L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: La forêt du nord Kendran
MessagePosté: Ven 27 Juil 2018 00:07 
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Nouvelle rencontre :

Deux individus en armure de cuir, avec un capuchon de tissus verts, se tiennent devant un autre de taille bien plus réduite, drapé dans un tissu bleu électrique lui entourant la tête et tombant dans son dos, au-dessus d’une cotte de mailles lui protégeant le corps. Serais ce un nain ? Mon mentor m’en avait parlé lors d’un cours sur les différentes races qui peuplent notre monde, et ils étaient sans doute les seuls pour qui il avait un peu d’estime. Je n’en avais jamais vu avant mais la description qu’il m’en a faite correspond au physique de l’individu : petit, trapu, forte ossature, musclé et une barbe qui rendrait jaloux n'importe quel homme fier de sa virilité. Mais que ferait-il si loin de ses montagnes ? À côté de lui sa monture attend, aussi silencieuse et immobile que lui, chargée de deux sacs qui ont l’air bien remplis.
Je ne suis pas assez proche pour entendre ce qui se passe mais les deux hommes se tiennent devant le nain, l’air moqueur, alors que celui-ci reste stoïque, les bras croisés, fixant du regard un point au loin, entre les deux hommes, un marteau finement gravé repose à ses pieds, comme si l’avait lâché d’un coup. J’arrive finalement à hauteur de la scène, et m'apprêtant à passer mon chemin, l’un des hommes lève soudainement son bras en travers de ma trajectoire, et son compagnon me lance avec un rire moqueur.

« Eh beh dis donc, un deuxième voyageur, désolé mon gars mais pour passer par ici faut payer la taxe »

Je tourne lentement ma tête vers lui pour planter mon regard dans ses petits yeux porcins. Il est légèrement plus grand que le nain, qui semble d’ailleurs être plutôt dans la haute moyenne des tailles naines, et rondelet, une fine barbe recouvre ses joues qui s’agitent dans un rire moqueur et idiot à chacune de ses phrases. Sa voix nasillarde et aiguë serait plus crédible dans un rôle de comédien que sur cette route à proférer des menaces dissimulées. Le deuxième, celui qui m’a arrêté, est plus grand et semble bien en forme, contrairement à l’autre son sourire satisfait qui révèle ses dents blanches est plus inquiétant. Je peux voir alors l’éclat de l'épée courte qu’il porte à sa ceinture, alors que son compagnon, tenant déjà ses dagues en main, les agite dans tous les sens en discutant. Je devine facilement qui est la tête et qui est les bras dans ce duo improbable.

« T’es un muet toi aussi ? Ça fait 10 minutes que c’nain bouge plus d’puis qu’on lui a dit qui fallait payer, tu sais on est patient, et y’en a d’autre qui prendront l’relais pour nous » Dit-il avant de pouffer

Je me décide à discuter, du moins autant que je le peux, ils entendront sans doute raison.

« Je n’ai rien »

« Ah bah ça c’est bien bête, t’vois, on s’occupe de faire en sort’ que l’chemin soit vide de tout type de bestiole un peu dangereuse qui rôde dans l’coin, et si les voyageurs peuvent pas nous rémunérer pour not’ service qui va l’faire hein ? » Dit-il, fier de sa tirade, m’adressant un sourire mielleux.

Je ne réponds pas, mais la main de l’autre individu se pose sur mon torse et me repousse en arrière avant de croiser les bras, son regard me mettant au défi de réessayer d’avancer.

« Et bien j’t’en prie, libre à toi d’passer par la forêt, elle n’attend qu’ça ! » Continue-t-il en se grattant la barbe d’un air pensif « Mais fais gaffe, ce s’rait dommage de tomber sur des bandits d’grands chemins en t’promenant, et j’crois qu’personne n’en entendrait jamais parler ! » Finit-il en explosant de rire, faisant même bouger les épaules de son compagnon.

Mon regard s’assombrit, ma main se serre autour de mon bâton, le sang commence à battre à mes tempes. Ne pas s’abandonner à la rage, c’est dans tous les préceptes de Gaïa et ce que j’ai appris de plus important, mais bizarrement en ce moment c’est un sentiment qui me revient de plus en plus. Autour de nous la nature s’est tu, comme si elle s’intéressait à ce spectacle qui se déroule sous ses yeux. En respirant fort pour me calmer, je remarque soudainement une sensation particulière. L’air semble crépiter autour de moi, et une chaleur étrange monte de là où se tient le nain, mais trop absorbé par leur scène de théâtre, les deux bandits ne s’en sont pas rendu compte.

« C’est ridicule, cette route ne vous appartient pas, laissez-moi passer » Dis-je d’une voix forte, faisant vibrer l’air autour de nous, mon physique et ma voix suffisent généralement à dissuader les plus audacieux.

Mais ces gens-là en ont vu d’autre, et c’est un nouvel éclat de rire qui accompagne ma déclaration, mais son compagnon, dégaine son épée et m’adresse un regard carnassier.

« Bon maintenant tu vas faire comme le gnome ici présent, pose ton bâton et tout va bien se passer »
Cette fois-ci c’est le grand qui a parlé. Sa voix grave, sournoise et empli de cruauté témoigne bien mieux de la situation que celle de son compagnon, et colle parfaitement avec son image. Il est à peine plus petit que moi et semble bien plus taillé pour le combat que son compagnon, sa position montrant qu’il est prêt à agir à tout moment.
Soudainement, un son qui semble résonner du fond d’une caverne retentit à côté de moi. Le nain qui était resté discret jusqu’à maintenant, fidèle à son rôle d’individu borné et têtu, laisse tonner sa voix.

« Maintenant gamin ! »

C’est alors que le crépitement qui se faisait sentir depuis un moment explose en un éclair bleuté qui part de sa main tendue pour frapper les branches de l’arbre qu’il fixait depuis le début, et au milieu du grésillement de l’air et du fracas des branches, j’entends un cri continu transpercer le vacarme soudain alors qu’une forme humaine semble tomber de là où elle était perchée, un cri interrompu uniquement par sa brusque rencontre avec le sol. Ce coup de tonnerre donne une nouvelle tournure à la situation. Avant même que les individus nous retenant puissent réagir, le nain tend sa main vers son marteau au sol, celui remontant d’un coup dans sa main, et n’ayant pas le temps d’armer son coup, frappe directement d’un revers le balourd hébété en face de lui. J’imagine que la graisse protège un peu des coups contondants, car bien qu’il émette un cri de douleur et se tienne instinctivement l’abdomen, lâchant ses armes de surprise, son poing droit s’envole directement pour frapper le nain en plein visage, qui semble encaisser le choc sans broncher.

Je ne verrai pas la suite de leur combat, car à peine ses deux évènements partis que l’individu en face de moi reprend ses esprits et se lance en avant pour tenter un coup d’estoc me visant directement. Je l’évite de peu en me décalant rapidement, ayant deviné son intention au positionnement de ses jambes, mes cours n’ayant pas été si inutiles, mais sa lame érafle quand même ma ceinture. Ne voulant pas le blesser, j’essaye de le repousser violemment avant qu'il ne puisse enchaîner avec un autre coup, mais celui-ci s’accroche à ma manche droite avec sa main droite et me tire en même temps avec lui, avant de profiter de l’élan pour m’envoyer son front en plein visage. Partant en arrière après le choc, sonné pendant quelques secondes, il me tire à nouveau vers lui et essaye cette fois-ci de me trancher le bras droit au niveau du coude, que je sauve en mettant mon bâton au point de rencontre entre la chair et le fer par réflexe, interrompant la chute de la lame. Pliant légèrement sous le choc, j’attrape à mon tour son bras qui me tient la manche et le tire violemment vers moi et lui met un coup de pied dans le tibia pour le faire tomber, mais dans sa chute, il tente un coup maladroit avec le tranchant de sa lame qui fait mouche, et m’entaille le haut du bras droit en déchirant ma soutane.

Il s'effondre lourdement alors que j’agrippe immédiatement ma blessure, tentant de vite concentrer le fluide de lumière pour réduire la taille de la plaie. Je m’apprête à prendre mon souffle pour lui faire entendre raison, mais mon adversaire ne s’attarde pas au sol, il se relève légèrement, face à moi, son sourire remplacé par une expression de froide concentration, et il se lance en avant. Il tente un nouveau coup d’estoc que j’évite encore une fois, mais ayant prévu mon mouvement, son poing accompagne son geste, et il me frappe durement à la tempe, réveillant ma migraine. Finissant dos à moi, il se retourne en tenant son épée à deux mains pour enchainer avec un autre coup, que j’arrive à stopper avec mon bâton à la perpendiculaire, mais le choc est bien plus violent que ce que j’avais prévu et ma garde se défausse, emporté par sa lame. Entrainé par son élan, il continue son mouvement circulaire en pivotant et en m’envoie son coude dans les côtes, heureusement amorti par ma ceinture en cuir, me faisant grimacer de douleur. Reculant sous l’impact, je suis de nouveau à la portée de son arme, mais alors que la colère le gagne, ses mouvements se font de plus en plus violents et irréfléchis. Me tenant toujours les côtés, il se jette sur moi pour me trancher en diagonale, mais j’arrive à reculer pour éviter sa lame et ne voulant pas lui laisser une autre occasion d’enchainer, je lui fauche les jambes avec mon bâton en le poussant, le laissant encore une fois roulé dans la terre. Ça ne lui plait pas du tout.

