L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Lun 10 Oct 2016 21:07 
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13 - D'espoirs, de futurs


La jeune elfe inclina le buste à l’égard de ses sauveurs impromptus et les regarda s’en aller. Ils avaient affaire de leur côté, mais laissaient derrière eux des guerriers aguerris. La main posée sur l’encolure de Lhyrr qu’elle rechignait à quitter, elle se tourna vers Ölendra et Saney pour s’adresser au petit homme en lui tendant un trousseau qu’elle avait récupéré sur l’un des cadavres.

- Saney, prend ces clefs et redescend pour ouvrir les tunnels où sont enfermés les esclaves. Organise leur sortie mais ne t’approche pas un instant du boyau où sont enfermés la Matriarche et sa suite.

L’esclave leva sur l’elfe des yeux interrogateurs, choqués. Il ouvrit la bouche pour protester, mais Isil le devança en posant une main sur son épaule. Elle aurait voulu pouvoir lui répondre quelque chose de doux, lui dire que tout irait bien, mais ce furent de toutes autres paroles qui sortirent de ses lèvres.

- Je sais que cela sacrifie tous les esclaves de ce tunnel, mais nous n’avons pas le choix. Laisser une seule opportunité à la Matriarche et le siens de s’échapper est trop dangereux, c’est quelque chose que nous ne pouvons-nous permettre. La sauvegarde du plus grand nombre prime sur eux.

Saney hésita, puis ce ne fut que lorsqu’il hocha la tête en prenant le trousseau de clefs qu’elle libéra son épaule. Elle le regarda partir, le regard voilé, avant de s’ébrouer et de se tourner vers les elfes d’Hidirain qui étaient restés à leur côté. Elle s’adressa à leur chef, Llyan, l’elfe grise aux cheveux d’argent et au visage si rude qu’il en devenait attirant.

- Encore merci de rester nous aider. Pourriez-vous envoyer deux des vôtres aider Saney ? Un guerrier lui serait utile pour organiser les esclaves des Fosses, ce ne sont pas les plus simples et les plus altruistes.

La sindel hocha la tête et l’un de ses hommes ne tarda pas à suivre Saney. Aisillyn échangea un regard et, ensemble, se mirent en route pour enclencher la suite de leur plan.

***


La garde à l’intérieur des mines avait été changée juste avant l’arrivée de la Matriarche, aussi Isil estimait qu’il leur restait trois heures tout au plus avant que la situation ne soit remarquée, du moins de ce côté de la ville. L’aube poignait déjà lorsqu’ils furent en vue des baraquements, enfermant avec elle les shaakts dans leurs abris. Elle comptait sur leur haine de la lumière pour protéger leur fuite.

Leur arrivée dans le quartier des esclaves ne passa pas inaperçu et, rapidement, les esclaves sortirent de leurs cahutes, comme s’ils n’avaient attendu que ça. Ce qui était vraisemblablement le cas. Tous étaient armés, que ce soit d’outils rudimentaires, de fourches qu’ils avaient volées ou des armes qu’ils étaient parvenus à subtiliser aux gardes. Elle vit Talen et Taïna sortir de son propre baraquement pour courir se jeter dans ses bras, le jeune enfant ne tardant pas à pousser un cri de joie en apercevant Lhyrr avec lequel il avait tissé des liens lors de leur survie dans la forêt. Nombreux étaient les esclaves qui regardaient le loykarme avec méfiance, hostilité, même, et ce dernier ne faisait pas grand-chose pour calmer leurs craintes en les toisant de toute sa superbe. Isil leva les yeux en ciel avant d’aller rapidement récupérer les objets qu’elle emmenait avec elle dans leur fuite : sa lyre et son opale, ainsi que les armes qu’elle avait volées et son armure qu’elle enfila.

En ressortant de la bicoque, Isil vit les esclaves attroupés, incertains de la marche à suivre et les yeux tournés vers elle. Si plusieurs la contemplaient avec espoir ou avec la crainte des heures à venir, elle vit une lueur de haine dans le regard d’autres, une haine qui lui serra les entrailles, une haine à laquelle elle ne s’était pas attendue. Elle resta un moment face à eux, les regardant uns à uns avant de comprendre qu’ils attendaient d’elle qu’elle parle. Qu’elle leur explique, qu’elle leur dise quoi faire, eux qui durant tant de mois, d’années ou de vies n’avaient eu que des ordres pour rythmer leur vie. Qui était-elle pour être ainsi observée, pour que tant de gens la regarde ainsi, tant d’émotions exposées sur leurs visages ? Celle qui avait déclenché le soulèvement, leur fuite. Pour le meilleur et pour le pire.

Forçant son visage à ne rien montrer en de leur faire signe de la suivre, elle s’enfonça plus avant dans le quartier des esclaves, là où elle pourrait leur parler sans crainte d’être entendue des shaakts.
Elle les mena jusqu’à un terrain vague destiné à la construction de nouvelles baraques. Le sol était rempli de mauvaises herbes et se craquelait par endroit du fait de la sècheresse qui s’était enfin installée. Sur sa gauche, la mer s’étendait, nappe azurée aux reflets chatoyants en cette aube rouge, sur sa droite et partout où son regard se portait, la masse verte de la sombre et profonde forêt tropicale où Lhyrr avait dû combattre tant de mois pour survivre. Derrière elle, le village de Szordrin et ses cahutes endormies. Face à elle… face à elle se trouvait le visage d’hommes, de femmes et d’enfants. Il y avait de tous les âges, de toutes les races et de toutes les carnations. Beaucoup tenaient leurs armes avec crainte, révérence et son regard chercha avec peine ceux qui arboraient une mine plus assurée. Oh, de la détermination, il y en avait sur beaucoup, mais entre leurs mains les objets contondants, acérés ou piquants n’étaient que des poids morts qu’ils agiteraient sans technique aucune. Aurait-elle dû les préparer plus, au risque d’être démasqués ? Le danger aurait été trop grand, elle le pensait encore mais espérait que sa prudence ne serait pas la cause de mort vaines.

La rôdeuse se racla la gorge, comme pour se donner le courage de parler. D’un côté, elle était flanquée par Lhyrr qui avait étendu ses ailes glorieuses de toute leur envergure, observant d’un œil intraitable et impudent tous ceux qui se tenaient devant elle, défiant quiconque de l’approcher. De l’autre, Ölendra, lumière à l’ombre qu’était le loykarme, caressait de son regard maternel les hères amassés. Alors, Isil se tourna vers la foule d’esclave assemblée et prit la parole, son épée nonchalamment posée devant elle. Sa voix s’éleva, douce mais portant au vent, celle d’une conteuse, non pas celle d’un général. Pourtant, alors que les mots s’échappaient de ses lèvres, elle prit un écho assuré provenant du fond de son cœur.

