L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Mar 12 Juil 2016 11:56 
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Je suis de plus en plus stupéfaite par le discours d’Aenaria. Elle a dû beaucoup côtoyer l’aquamancien. Elle approuve mon aveu sur le fait que mes actions ne sont pas toujours en adéquation avec les valeurs de la guilde. Pour elle, le reconnaître c’est le début du changement. Ouai… Je ne suis pas spécialement convaincue. Seul l’avenir me dira si je change vraiment ou pas. Viseblement, cela a marché pour elle, puisqu’elle me confie que certaines de ses actions à Omyrh ont réequilibré la balance par rapport à ses actions passées.

Je reste interdite et complètement surprise lorsqu’elle me félicite pour la première mission que j’ai effectuée pour la guilde. Je ne sais trop quoi répondre. Pour moi, c’est juste normal, c’était mon devoir de faire cette mission afin d’officialiser mon intégration. J’ai toujours été comme ça. Si l’on me donne un ordre, je l’exécute. J’ai conscience que c’est en total contradiction avec ma soif d’indépendance et mon credo de n’obéir à personne. En fait, j’obéis aux gens que j’estime et il y en a peu dans ma vie.

Elle continue son petit laïus en me disant que j’ai bien saisi cette notion d’équilibre en tout défendu par Equilibrium. Et je la rejoins sur un point, en effet chercher l’équilibre en tout est une tâche quotidienne et pas toujours évidente. En tout cas pour moi. Plus elle parle, plus j’ai l’impression de me retrouver face à un Sage. Et ces dernières paroles ne font que confirmer cette impression. Elle me demande selon moi qui devrait siéger au côtés de Nathanael et Kellan à la tête de la guilde. Plusieurs réponses me viennent à l’esprit, mais au fond une seule me semble valable.


"Je dirais une personne sachant manier à la fois les armes et la magie. Quelqu’un comme toi…"

Je laisse cette phrase plus ou moins en suspens afin de me laisser le temps de voir sa réaction. Et puis finalement je lui dis :

"Merci pour tes félicitations concernant la mission à Tulorim, mais je ne peux qu’en toucher la moitié. Exceptionnellement, Nathanel m’avait envoyé avec une autre recrue de la guilde, une jeune fille du nom d’Amalia."

C’est ma façon de rééquilibrer les choses. La présence d’Amalia à mes côtés m’a aidé à mieux appréhender cette mission et la mener jusqu’au succès.

"Et sache aussi que j’obéis toujours aux personnes que j’estime. Nathanael est parmi elles. Curieusement je comparerais la guilde à la milice, j'obéirais toujours et j'irais là où on a besoin de moi. En fin dans la guilde il n'y a pas la rigidité milicienne, ce qui n’est pas plus mal."

Ma dernière phrase est prononcée avec une note humoristique.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Mar 12 Juil 2016 12:31 
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Elylia fit rapidement mouche en disant que j'étais probablement le troisième Sage de la guilde. Mon petit laïus sur la notion d'équilibre ainsi que ma question avait du clairement la mettre sur la bonne voie. Elle me remercia ensuite pour les félicitations mais elle attribua la réussite de cette victoire à sa personne et son binôme de mission, Amalia.

Elle comprenait de mieux en mieux nos préceptes, elle me plaisait de plus en plus dans son attitude. Elle ajouta qu'elle obéissait toujours aux ordres qu'on lui donnait et qu'elle aparentait notre guilde à une milice mais en plus souple. Je sentis une pointe de quelque chose qui me disait que son expérience avec la hiérarchie n'était pas excellente. Il me faudrait découvrir cela.

- "Tu as deviné juste quant à mon statut au sein d'Equilibrium. Même si j'occupe ce poste depuis peu, je me suis fait un devoir de marcher dans les dignes pas de mon père et de continuer son oeuvre. Même si ce statut a conduit à son tragique assassinat par mon frère, je ne connaîtrais pas ce funeste destin."

J'avais une pointe de rage dans la voix, évoquer mon frère m'hérissait toujours le poil. Après tout, je m'étais rendue sur le continent pour retrouver la trace de Tamìa, sa docile servante. J'inspirai profondément afin de retrouver mon calme pour reprendre notre conversation.

- "La manière dont tu accomplis une mission importe bien moins que le résultat. Ceci peut paraître contradictoire avec nos préceptes, mais je considère que le résultat est tout ce qui compte. Tu dois tuer quelqu'un ? Très bien, il te suffit pour cela d'accomplir une bonne action suffisamment importante pour contrebalancer le tout. Si tu n'y arrives pas, d'autres y arriveront pour toi. Un battement d'aile à Tahelta a des conséquences à Kendra Kâr."

Et maintenant, tâtons le terrain sur sa formation, j'espérai que mon intuition ne m'avait pas fait défaut.

- "Oui, on peut dire que nous sommes beaucoup plus souple qu'une milice ou même que l'armée. Crois-moi quand je dis cela, 50 années à suivre des ordres et à en donner, ça forge le caractère et la droiture d'une personne."

Enfin, il ne restait plus qu'un mystère à lever.

- "Si comme je le pense, tu as passé un temps plus ou moins long dans notre belle armée, tu ne devais pas être assidue au cours d'histoire elfique. Tu ne connais donc pas toutes les spécificités des villes du Naora. Je te rassure, tu n'étais pas la seule à avoir ce problème, rien que dans ma promo, il y a une dizaine d'élèves qui ont raté l'examen d'histoire ! Ma chère et tendre moitié a failli rater son examen de fin d'année en histoire pour un point lorsque moi je cartonnais, lui était bien meilleur pour manier les armes, mais je m'égare."

Je levai les yeux au ciel comme pour me maudire de m'épancher ainsi sur ma vie privée mais peu importait.

- "Ici même à Tahelta, il y a un lieu qui est étroitement en lien avec la magie de l'eau, les catacombes. Beaucoup y sont entrés, très peu en sont ressortis mais ce n'était pas ta question initiale. La seule ville que je connaisse et qui possède un lien extrêmement puissant avec l'eau est ma ville de naissance, Balsinh."

Je regardai de plus près le visage d'Elylia, elle voulait bien faire mais je pouvais lire une grande fatigue sur ses traits.

- "Je vais te proposer quelque chose. Je dois rentrer chez moi à Balsinh, au manoir de Faronia, une magnifique demeure à l'extérieure de la ville. Tu sembles fatiguée, tu as besoin de repos, profite de la ville pour faire des achats, récupérer un peu. Je serais toi, j'irais ensuite faire un tour à la bibliothèque de Cyniar pour en apprendre un peu plus sur l'histoire de la ville et surtout sur son lien avec l'eau. Je pourrais dignement t'accueillir à la maison... Mais j'y pense, étant balsinaise, tout comme les domestiques du domaine qui sont bien plus âgés que moi, il pourrait très probablement te renseigner sur l'histoire de la ville. Alors que penses-tu de mon offre ?"

Avoir de la compagnie dans cette demeure vide m'éviterait de ressasser de trop le passé.

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Dernière édition par Aenaria le Mer 27 Juil 2016 18:41, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Mar 12 Juil 2016 17:47 
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Aenaria me confirme que j’ai bien saisi sa place au sein d’Equilibrium. J’ai devant le troisième Sage de la guilde. Je me sens fière et honorée de discuter avec elle. Je me demande bien quel âge elle eut avoir, mais c’est indiscret de demander. Et puis de toute façon, quel que soit son âge, dans la hiérarchie elle est au-dessus de moi. Ce qui est très agréable pourtant, c’est qu’elle ne s’en vante pas et n’est absolument pas arrogante.

Ce qu’elle m’apprend après me coupe le souffle. Sa place à la tête de la guilde, elle la tient de son père. C’est lui qui l’occupait juste avant de se faire assassiner par son fils, frère d’Aenaria. Décidément, les sindels n’ont absolument pas de chance avec leur famille !! Cela me ramène à mon propre père, en train de croupir en prison pour avoir seulement voulu se protéger de ma mère. Et je sens que, tout comme moi quand je pense à ma mère je ressens de la haine, Aenaria conserve une rage contre son frère. Ce que je peux comprendre.