Le regard que je croise reflète toutes ses intentions meurtrières, et c’est avec un visage tordu par une haine indicible qu’il se jette sur moi cette fois, hurlant comme une bête. Il arrive au contact bien plus vite que ce que j’avais prévu, et si j’esquive de justesse sa lame, qui laisse une nouvelle déchirure dans ma tenue et à mon flanc droit, son épaule vient me frapper directement dans le ventre.
Il me ceinture en me soulève ainsi, se projetant contre l’arbre le plus proche contre lequel il me plaque violemment, un filet de sang coulant de mon bras traçant notre chemin sur le sol. Ma tête heurte le bois dur et je me retrouve encore à voir des étoiles pendant un instant, le souffle coupé, sentant le sang chaud couler de mes deux plaies. Il recule et affirme sa prise sur la garde de son arme avec ses deux mains alors que je tente de reprendre mes esprits, il arme son coup et avec un nouveau hurlement de bête, tente de me décapiter en visant la gorge. Gaïa veille sans doute sur moi, car je me décale encore juste à temps pour éviter son coup mortel. Son épée vient se planter avec un son sourd dans le bois, projetant des éclats d’écorces dans tous les sens, témoignant de la violence de l’impact, nous éraflant le visage. Voyant bien que je ne pourrais pas le raisonner, et sentant une rage froide monter en moi, je me décide à agir alors que j’ai l’initiative. Abruti par sa colère, il tente de retirer sa lame de l’arbre sans se préoccuper de moi. Sans réfléchir à la conséquence de mon acte, me laissant guider par mon instinct, je saisis mon bâton à deux mains et le frappe de toutes mes forces dans le dos avec l'extrémité en forme de soleil alors qu’il tente toujours de décrocher son épée. Un craquement hideux retenti le long du chemin, et son torse rencontre sa lame lorsqu'il s'écrase contre le tronc de l’arbre. Protégé du tranchant par son armure de cuir, son visage se fracasse quand même contre l'arbre et il tombe au sol en hurlant, cette fois-ci de douleur. Son cri humain me tire au bout de quelques secondes de la sourde fureur dans laquelle j'étais plongé, et réalisant mon acte je décide immédiatement de me porter à son secours. Mais alors que je m’agenouille à côté de lui pour calmer sa douleur, il m’agrippe d’une main à la gorge, et son visage me fait frémir. De son nez brisé coule un flot rouge ininterrompu, il bave et grogne, sa peau visible est parcouru du relief de ses veines gonflées, ses yeux injectés de sang et ses traits crispés laissant transparaître une rage animale qui ne sera calmée que lorsque le sang aura coulé à flot. Un tel état ne peut pas être normal pour un homme. C'est avec horreur que je le vois tirer une dague de son étui à sa ceinture alors que ma respiration devient aussi laborieuse que la sienne. Retenant sa main tenant la dague qui visait mon front, et agrippant par réflexe son bras qui m’étrangle, je tente de m'échapper de son emprise mais sa poigne est bien plus solide qu'au début de notre altercation.

Je perds du terrain et sa lame n’est plus qu'à quelque centimètre de mon visage lorsqu’une ombre trapue apparaît au-dessus de nous, et le visage bestial du bandit disparaît sous un marteau en fer qui met définitivement fin à sa vigueur surnaturelle ...

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 Sujet du message: Re: La forêt du nord Kendran
MessagePosté: Mar 31 Juil 2018 01:00 
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Résultat des courses

Le calme est revenu aussi soudainement qu'il avait disparu. Je m’assois au sol et pose mon bâton pour reprendre mon souffle alors que la main qui me tenait perd toute vigueur. La douleur cogne dans mon crâne suite au choc que j’ai reçu à la tête et du sang coule des différentes entailles qu’il m’a faites, ma tenue est déchirée à plusieurs endroits et a récupéré ses tâches sanglantes que je m’étais efforcé de faire disparaître. Je récupère à tâtons les bandages accrochés à ma ceinture et essaye de me concentrer pour les enrouler autour de mes blessures afin de stopper les saignements, je finirais de les guérir lorsque je me sentirais mieux, et que je ne risquerais pas de m’évanouir au moindre effort. Alors que je panse mes plaies, je relève la tête pour croiser le regard du nain et le remercier. Ses yeux d’un bleu profond, semblable à l’éclat d’un saphir, me fixe déjà d’un air sérieux. Sa barbe ainsi que ses vêtements sont tâchés de rouge, il souffle aussi bruyamment que moi mais semble moins mal en point même si son visage, ridé et austère, arbore de légères coupures dues à des coups violents de son adversaire. Je ne suis pas capable de déchiffrer ses intentions, il serre toujours son arme dans sa main droite, dégoulinante de sang après l’impact violent avec le visage du bandit, et il a l’air furieux. Toutes les rides de son visage sont accentuées par son air crispé et ses sourcils fournis rajoutent au côté orageux de son regard. Il ressemble à une tempête prête à exploser. Je jette un rapide coup d’œil à ma droite, là où il s’est battu avec l’autre humain, pour voir dans quel état il l’a laissé. Allongé, sans doute définitivement, l’angle anormal que forme une de ses jambes l’empêcherait sans doute de rester ainsi sans hurler à la mort, et vu la fumée qui s’échappe de là où se tient sa tête, j’imagine qu’un fort courant électrique a dû le mettre hors d’état de nuire. La monture du nain, un bouc massif avec de majestueuses cornes, est toujours là, totalement désintéressé de la situation, il s’est mis à brouter au bord du chemin, plus absorbé par son prochain repas que par l’état de son maître. Mon attention se reporte à nouveau sur le nain lorsqu’il prend la parole, sa voix est rocailleuse et tremble de colère.

« Ils me l’ont pris »

Je ne réponds pas, trop occupé à serrer les dents pour faire passer ma migraine. Je ne sais pas de quoi il parle, et je ne préfère pas attiser sa colère, d’autant plus que je ne sais toujours pas si elle est dirigée vers moi.

« Ses salauds me l’ont pris » Répète-t-il, plus fort.

Une sensation de crépitement se fait à nouveau sentir dans l’air, ses yeux semblent briller intensément, sa voix devient un grondement sourd et les poils de sa barbe semblent se hérisser dans un semblant de crinière noire. Devinant qu’il doit plutôt parler des truands, et voyant sa colère enfler de plus en plus, je me décide à parler avant qu’il ne devienne aussi rouge que le sang sur son arme.

« De quoi vous parlez ? »

« Pendant qu’je massacrais l’autre, y’en a un, un p’tit vert, qui s’est glissé jusqu’à ma monture et qui m’a chouré ma cargaison »

(Un petit vert ?)

« Je suis désolé pour ça, mais merci de votre aide »

Je me relève en grimaçant, tous mes membres endoloris pour la troisième fois en seulement deux jours, ce qui ne m’était pas arrivé depuis que j’ai arrêté de suivre les cours de maniement d’armes de Marius. À cette pensée, mon visage se ferme, et je sens son épée peser lourdement à ma ceinture. Bien que je regrette avoir eu recours à la violence, et me promets de prier plus tard pour me faire pardonner, je me rends compte maintenant à quel point ses leçons m’ont été utiles, et je ne pourrais jamais l’en remercier. Gaïa me donne la force et la volonté, il m’a donné la technique. Mais alors que je commence à me perdre dans mes pensées, le nain reprend la parole.

« Tu vas me rendre la pareil gamin, tu vas m’aider à récupérer c’coffre »

Je ne suis pas contre l’idée de rendre service, mais j’ai autre chose de plus urgent à faire pour l’instant. Qui plus est l’obscurité commence à tomber sur nous, d’autant plus vite que l’ombre des arbres recouvre le chemin et je n’ai pas envie de trainer sur la route pendant la nuit, vu les dangers qu’on peut déjà y rencontrer le jour.

« Je dois me rendre à Kendra Kâr, vite »

Suite à mes réflexions, ma voix se fait plus grave et menaçante que je ne l’aurais voulu, et nous restons à nous jauger du regard pendant quelques secondes, les bras croisées. Ma réplique semble tout de même le calmer puisqu’elle le fait doucement rigoler.

« À pied ? Dans ton état ? Sans provisions ? T’as la moindre idée de la distance d’ici à Kendra Kâr gamin ? »

« Non »

« C’est bien c’qui m’semblait, toi tu sors encore d’un village perdu qu’à jamais vu la grande civilisation »

Il a raison, je n’ai rien à répondre à ça. C’est la première fois que je sors des frontières de mon village, et je n’ai pas la moindre idée de combien de temps il me reste encore pour atteindre la grande ville en continuant sur la route. Je n’ai rien pour me nourrir, et certainement pas assez à boire si le voyage dure plus de deux jours.

« Vu que tu m’as quand même aidé à me débarrasser du serpent qui m’visait là-haut, j’t’aide à atteindre la ville si tu m’aides avec c’t’histoire. Vendu ? »

Je me contente d’acquiescer de la tête, avant de me concentrer sur le bandit que le nain vient d’achever pendant que celui-ci retourne auprès de sa monture et commence à fouiller dans un des sacs qu’il transporte, insultant sa bête qui n’a pas été capable de surveiller attentivement ce qu’elle transportait. Le bouc ne réagit absolument pas, et continue de mâchonner en fixant le vide.

Ce n’est pas un beau spectacle. Le coup de marteau du nain à fait exploser toutes les veines saillantes qui parcouraient son visage, et il est bien difficile de reconnaître ses traits. Impossible de faire quoi que ce soit pour lui maintenant, que Gaïa veille sur son âme. Mais, alors que je m’apprête à me redresser, un éclat violet dépassant de la poche de son pantalon attire mon regard. On dirait une petite flasque en verre transparent avec un joli bouchon d’argent orné de fine gravure, le genre de récipient qui servirait à contenir de l’alcool de haute qualité. Je retire la bouteille de sa poche pour l’examiner aux derniers rayons de lumière du soleil, faisant tournoyer le liquide dans son réceptacle pour admirer ses reflets violacés et légèrement bleuâtres. Un vieux démon me rattrape alors que j’observe la bouteille, et je l’ouvre sans réfléchir pour en vider le contenu, comme hypnotisé, avant que la voix du nain ne retentisse pour m’arrêter.

