L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 26 Fév 2017 22:36 
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Le repas se passa de façon excécrable. Les enfants, trop contents d'être laissés seuls avec le nouveau précepteur, tentèrent de mettre le désordre et – comme l'intéressé l'avait prévu – les serviteurs ne purent réagir convenablement. Lorsque le chat n'est pas là, les souris dansent ! À plus forte raison lorsqu'elles sont entourées de fromages et de possibilités de faire les pitres. Il fallut donc user de toute sa piètre expérience de comédien pour faire surgir sur sa face une expression de pure colère, s'approcher de Ferdinand qui tâchait indélébilement le pourpre et l'or dont il était revêtu, le saisir par le col et lui administrer ce qu'on nommait dans le langage des basses rues une fessée. Mais Helboldt préférait le terme correction.

Par la suite, une ambiance tendue s'installa. Simona n'avait pas lancé de la purée aux truffes sur les meubles ouvragés de la pièce, évitant ainsi la correction, aussi se trouvait-elle maintenant dans une posture délicate vis-à-vis de son frère qui la contraignait à ne pas pouvoir approuver la correction ni s'y opposer publiquement – sa timidité était bien trop grande. Si bien qu'on mangeait en silence et que les valets qui passaient apporter la suite ne s'attardaient pas, lançant tout au plus quelques regards aux joues rebondies de Ferdinand, joues sur lesquelles continuaient de couleur quelques larmes tandis qu'il étouffait sa tristesse par une expression d'extrême rancune et de la purée à n'en plus finir... rendant ses joues d'autant plus gonflées et remarquables.

Il fallut cependant bien quitter la table et, après avoir laissé aux serviteurs le soin de tout débarrasser – et de tout nettoyer, paix à leur âme -, Helboldt guida les deux enfants vers la salle de cours, laissant Simona jouer les quelques morceaux simplets qu'elle connaissait au clavecin tout en amenant sur le pupitre de Ferdinand l'ensemble des biographies des plus grands auteurs Kendrans et le texte du poème qu'il avait à recopier : il n'avait ainsi plus qu'à chercher Monseigneur de Nyvig là-dedans. Lui-même emprunta une chaise à la bibliothèque et prit l'un des ouvrages pour le lire dans le calme tendu de la salle de cours en surveillant les deux enfants, l'un devant lui et l'autre à l'oreille.

Il n'y avait pourtant qu'à écouter les geignements bien audibles de Ferdinand tandis qu'il recopiait, encore et encore, pour comprendre qu'il n'y prenait aucun plaisir – (Étonnant !) -, tandis que Simona continuait à jouer tranquillement du clavecin, gentille et muette, fidèle à elle-même, quoique lançant de temps en temps des regards à son frère, à la fois inquiète de ce qu'il penserait de son calme et agacée par ces grognements qui la gênaient dans la pratique de son instrument. Et les minutes s'égrenaient, lentement, bien trop lentement pour le petit garçon qui souffrait, tentant (vainement) de déclencher une réaction de pitié chez son bourreau et se mettant toutes les trente secondes à fixer l'horloge pour repartir dans des murmures d'autant plus exaspérés que celle-ci, fort naturellement, n'avait pas l'air d'avoir bougé d'un pouce. Avant de remarquer que le professeur avais omis quelque chose qui le sortait du terrible ennui dans lequel il était plongé. La fenêtre qui donnait sur le jardin était un échappatoire parfait pour s'émerger de cet ennui mortel...


***


- Alors, Ferdinand ? Ce devoir ?

Le professeur à la large carrure s'approcha de l'enfant, posant son livre sur un meuble et tirant du même coup le garçon de sa rêverie. Il fronça les sourcils en constatant que l'encre n'avait que fort peu coulé. Bien trop peu. Il lui suffit de fixer un regard interrogateur sur son élève, un sourcil rehaussé, pour comprendre aux joues rougissantes de celui-ci qu'il avait passé l'heure à observer les arbres du jardin en écoutant la musique de sa sœur sans être le moins du monde productif. (Étonnant,) se fit-il à lui-même, à moitié ironique mais bien moins amusé que tout à l'heure.

- Eh bien, vous n'avez pas fini, commenta-t-il, un petit sourire sur les lèvres.
- C'est dommage, hein ? répliqua Ferdinand provocateur, quoiqu'un peu inquiet par l'air presque satisfait qui dominait sur le visage du professeur.
- N'est-ce pas ? Mais j'imagine que vous pourrez sans mal rester ce soir un peu plus dans la salle d'étude pour finir votre devoir avant d'aller dormir. Je ne doute pas que vous vous y plairez fort. Et puis, vous avez dû y réfléchir beaucoup jusqu'ici, puisque vous n'avez que peu écrit : il serait dommage de perdre toute cette réflexion...

Il lui adressa un sourire enjoué qui s'agrandit en voyant l'expression effarée de l'enfant. Le jeu commençait à lui plaire.

Lorsqu'il releva son visage vers Simona, toute trace d'amusement avait cependant disparu, constatant qu'elle attendait de voir ce qu'elle devait faire, s'étant elle aussi arrêtée de jouer et ce faisant plongeant la pièce dans une atmosphère moins détendue.

- Bien. Nous reprenons la leçon. Cet après-midi, géométrie, annonça-t-il après s'être rapproché du tableau, avoir saisi une craie et attendu que les enfants s'installent. Qui peut me dire ce qu'est qu'un carré ?

Aussitôt, une main qui se lève, un regard qui part boudeur vers le jardin. Ils l'avaient pourtant vu le matin même.

- Ferdinand ? Aucune idée ?

Il était évident que le petit noble savait, mais l'enfant ne réagit pas si ce n'était avec un rapide regard méprisant à l'attention du précepteur, l'air de dire qu'il n'en avait grosso modo rien à faire de ses leçons.

- Tant pis. La sucrerie sera pour votre sœur alors, annonça-t-il à l'étonnement de tous. Simona ?

Celle-ci, bien que surprise, récita comme une leçon apprise par cœur :

- C'est... C'est une forme à quatre côté qui sont tous égaux à un... et qui sont tous tout carrés, comme ça, fit-elle en montrant de ses mains un angle droit.

Le professeur sourit, légèrement attendri. Il sortit de sa poche une petite friandise qu'il avait chipé dans les cuisines tout à l'heure, un fruit confit venu tout droit de Shory, et la déposa sur le pupitre de la petite fille émerveillée de recevoir quelque chose pour une réponse aussi simple.

- C'est presque ça. En fait, les côtés ne sont pas nécessairement égaux à un... corrigea-t-il en traçant la figure au tableau, le traditionnel carré ABCD.

La main de Ferdinand se leva, visiblement énervé.

- J'ai une question, affirma-t-il dans son air renfrogné, sans même attendre qu'Helboldt lui donne la parole.

Celui-ci parut intrigué un instant puis lui adressa un signe de tête pour l'autoriser à continuer.

- Si le côté du carré vaut un, combien vaut la diagonale ?

Le professeur sourit, baissa légèrement le regard et répondit, enjoué :

- Je vois que vous n'êtes pas un aussi grand cancre que vous souhaiteriez le montrer. C'est une question des plus intéressantes...
- Si vous ne connaissez pas la réponse, je ne vois pas pourquoi vous nous faites cours ! cria presque l'enfant.
- Excellent. Car vous savez, peut-être ?

Ferdinand regarda ailleurs et répondit, irrité :

- Non.

Le petit rire d'Helboldt ne parvint pas à détendre l'atmosphère.

- Je suis navré, mais c'est une notion que vous ne comprendriez de toute façon pas. Pour le moment, contentez-vous de savoir que cette longueur existe, puisqu'on peut la tracer, mais si vous êtes sage...

Il attendit quelques instants, laissant flotter la condition, presque impossible à remplir pour le petit garçon.

- … Je vous le révélerai sans doute.

Les yeux de l'enfant ne purent retenir la lueur d'intérêt qui y passa, mais elle fut vivement réprimée. Et le cours continua.


***


Humbert n'avait pu passer dans sa chambre qu'en fin de journée, après quelques cours divers et la surveillance détendue des enfants qui voulaient ardemment jouer dans le jardin. Des amis de Ferdinand et Simona étaient venus, profitant de cet espace privé de verdure, exceptionnel au sein de Kendra Kâr, et cela avait eu pour effet positif de permettre au professeur d'être moins vigilant, d'autres serviteurs d'autres maisons influentes – il aurait été insensé que les deux enfants se lient d'amitié avec quelqu'un issu d'un milieu social différent – se chargeant de veiller sur les enfants. N'était-ce pas leur rôle, même chez le Baron de Cappique ? En tout cas, cela arrangeait bien Helboldt.

Il avait ensuite fallu emmener les enfants faire leur toilette et c'était alors qu'Humbert s'était réfugié dans sa petite chambre pour souffler un peu. Car il avait bien remarqué, avant, les regards hargneux de Ferdinand à son encontre et l'ardeur avec laquelle il semblait propager des propos médisants sur lui à ses compagnons de jeux, qui pouffaient en épiant le professeur attelé à la lecture d'un énième volume ; mais cela n'avait guère d'importance. Lui avait toute la patience du monde pour les enfants auxquels il enseignait – il n'en était pas à son premier essai – et ce n'était pas ce sale gosse qui allait le faire flancher, quand bien même son père était un des personnages les plus importants de Kendra Kâr.

On toqua, Helboldt sortit de la chambre : les enfants avaient fini leur toilette et allaient manger. Le Baron était présent et demandait sa présence – évidemment.
Cette fois-ci, Ferdinand se montra bien plus tranquille. Peut-être était-ce la formidable énergie que gardait son père en fin de journée, la manifestant par de longs éclats de rire, de grands signes de bras et des paroles, des expressions enjouées (surjouées ?), ou simplement la manière qu'il avait de s'imposer grâce à sa forte carrure, plus composée de graisse que de muscles : toujours était-il que ni le garçon ni sa sœur ne prononcèrent mot tandis qu'Helboldt répondait calmement aux questions allégrement posées par le maître de maison et père de famille qui semblait fort satisfait de l'instruction que commençaient à recevoir ses enfants.

Il ne cessait de répéter qu'un jour, ils seraient aussi influents que lui et qu'ils en remercieraient bien leur vieux père – peut-être soupçonnait-il d'ailleurs une légère tension être à l'origine du mutisme de sa progéniture ? - mais il ne perdit pas son sourire de tout le repas, continuant à s'enthousiasmer seul de ce changement au sein de la maisonnée.

- Agatha va être ravie ! annonça-t-il en se levant pour clore le repas. Bonne nuit, Ferdinand, bonne nuit, Simona !

Et il quitta la salle à manger sous le regard intrigué d'Helboldt. (Agatha ?)

- Agatha est notre mam... notre mère, précisa une Simona embarrassée, comme ayant lu dans les pensées du professeur.

Il hocha la tête, conduisit la fillette jusqu'à sa chambre, la laissa aux soins de serviteurs parmi lesquels il reconnut Ophélie, puis Ferdinand jusqu'à la salle d'étude pour le laisser finir son devoir. Une fois arrivé là, il rabattit la porte en la laissant toutefois entrouverte et, après que l'enfant ce fut assis, il s'approcha.

- Cela ne m'amuse pas plus que toi, précisa-t-il. Je suis obligé de te surveiller, fais donc vite.
- Vous n'avez qu'à lever la punition, proposa le garçon sans trop d'espoir.

Le professeur ne répondit pas, laissant Ferdinand trouver lui-même ce qu'il pensait de cette éventualité, et se rendit à la bibliothèque chercher l'ouvrage qu'il avait commencé à lire plus tôt dans la journée. L'ayant retrouvé il revint s'asseoir dans le salon en surveillant du coin de l'œil l'enfant qui lui tournait le dos, le visage rivé sur son pupitre et dont il ne voyait que les mèches noires s'agiter tandis qu'il écrivait. (Noires... Noires ?!) La porte qu'il avait laissée entrouverte s'était aussi ouverte en grand...

Helboldt se leva et s'approcha de l'enfant sur l'épaule duquel il posa une main ferme. Le visage d'un des enfants des serviteurs, qui logeaient avec leurs parents, se releva timide sans oser croiser son regard.

- Il est tout de même gonflé... grogna l'instituteur en sortant. Il me prend vraiment pour une buse s'il croit que je n'ai pas remarqué qu'il est brun... continua-t-il en filant à travers les couloirs.

Personne dans la chambre de l'enfant. Les serviteurs le regardaient avec un air interdit.

- Avez-vous vu Ferdinand ? demanda-t-il, passablement énervé.
- Il... Il est passé il y a cinq minutes, indiqua l'une des jeunes femmes qui faisaient le lit. Il a pris quelques affaires et a foncé vers l'escalier, il a dû descendre au rez-de-chaussée...