- Esclaves ! C’est ainsi que les Shaakts qui sont nos maître nous considèrent. Des êtres qui n’ont plus rien d’autre que leur corps soumis à leur volonté. Du bétail, pratique, serviable et silencieux, obéissant en tremblant au moindre regard et au moindre geste ! Une commodité dont on se sépare sans remord lorsqu’elle n’a plus d’utilité. Pourtant… pourtant lorsque je vous regarde, je vois des hommes, des femmes, des enfants. Je vois des vieillards et des jeunes pétulants, je vois la vie dans vos regards, je vois vos pensées naître et mourir en agitant vos visages de vos émotions. Vous n’êtes rien de ces pantins qui s’agitent au gré des volontés d’un maître !

Alors qu’elle parlait, elle vit les premiers arrivants de ses semblables enfermés dans les Fosses, libérés par Saney. Son cœur se serra. Ils étaient une minceur cadavérique, d’une pâleur macabre et leurs visages levés vers le ciel semblaient hantés. Ce qu’elle avait été quelques mois plus tôt. Aucun ne se touchait, car non, on ne se touchait pas dans les Fosses, pourtant elle pouvait voir les liens qui les unissaient, cette proximité dans laquelle ils se tenaient, comme si cette once de chaleur qu’ils partageaient pouvait les sauver de ce ciel infini qu’ils n’avaient contemplé depuis si longtemps. Elle ne se faisait aucune illusion sur leur caractère impitoyable, durement forgé dans le Trou du Cul de Phaïtos ; s’ils avaient survécu jusque-là, c’est qu’ils avaient quelque chose en leurs cœurs, quelque chose de dur et d’indomptable. C’est justement sur eux qu’elle comptait pour la suite de son plan, sur ces esclaves munis de leurs pioches qui avaient été ses pairs durant tant de mois, pour peu qu’ils parviennent à mettre de côté l’égoïsme qui leur a été inculqué dans les profondeurs des mines d’opales. Elle poursuivit, pour eux, pour les autres.

- Toutes ces vies gâchées, le dos courbé sur des tâches qui ne sont pas les nôtres, tous ces pleurs que j’ai entendu le jour venu, lorsque nos « maîtres » dorment… Je vous propose ici, aujourd’hui, que tout ceci cesse, qu’enfin nous regagnons la liberté que nous n’aurions jamais dû perdre, que nous puissions parcourir de nouveau ces terres le dos droit, sans jamais plus avoir à ployer sous leur ombre ! Nous pourrions alors redevenir les fermiers que nous étions, les guerriers, les forgerons, les blanchisseuses. Enfin nous pourrions nous regarder en face et assumer ce que nous sommes : des êtres libres, maîtres d’eux-mêmes et de leurs loyautés !

En balayant du regard les esclaves assemblés, l’écoutant dans un silence religieux, elle vit que certains avaient abandonné leurs doutes pour contempler l’avenir avec espoir. D’autres la toisaient de cette même haine qu’ils n’avaient pas quittée. Ils avaient peur de l’avenir et de l’incertain, d’une mort prochaine qui pourrait par sa faute s’abattre sur eux. Rester auprès des shaakts en tant qu’esclave représentait pour eux le choix de la facilité et d’une vie dépourvue de responsabilité. Ceux-là étaient à présent contraints de les suivre sous peine de mourir par vengeance sous les coups des shaakts qui ne feraient pas la différence d’un esclave à l’autre. Aisillyn n’était pas Général, ni même capitaine ou lieutenant. Elle était simple civile et elle savait qu’elle ne pourrait mentir à ses confrères esclaves. Si elle levait l’espoir dans leur cœur, ce n’était pas par le mensonge d’un avenir certain, mais avec la connaissance de ce qui risquait d’être perdu. Elle ne voulait pas prendre sur le dos cette responsabilité de plus.

- Aujourd’hui, je vous demande de sauvegarder les êtres qui sont à vos côtés, de veiller sur eux comme eux veilleront sur vous, car ce qui nous attend n’est pas une tâche aisée. Nous allons nous rendre au port, le plus silencieusement possible, pour nous emparer des navires de pêche sur lesquels nous ferons d’abord monter ceux qui ne sont pas en mesure de combattre. Chaque navire volé aura pour tâche de voguer jusqu'à Eniod et de rejoindre la cité par ses propres moyens. Certains d’entre nous, des guerriers déjà choisis, resteront en arrière pour permettre au plus grand nombre de monter sur ces bateaux. Ensuite, le feu s’abattra sur eux et les navires restant seront engloutis par les flots, coupant tout moyen de poursuite. Alors nous serons libres !

La jeune femme ne leur laissa pas le temps de se remettre en cause ses paroles et commença à donner des ordres. Chacune des personnes dirigeant la libération avait déjà une tâche attitrée, aussi il n’était guère difficile de les mettre en ordre. Il demeurait cependant les guerriers laissés par Tanaëth. Isil posa les yeux sur Llyan.

- Restez en arrière tant que vous le pouvez, pour limiter la progression des shaakts une fois que l’alarme sera sonnée. Dès qu’il ne restera plus que quelques navires, vous monterez dedans, qu’il reste ou non des esclaves en arrières. D’autres se chargeront d’eux.

La sindel acquiesça brièvement, comprenant qu’ainsi Isil utilisait leurs capacités, mais refusait de les mettre en péril plus que nécessaire et que ce choix était sien, ne souffrant d’aucune remise en cause, surtout alors que le temps leur était compté.

Finalement, Isil se tourna vers Lhyrr avec lequel elle échangea un long regard.

(N’y pense même pas, Lyn), commenta le loykarme d’une voix neutre et ferme. Il la toisait de toute sa hauteur, bien supérieure à cette de l’elfe, les ailes toujours étendues. Le regard qu’Isil lui rendit était égal et elle était campée sur ses pieds, les poignets sur les hanches. Nullement impressionnée malgré les esclaves qui regardaient la scène avec crainte sans comprendre le muet échange qui passait entre les deux.

(Pourtant je te le demande encore une fois, Lhyrr, reste parmi les Danseurs et protège-les, protège ces esclaves. Je sais prendre soin de moi-même, pas eux. Je combattrai mieux en les sachant en sécurité à tes côtés.)

La posture du loykarme ne changea pas d’un pouce, mais elle sentit son esprit se raffermir plus encore.

(Non. Je t’ai laissé une fois et je t’ai perdue aux mains de ces vermines. J’ai cru te perdre, Lyn. J’ai cru devenir fou dans cette maudite forêt, à espérer un signe qui ne vint jamais. Je resterai à tes côtés et nous combattrons ensemble, quoi qu’il en coûte, quelle qu’en soit la fin.)

Un battement de cœur passa. Puis un second et un troisième. Quelque chose d'autre se dissimulait dans les paroles du loykarme, comme une douleur sourde, ancienne, qui prenait sa source dans les confins des temps. Isil finit par pousser un soupir et acquiescer.