« J’frais pas ça si j’étais toi, c’genre de type ça s’balade plus avec du poison sur soi que de l’alcool de luxe, mais rien n’t’empêche de tenter ta chance. La bouteille est pas à lui par contre »

Sa voix me fais reprendre contenance, il me regarde, ses traits austères transformé en un air amusé, alors qu’il continue de fouiller dans ses affaires. Je referme le flacon et la range dans une des poches de ma soutane. Mes pensées se dirigent soudainement vers l’individu qui est tombé de l’arbre, et je vais vers l’endroit où je l’ai vu chuter de son perchoir. Je trouve facilement le bandit que je cherche, enfoui sous un tas de branches et de feuillages, il n’est néanmoins pas difficile de deviner qu’il s’est brisé le cou dans sa chute. Au milieu des débris repose son arc avec lequel il tenait sans doute le nain en joug.

« Merci pour la distraction d’ailleurs, j’avais b’soin qu’il tourne le r’gard quelque instants, c’était un patient celui-là »

Je ressens une certaine tristesse en me disant que je ne peux rien pour lui aussi. Mon apprentissage de guérisseur me pousse à essayer de sauver nos assaillants, ce sont des humains, des frères et que Gaïa m’en soit témoin, si le nain n’avait pas laissé libre cours à sa fureur, une autre issu aurait pu être possible. Mais leur état laisse tout espoir de guérison impossible. Après une brève prière, je retourne auprès du nain qui continue de maugréer et de jurer dans sa barbe à propos de ce qui lui a été volé. Me voyant revenir vers lui, il me jette soudainement un sac entre les mains, que je rattrape de justesse avant qu’il ne me heurte en plein visage.

« On commence par bouger d’là, s’ils disent vrai, les membres de leurs bandes arriv’ront tôt d’main matin, et j’préfère pas être surpris à c’moment-là »

Il regarde à droite, puis à gauche, évaluant la situation.

« On va passer la nuit là-bas » Dit-il en désignant un point totalement obscur pour moi dans la forêt « J’vais tout t’expliquer »

Il attrape les rênes de sa monture et s’engouffre sans hésiter dans la forêt. Je reste hébété quelque seconde avant de me décider à le suivre. Il résout un de mes problèmes.

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Dernière édition par Joscius le Lun 17 Sep 2018 01:01, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt du nord Kendran
MessagePosté: Mar 31 Juil 2018 01:09 
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Faire connaissance

Notre étrange procession progresse en silence, du moins aussi silencieusement que le peuvent un nain en armure, jurant à la moindre feuille l’effleurant ou au moindre insecte volant trop près de son visage, un bouc chargé d’affaire, et un géant pas habitués à traverser ce genre d’environnement. J’évolue difficilement au milieu de toute cette végétation, obligé d’écarter les branches les plus basses pour pouvoir avancer et évitant d’accrocher ma soutane aux petits arbustes pour ne pas la déchirer plus qu’elle ne l’est déjà.
Nous finissons par arriver à l’endroit que le nain semblait avoir aperçu entre les arbres, une sorte de clairière où la végétation a décidé de ne pas trop s’étendre en hauteur et de laisser un petit cercle tranquille pour que les voyageurs puissent se reposer. Notre arrivée fait d’ailleurs fuir plusieurs petits rongeurs dans un concert de bruissement de feuilles. Le nain me prend le sac des mains sans avertissement et commence à déballer son contenu alors que je pose mon bâton et m’allonge lentement contre le tronc d’un arbre. Me sentant plus en forme qu’après notre combat, je pose ma main contre le bandage sur mon bras droit et ferme les yeux. Je laisse le fluide de lumière se diriger vers la plaie, et je sens immédiatement un certain réconfort, me permettant de faire bouger plus librement mon bras. Je m’apprête à faire de même pour mon entaille au flanc quand le nain perturbe le calme de la clairière avec sa grosse voix.

« J’ai d’quoi manger, et une peau d’bête pour qu’tu puisses dormir sur aut’ chose que l’sol. Pas d’feu, faut pas qu’ils sachent où on est »

«Si vous voulez j'ai un chandelier, on peut l'allumer pour nous éclairer un peu »

«J'ai dit pas de lumière »

Je ne suis pas du genre peureux, loin de là, mais dormir sans lumière, sans soutiens avant plusieurs kilomètres, dans un territoire qui m’a pour l’instant l’air peu accueillant, sachant que des individus vont sans doute vouloir notre mort, ne me réjouis guère.

« Ce n’est pas un peu dangereux de dormir ici ? »

« T’inquiète, la bête idiote qu’tu vois là dors que d’un œil et sent l’danger à des kilomètres à la ronde » Dit-il en désignant son bouc qu’il n’attache même pas à un arbre, le laissant déambuler paisiblement.
« Et j’vois très bien dans l’noir, j’sais ce qui nous attaquera » Fini-t-il en riant grassement.

Vu l’effarante attitude désintéressée de sa monture depuis que je l’ai vu, je ne suis pas rassuré pour autant par ses déclarations, mais si sûr de lui qu’il est je préfère le laisser à ses idées. Je ne passerais sans doute pas encore une nuit très réparatrice. Le nain sort alors de son sac deux morceaux plutôt gros de venaisons séchés et salés, ainsi qu’une bouteille de ce qui semble être du cidre et deux gobelets en métal.

« J’ai acheté c’truc sur le chemin jusqu’ici, ça vaut sans doute pas d’l’alcool nain, mais y m’ont dit qu’ça accompagnait bien la viande »

Il vient s’allonger contre un arbre à côté de moi et remplit les deux gobelets à ras bord avant de me le tendre avec un morceau de viande. Nous restons ainsi à regarder le soleil disparaître en mâchonnant notre nourriture et en remplissant le silence de nos bruits de déglutition. La chaleur de l’alcool m’avait manqué et me fait du bien, et à cet instant je serais prêt à engloutir la bouteille en quelques secondes si j’étais seul. Le nain se redresse soudainement pour cracher bruyamment sa dernière gorgée dans l’herbe, faisant pour la première fois réagir sa monture, qui semble se moquer de lui avec un chevrotement grave qui ressemble à un rire.

« Ecœurant comm’ prévu » Dit-il avec un air de dégoût, comme si cette boisson était un affront à tout son arbre généalogique.

Pour la première fois depuis un moment, je souris d’amusement. Mon mentor m’avait décrit les nains comme des individus austères et sérieux, et je pense que celui-ci aurait été sa plus grande déception. Mais à peine ai-je formulé cette pensée que son visage devient aussi stoïque qu’une pierre. Il se lève pour aller de nouveau fouiller dans son sac qui semble sans fond, dont il sort une pipe en argile finement ouvragée, avant de revenir vers moi et de se rallonger contre l’arbre. Il l’allume, tire une fois, plante son regard dans le ciel bientôt obscur, l'air pensif, et se lance.

« Prêt pour un monologue gamin ? »

« J’écoute » Dis-je avec sérieux.

« J’suis un Thorkin …

(Quelque chose de moins évidents peut être …)

… et j’viens d’loin, Mertar pour être exact, une ville qu’tu verras sans doute jamais de ta vie d'humain. C’est not’ capitale à nous les nains, et j’officie à la forge royale, un grand honneur pour sûr. Jour, nuit, tous les jours quand on a besoin d’moi, j’interviens. Mais j’ai d’autres attaches à la grande ville blanche, là où t’veux t’rendr’. T’vois j’vénère l’dieu d’la foudre, le grand Valyus, d’puis qu’un éclair m’a sauvé d’un Orque enragé. Y m’a frappé moi aussi, mais au lieu d’bruler dans mon armure j’ai senti comme un renouveau en moi »

À ces mots, ses yeux semblent véritablement s’illuminer.

« Mais bref, j’suis aussi dev’nu un messager de la foudre, et j’ai jamais failli à ma mission sur mon honneur. C’que c’nabot m’a volé vient de la forge royale comm’ tout c’que j’transporte, c’était un paquet directement pour le temple de Valyus à Kendra Kar et ça a sans doute une valeur inestimable. Mon honneur est mis en jeu, en tant que Thorkin, qu’acolyte de Valyus, et même d’être vivant »

Sa main se crispe et il tire plusieurs bouffées rapides sur sa pipe.

« Qu’est-ce que c’est ce paquet ? »

Il se retourne vers moi, l’air scandalisé.

« T’as pas d’honneur gamin ? Que Valyus te pardonne, mais j’ouvre JAMAIS l’emballage, ça m’regarde pas ! »

« Désolé »
(Je vais le laisser finir sans interruption je pense)


« Mais bref, j’suis pas idiot, d’main y reviendront sur les lieux du crime, et que Valyus m’en soit témoin si j’leur tombe dessus, je leurs f’rait avouer où s’cache leur bande. Ou bien on suivra leur trace, un nabot qui s’balade avec un coffr’ pareil, ça peut pas n’pas laisser d’trace » Finit-il alors que l’air autour de lui recommence à crépiter, une sensation qui devient familière.

Je ne sais pas quoi penser de tout ça, n’ai-je pas causé la mort de suffisamment d’homme ses derniers temps ? J’ai enfermé les enfants dans leur tombeau, causé la mort d’un bandit qui voulait peut-être juste avoir de quoi manger, et de trois autres que j’aurais pu éviter en les contournant. Mes pensées se tendent vers Gaïa alors que le nain se perd en juron et noms d’oiseaux, jetant des menaces au vent sur ce qu’il compte leur faire. Je ferme mon unique œil valide et attrape à deux mains le scapulaire à mon cou.