Sans même attendre la suite, Helboldt se précipita au-dehors, traversant les couloirs en toute hâte, une petite boule au ventre. (Il n'aurait tout de même pas...) Arrivant dans l'entrée, il ne put que constater que la porte était entrouverte. Il soupira. Un serviteur ne l'aurait jamais laissée ouverte. (Fuguer le premier jour... Quel sale gosse.)

Restant calme et maître de lui-même, il passa à son tour la porte après avoir croisé le regard d'un autre valet qui lui indiquait également la porte, comme conscient de la fugue du jeune maître, et déboula dans l'une des rues “nobles” de Kendra Kâr – c'est-à-dire exempte de toute trace de boue ou de saleté excessive, ainsi que de passants. Et, à droite, fixant le flot incessant des passants sur la Grand-Rue, un petit garçon brun armé d'un baluchon. L'enfant se retourna, se sut reconnut ; il s'enfuit brusquement en se fondant dans la masse des piétons : son professeur courait déjà le rattraper.



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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 26 Fév 2017 23:27 
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Helboldt ouvrit les yeux, la face encore toute aspergée de ce liquide froid et fluide qu'était l'eau fraîche. Il toussa quelques instants en frissonnant : l'humidité en ce lieu déjà frais venait transir tous ses membres et hérisser ses poils.

- M. Helboldt...

Il leva la tête et aperçut la figure familière du Baron au-dessus, le toisant avec une expression de colère contenue.

- Que... Que se passe-t-il ? osa-t-il demander.
- Ce qu'il se passe ! Ce qu'il se passe, c'est que vous avez hier enlevé mon fils, fait croire que vous étiez un garde du Royaume, volé un cheval ! Voilà ce qu'il se passe ! Mais je peine encore à comprendre pourquoi vous fîtes cela alors que je vous avais accordé une si belle place, alors que...

Il agitait les bras en déversant son fiel, le garde derrière lui restant aussi immobile qu'impassible.

- Il y a... méprise, finit par le couper Helboldt.
- Oh oui ? Eh bien, expliquez-moi donc : je suis tout ouïe.

On sentait dans sa voix un ton d'aigreur contenue, comme s'il attendait des excuses et la reconnaissance du crime du professeur pour pouvoir étaler sa rage davantage encore.

- Il se trouve... Il se trouve que c'est Ferdinand qui s'est enfui, seul : j'ai essayé de le rattraper. Quelques valets l'ont vu partir avant moi, ajouta-t-il précipitamment alors que le Baron levait les yeux au ciel, et vous pouvez demander à l'enfant lui-même... Mais vous devriez dans tous les cas me le confier à nouveau dans les plus brefs délais.
- Et puis quoi encore ? Vous croyez que je vous laisserai l'approcher une nouvelle fois sur votre simple parole ?

Il laissa s'échapper un rire sarcastique et se tourna vers le garde :

- Allez donc mander un domestique demander à mon fils si ce que dit ce misérable est véridique, ordonna-t-il.
- Je vous en prie... continuait Helboldt alors que le garde sortait. Ferdinand est en grand danger : il a avalé une baie calvacus et s'il n'est pas traité le plus vite possible, il va...
- C'est cela ! coupa le Baron.

Mais la porte s'ouvrit et l'enfant surgit à cet instant, pâle comme un linge et vacillant sur ses jambes. Derrière lui, des serviteurs accouraient pour le récupérer : mais il entrait déjà et fixait son père sans craindre la colère de celui-ci.

- Il... a raison, indiqua-t-il dans un murmure.
- Mais... Ferdi... Tu vas bien ? Tu...
- C'est moi qui suis parti... Et il a essayé de m'aider...

Derrière, le personnel observait et écoutait, n'osant pas entrer dans la pièce ni perturber les révélations qui s'y tenaient : et d'autres valets qui passaient par là venaient voir ce qui causait cet attroupement, un bruit silencieux parcourant toute la maisonnée.

- Et j'ai aussi avalé la baie... Et je me sens mal...

Il tremblotait sur ses frêles jambes et Ophélie s'approcha pour l'empêcher de tomber tandis que le Baron regardait tour à tour son fils et le professeur, les poings serrés, le restant de colère qu'il lui restait dans les veines l'empêchant de reconnaître son tort directement.

- Je... Je vais l'emmener se reposer dans sa chambre et chercher le médecin de famille, chuchota Ophélie.
- Il n'est pas là, signala un serviteur. Il est parti en congé hier au soir, prévenant qu'il allait voir sa famille à Bouhen, par cynore... Vous savez qu'il profite de l'absence de Madame pour...
- Je le sais, coupa sèchement le Baron, désemparé. Mais combien de temps pour trouver un médecin compétent dans cette ville... ?

Alors qu'Ophélie repartait avec Ferdinand, aidée d'un certain nombre de domestiques, d'autres repartant au travail constatant l'irritation du maître, quelques téméraires restant proches pour écouter la suite. Un instant, le silence régna alors que Clappique fixait le sol, hagard. Les médecins fiables étaient rares dans la ville et il savait qu'emprunter celui aux ordres d'une autre famille noble pouvait entraîner la mort certaine de son unique fils et héritier, lui qui avait tenté de se hisser parmi des aristocrates trop hypocrites et envieux. Or, tout médecin fiable était déjà au service d'une autre famille noble, sinon, ce n'était pas un médecin fiable...

- Je pourrais le soigner, intervint Helboldt en se relevant lentement.

Le Baron se tourna vers lui et il sembla fulminer un moment, comme s'il allait lui répondre encore une fois avec rage. Mais il sentit que sa colère était puérile et injustifiée, ou plutôt qu'elle n'était pas dirigée vers Helboldt lui-même mais vers le monde entier, la nature et ces baies qui tentaient de lui enlever son fils.

- Faites donc... finit-il par murmurer. Vous autres ! fit-il à l'attention des domestiques qui arrivaient. Vous aiderez M. Helboldt à trouver tout ce qu'il lui faudra pour restaurer la santé de mon fils. Immédiatement !

Il avait crié ce dernier mot, puis s'était rué au-dehors, tous s'écartant devant son passage.

Le vieux Gisors arrivait seulement. De ses yeux bridés, il observa le Baron s'éloigner et, sans rien demander – il avait sans doute déjà tout entendu – il s'approcha d'Helboldt pour l'aider à se relever.

- De quoi aurez-vous besoin ? demanda-t-il de sa petite voix, vieille et usée bien que tonique.
- De divers ingrédients... J'irai voir à la cuisine, dans des boutiques spécialisées de la ville, chez les herboristes... Les ustensiles du médecin sont-ils toujours là ?
- Évidemment – Edgar, allez préparer des vêtements secs dans la chambre de monsieur le précepteur, fit-il en se tournant vers les valets qui restaient.
- Bon... J'arrive.


***


Ils avaient trouvé dans les affaires du docteur quelques antidouleurs qui furent administrés à Ferdinand le temps qu'Humbert se change dans sa chambre. Lorsqu'il arriva voir le malade, il remarqua immédiatement la large silhouette d'un père au dos affaissé qui se tenait à son chevet, sans prononcer un seul mot, serrant simplement la main de l'enfant dans la sienne.

Helboldt chercha les débuts de la nécrose provoquée par la baie, sans en trouver encore – mais cela ne saurait tarder. Constatant que Ferdinand commençait à avoir de la fièvre, il ordonna qu'on le couvre bien, que son front soit épongé fréquemment avec du linge humide et qu'on vérifie souvent sa température. Bien qu'il ne fût pas médecin, il savait qu'on faisait cela lorsque la température montait : son domaine d'action restait toutefois l'alchimie et il expliqua qu'il allait chercher les constituants de l'antidote en préparation. Déjà, il avait mis son réchaud à chauffer sous la vigilance d'un des cuisiniers et avait sélectionné quelques ingrédients dans les placards de la cuisine. Prenant deux serviteurs avec lui, il quitta la maison après que le vieux Gisors lui eut expliqué de mettre tout au nom de la maison pour ses achats – et de revenir au plus vite.



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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 26 Fév 2017 23:33 
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De retour, Helboldt put constater qu'un commis lui apportait l'ouvrage dont il avait besoin. Il se souvenait bien de ce volume qu'il avait consulté l'autre jour à la Bibliothèque du Temple de Gaïa, et qui se retrouvait par chance dans la Bibliothèque personnelle du Baron : il parlait précisément de tous les poisons qu'on pouvait ingurgiter par mégarde sur Nirtim, et il lui avait bien semblé avoir entraperçu le cascavel, c'est-à-dire la baie qu'avait mangée Ferdinand, dans la liste des baies les plus dangereuses. Or, s'il y avait la baie, il y avait aussi le contrepoison, ou antidote. Pour prendre les ingrédients dont il aurait besoin, la consultation de l'ouvrage n'était pas nécessaire : quitte à en acheter plus (ce qui n'était absolument pas un problème comme il n'avait pas à payer lui-même), il avait récupéré ce qui servait d'ordinaire à lutter contre les poisons d'origine végétale (des feuilles de millepertuis, de fougères spécifiques ou encore de l'écorce d'aulne broyée), ainsi que le produit phare qui était spécifique au poison et dont il s'était souvenu après une seule lecture : de la poudre d'améthyste.

Ça ne courrait pas les rues, mais Rann Dome en avait, naturellement. Après avoir écrasé, broyé, mélangé et infusé divers ingrédients selon l'ordre établi par le livre (ça, il ne pouvait pas s'en souvenir parfaitement), attendant souvent avec anxiété que le mélange vire à la couleur spécifiée après chauffage ou distillation, il finit par saisir la petite fiole contenant la poudre pour en saisir une pincée et la verser à l'intérieur.

Autour, les cuisiniers et autres commis attendaient, un peu à l'écart : il était seul face à cette épreuve. S'il avait bien réussi à tout réaliser à la fois dans les temps et dans la manière, la décoction devrait de verdâtre passer à un mauve léger. C'était peut-être imperceptible – en alchimie, préciser qu'un changement était “léger” était rarement bon signe -, mais il n'avait pas réellement le choix.

Et, enfin, après quelques secondes d'attente et de mélange grâce à la longue spatule qu'on lui avait prêtée mêlées à de grosses gouttes de sueur coulant le long de sa tempe, la chaleur y étant pour autant que la tension, une infime variation se propagea et le professeur sourit.

Il saisit un verre propre et versa une cuillerée dedans avant de remplir avec de l'eau, puis monta à l'étage après avoir ordonné aux cuisiniers de maintenir le petit récipient métallique à la même chaleur. Et, triomphal, il entra dans la chambre, écarta serviteurs et père pour faire boire le remède à l'enfant. La suite, il la connaissait : un verre par heure, beaucoup d'eau, fin du traitement après douze prises. Il dirait dix au Baron qui insisterait pour qu'il en prenne plus, mais au moins, la situation était réglée.

Se relevant, sentant se poser sur lui des regards impressionnés, il prit congé auprès du maître de maison – les dernières heures avaient été très éprouvantes. Ce ne fut que sur le pas de la porte de la chambre qu'il se retourna, croisant un instant le regard de l'enfant. Ce dernier croyait-il que son professeur faisait tout cela pour lui ? Peut-être. Mais ce n'était pas le cas.

Helboldt se détourna et regagna sa chambre. Son honneur était sauf : sa bourse allait sans doute s'alourdir, maintenant, et son prestige s'accroître. Rien qui ne lui déplaise, en somme.



Suite

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Dernière édition par Humbert Helboldt le Dim 16 Juil 2017 13:58, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 2 Avr 2017 14:24 
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Livre I
Chapitre 2 Partie 3


Précédemment...

Mormegil courait, les mains toujours liées, tenant son sac par-dessus son épaule, sans direction précise. Il n’avait seulement entendu que quelques brides de l’avis de recherche qui allait être lancé à son encontre.

(Il faut que je retire ma bure)

Dans sa course, le semi-elfe vit ce qui semblait être une porte ouverte sur l'un des murs d'une des demeures. Il se retourna pour voir s'il était suivi ; sans surprise, il entendit des cliquetis de métal mais, ne vit aucun garde. Il entra alors dans la maison pâle. Il prit soin de laisser entre-ouvert la porte en bois clair pour ne pas que les miliciens aient le même raisonnement que lui en voyant l'entrée du bâtiment ouverte.
Mormegil fit le tour de la pièce où il venait d'entrer, personne ne s'y trouvait, du linge y était étendu sur des fils. Le sol était en carrelé de céramique et le plafond était strié de poutres qui soutenaient le plancher de l'étage du dessus. Un fin escalier en bois remontant vers l'étage dans le fond de la petite pièce était le seul accès en dehors de la porte qu'avait emprunté le semi-elfe.
À la vue de tous ces éléments, Mormegil posa son sac à terre et, de ses mains liées, en sortit le feuillé de boucher qu'il avait récupéré la veille après son combat contre Ellyan Crow.

« Qui aurait cru que tu me servirais à quelque chose… » marmonna-t-il en pensant à Crow.

