L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Jeu 26 Jan 2017 12:52 
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Une démarche nonchalante ((( Les dialogues de la faera sont en italique pour éviter toute confusion)))

Asad et Daemon cavalèrent pendant plusieurs jours pour semer les potentiels poursuivants. Ils traversèrent le Duché de Luminion à travers les rocheuses accidentées, des territoires encore vierges, recouverts à perte de vue d'une forêt de conifères. Parfois, des gouffres surgissaient des interminables avenues de troncs et coupaient subitement leur route, effrayant leurs montures au passage. Une multitude de petits lacs à la pureté inégalée parsemaient la région, leurs rives étaient parcourues de troupeaux d'élans et ils croisèrent aussi la route un énorme ours solitaire, qu'ils prirent soin d'éviter le plus largement possible.

Le paysage changea progressivement. Les vallons s’aplanirent et la forêt s’effrita peu à peu en îlots de bosquets disséminés sur une mer de verdure. Les rivages d'un lac gigantesque, qu'ils avaient d'abord pris pour l'océan, s'étendaient à perte de vue à l'ouest.

Leur progression avait été formidable, mais pourtant une ombre planait sur leur voyage. La jeune fille qu'ils avaient séquestré à leur départ d'Endor était encore là. Ils l'avaient gardé avec eux afin de se couvrir en cas de talonnade, et finalement, ils n'avaient pas osé l'abandonner au milieu de nulle part, à la merci de la première bête sauvage qui passe. Elle était cependant en très mauvais état. Asad n'y était pas allé de mainmorte et les jours à cheval n'avaient pas aidé à sa rémission.

Asad décida de s'arrêter à l'ombre d'un bosquet pour s'occuper d'elle. Sa fière ne se calmait guère et son air hagard, à la frontière de la conscience ; car ses yeux bougeaient et clignaient, mais persistaient à fixer le vide ; n'augurait rien de bon.

« Elle risque de mourir si nous ne la soignons pas. » fit Asad en la déposant délicatement sur ses bagages.

« Nous devrions l’abandonner ici... Le temps joue contre nous. » proposa Daemon, investit d'une angoisse indescriptible.

Cette jeune fille aux cheveux roses ne lui plaisait guère. Elle était encombrante et avait considérablement ralenti leur fuite. De surcroit, sa faera devenait de plus en plus insistante et lui murmurait en permanence, à ce moment même, le devoir de reprendre la route.

« Hors de question ! Si elle est dans cet état, c'est de ma faute. Je ne me pardonnerai jamais de l'abandonner ici. »

« Morgoth dit que... »

« Peu importe les paroles de ton maudit chat ! » le coupa Asad.

« C'est moi qui suis maudit. Depuis notre départ, je ne peux le faire taire. Lui qui est si calme d'habitude. Tu n'imagines pas, cette petite voix entêtante, qui se glisse entre tes pensées et ressasse les mêmes vers, inlassablement, comme si le temps se répétait... »

Le basané lui avait tourné le dos et ne l'écoutait plus, trop occupé à éponger le front humide de la jeune fille. Daemon regarda d'un mauvais œil sa mine souffrante. Il enviait presque le fait qu'elle accaparait toute son attention. Asad ne l'écoutait plus depuis des jours et veillait en permanence sur elle.

Alors, une gerbe de ténèbres se détacha de son gantelet, puis tourbillonna dans les airs comme un jet d'encre dans une fiole, pour se matérialiser progressivement en une caricature de chat noir.

« Tu dois te presser. La présence de la faera disparaîtra bientôt. » fit Morgoth.

« Dans combien de temps ? »

« Je l'ignore, mais dans quelques jours. »

« Puisque tu vois le futur, nous aviserons là-bas. »

« Nous en avons déjà parlé, je ne vois pas le futur, j’entraperçois simplement l'arbre des possibilités. Aussi, une puissante magie noire l'accompagne et embrouille ma vision, probablement son contractant. La présence va disparaître dans de nouvelles aires, bientôt. »

« Mais où peut-elle aller ? »

« Je l'ignore, dans un autre monde... dans le royaume de Phaïtos. Je suppose. » La faera arrêta subitement de virevolter et se tourna sinistrement vers son maître. « Dans la plupart des possibles où nous rejoindrions la présence, nous disparaîtrions avec elle. »

« Ce qui signifie... »

« Mais plus vite tu la trouveras, plus cette probabilité diminuera. »

Daemon envoya un regard suppliant à Asad qui suivait la conversation.

« Je ne l'abandonnerais pas. » rétorqua-t-il, d'un ton catégorique.

« Il s'agit de notre unique piste. Trouver le Premier Messager revient à poursuivre une chimère. »

« Alors part devant. Je dois m'occuper d'elle et m'assurer qu'il ne lui arrive rien. Suis ton chat fantôme et revient à Endor quand tu auras les pouvoirs pour résoudre ce conflit. Je t'y attendrai. Je ne risque rien. Ils n'ont pas vu mon visage et si d'aventure ils m'accuseraient de quoi que ce soit, je suis un ressuscité, j'ai donc une place particulière au sein de l'ordre et l’appui des Lords en place. »

Le pressentiment de Daemon se concrétisait. Il était à présent seul. Il ne voulait pas le quitter. Accroupi devant lui, il saisit son bras et plongea dans ses yeux céruléens en l'implorant silencieusement de le suivre. Mais Asad était inflexible.

Résigné, le semi-elfe monta sur son cheval et prit la route, sans se retourner.


La république de Ynorie

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Ven 3 Fév 2017 20:01 
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Mal.

J’avais mal.

J’avais de la fièvre. Cette chaleur familière m’avait envahie, et je ne me sentais pas bien.

Je transpirais. La fièvre me donnait si chaud que de la sueur perlait sur mon front.

Je souffrais. Et quand je tentai d’ouvrir les yeux, des petits points noirs dansaient devant. Mes yeux s’habituèrent péniblement à la lumière. Et quand je pus voir, je vis que j’étais en pleine forêt. Mais c’est tout ce que je vis, car je fus prise de violentes convulsions et tremblai comme une feuille. Je lâchai un hurlement de douleur quand une voix d’homme demanda si ça allait. Je fis non de la tête, péniblement et ouvris les yeux à nouveau, pour découvrir deux iris céruléens penchés vers moi.

Inquiets, ils me scrutaient et je m’assis péniblement, me massant les tempes. Au bout d’un moment où je pus reprendre une pitoyable pseudo-contenance, je m’assis et demandai à l’homme en face de moi, basané, aux cheveux bleus :

Qui es-tu ?

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Jeu 9 Fév 2017 10:35 
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Dès que je lui demandai son identité, il écarquilla les yeux de surprise, comme choqué. Surpris serait plus juste. Il s’approcha de moi, se décrivant comme la cause de mon malheur, et déclara se nommer Asad, le regard fuyant, n’osant pas me regarder en face. Sa honte était presque perceptible. Il me pria de le pardonner, et expliqua que j’avais besoin de soin.

Vu ce qui me retournait l’estomac, je le croyais sans peine. Il me demanda si je pouvais me lever, mais voyant que je n’en avais la force, il m’enlaça prudemment, craignant visiblement de me blesser et détacha son cheval pour me hisser dessus, entre ses bras. Quand nous fûmes partis, la douleur reprit de plus belle. Mais cette fois, je la localisai dans mon bas-ventre.

Mes règles avaient choisi le meilleur moment pour se manifester. Judal, mon maître bien aimé, avait pratiqué toutes sortes d’expériences sur moi : en somme, je n’étais pas stérile, mais j’aurais des difficultés à enfanter. Cela pourrait même me coûter la vie. Et mes règles étaient devenues très douloureuses. C’était une période difficile à vivre, car je pouvais faire une crise de douleur n’importe quand et subir des contractions qui causaient une douleur effroyable. Quelques fois, la douleur était telle qu’elle me faisait régurgiter mon déjeuner.

Ce moment-là était un de ces moments où une crise de douleur s’annonçait et je poussai un cri quand la douleur arriva. Elle affluait, se propageait dans mon corps mal en point. Mon propre corps échappait à ma volonté, et je me pliai en deux pour tenter de la contenir, de contenir son expansion par mes flux nerveux.

Arrête-toi !” hurlai-je à Asad, qui s’empressa de stopper son cheval.

Je descendis de ses bras avec peine, me traînai sur le sol, faillis trébucher sur des pierres pour finir par recracher le peu que j’avais ingurgité. Je transpirais, des larmes salées s’échappaient de mes yeux et coulaient sur mes joues, je n’en pouvais plus, et finis par m’assoir contre un arbre en pleurant, le bas de mes “vêtements” tâché de sang, suppliant Phaïtos d’y mettre un terme et de me rappeler à lui.

Prostrée, sur le sol, la douleur se calma finalement et les larmes cessèrent de couler. Je regardai Asad, qui semblait perdu.

Ce qui vient d’arriver...n’est pas de ta faute. Avec un peu de chance, la douleur ne sera pas...enfin, je ne souffrirai pas.” expliquai-je, la voix tremblotante.

Avec un peu de chance...je ne me faisais d’illusions. La douleur reviendrait. Elle revenait même hors de mes règles. Des contractions sans fin, une souffrance sans nom.

Je n’étais pas enceinte. Enfin, je l’espérais. Je n’en savais rien. Il était possible que je le sois, mais que par déni je n’ai subi aucun changement. Je n’en savais rien.

Et j’avais peur de l’être. J’espérais de tout cœur que cela n’ait pas marché, qu’il n’y avait pas une vie en train de se développer dans mes entrailles. Je ne supporterais pas de donner la vie à un être, de le parachuter dans un monde si cruel. Je ne pourrais lui infliger une pareille torture. Et je ne serais pas une bonne mère. J’ai subi la torture, la violence, je n’ai jamais su comment montrer de l’amour, que pourrais-je faire face à un enfant qui en attend de moi ?

Et comment, comment pourrais-je l’abandonner à son sort ? Je ne pourrais pas.

Les larmes reprirent de plus belle, et me caressant le ventre, je sanglotai.

Si tu es là, pardonne-moi, je ne peux pas, je ne peux juste pas, c’est au dessus de mes forces…

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Lun 13 Fév 2017 11:05 
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Quand Asad vit la tâche de sang qui s’étalait sur ce qui me servait de vêtements, il pâlit. Moi-même j’étais en train de paniquer, je ne pouvais lui en vouloir. Si j’étais vraiment enceinte, que ferais-je ? J’étais beaucoup trop jeune à mon goût pour avoir un...un enfant. Bien sûr que j’y avais déjà réfléchi, même si je n’avais pas grandi dans un environnement qui me permettait souvent de réfléchir.

Si j’en avais bien un, là, se développant dans mon ventre, il grandirait sans père. Car il était évident que je ne retournerais auprès de Judal, même pour un enfant. Surtout pour lui. Il serait maltraité, et je ne le veux pas pour lui. Je ne veux pas que si je porte un enfant, il ait la même vie que moi. Je ne le veux pas.

Il reprit bien vite ses esprits, et fouilla fébrilement ses effets avant d’en sortir du tissu propre. Il me le donna et me proposa un peu d’eau, ce à quoi je répondis que non, je n’en avais pas besoin, avant de seulement prendre le tissu pour stopper le sang qui maculait mes vêtements.

Il n’osa m’ausculter. De toute façon, je lui aurais défendu de le faire. Je ne voulais pas savoir ce qu’il y avait là-dessous. Asad, resta ensuite en retrait pendant quelques instants, dos tourné. J’en profitai pour appliquer le tissu. Au moins je ne verrai pas plus de mon propre sang, venant de cet endroit. D’ailleurs, en fait : qu’est-ce qui me prouvait que ç’en était la cause ? Je ne savais même pas si c’était mes règles, ou une hémorragie, ou autre.

Je n’en savais rien, et ça pouvait tout aussi bien n’être simplement mes règles et je me faisais des idées, qu’une hémorragie ou qu’un problème par rapport à un fœtus. La chevauchée n’avait peut-être rien arrangé à mon état et ça avait touché l’enfant. Ou simplement, je m’imaginais être enceinte. J’espérais que ce n’était que le fruit de mon imagination, que je paniquais sans raison.

Quand il se retourna vers moi, ce fut pour m’annoncer que nous devions voir un médecin et me demanda de faire un dernier effort afin d’atteindre Luminion, de le laisser me porter.