Elle continue en me disant que pour elle, peu importe la façon de réaliser une mission, seul compte le résultat. Une fois de plus je l’approuve et lui fais un signe de tête pour le lui indiquer. Et après, on en vient au sujet qui me préoccupe : la ville du Naora liée à la magie d’eau. Elle me dit qu’avec ma formation de guerrière, je n’ai pas dû beaucoup écouter en cours d’histoire sinon j’aurais deviné de quelle ville il est question. Et oui elle ne connaît pas mon passif. Tout m’expliquant cela, elle ne manque pas de me donner des détails furtifs sur sa vie personnelle.

Elle me parle alors de la ville de Balshin. J’en ai déjà entendu parler, mais je ne m’y suis jamais rendue. Elle m’explique que c’est de là qu’elle vient et me propose alors de me reposer, faire quelques emplettes ici et de la rejoindre dans sa demeure. Sa proposition me touche. Et elle me donne aussi comme conseil de passe par la bibliothèque de Cyniar afin de recueillir des informations. Et elle se souvient ensuite, que bon nombre de ses domestiques pourraient me renseigner.

Et parce que je l’apprécie, je lui dois la vérité.


"Je ne suis pas franchement fière, mais j’ai été exclue de l’école militaire avant la fin de mes études. Une embrouille avec un de mes camarades. Je n’ai pas passé les examens de fin d’année…"

Je baisse les yeux car j’ai vraiment honte de cet épisode de ma vie.

"Je n’ai jamais été officiellement dans l’armée. Mon cœur, est profondément lié à la discipline, mais dans ma jeunesse j’avais plus tendance à suivre mes pulsions. Je ne réfléchissais pas beaucoup."

Je prononce tout ce petit laïus le regard baissé car je crains qu’elle ne me regarde différemment, ce que je ne souhaite pas.

"Quant à ta proposition, si elle tient toujours, je l’accepte avec plaisir. Je n’ai pas énormément de choses à acheter ici, en revanche je ne te cache pas que ça me ferait du bien de dormir un peu. A ton avis, tes domestiques et toi, vous êtes plus fiables que les informations que l’on peut glaner à la bibliothèque ?"

Comme pour appuyer ma fatigue, je tente de réprimer un baillement.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Mar 12 Juil 2016 18:15 
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J'avais vu juste sur la formation d'Elylia mais pas sur la fin qu'elle avait eu. Elle avait été renvoyée de l'armée pour un acte répréhensible. Je ne m'en étonnai pas plus que cela mais Elylia paraissait clairement honteuse vis-à-vis de son exclusion. Elle m'avoua qu'elle était impulsive à cette époque, mais que depuis elle avait appris à se pondérer un peu plus.

Tout en baillant à s'en décocher la machoire elle m'avoua que dormir lui ferait du bien avant de me rejoindre à Balsinh. Elle finit par me demander qui était le plus fiable, la bibliothèque ou bien mes domestiques, aucun doute dans mon esprit mais il me fallait d'abord la rassurer.

M'avançant doucement vers elle, je posai une main amicale sur son épaule.

- "Nous sommes faites de nos erreurs passées, être exclue de l'armée ne doit pas constituer une tare. J'ai un de mes camarades qui a été renvoyé, beaucoup d'autres ont abandonné parce qu'ils ne supportaient pas la hiérarchie ou tout simplement parce qu'ils ne supportaient pas d'être dans la même tente qu'une personne en particulier."

Je soupirai tout en faisant un léger signe négatif de la tête en me rappelant une camarade qui ne supportait pas d'être en concurrence directe avec sa soeur aînée. Elle avait préféré quitter l'armée. Je levai les yeux au ciel en repensant à ce jour où le sang avait bien failli couler.

- "L'armée m'a appris beaucoup de choses mais c'est surtout ma confrontation avec le terrain qui m'a permis de devenir la guerrière que je suis aujourd'hui. Ce n'est d'ailleurs pas l'armée qui m'a appris ceci..."

Je lâchai son épaule et claquai simplement des doigts, faisant apparaître une boule de lumière, nous éclairant un peu plus toutes les deux.

- "J'ai découvert mes compétences magiques durant mon voyage et plus j'avance, plus j'en découvre, c'est fascinant, déroutant et effrayant en même temps, vu ce dont je suis capable... Nous aurons peut être l'occasion de croiser le fer ensemble, voir même de mélanger nos magies respectives."

Cette idée ouvrait effectivement des perspectives intéressantes pour l'avenir mais mieux valait d'abord lui venir en aide le plus possible.

- "Et donc pour répondre à ta question, mes domestiques et la bibliothèque du domaine devraient, je l'espère, suffire à ton bonheur. Une chose qu'il faut que tu saches sur cette ville, c'est qu'il y fait une chaleur extrême. Les organismes qui n'ont pas l'habitude le ressentent violemment. L'idéal serait que tu arrives demain en milieu de matinée, histoire de bien récupérer. Cela me permettrait de tout mettre en ordre et de faire préparer la chambre d'ami pour ton arrivée. Est-ce que cela te convient ?"

J'avais vraiment envie de l'aider le plus possible, elle ne semblait pas connaître ma ville. Et puis, je ne pouvais pas refuser mon aide à un membre de ma guilde. Elle pourrait même m'aider dans ma traque de Tamìa, une lame supplémentaire ne serait pas de trop après tout. Je verrais cela en temps et en heure avec elle, elle avait d'abord une mission à accomplir et moi une double, chaque chose en son temps.

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Dernière édition par Aenaria le Mer 27 Juil 2016 18:44, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Mer 13 Juil 2016 21:23 
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Je suis soulagée de constater qu'Aenaria ne me juge pas rapport à mes erreurs passées. Elle a déjà dans son entourage, des personnes qui ont commis des erreurs plus ou moins avouables. Elle m'explique que nos erreurs nous aident à nous construire. Je reconnais qu'elle a raison, mais en ce qui me concerne, j'aimerais les effacer.

Puis elle me dis que la bibliothèque de sa demeure ainsi que ses domestiques, devraient suffire à mes recherches et elle me conseille d'arriver plutôt en milieu de matinée pour des raisons de climat difficilement supportable et qu'en plus cela lui laissera un peu de temps pour tout mettre en ordre. Je souris lorsqu'elle dit ça.


"Ça me convient parfaitement ! Et inutile de trop te casser la tête pour m'accueillir, je ne suis pas maniaque de la propreté. Alors je te dis à bientôt et encore merci pour ton aide, je m'en souviendrais pour te rendre la pareille ! Histoire de rééquilibrer la balance..."

Sur ma dernière phrase, je lui fais un clin d'œil amical. J'ai donc devant moi un peu de temps pour dormir avant de me mettre en route.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Jeu 14 Juil 2016 11:49 
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Elylia écouta tranquillement tous mes propos avant de me sourire et d'accepter ma proposition. Elle ajouta également que je n'avais pas à me prendre la tête avec les détails, qu'elle n'était pas maniaque. Elle ne connaissait pas Valsta de toute évidence, il se ferait un honneur de tout mettre en ordre dans la demeure, même si tout devait déjà être en ordre.

Elylia finit par me saluer avant de me dire qu'elle me rendrait la pareille, afin de garder l'équilibre. Un petit clin d'oeil s'en suivit avant qu'elle ne tourne les talons. Je souris bêtement à sa phrase, il semblerait que mes propos avaient fait leur chemin dans son esprit.

- "Je t'attends donc à Faronia. Si jamais tu veux prendre plus de temps avant d'arriver, il n'y a pas de souci."

Reprenant les rennes de Célestion, je le tirai à moi afin de vérifier si tout allait bien. Cette elfe était prometteuse, ses compétences allaient grandir, je me voyais bien l'aider à l'avenir autant que possible. Je ressentais une affinité certaine envers Elylia, à voir si cela se confirmait. Je repris la route en direction d'une boutique que je connaissais bien, la forge de Sabärius.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Mar 19 Juil 2016 17:46 
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Aenaria me salue et repart comme elle est arrivée, entraînant son cheval derrière elle. Je ne sais encore pas trop quoi penser de cette rencontre. Le hasard (car je ne crois pas trop à l’intervention divine) a placé sur ma route, l’un des trois Sages de la guilde. Je me serais attendue à un homme et non une femme et au final, je trouve que cela apporte une belle note dans ce conseil. Toutefois pour que l’équilibre soit parfais il en faudrait une seconde.

