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 Sujet du message: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 20:23 
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Commanderie d'Opale

Lieu de Guilde des Danseurs d'Opale

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A quelques dix minutes de marche de Luminion, en direction du sud du Duché, se trouve une étrange bâtisse perchée sur un promontoire rocheux. Ce lieu fut construit par des prêtres Ynoriens de Rana et servit d'ermitage autant que de temple durant de nombreuses années mais, ses fondateurs d'origine étant décédés, il finit par être peu à peu abandonné et tomba lentement en ruine. Il fut racheté en l'an huit par l'Ordre des Danseurs d'Opale afin de constituer un lieu d'entraînement martial pour les troupes Kendranes, le Duc de Luminion ayant accepté l'appui de l'Ordre pour contrer la menace Oaxienne.

Les Danseurs d'Opale remirent le lieu en état et l'agencèrent pour qu'il soit en mesure de remplir son rôle d'école militaire dédiée aux arts martiaux de l'Ordre, ils en renforcèrent également les défenses afin d'en faire un inexpugnable bastion. S'il ne fait aucun doute qu'une armée parviendrait à l'enlever, la tâche serait néanmoins malaisée et fort coûteuse en vies. En effet, outre l'accès rendu difficile de par sa position élevée, l'intérieur est conçu de manière à constituer une succession de traquenards mortels grâce à de nombreux pièges et à un cloisonnement solide des étages.

Pour peu que vous soyez autorisé à y entrer, vous découvrirez que la montagne a été largement creusée de diverses salles et passages, si bien que l'espace intérieur est bien plus vaste qu'il n'y paraît de l'extérieur. Outre plusieurs salles d'entrainement aux armes, vous trouverez aussi un petit sanctuaire dédié à Rana ainsi qu'un lieu de prière voué à Sithi situé au sommet de l'édifice. Outre les diverses pièces nécessaires à la vie de ses occupants, la commanderie possède également quelques chambres dans la petite tour annexe jouxtant l'entrée principale. Elle les louera volontiers aux voyageurs de passage moyennant une modeste somme. Ces derniers pourront également y apprendre certaines compétences de combat connues des seuls Danseurs d'Opale, à condition bien sûr que le commandeur du lieu donne son aval, les savoirs de l'ordre ne seront transmis qu'à ceux jugés dignes de les posséder.

(Contactez le maître de guilde pour les apprentissages de CC, les chambres peuvent être utilisées librement, aucun yus ne sera débité de votre fiche pour ces dernières.)

Maître d'armes de la Commanderie de Luminion (CCAA)

Gaëlle d'Amaranthe (niveau 16)


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Gaëlle est une Kendrane originaire d'Amaranthe, comme son nom l'indique. Elle est issue d'une branche secondaire de la noblesse de ce Duché, sixième fille d'une famille nombreuse et désargentée elle a quitté très jeune le domicile familial pour se vouer à une passion bien peu féminine: le métier des armes. Elle est âgée d'une trentaine d'années et a longtemps servi dans la milice Kendrane avant de démissionner pour entrer dans l'Ordre des Danseurs d'Opale. Ses compétences et son opiniâtreté lui ont permis de monter rapidement en grade et de se voir confier la responsabilité de cette Commanderie de l'Opale. D'un naturel combatif et têtu, elle a cependant eu droit à une bonne éducation qui lui permet de conserver en toutes circonstances une grande courtoisie et un calme de façade inébranlable.

Elle peut vous enseigner les CCAA suivantes:

Basiques: (prix public: 250 yus. Membres: 175 yus)

    -Botte
    -Charge armée
    -Coup ciblé
    -Coup colossal
    -Coup de bouclier
    -Estoc droit
    -Feinte
    -Hypnose
    -Lames défensives
    -Les cent lames
    -Lien funeste
    -Passe-bouclier
    -Renversement armé
    -Vol d'arme
    -36 chandelles
    -Garde imprenable
    -Halte forcée

Danses d'Opale: (prix public: 500 yus. Membres: 350 yus.)

    -Danse de l'éclipse

Secondaires: (prix public: 350 yus. Membres: 245 yus.)

    -Adresse de guerre
    -Danse des sabres

_________________
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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 20:53 
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Localisation: Nessima, Naora
Peu après, j'aperçois fugitivement entre les buissons une silhouette vêtue de noir et encapuchonnée qui s'éloigne hâtivement, probablement effrayée par mon redoutable fauve qui, bien qu'hérissé de tous ses poils, s'est par chance abstenu de se lancer à la poursuite de l'intrus. Je l'appelle doucement en me faufilant à la suite du fugitif après m'être emmitouflé de ma cape afin d'être plus discret, je veux savoir qui est cet être et ce qu'il faisait dans les parages, mais encore faut-il que je parvienne à le suivre car il file bon train! Ne connaissant pas les environs, je ne tarde guère à me faire distancer, mais Sinwaë semble comprendre mes intentions et, truffe au sol, me guide sur les traces du fuyard en grognant sourdement de temps à autre. Près d'une demi-heure s'écoule avant que nous ne parvenions dans un lieu où se dressent d'étranges formations rocheuses, sortes de pics aux sommets arrondis érodés par le temps, et ne découvrions soudain sur l'un d'eux une bâtisse pour le moins incongrue dans cette région. Je retiens mon Ithilartëa lorsque je réalise que c'est vers ce bâtiment d'allure Ynorienne qu'il me conduit, notre proie a dû s'y réfugier et je ne tiens pas à me précipiter la tête la première dans un traquenard.

Quelques minutes me sont nécessaires pour persuader Sinwaë d'attendre sagement mon retour derrière un amas de rochers, puis je me dirige discrètement vers l'étonnant bâtiment aux allures d'ermitage. Une bâtisse principale trône au sommet d'un pic d'une cinquantaine de mètres de haut et quatre autres plus modestes l'entourent, sises sur des éminences rocheuses moins importantes. Des ponts vertigineux relient ces demeures entre elles et la seule entrée visible qui semble avoir été percée dans le rocher. Diverses ouvertures dans la paroi laissent penser que le pic a été largement creusé mais, alors que je m'en approche, je réalise que le tout est passablement en ruines. Les portes auxquelles on accède par un escalier assez raide semblent avoir été fracassées, peut-être par des brigands en quête de richesses, les toits pointus à plusieurs étages de type Ynorien sont en sale état et l'ensemble dégage une impression d'abandon poignante.

Je finis par parvenir au pied de l'escalier délabré et le gravis prudemment en dégainant ma Vorpale et ma lame d'Eden, bien qu'il n'y ait nul signe de vie apparent et que le silence règne là en maître incontesté. Arrivé aux lourdes portes à moitié disloquées, je jette un coup d'oeil méfiant dans la bâtisse enténébrée et découvre un couloir taillé dans la pierre dont le sol est couvert de divers débris et de traces diverses laissées sans doute par des animaux ayant profité du refuge. Je reste immobile quelques instants, tous mes sens aux aguets, me crispant un peu lorsque des légers éclats de voix me parviennent. Il y a plus d'une personne dans ce lieu, ce qui n'est pas vraiment pour me plaire car une petite armée pourrait se trouver dans ces bâtiments abandonnés. Je me décide néanmoins à pénétrer dans la bâtisse en me faisant le plus silencieux possible et me dirige vers le fond du couloir qui donne sur un deuxième escalier, en colimaçon celui-ci, dont proviennent les voix. Quelques portes fracassées bordent ce hall, ouvrant sur de petites pièces ressemblant à des cellules monacales elles aussi parsemées de divers débris que j'identifie comme étant principalement des restes de meubles sommaires.

Je grimpe le colimaçon marche après marche en prenant soin de ne pas faire frotter mon armure contre les murs et en évitant autant que faire se peut les inévitables cliquetis métalliques, ce qui me conduit à l'étage supérieur agencé à l'identique du premier. Les voix, au nombre de deux pour ce que j'en perçois, semblent venir d'une pièce située au fond de ce nouveau couloir et sur la droite, nettement audibles à présent. J'avance encore de quelques pas et me dissimule dans l'embrasure de la première petite salle, prêt à m'y engouffrer si les comploteurs venaient à sortir de leur antre, et me fige afin d'entendre ce qui se raconte. Une première voix, rauque et indubitablement masculine s'exclame:

"Je vous dis qu'il faut avertir qui vous savez sans délai!"

La deuxième voix s'élève, féminine et légèrement condescendante:

"Allons, vous n'avez aucune certitude. Vous savez ce qui nous attend si nous la dérangeons pour rien. Restons-en au plan initial, cela vaudra mieux pour nous."

"Je sais ce que j'ai vu par les enfers! J'ai eu assez de temps pour l'observer! Et il y a plus! Des hommes d'Aube radieuse sont rentrés aujourd'hui, ils racontent à qui veut les entendre que cet elfe a massacré deux de vos golems et le capitaine Gurkr après que Kardân soit tombé. L'Imperator était à votre merci, c'est ce maudit Sindel qui a tout fait capoter!"

"Soit, il est dangereux, mais cela ne prouve rien concernant cette relique. C'est la fille que nous voulons et ce stupide elfe ne sortira pas vivant de l'embuscade, je ne vois aucune raison de changer nos plans."

Je cille en entendant ces derniers mots, auraient-ils reconnu le diadème que je porte? A moins que ce ne soit de l'une de mes armes qu'ils parlent, mais j'en doute. Je me contrains à demeurer rigoureusement immobile et tends l'oreille pour entendre la suite:

"Par Phaïtos, avez-vous entendu ce que je viens de vous dire? Vos soudards sont peut-être capables de s'emparer d'une gamine en trucidant quelques gardes, mais cet elfe en fera de la chair à pâté si la moitié de ce qui se raconte est vrai!"

"Admettons, mais vous venez de me dire qu'ils partiraient dans six jours, réfléchissez! Même si nous le voulions, des renforts n'arriveraient pas à temps."

"Ce n'est pas notre problème, notre mission consiste à transmettre des informations et c'est là que le bât blessera si nous ne les prévenons pas,vous me l'avez assez répété," gronde l'homme d'une voix anxieuse.

"Calmez-vous. Nous les avertirons que le voyage a été avancé, mais nous allons nous occuper nous-même de cet elfe. Si ce que vous prétendez est vrai...il serait idiot de laisser à d'autres le soin de s'emparer de cette relique, elle me revient de droit, ne croyez-vous pas?"

"Folie! Je me fiche de cette relique! Je tiens à ma peau, moi," s'exclame l'homme d'un ton colérique.

"Oui, je sais, vous êtes un lâche. Peu importe, envoyez un oiseau puis débrouillez-vous pour attirer ce Sindel ici et je me chargerai du reste," rétorque la femme d'un ton méprisant.

"Comme vous voulez, mais ne comptez pas sur moi pour me mêler de cette affaire, vous l'affronterez seule."

La femme éclate d'un rire cynique tandis que je me replie prestement dans la salle lorsque j'entends les pas de l'homme se diriger vers le couloir. Quelques secondes plus tard, il passe devant la porte de la pièce où je me trouve sans même y jeter un regard et j'aperçois brièvement son visage, que je reconnais pour avoir passé une soirée assis à la même table que lui à la taverne. Cet homme n'est autre que l'un des "amis" de Rolf Baguaudaim, un vétéran des armées Kendranes...


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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 20:58 
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Localisation: Nessima, Naora
Je me faufile derrière le soldat Kendran quelques instants après qu'il soit engouffré dans l'escalier menant à l'étage supérieur, non sans surveiller nerveusement l'entrée de la pièce où se trouve toujours la femme. Je me demande bien de qui il peut s'agir, elle se pense capable de me terrasser bien que son comparse lui ait fait part des deux golems de chair et du chef de guerre Garzok que j'ai abattu et cette confiance en elle m'inquiète plus qu'un peu. Si je parviens à rester assez discret, je pourrais peut-être obliger son comparse à me révéler ce qu'il sait d'elle, la femme ne semblait guère louer son courage et j'entends bien essayer de me servir de cette faiblesse pour en savoir plus avant de me risquer à affronter cette inconnue.

L'humain grimpe plusieurs étages sans s'arrêter et je le suis sans qu'il ne me repère jusqu'au sommet de l'édifice, vaste pièce carrée percée de fenêtres offrant une vue superbe sur les montagnes environnantes. L'homme se dirige vers une série de cages, seul "ameublement" de la salle, où roucoulent une douzaine de pigeons et se penche devant l'une d'elle pour en sortir l'un des volatiles. Je profite du bruit que font les oiseaux dérangés pour me glisser derrière le traître et lui applique le tranchant glacé de ma Vorpale contre le cou en murmurant:

"Silence, si tu tiens à la vie..."

L'homme sursaute violemment au contact létal de ma lame et couine de surprise plus que de douleur lorsque son geste brusque provoque une très légère entaille, le tranchant de mon arme étant bien assez affûté pour que l'on puisse s'en servir comme rasoir. Il bégaye misérablement:

"Que...que voulez-vous...qui êtes-vous?"

"Le maudit Sindel, voyons, mais c'est moi qui pose les questions. A qui comptais-tu envoyer ce pigeon?"

"A...à un ami...je..."

Je presse un peu plus fortement ma lame lactée contre la peau tendre de son cou en susurrant:

"J'ai entendu votre discussion...si tu mens, tu ne me sers à rien et tu meurs. Alors?"