(Que faire maintenant ? Mon âme est-elle souillée par mes actes ? Je n’ai pas envie de causer plus de souffrance en suivant cet hystérique. Me pardonneras-tu mes actes ? Après tous ses hommes ne sont pas très conciliant non plus.)

Je n’aurais pas de réponse, mais lorsque je rouvre mon œil, je tombe sur le visage du nain, déterminé. Sa main calleuse, usée par le travail de la forge est tendue vers moi. Je ne sais pas si je devrais mais il m’a aidé et a partagé son repas sans hésiter, de plus Gaïa n’approuverait pas que je n’aide pas mon prochain. Je serre sa main fermement en hochant la tête. Il hoche la tête à son tour.

« Yorick Jormgard, officiellement forgeron de Mertar, officieusement … Paladin de Valyus » Clame-t-il avec fierté

« Joscius Zürhinger, juste guérisseur et enseignant » Dis-je avec une certaine retenue

Son air sérieux se transforme en un sourire en coin triomphant.

« Gamin, quelqu’chose m’dit qu’on va bien s’entendre, c’est l’destin qui nous a rassemblé»

(C'était bien la peine de lui donner mon prénom …)

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Dernière édition par Joscius le Lun 17 Sep 2018 01:02, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt du nord Kendran
MessagePosté: Sam 11 Aoû 2018 02:41 
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Les présentations faites si l’on puis dire, il retrouve soudainement son attitude de nain, taciturne et muet. Il vide sa pipe sans un mot, piétine les cendres et se lève. Il fouille une dernière fois dans son sac pour en sortir les deux peaux de bêtes qu'il m'a promises. Pas le grand luxe mais mieux que rien. Il me jette la mienne, pose la sienne au sol et s'allonge dessus. Au bout de quelques instants, alors que je n'ai toujours pas décidé où m'installer pour la nuit, le terme disciple de Valyus prend un tout autre sens lorsque ses ronflements commencent à déchirer le ciel, comme le grondement du tonnerre. Je ne sais pas comment il fait pour être aussi serein, mais je le suis encore un peu moins maintenant que j'entends le vacarme qu'il fait. L'obscurité est presque totale maintenant, seuls quelques éclats de lumière, provenant de la lune timide entre les nuages, éclairent très légèrement la clairière. Le nain n'est même plus visible au milieu des hautes herbes dans lesquels il s'est allongé, on dirait que la terre elle-même c'est mise à grogner là où il s'est endormi.

Je finis par me décider, j’allonge la peau entre deux arbres, un peu à l'écart de mes compagnons et m’allonge dessus. Elle est surprenamment confortable, mais j’imagine que travailler dans la forge royale doit être un métier qui paie bien. J'essaye de m'endormir sans trop penser aux événements récents, mais impossibles de fermer l’œil sans revoir le virage enragé du bandit. Et quand ce n'est pas mon imaginaire, c'est un bruit soudain de la nature, sans réellement m'inquiéter, qui me fait rouvrir l'œil. Je ne sais pas combien de temps je passe ainsi à fixer le ciel nuageux entre les branches des arbres, et j'aurais pu sans doute compter toutes les étoiles visibles sur cette toile obscure avant de m'endormir d'épuisement.

Je me réveille à des sons qui commencent à devenir familier. Une voix grave qui parle dans sa barbe, et un bruit de mâchonnement constant. Je me sens étrangement reposé malgré l'heure tardive à laquelle j'ai dormi.

« Ben dis donc gamin, dormir douze heures de suites, c'est la première fois qu’tu roupilles d'puis combien d’temps ? »

Voilà pourquoi … Le soleil n'est pas en train de se lever, il est déjà en route pour se coucher. Je me redresse pour m’assoir, ranimant avec moi une très légère migraine qui sonne comme un réveil dans mon crâne. Le bouc est au même endroit qu'hier, toujours en train de manger la moindre trace de verdure qui passe à côté de sa bouche. Le nain est tranquillement assis contre un arbre, totalement serein lui qui débordait de rage hier, et il est, à ma grande surprise, en train de lire un livre. C'est quelque chose d'assez rare et je ne savais pas que les forgerons disposaient de ce talent. Je me relève, faisant craquer toutes mes articulations, ankylosé par les coups et l'action. Je m’étire ainsi longuement, frôlant les feuilles les plus basses du bout des doigts, pour aller le rejoindre.

« Vous savez lire ? »

« Gamin, quand tu côtoies des prêtres d’puis cent dix ans, tu finis par apprendr’ leurs trucs. Et tutoie moi t’veux bien ? » Dit-il sans relever les yeux de son bouquin

Cent dix ans, j’ai du mal à me rendre compte de la durée exceptionnel de vie que cela représente et toutes les connaissances possibles qu’il a pu emmagasiner sur cette période. Et dire qu’il existe des races qui vivent encore plus longtemps. Je viens m'asseoir contre l’arbre à côté de lui, remarquant à ses côtés la bouteille de cidre d’hier soir, vide. Il fume sa pipe en lisant un livre sur la forge du mythril, mais je n’aurais pas le temps d’en savoir plus. À peine me suis-je posé à côté de lui qu’il referme violemment son livre, soulevant un nuage de poussière. Secret de nain j'imagine.

« On a du temps à tuer, j'ai d’jà fait un tour pendant qu’tu dormais. Ils échangent de groupe toute les quatre heures et ils viennent de changer »

Il accompagne sa phrase aux gestes. Il se lève et se remet à fouiller dans un des sacs qui encombrent sa monture. Après quelques minutes, qui me permettent encore de remettre en question la profondeur de ses sacoches, il finit par en sortir deux nouveaux morceaux de venaison et un jeu de dix dés. Il revient s'asseoir lourdement contre son arbre, faisant tomber plusieurs feuilles mortes et piailler furieusement les oiseaux, manifestant leur mécontentement face à cette attaque sur leur domicile. Il me tend un des deux morceaux alors qu’il mord dans le sien. Tout en mangeant, il récupère les deux gobelets dans lesquels nous avons bu le cidre, jette cinq dés dans chaque gobelet et m'en tend un.

« T’sais jouer ? J'connais plein de variante »

Je récupère le gobelet qu'il me tend en répondant non de la tête. Il passe ainsi un temps interminable à m'expliquer différentes règles de jeu, toutes plus compliquées et alambiquée les unes que les autres et dont la moitié implique une bouteille, voir plusieurs, d'alcool. Une heure sera passée avant que nous ne lancions les dés pour la première fois. Mais mes pensées sont plus tournées vers notre situation que vers le jeu de dé. Alors qu'il me bat à plate couture, même si je le suspecte de tricher vu que les dés sont en métal, je laisse s'exprimer une de mes interrogations.

« Et pour ceux dont on s’est … “occupé” » Dis-je, hésitant.

« Pas d'honneur chez ces batards d'voleurs, ils ont récupéré du butin et les suivants étaient sans doute bien content d'pas avoir été de garde à leur place. Encore plus maintenant qu'y s'disent que l'danger est passé »

Bien, ça nous enlève un poids des épaules s'ils ne nous poursuivent pas. Nous relançons les dés alors qu'il continue :

« À mon tour gamin. T'as pas vraiment la tête d’un “enseignant”» Dit-il en pointant du doigt mon œil blanc. « Guérisseur j’veux bien croire vu que t’as l’air de savoir faire disparaitre des blessures, mais vu comment tu t’es défendu, quelqu’chose me dit qu’tu ’fais pas que lire des bouquins pendant tes journées. »

« Longue histoire »

Je trouve soudainement un intérêt incroyable à mes dés, souhaitant éviter ce sujet.

« T’vas pas me faire ce coup, j’pense pas que t'es mon âge gamin, mais comme tu veux »

« J’ai eu l’occasion d’apprendre à me défendre, mais je reste un serviteur de GaÏa pacifique avant tout »

Cette phrase sort rapidement, pressé par un ton agacé, comme un réflexe pour essayer de me dédouaner de mes actes récents. Cela lui arrache un petit rire alors qu’il pointe du doigt l’état de mon bâton, taché de sang, en haussant les épaules. Nous rejouons quelques manches dans le silence, perturbé uniquement par la monture du nain qui semble être décidée à tondre la totalité de la clairière. Je finis par reprendre la parole, me sentant étonnamment bavard.

« Et …. Ils sont combien ? » Dis-je avec un ton que j’essaye de garder le plus informel possible

« J’sais pas, j’en ai vu cinq différents, un groupe de trois et un groupe de deux. Y’a de toute la racaille possible, elfe noir, humain et gobelins … »

Le gobelet en fer qu'il tient dans sa main plie légèrement sous la pression de sa main à l'énonciation des peaux vertes. Je ne sais pas ce qui m'inquiète le plus là-dedans, le nombre d'adversaires possible, la présence de races maléfiques aux côtés d’humains, ou l'attitude totalement décontractée du nain. A-t-il un plan ? Ou une confiance excessive en ses capacités ? Je n’ai en tout cas pas une telle certitude sur nos chances de récupérer sa cargaison. Alors que je soulève mon gobelet pour regarder mes dés, un autre point me revient en mémoire.

« Si ils deviennent tous fous de rage comme celui de la dernière fois, ça risque d'être compliqué »

« Soit c'est un mage qu’a fait ça, dans c’cas suffit de le tuer” Dit-il en soulevant à son tour son gobelet pour regarder ses dés « Trois paires. Soit c’est c’que t’a essayé de boire hier, une drogue qui les rend fou, dans c’cas faudra s’en débarrasser par surprise et vite » Finit-il en souriant.

