L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Les bateaux de pêche de la République d'Ynorie
MessagePosté: Ven 13 Jan 2017 19:45 
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Les bateaux de pêche de la République d'Ynorie


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[...]Quand on parle de l'activité économique de la République d'Ynorie on pense surtout à ses importantes cultures céréalières et à l'intense activité de commerce maritime qui en découle, mais l'on oublie souvent de mentionner la pêche maritime. Pourtant avec ses nombreux kilomètres de côtes ouvrant sur l'océan de l'Aeronland les ressources maritimes à disposition de la République sont immenses. Le fait est qu'à ce jour l'activité de la pêche reste assez marginale chez les Ynoriens et seuls quelques clans parmi les plus modestes la pratiquent de manière professionnelle. Et si les impressionnants chantiers navals du port d'Oranan produisent principalement des navires de guerre pour les besoins de la marine d'Ynorie ou des navires de transport commerciaux il leur arrive parfois de faire sortir quelques embarcations de pêche. Globalement on ne distingue que trois types principaux d'embarcations et chacune a été conçue pour une tâche spécifique. Comme toutes les créations des charpentiers Ynoriens leurs lignes sont sobres mais élégantes et si elle peuvent apparaître pour de frêles esquifs force est de constater qu'elles tiennent bien la mer.[…]

extrait du rapport de Jadic Garmaxtho
pour le compte des services de renseignement de Kendra Kâr



Les Maru

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Les Maru sont les plus petites des embarcations de pêche que l'on trouve en Ynorie. Ce sont de simples barques à fond plat propulsées par de longues rames de bois. Les Maru ne sont pas fait pour la pleine mer et servent principalement à la pêche littorale et la pose de casiers. Leurs lignes sont caractéristiques du style Ynorien tout en longues courbes simples. Très répandues dans les villages côtiers, elles sont au final assez peu utilisées par les clans de pêcheurs professionnels.


Les Hosho

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Les Hosho sont les embarcations les plus répandues parmi les pêcheurs Ynoriens, ce sont de long navires étroits à mât unique sur lequel est monté une simple voile au tiers. Les Hosho ont beau être des navires à faible tirant d'eau, l'expertise des charpentiers Ynoriens les a rendu capable de naviguer en haute mer. Ils ne sont cependant pas adaptés à de longs séjours en mer dû à l’absence de cambuse qui limite l'emport en eau douce et vivres.


Les Hiryu

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Les Hiryu sont le fleuron de la flottille de pêche Ynorienne, ce sont de larges navires équipés de trois mâts sur lesquels sont montés deux grandes voiles à corne et une petite voile houari à l'avant. Au centre un château de bois contient les zones de vie de l'équipage et la cambuse, les zones de stockage du poissons sont situées dans les cales. Ce type d'embarcation est parfaitement adapté à la pleine mer et sert essentiellement à la dangereuse pêche aux requins flèches qui sont un met raffiné et apprécié en Ynorie. Les Hiryu restent toutefois relativement rares de part leur coût qui peut paraître exorbitant pour la plupart des clans de pêcheurs professionnels. Posséder un Hiryu est d'ailleurs un grand honneur et serait vu par la majorité des Ynoriens comme un symbole de réussite sociale.

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Une question ? Par ici.
Pour une demande de commentaire, de dirigé,
par là.
Pour une demande d'intervention ou de sévices,
de ce côté.


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 Sujet du message: Re: Les bateaux de pêche de la République d'Ynorie
MessagePosté: Ven 13 Jan 2017 20:14 
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Texte n°2 : Entre ciel ...


Précédemment : Le vieil elfe et la mer

Le Hosho de pêche s'éloignait lentement des côtes d'Oranan et s'enfonçait dans la nuit noire vers le nord-ouest où se trouvaient des eaux plus propices à remplir les filets des deux Ynoriens. À l'avant le père de Tsuru s'affairait à préparer les premiers filets qu'ils jetteraient à la mer à l'endroit opportun. Avec ses années d'expérience Kawara avait développé une sorte de sixième sens qui lui permettait, en observant la forme des vagues, de déterminer les zones riches en plancton qui finissent irrémédiablement par attirer les plus larges bancs de poissons. Quant à Tsuru, il se tenait à l'arrière maintenant le gouvernail tout en laissant son regard pensif errer sur les reliefs de la ville que laissaient distinguer les feux allumés dans les nombreuses tours de gardes. Oranan était le seul endroit au monde que Tsuru n'ait jamais connu et même si il aimait prendre la mer il ne pouvait, à chaque fois, s'empêcher de regarder sa ville s'éloigner jusqu'à ne plus voir qu'un vague point scintillant à l'horizon. Cette nuit cependant ce qui occupait son esprit était le comportement étrange du vieil Imlas qui le laissait perplexe, avait-il vraiment été effrayé par une petite bourrasque et quelques embruns, ou la pénombre du port avait joué un tour à son imagination ? Et quand bien même, pourquoi ce regard insistant quand ils quittaient le port, qu'avait donc vu ou compris le missionnaire elfe qui partageait la sagesse de Rana ? Ainsi perdu dans ses pensées, pendant de longues minutes, il ne réalisa pas tout de suite que son père l'interpellait :