Une déplaisante odeur d'urine se répand dans la pièce et le bougre se met à trembler comme une feuille en répondant si faiblement que je dois me pencher légèrement pour entendre:

"A...à la Reine Noire...enfin...pas directement mais..."

"Je vois. La femme avec qui tu discutais, en bas, qui est-ce?"

L'homme secoue la tête avec désespoir et glapit légèrement en se coupant davantage, puis il chuchote d'une voix craintive:

"Je...je ne peux rien vous dire...elle...elle me tuera..."

J'accentue une nouvelle fois la pression de mon arme contre sa gorge et murmure froidement:

"C'est la dernière de tes préoccupations, ça, l'ami..."

L'humain déglutit péniblement et finit par s'avouer vaincu:

"Elle s'appelle Färya...c'est une Shaakte...une maître-espionne d'Omyre...elle..."

"Elle...?"

"Elle tient ma femme et ma fille...elles seront torturées et tuées si Färya apprend que je vous ai parlé..."

"C'est pour cela que tu trahis les tiens?"

"Oui...je n'avais pas le choix..." marmonne-t'il d'un ton larmoyant.

Je m'abstiens de lui dire que l'on a toujours le choix, je n'ai aucune compassion pour les traîtres, mon père en était un et je l'ai froidement transpercé d'une flèche pour cet acte. D'une voix dure je demande encore:

"Elles sont ici?"

"Je...oui...dans les souterrains...avec..."

"Avec?"

"Je ne sais pas exactement...Färya a évoqué des créatures...le jour venu je dois les lâcher dans la ville..."

"Ah. Vous avez d'autres acolytes à Luminion?"

"Oui...le sergent en charge de l'intendance...Roger Mirtod...c'est un fanatique...il servait déjà Omyre bien avant que Färya n'arrive dans la région..."

"C'est tout?"

"Oui...je vous le jure! Pitié! Ne me tuez pas, j'ai une famille et..."

Je l'interromps net d'un rude coup du plat de ma lame d'Eden sur la tempe, l'assommant pour le compte, puis je lui enlève sa chemise de toile épaisse et y découpe quelques lanières afin de le ligoter et de le bâillonner sans la moindre délicatesse. Je lui aurais bien tranché le chef, mais j'aurais besoin qu'il répète ce qu'il vient de me révéler devant le Duc et je ne doute pas que ce dernier fasse justice comme il se doit. Un rictus dur et glacial fige mes traits: la Shaakte en revanche...est à moi.


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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 21:06 
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Localisation: Nessima, Naora
Je redescends rapidement les escaliers de pierre, usés par d'innombrables passages, et rejoins l'étage où s'est tenue la discussion que j'ai surprise. Le silence est presque total, inquiétant, et je sens monter en moi la tension qui précède toujours un combat lorsqu'il n'est pas impromptu. Je prends plusieurs amples inspirations pour me détendre et rengaine ma lame d'Eden pour me saisir de mon Ardente, dont la flamme a toujours tendance à faire hésiter mes adversaires. Une fois ma sérénité retrouvée, je rassemble mon Ki et le modèle à pleine puissance pour accroître ma maîtrise martiale, puis je me dirige d'un pas souple et vif vers la porte de la salle où les deux conspirateurs se sont entretenus.

Un regard furtif m'apprend que la Shaakte est toujours là, mais aussi que la discrétion n'est plus de mise car elle m'observe d'un air narquois de ses prunelles rougeoyantes, si bien que j'entre sans plus me dissimuler. Elle est munie de deux étranges lames courbes relativement courtes, l'une est aussi rouge que ses yeux, l'autre est d'un gris acier sobre, mais je connais assez les armes pour savoir que toutes deux n'ont rien à envier à mes propres tranchoirs en termes de qualité. La Shaakte à la longue chevelure blanche est une extrêmement belle femme, elle est vêtue d'un pantalon de cuir noir moulant et d'un bustier minimaliste qui soulignent plus qu'ils ne dissimulent son corps parfait. Des voiles transparents flottent autour d'elle au gré des courants d'air qui hantent la bâtisse, elle a pour seules protections un espèce de plastron muni d'une pierre rouge qui ne lui couvre que les épaules et le haut du buste, des bracelets d'avant-bras et une sorte de large ceinture, tous trois métalliques et magnifiquement ouvragés. Je remarque encore une cicatrice, ou un tatouage rituel, je ne sais trop, qui barre verticalement son visage du côté de son oeil droit, formant un motif en zigzag. Elle est plus petite que moi d'une tête environ mais elle parvient tout de même à me toiser de haut et, si mon puissant équipement l'inquiète, elle n'en montre rien. Narquoise jusqu'au bout des ongles, la Shaakte me demande soudain:

"C'est bon, tu m'as assez reluquée, le gris? Je suis à ton goût?"

Je me maudis en sentant une certaine rougeur gagner mes joues, mais ce n'est pas la première belle femme que je côtoie et je me reprends aussitôt pour lui rétorquer froidement:

"Dommage que ton âme ne soit pas aussi séduisante que ton corps, Shaakte..."

Elle hausse un sourcil avec une petite moue séductrice et moqueuse, tout en avançant vers moi d'une démarche provocante:

"Parce que tu connais mon âme? Si nous nous sommes déjà rencontrés je ne m'en souviens pas, navrée pour ton égo, mâle."

"N'approche pas maudite, je connais tes semblables et vos ruses malveillantes...tu ne m'intéresses pas, Färya."

L'Elfe noire éclate d'un rire cristallin, mais elle ne s'en immobilise pas moins lorsque je relève prudemment mon Ardente pour l'empêcher d'arriver à portée. J'ai l'avantage de l'allonge et je compte bien le conserver, la manière dont elle vient de se déplacer m'a renseigné plus que de besoin: c'est une combattante souple et rapide, beaucoup trop pour que je prenne le moindre risque.

"Ainsi tu connais mon nom, j'en suis flattée. Et toi, qui es-tu au juste, Sindel?"

"Peu importe mon nom, nous allons nous battre et tu vas mourir, c'est tout ce qu'il y a à savoir."

"Tu te surestimes, jeune elfe. Je ne suis pas une adversaire à ta portée. Mais pourquoi me considérer comme une ennemie?"

"Parce que tu sers Oaxaca, et qu'elle a commis l'erreur de s'en prendre à mon peuple."

La Shaakte sourit légèrement en m'observant des pieds à la tête d'un regard si intense que je me sens une nouvelle fois rougir...diablesse! Je serre les dents et raffermit ma volonté, pas question de me laisser distraire par ses beaux discours et ses comportements aguichants!

"Tu es bien loin du Naora, guerrier sans nom...que fais-tu ici, seul des tiens dans un royaume humain? Je serais tentée de croire que tu ne te sentais pas tout à fait à ta place dans le pesant carcan de ton peuple. Je me trompe?"

Elle touche si juste que je ne peux m'empêcher de me raidir légèrement et de plisser les yeux, plus méfiant que jamais, que sait-elle exactement?! Ma réaction ne lui échappe pas et elle rit à nouveau avant de me sourire d'un air étrangement...triste:

"Tu vois, nous ne sommes pas si différents. Moi non plus je n'étais pas à l'aise parmi les miens. Et où pourrait bien aller une Shaakte rebelle, si ce n'est auprès de la Reine Noire? Elle est la seule qui se soucie des exclus comme moi, ou comme toi, exilé que tu es."

J'ai beau me morigéner que tout son discours n'est que manipulation, il y a trop de vrai dans ce qu'elle dit pour que je parvienne à tout rejeter comme je le voudrais. Je secoue doucement la tête et lui réponds:

"Rien ne justifie la torture, les massacres aveugles et la création d'atrocités vouées à la seule destruction. Je pourrais comprendre et même accepter qu'Oaxaca entre en guerre pour ses idéaux, mais elle va trop loin. J'ai vu un de ses colosses graisseux éclater la tête d'une enfant d'un coup de masse...elle était innocente, aucune cause ne peut justifier cet acte, Färya. Et c'est cela que tu cautionnes en servant ta déesse."

L'Elfe Noire hausse les épaules en répliquant:

"Combien d'innocents ont été massacrés lors de la conquête du Naora? Combien ont péri dans les geôles Kendranes? Combien de morts innocents, combien d'injustices ont été commises lors de l'émancipation de l'Ynorie? Combien d'étrangers massacrés sans sommation parce qu'ils avaient osé franchir les frontières de l'Anorfain? Combien de miséreux morts de froid ou de faim dans les rues de Kendra-Kâr alors que la noblesse s'empiffrait éhontément des mets les plus rares dans leurs luxueux palais? Il y a toujours des abus, sans-nom, la cause est-elle mauvaise pour autant?"

Je garde le silence, troublé malgré moi par la véracité de ces propos, forcé de reconnaître le bien-fondé de ses paroles. Combien de Shaakts mon peuple a-t'il massacré pour s'emparer du Naora? Tellement que ce peuple a frôlé l'extinction et a été contraint de se mélanger aux bagnards de Raynna pour survivre, tellement qu'ils ne portent plus aujourd'hui le nom de Shaakts, mais d'Eruïons. Je le sais, et pourtant...pourtant je m'obstine à croire que mon peuple est un grand peuple, que notre cause est juste et que nous avions le droit de conquérir les terres qui nous étaient nécessaires. En quoi est-ce différent de ce que fait Oaxaca? Suis-je assez naïf pour croire que les Sindeldi n'ont pas massacré des fillettes pour s'emparer du Naora? Je l'étais, je l'ai été longtemps, mais maintenant...j'ai comme un sale goût dans la bouche. Färya m'observe en silence avec une attention palpable, consciente des doutes qui s'immiscent en moi, puis elle finit par remarquer doucement:

"Tu vois, rien n'est tout noir ou tout blanc, Elfe Gris, personne n'est mieux placé que toi pour le comprendre. J'aimerais connaître ton nom, me le diras-tu maintenant?"

Je la scrute pensivement durant quelques secondes, puis je finis par lui répondre à mi-voix:

"Tanaëth Ithil...c'est mon nom, Färya."

Elle sourit légèrement et m'adresse un petit hochement de tête pour me remercier de cette présentation des plus sommaires. J'ai beau la scruter de toute mon attention je ne parviens pas à distinguer la moindre malice dans son regard de braise, mais je n'ai jamais cherché à lire les intentions d'une Shaakte et celle-ci est sans doute passée maître dans l'art de la comédie, ce qui n'a rien de très rassurant. Mais, en quoi aurais-je confiance si ce n'est en mon jugement?

(Ô Sithi...quelle est la voie juste dans tout ça? Je croyais aux absolus, je pensais que tout deviendrait plus simple avec l'âge, l'expérience, et c'est tout le contraire qui se produit...tout est...gris...que dois-je faire? Tuer cette Shaakte parce qu'elle sert Oaxaca? Je ne sais plus...je...je n'ai pas envie de prendre sa vie...elle devrait être mon ennemie mais...suis-je devenu fou au point de croire qu'une Elfe Noire pourrait devenir une amie?! Tous ses mots ne sont-ils que subterfuge destiné à m'entourlouper? C'est une maître-espionne, profitera-t'elle de l'instant où je baisserai ma garde pour me trucider? Puis-je prendre ce risque? Ai-je seulement le choix?)

Je grimace imperceptiblement à cette dernière pensée, me revoyant en train de juger de la manière la plus inflexible qui soit l'humain qui me disait ne pas avoir eu le choix...on a toujours le choix, toujours. Mais chaque choix engendre des conséquences, et j'ignore totalement ce qui pourrait bien advenir de celui-ci.

(Suis ton coeur, bien-aimé, mais sois prudent car les avenirs sont troublés par cette femme...c'est un pivot de ton destin, les futurs possibles deviennent...plus nombreux, si tu décides de ne pas la combattre.)

(Est-ce un bien? Un mal?)

(Je n'en sais rien, il y a trop de possibilités. Les deux, sans doute, comme toujours.)

(Comme toujours, oui...)

Färya m'observe une nouvelle fois en silence, attentive à la moindre de mes expressions. Elle a baissé ses lames, pas assez pour se mettre en danger mais suffisamment pour indiquer une volonté d'éviter le combat, pour autant que ce ne soit pas une feinte. Je rive mon regard au sien et demande du ton le plus neutre que je puisse adopter:

"Admettons que nous ne nous affrontions pas, que se passerait-il selon toi? Tu sais pertinemment que je ne peux cautionner ta présence ici...et que je combattrai Oaxaca pour ce qu'elle a fait à mon peuple. Or tu la sers..."

La Shaakte sourit finement et rengaine ses lames d'un geste fluide et précis avant de me répondre:

"Je sers avant tout mes propres intérêts et tu fais de même, quoi que tu en dises, Tanaëth Ithil. Cela ne fait pas de nous des ennemis. Il n'y a pas de Sindeldi sur Nirtim et c'est là que je travaille. Quant à ma présence ici, elle était de toute façon très provisoire, j'ai à faire ailleurs. Tu seras remercié pour avoir rendu un grand service au royaume Kendran en démantelant un réseau d'espions d'Omyre, et tu auras gagné une alliée de l'autre côté du miroir."

"Tu sais pertinemment que l'Empire reconstituera un réseau d'espions ici...et nous risquons fort de nous recroiser si tu continues à servir ta reine noire...de plus cela m'obligerait à tuer ton séide et certain sergent afin qu'ils ne révèlent pas ton existence..."