(Comme tu voudras, mon compagnon.)

Elle lança l’ordre de se rendre au port. Les pions avançaient.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Lun 17 Oct 2016 21:32 
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14 - Le Dernier Combat


Le port de Szordrin s’étalait en long, délimité de la ville par un vaste terrain vague sentant le varech et le poisson. Les bateaux, eux, n’étaient accessibles que par deux pontons l’un à côté de l’autre et ils se dressaient, mâts dressés vers le ciel comme s’ils les accueillaient. Les maisons shaakt semblaient s’entasser le plus loin possible de la mer, s’éloignant de ses promesses de mort et les lieux de plaisance étaient tout aussi rares, comme si les pêcheurs refusaient de laisser l’océan gagner du terrain. C’était une crainte qu’elle avait constatée dans ce village, et qu’elle s’expliquait mal. Plusieurs infrastructures s'élevaient cependant sur les quais, servant à abriter le matériel de pêche. Quelques treuils étaient également aménagés afin d'accueillir de plus gros navires pour les plus grosses cargaisons, incluant la traite des opales excavées, mais aucun n'était actuellement au port. Cela aurait pu faciliter leur fuite, un grand bateau pour les abriter tous. La jeune elfe ne s'attarda cependant pas sur les regrets en avisant de la nuée d’esclaves qui s’avançait avec circonspection, cherchant avec appréhension les têtes de shaakts alertés qui se presseraient aux fenêtres. Il n’y en avait aucune pour le moment, mais Isil savait que cela n’allait pas durer. Aussi discrets tentent-ils d’être, ils faisaient toujours trop de bruit.

Soudain, comme pour confirmer ses pensées, un cri s’éleva, un cri d’alarme hurlé en shaakt. Isil attrapa son arc et encocha une flèche récupérée dans le carquois accroché à sa hanche et tira vers la source du bruit. Sa flèche rata sa cible, mais le cri cessa. Il y eut un lourd silence pendant lequel tout le monde retint son souffle, brisé par un nouveau cri, plus loin, repris par tant d'autres. Ils avaient été repérés.

A ses côtés, elle vit les Danseurs imiter son geste et encocher une flèche tandis qu’Ölendra tirait son épée flamboyante dans l’aube rouge. Lhyrr s'était mis derrière elle dans une position toute féline d'agressivité. Aucun n'avait la moindre peur dans le regard, juste la plus complète des déterminations. Bien. La jeune elfe fit silencieusement signe aux esclaves de la dépasser pour se rendre aux bateaux sans tenir compte d’eux. Elle vit Azéline portant Talen passer avec Taïna et leur adressa un signe de tête, mais le jeune orphelin se débattit des bras de la femme jusqu'à ce qu'elle le lâche. Il courut se jeter dans les bras d'Isil qui l'accueillit dans son giron, enserrant ses bras toujours armés autour de lui pour murmurer entre ses cheveux en bataille :

- Va rejoindre les autres, Petit d'Hommes, écoute Azéline et veille sur eux.

- Tu reviendras, hein ? Tu nous laisses pas ?

Grave. Cet enfant était bien trop grave pour ses dix petites années. Isil ferma un instant les yeux avant de répondre :

- Oui, je vous rejoindrai dès que j'en ai fini ici. Maintenant, va !

L'enfant resserra une dernière fois ses bras autour d'elle avant de rejoindre Azéline qui regardait avec appréhension vers l'intérieur du village. Elle attrapa le petit, échangea un long regard avec Isil avant de hocher la tête et de s'en aller. La jeune elfe les laissa se perdre dans la foule avant de reporter son attention sur ce qui arrivait entre les maisons de Szordrin : des guerriers shaakts vêtus des armures de cuir de la garde de la ville. Le branlebas de combat avait été sonné, il ne leur restait plus qu'à gagner le plus de temps possible pour que le plus grand nombre d'esclaves puisse s'échapper.

Isil banda son arc.

- A mon commandement... tirez !

Une volée de flèches brisa l'air, dérisoire à côté du nombre d'ennemis qui arrivaient, mais la plupart firent mouche. Isil encocha rapidement une seconde flèche et donna de nouveau l'ordre. Il y avait peut-être moins d'une cinquantaine de guerriers qui s'avançaient vers eux. Leur garnison au complet, moins les gardes des mines. Les esclaves avaient un potentiel d'une dizaine de véritables guerriers, en comptant Isil, Ölendra et les sindeldi, mais une trentaine d'esclaves munis de fourches et des quelques armes qui avaient pu être subtilisées sans attirer l'attention étaient restés en arrière. Parmi eux, elle avisa un elfe aux traits étranges, inhabituels, mais n'eût pas le temps de s'y attarder avant de reporter son attention sur les ennemis qui arrivaient. Une nouvelle volée fut tirée avant qu'Isil ne range son arc pour dégainer son épée. Garde inclinée vers le haut, lame légèrement en biais et ferme sur ses appuis, elle était prête à essuyer leur assaut.

Ce dernier vint, brutal, sans concession. Sa lame mordit dans le cuir du premier shaakt sans parvenir le percer avant que son épée ne soit déviée par la bâtarde qu'il tenait à deux mains. Isil se pencha sur le côté pour éviter le coup qui ne tarda pas et l'arme de son adversaire passa à quelques centimètres de son épaule. Elle se redressa dans la foulée et profita de l'ouverture ainsi laissée pour enfoncer sa lame sous l'aisselle, dans le trou laissé par l'armure. Son tympan fut irrité par le cri qu'elle entendit alors, mais elle choisit de ne pas en tenir compte et de l'éloigner en dégageant son épée à l'aide du pied.

Elle eut à peine le temps de faire face à son adversaire qu'une masse tombait vers son crâne. Une masse ornée de vilains petits clous pointus, orientés vers son front. Elle écarquilla les yeux et tenta de parer en protégeant sa tête de son épée, la main posée sur le plat de la lame, mais le choc fut si puissant qu'elle se retrouva projetée vers le sol. Une douleur irradia de son coccyx, une douleur qui ne fit que lui rappeler ce qu'elle avait à perdre au moindre faux pas. Aussi, elle roula rapidement sur le côté alors que la masse fondait de nouveau sur elle pour s'enfoncer dans le sol dans un bruit sourd. La jeune elfe se retrouva recroquevillée sous un abdomen, protégée par quatre pattes bleu nuit. Elle entendit le feulement agressif de Lhyrr et le hurlement du shaakt à la masse avant de rouler une nouvelle fois pour se retrouver à l'air libre et se relever pour accueillir un nouvel adversaire. Une fois de plus, elle combattait leurs ennemis aux côtés de son compagnon plus féral que jamais. Non loin, la danse d'Ölendra était resplendissante, forçant de sa lame argentée leurs ennemis à reculer tout en protégeant les esclaves qui se trouvaient non loin d'elle, comme si elle rechignait à les laisser s'approcher des armes coupantes des shaakts. L’Éternelle Mère.

