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 Sujet du message: L'Opale de Lune (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Dim 9 Aoû 2015 14:19 
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L'Opale de Lune


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Lieu de Guilde des Danseurs d'Opale


Description:

Dans une vallée ignorée de tous, se trouve une étrange forteresse opaline, véritable ode elfique aux cieux et aux montagnes, à la rivière parfois grondante parfois sereine, aux vents également, souvent capricieux en ces régions. Tout ici est beauté, sérénité, c'est un écrin de paix qui semble inaltérable. Et pourtant, déjà les nuées sombres s'amoncellent sur les massifs d'Hidirain, l'orage gronde au loin, la foudre s'est abattue sur de nombreux peuples. L'isolement suffira-t'il à épargner aux habitants divers des montagnes d'Hidirain les vicissitudes de la guerre? Rien ne semble moins sûr.

Celui qui s'approcherait assez du lieu pour en contempler les détails se rendrait immédiatement compte qu'ici, Sithi règne en toute majesté. Les murs opalins sont délicatement ouvragés de scènes lunaires, de la plus paisible à la plus guerrière, l'Astre Nocturne caressant tous les aspects de la vie de son éclatant regard. Les tours effilées s'ornent de bulbes aériens et se dressent vers la voûte céleste en un vibrant hommage à la Lune, et aux étoiles que sont tous les ancêtres Sindeldi selon leur croyance. Si l'Opale de Lune peut sembler d'une éclatante blancheur sous les rayons du soleil, elle peut également sembler profondément obscure lorsque le ciel est couvert et ne laisse passer aucune lumière des cieux. Mais, c'est par les nuits de pleine lune que l'endroit révèle toute sa magie, prenant un aspect cristallin éthéré comme éclairé de l'intérieur d'une pâle lueur crépusculaire. Peut-on douter alors qu'il s'agit avant tout d'une sorte de temple issu d'un autre âge?

Au delà de ces apparences, bien que de taille assez modeste, ce palais d'apparence féérique est aussi et surtout une redoutable forteresse, agencée stratégiquement de manière à ce que chaque mètre puisse en être aisément défendu.

Historique:

Elle fut érigée par les descendants des Sindeldi constituant l'armée fidèle aux Danseurs d'Opale et ayant survécu à l’apocalypse d'Eden. Ces fidèles décidèrent dès leur arrivée sur Yuimen de s'affranchir aussitôt que possible de l'omniprésente et écrasante autorité du clergé de Sithi, mais il leur fallut cependant attendre le développement de moyens de transport susceptibles de leur permettre de franchir les mers, soit près de huit millénaires après la chute d'Eden. Terrible période durant laquelle ils subirent une féroce inquisition de la part des Ithilausters, déterminés à éradiquer toute pensée jugées hérétique. Mais leur foi et leurs convictions étaient si fortes qu'elles perdurèrent au fil des générations, se transmettant de la façon la plus secrète qui soit au sein même d'un certain nombre de familles. Dès que leur technologie le permit, ces descendants quittèrent l'île de Tahelta enfin totalement conquise au terme d'un millénaire de guerre, pour celle qui allait devenir la deuxième île du Naora et abriterait plus tard le tristement célèbre bagne de Raynna. De là, ils furent contraints de s'exiler sur la troisième, l'île de Xaoranh, afin d'échapper aux persécutions qui reprirent lorsque les armées Sindeldi envahirent l'île en force afin d'agrandir les frontières du Naora. Mais l'ordre Sindeldi ne tarda pas à s'établir sur Xaoranh également, et avec lui la toute-puissance du clergé. Ce n'est que vers -12800 qu'ils purent s'exiler sur Imfitil grâce aux premiers Aynores, échappant enfin à la poigne de fer des Ithilausters.

Au terme de leur longue errance, ils finirent par arriver dans les montagnes d'Hidirain où ils décidèrent de se fixer. La région était assez isolée et reculée pour leur éviter tout contact avec les Ithilausters, et la relation avec les Hinïons était assez cordiale pour que ces derniers cèdent aux réfugiés épuisés une vallée aux confins de leur territoire.

Les Sindeldi exilés y bâtirent donc dans le plus grand secret cet ouvrage, avec l'appui des dirigeants Hinïons et d'artisans triés sur le volet, mais aussi l'accord plus ou moins tacite des seigneurs Taurions et Thorkins de l'époque, avec qui ils surent préserver une neutralité bienveillante. Puis ils y perpétuèrent leurs traditions et croyances en un milieu presque totalement autarcique, durant des millénaires, à l'écart du monde mais non ignorants de ses principaux événements. Seuls quelques rares "élus" parmi les dirigeants des autres peuples de la région en connurent jamais l'existence, servant d'intermédiaires pour tous les échanges, mais malgré cette chape de secret il arriva au cours des temps que certains Hinïons ou Taurions viennent s'y établir, et qu'ainsi les sangs se mêlent. Il arriva également que quelques Sindeldi en provenance du Naora les rejoignent, mais cela fut rare car trouver ce lieu dissimulé au sein des inextricables massifs d'Hidirain fut de tout temps une gageure.

Au présent:

Conçu pour pouvoir abriter quelques cinq cents personnes au maximum, il n'abrite aujourd'hui plus qu'une petite centaine d'Elfes, dont une trentaine de sang-mêlés. Bien que certaines coutumes ou règles originelles se soient légèrement altérées au fil du temps, tous se considèrent comme les gardiens d'une tradition sacrée et la perpétuent de leur mieux, rêvant du jour improbable où ils pourront reprendre place parmi les leurs. Tous sont formés aux armes dès leur plus jeune âge, en dignes descendants des soldats de l'ancienne Eden, mais s'ils savent ce que furent les Danseurs d'Opale, leurs savoirs martiaux se sont perdus, tous ayant succombé sur Eden. N'ayant par ailleurs aucune expérience pratique de la guerre du fait de leur isolement total et devant accomplir toutes les tâches usuelles nécessaires, ils ne forment pas une force bien conséquente, mais qui sait ce qui pourrait germer en ce lieu sacré?

La vie est donc quasiment monacale en l'Opale de Lune, le temps s'y déroule comme une lente bannière portée par un souffle à peine perceptible, partagé entre les prières à Sithi, les obligations du quotidien et une rigueur de vie toute militaire qui entretient le souvenir de plus en plus fugace d'un idéal perdu.

Maître d'armes de l'Opale de Lune (CCAA)

Tyrdann E'Oriel (niveau 18)


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Tyrdann E'Oriel est un Sindel mystérieux, nul ne connaît son histoire ou son origine exacte. Il a rejoint les Danseurs d'Opale voici quelques trois siècles et n'a pas tardé à s'élever dans la hiérarchie de l'Ordre du fait de ses capacités martiales mais aussi de son sens aigu de la stratégie et du commandement. Tyrdann est un être dur et secret qui dirige l'Opale de Lune d'une main de fer, il n'en est pas moins fort respecté par ses hommes qui savent que c'est aussi un Elfe juste d'une loyauté à toute épreuve envers les siens.

Il peut vous enseigner les CCAA suivantes:

Basiques: (prix public: 250 yus. Membres: 175 yus)

-Instinct sauvage
-36 Chandelles
-Passe-bouclier
-Trancheur
-Hypnose
-Les cent Lames

Danses d'Opale: (prix public: 500 yus. Membres: 350 yus.)

-Danse de l'éclipse

Secondaires: (prix public: 350 yus. Membres: 245 yus.)

-Danse des sabres
-Adresse de guerre

_________________
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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune
MessagePosté: Sam 23 Avr 2016 15:23 
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A la suite de mon guide Taurion, je m'enfonce de plus en plus profondément dans les massifs tourmentés d'Hidirain, suivant d'étroites sentes à peine discernables qui serpentent de vallées en pentes abruptes, franchissant ici et là des cols si élevés que de la neige y demeure à l'année. Nous traversons à plusieurs reprises des forêts si sauvages qu'elles ne semblent pas avoir jamais connu la hache d'un bûcheron, et des éboulis redoutables où le moindre faux pas signifie une avalanche dévastatrice.

Mais le jeune elfe connaît son affaire, et me dirige sans hésiter avec une aisance tout à fait admirable, particulièrement en forêt où il se déplace avec une légèreté proprement surnaturelle. Nous marchons toute la journée sans croiser âme qui vive, seuls quelques petits animaux nous observent parfois passer, guère dérangés par deux elfes qui se faufilent sans bruit. Ils ne paraissent pas avoir eu l'occasion de développer une crainte des bipèdes, d'ailleurs, car il nous arrive de passer si près de certains que l'on pourrait les caresser simplement en tendant la main. Nous franchissons aussi quelques cours d'eau, de petits torrents de montagne pour la plupart, tumultueux mais que l'on peut facilement traverser en sautant de rocher en rocher. La journée s'écoule ainsi, paisible mais éreintante malgré tout car les dénivelés sont nombreux et parfois éprouvants, silencieuse car mes quelques tentatives d'engager la conversation avec mon guide se sont soldées par des réponses pour le moins laconiques. Il refuse visiblement de me révéler quoi que ce soit sur notre destination, ou même son rôle dans tout cela, se bornant à me prévenir lors des passages dangereux.

La nuit finit par tomber, et le Taurion dont j'ai tout de même réussi à apprendre le nom, Finwë, décide de faire halte dans une clairière bordant un torrent, au fond d'une vallée peu encaissée. Nous ne faisons pas de feu, nous mangeons simplement en silence, quelques fruits frais ramassés par mon compagnon au cours de la journée, un peu de pain et de viande séchée longuement mâchonnée. Puis après que j'aie adressé une prière en bonne et due forme à Sithi, nous nous endormons à même le sol, une simple couverture sur le dos. La nuit est fraîche, mais nous autres Elfes ne sommes que peu sensibles aux conditions climatiques et je viens de passer des semaines à dormir sous terre à une température encore inférieure. Nous nous remettons en route dès les premières lueurs précédant l'aube et marchons d'une allure rapide toute la journée, pénétrant véritablement au coeur des montagnes impressionnantes d'Hidirain dont les sommets s'élèvent de plus en plus haut autour de nous. Frangés maintenant de leurs neiges éternelles et de leurs glaciers qui coulent comme des fleuves gelés, ils nous dominent de toute leur masse et je me sens bien insignifiant dans ce décor majestueux, ce qui ne me gêne en rien, je suis simplement heureux de profiter de cette nature sauvage et du grand air après mon long "enfermement".

Le soleil s'apprête à se coucher lorsque nous parvenons aux abords d'une rivière, dans le fond d'une vallée encaissée et densément boisée, mais alors que je m'apprête à passer une seconde nuit à la belle étoile, mon compagnon me désigne d'une main le paysage qui se dévoile devant lui, murmurant avec un profond respect:

"L'Opale de Lune, dernière demeure des Danseurs d'opale."

Je m'avance de quelques pas, découvrant à mon tour la vallée qui s'élargit notablement, accueillant sur son flanc gauche une incroyable construction, littéralement opaline, d'une blancheur éclatante virant imperceptiblement aux orangés par endroits, du fait du soleil couchant. Souffle coupé, muet de saisissement, j'observe ses tours élancées qui, comme des fleurs de cristal, semblent vouloir se hausser vers les cieux, vers les sommets des montagnes, avec une témérité sans bornes. Des arches aériennes relient certaines de ces tours entre elles, qui dessinent comme des fils de lumière chatoyant dans les ors du couchant, créant une espèce de halo impalpable autour de cette forteresse, car c'est bien de cela qu'il s'agit, au-delà de son aspect féerique. Bien que d'une grâce et d'une élégance discrète, les murailles n'en sont pas moins présentes et assez vertigineuses pour faire réfléchir l'assaillant le plus impétueux, utilisant habilement le relief naturel pour créer un bastion redoutable lorsque on y regarde à deux fois.

Ainsi nous y sommes, et par Sithi je ne suis pas déçu, à cette fameuse Opale de lune, pivot de mon destin si j'ai bien interprété ce que m'a révélé Syndalywë et les signes qui ont jalonné ma route. Je souris discrètement, l'heure est venue de danser, de diriger la barque du destin pour approcher de son fil d'or, le tenter du moins car au final seul cela importe: faire de son mieux, en âme et conscience.

"C'est par ma seule volonté que mes armes se meuvent."

La devise des Danseurs d'Opale. Ma devise. Le jeune Finwë me regarde d'un air un peu surpris, mais approbateur, puis nous nous remettons en route, et c'est un spectacle d'une beauté époustouflante que de voir la forteresse opaline changer de teintes à mesure que le soleil se couche et laisse place à la nuit. Après être passée par toute une gamme d'oranges puis de rouges de plus en plus sombres, elle vire au noir le plus absolu, simple ombre parmi les ombres des monts, avant de s'illuminer à nouveau d'une blancheur lactée, lunaire, lorsque apparaît dans la voûte céleste l'Astre Nocturne si cher à mon coeur. Ô Sithi, comment douter de ta grandeur et de ta sagesse, de la justesse de la voie que tu indiques, lorsque nos yeux ont l'honneur de contempler telle splendeur?

Nous arrivons enfin aux portes, par un étroit défilé surplombé par une dangereuse barbacane et deux tours qui en feraient une véritable couloir de la mort pour tout attaquant, et j'ai alors l'occasion de découvrir de près la merveilleuse construction, découvrant d'un oeil incrédule que la moindre partie en est gravée de scènes rendant hommage à la lune, à Sithi! Qui a bien pu réaliser telle oeuvre? Quel bâtisseur pourrait avoir été assez fou, assez fervent pour construire un pareil lieu?! Je ne sais pas, mais j'espère bien avoir l'occasion de le demander, en attendant les portes s'ouvrent devant nous, laissant apparaître Llyann suivie de deux Sindeldi en harnachement guerrier. Elle me sourit avec malice, écartant les bras pour désigner ce qui l'entoure:

"Bienvenue à l'Opale de Lune, Tanaëth Ithil. Bienvenue...chez toi?"

Je ne peux m'en empêcher malgré le trouble qui me saisit à la revoir, malgré les souvenirs ambigus que nous partageons, je réponds à son sourire sans retenue, simplement heureux de la revoir. Je hoche la tête affirmativement, lui répondant à mi-voix:

"Bonjour, Llyann, merci de ton accueil. Chez moi...cela fait si longtemps que je n'ai pas eu de chez moi...mais peut-être est-ce ici, oui, s'il est un lieu en lequel je puisse me fixer."

Je la fixe un instant en silence, pensif, puis demande, curieux:

"Et maintenant, que se passe-t'il?"

En guise de réponse, elle s'approche de moi d'un pas vif et me serre brièvement, chastement, dans ses bras, puis se recule et désigne l'entrée ouverte en souriant de manière taquine:

"Maintenant, entre et vas prendre un bain, tu empestes encore la mine. Ensuite je t'offrirai un bon repas chaud, et tu pourras te reposer. Demain nous parlerons, je te ferai visiter et te présenterai à notre petite communauté. Cela te convient-il?"

J'opine d'un sourire et d'une main tendue pour désigner l'entrée, saluant mes deux compatriotes d'un signe de tête en passant alors que Llyann me guide rapidement dans la petite cité, aussi épurée et magnifique à l'intérieur qu'à l'extérieur, pour me conduire jusqu'au troisième étage d'une tour où se trouvent mes appartements.

"Rien de bien luxueux, mais c'est confortable et il y a une salle d'eau. J'habite à l'étage qui se trouve au-dessus, rejoins-moi lorsque tu seras décrassé."

Je franchis la porte de bois argenté, pénétrant dans ce qui s'avère être en effet un confortable appartement presque circulaire de trois pièces: un salon faisant aussi office de salle à manger, une chambre à coucher et une salle d'eau comme annoncé, le tout bien entretenu et pourvu de tout le nécessaire pour s'installer comme pour prendre un bain. Salle d'eau qui comporte d'ailleurs l'eau courante, chose rare, ainsi qu'un petit poêle situé sous la baignoire de cuivre pour faire chauffer l'eau du bain. Rien de bien luxueux pour Llyann peut-être, mais je ne me souviens presque pas de la dernière fois où j'ai bénéficié d'un tel confort!