Färya chasse mes objections d'une moue amusée et rétorque:

"Evidemment que d'autres viendront à Luminion, nous entre-tuer n'y changera rien et tu le sais très bien. Pour ce qui est du sergent, il ignore mon existence. Et si faire taire définitivement le lâche que tu as suivi jusqu'ici te dérange je m'en chargerai."

"Et toi, tu y gagnes quoi dans l'affaire? Où est ton intérêt dans tout ceci puisque tu sembles certaine d'être en mesure de me terrasser si nous combattions?"

L'Elfe noire me dévisage d'un air indéfinissable durant un interminable instant puis elle finit par murmurer:

"Le nom de Thil'isy te dit-il quelque chose?"

Je réfléchis quelques secondes, en vain car je n'ai pas souvenir d'avoir déjà entendu ce nom, si bien que je réponds:

"Non. Il devrait?"

"Il aurait pu. C'est le nom de la plus puissante famille de Caix Imoros. Et le mien, accessoirement. Rien n'est tout noir ou tout blanc, Tanaëth, les apparences sont souvent trompeuses."

Je fronce les sourcils d'incompréhension et maugrée:

"Ce qui signifie?"

"Caix Imoros est soumise à Oaxaca. En apparence du moins. Apparence que nous devons préserver à tout prix. Si tu connais mon peuple aussi bien que tu le prétends, alors tu sais que les intrigues pour le pouvoir sont nombreuses et tortueuses, les Matriarches ne voient pas toutes d'un bon oeil cette atteinte à leur domination."

"Je croyais que tu te considérais comme une exclue..."

"Tout comme toi, tu n'approuves pas la politique du Naora et pourtant tu agis pour ton peuple. Nous n'avons pas toujours été sous le joug Oaxien, mais Caix Imoros n'a pas le pouvoir de s'opposer seule à la déesse noire, nous devons composer avec elle. Pour l'instant. C'est un équilibre très délicat que je m'efforce de préserver."

"Ah. Je vois...nos objectifs seraient donc les mêmes, du moins jusqu'à un certain point. Soit."

Färya rit légèrement et écarte prudemment ma Vorpale d'un doigt pour s'approcher de moi, ce que je laisse faire bien que je sente tout mon être se crisper. Je sais que je joue ma vie sur une simple impression qui pourrait fort bien être trompeuse mais, parfois, il faut savoir parier sur son instinct...L'Elfe Noire glisse une main sensuelle derrière ma nuque et se dresse sur la pointe des pieds pour effleurer mes lèvres des siennes avant de me murmurer au creux de l'oreille:

"A bientôt, Tanaëth Ithil. Je viendrai peut-être te retrouver une de ces nuits, ne m'oublie pas...tu me raconteras comment tu as obtenu cette lame, elle appartenait à ma famille..."

Elle s'écarte lascivement de moi et m'adresse un sourire ensorcelant avant de quitter la salle d'un pas vif, ne laissant d'elle qu'un léger parfum d'orchidée et la sensation fugitive d'une caresse et d'un baiser qui n'avaient rien de chaste. Je reste immobile un long moment, pensif et plus troublé que je ne le devrais. J'ai laissé vivre et partir une espionne Shaakte d'Omyre...pire, je l'ai laissée m'embrasser...une situation qui n'est pas sans me rappeler le jeu malsain auquel je me suis livré avec Irina sur Izurith. Quant à la relique évoquée, je ne sais trop si je dois être soulagé que ce soit ma Vorpale qui a été remarquée plutôt que le diadème, je savais que cette lame venait de Caix Imoros mais j'ignore dans quelle mesure cette espionne aura à coeur de la récupérer lorsque le moment lui semblera propice...

Rien n'est tout noir ou tout blanc, il n'y a que d'infinies nuances de gris.


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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 21:18 
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Ce n'est que de longues minutes après que Färya Thil'isy a quitté la pièce que je prête attention à cette dernière, vide à l'exception de quelques vieux fragments de meubles brisés, comme toutes celles que j'ai pu voir jusqu'à présent. D'étroites fenêtres taillées à même le roc laissent entrer de fins rais de pâle lueur lunaire, donnant au lieu une atmosphère particulière, à la fois douce et froide, que je trouve apaisante. Voilà bien des décennies que je ne me suis senti aussi profondément déstabilisé, doutant de tout ce que je croyais fermement défini comme étant juste ou faux. Je m'installe en tailleur dos à un mur, de manière à voir l'astre nocturne par l'une des meurtrières. J'ai besoin de réfléchir, de reconstruire un socle à mon existence dont les bases me semblent douloureusement s'effriter comme château de sable sous la marée.

Que suis-je en train de faire? Que suis-je en train de devenir? Un traître, comme mon père, comme l'ami de Rolf? Je haïssais les Shaakts pour ce qu'ils ont fait à mon ami Woran et parce qu'ils menaçaient Hidirain, ils ont massacré mes frères d'armes Hinïons dans les montagnes et voilà deux fois que je folâtre avec des femmes de ce sombre peuple. Cela malgré que je me sois lié à Ethëll, à qui je n'ai toujours pas écrit depuis que je suis revenu d'Izurith. Je croyais naïvement que la Voie serait belle et droite en devenant Danseur d'Opale mais, par Sithi, sur quel tortueux chemin me suis-je engagé? Ce choix que je viens de faire, cette décision de laisser filer Färya, m'oblige maintenant à assassiner un homme du Duc parce qu'il est au courant de son existence. Le fait que ce soit un traître, de le considérer comme tel, rendait la chose facile, mais de quel droit puis-je le juger maintenant que je me suis compromis avec la femme qui l'a contraint? Et en parlant de femme, l'épouse de cet homme et sa fille sont soi-disant captives dans les souterrains de cet ancien temple, vais-je le libérer pour leur apprendre que j'ai froidement assassiné leur époux et père? Ou devrais-je tomber plus bas encore et leur mentir sur les raisons de son décès? Que suis-je en train de devenir?

Un rire sans joie jaillit de mes lèvres à cette pensée, la réponse est pourtant si simple: je deviens une Lame du Crépuscule et je représente Sithi, notre Mère d'Ombre et de Lumière. Cela résume tout.

Le temps des questions existentielles est échu, j'ai fait un choix et l'heure est venue de l'assumer, il n'y a plus à hésiter ou à tergiverser. Ma voie sinue sur le fil d'une lame acérée, d'un côté le "bien", de l'autre le "mal", une Lame du Crépuscule conserve son équilibre précaire entre ces deux extrêmes, elle n'est ni l'un, ni l'autre, elle est les deux.

Je me relève fluidement et me dirige sans plus attendre vers le sommet de la bâtisse où je retrouve le soldat que j'ai étroitement ligoté et bâillonné. Il s'est réveillé et me regarde approcher avec, dans les yeux, une profonde terreur, tentant de son mieux de reculer lorsque je m'accroupis face à lui. Je l'observe un instant en silence, puis je lui demande doucement:

"Veux-tu vivre, Gerd?"

Il opine frénétiquement du chef, une lueur d'espoir renaissant dans ses prunelles, si bien que je poursuis:

"Bien. Alors écoute-moi attentivement. Tu vas aller chercher ce sergent de l'intendance, et me l'amener ici discrètement en lui disant que l'un de ses supérieurs veut le rencontrer."

Je laisse planer un instant de silence pour donner du poids à mes paroles et je poursuis:

"Si tu fais exactement ce que je te dis, ta femme et ta fille vivront et toi avec, nul à part moi ne saura jamais ce que tu as fait ici et tu pourras reprendre ton ancienne vie avec ta famille. Tu seras dorénavant à mon service, je ne te demanderais jamais rien qui puisse nuire à Luminion ou à ta famille, au contraire tu pourras réparer le mal que tu as fait. Mais trahis-moi et je jure devant Sithi que tu regretteras de n'être pas mort aujourd'hui. Marché conclu?"

L'humain acquiesce fébrilement, les yeux pleins de larmes de reconnaissance, je lui offre une chance de s'en tirer alors qu'il n'en avait aucune, mieux, je lui offre de retrouver sa famille et même sa vie d'avant, comment pourrait-il refuser? Je souris légèrement et dégaine ma dague pour trancher ses liens avant de le relever d'une traction. Il retire lui-même son bâillon et, à l'instant où il s'apprête à ouvrir la bouche, je le coupe froidement:

"Pas de questions ni de remerciements larmoyants. Vas maintenant, le temps nous est compté. Ne me déçois pas, Gerd. Et débrouilles-toi pour trouver un grand sac en chemin, nous en aurons besoin."

Je l'accompagne jusqu'à la sortie et en profite pour appeler Sinwaë, qui ne tarde guère à rappliquer, espérant sans doute recevoir sa pitance du soir. Je lui fournis une lanière de viande séchée prélevée dans mes provisions et lui ordonne de rester dans le couloir d'entrée de l'étrange temple, espérant qu'il me préviendra quand les deux humains reviendront. Le Kendran a évoqué des créatures enfermées dans les souterrains en compagnie de sa famille, un double problème qui doit être réglé avant leur retour si je veux que mon plan se déroule sans accroc.

Bien que le bâtiment ne soit pas immense, il me faut quelques minutes pour trouver un escalier plongeant vers les tréfonds car il est astucieusement dissimulé par un pan de mur pivotant. Toutefois le sol étant poussiéreux et encombré de débris, la trace en arc de cercle laissée par terre par l'ouverture du panneau rocheux me permet de le découvrir sans grand mal. Derrière, un étroit escalier en colimaçon taillé dans la roche vive plonge dans des ténèbres si totales qu'il me faut demander à Syndalywë de faire un peu de lumière afin d'y distinguer quelque chose. L'endroit étant pour le moins exigu, je laisse mes lames au fourreau et me munis de ma dague, plus appropriée, avant de m'engager dans la descente abrupte. Je compte une cinquantaine de marches avant de parvenir à l'étage inférieur, constitué d'un étroit couloir long d'une vingtaine de mètres dont les parois latérales sont percées de plusieurs portes de chêne renforcé de ferrures rouillées. Malgré cette rouille les portes, quatre de chaque côté, semblent en parfait état. La vue des grosses serrures me fait grimacer, je n'ai évidemment pas pensé à demander à Färya où étaient les clés...et défoncer les battants que je devine épais n'aura rien d'aisé, d'autant plus que l'étroitesse du couloir ne laisse pas le loisir de prendre le moindre recul. Je soupire en songeant que je viens de me débarrasser de la masse prise au colosse graisseux, une arme qui m'aurait certainement permis d'éclater ces portes en quelques coups. Dubitatif, je fais silence afin d'entendre d'éventuels bruits mais pas un son ne trouble le silence, si sépulcral que j'en viens à me demander s'il y a vraiment quelque chose de vivant dans ces souterrains.

(Es-tu bien certain que toutes ces portes soient fermées,) demande ma Faëra avec une discrète ironie?

(Euh...non...pas bête ça...)

J'entreprends aussitôt de le vérifier en exerçant une poussée sur chacune et pousse un grognement désabusé lorsque la troisième sur la gauche s'ouvre en grinçant lugubrement, pourquoi Syndalywë a-t'elle toujours raison?! Il n'y a qu'une petite pièce vide d'environ trois mètres de côté derrière le battant, mais je ne l'en explore pas moins méticuleusement. Et bien m'en prends car je découvre un trousseau de clés accroché derrière la porte. Au temps pour la masse. Muni de ce trésor, je regagne le couloir et m'assure que les autres portes sont fermées, ce qui est bien le cas. Je colle ensuite l'oreille à chacune afin d'essayer de percevoir un bruit quelconque, mais en vain, sans doute les battants sont-ils trop épais, pour autant qu'il y ait quelque chose à entendre évidemment. Les créatures mentionnées par Gerd existent-elles vraiment? Je n'en sais rien pour l'instant mais, dans le doute, je rengaine ma dague et me saisis de mon ardente avant d'ouvrir la première porte, même avec aussi peu d'espace je me sens plus à l'aise avec une épée qu'avec un vulgaire poignard s'il me faut affronter je ne sais quelle monstruosité...

Rien. Une salle vide, identique en tous points à celle dans laquelle j'ai trouvé les clés. La deuxième porte que je déverrouille ne recèle rien de plus, de même que les troisième et quatrième. La cinquième en revanche m'offre un spectacle désolant: un squelette est recroquevillé au sol, dans un coin de la pièce. Il n'y a rien de plus que des os, pas la moindre trace de vêtements ou de chair, sans doute les rats se sont-ils régalés, leurs excréments desséchés depuis longtemps jonchent le sol. La sixième porte me dévoile un tableau bien pire encore d'une certaine manière: deux créatures en haillons, misérables, décharnées et crasseuses au possible se rencognent craintivement dans un angle de la cellule lorsque j'en ouvre la porte...vivantes, mais pas de beaucoup...Un regard plus attentif m'apprend qu'il y a là une femme d'âge mûr et une fillette, sans aucun doute la famille de Gerd, maudite soit Färya! Depuis combien de temps n'ont-elles pas mangé? Trop, je n'en doute pas un instant en voyant leur maigreur, mais au moins elles ne semblent pas avoir été torturées ou même blessées, pour ce que j'en vois. Une odeur répugnante de déjections naturelles rend l'atmosphère irrespirable, les malheureuses ont été contraintes de se soulager dans un coin de la pièce et n'ont apparemment même pas eu droit à une cruche d'eau. Un léger ruissellement est visible contre l'un des murs, sans doute lui doivent-elles la vie, par Sithi comment peut-on traiter ainsi un être vivant?! Néanmoins le moment est mal choisi pour laisser éclater ma colère, les deux prisonnières sont bien assez terrorisées comme ça. Je m'adresse à elles d'une voix douce et rassurante et m'approche lentement d'elles en sortant ma gourde d'eau de mon sac et en la leur tendant:

"Vous n'avez rien à craindre de moi, dames, votre calvaire s'achève aujourd'hui. Tenez, buvez..."