Mormegil sortit de ses pensées quant-il entendit trois hommes en armure passé en courant devant la porte. Voyant qu'ils étaient encore à se recherche, il s'assit à terre, coinçant le feuillé entre ses pieds, le tranchant vers le haut et commença à couper la corde qui liait ses mains en la frottant à la lame.
Lorsque la corde céda, le semi-elfe accrocha le feuillé à sa ceinture ainsi que la dague forgée et enleva sa bure afin que la milice ne le reconnaisse pas aussi facilement. Et alors qu'il rangeait soigneusement son vêtement dans son sac, il entendit les trois gardes qui étaient passés moins de cinq minutes auparavant revenir dans la ruelle, essoufflés.

« Bon écoutez, il n'a pas pu aller bien loin. Toi, va prévenir le sergent que l'on va rester dans le quartier pour fouiller les habitations, toi tu fouilles avec moi. » dit l'un des miliciens en s'adressant aux deux autres.

Sur ces mots, deux des trois gardes s'éloignèrent, l'un allant chercher son supérieur, l'autre allant à la recherche de Mormegil dans la maison blanche en face de celle où se trouvait le semi-elfe, caché derrière sa porte à écouter les gardes. Le dernier garde quant à lui, se dirigea vers Mormegil. Ce dernier, en entendant les pas se rapprocher, prit sa dague en main et attendit.
Le garde, poussa la porte avec sa lance sans pour autant l'ouvrir complètement et entra. Le semi-elfe toujours derrière la porte, stoppa sa respiration et serra son poing autour du manche de sa dague.

« Il y a quelqu'un ? » demanda le milicien en avançant dans la pièce.

Mormegil ferma alors la porte d'un coup de pied, sauta sur le dos de l'homme en armure et prit de l'élan avec son bras pour asséner un coup de dague dans le cou du garde qui était le seul endroit où l'on voyait encore sa peau.
C'était sans compter sur la réaction du milicien. Ce dernier, en entendant la voix de Mormegil, recula contre le mur, écrasant ainsi son assaillant contre le mur de la pièce. Le semi-elfe, le souffle coupé, ne put porter son coup et tomba au sol. Le garde se retourna, prit Mormegil par le col et le plaqua contre la paroi de la salle.

« Enfoiré ! Tu veux mourir c'est ça ? » dit le milicien en mettant ses mains sur le cou de son adversaire afin de l'étrangler.

Mormegil, encore sonné, ne réagit pas.

(Je t'interdis de te faire tuer crétin ! Défend toi bordel Morme !) intervint l'alter-ego du semi-elfe.

Se réveillant suite à cela et réalisant qu'il était en train de mourir dans un étendoir à linge des mains d'un homme qu'il ne connaissait pas, Mormegil sentit la colère monter en lui. Ses yeux commencèrent à s'illuminer de rage tandis que le semi-elfe s'abandonnait à la douceur que lui procurait se déverrouillage psychique. Le garde, qui le regardait dans le blanc des yeux, fut surpris lorsqu'il aperçut un sourire sur le visage de son adversaire.

« Ta vie… va s’arrêter aujourd’hui… » déclara le semi-elfe à voix basse, la gorge écrasée par les mains du milicien.

L'Autre venait de refaire surface, libéré de sa prison mentale par l'homme qu'il s'apprêtait à tuer pour la survie de Mormegil, sa survie. Utilisant la rage dont il était issu, l'alter-ego du semi-elfe gorgea sa main droite de fluide sombre, créant un léger voile noir autour de son bras. Après quelques secondes de concentration, il regarda le garde dans les yeux, arrêta de sourire et agrippa le bras gauche du milicien. Ce dernier sentit sa force le quitter dans le dit bras, puis une douleur intense dans ce même bras lui fit lâcher prise sur sa proie. L'Autre lâcha le membre du garde et reprit sa respiration avant de plonger à nouveau sur l'homme en armure, sa main attrapant son feuillé à sa ceinture.
Le bruit du contact entre la lame et l’armure résonna dans la petite pièce. L’humain avait paré le coup avec son dernier bras valide.

« Qu'est-ce que tu m'as fait espèce de monstre ? » dit le garde en voyant l'arme de Mormegil plantée dans ses grèves.

« Oh ? Tu n'as pas encore deviné ? J'ai commencé à te tuer petit homme » répondit l'Autre d'une voix suave.

Sentant que le feuillé resterait coincé dans le morceau d'armure, l'alter-ego de Mormegil lâcha l'arme qui de tomba pas et récupéra sa dague qui était tombée sur le carrelage lorsque le garde l'avait écrasé contre le mur. Bien décidé à en finir, l'Autre sauta au cou du milicien, l'affaiblissant de nouveau avec son sort d'ombre en lui collant sa main droite au visage.
Le milicien commença par ne plus rien entendre d'autre qu'un son aigu et continu, alors, dans un dernier effort, il tenta de donner un coup de poing à Mormegil avec son bras, bras qui portait encore le feuillé de boucher planté dans ses grèves, mais il ne fit que le toucher tant sa force le quittait.
Lorsqu'il sentit que l'homme était incapable de faire plus, le démon qu'était devenu Mormegil planta sa dague dans la jugulaire de son adversaire, en affichant un grand sourire de satisfaction, laissant jaillir un geyser de sang tachant tous les linges étant restés accrochés dans la salle.
L'Autre ayant remplit son rôle, Mormegil l'enferma dans le fond de son esprit et reprit les rennes de son corps. Il déposa au sol le milicien pour qu'il ne fasse pas plus de bruit en tombant.
Mormegil regarda l'homme agonisant dans les yeux pendant de longues secondes, attendant que la vie le quitte tout en essuyant le sang de sa lame dans l'un des tissus présents.

« Phaïtos prendra soin de toi… » chuchota le semi-elfe alors que le milicien, dont le sang qui coulait à flot remplissait les jointures entre les carrés de céramique qui recouvraient le sol, venait de mourir.

Il récupéra le feuillé toujours planté dans l'armure du garde puis, il se dirigea alors vers la porte et écouta s'il restait des gardes dehors. Après quelques instants, aucun bruit suspect ne s'étant fait entendre, Mormegil ouvrit la porte et sortit d'un pas rapide pour ne pas trop éveiller l'attention laissant là le cadavre de sa victime. L'autre garde fouillait encore une autre maison avec ses propriétaires et ne vit donc pas le fuyard sortir dans la ruelle.

Suite...

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 4 Avr 2017 10:21 
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     Lorsque je rentre dans la maison du Maître, une humble habitation du quartier des docks, il est comme souvent plongé dans la lecture d'un ouvrage, ici ce qui semble être une lettre sur parchemin. La petite demeure, juste assez grande pour deux personnes avec un confort minimal, subit stoïquement le manque d'attention du Maître à la propreté ; la poussière s'accumule avec une vitesse alarmante sur le peu de meubles dont nous disposons et le vieil homme a une fâcheuse tendance à penser que la plupart de ses affaires sont tout à fait à leur place étalées sur le sol. J'enjambe précautionneusement celles-ci pour me présenter devant mon professeur, tout en restant sur mes gardes vis-à-vis de tout geste brusque de sa part. Sa dernière manie, pour m'apprendre la technique d'auto-pétrification, est de me jeter sans crier gare et avec une vivacité étonnante des pierres pour me forcer à réagir défensivement en utilisant la technique, ce dont j'ai toujours été incapable jusqu'à présent.

- Je suis là, lui dis-je, en tentant de jeter un coup d’œil fugace sur l'objet de sa lecture ; l'écriture alambiquée et la vitesse à laquelle il le range m'en empêche cependant.

     Le Maître se retourne alors vers moi. La meilleure façon de le décrire physiquement ce Varrockien de bonne taille pour son peuple, je pense, est de comprendre que son apparence est intimement liée à sa nature chaotique ; c'est en tout cas ainsi que je le perçois. Il porte par exemple ses cheveux blancs mi-longs selon son humeur - ici ils sont resserrés en une queue de cheval. Il a des yeux verts ; j'ai longtemps hésité quand à la description exacte de ce qui ressortait de son regard intense, entre folie et sagesse mélancolique. Il porte des habits négligés -qui tireraient une expression de dégoût du dernier mendiant- avec un air impérial, comme si la seule force de sa pensée suffisait à les transformer en atour royal. Sans le connaître, il serait difficile de croire que cet homme a atteint un haut degré de maîtrise magique, un don dont il fait d'ailleurs très rarement étalage... du moins devant moi.

- Six. Je t'ai dégoté la dernière partie du Traité de Géomancie Structurelle Appliquée d'Elena Verfast. Il est sur ton bureau, me dit-il tandis que, me regardant à peine, il semble chercher quelque chose par terre.

- Oh...

     Le Traité est une suite d'écrits concernant l'utilisation des fluides de terre vis-à-vis de problématiques architecturales et de leur utilisation pour renforcer stratégiquement les structures des bâtiments. L'ennui pur. Maussade mais habitué à ne pas broncher, je me dirige vers mon "bureau", en fait une simple planche fixée au mur en bois et soutenu par un bâton par le dessous. Je suis d'assez mauvaise humeur ; ma conversation avec Ahol, pendant laquelle j'ai défendu le Maître avec véhémence, à tout de même laissé ses traces. Mon entraînement est incroyablement lent : apprendre à lire et à écrire m'a pris une grande partie de la première année et après tout ce temps je ne maîtrise toujours pas autre chose que le nuage de poussière que j'ai accidentellement lancé, il y a déjà presque deux ans de cela, lors d'une rixe dont le Varrockien fut témoin.

     Je déroule les feuillets composant la dernière partie du traité, étonnamment poisseux et à l'odeur désagréable.

"Mais ou est-ce qu'il a trouvé ça ? Qui s'ennuie à collectionner des machins pareils ?"

     Je tente de me passionner, autant que l'auteur, pour le potentiel de la géomancie pour la restauration des arcades de pierre, mais le cœur n'y est décidément pas. Mon regard glisse sur le texte ; je sens, malgré moi, une colère sourde monter. Ou peut-être est-ce de la frustration. N'y tenant plus, je me retourne pour invectiver le Maître.

- Et si vous m'appreniez enfin à maîtriser un sort offensif ?

     Le varrockien ne semble même pas avoir entendu ma question. Obnubilé par sa mystérieuse recherche, il me tourne ostensiblement le dos, faisant virevolter vêtements et outils alambiqués à l'utilité incertaine pour mettre la main sur... quelque chose. Après quelques secondes il s'arrête cependant, se retourne et plante ses yeux dans les miens. Mal à l'aise, je cherche à sonder ses pensées via son regard, sans résultat, comme d'habitude.

- Pour en faire quoi, au juste, Six ?

- Me défendre ? Pouvoir réagir autrement que par une légère brise poussiéreuse ou par auto-pétrification -ce qui m'avancera bien, tiens- ? Qu'ai-je appris pour l'instant pour réellement survivre dans ce monde ? Je vous suis redevable de m'avoir appris à lire et à écrire mais je n'ai pas l'impression que j'exploite pleinement le potentiel de mes fluides de terre et ce n'est pas ce foutu traité qui va m'aider à cela ! lui dis-je en perdant un peu le contrôle de ma voix à la fin.

     Un léger sourire apparaît à la commissure des lèvres du Maître, ce qui est en général un mauvais signe. Le vieux varrockien aime particulièrement me jouer des tours de toute sorte, parfois cruels ; j'ai la désagréable impression d'avoir réagi exactement comme il s'y attendait.

- Avant d'apprendre à courir, on apprend à marcher. Donne un grand pouvoir à un homme sans lui avoir d'abord appris à en supporter le manque et à se débrouiller sans lui face au danger ou à l'inconnu et il n'en mesurera pas la valeur ; il l'utilisera sans mesure et sans sagesse et provoquera peut-être plus de mal que de bien, dit-il tout en se détournant de moi et en continuant sa recherche.

- Mais j'ai vécu presque vingt ans sans maîtriser la magie ! Je sais ce que c'est que de vivre sans ce "pouvoir" !

- Tu n'en as pour autant pas appris la mesure ni la sagesse, et ta réaction est la preuve que mon enseignement ne te l'as pas non plus appris. Le Maître écarte un vieux livre qui traînait par terre et semble satisfait à la vue de ce qui se cachait en dessous ; je ne peux pas voir d'ici ce qu'est exactement cet objet tant convoité.

- Tu dois vivre ces situations de danger et d'inconnu sans "pouvoir offensif", comme tu les appelais, pour mieux comprendre les usages et les limites de tels pouvoirs. C'est pourquoi j'ai décidé de t'inscrire à la milice.


- PARDON ? OWWWWW !

     Je tombe à terre me tord de douleur en me tenant la tête. Le Maître vient de m'envoyer un galet de bonne taille, celui qu'il a récupéré à terre, à une vitesse fulgurante. Prostré à terre, je le sens s'accroupir auprès de moi.

- Comment... voulez-vous que j'aie le réflexe d'utiliser la pétrification, réussis-je à lui dire malgré la douleur.

