L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Le Désert de Pierres
MessagePosté: Jeu 30 Oct 2008 18:03 
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Le Désert de Pierres


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Dans ce désert vous trouverez de nombreux points de repère si vous êtes très observateur car, selon la légende, les colonnes de pierres, même si elles se ressemblent, sont toutes différentes. Yuimen les aurait en effet sculptées de sa main en cherchant à faire la créature qu'il voulait. Cette créature était une sorte d'humain, à la peau sombre. Leur endurance aurait été proche de celle de la pierre, comme leur caractère.

Par contre, ne vous fiez pas aux chemins, ils changent en permanence et dépendent de l'orientation pour leur couleur.

Cependant il paraît que les nomades vivant ici, qui se réclament fils de Yuimen, auraient caché un trésor dans ce désert.

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 Sujet du message: Re: Le Désert de Pierres
MessagePosté: Mer 1 Juil 2009 17:05 
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Le vent aride souffle.... Des volutes de sables immenses.... Et seul l'épuisement pour te tenir compagnie... Cela fait des jours que tu fuis, des jours entiers que ton cheval est mort, des jours entiers que tes provisions s'amenuisent. Ton coup de tête te met en danger mortel, une mort lente et douloureuse. Tu as pu apercevoir sur le chemin le lointain pic foudroyant de sinistre réputation et tu t'engages désormais sur un sentier rugueux et tortueux. Il est de pierre volcanique et de grès rigide, le reflet du soleil donne à l'endroit l'aspect d'une terrible fournaise. Même toi, fille du désert, en souffre. Ta seule amie est désormais l'ombre de grands arcs rocheux. Au détour d'un pilier, tu t'effondre une première fois, la fatigue ? la peur ? Personne ne sait et quand tu te réveille, il fait nuit. Le seul répit est celui de la chaleur mais un nouveau tort t'accable, le froid mordant t'assaille.

Au loin, tu aperçois la lueur d'un feu et au prix d'un effort suprême, tu t'y dirige. Arrivée à proximité, tu vois une silhouette seule. Elle semble floue ou immatérielle mais ces cheveux gris et ses oreilles pointues te sautent aux yeux. Il paraît sans âge. Tu crois être invisible mais malgré la pénombre, l'être sait que tu es là même s'il ne le montre d'abord pas. Son équipement est celui d'un homme habitué au désert et à la solitude , seulement tu remarque un grand arc à double courbure et une lame fantastiquement longue.

Au gré d'une bourrasque, il te fixe soudain de ses yeux d'un bleu d'acier. Son intelligence y luit un instant puis il t'invite d'un geste à approcher. Il joint la parole au geste en te disant calmement:

Approchez sans crainte, je vous attendais... Partagez donc mon souper !

Avec un grand calme, l'être taciturne saisi une broche du feu où tu vois dégouliner un morceau croustillant de chair juteuse. Il y mord et fixe le ciel, impassible et indéracinable, méditant en attendant ta venue.


(((Hrp: Voilà, bon décollage Seleren, tu rp ta rencontre avec lui, tu le fais parler dans la mesure du possible , c'est un être taciturne attention ! Ensuite tu brode un peu à ta convenance, tu repars quand tu veux , vers la ville que tu veux ( Hidirain, Exech ou Khonfas ( renseigne toi sur les trois )) ! Je te reprendrais à ce moment-là ! Si tu repars en rp , il ne t'accompagnera pas ! )))

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Quatrinette pour les intimes, n'hésitez pas à poser des questions, je suis là pour y répondre ;)
Merci à Itsvara
Et surtout, bon jeu à tous !


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 Sujet du message: Re: Le Désert de Pierres
MessagePosté: Sam 16 Nov 2013 10:13 
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(((Post précédent: L'entrée du désert)))
(((Spoiler: Voici la créature dans le combat: Créature)))


"AAAAAAAAAAAAAHHHHHH! NE PARTEZ PAS NE PARTEZ PAS, AAAAAAAHHH!!! VEUX PAS MOURIR VEUX PAS MOURIR VEUX PAS CALME-TOI!!!"

Calmer, me calmer, réfléchir! AHHHH! NON! Arrête, si tu paniques, tu meurs, c’est clair! PENSE PENSE PENSE! ENFOIRÉS!!!

CALME! Pense. La chaîne... À quoi m’ont-ils enchaîné? La chaîne, dans mes mains, suivre la chaîne... Trouver le bout... NE PANIQUE PAS! Respirer, respirer, la chaîne qui glisse entre mes doigts... De la pierre.

Voila. Je suis enchaîné à une de ces étranges colonnes de pierre. Mes doigts sur le roc, sur le métal... Carré. Un bout carré métallique... Un cadenas. Ils ont cadenassé la chaîne autour du pilier! ENFOIRÉS!!! MERDE MERDE MER...

ARRÊTE! Pense, réfléchis. Il a brûlé les vers, un peu de temps, j’ai un peu de temps... Ils ne viendront pas tout de suite... Pense! Faites qu’ils ne viennent pas, pas maintenant, pas...

Tirer sur la colonne de pierre... "Humf!" Trop large, trop solide! La chaîne, trop dure, coincé, je suis coincé! C’est CON! Je veux vivre, je ne veux pas... NE ME SUCEZ PAS!

Crocheter le cadenas... oui!... non. J’y connais rien! Tirer, tirer, encore... Rien ne bouge.
Frapper. Briser. Ça va marcher, il faut que ça fonctionne, il le FAUT!

Ma dague dans ma main droite... Pommeau vers le bas. Frapper. Frapper comme si ma vie... Parce que ma vie en dépend.

"Tonk!"

Frapper.

"Tonk!"


Encore.

"Tonk!"

Ne pas arrêter.

"Tonk!"

Jamais... Je veux survivre!

"Tonk!"

"MAIS BRISE DONC FOUTU CADENAS!"

Horreur, panique... Un bruit. Du sable tassé, quelque chose qui rampe... NON! NONONONONONON!! PITIÉ!

Le cadenas, briser le cadenas, "Tonk! Tonk!", rien à faire il... NON!!

Présence. Danger. Me redresser... FOUTU CADENAS!

Sueur sur mon front qui me coule dans le cou. Froide, malgré la chaleur... Dague pointée devant moi. Attendre, écouter...

Le voila! Plus ou moins deux mètres, un seul... Le bruit du sable m’obnubile...

"Spruuuuu!"

Contact poisseux, écœurant. Le ver! Il se presse contre mes jambes. Déstabilisé, ne pas tomber, garder l’équilibre... RECULER! Ne pas être sucé, reculer... Bondir. Ma main gauche darde l’air derrière moi. Contact! La pierre! Me protéger, assurer mes arrières...
Écouter, il me suit, JE TE HAIS! Voila, adossé, je suis adossé à la colonne, il ne pourra pas...

"SHFLUIT!"

Douleur! Mollet... Une énorme ventouse sur mon mollet gauche! LA TAILLE DE MA MAIN OUVERTE! Il se love entre mes jambes, il m’arrive aux genoux! C’est trop gros, c’est trop dégueulasse!

Sensation de... d’affaiblissement. La pression est forte, trop forte... Chute...

Le derrière de ma tête heurte le sable, encore. Sensation étrange. Dans ma bouche... Ma langue semble lourde et pâteuse. Oui, sèche... Je me dessèche, il me vide!

Me relever un peu, le haut de mon dos accoté au pilier de pierre... Ne pas me laisser faire! Bien appuyé, dague en main... Frapper! Il va mourir, il va mourir, meurs!!!

Aucune résistance. Ma dague s’enfonce dans... dans une substance poisseuse. Jusqu’à la garde... Mes doigts éclaboussés... Et rien! Il suce toujours! AHHH!