Je garde le silence après cette dernière réponse, et il ne se dérange pas pour le laisser s’installer. Nous jouons ainsi encore une bonne heure, et je ne gagne pas une seule fois. Le soleil s’apprête à disparaître derrière l’horizon, et il est déjà difficile d’apercevoir sa lueur entre les branches des arbres. Je me demande à quelle heure j’ai bien pu me réveiller pour que la nuit soit déjà bientôt sur nous. Après un dernier jet de dés, il récupère les gobelets avec les dés et retourne les ranger dans son sac. Il marmonne quelques mots à son bouc, et je devine au mouvement de sa main qu’il essaye de lui faire comprendre de rester ici. Il revient vers moi, son marteau nettoyé à la main alors que je me relève. Il commence à me dire ce qu’il a en tête, mais au fur et à mesure qu’il progresse dans l’explication de son plan, je vois nos chances de réussir diminuer, et je comprends que son obsession pour la réussite de sa mission le fait plonger dans un état proche de la folie, dont il ne sortira que dans la mort ou dans la victoire.

« Bon, les gars qui vont r’tourner au camp vont passer au nord d’ici, pas trop loin, on a eu de la chance de pas être sur leur chemin, on va les suivr’ discrètement jusqu’à leur campement. Espérons que c'soit pas les gobelins, ses saloperies voient aussi bien qu’moi dans l’noir et entendent bien mieux » Il crache au sol de dégout. « Une fois sur place, on r’père la tente du chef, on attend qu’ils s’endorment et on récupère mon colis compris ? »

Ce plan est d’une simplicité qui me déconcerte, ce ne sera certainement pas aussi simple qu’il le laisse entendre. Je nous vois mal réussir à suivre un groupe en restant discret dans cette forêt dense. Je me sens obliger de lui faire part de mes inquiétudes.

« Et si il y’en a qui monte la garde ? Ou si on les réveille ? On ne sait même pas combien ils seront sur place »

Le vent se met à souffler, l’air recommence à crépiter, la bouche du nain se tord en un sourire narquois sous sa barbe alors que ses yeux brillent d’un éclat mauvais.

« S’ils se réveillent ? Et bien que ta déesse ait pitié de leurs âmes, j’en aurai pas » Dit-il en riant.

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 Sujet du message: Re: La forêt du nord Kendran
MessagePosté: Lun 17 Sep 2018 00:39 
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Une infiltration bruyante

Sa dernière déclaration ne me dit rien qui vaille, il a presque l’air enthousiaste à l’idée de faire la peau de ceux qui lui ont pris son colis. Mais je suis obligé d’évaluer ma situation, il m’a promis de m’aider à rejoindre Kendra Kar si je l’assistais dans cette mission et je dois reconnaître que je vais en avoir besoin. Je ne pensais pas que la capitale du royaume était aussi éloignée de nous, et je n’ai sans doute aucune chance d’y arriver seul. Un miracle que je sois tombé sur ce psychopathe en quelque sorte. Un miracle ? Gaïa ne m’a donc pas abandonné malgré mes écarts récents. Cette pensée me réconforte et je regarde brièvement le ciel en marmonnant quelques saints remerciements. Pendant que je me perds comme toujours dans mes pensées, le nain semble se préparer à la guerre. Il se pare de sa cotte de mailles, s’enroule dans son étoffe bleue, s’équipe de deux gantelets en cuir et attache son marteau à un crochet qui pend de sa ceinture. Il ne dit plus rien depuis un moment, mais son expression laisse facilement deviner à quoi il pense et l’arbre qu’il fixe en se préparant semble trembler de terreur, le vent soufflant dans les branches le faisant s’agiter. Il sort discrètement deux petites fioles et je n’ai quel le temps de voir un liquide d’un éclat bleuté tanguer à l’intérieur avant qu’il ne les fasse disparaître dans une de ses poches. Les ténèbres seront bientôt sur nous, le soleil lui-même préférant fuir et se cacher, refusant d’assister au déchainement de colère de mon compagnon barbu. Devant me préparer moi aussi, je récupère ma bure courte en cuir que je porte par-dessus ma soutane et mon bâton qui reposait dans un coin. Je sens à ma hanche le poids de l’épée que je transporte depuis un moment, mais je me refuse à l’utiliser pour ça. Si la situation venait à dégénérer, je compte de toute façon laisser le nain se battre et refermer ses plaies s’il a besoin de moi.

Une fois prêt, il cesse d’essayer de creuser un trou dans le tronc de l’arbre avec seulement l’intensité de son regard et se retourne vers moi. Cette fois-ci je vois enfin un nain tel qu’ils m’ont été décrit par mon mentor. Regard terne, sérieux, austère, prêt à cogner le premier qui lui manquerait de respect et ne serait-ce que regarder au-dessus de sa tête.

« Prêt ? Reste proche, pas d’lumière »

Je hoche la tête pour signifier mon acquisition, le visage fermé, résigné à le suivre. Il me fait signe de lui emboiter le pas, et nous nous engouffrons prudemment dans la végétation dense qui nous entoure. La clairière n’est bientôt plus qu’un lointain souvenir derrière nous, et il est bien difficile d’imaginer qu’il y avait un endroit aussi paisible dans cette forêt. Nous marchons ainsi pendant quelques minutes, le nain qui était si bruyant lors de notre traversée d’hier semble être devenu invisible et je fais tout mon possible pour être aussi discret que lui. Le nain me fait brusquement signe de m’arrêter et m’enjoins à me dissimuler derrière des hautes herbes ce que je fais le plus rapidement possible. Du regard, il fixe un point au loin et me désigne quelque chose avec son doigt. Ma respiration devient aussi discrète qu’un murmure. Lentement et prudemment, essayant de minimiser les bruits de la végétation autour de moi en me déplaçant, je me décale pour avoir une visibilité sur ce que tente de me montrer le nain. Je les vois enfin. Deux individus côte à côte qui marchent sans crainte, ne se souciant du bruit qu’ils peuvent bien faire en se déplaçant. Ils sont dos à nous, l’un d’entre eux transporte sur le dos un sac rempli, sans doute de biens appartenant à des personnes qu’ils ont dépouillées sur la route. Difficile de les identifier ainsi, mais vu leur taille ce n'est sans doute pas les Sektegs que redoutait le nain. Ils portent les mêmes tenues que ceux que nous avons croisés hier et bavardent sereinement sur le chemin du retour, sans se douter de la surprise qu’ils emmènent avec eux. Les voyant s’éloigner, le nain se redresse et me fait signe de le suivre. Nous reprenons la traque, restant parfaitement dans leur dos pour ne pas perturber leur vision périphérique. La nuit qui menaçait déjà depuis un moment de tomber finit par recouvrir le ciel, et je suis obligé de me raccrocher à l’étoffe bleue du nain pour le suivre dans cet environnement sans le perdre de vue. Il ne ralentit pas pour autant, avançant avec sureté, concentré sur la lueur de la torche qu’on sortit les deux personnages que nous suivons pour pouvoir s’orienter. Au bout d’un moment qui me semble être une éternité, nous finissons par apercevoir une tente dressée entre les arbres, dans une clairière similaire à celle que nous avons malheureusement quittée. Les ombres dansantes projetées sur les troncs aux alentours laissent deviner la présence d’un feu de camp qui brûle, et des sons ressemblant à des voix finissent par nous parvenir. Des cris de contentement retentissent lorsque les deux individus que nous suivions arrivent à leur destination, ramenant avec eux une tournée réussite.

Cette épreuve aura été plus épuisante que la traversée d’hier, la concentration requise pour rester discret minant plus le moral et rendant chaque mouvement plus fatigant. Nous nous posons au pied d’un arbre massif, tête contre le bois dur, à l’ombre de leur campement. L’ambiance est loin d’être silencieuse maintenant, et cela nous permet de faire un peu moins attention aux bruits que nous pourrions faire. Au-dessus du craquement du feu qui illumine leur campement, des voix s’agitent, aiguës et criardes, neutres et lancinantes, graves et fortes, elles ne sont que témoins de la diversité des occupants de cet endroit. Assis contre mon arbre, je ne sais pas quelle est la suite de notre opération, le nain ne dit rien et fixe le sol, l’air absent. J’en profite pour reprendre lentement mon souffle, qui s’était réduit à de très courte inspiration sans que je m’en rende compte. Nous restons ainsi, immobiles, témoins indésirables des rires et des discussions qui ont lieu derrière nous. Le nain fait preuve d’une patience légendaire et j’occupe ma solitude en priant ma déesse, demandant conseil et remerciant sa protection, sans elle je n’aurais certainement pas survécu au danger que j’ai rencontré jusqu’ici. Je risque d’avoir encore bientôt besoin de son aide.

Le temps passe, la lune finit par pointer le bout de son nez entre les nuages. Mon compagnon sort soudainement de sa léthargie, il décale très légèrement sa tête pour jeter un coup d’œil au campement derrière nous. Je remarque alors ce qui semble l’avoir réveillé : un silence lourd, seul le bruit du feu résonne encore dans la clairière. Je me retourne à mon tour pour voir ce qui nous attend. Un vrai bazar, au milieu des armes, des restes de nourriture, des bouteilles d’alcool et des vêtements sont allongés plusieurs paillasses, chacune avec leurs occupants. Les ronflements commencent à remplir l’espace alors que le nain s’approche de moi et chuchote.

