L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Sam 3 Déc 2016 19:50 
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Saleté de forêt, déjà deux heures que nous tournions en rond, moi qui pensait passer la nuit dans la chaleur d'une taverne.Cela faisait près de deux mois que j'errais en Nirtim, dont un entier avec le cannibale, alternant entre prairies, vals et épaisses forêts. Nous avions longé les monts du centre du continent, je pouvais encore distinguer dans le paisible paysage les monts enneigés au loin.

Mais je fus subitement extirpé de mes songes lorsque Zenos me demanda quelque chose, n'ayant que brièvement entendu, je lui demandai ce qu'il voulait:


"Eh...donc...tu t'appelles Crowny ?"


Interloqué par cette stupide interrogation, brisant un long et gênant silence instauré depuis que nous avions décidé de faire une hâle sous cet arbre il y a maintenant un quart d'heure, je répondis d'un ton bref et agacé:


"Et bien, il me semble en effet..."


Ma réponse avait légèrement refroidi une ambiance déjà glaciale, je nuançai donc ma réponse:


"Mais mon nom complet est Crowny Irondagger, les elfes noirs n'ont habituellement pas de nom de famille, il n'y a que les enfants des rues qui s'en donnent un. On m'avait donné celui-ci car un jour j'avais trouvé une dague de fer dans les rues malfamées de Khonfas et que je ne la quittais pratiquement jamais, constamment bloqué entre ma ceinture et ma cuisse...Et ceux jusqu'à ce que la milice m'arrête"


Zenos semblait grandement intéressé par mes explications, mais le silence refit bientôt place.

Je fouillai alors de mon paquetage et en attrapai un quignon de pain noir que j'avais volé il y a trois lunes de cela dans une pâtisserie, ce n'était pas grand-chose mais cela m'était suffisant pour tenir jusqu'au lendemain matin. Je relevai brièvement le masque qui recouvrait ma bouche et croquai une grande bouchée, il était dur et me faisait mal aux les dents. Zenos tourna son regard vers moi, je remis rapidement mon masque à sa place initiale, mais il était trop tard, Zenos l'avait vu !

Il posa son long et fin index sur sa joue droite et la tapota une ou deux fois, me demandant de manière implicite ce qu'il y avait sur la mienne.

Une épaisse balafre rosâtre sur ma joue droite qui partait du bas des lèvres et qui se traçait profondément sur 5 ou 6 cm, jusqu'à presque atteindre mon oreille.
Je répondai ironiquement:


"Un petit souvenir que la grande Khonfas m'a légué avant mon départ.."


Mes fossettes se creusèrent, laissant se dessiner un sourire quelque peu amer.

Mais j’aperçus soudainement les feuilles d'un buisson bouger à une dizaine de mètres, je pensais un instant avoir eu une simple hallucination mais d'autres buissons se mirent à virevolter frénétiquement:


"Il y a quelque chose là-bas, chuchotai-je à Zenos en pointant le buisson du doigt, ce n'est peut-être qu'un simple animal mais nous ne devons prendre aucun risque... ."

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Dernière édition par Crowny le Mar 6 Déc 2016 21:58, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Sam 3 Déc 2016 21:51 
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Et bien, il me semble en effet...


Crowny avait répondu, même si ma question avait semblé débile, je ne regrette en rien de l'avoir posée. Crowny, quelques peu gêné par le silence qu'avait instauré la fin de sa phrase continua même :


Mais mon nom complet est Crowny Irondagger, les elfes noirs n'ont habituellement pas de nom de famille, il n'y a que les enfants des rues qui s'en donnent un. On m'avait donné celui-ci car un jour j'avais trouvé une dague de fer dans les rues malfamées de Khonfas et que je ne la quittais pratiquement jamais, constamment bloqué entre ma ceinture et ma cuisse...Et ceux jusqu'à ce que la milice m'arrête.

Plus sa messe rédemptrice me parvenait aux oreilles et plus je me sentais...comment décrire ça...un elfe nouveau. Jamais l'ancien moi n'aurait eu l'occasion d'ainsi apprendre la vie d'un personne !

Enfin, j'avais seulement appris qu'il n'avait pas de parents...j'allais être attristé pour lui quand cette idée me vint d'un coup ! Avais-je des parents ? Je sais que je vivais dans la forêt...et...pas grand chose d'autre...j'avoue que la première fois que Crowny m'a dit "Cuilnen", je le prononçai de la même manière que lui, comme un mot habituel qu'on on a tendance à dire vite ou abréger.

Je fus tiré de mes pensées par l'elfe noir qui sembla sortir quelque chose de son sac.
Lorsque je portai mon attention sur lui, je le vis croquer avec difficulté dans un morceau de pain noirci et aperçu brièvement une trait rosâtre en diagonale, partant de sous sa lèvre jusqu'à sa tempe.

Il vit que je le regardais et remis tout de suite le tissus noir qui lui voilait le bas du visage. D'un air interrogatif, j'avais posé mon doigt sur mon visage, à l'endroit où se trouvait parallèlement sa cicatrice.

Le voleur répondit, un sourire amer aux lèvres :


Un petit souvenir que la grande Khonfas m'a léguée avant mon départ..

Soudain, il se tourna à sa gauche, direction dans laquelle je commençais à entendre les feuilles d'un buisson bouger de plus en plus vite.


Il y a quelque chose là-bas,
chuchota t-il en le pointant du doigt, ce n'est peut-être qu'un simple animal mais nous ne devons prendre aucun risque...


C'est ainsi que nous nous sommes tout deux retrouvés face à un taurion, elfe à la peau verdâtre vivant dans les forêt. D'après ce que m'a raconté Crowny à leur sujet durant notre voyage, c'était un peuple pacifique, mon cœur se mit donc à battre de plus en plus fort : L'espoir de sortir de cette forêt n'était en rien perdu !

Crowny intervint :


Un taurion ? Pourquoi ne l'avais-je pas vu plus tôt ?!


Ben du vert sur du vert, l'elfe en mousse était presque invisible... "Elfe en mousse" était une appellation que Crowny adoptait souvent pour me parler des taurions, je prononçai donc cette phrase d'un air sérieux



Enfin jusqu'à ce que Crowny esquisse un sourire qui se transforma vite en rire incontrôlable, je ne pus m'empêcher de faire de même, avant que le silence ne retombe lourdement, l'elfe vert fronçant les sourcils fasse à cette blague qu'il avait l'air de mal prendre.

Il fallait que je lui demande mon chemin !


Heu...excusez nous, nous sommes...enfin, peut être que vous pourriez...avec une timidité extrême.


puis, adressant un regard à Crowny, qui continua :


Ce que mon compagnon veut vous dire est que nous nous sommes égarés dans votre forêt, voudriez-vous nous aider à rallier Cuilnen ?


Le taurion passa d'un air sévère à une expression neutre, puis, hésitant, acquiesça d'un mouvement de tête accompagné d'un léger soupir.

Nous nous retrouvâmes donc tout deux à suivre silencieusement l'elfe vert dans cette forêt qui, étrangement, paraissait désormais beaucoup moins compliquée, si bien que par moment j'eus envie de congédier notre guide, trouvant le chemin tout à fait évident à suivre. Je m'en gardai bien sûr, cette forêt ne se laissait traverser que parce que nous étions accompagnés, ça j'en étais sûr.

Je passai le reste du trajet à observer les alentours...ça me rappelait énormément ma forêt...je me revoyais escalader un arbre, boire au ruisseau, caresser les animaux...être interrompu par le passage d'un humain...sortir une flèche et l'encocher dans mon arc....abattre la mort sur le passant...le dépecer et...

A ce moment je fus pris d'un spasme, mon visage s'était contracté, j'avais les lèvres retroussés, dévoilant mes dents, affichant une expression de fureur à l'attention de celui, me tournant le dos et parfaitement inoffensif, qui nous guidait...avant de me reprendre, réalisant soudain ce qu'il venait de se passer. J'étais honteux, pourvus que Crowny n'ait rien vu.
Il tourna d'ailleurs son visage vers moi, sûrement interpellé par le brusque mouvement que j'avais fais. Je me contentai de lui sourire, l'air de rien, et il renvoya son attention sur le paysage jusqu'à notre arrivée, tant attendue, à Cuilnen.

_________________
Zenos / Rôdeur / Hinïon

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mar 6 Déc 2016 19:54 
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Des buissons sortirent soudainement un Taurion, je ne pus alors m'empêcher de me rappeler à l'ordre :

"Un Taurion ? Pourquoi ne l'avais-je pas vu plus tôt ?!"


En effet il est dangereux pour un homme de l'ombre de ne pas parfaitement voir tous les éléments de son environnement et de se laisser berner de cette manière.

