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 Sujet du message: Ruines d'Ernestör
MessagePosté: Lun 13 Avr 2009 13:18 
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Ruines d'Ernestör


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Situées à près de deux jours de marche à l'Ouest de Darhàm, les ruines d'Ernestör datent d'une époque lointaine, très lointaine. Faites de vieilles pierres qui ne semblent tenir que par une obscure magie, ces ruines sont les traces d'une antique cité.

Selon les légendes, car sa fondation date d'un temps trop ancien pour que les mémoires des Elfes les plus vieux puissent s'en souvenir, elle serait la première cité fondée sur les terres de Yuimen. Elle daterait des temps de l'ère glacière, voilà près de 30 000 ans. Les légendes Fenris racontent qu'elle fût bâtie par leurs ancêtres qui, pris par les glaces sur Nosvéris, fuirent sur Nirtim.

On pourrait penser que c'était une sorte de point de rencontre pour de nombreux êtres intelligents, au vu de la diversité des écritures gravées sur les murs. Mais aujourd'hui ce ne sont plus que des vieilles pierres, des vieilles colonnes...

De sombres rumeurs disent que ces ruines serviraient de laboratoire à un savant fou à la solde de Vallel. Il arrive parfois que l'on y entende de sinistres hurlements, d'après certains ils proviendraient d'une terrible créature, fruit d'une expérience ratée, enfermée dans les souterrains.

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 Sujet du message: Re: Ruine d'Ernestör
MessagePosté: Sam 8 Juin 2013 10:02 
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Autour, tout n'était que piliers, terre et plaine herbeuse. Les murs étaient couverts de lichen et parfois de mousse, sauf certaines zones, plus hautes, qui semblaient plus arides. Le sol semblait mi-sableux, mi-argileux. Il n'y avait cependant aucune menace en vue, en fait les lieux respiraient le calme et la solitude.
Ils purent donc tranquillement installer le campement et manger le repas du soir. Le prêtre était d'avis qu'ils commencent immédiatement à fouiller dans les ruines. Il montra un pan de mur gravé à Leyna et lui demanda la traduction. Elle fut forcé d'admettre qu'elle n'en savait rien. Ses connaissances étaient encore trop lacunaires.
Mis à part quelques repérages dans les ruines, ils ne firent pas grand chose de la soiré. Le véritable travail allait commencer le lendemain matin.

« Quelles pistes as-tu, Leyna ? » demanda le prêtre.

« Hélas bien peu de choses. Mais le poème avait l'air de tenir à cœur le Grand Pontife. »

« Alors tâchons de le retrouver. »

« Et comment on va faire ? marmonna Lannec. Je n'entends rien à tout ces signes... »

Il fallait bien admettre que retrouver un écrit parmi d'autres quand on ne comprenait rien à son alphabet était compliqué. Heureusement, le Grand Pontife avait dessiné précisément le pan de mur et la semi-elfe pu montrer le dessin qui le surplombait : un cercle avec des vagues à l'intérieur.
Ils se mirent donc à la recherche de ce symbole, espérant qu'il ne s'agisse pas d'un emblème courant qui hante tous les murs de l'ancienne Ernestör.

Leyna s'éloigna donc au milieu des colonnes et des pans de murs oubliés. Il ne restait clairement plus grand chose. La plupart du temps, il suffisait de lever les yeux pour voir au dessus des murs. Les gravures avaient pour la plupart depuis longtemps été effacées par la pluie et quelques cailloux un peu angulaires, émergeant ici et là de la terre ou de l'herbe, témoignait du fait que ces quelques bouts de murs sur une collines étaient ce qu'il restait des hauts bâtiments du centre d'une grande ville. Peut-être n'y avait-il même pas eu de colline à l'origine, mais la terre s'était accumulée au gré du vent contre les bâtiments abandonnés pour une raison oublié depuis longtemps.

La jeune fille sentit une vague de tristesse l'envahir. Tant de gens avaient vécu ici. Des générations s'étaient succédé, menant toute leur vie dans un lieu dont aujourd'hui seul quelques érudits se souvenaient comme d'une curiosité...

Elle aperçue alors qu'elle avait déambulé dans les ruines sans faire attention à ce qui l'entourait. Non seulement elle avait pu dépasser le dessin sans le voir, mais en plus, elle n'avait pas la moindre idée de l'endroit où elle se trouvait.
Rougissante de honte et s'autorisant un juron contre elle-même, elle chercha par où pouvait se trouver le camps.
Elle commença à déambuler ici et là. Comment retrouver ses compagnons ?

Soudain, elle entendit la voix de Brendan appeler. Il avait trouvé quelque chose ! Elle se précipita en courant vers l'origine de la voix, soulagé de retrouver contacte avec ses compagnons. Décidément, elle n'aimait pas être loin de la mer !
Elle contourna ce qui avait dû être une grande tour à une époque mais qui n'était maintenant que le plus grand complexe de ruine d'Ernestör, ce qui n'était pas très impressionnant.
Brendan appela à nouveau, elle n'était plus très loin ! Elle hâta encore le pas... et ne vit pas le serpent qui rampait depuis un buisson.
Une vive douleur lui transperça la cheville. Ne porter que le petites sandales était une erreur au milieu de tout ces buissons et ces vieille pierres. Elle roula à terre et regarda, effrayée, le reptile qui filait aussi vite qu'il pouvait, lui-même terrorisé par cette géante qui lui avait marché dessus.
Le temps que les battements de son cœur se calme, Leyna se releva et repris son chemin plus doucement. Ce genre de créature n'était-il pas dangereux ? Elle se sentait bien, excepté le fait que sa cheville saignait. Elle arriva bientôt auprès du chevalier.

« Qu'y a-t-il ? Tu es toute pâle ? »

Elle sourit mais ne répondit pas, il enchaîna donc :

« Regarde, ce mur. Ça ressemble à ce que tu nous as montré, non ? »

Dès le premier coup d’œil, elle sut qu'il avait vu juste. Un pan de mur partiellement dégagé, sans doute par une fouille d'il y a quelques années, peut-être par le Grand Pontife, dévoilait des inscriptions à peu prêt bien conservées par la terre. Il s'agissait de l'étrange poème.

Lannec ne tarda pas à arriver, puis le prêtre. Ce dernier hocha la tête.

« C'est bien ça... Il nous reste un peu de temps avant midi, commencez à faire un inventaire de toutes les inscriptions alentours. Leyna, révise ton alphabet ! Nous allons traduire tout ce qui a été gravé ici pour comprendre dans quel genre de lieu nous sommes. »


La jeune fille hocha la tête. C'était une bonne idée, en effet. Elle fut alors prise de vertige et s'affala contre le bord de l'excavation.

« Qu'y a-t-il ? » s'inquiéta Brendan.

Elle montra sa cheville blessé. Aussitôt, l'inquiétude gagna le groupe. Le prêtre était catastrophé.

« Pourquoi ne nous as-tu rien dit ? »

Il se précipita sur la cheville et se mit à aspirer le sang. Leyna poussa un cri et se dégagea. Le sang était un don de Moura ! Il lui appartenait à elle seule !
Brendan la retint par les épaules.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? »

« Il faut que j'essaie d'aspirer le venin ! » expliqua le prêtre.

La semi-elfe secoua la tête :

« Mon océan de pourpre ! À moi et à moi seulement ! »

« Tu es folle ! Tu risques de mourir ! »

« Mais je mourrais avec honneur. Je rejoindrais la mort en étant entière et unie. »

Le silence tomba. Ils la regardèrent, incapable de comprendre. C'était bien la preuve qu'ils n'étaient que de piètres fidèles... Elle baissa les yeux et faillit s'effondrer, la tête lui tournait, la conscience l'abandonnait.

« Elle est complètement folle... » murmura Lannec.

Le prêtre secoua la tête :

« De toute façon, je pense qu'il était déjà trop tard. Je vais lui donner une potion de soin. Ne perdons pas espoir, tous les serpents ne sont pas mortels pour l'homme ! »

Il lui proposa une fiole et elle l'accepta de bon cœur. Elle en vida le contenu et les vertiges refluèrent, mais pour combien de temps ? Elle devait au moins finir ce qu'elle avait commencé pour partir en paix. Essayant de tenir assise sur le bord de la cavité, elle tourna les yeux vers les écritures sur le mur. Elles étaient exactement comme dans le livre, au fond, elle risquait de ne pas en tirer grand chose de plus.

« Tu... tu es sûr de ne pas vouloir te reposer ? » demanda Brendan.

Elle secoua la tête.

« C'est important. »

Il resta là pour continuer à la soutenir. Le prêtre s'assit à son tour et soupira :

« C'est courageux de ta part... je ne t'en demande pas tant. Si tu tiens à savoir, j'ai réfléchis à la question. Ces vers sans queue ni tête, à peine une ébauche de poésie... je pense que c'est fait pour attirer notre attention. Vois-tu, le Grand Pontife avait trouvé un écrit affirmant qu'en Ernestör commence une quête qui mène à travers l'erreur et la tromperie et qui aboutit à la vérité. Je pense qu'il était sur la piste de quelque chose... et je suis maintenant convaincu que ce poème en fait parti. L'erreur et la tromperie... comment mieux définir ce verbiage qui déforme la légende ? Non, ce n'est ni un poème, ni une légende. C'est une énigme, et même plus sûrement encore un message codé. »

Leyna murmura son accord. Elle regardait le texte intensément. Il y avait un sens caché... ou même plusieurs ? Son regard s'attarda sur la fin du texte :

C'est en face que s'exprime pleinement le savoir,
Par derrière, seul le mensonge et le déshonneurs attendent.
Et par devant, le sang sacré déversé avant que l'ombre ne s'étende.
Tels sont les enseignements de la déesse,
Et à travers eux, son peuple aura, pour croître et dominer, la force et l'adresse.

Cela lui semblait différent. La dernière strophe... était différente, elle n'aurait su dire pourquoi. Parce qu'elle était plus explicite ? Elle semblait annoncer quelque chose... Le mensonge et la tromperie, le sang sacré déversé, l'ombre... Elle en avait un peu peur. Tout cela semblait de mauvaise augure. N'y avait-il pas là un secret qu'il valait mieux garder caché ?
Elle tenta de s'attacher au texte, mais son esprit était plus embrouillé que jamais, elle ne savait quoi penser. Un code ? Où était la clé ? On pouvait imaginer milles choses...

Elle analysa les premières strophes plus en détails. Celle qui racontait comme les tritons, ancêtres des earions, étaient passés prêt de l'extinction.

Ils étaient deux, ils étaient quatre, ils étaient cinq, ils étaient dix,
loué soit la déesse sans vice,
mais leur vie était sans avenir
perdu étaient les petits êtres voulant la servir
leur vie était compté, à cinq ils étaient retombés.

Tout ces chiffres... Il y en avait trop pour que ce soit un hasard. Le code ? Elle essaya de prendre les lettres de l'alphabet correspondantes, mais sans résultats probant.
Le prêtre et elle devisaient, échangeaient leurs idées, mais rien ne venait. Elle émis alors une hypothèse inquiétante : Il fallait peut-être se référer à l'alphabet utilisé dans le texte gravé ? Le prêtre lui demanda de fouiller dans sa mémoire, mais elle se sentait toute engourdie. Le soir était-il déjà tombé ? Ou était-ce ses yeux qui s'éteignaient ?

Elle se sentit glisser. Un cri. Où était elle ? Des mains la saisirent. Elle hurla... Des hommes lui voulaient du mal ? Les marins de Darhàm...
On la maintenait de force. Le code...

Elle n'avait même pas trouvé le code...

« Moura... j'ai échoué, pardonnez moi... »

« Tu es pardonnée... C'est le monde qui est impardonnable de faire partir quelqu'un comme toi... »

Brendan. Elle sourit doucement et ses yeux ne virent plus rien.

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 Sujet du message: Re: Ruine d'Ernestör
MessagePosté: Sam 8 Juin 2013 10:13 
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Elle dérivait dans le néant, d'abord sans pensées, puis il lui vint à l'esprit de nager. Elle nageait, ondulait, dérivait dans le néant. L'océan. Ce géant qui nous laissait infime petit être gigotant. C'était un ventre bienfaisant, comme un retour au source. Maman océan.
Leyna se blottit en son sein. Elle était bien.

Son esprit se libéra, transcenda toute chose. Et elle vit.
Sa mémoire était claire, enfin. Elle voyait des millions d'earions qui avait vécu à tant d'époques, et elle se dit que son peuple était magnifique et fort chanceux. Leur vie semblait souvent si insignifiante... et pourtant si riche de merveille ! En vérité, chaque vie était un trésor. Même la plus médiocre des personnes était une merveille qui illuminait le monde.
Des earions nageaient, des earions chantaient, et cet hymne qui résonnait dans la mer était la chanson de la vie et de la mort. Qu'importe les malheurs, qu'importe les souffrances, au fond leur esprit était uni. C'était cela que Moura aimait en eux. C'était pour cela que jadis, elle était venue à leur secours. Ils avaient transcendés leur faiblesse corporelle pour trouver la force dans une union dont beaucoup n'avaient même pas conscience.
Leyna était heureuse pour elle. Elle était heureuse pour eux.
On dit que les gens revoient leur vie avant de mourir, mais eux, ils revoyaient la vie de leur peuple.
Prêt de trente mille ans d'histoires se succédèrent et, comme attirée, elle revit Ernestör. La cité était magnifique, resplendissante. Elle vit les premiers earions vivre au côtés des phalanges de Fenris, ces féroces gens du nord qui semblaient alors presque pacifiques.
Elle vit l'immense construction au centre, une bibliothèque du savoir. Et une partie du savoir des peuples était gravé sur les murs, car c'était la première bibliothèque du monde.
Mais le savoir se présente de bien des manières. Il y avait aussi des épreuves. De simples petites épreuves pour faire travailler les apprentis des sages. Mais il y avait aussi de grands secrets. Des choses dont il fallait avertir leur découvreurs. Des leçons qui aboutissaient... à quoi ?