« C’pas bien difficile, la tente là-bas, ça doit être celle du chef de c’tas d’racailles. Fais le tour et récupère c’qu’ils m’ont pris »

« Pourquoi moi ? Vous … Tu es sans doute plus discret et je ne sais même pas à quoi ressemble ce colis »

« Simple, elle est marquée de symboles très caractéristique tu pourras pas l’manquer, et moi j’reste ici pour les surveiller, j’men sortirais mieux qu’toi si ça s’agite ici »

« Je ne pense pas pouvoir passer inaperçu »

« Ils dorment, y’a juste à pas faire d’bruit, j’pense pas qu’ils s’attendent à c’que des fous les aient suivis jusqu’à leur campement »

Il finit cette phrase en souriant. Comprenant bien que je ne gagnerais pas une guerre d’usure avec un nain, je préfère passer à l’acte. Je commence à faire le tour de leur campement, restant le plus possible à l’abri de l’ombre des arbres, évitant de regarder les occupants de cet endroit. Avant qu’il ne soit hors de mon champ de vision, je surprends le nain sortant les deux fioles de sa poche avant de les avaler d’un trait. Ses yeux se mettent soudainement à briller d’un éclat bleuté. J’ai un mauvais pressentiment.

À grande peine, j’arrive finalement à côté de la seule tente du lieu sans avoir réveillé personne. Par contre, aucun moyen de vérifier si celui qui devrait dormir là-dedans est véritablement endormi. Je m’en résous à la chance et à la foi.

(Gaïa faite que celui qui est là-dedans ne soit pas éveillé)

Je pose mon bâton pour éviter de m’encombrer, m’agenouille près de l’ouverture de la tente, prend une grande inspiration, et pousse la toile pour révéler l’intérieur.

C’est bien la tente d’un chef. Un petit brasero pend de l’ossature en bois principale et finit de se consumer, illuminant légèrement l’endroit et diffusant une douce chaleur agréable. Une pile conséquente de yus est entassée dans un coin ainsi que divers objets qui ont tous pour point commun de briller de mille éclats, que ce soit des armes finement gravé, des coupes en matières précieuses ou des bijoux flamboyants. L’occupant ne se contente pas d’une simple paillasse, mais d’un lit bien plus luxueux, en bois et cordage, laissant penser que leur campement est en place depuis un moment déjà. Heureusement pour moi, ce lit est occupé et celui qui y est allongé semble être loin de notre réalité. Sa brigandine élégante et ses dagues sont posées contre son lit. Je balaye rapidement du regard la zone, jusqu’à ce que mon œil se pose sur un objet qui semble ressembler à ce que cherche à récupérer le nain. Une petite caisse en bois, à peine plus grande que ma main, repose dans un coin de la pièce, jeté parmi les autres objets précieux déjà dérobés. Incrustés au-dessus de la serrure, une sorte de pierre précieuse bleutée avec de fines bandes dorées en forme d’éclair me permet de l’identifier. Avec toute la prudence dont je suis capable, je m’approche à quatre pattes et tend mon bras droit le plus loin possible, évitant de me cogner contre le brasero et de faire trop bouger les yus qui sont éparpillés dans la pièce. Je ressens un certain soulagement lorsque mes doigts se referment sur la boîte sans réveiller le bandit. Je commence à me retirer prudemment, lorsqu’un grondement monstrueux retenti en dehors de la tente, suivi d’un flash et d’une explosion tonitruante. Ce vacarme soudain créé une panique dans la clairière, les oiseaux s’envolent tous de leur perchoir et des petits rongeurs s’enfuient en courant dans la forêt. Des cris de douleur suivent bientôt, et mon cœur manque un battement alors que je reste figé, l’œil écarquillé.

« Qu’est-ce que … »

L’occupant du lit se redresse d’un bond et croise mon regard. Mes traits se crispent lorsque je vois à quoi j’ai affaire, un Shaakt. Il ne dormait pas, il méditait juste, je n’ai même pas l’avantage de la fatigue sur lui. Ses yeux violets améthyste me fixent avec incrédulité pendant quelques secondes. Alors que nous nous regardons en chien de faïence, attendant la réaction de l’autre, une grosse voix, avec un fort accent, retenti en dehors de la tente, enjouée, ricanante et menaçante à la fois.

« Allez-y, v’nez tous, j’me sens généreux j’distribue gratuitement la vengeance Thorkins aujourd’hui ! »

(Je le savais …)

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Dernière édition par Joscius le Lun 17 Sep 2018 01:02, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt du nord Kendran
MessagePosté: Lun 17 Sep 2018 00:50 
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((( [:attention:] Ce RP contient certaines scènes à connotations violentes [:attention:] )))

Bien mal acquis ne paie pas

Cette phrase nous sort tous les deux de notre inaction. Le voyant se pencher vers ses armes blanches posées contre son lit, je me retourne précipitamment pour m’échapper. Je réussis presque à m’évader dans la nuit obscure, je sens pendant un instant le vent souffler dans mes cheveux, mais une force me retient d’un coup, me coupant le souffle. Alors que je suis à l’extérieur, le Shaakt me rattrape par le col de ma soutane pour me tirer en arrière, me faisant lâcher le coffre qui tombe dans l’herbe. Je me retrouve au sol à moitié dans la tente, il tient toujours ma soutane d’une main et je tombe en face de son visage à l’envers, qui n’affiche aucune expression, mais la dague qu’il lève vise directement mon front. Je l’esquive de justesse en me roulant sur le côté lorsqu’il l’abat sur moi, la lame s’enfonçant dans la terre. Avant qu’il ne puisse retirer son arme du sol et me porter un nouveau coup avec, j’attrape une sorte de coupe en argent qui traine à portée de main dans ce dépotoir d’objets précieux, et tente de lui porter un coup au visage avec. Il est obligé de lâcher mon col et le manche de sa dague pour s’éloigner et éviter mon coup.

Au-dessus de ma tête se trouve la poutre en bois qui fait tenir la tente en son centre, elle n’est pas très épaisse et le voyant tirer sa deuxième dague, une idée saugrenue me vient. Serrant les dents, me préparant à la douleur de l’impact, je frappe de toutes mes forces la structure en bois avec mon bras libre. Un craquement sonore retenti dans la tente, autant du bois que de mes phalanges après le choc qui brise la barre de bois. Le brasero qui y tenait s’écrase sur le haut du crâne de l’elfe, répandant dans l’herbe les dernières braises qui brulaient encore dans son foyer et avec elle la lumière disparaît, remplacée par le cri de douleur du Shaakt après sa rencontre avec le fer brulant. Je me retiens d’en faire de même, retenant mes doigts meurtris dans mon autre main. La tente s’effondre en son centre sur mon assaillant, le prenant par surprise et me permettant de sortir précipitamment. Je me retrouve à l’air libre, me relevant pour m’adosser contre un arbre, voyant l’elfe noir se démener pour se débarrasser du tissu qui entrave ses mouvements.

La lueur du feu de camp est tout ce que j’ai comme lumière. Je n’ai pas le temps de voir où en est le nain alors que je recule pour m’adosser à un arbre, je ne peux que me fier aux cris qui viennent du camp, qui n’ont pour l’instant rien de très Thorkin. Je tiens mon bras droit serré contre mon corps, grimaçant en ressentant la douleur aiguë qui parcourt ma main alors qu’elle enfle et se couvre de rouge. Ne pouvant pas perdre de temps, je ramasse mon bâton de ma main valide et tente quelque chose pour me soigner et ne pas perdre ma concentration sur l’elfe noir. Au lieu d’utiliser mon autre main pour guider le fluide de lumière vers la fracture, je tente de le diriger à travers mon corps directement sur ma blessure, pour me permettre de continuer à agir. Ce qui me semble être d’habitude un réflexe me demande une concentration bien plus importante et commence à réveiller ma migraine. Je n’ai obtenu aucun résultat lorsqu’un bruit de tissu qu’on déchire se fait entendre, reportant mon attention sur le cadavre de la tente, je vois alors le Shaakt en émerger en l’éventrant avec ses dagues. Il se tourne vers moi, l’air assassin, sa fine chevelure blanche marquée par les braises ardentes et colorée par le sang qui coule de son crâne. Loin de perdre son calme après ces évènements inattendus, il s’avance lentement vers moi, sûr de lui, une dague dans chaque main. Handicapé par mon bras blessé, je ne peux tenir mon bâton que d’une main, alors que je tente toujours de guérir l’autre. Je fais de grands gestes avec mon arme, tentant de le tenir à l’écart, mais cela lui arrache juste un sourire moqueur. Aussi vif que la lumière, il lance d’un geste nonchalant du poignet une de ses dagues qui vient se planter avec un son sec dans mon bras gauche valide. L’acier froid perce cruellement ma chair et je lâche mon bâton ainsi qu’un grognement de douleur, plaquant mon bras contre mon corps alors que la chaleur du sang commence à se diffuser le long de mon bras. Toujours à moitié concentré sur ma main meurtrie, je le vois jongler avec sa deuxième dague, un air de suffisance supérieur sur le visage.

« D’abord toi, puis ton ridicule ami miniature. Je sais pas ce que vous êtes venu faire ici, mais c’était une mauvaise idée »

Sa voix mielleuse et arrogante éveille en moi un sentiment de haine enfouie, mais je fais tout pour rester calme et concentré sur ma blessure, c’est ma seule chance de m’en sortir maintenant que mon autre bras est paralysé. Mes deux bras inutilisables, je n’ai d’autres choix que la fuite pour gagner du temps. Je contourne l’arbre dans mon dos pour m’enfuir dans la forêt obscure, juste à temps pour entendre l’écho vibrant du fer se plantant dans le bois. Je ne vais pas bien loin, la douleur m’oblige bien vite à m’arrêter. Je tombe sur un genou dans la broussaille, obligé de reprendre mon souffle, mon bras blessé collé à mon flanc. Derrière moi, le son des pas lents de l’elfe se rapproche de plus en plus.