Zenos adopta pour répondre à ma question un comportement fort sérieux pour une réponse qui l'était nettement moins :


"Ben du vert sur du vert, l'elfe en mousse était presque invisible... ."


Telle était ma manière, quelque peu péjorative, de nommer les Taurions lors de mes rares entretiens avec Zenos, il n'eut visiblement pas compris l'ironie qui découlait de mes paroles.

Il ne me fut alors impossible de maîtriser un sourire qui se transforma vite en véritable esclaffade. Zenos ne comprit pas dans un premier temps mais, peut-être par honte de s'être mal exprimé ou par simple mimétisme, se mit à rire avec moi.

Mais le rire se dissipa aussi vite qu'il était apparu quand nous vîmes le jeune Taurion à la carrure svelte froncer les sourcils. Il avait dû mal prendre (et cela à juste titre) nos facéties.

Zenos tenta alors, d'un ton hésitant de demander notre chemin, mais il ne put clore sa phrase et s'embourba dans un torrent d'incertitude. Je terminai dont sa phrase :


"Ce que mon compagnon veut vous dire est que nous nous sommes égarés dans votre forêt, voudriez-vous nous aider à rallier Cuilnen ?"


L'expression du Taurion changea et nous comprîmes que nos longues pérégrinations dans la forêt allaient bientôt prendre fin quand il nous donna une réponse positive de la tête, il nous mènera en Cuilnen.


Quelques heures plus tard, nous arpentâmes toujours la forêt en compagnie du Taurion quand Zenos s'arrêta subitement, il semblait convulser, il y avait dans ses yeux comme une vision d'horreur, comme s'ils voyaient les Enfers et que ses feux impies brûlaient jusqu'à sa rétine.
Il ne semble avoir eu ce genre de vision quand hydromel réhydratait mon cœur, asséché par les larmes versées suite à la mort de mes frères d'armes.

Je me contentai de regarder le paysage comme si rien ne c'était passé, il n'y avait rien d'autre à faire, et ceux jusqu'à notre arrivée dans l'antique Cuilnen.

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Crowny, l'enfant errant


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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 4 Oct 2017 19:02 
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3 – Une série de petites coïncidences


Outre cette sortie aux chutes de Ramnen, au cours des jours qui suivent, je n'ai guère de temps à consacrer à Tanaëth ou à ma famille, passant le plus clair de mon temps avec Callirhoé, enchaînant rencontre sur repas avec des nobles fin d'accueillir leurs voeux pour mon anoblissement, m'enfonçant toujours plus profondément dans les jeux politiques. J'en ai mal aux joues à force de sourire aux flagorneries de nos invités.

C'est ainsi que, presque trop vite à mon goût, arrive l'heure du départ, amorçant notre trajet jusqu'à Luinwë puis Tahelta. Le matin de mon départ, je m'en vais faire mes adieux à Callirhoé, serrant mon amie fort contre moi et ravalant les larmes qui menacent de couler, avant de faire de même avec mes parents et mon frère un peu plus tard. J'ai le coeur lourd de les laisser une nouvelle fois derrière moi, mais la voie que j'ai choisie me tient pour l'heure éloignée de Cuilnen, sur les routes.

Après quelques jours de trajet paisible en compagnie de Tanaëth, Lhyrr et Sinwaë, son ithilartëa, nous nous retrouvons par un beau soir installés autour d'un gros feu de camp - les feux que j'allume ayant, je dois l'admettre, rarement tendance à être modestes - à partager les vivres que nous avons emmené avec nous. Nous n'échangeons guère de mots, chacun de nous ayant été assez méditatif au cours de ces premiers jours de voyage. C'est ainsi qu'une fois le repas terminé, pensive, je sors ma lyre et en gratte quelques cordes, sans chercher à reproduire une mélodie particulière. Cela attire l'attention de Tanaëth qui finit par me demander :

- Ainsi tu es aussi musicienne... je me le demandais, j'avais vu ta lyre mais c'est la première fois que tu la sors. Que joues-tu d'habitude ?

J'arrête de jouer, regardant pensivement ma lyre.

- De tout, de rien, je raconte parfois des légendes aux gens. Mais c'était avant... Je ne l'ai refait qu'une fois, depuis.

Je ne précise pas avant quoi c'était, n'ayant comme toujours guère envie de donner plus d'importance aux évènements de Khonfas. Tanaëth sait cependant de quoi je parle, puisqu'il était là et a participé à notre fuite. Il se relève pour venir derrière-moi et m'enlacer tendrement, déposant un baiser dans mon cou, provoquant une petite décharge dans mon ventre.

- Alors joue pour moi, ici et maintenant, veux-tu ? J'aimerais t'entendre, murmure-t-il avant de se relever pour retrouver sa la place qu'il occupait de l'autre côté du feu, sur une souche.

Je penche la tête sur le côté, pensive et curieuse de savoir ce qu'il a en tête, avant d'acquiescer. Je reprends ma lyre en main et effleure les cordes pour en tirer une petite musique. Celle-ci, comme mon humeur de ces derniers jours, est mélancolique et dépourvue de parole, simplement un doux son qui se perd dans la nuit, s'accompagnant du crépitement du feu.

Lorsque les dernières notes s'éteignent, Tanaëth murmure que c'était une belle mélodie, triste, mais belle. Je hoche la tête en haussant les épaules.

- J'ai appris à jouer à Hidirain. C'est là-bas, à l'auberge du Neligo, que j'ai appris mes premiers accords et que je suis devenue barde. Ce fut, pendant très longtemps, un prétexte pour me garder sur les routes.

Tanaëth semble surpris de ma révélation, il est vrai que je n'ai pas fait usage de cette lyre en sa présence. Il dit bien connaître l'auberge du Neligo, pour y avoir passé plusieurs nuit à son arrivée à la Perle Blanche. Il y aurait entendu conter la légende de l'Epée Ardente qu'il a lui-même récupérée au coeur du Rock Amrath. En l'entendant prononcer ces mots, mes yeux se plissent d'amusement alors qu'il poursuit, expliquant que cette soirée dans cette auberge marqua un tournant dans sa vie, car toute la légende qui lui a alors été contée a aboutit à la rencontre de Llyann et son entrée dans l'ordre de l'Opale.

J'esquisse un sourire amusé.

- Tu as retrouvé l'épée qui tua Galael ? La légende était donc vraie ? C'est moi qui l'ai contée pour la première fois à Ildaryn, elle l'avait laissé tout songeur, à tel point que je me suis demandé s'il n'allait pas partir à sa recherche séance tenante.

Tanaëth semble ébranlé par mes mots, prenant plusieurs secondes avant de reprendre la parole, surpris.

- C'est toi qui lui a conté cette légende ?!

Bien que la question soit rhétorique, je hoche la tête tandis qu'il lève les yeux vers la lunes, murmurant pour lui-même :

- Je crois que je comprends le sentier que tu m'as éclairé, maintenant...

J'ignore ce que signifie ces mots, qu'il semble adresser à sa déesse nocturne. Il ramène alors lentement les yeux sur moi avant de désigner son arc d'une main légèrement tremblante. Je fronce les sourcils, surprise de le voir aussi ébranlé, c'est la première fois qu'il semble si peu maîtriser ses gestes depuis que je l'ai rencontré. Il m'explique que cet arc a appartenu à Galael et qu'il lui a été offert par le Sylphe qui gardait son tombeau et à présent qu'il le dit, je reconnais la description de l'Arc des Glaces telles qu'elles a été faite. Je peine à comprendre comment je n'ai pu le remarquer plus tôt. Lorsqu'il a ensuite entendu la légende de l'Epée Ardente, il a souhaité voir les deux reliques réunies et c'est ainsi qu'il s'est retrouvé en possession des deux. Il détache le fourreau de l'épée et la sort à moitié, dévoilant les flammes qui mordent son acier. Je l'avais déjà vue dénudée, mais je m'étonne une fois encore de la voir si féroce.

Tanaëth reprend la parole, songeur.

- Quant à cette perle qui orne ton front, elle faisait partie du trésor enterré avec Eswann, si elle m'a été offerte c'est parce que c'était aussi un Sylphe qui gardait son tombeau et qu'il savait ce qui s'était passé dans le sanctuaire de Galaël. Elle devait te revenir, tout est juste...

Mes doigts se portent sur le fin diadème qui ornent mon front, touchant la perle qui s'y trouve. Ses propos me semblent toujours étranges, car je ne vois nulle justice, simplement un récit qui a été conté à la bonne personne au bon moment. Ne sachant trop que répondre, je finis par esquisser un sourire amusé.

- Je ne suis en rien liée à Eswann, si ce n'est pas de vagues légendes que j'ai entendues au cours de mes périples.

Il secoue la tête, me regardant droit dans les yeux.