Les deux femmes clignent des yeux lorsqu'elles lèvent enfin la tête vers moi, aveuglées par la lumière de ma lame flamboyante, le regard empli de doute et de crainte. Pour finir c'est la fillette qui tend la main pour s'emparer de ma gourde en me dévisageant de ses grands yeux bruns, ils ont dus être brillants et pleins de vie, autrefois, mais pour l'instant ils sont si ternes que j'en ai le coeur brisé d'imaginer ce qu'elle a vécu dans ce cachot. Je lui souris de manière encourageante et l'incite à boire tout son saoul d'un petit geste de la main avant de me tourner vers sa mère:

"C'est fini, vous allez sortir d'ici et retrouver une vie normale. Votre mari va bien, il ne tardera pas à vous rejoindre."

La femme me répond après une hésitation, d'une voix rendue rauque par la soif:

"Qui...qui êtes-vous?"

"Un ami, je m'appelle Tanaëth. Buvez, cela vous fera du bien."

J'attends qu'elle se soit désaltérée, puis je reprends:

"Votre mari, Gerd, m'a dit qu'il y avait des créatures maudites ici, savez-vous de quoi il s'agit?"

La femme secoue négativement la tête en me tendant ma gourde en retour:

"Non...nous...nous avons été amenées ici avec un sac sur la tête...je ne sais même pas où nous sommes...ni combien de temps nous avons passé dans ce cachot..."

"Je ne sais pas depuis quand vous êtes là, mais nous sommes dans un bâtiment abandonné à quelques minutes de Luminion. Vous pouvez vous lever?"

"Je...je crois..."

Je lui tends une main secourable en la voyant peiner à se redresser et la relève en douceur, tout comme sa fille, puis je reprends:

"Savez-vous pourquoi vous avez été enfermées ici?"

L'humaine opine tristement et murmure d'une voix brisée:

"Elle...elle a obligé mon mari à trahir notre Duc...une Shaakte...elle a dit que s'il ne faisait pas exactement tout ce qu'elle voulait...et maintenant..."

Je la coupe d'une voix ferme:

"Maintenant tout ceci va se terminer et vous aller retrouver une vie normale. Nul ne saura jamais que votre mari a été contraint de trahir, mais je vais avoir besoin de votre aide."

La femme me scrute avec un profond désarroi, mais elle finit par acquiescer:

"Je...que dois-je faire?"

"Vous armer d'un brin de patience, pour commencer. Votre mari a été contraint de trahir, mais il en est un autre qui a trahi par conviction et qui connaît le rôle joué par Gerd. Cet autre homme doit mourir si vous voulez être en sécurité, votre époux ne va pas tarder à le ramener ici pour que je m'occupe de lui. D'ici là, s'il y a vraiment des créatures maudites ici, je dois les éliminer, de préférence avant qu'ils ne reviennent. Mieux vaudrait que vous ne restiez pas ici, mais vous devrez attendre que j'en aie terminé avant de pouvoir retourner à Luminion. Pensez-vous pouvoir grimper quelques escaliers si je vous aide?"

Il nous faut plusieurs minutes pour regagner le premier étage de la bâtisse, mais je finis par les laisser dans une salle avec de quoi manger en leur recommandant le plus absolu silence. Ceci fait, je redescends dans les souterrains après m'être assuré que Sinwaë restait bien sagement à la place que je lui ai assignée. Je me dirige directement vers les deux dernières portes fermées et déverrouille la première que je pousse d'un rude coup de pied avant de reculer prestement, prêt à combattre si besoin.


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Jeu 2 Mar 2017 23:34, édité 1 fois.

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MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 21:24 
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La créature qui jaillit de la porte ouverte semble sortir tout droit du plus profond des enfers, parodie cauchemardesque d'humanoïde pourvue de quatre bras et de deux têtes décharnées. Sa peau est verdâtre et verruqueuse, ses mains prolongées de courtes griffes recourbées, une puissante queue jaillit de son postérieur et fouette colériquement les airs, mais ce qui reste le plus effrayant dans cette ignominie est son regard, deux puits sans fonds de haine et de rage avide qui me fixent avec une malveillance si absolue que je me sens blêmir. Je raffermis mes prises sur mes lames et me prépare à encaisser l'attaque de la bête, mais elle se contente d'émettre un odieux ricanement et se précipite de toute sa masse contre la porte faisant face à celle qu'elle vient de franchir. L'huis pourtant épais craque sous le choc, par Sithi qu'essaye-t'elle de faire?! Elle pousse alors un ignoble hurlement qui met mes nerfs et mes tympans à rude épreuve tant il est aigu. Je suis sur le point de me lancer à l'assaut lorsqu'un cri abject résonne soudain en réponse, assourdi par l'épaisseur du bois, qui apporte une réponse à ma question: il y a une deuxième de ces atrocités dans l'autre salle et elle tente de la libérer.

Je fonce en avant dans une explosion de Ki, unissant la Danse de l'Eclipse à celle des sabres, le fait que la porte de chêne massif ait craqué sous l'impact en dit long sur la puissance de cette créature et je ne tiens absolument pas à devoir affronter deux de ces abjections en même temps. Toutefois le monstre fait preuve d'une vivacité effarante et trouve le temps de porter un nouveau coup de boutoir à la porte déjà malmenée avant que je n'arrive au contact en tournoyant sauvagement. Le battant se fend, sans céder pour l'instant, mais cette nouvelle tentative ralentit l'immonde qui ne parvient pas à esquiver la tempête d'acier que je fais déferler sur elle! Mon Ardente tranche l'un des poignets de la créature et ma Vorpale lui fracasse la clavicule au terme d'une puissante ellipse descendante, se fichant profondément dans un os que je suppose être son omoplate. Un coup mortel pour tout être vivant, mais vivante la créature ne l'est pas et cette erreur de jugement de ma part me place en fâcheuse position. J'avais escompté qu'elle succomberait à cette attaque redoutable, mais elle ne fait que reculer d'un pas et tente de m'asséner une double gifle de ses deux bras valides! Je suis près, beaucoup trop près, et mon ardente emportée par son élan est au diable...je n'ai que le temps de contracter tous mes muscles pour absorber le choc en priant pour que mon armure résiste.

Les Runes incrustées sur ma cuirasse me protègent du pire, mais l'impact est d'une puissance telle que je suis projeté avec une effrayante brutalité contre la porte fissurée, qui cède sous le choc! Je ne dois qu'à mes talents d'équilibriste de ne pas m'affaler pitoyablement en arrière et parviens à récupérer mon équilibre compromis en reculant vivement d'un entrechat peu gracieux qui constitue, je le réalise avec une fraction de seconde de retard, une erreur magistrale. Les quatre bras de la deuxième horreur se referment sur moi comme les mâchoires d'acier d'un piège à loups, avec une telle force que j'en ai le souffle coupé. Sans réfléchir, je donne un violent coup de tête en arrière, je percute sans doute le visage de la bête au son des os qui se brisent, mais l'étreinte ne se relâche pas pour autant et sa comparse en profite pour se jeter sur moi avec la ferme intention de refermer ses pattes griffues autour de ma gorge! Me laissant porter par la goule qui m'écrase les côtes, je ramène hâtivement mes deux jambes contre mon torse et les détends brutalement en direction du ventre de l'assaillante qui se plie en deux sous le violent impact. Ce geste a aussi pour effet de me propulser en arrière avec la bête qui me tient toujours captif, jusqu'au mur du fond de la cellule qui interrompt net ce subit recul. La créature derrière moi glapit en percutant le rocher et je sens l'étreinte se relâcher un peu, juste assez pour que je puisse lui envoyer mon coude droit bardé de mithril à toute volée dans les côtes!

L'effroyable pression s'affaiblit un bref instant et j'en profite pour me retourner sèchement entre ses bras en tirant férocement ma Vorpale à hauteur de taille pour éventrer l'ignoble dans le mouvement. Acculée contre la paroi, elle ne peut reculer et ma lame fend salement l'abdomen de la goule qui me lâche enfin en hurlant, non sans arracher mon sac de mon dos au passage. Je me dégage d'une saccade et prends une ample inspiration pour retrouver mon souffle lorsque la deuxième atrocité me tombe dessus à bras raccourcis. Les griffes de sa main supérieure gauche me balafrent le visage tandis que son poing inférieur droit me percute le ventre, assez durement pour m'envoyer valdinguer contre un mur où je me cogne méchamment le crâne! Je suis sonné, mais je parviens quand même à relever à temps mon ardente pour empêcher la goule qui se rue sur moi de m'achever, la lui fichant de pointe dans le torse. La bête immonde rugit de douleur et de rage alors que la flamme de ma lame lui calcine les chairs. Elle recule d'un pas et j'en profite pour rassembler tout mon Ki dans ma Vorpale, dont je la frappe d'un revers colossal à hauteur de tête en hurlant à pleins poumons. L'abjecte trouve moyen de lever deux bras pour se protéger mais ma redoutable relique lancée à pleine puissance fracasse os et chairs de cette maigre défense et défonce brutalement l'une des faces atroces de la cauchemardesque créature! Je dégage mon Enflammée d'une vigoureuse traction et la balance afin de décapiter l'ignoble, mais la queue de l'autre bestiole me percute à cet instant dans le dos avec une telle force que cela me projette à terre.

Je roule frénétiquement au sol pour éviter de lui laisser l'opportunité de me porter un nouveau coup, mais la taille réduite du lieu joue contre moi et je vais m'empêtrer dans les pattes de sa comparse, qui choit sur moi dans l'aventure! Elle tente sauvagement de me défigurer de sa dernière main valide tandis que je sens sa queue s'enrouler autour de ma cheville droite, une sourde panique commence à me gagner, bon sang que faut-il pour abattre ces immondices?! J'arrive de justesse à détourner le visage pour éviter de me faire éborgner, ce qui me permet de voir du coin de l'oeil que la deuxième goule se précipite aussi à la curée, une attaque visant mon épaule gauche que je n'ai aucun espoir d'éviter, coincé comme je suis! Je rassemble désespérément mon Ki pour l'employer dans une technique que je n'aime guère, mais je n'ai plus vraiment le choix. Je ne cherche pas à éviter le coup de la créature, je me contente de me contorsionner comme je peux pour limiter la casse et, de la main droite, fais décrire une arabesque horizontale flamboyante à mon ardente, à une main du sol. Je manque défaillir sous la douleur lorsque les griffes de la bête fouaillent mon épaule au défaut de l'armure, mais ma résistance à la souffrance me permet tout de même de poursuivre mon attaque désespérée et je sens mon embrasée sectionner l'une des chevilles de l'ignoble qui s'effondre au sol!

Néanmoins la bataille est loin d'être gagnée et je frémis en voyant la créature ramper vers moi tandis que l'autre qui me bloque toujours à terre continue à tenter de me déchiqueter la face, ce que je n'évite qu'en me tortillant comme un ver. Mes lames me sont d'un piètre secours, trop longues pour me débarrasser de celle qui m'écrase de tout son poids, mais quitte à les lâcher autant que cela serve. Je laisse donc tomber mon ardente juste à côté de nous et, d'une sauvage convulsion, fais basculer la maudite qui me surplombe droit dessus! Elle glapit au contact de la flamme et me libère enfin de son contact répugnant, partiellement du moins car sa queue maintient toujours son emprise sur ma cheville. Je dégaine ma dague de ma main libre, en grimaçant de douleur lorsque cela tire sur mon épaule blessée, et la lui plonge dans le coeur en hurlant. Cela ne la tue pas, mais cela me laisse le temps de puiser dans mes dernières forces pour me redresser en position assise et trancher la queue qui m'entrave au moyen de ma Vorpale. Je me relève d'un bond juste avant que sa comparse désormais unijambiste ne puisse m'atteindre et déploie mon Ki en une nouvelle attaque colossale rageuse de ma lame lactée, que j'abats sommairement sur son odieuse caboche à la manière d'un bûcheron voulant fendre un billot. Je rugis de satisfaction lorsque ma relique fend littéralement en deux la double trogne de la monstruosité, puis de dépit et de surprise lorsque la créature que j'ai jetée sur mon ardente me balaye les jambes de son dernier bras! Je chute durement sur la bête dont je viens de fracasser le crâne, mais une roulade précipitée en direction de la porte me permet de me dégager du combat et de me relever presque aussitôt.