(Oh, toi tu as une idée derrière la tête !)
(Ne sois pas bête ! Je n’ai pas les capacités pour occuper un tel poste. J’ai certes l’orgueil qu’il faut, mais j’essaie d’abandonner ce côté. Il m’a attiré bien trop d’ennuis depuis des années…)

Là-dessus ce n’est pas ma faera qui va me contredire. Il est vrai que j’ai toujours été quelqu’un de fier à la limite parfois de l’arrogance. Mais il est réconfortant de constater que même les plus incorrigible d’entre nous peuvent changer, même mieux, peuvent avoir envie de changer. Car c’est bien mon intention. Je sais que le chemin va être long et je pense qu’en certaines occasions, mon caractère impulsif prendra le dessus. La situation avec la cousine d’Aenaria l’a d’ailleurs prouvé. Mais je ne perds pas espoir de devenir un sindel meilleure avec le temps.

Alors que ce petit point avec moi-même se termine, j’arrive devant l’auberge de la ville et toute ma fatigue revient me frapper. Du coup c’est bien décidé à m’écrouler sur un lit que je rentre dans l’auberge.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Mer 18 Oct 2017 16:01 
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10 – Impuissance


Le lendemain, je passe une partie de l'après-midi à arpenter les ruelles du quartier pauvre, restant le plus loin possible de Tanaëth qui s'échine à paraître le plus désobligeant possible envers l'Ithilauster véreux. Nous avons décidé de son périple à l'avance, si bien que nous n'empruntons que rarement le même chemin, bien qu'ils se croisent régulièrement afin que je puisse garder un oeil sur lui. Toute cette opération me met extrêmement mal à l'aise et à chaque fois que j'avise de Tanaëth encore entier, vêtu de haillons qu'il a emprunté à Luthà, je ne peux m'empêcher d'être momentanément rassurée. J'ai pour ma part fardé mon visage de gris pour sembler plus sindel et l'ai agrémenté de quelques légères traces de salissures, m'assurant ainsi que les gens ne s'attardent pas trop sur mon visage. Je suis également vêtue d'une cape rapiécée destinée à cacher l'épée d'Ölendra et la lame d'Ethërnem de Tanaëth, qu'il m'a demandé de garder. Il semblerait que l'on puisse invoquer un tigre avec, même si je n'ai aucune intention de m'y risquer.

Plus le soir approche et plus je sens la tension monter. Si je ne l'ai pas suivi au début, c'est parce qu'il y avait peu de chances qu'il soit intercepté par les hommes de Fergaim, mais plus le temps passe, plus cette éventualité s'accroit. C'est ainsi qu'au crépuscule, quatre sindeldi armés, faussement vêtus tels des mercenaires sans le sou, commencent à filer Tanaëth. Je me mets à les suivre à quelque distance lorsque ce dernier s'approche d'une ruelle plus calme et les quatre sindeldi y voient une opportunité de s'attaquer à mon compagnon tête brûlée. Je me place à un coin de la ruelle et m'adosse contre le mur, écoutant de l'ouïe performante des hinïons ce qu'il se passe à quelques mètres de là. Mes poings sont d’ores et déjà serrés, de même que mes mâchoires. J'appréhende énormément ce qu'il va se passer. J'entends Tanaëth lancer une interjection en sindeldi, que je ne comprends pas. Bêtement, cette constatation ne fait que renforcer mon inquiétude.

Le dialogue se poursuit lorsque soudain j'entends un échange de coup et le bruit d'une épée qui tombe. Un grognement de douleur qui ne semble pas provenir de la gorge de mon ami. Grands Dieux, mais que fait-il ?! Il n'est tout de même pas en train de se battre contre eux ?! La série de bruits qui s'ensuit m'apprend pourtant le contraire, entre grognements étouffés et injures lâchées entre des dents serrées. J'entends, à quelques secondes d'intervalle, deux sons dont je ne parviens pas à déterminer l'origine, comme le bruit d'objets chutant. Il n'a quand même pas osé... ?

Malgré le risque, je passe un oeil de l'autre côté du coin du mur avant de l'enlever brusquement et de coller ma tête contre la paroi, les yeux fermés. Deux corps sont étendus à ses pieds et Tanaëth bataille encore les deux autres hommes d'armes, manifestement déterminé à faire payer chèrement son arrestation. Et à la payer chèrement lui-même dans quelques instants.

(Tanaëth, ne joue pas les héros et laisse-toi faire, je t'en prie,) je l'exhorte mentalement, en vain.

(Il ne fait pas que jouer au héros, il fait une diversion,) m'informe Lhyrr qui ne manque pas un seul instant des évènements à travers mon esprit.

(Une diversion pour q...)

Mes mots se perdent alors que je comprends. Plus les hommes d'arme seront en rogne contre lui et moins ils feront attention à leurs alentours, et donc à moi. Mais plus les hommes seront en rogne contre lui et plus leur revanche sera terrible.

(Quel insensé impudent, il va réussir à se faire tuer,) dis-je à Lhyrr avec un désespoir grandissant.

Soudain, les bruits de lutte se modifient, celui du choc des armes disparaît pour quelque chose de plus étouffé. Il ne reste plus que le son des bottes qui s'abattent sur les chairs et des injures. A chaque coup que j'entends, c'est un peu plus de moi qui sombre alors qu'afflue le sentiment de le trahir en restant inactive, au point d'en avoir le souffle coupé et les larmes aux yeux. Comment veut-il que je reste ici à ne rien faire, à l'écouter se faire passer à tabac, impuissante ?

Les coups pleuvent, et comment ne pourraient-ils pas pleuvoir alors qu'il a tué deux des leurs ? Mes doigts sont crispés sur l'épée d'Ölendra, brûlant de la dégainer et de fondre sur eux pour que cesse la torture de Tanaëth. Je me laisse lentement glisser sur le sol, mes jambes préférant me lâcher puisque je refuse d'obéir à tous les instincts qui m'ont guidée jusque-là. Le son étouffé d'un coup particulièrement puissant résonne dans mon esprit. J'ai le sentiment d'en ressentir physiquement la douleur. A présent accroupie, j'enferme mon visage dans mes mains. J'ai l'impression d'être de retour à Khonfas et de revoir Ölendra, l'Ancienne, ma chère et tendre amie portée plus qu'elle ne marche par deux shaakts, le corps tuméfié, molesté de toutes parts. Je la vois de nouveau enchaînée au bûché, les flammes s'élevant, mordant ses chairs. Et mon impuissance. Cette sombre et cruelle impuissance de voir un être aimé sombrer sans que rien ne puisse être fait. Les coups pleuvent toujours sur Tanaëth, se mêlant dans mon esprit au crépitement des flammes alors que mes ongles s'enfoncent dans mes paumes. Ce jour-là, je n'ai eu d'autre choix que d'encocher une flèche et la laisser filer jusqu'au coeur d'Ölendra pour abréger ses souffrances, la tuant de mes mains.

Brusquement, sans même que mon esprit ne réagisse, mon corps est de nouveau debout, prêt à bondir, l'épée d'Ölendra à moitié sortie de son fourreau lorsque la voix de Lhyrr résonne dans mon esprit, puissante, impérieuse.

(Lyn ! Cesse tout de suite. Range ton épée !) me dit-il tandis que mes doigts restent crispés sur la poignée, comme paralysés. Je suis incapable de la rengainer. Lhyrr poursuit d'une pensée plus douce, compréhensive. (Il sait ce qu'il fait, c'est son choix, respecte-le comme tel... Range ton arme ou il aura déjà fait tout ça en vain.)