Hystérique, je vais devenir hystérique... Frapper. Le darder de coup, sans fin, jusqu’à la fin! J’espère que ça peut mourir... Il faut que ça puisse mourir! Ma dague qui s’enfonce encore, et encore, et encore, et encore... Bruits écœurants incessants... Mes doigts couverts de liquide poisseux...

Rien! Il suce toujours, constant, implacable...

Impossible de le tuer, il est insensible... Insensible! Impossible de bouger, sur mes jambes, il est sur mes jambes maintenant... Les cloue au sol... Beaucoup trop lourd! Pitié pitié pitié...

Tâtonnements de ma main gauche sur le sol... Si la dague ne fait rien, peut-être que... La colonne de pierre... Chercher, gratter, aller... Voila, une roche! Particulièrement... froide. L’agripper, la lever et frapper, frapper en alternant, un coup de dague à droite, un coup de roche à gauche... Frapper, cogner, frapper, cogner! Pitié, meurs!

Rien... J’ai beau lacérer son dos, il continue inlassablement... Ça pue l’humidité et il vit toujours, suce toujours autant!

Faiblesse... Mes mouvements ralentissent... Ma gorge est sèche. J’ai la gorge en feu! Je... je me sens aspiré de l’intérieur!

La froidure m’envahit une fois de plus... Continuer à frapper... Continuer à penser... Froidure...

Oui! Faire comme pour le corbeau! Le froid, utiliser le froid... Le faire sortir et... PRENDRE! Prendre sa chaleur, donne moi ta chaleur, DONNE! MAINTENANT! Me remplir... Me remplir et survivre. Donne-moi ta vie!

Étrange. Flottement. Tête claire, je... je me sens distant. Je ne ressens plus la succion que de loin, comme à travers un brouillard. La douleur s’estompe... Le froid aussi... Ne reste que le vide. Je suis dans un néant.

Réfléchis, profites-en... Tu dois en profiter. Te ressaisir. Te voila seul, adossé à un pilier de roche, un ver géant te clouant les jambes au sol... Rien ne l’affecte, ni tes coups de dague répétés, ni ceux de la roche... Ni ton... froid. Il suce, je le sens malgré tout... Et je ne pourrai pas lui prendre sa vie éternellement, le froid reflue, bientôt ne restera que le vide...

Pense. Il doit, il faut qu’il y ait un moyen! Le feu... mais je n’en ai pas! Rien pour le brûler, rien pour l’écraser complètement comme l’ont fait les soldats de l’escorte plus tôt... RIEN!

Mes sensations reviennent tranquillement... La douleur retourne... et la faiblesse. Frapper encore? À quoi bon... De toute façon, il est trop mou pour sentir mes armes... Un ver d’eau...

Mou...

Langue pâteuse... La clarté... Me quitte... Réfléchis... Mes pensées qui collent dans ma tête...

Mou...

Le vide... Je ne sens plus vraiment mes jambes...

Mou...

Mou... ET SI!

LERCE! NE MEURS PAS ICI! Tente quelque chose, fais quelque chose! Tu ne dois SURTOUT PAS rejoindre Phaitos, tu le sais! Remue-toi! Le ver est MOU!

La roche et la dague, m’en débarrasser, les jeter dans mon sac. Mes deux mains s’agitent, cherchent frénétiquement... La chaîne! Il faut qu’elle soit assez longue... Ma main droite en agrippe une section, la gauche tirant le lest jusqu’à... voila, tension sur ma taille. Assez longue... Mal de tête, soif, j’ai si soif! Il faut que ça fonctionne, pitié!

Le ver, couché sur mes jambes... Ma main courre le long de son dos, poisseux, juteux, collant... Chercher, je cherche... le bout de... VOILA!!! La queue! Elle n’est pas loin, Moura soit louée! Il est entortillé sur lui-même!

Faire vite, pendant qu’il... qu’il me reste des forces... La chaîne. Tirer. La faire passer sous la queue du ver... voila... Triomphe!!

Tirer vers moi, des deux mains, faire glisser mes fers sous la masse de son corps. Par à-coup... Vers le centre... Sous le corps du ver...

Maintenant, maintenant ou jamais! Coller mon corps sur celui de la bête, l’étreindre... et, un morceau de la chaîne dans chaque main, tirer! Faire un collet et tirer dans deux directions opposées... Je le sens! Le lien métallique mord dans les chairs spongieuses, s’enfonce, tranquillement... TIRE, TIRE LERCE! Coupe-le en DEUX!

Mes muscles tendus à l’extrême... Et la chaîne qui, tranquillement, taille la masse poisseuse... Plus vite! Pendant qu’il me reste des forces...

"Splouish!"

Finalement!! Mes deux bras qui se croisent brusquement, au moment où le ver se... se rompt en deux! MEURS!! Lâcher la chaîne. Empoigner la partie arrière du ver, celle qui n’est pas arrimée à moi et... HEUR! Elle bouge encore, saloperie! Bander mes muscles, essayer et... la repousser. Sur le côté. Ailleurs que sur mes pauvres jambes... Ça marche!!

Le morceau restant... Il siphonne toujours! MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QUE CETTE CHOSE!

Ma main dans mon sac... Ma dague! Trancher, lui trancher la... bouche. Ventouse. Peu importe. Le décoller de moi!!

MERDE! La ventouse est la seule partie... solide de ce corps! Je n’en peux plus, il doit partir, il FAUT que je m’en débarrasse!

Si sa bouche ne veut pas céder... Tant pis. La dague directement sur ma chair... Trancher. Il le faut.

Explosion de douleur... Ne pas céder, ne pas perdre conscience! S’évanouir ici, c’est mourir...

Trancher... Va-et-vient... Ne pas vomir, ne pas...

"AAAAAAAHHHHHHH!!!"


Des étoiles de lumière explosent dans ma tête... RESTER, ACCROCHE-TOI! La dague... coupe... Libre!

Pas de temps à perdre, vite! Empoigner le morceau du ver restant... Que c’est lourd! Lever, lever et faire basculer, de toutes mes forces...

"Humpf! Splosh"

VICTOIRE!! Libre! Assoiffé, épuisé, mais... LIBRE!!

Et enchaîné.

Écouter, le ver, il ne doit pas revenir, il est...

Horreur. Moura, ait pitié de moi... Le sable, on déplace du sable... partout. Partout autour de moi. Des dizaines... Ils doivent être... des dizaines...

Agripper la chaîne... Je tire frénétiquement, mais... Rien à faire. C’est... C’est fini... Pas Phaitos, surtout pas Phaitos!

Les premiers approchent... Je les entends, là, tout proche... Beurk! Ils me touchent, rampent sur moi... Ma dague en main, frapper, encore, fra...

Ils continuent? Un ver frôle mes jambes, un autre monte et descend mon pied et... passe son chemin!

"Splirfff, Shlurp, Floppsh!"

Ils... Ils se dirigent tous sur le ver! Celui que j’ai coupé en deux!! HOURRAH!! Meurs ver véreux, meurs! Sois sucé comme tu m’as sucé!

VIVRE!!!

Calme-toi. Rien n’est terminé, survivre... Ils vont le... le boire... et après, ce sera toi! Il faut partir!!

Mes mains cherchent fébrilement le cadenas... Voila. La roche, la roche cette fois... et FRAPPE! FORT!

"Tonk, tonk, tonk! Shpuirsh!"

Encore, plus fort! Il faut vraiment, mais vraiment partir d’ici... Ne pas mourir maintenant! Le cadenas. Ma seule priorité. Frapper!

"Tonk! Tonk! CLANG!"

LIBERTÉ! Me dépêtrer de la chaîne, courir, m’élancer, tout droit devant. Loin des vers et de toute cette eau... Vers la VIE!!

La chaîne, toujours enroulée autour de ma taille, traîne dans le sable... Lourde. Tant pis. Courir!