Un long bain chaud plus tard, vêtu de propre, je rejoins ma compagne dans ses appartements, et me vois offrir un excellent repas de volailles et de légumes, que j'attaque avec un bel appétit. Nous parlons peu, gênés sans doute de ce qui s'est passé entre nous et ne sachant pas vraiment comment aborder ce délicat sujet, mais aussi et surtout parce que je suis littéralement claqué, rien de tel qu'une heure dans de l'eau brûlante pour vous détendre! Je rejoins mes appartements dès la fin du repas, demain sera toujours assez tôt pour avoir une bonne discussion, et m'endors rapidement comme un bienheureux, dans un vrai lit pour la première fois depuis des semaines!


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune
MessagePosté: Sam 23 Avr 2016 20:00 
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"De lune marquée sera-t'il,
éveillant vieilles mémoires et futurs étincelants,
du crépuscule glacé sera-t'il,
qui ravivera la flamme d'antan."


"Connais-tu cette prophétie, Tanaëth? Sais-tu qui l'a prononcée, et en réponse à quelle question?"

Tels sont les mots qui m'accueillent le lendemain matin, après que Finwë m'ait apporté un copieux petit déjeuner puis conduit par divers escaliers et couloirs jusqu'à une vaste salle circulaire, hémisphérique même, située au coeur de la citadelle. Je cille, revoyant le vieux gardien des morts aveugle que j'ai rencontré dans la nécropole du Rock me dire ces mêmes mots. Je fais face à trois Elfes assis en demi-cercle autour d'une grande table ovale pourvue de douze chaises à hauts dossiers et occupant le centre de la salle, dont les murs sont ornés de fines fresques lunaires sculptées à même la roche opalescente qui constitue l'intégralité de l'oeuvre. Llyann est présente bien sûr, qui vient de prononcer ces troublantes paroles, mais aussi un demi-elfe relativement jeune, de parents sans doute Sindel et Taurion, au regard d'un bleu clair difficilement soutenable. Il vêtu comme un guerrier mais dans un style étrange à mi-chemin entre le métallique et le...forestier. Enfin, un Sindel aux traits marqués par l'âge mais d'une présence impressionnante me dévisage de ses prunelles gris acier, sévère et digne dans ses simples habits de cuir. Je salue chacun et chacune d'un signe de tête poli puis réponds franchement à Llyann:

"J'ai entendu parler de cette prophétie, qui aurait été énoncée par l'Oracle des Monts, mais j'ignore quelle était la question, qui l'a posée, et pourquoi certains semblent penser qu'elle se rattache à moi de près ou de loin. J'ignore aussi qui est cet "Oracle des Monts", à vrai dire."

"C'est une longue histoire qui trouve sa source sur Eden, comme tu le sais je pense puisque tu te dis Danseur d'Opale. Cette forteresse, ce temple en quelque sorte, a été bâtie par la volonté d'un descendant direct des fondateurs de l'ordre. Sa lignée a dirigé ce lieu et ses gens pendant des millénaires, jusqu'à ce que le dernier héritier, sans enfants, se trouve bien en mal de perpétrer la tradition et surtout de faire perdurer l'Opale et ce qu'elle représente. Sachant qu'il existait encore au Naora des descendants lointains de ses propres ancêtres, il alla alors consulter l'Oracle qui se trouve dans les environs de Khonfas, et que l'on dit infaillible autant que nébuleux parfois dans ses réponses. Il lui posa cette question simple: comment reconnaître celui de mon sang qui peut, qui doit me succéder?"

Je hausse un sourcil en dévisageant la jeune Sindel, lui répondant dubitativement:

"Cela pourrait aussi bien être toi. Ou n'importe quel Sindel pourvu d'un tatouage de lune, ce qui ne doit pas manquer."

"Je n'ai pas éveillé de vieilles mémoires, pas plus que de futurs étincelants d'ailleurs, et je n'ai aucun lien avec la glace. D'autre part tu as connaissance de l'ordre, cela d'une manière que j'ignore car il ne reste sans doute pas une archive le mentionnant dans tout le Naora. Tu te dis toi-même Danseur d'Opale, tu as la même marque de naissance que moi et tu portes un arc qui ravive bien des mémoires, mieux encore tu cherches l'épée ardente. Imagine notre surprise lorsque certains amis d'Hidirain nous ont appris tout cela."

Elle me fixe étrangement, avec une sorte de fol espoir teinté de désabusement, et poursuit:

"Le savoir des Danseurs, leurs arts guerriers, se sont estompés au fil des générations, mais nous n'avons pas oublié leurs valeurs, leur raison d'être et d'exister. Cette forteresse pourrait accueillir cinq cents personnes, nous ne sommes plus qu'une petite centaine, et vivons dans l'isolement depuis toujours pour la plupart d'entre nous. Nous sommes exsangues, Tanaëth, les Danseurs d'Opale ne sont plus qu'une chimère depuis des siècles, et voilà que tu arrives soudain, toi que j'ai croisé jadis au Naora. Comprends-tu notre espoir? Nous voulons voir renaître notre ordre, nous voulons tenir notre place dans le monde et plus important encore, nous voulons pouvoir retourner chez les nôtres, ce rôle que nous voulons assumer l'exige."

De mon ton le plus doux je lui réponds:

"Ton père est un Ithilauster, tu connais donc le clergé, son influence, sa puissance. Le secret vous a protégé, se révéler au grand jour serait pour le moins hasardeux en l'état actuel des choses. D'autre part, Hidirain est secrète, nous attirerions l'attention sur eux en nous dévoilant, ce qui pourrait avoir des conséquences extrêmement désagréables. Les Shaakts de Khonfas ne sont pas si loin que la menace ne doive pas être prise au sérieux."

Je marque une pause puis reprends:

"Si je comprends bien, sur la foi de quelques ressemblances vous voulez que je prenne les rênes de votre ordre, et que j'en fasse comme par magie une "puissance" qui compte dans ce sombre monde, c'est ça?"

Mes trois vis-à-vis tiquent légèrement à la façon crue que j'ai d'exposer les faits, mais je n'en ai cure, trop longtemps solitaire et rebelle pour m'embarrasser de fioritures diplomatiques avec eux. Je m'apprête à poursuivre alors que le silence menace de s'éterniser, remarquant en passant que les deux Elfes mâles jettent de furtifs coups d'oeil à Llyann comme si c'était à elle de décider en réalité, mais que pour l'heure elle préférait me laisser me dévoiler, lorsque à ma plus grande surprise c'est Syndalywë qui s'en mêle, apparaissant sur mon épaule et s'exprimant à voix haute:

"C'est lui. Il aime bien se faire prier un peu de temps à autre, mais je lui ai expliqué le topo. Il sait tout ce qu'il doit savoir. Enfin, s'il s'en souvient."

Éberlués, c'est le seul mot susceptible de définir la réaction des quatre elfes que nous sommes. Je me reprends en grimaçant imperceptiblement et m'adresse mentalement à ma Faëra:

(Hey, qu'est-ce qui te prends?!)

Elle me répond, taquine:

(J’accélère un peu la partie palabres.)

Ah. Syndalywë dans toute sa gloire. Mais quand même, je n'en reviens pas qu'elle se dévoile ainsi. Il doit y avoir quelque chose d'autre qu'elle omet de me dire, j'en suis certain! Cependant, étant donné qu'elle et moi sommes le centre de l'attention et qu'elle ne semble pas vouloir poursuivre mais au contraire disparaît, je me décide:

"Je suis un guerrier, pas un politicien retors, et je n'ai jamais dirigé qui que ce soit ou quoi que ce soit d'ailleurs. Mais si votre but est de faire revivre les Danseurs d'Opale dignement, je suis votre Sindel. En ce qui concerne la place que j'occuperai parmi vous toutefois, laissez au temps et à Sithi le soin de la déterminer, voulez-vous? Ainsi les choses seront justes."

C'est le vieux Sindel qui me répond, d'une voix grave et lente, neutre:

"Llyann nous a fait part de tes talents guerriers, mais j'aimerai voir de mes yeux ce que tu vaux, toi qui porte de si belles armes et armure. Nous avons une tradition, une sorte de rituel guerrier lorsque quelqu'un décide de nous rejoindre. C'est un spectacle, un divertissement, mais aussi une véritable épreuve. Acceptes-tu de t'y soumettre?"

Souriant, je le regarde bien au fond des yeux pour lui répondre:

"Ce sera un honneur et un plaisir, sieur...? Mais vous devrez me prêter une épée ou toute autre arme émoussée car je ne combattrai pas les miens avec ces si belles armes, même pour une joute amicale."

"Je me nomme Tyrdann E'Oriel, et voici Meglynn. Tous deux maîtres d'armes. Tu connais déjà Llyann. Nous te fournirons des armes d'entrainement, bien entendu, l'idée n'est pas de nous étriper parmi. Alors si tu consens, ce sera ce soir, au crépuscule. Je te ferai quérir."

"Soit. Telle est et sera notre heure."

Nous échangeons un sourire de connivence, puis je tourne mon attention vers Llyann:

"En attendant, que dirais-tu de me faire visiter cette cité et ses environs, ainsi que tu me l'as proposé hier soir?"

Elle me sourit légèrement, d'un petit côté biaisé qui ne me dit rien qui vaille et rétorque:

"Mais avec le plus grand plaisir, très cher. En espérant que je ne te fatigue pas trop, tu vas affronter une véritable épreuve ce soir, ne la sous-estime pas."

Je hausse un sourcil amusé et vaguement gêné à sa réplique, tandis que Meglynn pouffe discrètement et que Tyrdann se fend d'un sourire en biais, et m'abstiens de répondre, questionnant plutôt la jeune Sindel du regard afin de savoir si nous pouvons aller nous balader maintenant. Elle opine en riant et m'invite à la suivre, ce que je fais après un rapide mais cordial salut aux deux autres Elfes.

Je ne doute pas que cette épreuve qui m'attend puisse être rude et véritable, mais je n'arrive pas à m'en inquiéter. Je me sens à l'endroit juste, au moment juste, en paix. Mais peut-être est-ce simplement une impression issue de ce sanctuaire d'un autre âge, et qu'en ce lieu il ne peut en être autrement?


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune
MessagePosté: Dim 24 Avr 2016 13:15 
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Localisation: Nessima, Naora
Nous avons passé la journée à nous balader, dans la cité et au-dehors, discutant de tout et de rien mais glissant pudiquement sur ce que nous avons vécu, partagé, comme si le temps d'en parler n'était pas venu encore. L'Opale de Lune est une construction merveilleuse, toute en légèreté et en grâce vouées à Sithi, mais sa visite m'apprend aussi que c'est une redoutable forteresse, conçue de façon à faire de chaque mètre un cauchemar pour d'éventuels assaillants. Llyann m'apprend cependant que ce lieu n'a jamais été attaqué, ce qui ne m'étonne guère vu qu'elle se trouve vraiment aux confins du rien du tout, perdue au milieu de montagnes infranchissables si l'on n'en connait pas les sentes rares et discrètes. Les environs sont splendides également, un véritable écrin de nature qui semble inviolé et fait de ce petit coin de terre un véritable havre de paix et de beauté, mais pour combien de temps encore?

Tout en nous promenant, je réfléchis soigneusement à ce que ces lointains descendants de mes ancêtres veulent de moi, me demandant si je suis vraiment capable de diriger un tel ordre, de le faire revivre et de le guider dans les méandres tortueux de la diplomatie en ces temps troublés par nombre de guerres. J'ai été formé à cela, tous les Hirdams Sindeldi le sont, nos instructeurs y ont veillé, mais il me semble que cela date d'une autre vie tant j'ai erré longtemps en solitaire, ne sachant pas trop ce que je me voulais. Et puis, malgré prophétie, présages et signes divers, je ne peux m'empêcher de douter, suis-je vraiment sur la Voie juste? Est-ce ma place véritable, révélée par Sithi, ou n'est-ce qu'un cul de sac de plus, une illusion fallacieuse issue de mes seuls désirs?

Je les trouve bien confiants ces habitants de l'Opale de Lune, à vouloir ainsi me confier leurs existences, leur demeure, après tout que savent-ils de moi? Plus que je ne veux l'admettre sans doute, Llyann est née à Nessima, nous nous sommes connus vaguement dans notre jeunesse bien que je ne m'en souvienne guère, mon esprit étant alors tourné vers le difficile apprentissage militaire ainsi que vers Jaëlle. Il me semble probable qu'elle ait gardé là-bas quelques contacts, peut-être a-t'elle eu vent de certaines bribes de mon histoire? Mais quand bien même, tout cela me parait trop facile, trop évident, d'autant plus que les paroles du Gentâme résonnent encore en moi, et que je ne peux omettre le fait que le père de Llyann est un Ithilauster souhaitant ma perte. Quelles manigances se dissimulent derrière tout cela, n'est-ce au fond qu'un piège, qu'une machination supplémentaire? Quoi qu'il en soit je me suis jeté dans la gueule du loup, faire marche arrière n'aurait aucun sens, aussi il me reste à faire face à ce qui adviendra, quoi que ce soit, pour en tirer le meilleur parti possible.

C'est le jeune Finwë qui vient me chercher juste avant le crépuscule, me conduisant rapidement vers un lieu qui doit servir de terrain d'entraînement autant que d'arène, simple place circulaire d'une trentaine de mètres de diamètre et entourée de gradins sur lesquels se trouve une petite cinquantaine d'Elfes. Dans l'arène elle-même, quelques vingt guerriers me font face, disposés en demi-cercle, il y a là des Sindeldi, mais aussi des Hinïons et deux Taurions ainsi que trois ou quatre sang-mêlés, par Sithi vais-je devoir les affronter tous?! Un bref coup d'oeil à chacun, à la manière qu'ils ont de tenir leurs armes et de se tenir eux-mêmes me laisse toutefois penser que ce sont au mieux des combattants moyens, de simples guerriers, voire des apprentis pour certains. Je cherche Tyrdann du regard, avec dans l'idée de lui demander ce que signifie cette mascarade, lorsque il franchit la porte de l'arène me faisant face, arrivant juste derrière le groupe armé. Il est équipé de pied en cap pour la bataille, portant cotte de mailles, jambières et protège-bras métalliques, casque d'acier doté d'un panache argenté et deux sabres d'entraînement à la courbure légère ceints à sa taille. Il porte également deux épées droites, de celles dont on use pour s'exercer avec autrui sans grand risque de lui décoller la tête des épaules, mais qui peuvent néanmoins infliger de rudes chocs si l'on y prend garde. Il s'approche de moi et me tend ces deux lames, clamant d'une voix qui porte jusqu'aux derniers gradins:

"Comme le veulent nos usages, voici venue l'heure de l'épreuve pour celui qui souhaite nous rejoindre, l'heure du crépuscule, notre heure! Puisse Sithi nous inspirer et faire de cette danse une geste digne de ce que nous prétendons être, digne d'elle! C'est par nos seules volontés que nos armes se meuvent!"

Un véritable rugissement ébranle l'arène, tous les elfes présents reprenant en coeur cette devise, avec une rare ferveur. Lorsque le silence revient, Tyrdann me fixe gravement et poursuit:

"Il se peut que tu sois l'élu de Sithi ainsi que le pense Llyann, comme il se peut que ce ne soit pas le cas, je l'ignore et mon avis sur la question ne compte pas. Quoi qu'il en soit tu es indubitablement un descendant de notre fondateur, puisque tu portes son nom et la marque de cette lignée, et que Llyann témoigne que tu es bien celui que tu prétends. Alors regarde, Tanaëth Ithil, cette relique de nos origines, cet héritage de ta Famille."