Il s'agit sans doute des seuls mots à même de me tempérer et je laisse mon épée glisser au fourreau, la main toujours dessus. Finalement, les coups cessent de pleuvoir et je les entends le saisir pour l'amener hors de la ruelle, le traînant comme les shaakts avaient traîné Ölendra. A sa vision, mon coeur se serre et je manque d'abandonner soudain toute résolution au feu, la seule chose me retenant de trancher dans le vif ces hommes d'armes est la ferme pensée de Lhyrr entremêlée aux miennes, compensant ma fougue de son flegme. Mon compagnon, je le sais, est loin de supporter la situation aussi aisément qu'il le laisse paraître, masquant méticuleusement toutes ses pensées vengeresses pour ne communiquer avec moi que son pragmatisme, alimentant le mien. Malgré tout, Tanaëth est dans un très sale état et ils n'ont fait preuve d'aucune clémence à son égard, au contraire, ils ont libéré sur lui toute leur hargne et leur frustration. J'aurais infiniment plus préféré être à sa place. De nouveau, des larmes de rage et d'impuissance me montent aux yeux alors que je darde mon regard sur les deux hommes d'armes restant, gravant leur faciès dans mon esprit. Mais mes yeux ne tardent pas à redescendre sur le corps de Tanaëth alors que je me mets à les suivre discrètement. Comment ai-je pu laisser faire ça ? Je me sens extrêmement mal à l'aise, en décalage avec tous mes instincts, tous mes principes.

Est-il seulement conscient ?

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Dernière édition par Isil An'Naïnelim le Mer 18 Oct 2017 16:05, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Mer 18 Oct 2017 16:05 
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Le lendemain, vêtu très simplement de vieilles frusques grisâtres prêtées par Luthà et muni pour toute arme d'une dague de mauvaise facture que m'a donnée Imloth, j'arpente les ruelles sordides du quartier pauvre et fais halte dans toutes les misérables échoppes que je croise. Passant désormais totalement inaperçu dans la populace, je discute avec tout un chacun et râle ouvertement contre les responsables du retard pris par les travaux, sous-entendant que certains s'arrogent tout l'argent nécessaire à la reconstruction de ce quartier. Ici et là, lorsque je me trouve face à un individu qui ne m'inspire particulièrement pas confiance, je m'insurge contre les enlèvements récents, affirmant sans détour que ces rapts sont effectués par ceux-là mêmes qui s'engraissent à nos dépens.

La nuit tombe lorsque je repère quatre Sindeldi en armes qui me suivent, ils sont vêtus comme des mercenaires désargentés mais leur démarche martiale ne saurait m'abuser, ce sont des soldats de métier. Je m'engage volontairement dans une rue plus sombre que les autres et ralentis imperceptiblement pour les laisser se rapprocher. Sentant là l'opportunité de me maîtriser discrètement, les quatre sbires pressent le pas et ne sont plus qu'à quelques mètres de moi lorsque je me retourne d'un bloc en m'exclamant:

"Hey vous! Qu'est-ce que vous me voulez?!"

Ils se déploient aussitôt de façon à former un demi-cercle devant moi et l'un d'eux, un solide gaillard aux cheveux gris coupés très courts muni d'une cotte de maille et d'une épée bâtarde dégainée réplique d'un ton lourd de menace:

"Tu vas nous suivre bien gentiment le gueux, y'a quelqu'un qui veut te parler. Et pas d'histoires si tu tiens à rester entier..."

Je me force à adopter un air effrayé et recule d'un pas en bégayant:

"Que...qui...qui veut me parler? Je n'ai rien fait, laissez-moi tranquille!"

Sur un signe du grisonnant, les trois autres, pareillement armés, s'avancent en brandissant leurs armes, prêts à se jeter sur moi au moindre signe de fuite. Leur chef répète d'un ton dur:

"Dernière chance, petit, ne nous oblige pas à te casser quelques os..."

Je recule d'un autre pas et d'une voix trop aiguë m'exclame:

"N'approchez pas ou je hurle!"

Les trois brutes passent aussitôt à l'attaque, apparemment ils ne tiennent guère à se prendre la moitié du quartier sur le dos. Un sourire polaire fleurit sur mes lèvres alors que je décale d'un entrechat fluide de manière à ce qu'un seul attaquant soit en mesure de m'atteindre. Je pourrais me débarrasser de ces quatre combattants en quelques instants mais ce n'est pas le but. Néanmoins, Isil devra être en mesure de me rejoindre plus tard, autant lui faciliter un peu la tâche. J'esquive la première attaque en me courbant souplement et riposte en piquant sèchement le bras d'armes du soldat de la pointe de ma dague. Il grogne de douleur, lâchant son arme que je récupère aussitôt de ma main libre après m'être baissé fluidement. Le blessé recule en tenant son poignet percé pour laisser la place aux autres et se mettre à l'abri, trop lentement toutefois pour échapper à la morsure de sa propre bâtarde que je fais remonter en une courbe fatale. La pesante lame le cueille à l'entrejambe, tranchant maille et artère fémorale dans le même élan, un coup mortel qui foudroie mon ennemi et le jette à terre.

Je pare sèchement d'un revers une autre attaque dirigée vers ma cuisse, menace de ma dague la trogne de son auteur pour le forcer à reculer et ramène violemment ma lame en coup droit remontant, une frappe ravageuse qui le cueille sous l'aisselle et lui tranche à moitié le bras. Je m'assombris en repensant à notre stratégie, je vais devoir me laisser malmener par ces soudards que je pourrais étriper sans transpirer, une idée que ma fierté peine à accepter maintenant que le moment est venu. Rageur, je balafre encore salement la jambe droite du troisième combattant, de quoi le faire boiter bas pendant quelques temps, puis je cogne rudement le crâne de leur chef du plat de ma lame, dosant soigneusement ma force pour ne pas l'assommer. La mort dans l'âme, je simule ensuite une chute en trébuchant sur l'un des cadavres et me laisse choir au sol en serrant les dents. Je vais déguster après ce que je viens de leur faire subir, cela ne fait pas le moindre doute.

Les coups ne tardent en effet pas à pleuvoir, les deux survivants se déchaînent en jurant atrocement et m'assènent de nombreux coups de pieds vengeurs dans les côtes et le dos. Ils tentent également joliment de me défigurer, mais je me protège de mes bras qui prennent les coups en lieu et place de mon visage. Si je parviens à reléguer la douleur au second plan, ma vue ne tarde pas à se parsemer de points noirs alors que je me sens irrémédiablement approcher de l'inconscience. Seul un colossal effort de volonté et la présence de Syndalywë, qui m'incite sans répit à tenir bon, me permettent de résister à l'envie féroce de me relever pour massacrer ces maudits laquais. Je me replie de mon mieux dans un détachement profond, subissant la terrible correction sans laisser échapper un cri de souffrance, cela au moins je peux le leur refuser. Je perds un peu la notion du temps et, à peine conscient tant mon corps a subi, je mets quelques secondes à réaliser soudain que les coups ont cessé de pleuvoir. Ils me traînent maintenant sans douceur vers un lieu inconnu, fasse Sithi que ce soit celui où sont enfermés ceux qui ont été enlevés avant moi, pour autant qu'ils ne soient pas morts...

Les quelques passants que nous croisons détournent la tête, ils savent ce qui se passent mais n'osent pas intervenir, leur tour viendrait bien vite, comment pourraient-ils s'opposer à la toute-puissance des Ithilausters? Au bout d'un moment, des odeurs marines parviennent à mes narines et j'entends le bruit de ressac, ce qui m'apprend que nous nous rapprochons de la mer. Étrange, pourquoi ne m'emmènent-ils pas directement à la demeure de Fergaim? La question ne fait cependant que me traverser l'esprit, encore trop brouillé pour que je me livre à une réflexion construite. Mes ravisseurs me traînent jusqu'à une barque, dans laquelle ils me jettent comme un sac de farine avant d'allumer une torche et de prendre les rames pour nous éloigner du quai. Je reconnais entre mes paupières à moitié closes une partie peu fréquentée du port, mais par Sithi où m'emmènent-ils? Auraient-ils l'intention de me jeter aux poissons? Pourquoi alors ne pas simplement m'avoir tué dans les ruelles? Et comment Isil fera-t'elle pour nous suivre?