Courir! Oui, mais... Par où?

(((Post suivant: Le désert de pierres)))

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Dernière édition par Lerceval Talrion le Sam 16 Nov 2013 15:44, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Désert de Pierres
MessagePosté: Sam 16 Nov 2013 14:29 
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(((Post précédent: Le désert de pierres)))

Tout droit. Inutile de réfléchir, d’hésiter... Tout droit. Un pied devant l’autre, c’est tout ce qui compte... Pourvu que j’arrive quelque part. Il FAUT que j’arrive quelque part!

Soif... J’ai si soif... Depuis le ver et... la marche incessante et... ils sont partis avec toute l’eau! Je les exècre, si jamais je... lorsque j’aurai survécu, ils... vont le payer... souffrir!

Un pas devant l’autre... Lourde, la chaîne est si lourde à traîner...

Le temps est si long... Inquiétude! Tendre l’oreille, pas de ver, pas de mouvement de sable, par pitié... Je n’en ai plus la force... Avancer.

Toujours.

Droit devant...

Enfin, j’espère.

Crier à l’aide? Les vers... Ça pourrait attirer les vers. Personne, il n’y PERSONNE dans ce... désert!

Continuer. Le sable sous mes sandales... Continuer.

Si soif...

Continuer... Survivre!

Si difficile...

Je...

N’en...

Peux...

Plus.

Chute. Noir.

*******

Réveil... Ne t’endors surtout... pas! Réveille-toi! Il faut... continuer! Relève-toi... Voilaaaaaaah! Chute. Encore... Faible, si faible... Soif, faible, mal... Euh...

Devant... Ramper, il le faut, il...

Vide.

*******

Ohhh... Chaud... Si... Chaud... Un... son? Du sable, pas ça... Pas le bruit du sable... Je... Les vers, finalement... Tant pis...

Proches, très proches... Très... Ça pue.

"Breulheheuer!"

Euh... Hein? Lever la tête, parler, comprendre... Ooohh...

*******

Humide... Mouillé... Dans ma bouche. Eau... Moura, c’est de l’eau...

Le monde bouge. Tremble. Vacille. Je...

"Voila. Dors maintenant."

*******

"Breuheuheuheur!"

Euh...! Ce... bruit...

Le monde qui bouge... encore. Sous moi, autour de moi.

"Ahhhh..."

"Shhhhhh. Repose-toi... Nous arriverons dans quelques heures. Dors."

"Je... Qui... Euh..."

Mal de tête. De cœur. Mal au mollet... Chaud. Dormir... Et le monde qui ne veut pas rester... stable...

*******

De l’eau. Encore. Ma tête tourne... Le monde aussi... Moura que c’est bon, de l’eau...

"Tient. Ça va un peu mieux?"

"Je... oui. Un peu... Vous...?"

"Je vous ai suivi, ton groupe et toi. De loin. Tu as eu énormément de chance, tu sais..."

"De chance!? Ils m’ont aband... Ils sont partis!"

"Oh, eux... Choix raisonnable. Entre la mort probable et la vie, ils ont fait le bon choix!"


"Oui, mais..."

"Je sais. Ils ont manqué d’honneur. N’empêche, tu as été... brave. Un ver aqueux, tout seul, sans feu, sans yeux! C’est pour ça que je t’ai pris."

Silence. S’il m’avait vu depuis le début... Pourquoi attendre?

"Oui, bon... J’ai bien failli... euh..."

"Je sais. Avec tous ces vers – ils sont innombrables, cette année –, je n’ai pas pu approcher tant que tu n’as pas été suffisamment éloigné... Tu t’es sauvé toi-même, bravo!"

"Ah, euh... Bien, merci... J’espère juste ne jamais avoir à me sauver de la sorte!"

"Ces créatures sont une vraie calamité... Le nombre d’enfants que nous perdons chaque année à cause d’elles..."

Silence. Penser à ces vers... Beuh... Plus jamais! Sensation étrange... Le monde qui bascule sans cesse... Qui bouge... Je suis pourtant couché!

"Euh... Où... Pourquoi le monde bouge?"

Éclat de rire.

"Oh, ça! Jamais vu un dromadaire avant, hein! Ne t’inquiète pas et ne bouge pas, je t’ai allongé sur la selle de ma monture... Aucun danger!"

J’espère qu’il dise vrai... Ça pue vraiment, ce... dromachin.

"Et... euh... Où allons nous et... euh... Vous êtes...?"

"Oh! C’est bon de voir que tu peux parler et te tenir un peu, finalement! Tu as eu l’honneur d’être sauvé par Aïrfen Kel Aïrfen. Je retourne au campement de mon père. D’ailleurs, nous approchons. Tu pourras te reposer et panser tes plaies un peu... Ensuite, nous verrons Et nous te débarrasserons de cette vilaine chaîne! Aller! Au fait, et toi? Ton nom?"

"Lerceval. Lerceval Tal... Talrion."

Ce nom... Celui de mon... mon second père. Celui qui m’a chassé... Non. C’était une bonne personne. Je SUIS toujours un Talrion!

"Enchanté Lerceval. En avant!"


"Breuheleurh!"

(((Post suivant: La Boutique Magique du Vieux Aïrfen)))

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 Sujet du message: Re: Le Désert de Pierres
MessagePosté: Sam 9 Mai 2015 22:25 
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Chapitre I - Échec et Mat

1 - La chute d'un clan



- Cheykha ! Princesse, éveillez-vous !

J’ouvre mes yeux encore ensablés de sommeil. Un bref coup d’œil par l’ouverture de la tente m’annonce qu’il fait encore nuit, aussi lancé-je un regard surpris à ma servante replète. Elle me secoue le bras, comme pour accélérer mon éveil.

- Bahia, qu’y a-t-il ?

- Ma Dame, levez-vous, vite ! Le camp est attaqué, les gens crient, ils crient ! Ils crient « Al Cheikh mat » ! Vous êtes en danger !

Je reste un bref instant incertaine devant la déclaration de Bahia. Puis la signification de ses mots me heurte de plein fouet. Al Cheikh mat. Le seigneur est mort. Mon père.

En digne fille, je ravale mes larmes et sors de mes couvertures. A présent que je sais, j’entends des cris lointains et un rougeoiement pénétrer par l’embrasure du rabat de tente. Mon cœur se serre.

- Que se passe-t-il Bahia ? lui demandé-je en m’habillant prestement. Qui nous attaque ?

- Je l’ignore, Dame. Il y a du feu, des gens crient ! C’est la fin !

Ma pauvre servante paraît prête à s’évanouir sous la panique. Elle s’agite dans tous les sens, ne sachant pas quoi faire.

- Prend des vivres, sur la table à côté de toi et mets-les dans un paquetage, lui dis-je pour l’occuper.

Elle commence à s’affairer avec des gestes frénétiques tandis que je termine d’enfiler une robe couleur sable et un chèche. Je regarde rapidement autour de moi, à la recherche d’une arme, mais je ne perçois que mon sabre d’apparat, une arme plus que douteuse en combat, mais je n’ai d’autre choix que de la prendre. J'enfourne une grosse poignée de mes bijoux dans un sac, ils pourront toujours me servir à la revente. Je vois du coin de l’œil Bahia cesser de s’agiter. Ses mains tremblent.

- Dame Charis. Votre frère… Je crois qu’ils l’ont tué également.

Brutalement, je suis assaillie par une brusque douleur, comme si j’avais reçu un coup de poing dans la poitrine. Les jointures de mes doigts blanchissent alors que je serre le sabre dans ma main. Mon frère…

Alors que les larmes affleurent mes cils, des cris se font entendre à l’extérieur de la tente, ils s’approchent.

- Bahia ! Viens, nous devons fuir !