Sans entendre mes faibles protestations, préférant me rendre à Endor de suite, il me prit délicatement et remonta sur son cheval afin de partir vers l’est.

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Sam 4 Mar 2017 16:58 
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Dernière édition par Skiss le Mer 9 Aoû 2017 11:58, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Dim 5 Mar 2017 19:03 
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Dans le chapitre précédent…

Arc du Souffle du Voile

Chapitre VII : Initiation au voyage



La Caravane de Brumal traversait lentement les collines environnant la cité d’Oranan, disparaissant peu à peu de la vision de Cherock, à l’arrière de la charrette que conduisait Brumal. Il était en pleine conversation avec Hïo, qui lui expliquait ce que le prêtre Rolland lui avait dit la veille.

« Tu vois, Cherock, les Thorkins ne sont pas très sociables avec les autres races ; S’ils ne nous détestent pas nous, les humains, ils ne nous portent pas pour autant dans leurs cœurs et évitent tout contact lorsque c’est possible. Avec les elfes, c’est encore pire, ils leurs vouent une haine farouche, pour raison obscure et oubliée, certes, mais millénaire.

- Alors comment peut-on entrer dans la cité de Mertar ?

- Eh bien premièrement, ce bon vieux Brumal va nous servir de guide et de « laisser-passer » pour pénétrer dans la ville.


- J’ai tout entendu Hïo ! Fait attention à toi, t’pourrais bien finir avec ma hache dans le torse à te moquer ainsi d’moi !

- Pardonnez-moi, messire Brumal, s’amusa Hïo.
Je disais donc que CE CHER Brumal nous servira de guide et de laisser passer dans Mertar : si nous voyageons avec un nain, ceux-ci se montreront moins méfiants envers nous.
Pour ce qui est de l’aide au sein de la ville, outre la lettre pour l’ami forgeron du Sage Roland, Ascan Tsanay, nous disposons chacun de notre atout.

- Ah bon ? Lequel ?

- Que sais-tu des Thorkins ? questionna son ami.

- Eh bien, ils sont petits de taille, adorent miner et vivent la plupart du temps sous terre. Avec les minerais qu’ils récoltent, ils font de superbes œuvres et autres pièces d’armurerie. Il me semble également qu’ils vénèrent tous pour la plupart Val…. Mais oui ! Valyus !

- Tu commences à comprendre alors ? sourit le jeune forgeron.

- Oui ! En ta qualité de forgeron, les nains te respecteront et pour moi ce sera mon lien avec le fluide de Valyus qui me permettra d’accéder à leur amitié.


- Exactement ! C’est aussi pour ça que nous avons été choisis, notre statut nous permettra de ne pas trop nous heurter à la barrière raciale et à la méfiance thorkinienne.

- Oui enfin n’essayez pas de faire trop d’vagues les jeunes,
avertit le vieux nain, Les Thorkins vous toléreront, mais vous resterez encore des étrangers à leurs yeux !

- Et vous Brumal, pourquoi êtes-vous parti sur les routes du commerce ? Les marchands Thorkins, ça n’est pas courant.

- Peut-être qu’un jour je vous la dirais, mais en attendant, silence ! Le meilleur aspect de la conduite de charrette, c’est le doux son monotone des sabots du cheval sur les pavés ou la terre, et le silence qui règne autour ! »


Comprenant le message, Hïo et Cherock se turent, le premier profitant du paysage verdoyant ynorien qu’il n’avait pas eu l’occasion de voir souvent, le second somnolant pour reposer ses muscles encore endoloris.
Le temps d’un instant, Cherock ferma les yeux, et le visage aux iris bicolores d’Orphal lui apparut, avant d’onduler, et de disparaître progressivement comme du sable se disperse dans le vent.

« Hey le dormeur ! On s’arrête pour la nuit, descend d' là ! »

Les yeux encore embués, Cherock sauta de la charrette avant de le regretter amèrement en jurant.
(Mes mollets me font toujours souffrir, je devrais les masser avant de dormir ce soir.)
Les charrettes s’étaient arrêtées près d’un petit bosquet d‘arbre, en formant un cercle protecteur autour de ce qui allait accueillir le feu de camp. Les Thorkins, au nombre de 10 se présentèrent aux jeunes humains après avoir dételés les chevaux : Brumal évidemment, sa femme Pétunia (en se présentant, un sourire naquit sur le visage de Hïo en attendant le prénom de la belle, mais celui-ci mourut aussitôt sous le regard noir de Brumal), Noruk, Gramaar, les jumeaux Frior et Fruar, La jolie (pour des standards Nains) Quibim, le taciturne Drom et le couple formé par Jorund et Yveltam.
Ceux-ci accueillirent tous avec amicalité leurs deux passagers et partagèrent leur repas avec eux en les bombardant de questions, l’un pour ses talents de forgeron, l’autre pour ses pouvoirs magiques.

(Au moins, cela confirme ce que le Père Roland a dit : nous n’aurons pas de mal à nous faire accepter des Nains de Mertar !)
pensa Cherock en créant une multitude de petits arcs électriques entre ses doigts, pour montrer ses capacités.

« Et… C’est tout ? demanda Drom.


- Euh… Oui. Comment ça « c’est tout » ?


- En tant que peuple élu de Valyus, les fulguromanciens Thorkins ne sont pas rares, et ce que vous nous avez montré n’est rien comparé à ce que nos prêtres ou même nos jeunes novices peuvent effectuer lorsqu'ils sont doté du fluide de foudre.


- C’est vrai que je ne suis qu’un novice, Oranan ne compte pas parmi ses rangs de fulguromancien qui aurait pu m’enseigner la magie. De même pour l’Ecole de la Nouvelle Obédience de la Magie, qui ne compte pas ce fluide parmi ses enseignements, déplora le jeune mage.


- Ton voyage à Mertar pourra donc être plus riche qu’il n’y parait,
lui dit Pétunia. Les prêtres de Valyus sont toujours prêts à accompagner et former les jeunes fulguromanciens, mêmes s’ils ne sont pas de notre peuple, ce qui est assez peu commun, je dois l’avouer.


- Je vous remercie de vos sages conseils. »


Après une longue nuit de sommeil à la belle étoile, la caravane se remit en route au petit matin : Brumal et Pétunia en tête, suivi des jumeaux, de Drom, de Noruk et Gramaar, Jorund et Yveltam, et en queue de cortège, Cherock, Hïo et Quibim.
Quibim était une jeune naine d’à peine 83 ans, mesurant 1m15, aux yeux vert émeraude et portant ses cheveux noirs comme le jais attachés dans son dos à leur extrémité par une broche de cuivre de sa propre création. Hïo félicita la naine pour son travail du métal sobre mais efficace, ce qui la fit sourire demodestie.

Cherock lui, était inquiet : il s’était souvenu le matin même d’une des paroles du Père Roland : s’il ne pouvait se permettre, par soucis de discrétion, de leur attribuer une escorte digne de ce nom, la caravane marchande leur en fournirait une pour assurer leur protection. Hors, mis à part les marchands, Cherock n’avait vu aucun guerrier ou autre personne susceptible d’assurer la bonne défense de la caravane. Il fit donc part de ses inquiétudes à Quibim, qui le rassura rapidement : les nains n’ont pas besoin de garde pour leurs marchandises, ils le font tout seuls !

« Tu sais Cherock -Je peux te dire « tu » ?- nous les Thorkins sont souvent sous-estimé de par notre taille ; lorsque nous commençons le commerce, nous nous rendons vite compte que les brigands et autres pillards ont plus souvent tendance à nous viser car nous paraissons plus facile à maîtriser. Et les gardes, eux, ne sont pas toujours là pour assurer notre sécurité, en plus d’être horriblement onéreux.
C’est pourquoi nous apprenons à nous défendre nous-même en plus de voyager en caravane. »
conclu la petite Thorkin en sortant un couteau de lancer de sa poche et, d’un geste fluide, le projeter en direction d’un tronc d’arbre bordant la route où il se planta, clouant au passage un bouloum qui avait la malchance de passer par là.


Hïo et Cherock se retrouvèrent à l’arrière de la charrette, entourés de caisses scellées et autres longs tubes emballés. Les pieds se balançant au-dessus du vide, ils parlèrent jusqu’à l’arrêt de la caravane, le soir du deuxième jour.
Cherock, qui sentait de nouveau ses muscles lui répondre d’une manière satisfaisante (quoi qu’encore un peu douloureuse), aida les nains à installer le campement. Ce soir, c’était un repas mêlant spécialités des duchés des montagnes à spécialités ynorienne. Le repas fut donc constitué d’un ragoût de Sanrisa aux herbes, où la talentueuse cuisinière qu’était Pétunia assaisonna le ragoût avec les herbes aromatiques typique d’Ynorie utilisées avec le sanrisa. Mais elle y ajouta aussi quelques épices de Mertar, dont une poudre jaune au goût piquant et relevé qui donna beaucoup de corps à la saveur de la sauce dans laquelle cuisait de généreuses tranches de viande, des pommes de terre coupées en dés et des oignons.

« Nous n’en sommes qu’au début du voyage, nous pouvons donc nous permettre d’utiliser des produits frais ! » justifia la Thorkin en apportant le dessert qui termina le repas, une compotée de pommes d’akinos, dont le goût acidulé et sucré combla l’estomac des voyageurs.

Avant de dormir, Cherock adressa une prière silencieuse à Valyus.

(Valyus, Dieu de la Foudre juste et protectrice, je te remercie de l’attention que porte ton peuple à l’égard de Hïo et moi. Puisse-t-on faire un voyage sans encombre.)

Sa prière faite, il alla rejoindre dans le sommeil Hïo, sachant que dans quelques heures, Fruar viendrait le réveiller pour prendre son tour de garde, dont il avait été exempté la veille pour lui laisser le temps de récupérer.

Il ne se douta pas que, du haut d’une des collines avoisinantes, un regard froid et dénué de toute bonne attention observait dans la pénombre le nain qui montait la garde, évaluant les risques qu’avait son groupe d’attaquer la caravane.
Après de longues minutes d’observation, l’observateur redescendit vers sa troupe. Ce soir, et après une longue période sans raid fructueux à se mettre sous la dent, la Meute allait se repaitre de chair fraiche.
Et en abondance.


A suivre…

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Dernière édition par Tergeist le Dim 5 Mar 2017 20:08, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Dim 5 Mar 2017 20:07 
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Dans le chapitre précédent…

Arc du Souffle du Voile

Chapitre VIII : Clair de Lune et Croc de Loup


Cherock dormait d’un sommeil sans rêve, du moins c’est qu’il se passa. Aussi, quand des hurlements et des flashs lumineux le réveillèrent, il pensa d’abord qu’il était en train de rêver et ne s’en inquiéta pas outre mesure. Il se leva tranquillement et pris la mesure de ce qui se passait autour de lui : les Thorkins criaient, couraient dans tous les sens, armés et muni d’une torche pour la plupart.
C’est lorsque Hïo le secoua en beuglant de se dépêcher, lui fourrant son épée courte entre les mains, que le jeune homme se réveilla complètement ; il ne savait pas ce qu’il se passait, mais vu le visage grave des nains et celui apeuré de son ami, il allait y avoir quelque chose de gros qui allait se produire, ou qui s'était produit.

« Qu’est ce qui se passe ? cria le mage.

- Frior a entendu une meute de loups hurler à la Lune ! Ils sont tout proche, sûrement en haut d’une de ces collines !

- Et alors ? Ils ne vont pas nous attaquer si ? Les loups devraient avoir peur de nous !

- Bien sûr qu’ils ont peur de nous ! Mais ces derniers temps les loups attaquent de plus en plus les fermes et habitations isolées, les paysans ont massivement chassé le gibier avec le rude hiver qui a bien entamé leurs réserves de nourriture ! Et les loups commencent à avoir faim avec tout le gibier qui disparait !

- Bordel de… » jura Cherock en rejoignant le feu de camp ravivé dans l’urgence.