- Encore une fois, Six, ce n'est pas une question de réflexe. Un rocher n'a pas de réflexe ; je peux lancer cette pierre à la vitesse d'un dragon en piqué, elle n'aura pas plus d'effet que si je la laissais doucement tomber. C'est sa nature-même, et cela doit être la tienne sans avoir à y penser. Le fluide de terre n'est pas un outil, c'est une partie intégrante de ta personne. Il te définit. Tant que tu ne t'aligneras pas complètement avec lui, avec sa place dans le monde, tu n'y arriveras pas.

     Je me relève doucement pour m'asseoir, tout en me massant le front.

- Vous pouviez passer directement à la leçon existentielle au lieu de me lapider.... Et ça ne concorde pas avec le multi-élémentalisme, votre histoire.

- Ton premier fluide sera toujours le seul qui te définit réellement. Les multi-élémentalistes renient leur nature et s'affaiblissent par là-même. Ne t'avise pas de revenir ici si tu succombes un jour à cette tentation.

     Il se relève alors, s'assied tranquillement devant son bureau, sort une plume et commence à écrire quelque chose en me tournant une fois de plus le dos.

- Tu te présenteras à la milice aujourd'hui même, je les ai déjà prévenu que mon petit-fils était intéressé. Tu leur proposeras ton aide ; tu accompliras la mission sans avoir recours à quelque sorte de magie -et si c'est le cas je le saurais, crois-moi. Réfléchis bien, à chacune de tes actions, si une utilisation inopinée de la magie aurait vraiment été une meilleure option que d'être simplement forcé à utiliser ta tête. Voilà ta leçon du jour.


"Ma tête n'est pas en état de faire quoi que ce soit, pour l'instant. Et si on me retrouve mort égorgé dans un coin de la ville, il aura sa réponse sur l'utilité de la magie."


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 30 Avr 2017 22:09 
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Chapitre 6 - Faire ses courses.

Chapitre II-7.Petits pas de deux.


La femme elfe entra dans la maison du Shaakt sans pouvoir distinguer clairement les lieux tant la pénombre était présente. Elle fit quelques pas en avant, mais les rares traits lumineux provenant de l’extérieur ne suffirent pas à marcher sans avoir recours à ses mains contre les murs ou les rares meubles. Même les volutes de lumière n’avaient aucun moyen de pénétrer en ces lieux. Relonor avait déjà eu affaire à quelques cambrioleurs pensant que le ou les habitants étaient sortis. Malheureusement pour eux l’obscurité était un allié du Shaakt et depuis, les appartements de l’elfe noir n’avaient plus subi ce genre de dérangement.

Contrairement à son invité, lui y voyait suffisamment bien. L’obscurité était assez présente pour attraper et ligoter sa proie sans trop de problèmes. Restait à savoir s’il prenait le risque de la sortir de la ville ou simplement de prendre des bijoux pour forcer Kyorn à lui obéir. Cependant, Relonor avait d’autres idées dans la tête. La récente réussite dans les docks était encore en lui et l’extase qu’il avait ressenti face à la détresse de ses victimes le faisait encore jubiler. Cette fois-ci, il avait réussi à emmener dans sa propre demeure une femme aux courbes trop parfaite pour qu’il ne se laisse pas tenter.

"Où êtes-vous ?" Lui fit Elsia dans une semi supplique. "Je ne vous vois ni ne vous entends."

L’elfe noir se languissait de la détresse de sa prochaine victime. En ces lieux il était un dieu tout puissant, faisant pleuvoir son courroux divin à ceux et celles qui avaient l’audace de profaner son sanctuaire sacré. L’heure n’était pas au châtiment et s’il y avait en lieu saint à profaner, cela serait l’entrecuisse de la donzelle. Tandis que cette dernière commençait à se douter de ce qui allait se tramer en ces lieux, en l’absence totale de réponse et de bruit, elle se dirigea d’un pas rapide mais peu assuré vers la sortie. Relonor profita de cet instant de peur pour venir derrière elle et la saisir avant qu’elle n’atteigne la porte.

"Vous ne devriez pas sortir, les rues ne sont vraiment pas sûr pour une dame comme vous." Déclara l’elfe noir, saisissant la femme de sa main droite sur la poitrine tandis que sa jumelle commençait déjà à relever la robe.

"Lâchez-moi espèce de porcs ! Vous êtes aussi abjecte que ceux de votre race !" Répondit l’elfe bleue en se débattant.

Les mains noires de l’elfe se faufilaient à travers les couches de vêtements pour atteindre les parties charnues de la femme. Les prises fermes provoquaient chez l’Earion des cris de souffrances qui n’eurent d’effet que d’exciter davantage le Shaakt.

"Soit pas si cruel envers nous ma belle. Regarde-moi, en général je ne suis pas fan des palmées, mais pour toi je veux bien faire une exception. Susurra-t-il. Encore une chose. Tu auras beau crier autant que tu le veux, ici personne viendra pour te sauver. Ce quartier est l’un des plus mal famé de la ville. Bon nombre de personne font leur propre loi et on ne s’intéressent pas aux affaires des autres. Faut dire qu’une lame et si vite planté dans le dos par ici !" Continua-t-il pour finir en un ricanement sadique.

A force de vouloir dévêtir la jeune femme, celle-ci profita du manque de prise de l’elfe noir pour s’arracher à son emprise malveillante. Elle en paya le prix en perdant quelques lambeaux de vêtements à sa tunique, ne tenant plus que par l’épaule droite.

Relonor qui s’amusait follement de la situation cherchait encore à se languir de sa souffrance, la délestant de ce tissu qui lui obscurcissait la vue. Il saisit ce qui restait du haut du vêtement, mais sa prise fut arrêtée par la main d’Elsia. L’elfe bleue avait bien caché son jeu car il multiplia les tentatives sans succès. La frustration des échecs grandissant, il empoigna les bras de la jeune femme et usa de sa force pour la faire valser au sol. La danse ne dura que quelques instants lorsque l’Earion tomba en arrière sur une chaise qui se fracassa sous le poids des deux individus. Relonor profita d’une absence de lucidité pour admirer le corps de la femme et lui déchirer le vêtement du haut, dévoilant sa poitrine ainsi qu’un morceau de bois en travers de l’abdomen.

"Non !" Hurla-t-il.

Dans leur lutte, la chaise avait en partie cédée. Cependant, l’un des pieds ne s’était pas fendu comme le reste. La fente dans le bois avait transformée ce qui restait du pied en une pique suffisante pour perforer la peau. Un soubresaut accompagné d’une éruption de sang dans la bouche confirma au Shaakt la mort imminente de l’elfe bleue.

(Personne n’ira la chercher ici, mais reste à savoir comment je vais persuader Kyorn de me suivre au lieu de rendez-vous. Ha oui, elle a sûrement un bijou ou une autre babiole sur elle.)

Du corps inanimé, il en sortie un anneau duquel on pouvait y lire des inscriptions elfiques. Il espérait au moins que ce n’était pas une simple babiole achetée au premier vendeur de bric-à-brac.

Chapitre 8 - Tu m'as dit d'aller siffler là haut sur la colline.

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Je boirai vos âmes.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Jeu 4 Mai 2017 18:21 
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Encore plongées dans la lumière, les villas de marbre des beaux quartiers brillaient sous les rayons du soleil. Chaque bâtisse semblait avoir été construite pour surpasser en tout point sa voisine. Fontaine, dorures, bois précieux, sculptures fines, jardins taillés et ornés, tous les moyens sont bons pour prouver sa puissance aux passants ou aux visiteurs. C’est dans l’une d’elle qu’avait choisi un marchand Ynorien pour séjourner lors de ses longs séjours à Kendra Kar. Densho Batô, riche marchand originaire d’Oranan, voyageait dans tout Nirtim pour vendre de nombreux matériaux précieux bruts : bois, marbre, pierres, … Cet homme d’une petite quarantaine, aux longs cheveux ébènes et aux yeux d’amandes, était souvent en affaire et venait au Temple des Plaisirs y trouver le repos nécessaire. Considéré comme un homme à femmes, de nombreuses courtisanes l’entouraient, nuit et jour, jour et nuit, sauf pendant ses séjours au Temple. Une fois dans l’antre de la noire, Densho était pris dans les files de l’araignée et la créature faisait de lui ce qu’elle voulait. Ni niais, ni naïf, cet homme comprenait comment fonctionnait sa prédatrice mais ce jeu lui plaisait et il aimait le perdre, malgré ses luttes, malgré ses défenses. 
La Shaakte gravit les marches blanches de la Villa, avant d’être interrompu par deux gardes fièrement postés à l’entrée, stoïques.

« Halte ! Qui êtes vous ? Avez vous un entretien de prévu avec Maître Batô ? »

Toujours cachée sous sa capuche, Irina répondit simplement.


« Allez dire à votre maître qu’une amie souhaite s’entretenir avec lui, de manière plutôt urgente. »

Méfiants, les gardes s’échangèrent un regard interrogateur. Ce genre de visite ne semblait pas faire le quotidien de ces deux gaillards. 

« Il est assez occupé. Je pense qu’il ne pourra pas vous recevoir. »


Un léger sourire se dessina sur les lèvres de la Shaakte.

« Je sais très bien à quoi il peut être occupé en une journée aussi ensoleillée. Annoncez moi à lui. S'il apprenait que je me suis faite éconduite, je ne donne pas cher de votre poste, s'il n’y a que cela que vous perdez dans le meilleur des cas. »



Les deux benêts s’échangèrent de nouveau des regards perdus, avant que l’un d’eux se décident de partir à l’intérieur. Avant qu’il ne soit trop loin, Irina l’arrêta un instant.

« Et s'il aurait des doutes sur mon identité, dîtes lui simplement que nous pourrions reprendre notre jeu, s'il daigne bousculer son emploi du temps fort chargé pour moi. »

La voix était teintée d’un soupçon de sarcasme, que le pigeon ne comprendrait sûrement pas, seul le destinataire du message. 

Après un court instant d’attente, le garde revint accompagné d'une courtisane, tout aussi similaire que celle qui fut en compagnie de la Shaakte quelques minute plus tôt. L’homme reprit sa place, docile et la jeune Kendrane se baissa légèrement pour saluer l’invitée, l’accueillant d’une voix douce.

 " Si Mademoiselle veut bien me suivre, Maitre Bâto vous attend dans le salon Rouge."

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Jeu 4 Mai 2017 18:30 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))

De l'architecture au choix des matériaux, de la beauté des serviteurs en passant par les vêtements choisis, tout était mis en œuvre pour époustoufler les invités. Rien ne semblait être laissé au hasard, chaque pièce exposée transpirait le luxe et la richesse, et était mise en valeur par la lumière naturelle du lieu. Slalomant entre les couloirs et les pièces aussi riches les unes que les autres, l'invitée et sa guide arrivèrent devant une porte d'ébène, semblable à celle de l'Antre du Temple des Plaisirs. La Kendranne poussa le bois précieux, donnant accès à une pièce bien moins lumineuse que le reste de la villa. Le sang semblait avoir teint les murs et les meubles, tandis que de discrètes dorures illuminaient discrètement la pièce par le reflet de quelques bougies allumées. Le maître des lieux attendait allongé sur le divan de velours, un verre à la main, sirotant un breuvage semblant être un vin des plus puissants. A l'arrivée de l'invitée, l'Ynorien se leva de son assise et fit face à l'étrange inconnue. Plongeant son regard quelque peu enivré dans les deux améthystes se révélant dans l'obscurité de la cape, le marchand s'adressa à la Kendranne.

" Laisse nous, Teanta. Et que personne ne me dérange."

Teanta, comme surprise par l'attention portée par son maître à une inconnue, tentait de réprimer ses émotions et s'inclina légèrement. 

"Bien Maître."


La jeune femme disparut derrière la porte noire, laissant le couple seul dans la pièce sombre.
Presque déshabillée du regard par son hôte, Irina se débarrassa de son couvre chef, plongeant à son tour ses yeux virant au rubis dans les siens. Elle quitta un instant le visage ynorien pour inspecter la pièce, avant de retrouver les yeux en amandes, amusée.

" Je ne suis pas dépaysée du Temple dans cette pièce, alors que le reste de ta demeure aveuglerait presque tant la lumière y est présente. Tu veux me mettre à mon aise ? Tu sais pourtant que cela te joue parfois des tours. "

Les lèvres de Densho dessinèrent un sourire sur son visage, avant de caresser la joue cendrée de la Shaakte.