Je peine à garder mes pensées fixées plus de quelques secondes sur quelque chose, mais je sens qu'une angoisse profonde commence à prendre racine en moi face à ces inconnues, ce qui me permet peu à peu de reprendre mes esprits. Je le dissimule soigneusement, tout comme les infimes mouvements que je fais pour estimer les dégâts subis par mon corps. Quelques côtes fêlées, sans doute, et assez de contusions pour que le gris habituel de ma peau ne soit plus guère visible, mais il ne me semble rien avoir de cassé pour l'instant. Je serre les dents et retiens de justesse un grondement hargneux, s'ils pensent pouvoir se débarrasser de moi aisément ils vont tomber de haut, il me reste assez de forces pour leur en faire salement baver.

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Lun 23 Oct 2017 22:19 
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2 – Une entrée remarquée


A peine sommes-nous sortis de l’auberge, armés jusqu’aux dents, que je bondis sur le dos de Lhyrr. Ce dernier tourne la tête vers Tanaëth.

(Dis-lui de monter, je courrai plus vite que lui, même avec vous deux sur le dos.)

- Tanaëth ! Monte, lui dis-je en lui tendant la main.

Il secoue la tête en répliquant gravement :

- J'y vais à pied avec Ephedym, nous nous ferons lyncher si nous tentons d'intervenir sans lui. Souviens-toi que nous avons tout l'air de ces nobles qu'ils exècrent. Allez voir d'en haut ce qui se passe et tâchez de nous rejoindre à l'entrée du quartier pauvre pour nous donner des nouvelles de la situation.

Il n’attend pas ma réponse avant de faire signe à Ephedym de le suivre et de s’éloigner rapidement. Lhyrr ne perd pas de temps et bondit dans les airs, battant de ses puissantes aides alors que je m’agrippe à sa cuirasse pour ne pas être éjectée. Sous les regards médusés de quelques sindeldi de passage, nous nous élevons dans le ciel jusqu’à surplomber les maisons et nous élevons encore. Il ne faut guère de temps à Lhyrr pour survoler la cité et arriver jusqu’aux quartiers pauvres. Une épaisse fumée noire s’élève dans un coin du quartier. Quelques battements d’ailes plus loin, nous avisons d’un petit groupe de personnes rassemblées. J’avise là d’une quinzaine de sindeldi entourant cinq hommes, les acculant devant la maison en flammes de Lhemryn. Le petit groupe est composé de mercenaire sans bannière armés d’épées qui représentent leur seule protection face à la petite foule enragée, au mieux munie de fourches et de vêtements rapiécés. Je les entends s’invectiver en sindel, mais, si je ne comprends pas un traître mot de ce qui est dit, le ton ne laisse aucun doute sur les intentions belliqueuses du groupe. A leurs pieds se trouvent déjà deux personnes à terre, recroquevillées dans une mare de sang.

Lhyrr et moi brûlons de nous poser dans cette émeute, mais j’ignore quelle serait la réaction de la foule si un loykarme et une hinïone se posaient au milieu de ce groupe. Sans doute nous attaqueraient-ils, poussés par la crainte. Nous faisons donc volte-face pour retourner sur nos pas, jusqu’à apercevoir Ephedym et Tanaëth qui courent parmi les ruelles. Lhyrr profite d’un espace plus grand dans une rue pour atterrir à leurs côtés et poursuivre la course à leur niveau.

- Il y a une quinzaine d’habitants du quartier autour de cinq mercenaires semblables à ceux que nous avons vu. Ils semblent échauffés et s’invectivent, il y a deux personnes à terre. Cela se passe juste devant la maison de Lhemryn.

Tout autour de nous, des sindeldi accourent, l’air grave et prêt à en découdre. Tanaëth gronde entre des dents serrées :

- Les hommes de Fergaim sont des abrutis, ils vont se faire massacrer, mais leur maître est un fourbe de première. Il sacrifie quelques hommes afin de provoquer une émeute que ses laquais de la milice pourront réprimer brutalement, comme par hasard tous les témoins trouveront la mort et nul ne pourra l'en rendre responsable !

Je ne réponds pas mais pose la main sur l’épée d’Ölendra alors que nous arrivons en vue de l’attroupement. Vu du sol, parmi les cris et les menaces, il a l’air encore plus impressionnant. Tanaëth dégaine ses armes en me demandant :

- Peux-tu essayer de voir si la milice est déjà en route et me prévenir de son approche le cas échéant ? Si elle arrive avant que le calme ne soit revenu ce sera le carnage...

Je hoche la tête et Lhyrr bondit de nouveau dans les airs. Une arrivée de la milice mettrait le feux aux poudres et provoquerait un combat entre les mercenaires, les miliciens et la foule qui se défie de plus en plus d'elle. Je sens que son envie d’intervenir et de survoler la foule est prégnante, mais nous ne pouvons nous le permettre. Laissons l’attention des émeutiers sur les mercenaires et Tanaëth régler les problèmes avec les siens. Une noble étrangère n’aurait à leurs yeux aucune légitimité. Nous nous élevons de nouveau haut dans le ciel, de sorte à ne pas attirer l’attention, et nous dirigeons droit vers la milice, la caserne se trouvant à plusieurs centaines de mètres à vol d’oiseau. Je vois dans la cour les miliciens prendre les armes sur les râteliers et se mettre en formation au centre, attendant que tous soient pourvus avant de sortir de la caserne. Cela laisse quelques minutes à mon ami pour apaiser les esprits.

Ceci en tête, Lhyrr et moi retournons voler au-dessus de l’émeute. Tanaëth et Ephedym sont parvenus à rejoindre les mercenaires mais n’agissent pas. Suivant le regard de mon ami, j’avise de la présence d’un sixième mercenaire, un peu en retrait. Celui-ci retient fermement Luthà, la femme de Lhemryn, un couteau posé sous sa gorge et menace de l’égorger si quiconque s’approche. Une idée me vient pour mettre à profit les quelques minutes offertes par cette situation sans issue.

Sombrement, je dégaine mon arc et sort une flèche avant de déchirer une grande bande de tissus sur ma chemise et de l’enrouler méticuleusement autour de la pointe en acier. Je prends garde à ce que le tranchant soit recouvert de plusieurs couches de tissus en insistant sur le bout. De cette façon, ma flèche est entourée d’un carcan non létal qui, je l’espère, devrait être en mesure d’assommer ma cible. Lorsque je suis satisfaite du résultat, j’encoche la flèche sur mon arc et me concentre. Je sais que je n’ai pas le droit à l’erreur car sinon, je risque de tuer un être, renforçant les inimités déjà présentes au risque de changer l’émeute en massacre. Si je me trompe, je risque aussi d’embrocher vivante la femme de Lhemryn, une chose que je ne me pardonnerais pas.

Aussi, je fais lentement le vide dans mon esprit tout en amenant la corde jusqu’à mon œil, bandant l’arc. Je tente d’imaginer la trajectoire de la flèche et surtout la force que j’appliquerai à mon projectile. Si je tire trop fort, l’impact entre le crâne et la flèche sera trop puissant et l’os se brisera sous la force du coup, si l’acier lui-même ne transperce pas la protection que j’ai placée autour de la pointe. Si je tire trop lentement, l’impact n’aura pas la force souhaitée et le mercenaire sera au mieux déstabilisé, au pire il prendra ce coup comme une attaque et tranchera la gorge de la sindel. Je prends quelques inspirations, cherchant à canaliser cette force que je sais posséder, tentant de visualiser le coup dans ses moindres détails. J’invite cette force à se placer dans mes bras, renforçant mes muscles au goutte à goutte afin de leur donner la puissance souhaitée alors que je tire à moi la corde de l’arc.