«  Regarde fils ! »

Tsuru lui lança un regard interloqué ne comprenant pas ce que son père attendait de lui.

« Regarde le ciel Tsuru ! Rana a décidée de faire danser le ciel pour nous ! C'est tellement beau. »

Levant les yeux vers la voûte céleste Tsuru comprit l'excitation de son père. Là où il n'y avait que noirceur, quelques instants plutôt, chatoyaient maintenant des rivières aériennes rayonantes. Le ciel nocturne flamboyait de rubans de lumière verts et roses qui ondoyaient comme portés par les vents. Le spectacle était saisissant, d'une beauté à couper le souffle. Les deux hommes restèrent, bouche bée, quelques minutes à contempler le spectacle que leur offrait les dieux. En les observant Tsuru se prit à imaginer que les chevrons sinuant qui s'animaient en tous sens étaient des serpents astraux se livrant une bataille titanesque comme celles des légendes des temps anciens. Le visage toujours illuminé d'une admiration béate Kawara ajouta :

« J'en avais entendu parler au port mais je pensais que c'était encore des histoires racontées par des fanfarons… »

« Difficile d'y croire si on ne l'a pas vu de ses yeux en effet. C'est… C'est juste tellement… Beau... »

« C'est un signe de Rana mon fils, pour sûr ! Vois comme la lumière danse comme si Rana elle même soufflait dessus... »

« Un signe... » murmura pensivement le jeune Tsuru.

Repensant au comportement d'Imlas le jeune Tsuru fût envahit d'un sentiment d’inquiétude. Si ces lumières dansantes dans la nuit étoilée étaient véritablement un signe de Rana comme le pensait son père, quel en était la signification ? À ce moment Tsuru regretta de ne pas avoir la sagesse du vieil elfe ou même de sa petite sœur Aiko qui auraient su interpréter l'augure. Lui était incapable de voir au-delà de la beauté primaire des ces jeux de lumière qui l’hypnotisaient. Tsuru ne pouvait s'empêcher d'observer cette manifestation divine avec une peur sourde et primale, et quand il le réalisa cela sonna pour lui comme une amère trahison des préceptes de sa déesse. Le cœur serré d’appréhension Tsuru adressa une nouvelle prière silencieuse à Rana :


( Ô Rana ma déesse j'implore ton pardon ! Je vois le ciel danser sous ton souffle mais je ne suis pas digne de ta parole et je n'en comprends pas le sens. J'ai peur te t'avoir trahie... )

Kawara voyant la mine soucieuse de son fils tenta de le rasséréner :

« Allons Tsuru pourquoi t'inquiètes-tu ? Nous avons toujours honoré Rana pourquoi la déesse nous voudrait elle du mal ? Et puis regarde ! C'est tellement beau, ce ne peut qu'être un signe positif, comment un spectacle aussi somptueux pourrait être annonciateur de funestes événements ?»

Les deux hommes s’abîmèrent encore silencieusement à la contemplation du phénomène puis les rubans de lumière se dissipèrent aussi soudainement qu'ils étaient apparu.


La suite : ... et mer !

(((740 mots – Ce RP commence à proximité immédiate de la ville d'Oranan d'où les aurores boréales)))

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Dernière édition par Tsuru Akakiga le Ven 13 Jan 2017 20:33, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les bateaux de pêche de la République d'Ynorie
MessagePosté: Ven 13 Jan 2017 20:32 
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Prologue : Une vie de pêcheur
Texte n°3 : ... et mer !


Précédemment : Entre ciel ...