Les Thorkins s’étaient déjà rassemblés et formaient un cercle autour du feu, avec Pétunia et Quibim au centre, la première ne sachant pas se défendre et la seconde ne pouvant pas se battre au corps à corps avec ses couteaux de lancer.
D’un mouvement de tête qui ne laissait place à aucune discussion, Brumal indiqua aux deux humains de se placer au centre du cercle : ils n’avaient que peu l’expérience du combat réel, et ne feraient pas long feu en première ligne face à des loups rendus agressifs par la faim. Refusant tout de même de ne pas pouvoir se défendre si un des nains venait à tomber, Cherock dénuda sa lame et Hïo s’équipa de la masse qu’il avait prise avec lui en quittant Oranan.
Le contact entre la main du jeune homme et la garde de cuir vieilli de son épée ainsi que son poids familier le rassurèrent, lui donnant un peu de courage.

(Ce sont des loups, certes, mais mon épée est assez tranchante pour blesser un loup. Et je n’aurai sûrement pas à l’utiliser, Brumal et les autres doivent avoir l’habitude de se battre, des loups ne devraient pas leurs poser beaucoup de problèmes.)

Un nouveau hurlement déchira alors la nuit : les nains se tendirent, serrant plus fort leurs armes en main, à qui une hache, à qui un lourd marteau de guerre nain. Les jumeaux eux travaillaient en tandem, Frior tenant un large bouclier et une torche dans la main (son glaive étant resté à sa ceinture) et son frère Fruar une grande hallebarde, presque trop grande pour lui, qu’il maniait cependant avec aisance.
Entre les espaces des caravanes, Cherock aperçu des ombres furtives.

(Les loups sont là !)

Cherock essaya alors de se rappeler des rares paroles que son père lui avait dit à leurs sujets.

« Les loups sont féroces, rapides et forts, mais résistent mal aux coups : si tu tombes sur un loup, et si tu arrives à esquiver sa première attaque, profites de cette occasion pour lui porter un bon coup : il sera assez blessé pour être facile à achever.
Par contre, s’il te saute dessus, mets ton bras en opposition devant ta gorge, c’est le premier endroit qu’essayera de viser un loup : et mieux vaut avoir un bras saignant abondamment qu’une gorge arrachée sauvagement ! »


« Ils arrivent ! Tenez-vous prêts ! » hurla Brumal.

Les loups se glissèrent sans un bruit dans les espaces entres les charrettes, observant et montrant les crocs. Ils faisaient tous un peu plus de 1m au garrot, presque aussi haut que Quibim, ce qui ne sembla pas la déranger outre mesure, armant son bras pour un premier lancé qui s’avérerait décisif dans le combat qui opposerait le loup touché au nain qui l’affronterait.
« Regarde comme ces loups sont maigres ! chuchota Hïo. Combien cela fait-il de jours, de semaines, qu’ils n’ont pas mangé à leur faim ?

- On est leur prochain repas Hïo, alors pour l’amour de Rana, concentre toi ! »

(Ils sont 5… 6… Non 7, un autre arrive !) compta mentalement le mage.

Un loup au pelage gris tacheté de blanc fit alors son apparition. Il était légèrement plus grand que les autres, mais la lueur sanguinaire de ses yeux et son gabarit autrement plus large que ses congénères le placèrent immédiatement comme le mâle alpha. Il grogna en montrant une dentition terrifiante.
Soudain, il hurla à la lune et se mit à charger de concert avec sa Meute le cercle des Thorkins, face à Drom, jugeant qu’il n’y avait pas lieu de jauger plus longtemps la menace d’une dizaine de petits humains, tout armés qu’ils furent.

Le premier des prédateurs à être sur les Thorkins ne fit pas long feu : accueillit par un couteau de lancer de Quibim qu’il reçut dans la patte avant gauche, il trébucha dans sa charge et arriva aux pieds de Gramaar qui acheva la bête en lui fracassant le crâne de son marteau.
Les autres attaquèrent plus ou moins simultanément un instant après et le combat qui en résultat fut aussi rapide que brutal. Un énorme loup sauta sur Frior, le renversa et celui-ci ne dut sa survie qu’à son bouclier qui empêcha le loup de lui arracher la moitié du visage, s’abritant derrière. Friar se trouvait à la gauche de son frère, et donna en hurlant un terrible coup de hallebarde qui entailla profondément le flanc du loup, libérant Fruor en tombant à la renverse devant Cherock qui, sans un instant d’hésitation, enfonça sa lame dans la gorge.
(Lui n’aurait pas eu de scrupule à m’attaquer au sol.) se dit Cherock, le cœur au bord des lèvres, en voyant les fluides vitaux carmins s’échapper à gros bouillon de la gorge ouverte du loup ainsi que goutter le long du fil de sa lame.

De leur côté, Brumal et Noruk avaient expédiés chez Phaïtos leurs adversaires respectifs d’un coup de hache, et celui ayant affronter le chef du convoi avait la tête tout bonnement séparée du poitrail, remarqua le jeune homme.
Yveltam avait quant à elle proprement empalé son loup sur sa lance, mais saignait d’une blessure dû à un coup de griffe que le loup famélique avait réussi à lui porter.

Pour Drom et Jorund en revanche, les choses tournaient mal. Jorund hurlait par terre, se tenant le bras sanguinolent où le loup avait profondément enfoncé ses crocs. L’œil gauche du prédateur était crevé par la lame de la hache du Nain, aussi ne vit-t-il pas arriver le coup de masse de Hïo qui lui atteignit le flanc, le faisant lâcher le bras de sa victime pour se focaliser vers son nouvel adversaire. Alors qu’il se ramassait pour sauter sur le forgeron, celui vit Dunn’Kur fendre les airs pour aller se planter profondément dans la cage thoracique du loup. Il mourut alors que Brumal retirait dans un bruit de succion et de côtes fracassées sa hache qu’il avait lancé, ce qui fit rendre à Hïo tripes et boyaux.
Drom, de son coté, se trouvait en bien fâcheuse posture également : allongé sur le sol, le loup alpha au-dessus de lui essayait de le mordre à la gorge. Il repoussait tant bien que mal les assauts de la mâchoire du loup, mais celui-ci, fatigué d’être gêné par le manche du marteau de guerre, posa violemment une patte sur l’avant-bras de Drom, le forçant à lâcher prise sur le manche de son arme. La bête allait plonger sa gueule vers la gorge du malheureux Drom, mais le chef de meute vit alors une ombre menaçante sur son côté gauche, et esquiva de justesse le meurtrier swing du marteau de Gramaar. Un couteau de lancer frôla l’échine du loup, ce qui lui ajouta un nouvel ennemi potentiel en la matière de la petite humaine à la crinière noire.

« Valyus, Dieu au Bouclier Foudroyant, aide moi à protéger Drom ! »


Dans un crépitement sourd, la Décharge de Valyus du fulguromancien fendit l’air et toucha au flanc la bête, lui arrachant un glapissement de douleur. Le mâle alpha contempla alors sa meute anéantie et prit la fuite en traînant la patte, jugeant que le combat n’en valait plus la peine.
Personne ne le poursuivi pour l’abattre, respectant les interdits de Valyus et n’y voyant aucun intérêt, préférant s’occuper des blessures des leurs. Pétunia démontra alors ses talents d’herboristes et de guérisseuse et réagi immédiatement en allant chercher sa sacoche dans la charrette, en criant à Gramaar de faire chauffer de l’eau pour les bandages. Cherock, lui, tomba par terre, laissant les pulsations de son cœur lentement redescendre.

(Mon corps n’avait pas encore tout à fait récupéré… Heureusement que Frior et les autres étaient là pour nous protéger, je n’aurais pas tenu en un contre un…
Au moins avec cette dernière attaque, j’ai tout de même réussi à mieux gérer mon fluide !)


Il alla ensuite voir Hïo et lui proposa de l’eau de sa gourde pour qu’il se rince la bouche, ce qu’il accepta, les yeux vitreux, avant de tout revomir.

« Je savais que ce serait terrible… Mais tu aurais entendu… Le bruit écoeurant d’une lame qui traverse les chairs… Les débris des os qui se détachent et crissent sur l’acier… Même ma masse, j’ai senti les côtes du loup se briser sous le choc...

- C’est normal de ressentir ça Hïo, même moi j’ai failli rendre tout ce que j’avais mangé, mais c’est ça un combat mon vieux. Tu comprends maintenant pourquoi mon père ne mangeait que de la purée d’avoine et des amandes à chaque fois qu’il partait en patrouille ? Même si on s’y habitue, ni toi ni moi ne pourront jamais y devenir insensible. Ou alors, il faudra qu’on soit devenu fous à lier tous les deux !

- Tas raison... Il n’empêche, moins j’aurai l’occasion d’ôter la vie à des êtres vivants, mieux je me sentirai !

- Ah ! Alors les poupées mort-vivantes d’un nécromancien ne te gêneraient pas ? taquina Cherock.

- Tu tiens VRAIMENT à ce que je vomisse le fin fond de mon estomac sûr tes bottes ? » menaça son ami avant d’accepter sa main tendue pour l’aider à se relever, rejoignant ainsi le groupe des Thorkins qui étaient sorti, au prix de quelques blessures, victorieux de son affrontement avec la Meute.

A suivre…

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Dim 5 Mar 2017 20:23 
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Chapitre IX : Le temps des Contes


Les Thorkins décidèrent, une fois les blessures de Yveltam et Jorund panser, de brûler les cadavres des loups à l’écart de leur camp après les avoir dépecer pour ne pas attirer les charognards des environs. Malgré leur régime alimentaire, ce sont des animaux qui ne sont pas tous réticents à ajouter un peu de viande fraîche à leur menu.
C’est donc Brumal et Drom qui s’en occupèrent et après avoir contrôler que le brasier ne prendrait pas plus d’ampleur, rejoignirent les autres dans le sommeil en laissant Cherock prendre le tour de garde, s’étant lui-même proposer.

(Après un combat comme celui-là, je ne suis pas près de me rendormir.)

Cette nuit-là, les aurores boréales pointèrent le bout de leur voile, et Cherock leva les yeux pour contempler, émerveillé, ce sublime spectacle que la déesse Rana leur offrait. Tout d’abord, ce fut un petit effet de lumière, peu lumineux, et de couleur verte, qui illumina une trentaine de secondes la voûte céleste. Puis les voiles se multiplièrent, se matérialisant et éclairant d’une douce lueur verte les collines environnantes. Parfois, un des voiles se colorait légèrement de rouge, ajoutant des nuances de couleurs à la lumière nocturne.
Le nez en l’air, la main tendue comme pour essayer de toucher le maelstrom aérien, le mage se questionnait sur les intentions de Rana de faire descendre ces phénomènes d’habitude tellement plus au Nord.

(Pourquoi faire descendre des phénomènes venant d’une terre de glace où en toute logique, c’est Yuia qui est favorisée ? Et si ces aurores boréales étaient l'œuvre de la Dame de Glace ? Ca semblerait plus logique que ça soit une de ses créations.)

Un voile plus brillant que le autres apparut, nimbant le camp d’une clarté d’émeraude, faisant fuir un petit animal qui était près des cendres des loups.

(Pour la faune et la flore, cette lumière doit être perturbante aussi, pensa le mage. Les animaux nocturnes ne doivent plus vraiment sortir de chez eux, l’obscurité n’étant plus à leurs avantages)

A cette soudaine clartée, il aperçut un petit groupe de lapins sortir avec la lumière et vite rentrer de nouveau dans leurs terrier en s’apercevant que ce qui leur paraissait être la lumière du petit matin était encore celle du milieu de la nuit, ce qui l’amusa.
Le lumineux voile s’arrêta, et dans un petit interlude entre deux voiles, la voûte étoilée se révéla à Cherock, et les lumières de la ville d’Oranan n’était pas présente pour en cacher une partie. Le temps qu’il relie toutes les étoiles de la Grande Ourse, un autre voile carmin fit son apparition, colorant de sa teinte les étoiles les plus brillantes dont la lumière réussissait à passer l’aurore boréale : celle du Bouclier de Valyus étant particulièrement fortes, c’est un bouclier rouge et mouvant que le jeune adepte du Dieu de la protection découvrit.