- Ce n'est pas de ça dont je parle. Vous avez raconté une légende qui a changé mon existence, nous nous sommes rencontrés par hasard et ces armes ont peut-être en partie changé la vôtre, d'existence. Des mois plus tard nous nous recroisons, toujours par hasard et, sans trop bien savoir trop pourquoi ni comment nous décidons de faire un bout de chemin ensemble. Après quoi je vous offre cette perle, remise par un Sylphe à cause d'un passé lié à cette même légende qui impliquait un autre Sylphe. Et je le fais de manière à ce que nul n'ignore que vous êtes sous la protection de ces mêmes armes que j'ai en partie retrouvées parce que vous avez conté un jour une légende dans une auberge, sans savoir qu'elle provenait de vous. C'est amusant, non, toutes ces... coïncidences ?

Je secoue la tête, on ne peut plus gênée par ce qu'impliquent ses paroles. J'aime à croire que chacun de mes pas n'a été dicté que par ma volonté et n'a été l'objet, le jeu d'aucun destin. Je trouverais le contraire particulièrement déprimant, ôtant tout intérêt à la poursuite de quoi que ce soit.

- Des coïncidences amusantes, oui, mais rien de plus que des coïncidences.

Il lève ses yeux vers les étoiles, répondant à mi-voix :

- Parmi l'infinité de chemins que nous pouvons suivre, il en est un qui sonne plus juste avec la grande harmonie du tout, qui permet de nous révéler pleinement, certains l'appellent le fil d'or. Je pense que lorsqu'on s'en approche les coïncidences se multiplient, d'une manière qui rend les choses plus simples, plus positives.

Je secoue la tête, le regard soudain plus dur.

- Cela se rapproche bien trop d'une quelconque notion de destin à laquelle je ne crois pas et n'ai pas la moindre envie de croire. Mes actions m'ont menées jusqu'ici, face à toi, mais elles ne sont que le fruit de mes décisions.

Il hausse un sourcil en ramenant ses yeux dans les miens, me demandant s'il a dit le contraire, expliquant que les êtres voient le destin comme étant figé, mais qu'il trouve cela absurde car la vie n'est que ce que nous en faisons. Il cite alors la devise fondatrice des Danseurs d'Opale : c'est par ma seule volonté que mes lames se meuvent. Je le fixe quelques instants.

- Alors que vois-tu dans notre rencontre, dans cette série de coïncidences ?

Il me répond que cela fait des décennies qu'il n'a pas été aussi heureux que depuis qu'il m'a rencontré, y voyant la preuve que ses choix sont bons et qu'il s'est rapproché de son fil d'or. Je hausse les épaules. Pour moi, il n'y a pas plus de fil d'or que de destin, simplement des bons et des mauvais choix, de bonnes ou de mauvaises coïncidences. L'ensemble tisse la trame de notre passé, et notre avenir demeure à jamais incertain. N'ayant pas grand chose à ajouter dans ce débat qui s'approche plus à celui de convictions que de vérités, je ne réponds pas, me contentant de prendre un bâton pour attiser les flammes.

Tanaëth change bien vite de sujet, ce qui me convient très bien.

- En parlant de passé, je pensais que nous pourrions tenter de percer un peu plus avant les mystères du tien, si tu le désires.

J'hésite un bref instant, le regardant avec une once d'incertitude. Les dernières fois que nous sommes retournés dans mon passé, nous avons découvert une vérité horrible, celle que Lhyrr m'avait gardée prisonnière pendant un temps, accompagnant probablement la captivité de violences. Les fois d'après, nous n'avons rien découvert de plus que cette scène. Je lance un coup d'oeil à mon compagnon, qui jusque là a placidement suivi la conversation, la tête posée sur ses pattes.

(Fais ce que tu veux,) est la réponse qu'il m'envoie. Un peu brève, pleine d'appréhension. Comme moi, il redoute ce que nous pourrions voir, tout en sachant que c'est pour le moment un couperet au-dessus de nos têtes. Je tourne les yeux vers Tanaëth et acquiesce brièvement.

- Oui, merci.

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 4 Oct 2017 19:09 
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4 – La vision d'un loup cuivré


Peu après, je suis allongée non loin des flammes, sur le dos, et me laisse petit à petit m'enfoncer dans le sommeil. Il tarde, comme bien souvent, à venir, mais je suis rapidement emportée dans des réminiscences étranges.

De nouveau, la vision est floue, presque autant que si je la voyais au travers d'un liquide. Je suis dans une caverne, construite de main d'homme ou naturelle, je ne parviens pas à le discerner. Devant moi se trouve une cage, et à l'intérieur de cette cage, dans l'obscurité, une forme se meut. Elle semble faire les cents pas dans cet espace clos. La forme passe brièvement à la lumière, dévoilant un gros loup à l'épaisse fourrure cuivrée, musculeux mais blessé par endroit. Rapidement, une silhouette tout aussi floue que le reste approche et se place devant la cage. Il s'agit de Lhyrr sous son autre forme, celle d'un sindel emmitouflé sous une cape de fourrure noir, que je reconnais pour l'avoir vue à plusieurs reprises. Eï'Lhiyr, ainsi s'appelait-il en ces temps. A peine pose-t-il les pieds devant la cage que le loup bondit sur lui, montrant les crocs, la gueule froncée dans un grognement inaudible. Il se heurte à la grille et mais reste devant, en position d'attaque.

Eï'Lhiyr s'approche des barreaux et y agrippe les mains, prenant garde à rester hors de portée du loup. Il prononce quelques mots, puis ferme la bouche et reprend la parole, comme s'il discutait. Son maintient neutre, calme, contraste avec la fureur de la bête enragée. Le rêve perd un instant de sa substance avant d'en reprendre. Soudain, le sindel recule d'un pas, mais je ne parviens pas à voir l'expression de son visage. Il prononce quelques mots et, tout à coup, le loup bondit de nouveau vers la cage, violemment cette fois. La vision perd de sa cohérence, mais j'ai l'impression qu'Eï'Lhiyr chancelle très légèrement avant de repartir d'un pas vif.


Le rêve s'arrête là. Cette fois-ci, si je me réveille en sursaut, je reste allongée, sans bouger, et me redresse plus calmement en fronçant les sourcils. Je ne comprends pas ce que j'ai vu. Je ne sais pas ce qu'était le loup, ce qu'il représentait. La scène ne fait aucun sens à mes yeux.

Tanaëth est assis en tailleur, dos à un feu balbutiant. Il se retourne en m'entendant me redresser. Voyant sur mon visage l'incompréhension, il me dit à mi-voix, comme s'il craignait de me brusquer :

- Elle avait vos yeux. La louve. C'était vous.

Je le regarde, interloquée, puis me tourne lentement vers Lhyrr qui m'observe fixement. Il hoche lentement la tête.

(C'était toi, Lyn, j'ai pas la moindre idée de comment, mais c'était toi, je le sens dans mes tripes.)

Je fronce de nouveau les sourcil, cherchant à démêler cette vision

- La seule signification que je vois à ceci, est que j'étais une shaman.

Tanaëth hoche lentement la tête.

- Ce sont les seuls à pourvoir se transformer en animaux, d'après le peu que j'en sais. Je ne sais pas de quoi le Sindel, Lhyrr, parlait, avez-vous vu son expression lorsqu'il a subitement reculé ? Il était surpris et en colère... je me demande pourquoi il a chancelé ensuite, c'est comme si vous l'aviez attaqué magiquement...

Non, je n'avais vu aucune de ses expressions, et je ne sais pas exactement ce que la surprise et la colère signifiaient. EÏ'Lhiyr parlait en effet, mais je n'ai pas vu d'interlocuteur autre que le loup - la louve -, pourtant ses interruptions laissaient penser qu'il communiquait avec quelqu'un.

- Tu as vu quelque chose, une autre présence ?

Tanaëth me répond qu'il n'y avait que nous deux, et qu'il est aussi certain qu'on peut l'être avec ce type de vision. Il se relève ensuite pour remettre du bois sur le feu et de prendre place sur un tronc qui lui sert de siège. Je replie pour ma part mes jambes contre moi et les entoure de mes bras. Malgré ce que dit Tanaëth, Eï'Lhiyr devait parler à quelqu'un. Peut-être la louve, mais alors pourquoi donnait-il l'impression d'attendre des réponses ?

Je me demande également ce que je faisais sous la forme d'une louve, pourquoi je n'étais pas sous une forme elfe. En tout cas, l'agressivité et la hargne dont je faisais preuve était indéniable.

(Tu étais calme, toi, pourtant, je n'ai pas eu l'impression que tu étais aussi suffisant et satisfait que dans l'autre vision.)

(De là à savoir ce que ça veut dire...)

J'esquisse un demi-sourire de dérision, secouée malgré moi par ce que je viens de voir et la violence qui subsistait.

- J'ai l'impression de me retrouver avec trois nouvelles questions pour chaque réponses que l'on a eu dans cette vision.