À l'ombre. Un visage ténébreux, mortel. Un visage nimbé de cheveux noirs comme l'auréole maudite de la perversion. Le visage du mal incarné, de la folie. Elle était la menace, elle était l'ombre qui pesait sur les earions.
Et l'ombre aboutissait au néant.

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 Sujet du message: Re: Ruine d'Ernestör
MessagePosté: Mer 12 Juin 2013 15:37 
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Le rêve s'éloignait, se faisait distant. Les chiffres et les mots volaient dans son esprit. Tout s’agençait à la perfection. Le savoir.
Elle savait !
Et au moment où elle en prenait conscience, elle se réveilla.

Il y a pire spectacle au réveil que de voire Brendan à côté d'elle. Le chevalier sursauta :

« Tu es vivante ! »

« Moura ! »

« Je pense que ça veut dire oui. »

Le commentaire joyeux venait de la bouche du prêtre qui se pencha sur elle, en souriant.

« Tu nous as fait une belle peur. »

Elle tenta de se relever, mais sa tête tourna encore. Elle avait l'impression d'avoir les jambes en coton. Le jour s'était levé, sa cheville était bandée. Combien de temps était-elle resté inconsciente ? Au fond, ça n'avait que peu d'importance. Elle était allongé juste à côté du creux donnant sur le mur gravé. Elle sourit en le regardant. Avant qu'elle ne puisse ajouter quelque chose, Lannec demanda :

« Bon, on a fait tout l'inventaire des écritures, on a besoin de plein de traductions, tu peux t'en occuper ? »


« Ce ne sera pas nécessaire, je pense pouvoir décrypter le code. »

Le chevalier lui lança un regard horrifié. Sans se préoccuper de lui, elle leva les yeux vers les gravures. Pendant son inconscience elle avait compris : les chiffres indiquaient tout simplement la lettre qu'il fallait aller chercher.
Deux, quatre, cinq et dix... Elle tenta de prendre ces lettres dans la première strophe... 'lett'... c'était peut-être ça. Mais à quoi servait les autres strophes ? Elle essaya en passant à chaque fois à la strophe suivante.
Leli... hum... après il y avait un cinq... en restant sur la même strophe, ça donnait un v... lettv, non. Leliv ? Plutôt, oui.
Les autres la regardaient, ne sachant que dire pendant qu'elle restait concentrée sur le mur. Comme son cerveau était claire ! Le venin de ce serpent était presque bénéfique, finalement !
Ensuite un quatre. Lelivr... Le livre ?
Mais ensuite le code semblait différent. 'Moura répondit à l'appel, une fois et une fois encore'... La première lettre de la strophe était bien un e ! Sans doute y avait-il deux 'e' dans des mots séparés. Le livre e...
Et une fois encore sur la strophe suivante, cette fois-ci, la première lettre était un s.
Ensuite, il y avait 'La vie est toute faite de combat !
Et quatre fois sonna la vérité dans ses mots.'

Cette fois-ci elle buta. La quatrième lettre était un i. Le livre esi ? Cela paraissait étrange... Quatre fois avait sonné la vérité... elle chercha une lettre présente quatre fois mais il n'y en avait aucune.
Quatre fois sonna la vérité. Elle plissa les yeux, chercha, chercha encore. Pendant plusieurs minutes elle fixa le mur et les autres se dispersèrent. Lannec, visiblement vexé, parti en quête de nourriture. Brendan et le prêtre vaquèrent à leurs occupations.
Quatre fois sonna la vérité... La vie est toute faite de combat...

L'un des cinq 't' était muet ! On n'entendait quatre fois sonner la lettre t, justement une consonne.
Comme bien souvent, cela sembla aussitôt évident : Le livre est !

L'énigme suivante était un retour au système de départ. À la primeur de la sentence... Il y avait un c.
Ensuite un et quatre. Elle resta sur la même strophe et trouva un a et un c.
Puis huit... Le livre est cach... caché ?
Sans cette déduction, elle aurait mit plus de temps à comprendre que l'unique réponse signifiait encore la première lettre, un é.
Mais ensuite elle se heurta à la vérité qui se trouvait à la fin de ses dires... La dernière lettre était... un i ? Mais la suite du poème ne contenait aucun chiffre !
Fallait-il chercher une autre strophe ? Elle dit à haute voix en espérant que ça l'aiderait :

« 'La rage de la déesse est ici.
Clama la forte, et de trouver la vérité à la fin de ses dires, nul ne doutait.' Que peut bien être la clé ici ? »

Le prêtre haussa un sourcil. Il n'était pas encore au courant de la façon dont le code se résolvait. Aussi, il dit tout naturellement :

« Hum... à la fin de ces dires, justement, il y a 'ici'. »

Leyna ouvrit des yeux ronds. 'Le livre est caché ici !' Le code avait tout simplement changé au dernier moment !
Elle annonça sa trouvaille, expliquant la méthode. Le prêtre sourit :

« Félicitation ! Cela semble se tenir... mais... où, ici ? »

C'était là tout le problème. À quoi est-ce que cela les avançait ? Leyna serra les lèvres. La clé était-elle dans la dernière strophe ? Celle qui ne contenait aucun chiffre ? Jusque là, le message était finalement assez peu caché, mais il devait bien y avoir un autre indice.
Le prêtre se mit à inspecter le mur et elle le regarda avec étonnement.

« Il pourrait y avoir un mécanisme dans le mur, expliqua-t-il... ce livre serait caché dans une alcôve, quelque chose comme ça... Je cherche s'il ne sonne pas creux. »

Il tapa avec son bâton mais ne trouva rien. De toute façon, le mur semblait trop fin pour contenir quelque chose.
Leyna, de son côté, cherchait l'explication. L'énigme ne pouvait pas s'arrêter là... Il fallait aller plus avant dans le texte. Il avait déjà démontré que la stratégie pour l'élucider était variable. Elle se concentra donc sur la suite :

(Les earions de la venue de la déesse s'enchantèrent,
Et lui dédièrent plus que jamais leurs prières.
Car tous doivent le savoir :
C'est en face que s'exprime pleinement le savoir,
Par derrière, seul le mensonge et le déshonneurs attendent.
Et par devant, le sang sacré déversé avant que l'ombre ne s'étende.
Tels sont les enseignements de la déesse,
Et à travers eux, son peuple aura, pour croître et dominer, la force et l'adresse.)


Un livre était caché par ici... hors, un livre détenait le savoir... Le savoir s'exprimait pleinement en face tandis que le mensonge et le déshonneurs attendaient par derrière... La solution devait être là. Elle regarda le mur tandis que le prêtre laissait tomber son bâton, dépité.
Le savoir était en face ! Elle se retourna et vit le corps à demi enseveli du grand bâtiment aux murs massifs.
Elle tendit un doigt hésitant :

« La vérité s'exprime en face. »

Le prêtre leva des yeux stupéfaits.

« Tu penses... qu'il faut creuser pour accéder au mur d'en face ? Ma fois, je suppose que nous n'avons rien à perdre. »

Brendan, qui suivait les échanges depuis un moment avec l'air d'être complètement dépassé, se releva à moitié, ravi de comprendre enfin quelque chose :

« Vous voulez qu'on déblaye le mur d'en face ? »

La décision fut vite prise, et dès qu'il fut de retour, Lannec fut recruté à son tour. Munis des petites pelles qu'ils avaient emmenés en prévisions de fouilles, il se mirent à creuser. Les deux chevaliers commencèrent à creuser la terre tandis que Leyna cherchait sans succès à se reposer. Son esprit était en ébullition et elle se repassait encore et encore la dernière strophe, cherchant d'autres éventualités. Le prêtre eut beau lui expliquer qu'elle avait besoin de se détendre, elle gardait son visage soucieux, et le soir tomba sans même qu'elle s'en rende compte.

Le sage de Moura finit par trouver un autre moyen de lui détourner l'esprit.

« Il paraît que tu as eu du mal à maîtriser ta magie ces derniers temps... »


Elle hocha la tête. C'était peu dire : elle ne l'avait jamais vraiment maîtrisée.

« Bon, je vais essayer à mon tour de t'enseigner. »

Elle serra les dents. Elle était passé proche de la réussite la dernière fois... mais il n'y a pas de demi réussite. Cette fois-ci, il allait falloir faire mieux. Mais en était-elle capable ?
Il lui fit signe de s'installer au fond de la cavité et ils se tinrent face à face, lui assis sur la pente, elle à genou. Elle tenta d'oublier l'énigme et de se focaliser sur son professeur.

« La magie est faite de deux composantes, expliqua-t-il. Les fluides sont le don offert par les dieux pour manipuler le monde. Chaque dieu possède son propre fluide, lié à son élément. Par la force de ton esprit, tu peux manier ces fluides et les forcer à former quelque chose en rapport avec leur élément. »

Cela s'engageait mal : la force de son esprit était assez aléatoire, et elle n'avait pas réussi à compenser cela la dernière fois. Il lui demanda de boire le contenu de sa bouteille de fluide pour devenir momentanément plus réceptive. Ce qu'elle fit. Elle déboucha la petite ampoule en forme de larme et en but le contenu. Aussitôt, une vague rafraîchissante balaya son corps. Mais derrière cela il y avait aussi... la puissance ! Oui, cette substance achetée chez un vulgaire marchand était en réalité sacrée ! Elle contenait les deux aspects de la déesse...
Le prêtre, sentant qu'elle était prête, poursuivit :

« Trouve quelque chose de calme, un jardin secret en toi qui te permettra d'oublier le reste et de te concentrer sur ton sortilège, c'est la première étape pour toute personne maîtrisant mal ses pouvoirs. »

Un jardin secret ? Elle se concentra, cherchant ce qui pourrait en tenir lieu. L'océan lui venait spontanément à l'esprit, mais ça n'avait pas été suffisant la dernière fois. Pourquoi ? Peut-être parce que c'était trop vague. Il fallait quelque chose... oui, quelque chose de plus détaillé.
Son esprit dériva à nouveau vers l'énigme. Qu'avaient voulu dire les gens de l'époque ? Qu'avaient-ils voulu protéger ?

Elle tenta de revenir et, instinctivement, sa main se referma sur son amulette. La sérénité s'insinua en elle avec douceur, l'enveloppa de chaleur. Elle se sentait plus confiante. Le pouvoir de cet objet était bien réel !

Rassérénée, plus concentrée elle chercha un souvenir, peut-être un lieu qu'elle avait aimé ?
Alors il lui vint un lointain souvenir : celui de la neige tombant en flocons sur l'eau calme d'une mare. Quelle age avait-elle ? Moins de quarante ans, sûrement. Elle était seule, et elle était heureuse. Elle analysa soigneusement les étranges cristaux de Yuia qui tombaient du ciel pour recouvrir le monde de la beauté de leur déesse.
Elle bascula ta tête en arrière et son visage, auréolé du feu de ses cheveux au milieu de l'eau glacé, disparut sous l'eau. Lentement, les flocons tombaient et troublaient la surface, fondaient sur l'eau.
Une étrange sérénité se répandait dans son corps.
Elle ouvrit les yeux.

« Es-tu prête ? Bien, maintenant, commence à manier tes fluides... »

Il lui donna quelques conseils, mais guère plus que Brendan. Elle savait déjà l'essentiel. Elle mobilisa ses fluides et une onde étrange se répandit en elle. Elle sentait son sang, l'eau de son corps. Tout cela circulait en elle et la faisait vivre. Mais au delà, elle sentait maintenant s'y ajouter quelque chose d'autre, une douce chaleur qui circulait en douceur, emplissait peu à peu son corps.
Alors, elle commença à dirigé ce flux. Il était déjà mieux maîtrisé que précédemment, et répondait tout naturellement à sa demande. Elle commença à l'orienter vers sa main, lentement pour ne pas le perdre. Bientôt, le courant bienfaisant prit l'orientation désiré, puis hésita, reflua... elle devait rester concentrée !
Par un effort de volonté, elle tenta de le forcer à reprendre le chemin de sa main.

L'eau, la neige..., tous les flocons prenaient la même direction, elle pensa à la neige et au vent qui la poussait. Que les fluides de l'eau soient poussés de la même manière...
Peu à peu, ils vinrent se concentrer dans la main jusqu'à provoquer un petit picotement, en enfin une boule de puissance prête à exploser.
Elle tendit le bras et ouvrit la paume vers le ciel... et elle laissa exploser. Ce fut comme si elle se vidait de son eau, sans se vider vraiment. Le liquide émergeait de sa paume et s'éleva vers les étoiles et la lune bien haute maintenant.
Une fontaine d'eau pure comme celle qui avait balayé les marins à Darhàm. Mais avait-elle échoué de nouveau ? Où avait-elle bien lancé un jet d'eau sous pression ? Elle n'eut pas le temps de demander qu'elle sombrait dans l'inconscience, pas encore entièrement remise du venin du serpent et épuisée par l'effort.

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 Sujet du message: Re: Ruine d'Ernestör
MessagePosté: Jeu 13 Juin 2013 21:48 
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Leyna se réveilla légèrement nauséeuse. Quelqu'un avait eu la bonté de la recouvrir d'une couverture. Elle en était reconnaissante mais ne jugea pas utile de le préciser.
Elle leva les yeux vers l'astre de Gaïa et constata qu'il était déjà haut dans le ciel. Elle avait dormis longtemps et elle se dépêcha de se lever pour voir où en étaient les travaux d'excavation.
Les chevaliers avaient bien travaillés, le prêtre lui même avait aidé à transporter la terre. Ils avaient dégagés un mur lui aussi gravé. Il y avait de nouveau la sphère avec des vagues à l'intérieur, et des écritures.
Ne sachant trop que faire, elle entreprit de les traduire. Il était question d'un trésor, mais elle avait du mal à en comprendre plus. Le texte était coupé en deux par une double ligne sinueuse qui montait jusqu'à la sphère, devant laquelle de petits personnages semblaient en adoration. Autour, il y avait une simple phrase : 'Lorsque l'ombre s'étend et que la lumière fait défaut, c'est à l'eau de laver la souillure.'
Cela intéressa la jeune fille qui entreprit de traduire plus efficacement le reste. Cela parlait du risque de la désunion. Elle traduisit difficilement que la mer était 'une' et que face à la marée, ceux qui étaient divisés étaient condamnés à la mort. Elle secoua la tête. Il s'agissait d'un étrange mélange de préceptes de sagesse, mais l'essentiel lui échappait. Les autres remarquèrent enfin qu'elle s'était réveillée. Elle s'était assise si silencieusement pour observer le mur qu'aucun n'avait fait attention.