Elle acquiesce, les yeux écarquillés de peur, et se dirige vers l’entrée de la tente.

- Non ! Pas par là, suis-moi !

Quelques prestes pas m’approchent du pan opposé à l’entrée et je dégaine le sabre. Il paraît lourd, sans équilibre malgré sa grâce apparente. D’un geste brusque, j’essaie de l’enfoncer dans le cuir épais qui recouvre la tente, mais je dois m’y reprendre à plusieurs fois avant de parvenir à le percer. Mettant toutes mes forces et mon poids, le cuir finit par s’ouvrir. Ecartant les pans, tel l’enfançon à naître, je sors ma tête à l’extérieur et avise de l’absence de risque. Je vois des gens courir et crier dans le sable du désert, un vague rougeoiement dans l’obscurité. Un homme aux yeux fous poursuit deux femmes de mon clan. Au coin d’une tente, je vois un autre homme s’avancer et enfoncer son épée profondément dans le flanc du pilleur. Ses yeux sont aussi fous que furent ceux de l’homme qu’il vient d’achever. Il s’éloigne de nous et je me faufile à l’extérieur, mon sac en main, mon sabre à la hanche et fait signe à ma servante de prendre ma suite.

Je connais ce dédale de tentes comme si mon âme y réside et je perçois la souffrance, la peur qui émane de ce campement. Ce sont les membres de mon clan qui se font tuer, leurs âmes qui rejoignent Phaïtos. Nous nous dirigeons vers une tente non loin de la mienne, celle d’ Abd al-Walid Kel Ahman, mon fiancé. Si mon père et mon frère ne sont plus, tel que me l’a révélé Bahia, alors il devient à son tour chef du clan des Asheara, jusqu’à ce que quelqu’un soit nommé. Abd al-Walid, chef durant l’interrègne des Asheara… Membre d’un clan étranger, c’était pourtant la première fois qu’il venait sur nos terres et le voilà déjà à leur tête. Pour ma part, je ne suis que le prix pour l’union de deux clans, une union qui se précipite.

Nous arrivons à la tente et je me cache à l’arrière, tendant l’oreille. Aucun bruit ne vient de l’intérieur, seul le brouhaha et la folie me parviennent de l’extérieur. Je n’ose nous faire passer par l’avant, de peur qu’elle ne soit gardée, aussi je plante une nouvelle fois mon sabre dans le cuir et nous perce une nouvelle entrée.

J’écarte légèrement les pans, risque un coup d’œil, mais la tente est plongée dans le noir et rien ne semble bouger. Rassemblant tout le courage hérité des Asheara, j’agrandis l’ouverture et me glisse à l’intérieur. Il fait entièrement noir, je ne distingue rien. A tâtons, je m’avance légèrement, butte sur quelque chose de mou et recule, effrayée. Je prends quelques brèves inspiration afin de calmer les battements de mon cœur qui martèlent mes tempes. Je tâtonne de nouveau jusqu’à trouver deux bougies que j’allume.



C’est donc ainsi que Charis Kel Asheara posa pour la première fois les yeux sur son fiancé, Abd al-Walid Kel Ahman.

Je secoue la tête, chassant cette pensée et me penche sur le corps de l’homme, allongé sur le sol, la jugulaire tranchée. Ses yeux contemplent le ciel peint sur le toit de sa tente, comme si dans chacun de ces pigments étoilés connaissait le secret de sa mort. Il semble être entre deux âges, les tempes grisonnantes, dans sa main baguée repose une épée immaculée. Il est vêtu d’habits simples, d’intérieur, tandis qu’à côté de lui trônent des vêtements d’apparat, ceux qu’il s’apprêtait à porter le lendemain pour notre mariage. Une alliance qui n’aura jamais lieu. Je me demande brièvement quel homme c’était, l’époux que je n’ai jamais connu, quel mari aurait-il fait.

Je regarde autour de moi et avise d’autres cadavres qui imbibent les lourds tapis de leur sang. Mon cœur manque un battement. Je m’approche un peu de l’un des macchabées, un homme à qui l’on a coupé la tête. Une longue traînée de sang part de son tronc. Pourtant je n’ai pas besoin de voir ses traits durs, sa barbe pointue et son regard sombre pour reconnaître en lui Averroès ben Sîna, feu Cheikh du Kel Asheara, mon père. Il devait être ici pour régler les derniers détails de notre mariage lorsque le camp fût attaqué.

Assaillie par un brusque haut-le cœur, je me retourne pour rendre gorge dans un coin de la tente. Mais je suis la fille de mon père et le temps des larmes n’est pas encore venu, même face au corps sans vie de l’homme qui m’a élevée, que j’ai crains autant que j’ai aimé. C’est avec peine que je retiens un sanglot déshonorant alors que je me détourne pour sortir de la tente, laissant derrière moi les lambeaux déchirés, les cadavres décapités d’un futur résolu.

Derrière-moi, les flammes s’élèvent et je sens leur chaleur effleurer ma peau. Des gens courent autour de nous, j’ignore pour la plupart s’ils sont amis ou ennemis, mais je sens la panique monter en moi. Le corps de mon père, son gisant ensanglanté hantent mon esprit et je ne sais plus quoi faire. Toute cette folie autour de moi… C’est le regard d’effroi de Bahia qui me rend un semblant de conscience. Pour nous deux au moins, je dois être forte, tel est mon devoir.

- Nous devons fuir, lui dis-je, quitter le campement, c’est notre seul espoir de vivre.

Elle acquiesce, les yeux fous et je la mène vers le corral, non loin. Par deux fois, nous manquons de nous faire repérer par des soldats, mais nous parvenons à nous cacher derrière un repli de tente. Je ne reconnais pas leur tenue et je ne parviens pas à savoir qui a ordonné ce massacre. Je sais juste que des gens – mon peuple – hurlent et meurent de toute part, sans que je ne puisse rien faire… Je ne suis pas une guerrière, et ma propre impuissance s’impose à moi dans toute son horreur. Si même les hommes du clan n’ont pas pu nous sauver de ce massacre, si même mon père repose sans tête, que puis-je faire ? Fuir, et espérer vivre, c’est la seule chose en mon pouvoir.

Le corral se profile enfin devant moi. Les chevaux sont affolés et se cabrent, assistant impuissants à l’approche de ce feu qui les menace. De quelques coups sur les barrières, je parviens à ouvrir la porte de l’enclos, mais à ce moment j’entends un cri derrière moi. Je me retourne pour voir Bahia aux prises avec deux soldats.

- Cheykha, fuyez ! me crie ma servante, sa voix rendue rauque par l’hystérie.

- C’est la fille du Cheikh ! repend alors l’un des soldats, tirant son sabre. Je la veux vivante, attrapez-là !

Les soldats font quelques pas, leurs sabres étincelant sous la lune, mais Bahia se rue sur eux avec toute la hargne d’un courage insoupçonné.

- Fuyez, Charis, ma Dame !

Je n’attends pas d’en voir plus et me précipite vers le corral. Les montures sont rendues folles par le feu, mais je bondis sur l’une d’entre elles, celle qui semble la moins à même de m’éjecter. Je suis à cru car aucun des chevaux du corral n’est sellé. Je m’agrippe autant que possible à sa crinière et le dirige vers la porte que je viens d’ouvrir. D’un coup de talon, il se cabre, manquant de me faire chuter avant de s’élancer tel le vent vers la liberté.

J’aperçois une lame s’enfoncer dans le ventre de Bahia, les autres soldats courir à ma suite et tenter de se saisir des chevaux au galop. Aucun n’y parvient tant leur folie est grande et un soldat se fait heurter puis piétiner. Je suis alors obligée de me reconcentrer sur la course, car le cheval file, s’ébroue. J’ai beau maintenir mes jambes raides pour faire contrepoids et m’agripper de toutes mes forces à sa crinière, je crains la chute.