Tanaëth relève les yeux pour les plonger dans les miens, se contentant de murmurer :

- Vous avez appris que vous étiez shaman et que votre totem était une louve, ce n'est pas si mal. Les autres réponses viendront, comme je vous l'avais dit cette méthode nécessite du temps.

Je hoche la tête, mon sourire se muant lentement en un autre, plus doux.

- Tu as sans doute raison.

Lhyrr se redresse, comme à son habitude lorsqu'il a un trop plein d'émotions à gérer et ressent le besoin de réfléchir, et bondit sans un mot vers les cieux. Je l'observe partir, pensive et inquiète, plus il voit ces réminiscences, plus se ternit sa propre image, son propre passé. Ces visions sont, je le sais, pires pour lui que pour moi. Pourtant je ne peux me résoudre à faire cesser leur quête.

Soudain, je me rend compte de la forme des mots de Tanaëth, et non de leur contenu, avant de lui lancer un regard légèrement amusé en tentant de dédramatiser la situation.

- Te voilà soudain revenu au vouvoiement, je faisais si peur ?

Il ne me répond pas tout de suite, ramenant un pli inquiet sur mon visage. Je fais vraiment si peur ? La réponse, je me rend compte avec un pincement, semble être "oui".

- Je sais que ces visions t'ébranlent et te font mal. Je déteste t'infliger cela, c'est tout le contraire de ce que je souhaite t'offrir. Pendant ces moments tu es... différente, inaccessible, alors j'établis une distance, c'est une manière pour moi de me protéger et d'éviter d'avoir des gestes impulsifs maladroits.

Je reste un instant sans voix, gênée. Je ne me rends pas compte apparaître aussi inaccessible - ou différente, au point qu'il sente nécessaire d'installer une telle distance. J'ai simplement besoin d'un peu de temps pour assimiler toutes ces informations, souvent difficiles à encaisser. Mes bras se resserrent autour de mes jambes alors qu'un murmure quitte mes lèvres.

- Désolée.

De l'autre côté du feu, il hausse les épaules en soupirant :

- Ne sois pas désolée, tu n'y es strictement pour rien. J'ai vu trop d'êtres mourir pour pouvoir encore laisser libre cours à mon empathie, c'est tout.

Je m'apprête à répondre par une réplique légère, mais elle meurt sur mes lèvres et je referme la bouche. Le visage du sindel est soudain aussi dur que l'agate, aux antipodes des visages qu'il m'a laissé voir jusqu'à présent. J'ignore exactement ce qui a provoqué cette réaction aussi tranchée, mais je prends bonne note de sa volonté de marquer une distance. Je ne comprends pas ce soudain revirement, mais j'ai le sentiment que les paroles sont de trop, de même que ma présence. J'en ressens un soudain pincement, que je me force à ignorer. Je hoche la tête, sèchement.

- Merci pour cette vision. Dormez bien.

Ce disant, j'attrape l'épée d'Ölendra et m'éloigne du campement. N'y voyant goutte, je ne vais pas très loin, mais suffisamment pour mettre un peu de distance entre le feu et moi. Une fois à une distance suffisante, je me laisse glisser contre un arbre, secouée. Par la vision, mais aussi par sa réaction. J'ai le sentiment d'avoir dit ou fait quelque chose que je n'aurais pas dû, touché sans le vouloir une corde sensible provoquant son rejet. J'irais lui présenter mes excuses demain, me dis-je, lorsque les choses seront tassées.

Cependant, j'entends des bruits de pas venir de sa direction et me relève alors qu'il me rejoint dans l'obscurité de la nuit. Je ne parviens pas à voir ses traits, mais mon coeur se serre en entendant ses paroles murmurées.

- C'est moi qui suis désolé, Isil. Certains de mes souvenirs ne sont pas... agréables, ça n'a rien à voir avec toi. C'est juste que... je suis terrifié...

Je l'entends prendre une grande inspiration, comme pour se donner du courage, mais clos l'espace qui nous sépare en enroulant mes bras autour de son torse, posant ma joue contre sa poitrine. Un geste impulsif.

- Je suis désolée, Tanaëth.

Ses bras se referment sur moi et j'entends son coeur battre plus fort encore. Il dépose quelques baiser sur mes cheveux tout en soufflant :

- Ce n'est rien, douce amie, tu ne pouvais pas savoir.

Nous restons ainsi quelques temps enlacés avant qu'il me propose d'aller faire plus ample connaissance près de feu, la nuit étant encore jeune. Une légère caresse me donne une assez bonne idée de ce qu'il entend par là et j'acquiesce, non sans avoir au préalable attiré son visage à moi pour l'embrasser.

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 4 Oct 2017 19:17 
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Je vois peu Isil durant les jours qui suivent, elle est happée par ses obligations diplomatiques auprès de Callirhoé et je n'ai rien à faire dans leurs pattes. Alessan m'ayant aperçu m'entraîner un matin, il me demande s'il peut s'exercer un peu contre moi, ce que j'accepte bien volontiers. Il se débrouille plutôt bien et c'est un être que j'apprécie de plus en plus, si bien que je ne tarde pas à lui enseigner quelques petites astuces pour lui permettre de progresser. Ces instants occupent agréablement mon temps, que je passe autrement à explorer Cuilnen et à bavarder avec ses habitants au gré des rencontres.

Vient enfin le jour du départ et les adieux de circonstances, plus déchirants pour Isil que pour moi bien sûr. Je salue sobrement tout un chacun après qu'elle les ait serré avec force contre elle et remercie Callirhoé de m'avoir invité au bal ainsi que ses parents pour m'avoir accordé l'hospitalité, puis nous nous remettons en route. Ma compagne n'est guère bavarde durant les premiers jours, le coeur lourd de quitter les siens sans doute, un mutisme que je ne cherche pas à troubler car je sais que de futiles bavardages ne feraient que l'agacer.

Après quelques jours de voyage tranquille, nous nous installons un beau soir devant un feu largement plus conséquent que strictement nécessaire pour partager un repas bien mérité. J'observe Isil sans ostentation, sentant qu'elle a quelque chose en tête et que le moment ne tardera plus où elle l'exprimera. Je ne la presse pas de questions, toutefois, attendant sans impatience qu'elle me dévoile ce qu'elle souhaitera de ses pensées.

Pour la première fois depuis que je l'ai rencontrée, elle sort pensivement sa lyre et commence à en tirer quelques notes, sans chercher à tisser une mélodie particulière pourtant. Après quelques instants pendant lesquels elle ne semble pas se décider à en jouer vraiment, je me décide à prendre la parole d'une voix douce:

"Ainsi tu es aussi musicienne...je me le demandais, j'avais vu ta lyre mais c'est la première fois que tu la sors. Que joues-tu d'habitude?"

Elle arrête de jouer, regardant pensivement ma lyre en me répondant:

"De tout, de rien, je raconte parfois des légendes aux gens. Mais c'était avant... Je ne l'ai refait qu'une fois, depuis."

Je plisse légèrement les yeux à cette réponse, je n'ai pas besoin qu'elle exprime avec des mots ce que signifie cet "avant" pour comprendre qu'il s'agit de ce qu'elle a vécu du côté de Khonfas. Elle fait de son mieux pour ne pas y penser, pour ne pas revenir dessus, mais je sais que c'est une ombre puissante en son âme, une blessure qui ne guérira qu'avec beaucoup de temps. En parler ne servirait à rien, mais il y a une chose que je crois pouvoir faire pour l'aider sur ce chemin, si peu que ce soit. Je lui souris avec tendresse et me lève pour passer derrière elle et l'entourer avec douceur de mes bras pour déposer un baiser léger dans son cou et murmurer à son oreille:

"Alors joue pour moi, ici et maintenant, veux-tu? J'aimerais t'entendre."

Je me détache d'elle d'une caresse et vais reprendre la place que j'occupais près du feu en ajoutant avec un indéfinissable sourire flottant sur mes lèvres:

"Si tu le souhaites, je te montrerai cette nuit de quoi t'inspirer une nouvelle légende, peut-être te redonnera-t'elle envie de partager ta musique avec les gens, qui sait?"

Elle penche la tête sur le côté, songeuse, avant d'acquiescer et de commencer à jouer une douce mélodie, emplie de cette mélancolie qui l'habite depuis que nous avons quitté Cuilnen. Je laisse la musique m'envahir, les yeux rivés aux flammes, écoutant sans bruit jusqu'à ce que la dernière note se soit envolée dans les airs. Ce n'est qu'alors que je murmure:

"C'était très beau...triste et beau..."

Elle hausse les épaules avant de m'expliquer:

"J'ai appris à jouer à Hidirain. C'est là-bas, à l'auberge du Neligo, que j'ai appris mes premières légendes et que je suis devenue barde. Ce fut, pendant très longtemps, un prétexte pour me garder sur les routes."