Ce phénomène avait quelque chose de fascinant, qui lui fit oublier un court instant son rôle de sentinelle. Aussi se remit il à scruter les environs à la recherche d’un prédateur potentiel, mais force était de constater que les loups avaient dû servir d’exemple. Les lumières célestes éclairaient suffisamment dans les alentours pour que l’on puisse y voir clairement à 100 mètres à la ronde, et de façon convenable à 200 mètres. Evidemment, les aurores laissaient parfois des vides à certain moment, mais la lune particulièrement éclatante éclairait de manière acceptable en substitut.
Au bout de 2 longues heures de veille, une habitude pour lui qui avait passé des soirées et des nuits entières dans la bibliothèque d’Oranan, Cherock alla réveiller Drom pour son tour de garde. Après s’être frotter vigoureusement les yeux, et observant d’un œil distrait les pans de lumières flottants au gré de vents imaginaires, le nain regarda le jeune homme et dit d’un ton bourru « Merci.

- Merci ? Merci de quoi Drom ?

- De m’avoir sauvé de ce loup. Sans ta magie, il n’aurait pas fui, ou du moins pas sans un bout de ma barbaque dans la gueule. »
dit le nain avant de rajouter : « Quand nous serons arrivés à Mertar, viens me retrouver à la Taverne de l’Enclume Etincelante. Je voudrai te présenter à quelqu’un. »

Sur ces paroles aussi malhabiles que sincères et sans attendre que son le mage le remercie, le nain alla se hisser avec quelques difficultés sur le rocher du haut de ses 1m40. Le jeune homme alla se coucher après un court instant à scruter le nain aux tresses blondes et aux prunelles noires comme la nuit, cherchant à savoir ce que le nain pouvait bien vouloir dire en parlant de lui présenter quelqu’un.
(Je verrai bien sur le moment.) se dit-il avant de sombrer dans un sommeil réparateur.

- - - - - - -

Les jours suivants passèrent lentement. Yveltam et Jorund récupéraient doucement de leurs blessures, même si les deux premiers jours, la fièvre avait plonger le Thorkin dans des hallucinations tumultueuses, les soins prodigués par Pétunia le remettaient peu à peu sur pied. Les deux humains quant à eux passèrent ces moments ensemble la plupart du temps à l’arrière de la charrette de Quibim, parlant et rattrapant le temps perdu lorsque le jeune forgeron était entré au cœur de sa formation 5 ans plus tôt. Le soir, ils se mêlaient au reste du groupe où les nains leur apprenaient les us et les coutumes de leur peuple, pour faciliter leurs tâches dans leurs périples une fois arriver à Mertar. Les Thorkins, notamment Jorund et Frior, se montraient particulièrement amicaux et serviables depuis que les deux humains les avaient aidés à se débarrasser de leurs loups respectifs.

Le 4ème jour, la caravane passa devant le lac de Nostyla, mais celui-ci était recouvert d’une épaisse brume, ce qui déçu les oraniens qui en avaient trop souvent entendu les louanges pour ne pas pouvoir admirer les flots bleus profonds.
En regardant la nappe de brume recouvrant le paysage, Cherock questionna Hïo sur son futur métier, s’il comptait reprendre la forge familiale, s’établir ailleurs dans la ville ou bien même dans une autre ville.

« Je ne le sait pas encore, j’imagine que pour l’instant je vais rester pour perfectionner mon art encore quelques temps aux cotés de mon père et de mon oncle, je verrai ensuite ce que Rana me réserve.

- Et du coup, en tant que forgeron officiellement reconnu, tu peux à ton tour prendre un apprenti ? questionna son ami.

- En théorie oui, mais il me manque encore quelques années d’expérience pour pouvoir former correctement quelqu’un.

- Et moi tu voudrais bien me former ?


- Quoi ? Toi ?

- Oui, ça fait un moment que j’étais intéressé, mais sans plus ; maintenant que tu es là, je me dis que ce serai bien mieux d’apprendre avec un ami comme « mentor ».


- Ahah ! On verra bien ça après avoir rapporté la Faerunne mon vieux ! » lui répondit-il, amusé.

Le lendemain, la caravane commença sa longue ascension des contreforts du massif de montagnes central du continent. Ils rencontrèrent alors une autre caravane venant de l’autre sens, composé de kendrans avec qui Brumal marchanda quelques perles venant de leur mer en échange d’une jolie bourse de yus rebondie.
Le soir du 8ème jour, au pied d’un massif de connifères et autour d’un repas composé de viandes séchées réhydrater dans un bouillon de tomates accompagné d’un bol de riz ynorien, Brumal décida de raconter à ses passagers une légende très connue des Thorkins via leurs prêtres de Valyus, une légende appelée « L’Obélisque de la Discorde ».

« Ya bien longtemps, à l’époque où les Dieux foulaient encore not’ monde à l’exception de Rana, les Dieux s’ faisaient régulièrement la guerre, le plus souvent pour des questions de territoire, pour y installer les peuples qui leur étaient cher. Et, en c’temps reculé, un peuple avait l’attention tout ‘ particulière de Valyus au même titre que nous.
Ce peuple, dont l’nom fut perdu dans les méandres des couloirs du temps, était composé de dragons de foudre. »


A ces mots, Cherock tiqua : au fur et à mesure que le nain racontait cette légende, le mage était de plus en plus sûr que cette histoire et son rêve racontait la même chose. Si certains détails différaient dans les deux versions -dans celle de Brumal, Valyus avait participé au combat contre Yuimen dès le début, mais n’avait quand même pas pu empêcher l’extinction de ses dragons-, le résultat restait le même : (Des œufs de Radiants attendraient quelque part qu’on les ressuscite !)
A la fin de la veillé, où tout le monde applaudit les talents de conteur de Brumal avant d’aller se coucher, Cherock alla voir le Thorkin.

« Dites Brumal, cette légende, est-elle véridique ?

- Et ben t’sais gamin, c’t’une légende : personne arrive à différencer l’vrai du faux.

- Et votre avis là-dessus ?

- J’pense que ces lézards r’viendront pas de sitôt : des millénaires ! Les œufs ont dû s’briser depuis l’temps, entraînant avec eux les derniers descendants d’leur espèce.


- Ah… » fit le fulguromancien, visiblement déçu.

Devant sa mine ennuyée, le Thorkin lui glissa ces quelques mots, après s’être assuré qu’aucun de ses confrères n’étaient dans les parages.

« Ecoute gamin, j’t’aime bien, puis j’te dois une fière chandelle pour l’aut’ fois avec les loups. Aussi je te donnerai cette info, mais n’en parle pas aux autres il te déconseill'rait d'le faire. A Mertar, dans la rue près d’la grande porte principale par laquelle on va passer, y a un vieux diacre de Valyus. Tout l’monde le prend pour un cinglé parce qu’il n’a pas trop supporté l’épreuve d’ L’Eclair.
Mais toujours est-il qu’il avait passé tout son temps de diacre à essayer de dénouer la vérité derrière c’te légende, et quand il dit qu’il avait enfin trouvé un indice d’ssus, tout l’monde l’prenait déjà pour un fou. Si cette légende t’intéresse tant , y a qu’lui qui pourra t’informer d’quelque chose. »

Cherock remercia le nain et alla se coucher. Il ne sut trop quoi penser de cette information : d’un certain coté, il avait la possibilité d’en apprendre plus sur cette légende et le fameux rêve qu’il avait fait une semaine plus tôt pourrait prendre sens.

(Sauf que c’est un rêve. Et la seule personne qui donne un tant soit peu de crédit à cette histoire est un vieux fou retranché. Est-ce que ça vaut vraiment le coup d’aller le voir ?)

Sur cette interrogation laissée sans réponse, le jeune homme s’endormit.

A suivre…

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Dernière édition par Tergeist le Jeu 9 Mar 2017 13:04, édité 5 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Dim 5 Mar 2017 20:27 
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Chapitre X : Découvertes et Arrivée à Luminion



Le temps était couvert en ce 11ème jour de voyage, et une odeur d’ozone flottait dans l’air depuis le réveil annonçant un orage qui n’éclatait toujours pas. Cherock discutait ce jour-là avec Jorund qui avait retrouvé la mobilité de son bras, même si sa force était toute relative.
Celui-ci, pendant que sa compagne conduisait, montra au jeune homme les marchandises qu’il transportait cette fois-là. Des sacs de riz ynoriens bien entendu, mais également des perles venant des fermes ostréicoles d’Oranan, dont les femmes Thorkins raffolaient en ce moment, pour leur pureté et leurs rondeurs qui tranchaient nettement avec leur habitat aux angles brutes et la plupart du temps sombre. De la Soie ynorienne était également présente, mais pas à destination de Mertar : le nain comptait ensuite redescendre sur Kendra Kâr où la soie se vendait toujours à bon prix.

Cherock profita alors d’une pause pour prendre dans la charrette de Brumal son sac et en sortir des vêtements plus chauds, le convoi commençait à pénétrer dans des régions de montagnes où la fin de l’hiver et la fonte des neiges n’avait pas encore montrer le bout de leur nez, et la température le rappelait volontiers ; en fouillant dans son sac, il tomba sur les 2 paquets laissés par sa mère et le Sage Rolland.

(Tiens je les avais presque oubliés !) se dit-il en profitant de l’occasion pour examiner leur contenu.

Cherock déballa d’abord le cadeau de sa mère, emballé à la va vite dans un torchon de sa maison qu’il reconnut. Il reconnut aussi l’objet qui y était emballé, à savoir un objet qui appartenait à sa mère et que le jeune homme adorait avoir en main étant petit.
Il s'agissait d'un anneau d'acier auquel était fixé une courte chaînette terminée par une bille d'argent : le principe de l'objet consistait à glisser un de ses doigts dans l'anneau et de jouer avec la boule de façon machinale, ni plus, ni moins. S'occuper les mains aidait Cherock à se concentrer lorsqu'il réfléchissait, faisant balancer la chaîne entre ses doigts. La boule se logeant fréquemment dans sa paume avant de repartir dans le sens inverse, continuant sa course entre les phalanges à la suite de la chaîne.

Lorsqu'il approcha sa main du second présent, Cherock détecta au premier contact la magie qui pulsait du paquet. L'énergie était faible, certes, mais présente. Il déplia le tissu et en sortie une gourde en peau de daim dont les bords était cousus d'un fil marron, une teinte plus sombre qui s'harmonisais avec le beige crème du cuir. Le bouchon qui fermait la gourde était en liège et attaché a la gourde par un petit cordon de cuir. Le sceau du temple de Rana, trois lignes parallèles ondulant 2 fois avant de remonter et de se disperser chacune de leur côté, figurait sur le dessus du bouchon.
Un petit message était également présent, accroché au cordon.

« Cher Cherock,
Comme tu peux sûrement t'en douter, tu tiens dans tes mains une gourde magique. Dans le cas où tu ne saurais pas ce que c'est, laisse moi t'en expliquer le fonctionnement: tu as 4 doses de liquide dans cette gourde, 4 doses de ce que tu veux : par une simple pensée, tu peux décidé de ce que tu voudras qu'il coule de ce goulot, de l'eau pure, de l'alcool, du jus de carotte...
Cette gourde est remise à tout les Missionnaires lorsqu'ils partent en mission pour la première fois, et à ta manière, tu es en mission pour Rana.
Bonne chance Cherock, que Rana t’accompagne. »


Remettant les présents dans son sac, il fit un signe de main à Hïo qui remontait dans la charrette de Quibim avec qui il s’entendait bien. Ils passaient ces derniers jours à parler notamment de sujets de forgeron puisqu’il avait tous les deux ce point en commun.
Dans la charrette de Brumal, Cherock pouvait tranquillement se concentrer puisque le silence de celui-ci lui permettait de n’entendre que le son des sabots des chevaux sur le chemin. A l’instar du chef de caravane, il commençait lui aussi à y trouver un aspect relaxant dans ce claquement régulier des bêtes tirant la charrette.
En se calant contre un ballot de tissu, Cherock médita et chercha dans les profondeurs de son corps et de son esprit l’étincelle de son pouvoir, puis commença à faire circuler le fluide dans son corps.

(Si un jour je veux absorber plus de fluide, je dois préparer mon corps à cette augmentation de dose de magie !)