L'aube se levait quand ils arrivèrent dans ce que Kawara appelait son petit jardin secret, une zone où un courant d'eaux chaudes provenant des mers du sud remontait à la surface. Ce genre d'endroit était propice au développement de la vie sous-marine aussi décidèrent ils de lancer leur premiers filets. Les heures passant les prises s'enchaînèrent et les caisses de stockage en bois commencèrent à se remplir. A chaque remontée de filet lourd de poissons frétillants Kawara s'extasiait et clamait son amour pour Rana qui les avait visiblement bénis. L'enthousiasme de son père étant communicatif, l'appréhension du jeune Tsuru finit par se dissiper et bientôt il se surpris à rire avec lui. La matinée étant bien avancée et le Hosho déjà bien alourdie par leur pêche miraculeuse, Kawara proposa alors à son fils d'aller relever les derniers filets et de rentrer à Oranan où ils iraient faire une offrande à Rana qui les avaient couverts de ses largesses. Le vieil homme s'affairait à récupérer l'avant dernier rets lorsqu'il s'écria :

« Tsuru viens m'aider ! J'ai peur d'avoir accrocher quelque chose. Je n'arrive pas à remonter le filet ! »

Tsuru se précipita à l'avant de l'embarcation et se saisit de l'extrémité du filet que lui tendait son père. Il commença à tirer et rencontra une forte résistance.

« On doit couper le filet vite, chargé comme on l'est on va chavirer ! »

« Non attends ! Le filet n'est pas bloqué sur un rocher j'arrive à le ramener vers nous, ce doit être une grosse prise. Aide moi à tirer père ! »

Ahanant sous l'effort les deux hommes se lancèrent dans la bataille contre ce qu'ils se mirent à appeler 'la bête'. S’arc-boutant sur le rebord de la barque Tsuru tira de toutes ses forces, derrière lui son père commençait à enrouler autour du mât ce qui avait été remonté du filet pour l'empêcher de glisser. Dans les cordages la bête se débattait et tirait sur les liens par grand à-coups, menaçant d’entraîner Tsuru par le fond. À chaque fois il bandait ses muscles à s'en faire mal, lâchait une expiration, reprenait son souffle et en réponse halait avec plus de force encore pour rapprocher la bête de la surface. Les paumes des mains brûlantes à cause des frottements avec les cordes mouillées, Tsuru lâcha un juron :

« Par Rana ! Bête des enfers tu ne t'en tireras pas comme ça ! Tu peux te débattre tant que tu veux je ne lâcherai pas ! »

Pour le soulager le vieux Kawara se saisit de deux gaffes qu'il passa dans les mailles du filet et bloqua ensuite sous le rebord de l'embarcation. Sous la force de traction de la bête le bois se plia mais tint bon, offrant à son fils les quelques précieuses secondes de répit salvateur dont il avait besoin. Relâchant ses muscles noués d'un roulement d'épaule Tsuru prit une profonde inspiration, se pencha en avant pour saisir le filet quelques centimètres sous le niveau de l'eau et se redressa en hurlant, tirant comme jamais. Tout à leur combat les deux hommes ne s'étaient pas aperçu que le vent s'était levé les poussant toujours plus vers le nord et que des nuages noirs commençaient à s’amonceler dans le ciel. Toujours en hurlant, Tsuru lutta pendant de longues minutes et finalement il réussit à ramener une première fois la bête à la surface de l'eau, mais celle-ci rua d'un coup sec et disparue sous l'eau presque aussitôt.

« Par les Dieux, tu l'as vue fils ! » s’exclama Kawara « Elle doit faire presque un mètre de long ! Et peser dans les soixante kilos au moins ! »

Haletant Tsuru acquiesça :

« J'ai bien l'impression qu'on a attrapé un bébé requin flèche dans nos filets... »