Je hausse un sourcil surpris à cette révélation qui me dévoile soudainement tout un pan d'elle que j'ignorais totalement:

"Tu es barde?! Non que cela m'étonne vraiment dans le fond, mais... je ne m'en étais jamais douté. Je connais bien l'auberge du Neligo, j'y ai passé plusieurs nuits lorsque je suis arrivé à Hidirain, c'est là que j'ai entendu la légende de l'épée ardente que j'ai été récupérer dans les entrailles du Rock Armath."

Je la dévisage songeusement un instant avant de reprendre:

"Cette soirée au Néligo a changé ma vie...tout ce qui a suivi a découlé de cette légende que m'a racontée Ildaryn...c'est elle qui m'a amené à rencontrer Llyann puis à rejoindre l'ordre de l'Opale..."

Elle esquisse un sourire amusé:

"Vous avez retrouvé l'épée qui tua Galael ? La légende était donc vraie ? C'est moi qui l'ai contée pour la première fois à Ildaryn, elle l'avait laissé tout songeur, à tel point que je me suis demandé s'il n'allait pas partir à sa recherche séance tenante."

J'en reste sans voix durant quelques secondes, incrédule, avant de lâcher d'un ton abasourdi:

"C'est toi qui lui a conté cette légende?!"

Ébranlé, je lève les yeux vers l'astre nocturne en murmurant pour moi-même:

"Je crois que je comprends le sentier que tu m'as éclairé, maintenant..."

Lentement, je ramène les yeux dans ceux d'Isil et désigne mon arc d'une main légèrement tremblante après l'avoir dégagé pour qu'elle puisse bien le voir:

"Cet arc, c'est celui de Galael. Il m'a été offert par un Sylphe qui gardait sa dernière demeure. Quand j'ai entendu cette légende de l'épée ardente, j'ai pensé qui serait juste que ces deux reliques soient enfin réunies, c'était à mes yeux une manière d'honorer ce passé, de l'apaiser quelque part."

Je détache l'ardente de ma ceinture et la sort à moitié de son fourreau enchanté afin qu'Isil puisse voir de près cette lame légendaire qu'elle a évoquée dans sa légende, celle-là même qui a si totalement infléchi mon destin. Puis je reprends doucement, un sourire songeur sur le visage:

"Quant à cette perle qui orne votre front, elle faisait partie du trésor enterré avec Eswann, si elle m'a été offerte c'est parce que c'était aussi un Sylphe qui gardait son tombeau et qu'il savait ce qui s'était passé dans le sanctuaire de Galaël. Elle devait vous revenir, tout est juste..."

Les doigts de l'Elfe se portent à son diadème et à la perle qui s'y trouve sertie, puis elle finit par me répondre avec un sourire amusé:

"Je ne suis en rien liée à Eswann, si ce n'est pas de vagues légendes que j'ai entendues au cours de mes périples."

Je secoue lentement la tête en la regardant droit dans les yeux:

"Ce n'est pas de ça dont je parle. Vous avez raconté une légende qui a changé mon existence, nous nous sommes rencontrés par hasard et ces armes ont peut-être en partie changé la vôtre, d'existence. Des mois plus tard nous nous recroisons, toujours par hasard et, sans trop bien savoir trop pourquoi ni comment nous décidons de faire un bout de chemin ensemble. Après quoi je vous offre cette perle, remise par un Sylphe à cause d'un passé lié à cette même légende qui impliquait un autre Sylphe. Et je le fais de manière à ce que nul n'ignore que vous êtes sous la protection de ces mêmes armes que j'ai en partie retrouvées parce que vous avez conté un jour une légende dans une auberge, sans savoir qu'elle provenait de vous. C'est amusant, non, toutes ces...coïncidences?"

Elle secoue la tête, semblant soudain gênée:

"Des coïncidences amusantes, oui, mais rien de plus que des coïncidences."

Je laisse mon regard errer dans les profondeurs étoilées de la nuit et réponds à mi-voix:

"Parmi l'infinité de chemins que nous pouvons suivre, il en est un qui sonne plus juste avec la grande harmonie du tout, qui permet de nous révéler pleinement, certains l'appellent le fil d'or. Je pense que lorsqu'on s'en approche les coïncidences se multiplient, d'une manière qui rend les choses plus simples, plus positives."

Elle secoue la tête, le regard soudain plus dur:

"Cela se rapproche bien trop d'une quelconque notion de destin à laquelle je ne crois pas et n'ai pas la moindre envie de croire. Mes actions m'ont menées jusqu'ici, face à toi, mais elles ne sont que le fruit de mes décisions."

Je hausse un sourcil et ramène les yeux dans les siens:

"Ai-je dit le contraire? La plupart des êtres voient le destin comme une route figée, unique, un chemin dont on ne peut sortir. C'est absurde, notre vie est ce que nous en faisons, ni plus ni moins. Sais-tu quelle est la devise fondatrice des Danseurs d'Opale? C'est par ma seule volonté que mes lames se meuvent."

Elle me fixe quelques instants avant de me demander ce que je vois dans notre rencontre et dans les coïncidences que j'ai évoquées, ce à quoi je lui réponds en souriant avec douceur:

"Eh bien, comme je suis plus heureux depuis que je t'ai rencontrée que je ne l'ai été depuis des décennies, j'y vois la preuve que mes choix étaient bons et que je me suis rapproché de mon fil d'or."

Elle se contente de hausser les épaules et d'attiser le feu à l'aide d'un bâton, préférant ne pas répondre visiblement. Je pourrais lui parler de ce que j'ai appris sur le destin, avec Syndalywë d'abord puis lorsque j'ai reçu mon don de vision, mais à quoi bon puisqu'elle ne souhaite pas l'entendre? Je n'ai pas la moindre envie ou intention d'essayer de l'amener à partager ma vision des choses, elle a la sienne, différente et tout aussi juste, si bien que je change de sujet:

"En parlant de passé, je pensais que nous pourrions tenter de percer un peu plus avant les mystères du tien, si tu le désires."

Elle hésite un bref instant, me jetant un regard d'incertitude avant de lancer un coup d'oeil à Lhyrr. Et par Sithi je comprends son hésitation compte tenu de ce qui s'est révélé la première fois que nous avons plongé dans ce passé, j'en frémis encore. Tendue, elle me refait face pour répondre laconiquement:

"Oui, merci."

Elle s'installe pour s'endormir tandis que je prends place en tailleur, dos aux flammes et non loin d'elle. Un moment plus tard, je focalise ma volonté pour percer les brumes du temps, me concentrant intensément sur l'ancienne forme Ermansi d'Isil. cette fois mon but de découvrir un instant pouvant nous éclairer sur la nature de son ancien lien avec le Sindel qu'était alors Lhyrr, cela n'aura sans doute rien d'aisé mais qui ne tente rien n'a rien.

A nouveau, le monde présent devient gris, immatériel, de plus en plus indiscernable. Quelques instants passent durant lesquels j'use de ma volonté comme d'une flèche visant une cible minuscule, quelques secondes perdues dans l'éternité.

Peu à peu, une caverne se dessine sous mes yeux, imprécise, trop pour que je puisse définir si elle est naturelle ou si elle a été creusée pas des êtres. Il y a une cage, du genre de celles que l'on utilise pour contenir des fauves avec, à l'intérieur, une forme lupine qui semble faire les cent pas. D'un effort de volonté je tourne ma vision sur cette forme, découvrant un grand loup, une louve plus exactement, à la fourrure étrangement cuivrée. Une autre forme, humanoïde celle-ci, passe soudain devant la cage. Bien que je discerne pas précisément ses traits, je la reconnais à son allure, ce n'est autre que Lhyrr, ou Eï'Lhiyr de son ancien nom, le Sindel que j'ai déjà vu auprès de l'Ermansi enchaînée à un autel de ma précédente vision. A peine arrive-t'il devant la cage que la louve bondit sur lui en montrant les crocs, poussant sans doute un grondement que je ne puis entendre. Elle se heurte à la grille et je remarque alors un détail qui me stupéfie: ses yeux...ses yeux d'un profond bleu-nuit...ce sont les mêmes que ceux d'Isil, ce sont les siens, j'en suis certain!

Le Sindel s'approche des barreaux et s'y agrippe, prenant soin de ne pas se mettre à portée des dangereux crocs découverts. Je vois vaguement ses lèvres bouger par intermittence, comme s'il parlait avec quelqu'un, il me semble calme et neutre contrairement à la louve. Pour une raison qui m'échappe il recule soudain avec, sur le visage qui se précise brièvement, une expression de surprise mêlée de colère. Il semble à nouveau prononcer quelques mots qui font bondir le fauve, Isil, sur lui, sans pouvoir l'atteindre évidemment. Le Sindel chancelle légèrement, incompréhensiblement, aurait-il subi une attaque magique? Je ne peux le déterminer déjà il s'éloigne d'un pas vif, comme la scène qui s'estompe dans la foulée alors que les brumes du temps se referment à mes perceptions. Lentement, très lentement, je reviens au présent, l'esprit un peu confus, ébranlé par cette scène à laquelle je viens d'assister.


