, je me relève en poussant un sourd grognement et les écarte d'un regard qui se passe de mots. Ce n'est qu'une fois que je lui ai enfilé des habits secs et fait boire un peu du bouillon que les Sindeldi ont préparé, sous le regard scrutateur et anxieux de Lhyrr, que je me rassieds, en proie à des vertiges qui me donnent l'impression que le monde s'est mis à tourner follement autour de moi.

Des sons me parviennent alors, décousus, vides de sens, tandis qu'une forme floue se penche sur moi. Il me faut quelques secondes pour contraindre mon oeil à se focaliser sur cette forme, une Sindel, puis la reconnaître: Luthà, l'épouse de Lhemryn. Elle me répète encore et encore qu'il faut nettoyer ma blessure au visage mais, bien que je sache pertinemment qu'elle a raison, je n'ai pas le courage de me relever une fois de plus et je lui grommelle un simple "plus tard" qui lui fait froncer les sourcils. Je hausserais les épaules si j'en avais encore la force, mais la douleur sourde qui irradie encore de mon épaule blessée et insuffisamment guérie par la potion que j'ai avalée me dissuade de seulement le tenter. Je soupire doucement, à défaut de me décrasser je ferais bien de boire une autre fiole de soin. Elle ne réparera pas mon oeil, certes, mais au moins arrêterai-je de souffrir et pourrai-je dormir un peu. Le liquide me fait effectivement le plus grand bien et, à peine ingurgité, je sombre dans un sommeil sans rêves aux allures de coma.

Je m'éveille un temps plus tard, combien je l'ignore et ne m'en soucie pas, mes préoccupations sont toutes entières tournées vers ma compagne et je me lève péniblement pour aller m'assurer de son état. Ce qui s'avère bien moins aisé que prévu car elle est presque entièrement dissimulée par l'aile de Lhyrr et ce dernier ne semble guère disposé à me laisser approcher, montrant les dents et grondant de menaçante manière dès que je m'avance de trop. Je plante mon oeil dans le sien, un peu agacé par ce protectionnisme outrancier et n'étant pas vraiment d'humeur très patiente dans mon état de fatigue:

"Arrête de faire la poule, Lhyrr, ce n'est pas un oeuf à couver par Sithi! Écarte-toi et laisse-moi voir comment elle va!"

Mes paroles ne semblent pas vraiment émouvoir le loykarme qui gronde une fois encore et couvre davantage sa maîtresse de son aile, une réaction qui me fait grogner quelques imprécations en Sindel, cette stupide bestiole pense-t-elle vraiment m'empêcher de m'assurer de l'état de mon amante? J'avance implacablement, bien résolu à ne pas m'en laisser conter par l'animal, lorsqu'il détend soudain le cou pour refermer ses mâchoires bardées de dents aiguës sur mon avant bras, aussi menaçant que si j'étais son pire ennemi. Mes brassards de mithril me protègent néanmoins efficacement, encore qu'en réalité il ne paraisse pas vraiment vouloir me déchiqueter mais simplement me prévenir de ne pas insister. Nos regards se rivent l'un à l'autre, sévères et aussi déterminés l'un que l'autre à ne pas céder. Je ne peux évidemment pas le dégager de force, Isil m'en voudrait à mort, mais l'envie m'en démange tout de même furieusement et je peine fortement à desserrer mon poing qui s'est instinctivement reployé à m'en blanchir les phalanges. Prenant sur moi, je soupire doucement et ajoute d'un ton que je m'efforce de rendre calme et posé:

"Tu n'as pas de mains pour lui donner à boire si elle a soif, Lhyrr, ni de remèdes pour la soigner si elle en a besoin. Tu sais très bien que je ne lui veux pas le moindre mal, au contraire, alors s'il te plaît, écarte-toi un peu et laisse-moi voir comment elle va."

L'animal me jette un regard torve et consent à soulever vaguement un bout de son aile, me laissant voir le visage de ma compagne, mais pas m'approcher davantage. Un nouveau soupir agacé soulève mon torse, mais Isil semble dormir d'un sommeil paisible et je n'insiste pas, me bornant à maugréer entre mes dents serrées, le regard noir:

"Un de ces jours, il faudra vraiment que tu comprennes que je ne suis pas votre ennemi, Lhyrr."

Je m'éloigne lentement tandis que Lhyrr claque des dents et repose sa tête sur son aile, m'avisant alors de la crasse ignoble qui recouvre mes mains, terre, sang et autres matières moins recommandables encore. Une bouffée de honte s'empare de moi et je me redresse pour demander de l'eau propre à nos compagnons, qui ne tardent pas à m'en fournir, et chaude qui plus est. Un luxe inouï à mes...mon oeil.