Pendant ce temps, derrière eux, les esclaves continuaient à affluer des Fosses vers le port. Ils devaient encore tenir.

Soudain, au milieu de la mêlée, un éclair d'acier perça le champ de vision de la rôdeuse qui réagit par pur réflexe en déviant une bâtarde qui provenait de sa gauche, maintenue par une shaakt aux cheveux rougeoyants. Isil reconnut en elle Arcyn, l'une des capitaines de Shi'riyl et le sourire mauvais qu'elle arborait montrait sa satisfaction de lui avoir mis la main dessus. Elle ne perdit pas de temps en vaines menaces et Isil lui en fut gréée.

La jeune elfe dégagea son épée et contre-attaqua violemment, faisant cliqueter le métal alors que la capitaine parait. Deux nouveaux coups puissants suivirent le premier, tout aussi aisément déviés par la femme. Isil retint un sourire sans humour. Elle savait que la shaakt était d'un niveau de maîtrises supérieur à celui des autres gardes qu'ils affrontaient et, durant toutes les interminables heures de conseils passées debout derrière l'héritière, Isil avait analysé les caractères des capitaines. L'esclave auto-affranchie avait noté chez Arcyn un excès de confiance, ce que la jeune elfe comptait bien détourner à son avantage. Un nouveau coup puissant qui entama légèrement la garde d'une Arcyn aux yeux ignés qui fut obligée de reculer d'un pas. La coureuse sentait Lhyrr dans son dos, qui surveillait ses arrières en bataillant avec griffes et crocs. Ses ailes étaient rétractées dans son dos afin qu'il ne vienne pas à l'idée d'un de leurs ennemis de les percer.

Isil amorça un nouveau coup puissant qui enflamma ses muscles et vit la combattante qui lui faisait face s'apprêter de nouveau à parer la frappe, bien campée sur ses jambes. Dans les yeux d'Arcyn, elle vit une lueur qui lui indiquait que la femme pensait avoir percé l'évidente faiblesse de l'hinïonne : son absence de subtilité. Arcyn était prête à répliquer d'une attaque qui, Isil n'en doutait pas un instant, saurait profiter du léger déséquilibre induit par une attaque aussi forte. Aussi, au dernier moment, alors que son épée allait percuter de plein fouet celle de la shaakt, elle inclina légèrement sa lame pour qu'elle glisse sur la bâtarde et, d'une rotation de l'avant-bras, invita son arme à changer de trajectoire pour atteindre la femme à la hanche. La puissance du coup en grande partie conservée, elle parvint à percer le cuir bouilli de l'armure d'Arcyn en lui infligeant une vilaine blessure. La shaakt la regardait, ébahie.

(Bien joué, Lyn, je commençais à te trouver un peu lourdaude).

Isil émit un grommellement mental saupoudré d'une once d'amusement.

(Toi-même).

Elle sentait son sang bouillonner dans ses veines tandis que la frénésie du combat la prenait petit à petit le dessus. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais aimé cette sensation d'être galvanisée à l'idée de faire couler du sang, pourtant, là, elle avait l'impression d'être plus vive que jamais, comme si sa volonté de vengeance prenait le pas sur toutes les convictions que des décennies de réflexions avaient amenées. Elle qui avait décidé de ne jamais se laisser aller à la haine et à la basse vengeance sentait son cœur s'en teinter pour la seconde fois en une journée. Oh, pas beaucoup, juste une once, mais c'était suffisant pour instiller un doute dans son esprit.

Aussi, face à la shaakt qui lui faisait face et qui tentait de brandir son épée d'une main tandis que l'autre enserrait sa plaie béante. Isil voyait la peur dans ses yeux, une peur qui autrefois lui aurait fait reconsidérer son geste. Mais elle n'eût aucun scrupule lorsqu'elle arma son bras et abattit sa lame sur le cou de la capitaine. Il ne fut pas tranché net, mais la vie n'en quitta pas moins les yeux rouges qui dardaient encore dans sa direction. Et le corps ne s’en effondra pas moins au sol dans une gerbe de sang.

Aisillyn se retourna pour aviser de l'état des esclaves et de ses guerriers. Près de la moitié des gardes shaakts étaient encore debout, la plupart ayant été mis à mal par la redoutable efficacité des Danseurs et d'Ölendra, Isil et Lhyrr n'ayant pas été en reste. Sur les esclaves qui étaient restés pour combattre, beaucoup trop étaient tombés, le visage baignant dans leur sang mêlé à celui de leurs frères de misère. Ils n'étaient que de la chair à abattre pour donner le temps aux autres de monter dans les navires. Ceux-ci commençaient à se remplir et les premiers commençaient déjà à prendre le large.

- Vous ! Allez aux bateaux et mettez le feu aux restants, laissez-nous maîtriser le reste !

Ses parole s'adressaient aux esclaves prêts à se sacrifier pour un gain de temps dérisoire et plusieurs relevèrent la tête vers elle avec espoir, puis, comprenant que ces mots leurs étaient destinés, acquiescèrent et obéirent à son ordre. Cela les laissait donc en infériorité numérique, mais ils ne leur étaient plus d'une grande aide. Isil leva le bras pour parer l'attaque d'un shaakt qui souhaitait profiter de son attention portée ailleurs pour l'attaquer. Elle eut à peine le temps de s'apprêter à répliquer que Lhyrr était déjà sur lui.

Soudain, le sang d'Isil gela dans ses veines. Elle venait d'apercevoir une petite tête brune quitter les rangs des esclaves pour accourir vers la mêlée, poursuivit par une femme blonde qui lui criait de revenir. Isil écarquilla les yeux et se précipita dans sa direction, prenant à peine le soin d'éviter les coups erratiques qui pleuvaient de toute part dans cet amas de bras et de jambes maculés de sang et bardés de fer.

- Talen ! Retourne vers Azéline, retourne avec les autres ! cria Isil d'une voix trop aigüe.

Mais le gamin était déjà à son niveau et se lançait dans ses bras alors même qu'elle quittait la mêlée pour se retrouver de l'autre côté de la ligne de sécurité toute fictive que formaient les rangs des sindeldi.

- J'ai vu la Maîtresse ! La méchante femme ! Elle a hurlé ton nom !

La méchante femme, la Maîtresse. La Shaakt. Il n'y avait personne d'autre que Shi'riyl qui répondait à ses appellations entre les lèvres de Talen.

- D'accord, Talen, maintenant monte dans un bateau et pars ! Veille sur eux, mène-les en sécurité.