Tenant chacun un bout du filet père et fils tractèrent à nouveau la bête vers la surface et même à proximité du Hosho, d'un geste vif Tsuru se saisit du gourdin qui leur servait à assommer les poissons et assena un coup brutal sur la tête du requin. Pour cela il avait dû lâcher le filet d'une main et la bête après avoir rapidement repris ses esprits en profita pour replonger dans les eaux qui commençaient à s'agiter. Le combat s'annonçait encore long et douloureux mais le premier coup venait d'être porté et Tsuru regarda alors son père lui faisant un signe de tête entendu. Comprenant ce que son fils attendait de lui Kawara récupéra une gaffe, laissant son fils gérer seul la remontée du filet et se prépara à frapper. Dans un nouvel effort Tsuru ramena à nouveau la bête vers la surface, mais son père trop pressé frappa trop tôt et l'allonge insuffisante de son arme de fortune ne lui permit que d'érafler la peau luisante du requin. Dans un juron Kawara réaffirma sa prise sur le manche de la gaffe et attendit une nouvelle occasion. Il n'eut pas à attendre longtemps car son fils, le sang bouillant d'adrénaline et psalmodiant une prière à Rana, ne ménageait pas ses efforts et la deuxième tentative fut plus fructueuse. Le crochet de la gaffe s'enfonça alors de plusieurs centimètres dans les ouïes du jeune requin. Le vieil homme tira de toutes ses forces pour ramener la bête vers le rebord de leur embarcation, galvanisé qu'il était par le courage et les efforts délivrés par son fils. Hélas le requin affolé se débattait dans tous les sens et la gaffe finit par se briser non sans emporter un lambeau de chair sanguinolente. Sous le choc Tsuru laissa le filet lui échapper des mains et dû se jeter en avant pour l'empêcher de trop s'enfoncer dans l'eau. Le voyant partir à la renverse son père le saisi promptement par la taille et le ramena vers l’intérieure de la barque. Les deux hommes étaient épuisés mais la victoire était à portée de main. Kawara s'empara de la deuxième gaffe se jurant que cette fois ci serait la bonne. Les muscles tétanisés, les veines du coups turgescentes, l'ensemble du corps de Tsuru n'était que douleur et seul son esprit l'empêchait de craquer. Ce combat était devenu pour lui une affaire d'honneur, il ne pouvait pas abandonner maintenant. A deux doigts de s'évanouir il se mit à hurler :

« Rana aide moi ! Donne moi la force ! RRAAAAaaaaaaaaa….. »

Il jetait ses dernières forces dans la bataille, la douleur était insoutenable mais petit à petit le filet remontait. Les deux hommes distinguaient la forme sombre qui s'agitait sous la surface, et Kawara était prêt à frapper à nouveau.

« … NNNNAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! »

Dans un ultime effort qui donna l'impression à Tsuru que ses muscles se déchiraient il réussit à ramener à nouveau la bête à la surface. La gaffe de Kawara plongea dans l’œil du requin, il cala un pied contre le rebord de l'embarcation et se mit à tirer de toutes ses forces restantes. Après un dernier soubresaut qui pourrait passer pour baroud d'honneur, la bête aussi épuisée que les deux hommes abandonna enfin la lutte, le combat était gagné. Ils leur fallut encore plusieurs minutes pour hisser le requin dans leur Hosho. Tsuru lui assena alors plusieurs coups de gourdin avec une violence et une rage peu commune chez les Ynoriens.

Les deux hommes s’effondrèrent épuisés au fond de l'esquif, à leur pied gisait le jeune requin inanimé, tremblant de tous leurs membres et reprenant leur souffle ils se regardèrent et se mirent à pleurer de rire et de soulagement. Tous les deux avaient à l'esprit l'argent qu'ils allaient pouvoir obtenir d'une telle prise. Le requin était un met raffiné et apprécié des hautes classes sociales d'Oranan, il ne faisait aucun doute qu'ils en tirerait un excellent prix. Certes celui qui reposait à leur pied n'était qu'un bébé aux proportions bien éloignées de celles des spécimens adultes mais ils remerciaient les dieux de ne pas avoir croisé la route de requins adultes car ils n'y auraient probablement pas survécus. Commençant à se remettre de leurs émotions, ils se rendirent enfin compte que la pluie tombait drue depuis plusieurs minutes et que le vent menaçant les avait emportés loin au large. Trempé de la tête aux pieds par la sueur et la pluie battante Tsuru se força douloureusement à se relever. Il était épuisé et aurait voulu se reposer quelques minutes mais le vent et la houle gagnaient en intensité et ils ne devaient pas s'attarder ici. Il était sur le point d'aider son père à se lever à son tour quand un bruit sourd se fit entendre sous la coque, la barque manqua de chavirer et sous le choc Tsuru fût propulsé vers le rebord. Il brandit frénétiquement les bras et tenta de se saisir du rebord ou d'une corde mais ses muscles alanguis après tant d'efforts refusèrent de lui obéir et une pointe de douleur insoutenable le transperça. Il réalisa trop tard que dans le combat il s'était déboîté l'épaule, il perdit connaissance et bascula alors tête la première dans les eaux sombres et agitées de l'Aeronland ...



La suite : La routourne ...

(((1510 mots)))

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Dernière édition par Tsuru Akakiga le Sam 14 Jan 2017 18:23, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les bateaux de pêche de la République d'Ynorie
MessagePosté: Sam 14 Jan 2017 18:22 
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Prologue : Une vie de pêcheur
Texte n°4 : La routourne ...