Il me désigne du menton la porte qui se trouve derrière lui, et qui s'ouvre pour laisser passage à deux Sindeldi portant un long et étroit coffret de bois d'aspect ancien, bardé de ferrures dont la couleur me laisse supposer qu'il s'agit d'Hélcéa, le métal élémentaire de glace. Les deux porteurs déposent à terre leur fardeau et l'ouvrent solennellement, tandis que le demi-cercle de combattants s'écarte afin que je puisse voir ce qu'il contient. Je m'avance de quelques pas et me fige en découvrant la lame contenue par le réceptacle, ne pouvant retenir une exclamation incrédule:

"L'une des épées d'Ethërnem?! Par Sithi, comment est-ce possible?! Il est mort avec elles, sur Eden, cela fait près de vingt-trois millénaires!!! Et, où est la deuxième?!"

Inconscient de la surprise que mes paroles font naître dans l'assemblée et des nombreux murmures qui en émanent, je questionne mentalement Syndalywë, afin de savoir si cette arme est véritablement ce qu'elle semble être ou si ce n'est qu'une vulgaire copie, ce à quoi ma petite Faëra répond:

(Oh, c'est une copie. Ils possèdent bel et bien l'une des lames de ton ancêtre, mais malheureusement elle a perdu une bonne part de son pouvoir lorsque nous l'avons ramenée sur Yuimen.)

(Hum, je vois. J'aurais dû me douter que tu y étais pour quelque chose...)

(Il fallait bien que je m'occupe, durant tous ces millénaires. Je n'ai jamais pu atteindre mon but, mais j'ai fait mon possible pour le préparer, pour le rendre possible un jour.)

Tyrdann coupe mes échanges avec Syndalywë, répondant à mes questions avec, dans le ton de sa voix, un discret étonnement:

"J'ignore comment tu as pu la reconnaître...tout comme j'ignore comment elle a pu être récupérée, cela fait une éternité qu'elle est gardée ici et j'ai bien peur que cette légende ne se soit perdue au fil des âges. Quant à la deuxième, c'est une bien sombre histoire que sa destinée, mais un autre que moi t'en parlera, si tant est que tu franchisses l'épreuve et que tu sois bel et bien celui qui a été annoncé par l'Oracle."

Ils commencent à me saoûler, tous, avec leurs perpétuelles épreuves, leurs manigances, leurs signes et leurs dandinements cérémonieux en tous genre, aussi c'est d'un ton plutôt sec et légèrement houleux que je rétorque:

"Bien. Dans ce cas, qu'attendez-vous de moi? Que je vous terrasse tous pour m'emparer de cette lame familiale? Puis que je prenne place sur je ne sais quel siège inconfortable et saisisse les rênes de vos destins pour faire de vous des Danseurs d'Opale?"

Je parcours des yeux les elfes assemblés là, remarquant que certains semblent assez mal à l'aise suite à ma tirade, mais je n'en ai cure et poursuis en rivant à nouveau mon regard dans celui du vieux maître d'armes, assez fort pour que tous entendent:

"Ce n'est pas à moi de diriger vos vies, vos destins, Tyrdann. J'ai assez à faire du mien. Suis-je votre fameux "élu"? Je l'ignore, je ne le prétends pas et n'en ai rien à faire pour être franc. Je suis, et cela me suffit amplement. Peut-être pouvons-nous mener une danse ensemble car nos buts et nos idéaux sont communs à ce qu'il semble, mais ne me demandez pas de jouer à "l'élu", tous les enfants de Sithi le sont, toute vie l'est. Maintenant, éprouvez-moi aux arts du combat s'il le faut, ce sera un honneur et un plaisir, pour Sithi et que la Danse soit belle!"

Je m'empare enfin des deux lames d'entraînement que Tyrdann me tend d'un air soulagé, puis je recule de quelques pas en testant l'équilibre et la maniabilité de ces épées au moyen de quelques moulinets lents et fluides. Rien de transcendant bien entendu dans ces bouts de métaux bien indignes au fond du nom d'épée, mais cela reste des barres de ferraille, par définition susceptibles de sonner méchamment si l'on sait s'en servir. Et au final, leur équilibre n'est pas si mauvais, il est juste...différent.

Le demi-cercle de guerriers s'est reformé devant moi durant mes expérimentations, et si certains me sourient d'un air de défi, quelques-uns au contraire ont légèrement pâli et me dévisagent avec une certaine anxiété. Tyrdann s'est placé derrière eux, campé juste devant le coffret maintenant refermé où se trouve la copie de l'épée de mon aïeul, il me fixe droit dans les yeux et clame cérémonieusement:

"Gagne ta place parmi nous! Nous te défions de t'emparer de cette lame, de la manière qui te semblera bonne. Es-tu capable de la prendre dignement?"


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune
MessagePosté: Lun 25 Avr 2016 21:39 
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Suis-je capable de m'emparer de cette copie dignement?

Peut-être, Sithi en jugera, j'ai mon idée sur la manière de mener cette Danse. Il n'y a qu'un seul être dans cette arène qui soit éventuellement en mesure de me tenir tête individuellement, mais même peu expérimentés, quelques vingt guerriers finiraient indubitablement par venir à bout de ma résistance et de mon endurance. Cela d'autant plus que je ne peux pas me permettre d'en estropier un, cela ferait mauvais genre pour un prétendu Danseur d'Opale et ce n'est pas le but de cette épreuve qui ne touche pas qu'à la maîtrise du combat fort heureusement. Et tout ceci, ils le savent, l'espèrent au moins, je le vois dans leurs yeux. Bien. Dansons.

Je leur adresse un salut guerrier et protocolaire de mes armes, puis brusquement j'avance de trois pas vifs en direction d'un jeune elfe effarouché, il recule instinctivement d'un pas, levant maladroitement son arme en une piètre parade, d'autant plus que je n'ai pas tenté de lui porter un coup...Le demi-cercle se rompt alors que ses deux camarades les plus proches se précipitent sur moi, assez adroits pour se lancer simultanément et avec un angle assez large de par la disposition des protagonistes. Je recule de trois pas fluides, revenant à ma place initiale sans avoir levé mes lames, me dérobant ainsi à l'assaut des deux guerriers qui hésitent soudain à le poursuivre, et s'arrêtent finalement en croisant mon regard. Je leur souris:

"C'est par ma seule volonté que mes armes se meuvent. Approchez."

Ils s'approchent et, plutôt que d'assommer proprement ces "adversaires" bien incapables de rivaliser avec le combattant que je suis devenu au fil du temps, j'entreprends de corriger leurs positions, la manière dont ils tiennent leurs armes ainsi que leurs déplacements. Ils apprécient, visiblement, et le demi-cercle qui m'attendait ne tarde pas à se faire cercle autour de nous, les guerriers échangeant avis et commentaires quant aux techniques utilisées ou expliquées. L'atmosphère tendue qui régnait, précédant le combat, change subtilement, devenant plus joviale et légère tandis que je prends une véritable place de maître d'armes pour la première fois de mon existence, réalisant à cette occasion combien j'ai appris au cours des derniers mois écoulés.

Un moment s'écoule ainsi, tant et si bien que je commence à espérer pouvoir franchir l'épreuve de cette manière pacifique, lorsque ma Faëra me hurle mentalement:

(Baisse-toi!)

Je voue une confiance absolue à ma Faëra, et nous commençons à bien nous connaître, aussi n'a-t'elle pas encore fini de prononcer son avertissement que je réagis instinctivement en pliant les genoux et en penchant le torse en avant pour gagner quelques précieux centimètres si besoin, et je fais bien car une lame passe à moins d'une paume de mon crâne! Un bref regard en coin me révèle deux choses, et par Sithi aucune des deux ne me plaît! La première est que la lame qui vient de me frôler n'a rien d'une arme d'entrainement, elle est affûtée et pas à moitié, de plus c'est une arme d'excellente qualité, rien à voir avec un tranchoir d'apprenti boucher. La deuxième est que celui qui la manie n'est autre que Meglynn aux yeux d'un bleu si étrange, l'un des trois dirigeants de l'Opale. Il me semble en outre déceler une lueur haineuse dans ses prunelles, mais je peux me tromper car le temps ne s'est pas figé, mon regard n'a duré qu'une fraction de seconde.

Accroupi, je pivote vivement sur moi-même en tendant mes deux lames à l'horizontale devant moi, au mieux je lui fracasse une jambe, ce qui n'est pas mortel, au pire je le force à reculer ou à sauter. Dans les trois cas il devrait perdre l'avantage et me concéder une deuxième attaque! Il choisit de reculer, tout en tentant de parer la barre d'acier qui s'apprête à fracasser sa jambe droite sans y parvenir tout à fait. Le coup est rude mais ralenti par la tentative de parade tout de même, et cette fichue moitié de Sindel possède une armure complète d'acier de bon aloi qui amortit le reste du choc, si bien que je doute fort lui avoir seulement fait seulement un bleu avec ma barre à mine! Pas de deuxième coup, donc, car c'est avec l'épée qui m'a frôlé le crâne qu'il vient de parer mes deux lames, son autre main s'abat, munie d'une hache de bataille elle aussi joliment tranchante!

Toujours accroupi, je poursuis mon tournoiement en me recroquevillant sur moi-même, laissant mes deux armes glisser souplement le long de son épée tout en les ramenant dans mon dos par dessus mon épaule droite afin de parer sa hache. Son fer ripe en crissant sur mes tige d'acier, je me redresse alors vivement en donnant une puissante impulsion à mes deux lames, rien de tel qu'un bon levier comme l'épaule, de façon à repousser brutalement sa hache et me créer ainsi une ouverture. Je parviens bel et bien à repousser sa hache comme prévu, mais en fait d'ouverture je trouve le fil étincelant de sa lame, qui pointe ma gorge à la vitesse d'un serpent venimeux! J'esquive d'extrême justesse en me pliant en arrière et en tordant le cou, mais par Sithi ce bougre est vraiment dangereux!

Je remarque du coin de l'oeil que les guerriers et autres apprentis se sont reculés et semblent proprement effarés de ce qui se passe, en revanche je ne parviens pas à voir Tyrdann, pas plus que Llyann, que se passe-t'il donc bons dieux?! Pas le temps de tergiverser toutefois, après l'épée c'est la hache qui s'abat à nouveau, me forçant à poursuivre mon mouvement de recul, ce que je fais en hâte! Simulant une attaque de mes deux armes, je les lui balance à la figure, les lâchant pour porter de toute ma célérité mes mains à mes véritables armes que je dégaine d'un geste fluide, fini de jouer! Meglynn pare sans grande difficulté mes deux barres d'acier, mais marque un arrêt net lorsque se dévoile le flamboiement de l'Ardente! J'en profite aussitôt pour reculer rapidement de manière à rompre le combat et lance d'une voix assez forte pour être entendu jusqu'aux gradins les plus éloignés:

"Quelle est cette folie?! Rengainez vos armes par Sithi! Nous sommes tous des Elfes, Sindels pour la plupart!"

Tous semblent effarés, tant ceux présents dans l'arène que ceux dans les gradins, mais en l'absence incompréhensible de Llyann et de Tyrdann ils n'osent visiblement remettre en question un dirigeant de l'Opale, bien qu'ils ne comprennent pas. Meglynn en profite pour avancer sur moi, surveillant du coin de l'oeil ma Flamboyante qui semble l'inquiéter au plus haut point, n'aimerait-il pas le feu? Reste que j'ai un avantage sur lui, apparemment: mon collier de célérité. Je me concentre rapidement pour rassembler mon Ki, et je l'expulse en un déchaînement défensif, entamant avec vivacité les pas complexes de cette magnifique danse tourbillonnante tout en préparant la suite, un essai audacieux que j'ai déjà tenté sans y parvenir vraiment.

Mon adversaire est manifestement surpris de l'apparente anarchie de mes esquives et de mes parades, ses lames sont déviées et esquivées les unes après les autres, et pour la première fois je vois le doute apparaître dans son regard. Mais j'arrive à la fin de ma Danse, aussi je concentre une nouvelle fois mon Ki, et tente de le modeler en une forme très proche de ces lames défensives, mais subtilement différente. Plutôt que de favoriser esquives et parades, je m'efforce de favoriser ma technique pure, d'affiner ma concentration ainsi que la précision et la vivacité de mes gestes, bien conscient que je vais y perdre un peu en force, mais qu'importe.

J'enchaîne donc avec cette tentative, risquée certes mais il me semblait être assez proche d'un résultat la dernière fois que je l'avais tentée, et de défense je passe soudainement à l'attaque, utilisant vicieusement mon Flambeau pour lancer une attaque de pointe en direction de son visage casqué! Il recule précipitamment, parant en catastrophe ma lame de la sienne, mais je colle à son mouvement en changeant de jambe d'appui, de façon à lui menacer l'aine de ma rapière. Il ne parvient pas à esquiver cette fois, mais la pointe de ma fine rapière frôle le défaut de l'armure, hésite, et ploie rudement avant de déraper! Maudite! Et bien sûr, l'autre bougre en profite pour tenter de me fendre le crâne de sa hache! Je ramène l'Ardente en parade et en urgence et, si mon geste est assez moyen, le fait que ce faisant la flamme se rapproche de la trogne de mon adversaire suffit à lui faire abandonner son intention au bénéfice d'un pas en arrière, ce que je mets immédiatement à profit pour piquer à nouveau de ma rapière en direction de sa gorge. Une nouvelle fois ma fine lame ripe contre sa saleté de plate, ça commence à m'agacer sérieusement! Je m'efforce de mettre cette colère au service de ma danse, de la modeler plus exactement tout comme mon Ki, du calme, de la maîtrise, de la précision par Sithi! Danse Sindel!

Meglynn me lance à son tour une pointe vicieuse de son épée, visant mon genou droit, cela m'ennuie mais je suis contraint de parer avec l'Enflammée, j'aurais préféré la maintenir haute! Le demi-elfe poursuit son attaque au moyen de sa hache, un sale coup de taille placé pile dans l'ouverture, inévitable à ma connaissance, qu'a engendré ma parade. Un sale coup parce que je suis dans l'obligation de parer avec ma rapière, et que ce n'est pas exactement l'arme idéale pour parer franchement une hache. Ce que l'autre damné sait très pertinemment, d'ailleurs, à voir son petit sourire en coin! Quand on n'a pas le choix...je pare donc, priant Sithi pour que ma lame résiste au choc. Et elle résiste! Brave! Sourire qui s'efface. Je fais décrire un brutal arc de cercle remontant à mon Ardente, menaçant gravement sa capacité de reproduction future, il tente bien de parer mais sa lame est trop loin et mon attaque percute son armure à l'entrejambe avant qu'il n'ait pu l'interposer. Il a bien de la chance de la posséder, cette armure, car elle empêche que je le fende en deux, mais le choc n'en est pas moins assez violent pour qu'il se plie en deux en hurlant de douleur! Je lui balance un coup de pied, du talon pour être précis, en plein front alors qu'il est plié en deux, l'envoyant se recroqueviller misérablement et en pleurant de souffrance au sol, puis je m'approche de lui et glisse le tranchant de ma rapière contre la peau de sa gorge, l'entamant imperceptiblement au passage.

"Pourquoi voulais-tu ma peau? Qui t'envoie?"

Meglynn gémit, crachotant quelques mots incompréhensibles des tréfonds de son malaise, mais une légère pression sur ma lame suffit à le faire haleter précipitamment:

"Maître...ma place...ils...ils ont dit..."

"Ils? Qui ça ils?"

"Pas...pas parler!"

Je pose un pied à l'endroit exact où l'épée ardente a frappé, appuyant légèrement en rétorquant d'une voix dure:

"Oh mais si tu vas parler. Je t'assure. Mieux vaudrait pour toi maintenant...ça fera moins mal."