Au bout d’une dizaine de minutes de cette course effrénée, je parviens à reprendre le contrôle de l’animal et le dirige loin de ce massacre. Les autres se sont dispersés dans le désert, ils seront sans doute recherchés.

Arrivée en haut d’une dune, je fais halte et fais face aux flammes qui avalent le campement. Nous sommes ici dans le cœur des terres du clan du Kel Asheara et je contemple les cendres de ce qui fut ma vie, emportée par un harmattan fougueux, rieur, indifférent à tout ce qui m’entoure, indifférent à la chute de mon monde.



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 Sujet du message: Re: Le Désert de Pierres
MessagePosté: Dim 10 Mai 2015 12:34 
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La chute d'un clan

2 - Vers le septentrion


Depuis mon perchoir, je vois l’intégralité du campement se faire avaler par le front de flammes qui s’avance, inexorable, accueillant l’aube naissante en l’embrasant de sa danse ignée. Comme la beauté revêt à ses heures des apparences terribles… Bahia, ma pauvre Bahia, a fait preuve d’un bon sens étonnant en m’enjoignant de fuir, car j’ignore combien d’entre nous ont pu survivre dans ce brasier. Je vois les guerriers ennemis se rassembler à l’extérieur de campement, l’entourer pour passer par le fil de l’épée quiconque tente de fuir. Il semblerait que j’ai fui assez tôt, échappant sans m’en rendre compte aux mailles du filet qui se referme sur mon clan.

Qui sont ces guerriers ? Cette question s’impose à mon esprit depuis que je les ai aperçus, mais j’ai choisi de la laisser de côté jusqu’à présent. Je ne suis malheureusement pas assez versée dans la politique, de laquelle mon père m’a tenu éloignée, pour émettre autre chose que des suppositions. En temps normal, j’aurais considéré nos rivaux du Kel Ahman avec la plus grosse présomption de culpabilité, mais à présent que le corps de mon fiancé, prince du Kel Ahman, s’envole en fumée, égorgé par nos assaillants… Peut-être est-ce un autre clan, mais lequel ? Les Asheara ont toujours été connus pour leur pacifisme et nous n’avons que peu d’ennemis directs. Ô combien je regrette que mon père m’ait ainsi tenu éloignée des intrigues politiques. J’ignore vers qui me tourner, qui sont nos amis et nos alliés, qui peut nous avoir ainsi trahi – car je ne doute pas un instant qu’il s’agit là d’une vile trahison, nos guerriers n’auraient pas été aussi passifs face à un ennemi reconnu.

Je n’ai d’autre choix que de prendre vers le sud, vers les esclavagistes de Khonfas, vers les montagnes inhospitalières et dangereuses des elfes d’Hidirain dans lesquels les miens se perdent si facilement ou vers les contrées du nord, les contrées humaines dont je n’ai entendu que des rumeurs et des contes au coin du feu. Mon choix est rapide, j’irai au nord, jusqu’à ce que je sois en mesure de comprendre ce qui s’est passé et qui a ordonné le massacre et la chute de mon clan. Et là…

Après un ultime regard au brasier, je fais voleter ma monture vers le septentrion et un futur incertain.

***
**


Le soleil s’est levé depuis quelques heures à présent et je sens sa chaleur m’assommer. Les mirages s’éveillent et brouillent ma vision de mille ondulations enchanteresses. Mais j’ai grandi ici et ce désert est mon berceau, je ne sais que trop bien vers quels oasis trompeurs ces illusions me mènent.

J’ai enturbanné mon visage et ma tête de mon chèche bleu en le laissant retomber sur ma nuque, me protégeant ainsi des rayons du soleil et des envolées chafouines du sable du désert. Mes yeux quant à eux son entourés d’une bande de khôl noir pour ne pas les éblouir à l’excès. J’ai appris très tôt que des yeux bleus dans ces contrées stériles nécessitent une attention particulière. Dans mon havresac se trouve de quoi survivre quelques jours dans le désert, si tout se passe bien.

Le cheval avance vaillamment, un pur-sang habitué lui aussi à la chaleur. Je le monte à cru et mes cuisses m’irritent, mais je n’ai d’autres choix que de rester sur son dos, il reste l’une de mes meilleures chances de survies.

Ainsi nous avançons de concert, lentement sous la chaleur écrasante. Tout autour de nous s’étend le désert et ses mirages, ses colonnes de pierre que l’ont dit façonnées par Toumlanayh en personne qui balisent des chemins trompeurs, changeant au gré de leurs envies. Je le sais que trop bien et ne me fie pas à leurs invitations perfides, ne décidant de ma route qu’en suivant l’évolution du disque solaire. Habituellement nous évitons les heures les plus chaudes, mais j’ignore si l’on est à ma poursuite et je n’ose m’arrêter plus que quelques instants pour laisser ma monture se reposer.

Le soir venu, nous atteignons une oasis, peu usitée, mais connue des miens. Elle se trouve à la limite septentrionale de nos terres, dans une dépression. Elle est petite, prenant pour centre une mare entourée de roseaux de la taille de deux tentes accolées qui grandit à la saison des pluies. Tout autour s’élèvent quelques arbres et buissons profitant de cette source bienvenue, clairsemés d’herbes rases. Quelques chèvres curieuses viennent nous accueillir, braquant leur regard aux pupilles horizontales sur nous, bêlant à n’en plus pouvoir.

N’y prêtant pas attention, je m’agenouille avec joie sur les rives d’une petite mare et m’en asperge le visage et les bras, sans en boire cependant car je sais qu’elle est croupie. Non loin, masqué sous le feuillage d’un buisson se trouve un puits duquel je hisse un seau débordant d’une eau agréablement fraîche. Après m’en avoir de nouveau aspergé le visage, avec plus de distinction cette fois, et avoir bu de tout mon soul, je remplis mes gourdes et laisse le cheval s’abreuver. Je hisse un nouveau seau d’eau pour faire cette fois une toilette approximative, enlevant la sueur qui s’est accumulée durant la journée.

Après avoir de nouveau caché le puits, je m’éloigne avec le cheval. L’oasis est connue et je crains toujours d’éventuels poursuivants. Je nous mène à une distance suffisante pour ne pas craindre d’être suivie tout en restant assez près pour y revenir au petit matin avant de recommencer ma chevauchée.

Arrivée dans un petit creux entouré de plusieurs colonnes de pierres, j’installe mon paquetage et enjoins le cheval à s’allonger pour venir me blottir contre sa chaleur. Tous nos pur-sang ont été dressés à obéir à ce genre d’ordres, indispensables à la survie dans une nuit froide désertique sans tente et sans feu.

Ce n’est qu’alors, laissant mes membres se détendre qu’enfin je m’autorise à songer aux horreurs de la nuit dernière. Une sensation de vide profond m’envahit, une douleur sans nom qui irradie dans ma poitrine. Je revois les corps ensanglantés, les cris, les pleurs, le feu… Le gisant décapité de mon père, le visage de mon fiancé… La fumée, de la fumée partout et le dernier cri de Bahia. Je me recroqueville en position fœtale et enfin les larmes affleurent mes yeux. L’eau salée si précieuse, si sacrée s’écoule à flots, s’écrasant sur le sol, tout de suite avalée par le sol assoiffé. Je revois chacun des visages des membres de mon peuple et les grave dans mon esprit, toutes ces personnes qui partagèrent mon quotidien, riaient, vivaient hier encore à mes côtés, ignorants du sort qui allait s’abattre sur eux et de cette horrible trahison. Chaque goutte, chaque soubresaut frénétique est pour leur mémoire. Combien d’entre eux ont pu survivre de ce massacre ?

Et finalement, finalement les visages de mon frère et de mon père s’imposent à mon esprit avant qu’il ne sombre dans les limbes d’un oubli si dérisoire.