« Tu n’as pas besoin de lumière, puisque tu rayonnes dans la plus sombre des obscurités, ma belle Irina. »

Les doigts de l’Ynorien se frayèrent un chemin jusqu’à la longue chevelure immaculée de la Shaakte, savourant chaque seconde du contact avec le corps de son invitée. Irina sentait en son ancien compagnon de jeu que le temps passés ensemble lui manquaient, terriblement. Les frissons dans ses doigts trahissaient son manque, gonflant l’ego et la confiance de l’elfe en elle. La brèche dans l’esprit du marchand Oranien était bien trop béante pour ne pas en profiter, aussi la manipulatrice attaqua directement sa proie en utilisant ses points faibles.
Les doigts cendrés rejoignirent ceux de l’Ynorien, les guidant le long des courbes de la Shaakte, qu’il avait auparavant eu le loisir d’explorer en profondeur. Le souffle court, l’homme semblait déguster chacune des sensations que lui prodiguait l’elfe experte, seulement par le contact de sa main sur le corps ténébreux, encore chastement protégé du tissu sombre. L’ombre s’approcha de sa proie, l’obligeant inconsciemment à reculer et à choir sur le divan de velours rouge. D’une légère pression sur l’épaule, la prédatrice obligea l’Ynorien à s’asseoir plus confortablement sur le sofa, permettant à l’elfe de s’installer à son tour sur ses genoux. D’un mouvement rapide de la main, l’attache de la cape s’ouvrit, laissant tomber le tissu sur le sol. Le décolleté dévoilé, Irina appuya sa poitrine contre le torse de Densho, calant sa tête contre son épaule solide. Les yeux clos, le marchand laissa échapper un léger râle de plaisir. Le fruit était presque mûr, le temps était venu de le cueillir.
Les lèvres près de l’oreille de sa proie, la chasseuse murmura quelques mots de sa voix la plus gracile.

« Tu ne me sembles pas assez résistant pour que nous puissions reprendre notre partie, très cher. Surtout qu’il me semble que vient bientôt la saison où tu retournes chez ta femme, à Oranan. Tu ne me reverras plus avant plusieurs mois, notre partie va rester en suspens pendant un long, très long moment. »

Appuyant sur ses derniers mots, Irina glissa sa main le long du corps de Densho, atterrissant à la fin de son voyage sous son nombril, camouflant ses doigts entre les deux corps.
Les yeux plissés, le souffle rapide, se mordant les lèvres par intermittence, l’Ynorien répondit à son invitée.

« Je pensais pouvoir encore profiter… de toi tant que j’étais à Kendra Kar. Mais… je ne t’ai pas trouvé au Temple. On m’a dit… que tu étais parti en mission diplomatique en dehors de la ville… Mon départ devait avoir lieu aujourd’hui mais… je l’ai retardé… pour te voir. »


Sa respiration se faisait de plus en plus forte et complexe. Irina sentait sa proie se faire plus facile, s’approchant de moins en moins farouchement du chasseur.

« Comme c’est attendrissant. »

L’elfe accentua le pouvoir qu’elle avait sur le faible homme, perturbant l’étroit esprit logique et de conquête de l’humain.

« Mais heureusement pour toi, je ne suis pas venue te faire mes adieux. Je souhaite me rendre rapidement en Ynorie, dans ta ville natale. Et je pensais que tu ne serais pas contre de la compagnie durant ton voyage. N’est-ce pas, Densho ? »


Le silence de la proie n’étonnait pas la Shaakte, qui voyait au visage du marchand qu’il contenait le moindre bruit trop soudain pouvant s’échapper de sa bouche.
Travaillant de plus en plus ardemment sa cible au corps, Irina sentait le gibier sur le point de craquer. Elle engagea donc sa dernière approche de sa proie, en réitérant sa question.

« N’est ce pas, Densho ? »


A bord de l’implosion, Densho répondit dans un soupir.

« Oui maîtresse. »

Et en dernier mouvement expert, Irina acheva le gibier dans l’extase. Restant un court moment tels quels, Irina se retira ensuite de l’épaule de Densho, souriant à sa victime.

« Je vois que maintenant, tu es prêt à reprendre notre partie. Nous aurons tout le temps de la continuer durant le voyage. Partons maintenant. »

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 17 Mai 2017 15:18 
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Chapitre 2 - Problèmes à l'horizon

III.3 Une ombre mortelle


En arrivant chez lui, Relonor s’attendait à faire face au corps de la jeune femme, gisant sur le sol. Au lieu de cela, seule la marque de sang pouvait témoigner de l’horreur qui avait eu lieu. Ces fameux inconnus étaient bel et bien venus ici et avaient emporté le corps. Ces mêmes hommes qui l’avaient manipulé, l’amenant à cette impasse actuelle. Lui qui avait été chargé de retrouver une fille, l’occasion était trop belle de ne pas profiter de l’opportunité. Si jeune, si belle, si dénudée. Pour Relonor c’était une gourmandise irrésistible. Après coup c’était peut-être une erreur, mais tel était sa nature et il se complaisait dans la souffrance du monde autour de lui.

Il voulait hurler de fureur, frapper les murs, détruire tout ce qui passait à proximité, mais l’urgence était là. A défaut de trouver un abri sûr, il devait quitter la ville au plus vite. Pendant qu’il rassemblait ses maigres affaires, ainsi que les lames de ses dernières victimes pour se faire de l’argent, derrière-lui le sol grinça.

Il se retourna vivement, la main sur le manche de son épée et vit une poigne de fer le saisir à la gorge, pour le clouer contre le mur à quelques centimètres du sol. Un coup de poing puissant vint le prendre à l’estomac, lui coupant sa respiration et sa poigne sur son épée. L’arme vola au loin par l’intervention d’une main aussi rapide qu’agile. Face à lui se trouvait une Shaakt très séduisante, de quelques centaines d’années. Ses vêtements près du corps mettaient en évidence ses courbes parfaites et son corps athlétique presque fin, cachait une force insoupçonnée. Au fond de sa capuche de bonne facture, gardant secret son visage, deux yeux violets pleins de haines fixaient en permanence sa proie. Même les boucher sur le point de déplumer un poulet avait plus de compassion. Ces précautions sur l’identité de la femme ne valaient pas pour lui. Il savait pertinemment qui était cette femme.

"Bien le bonjour ! Comment allez-vous chère mère ?"

Un nouveau coup l’atteignit au ventre pour toute réponse.

"Peux-tu me dire ce que tu manigances ?" Rugie enfin la femme.

Relonor n’en menait pas large. Sa mère avait tenté de prendre le pouvoir il y a bon nombre d’années de cela. Elle avait cherché l’exil à Kendra Kâr emmenant avec elle Relonor. Non pas qu’elle ait besoin de lui, non cette femme voulait se servir de lui pour gagner du pouvoir et cela commençait par de l’argent. Pour connaître qui était la femme de Kyorn, Relonor s’était introduit dans le bureau de son patron. Il y avait découvert bien plus que ce qu’il cherchait. Son investigation lui permit de lever le voile sur l’implication de sa mère. Cette dernière entretenait une liaison charnelle avec Mr Yorgensen, s’octroyant ainsi la moitié du salaire du Shaakt. Ce qu’elle devait ignorer était que son amant, si l’on peut dire, renseignait la milice sur leurs agissements. Pour le peu qu’il savait d’elle, cette femme était aussi sournoise que possible. Cachant de vrais talents pour elle-même.

"Moi ? Rien de plus qu’un brin de ménage." Répondit le Shaakt cachant sa nervosité.

"Alors explique-moi pourquoi la milice se dirige ici ?"

(Ils sont sur mes traces ? Déjà ?)

"Ma fois, je suis sûr qu’ils ont enfin reconnu mes talents de bretteurs. C’est que j’ai aidé à retrouver une jeune femme récemment. Bon elle était morte, mais je ne puis faire revivre les morts." Ricana Relonor cherchant un moyen de se débarrasser de sa mère rapidement.

"Misérable chien, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour toi ! Tu as un travail et une maison grâce à moi et voilà comment tu me remercies ? Tu fais venir la milice à toi et il ne leur faudra pas longtemps pour me mettre sur le dos le guêpier dans lequel tu t’es fourré." Fit-elle en faisant percuter son propre fils une nouvelle fois contre le mur.

"Ce que vous avez fait pour moi ? En quoi prélever la moitié de mon salaire, d’un travail honnête, était un acte de pure bonté ?" La révélation la cloua sur place. "Oui je l’ai découvert. Tout comme j’ai découvert que votre si bel amant se servait de vous pour renseigner la milice. Alors chère mère, avez-vous des fautes à vous faire pardonner avant de le faire à la garde locale ?" Répondit l’elfe noir souriant de toutes ses dents afin de la déstabiliser.

"Tu as peut-être raison." Dit-elle tout bas, sur un ton compatissant. "J’ai été une mauvaise mère pour toi. Je ne suis pas parfaite, j’ai mes défauts moi aussi." Continua-t-elle presque larmoyante. Relonor lui commençait fortement à s’inquiéter, souhaitant presque l’arrivée immédiate de la milice. "Il est vrai que j’ai commis quelques actes peu tolérables dans cette ville et quelqu’un va devoir payer pour cela. Je suis vraiment désolé. Tu as été un bon fils et tu vas devoir l’être une dernière fois."

"Quoi, qu’est-ce que vous…arg." Fit le Shaakt avant de recevoir une dague dans le ventre.

Le coup bien placé lui rappela que sa mère était maîtresse dans l’art de torturer les gens. Les faire souffrir sans les tuer. Leur laisser le temps de réfléchir au sens de leur vie, tout en voyant la leur échapper sans être capable d’intervenir. La poigne se desserra autour de son coup et le Shaakt se laissa tomber au sol, mue par la douleur et incapable de bouger.

"Tu m’as bien servit, en tout cas le peu que j’espérais de toi. Maintenant tu vas assumer tes péchés et ceux de ta mère en bon fils. Je garderais un doux souvenir de toi. Celui d’un fils aussi idiot qu’il était faible."

Elle se dirigea vers la porte et jeta un dernier regard à son rejeton.

"Je ferais de mon mieux pour assister à ton exécution, mais je ne te promets rien. J’espère qu’ils opteront pour l’écartèlement par les chevaux, j’ai toujours aimé ce bruit que font les membres lorsqu’ils s’arrachent du corps. A dans une autre vie peut-être !" Finit-elle dans un sourire sadique, disparaissant dans la rue.

Ce qu’elle ignorait, c’est que Relonor avait mis son corps à rude épreuve ces derniers jours. Un jeune bretteur sur les docks, un excellent guerrier non loin de Kendra Kâr. Il s’était habitué la douleur des rudes combats. Si la blessure était handicapante, elle ne l’empêcherait pas de partir d’ici. Relonor se leva, prit ses affaires et rajouta du linge, aussi propre que possible avant de quitter les lieux à son tour.

Chapitre 4 - Dédale de rues

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Je boirai vos âmes.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 28 Juin 2017 23:47 
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* [:attention:] Scènes de violences [:attention:] *


Après bons et cabrioles de toit en toit, Maltar se planque derrière une cheminée. A plat sur l'ardoise, il étudie la situation. Le "putain d'Rif" semble avoir de la visite ce soir là. Elfette. Chevelure longue d'argents. Cuir noir de haut en bas que moule un galbe qui ne demandent qu'à être moulée. Vu la souris, ce pourrait être un rendez vous galant, genre poule de luxe qu'on commande un seau d'or pour la nuit. Mais à mieux regarder, peut probable. Les galantes ne forcent pas les serrures.

Elle tâtonne un peu du bras derrière la porte qu'elle vient d'entrouvrir, puis la souris rentre comme une ombre. Elle ressemble à une elfe blanche, mais bouge et agit comme une elfe noir. Ça pue le maquillage. Maltar réfléchit une seconde. D'un coté, cette miss, c'est une inconnue à l'équation en plus. Pas dit qu'il ai envie de la serrer de trop prés, ça pourrais craindre. Mais en même temps, s'il veut pouvoir poser ses question et péter des rotules, mieux vaut avoir affaire à un Rif encore en état d'en profiter. Il décide donc vite d'aller voire de quoi il retourne, tout en pensant à l'éventuelle ironie qui le conduira peut être à devoir peut être, temporairement, "sauver" (temporairement) la vie à Rif si besoin... Ce serait presque dégradant de permettre à un tel tas de merde de gagner ne serait'ce qu'une seconde de vie en plus.

Après avoir laissé une petite avance à la visiteuse, il s'assure que personne ne passe et descend en douceur du toit pour rentrer dans la boutique de Rif.

Une chance de pouvoir voir dans la pénombre. Car il parait que certaines races ont plus de mal... La boutique est un véritable bric à brac ou la notion de rangement est... Goblinesque. Des trucs qui traînent partout et ne demande qu'a vous tomber dessus ou vous faire tomber. Le premier stage est fait d'une pièce unique, qu'un humain n'aurait jamais pu traverser sans provoquer à un moment où à un autre se faire du mal. Des vieux livres, des objets précieux, beaucoup d'animaux empaillés... S'il y a peut être une forme de rangement, Maltar n'est pas sur de la saisir. L'elfe pas si blanche n'est plus là. Le silence est absolu.
Le plafond retenti. Rif ne devait pas dormir, ça à l'air de s'asmatter sec là haut. Peu envieux de s'interposer entre les belligérants, Maltar ferme la porte d'entrée, histoire de limiter les curieux. Puis iva vers le coin cuisine fouiner dans les placard.