Le gamin acquiesça, mais à ce moment il y eut un changement subit dans la formation de la mêlée et les shaakts firent une soudaine avancée en forçant ses alliés à reculer. Isil et Talen se retrouvaient à présent au sein du combat, seulement protégés par la forme massive et hargneuse de Lhyrr. Usant de ses crocs, il empêchait quiconque de trop s'approcher, allant même jusqu'à étendre ses ailes pour paraître plus imposant encore. Isil se redressa rapidement et attrapa le Petit d'Hommes qu'elle plaça sur le dos du loykarme en lui intimant de ne pas bouger de là. En se tournant vers la mêlée, épée en main et haletante, elle comprit la raison de ce changement soudain : Shi'riyl s'était faite une place parmi les combattants shaakts et venait de tuer l'un des sindeldi. Elle s'apprêta à s'attaquer à un second lorsqu'elle vit Isil et un sourire mauvais naquit sur ses lèvres. Sans considération pour le sindel, elle le laissa pour se diriger vers l'hinïonne d'une démarche féline, ses deux sabres sortis, étincelants aux rayons du soleil à présent bien levé. Qu'est le plus beau ? Le mouvement du félin, ou son calme ? La jeune elfe n'en avait pas idée, mais elle resta un instant pétrifiée devant la shaakt qui s'avançait sans se presser, envoutée par l'araignée qui venait cueillir sa proie sur l’arantèle.

(Lhyrr, pars en emportant Talen).

(Hors de question que je te laisse une nouvelle fois).

Isil lui lança un regard sombre.

(Lhyrr, je n'ai que faire de tords passés, encore plus de tords remontant à d'autres vies. Ce gamin a à peine dix ans, il n'a rien à faire dans un combat, il n'a pas à assister à tout ceci. Alors envoles-toi, mon compagnon, et emporte-le).

L'échange de regard entre les deux êtres fut électrique et la tension palpable alors que le combat faisait rage autour d'eux et que La Shaakt s'approchait encore. Lorsqu'Isil se retourna pour lui faire face, son esprit fut effleuré par la pensée grave du loykarme.

(Aelyn, la plus sombre des elfes dorés).

Elle ne se retourna pas lorsqu'elle sentit une bourrasque l'ébouriffer et un vide se faire dans son cœur tandis que la chaleur de son compagnon s'envolait vers les cieux, le Petit d'Hommes sur son dos. Aelyn, le nom qu'elle aurait porté en des temps immémoriaux, un nom qui ne lui disait plus rien.

C'est d'un geste fluide qu'elle para le premier coup de Shi'riyl et dévia son épée, mais la seconde ne tarda pas à suivre et Isil n'eût d'autre choix que de s'esquiver sur le côté et de reculer pour se mettre hors de portée. La Shaakt avait une fois de plus l'avantage, et elle le savait. Fine bretteuse, elle avait plus de talent et de pratique qu'Isil, comme l'avait prouvé leur précédent combat qui avait abouti à la capture de l'hinïonne. L'Héritière, un sourire fauve aux lèvres, tenta de placer un coup à son visage et un autre à sa hanche. Isil para l'un à la suite de l'autre, mais elle sentait son bras commencer à protester. En plus d'être vif, son adversaire était puissant. Elle n'allait rien pouvoir faire contre cette femme dans ces circonstances. Lorsqu'elle avisa non loin d'elle du bouclier d'un shaakt tombé, elle sut qu'elle avait tout intérêt à le récupérer car sans protection face eux deux sabres, elle ne pourrait rien faire d'autre que de se laisser lentement découper sous le sourire carnassier de sa maîtresse. Alors, elle se dirigea lentement vers lui, sous le couvert de se protéger des coups nonchalants de Shi'riyl. Lorsqu'elle arriva à portée, elle se lança à son tour dans une série d'attaque rapides mais peu puissantes destinées à faire reculer La Shaakt. Celle-ci les para sans mal, mais cela donna à Isil la possibilité de se reculer soudainement et de trancher d'un geste sec le bras qui tenait le bouclier pour attraper celui-ci en le secouant pour le libérer de la main encore accrochée. Elle le plaça sur son bras juste à temps pour se recroqueviller en-dessous et encaisser le coup.

- Tu penses sincèrement qu'un bouclier va te protéger, mon petit oiseau ? demanda Shi'riyl dans un sifflement vicieux.

Non, elle ne le pensait pas, mais elle pensait qu'il lui permettrait de gagner assez de temps pour laisser les derniers esclaves monter sur les bateaux, ce qu'elle se garda bien de révéler. Il ne restait plus que deux navires à quai et les autres parties du port commençaient déjà à prendre flamme. Quelques civils tentaient en vain de les éteindre.

Comprenant qu'une position défensive ne l'aiderait plus, la rôdeuse passa à l'offensive tentant un coup de taille suivit d'une feinte. La Shaakt, surprise par la soudaine agressivité de sa proie, laissa une ouverture et Isil eut le bref espoir de toucher sa cible avant que sa lame ne soit déviée et son bouclier percuté par un sabre. Une légère espérance naquit en elle. Shi'riyl n'était pas sans faille. Aisillyn se redressa. Elle n'arriverait à rien en se lamentant sur son sort et devait combattre ce que son adversaire représentait, les mois de souffrances qu'elle avait enduré en son nom. Les stigmates des menottes qu'elle garderait au poignet, éternel témoin de ce qu'elle avait vécu. Dans un regain de rage, cette volonté de vengeance fleurit de nouveau dans le cœur d'Isil, ses corolles plus noires et majestueuses que jamais.

Elle enchaîna les coups, faisant pleuvoir les attaques sur Shi'riyl en la forçant à les parer et à passer sur la défensive. L'elfe se servait à la fois de son épée et de son bouclier qu'elle utilisait autant comme rempart contre le tranchant des sabres que comme outil pour impressionner La Shaakt. Elle donnait coup sur coup, les lèvres pincées dans une colère froide et violente. Elle voulait faire souffrir, elle voulait expier ces mois de réserve qu'elle s'était imposés pour que succède son plan. Ces mois passés à s'avilir aux plaisirs de cette femme.

Mais les bras de la jeune elfe étaient déjà fatigués par les combats qu'elle avait livré en cette journée naissante et elle sentait ses muscles protester. Ses coups perdirent petit à petit de leur puissance et la vague se retourna. La Shaakt reprit le dessus, son sourire accroché aux lèvres comme s'il y avait été ciselé. Isil reculait et reculait toujours plus.

- Tu penses pouvoir me battre seule ? Quelle naïveté. C’est un beau tour de force que tu as fait là, car c’est bien toi qui a organisé votre petite rébellion, n’est-ce pas ? J’aurais dû me douter que les Fosses ne t’avaient pas brisée au point que tu n'acceptes pas notre offre de survie et que ta soumission n’était qu’un stratagème. Que veux-tu, on pèche par excès d’orgueil.