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 Sujet du message: Re: Le Désert de Pierres
MessagePosté: Sam 16 Mai 2015 16:30 
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Vers le septentrion

3 - Le charme de l'oasis


Je m’éveille d’une nuit agitée à ressasser encore et encore les évènements, les yeux gonflés et bouffis. Pour mon peuple, les larmes sont l’ultime cadeau que l’on peut offrir aux morts et doivent être dispensées avec soin ; elles recèlent une partie de l’eau qui nous fait vivre dans ce désert si vaste et si aride. Elles symbolisent la perte, par le décès, d’une partie de notre essence vitale. Les larmes sont autant l’objet du deuil que de la commémoration et ne deviennent honteuses que lorsqu’elles ne sont pas offertes dans la plus grande intimité. Quelle dérision ! L’intimité dans laquelle j’aurais dû pleurer mon père est dans la chaleur de mon camp, entourée des miens et non esseulée dans le désert.

Je me relève laborieusement, les membres ankylosés par le froid de la nuit malgré la présence du cheval à mes côtés, l’aube commence à peine à se lever, cependant un petit bruit alerte mon attention. Il provient de la direction de l’oasis. Sur mes gardes, je remonte légèrement la pente de la dépression dans laquelle j’ai passé la nuit. Le son se précise, sous la forme du bruit extrêmement désagréable d’une personne se délestant d’un repas aux velléités d’indépendance. Avec la plus grande précaution, je passe la tête par-dessus un monticule de rocaille et vois, un peu plus bas, un homme plié en deux, rendant tripes et boyaux. Une fois son labeur achevé, il se drape de sa fierté tout en maugréant pour lui-même.

- « Pars vers le nord Fawwaz », singe-t-il, « prends Islem avec toi, voyez si vous trouvez quelque chose ». Pff, comme si on allait trouver qui que ce soit par ici à part des chèvres. Même elles sont anorexiques. « Mais oui Jawhar, bien sûr Jawhar, à tes ordres Jawhar ». Ridicule. Puis cette eau, bordel ! J’ai jamais été aussi malade ! « Vas-y Fawwaz, buvons-en, comme ça on aura plus dans nos gourdes » qu’y disait !

Il commence à faire demi-tour et je me relève rapidement, prenant sa suite le plus discrètement possible afin d’écouter la suite de ses mots, prise d’un doute affreux.

- « La princesse s’est enfuie, on doit la récupérer vivante ». Tu parles, elle va plutôt courir vers ses alliés, c’est par là que j’devrais aller, pas au nord. Pis y’a quoi au nord t’façon à part des étrangers et de l’eau croupie ? C’est pas une princesse idiote qui s…

Un craquement suivit d’un hennissement interrogateur arrêtent ses élucubrations. Je pousse un gémissement intérieur. Le cheval, j’ai oublié le cheval et leur curiosité intarissable. En me voyant partir, il m’a suivie et à présent l’homme se retourne, alerté, la main sur son épée.

- Quoi ?! dit-il en m’apercevant. Mais qui es-t… La princesse !

Le dénommé Fawwaz dégaine une sorte d’épée longue et fine, une rapière relativement simple avec un petit sourire carnassier. Mes vêtements finement brodés et la description qu’il a sans doute eu de moi m’ont trahit.

- Je crois qu’en fait, j’l’ai trouvé la princesse. Tu vas m’suivre tranquillement ma p’tite, c’est tout dans ton intérêt parce que de toute façon on te veut vivante.

On ne m’a jamais parlé sur ce ton, je reste une seconde interdite, puis les exactions commises la veille s’imposent à mon esprit. Prise d’un soudain élan de rage, je dégaine à mon tour mon pauvre sabre d’apparat et me jette sur lui. Il se contente de m’esquiver d’un pas chassé sur le côté, un sourire narquois accroché aux lèvres.

- Elle mord en plus la petite, me raille-t-il avant d’ajouter d’un ton redevenu sérieux. Maintenant lâche ton jouet et suis moi, il ne t’arrivera rien de mal.

Je sais que je ne peux pas lui faire confiance, mais une partie de moi reconnaît que je ne fais pas le poids contre lui. Je sais comment tenir une arme parce que j’ai regardé les hommes faire, je me suis entraînée sur un pilier de ma tente lorsque personne ne me regardait avec la seule arme que l’on ait laissé entre mes mains, mon sabre d’apparat. Mais jamais je n’ai combattu, alors que cet homme… Il possède des protections en cuir aux avants bras, un plastron ajustable et une cape alors que je n’ai que ma robe, fine qui plus est pour survivre à la chaleur du désert. Je caresse un instant l’idée de lui obéir et de lâcher mon arme, mais je repousse rageusement cette pensée. Je mourrai comme les miens, mais je ne m’abaisserai pas à me mettre à genoux devant eux.

Je place le sabre entre nous, la pointe accusatrice de ma lame levée vers lui. Il pousse un petit reniflement de mépris et se fend dans ma direction. Je l’esquive en faisant un grand bon sur le côté qui me déstabilise et je fais quelques pas de plus pour retrouver mon équilibre. Il me regarde avec un air clairement narquois. Je ne remarque qu’alors sa peau luisante de sueur alors que le soleil n’est pas encore levé. Si j’en crois les paroles que j’ai surprises, il a bu de l’eau de la mare et le regrette à présent. J’espère seulement que ça l’aura suffisamment affaibli pour que j’ai une chance infime de faire quelque chose.

Durant la minute qui suit, il se fend de plusieurs attaques dans ma direction, fermement campé sur ses jambes, avançant et reculant avec assurance tandis que je suis recourbée sur mon arme, incertaine, tenant le manche à deux mains. Celles-ci commencent à devenir moites. Lorsque je tente quelques attaques, il se contente de dévier mon arme d’un petit glissement sec de sa rapière, prenant plaisir à jouer avec moi.

- Lâche ton cure-dent, princesse, tu ne fais pas le poids.

Malgré ses paroles assurées, je sens une légère tension dans ses mots, en raison du mal qui habite son estomac. Si l’on ne m’a rien apprit du maniement de l’épée, au moins suis-je clairvoyante des expressions des hommes des Dunes pour les avoir tant observés. J’entends une agitation venant de mon dos et du coin de l’œil j’avise de ma monture qui piaffe, déplaçant son poids d’une jambe à l’autre. J’oublie trop facilement sa présence, prise que je suis dans ce combat inéquitable. C’est un cheval habitué au sang que les combats n’effarouchent pas mais excitent. De crainte qu’il ne me fonce dessus, je lance quelques attaques vers mon ennemi qui sont plus destinées à modifier notre placement qu’à le toucher. Au bout de quelques esquives, il se retrouve dos au cheval et moi face à lui. Mon adversaire, peut-être lassé de ce jeu de fennec et de gerbille fais siffler sa rapière à quelques centimètres de mon oreilles. Je m’écarte brusquement, mais pas assez lestement et la pointe de son arme fend le tissu de ma robe au niveau du biceps, mordant la chair. L’estafilade ne semble pas profonde, mais elle est douloureuse pour moi qui ne suis jamais blessée.

Fawwaz, occupé à me narguer et à retenir manifestement un haut-le-cœur, ne semble pas avoir remarqué le danger que lui fait courir l’étalon. Pour ma part je respire un peu mieux malgré ma blessure nouvelle, je n’avais aucune confiance en ce cheval qui n’est pas le mien et j’entrevois enfin une chance crédible de survie.

Reste à occuper cet homme aussi longtemps que possible, en espérant une issue heureuse à cet affrontement. Je me lance dans une série de petites attaques dont l’approximation de l’exécution n’est pas feinte. Il les pare bien sûr sans mal et réplique de quelques coups portés à ma tête ou ma poitrine que j’évite à l’aide de ma lame ou en bougeant. Des traces de coups apparaissent sur mon sabre d’apparat forgé d’un métal plus mou et de piètre qualité, puisqu’il n’est pas façonné pour combattre.