Je suis assis en tailleur près des dernière braises du feu que j'ai presque laissé s'éteindre, dos à elles, le regard tourné vers l'astre nocturne, lorsqu'Isil s'éveille en sursaut. Je perçois du coin de l'oeil qu'elle se redresse doucement et tourne à cet instant la tête vers elle, la dévisageant pensivement et remarquant qu'elle fronce les sourcils d'un air d'incompréhension. Je ne sais pas exactement ce qu'elle a perçu de ma vision, la transmission via un rêve étant souvent plus floue encore que l'originale. A mi-voix, je remarque de mon ton le plus neutre:

"Elle avait vos yeux. La louve. C'était vous."

Elle me jette un regard interloqué puis se tourne lentement vers son Loykarme qui l'observe fixement et hoche la tête, faisant froncer les sourcils à Isil:

"La seule signification que je vois à ceci, est que j'étais une shaman."

J'incline lentement le visage en admettant:

"Ce sont les seuls à pourvoir se transformer en animaux, d'après le peu que j'en sais. Je ne sais pas de quoi vous parliez, mais c'était houleux. Avez-vous vu l'expression du Sindel, de Lhyrr, lorsqu'il a subitement reculé? Il était surpris et en colère... je me demande pourquoi il a chancelé ensuite, c'est comme si vous l'aviez attaqué magiquement..."

"Tu as vu quelque chose, une autre présence ?"

"Non, il n'y avait que vous deux, j'en suis aussi certain qu'on peut l'être avec ce genre de vision."

Je me déplie souplement pour remettre du bois dans le feu afin de donner un peu de lumière, sachant qu'Isil n'est pas nyctalope, puis je reprends place sur le tronc couché qui m'a servi de siège en début de soirée, réfléchissant à ce que je viens de voir et cherchant à discerner des détails qui m'auraient échappé. Au bout d'un moment, Isil esquisse un demi-sourire de dérision et remarque:

"J'ai l'impression de me retrouver avec trois nouvelles questions pour chaque réponses que l'on a eu dans cette vision."

Je relève les yeux du feu pour les plonger dans les siens, réalisant à cet instant qu'elle est probablement passablement secouée par cette nouvelle image de son passé, emplie de la même violence que la première entre elle-même et Lhyrr, l'être le plus proche d'elle aujourd'hui. Je ne peux qu'imaginer à quel point cela doit être dur à vivre, déstabilisant et effrayant, mais dans l'immédiat je sais que l'approcher pour la réconforter serait une erreur, si bien que je me contente de murmurer:

"Vous avez appris que vous étiez Shaman et que votre totem était une louve, ce n'est pas si mal. Les autres réponses viendront, comme je vous l'avais dit cette méthode nécessite du temps."

Elle hoche la tête, son sourire se muant lentement en un autre, plus doux:

"Tu as sans doute raison."

Lhyrr se redresse et bondit vers les cieux, sans doute lui aussi troublé par cette vision. Isil l'observe s'en aller, une expression inquiète sur le visage, avant de me lancer soudain un regard amusé:

"Te voilà soudain revenu au vouvoiement, je faisais si peur ?"

Je secoue négativement la tête sans répondre immédiatement et détourne un instant les yeux vers les ombres de la forêt avant de revenir les river aux siens:

"Je sais que ces visions t'ébranlent et te font mal. Je déteste t'infliger cela, c'est tout le contraire de ce que je souhaite t'offrir. Pendant ces moments tu es...différente, inaccessible, alors j'établis une distance, c'est une manière pour moi de me protéger et d'éviter d'avoir des gestes impulsifs maladroits."

Ma réponse semble la laisser sans voix, elle se recroqueville d'un air gêné en entourant ses jambes de ses bras et finit par murmurer:

"Désolée."

Je hausse les épaules en soupirant doucement:

"Ne sois pas désolée, tu n'y es strictement pour rien. J'ai vu trop d'êtres mourir pour pouvoir encore laisser libre cours à mon empathie, c'est tout."

Je chasse la question d'un petit geste de la main, les yeux dans le vague en repensant à la seule fois de mon existence où je n'ai su brider mes sentiments et me suis attaché véritablement à une personne. Mon visage se pare d'une dureté minérale, cela n'arrivera plus, pas à ce point, plus jamais.

Elle semble sur le point de dire quelque chose mais se ravise subitement et hoche sèchement la tête pour répondre froidement en attrapant son épée:

"Merci pour cette vision. Dormez bien."

Elle s'éloigne ensuite du campement en tâtonnant dans la nuit, s'arrêtant peu après être sortie de la zone éclairée par le feu. Je la suis des yeux, la gorge serrée, me maudissant d'avoir laissé une fois de plus mes hantises du passé s'exprimer. Mon premier réflexe serait de me murer dans l'indifférence et de m'installer pour la nuit sans plus me poser de questions mais, je ne sais trop pourquoi, ce soir cette seule idée m'écoeure. Je dois néanmoins prendre durement sur moi pour me lever et la rejoindre dans les ténèbres en prenant soin de ne pas la surprendre. Une fois proche d'elle, je force mes lèvres à s’entrouvrir pour murmurer:

"C'est moi qui suis désolé, Isil. Certains de mes souvenirs ne sont pas...agréables, ça n'a rien à voir avec toi. C'est juste que... je suis terrifié..."

Je prends une ample inspiration avant d'esquisser le geste de la prendre dans mes bras pour la serrer contre moi, le ventre noué à l'idée qu'elle refuse. Mais elle franchit sans attendre la distance qui nous sépare et enroule impulsivement ses bras autour de mon torse en posant sa joue contre ma poitrine:

"Je suis désolée, Tanaëth."

Je l'enlace avec une tendresse farouche, sentant mon coeur bondir d'allégresse et de soulagement dans ma poitrine, puis incline le visage pour appuyer mes lèvres contre sa chevelure et y déposer de légers baisers avant de souffler:

"Ce n'est rien, douce amie, tu ne pouvais pas savoir."

Je la serre avec force contre moi, profitant simplement de sa présence entre mes bras en silence durant quelques instants, puis je murmure doucement:

"Viens, allons faire plus ample connaissance près du feu, la nuit est encore jeune..."

Une caresse sensuelle souligne la manière dont j'entends occuper le reste de la nuit et chasser les quelques ombres qui nous ont survolés. Elle attire mon visage pour m'embrasser avant d'acquiescer, un baiser qui me fait légèrement frémir alors que je sens un raz de marée de désir m'envahir. Je l'entraîne doucement vers le foyer, m'étonnant de cet effet incendiaire que sa présence fait naître en moi et qui ne semble pas devoir s'assouvir de sitôt. Ensorcelé, embarqué dans une ronde des fées, je n'ai pas la moindre chance, ni envie d'ailleurs, de m'en échapper.

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Ven 12 Oct 2018 23:48 
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Il y avait quelques jours déjà que Nimfea avait refermé derrière elle la porte de la demeure familiale. Elle se souvenait encore de sa main sur la poignée, les faibles lueurs du matin qui éclairaient les abords de Cuilnen. Prenant une grande respiration, l'elfe détourna son regard des blanches demeures, tout comme de celle de bois, et se tourna vers le chemin bien connu de la forêt. Elle avait fait ce chemin de nombreuses fois, mais la finalité de ce déplacement lui pesait un peu sur les épaules. Se rappeler les mauvais souvenirs l'aiderait peut-être à mieux se sentir dans sa décision, mais elle ne changerait pas d'avis de toute manière. Il n'y avait rien pour elle dans cette cité que pourtant bien des gens cherchent à trouver.

Par amusement, elle observa quelques-uns de ses endroits de chasse, s'arrêtant au passage dans ces lieux qui l'ont vu grandir. Une sorte de nostalgie s'installait. Cette forêt qui l'avait si bien connue lui manquerait, mais manquerait-elle à la forêt? Posant son front contre un arbre, elle ferma les yeux un instant, laissant les sons des lieux envahir ses oreilles, l'odeur du bois si proche de son nez l'enivrait. Plus rien ne serait comme avant, mais c'était nécessaire pour grandir.

Presque à contrecœur, elle se décolla de l'arbre, ouvrant doucement les yeux. Un vent léger vint contourner l'arbre et lui souffler doucement au visage. Elle le prit comme une invitation à poursuivre sa route. Elle sentait encore l'écorce de l'arbre sur ses doigts pendant qu'elle prenait la route.