Durant les jours qui suivirent, le jeune mage fit différents exercices de manipulations de fluide interne, le maintenant concentrer dans différentes parties de son corps, le diffusant d’une main à l’autre et faisant des allers retours de plus en plus rapide. Toutes les trente minutes, il faisait une pause pour se reposer et éviter de se donner des maux de tête, et pour se désaltérer : l’utilisation intensive de fluide avait tendance à lui donner soif.
Le soleil amorçait sa descente vers l'horizon du 13ème jour et la caravane ne tarderait pas à s’arrêter selon Cherock, qui continuait ses exercices et avait commencé un tout nouvel entrainement : donner un mouvement au fluide lorsqu’il était fixe à un endroit.
Alors que ses mains étaient posées paumes orientées l’une vers l’autre, le fulguromancien concentrait une grande partie de son fluide dans sa main gauche : dans son esprit, le fluide avait la forme d’un disque stationnant dans le dos de sa main. Il essaya de donner au disque un mouvement tournant, comme une roue, et au bout d’une dizaine de minutes de tâtonnement, le disque commença sa rotation.

(Le départ est long, je n’ai pas l’habitude de manipuler ma magie de cette façon. Mais une fois le mouvement amorcé, lui faire prendre de la vitesse pose moins de problème.) pensait Cherock.
Le disque tournait maintenant avec une vitesse plutôt élevé, mais celle-ci n’était pas constante, augmentant et diminuant en permanence, et le mage essayait de stabiliser cette vitesse mais à chaque freinage la vitesse diminuait même après qu’il ait arrêté de la freiner. Le même phénomène s’effectuait dans l’autre sens : le mage décida alors de voir jusqu’où la vitesse irait s’il la laissait sans chercher à freiner ou accélérer la rotation. A sa grande surprise, la rotation arrêta d’accélérer rapidement, pour ensuite redescendre, remonter, oscillant ainsi jusqu’à atteindre la vitesse voulu initialement par Cherock.

(On peut donc avoir une vitesse de rotation stable, il faut juste laisser le temps au fluide de s’équilibrer, il doit avoir une certaine inertie quand on le met en mouvement.)

Le disque continuait de tourner, et demandait légèrement plus de concentration en mouvement qu’immobile une fois qu’il était stabilisé : les yeux fermés, Cherock tendit la main devant lui pour essayer de joindre le mouvement à ses exercices de fluides. Alors qu’il déplaçait lentement la main sur la gauche, un léger bruit précéda un inattendu petit choc qui le perturba, brisant sa concentration.
*Cling*
Ouvrant les yeux, il vit à ses pieds un yus rouler sur lui-même avant de tomber : il en était sûr, il n’y avait pas de yus sur le sol de la charrette lorsqu’il s’était installé pour méditer, les 3 yus qu’il avait vu se trouvait sur la caisse en bois sur sa gauche qui… N’en comportait plus que 2.

« Qu’est-ce que… ? » marmonna le mage.

Non, ça semblait fou pour le jeune mage : (C’est impossible que ce soit moi qui ai fait bouger cette pièce, ça ne peut être qu’un tressautement de la charrette qui l’a fait rouler jusqu’à mes pieds. Le problème, c’est que je n’en ai ressenti aucun. Ça aurait un rapport avec le mouvement de mon fluide ?)

Sans trop y croire, Cherock plaça sa main au-dessus de la pièce, et recommença à diffuser son fluide dans sa main, et la pièce ne bougeait toujours pas. Cependant, lorsqu’il commença faire tourner le disque, la pièce bougea, très légèrement. Puis, à mesure que le disque tournait de plus en plus vite, la pièce décolla petit à petit, et rejoignit la main du mage avec une vitesse grandissante avant de se loger dans sa main qu’il referma. En l’a rouvrant, il vit la pièce dans sa paume et essaya de la prendre, mais eu des difficultés car celle-ci semblait coller à sa main. Il refit l’expérience en la lâchant au-dessus de lui, et la pièce se dirigea d’elle-même vers le centre de la paume et du disque de fluide.

(Incroyable ! Ma magie me donnerait le pouvoir d’attirer les objets à moi ?
C’est génial !)


Sans avoir le temps de mettre en pratique sa théorie, Cherock fut interrompu par Brumal.

« Eh gamin ! Nous v’là arriver à Luminion ! C’en impose hein ? »

Eclairée par les dernières lueurs du crépuscule, Cherock contempla la construction humaine la plus massive qu’il ait jamais vu.


A suivre…

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Sam 27 Jan 2018 00:20 
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Chapitre LI : Un air de déjà-vu


Plusieurs jours plus tard, la caravane traversait une longue plaine verdoyante. Cherock avait pu retirer ses différents bandages et son bras n'avait plus besoin d'être en écharpe. Il pouvait enfin équiper ses gantelets de Faerunne et son premier sentiment lui revint. Il avait réellement l'impression d'avoir une seconde peau et en oubliais même de les retirer avant de s'endormir le soir tellement la gêne était mineure.

Il avait passé les derniers jours à essayer de maîtriser le Cercle protecteur et commençait peu à peu à s'en approcher. Le processus était relativement simple : il lui suffisait de mémoriser les différentes runes formant le cercle et ensuite les écrire avec son doigt et utiliser son doigt comme une plume avec pour encre son fluide. Le cercle était alors effectif, mais cela lui prenait un temps considérable, bien loin de la rapidité d'exécution du Thorkin. Celui avait refusé de l'aider, lui répondant en grognant que pour parfaitement maîtriser un sort, il devait avoir le moins d'aide possible et ainsi évoluer de lui-même en comprenant son fonctionnement tout seul.

(Je veux bien, mais je cracherai pas sur un petit coup de pouce de temps en temps..)

Le problème de sa méthode était qu'elle prenait un temps fou à se mettre en place. De plus, si Cherock avait bien retenue les runes à utiliser, il lui suffisait de faire une seule erreur ou de mal écrire une seule rune pour que le sort ne fonctionne pas ou mal. Il avait d'ailleurs manqué de mettre le feu à la caravane après qu'un éclair ait mis le feu au bois de la charrette, affolant les chevaux. Il étouffa rapidement les flammes mais arrêta de s'entrainer dans les véhicules, s'entraînant au sol. Il pensa aussi à faire écrire les runes sur des parchemins, mais il ne possédait pas les compétences nécessaires pour ça. Le fluide de foudre ne se stabilisait pas sur le papier et finissait par le brûler. Néanmoins, l'idée lui resta dans la tête. (Avoir les runes déjà faites, c'est un gain de temps. Mais il me faudrait un pochoir, quelque chose où j'aurais juste à y infuser mon fluide pour qu'il s'imprime dans le sol…)

Il pensa alors à faire une sorte de pochoir, de moule qu'il utiliserait pour faire passer son sort. Il n'aurait eu qu'à y envoyer sa magie pour qu'elle prenne la forme des trous percés et forme instantanément le cercle protecteur. Mais cette méthode fut rapidement abandonnée. Il devait pouvoir se débrouiller sans artifice, sans aide pour qu'il puisse utiliser sa magie même sans cet équipement. Pour rester dans l'idée du pochoir, Cherock pensa néanmoins à une autre solution. (Quelque chose qui ne me quitte jamais, c'est bien ma main. Si je gravais le pochoir sur ma main ?)

L'idée lui parut tout d'abord judicieuse, mais elle n'était pas sans conséquence. Il devait en quelque sorte se mutiler pour pouvoir avoir accès à un sort. Ce n'était clairement pas envisageable, surtout si par la suite il en découvrait de nouveau. (En plus, j'ai eu mon compte de souffrance pour l'année dans cette fichue ville…) Il regarda ses mains et y fit mentalement circuler son fluide. De petites étincelles coururent le long de son bras et se regroupèrent dans sa paume. Il essaya alors d'y faire apparaitre une des runes qui composait le cercle, la rune « Ni ». Elle brilla d'un éclat violacé avant que les étincelles se dispersent dans les airs. Il ne pouvait pas non plus créer de lui-même les runes alors. En faisant circuler fluide, il sentit de petite irrégularité dans le cheminement de celui-ci dans sa main. Il semblait qu'au niveau de la pointe de ses doigts, de petites « ouvertures » dans les canaux de sa magie étaient présentes. Lorsqu'il y envoya une partie de son fluide, la foudre sortit de ses doigts comme s'il avait lancé un Choc de Valyus. Surpris, il examina de plus près ces trous à l'aide de sa magie. (On dirait que ceux au niveau de l'index et du majeur sont plus larges que les autres… Pourquoi ? La magie à l'air de sortir bien plus simplement par ces trous. Ca à l'air plus naturel par ces trous que par les autres. Maintenant que j'y pense, les Chocs de Valyus que je lance sorte plus souvent par ses deux doigts…). Il examina alors sa main gauche qu'il utilisait bien moins souvent puisque c'était sa main d'épée : les trous étaient également présents à l'index et au majeur, mais il n'y en avait pas sur les autres doigts. Cherock n'avait que rarement lancé de sorts de sa main gauche et cela le conforta dans sa théorie. Ses canaux fluidiques s'adaptait à son utilisation de la magie : s'il utilisait toujours un sort de la même façon, son corps s'adaptait alors en conséquence. (Et pour la Magnétisation Balistique, mon fluide ne s'échappe pas directement de mon corps donc il n'a pas à sortir ! Enfin, j'imagine…)

Fort de cette théorie, Cherock mit en place une idée. Explorant sa main, il délimita un cercle approximatif centré sur sa paume. En haut au niveau de la base de sa paume, il imprima magiquement la forme de la rune se trouvant à la même place sur le cercle protecteur. Une fois visualisé, il y envoya une certaine quantité de fluide pour découper le trou moulé sur la rune. Il y mit tout d'abord trop de force et sentit une sensation de brûlure. Il grinça des dents et diminua la puissance du courant de fluide. Il parvint enfin à créer l'ouverture et satisfait, fit reculer son énergie jusqu'au niveau de son coude droit. Pui, il projeta à grande vitesse une partie de cette énergie en dirigeant sa paume vers le bord du chemin pavé que la caravane empruntait alors. Il verrouilla les orifices de ses doigts pour ne pas que les fluides s'échappent par ces conduits. Le fluide sorti alors par la seule sortie possible, celle en forme de rune. Une rune de foudre sorti alors de sa paume et vint s'imprimer sur le pavé, sous le haussement de sourcil étonné de Jorund qui suivait la charrette de Drom. Peu de temps après, la marque foudroyante s'estompa faute de stabilité. Mais les résultats étaient là : en créant les différentes ouvertures correspondant aux runes du cercle protecteur, Cherock pourrait alors imprimer de manière instantanée les cercles ! Motivé, le fulguromancien se focalisa alors dans les jours qui suivirent à modeler sa main pour qu'elle puisse lancer le sort qui l'accaparait depuis qu'ils avaient quittés Mertar.

- - - - - - - - - - -

« Alors ça y est ? Tu as réussi ? »

Ils n'étaient plus qu'à quelques jours de route d'Oranan et bivouaquaient de nuit devant le lac de Nostyla. Contrairement au voyage aller, le lac révélait alors toute sa splendeur en reflétant la lueur des étoiles et de la pleine lune. (Un vrai miroir d'eau.) s'était fait la réflexion le jeune homme. Hïo l'avait alors rejoint à sa demande un peu à l'écart du campement.

« Ouais, enfin réussit ! Heureusement que j'avais le Marteau runique, il m'a bien aidé à dessiner les runes les plus complexes, expliqua le jeune homme en montrant son marteau qu'il tenait dans la main. C'est vraiment un artefact parfait pour un enchanteur, ma maitrise de la magie est plus aiguisée avec lui.

- Je suis pas sûr de tout comprendre mais ok ! Allez montre-moi !

- Toujours aussi impatient toi ahah. »

L'enchanteur de foudre tourna alors le dos à son ami pour faire face à une large pierre plate. Il tendit sa paume droite en direction de la pierre et accumula une petite partie de son fluide dans son coude. Puis il le propulsa rapidement vers sa paume où la magie passa à travers tous les orifices runiques que Cherock avait ouvert. De manière simultanée, toutes les runes s'imprimèrent sur la roche en dormant un cercle d'une cinquantaine de centimètres de diamètre. Un cordon violacé s'étira d'une des runes et traversa toutes les runes avant de revenir à sa rune de départ. Le cercle brilla alors d'un éclat pourpre avant de s'atténuer pour n'émettre plus qu'un clignotement violet discret.

« Et voilà ! Lors de mes différents essais, j'ai essayé de l'envoyer à une distance plus ou moins grande. Et plus la surface que je vise est loin de ma main, plus le cercle est grand !