"Je...le père...de Lyann...Ithilausters...mais...pas parler...il...tuerait...moi."

Le père de Lyann. Averren, Ithilauster de son état, s'acharnant à ma perte, à celle de ma famille, pour une raison que j'ignore totalement. Chouette. Même ici son influence est parvenue à s'infiltrer. Je me penche sur le blessé pour lui extorquer quelques renseignements supplémentaires lorsqu'un carreau d'arbalète se fiche dans le front de mon prisonnier! Je me retourne en vitesse, juste assez rapidement pour voir qu'ils sont deux, placés en haut des gradins, et que le deuxième décoche un carreau en ma direction! J'ai le temps de ramener ma rapière en protection, un geste désespéré, de songer à relancer une danse défensive, ça va vite un carreau d'arbalète, puis je me le prends dans la cuisse droite! Je m'étais toujours imaginé qu'un carreau d'arbalète ça ne se sentait pas trop, je veux dire par là comme un coup de dague très effilée, mais en fait je me prends un sacré choc au moment de l'impact!

Je sais que je n'ai que quelques très brefs instant avant que la douleur n'arrive, je rengaine donc à toute vitesse mes deux lames, prenant quand même garde de ne pas me roussir avec l'Ardente, puis je me saisis de mon arc, le bande d'une flèche que je gèle vivement en priant Yuia, et lâche un trait sur celui qui a tiré sur Meglynn et qui finit juste de recharger! Ma flèche se plante dans son épaule droite, le faisant pivoter et sans doute crisper les doigts car son carreau part et va se ficher dans le ventre de l'un des guerriers qui se trouve dans l'arène, lui faisant ouvrir de grands yeux surpris! Je décoche un nouveau projectile gelé à l'intention du deuxième, mais il plonge à l'abri d'un banc de pierre et ma flèche se brise en percutant misérablement le mur.

Et moi je commence à avoir misérablement mal. Je serre les dents, me concentrant pour chasser la douleur de mon esprit, puis je bande une nouvelle fois ma relique de glace, attendant l'instant propice pour décocher. L'arbalétrier sort soudain de sa cachette, mais c'est moi qui tire en premier. Ma flèche décrit une très légère courbe, vu la distance, moins de cinquante mètres, le tir est presque droit, rapide, invisible. Un joli tir, vraiment. Le problème c'est qu'une flèche a besoin d'un peu de temps pour atteindre sa cible. Bien assez pour que le type appuie sur sa gâchette avant que mon trait ne se fiche dans son oeil droit. Et presque assez pour que le carreau ainsi lâché me perfore de part en part le bras gauche, exposé puisque en avant pour tenir l'arc. Manque de bol, je mets toujours mon unique protège-bras à droite. La vie est mal faite parfois.

Je déguste. Je trinque. Mais si cela pourrait vous mettre l'eau à la bouche, rassurez-vous, j'en bave aussi. Deux carreaux d'arbalète dans la viande, ça fait fichtrement mal. Ça n'a l'air de rien ces petits bouts de bois, mais par Sithi, je ne suis pas une chochotte mais là j'en ai les larmes aux yeux. Se détendre. Évacuer la douleur, faire ce qui doit être fait. Je respire profondément à trois reprises avant de parvenir à ordonner d'une voix qui ne tremble pas:

"Attrapez-moi l'arbalétrier blessé, fichez-le à poil et soignez-le sommairement, puis fourrez-le dans un cachot bien profond sans rien d'autre sur lui que ses frusques! Trouvez-moi Lyann et Tyrdann, et faites venir un guérisseur bon sang, il y a des blessés ici!"

Sortant enfin de leur hébétude, les habitants de l'Opale de Lune exécutent mes ordres sans moufter, dépassés par les événements et dépourvus de toute autre forme de commandement dans l'immédiat. Un guérisseur plus ou moins improvisé ne tarde pas à arriver, je n'ai eu que le temps d'aller, ironiquement, récupérer cette copie de l'arme de mon aïeul, que j'examine attentivement lorsque l'Hinïon guérisseur s'approche de moi. Il extrait habilement le trait encore planté dans ma cuisse, bref épisode pendant lequel j'en profite pour lui enseigner tout ce que je sais en matière de jurons en Sindel, puis nettoie les plaies avec un alcool fort avant d'y poser des cataplasmes d'herbes et de bander le tout bien serré. Je le remercie, puis me dirige en clopinant vers la grande salle de réunion, suivi par toute une cohorte d'elfes déboussolés.

Il me faut un moment pour me rendre à ladite salle, même si bien vite un Sindel s'est proposé de me servir d'appui, mais à peine y suis-je parvenu que Finwë se précipite vers moi en clamant:

"On les a trouvés! On les a trouvés!"

Je m'assieds sur le premier siège venu, en grimaçant la moindre il faut l'admettre, puis je réponds au jeune Taurion:

"Hum, calme-toi un peu! Qui avez-vous trouvé?"

"Mais Llyann et Tyrdann! Ils étaient dans un coin de l'armurerie, assommés et ligotés!"

Je soupire discrètement de soulagement, ainsi à priori ces deux-là ne sont pas impliqués dans ce traquenard, voilà qui me rassure un peu.

"Bon, excellent, vous les avez détachés et réveillés?"

"Ben détachés, oui, réveillés on a réussi pour Tyrdann, mais Llyann elle a une très grosse bosse..."

Le maître d'armes arrive d'ailleurs dans la salle à cet instant, d'une démarche un peu hésitante et un filet de sang coulant encore sur sa tempe gauche:

"Que s'est-il passé par Sithi?!"

Nous le lui expliquons, chacun et chacune y va de son commentaire, jusqu'à ce que le vieux Sindel fasse taire tout le monde pour avoir une version claire de l'histoire. Me faisant ensuite face il me dévisage gravement un long moment en silence, puis finit par sourire légèrement en me disant:

"Bien joué, tu t'es bien débrouillé. Il va falloir qu'on mette tout ça au clair, et qu'on interroge ce prisonnier. Mais avant cela, je vois que tu as récupéré l'enjeu de la joute, et je juge que tu l'as fait dignement. Alors bienvenue, Tanaëth Ithil, descendant d'Ethërnem Ithil et Danseur d'Opale, en L'Opale de Lune!"

Llyann entre à cet instant, pâle et appuyée sur une jeune Hinïonne habillée comme une guerrière, et lance au vieux maître d'armes:

"On a un gros souci si ce qu'on m'a appris en venant est vrai. Donne-là lui, Tyrdann!"

Il me dévisage une nouvelle fois, puis acquiesce d'un hochement de tête à l'attention de la Sindel et me fait signe de le suivre d'un signe de la main. Intrigué je lui emboîte le pas, non sans un regard étonné à Llyann qui me lance d'un air étrangement las et gêné:

"Elle te revient. C'est ton héritage. Je te dois au moins cela..."

Je m'arrête net, la fixant droit dans les yeux pour demander:

"Quoi? Que veux-tu dire? Explique-toi!"

"Pas maintenant, s'il te plaît. J'ai la tête qui tourne et tu n'es pas en meilleur état. Prends ce qui te revient, et reposons-nous. Demain, demain nous parlerons. Je te le promets."

Je la scrute une seconde en silence, puis je hoche la tête en guise d'accord, et me détourne pour emboîter le pas à Tyrdann qui s'empare d'une lampe à huile, l'allume, puis me conduit d'un pas calqué sur le mien, c'est à dire clopinant vaille que vaille dans couloirs et escaliers plongeants en serrant bien fort les dents et en repoussant de menus vertiges ici et là. Nous finissons quand même, à force de descendre, par arriver au fond d'un couloir, devant une petite porte ronde comme la lune qu'elle représente, faite de mithril bleu, ce métal si rare qu'on ne trouve qu'au Naora. Le vieux maître d'armes tire l'un de ses colliers de sa chemise, pourvu en guise de pendentif d'une clef de même métal qu'il insère dans la serrure et manoeuvre aussitôt. La lourde porte s'écarte ensuite d'une simple poussée, et d'un geste d'invite Tyrdann me fait signe d'entrer.

Je franchis la porte en l'admirant, tout comme les murs de la citadelle elle est ornée de fines et délicates scènes lunaires, de la plus poétique à la plus guerrière. Dirigeant ensuite mon regard vers ce que l'huis dissimulait, je découvre une simple petite pièce hémisphérique d'une douzaine de mètres de diamètre environ, dont les murs opalins sont percés d'ailleurs de douze niches identiques. Elles sont toutes simples, des quarts de sphère évidée à même la masse du roc presque translucide, d'un mètre et demi de large environ, pour la moitié de profondeur et de hauteur. Dans l'une d'elle je remarque une petite statuette de femme d'aspect antique, esquissé dans une pierre volcanique un peu semblable à de la pierre ponce. Dans une autre, un coffret de bois vermoulu, d'une taille susceptible de contenir une coupe. Un casque de mithril bleu fendu en deux. Je dis bien fendu. A moins que les deux moitiés n'aient jamais été réunies. Un coup d'oeil interrogatif à Tyrdann m'apprend qu'il n'en sait pas plus que moi à propos de cette étrangeté. Puis, dans la dernière niche occupée...une épée. Une lame simple, épurée, droite de ligne et elliptique de formes, identique à celle dont je me suis emparé lors de leur fichu "jeu". Elle est posée sur deux croissants de lune en ébène, et il me semble que le métal qui la constitue n'est pas exactement le même que celui de la copie en ma possession, mais je ne suis pas un expert en la matière, loin s'en faut. Je la prends délicatement en demandant mentalement à Syndalywë:

(C'est la vraie?)


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune
MessagePosté: Ven 29 Avr 2016 19:21 
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(Oui), me répond fièrement ma Faëra. Oui. Ainsi me voilà en possession de la lame de mon ancêtre, celle-là même que Syndalywë m'a dévoilé lorsque nous avons fusionné. L'une des deux armes mythiques du fondateur des Danseurs d'Opale, Ethërnem Ithil. Mon coeur s'est emballé à l'affirmation de Syndalywë, j'affermis ma prise sur la poignée antique et m'éloigne de Tyrdann de quelques pas afin de faire décrire quelques arabesques à cette lame forgée sur Eden quelques vingt-trois mille ans auparavant.

Cette lame est...vertigineuse. Son équilibre est si parfait qu'il remet le mien en question à chaque instant, ce d'autant plus que ma jambe droite irradie de douleur dès que j'y mets un peu de poids. Je n'ai qu'une envie, danser avec cette épée, tenter quelques folies tant elle m'inspire confiance et correspond exactement à mon style de combat pour ce que je peux en juger, mais mon corps me rappelle à l'ordre. Je soupire légèrement, puis demande au vieux Sindel:

"Peux-tu me trouver un fourreau pour cette arme?"

Il acquiesce, m'informant:

"Il y a un vieux demi-elfe qui s'y entend fort bien à travailler le bois et le cuir, il te fabriquera cela."

"Parfait dans ce cas, merci. Maintenant, je voudrais aller causer à cet arbalétrier que j'ai blessé, peux-tu me mener à lui? En chemin tu pourras m'expliquer un peu comment Llyann et toi envisagiez les choses..."

Le Sindel grimace légèrement, me faisant signe de le suivre hors de la crypte hémisphérique située au coeur de l'Opale de Lune avant de me répondre:

"Je pense que les détails de nos projets doivent être revus, compte tenu des événements. Mais en gros, nous espérions que tu prendrais la tête de l'Ordre, afin de lui insuffler un renouveau."

"Je vois. Et cela sur la base de ressemblances avec une prophétie?"

Le vieux maître d'armes me fixe d'un air grave et un peu las:

"Je suis né ici, Tanaëth. Il y a un peu plus de mille ans, nous étions trois cents ici. Dont une centaine de bons guerriers et une dizaine de maîtres d'armes. Regarde l'Opale aujourd'hui, c'est un lieu magnifique, mais en phase finale de déclin. Le secret nous protège, certes, mais il nous isole également. Le sang ne s'est pas assez renouvelé, rares sont ceux qui nous rejoignent mis à part quelques Taurions et Hinïons de temps en temps. Alors que risque-t'on au juste à tenter quelque chose?"

Je pose une main sur son épaule, lui rendant son regard:

"Vous ne risquez rien que vous ne risquiez déjà. Nous allons changer cela. Des Danseurs d'Opale arpenteront Yuimen et leurs Danses prépareront un monde meilleur. Ce lieu deviendra un mythe, un symbole de l'excellence spirituelle et martiale, les Sindels du Naora sauront qu'il existe et certains nous rejoindront. Mais nous allons aussi devoir être d'une extrême prudence, le clergé est puissant et ne plaisantera pas. Il y a nombre de sujets qu'ils ne veulent pas voir réveillés, nombre de secrets historiques qu'ils n'ont aucune envie de voir révélés. Et puis, surtout, ils ne veulent pas de rivaux dans le jeu du pouvoir. Or les Danseurs d'Opale en étaient de sérieux, sur Eden."

Nous nous remettons en route, lentement car je peine à gravir les nombreuses marches, tandis que Tyrdann répond:

"J'espère voir cela, je rêve de le voir, sans parvenir à y croire vraiment. Il faudra que tu discutes avec Llyann du clergé et de son influence. Entre autres."

Entre autres, oui. Je me demande ce que sait ce vieux bonhomme, mais peu importe pour l'instant, je me contente donc de lui confirmer d'un ton neutre:

"Nous aurons une longue discussion demain, elle et moi. Puis nous mettrons certaines choses au point, tous les trois. Mais d'abord je vais interroger notre prisonnier, je pense qu'il a quelques révélations passionnantes à nous faire. Était-il à l'Opale depuis longtemps?"

"Je l'ai vu naître, ici-même..."

Ah. Voilà qui est plus moche que prévu. Enfin, voyons d'abord l'histoire qu'il nous chantera. Nous ne tardons guère à arriver dans les prisons de l'Opale, quatre cachots et un geôlier mort d'ennui au bout d'un couloir du premier sous-sol. Nous réveillons le gardien avachi sur sa chaise, puis il m'ouvre l'un des cachots en marmonnant:

"Il n'est pas bien en point, le gaillard. Le guérisseur a fait ce qu'il a pu."

J'entre dans la geôle, une pièce cubique de 3 mètres de côté avec une paillasse dans un coin, sur laquelle se trouve allongé l'arbalétrier qui a fiché un carreau dans la tête de Meglynn, et un autre dans mon bras gauche. C'est un jeune demi-Sindel, probablement croisé avec un humain d'après ses traits légèrement grossiers, et il souffre le martyr visiblement car il est pâle comme un mort. Il est conscient pourtant, car il nous regarde entrer et se recroqueville davantage encore sur lui-même, misérable et pitoyable comme un chien battu. Je m'adosse contre le mur faisant face à sa paillasse, de manière à ce qu'il me voie bien, puis je lui demande d'un ton glacial:

"Explique-moi ton geste, veux-tu? Fais en sorte que ce soit convainquant, je détesterais devoir me montrer plus persuasif, et tu détesterais aussi."

Sa voix n'est qu'un souffle, hachée et terrifiée, mais il me répond:

"Tu n'apprendras rien de moi, je ne sais rien. Vas voir ton amante si tu veux des renseignements. C'est à cause d'elle, tout ça!"

Je cille à ses derniers mots, qui trouvent en moi une résonance perturbante dans le souvenir des paroles du Gentâme, mais je me reprends immédiatement et m'approche de lui suffisamment pour que ma présence devienne un danger concret. J'ai toujours l'épée d'Ethernëm en main droite, et même si je ne l'en menace pas directement ses yeux affolés glissent vers elle à plusieurs reprises. Je lui dis calmement, posément:

"J'ai eu une longue et dure journée, je suis blessé, épuisé et en colère. Ma patience s'en ressent notablement. Je vais te le demander autrement, une dernière fois: explique-moi ce que tu sais, tout ce que tu sais, et fais en sorte de me convaincre si tu veux vivre."