Elle lança un regard interrogateur.

« Nous avons creusé jusqu'au dallage, expliqua le prêtre. J'ai tapé sur le mur mais ils ne sonnent pas creux. Peut-être la solution est-elle sur ce mur ? »

Assise, les yeux fermés, Leyna préféra se passer la dernière strophe du poème codé.

(Les earions de la venue de la déesse s'enchantèrent,
Et lui dédièrent plus que jamais leurs prières.
Car tous doivent le savoir :
C'est en face que s'exprime pleinement le savoir,
Par derrière, seul le mensonge et le déshonneurs attendent.
Et par devant, le sang sacré déversé avant que l'ombre ne s'étende.
Tels sont les enseignements de la déesse,
Et à travers eux, son peuple aura, pour croître et dominer, la force et l'adresse.)


Le sang sacré... elle repensa à sa blessure qui tardait à cicatriser, au sang qui coulait... Le sang sacré... Était-ce l'eau, qui était le sang de Moura ?
Elle sourit et regarda le dallage, dont les joints semblaient encore bien étanches. Elle se leva et alla chercher une gourde sur un des chevaux attachés un peu plus loin. Elle renversa l'eau qui coula sur les dalles, glissant sur la pierre... et s'engouffrant à la base du mur. Le sol était légèrement penché ! Et cela permettait au liquide, en coulant, de révéler que la base du mur n'avait pas de joint.

« Le sang sacré a été déversé, par devant s'exprime le savoir. »

« Elle le fait exprès, ou quoi ? s'énerva Lannec. Qu'est-ce qu'elle raconte ? »

Le prêtre, plus malin, avait déjà compris, et il objectait :

« Je viens de te dire que j'avais déjà testé le mur, et il n'y a pas de cavité derrière ! »

Leyna avait déjà oublié ses paroles. Le mur était tout simplement assez épais pour ne pas résonner aux coups du prêtre. Elle désigna du doigt la dague que Brendan portait au flanc, puis la base du mur. Le chevalier glissa aussitôt sa lame dans la fente. Celle-ci était un peu trop large et la terre et la poussière avaient en parti rempli la fente, mais bientôt, il s'exclama :

« J'ai touché quelque chose qui a cédé ! »

Ses derniers mots furent noyés dans un grondement. Le mur se leva, bascula sur lui même, entouré de cascade de terre, dévoilant une pièce sombre. Il aurait sans doute dû finir collé à l'horizontale au plafond de la pièce mais le vieux mécanisme lâcha. La dalle retomba mais Lannec, qui avait toujours sa pelle à la main, parvint à la glisser dessous au dernier moment. La dalle laissa une fente de quelques centimètres.
Les hommes, pris de frénésie, s'escrimèrent à utiliser les pelles pour faire un système de levier. L'épaisseur de la dalle gênait beaucoup et ils avaient beaucoup de difficulté. Leyna, qui n'entendait pas grand chose au travail manuel, se contenta de prier Moura de les aider.

Le soleil baissait sur l'horizon quand ils parvinrent non pas à ouvrir la porte de pierre mais à casser les rails usés qui la soutenaient en d'essayant. La dalle gravée bascula dans la grande cavité qui s'ouvrait derrière. C'était une pièce de taille indéfinissable. Elle n'avait sans doute jamais été très grande, mais maintenant que le plafond était en partie effondré elle était encore plus petite.

Au milieu, dans le rai de soleil couchant, il y avait un piédestal. Sur ce piédestal, il y avait un livre.
Le prêtre fut le premier à s'engager, très vite suivit de Leyna. Ils observèrent l'objet, sans oser agir. La jeune fille était toute chamboulé. Ils arrivaient au terme de la quête initié par le Grand Pontife, une quête qui avait d'abord semblé mener à quelques vieilles légendes, mais qui révélait finalement ce que était probablement l'un des rares trésors encore présent à Ernestör.
Une vieille pierre était posé sur la couverture. Leyna la ramassa et observa le symbole gravé dessus. Elle n'arrivait pas à ce souvenir ce que cela pouvait bien être. Brendan, qui entrait derrière, demanda ce que ça pouvait être. Ce fut le prêtre qui répondit :

« C'est une rune. Il y a des restes d'autres dans la poussière, réduites en miette. Celle là semble avoir résisté aux ravages du temps. J'ignore si elle aura encore du pouvoir, mais je pense que tu as bien mérité de la garder. »

Leyna hocha la tête et garda l'objet dans la main. Puis, elle se tourna vers le livre et tendit la main vers lui.

« Ne fait pas ça ! s'exclama le prêtre. Il est tellement vieux qu'il va tomber en poussière ! »

Mais la semi-elfe ne l'écoutait pas, elle souleva la couverture et dévoila les premières pages, parfaitement souples et bien conservé.

« Impossible ! » souffla le prêtre.

Leyna sourit :

« La couverture est métallique...

Elle tourna la première page.

… et les pages sont faites d'eau. »

Elle même avait de la peine à y croire. C'était pourtant vrai : des pages d'un bleu mystérieux sur lesquels des motifs en relief formaient des lettres. Lorsqu'elle la tenait entre les mains des petites rides couraient à la surface, sans effacer les lettres, ces lettres si familières qu'elle commençait à comprendre : l'ancien alphabet des earions.
Qui pourrait dire quel magie avait préservé ce livre ? Et même, qui pourrait prétendre avoir déjà vu une telle merveille ?
Le prêtre résuma ainsi :

« Ce livre... est de toute évidence, un objet des plus sacré... Nous devons le ramener. »

« Je ne pense pas. »

Ils se retournèrent d'un bond... pour voir le garzok qu'ils avaient croisé quelques jours plus tôt, toujours bardé d'épée dentelées et autres armes sinistres. Il souriait, et dans l'encadrement, se détachait d'autres garzok... ainsi que Lannec.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » rugit le prêtre.

« Ça veut dire que les forces d'Oaxaca réquisitionnent cet objet. »

Brendan regarda son compagnon :

« Lannec, qu'est-ce que ça veut dire ? »

L'autre chevalier ricana :

« Ça veut dire que j'ai trouvé un travail qui paye plus que le temple. »

Le silence tomba, oppressant. Leyna ne savait pas quoi faire. Elle était trop faible pour faire face à une telle catastrophe. Pourtant, pareil profanation méritait un châtiment, mais toute tentative se solderait par une mort certaine. Les garzok étaient prêt à tirer leurs armes et Lannec était avec eux, ne s'était-il pas éclipsé plusieurs fois pour les prévenir ? C'était déjà une bonne chose qu'ils ne se contentent pas de tous les massacrer pour prendre ce qu'ils voulaient.
En silence, le garzok s'avança vers le prêtre qui avait ramassé le livre pour le serrer contre lui et tendit une main en souriant.

Le prêtre refusait de lâcher.

Leyna s'approcha de lui et chuchota :

« Livrer une bataille perdue d'avance ne sert à rien... »

Silence, à nouveau.

À regret, le prêtre tendit le livre.

« Merci bien... » ricana l'orque.

Et il se retira, emmenant Lannec avec lui. Le groupe resta figé, les regardant disparaître dans la lumière et emporter le trésor.

Ils allaient rentrer. Rentrer au temple. Moura ne permettait pas l'échec, pourtant, ils avaient échoué. Leyna ferma les yeux, refusant de verser une larme.

Cette histoire n'était pas fini ! Elle retrouverait le livre et percerait à jour son secret !

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 Sujet du message: Re: Ruine d'Ernestör
MessagePosté: Jeu 21 Avr 2016 12:06 
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((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))

Yurlungur était morte de fatigue. Elle se laissa tomber à genoux à côté du blondinet qui paraissait comme assoupi et chercha dans son sac pour en extirper la gourde qu'elle avait volé, il y avait bien deux ou trois semaines de cela, à un inconnu qu'elle venait de tuer. C'était comme si une éternité avait passé depuis la dernière fois. La gourde n'était pas pleine, mais il devait bien rester quelque chose... Elle apporta le goulot à ses lèvres et un liquide rafraîchissant vint lui faire le plus grand bien. Ce n'était pas de l'eau. Elle haussa les épaules, s'essuya la bouche puis rangea à nouveau la gourde vide dans son sac. Qui sait, elle pourrait en avoir besoin.

La petite fille était néanmoins couverte de sang et le décor était trop sanglant pour qu'elle laisse Calua s'éveiller là. S'approchant du brancard resté au milieu du chemin, elle plaça doucement sa main contre la poitrine de l'homme qu'elle avait tailladé à la mort il y avait quelques jours de cela. Mine de rien, elle l'avait bien amoché, mais pas tué, comme le précisaient les quelques faibles battements de cœur qu'elle percevait à travers les côtes du blessé. Elle le détacha et, sans ménagement, le fit rouler sur le côté. Puis, saisissant sa dague, elle la plaça pile au-dessus du cœur, une main pour tenir et l'autre pour appuyer sur son arme de prédilection. D'un coup bref, l'homme mourut. Elle jeta le corps à côté du mage et du félin dans le petit lac de sang qui s'était formé.

Elle jeta un regard sur Calua, en arrière sur les cadavres, puis à nouveau sur Calua. Hésitation. Espérant que le blondinet ne se réveille pas tout de suite, elle se persuada qu'il fallait bien vivre et qu'elle avait mérité une petite récompense. S'approchant des quelques cadavres, elle fouilla rapidement dedans au cas où il y ait quelque chose d'intéressant à récupérer. Puis, cette tâche ingrate mais nécessaire faite, elle revint vers Calua. Approchant le brancard, elle le plaça dessus et l'attacha solidement. Il semblait encore dans les vapes – heureusement, d'ailleurs. Du peu qu'elle avait vu du fonctionnement de ce transport de fortune pour grands blessés, il suffisait de laisser la civière glisser contre le sol tout en la maintenant légèrement penchée par rapport à l'horizontale. En tenant les deux extrémités dans ses mains, debout, c'était à peu près à la même hauteur que la panthère qui la tirait autrefois.

Calua était plutôt léger, à moins que ce soit le brancard qui soit bien conçu. Ils s'enfoncèrent ainsi dans le bosquet et, lorsqu'ils ressortirent, ils débouchèrent immédiatement sur une intersection. Les panonceaux de bois étaient tous plus vieux les uns que les autres, couverts d'une mousse qui empêcherait presque leur lecture. Yurlungur dut plisser les yeux en les observant pour bien distinguer les directions annoncées. Évidemment, Dahràm était indiquée de la direction d'où ils venaient. Omyre était en face, tandis qu'un fleuve était annoncé par la gauche et les ruines d'Ernestör par la droite. Elle sourit. C'était presque trop facile... Elle n'eut que le temps d'entendre un battement d'ailes avant de voir surgir de nulle part le papillon bleu qu'elle avait déjà croisé dans le camp des brigands. Mais alors qu'elle avait perdu tous ses moyens la dernière fois – il était vrai qu'il était magnifique –, elle garda une posture méfiante vis-à-vis de lui pour cette nouvelle rencontre.

« Ah, enfin ! »

Son ton était celui de l'exaspération la plus totale. Il voletait tranquillement autour d'elle et semblait comme attiré instinctivement par le sang séché qu'elle gardait encore sur elle.

« Ce n'est pas trop tôt. Fais pas attention à ces panneaux, petite, ils ont échangés celui du fleuve et celui des ruines d'Ernestör. Tu sais, là-bas, là où tu trouveras une certaine Shaakt qui... »

Elle ne l'écouta même pas jusqu'à la fin. Bien qu'elle sentit un moment l'envie d'aller à la rencontre de ladite Shaakt pour l'étriper, il fallait qu'elle se lave avant tout. Calua ne comprendrait pas, sinon, lorsqu'il se réveillerait. Ainsi, comme si elle n'avait pas écouté le papillon, elle se dirigea vers la droite, là où le panneau indiquait les ruines.

« Mais... Mais... Qu'est-ce que tu fais ! Je peux pas rester, là, d'accord ? Mais perds pas ton temps, je te dis que c'est pas par là ! Raah, qu'est-ce que tu m'énerves... »

Il repartit aussitôt dans l'autre sens en grommelant quelques injures à l'adresse de la petite fille. Cette dernière, son air maussade disparaissant, se retourna un instant pour regarder en arrière. Il avait disparu. Elle ne put retenir un sourire. C'était tout de même un magnifique papillon... De toute façon, il fallait qu'elle aille à la rivière avant.


***



Après quelques minutes à peine de marche, un ruisseau se découvrit à ses yeux. Un fleuve, ça ? Elle ne put retenir un petit rire, enleva ses vêtements et commença à laver tout, sa peau comme couverte d'écailles rougeoyantes autant que le tissu souillé. C'était avec une douceur étrange, presque naturelle, qu'elle faisait ces gestes si différents de ceux de tout à l'heure avec les brigands, des volutes rougeâtres se diffusant autour d'elle dans l'eau claire. Mais les brigands étaient morts, elle était en vie. Un rire joyeux résonna dans la nature en fête tandis qu'elle détachait de son corps la dernière plaque de sang séché. Soudain, elle perçut un bruit dans un buisson derrière elle et se retourna en rougissant.

Un homme plutôt jeune, portant toutefois une barbe rousse légèrement frisée, rougit à son tour en bafouillant quelques excuses d'un buisson non loin. Yurlungur, devenue plus cramoisie qu'une tomate grillée, saisit ses vêtements sur la rive à côté pour cacher ses parties intimes et se mit à hurler, brisant l'harmonie de ce lieu.