(Gaïa, aide ton serviteur à nous débarrasser de cette pourriture)

Miracle, intervention divine ou simple résultats de ma concentration, mes efforts semble enfin payer. La douleur brûlante qui envahissait mes doigts fêlés s’atténue légèrement et je peux très légèrement les bouger, une fine lueur flottant autour de la blessure. Mais je n’aurais pas le temps de me féliciter pour ce maigre résultat. L’elfe noir, dans une démonstration de supériorité qui satisfait son ego, passe au-dessus de moi avec un salto, et, atterrissant dos à moi, se retourne brusquement pour m’envoyer son pied en plein dans la mâchoire. Son coup brutal claque comme un fouet, je manque de m’effondrer, le regard perdu dans le vide alors que ma vision se trouble et que je sens un mince filet de sang couler de ma lèvre fendue.

Malgré l’obscurité ambiante, je vois ses yeux violets briller d’un air mauvais et, tout en agitant sa dague qu’il tient dans sa main, il me lance dans un rire narquois une phrase qui me fait perdre mon calme.
« Et voilà, tu meurs là où tous les hommes méritent de vivre, dans la boue et la fange, comme les imbéciles qui travaillent pour moi »

Ces paroles me sortent de mon hébétement, ma mâchoire se crispe de colère. Sans vraiment réfléchir à mon acte, je m’appuie sur ma jambe et, faisant fi de la douleur pendant un cours instant, me projette en avant en criant de rage. Obnubilé par sa prétendue supériorité elfique et son arrogance, il ne réagit pas à temps et le haut de mon crâne le heurte en plein sous le menton alors que je me relève brusquement, coupant court à ses ricanements et le repoussant légèrement en l’assommant. Avant de sentir le contrecoup de mon assaut désespéré, je continue dans ma lancée enragée. Mon coude droit vient le frapper directement à la tempe et dans un même mouvement j’attrape du mieux que je peux le pommeau de l’épée toujours à ma ceinture avec ma main handicapée pour la dégainer. D’une prise mal assurée sur mon arme que je garde proche du corps pour utiliser tout mon poids, je me lance en avant en m’accompagnant d’un mouvement de hanche pour lui enfoncer l’épée dans l’abdomen. Le choc anéanti mes maigres tentatives de soin et la douleur explose à nouveau dans ma main, je lâche la garde de mon arme en serrant les dents de douleur, plaquant à nouveau ma main contre moi. Mon adversaire fixe la lame qui lui transperce le ventre, confus, il recule en titubant, attrapant la garde de l’arme dans un réflexe de survie. Avant de s’effondrer, son regard croise le mien, m’imprégnant de toute la haine des Shaakts, il tente de m'insulter mais seul du sang sors de sa bouche. Je m’appuie contre un arbre pour reprendre mon souffle, la douleur commence également à se diffuser dans mon crâne après l’impact violent avec la mâchoire de l’elfe. Ma vision se trouble alors que l’adrénaline redescend, une brulure intense me rappelle alors la dague, toujours plantée dans mon bras gauche, le sang coulant le long de bras perlant au bout de mes doigts. Je ne peux pas l’enlever seul et encore moins appliquer un bandage à cet endroit-là, de plus je me sens vidé de toute magie après la très maigre guérison de ma main droite et le saignement que je ne pourrais contenir me serais fatal. Je suis obligé de retourner sur mes pas, les jambes tremblantes, couvert de sueur et manquant de m’évanouir, laissant l’épée de Marius dans le corps de l’elfe. Le calme est revenu dans la forêt et j’avance ainsi sans savoir ce qui m’attend, si le nain a été trop fier pour son propre bien, alors ce sera la fin pour moi.

« Ben alors gamin, pourquoi t’as laissé tomber mon colis, t’imagine on l’aurait perdu ? »

Cette voix caverneuse qui brise le silence me rassure. Il me trouve avant que je ne sois arrivé là où je l’ai laissé, le petit coffre dans sa main épaisse. Les flammes dansantes révèlent les taches de sang qui parsèment à nouveau sa tenue, qui dégoulinent de son marteau et qui colorent sa barbe, mais cette fois c’est un sourire ravi qu’il affiche sous son épaisse toison. Néanmoins, son contentement disparaît lorsqu’il voit l’état pitoyable dans lequel je suis. Il m’indique le camp derrière lui d’un mouvement de la tête.

« Va t’installer, j’ai un dernier truc à faire. T’as laissé où l’ordure qui dirigeait ces bâtards ? » Dit-il d'un ton grave mais conciliant, comme le faisait mon mentor.

Je fais à mon tour un signe de la tête pour lui montrer la zone obscure derrière moi, incapable d’utiliser mes bras. Sa tape dans le dos lorsque je le double, sans doute pour me féliciter, manque de m’ envoyer au sol et de m'achever définitivement. Je retrouve finalement la chaleur et la lumière réconfortante du feu qui brûle intensément, mais pas mes forces. Je me laisse tomber sur un des lits présents et contemple la scène. Un vrai carnage. Trois cadavres montrent de sévères traces de brûlures, toujours allongés dans leurs lits, sans doute pris par surprise lors de la première explosion. Un rescapé de la surprise électrique a sans doute regretté de ne pas être mort sur le coup, il est affalé contre un arbre terni par la couleur écarlate, le crâne enfoncé sur le côté droit, faisant ressortir son contenu par manque de place. Les deux autres, des gobelins, sont étendus dans la terre, l’un a le nez qui forme un angle droit, le reste est inidentifiable, brisé et grillé, l’autre n’a même plus sa tête à sa place sur le corps. Je lève le regard vers le ciel pour contempler les étoiles, ne ressentant ni dégout ni horreur.

(Des hommes et des monstres, ou juste des monstres ?)

J’adresse cette pensée autant à moi qu’à Gaïa. Au milieu de ce chaos figé, avant de me laisser tomber dans l’inconscience, je me dis que mon mentor avait encore une fois raison, il ne sert à rien de tricher, bien mal acquis ne paie jamais. Gaïa puni les non vertueux.

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 Sujet du message: Re: La forêt du nord Kendran
MessagePosté: Mar 16 Oct 2018 00:25 
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Pas de repos :

Mon mentor et ma mère sont à table alors que je suis dans ma chambre, me préparant à dormir, ne sachant pas encore que ce soir-là ma vie va basculer.

« D’accord j’accepte de m’occuper de son éducation »

« Merci, mille fois, savoir qu’il ne finira pas comme son père me rassure »

« Je resterais aussi longtemps qu’il le faudra, mes frères qui m’attendent comprendront »

« Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ? »

« Vu ce que vous avez vécu, je vais être franc avec vous … »

Ça se coupe ici, comme si ma mémoire refusait d’accéder à ces parties de mes souvenirs. C’est un concert de bruit familier qui me revienne en premier témoignage de la réalité. Première bonne nouvelle, malgré mes blessures je suis toujours en vie. Des mâchonnements, des mots inintelligibles, d’autre mâchonnement, des grommellements à peine dissimulés. Tout ça me sort lentement de ma léthargie, la chaleur du soleil sur mon visage me rappelant doucement à mon monde. Lorsque j’ouvre mon œil, le nain est en train de faire un bandage vulgaire et sommaire autour de ma blessure au bras gauche alors qu’il fume sa pipe en marmonnant dans sa barbe. Voyant que je rouvre mon œil, il se relève en s’époussetant, maugréant dans sa barbe, et s’éloigne de moi sans rien dire. Il sort son gros livre à la reliure dorée et retourne s’assoir bruyamment contre un large arbre, dérangeant une fois de plus la faune locale, avant de me lancer :

« J’suis pas toubib, j’te laisse terminer ça »

Il me faut encore quelques instants pour reprendre pleinement possession de mon corps, et je sais que je peux recommencer à bouger lorsque la migraine qui m’accompagne se réveille soudainement. Je me redresse pour m’assoir et contempler l’étendue des dégâts. Je suis allongé dans un des lits de camp qu’occupait un des truands d’hier. Le nain a arraché la manche gauche de ma soutane pour s’occuper du poignard qui était resté planter dans mon bras. L’arme blanche repose maintenant dans un petit bol à côté de moi, toujours ensanglantées. J’en remarque la forme courbée et dentée de la lame ainsi que les fines gravures qui orne le bois du manche ce qui me laisse penser que notre Shaakt gagnait bien sa vie, ou avait de bonne relation. La tentative du nain pour panser ma plaie est douteuse, mais elle m’empêchera au moins de saigner à mort d’ici que nous arrivions à bon port, et je suis déjà reconnaissant qu’il ait réussi à retirer une telle arme sans aggraver mon état. Bien que douloureux, je peux de nouveau bouger mécaniquement mon bras, je me sens un peu moins handicapé. Je vois alors ma main brisée qui repose contre mon ventre, toutes sensations ayant disparu de celle-ci je ne m’étais même pas rendu compte qu’elle était posée là. Elle est dans un état déplorable. Le rouge profond qui la recouvrait hier est passée au violet bleuâtre, elle semble avoir doublé de volume et est parcourue de multiples petites entailles qui ont fini de saigner sur les phalanges. Mon bras répond à mes mouvements, mais impossible de bouger mes doigts. Je pose mon autre main sur celle meurtrie pour essayer d’améliorer son état alors que je parcours du regard la zone autour de moi d’un air hébété, toujours sonné après mon réveil. Le nain a fait ce qu’on pourrait appeler un nettoyage dans le camp, les cadavres d’hier sont empilés en une pile grotesque, proche des restes du feu d’hier, comme un monument en avertissement à ceux qui défient la colère de Valyus. Le soleil reflète également son éclat sur tous les objets précieux, les pièces et les bijoux volés par ses bandits, leur précieux butin accumulé éparpillé dans toute la zone, le nain semble s’être fait plaisir et s’est servi sans trop état d’âme. Je remarque alors l’épée de Marius à côté de moi, nettoyée du sang de sa victime d’hier. Il y a également un sac posé à mes côtés, une sorte de grosse bourse en tissu marron grossier, fermé par une corde de chanvre, une tache rouge étalée sur un de ses côtés.