Paniqué, le jeune demi-elfe lorgne une nouvelle fois la redoutable lame que je tiens à la main, puis revient à mes yeux avant de baisser les siens honteusement pour débiter précipitamment à mi-voix:

"C'est Meglynn qui m'a engagé. Il m'a dit qu'il y avait un gros problème avec Llyann et toi, un truc qui mettait en péril l'Opale de Lune. Il m'a dit aussi qu'il avait un puissant appui extérieur, quelqu'un qui ferait revivre notre ville et nos idées, et que lui Meglynn serait le nouveau maître de l'Opale. Il a dit que si je l'aidais, je serais son second, et que je pourrais aller en voyage au Naora, y être formé comme un Hirdam....on était quatre en tout, mais je ne connais pas le quatrième, je ne l'ai jamais vu et Meglynn disait que c'était un secret."

Je l'écoute avec la plus grande attention, plissant les yeux à la fin de son explication.

"Dans ce cas, pourquoi as-tu assassiné Meglynn?"

"C'est toi que je visais..."

Ah. Tu parles d'un arbalétrier...certes j'étais proche, mais tout de même. Traître, assassin, lâche, naïf et peu doué. Bref, ce n'était qu'un sous-fifre maladroit, et celui qui aurait pu m'en dire plus sur cette nouvelle manigance de l'Ithilauster Averenn, père de Llyann, est mort. Au moins m'aura-t'il désigné le commanditaire de cette attaque, il aurait été gênant de ne pas savoir d'où venaient les coups. A ce propos, il y a cette histoire de quatrième qui me tarabuste, car cela signifie qu'il y a encore un traître au sein de l'Opale. Quoi qu'il en soit il faut que j'aille me reposer quelques heures, je suis exténué et la journée de demain sera longue.

Je quitte donc la cellule et salue Tyrdann ainsi que le geôlier, puis je me dirige en clopinant et sur mes gardes en direction de mes appartements. Je les atteins sans être inquiété mais non sans mal, et c'est avec un indicible soulagement que je m'affale enfin, m'endormant comme une masse après une prière à Sithi suivie d'un bref échange mental avec Syndalywë.

Le lendemain matin, je me lève un peu avant l'aube, et après m'être soigneusement décrassé je change mes bandages, examinant au passage les plaies petites mais profondes qui néanmoins ne semblent pas devoir s'infecter. Je les nettoie avec le plus grand soin, puis applique des feuilles de snaria afin de bien maintenir les bords des blessures en bonne position. Je bande ensuite d'une nouvelle bande de lin le tout, puis me vêts de propre et endosse mon harnachement militaire au grand complet. Je vérifie le parfait affûtage de mes lames, peaufine rapidement celui de ma rapière, puis contrôle plus sérieusement que la veille le parfait positionnement de chacune. Je rectifie imperceptiblement le tout, puis lorsque je suis enfin satisfait je me rends dans la grande salle en boitillant, n'y trouvant qu'une très jeune Taurionne en train de remplir les lampes à huile alors que le jour se lève tout juste. Je la salue avec courtoisie, puis lui demande si elle peut aller quérir le vieil elfe capable de fabriquer des fourreaux, ce à quoi elle consent en souriant. Elle file prestement et silencieusement chercher l'artisan, d'une démarche gracieuse et légère que je ne peux m'empêcher d'admirer. Voilà une jeune fille qui pourrait bien devenir une Danseuse d'Opale douée, moyennant la formation adéquate. Je m'installe sur l'un des douze sièges placés autour de la vaste table ovale et réfléchis intensément durant l'attente du sellier, ou tanneur ou que sais-je encore.

Un vieil Elfe vert croisé de blanc finit par arriver, accompagné de la jeune Elfe verte très fière de l'avoir trouvé et ramené. Je leur fais signe de prendre place, ce qui les surprend visiblement beaucoup, mais ils obtempèrent en me dévisageant avec curiosité.

"Bonjour, et merci d'être venu, messire artisan. J'ai besoin d'un fourreau pour cette arme. Peux-tu réaliser quelque chose d'approprié?"

Il examine la lame d'un air admiratif, puis réfléchit quelques instants avant de déclarer:

"Je peux te fabriquer un fourreau pour cette arme, Seigneur. Il me faudra une bonne partie de la journée. Et il faut que je prenne quelques mesures."

Je pose délicatement ma lame sur la table, juste devant lui, afin qu'il puisse la mesurer, puis je lui réponds en lui souriant franchement, amusé mais sérieux dans mes mots:

"Je ne suis pas seigneur. Appelle-moi simplement Tanaëth. Je n'ai qu'un titre: Danseur d'Opale. Aucun n'est aussi exigeant que celui-là, aucun plus noble ou plus grand. Ce soir ce sera parfait. Je te remercie. Quel est ton nom? Et le tien, jeune femme?"

Le vieux s'éclaire d'un sourire à mes paroles, inclinant le visage en signe d'approbation, me répondant simplement:

"Avec plaisir, Tanaëth. Eckiël est mon nom."

Alors que le sellier effectue ses mesures, la Taurionne ajoute timidement:

"Nyllynn, messire."

"Eh bien, je suis ravi de faire votre connaissance à tous les deux. Dis-moi, Nyllynn, que fais-tu de tes jours, à part remplir les lampes à huile?"

L'artisan termine ses mensurations et quitte la salle après nous avoir salué, je récupère ma lame que je laisse posée devant moi sur la table, puis fixe la jeune femme en attendant sa réponse qui tarde à venir. Elle répond un peu honteusement:

"Je...nettoie, messire. Je fais la lessive, je change les draps, je vide les cendres des cheminées. J'aide parfois aux cuisines aussi."

"Regarde-moi, Nyllynn. Il n'y a pas de tâche plus pure que de servir les autres. Peu importe la manière, que tu sois une reine ou une femme de ménage, c'est ton intention qui importe, et la manière dont tu fais les choses. Mais, si tu avais le choix, la liberté de décider toi-même de ton chemin, de ton rêve, que voudrais-tu devenir? Qui voudrais-tu devenir?"

La réponse fuse en un souffle alors qu'elle relève les yeux pour me regarder:

"Je veux protéger mon peuple. Je serais une grande guerrière, une Danseuse d'Opale comme dans l'ancien temps!"

"Qu'est-ce qui t'en empêche?"

"Je dois travailler pour avoir à manger..."

Je fronce les sourcils à cette réplique, demandant doucement:

"Tu as des parents? Comment se fait-il que tu sois ici à l'Opale plutôt qu'avec ton peuple, dans les forêts?"

"Mes parents ont été tués pendant un raid Shaakt, je ne me souviens pas d'eux. Mais ils habitaient ici et un survivant de l'attaque m'a ramenée après...j'ai toujours habité ici. J'ai une petite chambre et on me donne à manger aux cuisines, il y a une des cuisinières qui s'est beaucoup occupée de moi quand j'étais petite."

Je la dévisage avec une compassion dénuée de pitié, puis apercevant Llyann qui arrive, je lui réponds avec un petit sourire en coin:

"Sois dans l'arène ce soir lorsque la lune se lèvera. Mets des habits peu dommages, nous allons voir si tu as l'étoffe d'une grande guerrière. Maintenant si tu veux bien m'excuser, il faut que je parle avec Llyann."

La jeune fille s'illumine à mes mots, ses prunelles se teintant toutefois d'une petite lueur d'anxiété à l'idée d'être en quelque sorte éprouvée, puis elle se lève d'un bond en me remerciant vivement et s'éclipse en dansant de joie tandis que Llyann s'installe d'un air amusé en face de moi. Nous nous dévisageons un moment en silence, ne sachant ni l'un ni l'autre sur quel pied danser, ni comment entamer cette grave discussion que nous devons avoir. Je me lance enfin, m'efforçant de conserver un ton neutre:

"J'aimerais vraiment comprendre, Llyann. Je suis las des manigances létales de ton père. Il a tenté de m'occire à plusieurs reprises, est responsable de la mort d'une Sindel chère à mon coeur et probablement de celle de mes parents également. Notre rencontre n'était pas un hasard, pas plus que cette trahison hier soir. Tu as promis de m'expliquer aujourd'hui, alors je t'écoute."


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune
MessagePosté: Sam 30 Avr 2016 11:56 
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La belle Sindel me dévisage longuement en silence, puis finit par baisser les yeux face à mon regard inflexible. Je veux savoir de quoi il retourne, je ne suis plus un fuyard errant sur les routes et gagnant sa croûte avec ses mauvaises lames, je suis devenu un Danseur d'Opale et il est temps pour moi de faire face au pouvoir qui me harcèle et me nuit. Pour finir, Llyann commence son histoire, d'une voix faible et empreinte de gêne et de regrets:

"Tu sais qui sont mes parents, et tu connais les lois et coutumes de notre peuple. Tu dois donc savoir que mes parents ne se sont jamais unis, ce qui fait de moi au sein de la société Sindel...une moins que rien, une "bâtarde" sans statut. Ma naissance est en quelque sorte un accident, qui rend précaire la position de mon père car il est mal vu de transgresser nos usages pour un Ithilauster, et son influence s'en ressent. Or tu ne l'ignores pas, mon paternel est quelqu'un de très ambitieux, qui fait passer sa carrière, sa gloire et son pouvoir bien avant ceux qui l'entourent. Lorsque ma mère est tombée enceinte après qu'ils se soient aimés brièvement, il a exigé qu'elle perde au plus vite cet enfant indésirable, mais elle a refusé tout net, argumentant que c'était un crime que de tuer un Sindel, même encore dans le ventre maternel. Mon père l'a très mal pris comme tu peux l'imaginer, et il s'est rendu sur l'île volante de Nyr' tel Ermansi afin de rencontrer Sithi pour lui demander conseil. Du moins est-ce ce qu'il a prétendu ensuite, affirmant l'avoir rencontrée et avoir obtenu d'elle une prophétie."

Elle marque une seconde de silence, pensive, avant de poursuivre:

"Durant toute mon enfance il intrigua donc, prétendument pour faire advenir ce destin soi-disant annoncé par Sithi, qui lui aurait révélé que je serais un jour reine parmi les miens, mais en réalité pour le contrer car il me cloîtra littéralement pendant des années, m'isolant si totalement que bien peu surent jamais que j'existais. Ma mère finit par s'opposer à lui, ce qui nécessitait un grand courage car Averren est extrêmement influent et puissant au Naora, et me plaça comme apprentie Hirdam à l'école militaire de Nessima. C'est là que je t'ai aperçu pour la première fois, tu étais un jeune Sindel jovial et rayonnant, à l'époque, et je suis tombée amoureuse de toi bien que tu n'aies alors d'yeux que pour Jaëlle. J'ai demandé à ma mère d'arranger une union entre nous, et à force d'insister j'ai obtenu qu'elle en parle à mon père, son accord étant nécessaire. Quelques jours plus tard, Jaëlle mourrait..."

Llyann crispe les mâchoires à ce souvenir, secouant lentement la tête en signe de désolation au souvenir de ces événements maintenant lointains, puis après avoir déglutit elle reprend:

"Tu as changé ce jour-là. Tu es devenu sombre et renfermé, vraiment dangereux même lors des entraînements, tant et si bien que les autres apprentis et même certains maîtres d'armes ont commencé à te craindre. Et moi...moi j'ai sombré dans une profonde mélancolie, comment espérer encore m'approcher de toi alors que j'étais responsable, même si je ne l'ai en rien souhaitée, de la mort de celle que tu aimais? Mon désespoir était si profond que ma mère a persuadé mon père d'aller voir le tien pour arranger cette union que je désirais tant, ce que ce dernier a consenti à faire. Mais ton père a refusé, disant que je n'étais pas d'assez haut lignage pour son fils, réponse qui a mis mon père dans une rage insensée. Il m'a battue férocement ce jour-là, jurant la perte de ta famille si orgueilleuse, jurant que votre lignée ramperait bientôt plus bas que terre, et qu'il n'aurait de cesse qu'elle ne soit détruite. Mais tes parents n'étaient pas sans influence, si bien qu'il dût attendre que tu refuses le mariage arrangé pour laisser libre cours à sa malveillance. Il fit des pieds et des mains pour contraindre tes parents à te bannir, usant de son influence et de son pouvoir pour les placer dans une situation intenable. Il sapa leur empire commercial, fit assassiner quelques-uns de leurs plus loyaux employés, détourna d'eux nombre de leurs relations et alla même jusqu'à faire tabasser ta mère par quelques jeunes peu scrupuleux. Je crois que c'est ce dernier acte qui fit plier ton père et, la mort dans l'âme, il te bannit afin de préserver les siens, bien incapable de rivaliser avec la puissance des Ithilausters."

Un nouveau silence, qui se prolonge cette fois, si bien que je l'encourage à poursuivre d'un murmure:

"Et ensuite, que s'est-il passé?"

"Ensuite...tu es parti, et moi j'ai commencé à haïr mon père. J'ai fini ma formation une année après toi, puis j'ai convaincu ma mère de me laisser partir à ta recherche. Elle n'était pas très enthousiaste à cette idée, mais elle a fini par accepter, me conseillant d'aller en Hidirain, sur imfitil, où d'après elle je finirai un jour par te retrouver. J'ignore comment elle a pu prévoir cela, je n'ai pas pensé à le lui demander à l'époque et je ne suis pas retournée au Naora depuis. Quoi qu'il en soit, je suis partie et j'ai voyagé durant plusieurs mois avant de parvenir à la cité cachée d'Hidirain, lieu où j'ai appris l'existence de l'Opale de Lune. C'était il y a près de trente ans..."

Llyann me dévisage d'un regard triste et un peu anxieux, imperceptiblement teinté d'un espoir auquel elle ne croit plus, et ce regard me fend le coeur au moins autant que son récit. Je résiste à l'impulsion de me lever pour la prendre dans mes bras et me force à rester rigoureusement immobile pour demander doucement:

"Continue, Llyann, qu'est-il advenu durant toutes ces années?"

"J'ai appris par un vieux mineur Thorkin l'existence de ce Gentâme que nous avons rencontré ensemble, et je me suis aventurée à plusieurs reprises vers lui pour avoir des réponses à mes questions. J'ai failli y laisser ma vie quelques fois, mais j'ai appris ce que je voulais savoir. Il m'a assurée que tu viendrais bel et bien, et que je t'aurais ainsi que je le désirais. Je...je n'avais pas imaginé un instant que cela se passerait...ainsi. Il m'a révélé aussi les manigances de mon père, affirmant qu'il me surveillait étroitement afin de te retrouver et de te briser, mais j'étais jeune et je n'ai pas voulu croire qu'il pouvait nous atteindre dans ce lieu reculé...j'étais stupide. Et puis, voilà quelques lunes, j'ai appris que tu étais arrivé à Hidirain, que tu avais combattu victorieusement une Banshee au sanctuaire de Moura avant de t'engouffrer dans le Rock en quête d'une épée ardente. Or je savais que cette arme était proche du Gentâme car un guerrier de l'Opale avait tenté de la récupérer ainsi que je te l'ai raconté lorsque nous avons été combattre l'Arctosa. Je me suis donc aussitôt rendue à cet ancien temple maudit et je t'ai attendu plusieurs jours, non sans poser bien trop de questions à cette créature damnée tant j'étais...euphorique, impatiente. La suite tu la connais..."