« Ma... Mademoiselle, je vous en prie ! Je ne voulais pas, j'ai perdu mon chemin et... »

Yurlungur hurla de plus belle. Finalement, le protecteur de cette demoiselle se réveilla, légèrement ébranlé par son séjour au pays des songes et par ce réveil aussi brutal qu'inattendu. Le visage de Yurlungur s'empourpra d'autant plus mais elle s'arrêta de crier, souhaitant simplement cacher sa honte dans ses vêtements en reculant pas à pas. Calua à son tour rougit en apercevant la bien courte tenue de la fillette – ou plutôt l'absence de tenue – et ce ne fut que quelques instants plus tard qu'il aperçut la cause de ces cris. Entre temps, l'homme avait essayé de s'approcher pour calmer la petite fille. S'il y avait bien une chose qu'il n'aurait pas dû faire, c'était bien ça. Le sang monta à la tête du noble prince qui, non pas réveillé par un baiser mais par un hystérique hurlement de sa belle, fonça au triple galop – sans cheval – sur la créature qui aurait pu cracher des flammes mais qui, pour l'occasion, ne portait qu'une tignasse rousse sur le menton en guise de tribut. D'un coup de poing formidable, le blondinet autrefois assommé envoya valdinguer le vulgaire ennemi qui, sans demander son reste, s'enfuit à toutes jambes de là où il était venu.

Yurlungur tremblotait dans son coin, le dos tourné au combat. Elle frémit lorsque le bras de Calua vint se poser sur ses épaules. N'avait-il donc pas remarqué qu'elle était nue comme un ver et honteuse comme jamais ? Elle tourna un regard d'abord furieux vers le jeune homme, fureur qui se transforma aussitôt en la timidité la plus grande lorsque ses yeux croisèrent ceux de Calua, yeux dans lesquels une tendresse sans limite transparaissait.

« Il ne t'a pas fait de mal ? »

Elle s'arracha à la contemplation de ce beau visage blond pour cacher ses larmes puis répliqua :

« Non. Je... Je vais me rhabiller. »

Son contact la brûlait. Était-ce normal ? Son cœur, son cœur battait plus vite que jamais, plus vite que lors de tous les combats qu'elle avait pu faire, mais il n'y avait pourtant aucun danger... Dépassée par les événements, elle ne pouvait que trembloter en espérant, paradoxalement, à la fois garder pour toujours ce bras protecteur sur son épiderme et le voir s'en aller au plus vite. Il n'insista pas et retourna sur la berge tandis qu'elle fonçait dans un buisson remettre ses vêtements, encore stupéfaite et incapable de penser à tout ce qui s'était passé, aussi bien physiquement que psychologiquement. Dans sa hâte, elle n'avait pu laver ses cheveux. Tant pis, ceux-ci resteraient noirs pour le moment. Revenant ensuite vers Calua, elle évita son regard tandis qu'ils continuaient à pied leur chemin vers le croisement précédent. Le jeune homme observa les panneaux et, avant qu'il ne puisse demander quoi que ce soit, la fillette indiqua d'un ton cassant :

« C'est par là. »

En désignant la direction du soi-disant “fleuve” selon les panneaux. Calua ne posa pas d'autres questions et vint la rejoindre dans un silence tendu. Le chemin caillouteux qu'ils suivaient continuait dans une forêt un brin menaçantes, les arbres nimbés dans une brume mystérieuse. De chaque côté, des colonnes effondrées gardaient l'entrée de ce lieu antique.

« Pas très rassurant. »

Le timbre de la voix de Calua confirmait ses paroles. Même s'il n'y avait aucune raison valable, la petite fille ne pouvait s'empêcher de se sentir piquée par les mots du jeune homme. Oh, ce dernier n'avait rien contre elle et elle le savait pertinemment, ce qui rendait son amertume d'autant plus profonde et injustifiée.

« Oui, bah, si t'as peur, tu peux t'en aller. De toute façon, si t'es aussi fort au combat que tout à l'heure... »

Elle laissa sa phrase en suspens, s'en voulant aussitôt d'avoir ainsi plombé l'ambiance. Pendant quelques instants, Calua ne dit rien et ils restèrent immobile à contempler la forêt sans oser y entrer.

« Qu'est-ce qui s'est passé, en fait ? demanda-t-il d'un ton gêné. Le colosse... Qu'est-il devenu ? Je me souviens qu'il était là. »

À nouveau, elle se sentit coupable sous le regard presque inquisiteur de Calua. Ne l'avait-elle pas délibérément assommé pour rester tranquille le temps du combat ? Elle se força à faire un sourire adorable et répondit :

« Eh bien, tu as glissé sur un caillou et tu es tombé. Ensuite, ben, je crois que tu es tombé dans les pommes. Mais ne t'inquiète pas, je me suis débrouillée. »

Cela sonnait faux, presque ironique en fait. Et il avait certainement dû voir les blessures qu'elle avait tout à l'heure, au bord du ruisseau. Des blessures à peine refermées pour la plupart, qui ne pouvaient dater que de cet affrontement. Elle se mordit la lèvre, jeta un regard aux alentours. Rien ne l'aiderait à s'en sortir et Calua attendait plus de détail, en particulier sur le colosse. Elle le fixa à nouveau.

« J'ai simplement combattu rapidement, puis j'ai pris leur blessé en otage, tu sais, le type qui était sur le brancard. On a négocié un accord, parce qu'ils savaient que je pouvais le tuer et que je savais qu'ils étaient plus forts que moi, évidemment. »

Cela sonnait plus juste. Elle n'avait de toute manière aucune envie que Calua sache de quoi elle était vraiment capable : autant le laisser croire qu'il pouvait lui être utile pour la protéger, c'était plus romantique... La voix dans sa tête lui lança une remarque méprisante qu'elle ignora purement et simplement. Mais il était vrai qu'elle n'avait jamais été bien romantique jusqu'à présent, jonglant principalement entre sang, tripes, cervelle et autres mets peu ragoûtants pour un humain normalement constitué.

« Du coup, eh bien, je me suis tout de même arrangée pour récupérer le brancard, et nous voilà. Ils sont repartis dans l'autre sens, vois-tu. Ils avaient sans doute oublié quelque chose à Dahràm. »

Et voilà. Plus aucune chance de les croiser avant qu'ils rentrent, c'était tout ce qu'il lui fallait. Et puis, pour les cadavres sur le lieu de l'affrontement, quelqu'un aurait la décence de leur donner une sépulture d'ici leur retour, ou bien elle s'arrangerait pour cacher tout ça à Calua... Les corps seraient peut-être trop décrépis pour qu'on les reconnaisse ? Elle avait encore le temps d'y songer.

« Bon. On y va ? »

Calua chercha à la sonder du regard pendant quelques instants mais le visage enfantin de la petite fille resta insensible à cette tentative. Il sourit à son tour.

« On y va. »

« Halte-là, les enfants ! »

Ils sursautèrent et regardèrent en face d'eux. Le papillon bleu émergea des bois et Yurlungur soupira. Le blondinet ayant remarqué ce mouvement d'impatience demanda, alerté :

« Attends ? C'est quoi, ça ? »

« C'est rien, mon beau, répliqua le papillon d'une voix amusée. Laisse-nous parler entre grands. Alors, Yuyu ! J'ai trouvé ce nom sympathique, je vais t'appeler comme ça dorénavant. Alors, Yuyu, disais-je, tu t'apprêtes enfin à aller retrouver ma maîtr... la Shaakt ? Bon, grouille-toi un peu, vous avez du retard. Les Elfes noirs ont déjà installé leur campement dans les ruines et ils cherchent l'entrée du souterrain où se trouve la relique, ils l'auront trouvée d'ici peu. L'entrée, hein, pas la relique ! Quant à votre amie la Semi-Elfe, je l'ai vue passer puis je l'ai perdue. Elle est habile, vous feriez mieux de vous dépêcher. Allez, les mômes, pas de repos ! Mais en revanche, passez pas par là. Vous vous feriez repérer dès le début par les mercenaires installés sur les côtés. Bon, je dois y retourner. Mais je compte sur vous, hein ! Ne me décevez pas. »

Aussi vite qu'il était apparu, le papillon bleu fonça dans les airs et disparut entre les arbres. Yurlungur avait écouté attentivement et se sentait désormais emplie du désir d'aller voir elle aussi, et le plus vite possible. Après tout, Liniel allait sans doute trouver la relique avant eux s'ils ne se dépêchaient pas ! Calua était lui aussi tendu désormais mais il attrapa le bras de la fillette avant d'avancer plus loin.

« Attends. C'était quoi, au juste, ça ? Tu ne m'as toujours pas répondu. J'ai au moins autant que toi l'envie d'aller voir là-bas, mais ça, ça me dépasse. Un papillon qui parle ? Tu ne trouves pas ça étrange ? »

« Non. C'est la troisième fois que je le vois, ton papillon, il n'a pas l'air de m'être hostile. On ferait mieux de l'écouter, d'ailleurs, il a sûrement quelque chose derrière la tête, mais ça m'étonnerait que ce soit en mal pour nous. Après tout, il m'a déjà sauvé une fois. »

Calua ne trouva rien à y redire. Lui n'avait pas encore sur son tableau de chasse la protection de la vie de la petite fille, à moins qu'on considère qu'elle était en danger tout à l'heure au ruisseau – et encore. Elle soupira et se mit à avancer à travers les branchages de la sombre forêt, quittant le chemin, il s'empressa de la rejoindre en courant derrière elle. Ils parcoururent ainsi une petite centaine de mètres pendant laquelle la petite fille ne cessait de se sentir agacée par les craquements clairement audibles que Calua faisait en marchant n'importe où. Yurlungur faillit, par insouciance, entrer directement dans la clairière où les mercenaires s'étaient installés et fit immédiatement un pas en arrière, rentrant ainsi en plein dans le bruyant blondinet qui la suivait. Elle étouffa dans la bouche de ce dernier la plainte qui allait en sortir en plaçant une main sur ses lèvres pour l'empêcher de parler. Puis elle observa. En gardant bien sûr ses doigts sur le large bec de son acolyte.

Il y avait là quatre mercenaires qui avaient monté un camp de tentes dans cette clairière. Ils ne devaient pas tous être là et bien d'autres devaient surveiller le reste de la forêt et des accès aux ruines. Ce qui était certain, c'est qu'ils gardaient le chemin à côté et que, si Yurlungur et Calua étaient effectivement passés inconsciemment par là, ils se seraient fait arrêter et certainement tuer, au vu des lames tranchantes qu'ils arboraient tous à leur ceinture. La petite fille réfléchit. L'idéal aurait été de passer sans faire d'encombre, mais avec Calua, c'était presque impossible à moins de les contourner largement. Et encore. Elle observa encore.

Le camp était circulaire et centré autour d'un feu éteint entouré de pierres polies. Les mercenaires n'en étaient pas à leur première mission, clairement, et leur groupe était assez hétéroclite, contenant apparemment une toute jeune recrue. Au milieu, un mannequin avait été dressé et, tandis que deux des soldats buvaient tranquillement dans une choppe à côté d'une des tentes, un autre semblait expliquer au plus jeune une technique de combat. La fillette, toujours cachée, plissa les yeux. Calua lui chuchota qu'ils devaient essayer de passer, elle lui fit signe de se taire et l'ignora. Il soupira – ce qui exaspéra d'autant plus Yurlungur qui lui lança quelques éclairs des yeux pour le calmer – puis croisa les bras sur sa poitrine et se tut.

Dans le camp, l'ancien montrait au nouveau une prise sur le mannequin. Il plaçait ses mains de chaque côté de la tête et, aussitôt, les fit pivoter d'un coup bref. La tête du mannequin pivota et il expliqua quelque chose que la fillette n'entendit pas, mais à quoi le jeune homme attentif acquiesça avec hâte. Il se plaça à son tour en face du mannequin et effectua le même geste, avec cependant une habileté moindre. L'esprit de la petite fille qui épiait ce moment tournait à toute allure. Oui, il lui semblait bien avoir déjà vu des tueurs employer cette technique. En principe, de ce qu'elle connaissait du corps humain après ses nombreuses violentes dissections, cela devait suffire à briser certains os du cou et donc, la tête n'étant plus tenue, à tuer la victime. Elle n'en comprenait pas exactement le mécanisme, mais il lui suffisait de savoir que cela avait de grandes chances de tuer la victime. (Et si...) Elle réprima cette idée aussi vite qu'elle était apparue. C'était bien trop dangereux. Cependant... Elle ne put s'empêcher de répéter à quelques reprises le geste dans le vide devant elle sur un ennemi invisible. Le mouvement n'avait pas l'air trop compliqué.

Le petit nouveau s'excusa auprès de l'ancien qui l'autorisa à partir d'un geste. Aussitôt, le bleu se dirigea droit vers Yurlungur et Calua. Cette dernière, surprise, saisit son compagnon par le col et s'aplatit sur le côté en veillant à garder sa main sur la bouche du blondinet. Le jeune mercenaire passa à côté sans les remarquer tandis qu'elle retenait sa respiration. Puis elle se releva et, fixant Calua qui était encore allongé – et étonné -, elle lui fit clairement comprendre qu'il ne devait pas bouger. Il acquiesça de la tête et elle suivit l'inconscient nouveau qui s'éloignait déjà de ceux qui auraient pu le sauver. Non, finalement, ce n'était peut-être pas si dangereux que ça.

Elle ne devait simplement pas rater son coup. Elle s'arrêta en même temps que lui et, le jeune homme se mettant à siffloter tout en baissant le devant de son pantalon, elle sourit. Le bruit de l'urine qui coulait allait lui servir à ne pas être perçue. Lentement, elle s'avança, retenant complètement sa respiration pour éviter d'être repérée, bien qu'elle doutât fort de la capacité de ce bleu à la repérer. Elle fit quelques pas et, une fois arrivée à quelques centimètres de l'homme qui la dominait tout de même d'une bonne tête, elle plaça sans hésitation ses mains de chaque côté de la tête. De la même manière que l'autre avait fait juste avant, elle les fit brutalement pivoter avant que sa proie n'ait le temps de réagir : un craquement sourd retentit et elle eut le plus grand des mal à retenir le corps suffisamment pour qu'il ne fasse pas trop de bruit en chutant. Une fois posé, elle regarda ses mains stupéfaite.