Très intense, la lutte cesse vite. La recherche se fait plus dans le silence et la maîtrise. Maltar, après une courte pause, n'entend plus que des petits pas légers aller et venir. L'elfe a gagné, ou Rif marche comme une pétasse. Et ça ne sent encore ni la pisse, ni la merde. Pas de mort à signaler... Pas encore

Pendant que la miss trafique à l'étage, semblant tour à tour marcher, traîner un corps, trafiquer avec du tissu, sans aucun effort de discrétion, Maltar va tel un spectre, mettre son nez partout au rez de chaussé, à la recherche de "il ne sais pas quoi encore mais pourvu qu'ça brille"tant que personne ne l'emmerde. Au bout d'un moment, Rif semble s’être réveillé et Maltar comprend enfin la venue de la Dame. Celle-ci questionne sa victime à propos de la "tunique sans ombre". Maltar n’a pas une foutue idée de ce que c'est, mais cela a l'air d’être foutrement important. Une cochonnerie douce et soyeuse pour "pét'dan'la'soie" d'elfe, à n'en pas douter. La discussion tourne surtout sur sa localisation, dans un style "interrogatoire poussé" des plus plaisant. Ça crie, ça souffre, ça geint, ça ravi le gobelin qui se laisse aller à s’asseoir sur un fauteuil pour profiter de la mélodie en grignotant un saus'bac. Si le pauvre Rif savait qu'il ne s'agit que de la première partie de concert...


Tout ça se traîne bien sur un saucisson et demi, jusqu'à ce qu'à ce que ça beugle A Caix Imoros ! A Caix Imoros ! Dans la tour des enchanteurs sombres ! Alors Maltar quitte son fauteuil, sentant que c'est maintenant son heure de monter sur scène. Il grimpe le plus discrètement possible les escaliers, en calant à chaque fois bien ses pieds à l’extérieur des marches, là où elles grincent le moins. Arrivé en haut, sa vilaine trogne de gobelin caché derrière son turban de fortune qui recouvre l'intégralité de son visage à exception de ses yeux, il marche soudain d'un pas plus naturel, qui quoi que très souple et fait volontairement grincer les lattes de bois pour annoncer son arrivée. Il interpelle la dame.

"Sans vouloir m'imposer, mais pourrai'je vous emprunter votre jouet quelques minutes? J'aurais moi même besoin de deviser avec lui... Il ne le sait peut étre pas encore, mais il semble que nous nous sommes tout deux récemment brouillé... "

La donzelle semble d'un sang-froid presque à toute épreuve. Seul un léger haussement de sourcils trahit chez elle la surprise alors qu'elle le dévisage en reniflant avec retenue et distinction. Elle recule de deux pas, ce qui permet à Maltar de s'approcher de Rif sans s’approcher trop dangereusement d’elle... Rif ressemble à une rate qui vient de menstruer par tout les pores. Il à salement dégusté, la poule sait y faire.

"Allez-y," lui dit elle

Maltar rejoint d’un pas pressé la plaie ambulante et balance un grand coup de pied dans le dos de la chaise, l’envoyant s'eclater sur le sol, la face de rat avec. Puis il lui botte les côtes en jurant.

« ‘Culé ! »

S’ensuit d’autres coups de pied, brassée de jurons, quelques coups de talons dans les boyaux. Après quoi, il se jette sur rif et roue son visage de coup de poing et de téte. Qu’importe le pourquoi pour l’instant : le commerçant lui a foutue les nerfs en boule, alors il donne de sa personne pour le calmer. L'ordre naturel des choses.

Cela fait, il se redresse de meilleure humeur et baisse le foulard qui lui cache son visage.

« Bon, tu m’cherchais ? ‘lors me v’la. Plus agité qu’tu v’lais m’voir, mais m’v’la. »

« Le sekteg Rouge ! » S’exclame Riff.

« S’la même, sac a merde, » répond Maltar en lui brisant les os de l’auriculaire sous un brusque coup de talon. « Bon, j’trouvé c’te pince en bas. Tu m’permets qu’j’m’en serve ? S’rait peinant qu’tu m’dises des trucs sans qu’j’ai vraiment insisté. Alors j’commence par... »

Joignant le geste à la parole, Maltar attrape une main de Rif et d’un coup de pince en arrache un ongle. Sa volonté déjà complètement mise à mal par la semi-shaakt, Rif n’est guère en état de lutter et voudrait déjà à tout déballer. Mais alors qu’il s’apprête à vider son sac, le gobelin le gifle violemment.

" Ta gueule !"

Dans un odieux craquement, il arrache un deuxième ongle, puis attrape un oiseau empaillé et, pris dans une certaine fibre créatrice, en enfonce le long bec sous un orteil.

"t’jactera plus tard qu’j’rais fini d’insister."

Maltar baisse le pantalon de riff puis, le laissant cul nu, se dirige vers ce qui ressemble à la tête empaillée d’une sorte de zébu albinos, qu’il décroche du mur. Profitant de ces quelques secondes de répit, riff gémit :

« C’est Kaùyn Gleipnir qui a entendu parler de vous. Il voulait d’abord récupérer votre mandoline. Puis il a appris que vous étiez rouge. Le premier gobelin rouge de mémoire d’homme. Il espérait tirer une fortune de vous une fois... naturalisé. »

Une nouvelle colère prend la place d’une autre. Soudain, Rif n’a plus d’importance pour Maltar qui se sent par contre très enclin à aller échanger planter quelques cul de bouteilles dans les globes de ce Kaùyn Gleipnir".


suite

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Dernière édition par Maltar le Mer 13 Sep 2017 16:31, édité 8 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 16 Juil 2017 13:57 
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Un soupir déchira le silence qui planait dans la salle de cours du manoir de la Baronnie.

- Dis-moi, Ferdinand, as-tu seulement appris tes tables de multiplication ?

Cela faisait maintenant un mois que le professeur Helboldt enseignait aux deux enfants de la famille et en ce jour assez particulier, il leur avait collé une petite interrogation. Évidemment, comme ils n'étaient que deux, il prenait souvent l'initiative de leur poser des questions directement, mais parfois, il préférait avoir des copies : cela lui rappelait un peu les salles de cours des petits bourgeois qui se rassemblaient pour acheter une éducation commune à tous leurs enfants. Lorsqu'il pouvait ignorer un élève qui refusait d'apprendre et se concentrer sur les autres... Mais il était bien heureux de n'avoir maintenant plus que deux copies, suffisantes pour ramener un brin de nostalgie sans les inconvénients de la manœuvre.

Quoique, deux copies... c'était peut-être un peu exagéré. Il n'y avait presque rien sur celle de Ferdinand. Quant à celle de Simona, elle semblait de loin exempt de fautes, ce qui ne lui prendrait donc pas longtemps non plus à vérifier. Il soupira à nouveau en voyant s'élever vers lui le sourire innocent du gamin. N'avait-il pourtant pas précisé, la veille, qu'ils feraient mieux de réviser leur arithmétique et tout ce qu'ils avaient vu ces dernières semaines ? Simona avait opiné du chef, aussi attentive qu'à l'ordinaire derrière ses grandes lunettes rondes, tandis que Ferdinand s'était précipité à l'extérieur, dans le jardin. Il ne changeait décidément pas – du moment qu'il n'allait pas chercher un terrain de jeux plus grand...

- Je suis navré, monsieur, finit-il par expliquer avec un sourire en coin.

Depuis sa fugue, le petit aurait dû être recadré par son père. Mais étant en convalescence pendant un moment après celle-ci, il avait été chouchouté et en avait profité pour rester au lit le temps que l'on se calme à son propos. Si bien que ce cher Baron n'avait rien fait à l'encontre de son fils unique et adoré. « Oui, votre histoire tiens debout, monsieur Helboldt, mais regardez-le... Il est souffrant, vous comprenez ? Inutile de l'embêter davantage avec ces histoires : il a dû souffrir bien plus que vous. » Inutile de dire qu'il était intimé au silence. Le seul avantage qu'il en avait retiré était une certaine considération pour ses connaissances alchimiques et le respect (relatif) du gosse qui, s'il n'apprenait toujours pas grand-chose, avait arrêté de le mépriser et de l'ignorer.

L'horloge sonna onze heures ; Ferdinand se leva et, en un instant, il était déjà sorti. La petite Simona toutefois, ramassa les copies (en lorgnant rapidement sur celle de son frère) avant de les rendre au professeur usé avec un sourire sincère.

- Mes copines vont bientôt arriver. Il faut que j'aille me préparer.

Il était vrai que c'était un rendez-vous qu'elle attendait, la petite. C'était surtout elle qui avait pâti de l'incident de la fugue, puisque le Baron avait rendu l'entrée dans son logis impossible pour toute personne extérieure à la maison, tout en veillant à garder ses deux enfants cloîtrés à l'intérieur. Il avait fini par se calmer, mais il y eut bien un temps où Simona était restée désespérément seule à entre ces hauts murs, isolée comme jamais, maintenant qu'Ophélie avait été réaffectée au service du Baron lui-même, et non plus des enfants. Et la Baronne elle-même, en voyage du côté de l'Ynorie, avait indiqué qu'elle s'y plaisait bien et que, même si son retour n'allait pas tarder, elle ne doutait pas qu'elle serait plus en sécurité sur place qu'à la maison où tant de problèmes arrivaient en ce moment. Il faudrait encore attendre une petite semaine avant qu'elle ne prenne un cynore pour revoir ses enfants.

Cela ne faisait donc que peu de temps que la tension à ce propos s'était réellement relâchée et que la paranoïa était retombée (après tout, personne n'avait tenté d'empoisonner Ferdinand qui s'était intoxiqué seul et par mégarde), aussi était-elle toute excitée à l'idée de revoir ses chères amies. D'ailleurs, si Helboldt se souvenait bien, comme Ferdinand avait lui aussi invité les siens, il devrait tous les surveiller dans le jardin. Selon le vieux Gisors, c'était parce qu'il savait s'y faire avec les enfants et qu'il parviendrait sans mal à jouer la figure d'autorité sur la dizaine de mioches élevés dans le luxe depuis leur enfance. La demande avait été faite avec un petit sourire sournois, même si Helboldt ne comprenait pas bien ce que l'Ynorien lui voulait exactement. Peut-être de la pure jalousie de n'être plus tout à fait le numéro un des domestiques dans le cœur du Baron ?

Arrivé au jardin, il resta sur la terrasse, à l'ombre d'un parasol. Il avait emmené avec lui l'un des ouvrages de la bibliothèque personnelle du Baron – un ensemble formidablement chargé, comptant même quelques exemplaires uniques à Kendra Kâr au moins – et surveillait, du coin de l'œil, les gosses qui jouaient. Aucun d'entre eux ne connaissaient réellement de jeux pour s'amuser : ils faisaient semblant pour la plupart, laissant un sourire masquer leur réalité. S'ils étaient là, c'était parce que leurs parents le leur avaient demandé : ils devaient se montrer aussi courtois que possible pour s'attirer les faveurs de la Baronnie, mais devraient donner un compte-rendu complet dès leur retour, histoire de voir s'il n'était pas possible d'attaquer la famille sur telle ou telle incivilité. C'était d'autant plus primordial que c'était la première visite autorisée dans le manoir du centre-ville et que, même si tous et toutes étaient plus ou moins au courant de ce qui s'était passé dans les grandes lignes – quoique les rumeurs allaient de bon train à propos d'un mystérieux mage aux pouvoirs alchimiques insoupçonnés -, il fallait vérifier avec ses yeux que l'héritier du Baron était encore en bonne santé. Les garçons trottinaient autour de la fontaine de marbre (ils ne devaient pas courir, afin de ne pas chuter et d'éviter d'écorcher leurs vêtements de soie), tandis que les filles discutaient en se promenant entre les massifs, mimant à la perfection leur rôle futur de dames de haute noblesse, à mi-chemin entre la séduction et la politique. Oh, bien sûr, ils auraient à devenir de plus en plus habiles dans leurs flatteries et de plus en plus retors dans leurs critiques, mais cela viendrait avec le temps et l'expérience. Il suffisait d'être patient.

Soudain, l'un des gosses monta sur le rebord nacré de la fontaine et se mit à brailler un discours inintelligible sur la nécessité de vaincre le vil ennemi et de massacrer tous les Garzoks qui viendraient fouler leurs terres. Ses compagnons de jeu l'acclamèrent, quoiqu'on sentît qu'ils étaient un peu déçus de n'être pas à sa place ; mais les filles pestèrent et s'éloignèrent en lançant ouvertement des piques envers ce “tas de barbares dénués de raison”. Helboldt s'était déjà levé dans un soupir, s'avançant vers les enfants pour réclamer du gamin qu'il descendît de son estrade improvisée : mais déjà, de sa botte, il envoyait une gerbe d'eau éclabousser ces demoiselles qui laissèrent un hurlement strident monter dans l'aigu pour exprimer leur mécontentement. Ces quelques gouttelettes risquaient de tâcher leurs robes sur mesure et de ruiner le maquillage hors de prix qu'elles mettaient déjà pour camoufler leurs imperfections naturelles.