Je cille en réalisant que les deux abjectes "vivent" encore malgré les effroyables blessures que je leur ai infligées. Par les enfers, sont-elles immortelles?! J'espère que non, à défaut d'être mortes elles sont contraintes de ramper dans ma direction, incapables de se jeter sur moi pour l'instant. Ce dont je suis profondément soulagé car je sais que j'ai atteint les limites de ma résistance. Mon visage lacéré me fait souffrir le martyr et mon épaule sanglante me brûle atrocement, sans compter les divers chocs qui m'ont sérieusement affaiblis. J'ai du mal à respirer et mon souffle est aussi court que douloureux, je dois avoir quelques côtes cassées ou, au moins, fêlées, l'évidence est criante: je ne suis plus en état de poursuivre ce combat, si affaiblies que soient ces créatures terrifiantes, il suffirait d'un coup mal placé pour que je sombre. Je m'assombris en voyant mon sac à terre, derrière les deux horreurs, mes gourdes magiques sont dedans et je n'ai aucun moyen de le récupérer sans passer à leur portée. J'ai toujours mon arc, mais mes flèches sont éparpillées au sol et, pour la plupart, brisées, ce qui le rend totalement inutile. Quant à mon Ki, j'ai puisé dedans plus que de raison, je pourrais peut-être l'utiliser une fois encore, avec modération, mais le traître que j'ai retourné ne va pas tarder à ramener le sergent et j'ignore tout des capacités de ce bougre, mieux vaudrait que je conserve une bribe de mon pouvoir au cas où. En revanche, il y a une chose que je pourrais tenter...

Je passe ma Vorpale dans ma main blessée et, de la valide, déroule l'un de mes fouets que je fais claquer en priorité dans la face de la créature la plus proche pour l'obliger à reculer, ce qu'elle fait en grognant de dépit. Puis je réitère en visant une lanière de mon sac à dos cette fois. Il me faut deux essais avant de réussir à enrouler autour la mèche de mon arme, mais j'y parviens et ramène mes précieuses affaires vers moi en exerçant une traction sèche sur mon fouet. J'esquisse le geste de m'emparer de l'une de mes gourdes lorsque l'une des créatures trouve la force de se relever et titube vers moi, fortement ralentie mais néanmoins encore capable de me menacer de ses griffes qui fendent les airs en sifflant dans son inextinguible volonté de m'atteindre. Je recule précipitamment et lui fais claquer mon fouet au visage, mais la damnée ne recule pas pour autant, elle bondit au contraire sur moi malgré la balafre infligée! Je remonte furieusement ma Vorpale en une courbe vicieusement destinée à son entrejambe, serrant les dents sous la souffrance que ce geste m'inflige, mais la douleur en vaut la peine car ma lame d'adamantite déchire la créature jusqu'au nombril et la fait repartir en arrière aussi sec, hurlante de douleur et de dépit. J'enchaîne en effectuant une volte hargneuse, j'en ai ma claque de ces atrocités, et frappe de biais à la naissance du cou de l'immonde, ce qui la projette à terre sous la violence de l'impact. Sans lui laisser le temps de se reprendre, je lui colle au train pour abattre brutalement mon épée sur la plaie que je viens de lui infliger, un coup effroyable qui tranche net le col de l'odieuse! J'en hurle de soulagement, cette fois elle ne s'en relèvera pas!

Je peux enfin absorber une potion de soin divine, puis une deuxième lorsque je réalise que la première ne suffit pas, et de loin, à me guérir totalement. Je sens avec un immense soulagement mes blessures se refermer et la vie circuler à nouveau dans mon corps malmené, je crois que ce n'est pas passé bien loin, cette fois... Une fois que j'ai retrouvé une forme acceptable, je m'approche prudemment de la créature toujours vivante et la décapite sans le moindre état d'âme, quel genre d'être faut-il être pour créer de pareilles abjections? Cela m'échappe, mais les sbires d'Oaxaca semblent se faire un devoir de rivaliser dans la création d'horreurs innommables et je ne doute pas avoir encore à faire à de tels monstres à l'avenir. Je récupère mes affaires éparpillées dans la petite salle, mon Ardente principalement, mais aussi des flèches brisées dont je ne garde que la pointe et quelques unes encore intactes. Je me saisis ensuite des deux doubles têtes tranchées avec un certain dégoût et les dépose sur la première marche de l'escalier remontant. Ceci fait, j'entasse les deux corps dans la cellule à la porte brisée et entasse sur eux les débris de l'huis, que j'enflamme grâce à mon ardente. Une précaution bien inutile sans doute étant donné que je leur ai coupé la tête, mais j'ignore beaucoup de choses sur les capacités de régénération des morts-vivants et j'ai entendu dire que le feu les détruisait, je dormirai plus tranquille en les sachant réduites en cendres.


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MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 21:28 
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Je profite des quelques instants de tranquillité qui suivent pour mettre un peu d'ordre dans mes pensées, tout s'est précipité au cours de l'heure qui vient de s'écouler et il y a des questions que j'ai omis de poser à Faryä. Cette dernière m'a joliment embobiné, j'en suis à peu près certain, mais, d'un autre côté, Syndalywë m'a précisé que cette Shaakte pouvait devenir un pivot de mon existence. Ce qu'elle a voulu dire par là je l'ignore et je sais qu'elle ne m'en dira pas davantage, les avenirs possibles sont nombreux et même elle ne peut définir lequel sera réellement vécu. Quoi qu'il en soit, je ne peux plus changer ce qui s'est passé, quand bien même je le voudrais. Rien ne sert donc de s'en préoccuper pour l'instant. Plus urgente est la nécessité de définir précisément la suite de mon action, en laissant filer l'Elfe Noire je me suis condamné à danser sur de la glace pourrie. Mieux vaudrait que j'évite le plus infime faux pas si je veux éviter que cela ne se retourne contre moi, je doute fort que le Duc partage ma vision des choses concernant Faryä et la traîtrise de Gerd. Tout aurait été plus simple si ce dernier avait été seul, je l'aurais amené enchaîné devant le Duc sans état d'âme, mais il a une fillette et une femme, toutes deux innocentes. Qu'aurais-je fait à sa place? La réponse est simple: tout ce qui aurait été nécessaire pour qu'elles vivent. Seulement, laisser ces trois êtres en vie me fait courir un risque, s'ils venaient à parler un jour j'aurais un sérieux problème sur les bras. Je soupire doucement, rien ne sert d'y songer, je ne tuerai pas une femme et son enfant sous le prétexte que je cours un risque, j'en suis incapable. Je vais devoir suivre mon plan initial, c'est la seule voie possible, advienne que pourra.

Près d'une heure s'est écoulée depuis la fin de mon combat contre les atrocités lorsque Gerd revient enfin, accompagné d'un autre humain dissimulé dans une cape sombre. J'ai pris soin d'emmener Sinwaë dans une pièce située près du sommet et de lui laisser une bonne ration de viande, ce qui devrait le faire se tenir tranquille un moment. Quant à moi, j'attends les deux hommes en me dissimulant dans la pièce la plus proche de l'entrée et je les laisse passer devant moi et faire encore quelques mètres avant de sortir dans le couloir, tenant mon arc sur lequel j'ai encoché l'une des rares flèches intactes qu'il me reste. Je vise posément le sergent, gèle ma flèche d'une pensée et la décoche de toute la puissance de ma relique. Le trait se fiche dans la nuque de l'homme qui choit sans un cri, tué sur le coup. Gerd sursaute et se retourne vers moi, blême, murmurant d'un air effaré:

"Bons Dieux...vous...vous lui avez tiré dans le dos?!"

Je le fixe froidement et range mon arc avant de m'approcher de lui pour répondre calmement:

"Il s'apprêtait à envoyer un pigeon à ses employeurs, je n'ai pas eu le choix, il fallait empêcher le message de partir, n'est-ce pas?"

"Je...oui...oui, bien sûr...et...ma femme et ma fille...?" bégaie l'homme qui s'efforce de ne pas fixer le cadavre tombé à ses pieds.

"Elles vont bien, elles t'attendent. Mais avant de les rejoindre, écoute-moi attentivement. Ni toi ni ta famille n'êtes jamais venus ici, il ne s'est rien passé de particulier dans votre vie ces derniers temps. Trouve une bonne excuse si l'absence de ta femme et de ta fille a été remarquée, maladie ou autre, mais débrouille-toi pour que nul n'apprenne jamais ton rôle dans cette affaire si tu veux vivre. Me suis-je bien fait comprendre?"

Gerd opine sans hésiter, il n'a pas le choix de toute manière, si bien que je poursuis en le fixant au fond des yeux d'un regard sévère et inflexible:

"Mon ordre va s'installer dans ce bâtiment et enseigner ses arts guerriers aux hommes que nous enverra le Duc, mais nous allons aussi intervenir directement dans cette guerre contre l'empire Oaxien, principalement là où le Duc a les mains liées. Tu nous aideras de tout ton pouvoir dans ces tâches et tu nous transmettras toute information utile que tu apprendras, c'est le prix que j'ai exigé pour ta vie et que tu as accepté. Tu rendras compte au commandeur qui va arriver ces prochains jours, fais en sorte que je n'aie jamais à regretter de t'avoir laissé la vie, Gerd. As-tu trouvé le sac que je t'ai demandé de me fournir?"

L'homme incline solennellement le visage et me tend un grand sac de cuir en répondant d'une voix un peu tremblante mais pleine de gratitude:

"Vous n'aurez pas à le regretter mon seigneur, je vous dois la vie de ma femme et de ma fille, je ne l'oublierai pas."

"Bien. Alors vas chercher ta femme et ta fille, elles sont à l'étage au-dessus, et rentrez chez vous."

Gerd me remercie d'une petite révérence et se précipite vers les siens tandis que je dégage le corps du passage et le dissimule dans l'une des pièces du rez de chaussée en attendant qu'ils quittent le bâtiment, la fillette n'a nul besoin de voir un cadavre après ce qu'elle vient de vivre. La femme m'adresse un long regard et un petit signe de tête en passant devant moi, ses yeux sont pleins de questions mais elle s'abstient sagement de les poser et je me contente de lui sourire tranquillement. Une fois qu'ils sont partis, je vais récupérer les têtes des deux atrocités et les mets dans le sac fourni, puis je gravis les marches jusqu'au dernier étage et m'accoude pensivement à l'embrasure d'une fenêtre, heureux de respirer l'air pur de l'extérieur après ce que je viens de vivre. Sinwaë ne tarde pas à me rejoindre et il me faut batailler ferme pour l'empêcher de s'en prendre aux pigeons toujours enfermés dans leurs cages, mais il finit par renoncer et s'allonge en soupirant à fendre l'âme. Je vais m'adosser contre lui, un bras autour de l'encolure, la journée a été longue et j'ai besoin de repos, aussi bien physique que moral.


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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 21:33 
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Je médite depuis une dizaine de minutes lorsque mon fauve gronde et se dégage pour se lever, m'avertissant de l'arrivée imminente de quelqu'un. Je me relève vivement en dégainant mes lames d'un geste un peu plus lent que de coutume, mon corps est las et j'espère ne pas avoir à mener un nouveau combat, vidé que je suis de mon énergie intérieure. La silhouette que je découvre quelques instants plus tard dans l'embrasure de la porte me fait froncer les sourcils d'incompréhension:

"Färya?! Que fais-tu encore ici?!"

L'Elfe noire s'approche lentement en me dévisageant, sans tenir compte de mon Ithilartëa qui grogne en lui montrant les dents, jusqu'à frôler ma joue du bout des doigts en murmurant avec un sourire ambigu:

"Je m'assure que tu ne commets pas d'erreur, mon beau Sindel."

Je rengaine mes lames et plante mes prunelles de jais dans les siennes pour lui demander d'un ton qui oscille entre l'amusement et la méfiance:

"Merci, mais je suis capable de me débrouiller tout seul, Färya..."

"J'en doute. Ton coeur est trop tendre pour que tu survives à l'affaire dont tu t'es mêlé, Tanaëth."

"Et que sais-tu de mon coeur, toi?"

La Shaakte pose un index impérieux sur ma poitrine bardée de mithril et désigne l'extérieur de l'autre:

"Je sais tout ce qu'il y a à savoir, petit Elfe. Tu as laissé la vie à des êtres pouvant causer ta perte. Et la mienne."

J'en oublie de respirer en entendant cela, mes veines se mettent à charrier de la glace plutôt que du sang et c'est d'un souffle atterré que je la questionne:

"Dis-moi que tu ne les as pas tués..."

"C'était nécessaire."

Je recule d'un pas en portant les mains à mes armes, une colère terrible m'envahit à l'idée que la fillette ait été assassinée, encore une que je n'ai pas su protéger! Je suis sur le point de dégainer mes redoutables lames et de me jeter sur Färya lorsqu'elle passe à l'action, avec une vivacité si éblouissante que je n'ai pas même le temps de former une pensée. Sa lame rougeâtre est sortie de son fourreau et son tranchant appuyé contre ma gorge avec la légèreté d'une plume...Ô Mère...comment a-t'elle fait ça?!

"Je t'ai dit que je n'étais pas une adversaire à ta portée, Tanaëth Ithil. Écarte tes mains de tes armes, doucement."