J'opine d'un signe de tête songeur, la dévisageant intensément alors que je réfléchis à toute allure. Je sais maintenant pourquoi Averren veut ma perte, tout comme je sais qu'il est très certainement responsable de la disparition voire de la mort de mes parents. C'est à lui également que je dois la mort de Jaëlle, tout comme celle de Moraen. Deux jeunes Sindeldi innocentes massacrées parce qu'un Ithilauster s'est senti insulté du refus de mon père...par Sithi que tout cela est méprisable et misérable! Mon peuple, notre peuple, est-il donc tombé si bas que de tels crimes puissent rester impunis? Pire, que leur auteur puisse malgré eux détenir en toute impunité pouvoir et influence sur la destinée des Sindeldi? Mes traits se durcissent alors que je prends une résolution inébranlable: il n'en sera rien. Ithilauster ou pas Averren répondra de ses actes même si j'ignore encore comment je parviendrai à ce résultat improbable, même si cette lutte peut sembler perdue d'avance tant le clergé est puissant au Naora. Je suis le bras armé de Sithi, je suis un Danseur d'Opale et notre bienfaitrice guide mes pas, veille sur moi. Il me suffit de suivre sans en dévier d'un pas la voie qu'elle m'indique, j'en ai la certitude tant ma confiance en elle est sans faille. Oui, seulement les signes sont toujours troubles, sujets à de multiples interprétations, et si je ne doute pas une seconde de la perfection du chemin dévoilé par l'Astre bienveillant je suis beaucoup moins certain de ma capacité à le comprendre et à le suivre.

Que signifie cette rencontre avec Llyann, par exemple? Nos histoires sont étroitement imbriquées, elle possède le même tatouage que moi, ce signe sacré de la bénédiction de Sithi, ce symbole qui remonte en droite ligne au temps d'Eden et à mes ancêtres Ethërnem et Syriën. Mais que cela veut-il dire? Sommes-nous destinés l'un à l'autre? Pour être franc je n'y verrais aucun inconvénient s'il n'y avait pas Ethëll car Llyann est une femme splendide et infiniment désirable, qui de plus appartient à mon peuple et fait partie de ces légendaires Danseurs d'Opale que je veux voir renaître. Seulement il y a Ethëll et, malgré le fait que nous nous connaissions au final très peu et que nous n'ayons passé que quelques heures ensemble, je ne peux renier la force de mes sentiments à son égard. N'est-ce là qu'attirance passagère, faux-pas sur le chemin alors même que Sithi semble me l'avoir éclairé? Je peine à y croire, mais d'un autre côté je me sais incapable de discerner clairement les volontés de la Lune, tant sa vision de l'avenir surpasse de loin la mienne qui n'est que suppositions hasardeuses basées sur des signes plus ou moins contradictoires. Que faire par tous les dieux, que faire?!

(Tu devrais aller voir l'Oracle qui se trouve dans les environs de Khonfas. Lui pourrait te répondre."

(Moui...mais toi, ne peux-tu m'aiguiller sur le chemin juste? Tu sais ce qu'il en est, n'est-ce pas?)

(Oui, je le sais Tanaëth. Mais je ne peux pas te révéler ton destin, cela m'est interdit. L'Oracle n'est pas soumis à cette contrainte, il te répondra par la vérité la plus pure. Toutefois, réfléchis bien à ce que tu veux lui demander, car tu n'auras droit qu'à une seule et unique question.)

(Je vois...bien, j'irai, mais avant j'ai quelques détails à régler ici-même.)

(Oui, ces détails comme tu les appelles sont des points cruciaux de ton destin. Agis avec discernement, c'est tout ce que je puis te conseiller, malheureusement. Sache encore que c'est à ce point précis que la plupart de tes prédécesseurs ont échoué, la Danse qui commence ici est d'une tangence extrême.)

Je ne réponds rien, douloureusement conscient de la précarité de cet ordre alors même que tout le pouvoir religieux, militaire et gouvernemental du Naora s'oppose à son existence. Je frémis discrètement en songeant que le clergé connait maintenant l'emplacement de l'Opale de Lune, qu'il a été capable d'y infiltrer des agents déterminés dont l'un se trouve encore en liberté. Je serre les dents en jurant mentalement, désormais certain que l'âge du secret est échu, pour le meilleur ou pour le pire. Nous n'avons plus de temps, c'est une lutte à mort qui a débuté, un conflit occulte et vicieux d'idéaux devant lequel nous sommes bien démunis, faute de relations puissantes et de moyens en tous genre. Nous n'avons qu'un unique atout: notre foi inébranlable. Et malgré l'importance de cette foi dans mon existence, cela me semble bien ténu lorsque je songe à la puissance considérable contre laquelle nous sommes contraints de nous dresser.


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune
MessagePosté: Sam 30 Avr 2016 17:00 
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Je sors enfin de mes pensées, et plonge mon regard d'obsidienne dans celui, gris argent, de Llyann qui me scrute maintenant avec une inquiétude palpable.

"Je te remercie de m'avoir raconté cette histoire, Llyann. Je suis profondément touché de cet amour que tu me portes depuis tant d'années, en aurais-je eu connaissance que bien des choses auraient été différentes sans doute. Quoi qu'il en soit, tu ne peux être tenue pour responsable des agissements de ton père, tu as fait ce qui te semblait juste et je veux que tu saches que je n'ai aucun grief contre toi."

Je marque un arrêt pour souligner mes paroles et poursuis ensuite d'un ton plus doux:

"Je dois t'avouer que je ne sais pas très bien où j'en suis affectivement parlant. Si tu es au courant de l'histoire de la Banshee, tu sais également que j'ai rencontré Ethëll, et que nous nous sommes rapidement liés."

La Sindel hoche la tête pour m'indiquer qu'elle était au courant mais ne semble pas vouloir intervenir, aussi je continue:

"Ceci étant, nous avons la responsabilité d'un idéal, de cette cité et de ceux qu'elle abrite. Nous avons choisi d'endosser ce rôle, et nous devons l'assumer en cette heure sombre. Nos affaires de coeur ne doivent pas occulter la réalité: nous sommes menacés, tout ce en quoi nous croyons est menacé. Les Ithilausters connaissent maintenant l'existence de ce lieu et savent quelle "hérésie" nous nous efforçons de réveiller, je doute fort qu'ils se contentent de hausser les épaules et de retourner à leurs manigances habituelles. Le fait que le secret entourant notre ordre soit brisé signifie que ce n'est plus ton seul père qui voudra notre perte, mais tout le clergé. Ce qui signifie en clair l'armée et le gouvernement du Naora."

Je hausse les épaules avec un certain fatalisme:

"Nous pourrions aussi bien voir débarquer un Aynore de guerre une de ces nuits, qui sur Imfitil s'en aviserait? Et même, qui s'en offusquerait? Les peuples de cette contrée n'ont ni le pouvoir ni la volonté de s'opposer au Naora, surtout pour un raid discret ne visant que l'Opale. Reste à espérer qu'ils sont assez pris par le conflit avec Oaxaca pour que nous ne soyons pas une priorité, et que cela nous donne le temps d'infléchir un peu le destin."

Llyann a froncé les sourcils au fil de mes paroles, elle réfléchit un instant puis me demande avec hésitation:

"Cela signifie-t'il que tu acceptes de prendre...cette place que nous te demandons d'assumer?"

"Plus ou moins. Nous formerons un trio avec Tyrdann et toi, je veux être libre de m'absenter et il doit toujours y avoir un dirigeant à l'Opale. D'ailleurs, faisons venir notre troisième compère veux-tu? Nous avons du pain sur la planche."

Elle acquiesce et fait rapidement venir le vieux maître d'armes, puis nous fermons les portes de la salle et entamons une longue discussion après que j'aie répété à Tyrdann ce que je viens de dire à Llyann à propos de mon intégration au sein de l'Opale. Je commence par une longue série de questions à propos de la forteresse, de ses habitants et des habitudes de vie, puis je résume afin de m'assurer de bien avoir compris:

"Nous sommes donc une centaine, dont une dizaine de guerriers passables et deux maîtres d'armes, vous en l’occurrence. Nous avons un vieux sellier qui bricole aussi le bois, un maréchal ferrant, un rétameur, quelques maçons et charpentiers. Une vingtaine d'enfants, autant d'ancêtres, et une heure d'entraînement aux armes par jour pour ceux qui ont été choisis comme guerriers. Trois de ces guerriers sont de garde dans la cité, ils se relaient toutes les huit heures et font des rondes aléatoires. En outre quatre chasseurs arpentent les environs et rapportent tout événement spécial, et enfin un muletier fait de temps à autre le trajet jusqu'à Hidirain pour y échanger quelques marchandises. Vous avez des accords commerciaux avec la ville haute ainsi qu'avec le Rock et les Taurions, mais cela reste anecdotique puisque vous vivez quasiment en autarcie. C'est bien cela?"

"Oui..." me répond Tyrdann.

Je médite tout cela quelques instants avant de répondre, réfléchissant à la meilleure manière de réorganiser l'ensemble pour donner un élan suffisant à réveiller la cité assoupie, pour ne pas dire moribonde. Je fais face au vieux Sindel et lui réponds:

"Je pense qu'il y a ici bien plus de dix personnes fort capables de manier des armes. Je pense même que toute personne habitant ce lieu et en bonne santé devrait être formée à leur maniement. Certains seront doués à l'épée, d'autres à l'arc ou au poignard, peu importe du moment qu'ils savent se défendre eux et leur ville. Tyrdann, trouve-toi un ou deux aides et organise cela, si tu le veux bien. Fais en sorte que dans une semaine il y ait vingt guerriers disponibles en permanence à l'Opale, même si certains sont des débutants. Installe des guetteurs, deux par deux, munis de moyens d'alerte aux endroits stratégiques donnant accès à notre refuge, nul besoin que ce soient de farouches combattants du moment qu'ils sont en mesure de nous prévenir d'un danger. Et enfin fais en sorte qu'il y ait six guetteurs, deux par deux également, dans l'Opale elle-même. Je veux que nos murailles soient surveillées nuit et jour."

Je me tourne ensuite vers Llyann:

"Quant à toi, je serais d'avis que tu te consacres entièrement à la formation de nos recrues les plus prometteuses pendant un certain temps. Fais-en des maîtres d'armes qui pourront ensuite former nos guerriers et nos gens, fais-en des Danseurs d'Opale dignes de ce nom!"

Puis m'adressant aux deux:

"Trouvez-moi aussi un intendant capable, j'aimerais un inventaire précis de nos ressources. Et, dernier point mais non le moindre, nous avons vraisemblablement encore un traître dans nos rangs. Nous devons impérativement le démasquer, mais aussi découvrir comment et par qui ils reçoivent leurs ordres. Nous savons qu'au bout de la ligne il y a le père de Llyann, mais il se trouve au Naora s'il veut maintenir son emprise diplomatique, il doit donc avoir un agent dans la région qui exécute ses volontés. Nous devons trouver cette personne et la mettre hors d'état de nuire. Il n'est pas aisé d'infiltrer quelqu'un dans ces régions, les peuplades sont réduites et tout le monde ou presque se connait probablement, cela priverait notre adversaire de sa langue et de ses oreilles pour un moment."

"Et toi, que comptes-tu faire?" me demande Llyann.

Je lui souris doucement et réponds pensivement:

"Je vais soigner ces quelques plaies, pour commencer, et en profiter pour faire connaissance avec ce lieu, avec ces gens. Je vais aussi éprouver un peu la jeune Nyllynn, j'ai l'impression qu'elle pourrait devenir une combattante remarquable. Ensuite..."

Je m'interromps brièvement, le temps de déterminer ce que j'entends faire exactement et dans quel ordre, puis je reprends:

"Ensuite je retournerai à Hidirain, voir Ethëll et son père, ainsi que je le leur ai promis. J'irai également rencontrer les dirigeants de cette cité, et verrai comment je puis renforcer nos relations et notre coopération dans les temps à venir. Je pense qu'ils doivent être inquiets pour leur sécurité, il s'est passé pas mal de choses inhabituelles ces derniers temps. J'aimerais leur proposer notre appui dans les situations sensibles aux frontières, ainsi nous les rassurerons sur nos intentions tout en leur rendant service, et cela permettra à nos membres d'acquérir une vraie expérience du combat. Puis je proposerai la même chose aux dirigeants du Rock et aux Taurions, je pense important de renforcer ces liens tout en prenant progressivement la place qui doit être la nôtre dans l'équilibre des forces."

(Tiens, tu ne lui parles pas de l'Oracle), me murmure une Syndalywë taquine.

(Tssk! Cesse de remuer le couteau dans la plaie! Ma jambe me fait bien assez souffrir!)

(Un vrai Danseur aurait évité les carreaux!)

(Oui eh bien justement, laisse-moi me concentrer, je suis en train de palabrer sérieusement et tu m'as dit...)

(...que c'étaient des détails cruciaux, oui, je sais, merci. Mais je ne parlais pas de ça en parlant de points cruciaux.)

(Ah? Et de quoi parlais-tu alors?)

(Je ne peux pas te le dire. Tout ce que je peux te conseiller du fond de mon petit coeur de fluide millénaire, c'est de ne pas te détourner de toi-même. Le Fil d'or du destin est une voie étroite, nul ne peut le suivre sans faillir, mais il faut tenter de l'approcher toujours et de son mieux.)

Je remarque, plongé dans la réflexion engendrée par les paroles de ma Faëra, que Llyann et Tyrdann m'observent attentivement, et je me souviens alors qu'ils ont tous deux déjà vu Syndalywë. Néanmoins je ne l'évoque pas, si elle avait voulu se manifester une nouvelle fois elle l'aurait fait, et j'achève donc ma réponse à la question de Llyann:

"Ensuite, selon l'évolution de l'ordre et de la situation, j'irai tenter de réaliser un ou deux coups d'éclat militaires du côté d'Eniod, histoire de nous forger une réputation pour une bonne cause. Puis, tôt ou tard je retournerai au Naora, faire lever l'opprobre qui pèse sur nous."

"Hum, une tâche pour le moins risquée", remarque le vieil Elfe.

"Oui. Mais elle doit être accomplie. Et c'est notre rôle premier que d'être aux côtés de notre peuple lorsque il est attaqué et menacé. Patience et prudence mon ami, mais j'ai ma petite idée sur la question. Pour le moment, l'essentiel est de redonner un souffle à ce lieu, aux idéaux qui sont les nôtres. Nous devons tisser notre légende, mieux nous devons la danser! Et elle commence ici-même, sur Imfitil au coeur des montagnes d'Hidirain. Faisons-nous connaître de ces peuples qui nous entourent, ils sont tous attachés aux secrets de ces régions, prenons simplement notre place parmi eux. Cela changera...tout. Je crois."


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune
MessagePosté: Dim 1 Mai 2016 16:40 
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Nous discutons encore de nombreux détails pratiques, puis Llyann me tend trois clefs de mithril bleu reliées par un anneau de même métal:

"Les clefs de l'Opale. Il en existe trois jeux et leurs trois possesseurs sont ici. Fais en bon usage."

Je la remercie en prenant les clefs, puis je les salue tous deux, désireux d'aller prendre un peu l'air sur les chemins de ronde de la forteresse. J'ai besoin d'un peu de solitude pour réfléchir à la suite des événements. Je ne tarde pas à rejoindre ma destination, d'où je découvre le somptueux panorama montagneux qui s'offre à mon regard, boisé dans ses vallées puis rocailleux et enfin couronné de neiges et de glaces éternelles en ses sommets. Une rivière de bonne taille court en contrebas des murs de l'Opale sur environ deux tiers de sa circonférence, murs eux-même bâtis sur des falaises plus ou moins élevées, et le troisième tiers n'est guère plus praticable pour ce que j'en ai vu en arrivant. Je remarque de ce nouveau point de vue qu'une deuxième enceinte intérieure constituée en bonne partie de bâtiments fortifiés forme un vrai traquenard, décidément cette forteresse est bien conçue, c'est en fait un redoutable bastion militaire dissimulé par un aspect féerique. A moins que ce ne soit l'inverse. Au moins nous pourrons aisément nous défendre en cas d'assaut, même si à vrai dire je doute que les Ithilausters nous envoient une unité de combat. Le coût d'une telle opération serait démesuré pour atteindre une poignée de "rebelles" isolés à l'autre bout du monde, mais sait-on jamais. Ce n'est au fond qu'une question de jeu diplomatique dans les coulisses du Naora, ce qui n'a rien de rassurant quand on sait comment le clergé se chamaille pour le pouvoir. Il suffit que certains y voient une façon de gagner un peu de gloire pour que nous trinquions, aussi me semble-t'il nécessaire de nous préparer au pire.