« L’ouvr’ pas, t’ira donner ça aux gars d’la milice d’Kendra Kar quand on y s’ra. M’est d’avis que ça leur f’ra plaisir » Me dit-il avec un clin d’œil.

Je préfère ne pas savoir ce qu’il contient pour le moment, même si les mouches qui tournent autour du sac ne laissent aucun doute sur son contenu. Au bout de quelque instant de silence rempli uniquement par le bruit du vent et de la végétation, où j’observe hébéter l’entendu d’arbre devant moi, comme si ma conscience c’était à nouveau envolée, je m’intéresse de nouveau à ma main. Rien n’a changé, je ne suis même pas sûr d’avoir réussi à lancer mon sort de soin, elle est toujours insensible et inamovible, d’une couleur inquiétante et d’une taille anormale. Je me rends alors compte de la fatigue écrasante qui m’accable, je me sens vide de force, je n’avais pas l’habitude de prendre des coups, et j’en ai plus reçu ses derniers jours que pendant toutes mes années de vie, me laissant meurtri et sonné. Je me palpe instinctivement le crâne, pour y découvrir une vilaine bosse douloureuse au contact, petit souvenir de ma rencontre avec le menton du Shaakt. Je tente une nouvelle fois d’utiliser le fluide de lumière pour me guérir, mais encore une fois rien ne vient. Que se passe-t-il ? C’est la première fois que je n’arrive plus à utiliser ma magie, Gaïa m’aurait définitivement abandonné. Me perdant en supplication muette et en pardon intérieur, la panique doit sans doute se lire sur mon visage car le nain lève une nouvelle fois les yeux de son ouvrage.

« T’étonne pas d’plus pouvoir faire de magie si t’as rien pour r’faire le plein. Vu c’que t’as utilisé pour sauver ta main … Estime toi heureux d’pas d’voir la faire amputer. »

J’espère qu’il dit vrai, sinon je n’ai aucune idée de ce que je vais devenir. Redirigeant mes esprits vers une méthode plus pratique, je sors alors de ma soutane le dernier rouleau de bandage qu’il me reste. Je délie la bande en utilisant mes dents et me démène pour en faire passer un morceau sous mon avant-bras. Je plaque le bandage ainsi contre ma jambe et enroule la suite autour de ma nuque. Je fais plusieurs tours ainsi jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien du rouleau. Je finis mon écharpe de service pour mon bras avec un solide nœud, voilà qui me permettra de me déplacer en évitant d’endommager encore plus ma main. Je finis par me relever machinalement, endolori et ankylosé. Je me dirige comme un revenant récemment ranimé vers le cadavre de la tente du Shaakt, plus précisément vers l’arbre contre lequel je me suis adossé hier. Toujours au même endroit, mon bâton est allongé dans l’herbe et je le récupère lentement, grinçant des dents à cause de mes courbatures, et l’utilise pour retourner au camp, où le nain a rangé son livre et ressort ses fameux morceaux de viande salées. Je remarque alors à sa ceinture l’objet de notre quête, la petite boîte y est fermement attachée avec un anneau de métal, impossible pour lui de la perdre maintenant. Je le rejoins et viens m’assoir à côté de son arbre, attrapant le morceau qu’il me tend pour mordre dedans à pleines dents, les efforts de la veille m’ont affamé. Sans aucune remarque, mon compagnon reprend la lecture de son livre pendant que nous mâchons bruyamment nos épais morceau de viande, qui ressemble de plus en plus à du cuir usé. Nous finissons notre repas par une rasade d’eau que le nain a trouvée dans le camp. Je l’ai mal jugé en pensant qu’il pillerait les trésors des truands. Il se relève et commence à ranger ses affaires.

« Bon, j’ai plus beaucoup d’viande là-dedans, mais normalement on d’vrait bientôt arriver dans les terres cultivés autour d’la ville, se s’ra plus très loin, tu t’sens capable de marcher ? »

Je hoche la tête pour montrer mon approbation alors que j’ai encore l’impression d’être dans un autre monde, je n’ai de toute façon pas le choix, rester ici c’est mourir. Mais mes dires sont quelque peu démentis par mes mouvements maladroits, et je suis obligé de m’appuyer contre un arbre pour ne pas m’effondrer en me relevant, des étoiles devant les yeux et un sifflement aigu dans les oreilles. Je m’appuie tant bien que mal sur mon bâton pendant que le nain range ses affaires dans ses immenses sacs, jette un dernier coup d’œil satisfait à au cadavre de cadavre qu’il laisse derrière lui, fier de son offrande à son Dieu. Alors qu’il attrape les rênes de sa monture, j’essaye de reprendre contenance avant qu’il ne se retourne vers moi, tentant de me tenir le plus droit possible malgré les multiples élancements dans mes muscles et la brulure que me cause le bandage contre ma plaie à l’épaule. S’il se rend compte de mon réel état, il n’en dit rien, ne souhaitant peut-être pas rajouter une blessure à ma fierté en plus de mes blessures physiques. Sa monture laisse aussi derrière elle un spectacle de dévastation végétale, une grande partie de l’endroit ayant à son tour subit l’appétit insatiable de cette bête.

Nous nous mettons finalement en route, le nain en tête. Nous revenons sur nos pas à travers la dense végétation, je suis le nain de prêt pour profiter de l’ouverture qu’il laisse entre les arbres, faisant tout mon possible pour éviter d’accrocher mes bras blessés aux branches, et je suis obligé de me baisser plus d'une fois, manquant de m’effondrer, pour progresser dans cette mer verte. Heureusement la présence éclatante du soleil me facilite un peu la tâche, me permettant d’identifier plus rapidement les embuscades de la végétation. Je suis bien incapable de dire combien de temps nous traversons ainsi la forêt, piétinant les buissons et les fleurs, nous finissons par retrouver la clairière qui nous a accueillis pour une nuit tranquille, reconnaissable à la large zone vierge d’herbe, tondu par le bouc du nain. Mais ne nous y arrêtons pas, nous continuons notre marche déterminé et silencieuse à travers la forêt, jusqu’à ce que nous émergions enfin de cet enfer vert. Je reprends longuement mon souffle en m’appuyant sur mon bâton lorsque nos pieds foulent enfin la terre ferme, et nous retrouvons la bande de terre sur laquelle nous nous sommes rencontrés. Elle est aussi vide que lorsque je l’ai prise pour la première fois, aucunes empreintes ne trahissent le passage récent d’un char ou d’un groupe de personnes.

« Eh dis donc, c’pas le moment d’faiblir, on a encore pas mal d’marche d’vant nous »

« Je vais très bien » Dis-je avec une pointe de colère

« C’est ça, c’est ça, en attendant fait pas l'idiot, s'tu veux qu'on s'arrête, dis le moi »

J’aurais sans doute préféré avancer dans l’ignorance …
Nous marquons une courte pause pour mâcher une fois de plus de la viande salée, qui me dégoute de plus en plus, la manger sans une boisson relève presque de l’exploit. Je compte bien ne plus y toucher pendant plusieurs mois une fois arrivés en ville. Cette courte pensée me plonge dans une réflexion bien plus importante, que faire une fois arrivé là-bas. Le temple de Gaïa m’acceptera-t-il ? Sinon, je n’aurais aucun lieu où aller vivre. Cette pensée angoissante est stoppée par le nain qui se remet soudainement en marche, mâchonnant toujours son morceau de cuir. Pas de temps à perdre j’imagine.

Nous discutons un peu pendant la traversée, surtout au début, histoire de faire passer un peu plus vite notre traversée. La plupart de nos échanges se résumant à quelques mots sur les évènements récents, le nain ne se préoccupant pas plus que ça de savoir pourquoi un tel groupe de bandit sévissait dans les lieux alors que la question me taraude. Quelques banalités sur la magie de chacun, j’apprends alors que le fluide de foudre permet évidemment de créer des éclairs, mais aussi d’utiliser le magnétisme, une propriété très intéressante que j’ignorais. Pas grand-chose sur la culture naine, il se trouve être très discret et distant sur le sujet, révélant bien peu de sa vie dans la ville naine, se contentant de narrer de bref passage de ses épiques aventures. Le vent se contentera de remplir le silence à notre place lorsque nous cessons de parler, emplissant l’espace du doux son des feuilles qui s’agitent. Le trajet n'en finit pas, le nain ne avance sans fléchir, et je finis par avancer sans réfléchir, le suivant comme un automate déréglé, poussé en avant uniquement par l’instinct de survie et la confiance que je place en ma déesse, toute mes douleurs comme anesthésiées par mon état second. Je reprends contact avec la réalité lorsque, enfin, devant nous s’étale un puissant rayon lumineux qui rugit dans le tunnel vert, et c’est avec un soulagement non dissimulé que je voie finalement la toiture émeraude qui nous accompagnait depuis le début de notre traversé trouver enfin son terme, laissant la place au bleu du ciel et au nuage qui y voyage. Nous débouchons dans une immense vallée inondée de la lumière éclatante du soleil, des champs et des petites collines à perte de vue, et balayé par un zéphyr agréable qui change de l’atmosphère étouffante et anxiogène de la forêt.

Le changement de paysage et déroutant mais réconfortant, enfin un retour à la civilisation.

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