J'obtempère, la mort dans l'âme, je n'ai pas la moindre chance de parvenir à dégainer mes épées avant qu'elle ne me tranche la gorge. Un sensation extrêmement désagréable d'impuissance me noue la gorge et les tripes, personne ne m'a aussi clairement dominé depuis les premières années de ma formation et c'est toute ma confiance en mes capacités martiales qui s'effondre. L'Elfe noire me fixe d'un regard imperceptiblement moqueur qui fouaille douloureusement dans la plaie que vient de subir mon égo, puis elle retire sa lame de mon cou et poursuit froidement:

"Cet humain aurait parlé, tôt ou tard. Il aimait beaucoup trop le vin et c'était un lâche. Il devait mourir."

"Admettons, mais tu n'étais pas obligée de tuer sa femme et sa fille, par Sithi!!!"

"Elles en savaient trop et elles auraient été demander justice au Duc. C'est un risque que toi et moi ne pouvons courir, trop de choses en dépendent."

Je la contemple sombrement, je ne peux pas cautionner l'assassinat d'une enfant, quelles qu'en soient les raisons, et lui rétorque durement:

"Il n'y a pas de "toi et moi", Färya. Il suffisait de les éloigner, elles ne méritaient pas de mourir par tous les dieux!"

L'Elfe noire franchit d'un pas la distance que j'ai mise entre nous et rit lorsque mon brusque mouvement de recul me fait heurter le mur qui se trouve dans mon dos. J'ai des envies de meurtre, si puissantes qu'elles me font légèrement trembler, mais je ne tiens pas à mourir cette nuit et je parviens par miracle à me contenir quant elle se colle lascivement à moi en encadrant mon visage de ses mains. Elle me scrute quelques instants dans un silence pesant, un éclat amusé dans les yeux, puis murmure:

"Ta bonté d'âme est touchante mon bel Elfe, mais elle te tuera si tu n'y prends pas garde. Oaxaca et certains de ses serviteurs savent à merveille exploiter ce genre de sentiments. Tu vas devoir t'endurcir si tu veux lutter contre son pouvoir. Les "gentils" ont échoué, Koushuu a été brisé, l'alliance des "peuples libres" n'est plus que cendres et aujourd'hui c'est la peur et l'égocentrisme qui dictent leurs actions. Il n'y a que dans les contes pour enfants que le "bien" triomphe glorieusement du "mal", Tanaëth."

Je serre les dents aux paroles de la superbe Elfe noire, une fois de plus elle exprime clairement quelque chose que je sais pertinemment mais que je n'ai aucune envie de reconnaître. Il y a quelque chose de terriblement naïf dans ce que l'on qualifie communément de "bien", ce n'est qu'un idéal utopique qui se délite dès qu'on l'analyse d'un peu plus près. Le plus pur des paladins reste un tueur...Oh, certes, il justifie ses meurtres par de grands et beaux principes mais, pour moi qui suis devenu capable d'entrevoir la trame infiniment complexe des avenirs, tout cela n'est que foutaise. Excepté Zewen, nul ne peut déterminer les conséquences à long terme d'un acte, quel qu'il soit. Si je tuais aujourd'hui le pire soudard d'Oaxaca, je penserais faire le "bien, mais il est possible qu'au final mon acte ait des conséquences désastreuses. Peut-être cet être aurait-il accompli quelque chose de "bon" qui aurait changé le cours des choses, volontairement ou pas, peut-être que sa mort poussera quelqu'un de pire encore à prendre sa place et que cela engendrera des événements bien plus effroyables que ceux évités. Qui peut savoir? Pas moi en tout cas, ce que je sais maintenant avec certitude c'est qu'avoir conscience de la multiplicité infernale de complexité des avenirs n'est pas forcément une bénédiction...toute pièce possède son revers. Ces réflexions m'amènent lentement à une question, la seule qui importe peut-être:

"Il y a une chose que je ne comprends pas...qu'attends-tu de moi? Tu pourrais mettre fin à ma vie, ce serait plus sûr pour toi, mais tu m'épargnes et tu me révèles des choses que tu ferais mieux de me laisser ignorer. Pourquoi?"

La Shaakte m'adresse un discret sourire plein de mystère et se hisse sur la pointe des pieds tout en glissant une main derrière ma nuque pour m'inciter à incliner le visage de façon à pouvoir me murmurer à l'oreille:

"En un lieu où la lumière scelle les montagnes, la lune dévoilera sa lame. D'ombre et de feu seront ses tranchants, le premier plongera au plus profond de tes racines, le deuxième fera naître celle que tu attends, pour peu que soit révélé ce qui est caché."

Je hausse un sourcil d'incompréhension et marmonne:

"Quel est ce charabia?"

"La réponse de Destinée à la question que je lui ai posée, Tanaëth."

Destinée...la première servante de Zewen selon la légende, celle qui voit tous les futurs, une oracle à nulle autre pareille que son omniscience aurait rendue folle...mais quel rapport avec moi, si ce n'est que cette "prophétie" semble me décrire?

"Et...quelle était ta question?"

Färya se recule un peu, juste assez pour pouvoir river son regard volcanique au mien. Je frémis imperceptiblement en plongeant dans ses prunelles, j'y distingue un étrange éclat que je ne parviens pas à cerner. Il a quelque chose d'inquiétant mais aussi d'infiniment troublant, sensation encore renforcée par le délicat parfum d'orchidée qui émane d'elle et le contact sensuel de sa main sur ma nuque. Je me maudis du trouble qu'elle fait naître en moi et m'efforce de me rappeler l'image d'Ethëll, je lui suis promis et je ne trahirai pas ma parole! Mais cette Shaakte que je devrais considérer comme une ennemie dégage quelque chose de si incroyablement hypnotique que les traits de ma dulcinée ne m'apparaissent que comme un souvenir flou et lointain, vestige sans importance d'un passé échu, trace impalpable d'un avenir qui ne se réalisera jamais. Je me sens vaciller, mes pensées et mes certitudes affectives déjà malmenées ces derniers jours perdent toute cohérence, ma raison rend les armes pour ne laisser place qu'aux émotions brutes de l'instant présent. Et ces émotions se résument à un unique mot: désir. Le chuchotement de l'Elfe noire s'insinue dans mon esprit sans que je parvienne à en réaliser le côté absurde par rapport à mon vécu, ses mots coulent en moi comme une évidence contre laquelle je serais insensé de lutter:

"Je t'accorde le plus grand honneur qui soit, Sindel, ma fille sera issue de ton essence..."


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Ven 3 Mar 2017 01:33, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 22:57 
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Il est des vagues contre lesquelles on ne peut lutter. Ô Moura, dans les abysses ténébreux de ton océan je sombre, ballotté comme fétu de paille par une houle écarlate et des courants insondables de puissance dont je ne savais rien.

Mon sang trace des arabesques dont la signification m'échappe sur la pierre glaciale, mes muscles me brûlent et le souffle me manque. Je meurs pour mieux revivre et mourir encore. Et encore, rien n'importe plus que la sombre sirène qui me lacère de ses griffes et me torture de ses crocs.

Rien n'existe plus qu'elle et son regard sanglant, je voudrais l'étrangler mais mes mains ne font que s'égarer sur les territoires interdits de son corps moite, je voudrais arracher sa gorge de mes dents mais mes lèvres ne font que s'abreuver aux sources offertes de cette femme qui me damne. Je voudrais la maudire, mais je ne fais que l'encourager à m'anéantir davantage. Je voudrais la rejeter brutalement et l'occire, mais je la serre contre moi avec une avidité effrayante et ne la pourfends que pour insuffler en elle la vie qu'elle exige.

Je perds toute notion du temps alors que nous nous enfonçons de plus en plus profondément dans un gouffre de débauche lubrique et passionnelle dont j'ignorais jusqu'à l'existence. La pudeur n'est plus qu'un lointain vernis que l'ouragan a balayé, nous osons tout, pourquoi nous refuserions-nous un plaisir alors qu'il est à portée de main et que nous n'avons qu'une envie: l'assouvir? Färya n'a rien en commun avec les douces jouvencelles plus ou moins inexpérimentées que j'ai connues dans ma vie, c'est une experte délicieusement cruelle et savante que j'affronte plus que je ne l'aime, car d'amour il n'y a pas trace dans cette lutte, il n'y a qu'une passion dévorante et brûlante, violente et pourtant si délectable que j'en redemande dès que mon corps désormais sanglant me le permet. Cela dure jusqu'à ce que l'épuisement m'abatte comme un chêne sous la cognée, je craque et je tombe dans une obscurité absolue qui n'a rien à voir avec le clair-obscur de mon habituelle méditation.

Je finis par émerger lentement, dans un océan de souffrance et de confusion cette fois. Tout mon corps renâcle et mon esprit ne vaut guère mieux, qu'ai-je fait par Sithi, un troll des cavernes me serait-il passé dessus?! Un regard m'apprend que je suis seul et recouvert de griffures et de morsures plus ou moins profondes, d'hématomes bleutés aussi. J'ai perdu pas mal de sang à voir l'état du sol, pas assez pour mettre ma vie en danger mais suffisamment pour expliquer l'état de faiblesse dans lequel je me trouve. Il faut quelques secondes de plus pour que le souvenir des heures précédentes rejaillissent en mon esprit, quelques images défilent devant mes yeux grands ouverts qui me font monter le pourpre aux joues...

Je me relève prudemment et jure soudain en réalisant pourquoi le silence me semblait étrange: les pigeons ont disparu, toutes les cages sont ouvertes...

"Ah la garce!!! Mais quel imbécile je fais! Merde!"

(Bah, c'était à prévoir...mais bon, tu avais l'air d'apprécier, alors je n'ai rien dit,) murmure Syndalywë d'un ton sarcastique et si indiciblement satisfait que j'en reste coi durant quelques instants avant de gronder avec une sourde colère:

(A d'autres! Si tu n'as rien dit c'est que cela servait tes plans! Pourquoi m'as-tu laissé...)

(...baiser comme un forcené avec cette Shaakte,) demande obligeamment mon insupportable Faëra de son intonation la plus sardonique?

(Appelle ça ainsi si tu veux, mais réponds! Par Sithi, tu as pensé à Ethëll?! Je vais lui dire quoi là?!)

(Oh, eh bien je ne vois pas comment dire ça autrement, en fait. Et tu ne diras rien du tout à Ethëll, dois-je te rappeler qu'il y a peu tu t'apprêtais à lui écrire pour lui dire de ne pas t'attendre?)

(Je ne l'ai pas fait par les enfers! Et tu ne m'as pas répondu, n'espère pas t'en tirer ainsi cette fois!)

(Soit. Je ne peux pas empêcher la magie de t'atteindre Bien-aimé. Tu te souviens de Llyann et du Gentâme? C'était le même sort. C'est parce que tu la désirais qu'elle a pu t'atteindre, et contre cela je suis impuissante. Tu m'aurais ri au nez si je te l'avais fait remarquer, admets-le.)

Je m'assombris, rien ne sert de la contredire, voilà longtemps que je me suis fait une raison: elle lit en moi comme dans un livre. Mais depuis peu l'inverse est aussi vrai, bien que dans une mesure largement moindre. Je lui voue une confiance aveugle, mais cette fois je veux savoir. Je plonge dans le lien fusionnel qui nous unit en focalisant toute ma volonté sur Färya, m'efforçant d'écarter les brumes du temps afin de voir l'avenir le plus probable et ce qu'il implique pour moi. C'est un exercice délicat que je suis loin d'être certain de réussir, au mieux j'aurais la vision de l'un des avenirs possibles, mais j'y mets l'entier de ma concentration en adressant une prière à Sithi, il faut que je sache!

Une fillette qui danse, gracieuse comme seule peut l'être une Elfe, dans une grande cour. Je ne distingue pas son visage mais sa peau est trop sombre pour être celle d'une Sindel et trop claire pour être Shaakte...la scène bascule sans transition, un homme de haute taille entouré d'une aura lunaire la tient dans ses bras, une silhouette sombre et féminine se tient à ses côtés, elle s'approche et semble enlacer les deux êtres. L'obscurité qui l'entoure s'étend et occulte ma vision, puis c'est un tout autre lieu qui apparaît fugacement, une cité Sindel ressemblant à Tahelta, je frémis en réalisant que des rivières de sang remplacent les pavés des rues et que les trois silhouettes entrevues précédemment paraissent s'y noyer. Je voudrais en voir davantage et je tends désespérément ma volonté dans ce but, mais la vision cesse brutalement et je me retrouve au sommet de la bâtisse Ynorienne de Luminion, seul.

Je suis tétanisé et j'ai un goût ferreux de sang dans la bouche, si floue qu'ait été cette vision son sens général me semble d'une clarté aveuglante et si perturbante qu'un souffle paniqué s'échappe de mes lèvres:

"Dieux...une fille...ma fille...avec cette Shaakte...Syndalywë...dis-moi que ce n'est pas vrai!"

(Eh bien...tu sais...quand deux êtres copulent pendant des heures...ce sont des choses qui peuvent arriver. Et puis, c'est ce qu'elle voulait, je pense que son plan a été soigneusement échafaudé, elle est...maline.)

(Maline?! Bon sang, c'est une manipulatrice sans vergogne! Elle m'a baratiné dans les grandes largeurs et...par Sithi! C'est exactement ce que tu voulais, pas vrai?!)

(Peuh! N'essaye même pas de me faire croire que l'idée t'est insupportable, nous savons tous les deux ce qu'il en est. Fais-moi confiance, Bien-aimé, même si...)

(Même si quoi?!)