Petit à petit, j’ai le sentiment d’arriver au résultat souhaité, mais alors le doute s’imbrique en moi. Et si je tirais trop fort sur la corde ? Mon bras se détend légèrement et l’arc perd de sa courbure. Maintenant c’est peut-être trop peu. Ou est-ce suffisant ? Il est difficile d’estimer la puissance d’un coup que l’on n’a jamais porté, on est obligé de se baser sur des expériences précédentes. Jamais je n’ai eu besoin de tirer un trait pour assommer quiconque, l’idée même m’aurait semblé absurde, mais mise devant la nécessité de le faire, je me retrouve démunie. Je reprends une nouvelle inspiration, profonde, pour calmer ce soudain émoi et me reconcentrer sur ma tâche. Ce n’est pas la première fois que je tiens un arc en main, pas plus que ce n’est la première fois que je tire. Je n’ai qu’à m’en remettre à cette force que je sens circuler en moi, quoi qu’elle soit, et à mon instinct qui me dicte comment l’utiliser. Je rajoute un peu de puissance dans mes muscles et tire légèrement l’arc qui se courbe de nouveau. Là… je sens que c’est bon. Mes doigts relâchent soudain la flèche et le trait part.

Je suis sa trajectoire des yeux, mes tripes se serrant au moment où la pointe s’approche de sa cible… La flèche percute la tempe du mercenaire qui s’effondre sur le coup, dans les pommes. La femme de Lhemryn, soudain libérée de l’étreinte de l’homme, se rattrape, paniquée, avant d’aviser du couteau dans la main du mercenaire et de s’en saisir. L’espace d’un instant, je crains qu’elle ne l’utilise pour trancher la gorge du sindel, mais à la place elle recule pour se rapprocher de Tanaëth et d’Ephedym, tenant fermement quoi que maladroitement l’arme entre ses doigts. Bien, le reste est entre les mains de mon amant.

J’entends Tanaëth crier quelques mots à l’adresse des mercenaires, puis de la foule. Je retiens un grognement de dépit, ne comprenant toujours pas un traître mot de ce qui est dit. Il faudra vraiment que je lui demande de m’apprendre quelques rudiments, ne serait-ce que pour suivre ces discussions à l’envolée. Ses mots n’ont cependant probablement pas l’effet escompté car deux têtes brûlées dans la foule se lancent à l’assaut, armés d’un pauvre gourdin et d’une pioche de fortune, incitant leurs collègues à s’avancer à leur tour. Mais c’est sans compter sur Tanaëth qui s’interpose avec ses deux impressionnantes reliques, les menaçant de quelques mots froidement lâchés.

Pour souligner ses propos, j’indique à Lhyrr de nous poser à terre à côté de Tanaëth et celui-ci, frimeur de première, fait un léger détour pour atterrir dans son dos avec fracas, faisant ainsi face à la foule. Ses ailes sont entièrement déployées, menaçantes, et ses crocs révélés. La foule recule de quelques pas, cette soudaine apparition ayant de quoi impressionner le moins impressionnable des badauds.

L’espace d’un instant, je me prends à espérer que l’altercation s’arrête ici et que tous entendent raison, mais c’est en vain car soudain je sens un mouvement provenir de derrière nous. En cet instant, comme souvent lorsque nous volons de concert, nos esprits sont si profondément entremêlés qu’il est difficile de distinguer quelle pensée appartient à qui, si bien que Lhyrr tourne son long cou et fait légèrement pivoter son corps en même temps que je tire mon épée. Les crocs de Lhyrr percutent l’un des mercenaires qui dont la jugeotte douteuse l’avait incité à saisir l’opportunité de leurs ennemis leur tournant le dos. Nulle importance si ceux-ci s’évertuent à leur sauver la vie. Cette attaque sournoise, et notre réplique, est ce qui déclenche le combat.

Tanaëth ne perd pas une seule seconde avant de réagir, passant sous le ventre de Lhyrr pour se relever de l’autre côté et, d’un même mouvement, plonger l’une de ses lames dans les entrailles de l’un des mercenaires tandis que de l’autre il s’attaque au suivant. Pour ma part, je reste juchée sur l’échine de mon compagnon, l’épée d’Ölendra dressée dans une main tandis que la seconde tient mon bouclier. Je pare justement le coup d’un des mercenaires tandis que Lhyrr tient le premier nous ayant attaqué en respect. Mon adversaire direct tente de passe sous ma garde, mais mon épée rencontre l’acier de sa lame pour détourner le coup. Je contre-attaque d’un coup de taille. Ma liberté de mouvement est réduite par le loykarme, mais il me donne l’avantage de la hauteur et je décide d’en profiter, dessinant un moulinet à l’aide de mon épée pour faire reculer le mercenaire.

Les deux pas qu’il vient de reculer sont deux pas de plus qu’il doit faire pour me réattaquer et il me laisse ainsi plus de temps pour déterminer son prochain coup, que je pare de mon bouclier avant de répliquer en enfonçant ma lame dans son ventre et en la dégageant aussi sec. Lhyrr, me voyant libérée de mon assaillant, quitte sa posture plus statique pour bondir sur le côté et harasser son propre adversaire de différents coups de crocs rapide, tournant autour de lui. Il finit par se lasser de ce jeu et se redresse sur ses pattes arrière, impressionnant, et se laisse retomber sur le mercenaire en attrapant la main qui tient son épée entre ses crocs. Il serre jusqu’à ce que le sindel lâche son arme dans un grognement de douleur, puis porte sa bouche jusqu’à son cou et y enfonce ses canines.

Tanaëth, de son côté, se défait aisément des derniers mercenaires, en assommant deux au passage, avant de s’adresser de nouveau à la foule en sindel, leur demandant sans nul doute de se disperser. Il se place entre eux et les mercenaires à terre, de sorte à les protéger de toute attaque impromptue. Mon ami ajoute à notre adresse :

- Faites-leur donc un petit numéro pour les forcer à dégager, si la milice arrive ça va dégénérer pour de bon !

Je hoche la tête en ajoutant :

- La milice devrait être là d’un instant à l’autre.

Il n’en faut pas plus à Lhyrr pour le convaincre de se tourner de nouveau vers la foule en étendant les ailes et en rugissant à leur adresse. La foule se recule, craintive et se disperse en partie, bien que de nombreux curieux restent dans les parages pour assister à la scène. J’ignore si c’est la peur qui a cet effet, ou notre manifestation de force, mais il semblerait que les habitants du quartier pauvre finissent par comprendre que nous ne sommes pas ici contre eux, mais que nous le faisons pour eux. J’avise de la femme de Lhemryn et d’Ephedym qui vaquent de groupe en groupe en discutant, ayant sans nul doute commencé au moment du combat, pour apaiser les esprits et expliquer notre présence.

Tanaëth se tourne vers moi pour dire :

- Il faut qu'on évacue au plus vite les témoins, il y aura d'autres tentatives pour les éliminer avant longtemps...

Je hoche la tête et saute à bas de Lhyrr pour me diriger vers Ephedym et la femme de Lhemryn.

- Où se trouve Lhemryn ?

La femme, gardant un sang-froid dans cette situation que je trouve tout à fait admirable, me répond :

- Il est dans le temple d’Ephedym, caché là-bas. Lorsque les mercenaires sont arrivés, il a eu le temps de fuir pendant que je les occupais.

J’acquiesce :

- Bien. Vous ne pouvez rester en ville plus longtemps. Rejoignez votre mari et emmenez avec vous les personnes que nous avons sauvé des canaux en même temps que Lhemryn, nous allons régler quelques détails et viendrons vous chercher. Dites-leur de n’emporter que le stricte nécessaire et restez caché là-bas. Je pense que vous ne risquez plus rien dans l’immédiat, mais on n’est jamais trop prudents.

Je tourne la tête vers Tanaëth, pour voir s’il a quelque chose à ajouter. Ce dernier acquiesce, approuvant mes propos avant d’ajouter :

- Nous allons avoir des explications à donner, avant toute autre chose. Filez Luthà, je m'occupe d'eux. Isil, que dirais-tu d'aller nous trouver un bateau pendant que je palabre avec ces chers miliciens ?

C’est à mon tour de hocher la tête.

- Oui, j’y vais. Retrouvons-nous chez Ephedym.

Sans un mot de plus, je bondis sur le dos de Lhyrr tandis qu’il se met en route vers les quais. Je laisse à Tanaëth le soin d'expliquer notre présence aux miliciens et le fait que nous n'avons pas porté le premier coup, ne faisant que nous défendre. Au moins, nous possédons l'argument du nombre, car les villageois corroboreront nos dires.