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Sam 20 Oct 2018 15:34 
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L’air était calme. La forêt n'émettait que quelques sons, dont celui de l’oiseau marchant dans le feuillage. Il s’était reposé de son vol, à proximité du ruisseau, pour s’abreuver. Dans un silence complet, Nimfea gardait ses yeux et la pointe de sa flèche braquée sur sa proie. Voilà quelques moments qu'elle restait dans ce calme, prenant de longues respirations. Le bout des plumes de la flèche chatouillait sa joue alors que son bras droit maintenait en extension la corde de l'arc. Prenant une dernière inspiration, gardant toute la force possible, Nimfea libéra la corde maintenue par ses deux doigts et la flèche fila à toute vitesse vers l'oiseau. Le bruit de l'atteinte de la cible résonna entre les arbres et alors que l'elfe se leva de son buisson pour aller prendre sa proie, elle entendait les autres oiseaux s'envoler des arbres.

De son couteau, elle dépluma et vida les entrailles de l'animal. Après avoir nettoyé les plumes dans le ruisseau, elle les mit dans son sac, il y avait toujours une petite valeur de revente auprès des fabricants de flèches. Cela pouvait tout aussi bien servir pour les oreillers. Quant aux entrailles, elles seront le festin de quelques charognards des bois, rien n'était perdu. Elle ramena à son petit campement l'animal après avoir rempli sa gourde à la source, puis prépara sur le restant de feu l'oiseau en brochette. Elle n'avait ni épice ni fines herbes, mais la braise permettrait de rendre la viande si sèche qu'elle se conserverait plusieurs jours. Elle n'était pas encore très loin de Cuilnen, mais chaque jour, elle s'en éloignait pour se rapprocher de Kendra Kâr, son premier objectif dans sa nouvelle vie. Bien qu'elle n'aimait pas particulièrement les villes, sa mère lui avait suggéré qu'à partir de là, elle pourrait plus facilement s'orienter pour une nouvelle direction, de vie ou de ville.

Tournant la broche pensivement, Nimfea ne savait pas trop où elle irait par la suite. Resterait-elle dans cette grande ville ou prendrait-elle un autre chemin, ou encore, irait-elle sur l'un de ces navires qui peuvent quitter le continent et l'emmener vers un lieu encore inconnu? Tant de questions qui lui obstruaient l'esprit. Secouant la tête, elle soupira, espérant trouver rapidement un but, car errer sans cela est gage de déprime, et elle ne souhaitait pas se retrouver aux prises d'émotions instables qui ne lui permettraient plus d'apprécier la beauté de la nature.

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 24 Oct 2018 04:49 
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Les jours passaient et se ressemblaient. Bien que Nimfea avait l'habitude de passer plusieurs jours en forêt, elle sentait une différence dans le fait que sa résolution ne la mènerait pas à nouveau vers Cuilnen. Elle avait fini par avoir une sorte de routine dans sa marche dans les bois, les moments pour chasser, pour se nourrir ou pour se reposer. Connaissant bien la forêt autour de la ville, elle allait vers des coins moins connus. Il n'y avait ni passage, ni chemin à suivre, mais elle savait garder sa direction sans problème. Circuler dans cet endroit, en tant qu'elfe aidait grandement. Ses sens aux aguets, la jeune femme se promenait avec l'arc toujours prêt à toute éventualité. Elle avait bien rencontré quelques bêtes sauvages, mais ces rencontres avaient été brèves et le plus souvent, elle changeait de direction pour ne pas être attaquée et pour laisser le terrain libre à ces bêtes. Après tout, elle se promenait sur leur territoire.

Depuis quelques heures, elle entendait faiblement le cri d'un loup. Une sorte de son larmoyant qui lui fatiguait l'oreille. Elle avait d'abord tenté de ne pas s'en préoccuper, mais il y avait de quoi dans le cri qui l'agaçait. Quelque chose clochait et elle finit par se dire qu’il valait mieux en avoir le coeur net. Suivant donc les ondes sonores, se fiant surtout à ses oreilles pour tenter de repérer le son dans la densité des bois, Nimfea marcha longuement avant d'avoir enfin l'impression de se rapprocher. Pas de doute, c'était bien le son d'un loup, mais certainement pas un loup en bonne santé et cela ne l’inquiétaient que davantage. Lorsqu'un loup était blessé après un combat, il était normalement mis à mort par les autres membres de la tribu ou agonisait rapidement de ses blessures. Le temps qu'elle avait pris pour enfin suivre le son et retrouver le chemin vers la créature, elle aurait dû être morte.

C'est au détour d'un buisson qu'elle finit par mettre pratiquement le pied dessus. L'aboiement de la bête, mêler à ses plaintes, la fit reculer. C'était bien un loup, probablement à la fin d'adolescence, au pelage d'un gris terne qui se mêlait bien à la noirceur des bois denses. Il avait tout l'air agressif, malgré tout, et s'en approcher était une très mauvaise idée. Observant rapidement la situation à quelques pas de l'animal, après avoir reculé, Nimfea réalisa le problème. Une vague de colère monta en elle et la chaleur de celle-ci lui fit rougir le visage. La patte arrière de l'animal se retrouvait coincé dans un piège de métal, broyant peau muscle et peut-être mêmes os de la jambe. Ce genre de mécanisme n'était pas du tout utilisé pour une chasse normale et Nimfea pensa au braconnage. Qui oserait traverser les bois si purs et venir ainsi capturer des bêtes de façon si cruelle? Songeant que les personnes qui en avaient eu l’idée étaient probablement perdue et mort déjà à cette heure en errant sans directions dans ces bois, elle se dit qu'elle devait faire quelque chose pour la bête. Ainsi blessée, elle ne pourrait remarcher sans soin à long terme et il y avait très peu de chance qu'un clan le prenne à nouveau parmi eux. Les blessés étaient toujours abandonnés pour laisser la place aux plus forts. De plus, l'animal refusait de la laisser s'approcher. Il n'y avait qu'une chose à faire pour l'aider : abréger ses souffrances.

Autant Nimfea avait participé à de nombreuses chasses, autant que cette fois-ci c'était une autre paire de manches. Son couteau était trop court pour l'aider à égorger la bête rapidement, son arc restait sa seule option. Elle encochait et tira la corde en prenant une grande inspiration. Ses yeux étaient braqués sur l'animal et celui-ci sembla un instant se calmer, comme s'il comprenait ce qu'il se passait. Viser la tête risquait de faire manquer la cible, le crâne étant plutôt solide et elle ne voulait pas prendre plus de distance. La gorge était facile, mais promettait une agonie plus longue. Elle visa donc le ventre, ce qui permettrait une mort plus brève, bien que douloureuse. Cependant, avec les heures de torture qu'il avait subite, cela serait plutôt une paix pour l'animal. Elle prit un temps pour se calmer, sentant son coeur battre à tout rompre. Fermant les yeux, elle les rouvrit, valant mieux par respect pour le loup de garder les yeux ouverts. Lorsque sa flèche partit, elle vit au ralenti les plumes vibrées dans l'air avant de s'arrêter nettes au bout du bois fiché dans le ventre de la bête. Elle émit un long gémissement avant de fermer les yeux puis son corps s'affaissa. Redescendant ses bras qui maintenaient encore l'arc, une larme coula sur la joue de Nimfea. Elle l'essuya du revers de la main et s'approcha de l'animal, entreprenant de dégager la patte du piège métallique. Après s'être assuré que le piège ne fonctionnerait plus, elle prit le corps de la bête et le souleva de tête. C'était tout de même lourd, mais elle voulait le déplacer de l'endroit où il avait été piégé. Trouvant une section de terre recouverte de mousse, elle déposa la bête sur ce lit de fortune. Elle resta un bon moment à observer la bête, perdue dans ses pensées.

Sa route devait continuer, et la vie de la forêt aussi. Elle se releva, essuyant l'herbe et les feuilles collées sur ses jambes et après un dernier regard à l'animal, elle reprit sa route, le coeur encore plus lourd qu'au départ. Elle n'aurait pas cru cela possible, mais cette situation l'avait fait réaliser à quel point certaines choses sont plus difficiles que d'autres. La signification derrière chaque mouvement a une importante capitale et si jamais elle tombait sur ceux qui avaient osé faire cela, elle leur ferait comprendre sa façon de penser...

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Dim 4 Nov 2018 18:14 
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Intervention pour Nimfea

En poursuivant ta route dans la forêt, tu t'es rendu compte que des traces de passage récents sont visibles. Des empruntes de bottes, des branches cassées, des buissons taillés, nul doute que plusieurs personnes sont passés par ici il y a peu de temps.

Soudain une voix venant d'au-dessus de toi t'interpelle.

"Hé ! Pst ! Par ici ! J'ai besoin d'aide !"