(Eh bien aucun futur n'est certain, cette enfant ne naîtra peut-être jamais, ou encore tu seras mort de remords avant que cela n'arrive, qui sait?)

(Garde tes sarcasmes pour toi par Sithi! Tu as vu aussi bien que moi les rivières de sang...mon peuple n'acceptera jamais que l'un de ses nobles vive au Naora avec une Shaakte et tu le sais très bien! En admettant que j'aie envie de vivre avec elle, ce qui n'est pas précisément le cas! Mais même en faisant un effort pour l'imaginer, comment pourrais-je accomplir ma tâche avec elle à mes côtés?! Devrais-je choisir entre elles et mon rôle? Cette fillette, si elle naît, sera considérée comme une bâtarde par les deux peuples, c'est cela que tu veux?!)

(Garde-toi des interprétations hâtives de tes visions, Tanaëth. Fais-moi confiance, est-ce si difficile?)

(Eh bien dans ce cas précis...oui. C'est de la folie Syndalywë!)

(Oh, ça. C'est quelque chose que j'ai déjà entendu autrefois, lorsque je parlais de faire renaître les Danseurs d'Opale.)

Cette dernière réplique me cloue le bec, que répondre à ça? Ma Faëra irradie de calme et d'assurance en mon âme, je sais qu'elle a un plan qui m'échappe et m'échappera toujours, sa vision des avenirs est sans commune mesure avec mes maigres capacités. Il n'empêche que sur ce coup-là je la trouve inquiétante, mais force m'est d'admettre que ce n'est pas la première fois et que je n'ai jamais eu à regretter de lui avoir fait confiance. Je hausse les épaules tandis qu'un infime sourire renaît sur mes lèvres: comme si je pouvais douter d'elle...Je peux me mentir à moi-même sur bien des choses, mais pas à propos de ma petite compagne de fluide. "ullume au oialë", pour toujours et à jamais. Sithi et Syndalywë, mes uniques certitudes en ce bas monde.

(Soit... Advienne ce que doit.)

J'avale une grande potion de soin en riant un peu jaune, c'est bien la première fois que je dois absorber ce genre de breuvage après une joute érotique, puis je ramasse tout mon équipement et m'en munis soigneusement avant de dévaler les escaliers pour rejoindre le rez de chaussée. Le soleil est levé depuis longtemps, l'heure est venue d'aller revoir le Duc et de lui servir une version convaincante de ce qui s'est passé cette nuit. Je récupère aussi le sac contenant les trognes des abjectes goules à deux têtes et sors enfin de l'édifice avec l'étrange impression d'y avoir passé des mois plutôt que quelques heures.

Je me fige en arrivant sur le perron d'entrée. Il y a une humaine armée jusqu'aux dents au bas de l'escalier. Par les gonades de Phaïtos, cette nuit...enfin, cette journée, n'aura-t'elle jamais de fin?!


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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Ven 3 Mar 2017 03:15 
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L'humaine, une jeune Kendrane blonde d'une trentaine d'années vêtue comme une guerrière d'une étrange tenue noire et blanche ornée de signes inconnus, me scrute avec attention tandis que je descends les marches à sa rencontre. Elle est munie d'un grand écu sur lequel se retrouve le symbole en forme de trident symbolisé décorant également son surcot et d'un lourd fléau, sa posture indique une certaine défiance mais n'a rien d'ouvertement menaçant et c'est avec une légère hésitation qu'elle m'aborde:

"Messire Ithil...je suppose?"

Surpris, je marque un arrêt et l'observe plus attentivement avant de hocher la tête:

"En effet. Que puis-je pour vous, dame...?"

"Gaëlle d'Amaranthe. Le Seigneur Sylayëm Illinwë m'envoie. C'est par notre seule volonté que nos lames se meuvent."

Elle sort un collier de son col, que je ne peux que reconnaître comme celui que nous avions décidé d'adopter en guise de symbole de notre ordre lors de mon séjour à l'Opale de Lune. Je la rejoins en souriant cordialement et lui adresse une petite révérence en désignant d'une main la bâtisse dont je viens de sortir:

"Enchanté, Gaëlle, soyez la bienvenue. Je suis heureux que vous soyez arrivée, ne pouvant guère m'attarder davantage ici. Voici donc notre nouveau bastion, il ne paie pas vraiment de mine mais je pense qu'il y a moyen d'en faire quelque chose."

La jeune femme observe le lieu d'un regard analytique et finit par hocher la tête avant de me scruter d'un regard franc et direct:

"Ce bâtiment me semble intéressant, en effet. Messire Illinwë m'a vaguement expliqué que vous souhaitiez créer ici un lieu pour renforcer la défense de Luminion, mais il n'a pas pu m'en dire davantage. Que souhaitez-vous précisément, et quels sont les moyens à ma disposition?"

Je lui désigne les marches d'un geste et l'invite à s'y asseoir un moment, m'installant moi-même avant de lui répondre:

"Vous allez jouer un rôle crucial dans la stratégie de l'Opale, Gaëlle, Luminion est une clé de la plus haute importance pour nos desseins, tout comme le Duc Robert de Pérussac. Ce que je vais vous dire doit rester strictement confidentiel, seuls les dirigeants de l'Opale, dont vous faites désormais partie, sont habilités à connaître les informations que je vais vous transmettre. Ecoutez-moi avec la plus extrême attention car beaucoup de choses vont dépendre de vous."

Je passe près d'une heure à lui dévoiler mes plans de manière rigoureusement méthodique, m'assurant au fur et à mesure qu'elle cerne parfaitement les tenants et aboutissants de la stratégie que j'ai définie pour les temps à venir. Je veux qu'elle ait tous les éléments nécessaires pour prendre les décisions qui lui incomberont de manière autonome, elle sera seule juge de ce qu'il conviendra de faire pour favoriser nos objectifs, nul ne sera là pour lui donner des ordres, c'est par sa seule volonté que ses lames se mouvront. Cette heure me permet également de la jauger et ce que je découvre d'elle me plaît. Outre sa vivacité d'esprit, envoyer une Kendrane issue de la noblesse et ayant servi dans les rangs de la milice de Kendra-Kâr est une idée brillante, le choix de Sylayëm est incontestablement avisé et dépasse mes espérances.

Gaëlle me fait ensuite un rapport concis et précis sur Clair de Lune et les actions entreprises par son commandeur, puis me transmet bon nombre d'informations que Sylayëm a jugé utile de me faire parvenir. J'apprends ainsi, entre autres, que le père de Llyann se trouve à Kendra-Kâr, un renseignement qui ne manque pas de m'inquiéter. L'Ithilauster Averen a juré ma perte et celle de l'Opale, je sais qu'il était impliqué dans la transformation en Banshee de mon amour de jeunesse, Jaëlle, et que c'est à lui que je dois la trahison de mon père et la mort de ma mère. L'envie me taraude de me rendre sans délai à Kendra-Kâr pour expliquer à ce maudit ce que je pense de ses actes méprisables, mais je sais aussi que ce serait une erreur, j'ai plus important à faire dans l'immédiat. La nouvelle commandeuse sent ma colère et précise encore que Sylayëm a déclaré se charger de ce misérable, mais elle avoue aussi qu'au moment de son départ de Clair de Lune il n'avait pas encore trouvé comment résoudre ce problème. Averen est un ennemi redoutable et les combattants de Clair de Lune n'ont pas l'expérience nécessaire pour se confronter à un tel personnage, la plupart ne sont à cette heure que des apprentis. Tout cela me déplaît au plus haut point mais je ne peux rien y changer pour l'instant, si bien que je me contente de recommander la plus extrême prudence à Gaëlle et de lui raconter brièvement de quelle manière Averen avait infiltré ses agents à l'Opale de Lune. Pour finir, tout ayant été dit, je remets à la jeune femme la quasi totalité de ma fortune, soit quelques sept mille quatre cents yus, avant de la saluer en priant Sithi de veiller sur elle.

Pensif quant à tout ce que je viens d'apprendre, je me dirige d'un pas tranquille vers le castel du Duc en appelant Sinwaë qui doit rôder quelque part dans les environs, j'espère vivement qu'il ne lui est rien arrivé car je ne l'ai pas vu depuis la veille au soir...Je me sermonne tandis que mon inquiétude pour lui croît, il faut impérativement que je le tienne plus serré lorsque nous sommes dans des endroits peuplés, je doute fort qu'un accueil chaleureux lui soit réservé par des êtres ne le connaissant pas et je ne suis pas davantage certain de ses réactions en cas de rencontre impromptue avec des bipèdes. Je soupire de soulagement en le voyant rappliquer, un lièvre entre les crocs, et le flatte éhontément avant de reprendre ma route vers le castel. Rien ne servirait de l'enguirlander, c'est moi qui me suis montré négligeant. Je ne peux pas lui demander de rester tranquille durant des heures dans une salle confinée sans m'occuper de lui, ce n'est pas un chien bien dressé et soumis, je ferais bien de ne plus l'oublier à l'avenir.


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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Jeu 20 Juil 2017 16:15 
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La commanderie a bien changé depuis ma dernière visite. Ce qui n'était qu'une ruine commence maintenant à ressembler à une forteresse, modeste certes mais vivante et entretenue. Quelques humains, des adolescents pour la plupart, s'entraînent à conserver leur équilibre tout en combattant sur les pentes environnantes. Cette vision me tire un demi-sourire satisfait, Gaëlle n'a pas perdu son temps et les nouvelles recrues prennent apparemment leur entraînement à coeur.

A peine fais-je mine d'approcher des escaliers menant aux portes que les jeunes accourent pour me barrer le passage, clairement défiants:

"Holà! Que faites-vous ici? Votre engeance n'est guère la bienvenue en ces lieux, Shaakt. Filez avant que je ne prévienne notre supérieure et la garde du Duc! Et tenez votre fauve, si vous ne voulez le voir transformé en descente de lit!"

Je hausse un sourcil en dévisageant chacun des humains présents, parvenant à force de volonté à conserver un visage impassible bien qu'un sourire narquois ne demande qu'à ourler mes lèvres.

"Votre vigilance vous fait honneur, jeunes gens, je suis ravi de voir ce lieu si bien gardé. Prévenez donc Dame Gaëlle de mon arrivée, voulez-vous?"

Je n'en rappelle pas moins Sinwaë pour qu'il reste près de moi et se tienne tranquille, cela m'ennuierait qu'il arrache une ou deux mains en se sentant menacé. Les jeunes se consultent du regard, puis l'un d'entre eux grimpe en courant les escaliers afin d'aller prévenir la responsable des lieux. Elle ne tarde guère à se montrer et, une fois arrivée devant moi, me scrute longuement avec une certaine perplexité avant de me reconnaître enfin:

"Messire Ithil?! Par les dieux...je...que vous est-il arrivé?"

"C'est une longue histoire, mais pour l'heure j'ai grand besoin d'un bain, d'un bon repas et d'un lit, pourriez-vous m'offrir cela?"

"Bien entendu! Venez, vous avez vraiment sale mine, sauf votre respect, je vous ai pris pour un Shaakt."

"Oui, c'était l'idée. Je reviens d'Omyre et je crains fort de m'y être fait quelques ennemis."

La stupeur qui se peint sur les visages des apprentis lorsque Gaëlle leur apprend qui je suis vaut son pesant d'or, mais je suis trop las pour en rire et c'est avec soulagement que je gravis péniblement les marches abruptes qui mènent à l'intérieur de la commanderie.

Il me faut près d'une semaine pour me remettre à peu près d'aplomb, durant laquelle je dors presque autant qu'un humain et mange comme six d'entre eux. Gaëlle d'Amaranthe et moi discutons durant de longues heures, elle m'apprend les dernières nouvelles de la région et celles, plus rares, qui lui sont parvenues de Clair de Lune. Je lui conte sommairement mes dernières aventures et lui fais part des renseignements que j'ai obtenus, maigres mais pourtant importants pour l'avenir de l'Ordre et de Luminion. Il faudra que j'aille faire un rapport au Duc, sans doute, mais il n'y a rien d'urgent et je préfère affronter le redoutable Robert de Pérussac une fois en pleine possession de mes moyens. Nos premières entrevues ont été quelque peu houleuses et je sais maintenant que mon approche était erronée, mon orgueil engendrant des tensions bien inutiles et peu constructives. Il faudra aussi que je trouve un guérisseur doué car mes souvenirs de la grotte obscure ne paraissent pas vouloir guérir tout seuls, malheureusement il n'y en a aucun dans la région, ce qui signifie que je devrai me rendre à Kendra-Kâr ou Oranan. Je ne sais trop laquelle de ces deux destinations choisir, à dire vrai, si dans l'ensemble mes plans n'ont guère changé la manière dont je pensais les réaliser, elle, me semble maintenant totalement absurde. Mais chaque chose en son temps, j'ai besoin de réfléchir posément et, surtout, je dois retrouver la santé. Mais avant de partir pour un nouveau voyage j'ai quelques petites choses à régler ici, si bien qu'un beau matin je me décide enfin à faire un tour du côté de la bourgade toute proche.