Le cheval semble enfin se lasser de donner des coups de sabots dans le vide et décide de ruer sur le premier humain sur son trajet, Fawwaz. Ce dernier l’entend venir et bondit sur le côté pour l’éviter, mais se prend tout de même un coup de museau dans le dos qui le déstabilise. Il se retourne vivement et enfonce d’un geste brusque sa lame dans le cou du cheval. Ce dernier titube avec un faible hennissement. Fawwaz se retrouve mis à mal, car son arme est restée coincée dans la gorge du cheval et il se retrouve confronté à un choix : tenter d’enlever la rapière au risque de voir le cheval s’effondrer sur lui ou continuer à me combattre désarmé. Le choix ne prend qu'un fraction de seconde et il décide de saisir le manche de son arme et de la dégager du corps. Il tire d’un coup sec, faisant choir le cheval sur lui mais il recule d’un bond… pour s’empaler sur mon pauvre sabre d’apparat. Voyant le cheval ruer et l’attention de mon assaillant détournée, me suis prestement déplacée pour me retrouver derrière lui et ait levé mon sabre, fermement campée sur mes pieds. Au dernier moment cependant j’ai hésité et l’arme, au lieu de le transpercer sur le torse, s’est relevée et s’est fichée dans sa nuque.

Je recule, horrifiée de voir tant de sang jaillir. Je suis incapable de bouger tandis que Fawwaz se retourne vers moi dans un gargouillis abjecte, les yeux déjà vitreux. Du rouge s’échappe de sa bouche et retombe sur le sable avant qu’il ne s’effondre la tête la première dans la rocaille. Le bruit mat de la chute, le craquement de son nez, puis le silence.

Durant quelques instants je demeure tétanisée, le regard balayant les deux cadavres, celui de cheval et celui de l’homme. C’est la première fois que je tue. Je l’ai fait pour ma liberté, pour sauver ma vie et venger mon peuple, mais… Je dégage ma vue de ces macchabées et titube de quelques pas pour me retrouver pliée en deux, rendant gorge du contenu de mon estomac.

Du coin de l’œil, je constate que le soleil s’est à peine levé au-dessus de l’horizon. Ainsi le combat n’a pas duré aussi longtemps que je l’imaginais. Rassemblant mon courage, je retourne auprès du cadavre pour le délester de ce que je trouverai d’utile pour la poursuite de mon voyage. Exécutant ma besogne, je tâche de ne pas poser mes yeux sur son visage exsangue.

Tout à coup, comme si la retombée de l’excitation du combat me rendait mes facultés mentales, les paroles de Fawwaz me reviennent. N’avait-il pas mentionné la présence d’un autre homme ? Isem, Islem… Prenant peur, je connais un instant de panique avant de parvenir à reprendre le contrôle de moi-même, à grand renfort de longues et profondes respirations. Je ne peux le laisser en arrière. Je n’ai plus de cheval et je ne peux pas risquer de le laisser derrière moi, d’autant plus qu’il tombera immanquablement sur son compagnon tombé au combat. Il ne reste qu’une solution.

Je respire de nouveau profondément et reprends le chemin de la mare. Il ne me faut pas plus de quelques instants pour m’y retrouver et j’approche doucement, recherchant l’autre homme. Mes yeux aussi bien que mes oreilles ne tardent pas à le localiser. Il est accroupit derrière un buisson, occupé à de basses besognes visiblement douloureuses. Il semblerait qu’il ait lui aussi abusé de l’eau de la mare croupie et le paie à sa façon. Je décide alors de faire l’action la plus lâche de ma vie, la plus honteuse pour ma survie. J’avance de quelques pas discrets dans sa direction pour profiter de son inconfort. Il entend le bruit de mes pas et se retourne pour me voir arriver. Avec une exclamation de surprise, il se relève, mais son pantalon au niveau des chevilles l’empêche de bouger et de saisir une quelconque arme. Il tente de faire quelques pas en arrière, mais j’accélère et me retrouve sur lui. Prenant de l’élan, puisqu’il n’a rien pour se défendre, j’enfonce mon arme dans sa poitrine. Quel profond dégoût je ressens en sentant la chair céder et les os crisser sous la lame… Ce dégoût, aussi bien pour l’homme que pour moi-même… Le meilleur des hommes n’est rien la culotte abaissée jusqu’aux chevilles.

Ainsi meure-t-il, une expression de surprise accrochée sur le visage, les fesses maculées de ses selles, la virilité tâchée de brun. Quelle façon indigne de mourir, et j’en suis la cause.

(Ce sont les hommes qui ont massacré les tiens !) me martelé-je pour garder la raison.



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 Sujet du message: Re: Le Désert de Pierres
MessagePosté: Sam 16 Mai 2015 17:57 
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Le charme de l'oasis

4 - La foire aux bestiaux


Je récupère des vivres dans leurs paquetages, remplis les gourdes dans le puit caché. Lors d’un bref élan de conscience perçant dans mon esprit choqué, je décide de fouiller les deux hommes à la recherche d’une trace de leur affiliation, mais je ne trouve rien, pas le moindre indice. Finalement, je rassemble mes affaires, puis je laisse les trois cadavres derrière moi et reprends ma route, à pied, l’orbe igné du soleil levant à ma droite.

Je marche toute la journée et celle du lendemain à pas lents dans le désert de pierre, écrasée par la chaleur. Mes lèvres se crevassent et je peine. J’ai bandé et soigné ma blessure tant bien que mal et elle reste cachée du soleil sous ma robe, nettoyée le matin comme le soir aussi je ne crains pas de la voir s’infecter pour le moment, malgré la sueur. Je ne cesse de marcher qu’aux heures les plus chaudes de la journée où je m’adosse à un pilier de pierre et attends, durant des heures qu’enfin je ne me sente plus étouffer. Ce sont les heures les plus pénibles de mon périple, car alors je suis prise d’une somnolence enjôleuse qui laisse mon esprit libre des contraintes que je lui applique, et il vaque alors vers toutes les atrocités qui j’ai vécues ces deux derniers jours, les tournant et les retournant en boucle dans mon esprit. J’ai rendu justice moi-même, tuant deux hommes dont l’un de sang-froid et allant ainsi à l’encontre de tous les principes sur lesquels je me suis bâtie, j’ai vu mon clan disparaître dans les flammes, … Pourquoi ? Qui nous a fait ça ?

Finalement, au matin du second jour, des fumées s’élèvent en spirale au nord-est de ma position, se mêlant à un nuage de sable et de poussière indiquant la présence d’un autre camp du désert que j’espérais bien trouver. Une fois par an a lieu, durant un mois, une foire aux bestiaux dans cette partie du désert, à laquelle participent les représentants de presque tous les clans du désert de l’Ouest d’Imiftil et même quelques dignes marchands étrangers. J’incline ma marche pour me mener à la foire et je ne l’atteins que deux longues heures plus tard.

Il s’agit là d’une véritable petite ville temporaire comme nous savons si bien les monter. C’est un amas de tentes éparses, colorées, plantées selon des rues et venelles changeantes au gré d’une volonté propre, peuplées d’hommes, de femmes et d’enfants de tous âges et de toutes situations. Ici deux hommes marchandent le prix de chameaux ou de chevaux parqués dans les grands corrals en périphérie de la foire avant de partager le sel, là une femme assise sur des tapis devant sa tente bat le beurre dans une peau de chèvre accrochée à une corde tandis qu’un enfant en bas âge regarde, les yeux écarquillés, cette foule hétéroclite passer devant lui.