Coup de chance ou véritable adresse ? Dans le doute, elle enfonça tout d'abord à quelques reprises sa dague dans le corps inerte (n'aurait-il pas pu être évanoui ?) puis elle s'exerça sur le cadavre plusieurs fois, essayant de bien prendre son appui de chaque côté de la tête. Après quelques tentatives, il lui sembla que placer ses doigts sur les tempes de la victime était le plus facile et qu'il valait mieux tirer avec sa main droite, naturellement plus puissante en vertu de sa nature de droitière. Après une dizaine d'essais en répétant rigoureusement ce protocole, elle crut être arrivée à un niveau suffisant. Les yeux déjà étaient devenus laiteux et elle les regardait en rigolant doucement. (Et si...) Un plan germa dans son esprit. Et elle ne le considéra pas comme trop dangereux.

Elle revint doucement vers le camp et fit signe à Calua de s'éloigner. Puis elle guetta une réaction. Au bout de quelques minutes, l'ancien s'impatienta et commença à appeler celui qui était parti – pour toujours. La fillette croisa les doigts et, effectivement, le mercenaire partit le chercher seul. Elle le suivit discrètement. Croyant sans doute être hors d'atteinte de quoi que ce soit, il ne prit pas garde de cacher sa présence ou de chercher quelque chose d'autre qu'un maladroit et inexpérimenté jeune homme. Dommage pour lui. Yurlungur se glissa à nouveau dans son dos et le saisit de chaque côté du visage. Cette fois-ci, il eut le temps d'émettre un cri bien vite étouffé lorsque les mains délicates de la fillette se tournèrent aussi brutalement que la fois précédente. Le même craquement retentit et la petite fille laissa le corps tomber au sol. Les deux derniers n'allaient pas tarder à arriver maintenant que cette dernière victime avait donné l'alerte avec son cri. Elle se cacha à nouveau dans les fourrés.

Alertés par la clameur, les deux derniers arrivèrent, bien trop tard cependant. Restant groupé, l'un d'eux découvrit le corps tandis que la petite fille souriait, dévoilant des dents blanches et une expression carnassière. L'autre rejoint le premier et ils se penchèrent sur le corps pour vérifier s'il était mort. La fillette se glissa derrière le second et en fit de même avec lui. Malheureusement, il réussit vaguement à s'échapper de son étreinte et s'en tira sans dommage, repoussant brutalement la fillette en arrière d'un coup de botte bien placé dans l'estomac fragile. Une douleur fulgurante la traversa.

« Ah, c'était donc toi ! Tu vas payer ! »

Ils dégainèrent des lames brillantes et, tandis qu'elle se relevait lentement, ils s'approchèrent, prêts à en découdre. Il fallait croire que son plan n'était pas si parfait que ça... Soudain, l'un d'eux reçut un coup sur la tête et s'effondra. Derrière lui, Calua venait de l'assommer avec une lourde branche qu'il saisissait à deux mains. C'était plus qu'il n'en fallait pour distraire le second. Yurlungur lui sauta dessus lorsqu'il se retourna vers Calua et, avant qu'il ne puisse esquisser le moindre geste, elle lui trancha la gorge sur l'effet de surprise.

Elle se releva après avoir vérifié que le cœur ne battait plus. Il lui était difficile de retenir ses mouvements, mais en présence de Calua, c'était nécessaire. Elle lui adressa un sourire couplé d'un regard presque interrogatif mais il ne dit rien concernant les manières de la jeune fille. Ils pouvaient avancer. Ils passèrent le camp à présent désert sans se cacher et sans encombre. Puis continuèrent dans les fourrés. À quelques dizaines de mètres de là, une nouvelle clairière s'offrit à eux. Mais dans celle-ci, il y avait des Shaakts et des restes de bâtiments démolis. Ils étaient arrivés.


***



La fillette et le garçon se glissèrent derrière une colonne effondrée. Les Shaakts gardaient bien le lieu et semblaient surtout protéger le centre de la clairière. Aucune trace de leur insupportable cheffe. Elle devait se trouver au centre, donc, avec ses deux armoires à glace. Rassurant. La colonne ne leur offrait cependant qu'une bien maigre protection et il serait insensé de s'aventurer plus loin dans la clairière sans être certains qu'ils pourraient passer sans risque. Parce que passer en tuant tout le monde, c'est bien gentil, mais ça permettrait sans aucun doute à Liniel de traverser cet espace fermement gardé sans encombre. Il suffisait de voir l'attitude des gardes, certes sur le qui-vive mais plutôt sûrs d'eux-même, pour comprendre que personne n'avait encore tenté de passer de force. Ou bien Liniel en était au même point qu'eux, ou bien elle était passée discrètement. Yurlungur réfléchit quelques instants. Dans l'optique du second cas, elle avait de toute manière déjà perdu. Autant faire comme si Liniel n'était pas passée... La fillette relança un rapide coup d'œil.

Le centre de la clairière était vide autour d'une sorte de temple effondré. Seuls quelques murs restaient encore debout, cachant ce qui s'y trouvait, mais les alentours de l'antique lieu de culte avaient été récemment déblayés. À moins de pouvoir devenir invisible, Liniel n'avait pas pu passer, espérait la petite fille. Soudain, une voix bien connue les fit sursauter, provenant de nulle part.

« Salut, Yuyu. Chut, voyons, ne dis mot. Et toi non plus, le blond. »

« Où... Où es-tu, papillon ? demanda-t-elle avec une petite voix. »

Un rire presque inaudible lui répondit.

« Ne t'avais-je pas dit que je pouvais changer d'apparence à volonté et même devenir invisible ? Eh bien voilà, maintenant, tu sais. D'ailleurs, je pensais que tu avais compris puisque tu m'avais déjà vu avec la Shaakt sous une autre forme. »

« Tu... Tu étais donc ce... ce... ce Nisri ! Mais du coup... »

Il la coupa sans ménagement.

« C'est cela ; mais en silence, je te prie. Bien. Alors, les mômes, qu'attendez-vous ? La Shaakt que vous recherchez est déjà entrée dans le temple au centre, mais vous l'aviez deviné, n'est-ce pas ? Il vous faut rentrer à sa suite, alors allez-y. Allez la chercher... Prenez-lui la relique qu'elle tente misérablement d'obtenir. N'est-ce pas ce que tu veux, Yurlungur ? Cette relique te servirait beaucoup... Je connais un pari passé entre toi et une certaine Semi-Elfe. »

Yurlungur rougit tandis que Calua lui adressa un regard empli d'étonnement. Il bafouilla quelques instants puis, reprenant son assurance, il fronça les sourcils.

« Alors on a fait tout ce chemin simplement parce que... »

« Silence, gamin. Le temps n'est plus aux bavardages. La Shaakt est puissante, je veux dire par là qu'elle a de nombreux amis puissants. Si vous ne l'éliminez pas mais que vous lui prenez la relique au nez, elle vous traquera sans relâche. Je vous aurai prévenu ! »

« Attends. Comment fait-on pour rentrer ? Les Shaakts gardent tout autour. »

Rien ne lui répondit. Nisri était-il (ou elle ?) parti ? Finalement, la voix lui répondit :

« Je m'en charge, ne vous inquiétez pas. »

Puis ce fut le silence. Yurlungur lança quelques regards autour d'elle. Le camp restait calme.

Soudain, un grand cri de rage éclata et Liniel, des dagues dans les mains, émergea des bois à l'opposé de leur position. Les Shaakts, surpris, se tournèrent immédiatement vers elle et, passé le premier instant de stupeur, foncèrent droit sur cette intruse pour l'attaquer. Avant que les deux enfants n'aient pu esquisser le moindre geste, le papillon bleu apparut devant eux.

« Voilà. Ne vous inquiétez pas, je leur ai simplement dit que vous aviez été trouvés et qu'ils t'avaient tué, Yurlungur. Je ne pensais pas que l'effet serait aussi immédiat. Enfin, maintenant que la voie est libre, je vous suggérerais d'aller l'aider. N'est-ce pas, Calua ? Ne ferais-tu pas mieux d'aller aider Liniel ? Regarde, elle a l'air débordée... Que se passerait-il si elle ployait sous les assauts des Shaakts ? »

Calua, tremblant, regarda le combat qui s'engageait et son regard se fit plus déterminé à mesure qu'il écoutait le discours mielleux du papillon. Il saisit son épée, sortit de sa cachette et fonça sur les Shaakts. Yurlungur s'apprêta à le rejoindre mais le papillon s'interposa.

« Oh, non ma jolie, pas toi. Il faudra que tu restes discrète, n'est-ce pas, pour t'introduire dans le temple. Réfléchis bien, Calua ne risque rien avec Liniel. Crois-tu vraiment que ces Shaakts pourront la vaincre ? En revanche, lui t'aurait retardé s'il était venu avec toi et tu aurais été moins discrète. Allons, reconnais que j'ai eu raison de le pousser par là-bas et va au temple. Il ne faut plus perdre de temps. Ne te souviens-tu pas du pari que tu as passé avec Liniel ? Ne te souviens-tu pas de l'air méprisant qu'avait la Shaakt ? Cet air-là pourrait bien se transformer en expression de terreur... Ça ne tient qu'à toi. »

La fillette se sentit tiraillée entre deux envies contraires. Pourtant, les arguments du papillon autant que sa voix suave touchaient juste dans le cœur de la petite fille. Elle voulait gagner et elle voulait tuer la Shaakt. Avait-elle vraiment ressenti ce besoin à la prison, la première fois qu'elle avait vu la Shaakt ? Peut-être pas. Mais là, elle le ressentait. Elle se leva et, discrètement, parcourut la petite dizaine de mètres qui la séparait du temple central en veillant à rester bien à l'écart de la mêlée.

« Allez, je suis sympa, je vais te guider. »

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Yurlungur pénétra dans le Temple. Aussitôt, le brouhaha de la bataille au-dehors disparut. Au milieu des stèles effondrées, un silence de mort régnait. Aucun plafond ne venait pourtant surmonter cet édifice et tout, absolument tout semblait démoli et abattu. Elle s'avança lentement, un tantinet anxieuse. Le papillon voletait tranquillement un peu en avant comme pour lui montrer le chemin. Il n'y avait de toute manière pas vraiment moyen de se perdre puisqu'il n'y avait qu'une immense pièce devant elle, si immense qu'on se demandait comment elle pouvait tenir dans un bâtiment de taille apparemment modeste de l'extérieur. Des statues à moitié brisées et des colonnes autrefois grandioses encadraient cette salle principale tandis qu'au milieu, un autel avait été démoli et les débris jetés sur le côté, dévoilant un escalier qui descendait dans les ténèbres.

La fillette trembla un peu mais le papillon avançait déjà, s'enfonçant dans l'obscurité de la cavité qui s'ouvrait. Yurlungur ferma les yeux, inspira à fond et souffla doucement. Puis, rouvrant les yeux, elle avança sans crainte – ou presque – dans le souterrain. Elle avait cru qu'elle se trouverait immédiatement dans l'obscurité la plus totale et qu'elle ne pourrait plus avancer, mais elle fut surprise de ne pas voir ce moment arriver. Au contraire, plus elle s'éloignait de l'entrée en continuant dans le couloir taillé dans la roche, plus ses yeux s'habituaient à ce noir profond et distinguaient nettement les contours des aspérités de la pierre, les mousses et les lichens qui s'étaient installés là ainsi que l'absence totale de toute forme de vie mouvante dans ce lieu au demeurant fort sympathique pour quiconque aimait la solitude et les arts noirs. Elle frissonna. Elle n'aimait pas les mages.

Continuant à avancer, le couloir bifurqua vers la droite et elle découvrit devant elle une grande salle dans laquelle seul un son brisait le silence, le son de gouttes s'écrasant sur le sol rocailleux avec un fracas tel qu'il faisait trembler la fillette à chaque fois. Des colonnes carrées étaient disposées à intervalles réguliers et séparaient la salle au bas plafond selon un quadrillage extrêmement bien ajusté. Le papillon se tourna vers elle et se mit à lui parler doucement.

« Nous voici dans la première salle. La Shaakt y est passée juste avant que je te retrouve. Je crois m'être souvenu du chemin qu'elle a pris, puisque je l'ai suivie, mais il me semble que ses deux gardes se sont perdus dans la salle. Fais attention et suis-moi. »

Le papillon s'engagea droit devant et Yurlungur n'eut pas d'autre choix que celui de lui obéir en silence. Elle avançait et la salle lui semblait infinie. De tous côtés, sa vue se brouillait progressivement et elle ne pouvait que se hâter pour ne pas perdre son guide de vue, tandis qu'au loin, des voix indistinctes semblaient résonner. Semblaient. La fillette imputa cela à une hallucination auditive et se concentrait sur le papillon qu'elle suivait, un papillon qui avançait de plus en plus vite.

« A... Attends-moi ! »

Le papillon ne sembla pas l'entendre et elle eut même l'impression qu'il accélérait. Son cœur s'emballa tandis qu'elle se mit à courir. Trop tard. Nisri disparut dans ce qui semblait être une brume opaque brouillant sa vision. Elle cria, un cri long et empli de peurs toutes simples, celle du noir, celle de la solitude et celle de s'être perdue. Rien ne lui répondit d'autre que de multiples voix venant de tous côtés, aussi faibles individuellement qu'elles étaient insupportables et résonnantes toutes ensembles. Le petite fille s'arrêta de courir, les yeux terrifiés. Elle regarda à droite, à gauche, derrière et cria à nouveau. À nouveau, la même réponse indistincte dans cette brume étrange. Yurlungur se recroquevilla sur elle-même en position fœtale et se mit à pleurer doucement, redevenue une petite fille fragile au milieu de ce labyrinthe. Elle ne voulait plus voir tout cela, elle voulait se cacher et se réveiller dans son lit, loin de ce lieu qui, inexplicablement, lui causait une folle terreur.

Une main frôla son épaule et elle sursauta en s'écartant aussitôt, laissant échapper un petit cri de panique. Il n'y avait rien, si ce n'était un écran de brouillard mystique encore plus dense. Elle plaqua son dos contre l'une des colonnes carrées et, ainsi assise, continua de pleurer tout en regardant autour d'elle. Le lieu semblait empli d'une sombre magie et, bien vite, de lointains cris de terreur vinrent à elle. Elle ne fit que sangloter avec davantage de force. Sa poitrine semblait agitée de convulsions irrégulières et elle se sentait suffoquer.