Je passe le reste de la journée à explorer l'Opale, des caves bien achalandées aux plus hautes tours, ne laissant rien au hasard afin de suffisamment connaître ce lieu pour en tirer le meilleur parti défensif. Je fais connaissance avec quelques habitants aussi, discutant de tout et de rien avec tout un chacun, puis lorsque le soleil se couche, je me rends au terrain d'entraînement afin d'y retrouver Nyllynn comme je le lui ai promis. La jeune Taurionne est déjà là, vêtue de vieux habits et se trémoussant à la fois d'impatience et de gêne en m'attendant. Je la salue en souriant puis demande à l'un des guerriers présents de lui trouver une armure de cuir ainsi que deux bâtons. L'ensemble ne tarde pas à m'être remis et je passe un moment à expliquer à la jeune femme comment sangler son armure de manière à ne pas être gênée dans ses mouvements, puis je lui remets l'un des deux bâtons et l'invite à se mettre en garde. Une longue séance d'entraînement s'ensuit, ponctuée de conseils visant à améliorer ses positions et à lui enseigner les mouvements de base de l'escrime. Nyllynn ne possède pas la moindre technique, mais par Sithi elle a un instinct remarquable et se déplace avec une vivacité gracieuse telle que j'en ai rarement observée!

Plusieurs habitants de l'Opale se sont rassemblés autour de nous, curieux et intéressés par cette formation, la première que je dispense de mon existence. Je m'efforce de me souvenir des cours que j'ai suivi durant ma formation d'Hirdam, mais malgré cela je réalise vite la difficulté d'enseigner l'art du combat à quelqu'un qui n'a pas la moindre notion du sujet. La plupart de mes gestes sont instinctifs, naturels, issus de mon expérience bien plus que de réflexions conscientes, et il me faut les décortiquer patiemment avant de pouvoir les transmettre de manière compréhensible, ce qui est bien plus délicat que je ne l'imaginais. Alors que je termine ce premier cours en m'efforçant de distribuer à chacun et chacune un conseil pertinent, j'aperçois Llyann dans les gradins qui nous observe d'un air étrange, distant et triste à la fois. Je quitte l'arène et gravis les quelques marches menant aux terrasses munies de simples bancs de pierre opaline pour les spectateurs, et m'assieds à côté d'elle en silence, la dévisageant sans ostentation pendant plusieurs minutes. Comme elle ne semble pas vouloir prendre la parole, je finis par lui murmurer:

"ça n'a pas l'air d'aller bien fort..."

"Non..."

Je m'abstiens de lui demander pourquoi, ne le sachant que trop bien. Entre les agissements de son père et ma présence ici alors que je ne sais ce que je me veux et maintiens avec elle une distance un peu gênée, je peux bien imaginer que tout ne va pas au mieux pour elle. Je m'en veux de ne pas pouvoir lui apporter une réponse franche et nette, d'être ainsi partagé dans mes sentiments et de ne savoir comment résoudre cette situation épineuse qui m'est tombée dessus, mais que faire?

(Vis au présent...)

Le conseil de ma Faëra n'est qu'un murmure, mais il suffit à me faire froncer les sourcils de perplexité.

(Je ne peux pas, Syndalywë. Je me suis engagé auprès d'Ethëll...)


(Tsssk! Je te dis de vivre au présent, pas de coucher avec elle!!!)

(Moui...mais si je baisse ma garde, tu sais bien que c'est ce qui finira par arriver...elle est...je ne sais pas comment le dire...)

(Tu as l'impression que vous êtes destinés l'un à l'autre. Je sais. Et tu avais la même impression avec Ethëll.)

(Voilà...je ne sais plus, Syndalywë. Quel chemin dois-je suivre, et pour quelles raisons au juste?)

(Tu dois suivre TON chemin, je te l'ai déjà dit. Sois toi-même, agis selon ton coeur et non selon d'hypothétiques nécessités stratégiques ou diplomatiques, parce que c'est cela que tu es en train de considérer actuellement.)

(Ai-je le choix? Mais tu sais bien qu'il n'y a pas que cet aspect qui me travaille...)

(Oui, je sais. Tu es compliqué, Tanaëth. Réfléchis encore une fois à la devise des Danseurs d'Opale."

(C'est par ma seule volonté que mes armes se meuvent.)

Je m'assombris un peu en examinant une nouvelle fois cette devise, me demandant en quoi je ne l'ai pas comprise et quel rapport elle peut bien avoir avec ce qui me préoccupe. Syndalywë est vraiment occulte et agaçante, parfois...mais force m'est d'admettre également qu'elle mets souvent le doigt à l'endroit précis qui fait mal. Je finis par soupirer, mis face à moi-même, et je lâche:

(Moui...je crois que je comprends. J'ai toujours le choix. Les différentes Voies sont possibles, potentiellement égales en valeur, leurs destins dépendent de mon intention et de ma Danse. Ainsi il n'y a pas une unique manière de suivre le Fil d'Or, mais de nombreuses...La voie est moins étroite que je ne l'imaginais, tout en l'étant davantage car plus de choix possibles signifient plus d'erreurs possibles.)

(Le pouvoir ouvre nombre de portes, Tanaëth, et il en ferme aussi bien. Tout est question de choix, à chaque instant. Mais le choix d'un roi ou d'un général n'a pas forcément plus d'importance que celui du dernier des mendiants. Voilà quelques mois tu étais un adolescent, jeune novice guerrier errant sans but. Aujourd'hui tu es devenu un redoutable maître d'armes, seigneur d'une forteresse et porteur de puissantes reliques. Comprends-tu?)

(Je crois...rester soi-même. Suivre l'intention première, pure. Ne pas se laisser abuser et duper par les apparats de la puissance.)

Je sens la satisfaction de ma Faëra couler en moi, apaisante, réalisant à quel point il est naturel et instinctif d'user et d'abuser de son pouvoir, simplement en exigeant au lieu de demander par exemple. Rester soi-même, agir en parfait accord avec mes croyances, mes convictions et mes rêves. Je prends délicatement l'une des mains de Llyann dans les miennes en accrochant son regard du mien, et romps enfin le long silence:

"Llyann, j'aime Ethëll et je me suis engagé envers elle. Je t'aime également, nous avons partagé beaucoup et nous avons davantage encore à vivre ensemble, en ce nouveau crépuscule des Danseurs d'Opale. Mais regarde-moi. Ma place est au coeur des batailles, des conflits, pas assis sur un siège quelconque à régler mille détails d'intendance. D'ici peu je serai au coeur d'une guerre, ma vie ne tiendra plus qu'au fil de mes lames. Peut-être n'aurai-je pas dû m'engager auprès d'Ethëll, ou de quiconque, mais ce qui est fait est fait. Je dois respecter ma parole et suivre cependant mon chemin, qui me mènera souvent au loin. Sois ma Soeur, Llyann, je pense que c'est le plus juste, pour toi comme pour moi."

"Je savais que tu me demanderais quelque chose comme ça...mais Soeur, c'est mieux qu'amie, pas vrai?"

Elle me sourit courageusement, malgré les larmes qui menacent d'envahir ses yeux, et rajoute à mi-voix:

"Je suis quand même contente que tu sois là..."

Je la serre tendrement dans mes bras, comme un frère enlacerait sa petite soeur, et ce simple geste suffit à lui permettre de laisser libre cours à sa tristesse sous le regard bienveillant de la lune. L'Astre Nocturne pare la pierre opaline constituant la cité d'une aura surnaturelle et somptueuse à la fois glaciale et dure, mais aussi très douce et chaude comme la soie selon la manière dont on la perçoit, qui crée comme un écrin à cette libération d'émotions. Je réconforte Llyann de mon mieux, puis nous parlons jusque tard dans la nuit de nos vies, de nos espoirs, et finissons la soirée en buvant un peu plus que de raison du vin d'Hidirain sur une terrasse.

Plusieurs jours s'écoulent ainsi, je prends tranquillement mes marques et participe de mon mieux à la formation des apprentis guerriers en prenant garde de ne pas entraver ainsi la guérison de mes blessures qui se referment peu à peu sans autre complication. Nous ne trouvons aucun signe ou indice quant au quatrième traître potentiel, malgré un nouvel interrogatoire de l'arbalétrier prisonnier, mais cela n'a rien de bien étonnant. J'éviterais aussi de me faire remarquer si j'étais à sa place, après ce qui s'est passé. Quoi qu'il en soit mes plaies finissent par n'être plus qu'un mauvais souvenir, la relation avec Llyann s'assainit et se pose de jour en jour, les apprentis progressent bien et je suis particulièrement fier de la jeune Nyllynn qui parvient maintenant à rivaliser avec des guerriers passables. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et j'annonce un beau soir mon départ pour le lendemain, estimant être suffisamment remis de mes aventures pour reprendre ma route. Llyann se crispe un peu, murmurant:

"Déjà...alors puisque le moment est venu, viens avec moi. Cela fait plusieurs jours que je t'observe t'entraîner et j'aimerais te montrer une technique que je trouve utile."

Je la suis donc jusqu'à la place d'entraînement, curieux de cette méthode qu'elle veut m'apprendre. Elle va quérir des épées d'entraînement, m'en tend deux puis se place face à moi, rassemble visiblement son Ki et se place dans une étrange posture de défense. Elle tient ses deux lames à hauteur des épaules, bras tendus, me forçant à reculer pour maintenir une distance suffisante, et me lance:

"Attaque-moi."

Je lance un assaut soudain et tourbillonnant, portant une série de coups difficiles à parer car ponctuée de contre-temps vicieux et alternant aléatoirement, en apparence du moins, les angles d'attaque. Mais par Sithi, rien à faire! Elle pare et esquive mes lames les unes après les autres sans guère changer sa position qui rend mes attaques étrangement difficiles. Je réalise vite que cette défense m'oblige à rester à l'extrême limite de la portée de mes armes si je ne veux pas risquer de m'empaler sur ses épées, chaque attaque doit alors être précédée d'une fente qui m'expose tout en lui laissant plus de temps pour esquiver. C'est très habile, mais c'est aussi une position qui exige une sacrée force dans les bras et les épaules, et donc difficile à tenir longtemps. D'autre part elle rend une attaque de la part de son utilisateur presque impossible, les appuis ne permettant pas un geste suffisamment vif vers l'avant. Intéressant, mais voyons un peu cette histoire d'endurance...

J'enchaîne avec une avalanche de coups circulaires et puissants qui mettent à rude épreuve ma comparse car touchant la plupart du temps au bout de ses lames, ce qui nécessite plus de force pour parer du fait de l'effet de levier. A ma grande surprise elle tient bon, esquivant souplement et parant de même plutôt que de contrer ouvertement, mais ses fichues pointes hautes ne cessent pas une seconde de me menacer! Hum. Son Ki doit la soutenir, donc, mais comment? Comme si elle avait perçu mes interrogations, Lyann me conseille:

"Je modèle mon Ki comme des rivières, souples et fortes, mouvantes et ondoyantes dans mon corps et mes lames. Quand tu attaques tu croise forcément ces rivières, elles ploient, se dérobent tout en déviant ton coup qui ne fait que glisser à la surface de l'onde. C'est une Danse d'esquive beaucoup plus que de parades, en fait, mais la clef est d'agrandir ta zone de défense et d'obliger ton adversaire à rester à distance. Cela t'empêche d'attaquer efficacement, certes, mais il devient difficile à un adversaire de franchir ta position. Utile pour garder un passage ou préserver une ligne de front, non? Essaye!"

Je l'écoute attentivement, m'efforçant de visualiser ce qu'elle m'explique, puis je rassemble mon Ki et tente de lui donner la forme voulue tout en imitant de mon mieux cette posture très particulière. Cela a l'air simple comme ça, mais je n'ai pas du tout l'habitude d'utiliser des techniques aussi statiques et ma tentative n'est finalement rien de plus qu'une variante approximative de mes lames défensives, à peine moins virevoltante. Je romps le combat en relâchant mon Ki puis me concentre afin de le modeler différemment, il faut que je le dirige, que je le sente soutenir et assouplir mes bras, mes jambes, mon corps, mes armes! Je tente à plusieurs reprises cette danse mais sans succès, comme s'il me manquait quelque chose, que mon intention n'était pas assez soutenue pour diriger mon énergie interne avec assez de précision.

(Une source.)

(Quoi?)

(Il te faut une source. C'est fluide, et bon courage pour la déplacer ou la faire tarir. C'est ça qu'il te manque. Enfin, le concept.)

(Pas bête...)

Je fais une nouvelle tentative, modelant mon Ki dans mes veines en une multitude de ruisselets d'énergie pure, les reliant au sol pour m'ancrer au lieu, puis les en faisant rejaillir dans mes muscles et mes nerfs jusqu'aux extrémités de mon corps, lames comprises puisque ces dernières sont de prolongements de moi-même. Mon Ki tisse ainsi devant moi une espèce de mur infranchissable, impalpable comme les embruns mais aussi inamovible qu'un puissant torrent jaillissant du coeur de la montagne. Du moins est-ce mon idée, car mon essai se solde par un rude coup de barre de métal dans les côtes qui m'apprend sans douceur que ce n'est pas encore tout à fait ça! Par Sithi! Je suis bien aise de porter une solide armure, n'empêche que mes côtes trinquent quand même, je vais avoir un joli bleu! Llyann se fiche de moi en riant, me demandant moqueusement si c'est en tant qu'Earion que je veux quitter l'Opale, mais je m'abstiens de répondre et me concentre une fois de plus.

Je prends mon temps cette fois, laissant mon Ki circuler naturellement dans mon corps au début et me contentant de le ressentir. J'adopte la posture défensive requise en étudiant la manière dont mes muscles travaillent et de quelle façon mon Ki pourrait les soutenir et favoriser mes esquives, ce qui m'amène bientôt à visualiser des roseaux à la place des rivières utilisées par Llyann pour donner forme à son Ki. Le roseau plonge profondément ses racines dans la terre, se dresse vers les cieux et ploie sous la tempête sans rompre ni se déraciner...Je modèle alors la force interne courant dans mes veines selon cette forme, la sentant se plier peu à peu à ma volonté pour tisser de la plus invisible manière une armature souple et puissante comme une bonne lame dans mon corps. Je la sens qui plonge dans la terre, puisant là sa stabilité, sa force d'inertie, et qui jaillit jusqu'à la plus extrême pointe de mes lames, rendant tout mon corps plus flexible et résistant à la fois. Ma posture se corrige imperceptiblement et naturellement alors que mon Ki la soutient et la renforce, j'affine encore un peu le positionnement des pointes de mes armes puis j'y concentre plus particulièrement mon énergie, mes perceptions, créant ainsi peu à peu une sorte de frontière mentale, énergétique et physique que nul ne peut franchir sans que j'aie mon mot à dire. Concentré à l'extrême je murmure à Llyann:

"Attaque-moi..."

La Sindel rassemble tranquillement son Ki en me dévisageant avec un petit sourire en coin, puis elle le déploie subitement dans une attaque totalement imprévue, une sorte de danse folklorique extrêmement rapide qui n'a autre but que de me lacérer de part en part! Pourtant je parviens à parer avec une aisance si déconcertante ces premiers coups que j'en perds le fil de ma concentration et me ramasse soudainement une grêle de coups dans les jambes! L'un d'eux, particulièrement bien placé, me frappe l'intérieur du genou gauche qui ne demande pas son reste et plie subitement, me privant de mon appui principal! Diablesse! J'accompagne le mouvement, guère le choix, et roule à terre pour me dérober à cette situation malsaine, me relevant quelques pas plus loin pour m'apercevoir que Llyann a interrompu son attaque après son coup au genou.