- Un peu comme l'ombre d'un homme s'agrandit à mesure qu'il est haut au-dessus du sol ? demanda le forgeron en essayant de visualiser ce que son ami lui disait.

- Exactement ! Après pour la puissance, ça dépend de la magie que je mets dedans.

- Et ca peut durer combien de temps ? Ca serait super utile si tu pouvais en mettre de temps en temps à l'armurerie, ça dissuaderait d'autant plus les voleurs.

- Vu qu'on est en mouvement, je n'ai pas pu tester cet aspect, regretta le jeune Wiehlenois. Mais dès qu'on est à Oranan, je teste et je te dis ça !

- Ca marche !

- On retourne enfin chez nous… dis doucement Cherock après un moment de battement.

- Oui, j'ai l'impression que cela fait des années !

- Brumal m'a dit qu'on arrivera juste à temps pour la cérémonie, tout juste le temps pour ton père de faire l'Instru'Vent.

- Et la prêtresse Lydi ? Elle saura le maîtriser à temps ? dit Hïo, dubitatif.

- Pas forcément, mais elle le maniera sûrement avec assez d'aisance pour ajouter la diversité dans le Rituel du Premier Souffle au milieu des autres Instru'Vents.

- J'imagine que tu as raison. »

Après avoir conversé quelques temps, les deux oraniens se mirent en route pour rejoindre le campement. Soudain, un grondement se fit entendre dans leur dos. (Non, pas un grondement… Plus un grognement.)Ils firent volte-face et virent du petit bois derrière eux émerger une ombre imposante. Un énorme loup se dévoila à la clarté de la lune, un loup massif gris tacheté de blanc. Il mesurait au moins un mètre cinquante au garrot et avait une lueur cruelle dans ses yeux. Un détail attira alors l'attention du jeune homme, à savoir le flanc de la bête qui comportait une large tâche noire. (Ce serait quand même pas…)

« Euh, Cherock ? C'est pas le loup Alpha qui nous était tombé dessus la dernière fois ?

- Toi aussi tu l'as reconnu ? Il a pas l'air content de nous revoir.

- Merde, j'espère qu'il a pas eu le temps de se refaire une meute. »

Comme pour appuyer ses dires, deux autres loups sortirent du bois à la suite du mâle alpha.

« J'aurai mieux fait de la fermer…

- Bordel ! COURS ! » hurla Cherock en poussant le forgeron désarmé en direction du campement.

Le fulguromancien se posta face à la menace pour donner un peu de répit à son ami de fuir et de prévenir les renforts qui ne viendraient que dans une petite minute. (Di'ci là, je dois tenir…)

Dans un hurlement sonore, le loup alpha suivi de ses deux membres se jeta en direction du fulguromancien.


A suivre…

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Dernière édition par Tergeist le Sam 27 Jan 2018 00:52, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Sam 27 Jan 2018 00:51 
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Dans le chapitre précédent…

Arc du Souffle du Voile

Chapitre LII.1 : La fin d'un périple


Bien campé sur ses deux pieds, Cherock amena la tête de son marteau au niveau de ses yeux. Durant le retour en chariot quand il n'essayait pas de maîtriser le Cercle protecteur, le jeune homme s'évertuait à améliorer sa maîtrise du maniement du marteau. Il en avait maintenant une maîtrise décente et le maniait avec aisance. Les réflexes n'étaient pas encore là, mais contre des bêtes sauvages ses connaissances seraient largement suffisantes. Les loups se déployèrent tout autour de lui, prêt à lui sauter à la gorge. Le jeune homme tournait lentement sur lui-même pour toujours se trouver en face du loup alpha qui était évidemment le plus dangereux. Soudain, celui-ci chargea l'humain et franchi rapidement la zone qui les séparaient. S'étant préparé à ça, Cherock brandit la main et envoya un éclair qui toucha la patte de son attaquant. Avec un jappement il battit en retraite mais déjà Cherock sentait que derrière lui arrivait les autres loups.

Il vit du coin de l'œil le loup à sa gauche se jeter sur lui. Il se retourna et lança un puissant swing de son marteau qui atteignit le loup sur le coin de la gueule. L'impact lui fracassa le museau, pulvérisa une partie de ses crocs et l'animal s'effondra sous la douleur. Le coup avait peut-être été mortel, mais dans le pire des cas l'humain l'avait privé de son arme la plus redoutable. Cherock n'avait cependant pas le temps de s'occuper de ce loup car le deuxième était maintenant dans son dos. Il rentra la tête dans ses épaules et s'attendit à recevoir le loup sur son dos. Une douleur lui tenailla le mollet alors que Cherock chutait en avant, le sang dégoulinant rapidement le long de son mollet. (Saloperie de clébard, il m'a choppé la jambe !)

Malgré le cuir épais de ses bottes de voyage, les crocs du loup avait percé à moitié à travers pour mordre sa chair. Une violente torsion du cou l'avait projeté à terre tandis que son attaquant continuait à tirer dessus. Se retournant sur le dos, Cherock commença à essayer de marteler le museau du loup avec le talon de son autre botte, mais un autre problème arriva en même temps. Le loup alpha s'était remis de son attaque et avançait vers lui, la bave aux babines. Il poussa un long hurlement alors que sa gueule s'ouvrait en grand pour se refermer sur sa gorge. Le bras gauche de Cherock plaça le manche du marteau sous son cou pour l'empêcher d'approcher davantage, mais la force de la bête le surpassait. Rapidement les crocs de la bête se rapprochait de son visage et il lui fallait réagir vite. Renonçant à écraser le museau du loup lui mordant la jambe, il tenta une nouvelle approche et le frappa de la pointe de sa botte d'un crochet du pied. Elle atteignit le loup à l'œil qui glapit en lâchant sa proie. Dans sa main droite encore valide, Cherock matérialisa une courte lame faite de fluide de foudre et d'un coup sec, essaya de la planter par le côté dans la gorge du loup. Il visa trop loin et celle-ci se figea dans l'épaule de la patte droite du loup qui glapit lui aussi avant de prendre un peu de recul. Créée à la va vite, la dague de foudre se dissipa après avoir pénétré la chair de la bête dans un grésillement.

L'enchanteur se remit tant bien que mal debout et observa rapidement la situation. Le premier loup à terre n'avait pas bougé, le loup alpha le regardait plus férocement encore et derrière le dernier loup devenu à moitié borgne, Cherock voyaient les Thorkins arriver en courant sur leurs courtes jambes. Le jeune homme n'eut pas le loisir de se réjouir car le loup borgne grogna et l'attaqua de plus belle. Difficilement, il esquiva la charge sautée en se décalant, inondant un peu plus ses bottes de son sang. Il pivota sur le côté et pendant que le loup était dans son saut, le jeune homme balança un puissant coup ascendant visant la mâchoire. Le coup porta et un sinistre craquement retentit alors que la gueule du loup se refermait brusquement sur sa langue pendante, la sectionnant nette. Le loup s'effondra sur place en glapissant. (Bien, plus qu'un… !)

Une ombre blanche fondit sur lui. Ecumant de rage, le mâle alpha de la meute de nouveau &néantie le reversa sans effort de son poids. Le marteau quitta les mains du jeune homme dans sa chute et se retrouva sur le dos, le loup au-dessus de lui. Il chercha immédiatement à avoir sa gorge. De sa main droite, le fulguromancien l'empêcha in extremis de l'égorger mais dirigea sa morsure sur son épaule gauche. Les puissantes mâchoires se refermèrent sur son épaule et le sang gicla. Les cordes vocales de Cherock couvrirent les grognements furieux de la bête qui immobilisa son bras en la clouant au sol de sa patte avant. Seul son coude gauche était encore valide, encore que la morsure du loup lui rendait les mouvements bien trop difficiles. La douleur l'empêchait de se focaliser sur la création d'une arme.

« J'vais te griller saloperie ! »

S'il n'avait plus la force ni la concentration nécessaire pour se servir d'une arme fluidique, il lui restait une solution : la magie brute. Collant ses doigts au crâne du loup tentant de lui arracher le bras, l'enchanteur envoya un puissant Choc de Valyus. Les poils en contact avec les doigts roussirent sous le choc et le loup lâcha un nouveau gémissement de douleur, desserrant légèrement son étreinte mortelle. Loin d'être satisfait, Cherock puisa une nouvelle fois dans ses réserves de fluide et lança un deuxième Choc tout aussi puissant. Le loup se raidit alors et sans un bruit, s'effondra sur le jeune homme de tout son poids. Il eut le souffle coupé et tenta tant bien que mal de se dégager du poids de l'animal qu'il présumait mort. Finalement, ce furent les Thorkins qui vinrent à son secours en repoussant sur le côté le cadavre du monstrueux loup. Pétunia arriva en courant et s'occupa immédiatement de bander les plaies de Cherock alors que les autres Thorkins, armés de torches, montaient la garde pour prévenir d'une autre attaque de loups.

Brumal s'approcha alors de lui, son hache sur l'épaule.

« Eh bah gamin ! T'les as réduits en charpie à toi tout seul !

- J'ai eu de la chanc- Ouch !

- Pardon Cherock mais je dois serrer le bandage, dit Pétunia d'une voix calme mais ferme, n'autorisant aucune plainte de la part de son patient.

- M'ouais la chance mon œil, r'garde les ! L'premier est inconscient avec la gueule en vrac et l'aut' doit avoir des éclats d'os qu'lui sont rentrés dans le cerveau ! Puis l'gros là, on dirait bien qu'tu lui a cuit la caboche ! »

Cherock regarda plus précisément l'énorme loup et vit effectivement des marques de brûlures là où ses doigts s'étaient posés ainsi que ses yeux complètement révulsés.

Hîo arriva alors devant son ami et le regarda d'un regard noir.

« Bordel vieux, j'ai pas envie de te ramener en pièces détachées chez tes parents, ton père me tuerait ! Pourquoi t'as pas fui toi aussi ?

- Désolé Hïo, je pensais pouvoir tenir sans soucis avant que… Urmmh ! gémit l'enchanteur quand la Thorkine retira sa botte pour panser son mollet ouvert. Que les autres n'arrivent, je voulais te laisser le temps de te mettre à l'abri.

- T'es irrécupérable.

- Désolé.

- Pfff… Je te ferai des bottes dignes de ce nom à Oranan, ca t'éviteras de te faire mâchouiller les molets.

- Ahah, merci mon vieux. »

Voyant qu'aucun loup ne viendrait, les Thorkins achevèrent le loup restant, en récupérèrent la fourrure et tout ce qui pouvait servir avant de mettre le feu aux restes pour éviter d'attirer d'éventuels charognards. Hïo soutint Cheroc jusqu'au retour à la caravane et l'aida à s'adosser à une roue de charrette. La soirée fut alors rythmée par le récit du combat de Cherock contre les loups, entre deux cuillerées de ragoût mertarien que lui enfournaient de force Hïo. Jorund voulut alors faire une chanson épique de barde sur son exploit, « Le marteau foudroyant contre les trois bêtes de la lune ». Après sa prestation, Brumal jura que les animaux à des kilomètres à la ronde avait pris la fuite, apeurés par son chant qui ressemblait plus à des hurlements. Ce à quoi avait rétorqué Jorund, bien amoché par l'hydromel : « Le monde connaitra bientôt mon talent ! ». Ce qui ne manqua pas de faire éclater de rire toute la troupe. Tout le monde s'endormit après une des histoires dont Brumal avait le secret.

Le lendemain et les jours qui suivirent se passèrent sans encombre. Cherock était forcé de rester dans la charrette de Brumal où Pétunia le gardait sous bonne surveillance, changeant quand il le fallait ses bandages. Hïo venait le voir régulièrement avant de repartir discuter avec Quibim, qu'il appréciait décidément particulièrement. Les cataplasmes d'herbes eurent raisons de la blessure au mollet qui commençait rapidement à cicatriser. Pour celle à l'épaule, le constat était un peu plus délicat. Si elle avait pu stabiliser et améliorer l'état de sa blessure, il devait néanmoins aller voir un guérisseur par sécurité pour éviter toute infection. Un soir, Cherock montra à Drom les résultats de son apprentissage du Cercle protecteur et celui-ci ne fit aucun commentaire, se contentant de sourire. Finalement, ils arrivèrent aux portes de la Ville d'Oranan, où les préparatifs du Rituel battait déjà leur plein. Avec un sourire, Cherock vit un des gardes les apercevoir, parler avec un deuxième puis celui-ci partir en courant en direction du temple de Rana. (Notre retour est annoncé et attendu à ce que je vois…)

Il y eu un contrôle de routine avec des gardes connaissant bien la caravane du marchand Brumal qui ne fut donc qu'une formalité, surtout qu'ils étaient prévenus de leur arrivée. Enfin, près de deux mois après l'avoir quitté, Cherock franchit les portes de sa ville natale.