Précédemment : ... et la mer !

Le ciel s'était obscurci au point que l'on aurait pu croire la nuit revenue. Le vent louvoyait en tout sens et hurlait, tel une bête apeurée. En quelques secondes, la mer était devenue furieuse, elle palpitait comme un cœur affolé. L'écume aux lèvres, les vagues se gonflaient, se tassaient et s'entrechoquaient. Elles se prenaient tantôt pour des montagnes, qui se dressent fièrement face au vent, tantôt pour des vallées glaciales, profondes et abruptes. Elles convulsaient comme transpercées, de milles carreaux acérés, par la pluie battante. Au milieu de ces géants fiévreux la petite embarcation de pêche Ynorienne était malmenée en tout sens. À son bord, se tenait tant bien que mal le vieux Kawara en larmes, la peur lui nouait l'estomac. Mais ce n'était pas la mort qu'il craignait, ni même la fureur de Rana, loin de là. À vrai dire il ne prêtait que peu d'attention aux éléments déchaînés. Son fils… Qu'était-il advenu de son fils ? Comme un sombre cauchemar se répétant, il avait à nouveau vu un de ses fils passer par dessus bord. Maudissant Zewen et sa terrible roue du destin, le vieil Ynorien s'empara prestement d'un long cordage, qu'il noua fébrilement autour sa taille avant d'en attacher l'autre l'extrémité, le plus solidement qu'il put, autour du mât qui menaçait de se briser. Sans perdre un instant de plus, le vieil homme sauta par dessus bord à l'endroit où il avait vu son fils disparaître. L'eau était ténébreuse et glaciale. Écarquillant les yeux pour tenter de distinguer une forme plus sombre qui pourrait être Tsuru, Kawara oublia toute fatigue et se mit à nager vers les profondeurs. Luttant pour s'enfoncer toujours plus, ses yeux brûlant à cause de l'eau salée et les poumons en feu, il commençait à sentir le désespoir étreindre son cœur. Son esprit menaçait de craquer quand il se souvint d'une discussion qu'il avait eu avec Imlas le missionnaire elfe de Rana. C'était il y a plus de vingt ans de cela, après qu'une terrible tempête d'hiver eut surpris un convois de la marine Ynorienne à proximité du port. Imlas c'était alors joins à Kawara qui, sans hésiter une minute, avait lancé son Hosho dans les flots en colère pour secourir ceux qui pouvaient l'être. Ils avaient alors enchaînés les allers-retours pour ramener les pauvres marins dans la sécurité relative du port, hélas plus les heures passaient et plus leur travail se fit celui de fossoyeurs. Ils finirent pas ne plus que charrier des corps sans vie, la tâche était ardue et le pêcheur Ynorien se sentait épuisé. Pourtant, à ses côtés, Imlas se tenait toujours droit et fier, tirant sans efforts les corps vers la barque ici, apportant une parole de réconfort à un marin blessé là. Kawara lui avait alors demandé comment il faisait pour ne ressentir aucune fatigue, et le vieil elfe avait tourné son regard gris vers lui avant de lui parler du Ki, cette énergie spirituel qui pouvait permettre l'impossible. Le simple pêcheur qu'il était n'avait pas tout à fait compris de quoi lui parlait le missionnaire, mais en cet instant où son corps et son esprit manquaient de l'abandonner il se dit qu'il n'avait plus rien à perdre. En appelant à ses Dieux, Kawara chercha en lui l'énergie qui allait lui manquait pour sauver son fils, sa tête tournait et sa vision se brouillait mais il refusait d'abandonner. Enfin il le vit, quelques mètres devant lui le corps inanimé de Tsuru dérivait vers les abysses. D'un vigoureux battement des jambes, Kawara se porta à sa hauteur et parvint à lui saisir la cheville. Il tenta de remonter vers la surface mais son fils se débattit menaçant de lui faire perdre prise…

Rien, absolument rien n'était visible. Non pas comme si il avait les yeux fermés, mais bien parce qu'il n'y avait strictement rien, c'était le 'noir' décida-t-il. Il se sentait étrangement bien. Enveloppé dans un velours de silence, la fatigue, la peur et la douleur qu'il avait ressenti s'était dissipées. Si il l'avait pu, il aurait même souri. Était-il mort ? Probablement… Il se souvenait d'être tombé. Mais qui était-il déjà ? Impossible de s'en souvenir… Deux noms flottaient dans son esprit, deux noms puissants, deux noms à craindre.