Un aveu bien étrange entre les lèvres de la shaakt. Etait-il pensé ou un simple moyen de déstabiliser Isil ? Après tant de mois passés dans l’intimité de cette femme, la jeune elfe pensait qu’il s’agissait de la première option. Ce que leur orgueil a forgé.

- Mais dis-moi, une question me taraude, où se trouve ma mère et cette Trinae à qui on t’a donné ? Tu les as tuées ?

Étonnement, elle semblait plus curieuse que fâchée, alors qu’elle faisait pleuvoir ses coups sur Isil qui n’avait d’autre choix que de rester sous son bouclier.

- Non, elles ne sont pas mortes, juste enfermées dans les Fosses, grinça-t-elle.

Shi’riyl éclata d’un petit rire qui permit à Isil d’en profiter pour placer une attaque de taille à sa hanche, suivie d’une feinte et d’une attaque vers le cou. Chacun de ses sabres para chacune des attaques et les répliques qui s’en suivirent furent de force égale.

Isil vit du coin de l’œil que les derniers esclaves avaient embarqué et que les sindeldi avaient rompu le combat pour rejoindre le dernier bateau, poursuivis par les derniers guerriers restant. Lhyrr était également là-bas, empêchant les shaakts de monter. Il ne restait plus qu’Isil face à La Shaakt. Celle-ci avait suivi le regard de l’hinïonne.

- Oui, tu as peut-être réussi ce tour de force, mais tu es abandonnée. Tu vas mourir bêtement par mes mains. Vaillamment, certes, témérairement, ça c’est certain, mais bêtement. Ma petite satisfaction, ce qui aura rendu radieuse cette journée pourrie. Car cette fois, crois-moi, je ne ferai pas l’erreur de te laisser en vie. Je ne te ferai pas ce cadeau.

Comme pour accentuer ses dires, elle se fendit d’une soudaine attaque par le haut qui fut cueillie par le bouclier qui s’était levé pour la recevoir, laissant le bas de son corps sans protection. Elle sentit la brûlure du second sabre qui s’enfonçait dans sa cuisse. Elle retint un cri de douleur, mais pas de rage alors qu’elle voyait la satisfaction dans les yeux de Shi’riyl. La Shaakt relevait déjà ses armes pour porter un coup final, profitant de l’infirmité de son adversaire.

C’est à ce moment qu’une aura argenté s’inséra dans le champ de vision d’Isil. Ölendra apparut soudain à ses côtés, rayonnante malgré sa tenue d’esclave, son épée fermement tenue entre ses mains.

- Elle n’est pas seule, dit-elle avec une férocité dans le regard qui rivalisait avec celle de La Shaakt.

La Mère, éternelle veilleuse. Isil en avait presque les larmes aux yeux, mais ne se permit aucun moment répit alors qu’elle se joignait à l’Ancienne pour que s’abattent les coups sur l’héritière. Elles entrèrent toutes trois dans une danse, un ballet fabuleux, magistralement dangereux. Les frappes s’enchaînaient et les lames s’entrechoquaient dans un tintement presque mélodique, un rythme qui coulait dans leurs veines. Celui du combat et de la survie.

Malgré l’entrée dans la danse d’Ölendra, Shi’riyl parvenait à garder l’avantage car l’Ancienne, bien que virtuose du combat, s’était retrouvée blessée à plusieurs endroits. Sa bure d’esclave était maculée de sang et Isil n’arrivait pas à déterminer lequel était le sien et quelle était la gravité de ses blessures. Ses coups étaient affaiblis et manquaient de vigueur. La Shaakt ne tarda pas à s’en rendre compte et à concentrer ses attaques sur l’Ancienne. Par deux fois, Isil dû s’interposer pour dévier l’une des lames qui s’apprêtait à fendre les chairs, et par trois fois elle fut elle-même sauvée in extremis. Lors de cette dernière fois, qui aurait pu être fatale, elle était parvenue à se glisser dans la garde de La Shaakt occupée à parer les coups d’Ölendra et, lorsqu’elle avait tenté d’utiliser son bouclier pour l’assommer, celle-ci s’était soudainement penchée en avant. Isil fut déséquilibré de ce coup dans le vide et La Shaakt en profita pour passer sous sa garde et la soulever par la taille. Le mouvement était intelligent, car même si elle montrait son dos à l’Ancienne, il était protégé par le bouclier d’Isil qui, elle, ne pouvait réagir à temps. Shi’riyl utilisa cette opportunité pour envoyer Isil à terre et s’apprêta à lever son sabre pour l’achever.

Ölendra fut plus vive et parvint à arrêter l’épée en chemin, forçant La Shaakt à pivoter pour se retrouver face à elle et reprendre le combat. La jeune elfe en profita pour se redresser en grimaçant. Sa cuisse la faisait de plus en plus souffrir. Dans une situation normale, la plaie n’aurait pas été dramatique, mais elle perdait trop de sang par manque de soin. Elle serra néanmoins les dents et se força à se remettre dans la danse. Les pas devenaient de plus en plus difficiles, que ce soit pour elle ou pour l’Ancêtre, elle s’en rendait bien compte, mais elles n’avaient d’autre choix, elles devaient d’abord triompher de leur adversaire en espérant ensuite avoir le temps de rejoindre les bateaux.

Shi’riyl recula de quelques pas sur le quai pour placer un amas de filets de pêche entre sa personne et les deux femmes. Ces dernières entreprirent de contourner le tas, chacune dans un sens pour la prendre en tenaille, mais La Shaakt ne voyait manifestement pas les choses sous cet angle car elle bondit soudainement sur Ölendra, sabres en avant. Au lieu de faire une attaque conventionnelle, elle se réceptionna sur ses jambes, accroupie, et bondit dans sa direction pour rouler sous sa garde. La vieille elfe déjà affaiblie n’eut pas le temps de réagir lorsque les lames coupèrent la chair derrière le genou. Elle s’effondra dans un hurlement et Isil, en un instant, fut à ses côtés pour parer à sa place le second coup destiné à sectionner définitivement le tendon. Elle avait dérapé et se trouvait à présent elle aussi à genoux, l’épée levée au-dessus de sa tête.

- Relèves-toi, Ölendra ! lui cria Isil.

L’Ancêtre hocha la tête et se remit avec peine sur ses jambes tandis que la jeune occupait leur adversaire. Toujours à genoux, elle donna un violent coup d’épée sur les sabres de La Shaakt, suivit d’un coup de bouclier dans son tibia. L’héritière bondit en arrière avec ce qui ressemblait à s’y méprendre à un feulement de rage. Rapidement, si soudainement que ni Isil, ni Ölendra n’eurent le temps d’agir, elle perça l’armure de la rôdeuse au niveau de l’épaule et lui infligea une nouvelle blessure. La jeune femme était en sueur et sa vision commençait à se troubler, tant par la douleur des deux blessures que par la perte de sang induite. Elles n’allaient plus pouvoir continuer longtemps, c’était une assurance.