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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Lun 23 Oct 2017 22:20 
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Dès que nous sortons de l'auberge, Isil bondit sur le dos de Lhyrr qui tourne la tête vers moi tandis que l'Elfe me tend la main en s'exclamant:

"Tanaëth! Monte!"

Je secoue négativement la tête en répliquant gravement:

"J'y vais à pied avec Ephedyn, nous nous ferons lyncher si nous tentons d'intervenir sans lui. Souviens-toi que nous avons tout l'air de ces nobles qu'ils exècrent. Allez voir d'en haut ce qui se passe et tâchez de nous rejoindre à l'entrée du quartier pauvre pour nous donner des nouvelles de la situation."

Sans attendre de réponse, je fais signe au prêtre de m'accompagner et nous nous mettons en route au pas de course alors que Lhyrr prend son envol. Nous parvenons aux quartiers pauvres quelques minutes plus tard et je m'assombris en apercevant une épaisse fumée noire qui s'élève du côté de la demeure de Lhemryn. Plus inquiétant, je vois quantité de laissés pour compte qui convergent vers l'incendie, nombreux sont ceux qui se sont munis d'armes plus ou moins improvisées. Cela me fait supposer que le calme ne sera pas aisé à ramener, la sourde et profonde colère qui sommeillait est en passe de trouver un exutoire sanglant et je doute que tous reviennent aisément à la raison. Je lève les yeux au ciel dans l'espoir de voir revenir Lhyrr et Isil tandis que nous nous engouffrons dans les petites ruelles sordides qui nous permettront de rejoindre au plus vite l'émeute. J'espère vivement que nous arriverons à temps et que nous serons en mesure de ramener le calme avant une intervention musclée de la milice.

A mon soulagement, Lhyrr et sa cavalière ne tardent pas à nous rejoindre, profitant d'un élargissement de la ruelle pour se poser à nos côtés et se calquer au rythme de notre course alors qu'Isil nous fait part de ce qu'elle a vu:

"Il y a une quinzaine d’habitants du quartier autour de cinq mercenaires semblables à ceux que nous avons vu. Ils semblent échauffés et s’invectivent, il y a deux personnes à terre. Cela se passe juste devant la maison de Lhemryn."

Je désigne de la main les Sindeldi dépenaillés qui accourent de partout, mines sombres et outils potentiellement meurtriers en main et gronde entre mes dents serrées:

"Les hommes de Fergaim sont des abrutis, ils vont se faire massacrer, mais leur maître est un fourbe de première. Il sacrifie quelques hommes afin de provoquer une émeute que ses laquais de la milice pourront réprimer brutalement, comme par hasard tous les témoins trouveront la mort et nul ne pourra l'en rendre responsable!"

Nous approchons maintenant de l'attroupement houleux d'où jaillissent invectives et insultes haineuses, se frayer un passage jusqu'aux mercenaires encerclés ne sera pas simple, au moindre faux pas la foule se retournera contre nous et la seule idée de devoir jouer de mes lames contre ces malheureux me donne la nausée. Je les dégaine malgré tout, la seule vue de ma Flamboyante a tendance à rendre prudents les plus téméraires, et ajoute à l'attention d'Isil qui porte elle aussi la main à son épée:

"Peux-tu essayer de voir si la milice est déjà en route et me prévenir de son approche le cas échéant? si elle arrive avant que le calme ne soit revenu ce sera le carnage..."

L'Hinïonne se borne à hocher la tête et son loykarme reprend aussitôt son envol en direction des casernements de la milice. Je me tourne alors vers Ephedyn pour lui dire sombrement:

"Je vais nous frayer un chemin jusqu'aux mercenaires, restez collé à mes talons et affirmez haut et fort que je suis avec vous, je détesterai avoir à me servir de mes armes contre vos ouailles..."

Après qu'il ait acquiescé, pâle comme un Hinïon, j'avance droit vers les derniers rangs de la foule en tenant ma lame ardente à la verticale devant moi et en clamant de mon ton le plus autoritaire:

"Écartez-vous! Dégagez le passage et rentrez chez vous!"

Bien plus que mon ordre c'est la flamme inquiétante de ma relique qui pourfend les rangs serrés des miséreux, certains me jettent des regards ouvertement hostiles et semblent hésiter à me tomber dessus, mais Ephedyn clame d'une voix de stentor que je suis des leurs, si bien qu'ils hésitent et que je finis par arriver au premier rang. Mon regard écoeuré se pose sur les deux cadavres au sol, des habitants du quartier bien entendu, puis remonte, glacial, sur les cinq mercenaires. Ils n'en mènent vraiment pas large mais affichent néanmoins un air belliqueux et menacent tous ceux qui approchent de la pointe de leurs lames. Étonné que la foule ne les ait pas encore mis en pièces, je réalise soudain qu'il y en a un sixième un peu en retrait et qu'il tient la femme de Lhemryn, maintenant une dague sous sa gorge et menaçant de la lui trancher si quelqu'un tentait de s'en prendre à eux.

Je m'apprête à leur ordonner de la relâcher s'ils tiennent à conserver leurs vies lorsqu'une flèche fend soudain les airs et vient percuter la tempe du soudard tenant la femme de Lhemryn! J'ai un instant d'effroi, craignant que ce trait n'ait été tiré par quelqu'un dans la foule et que cela ne déclenche la curée générale, avant de réaliser que c'est Isil qui l'a décoché et qu'elle a pris soin d'enrober la pointe de sa flèche de plusieurs épaisseurs de tissu. Le mercenaire s'effondre, simplement assommé, tandis que l'épouse de Lhemryn manque choir avec lui lorsque l'étreinte qui la maintenait se relâche. Paniquée, elle récupère vivement la dague de son ravisseur et je crains une seconde qu'elle ne lui tranche la gorge pour se venger, ce qui ferait inévitablement tourner la situation au carnage. Mais elle se contente de revenir vers Ephedyn et moi, fort heureusement. J'avance de quelques pas vers les cinq mercenaires, qui sont devenus livides en s'avisant de la chute de leur compagnon et de la présence d'Isil et de son Loyarme dans les airs, et leur ordonne froidement:

"Déposez les armes si vous tenez à la vie. Réfléchissez bien car je ne vous le demanderai pas deux fois."

A la foule environnante, je crie:

"Rentrez chez vous! Maintenant! Vous savez ce qui arrivera si vous faites justice vous-mêmes! Baissez ces armes et rejoignez vos familles!"

Mais la colère et la rancoeur qui brûlent dans leurs coeurs et leurs yeux ne les prédisposent pas à écouter la voix de la raison et, si certains reculent un peu en hésitant, deux d'entre eux passent soudain à l'attaque en hurlant, déterminés à massacrer les incendiaires et meurtriers. Ils ne sont armés que d'un gourdin et d'une espèce de pioche, mais leur assaut incite d'autres miséreux à passer à l'action et les mercenaires à brandir agressivement leurs épées pour défendre leurs vies! Je pousse un effroyable juron et m'interpose d'un bond, ma Vorpale traçant une courbe foudroyante dans les airs pour forcer les miséreux à reculer tandis que mon ardente contraint les mercenaires à faire de même. Ma voix claque comme un coup de fouet, glaciale et menaçante:

"Lâchez vos armes, tous! Je tue le prochain qui fait un geste agressif!"

Lhyrr et Isil se posent à cet instant juste derrière moi, fort à propos pour renforcer ma menace, le loykarme gardant ses ailes largement déployées et montrant les crocs, une vision impressionnante qui fait reculer la foule. Je caresse pendant une seconde l'espoir que cela suffise à ramener le calme, mais l'un des mercenaires voit là une occasion d'attaquer ma compagne et son loykarme dans le dos, ce qui s'avère être une très mauvaise idée car Lhyrr pivote vivement et le mord sévèrement alors que l'Hinïonne tire son épée, un air étrangement sauvage sur le visage. Il n'en faut pas plus pour que le chaos s'installe: les quatre mercenaires réagissent aussitôt en attaquant de concert le loykarme et sa cavalière, mouvement malheureux qui incite les plus excités des pauvres à laisser libre cours à leur colère et à se précipiter à la curée. Et une fois de plus, Isil a trouvé moyen de se placer pile là où il ne faut pas, à savoir exactement entre les mercenaires et moi... il faudra que je lui dispense une petite leçon de choses, à l'occasion...