(Rana et Zewen… )

Ses Dieux ! Allait-il les rejoindre ? Un troisième nom affleura au niveau de sa conscience mais il n'arrivait pas à le saisir. Ce nom se jouait de lui, à chaque fois qu'il pensait l'avoir retrouvé, il s'enfonçait plus profondément dans la noirceur. Cela l'irritait, il était si bien avant, pourquoi ce nom ne se laissait il pas attraper ? L'idée que ce dernier était important se fit de plus en plus pressante. Il essaya de se concentrer et une douleur fulgurante lui vrilla la conscience, avec la douleur revint la peur et avec la peur le nom :

(Kawara)

Était-ce son nom ? Non… Ce nom était l'origine, ce nom était protecteur, ce nom… C'était le nom de son père. Mais quel était son nom à lui. La douleur recommença plus violente encore, comme si on l'écorchait vif, toute sa conscience n'était que souffrance. C'en était trop pour lui... Alors il abandonna et se laissa une nouvelle fois dériver dans ce qu'il appelait le 'noir'. Il se sentit à nouveau si bien. Il flottait dans le 'noir', il était libre et il jugea que c'était une bonne chose. Lui le fils de Kawara allait mourir et c'était tout aussi bien ainsi. Soudain une nouvelle douleur l'assaillit mais plus lointaine, c'était comme une corde qui le retenait, qui l'empêchait d'aller vers le 'noir'. Il n'était pas d'accord, et la douleur disparut. Il ne voulait pas être retenu. Le 'noir' était bon, le 'noir' lui promettait une fin douce et heureuse, le 'noir' lui permettrai de rejoindre Zewen. Mais la douleur revint, plus insistante, cette fois il la sentait le tirer loin du bien être suscité par le 'noir'.

Kawara réaffirma sa prise sur la cheville de Tsuru, et entreprit de remonter vers la surface. Le corps inanimé de son fils pesait lourd pour le vieux pêcheur mais il s'interdit de le lâcher. Sentant l'air dans ses poumons s'amenuiser, Kawara commença à se hisser le long de la corde tout en implorant silencieusement son fils.


(Tsuru ! Je t'en prie Tsuru réveille toi ! Ce n'est pas aujourd'hui que tu dois mourir, ne me fait pas ça ! J'ai déjà perdu un fils Tsuru et c'est bien trop pour un père. Ne me laisse pas seul ici, je te l'interdis ! Tsuru…)

Le 'noir' refluait à mesure que la douleur enflait. Il entendait maintenant un bruit insistant, comme un appel, mais n'arrivait pas à le comprendre. Perdu dans cette géhenne, il n'arrivait pas à réfléchir. Qui était-il ? Il devait s'en souvenir c'était important.

Le vieil homme n'en pouvait plus la remontée lui semblait interminable. Mais il ne pouvait abandonner, il ne pouvait pas laisser son fils mourir fusse au prix de sa propre vie, aussi poursuivit il ses efforts. Pour soulager son bras alangui, Kawara entoura la corde autour du corps de son fils et tenta, tant bien que mal, de la fixer autour de son poitrail pour maintenir Tsuru sur son dos. Son deuxième bras maintenant libéré de son pesant fardeau, il put l'utiliser pour faciliter sa remontée le long du cordage.

Il se souvenait d'une tempête qui commençait, il se souvenait d'avoir pêché avec son père, mais son nom se dérobait toujours à lui. La souffrance, elle, se faisait plus localisée, il commençait à reprendre conscience des frontières de son enveloppe corporelle.

Sa tête commençait à tourner quand Kawara aperçut enfin la surface au dessus de lui. Le soulagement, qu'il ressentit, fut à la hauteur de l'effort qu'il avait du fournir pour ramener son fils des profondeurs. Jaillissant des eaux, le vieux pêcheur aspira goulûment l'air qui l'entourait. D'un coup d’œil, il repéra son frêle Hosho, malmené par la furie des éléments, et entreprit d'y faire monter son fils. La tâche s'avéra autant, si ce n'est plus, ardue que de plonger dans les abysses de l'Aeronland à la recherche de son enfant, mais il finit par réussir et monta à son tour à bord. Faisant fi de la houle qui agitait la barque en tous sens, Kawara s'agenouilla auprès du corps inanimé de son fils, désemparé, il ne savait pas comment le réanimer.