Sans me soucier des personnes présentes, je retire armure et vêtements pareillement souillés pour me laver méticuleusement, conservant le meilleur pour la fin : mon visage tailladé. Le moindre contact sur la plaie ou ses environs fait un mal de chien malgré les fioles que j'ai bues, le sang ayant séché et formant des croûtes dures qui s'obstinent à s'agripper à mes sourcils, à mes paupières et aux bords de la balafre encore passablement apparente. Je ne laisse pas échapper le moindre son, pourtant, serrant solidement les mâchoires afin de ne pas divulguer aux autres la souffrance qui me taraude. Stupide fierté sans doute, mais je n'ai nulle envie de les alarmer ou de leur montrer ma faiblesse actuelle, ils en ont bien assez vu comme ça. L'eau chaude finit par ramollir la crasse, fort heureusement, et je ne tarde plus à en venir à bout. Je réalise alors une chose incroyable, mon coeur s'emballant vivement dans ma poitrine: je vois. Je vois! Mal, mais qu'importe, je vois! C'était le sang séché qui maintenait mes paupières closes, la lame ne s'est pas emparée de mon précieux oeil, le diadème que je porte m'a épargné le pire car l'arme n'a évidemment pas été en mesure de l'entamer, les reliques étant indestructibles pour ce que j'en sais.

Après avoir soigneusement décrassé mon équipement, m'avisant qu'Isil dort toujours, je décide de retourner sur le lieu du combat, cette histoire de Worans sombres nécessite quelques éclaircissements et je voudrais essayer de découvrir qui étaient ces Sindeldi que nous avons attaqués. Celui qui m'a mis à mal en particulier, ce n'était pas un simple soudard, loin s'en faut, alors qui était-il au juste? Pas un Ithilauster en tout cas, il aurait usé de sa magie pour me terrasser, pas un soldat non plus, sa technique ne collait pas avec ce que l'on apprend aux combattants du Naora, je suis placé pour le savoir ayant moi-même suivi la formation d'Hirdam. Alors qui? J'espère bien découvrir quelques indices en fouillant les corps laissés à l'endroit où ils sont tombés, sans même que ces mystérieux Worans ne se soucient de récupérer leurs armes et armures, autre étrangeté qu'il me semble impératif de comprendre.

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Mer 14 Mar 2018 18:00, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt de Telemnalda
MessagePosté: Sam 20 Jan 2018 19:46 
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Rien n'a changé lorsque je parviens, une bonne heure plus tard, sur le lieu de l'affrontement. Presque rien, en fait, car les charognards se sont invités à la fête et ont prélevé leur dîme. Pour le reste, les corps sont toujours là où ils sont tombés, plus ou moins grignotés selon les cas mais reconnaissables encore. Je me dirige en premier lieu vers mon adversaire, ce guerrier inconnu qui a si bien failli avoir ma peau, pour le fouiller méthodiquement. Je trouve une petite bourse contenant quelques yus et, surtout, un médaillon représentant un croissant de lune barré d'un sabre. J'ai déjà vu cet emblème, il y a bien des années, mais je ne parviens pas à me souvenir ce qu'il représente, la seule chose dont je suis certain c'est que ce n'est pas un blason du Naora. Si lointaines qu'elles soient, les interminables et rébarbatives leçons d'héraldique dispensées par mon précepteur ont laissé des traces. Je me revois ânonnant sans fin les noms de chaque famille noble, de chaque cité, alors qu'il me désignait d'un doigt tendu, visage austère, les différents emblèmes enluminant un épais, bien trop trop épais, volume relié de cuir. Ce blason ne s'y trouvait pas, je m'en souviendrais. Pourtant je l'ai déjà vu, mais où? J'ai beau me creuser la cervelle cela ne me revient pas. Mais peu importe, je pourrais me renseigner lorsque nous serons revenus à Tahelta. En attendant je glisse l'insigne dans une poche et vais examiner les autres corps, sans rien trouver de folichon. Leurs armes comme leurs armures sont médiocres, du moins selon mes critères, aussi je préfère ne pas m'en encombrer.