Quelque chose bougea dans la brume. Elle frémit et se mit à gémir. D'un autre côté, un bras apparut puis disparut. C'était un bras squelettique qui venait d'émerger avant de rentrer à nouveau dans l'obscurité et la petite fille ne pouvait croire qu'elle rêvait. Non, ces choses-là étaient bien trop réelles, sa terreur elle aussi était réelle. Elle ne pouvait plus esquisser le moindre geste et seuls ses gémissements se répercutèrent sur les parois de la salle.

Soudain, l'un des imposants guerriers qui accompagnait la Shaakt apparut devant lui en fonçant sur un ennemi invisible. Il taillada l'air devant lui en poussant des cris de rage puis continua à avancer sans même prêter un regard à la petite fille. Cette dernière n'osa de toute façon pas bouger face à cette force de la nature qui semblait prise dans un mauvais cauchemar. Un mauvais cauchemar...

Ne lui avait-on pas répété, une fois qu'elle était devenue trop grande pour ces contes-là, que les fantômes n'existaient pas ? Si. Mais pourtant, ici... Il lui semblait bien en avoir vu quelques uns. Elle secoua la tête pour chasser ces pensées. (Il n'y a pas de fantôme. Il n'y a pas de fantôme. Il n'y a pas de fantôme...) La voix de l'Autre fit soudainement irruption dans sa tête.

(Pourquoi as-tu arrêté de suivre le papillon ?)

(Je... Il allait trop vite !)

(Mon œil. On voit bien que tu deviens faible dès que la difficulté se corse un tant soit peu. Il n'y a rien du tout autour de toi, ma vieille ! Réveille-toi, bon sang ! Les fantômes, ça n'existe pas autre part que dans les rêves agités des enfants. Et je refuse que tu sois une enfant. Si tu n'as pas le cran de te lever, laisse-moi faire et je leur botterai le cul, à ces fantômes de pacotille...)

Yurlungur hurla lorsque, à nouveau, elle vit devant elle une forme squelettique émerger de la brume avant d'y replonger aussitôt. La silhouette avait le teint blafard, le corps presque vert et légèrement iridescent, couvert de loques. Mais le plus affreux était son visage : un crâne dépourvu de toute chair, la mâchoire ouverte comme s'il voulait crier. Mais il n'avait pas crié. Il n'avait émis aucun son ou le hurlement strident de la fillette l'avait complètement caché.

(On voit bien ce que tu vaux. Tu n'as même pas pensé à tes soi-disant Dieux adorés.)

Cette phrase eut l'effet d'une claque sur la fillette. Elle commença à calmer sa respiration. L'Autre ne venait-elle pas de lui donner la solution ? Face à des créatures éthérées comme celles-là, la seule voie de sortie était de s'en remettre à la Magie, malheureusement, ou aux Dieux. Elle se releva, tremblotant encore. Ramenant ses deux mains l'une contre l'autre, elle se mit à prier. Elle était désespérée et cela s'entendait dans sa voix, mais elle priait. Elle priait Phaïtos, le Dieu des morts, de la délivrer de ces créatures provenant de son Royaume, mais elle entendait aussi l'Autre prier Thimoros de relâcher sa puissante Magie en ce lieu le temps que sa fidèle puisse passer. Elles priaient ensembles, leur prières s'accouplant et s'aidant l'une l'autre à trouver une force de voix suffisante.

« Ô Phaïtos, mon grand Dieu, Tu sais que je T'adore du plus profond de mon âme. Tu m'as toujours soutenue et, s'il Te plaît, fais-le encore une fois. Je Te consacrerai d'autant plus de morts, toutes les morts de ma vie s'il le faut, mais j'ai besoin de Toi. Ce ne sera pas la dernière, j'en suis navrée, mais je ne veux pas Te mentir. Tu es mon Dieu, le seul et l'unique, Tu es comme un Père pour moi et je ne saurais vivre sans que Tu me permettes de Te glorifier à chaque instant avec la certitude que Tu me soutiens. »

(Ô Thimoros, Tu as voulu du sang et je T'en ai versé, Tu as voulu des morts et je T'en ai données, Tu as voulu ma vie à l'intérieur de cette coque mortelle et je Te l'ai dédiée. Tu sais à quel point je Te suis dévouée et jamais, ô grand jamais, je n'oserais Te renier. Tu es mon Dieu, celui qui m'insuffle ma force et mon courage en chaque instant. Je ne puis vivre sans Toi et Tu le sais mieux que personne. Ô Toi, séducteur malgré Toi de Ta pauvre fidèle, ouvre-moi le passage à travers les morts agités par la Magie que Tu soutiens.)

La brume commença, doucement, à s'évaporer et une once de courage apparut dans le cœur de la fillette qui relevait la tête, confiante. Elle fit un pas en avant et la brume recula d'autant plus. Puis, d'un seul geste de sa main devenue tout à coup plus confiante, la brume disparut entièrement, laissant apparaître une salle des plus banales. La petite fille, encore toute étourdie, fit quelques pas en avant. Cette salle n'était pas si immense que ça. Elle aperçut les deux gardes de la Shaakt qui combattaient leurs propres démons, sûrement jusqu'à la fin des temps. Et elle aperçut, à se droite, le papillon bleu qui commençait à s'impatienter, juste devant un couloir. Yurlungur eut un sourire sincère et courut le rejoindre. Puis, s'adressant aux Dieux, elle et l'Autre dirent d'une même voix :

« Merci. »

« J'espère bien que tu me remercies ! s'insurgea le petit être bleu. Je te guide, moi, et pour pas grand-chose en plus. Allez, on se dépêche. Je n'ai pas que ça à faire, vois-tu. Par là, gamine, on avance, c'est par là. »

Elle lui répondit par un rire doux et enfantin. Sa peur s'était envolée et, face à elle, Yurlungur avait le plus naïf des guides s'il croyait que ce remerciement lui était réellement adressé. Elle haussa les épaules et continua de le suivre le long du couloir. Les deux Shaakts se battaient derrière elle et leurs lames s'entrechoquaient avec la brute des colonnes sans même l'entailler. C'était cela que de ne pas avoir foi en les Dieux sombres. Le sourire de Yurlungur ne disparut pas tandis qu'elle avançait. Soudain, le papillon s'arrêta.

« Il doit y avoir des pièges par ici. Regarde ces dalles inégales. »

En effet, devant eux, un pavage étrange commençait à prendre place, séparant le sol en triangles qui se transformaient peu à peu en carré, en pentagones, en hexagones... La petite fille ne parvenait pas à voir plus loin. Elle s'accroupit à côté de la première dalle triangulaire et regarda ce qui y était gravé. Il s'agissait d'une inscription qu'elle n'avait de toute manière aucune chance de déchiffrer : la gravure était fine et arrondie mais ne ressemblait à rien de ce que Yurlungur connaissait. Elle se releva et demanda à son guide :

« Eh, papillon bleu, tu peux m'aider ? »

Celui-ci voletait ça et là en grommelant. Il avait l'air lui-même surpris de la tournure que prenaient les événements. Finalement, il revint vers la fillette.

« J'aurais dû suivre ma maîtr... hum, la Shaakt plus loin pour pouvoir t'indiquer comment te dépatouiller avec tout ça. C'est louche... Ça m'a l'air d'être de l'elfique. Du très vieil elfique. Mais ce ne sont que des lettres isolées, une par dalle, ça ne veut rien dire. En tout cas, la Shaakt a réussi à le déchiffrer puisqu'elle est passée. Tiens, attends, laisse-moi faire. »

Le papillon vint se poser sur la première dalle triangulaire et appuya dessus. La dalle s'enfonça légèrement, sans rien de plus. Finalement, le papillon s'envola à nouveau en grommelant et vint se poser sur la suivante. Il eut à peine le temps d'appuyer qu'un sifflement perça le silence, une épine venant se planter dans le mur de gauche. Le papillon s'envola aussitôt, surpris.

« Eh bien, si j'avais été plus grand... Je l'ai manqué de près celui-là. »

Étrangement, il semblait peu anxieux face à l'idée de sa propre mort. Le cœur de la fillette s'était remis à battre la chamade, mais elle admirait malgré elle le stoïcisme du papillon.

« Et... Et du coup, comment je fais, moi ? »

« Eh bien, si tu savais voler, évidemment, ce serait mieux, continua-t-il à grommeler d'un ton boudeur. »

Pendant quelques instants, un silence régna, ni l'un ni l'autre ne sachant quoi faire. Puis, soudain, le papillon sembla avoir une idée.

« En fait, il y a peut-être quelque chose que je peux faire. Mais je ne suis pas sûr... »

« Ben, pourquoi tu hésites ? »

Il voleta quelques instants avant de répondre.

« Eh bien, en soi, si je remonte dans le passé à l'instant où ma maîtresse est passée... Peut-être que je pourrai ensuite revenir et tout t'expliquer comment passer. Le seul problème... C'est qu'en fait elle ne m'a pas demandé de le faire, donc je ne peux pas, je crois. Je peux lui demander directement, mais ce serait suspect. Tiens, d'ailleurs, puisque ça fait partie du passé mais que c'est en lien avec ma maîtresse, je me demande si je ne serais pas capable de savoir ça... Il faudrait que je fouille dans ma mémoire. »

La fillette restait plantée là, les yeux écarquillés, découvrant que ce papillon parlant pouvait aussi remonter le temps. Cette information lui paraissait tellement saugrenue qu'elle avait même oublié de relever que la Shaakt était la “maîtresse” de Nisri.

« Tu... Tu rigoles, c'est ça ? »

« Non. Laisse-moi me concentrer. »

La petite fille se laissa tomber sur les fesses et cligna à de nombreuses reprises les yeux. Elle ne pouvait décemment y croire. Ça, cette chose, était non seulement polymorphe, capable de voler plus vite que tout, mais également de remonter dans le temps. C'était tout simplement un rêve. Une mauvaise blague. Rien de bien sérieux.

« Ah ! Ça y est, j'ai trouvé. En fait, je le savais, mais je l'avais un peu oublié. Mais je croyais bien me souvenir que j'étais censé savoir tout ce qui était en lien avec ma maîtresse, aussi ! Tout me revient, c'est bon. J'ai sans doute oublié de te préciser que j'ai tendance à oublier des trucs, mais c'est pas grave. Suis-moi, on va passer sans encombre. »

Yurlungur resta quelques instants éberluée, fixant le papillon sans y croire. Un tel être, apte à savoir où passer sans problème, apte à se transformer à volonté, apte à... à pleins de choses, et sûrement bien plus que tout ce qu'il avait déjà révélé. Et pourtant atteint d'amnésie. Elle se releva, lasse. Si le papillon bleu avait décidé de l'accompagner encore longtemps, elle allait en baver. Par hasard, elle demanda :

« Que se passe-t-il si on tombe quand même dans un piège ? »

« Eh bien, toi, tu meurs. Moi, rien. »

Yurlungur préféra laisser tomber quant à la nature de l'être et proposa sur le ton de la plaisanterie :

« Tu as dû oublier de me préciser que tu es immortel, c'est ça ? »

« Oh, je l'ai oublié ? Eh bien, c'est que tu es perspicace, gamine. Attends, je vais changer de forme, ça ira mieux comme ça. »

Étrangement, cette nouvelle révélation n'étonna pas tant que ça la fillette. Elle cligna des yeux et ce n'était plus un papillon mais un lutin bleu qui se tenait devant elle, l'air aussi enjoué qu'un gamin partant à la découverte du monde. Il lui ressemblait un peu. Un être chaotique et heureux. Il se retourna et la fixa avec de grands yeux d'un bleu sombre, ouverts au possible, sur une tête déjà énorme par rapport au reste du corps tout aussi bleu. Dans son dos, deux petites ailes – bleues – de libellules bourdonnaient et il dévoila un sourire de dents – bleues – étonnamment éclatantes.

« Bon... On va faire comme si je ne t'avais pas vue, d'accord ? Moi, mon seul objectif, c'est de rejoindre la Shaakt là-bas. Hop, je ferme les yeux, tu as disparu de mon champ de vision. Je vais y aller lentement et tu peux me suivre pour éviter de mourir, mais je fais ça pour rejoindre la Shaakt. Presque pas pour t'aider toi, enfin, si peu que pas. Maintenant que c'est clair, je ne risque rien. Allez, c'est parti ! »

Il se mit à sautiller gaiement sur les diverses dalles, passant toujours d'une dalle à une dalle adjacente. Aucun piège ne se déclencha. La petite fille, d'abord sceptique, se résolut ensuite à le suivre. Il était étrange de voir à quel point cette créature tumultueuse et puissante à l'extrême pouvait se montrer d'une gaminerie inouïe. Elle passait d'une dalle à une autre en sautant, aidée de ses deux ailes – bleues –, et elle balançait ses bras – bleus – de chaque côté comme si elle faisait une jolie ballade dans une prairie en fleurs. Le décor n'était tout de même pas exactement le même. Au sol, les dalles gagnaient progressivement des côtés. La petite fille vit ainsi défiler triangles, carrés, pentagones, hexagones, heptagones, octogones. Et d'autres ensuite pour lesquels elle ne trouvait plus de nom. Finalement, les dalles devinrent presque circulaires et leurs côtés se fondaient en agréables courbes. Puis le dallage s'arrêta et, fredonnant un air victorieux, le petit être bleu se retourna en applaudissant de manière hystérique.