Comme si sa pensée était prophétique, un cor résonna dans l’air. Alertée, Isil regarda autour d’elle à la recherche de sa source et laissa échapper un gémissement lorsqu’elle vit de nouveaux gardes shaakts, frais, dispos et prêts à en découdre arriver avec en tête la Matriarche et Trinae. Toutes deux semblaient furibondes et leurs yeux étaient autant de promesses de morts lentes et douloureuses. Elles devaient partir, maintenant.

Isil ouvrit la bouche pour faire part de sa découverte à Ölendra lorsqu’elle vit le premier sabre de Shi’riyl lui arriver sur le coin de la figure. Elle leva le bouclier juste à temps pour se protéger, mais La Shaakt profita de l’arrivée soudaine de renforts pour se lancer dans une offensive plus audacieuse encore. La jeune elfe tenta de se protéger de son épée soulevée, mais la douleur était trop forte dans son épaule et elle ne parvint tout au mieux qu’à dévier le coup, sans pouvoir répliquer. Le premier sabre était déjà dans les airs, prêt à s’abattre, lorsque le cri d’Ölendra perça l’air.

- Recule !

La coureuse des plaines obéit à l’ordre sans discuter et trébucha sur l’amas de filets de pêche mais fit une roulade en arrière pour se réceptionner de l’autre côté, où se trouvait l’Ancienne. Un regard vers Shi’riyl découvrit celle-ci enserrée dans une gangue de boue, hurlante et rageante qu’on la laisse sortir.

- J’ai vu cette épée qui allait te transpercer et… je ne sais pas, j’ai senti de nouveau les fluides, dit Ölendra avec un effort évident, le front en sueur. Je ne pourrais pas… tenir ce sort longtemps. Alors pars, Aisillyn, rejoins les navires et monte dedans. Veilles sur eux.

- Ölendra, non… Je ne peux pas te laisser, répliqua Isil qui s’était agenouillés aux côtés de la femme qui avait pris pour elle le rôle d’une mère durant tous ses mois de captivité. Redresse-toi, courrons ensemble vers les navires !

La vieille elfe secoua la tête, libérant un rideau de cheveux argentés sur son visage à peine ridé. Isil comprit. Elle comprit que le tendon avait été bel et bien déchiré, L’Ancêtre était clouée au sol.

- Mon temps est venu, Aisillyn, je le sais et je le sens, j’ai eu une longue et belle vie que je ne regrette pas. Mais la tienne ne s’achève pas maintenant. Prends cette épée, je refuse qu’elle tombe entre leurs mains et va ! Vis ! Talen et Lhyrr t’attendent.

En effet, le loykarme était en train de se battre farouchement contre les derniers shaakts qui se trouvaient sur le ponton, protégeant l’enfant de toute sa hargne. De l’autre côté, vers le village, la troupe de gardes shaakts qui avaient été enfermés dans les Fosses progressaient. Ils ne tarderaient pas à être à leur niveau. Isil jura. Ölendra ne pouvait plus marcher, c’était évident, et elle-même était trop faible pour la porter sur une si longue distance. Déjà elle commençait à avoir des vertiges.

- Va, Isil, c’est ma dernière demande, ne rend pas tout ceci vain…

L’Ancienne fourra l’épée entre les mains de la jeune elfe et usa de ses dernières forces pour la faire partir, la pousser vers la protection des navires. La rôdeuse ferma un instant les yeux, profondément, avant d’acquiescer. Il n’y avait rien d’autre à faire, elle en avait conscience. Pourtant jamais il ne lui parut plus difficile de serrer une dernière fois Ölendra dans ses bras tandis que ses yeux s’emplissaient de larmes, de se redresser et de forcer ses jambes à marcher, à s’éloigner de cette femme qu’elle abandonnait à une mort certaine. Quelle cruauté, quelle bassesse. Ses genoux, ses doigts enserrant l’épée tremblaient alors qu’elle posait un pied, puis l’autre sur le ponton. Sa vue était brouillée, imparfaite. Elle enjambait des cadavres, des monceaux de cadavres qui s’amassaient pêle-mêle, amis comme ennemis. Combien, combien étaient mort aujourd’hui ? Bientôt le corps d’Ölendra, l’Ancêtre, se mêlerait à eux. Un pas, puis l’autre.

Isil s’effondra devant le navire au moment où Shi’riyl faisait exploser la gangue de boue en poussant un hurlement de rage. La jeune elfe sentit des bras, à moins que ce ne furent des griffes, la soulever et la faire tomber sur le pont avant que les ténèbres ne la réclament.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autours de Khonfas
MessagePosté: Lun 17 Oct 2016 23:25 
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15 - L'Ultime Cadeau


Isil ouvrit avec peine ses yeux ensablés pour avoir trop pleuré. Elle n’avait pas besoin de bouger pour sentir les bandages qui enserraient son épaule et sa cuisse, pas plus qu’elle n’avait besoin de tourner le visage pour sentir cruellement l’absence d’Ölendra à ses côtés. Son esprit fut effleuré d’une pensée alors même qu’un museau chaud touchait sa joue.

(Lyn ?)

Les poumons de la jeune elfe se remplirent, puis se désemplirent. Elle se sentait mal, mais la faiblesse de son corps avait reflué. Sans doute s’était-elle fait soigner par un ancien esclave pourvu de quelque magie de soin.

(Combien de temps ?)

(Nous sommes en fin d’après-midi. Aucun signe de poursuite, ils n’avaient rien pour le faire de toute façon. Les esclaves y ont veillé, comme tu leur as demandé.)

Bien, c’était un souci de moins. Isil serra les dents en se redressant et ses yeux tombèrent sur l’épée d’Ölendra qui se tenait non loin d’elle. Elle s’était sacrifiée. Pour eux, pour elle. La jeune femme releva les yeux vers le ciel où le soleil commençait à chuter. Elle se trouvait sur le pont, à l’ombre de la voilure et elle pouvait voir les bateaux des rescapés d’étendre de part et d’autre. Sur le plus proche, elle put voir la tête et le sourire de Talen, Taïna penchée au-dessus de lui. Elle se força à lever la main pour leur faire signe, dévoilant ainsi les traces des menottes sur son poignet. Elle la rabaissa.

(Lhyrr, mon compagnon nous avons une dernière tâche à accomplir.)

Le loykarme avait déjà compris. Peut-être avait-il compris à l’instant où Isil s’était éveillée et que les souvenirs l’avaient étreint. La jeune elfe poursuivit néanmoins :

(Je veux savoir s’il n’y a réellement plus d’espoir. Je ne l’ai pas vu mourir.)