« Tsuru ! Je t'en prie, reviens parmi nous, je t'aime mon petit T... »

Un appel, il en était sûr maintenant, c'était un appel insistant qu'il entendait ! Mais hélas les mots n'avait encore aucun sens. Il essayait toujours de se souvenir, de remonter le fil de son existence, il cherchait à découvrir son nom. Il se vit, en pleine nuit, quitter le port d'une ville qui s'appelait Oranan. Il se souvint d'une paire d'yeux, gris acier, qui le fixaient tandis qu'il s'éloignait, ceux d'un elfe nommé Imlas. Se souvenir lui faisait mal, mais, à son grand étonnement, il accueillit cette douleur comme une bénédiction. Il finit par comprendre : on ne souffre pas lorsque l'on est mort et il ne voulait pas mourir. Avant le port, il se vit dans une grande bâtisse, remplie de livres, discuter avec une enfant, c'était sa sœur Aiko. Le temps défilait sous ses yeux, de plus en plus vite, sa vie se déroulait à rebours. Il se souvint de sa prière à Zewen, qui apaisa la tristesse qui l'avait envahit à la mort de son frère Huang. Il revécu les années passées avec lui, sur les bancs de l'école, affrontant ensemble le mépris des autres. Et enfin il se vit naître, il vit son père, Kawara, le tenir dans la paume de sa main, le regard brillant d'une fierté à peine contenue, et il l'entendit :

( Que Rana et Zewen te protègent mon fils, puisse ta vie être belle. je te le dis aujourd'hui et sois sûr que je te le penserai tout au long de ma vie, je t'aime mon petit … )

«  TSURU ! » Hurla-t-il en ouvrant les yeux.



La suite : ... tourne et tournera encore

(((1674 mots)))

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Dernière édition par Tsuru Akakiga le Mer 18 Jan 2017 15:30, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les bateaux de pêche de la République d'Ynorie
MessagePosté: Mer 18 Jan 2017 15:28 
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Texte n°5 : ... tourne et tournera encore



Précédemment : La routourne ...

Tout bougeait autour de lui et le bruit était assourdissant, ajoutant à sa confusion. Il lui fallut de longues secondes pour reprendre vaguement conscience de son environnement immédiat. La tempête faisait rage, et le frêle Hosho de pêche était bringuebalé en tous sens. Face à lui, le regard inquiet vissé dans le sien, se tenait son père Kawara. Un mélange antagoniste de peur et de soulagement déformait ses traits, et c'est les larmes aux yeux qu'il demanda à son fils :

« Tsuru ! Est-ce que ça va ? »

Tsuru posa un regard vide sur son père. Il ne saisit pas les paroles de Kawara, qui s'étaient noyées dans les hurlements incessants du vent. Il se sentait épuisé et ne comprenait toujours pas ce qu'il se passait. Kawara empoigna alors son fils, pour le secouer et capter son attention. La douleur, qui transperça soudainement Tsuru, fut insoutenable. Ses yeux papillotèrent brièvement et il s'affaissa inconscient au fond de la barque. Paniqué, le vieux Kawara remarqua alors l'épaule déboîtée de son fils. Il eut à peine le temps de se retourner, pour chercher fiévreusement de quoi immobiliser le bras de Tsuru, qu'un craquement sinistre se fit entendre. Levant les yeux, il vit le mât de Lendora se briser à mi hauteur. Il se jeta alors sur le corps de son fils, pour le protéger des éclats de bois et des cordages qui s’effondraient sur la petite embarcation de pêche.

« Père ? Qu'est ce qu'il se passe ? » Murmura dans un souffle Tsuru qui avait repris connaissance, sous le choc de la masse de son père.

En tombant dans un vacarme tonitruant, le mât déchiqueta une partie des plats-bords et listons bâbords du Hosho. Les cordages, fouettant les bancs avants et de milieu, entraînèrent une partie des caisses de poissons dans les eaux, sombres et furieuses de l'Aeronland, et avec elles la carcasse du jeune requin flèche. La voile s'affala brutalement sur les deux Ynoriens terrorisés, et les recouvrit tel un linceul prophétique. Kawara roula sur le dos pour libérer son fils de son poids, en prenant soin d'éviter de toucher à son bras blessé. Tsuru commençait, avec peine, à rassembler ses esprits et cette fois-ci il hurla pour se faire entendre du vieux pêcheur :


« Qu'est ce qu'il se passe père ? »

Sursautant en entendant la voix de son fils, Kawara haleta :

« C'est… C'est le mât ! Il … Il vient de se briser ! » La panique transparaissait, dans la voix fébrile du vieil homme, quand il reprit. « On doit sortir de là ! … Vite, il faut… Il faut couper les cordages ! Le mât va nous attirer par le fond ! »