« Et voilà ! Ce n'était pas si difficile, après tout. »

Encore une fois, il changea de forme en un instant, reprenant son apparence habituelle de papillon bleu, apparence sous laquelle la petite fille le reconnaissait mieux. Elle sauta à son tour sur la fin de cet étrange parcours et soupira avant de demander :

« Sommes-nous encore loins ? J'ai l'impression d'avoir marché pendant tellement longtemps... »

« Mais oui, allez, suis-moi, sans rechigner. La Shaakt est proche, très proche... Elle ne se doute pas que tu es là. Ne souhaiterais-tu pas la voir souffrir sous ta lame ? Allez, c'est pour bientôt... »

Yurlungur sentit une envie dérangeante d'aller refaire le portrait de cette Shaakt. Dérangeante car infondée. Certes, tuer ne lui posait aucun problème, mais en soi, elle n'avait aucun grief particulier contre la Shaakt. Elle se gratta au niveau de cou et se mit à marcher dans le long couloir qui avançait, suivant le papillon. Puis, enfin, ils arrivèrent au bout du couloir. Une étrange salle taillée dans la roche se découvrit à eux. Il y avait là neuf portes. Au-dessus de chacune d'entre elles avaient été gravées des indications tandis que, sur une stèle en pierre devant les neuf portes se trouvait une série d'instruction numérotées. L'énigme sans doute était fort intéressante, mais les caractères étaient indéchiffrables pour la fillette, aussi indéchiffrables que ceux sur les dalles de tantôt. Elle soupira. Cela commençait à être lassant de se voir exclue par manque de culture.

« Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? »

« Tu ne sais pas lire ça ? Moi je sais. C'est une vieille langue, mais je sais. C'est la même que tout à l'heure, d'ailleurs. Alors... Attends, je déchiffre et je te dis. “Derrière l'une de ces portes se trouve un trésor. Derrière les autres, ne se trouve rien ou un piège empoisonné qui se déclenchera dès que vous ouvrirez la porte...” Eh, t'as vu ça, c'est un jeu ! Il faut trouver la porte avec le trésor ! Je lis la suite... “Les inscriptions sur les portes sont toujours fausses s'il y a un piège derrière ; elles sont vraies s'il y a le trésor derrière. Si c'est vide derrière, on ne peut pas savoir.” Ah, je sens que ça va me plaire... Qu'est-ce que... Mais qu'est-ce que tu fais ? »

Yurlungur, lasse de ces discours inutile, s'était approchée de l'une des portes, au hasard. Elle tapota contre le bois, regarda de tous côtés. Rien ne se passa. Puis elle essaya de baisser la poignée sans ouvrir la porte. Encore rien.

« Mais... Tu es folle ? Et s'il y a un piège derrière ? »

« Ce n'est que lorsqu'on l'ouvre, c'est ça ? Autrement dit, le mécanisme ne se déclenche que lorsqu'on fait pivoter la porte sur son axe. À ce moment, il suffit d'ouvrir la porte sans l'ouvrir. »

Laissant le papillon bleu perdu et indécis, elle saisit sa dague et l'enfonça profondément dans le bois de la porte. Ce ne fut pas très ardu, d'autant que ce bois était déjà bien vermoulu. Elle réussit ainsi à tailler un petit carré dedans qu'elle retira puis regarda à l'intérieur avant d'annoncer :

« C'est pas là ! »

Puis elle s'approcha d'une autre porte pour répéter le même processus. Le papillon se mit à voler frénétiquement de tous côtés, apparemment agacé par la méthode peu conventionnelle qu'employait la petite fille. Il lisait en grommelant les inscriptions censées aider au déchiffrage et essayait d'ignorer tant bien que mal la triche de Yurlungur. Or, plus il mettait de temps à trouver, plus il s'énervait contre la fillette et contre lui-même. Au bout de quelques minutes, elle trouva et annonça :

« Bon, eh bien, mon cher papillon, je te laisse à tes réflexions. J'ai trouvé, c'est cette porte-ci. Tu es sûr que tu ne veux pas m'accompagner ? »

Il se tourna vers elle, voletant de plus belle dans tous les sens, essaya de l'ignorer, sans succès. Finalement, il répondit rageusement :

« Vas-y toute seule et règle tes problèmes comme une grande, petite. Moi, je joue le jeu. Tant pis pour toi. De toute façon, les combats, c'est pas mon truc. Cette vulgaire devinette ne me battra pas... »

Il se remit à voleter dans tous les sens tout en continuant à vociférer contre la vie, le monde et les énigmes. Yurlungur lui adressa un sourire des plus condescendants et s'engouffra à l'intérieur.

Le couloir ne fut guère long. Au bout, les ombres d'une véritable lumière se dessinaient déjà et elle se mit à se faufiler aussi discrètement que possible jusqu'à la nouvelle salle entièrement illuminée qui s'ouvrait au fond de la septième porte de l'énigme. Elle entra en se protégeant les yeux devant les quelques feux allumés. Oh, ce n'était pas grand-chose, mais cela l'éblouissait suffisamment pour qu'elle ralentisse. D'autant plus qu'il n'y avait pas que les feux qui brillaient dans la salle au trésor. Yurlungur écarquilla les yeux de surprise lorsqu'elle parvint à reconnaître le décor.

À l'intérieur, tout était parfaitement somptueux. Des bijoux, des centaines de pièces d'or et de trésors étincelants dans des coffres déjà ouverts de chaque côté et devant elle, un couloir se dessinait entre deux gouffres béants qui s'enfonçaient dans les entrailles de la terre. Un escalier de marbre rouge pur montait là-bas jusqu'à une esplanade en haut de laquelle la Shaakt tant cherchée se trouvait. La petite fille était encore dans l'ombre. Elle sourit et commença à s'approcher, aussi discrète que possible.

La Shaakt était de toute manière bien trop occupée pour la remarquer. En adoration devant une cape aux teintes écarlates, elle se tenait à genoux, tremblotant et remerciant les Dieux de l'avoir guidée jusque là. La petite fille se glissa derrière elle sans un bruit. Elle se souvenait parfaitement des gestes à faire. En souriant, elle plaça ses deux mains sur les tempes brûlantes d'excitation de l'Elfe noire puis tourna violemment. Le craquement se fit moins sonore que les autres fois mais le divin son se répercuta contre les parois de la grotte et la fillette se sentit planer. Le cadavre encore chaud chuta à terre et la petite fille s'approcha de la cape. Derrière, gravée dans la roche, une silhouette féminine était gravée, surmontée d'un nom reconnaissable entre tous. “Shaeya 'naer Elsayim”.

Sans autre remord, la petite fille prit la cape entre ses mains et la mit sur ses épaules. Elle redescendit ensuite tranquillement les escaliers, toujours sur son petit nuage. Et puis, quant à faire, elle se servit dans la masse de trésors qui se trouvait là, remplissant un peu son sac. Elle aurait droit à de petites gâteries en rentrant, elle s'était bien débrouillée. Et Liniel allait être verte.

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Dernière édition par Yurlungur le Mer 11 Mai 2016 20:08, édité 1 fois.

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MessagePosté: Mer 11 Mai 2016 20:07 
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Assise à côté du cadavre encore chaud de la Shaakt, la petite fille mit la Cape Scorpionne sur ses épaules. Si elle aurait tout à fait pu être un peu trop grande pour la petite fille, la Cape se révéla toutefois très bien ajustée. Avait-elle rétréci depuis que la fillette l'avait prise de son support ? Peut-être. Yurlungur se releva, descendit les marches et sortit de la salle au trésor. Il était étrange de refaire tout le chemin en sens inverse, cette fois sans aucune difficulté. Le couloir paraissait plus court. Arrivée dans la salle aux neuf portes, le papillon bleu ne s'y trouvait plus. Elle haussa les épaules, peu surprise. De toute façon, elle n'avait guère envie de le rattraper s'il souhaitait partir. Elle s'avança à nouveau dans le couloir et, apercevant les premières dalles, elle frémit en regrettant l'absence dudit papillon.

La dernière fois, elle était passée grâce à son aide, en évitant les dalles piégées. Mais cette fois-ci, elle risquait fort de se tromper et par conséquent de se prendre une aiguille empoisonnée. Il n'y avait pas d'autre chemin, elle le savait pertinemment, et pourtant elle jeta un regard en arrière. Maudit papillon. En gardant son corps en arrière, elle posa son pied sur la première dalle. Rien. Elle vint y mettre tout son poids puis, au hasard, en sélectionna une autre. Par chance, sûrement, rien ne se produisit à nouveau. La fillette fronça les sourcils. Elle était pourtant certaine qu'il y avait des pièges ici. À moins que ce soit sur celle-ci. La troisième dalle confirma son intuition et elle reçut dans le bras droit une petite épine. Ce n'était pas douloureux, non, et elle la retira aussitôt. Mais le bout suintait d'un liquide visqueux à l'aspect peu ragoûtant et elle déglutit avec difficulté. Avant de venir se frotter convulsivement le petit point rouge où l'avait piquée l'épine. Mais, tandis qu'elle se démenait de peur de mourir empoisonnée ici, sans avoir revu Calua ou Liniel, l'un pour des sentiments personnels et l'autre pour pouvoir, enfin, la narguer d'avoir trouvé cette relique avant elle, le col de la Cape se mit à briller dans l'obscurité du passage.

À la grande stupéfaction de la petite fille, elle ne ressentit rien si ce n'était une douce chaleur qui enveloppait son corps. Elle resta là, les yeux écarquillés quelques instants après que la Cape cessa de briller. Elle jeta un regard en arrière. Il n'y avait de toute façon pas d'échappatoire par là. Prenant une grande respiration, elle se mit à courir à travers le couloir piégé. Des dizaines d'épines volaient de tous côtés, la plupart atteignant leur cible. Et la Cape se mit à rayonner d'autant plus fort. Si ce n'étaient quelques piqûres superficielles, Yurlungur put constater qu'elle n'avait aucune blessure lorsqu'elle atteignit la fin du passage. Elle regardait, étonnée, ses bras et ses jambes couverts de minuscules points rouges. Puis la Cape cessa à nouveau de briller. Il fallait avancer.

La salle aux fantômes n'avait pas changé. Les deux gardes Shaakts étaient toujours là et, insolente, Yurlungur leur adressa un signe de la main et un large sourire en se dirigeant vers la sortie. Il ne restait plus qu'un couloir, un escalier, et elle serait libre... Enthousiaste à cette idée, elle se prit en pleine poire, à l'intersection, une Liniel lancée au triple galop après avoir descendu les escaliers en toute hâte, suivie de près par un Calua tout aussi affolé et tenant dans ses mains une torche éblouissante. Yurlungur, à cause de cette lumière désagréable, ne voyait déjà plus rien.

« Elle est là ! »

Paf.

La douleur de la claque se diffusa dans la joue de la petite fille qui, sous le coup de la surprise autant qu'à cause de l'éblouissement, sentit ses jambes flageoler.

Re-paf.

Une autre, sur l'autre joue ; la fillette se laissa tomber à genoux. En clignant des yeux, elle parvint à reconnaître devant elle la figure de Liniel, apparemment furieuse.

« Pourquoi tu es descendue ? Pourquoi ?! Tu sais, tu aurais pu mourir, ici ! Ne refais plus jamais ça, Yurlungur. Jamais ! »

Sans attendre davantage, la Semi-Elfe prit le poignet de la fillette et la tira violemment vers le haut pour l'aider – ou plutôt la forcer – à se relever.

« Bon. Il reste la Shaakt, n'est-ce pas ? Je vais lui faire la peau, à celle-là... »

« Inutile. La Shaakt est morte. »

La fureur se changea en étonnement. Yurlungur ne put retenir un léger sourire de victoire malgré ses yeux et ses joues douloureux.

« Je l'ai tuée. Et j'ai récupéré la Cape. Te souviens-tu de notre pari ? »

Le sourire de Yurlungur s'élargissait tandis que l'expression de Liniel se décomposait. Ah ça oui, elle était verte. Et d'un vert bien mûr, d'ailleurs, tout juste prêt. En essayant vainement de la regarder de haut, elle commença à avancer vers la sortie, le sourire toujours gigantesque sur son visage enfantin. Quelle satisfaction ! Quel plaisir intense ! Ce sourire n'allait pas diminuer de sitôt, ah non, elle allait en profiter. Pro-fi-ter.

« Soit. Tu as gagné, admit la Semi-Elfe. »

Le cœur de la fillette bondit de joie. Liniel faisait bien rarement des compliments et, depuis que la petite fille la connaissait, elle ne s'était jamais avouée vaincue. Une première ! Yurlungur ne put s'empêcher de se retourner et, le visage tremblant d'excitation et de reconnaissance, elle attendit de croiser le regard de sa mentor pour se précipiter dans ses bras en sanglotant de joie. Elle avait gagné. Les bras de la Semi-Elfe, doucement, vinrent envelopper la fillette. Yurlungur s'arrêta de sangloter en comprenant qu'elle ne lui en voulait pas. Elle s'écarta et, bafouillant quelques excuses, son regard croisa à nouveau celui de Liniel. Elle vit dans ces yeux une fierté, elle lui répondit par une reconnaissance sans borne et justifiée.

« Bon. On ne va pas rester là toute la journée, si ? »

Le visage souriant, Liniel se dirigea vers la sortie et prit la tête. Yurlungur, aussitôt, vint la rejoindre à sa droite et Calua trottina lui aussi, un tantinet mis à l'écart. Enfin, il leur pardonnerait.

La lumière du jour n'était pas si aveuglante une fois qu'on avait déjà reçu dans les yeux celle d'une torche maladroitement laissée proche des yeux. Ils s'y habituèrent vite et sortirent du temple. Là, Yurlungur put constater le massacre qui s'était déroulé. Des corps sans vie traînaient un peu partout, couverts de plaies et mêlant aussi bien Shaakts qu'Humains.

« Les mercenaires sont arrivés en renforts peu après, expliqua Liniel. Il nous a fallu nous en débarrasser. Tiens, on en a gardé quelques uns, là-bas. Et l'officier Shaakt, aussi. J'ai quelque chose à t'apprendre, Yurlungur, viens voir, dit-elle en la regardant malicieusement. Quant à toi, Calua, tu peux aller t'occuper des chevaux. »

Yurlungur, inquiète, s'avança d'emblée à la suite de Liniel. Elle lança simplement un regard à un Calua et remarqua son air renfrogné, mais celui-ci disparut lorsqu'elle croisa son regard. Rassurée, la petite fille suivit la Semi-Elfe jusqu'aux prisonniers. Quelque part dans sa tête, l'Autre semble heureuse aussi. (Pourquoi tu es comme ça ?) (Tu verras bien.)