En levant la tête tu peux apercevoir un jeune Taurion entièrement nu comme ils aiment l'être. Les cheveux courts, sombres, parsemés de feuilles et des yeux gris. Coincé dans un filet. Un piège moins dangereux que celui dans lequel est tombé le loup mais tout aussi handicapant. Seul, il ne pourra pas se sortir de là.

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 7 Nov 2018 03:32 
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Nimfea avait poursuivi sa route dans la forêt tout en faisant bien attention où elle mettait les pieds. Observant plutôt le sol, elle gardait ses oreilles ouvertes aux différents bruits qui pouvaient se trouver autour d'elle. La grande majorité des sons étaient normaux, dans une forêt, le simple vent peut provoquer une quantité phénoménale de sonorités particulière. Ajouter à cela la faune de l'endroit, il n'y avait jamais un silence total. Ses yeux ont perçu à plusieurs moments des traces de passages qui n'avaient rien à voir avec les pattes des animaux. Décidément, ceux qui avaient posé le piège qu'elle avait trouvé devaient être un groupe bien organisé. Fronçant les sourcils, elle continua son voyage.

Elle semblait toujours croiser ces traces de pas au point qu'elle se demandait si elle n'allait pas les croiser bientôt et encocha une flèche à son arc, prête à le brandir en cas de rencontre non désirable. À un moment, elle se pencha pour observer quelque chose qui semblait avoir fouillé le sol lorsqu'elle entendit une voix au-dessus d'elle. Se retourna prestement en pointant sa flèche, elle aperçut un jeune Taurion pris dans un filet. Baissant l'arc en soupirant, elle savait qu'elle n'aurait rien à craindre de lui, encore moins dans la posture qu'il était.

"Comment est-ce que tu t'es retrouvé là..."

Sa voix n'était pas bien forte, un peu enrouée de ne pas avoir parlé depuis plusieurs jours. Ses yeux observèrent le filet qui était accroché à un arbre. Suivant la corde qui le maintenait en l'air, elle savait qu'elle n'aurait pas le choix de le décrocher avant de le sortir du sac, elle n'y arriverait pas à bout de bras à couper les cordes du filet avec son couteau. Elle suivit alors la corde qui était bien dissimulée avec des lianes et des feuilles, mais elle retrouva celle-ci et parvient à la détacher de son enroulement après un autre arbre. Il y eut un petit lousse où le filet glissa rapidement, mais elle parvint à retenir de peu la corde, son visage devenant rouge sous l'effort. Elle parvint à faire déposer le filet au sol, presque en douceur, et retourna auprès de l'elfe.

"Ne bouge pas, je ne veux pas te couper."

Elle sortit son couteau et entreprit de couper une ouverture assez grande pour que le garçon sorte de là. Tenter de défaire le noeud serait trop long et comme il était impossible de savoir si les propriétaires du piège reviendraient de sitôt ou pas. Elle tendit la main pour aider le Taurion à se remettre sur pied.

"Tu es là depuis combien de temps?"

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 7 Nov 2018 20:35 
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Intervention sucrée pour Nimfea

Quand tu lui demande comment il s'est retrouvé dans le filet, il baisse la tête, honteux.

"Je n'ai pas fait attention."

Il garde ensuite le silence malgré l'impatience qui l'agite le temps que tu trouves comment le faire descendre. Il ne fait aucun commentaire quand il touche le sol et hoche simplement la tête quand tu lui demande de ne pas bouger. Il accepte ton aide pour se sortir de ce piège et après ce qui semble être une rapide inspection de son corps probablement pour s'assurer qu'il est entier il répond à ta question.

"Depuis quelques heures seulement. Je suivais les traces d'un groupe de braconnier. Ils ont capturés mon amie. Je dois les retrouver. Nous devrions nous éloigner un peu avant qu'ils reviennent. Le camp doit être par là. Ils sont facile à suivre. "

Aussitôt dit, il reprend sa traque, inspectant le sol mais avançant d'un pas prudent.


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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Ven 9 Nov 2018 00:33 
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Nimfea ne releva pas sa réponse sur comment il s'était retrouvé là. Elle sentit son impatience de se libérer, mais il sut rester calme pour qu'elle puisse le déprendre sans trop de mal. Alors que la jeune femme s'assurait du bien-être de l'elfe, il lui répondit qu'il n'était là que depuis peu. Il avait trouvé la trace des braconniers, sans nul doute ceux qui avaient installé ce piège et celui qui avait eu le loup. Lorsqu'il lui dit que les braconniers avaient capturé son amie, elle fronça les sourcils. Ces êtres devaient être perdus depuis longtemps et avoir résolu à trouver un elfe pour les sortir de la forêt avec leurs butins de créatures un coup leur méfait accompli.

Le jeune garçon semblait avoir déjà une bonne idée où les braconniers s'étaient installés. Le retenant par l'épaule un instant, Nimfea lui posa quelques dernières questions.

"Attend, nous ne sommes que deux et un seul arc. Sais-tu combien ils sont? Je peux en distraire deux ou trois le temps que tu sauves ton amie, mais si nous avons affaire à un groupe plus imposant, nous risquons un sort peu prometteur."

Ce serait sur place qu'il serait plus facile de savoir quoi faire, mais mieux valait être un minimum préparer. Ils étaient effectivement faciles à suivre, la forêt restait marquée par leur passage qui ne devait pas dater de très longtemps. Les rattraper serait facile, surtout pour deux elfes. Nimfea laissant au Taurion le pistage, préférant garder ses yeux vers l'horizon, tentant de voir parmi les arbres le mouvement d'une autre personne ou l'apparition d'un campement.

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Ven 9 Nov 2018 17:55 
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Intervention pour Nimfea

Il te répond tout en progressant.

"Je n'en ai vu que cinq mais ils sont peut être plus nombreux. "

Il lève son nez du sol un court instant pour t'offrir un sourire.

"Ne t'en fait pas, mon amie est très forte."

Vous progressez encore pendant de longues heures et c'est quand la journée arrive à sa fin et que la lumière du jour commence à se faire rare que vous entendez des rires gras provenant de devant vous. Le camp est droit devant, au milieu d'une clairière. Deux hommes sont entrain de faire un feu, un autre s'amuse à donner des coups de bâton contre des cages, contenant des animaux effrayés ou enragés, pris au piège. Vous ne voyez personnes d'autre pour l'instant entre les tentes, les caisses, les piles de fourrure et les cages.

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 Sujet du message: Re: La Forêt entourant Cuilnen
MessagePosté: Mer 14 Nov 2018 06:03 
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Alors que le jeune elfe vert continuait sa traque, il lui répondit avoir vu cinq brigands, mais qu'ils étaient peut-être plus nombreux. Nimfea serra un peu des lèvres. C'était risqué, mais avec ou sans son aide, il allait tenter de délivrer la jeune elfe et Nimfea préférait voir si elle pouvait l'aider plutôt que de l'envoyer directement dans un piège, surtout qu'elle venait de l'en sortir. Il semblait sûr que son amie les aiderait, étant très forte à ses dires, mais elle était prisonnière et ils se devaient de la libérer. Par la suite, dépendant son état physique, elle pourrait les aider.

Ils passèrent de longues heures à suivre la trace peu subtile des braconniers lorsqu'ils finirent par apercevoir le camp. Nimfea ralentit le pas et invita le Taurion à faire de même, profitant de la tombée du jour pour utiliser les arbres et feuillages à leur avantage. L'endroit où ils s'étaient établis était une clairière assez dégager, mais ils s'étaient bien installés. Assez proche à présent, Nimfea distingua deux hommes près d'un feu naissant et un autre proche des cages. Elle entendait les cris des animaux, effrayés ou enragés, pendant que l'homme riait d'amusement. Nimfea murmura à son compagnon du moment ses pensées.

"Ton amie est peut-être dans une tente ou de l'autre côté du campement. Ouvrir l'une des cages pourrait faire une bonne distraction, quitte à libérer les autres plus tard lorsque nous aurons le champ libre. Je peux aussi grimper à un arbre et tirer quelques flèches. Dans les deux cas, on va les faire réagir et faire sortir ceux qui sont cachés. Pendant qu'ils cherchent d'où tout cela vient, ça te laisse le temps de faire le tour rapidement pour retrouver ton amie. Tu en penses quoi?"

Sur le qui-vive, Nimfea regardait le campement et les alentours tout en parlant très bas, sachant que les oreilles de l'elfe la capteraient sans souci. Elle avait déjà une flèche encochée à son arc, prête à réagir en cas d'approche indésirable.

"Dis-moi aussi, quel sort la forêt veut leur réserver, doit-on les escorter à l'extrémité de la forêt?"

Nimfea savait les elfes verts partie intégrante des bois, beaucoup plus qu'elle ne l'était malgré les commentaires qu'elle recevait à Cuilnen.

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