À ses côtés, Tsuru sentit son père s'agiter frénétiquement pour se libérer de la pesante voile. Ne prenant pas encore la pleine mesure de la situation, il joignit ses efforts aux siens. Après ce qui leur apparut comme un interminable moment, les deux hommes réussirent à se dégager. Tsuru, toujours déboussolé, contempla le pont ravagé de leur embarcation. La scène lui fit l'impression d'un champ de bataille : partout du bois brisé, des cordages emmêlés et des poissons éparpillés. Déjà Kawara s'était relevé et fouillait les décombres, à la recherche d'une lame qui lui permettrait de trancher les épais cordages. Tsuru remarqua que son père tentait de lui parler, il se força à se concentrer sur la voix du vieux pêcheur pour sortir de sa torpeur.

« Bon sang Tsuru ! Aide moi ! Trouve un couteau et coupe ces cordes… Vite avant que le poids de la voile ne nous fasse couler ! »

La détresse dans la voix de Kawara fit mouche, et le jeune homme se secoua pour tenter de reprendre ses esprits. Il se releva avec précautions, laissant son bras gauche pendre comme un poids mort, et se mit lui aussi à la recherche d'un outil qui pourrait l'aider dans sa tâche. Autour d'eux, ce qu'il restait du Hosho tanguait avec force, et des craquements alarmants accompagnaient le moindre de ses mouvements. Tsuru se dirigeait, d'un pas mal assuré, vers l'avant de la petite barque lorsque que son œil fut attiré par un mouvement à la surface de l'eau. Il réalisa alors avec épouvante que leur pêche miraculeuse de la matinée, en partie répandue à la surface de l'océan, avait attirée certains des congénères de la carcasse sanguinolente du jeune requin flèche. Grouillant sous la surface, une demi douzaine de requins, de belle taille, se repaissaient du festin qui leur avait été offert par la fureur des éléments.

« D..Des rre..quiins ! » Hurla-t-il alors, les yeux écarquillés de terreur et la voix chevrotante.

« Oh misère. Comme si ça ne suffisait pas ! Qu'est ce qu'on à fait aux Dieux pour mériter ça ! » s'exclama Kawara en remarquant lui aussi la nouvelle menace qui pesait sur eux.

Se retournant vers son fils, il lui tendit un petit couteau à éviscérer et lui intima l'ordre d'aller couper, au plus vite, l'entrelacement de cordages qui menaçait de plus en plus des les faire chavirer. Devant l'urgence de la situation, le jeune Tsuru essaya de se calmer et de se concentrer sur une tâche  : libérer leur Hosho des restes du gréement. Les ralingues étaient épaisses et la lame mal affûtée. La tâche se révéla ardue pour le jeune Ynorien, à bout de force et privé de l'usage de son bras gauche. Il entreprit de coincer les filins sous ses genoux, puis de déchiqueter les fibres à l'aide d'un va et vient furieux du petit couteau. A force de patience, il réussit à libérer quelques cordages qui s'enfoncèrent, en claquant, dans les profondeurs de l'Aeronland. Soudain un brusque mouvement de leur épave le fit chuter. En se relevant péniblement, il remarqua que leur embarcation filait à bonne vitesse sur les vagues déchaînées. Aux côtés de son père, plusieurs lusins, tendus à s'en rompre, s'abîmaient dans l'océan comme tirés par une force invisible. 


« Vite ! » s’écria Tsuru « Un de ces maudits requins s'est prit dans les filins ! »

Il rejoignit son père d'un bond. Ensemble, ils entreprirent de libérer leur Hosho de son attelage sous-marin. Plusieurs claquements secs retentirent quand les cordages cédèrent sous la traction, suivi d'un craquement sinistre. Avec horreur, Tsuru vit ce qu'il restait du mât se briser à son tour et heurter son père. Le vieil homme eut juste le temps de lancer un regard interloqué vers son fils avant d'être emporté dans les flots menaçant de l'Aeronland. Soudainement libérée de la masse du requin, l'embarcation fut violemment propulsée vers l'arrière. Affolé, Tsuru tenta de repérer son père mais dans la pénombre environnante il ne voyait que les rouleaux blancs d'écume de l'océan en colère. Dans son état, il savait que plonger pour sauver son père ne serait que suicide et la présence des requins n'arrangeait pas les choses. Hurlant de rage face à son impuissance, Tsuru se laissa tomber au fond du Hosho en pleurant son père. Épuisé, l'esprit brisé, le jeune pêcheur sombra rapidement dans l'inconscience.




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