Lhyrr inclina sa tête bleu nuit ornée de ses grands yeux verts et s’allongea à côté de l’elfe pour lui permettre de monter sur son dos. Elle attrapa ses armes et s’installa derrière les ailes, savourant la chaleur de son corps, une chaleur dont elle avait à cet instant plus que jamais besoin. Les muscles du loykarme se tendirent alors qu’il regardait les cieux, s’apprêtant à bondir pour les rejoindre.

C’était leur premier vol ensemble.

***


Les battements d’ailes de Lhyrr perçaient les ombres de la nuit alors que l’elfe et le loykarme volaient vers le village. Ils l’aperçurent vite, un fanal illuminant les ténèbres. Isil, arc en main, vit les cendres encore rougeoyantes de ce qu’avait été le port. Il s’était répandu jusqu’aux maisons, en consumant certaines avant que les shaakts ne parviennent à l’étouffer sous le sable et l’eau. Cependant ce ne furent pas les cendres chaudes, encore fumantes qui attirèrent le regard d’Aisillyn, ce fut la place centrale illuminée des braseros et des torches d’un village décimé, comme autant de fleurons témoins de la déchéance de ces êtres. Une foule s’était amassée autour d’une estrade dressée, une estrade de rondins de bois épars. Elle attendait.

(Pose-toi ce toit,) demanda-t-elle à Lhyrr en indiquant une bâtisse face à celle de la Maison de la Matriarche.

De quelques coups d’ailes silencieux, Lhyrr se posa sur les tuiles. Personne ne les entendit dans le brouhaha causé par la foule, personne ne leva les yeux dans les ombres de la nuit où brillaient parmi les étoiles deux paires d’yeux étincelants à la lumière des torches. Il s’étendait devant eux une foule composée d’hommes, de femmes et d’enfants dans l’attente de sang et de vengeance, de douleur et de haine, matérialisée par ces portes de la Maison de la Matriarche qui s’ouvraient, laissant passer deux gardes tenant entre eux une silhouette brisée. Des cheveux blancs maculés du sang et de la crasse accumulés lors de cette journée masquaient son visage baissé vers le sol. Ölendra. Ils l’avaient dépouillée de ses affaires, ne lui laissant qu’une chemise et un pantalon déchirés révélant les chairs meurtries qui se trouvaient en-dessous. Elle claudiquait à peine, les gardes la maintenaient autant qu’ils la portaient vers le centre de la place sous les hululements des shaakts.

Ils ne l’avaient pas tuée, ils l’avaient faite prisonnière et l’avaient fait payer pour leur fuite à tous. Isil les vit, impuissante, monter l’Ancienne jusqu’à l’estrade et l’y attacher par les bras à un montant en bois, laissant son corps trop faible pendre, incapable de tenir sur ses jambes. La Matriarche, Shi’riyl et Trinae observaient la scène avec cette froideur toute shaakt. La jeune elfe serra l’encolure du loykarme. Elle ne comprenait pas, elle ne voulait pas comprendre ce qu’il se passait sous ses yeux. Il devait y avoir quelque chose à faire ! Mais ils étaient nombreux, armés d’épées et d’arcs, leurs gorges criant réparation alors qu’ils n’étaient que deux. Toute intervention était vouée à leur mort à tous les trois.

Et pourtant, elle vit avec horreur quatre gardes s’approcher de l’estrade, torche à la main et se pencher vers le bûcher sous l’ordre de la Matriarche.

Les flammes s’élevèrent rapidement et rampèrent avec une lenteur narquoise jusqu’à l’hinïonne. Isil la vit relever la tête et toiser la foule comme un ultime défi. Son visage était émacié, tuméfié et à peine reconnaissable mais ses iris de glace gardaient cette fermeté, cette force que démentait son corps brisé. La jeune elfe horrifiée ne parvenait pas à détourner les yeux, elle était pétrifiée, incapable du moindre mouvement.

Le feu, poussé par une légère brise marine, effleura la vieille femme. Ölendra hurla.

Isil était revenu pour elle, pour l’Ancienne, cette femme pour laquelle elle avait tant de respect, qui s'était comporté comme une mère au plus fort de la souffrance. Mais elle se trouvait là, impuissante, assistant à ses derniers instants. Torturée sous le regard avide de ses bourreaux. A côté d’elle, Shi’riyl souriait, jubilait.

Un froid profond, une sensation de stupeur s’abattit sur Isil alors que la réalité la percutait. Elle sentait ses membres engourdis et voyait ses propres gestes avec un œil hagard et lointain. Elle leva son arc sur lequel elle fit reposer une flèche aussi légère que l’âme des défunts de cette journée tragique. Elle tira la corde. Le trait fila au travers des vivats, des applaudissements et des cris, à travers la nuit et les torches fumantes. Elle termina sa course dans le cœur de l’Ancienne. Un ultime cadeau.

Lhyrr se propulsa en l’air et prit son envol. Aisillyn ne se retourna pas pour voir le corps sans vie d’Ölendra consumé par les flammes, pendant mollement au bout de la corde, pas plus qu’elle ne vit le village tourner ses yeux indignés vers la silhouette volante dans les ténèbres. Des flèches volèrent à sa rencontre. Mais la cavalière et le loykarme étaient déjà bien loin, emportés par l’obscurité.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autour de Khonfas
MessagePosté: Mar 10 Oct 2017 16:44 
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Un groupe de quatorze shaakts, surement ceux que j'avais combattu tout à l'heure, se dirigeaient vers la ville et je le suivis discrètement. J'en en attrapa un, en l’empêchant avec ma main de crier, et lui trancha la gorge. J'en attrapa un autre, fit pareil avec ma main et lui planta mon arme dans la colonne vertébrale. Un autre se prit un coup de couteau dans la gorge. Un autre se fit étrangler en même temps qu'un autre se prenait un coup de couteau dans la gorge, je le mis a terre et subis le même sort que son ami. Un autre se fit égorger, encore une fois, et encore un autre se prit un coup de couteau dans la gorge. Plus que sept. Je laissa les autres et fouilla le corps des sept shaakts morts. Je trouva cent yus, quinze couteaux de lancer et des armures.

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 Sujet du message: Re: Les plaines autour de Khonfas
MessagePosté: Mar 10 Oct 2017 20:35 
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Inscription: Mar 31 Mai 2016 14:49
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Je cacha les corps derrière un rocher et attendis que les sept shaakts repassent. Les sept shaakt repassèrent. J'en en attrapa un, en l’empêchant de crier avec ma main, et l’égorgea. J'en en attrapa un autre et lui donna un coup de couteau dans la colonne vertébrale. Un autre se prit un coup de couteau dans la gorge et encore un autre se prit un coup dans la colonne vertébrale. Un autre se fit étrangler, coucher a terre et se prit un coup dans la gorge. Un autre se pris un coup dans la colonne vertébrale. le chef se prit un coup de couteau derrière le genou se fis égorger.

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