Pourtant, je ne peux me résoudre à user de mes lames contre les habitants des bas-quartiers, je comprends leur colère et leur rancoeur, ô combien, même si je ne peux les laisser faire justice eux-mêmes dans le cas présent. Je déploie mon énergie spirituelle d'un puissant effort de volonté et me ramasse subitement sur moi-même pour passer sous le ventre du loykarme et me relever sèchement de l'autre côté, mes lames entrant dans la danse macabre avec une vivacité dévastatrice. Le mercenaire le plus proche s'effondre alors que ses entrailles se déversent de son abdomen largement ouvert par un coup remontant de ma Vorpale, tandis que celui qui se trouve à sa droite tente de parer la pointe de mon ardente, bien trop lentement, et meurt sur le coup lorsque ma relique plonge dans sa gorge avec un ignoble grésillement.

De son côté, Isil reste sur le dos de Lhyrr et se débarrasse rapidement de celui qui avait déjà tenté de l'assaillir en lui plongeant sa lame dans le ventre. Le loykarme entre à son tour en action et bondit sur le côté pour harceler brièvement un quatrième mercenaire avant de se cabrer sur ses pattes arrières et de lui happer la main de ses crocs, le contraignant à lâcher son arme avec un grognement de douleur. A peine l'épée choit-elle que Lhyrr lui croque la gorge, en voilà un autre qui ne nuira plus à personne... Je rassemble une nouvelle fois mon ki et lance une attaque vive et brutale de ma Vorpale qui claque rudement sur le poignet du dernier sbire survivant, le brisant net et lui faisant lâcher son arme avec un glapissement de souffrance. J'enchaîne aussitôt d'un vicieux coup de pommeau de mon ardente sur le crâne, modérant ma force afin de l'assommer plutôt que de lui fendre la caboche. Je refais alors face à la foule, encore houleuse mais un peu hésitante après ce qui vient de se passer, afin de lui crier assez fort pour être entendu jusqu'aux derniers rangs:

"Assez! C'est fini, dégagez de là avant que la milice n'intervienne pour vous disperser!"

Tout en me positionnant de manière à ce que nul ne puisse approcher des deux mercenaires encore en vie mais assommés, j'ajoute à l'attention d'Isil et de Lhyrr:

"Faites-leur donc un petit numéro pour les forcer à dégager, si la milice arrive ça va dégénérer pour de bon!"

Ma compagne hoche la tête en me répondant que la milice devrait arriver d'un instant à l'autre, puis Lhyrr se tourne vers la foule en ouvrant grand ses ailes et en rugissant, un spectacle assez impressionnant pour que la plupart reculent craintivement et que certains se retirent enfin. La femme de Lhemryn et Ephedyn s'efforcent aussi de convaincre les habitants de rentrer chez eux en les assurant que nous sommes avec eux et non pas contre, ce qui en décide d'autres à quitter les lieux. Il reste bien des curieux, mais comme ils ne semblent pas enclins à s'approcher, je prends enfin le temps d'aller examiner les deux Sindeldi terrassés par les mercenaires avant que nous arrivions mais, comme je le supposais, il n'y a plus rien à faire pour eux. Je me relève en soupirant doucement et observe un instant la demeure de Lhemryn et de son épouse qui achève de se consumer avant de me retourner vers ma compagne:

"Il faut qu'on évacue au plus vite les témoins, il y aura d'autres tentatives pour les éliminer avant longtemps..."

Isil hoche la tête et saute à bas de Lhyrr avant de se diriger vers le prêtre et l'épouse de Lhemryn pour demander à cette dernière où il se trouve. Avec un sang froid remarquable, elle répond:

"Il est dans le temple d’Ephedyn, caché là-bas. Lorsque les mercenaires sont arrivés, il a eu le temps de fuir pendant que je les occupais."

"Bien. Vous ne pouvez rester en ville plus longtemps. Rejoignez votre mari et emmenez avec vous les personnes que nous avons sauvé des canaux en même temps que Lhemryn, nous allons régler quelques détails et viendrons vous chercher. Dites-leur de n’emporter que le strict nécessaire et restez caché là-bas. Je pense que vous ne risquez plus rien dans l’immédiat, mais on n’est jamais trop prudents."

Isil tourne ensuite la tête vers moi afin de savoir si j'ai quelque chose à ajouter mais je me contente d'approuver ses paroles d'un signe de tête avant de désigner du regard la rue allant vers les portes de Tahelta, dans laquelle toute une escouade de la milice accourt vers nous:

"Nous allons avoir des explications à donner, avant toute autre chose. Filez Luthà, je m'occupe d'eux. Isil, que dirais-tu d'aller nous trouver un bateau pendant que je palabre avec ces chers miliciens?"

"Oui, j’y vais. Retrouvons-nous chez Ephedyn", me rétorque-t-elle en hochant la tête avant de grimper sur le dos de Lhyrr et de se mettre en route pour le port. Quant à moi, j'attends de pied ferme l'arrivée des miliciens, dirigés par un sergent que je ne connais pas et qui jauge la scène d'un oeil légèrement méprisant avant de me questionner d'un ton sec:

"C'est quoi ce chantier? C'est vous qui avez tué ces gueux?"

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: Les ruelles
MessagePosté: Lun 23 Oct 2017 23:05 
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Je salue de la manière la plus protocolaire qui soit le sergent et lui explique posément:

"Apprenti de la milice Tanaëth Ithil, je suis les ordres du Capitaine Brëanal. Ces cinq soudards ont mis le feu à une maison et tué deux habitants qui tentaient de les en empêcher. Ils se sont ensuite emparés d'une femme et menaçaient de l'égorger alors que la foule s'amassait et que les tensions croissaient. Je suis intervenu pour empêcher une émeute et ces marauds m'ont attaqué, j'ai riposté en état de légitime défense."

Le milicien me lorgne d'un oeil suspicieux, puis il jette un regard circulaire blasé, s'attarde un peu sur les restes calcinés de la demeure de Lhemryn et finit par revenir sur moi en demandant doucereusement:

"Et bien sûr, vous n'avez pas de témoins?"

Je hausse les épaules et désigne les badauds encore attroupés non loin du menton:

"Tous ici ont assisté aux événements, sergent. Souhaitez-vous que je relève leurs noms et que je les convoque à la milice afin que vous puissiez les interroger?"

Le Sindel hésite un instant, ma proposition le contraindrait à établir tout un dossier et à rédiger moult rapports, une tâche dont je sais pertinemment qu'elle rebute la plupart des officiers de terrain, je compte précisément là-dessus et pousse aussitôt mon avantage en m'adressant aux habitants présents:

"Approchez je vous prie, venez donc expliquer ce qui s'est passé au sergent, il a besoin de vos témoignages pour rendre justice."

C'est Ephedyn qui s'avance le premier pour affirmer clairement que mes paroles sont la pure vérité, allant jusqu'à prêter serment sur le nom de Sithi, ce qui ne manque pas de faire froncer les sourcils au sergent. Encouragés par cette figure emblématique des quartiers pauvres en qui ils ont confiance, les habitants ne tardent pas à s'approcher pour confirmer la version des faits qu'Ephedyn et moi avons donnée. Au bout du dixième témoignage identique, le pauvre sergent grommelle que c'en est assez en soulignant ces mots d'un geste agacé de la main et me fixe sévèrement en déclarant:

"C'est bon pour cette fois, apprenti Ithil, mais ne vous mettez pas en tête de jouer les héros ici, je ne le tolérerai pas."

J'incline le visage poliment et me force à ajouter:

"A vos ordres, sergent."

L'officier ordonne alors à ses troupes de récupérer les soudards que nous avons tués ou assommés, puis il jette un dernier regard écoeuré sur le quartier délabré avant de tourner les talons, à mon plus grand soulagement. Je prends le temps de remercier ceux qui ont témoigné, puis me dirige sans plus tarder vers l'auberge afin d'y récupérer mes affaires avant d'aller retrouver Isil et les témoins que nous devons protéger.

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
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