Quant aux corps des Worans, au nombre de trois, ils ne sont tout simplement pas vêtus, seuls quelques colifichets sans valeur les ornent. Pour toutes armes ils disposaient d'épieux grossièrement taillés dont les pointes ont été durcies au feu, je ne trouve pas une bribe de métal sur eux. Étrange. A bien les regarder il me semble qu'ils ne ressemblent pas exactement à ceux que j'ai déjà croisés, leurs traits me semblent plus bruts, plus animaux, mais je n'en jurerai pas, n'ayant somme toute jamais approché de près l'une de ces créatures avant ce jour. Je ne déniche pas le moindre indice pouvant m'éclairer sur la raison de leur présence ici. En revanche, un amas de solides branchages brisés qui devaient être attachés ensembles par de la cordelette attire mon attention. Pris dans les fentes du bois, je découvre quelques touffes de poils noirs, identiques à ceux des Worans tombés. Certaines branches portent aussi des traces de griffures et de morsure, comme si l'un des fauves humanoïde avait été enfermé par ces branches et avait tenté de s'en échapper. A bien y regarder ces branches auraient pu former une cage, bien que je ne puisse en être certain compte tenu de leur état actuel. Les Sindeldi avaient-ils capturé l'un de ces fauves? Cela expliquerait qu'ils aient attaqué le camp mais ne dit pas pourquoi mes compatriotes ont fait ce prisonnier. A moins que... est-ce grâce à lui qu'ils ont découvert l'emplacement du refuge où se terrent les témoins? Rien d'impossible, mais là encore, pas moyen d'en avoir la moindre certitude. C'est donc un peu dépité, et songeur, que je regagne la côte et rejoins Isil et nos protégés.

Mon amie lève un bras pour me faire signe lorsque je parviens au sommaire campement qu'ont établi nos protégés, geste qui semble lui soutirer une grimace douloureuse qu'elle s'efforce aussitôt de remplacer par un sourire. Pauvre sourire en vérité, mais elle est en vie et en meilleure forme que lorsque je l'ai quittée quelques heures plus tôt. Je m'approche d'elle en répondant à ce sourire et, après un bref regard à Lhyrr qui renifle et repose la tête avec un dédain affecté, me penche pour déposer un léger baiser sur son front avant de me reculer un peu pour l'observer attentivement et murmurer:

"Tu sembles aller un peu mieux..."

Ma compagne renifle à son tour et hausse un sourcil peu convaincu en me rétorquant d'une voix rauque, à peine un souffle entre ses lèvres toujours craquelées:

"Si par « mieux », tu veux dire que je vais bien pour un cadavre, alors oui, je vais un peu mieux. Désolée pour les ennuis que je vous ai causés."

Elle détourne un instant les yeux, comme si elle avait honte de son état, avant de prendre sur elle et de relever la tête pour me regarder en face:

"Que t'est-il arrivé ?"

Je hausse les épaules et frôle sa joue du bout des doigts avant de lui répondre:

"Quels ennuis? Tu es en vie, c'est la seule chose qui compte. Je ne sais pas ce qui t'es arrivé, je t'ai perdue de vue lorsque le chef de cette petite troupe m'est tombé dessus. Je ne sais pas qui c'était, pas un simple soudard en tout cas, j'ai rarement affronté un combattant d'un tel niveau. Après... ça a été le chaos... des Worans sombres ont attaqué nos ennemis, leur action m'a surpris et j'ai pris quelques mauvais coups qui m'ont plongé dans l'inconscience."

Je marque une pause et désigne d'un doigt la balafre qui court sur mon visage, sourcils froncés, avant de poursuivre:

"Je ne sais pas ce qu'ils font dans le coin, mais apparemment les Sindeldi avaient capturé l'un des leurs et ils sont probablement venus le chercher. Ils ont tué tout le monde en tout cas. Fait étrange, ils n'ont rien pris, pas même mes reliques qui traînaient pourtant au sol. J'ai trouvé ceci sur le corps du chef des Elfes, je n'ai pas la moindre idée de ce que représente ce blason...je l'ai déjà vu mais je ne sais plus où ni quand..."

A ces derniers mots je lui tends le médaillon avec la lune barrée d'un sabre, cherchant une nouvelle fois, toujours en vain, à me souvenir où je l'ai déjà aperçu. Mon amante hausse à son tour les épaules, un geste qui semble lui faire mal si j'en juge par la discrète tension qui marque son visage:

"Je ne l'ai vu nulle part, quant à ces Worans... J'ai été prise dans une fumée épaisse, que je ne pensais pas naturelle. C'est elle qui m'a empoisonnée en premier lieu, même si je n'ai pas la moindre idée de ce qui était brûlé. Sans doute les Worans étaient-ils derrière tout ça et cherchaient-ils à affaiblir leurs opposants avec..."