A suivre…

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Ven 16 Nov 2018 00:08 
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- I -


Loin des chemins et des sentiers, Azra et Daemon voyageaient à la faveur de la nuit. Ils traversaient la grande plaine d'Oranan en traçant un sillon unique dans l'étendue d’herbe, seulement éclairés par une lune gibbeuse surplombant les premiers flancs boisés des montagnes à l’est. Ils suivaient le lent dénivelé qui coulait vers les basses terres, où se reflétait sur l’étendue noire de Nostyla le scintillement lointain et timide des étoiles. Ils progressaient depuis déjà deux jours et la marche forcée du voyage de l’autre côté de la porte, à travers les terres sauvages d’Aliaénon, avaient contribué à inscrire une fatigue constante chez le semi-elfe. La liche qui l’accompagnait n’avait cependant pas ce problème et elle se plaisait à le lui rappeler, soucieuse de souligner les commodités de son immortalité.

« Je maintiens qu'acheter des montures était une bonne idée. J’en ai plein des bottes... Tu n’aurais pas du pousser un rire pareil devant le palefrenier, ni le traiter de pauvre mortel... »

Un souffle glacial lui répondit, amère et hautain, qu’il n’aimait guère les moins que rien qui proposaient des prix honteux pour des bêtes moitié mortes. Il était apparemment dur en affaire et cela n’arrangeait pas les siennes, même si, au demeurant, Daemon n'avait pas réellement pensé à sa destination. Une certaine inquiétude l'investissait progressivement à l'idée de retrouver le domaine d'Endor.

« Je dois avouer ne pas avoir été tout à fait honnête avec toi, Premier Messager. » dit-il avec un tact qui ne lui était pas habituel. « Je n’ai pas quitté Endor avec les bonnes grâces de l’ordre… en réalité… hum, comment dire. Il y a eu quelques vagues. »

Azra eut un moment de réflexion assez lourd, puis il demanda si ces vagues n’avaient pas un lien avec une jeune femme aux cheveux noirs nommé Zéphanie d’Endor.

« Non, pas du tout. Inconnue au bataillon ! Sauf si cette jeune femme faisait un mètre trente et avait une grosse barbe rousse. »

Son compère eut l’air surpris et répondit qu’il n’y aurait bientôt plus de problème. Il était surtout curieux d’en entendre davantage sur les croyances et les rites pratiqués par les Messagers du Corbeau, et il voulait en savoir plus sur leurs dirigeants, les fameux Lords.

« J’y viens, j’y viens. Laisse moi finir mon histoire ! » rétorqua Daemon qui avait retrouvé sa fougue.

« J’ai servi de bourreau. Korben, mon ami, fut exécuté de mes propres mains en accord avec nos préceptes, et ce fut une véritable délivrance au regard de ses tourments. Cependant, je ne sais pas comment, la ferveur s’est inversée et Korben est devenu un martyr.

Dire que je me suis porté volontaire envers le dégoût que m'ont inspiré mes frères… à se bousculer avec leurs gueules veules pour mettre un terme au traitre. Ces même gens qui m’ont accusé par la suite. Même la dame blanche, Kadria, la plus influente des Lords et dont j’avais les bonnes grâces, ne s’est pas manifestée pour me venir en aide… C’est à ne rien y comprendre.

Bref. J’ai du fuir et la nécromancienne Merilian m’a aidé. Elle m’a exhorté de retrouver le Premier Messager pour résoudre le conflit naissant et ainsi me permettre de retrouver une place dans la guilde. »


Azra l’avait écouté avec attention. Il se fit plus pragmatique et ôta ses illusions sur le fait que sa seule apparition résoudrait tous les problèmes. Il avait peut-être tué un traitre, mais ce n’était pas l’avis de tous.

« Peu importe. » dit-il en dressant son poing ganté. « Avec ou sans toi, je suis déterminé à réintégrer la guilde et cela même si elle doit se résumer à un tas de cadavres. »

Le nécromancien loua sa volonté et l’invita à la cultiver, redoutant cependant qu’elle ne prenne le pas sur sa prudence.

« J’ai déjà trop attendu mon heure. » répondit Daemon en plissant les yeux vers les hauteurs. « Bien qu'il semblerait que la prudence soit de mise. »

Au dessous des montagnes, au loin, des ombres se détachaient de l’orée de la forêt. Ils s’accroupirent dans les hautes herbes pour se dissimuler. Le grondement des sabots sur le sol se fit entendre, puis des hennissements, et ils durent se rendre à l’évidence : ils étaient encerclés.


- III -

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Dernière édition par Daemon le Sam 1 Déc 2018 03:25, édité 10 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Ven 16 Nov 2018 18:51 
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Plusieurs jours plus tard, il en entendait encore parler. Ils étaient en train de tailler la route parmi les terres fertiles et balayées par le vent de l'Ynorie. Les champs et les prairies ondulaient en vagues délicates et le ciel était nuageux sans être pluvieux. Un voyage qui aurait dû être relaxant, au milieu de cette étendue poétique et propre à la méditation, n'était-ce les récriminations constantes de Daemon. Celui-ci reprochait à la liche d'avoir rejeté l'offre du marchand d'une manière peu diplomatique.

« Il nous traitait comme des moins que rien et voulait nous faire payer le prix fort pour des canassons à moitié morts ! Je n'aime pas les marchands qui profitent de leur position de force... »

Il est vrai qu'il avait déjà eu maille à partir avec plus d'un marchand véreux dans sa vie...

Le semi-elfe finit par se calmer, et aborder un sujet plus intéressant. Azra, tout ouï, l'écouta raconter ce qui l'avait amené à sa recherche. Malgré ses belles paroles, il semblait que la situation n'était pas si bonne chez les messagers. Azra sentit un frisson monter en lui. Se pouvait-il que ?... Non... Avait-elle vraiment osé ?... Après un instant de silence glacial et de réflexions inquiètes, il se résolu à demander :

« Hum... laisse-moi deviner, ces problèmes ne viendraient-ils pas d'une jeune femme aux cheveux noirs et se faisant appeler Zéphanie d'Endor ? »

Daemon sembla surpris. Il n'en avait jamais entendu parler. Azra laissa échapper un soupir de soulagement discret. Elle n'était donc pas derrière cette histoire. Pas pour l'instant. Mais il ne se faisait pas d'idées : il aurait de nouveau affaire à elle. Ils avaient rendez-vous par-delà les siècles et, quand bien même il voudrait le manquer, cela lui serait impossible, même si la peur le tenaillait à cette seule idée. Il marmonna donc cette simple réponse :

« Ah bon ? Alors ne t'en fais pas, tu la rencontreras tôt ou tard avec bien d'autres problèmes... »

Puis, pour changer de sujet, il demanda :

« Parle-moi un peu de ces « messagers ». Que veulent-ils ? En quoi croient-ils ? Et qui les dirige ? »

Le semi-shaakt ne se fit pas prier et raconta comment il avait été amené à éliminer un ami qui s'était révélé être un traître. Mais la politique de l'ordre avait tourné contre lui et il s'était retrouvé pourchassé par une certaine Kadria, qui semblait être la chef. Une nécromancienne du nom de Merilian l'avait alors envoyé pour retrouver le « premier messager » ce qui, il l'espérait, lui permettrait de regagner sa place.

« Je vois... Il va falloir tirer au clair tout ceci. Mais ne te fait pas d'illusions : je doute que ma seule apparition te rétablisse aux yeux de tous. Tu dis avoir tué un traître, mais j'ai la nette impression que ce n'est pas l'avis de tous. »

Brandissant soudain le poing, du feu dans la voix, son compagnon lui répondit avec détermination qu'il retournerait à la guilde, avec ou sans lui, pour reprendre sa place. Ce n'était plus une surprise, mais sa détermination était impressionnante, et une fois de plus, Azra ne put s'empêcher de faire le rapprochement avec lui-même, à ses débuts.

« Tu as de la volonté, c'est le moins qu'on puisse dire. C'est une grande qualité que tu devras continuer à cultiver. Ne la laisse juste pas prendre le pas sur la prudence. »

Intérieurement, il se tourna vers Arek, sa faera :

(Je suppose que tout ça fait partie de tes manigances...)

(L'ordre doit renaître, pour la plus grande gloire de Phaïtos. Et tu es le mieux à même de réussir cet exploit. Cependant... je sens que quelque chose de mauvais est à l’œuvre. J'ai peur que ça ne soit plus compliqué que prévu...)

Azra n'était ps surpris. Rien n'était jamais simple, de toute façon... Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était de devoir se fatiguer à résoudre ces problèmes alors que Zéphanie arpentait le monde. Il devrait mieux consacrer son temps en méditation et en entraînement. Il l'avait fui sur un autre monde précédemment, mais maintenant qu'il était de retour, il entendait les pas lourds du destin qui la dirigeait vers lui.

Cependant, s'il parvenait à régler le problème des messagers, il disposerait d'alliés pour leur prochain affrontement.

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Merci et à Inès pour la signature
et à Isil pour l'avatar!
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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Sam 1 Déc 2018 03:24 
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- II -


Tapis dans les hautes herbes, Daemon ne pouvait voir que les étoiles. Le bruit des sabots se fit entendre et l’idée d’une rencontre au cœur de la nuit et au milieu de nulle part ne lui disait rien qui vaille. Il adressa un regard à Azra, avant de lever les yeux au ciel, moitié moins craintif qu’exaspéré.
Le vent porta des voix mesurés, jusqu’à ce qu’une éclate plus fort et sans retenue : « Ils sont là ! » et, répondant à l’invitation, ils se dressèrent au dessus des hautes herbes. Ils étaient au centre d’un cercle de cavaliers. La malice se lisait dans les regards brillants des nouveaux arrivants et déjà des lames scintillaient sous la lune. Des piaillements montèrent ça et là, et un sinistre cavalier coiffé d’un large chapeau en osier sortit du lot, sa stature imposant immédiatement le silence.

« Toute fuite sera vaine et vous n’avez nulle part où vous cacher. Cette plaine est mienne et seul des inconscients la traverse si loin des routes, même s’il est évident que vous n’êtes pas originaires de ces terres. Alors, voyageurs, qu’est ce qui vous amène ici ? »

Sa voix était grave et montait comme un grondement. De plus près, Daemon put constater que son cheval était bien plus grand que la normale et à la mesure de celui qui le montait. Une épée crantée qui avait apparemment bien servi pendait sur le flanc de la bête.

« Nous sommes en voyage de noce, cela me paraît évident. » répondit Daemon en se dandinant.

Son impudence fit ricaner le chef des bandits, et ses sbires l’imitèrent. Il descendit alors de sa monture et le silence ce fit de nouveau, mais cette fois-ci ce n’était pas une marque de respect, mais un silence attentif et plein d’excitation. Il saisit son arme de la main gauche et vint surplomber Daemon de toute sa taille.

« Tu es un drôle toi. Je suis d’humeur généreuse et je ne manque jamais une distraction. Alors vas y, fait moi rire et je t’épargnerai. »

Des encouragements fusèrent tout autour, chacun des hommes se demandant à quel moment sa tête se décrocherait de ses épaules. Daemon préféra les ignorer et après avoir consulté Azra du regard, qui restait évidemment muet comme une tombe avec son air de « tu cherches les noises, alors débrouille toi », il décida de continuer sur sa lancée comique.

« Puisque nous sommes des hommes courtois et de bonnes manières... » Il s’approcha sensiblement du mastodonte pour le toiser bien d’en dessous, et poursuivit. « Je te laisse une chance de faire demi-tour, de poser ton cul sur ton canasson et de partir avant que je t’ouvre en deux, toi et tes jolies copines. »

Des rires et des hoquets montèrent, se tarirent et reprirent, sans parvenir à se maintenir sans une réaction claire du chef, qui était resté stoïque, quoique parcourut de quelques spasmes. Soudain, il empoigna Daemon à la gorge et le souleva comme un fétu de paille. Une ovation monta et Azra plaqua une main désespérée sur son masque.