Je m’arrête à l’étal d’un marchand de pâtisseries pour lui demander la direction d’un guérisseur qu’il m’indique avec diligence. Je le remercie et déleste ma bourse de quelques pièces pour acquérir un délicieux petit gâteau orangé, gorgé d’un miel revigorant après le voyage que je viens d’effectuer.

En me rendant auprès de l’homme médecine, je ne peux que m’extasier devant tant de diversité parmi les gens de mon peuple. Chaque clan possède ses particularités vestimentaires, ses habitudes et toutes se retrouvent ici savamment assemblées. C’est chez les femmes que ces différences sont les plus remarquables, car si certaines ne se déplacent qu’emmitouflées dans des robes épaisses cachant le plus beau de leurs formes d’autres au contraire s’activent au son d’une musique entêtante, vêtues seulement de voiles diaphanes. Mes pas me font passer devant un groupe de trois femmes magnifiques assises en tailleur, les mains peintes de tatouages marron aux formes gracieuses, portant des robes de soie colorée de turquoise et d’ocre, qui toisent les passants d’un air indifférent. J'ignore à quel clan appartiennent la plupart d’entre elles, mais je les observe avec attention, m’imprégnant du bref aperçu qu’elles offrent de leur culture.

La tente du guérisseur est de taille modeste mais d’un vert chatoyant et semble être de bonne facture, ce qui augure un homme de talent, modeste mais reconnu dans ses arts. Il ne semble pas avoir de clients, aussi je me permets de passer la tête dans l’embrasure du rabat pour lui demander s’il serait disposé à me soigner. C’est une voix calme qui me répond, celle d’un homme entre deux âges qui ne tarde pas à apparaitre. Il est tout de noir vêtu, aux cheveux de jais et aux yeux d’onyx contrastant avec l’intérieur de sa demeure où les couleurs chaleureuses s’amoncellent, ornant les tapis et tentures, les meubles de bois peints et vernis, les peaux gravées, le tout formant un ensemble agréable à l’oeil. D’un signe, il m’invite à m’asseoir sur une chaise. Lui-même se saisit d’un objet que je reconnais comme étant une selle de chameau reconvertie en tabouret et il s’installe à mes côtés.

- Montrez-moi votre bras, me dit-il sobrement.

Je le regarde avec surprise, je n’ai pas précisé que c’était là que j’avais mal, mais je devine qu’il a déchiffré la source des maux dans mes mouvements. J’acquiesce et déboutonne ma robe pour libérer mon bras. Il n’est pas dans mes habitudes de me montrer ainsi dévêtue devant un mâle, mais les hommes médecine ne sont pas comme les autres. En effet, sans jeter le moindre coup d’œil à mes attributs féminins, il saisit mon bras et ausculte mon biceps rendu douloureux.

- Vous avez pris soin de cette plaie, cela se voit, dit-il d’un air appréciateur. Mais vous avez bien fait de venir si vous souhaitez vous épargner une cicatrice. Ismahen ! Apporte le thé.

J’entends une personne s’afférer derrière les tentures et j’y devine l’espace à vivre de cette tente, tandis que celle dans laquelle je me trouve est destinée aux consultations. Peu de temps après, une femme à la beauté resplendissante, ressemblant tant à l’homme médecine que je la soupçonne d’être sa fille et vêtue de plus de bijoux que de tissus, nous apporte deux tasses remplies d’un liquide chaud et fumant.

- Seraient-elles remplies de quelque plantes médicinales, al-Hakim ? lui demandé-je, employant la formule honorifiques donnée aux guérisseurs et autres sages.

- Non, réplique-t-il sèchement, seulement du thé, de la menthe et du sucre, comme tout bon hôte se doit d’accueillir ses invités.

J’ai le bon goût de rougir à ses paroles, reconnaissant mon erreur. De mon bras valide, je me saisis de verre décoré d’arabesques dorées et en aspire la vapeur, sachant pertinemment qu’il est impoli de souffler sur le liquide pour le refroidir. Alors que l’homme médecine se munit de linges humides trempés dans un bol d’eau chaude pour nettoyer la plaie, j’avale quelques gorgées de thé. Les plantes médicinales en sont peut-être absentes, toujours est-il que sa chaleur et sa saveur me font l’effet d’un baume.

- Vous avez des mains douces dépourvues de cals et pourtant vous déplacez-vous munie d’armes et arborant une blessure de guerrier.

- La nécessité est parfois une bien triste compagne, une amante qui nous change bien plus qu’on ne l’aurait imaginé.

Il acquiesce sans mot dire, approuvant mes paroles. Je sais qu’il ne dira rien, ainsi que les hommes de sa profession se doivent de se comporter.

La remarque anodine du guérisseur me convainc pourtant du danger que je coure à rester ici. Tôt ou tard les rumeurs de la chute des Ashearas se répandront dans tout le désert et je ne sais à quel saint me vouer, ignorant lequel des alliés à mon clan nous a trahi. Fuir le désert, ainsi que je me le suis promis, et n’y revenir que lorsque j’aurai la force d’affronter les auteurs de ce massacre. Les larmes me montent aux yeux, mais mon honneur les retient. Si l’homme médecine remarque les touches brillantes dans mes yeux, il n’en dit rien.

Ses soins achevés, il me tend un baume, m’indiquant de l’appliquer deux fois par jours, après avoir nettoyé la plaie pour la panser ensuite. Après avoir glissé quelques pièces dans sa main, je me rends compte qu’il ne me reste que peu d’argent. Fort heureusement, Bahia a eu la présence d’esprit de glisser quelques bijoux dans mon sac que je peux ainsi revendre.

En ouvrant le rabat de la tente, je me retrouve de nouveau confrontée à l’agitation, au brouhaha et à la chaleur écrasante du soleil qui règnent dans la foire. Je caresse l’idée de m’acheter une monture, mais jamais je n’aurais assez d’argent pour le faire et je dois prendre garde à mes réserves. Je demeurerais la nuit sur le campement, puis je reprendrais de nouveau la route vers la ville étrangère la plus proche au nord. Exech s’appelle-t-elle, de ce nom aux consonances si exotiques pour mes oreilles.

Je flâne quelques instants parmi les étals, profitant de la vue qu’ils m’offrent. Certains vendent de vastes tapis, d’autres des poteries colorées ou encore des coussins. Ici se trouvent de lourds rouleaux de soieries miroitant au soleil, caressées de mains avides. Là un étal propose de la nourriture fumante servie dans de grandes assiettes, composées de légumes divers et de viandes recouvert d’épices jaunes et de raisins secs, quelques personnes y sont attablées et devisent nonchalamment, cachées du zénith par la toile drapée sur le dais. Je m’approche d’un marchand d’habits que j’estime assez proches de ceux de mon clan et lui achète une robe écrue surmontée d’une capuche pour remplacer celle qui a été déchirée lors de l’attaque. Elle est de moins bonne facture que la mienne, mais elle me permettra de mieux me fondre dans la masse.

Lorsque s’achève le tour de la foire, la journée est déjà bien entammée et je décide de profiter de ces quelques dernières heures pour me reposer et reprendre ma route de lendemain. Ce n’est pas un délai de quelques heures qui mettra ma vie plus en péril qu’elle ne l’est déjà.

Avant de me rendre à l’auberge, j’embrasse une dernière fois du regard la foule qui m’entoure, la chaleur qui se dégage de la foire. Longtemps, je ne suis restée que dans un cocon, rêvant de pouvoir un jour vaquer ainsi dans un campement étranger, différent du mien où personne ne me reconnaitrait. A présent que j’y suis, je n’aspire qu’à retourner à ma vie d’autrefois, à cette vie où les miens étaient encore, où j’étais Charis Kel Asheara, fille du Cheikh, promise à un homme de deux fois son âge qu’elle n’avait jamais rencontré.



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