Elle marque un temps avant de poursuivre, un peu hésitante, d'une voix rigoureusement neutre qui en dit long sur la dureté de ce qu'elle a vécu:

"Je... La fumée m'a fait perdre mes sens, m'a faite halluciner en m'affaiblissant petit à petit. Lorsque je m'en suis rendue compte, j'ai tenté de vous rejoindre, mais j'ai dû me perdre à la place. Je me suis retrouvée dans un marais, je suis tombée dedans, ait touché un crapaud avant de porter la main à ma plaie, en plein délire. Je suis parvenue à ramper hors du marais et... c'est là que vous m'avez trouvée."

J'écoute avec attention ses explications, conscient qu'elle passe, comme toujours, sous silence ce qui l'a vraiment atteinte. Je prends l'une de ses mains dans les miennes et la presse tendrement, conservant un silence songeur durant quelques secondes avant de répondre:

"De la fumée pour empoisonner leurs ennemis... c'est une idée ingénieuse, ça expliquerait que les Worans aient eu si peu de pertes, seuls trois d'entre eux sont tombés alors qu'ils n'avaient que de mauvais épieux pour toute arme. Nous... nous avons eu de la chance à bien y songer. Du repos devrait suffire pour te remettre d'aplomb je suppose, ton corps semble avoir pris le dessus sur ces poisons. Nous repartirons lorsque tu te sentiras mieux, plus rien ne presse maintenant."

Lorsque Isil finit par pousser un soupir après avoir observé le soleil qui décline déjà en déclarant que nous repartirons le lendemain à l'aube, je hausse un sourcil et rétorque doucement:

"Nous repartirons quand tu seras en état de le faire, bel Amour. Quelques jours de plus ou de moins ne changeront rien à la situation."

L'Elfe plisse les yeux à ma réponse et me lance un regard perçant pour me répliquer d'un air sombre:

"Nous partirons demain à l'aube. Je monterai sur le dos de Lhyrr et ça ne changera rien entre être assise dans le campement ou être assise sur lui."

Je hoche légèrement la tête, non que je sois d'accord avec sa réponse, cette forêt est dangereuse et nous pourrions être attaqués par je ne sais quelles créatures, ou ces Worans que j'ai aperçus, mais je la connais assez pour savoir que discuter plus avant ne servirait qu'à nous disputer:

"Très bien. Alors repose-toi, je me charge de préparer le départ."

Force m'est d'avouer que je ne serai pas fâché d'en avoir fini avec cette mission d'escorte. Pourtant, si je pensais au départ qu'une telle tâche aurait mieux convenu à quelque sous-fifre peu doué, ce qui s'est passé la veille m'a fait changer d'avis. Les témoins seraient tous morts s'ils n'avaient été protégés que par de vulgaires troupiers. Reste que l'emplacement du camp a été découvert par les sbires de Fergaim, ont-ils eu le temps d'envoyer un message pour en informer quelqu'un? Je n'ai aucun moyen de le savoir. Cela me semble assez peu probable, mais pouvons-nous prendre ce risque? Le plus sage serait peut-être de conseiller à notre contact là-bas de le déplacer au plus vite, mais c'est une question que j'aborderai lorsque le moment sera venu, Isil ne me semble guère en état de se livrer à une profonde réflexion pour l'instant.

Nous nous mettons en route le lendemain, un peu après l'aube comme prévu. Isil s'est péniblement hissée sur le dos de Lhyrr qui fait tout son possible pour lui éviter de tomber ou simplement de la secouer. Quant à Sinwaë, il se décide enfin à revenir au moment où nous nous mettons en route, ce qui me soulage fortement car je ne l'avais plus aperçu depuis que nous nous sommes lancés dans le combat qui a failli mettre un terme à nos existences. La journée s'écoule lentement, harassante car il faut nous frayer un chemin dans la forêt touffue et cela n'a rien d'une sinécure. Nous nous relayons pour élaguer lianes et branches, bavardant peu car notre souffle est mis à rude épreuve. J'observe de temps à autre Isil, plongée dans un profond mutisme, le visage si fermé que j'hésite plusieurs fois à lui demander ce qui la rend si distante. Je n'en fais rien pourtant, respectant son silence et ses pensées plutôt que de risquer de l'agacer pour rien. Elle parlera lorsqu'elle en aura envie, ou simplement lorsque la puissante fatigue qui la terrasse se sera dissipée.

Le soir tombe doucement lorsque nous parvenons enfin au camp qui abrite les témoins, une simple enceinte circulaire protégée par une palissade au sein de laquelle quelques huttes sommaires ont été érigées. Notre arrivée ne passe pas inaperçue, il faut dire que nous ne cherchons absolument pas à être discrets, et nous sommes accueillis par trois archers qui pointent leurs armes sur nous, une expression inquiète sur le visage. Je les hèle d'assez loin afin d'éviter tout risque de nous prendre une flèche malencontreuse:

"Nous sommes envoyés par le capitaine Brëanal, informez Maegi de notre venue je vous prie."