Les deux groupes se toisèrent un instant, Simona réellement inquiète et jetant des coups d'œil désespérés vers le professeur qui s'approchait, sévère : mais les garçons, bien loin d'être satisfaits, se précipitèrent sur elles pour les narguer et les pousser par derrière.

- Oh, ça suffit ! tonna Helboldt.

Ils espéraient les faire chuter au sol et voir leurs robes brillantes souillées par la poussière, mais pour la plupart, elles étaient suffisamment maline (ou grégaires) pour se rassembler en un troupeau à l'inertie suffisante afin d'empêcher cela d'arriver. Seule Simona finit par se retrouver isolée : l'un des gosses en profita pour lui arracher ses lunettes et les lancer en l'air ; ainsi aveuglée, le monde paraissant maintenant bien flou à ses yeux, ils n'eurent aucun mal à lui faire perdre son équilibre jusqu'à ce qu'elle s'écrase au sol. Helboldt attrapa par le col le gosse qui avait fait ça.

- Toi, dans le salon. Le Baron de Cappique sera bien content d'apprendre comment tu justifieras ton comportement auprès de sa fille...

Il ne disait cela que pour effrayer l'enfant, car il n'était pas idiot : le Baron accordait bien plus d'importance à Ferdinand qu'à Simona. Cette dernière lui coûterait tout de même une dot, donc si elle pouvait se tenir tranquille d'ici à ce qu'on lui trouve un parti convenable, c'était tout ce qui lui importait. Mais tous les enfants, déjà, s'étaient tournés vers Simona qui sanglotait, à genoux et face contre le sol. Elle semblait ruminer quelque chose : Helboldt eut un mauvais pressentiment, comme s'il sentait en son for intérieur que quelque chose de grave allait se passer. Il chassa cette considération absurde et se retourna vers la jeune fille.

La petite bouillait. Une colère sourde et froide, peut-être pour la première fois de sa vie, s'éveillait dans ses tripes tandis qu'elle pensait à l'humiliation qu'elle venait de subir devant tous les invités : après un mois d'enfermement, c'était ainsi que sa vie recommençait. En elle, des puissances qui lui étaient inconnues et pourtant si attirantes s'éveillaient, brutales et vengeresses : elle ne chercha pas à les contrôler et, aussi proche de l'humus, elle lui communiqua sa rage.

Alors que les fluides de la petite, sous l'effet de cette colère soudaine, commençaient à s'échapper dans le sol, ce dernier tremblant déjà légèrement, le professeur lâcha l'impertinent gamin et se rua vers sa protégée, la prenant dans ses bras pour l'arracher de la terre. Tous, autour, la regardaient avec des yeux ronds, car ils savaient qu'ils n'avaient pas rêvé : elle venait de faire se secouer la terre. Pas beaucoup, ni très intensément, heureusement, car le précepteur avait été assez rapide, mais suffisamment pour qu'il la considérassent désormais comme un phénomène de foire, un petit miracle, un clown de cirque. En un mot, un mage, vocation rare et jalousée.

Après quelques instants de silence tendu, Helboldt la reposa au sol. Tout était calme : on eût dit que, soudainement, Kendra Kâr s'était tue. C'était faux, bien sûr : simplement, les hauts murs qui entouraient, protégeaient et isolaient la propriété du Baron empêchait la plupart des bruits de la ville d'arriver jusqu'aux oreilles de ces distinguées personnes.

Sans lâcher sa main, le professeur se mordit la langue pour essayer de se calmer et de ne pas songer à l'avenir de la petite, puis proposa :

- Vous devriez, tous... vous devriez rentrer chez vous, n'est-ce pas ?

Sans demander leur reste, ils commencèrent tous à se diriger vers la porte. Ils longeraient le couloir doré, récupéreraient leurs propres domestiques, puis repartiraient dans leurs demeures respectives, allant sans doute immédiatement relater l'événement du jour. Dans les yeux du précepteur qui se mit à genoux pour parler dans les yeux à Simona, la tenant par les épaules, on ne lisait que de l'inquiétude.

- Dis-moi, cela ne t'est jamais arrivé, n'est-ce pas ?

Elle secoua la tête négativement, essayant de retenir un sanglot. Derrière, Ferdinand, qui dansait d'un pied sur l'autre sans savoir quoi faire, avait récupéré les lunettes de sa sœur pour les lui tendre. Elle les replaça sur son petit nez rond sans un mot, baissant les yeux pour éviter de croiser aucun des regards qui convergeaient vers elle. Helboldt se releva, soupira et lança un coup d'œil vers Ferdinand, sachant que ce dernier allait associer ce phénomène à la magie de terre que le professeur avait déjà utilisé devant lui, dans la forêt.

- Silence, toi. Tu n'as qu'à aller revoir tes règles de calcul.

Cette fois-ci, l'enfant ne discuta pas, même si le ton était un peu irrespectueux. Il rentra dans la maison et disparut. C'est timidement que Simona chercha à attirer l'attention d'Helboldt, qui lui sourit tendrement.

- Il faut que nous allions voir ton père, fit-il simplement.


***


Le baron de Clappique suait comme une énorme vache coincée dans une fournaise. Il semblait affecté par le climat, bien sûr, mais aussi par les nouvelles qui lui étaient arrivées, et qui provenaient à la fois de l'intérieur de sa maisonnée et des autres qu'il avait naturellement placées sous surveillance. Il fallait bien vérifier que les concurrents dans la course aux honneurs, aux pouvoirs et aux richesses ne soient pas plus proches de leur but que lui.

- N'aurais-tu pas pu déclencher cela à un moment où il n'y avait pas d'invités ! Fulmina-t-il une énième fois.

Le professeur, juste derrière sa protégée, un peu à sa droite, ne rajouta rien au rapport parfaitement objectif qu'il venait de lui faire de ce qui s'était déroulé sous ses balcons. Quant à Simona, elle était encore trop effrayée à songer aux conséquences de cette magie pour placer le moindre mot face à son père si grand et si puissant. Celui-ci, enfin, tourna son regard vers elle, la considérant avec un air où se mêlaient incertitude, crainte et une touche de colère. Elle baissa rapidement les yeux tandis que le professeur faisait un pas en avant : aussitôt, le regard inquisiteur du paternel se dirigea vers lui, avec ses foudres et ses reproches implicites.

- Je ne veux pas que quiconque soit davantage en danger. Faites ce qui doit être fait pour qu'elle n'use plus de cette... magie, désormais.

Il était clair qu'il considérait ce genre de phénomènes comme anormaux. Ils étaient rares, certes : et d'ailleurs, ceux qui en avaient la possession avaient tôt fait de se lancer dans des carrières atypiques, telles que prêtre fervent (et naturellement célibataire), mage de la cour (renonçant naturellement à tout titre), érudit (bien trop souvent sans conjoint et sans enfants), ou encore (pire) vadrouilleur, parcourant les grands chemins en quête d'aventures pour se distraire – en aucun cas, à son opinion, des voies pour sa fille, qui était dotée d'un nom plus important que tout le reste, nom qu'il fallait honorer par un mariage et une vie réglée.

- Monsieur, si je puis me permettre, ce don est en elle et elle ne pourra jamais s'en défaire.

Le baron poussa un soupir de mécontentement en levant les yeux au ciel, semblant en vouloir aux Dieux mêmes, tandis que Simona, inquiète, écoutait avec attention.

- En revanche, il est possible pour elle d'essayer de contrôler ses pouvoirs, via des enseignements appropriés. Dès lors, elle ne représentera plus un danger pour personne, et elle pourra même s'en servir pour se défendre, à l'avenir.

Deux paires d'yeux soudainement intéressées se tournèrent vers lui.

- Je ne souhaite pas embaucher de nouveau personnel, indiqua toutefois le baron.

Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : que les finances étaient en berne. À trop s'isoler pour se protéger soi et sa descendance... Mais Helboldt n'aurait jamais osé demander des précisions.

- Je... pourrais lui montrer les bases : j'ai connu des mages et j'ai pu observer leurs pratiques, autrefois, ajouta-t-il rapidement en songeant qu'il ne mentait pas tout à fait, sans révéler non plus la vérité à son propre propos. Ensuite, nous pourrons faire appel, ponctuellement, à un professeur spécialisé, par exemple à la Tour de la thaumaturgie...
- Excellent. Kieran Kloryn me doit des faveurs depuis que je lui ai obtenu quelques ouvrages rares...

Le professeur hocha de la tête et le baron les congédia d'un signe fatigué de la main. Posant ses mains sur les épaules de Simona, Helboldt la guida dans les couloirs du manoir, un petit sourire aux lèvres. Ils furent bien vite de retour dans la salle de cours, où les attendait un Ferdinand attablé à lire et relire des pages de cours.

- Ferdinand, pourrais-tu aller réviser dans ta chambre s'il te plaît ? Simona et moi avons besoin de la salle.

Sans se faire presser, le garçon disparut après les avoir ostensiblement examinés : mais ils n'avaient rien de plus sur eux que la dernière fois. Ce qui était important, c'étaient ce qui était en eux, en magie, plus que ce qui se voyait du dehors. Le professeur, pour une fois, s'assit, puis invita Simona à faire de même en face de lui.

- Dis-moi, sais-tu d'où vient la magie ?

Elle fit non de la tête.

- Tu as en toi ce qu'on appelle des fluides, ou potentiel magique. On dit qu'à l'origine, le monde fut créé avec les huit fluides originels...

Il s'approcha du tableau et nota successivement le nom des différents domaines, les classant par deux.

- La lumière et l'ombre, le feu et la glace, l'eau et la foudre... la terre et l'air. Toi, tu maîtrises la terre, pour le moment... Mais tu ne pourras donc jamais maîtriser l'air, de même qu'un mage maîtrisant la lumière ne maîtrisera jamais l'ombre, et ce pour chacun des quatre couples. Tu comprends ?
- Oui, fit-elle en hochant de la tête.
- Bien. Tu as donc ces fluides en toi, mais tu dois les relâcher en-dehors à chaque fois que tu lances un sort, si bien que tu les perds.
- Mais alors, maintenant, je n'en ai plus ! S'exclama-t-elle, ravie.
- Effectivement. Si tu essayais de lancer un sortilège maintenant, tu ne pourrais probablement pas. En revanche, après un repos ou la consommation d'une potion appropriée, tu peux récupérer ces fluides, donc il faudra de toute façon que tu apprennes à les contrôler.

Elle soupira, baissant les yeux.

- Je ne sais pas si j'y arriverai.
- Ne t'inquiète pas. Nous avons un peu de temps... Je pense que ça suffira aujourd'hui pour la théorie, n'est-ce pas ? Je te propose un exercice très simple. C'est un... art, enseigné par certains moines, qui leur permettent de garder un contrôle parfait sur leur corps et leur esprit, dès lors qu'il est poussé jusqu'à l'excellence : mais pour nous, ça devrait suffire à te permettre de te calmer lorsque tu sentiras que tes émotions interfèrent. Ce qu'il faut que tu comprennes, c'est que celles-ci rendront certes ta magie plus puissante, plus intuitive aussi, mais elle sera aussi déchaînée, incontrôlable...

Elle opina du chef, relevant pour la première fois vers lui un regard déterminé.

- Je suis prête.
- Bien. Ça s'appelle la méditation.

Pendant la demi-heure qui suivit, il lui montra l'unique posture qu'il connaissait, celle du lotus – bien qu'il sut qu'il en existait d'autres -, avant de lui expliquer comment contrôler sa respiration et sentir son lien avec la terre, son élément dédié. Il lui révéla qu'elle aurait probablement toujours plus d'affinités avec cet élément, qu'il devait représenter la fermeté qu'elle avait en elle, l'assurance trop longtemps enfouie. À chaque fois, elle hochait de la tête, prenant les paroles d'Helboldt pour la vérité pure, même lorsque ce n'étaient que des encouragements de sa part. Il lui demanda d'essayer de ne penser à rien, de vider son esprit de tous ses soucis, puis de visualiser un paysage et de se focaliser sur le ciel, où elle devait chasser tous les nuages. Et il la laissa faire, s'y mettant à son tour. Exercice ardu, il n'y arriva qu'après de longues minutes de concentration et, finalement, il posa sa main sur l'épaule de Simona pour la tirer de sa propre réflexion.

- Ça suffira pour aujourd'hui.
- Mais je n'ai pas encore réussi ! Protesta-t-elle. J'y étais presque !
- C'est normal, pour une première fois. Nous réessaierons demain.