« Par ici, Yurlungur. »

Liniel s'accroupit à côté de l'un des mercenaires et enleva son bâillon d'un geste aussi sec qu'efficace. Le mercenaire cependant resta silencieux en dévisageant la fille et la femme qui l'observaient, toutes deux un grand sourire sur les lèvres.

« Alors, Yurlungur, dis-moi, qu'est-ce qu'on peut bien faire de lui ? »

« Euh, ben, commença la fillette prise au dépourvu. On pourrait, on pourrait lui demander s'il sait où se cache un trésor ? »

Liniel se tourna vers elle et annonça, enjouée :

« Raté. »

Puis elle dégaina une lame sortie de nulle part et, avant même que Yurlungur ait le temps d'esquisser le moindre geste, elle trancha la gorge du mercenaire devant les yeux horrifiés de tous les autres prisonniers. Le geste était si parfait et si contrôlé que le sang gicla à peine et seule la main tueuse reçut quelques gouttes pourpres. Le corps tomba au sol presque sans bruit.

« Vois-tu, il ne m'aurait de toute façon rien dit puisque je suis une femme et que tu es une enfant, continua-t-elle en se relevant et en jouant distraitement avec sa dague. Nous en avons d'autres, n'est-ce pas ? Dis-toi bien que ce ne sont que des charognards, des gens qui ne font ça que pour l'argent... des gens qui perdent face à moi, aussi : et pourtant, ils nous méprisent toutes deux. Étonnant, non ? Maintenant, je suppose qu'ils seront bien plus volubiles. Tu ne crois pas ? »

Yurlungur déglutit et hocha la tête. L'Autre riait à gorge déployée dans sa tête et elle comprenait, bien entendu, la raison de cette joie. Un jour, il faudrait la soigner, cette voix... Un jour.

« À toi. Fais-toi respecter. Ensuite, nous pourrons passer au véritable interrogatoire avec ceux qui restent. »

Elle s'approcha d'un des hommes et croisa son regard. Un regard empli de terreur et d'un frayeur si grande qu'elle redonna courage à la petite fille. L'homme en face d'elle, bien que plus massif et plus imposant, était en mauvaise posture, à sa merci. Pas elle. Son regard se durçit ; l'homme se mit à se débattre. Elle saisit sa dague, visa, trancha. Des gouttes de sang vinrent asperger son dernier camarade à côté qui essayait vainement de crier à travers le baîllon et de se défaire des liens serrés, trop serrés. Les seuls cris qu'on percevait étaient ceux du mercenaire qui se vidait lentement de son sang sous le regard impassible de la mentore et de son apprentie. Le mercenaire qui restait craignait bien plus la dague de Yurlungur, qui le tuerait lentement, que celle de Liniel qui ne le ferait pas souffrir, ou du moins bien peu, cela se voyait d'ailleurs dans les regards extrêmement affolés qu'il lançait à la fillette. Et il avait raison : c'était à lui.

« Tu as encore à apprendre, n'est-ce pas. Enfin, tout cela, c'est de l'anatomie, tu l'étudieras en temps voulu. Il nous en reste un, plus le Shaakt... Le mercenaire d'abord. Mais celui-là, donc, on commence en rangeant les armes. »

Elle s'approcha et vint s'accroupir à côté de l'homme, un sourire adorable sur ses lèvres, puis arracha sans ménagement le bâillon.

« Alors, mon brave, vous allez rester calme et tout me dire. Qui vous emploie ? »

« Les... Les Shaakts ! Ils... Ils nous ont contactés pour protéger ce groupe-là, c'est tout, j'en sais pas plus, j'vous jure ! »

« Et qu'est-ce que vous cherchiez ? Ils vous ont promis quoi ? De l'or ? »

« Oui, ils nous auraient payés à notre retour. Mais je sais pas ce qu'on cherchait, moi, on faisait que les suivre ! Notre but était simple : nous devions les protéger pendant cette expédition. Je sais qu'ils avaient peur de s'écarter de leur cité, Caix Imoros, à cause de la lumière du jour. Cela fait une semaine maintenant que nous en sommes partis. Mais je vous assure que je ne sais rien d'autre ! Un beau matin, mon chef est revenu de cette ville d'Elfes en nous annonçant que... »

« Silence. Je me contrefous des détails. »

Liniel soupira et tira brusquement le mercenaire vers le haut pour le faire se relever avant de trancher ses liens. L'homme n'en croyait pas ses yeux et regardait la Semi-Elfe, ahuri. Il tremblait.

« Tu es libre. Mais la prochaine fois que tu croises ma route, je te tue. »

Il ne demanda pas son reste et s'enfuit à toutes jambes dans la forêt. Liniel se tourna vers son apprentie et désigna le Shaakt.

« À toi. »

Yurlungur vint s'accroupir également, faisant tout son possible pour garder son calme. Elle ne devait pas décevoir Liniel. Gardant sa dague dans une main, menaçante, elle enleva le bâillon de l'officier. Ce dernier resta silencieux en la fixant mais on voyait à son expression qu'il était inquiet. Très inquiet.

« Qu'est-ce que... Qui est-ce qui vous emploie ? »

L'officier ne daigna pas répondre mais lança quelques regards affolés successifs à Liniel puis à Yurlungur. Il savait avoir une chance de s'en sortir après avoir vu le mercenaire être relâché, mais s'il trahissait les siens, pourrait-il encore survivre longtemps ? Une dizaine de secondes passa puis Liniel ordonna :

« Tue-le. »

« Attendez ! s'exclama-t-il aussitôt. Atten-Attendez, s'il vous plaît, je vais tout vous dire... Mais épargnez-moi, je vous en prie. Je-je travaille pour un Shaakt de Caix Imoros. C'est... C'est un puissant nécromancien, influent dans la cité pour ses talents dans les arts noirs, mais il ne sort guère de chez lui... Son nom est Seldszar, Seldszar de la maison His'va. Nous... Nous sommes des soldats à ses ordres, la Shaakt que vous avez... Il déglutit. ...que vous avez tuée est son apprentie. Ou plutôt était. »

Il resta silencieux en regardant à tour de rôle ses deux geôliers. La petite fille, comme pour attendre son approbation, tourna à son tour son regard vers Liniel qui, les bras croisés, semblait réfléchir.

« La maison His'va, dis-tu ? C'est une maison de Mages, si je ne me trompe. Influente... Ton discours se tient. À quel grade es-tu dans cette maison ? Quelle rançon serait prêt à donner ton maître pour ta survie ? »

L'officier réfléchit quelques instants avant de répondre :

« Un millier de yus ? »

Liniel éclata d'un rire franc et se retourna avant de prononcer distinctement :

« Tue-le, il nous ment. »

Aussitôt, Yurlungur n'ayant même pas esquissé un geste, l'officier se mit à se débattre et à s'excuser à tout va, complètement affolé.

« Je vous en prie ! Je ne sais pas combien, vraiment, je n'en sais rien ! S'il vous plaît, ne me tuez pas, j'ai... j'ai... j'ai encore des informations qui pourraient vous intéresser ! »

Le regard de la Semi-Elfe se fit hautain et elle continua sans broncher, d'un ton critique :

« Qui nous dit que tu ne mentiras pas à nouveau ? »

« Je vais tout vous dire ! Nous étions censés récupérer deux reliques, pas une seule. La première se trouvait ici puis nous devions revenir vers Caix Imoros et prendre sur le chemin, au Castel Enulcard, une seconde relique, une relique d'Aethalin Enulcard ! »

Liniel esquissa un mouvement de recul, les yeux de la fillette se mirent à briller. La Semi-Elfe tourna la tête vers elle et ordonna en le pointant du doigt :

« Tue-le. Il divague. »

« Mais non ! s'insurgea Yurlungur, une lueur d'espoir dans le regard. Dis-nous, dis-nous tout ce que tu sais, on ira le chercher ensemble celui-là, Liniel ! »

La baffe qui s'ensuivit fit claquer la joue de la petite fille si fort que ses yeux s'embuèrent de larmes toutes chaudes. Elle vint se recouvrir la marque laissée d'une main tremblante et vit Liniel tuer l'officier sans plus de procès. Aussi propre que rapide. La femme qui l'avait protégée venait de la baffer, et aussi fort. Deux fois en une journée, c'était déjà deux de trop, mais elle s'était excusée pour les deux premières. Et voilà qu'elle recommençait sans le moindre état d'âme. Yurlungur refusa son bras lorsque celui-ci vint essayer de la prendre par l'épaule, Liniel agenouillée devant elle comme une mère qui explique la vie à une enfant.

« Yurlungur. Écoute-moi. »

« Je ne suis plus une gamine ! s'écria-t-elle de toutes ses forces en la repoussant brusquement. »

Derrière elle, les branchages remuèrent et quelques oiseaux s'envolèrent, effrayés. La Semi-Elfe ferma les yeux et reprit :

« Ce n'est pas un jeu. Ce château est bien trop dangereux. »

« Mais on les a battus et ils voulaient s'y rendre ! Tu ne comprends pas, c'est une aubaine. Et moi, de toute façon, je veux y aller. »

Liniel se releva, perdant patience.

« Nous n'irons pas, j'ai dit. Et c'est mon dernier mot. Si tu veux que je te considère comme une adulte, comporte-toi comme telle. »

Elle se retourna et se dirigea vers là où devait être Calua, droite et fière, sans un regard en arrière. Yurlungur, le regard assombri, la suivit en tapant du pied dans des petits cailloux qui se dressaient sur son chemin. Qu'importe ce que disait Liniel. Elle n'avait pas peur et elle irait, d'abord. Rien que pour faire ravaler son orgueil à la Semi-Elfe.


***



Calua avait fini par retrouver les chevaux des Shaakts. Il n'y en avait que trois, les mercenaires semblant se déplacer à pied, trois chevaux noirs comme la nuit que Liniel et Yurlungur avaient déjà vus être montés par la Shaakt et ses gardes du corps. Dès qu'ils tentèrent de s'approcher, les chevaux se mirent à piaffer et à renâcler, refusant les tentatives de caresses de leurs nouveaux propriétaires. Finalement, Liniel les détacha et les laissa partir, libres. Il était clair que ces bêtes leur seraient inutiles : ils continueraient à pied. Ils mangèrent un peu, usant des dernières rations de nourriture qu'ils avaient. Puis il fallut décider de ce qu'il faudrait faire jusqu'au soir. Bien évidemment, malgré le regard noir que continuait de lui adresser la petite fille, ce fut Liniel qui prit les commandes.

« Bon. Nous devons rentrer à Dahràm. Malheureusement, nous allons manquer de nourriture d'ici-là. Je suppose de plus qu'une partie des mercenaires était allée chercher des vivres à Omyre et ils ne tarderont pas à rentrer, puisqu'il n'y a plus rien à manger que ce soit dans le campement des Shaakts ou celui des Humains, et qu'ils s'apprêtaient à revenir vers Dahràm dès qu'ils auraient trouvé la relique. Nous devons partir au plus tôt et nous devons trouver de la nourriture. Par conséquent... »

« On n'a qu'à aller en chercher à Omyre, l'interrompit Yurlungur. »

« Impossible d'aller à Omyre, répondit-elle apparemment sans s'offusquer d'avoir été coupée. Ma race n'y est guère appréciée et vous vous feriez voler puis tuer après trois pas à l'intérieur, éventuellement violer entre temps. Mais il y a par là-haut, dans les montagnes, une famille d'Earions, des Elfes bleus. Ils nous offriront certainement le logis, comme ils ne reçoivent pas beaucoup de voyageurs : beaucoup ignorent leur existence même. J'ai déjà eu l'occasion de les rencontrer et je suis certaine qu'ils nous accueilleront si je le leur demande, au nom de leur hospitalité. Si nous partons dès maintenant, en nous dirigeant vers le Sud-Est, nous devrions y arriver pour le soir. »

Elle jeta un coup d'œil à Calua, un sourire se dessinant sur son visage. Ce dernier le remarqua et ne put que rougir, surpris de cette marque d'amitié de la Semi-Elfe qui avait jusque là toujours été si froide avec lui, glaciale même. Yurlungur arqua un sourcil en observant ce petit manège entre les deux et objecta :

« Mais Dahràm se situe vers l'Est. Aller par là-bas nous fera traverser une partie des montagnes et nous risquons de perdre un temps fou... »

« Tu as une meilleure idée, peut-être ? »

Elle tenta de soutenir le regard de la Semi-Elfe mais, consciente qu'elle ne pouvait rien apporter de mieux que cette critique, baissa rapidement les yeux et se remit à bougonner. Ce fut une Liniel enthousiaste qui affirma ainsi d'un air joyeux en quittant la forêt :

« Eh bien, en route ! »

Sortir de la forêt fut assez rapide, maintenant qu'il n'y avait plus aucune raison de ne pas emprunter le chemin de terre entre les arbres. Il y eut bien un piège sur le chemin, mais la Semi-Elfe le découvrit très rapidement, cette preuve de ses capacités à les guider faisant une fois de plus se renfrogner la petite fille. Une fois sortis, Liniel choisit à l'intersection qui se présentait de suivre un sentier continuant droit vers les montagnes. Il montait ensuite sans s'arrêter jusqu'à une arête rocheuse au-delà de laquelle il y avait certainement d'autres montagnes invisibles à leurs yeux. Yurlungur, une lueur triste dans les yeux, se retourna pour regarder la ville d'Omyre à quelques kilomètres. Le fief d'Oaxaca... Sur ses épaules, elle avait pourtant la Cape de la mère de la Déesse. (Pouffiasse.) Ce genre de compliments gratuits envers une Déesse qu'elle n'aimait pas n'étaient là que pour la défouler. Et puis, n'était-ce pas grisant de pouvoir défier un être d'une telle stature sur son propre territoire ? Même si c'était en pensée uniquement. Elle rapporta son attention sur Calua et Liniel qui avaient déjà commencé à avancer et finit par se mettre à marcher. Elle n'allait tout de même pas leur procurer la satisfaction de la voir courir pour les rattraper, non plus.

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