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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Dim 23 Juil 2017 15:12 
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De retour au castel, je vais aussitôt trouver Gaëlle pour lui faire part des résultats de mon entrevue avec le Duc et de la teneur de l'ahurissante missive envoyée par Sylayëm. La jeune femme ignore tout des us et coutumes Thorkines, elle ne peut donc me conseiller à ce niveau mais, tout comme moi, le fait que la missive ait fini entre les mains du Duc plutôt qu'entre les siennes l'étonne fortement. Comme tenter de percer ce mystère ne serait en l'état qu'oiseuses suppositions, seul messire Illinwë pourra peut-être m'expliquer ce qui s'est passé, j'invite plutôt la Kendrane à faire quelques passes d'armes en ma compagnie. Quelle que soit ma hâte à partir pour Mertar, je ne quitterai pas Luminion sans mon armure, or elle ne sera prête que le lendemain, autant s'occuper utilement en attendant. Je suis par ailleurs curieux de voir ce que cette Gaëlle vaut en tant que combattante; elle représente l'Opale en ce lieu crucial pour notre stratégie et je tiens à m'assurer qu'elle est aussi apte à ce poste au niveau martial qu'au niveau de la pure gestion.

Munis tous deux d'épées d'entraînement, nous nous échauffons avec quelques passes classiques sous le regard d'une demi-douzaine de jeunes Kendrans nouvellement arrivés. La maître d'armes se débrouille plutôt bien, ses attaques sont vives et variées, ses parades et esquives souples et précises. Lorsque nous sommes chauds, je durcis progressivement la danse sous les yeux fascinés des apprentis qui n'en perdent pas une miette, et pousse Gaëlle jusque dans ses derniers retranchements sans pour autant chercher à la surpasser. Cela me serait aisé mais ce serait d'une insondable stupidité, non seulement elle n'en retirerait rien mais de plus cela amoindrirait durement son prestige de maître d'armes de ce lieu, ce qui n'aurait aucun sens. Elle n'en est pas moins en sueur lorsque je contre soudain ses assauts avec la technique de garde imprenable, en usant toutefois très modérément de mon énergie spirituelle. Ma posture la déconcerte clairement, elle tente plusieurs tactiques d'attaque mais en vain. Toujours mes lames haut placées l'obligent à reculer avant d'avoir pu m'atteindre, sous peine de s'exposer fort inconsidérément. En apparence du moins car ce qu'elle ignore encore c'est que cette posture m'empêche d'attaquer efficacement. Je la laisse expérimenter un temps les attaques avant de lui expliquer les bases de cette technique, son utilité mais aussi ses limites.

Tandis qu'elle s'efforce de la reproduire, j'incite les apprentis à nous rejoindre, la salle est bien assez grande et ce n'est pas tous les jours que j'aurai l'occasion de leur transmettre une bribe de mes connaissances. Je jauge rapidement leur niveau en leur faisant faire quelques exercices, puis je montre à chacun comment améliorer sa posture en fonction des défauts que j'ai pu repérer et leur indique quelques pistes pour développer les mouvements qu'ils connaissent. Attentifs et volontaires, ils se lancent avec un plaisir non dissimulé dans cet entraînement, ce qui me permet de rejoindre bientôt la maître d'armes. D'abord hésitante et bancale, sa technique de garde imprenable ne tarde guère à s'améliorer, il lui faudra encore s'exercer mais je suis raisonnablement convaincu qu'elle a compris le principe.

"A vous maintenant, montrez-moi un peu ce que vous savez faire, surprenez-moi."

Et par Sithi elle me surprend! Elle entame la danse par une feinte élaborée soutenue par son énergie intérieure, propre à déstabiliser salement son adversaire. Je pourrais évidemment la retourner contre elle, mais je préfère agir comme ce serait le cas si sa feinte parvenait réellement à me déséquilibrer. Elle enchaîne avec la technique de l'estoc droit, un coup que je maîtrise parfaitement. Je le contre sèchement, à sa plus grande surprise, et découvre alors ma deuxième lame qui vient se poser en douceur contre son col. Elle grimace comiquement en reculant et halète:

"J'ai bien cru que je pouvais vous avoir, comment avez-vous réussi à bloquer mon attaque?! Vous étiez déséquilibré!"

"A feinte, feinte et demi, très chère. J'ai simulé un déséquilibre pour vous inciter à vous découvrir et j'ai monopolisé votre attention avec ma lame droite alors que c'était la gauche qui pouvait vous menacer. Vous avez vu ce que vous souhaitiez voir plutôt que ce qu'il y avait à voir en somme. Prenez garde de ne pas focaliser votre attention sur un unique point, gardez toujours une vision d'ensemble, les coups peuvent arriver de partout dans une bataille. Mais c'était très bien joué, je ne connaissais pas ce type de feinte que vous avez employé. Expliquez-moi comment vous faites ça, voulez-vous?"

La technique dont elle me fait une nouvelle fois la démonstration avec force explications est relativement complexe, j'en maîtrise très vite l'aspect purement technique mais il me faut un moment avant de donner à mon Ki la forme adéquate.

"Excellent, merci. Laissez-moi maintenant vous montrer une autre tactique défensive. Elle a été mise au point par les gardes d'une forteresse, ne me demandez pas où ni quand je l'ignore, et permet de tenir plus aisément une position durant un certain temps. Attaquez-moi sérieusement, essayez de me contourner, déchaînez-vous jeune femme!"

Elle m'assaille avec fougue durant quelques instants, avant de réaliser sans doute qu'aucun coup conventionnel ne franchira ma garde tant que durera cette stratégie de halte forcée. Rusée, elle entame alors une espèce de succession de feintes adroites qui me contraignent à changer sans cesse de posture pour être en mesure de parer ses coups. Coups qui ne viennent pas, étrangement. Je m'apprête à lui demander ce qu'elle fiche lorsque sa lame gauche jaillit soudain pour une attaque véritable, je ne l'attendais tellement plus que seuls mes réflexes les plus enfouis me permettent de parer en catastrophe cet assaut!

"Ha! Il s'en est fallu de peu cette fois", s'exclame la jeune femme d'un air réjoui.

"En effet, là je dois avouer que j'ai eu des sueurs froides," lui répliqué-je en souriant franchement.

"Le but de cette technique est d'hypnotiser l'adversaire par cette succession d'attaques rapides qui ne portent pas, tout en le contraignant à changer sans cesse de position. En même temps cela permet d'être en mesure de parer une éventuelle attaque assez facilement, je ne sais pas si vous avez remarqué mais mes lames repassaient sans cesse devant moi. L'ennui avec ce enchaînement, c'est qu'il devient prévisible s'il dure trop longtemps. Vous voulez essayer?"

"Avec plaisir, oui. Pendant que je tente de comprendre tout ça, essayez donc de votre côté cette méthode de halte forcée que je vous ai montrée."

Les heures passent au fil de nos entraînements, j'alterne entre conseils aux apprentis, que je n'hésite pas à faire transpirer massivement en me livrant à quelques passes avec eux, explications à Gaëlle et exercices personnels pour maîtriser cette fichue tactique hypnotique. Les humains épuisés finissent par aller prendre un repos bien mérité, mais ma nature Elfique me permet de me contenter de peu de repos et je poursuis opiniâtrement mon apprentissage jusque peu avant l'aube. Je parviens maintenant à reproduire cette danse correctement, mais je réalise que je vais avoir du mal à l'employer avec mes reliques. Mes armes habituelles sont tout simplement trop lourdes pour ces fausses attaques préalables, qui se doivent d'être extrêmement vives pour produire l'effet hypnotisant souhaité. Mais qu'importe, connaître une technique permet aussi de mieux la contrer et je ne compte plus les fois où j'ai dû me saisir en urgence de la première arme venue pour poursuivre un combat. Je grimpe tranquillement jusqu'au sommet de l'édifice pour m'y reposer et, avec un peu de chance, assister au lever du soleil. Après une brève prière à Sithi en ce lieu qui lui est dédié, je m'installe confortablement et plonge bien vite dans une profonde méditation régénératrice.

*****


Note GM:

Apprentissages CC achetés pour PNJ de guilde: (2x400 yus= 800 yus)

-Garde imprenable 400 yus
-Halte forcée 400 yus

Apprentissages CC achetés à la Guilde pour Tanaëth: (2x175 yus= 350 yus)

Feinte : Attaque élaborée et trompeuse légèrement complexe à réaliser, la Feinte permet de déséquilibrer la défense d’un opposant pour le rendre momentanément plus vulnérable, en essayant à l'aide de son arme de le faire se mettre en danger (For+0/lvl, esquives-2/lvl pour le prochain tour, minimum 0)

Hypnose : le lanceur esquisse de rapides coups qui ne portent pas, de part et d'autre de la cible, la forçant à changer de garde en permanence, à se méfier des deux côtés sans savoir duquel le lanceur va frapper. En plus de perturber l'adversaire, d'éventuellement lui faire perdre en concentration, cette compétence permet de se protéger puisque l'arme repasse chaque fois devant son porteur. Lorsque le lanceur décide de porter une attaque, il bénéficie d'un léger effet de surprise. Toutefois, cette technique devient prévisible lorsque utilisée trop longtemps.(Esq+2/lvl)/[tour] pour le lanceur, (maîtrise-1/lvl)/[tour] pour l'adversaire. Le CC reste active jusqu'à ce que le lanceur décide d'arrêter ; lancer une attaque fait cesser la CC ; esq -0.5/lvl à l'adversaire pour la prochaine attaque du lanceur.
Conditions : usage d'une arme AA une main légère (rapière, fouet, bâton, glaive, ...)

Total à déduire de ma fiche PJ: 800+350= 1150 Yus
Gains pour la Guilde: 350 yus


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 Sujet du message: Re: [Luminion] Commanderie d'Opale
MessagePosté: Dim 23 Juil 2017 16:37 
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La caresse chaleureuse des premiers rayons de l'astre diurne me font sortir de ma rêverie alors que la matinée a déjà bien débuté, la faute aux montagnes environnantes, qui raccourcissent notablement le temps d'ensoleillement dans la région. Je m'étire paresseusement puis, avant de me lever, prends le temps de me concentrer intensément afin de tenter d'apprendre si ces dames que je devais escorter sont bien arrivées. Quelques minutes me sont nécessaires pour me remémorer parfaitement les visages que je veux apercevoir, puis quelques autres pour focaliser ma volonté sur le présent, le temps le plus aisé à entrevoir d'après ma modeste expérience. Je ne tarde pas à discerner les deux visages souhaités avec, en arrière-plan, quelques toits caractéristiques d'Oranan, bien qu'ils ne soient pas vraiment nets dans ma vision. Soulagé, j'interromps là ma concentration, je serais incapable de préciser en quel lieu de la capitale Ynorienne elles se trouvent, mais je sais au moins qu'elles y sont et je n'en demandais pas davantage.

Je rejoins les étages inférieurs et demande au premier apprenti que je croise d'aller chercher mon armure et mon pactole à la forge, un service qu'il accepte volontiers de me rendre. Ceci fait je me rends aux cuisines et, après un solide repas, charge mon sac d'assez de provisions pour le voyage qui m'attend. Il ne devrait pas me falloir plus d'une douzaine de jours pour rejoindre Mertar, à moins qu'une tempête ne se lève, ce qui est toujours possible dans ces régions. Quant à trouver la ville Thorkine ce sera une autre affaire, son emplacement exact reste mystérieux et, de ce que l'on m'a dit, connu seulement de ses habitants et de quelques marchands. Je n'ai plus qu'à espérer croiser l'une ou l'autre caravane, elles ne devraient pas être trop rares à cette période de l'année. L'apprenti ne tarde pas à revenir de la forge et, après avoir attentivement examiné puis approuvé le travail de l'artisan, j'enfile avec plaisir ma somptueuse armure de mithril, rutilante et comme neuve.

Restent quelques détails qu'il me faut régler avec Gaëlle avant de partir, je la retrouve après une brève recherche dans son bureau, en train de contrôler une liste de fournitures arrivées le matin-même. Je m'installe dans le fauteuil destiné à ses hôtes, face à elle, et dépose une pesante bourse devant elle, ainsi que la cotte de mailles de l'arène que j'ai conservée:

"Voici quinze mille Yus, qui vous permettront d'achever la rénovation de ce lieu et de pourvoir à tous vos besoins pour les temps à venir. Quant à cette cotte, je n'en ai pas l'usage, prenez-là pour vous si elle vous est utile ou donnez-là à l'un de nos membres qui en aurait besoin, à votre guise."

La jeune femme acquiesce simplement en allant ranger l'argent dans un meuble de chêne massif fermé par deux serrures, j'attends qu'elle reprenne place avant de poursuivre:

"Une chose encore, veuillez je vous prie informer Messire de Pérussac que sa nièce et Dame Matsuno sont à Oranan, vivantes, j'en ai la certitude. Sur ce il me faut vous quitter, vous avez fait du bon travail ici, continuez ainsi et soignez nos relations avec le Duc et les villageois, je compte sur vous."

"Je n'y manquerai pas, soyez-en assuré. Bon voyage, soyez prudent."

Un léger sourire en coin orne mes lèvres tandis que je me lève:

"Toujours et jamais sont les deux faces d'une même pièce, Dame Gaëlle. Portez-vous bien."

*****


Note GM:

Dons de Tanaëth à la guilde:

-15'000 yus
-cotte de maille de l'arène (End+20)

Autres:

Attribution de 2 niveaux supplémentaires à Gaëlle d'Amaranthe, qui passe donc du lvl 14 au lvl 16.


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