Ils se levèrent et se rendirent ensemble à la salle à manger, où le repas fut fort silencieux tandis que Ferdinand et Clappique, d'un côté, observaient les deux apprentis mages concentrés sur leur assiette.



Après

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 17 Juil 2017 09:39 
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L'après-midi s'était déroulé lentement, semblant ne jamais vouloir se terminer. Il fallait dire qu'au manque constant d'inattention de Ferdinand s'était ajouté celui de Simona qui, pour une fois, s'était prise à la rêverie en compagnie de son frère. Le précepteur savait bien que retenir le nom des constellations n'était pas très amusant – surtout en plein jour -, mais cette situation lui tapait un peu sur les nerfs. Après un dîner auquel le Baron était cette fois absent, il retourna dans sa chambre et, enfin seul, il se posa sur son lit.

Il se serait endormi ainsi s'il n'avait songé aux deux petites fioles qu'il avait achetées plus tôt dans la journée. Il les sortit et les examina sous la flamme de la bougie à son chevet. À l'intérieur des deux, des fluides semblaient se mouvoir, mais ils se mouvaient d'une bien étrange façon, comme pesants : on aurait presque dit que les particules qui les composaient s'entrechoquaient en permanence, inertes, donnant simplement l'impression d'un mouvement là où il n'y en avait guère. C'était un agrégat de matière brune, mais s'il était certain que ça semblait liquide, ça n'en restait pas moins consistant et, dans sa main, ça pesait son poids.

Il se leva et posa l'une d'entre elles sur le bureau avant d'ouvrir le bouchon qui fermait l'autre. Il n'y avait rien : ni odeur, ni fumée, ni son, car ce fluide de terre restait odieusement engourdi, insensible à toute tentative de le faire bouger. Néanmoins, lorsqu'il l'apporta avec appréhension jusqu'à sa bouche pour le boire, sachant qu'il s'agissait de la forme la plus courante de consommation des fluides, le contenu de la fiole se déversa bel et bien sur sa langue et dans sa chair, coulant dessus pour rejoindre le fin fond de ses entrailles.

Quoique, “couler”...

C'était un bien grand mot. Il aurait dit que c'était de la terre qui se répandait sur ses papilles, rugueuse et désagréable – il faillit d'ailleurs essayer de la recracher -, des petits cailloux qui glissaient jusqu'au fond de sa gorge, l'obstruant. Il s'empressa de tout avaler pour quitter cette sensation d'inconfort et, alors qu'il croyait que c'était fini, ne ressentant plus rien de spécial, la fiole vide dans la main, il tenta de se tourner vers l'armoire où se trouvait la tunique de lin qu'il portait la nuit.

Mais ses articulations étaient comme figées. Ce ne fut qu'avec difficulté qu'il parvint à bouger ses coudes, ses épaules et ses doigts, ainsi que ses hanches et ses genoux, car tout cela crissait à chaque fois, l'empêchant de faire des mouvements fins et mesurés, tandis qu'il se sentait impérieusement attiré vers le centre de la terre. Une fois sa tunique enfilée et ses autres vêtements simplement laissés au sol, il s'écrasa contre le matelas de son lit et se laissa aller à un sommeil de plomb.


***


Le lendemain matin, il n'avait plus aucune séquelle de l'absorption du fluide. Il se leva sans problème, s'étira et, ayant retrouvé une certaine agilité, s'habilla prestement. Il se réveillait en bien meilleur état qu'il ne s'était endormi : c'est avec une joie communicative qu'il commença la journée et le cours du matin se passa bien. Il lui sembla même que Ferdinand se prît au jeu, à moins que ce ne fut simplement son imagination.

Le soir même, il refit l'expérience. S'étant déjà habillé pour la nuit, il prit la seconde fiole et la porta à ses lèvres, déjà allongé sur le matelas de sa chambre. À nouveau, la rocaille se déversa dans sa gorge, semblant couper tout souffle qui souhaitait passer par là, mais après quelques instants à déglutir pour chasser toute cette terre, la sensation d'étouffement durant sensiblement moins longtemps que la dernière fois, il ressentit à nouveau cette pesanteur, cette rigidité dans ses articulations. Mais, cette fois-ci, il s'y attendait et, se redressant simplement un peu en avant pour souffler la bougie, toujours avec une légère douleur, il se recoucha ensuite sur le dos et sentit son mal-être s'évanouir progressivement dans la nuit, tandis que lui-même sombrait dans le sommeil.


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MessagePosté: Lun 17 Juil 2017 10:00 
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De retour au manoir, ils dînèrent ensemble en silence. Ferdinand semblait assez lointain ; le Baron était colérique comme d'habitude ; Simona était livide. Et si tous croyaient que c'était à cause de ce qu'elle avait subi comme traumatisme après avoir été enlevée, Humbert Helboldt savait qu'il n'en était rien et n'osait pas croiser le regard de l'enfant. Le dîner fut frugal, exempt de mets exemplaires et de plats splendides comme le Baron les aimait. On eût dit que toute la maisonnée était encore sous le choc, des cuisines à la noblesse.

Alors que tous allaient se coucher, la mort dans l'âme, Simona saisit le précepteur par la manche et l'entraîna dans ses appartements privés. Là, elle chassa de la main toutes les domestiques qui préparaient son lit et sa toilette, puis referma la porte derrière elles avant de se retourner vers son professeur, un éclat curieusement déterminé dans les yeux. Derrière la timide petite fille qu'il avait vue le premier jour semblait s'éveiller une femme forte et implacable. À la hauteur de son père...

- Je sais ce qu'ils vont faire à Jules, expliqua-t-elle.

Le précepteur haussa un sourcil.

- La peine encourue pour un enlèvement est de huit jours d'emprisonnement. Mais je suis la fille du baron et lui, c'est un roturier. Pour l'exemple, mon père va demander à ce qu'il soit pendu, et le Roi le lui accordera. J'ai entendu les domestiques en parler, et je sais que c'est ce qui se serait passé pour vous aussi, la fois où Ferdinand a disparu.

Il soupira. Oh, bien sûr, il s'en doutait et savait que ça se passerait probablement comme cela. Mais l'entendre dire de la bouche de la fille même du Baron...

- Il faut que vous fassiez quelque chose ! Ajouta-t-elle, n'allant pas jusqu'à crier pour que personne n'entende exactement ce qu'ils disaient.
- Et que veux-tu que je fasse ? Répondit-il, presque agacé.

Elle baissa les yeux. Elle non plus, elle ne savait pas. Il soupira à nouveau.

- J'irai le voir demain, aux cachots. Et... j'essaierai de voir ce qui est possible. D'accord ?

Elle opina du chef, gardant la tête baissée. L'espoir n'était plus trop de mise, mais elle ne pouvait pas lui demander plus que ce dont il était capable. Elle ne pouvait pas lui demander de se sacrifier pour Jules, tout de même...

Il se releva et, après avoir gentiment ébouriffé les cheveux de la petite avec un sourire feint, il sortit de cette chambre, surprenant les servantes qui écoutaient aux portes. Rien d'étonnant : sans broncher, il alla se coucher. La nuit porte conseil, paraissait-il.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 17 Juil 2017 10:05 
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De retour au manoir, il prétexta une fatigue soudaine pour annuler le cours de l'après-midi. C'était étonnant, certes, d'autant que le cours du matin avait déjà été suspendu pour laisser un peu de repos aux enfants. Mais Ferdinand ne protesta guère, plutôt content, tandis que Simona échangea un regard entendu avec le précepteur et ne dit rien de plus.

Humbert, aussitôt, se rendit jusqu'au bureau du Baron et toqua. À l'intérieur, où le professeur n'était jamais entré jusqu'à présent, on entendit quelques pas feutrés, puis la porte se déverrouilla et le Baron sortit, refermant précipitamment : de sa masse corporelle, il empêcha Helboldt de voir quoi que ce soit derrière lui, comme s'il tenait absolument à cacher ce qui se tenait dans son lieu de travail. (Sans doute des documents importants,) songea le précepteur.

- Je suis allé voir le criminel qui a enlevé votre fille hier, monsieur. C'est bien lui, je l'ai reconnu : pour remercier les miliciens de leur réussite sur ce coup, j'ai proposé de leur amener une amphore de vin. Un bon vin, si possible.

Il n'y avait rien à rajouter. Le Baron, une fois qu'il eut compris, faillit pester contre la dépense, avant de se raviser.

- C'est une bonne initiative, finit-il par lâcher. Vous la leur porterez ce soir, dans ce cas. Tenez...

Et il sortit d'une de ses nombreuses poches une petite bourse, au fond de laquelle cliquetaient quelques pièces d'or.

- Allez en acheter à cette adresse, au marché. Et pressez-vous, ils ferment tôt.

Le professeur s'en retourna en opinant du chef, entendant derrière lui la porte se rouvrir et se refermer tout aussi précipitamment. Le plan était en marche.


***


Une fois l'amphore achetée – elle était censée avoir un goût délicieux et “emmener ceux qui en buvaient jusqu'à la demeure des Dieux” -, le professeur revint au manoir et s'enferma dans sa chambre, indiquant aux serviteurs qu'il avait un mal de crâne qu'il allait essayer de soigner en se préparant un remède de sa connaissance, préférant ne pas être dérangé le temps des manipulations. Personne ne fit attention à l'amphore, qu'il garda avec lui.

Là, il se mit à faire infuser ensemble des feuilles de camomille et de tilleuls. Il y ajouta des pétales de tulipes séchées (il les conservait dans un ouvrage spécifique vierge, entre les pages, afin qu'elles restent en bon état) ainsi qu'un peu de poudre d'améthyste et continua à chauffer le tout. Et, ne se souvenant plus de la suite de la recette, il dégaina son carnet de notes pour chercher à la page des somnifères les plus puissants. Il avait choisi celui d'ordinaire réservé aux gros mammifères sans crainte : le but était simplement d'endormir et il était presque impossible, sauf pour un enfant, de mourir de son ingestion. D'autant que la dose devrait être diluée entre tous ceux qui en boiraient...

Il fallait ajouter des graines de sésame coupées dans le sens de la longueur, puis un peu de salpêtre et, enfin, des épines de Papillon de sang, broyées, une quantité équivalente à une petite demi-douzaine. Il avait augmenté les doses de tous les ingrédients, sauf la poudre d'améthyste – il n'en avait plus assez. Et, après avoir ajouté deux-trois autres composés portes-bonheur qu'il savait d'expérience favoriser le sommeil d'après certains érudits, ou du moins d'après ce qu'ils avaient noté dans leurs ouvrages, il mélangea le tout et, lorsque ce fut bien homogène, ouvrit l'amphore.

Là, il dut verser un peu du précieux breuvage dans un flacon qui lui restait, avant de verser son propre somnifère dedans. Car l'amphore était massive, mine de rien, et il avait de la peine à la manipuler sans la faire chuter. Il la referma comme il put et jeta un coup d'œil à l'horloge, puis au-dehors. Le Soleil se couchait : c'était l'heure qu'il attendait. Après avoir tout nettoyé et tout rangé, il chargea l'amphore sur ses épaules avec les deux bandelettes de cuir qui permettaient de la porter comme un sac, de la même façon qu'il avait procédé à l'aller, et se mit en route.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 17 Juil 2017 10:10 
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Le lendemain, il fut ramené au manoir et mis en convalescence. On parlait d'empoisonnement chez les gardes et il fut fort clair, après avoir vérifié toutes les cellules, que celle de Jules était vide. “Il appartenait à un gang réputé pour des enlèvements de nobles”, disait-on, rajoutant que la fille du Baron était leur plus grosse proie jusqu'ici et qu'ils s'en voulaient de l'avoir ratée. Le manoir fut clos et on empêchait quiconque de rentrer ou de sortir, par mesure de sécurité. Et le Baron fit signifier très clairement aux miliciens qu'ils avaient intérêt à retrouver ce garçon roux.

Toute la journée, Helboldt resta alité, un affreux mal de crâne l'empêchant de songer à quoi que ce soit de tangible. Et finalement, lorsqu'il se leva enfin pour aller dîner avec la famille, ce furent des regards méfiants qui lui venaient du Baron, comme si ce dernier se doutait de quelque chose.

- Le marchand de vins ne sait pas ce qu'il s'est passé, expliqua-t-il. Il va voir ça avec son fournisseur. “Un vin qui emmène jusqu'aux Dieux, mais pas à ce point tout de même” m'a-t-il dit, l'idiot...

L'affaire était trouble et les rares mots que lâchait le Baron à ce propos en fixant ostensiblement le précepteur indiquaient déjà une forte suspicion. Ce qui le retenait, sans doute, c'était de voir Helboldt dans cet état. S'il avait bu, il devait nécessairement n'avoir été au courant de rien... Quelqu'un d'autre avait mis ce somnifère dans le vin. Mais pour le précepteur et ses talents en alchimie, est-ce que ce genre de produits était faisable ?


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