« Je dois avouer qu’elle est bien bonne celle là ! Je ne m’y attendais pas, si ce n’est qu’elle m’a aussi donné envie de t’ouvrir en deux ! »

Il brandit alors le semi-elfe aussi haut qu’il put et écarta son épée pleine de crans, prête à frapper. Daemon arrêta aussitôt sa comédie et planta les griffes de son gantelet. Le misérable hurla et lâcha prise sous la douleur insoutenable de Thimoros, avant de réaliser qu’il s’apprêtait à lui porter un coup. Daemon eut à peine le temps de se réceptionner et se courber en arrière pour voir l’acier passer devant ses yeux. L’herbe amortit sa chute, ce qui lui permit de réagir assez promptement lorsque la lame s’abattit sur lui.

Le chef des bandits était peut-être imposant, mais loin d’être ventripotent. Ses assauts étaient brutaux et décisifs, révélateurs d’une expérience évidente. Aussi, la réflexion était un fardeau pour celui qui avait la force et l’allonge nécessaire pour ne souffrir d’aucun complexe ; son bras s’abattait avant même qu’il n’y songe, mû par le simple et pur désir de tailler en pièces son adversaire. Mais pour l’instant, il taillait seulement de l'herbe, tandis que Daemon esquivait avec des roulades paniquées, mais calculées.

Quand il en eut l’occasion, il glissa entre ses jambes et resta dans son ombre. Le bandit souleva alors son sabre à deux mains en hurlant, et ce fut l’instant que Daemon choisit pour bondir et disloquer sa mâchoire d’un uppercut. Le chapeau se décrocha sous l’impact, et le colosse tomba lourdement en arrière.

Les acclamations s’éteignirent et un silence pensant s’installa. Les maraudeurs attendaient surement le réveil de leur maitre.

Un cri retentit alors. Un moustachu coiffé d’un chignon ridicule accourut sabre levé pour rétablir l’ordre des choses. Daemon se détourna subitement et plongea un regard haineux dans le sien. L’homme se figea, paralysé, les yeux écarquillés et il se mit à hurler de plus belle, avant que, d’un coup de griffe, sa gorge se disloque en un jet de pulpes sanguinolentes.

« Deux chevaux nous suffirons. Vous pouvez partir. »

La rage bouillonna dans l’assemblé et ils chargèrent tout azimut. A peine avait-il esquivé des sabots furieux que d’autres arrivaient en transversale, accompagnés de tailles toujours plus proches. Un cavalier finit par perdre patiente et lui sauta dessus. Daemon put lui décrocher une droite faite maison avant de le balancer par terre, quand une charge le surprit. Il eut à peine le temps de parer la lame avec son bras ganté, se protégeant ainsi de la coupure, mais pas du choc. Une fulgurance étreignit son poignet et il n’eut d’autre choix que de battre en retraite vers son compère qui… restait parfaitement immobile au milieu de l’agitation.

Un bandit vint barrer sa route, puis un second, et rapidement cinq hommes le maintinrent en respect…


- IV -

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Thème : Catacombae - Mussorgsky


Dernière édition par Daemon le Lun 10 Déc 2018 01:02, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Oranan et les Duchés des Montagnes
MessagePosté: Sam 1 Déc 2018 22:25 
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Les étoiles et la lune, presque pleine, éclairaient les plaines vallonnées de l'est de l'Ynorie d'une lueur sombre et poétique. La plupart des voyageurs auraient peur de s'éloigner de la route, car une liche et un semi-shaakt n'avaient pas peur du noir. Pour Azra, c'était comme marcher en plein jour. Pourtant, ce fut le bruit qui attira son attention en premier. Des chevaux ! Qui donc galopait ainsi au cœur des ténèbres ?

La réponse vint assez vite, sous la forme d'un groupe d'hommes à l'équipement disparate, mais tous armés. Des routiers. Des mercenaires qui parcouraient cette zone de conflit pour vendre leurs services au plus offrant. Le nécromancien n'en avait que rarement rencontré. Il y en avait parfois dans les tavernes de Kendra Kâr, débarquant en masse pour faire la fortune du commerçant, ou sa ruine lorsque leur tempérament bagarreur l'emportait. Les deux voyageurs voulurent se cacher, mais la troupe semblait savoir où elle allait, ce qui accru l'étonnement d'Azra.

À peine arrivés, ils se déployèrent devant eux. C'était inquiétant. Ils venaient en pleine nuit, droit vers eux... comme s'ils étaient en quête de victime. Les routiers n'étaient jamais les derniers à marauder sur les routes. Le chef, un colosse au chapeau d'osier et armé d'une énorme épée à deux mains, les apostropha d'un ton goguenard :

« Toute fuite sera vaine et vous n’avez nulle part où vous cacher. Cette plaine est mienne et seuls des inconscients la traverse si loin des routes, même s’il est évident que vous n’êtes pas originaires de ces terres. Alors, voyageurs, qu’est-ce qui vous amène ici ? »

Azra était encore en train de réfléchir à une réponse appropriée quand Daemon s'avança et répondit :

« Nous sommes en voyage de noce, cela me paraît évident. »

Soupir. Bon, ceci étant dit, toute fin diplomatique était exclue. En même temps, c'était des bandits, et leur ton arrogant n'incitait pas à la miséricorde. Cela dit, il y avait moyen de tirer quelques bonnes choses de cette rencontre. Et la première était de voir Daemon à l’œuvre face à des adversaires humains, armés et en surnombre.

Comme ce dernier se tournait vers lui, Azra répondit par un signe de tête chargé de désintérêt. À lui de montrer qu'il était à la hauteur de ses vantardises.

Le chef des bandits descendit de cheval, s'approcha... et saisit Daemon par le col, le soulevant de terre comme un fétu de paille avant qu'il puisse l'éviter. Azra se prit la tête dans les mains. Médiocre.

Et puis, soudain, le semi-elfe planta les griffes de son gantelet dans le bras. L'autre hurla et le lâcha. Ce n'était pas la première fois que cet étrange gant rouge produisait un tel effet... Il semblait vraiment être une arme terrible, surtout avec un porteur sachant l'utiliser. Daemon se réceptionna maladroitement au sol mais sut orienter cette chute pour mieux esquiver l'attaque qui suivit. Glissant comme une anguille, il évita un deuxième coup, puis un troisième, attendant que l'autre fasse une erreur. Puis, soudain, il se glissa entre les jambes du guerrier et, profitant qu'il devait se retourner, se redressa et lui lança un terrible coup de poing qui l'éjecta au loin. Plutôt habile, finalement.

Assez vite, un autre brigand, furieux, fondit sur le jeune homme qui se retourna... et usa de son pouvoir pour le figer sur place. Un coup de griffe rapide comme l'éclaire, et il était étalé par terre. Bon enchaînement entre magie et attaque armée, et donc une bonne coordination des mains et de l'esprit. Un talent rare et utile.

Le reste des ennemis chargea pour tenter de l'encercler. Les premiers coups tombèrent et, bien sûr, face à autant d'ennemis, Daemon sembla vite débordé. Bon, la démonstration avait sans doute assez duré. Azra éleva la voix, qui résonna même par-dessus le bruit des chevaux qui trépignaient.

« Bravo, Daemon ! Tu danses parfaitement avec la mort. Un atout pour un messager de Phaïtos. Accepter le danger, et jouer avec lui est dans notre nature... »

Les cavaliers hésitèrent, se rappelant qu'il était là. Leur chef gisait toujours au sol, lourdement blessé, mais pas mort. Le nécromancien tira sa dague et la posa contre la poitrine qui se soulevait difficilement, tout en déclamant :

« Cela dit, pour accomplir la volonté de Phaïtos, il faut aussi savoir rendre la justice de la mort. Ceux qui s'arrogent la possession de choses qui ne leur appartiennent pas, qui sèment la souffrance et le désordre, ceux-là ne doivent pas rester en ce monde, car leurs victimes vont gêner le travail du dieu corbeau. »

Il enfonça la dague. Sous les yeux horrifiés des routiers, l'âme de leur chef fut arrachée et aspirée dans la lame.

« Ceux qui menacent l'équilibre entre la vie et la mort en répandant la souffrance ne méritent pas les enfers. Ils serviront autrement, en alimentant mon pouvoir pour enfin servir une plus noble cause. »

Trois bandits se détournèrent pour fondre sur lui, brandissant lances et haches avec fureur et un début de panique. Mais Azra les regarda approcher sans mot dire, nonchalant, attendant qu'ils aient pris une bonne vitesse... pour invoquer les mains de la mort. Des poignes squelettiques surgirent du sol pour agripper et lacérer les jambes des cheveux, les faisant trébucher. Les trois cavaliers furent précipités à terre. En un instant, la liche était sur eux, la dague de la lande noire sifflait et zébrait l'air. En un instant, il ouvrit une gorge, se jeta à terre, glissa et termina avec son arme enfoncée dans un ventre. L'autre se relevait déjà pour frapper mais Azra le renvoya à terre d'une balayette avant de le suriner droit dans l’œil. Parfait, comme il l'espérait, il avait pu se refaire une petite provision d'âmes... Dernière étape, maintenant.

Il se redressa et, saisissant le bâton dans son dos, il le leva sous la lumière de la lune. L'ombre se déchaîna, dansant autour de lui, les âmes de sa dague gémissant tandis qu'un peu de leur « substance » était aspirée pour faire venir d'autres esprits qui envahir les corps des brigands vaincus. À ce moment-là, les routiers ne purent plus douter de l'horreur en face de laquelle ils étaient. Certains tournèrent bride, mais Azra n'en avait pas fini avec eux. Il invoqua Rendrak juste devant eux. Le liykor hurla à la lune et les chevaux se cabrèrent. Les routiers survivants s'enfuir, sauf un qui était tombé de sa monture. Bon, il avait étudié d'art du combat de Daemon, récupéré des âmes et des serviteurs squelettes... il ne restait plus qu'un dernier détail à régler. Alors que l'homme tentait de fuir à pied et que Daemon, pragmatique, s'efforçait de tenir en place deux chevaux sans cavaliers, la liche fit un signe à Rendrak.

Le liykor ne se fit pas prier : usant de son crochet comme d'un lasso, comme il savait si bien le faire, il attrapa sa cible, la jeta à terre, la maîtrisa et l'amena devant son maître. L'homme tremblait de tout son corps, suppliant pour être épargné. Parfaitement calme, et aucunement fatigué par ce combat intense mais trop bref, Azra lui demanda :

« Qu'est-ce qui vous a amené à venir nous trouver en pleine nuit ? Que faisiez-vous ici ? »

« C'est... c'est une voix dans notre tête, je le jure ! Certains ont dit avoir vu une femme en blanc, mais moi j'ai rien vu ! Le... le chef à dit... j'ai rien compris, j'ai rien vu ! Je le jure ! Elle a dit qu'on devait retrouver un semi-shaakt qui voyagerait sans doute de nuit. Le ramener mort ou vif pour toucher la prime ! Et que s'il était accompagné, il fallait ramener les deux ! J'en sais pas plus ! Pitié ! »

Ce n'était donc pas Zéphanie qui les avait envoyé. Curieusement, Azra se sentait un peu rassuré, malgré les implications fort sinistres. Ils avaient donc une autre ennemie ? Il grogna :

« Rappel-toi que les Messagers du Cordeau ne tolèrent pas ceux qui sèment le chaos et la souffrance sur les routes. »

Il fit un signe à Rendrak qui lâcha le bandit. Qu'il coure jusqu'au bout du monde si ça lui chantait, il avait l'air bien parti pour, d'ailleurs. En attendant, Azra rassembla ses squelettes, pressé de voir arriver le bout du voyage et, peut-être, des réponses.

« Chargeons nos affaires sur les chevaux et en route, Daemon. Tu te bats bien, et quelque chose me dit que ce talent va t'être très utile dans un avenir proche... »

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Merci et à Inès pour la signature
et à Isil pour l'avatar!
Le thème d'Azra
David le nerd


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