Les archers nous dévisagent quelques secondes en silence avant que l'un d'eux ne se décide à répondre:

"Le mot de passe?"

"Albâtre."

"C'est bon, approchez, on vous ouvre!"

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
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 Sujet du message: Re: La forêt de Telemnalda
MessagePosté: Sam 20 Jan 2018 20:03 
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Les archers nous dégagent rapidement un passage dans la palissade et nous invitent à entrer dans ce qui s'avère être un véritable petit village constitué de près d'une vingtaine de demeures de branchages et de torchis. Alors que nous avançons vers l'espace qui doit servir de place du village, Isil s'approche de moi pour me glisser que nous pourrions poser quelques questions sur les mystérieux Worans. J'incline le visage en guise d'assentiment, ajoutant après un instant de réflexion:

"Je pensais aussi leur conseiller de déplacer en vitesse leur camp, nous ignorons si les Sindeldi ont eu le temps d'envoyer la position de ce refuge à leurs employeurs."

Sur la place, une grande et solide Sindel nous attend, vêtue de maille et munie de deux sabres de belle facture qui ceignent ses hanches. Sa chevelure argentée est soigneusement nattée, soulignant un visage aux traits durs et résolus fendu d'un regard d'un étrange vert très pâle qui nous fixe sans ciller alors que nous avançons. Je lui adresse une légère révérence et lui parle en langage commun afin qu'Isil puisse suivre l'entretien:

"Maegi je présume. Nous sommes venus vous confier des témoins à la demande du capitaine Brëanal."

La femme acquiesce d'un hochement de tête sec et fait signe à deux archers de s'occuper des nouveaux villageois que nous leur amenons tandis que les résidents sortent peu à peu de leurs huttes pour nous observer d'un air que je trouve quelque peu apathique. Ce n'est qu'une fois nos protégés pris en main que la Sindel daigne me répondre:

"Vous avez eu des ennuis?"

"Oui, nous avons croisé un groupe de Sindeldi qui s'apprêtaient à vous tomber dessus. Nous avions engagé le combat lorsque des Worans sombres sont intervenus, sortis de je ne sais où. En sauriez-vous davantage sur eux?"

"Ils vivent dans cette forêt, guère nombreux et plutôt pacifiques si on ne les ennuie pas. Ils nous apportent souvent de la nourriture et montent la garde aux alentours."

Surpris, je jette un bref coup d'oeil à ma compagne avant de poursuivre:

"J'ignorais qu'il y avait des Worans dans cette forêt. Quoi qu'il en soit, il est possible que nos ennemis aient eu le temps d'envoyer un message à leurs supérieurs, ils savaient exactement où vous trouver. Peut-être serait-il sage de déplacer rapidement votre campement?"

Un sourire dur relève les lèvre de l'Elfe Grise qui rétorque avec une certaine satisfaction:

"Leur messager n'a pas fait plus d'une lieue avant que nos amis Worans ne le rejoignent. Ils nous ont parlé du combat que vous avez mené, mais ils vous croyaient tous morts. Ravie qu'ils se soient trompés. Mais venez, vous devez être épuisés et affamés."

Je me tourne à nouveau vers Isil pour l'interroger du regard, ne sachant pas si elle préfère se reposer un peu ici ou, au contraire, filer de cette maudite forêt au plus vite. Comme elle approuve la proposition de la Sindel d'un signe de tête, nous lui emboîtons le pas et profitons de l'hospitalité sommaire mais accueillante du petit hameau. Nous y restons finalement deux jours, le temps pour Isil de retrouver quelques forces, d'essayer du moins car son état ne paraît pas vouloir s'améliorer significativement. Elle reste alitée la plupart du temps, ce qui ne manque pas de faire naître en moi une inquiétude que je m'efforce de taire et de dissimuler. Nous nous remettons cependant en route à l'aube du troisième jour, bien qu'elle ne soit guère en forme pour entreprendre le pénible voyage du retour. Nous avons décidé d'abandonner le navire, Isil n'étant pas en état de le manoeuvrer et moi pas du tout confiant en mes capacités de la suppléer. Sa faiblesse la rend irritable et nous ne parlons que peu durant les interminables journées suivantes, au cours desquelles il me faut nous frayer un chemin dans la forêt dense à coups de lames épuisants.

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