"Hum, joli coup! Je ne l'ai pas vu venir celui-là."

Elle me sourit avec une ironie mordante et réplique:

"Quand ta duclinée te demandera pourquoi tu es tout bleu, parle-lui de moi? Recommence, tu as tenu le bon bout pendant quelques secondes!"

"C'est ce qu'on appelle un coup bas, ça..."

"Oui, comme celui au genou. Garde haute, oui, mais n'oublie pas le bas. Et encore tu as de la chance je suis grande, un Thorkin t'aurait écrasé le pied."

Je ris doucement à ses mots, amusé du sérieux qu'elle met dans son rôle de maître, puis je me concentre et tente une nouvelle fois de façonner mon Ki pour donner naissance à cette armature interne souple et résistante que je visualise comme une gerbe de roseaux, bien déterminé à honorer ce cadeau qu'elle me fait d'une réussite correcte! Souplesse, résistance, esquive. J'y parviens cette fois-là pendant près de trente secondes, avant de me prendre une taloche sur l'occiput. Concentration...la tentative suivante me vaut un si joli coup sec et précis sur les doigts de ma main droite que j'en perds mon épée. Je refrène mon envie de répliquer franchement de la main gauche, bien qu'elle ait ouvert un peu imprudemment sa garde, trop sûre de sa réussite et un peu oublieuse de ma deuxième arme, et me contente d'esquisser l'attaque pour lui faire remarquer la faille. Puis je récupère mon épée et recommence.

Encore et encore. Jusqu'à me sentir vidé au-delà de toute mesure, mon énergie interne est si faible que c'est à peine si je la ressens encore, je suis moulu et courbaturé de toutes parts, mais je pense être parvenu à un résultat satisfaisant. J'ai fini par comprendre le côté rivière que Llyann tentait de m'expliquer, du moins je crois, en prenant conscience que la fluidité était primordiale aussi bien dans le geste physique que dans le déploiement de Ki. Ce dernier doit circuler dans le corps, librement, souplement, comme des rivières d'argent dans mes veines, jaillissant comme un geyser impétueux pour le dérober aux attaques ou les dévier d'une glissante et menaçante parade. Llyann s'approche de moi, se hausse sur la pointe des pieds pour m'embrasser sur la joue et me souffle:

"Entraîne-toi ces prochains jours, ça doit devenir naturel, facile. J'ai horreur des adieux, alors bon voyage Tanaëth. Fais attention à toi."

Je frôle sa joue d'une légère caresse, puis la serre contre mon coeur en lui répondant:

"Merci, Llyann. Sois prudente également, un assassin rôde si ce que nous avons appris est vrai. A bientôt petite Soeur, je t'aime."

Elle se détache de moi et me dévisage intensément durant quelques secondes, puis elle me sourit légèrement avant de tourner les talons et de s'en aller sans se retourner. Quant à moi je vais prendre un bain chaud et m'offrir une bonne nuit de sommeil, j'en ai le plus grand besoin après cette joute éprouvante! Aussitôt dit aussitôt fait, ou presque, et c'est donc en bonne forme que je me lève le lendemain matin, reprenant le chemin d'Hidirain alors que l'aube point à peine à l'horizon.


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Mar 30 Oct 2018 12:37 
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Intervention de Guilde pour Yliria


Contrairement aux habitudes prises pendant le long voyage qui avait mené les deux aventurières d'Exech aux régions sauvages dans lesquelles elles se trouvaient actuellement, Thanis décréta avec un mystérieux sourire qu'elles ne se mettraient pas en route avant le milieu de la matinée. Une décision qui pouvait paraître surprenante car, lorsque le soleil se coucha sur l'immense massif et plongea la vallée dans laquelle les deux femmes marchaient dans les ténèbres, aucune citadelle n'était encore en vue. Une heure plus tard, Thanis s'arrêta sur un promontoire rocheux bordant le tumultueux torrent qui occupait le fond de l'étroit vallon et scruta le ciel d'un petit air satisfait en déclarant:

"Nous allons attendre ici quelques instants."

Refusant de s'expliquer, elle désigna l'extrémité de la vallée opposée à celle par laquelle elles étaient arrivées et se borna à un laconique:

"Regardez."

Une bien étrange injonction car Yliria eut beau observer de tous ses yeux, elle ne vit rien de particulier. Mais lorsque, quelques minutes plus tard, la lune presque pleine émergea au-dessus des montagnes, un spectacle à couper le souffle se dévoila soudain. Non loin, nichée sur les pentes abruptes, une vaste construction se révéla, semblant irradier de sa propre luminosité sous les rais de l'astre nocturne. Était-ce un palais tout droit sorti des contes de fées, avec ses tours cristallines surmontées de fins bulbes et se lançant à l'assaut des cieux ? Une forteresse ainsi que l'avait décrite Thanis, comme pouvaient l'indiquer les hautes murailles crépusculaires qui semblaient l'entourer? Un temple issu des tréfonds des âges, comme pouvait le laisser penser l'aura mystique qui s'en dégageait? Bien malin qui aurait pu le dire mais, quoi qu'il en soit, il ne faisait aucun doute que c'était là le but de leur voyage.

"Bienvenue à l'Opale de Lune, coeur de notre Ordre sur le continent d'Imfitil, Yliria."


En s'approchant, la jeune Enchanteresse ne tarda pas à découvrir que, loin d'être constituée de pierres grossièrement taillées n'ayant qu'un rôle défensif, les murs de la citadelle étaient intégralement couverts de sculptures représentant des scènes diverses, guerrières pour la plupart, mais aussi de la vie de tous les jours pour certaines. Un trait commun évident reliait toutes ces scènes: la lune était partout, représentée à divers stades de son cycle, du plus fin croissant au rond parfait. Une fois arrivées devant les massives portes de la forteresse, Thanis désigna une gravure particulière représentant une très belle Elfe, une Sindel sans doute, semblant léviter devant une lune pleine:

"Voici notre protectrice, la créatrice du peuple Sindel: Sithi, l'Astre Nocturne. Ses enseignements sont au coeur de notre philosophie, ils constituent l'âme des Danseurs d'Opale en quelque sorte. Nous sommes ses guerriers, les garants de l'équilibre entre l'Obscurité et la Lumière. Mais vous aurez le temps de vous familiariser avec tout ceci plus tard, venez, nous sommes attendues."

Et de fait, les portes s'ouvrirent sans un bruit devant les deux voyageuses, comme pour les inviter à entrer sans plus tarder. Après avoir franchi l'huis et les deux puissantes herses lui succédant, relevées pour l'heure, Yliria et sa guide parvinrent dans une cour relativement vaste dans laquelle se trouvaient une douzaine de guerriers en train de s'entraîner. Tous Elfes, visiblement: Hinïons, Taurions, Sindeldi ou encore mélanges de ces peuples pour certains, ils s'arrêtèrent pour observer les deux arrivantes. Mais bien vite, une voix provenant d'une zone d'ombre claqua comme un fouet dans le soudain silence:

"Reprenez l'entraînement bougres de fainéants!"

L'auteur de cet ordre fébrilement suivi s'avança alors dans la lumière et se dirigea d'un pas martial vers les deux arrivantes. De haute taille, mince mais néanmoins solidement bâti, doté d'une longue chevelure blanche et d'yeux étrangement violacés, c'était indubitablement un pur Sindel. Se déplaçant avec une grâce féline malgré sa lourde armure et les deux sabres l'encombrant, il s'arrêta à trois pas des jeunes femmes et riva un regard dur sur Yliria:

"Eh bien qu'avons-nous là? Une Shaakte ou, plus exactement, une semi-Shaakte?"

Sans laisser le temps à Yliria de répondre, il se tourna vers Thanis et lui sourit légèrement alors que son regard s'adoucissait:

"Je suppose que tu as de bonnes raisons de nous l'amener, ma fille?"

"Comme toujours, Père."

"Bien, dans ce cas..."

Le rugueux Sindel refit face à Yliria et la dévisagea en silence durant quelques secondes avant de reprendre la parole:

"Sois la bienvenue. Je suis Tyrdann E'Oriel, commandeur de cette citadelle. Tu as un nom jeune fille?"


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Mar 30 Oct 2018 14:22 
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La citadelle dans les montagnes


Après une nuit agitée à cause de cauchemars récurrents, je me réveillai tandis que le soleil avait déjà percé la sombre voûte céleste, ce qui me laissa perplexe, d’habitude nous partions aux aurores. Je sortis de la tente et trouvai Thanis assiseen train de s'occuper du feu. Je la rejoignis et mangeai un morceau avant de déclarer qu’on pouvait repartir. Elle me sourit mais ne bougea pas, et nous attendîmes le milieu de matinée pour reprendre la route, ce qui me parut curieux mais je n’eus qu’un simple sourire en réponse à mon interrogation. J’oubliai bien vite ce détail, il n’avait rien d’important. Ce qui me chiffonna davantage fut le fait que, alors même que la nuit était venue, rien en vue, pas le moindre morceau de bâtiment alors que Thanis avait certifié que nous arriverions aujourd’hui. Nous avons même marché une heure en pleine nuit, ce qui là aussi me laissa perplexe. Thanis désigna finalement un promontoire rocheux sur lequel elle attendit, un sourire aux lèvres. Elle me désigna le vallon que nous surplombions et me dit d’observer. J’avais beau avoir de bons yeux, rien n’apparaissait et je commençai à me poser de sérieuses questions.

Après quelques instants, tandis que la lune dépassait les monts alentour, quelque chose attira mon regard. Quelque chose se mit à irradier au cœur du vallon, une formidable construction qui semblait s’illuminer au contact de la lumière de la Lune. De grandes tours cristallines, entourées de murailles qui semblaient polies telles de gigantesques miroirs, s’élançaient vers les cieux. On aurait dit un palais sortit d’une histoire, pas une forteresse. J’en restai bouche bée et Thanis se délecta visiblement de ma réaction. Elle me souhaita la bienvenue à l’Opale de Lune, nom que je trouvai totalement approprié pour cette impressionnante construction. Nous approchâmes de l’édifice et je pus remarquer que les murs étaient sculptés, ce qui me parut bizarre pour des murs censés protéger. Les sculptures représentaient des scènes de combats ou de vie quotidienne, mais Thanis m’en montra une en particulier. Elle représentait une belle femme, probablement une Sindeldi, qui lévitait devant l’astre Lunaire. Thanis la désigna sous le nom de Sithi, l’Astre nocturne, la créatrice de son peuple et qui faisait partie intégrante de la philosophie de l’Ordre. Une sorte de déesse en somme… inconnue au bataillon en tout cas.

(Evite de dire ça à voix haute, les Sindeldi sont assez à cheval en ce qui concerne Sithi et il n’aime pas que des étrangers la compare à leurs dieux.)

(Comment tu le sais ?)

(J’ai guidé un Sindel une fois, j’ai beaucoup appris sur ce peuple)

(Et tu me dis ça seulement maintenant ? Tu as d’autres informations ?)

(Possible, mais je suis ton guide, pas une encyclopédie volante, apprends par toi-même. Évite juste de les offenser avec tes sautes d’humeurs et tout ira bien.)

Je grommelai intérieurement, ce qui la fit rire. Thanis me fit presser le pas, prétextant que nous étions attendues. Comme si quelqu’un pouvait savoir que nous arrivions aujourd’hui en pleine nuit. Les portes qui barraient la forteresse s’ouvrirent comme par magie, de même que les deux herses qui les suivaient. Je revus mon jugement, nous étions effectivement attendues. Nous débouchâmes dans une grande cour où une dizaine de guerriers s’entraînaient. Tous les visages se tournèrent vers nous et je pus voir que tous étaient des elfes, sans savoir quels peuples exactement, mes connaissances en la matière étant quelque peu limitées. Je sentis leurs regards sur moi et cela ne me plut pas du tout. Autant danser devant des spectateurs enthousiastes, ça je pouvais, mais être dévisager par des guerriers inconnus je détestais ça. Surtout que quelques regards étaient méfiants, la joie d’avoir des origines shaaktes une fois de plus.

Un grand elfe sortit de l’ombre et hurla aux guerriers de reprendre l’entraînement, ce qu’ils firent avec empressement. Le Sindel, un homme puissamment bâti et à l’air sévère, s’approcha de nous et s’arrêta avant de me dévisager d’un regard dur. Il devina bien vite mon métissage et se tourna vers Thanis et lui sourit. Sa fille, puisqu’elle l’était à ma grande surprise, et lui échangèrent quelques mots puis il se tourna de nouveau vers moi et me dévisagea. SI j’avais pu disparaître à cet instant précis, je l’aurai fait. Comme lorsque j’avais rencontré Thanis la première fois, il me donnait le même sentiment et j’étais mal à l’aise. Il finit par me souhaiter la bienvenue et se présenta sous le nom de Tyrdann E'Oriel, commandeur de cette citadelle, avant de demander mon nom. Je fis de mon mieux pour paraître à l’aise, mais bon sang, ils étaient tous comme ça dans sa famille ?

- Yliria Varnaan’tha, monsieur… commandeur !

(Calme toi un peu, même moi tu me rends nerveuse !)

(Oui bah je fais de mon mieux je te signale, ce n’est pas tous les jours que je rencontre ce genre de type, j’ai plus l’habitude des balourds débiles et des poivrots de tavernes que des commandants d’ordre guerrier Sindel.)

Je l’entendis soupirer mais elle n’ajouta rien. Je devais essayer de faire bonne impression, ne pas paraître intimidée… c’était pas gagné.

- Je suis honorée de faire votre connaissance… mais en toute franchise je suis un peu perdue, Thanis m’a bien expliqué dans les grandes lignes mais elle disait que je verrais tout cela une fois arrivée… Que suis-je supposée faire ?

Voilà, j’avais parlé sans bafouiller, calmement, parfait. Je ne savais pas trop quoi faire en réalité, je n’allais pas bombarder de question le commandeur qui avait probablement autre chose à faire, mais là je me demandais vraiment ce qui allait se passer et je voulais en savoir plus. Et c’était pas comme si un être millénaire qui avait déjà croisé des membres du peuple Sindel aurait pu m’éclairer, pas vrai ?

(J’ai entendu !)

(J’espère bien !)

J’attendis donc une réponse du commandeur, ou de Thanis, n’osant pas trop le regarder dans les yeux, je ne voulais pas qu’il sente que j’étais particulièrement mal à l’aise.


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Mar 30 Oct 2018 16:33 
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Le commandeur haussa un sourcil à l'énoncé du nom de famille de la jeune femme, mais il ne commenta pas ce patronyme à consonance Shaakte et écouta la suite d'un air impassible avant de répondre en plissant légèrement le nez:

"Ma foi, commencer par prendre un bain serait une bonne idée. Après quoi un solide repas suivi d'une bonne nuit de sommeil me semble tout indiqué. C'est valable pour toi aussi ma fille", ajouta-t-il en jetant un regard en coin à Thanis qui lui répondit d'un large sourire.

Puis il reprit en fixant Yliria droit dans les yeux:

"Qu'es-tu supposée faire, me demandes-tu? Eh bien je vais te le dire: réfléchis soigneusement durant cette nuit, car demain matin ce sera à toi de me donner la réponse à cette question."

Sur ces sibyllines paroles, il se tourna vers les guerriers en train de s'entraîner et appela d'une voix de stentor:

"Nyllyn! Viens par là!"

Une jeune Elfe à la peau verte, munie d'une vieille cuirasse cabossée et d'un sabre d’entraînement se détacha du groupe et les rejoignit en courant. Pas plus âgée qu'Yliria, elle salua cette dernière d'un petit signe de tête et d'un sourire puis attendit le bon vouloir de Tyrdann qui lui ordonna en désignant la semi-Shaakte du menton:

"Trouve-lui des appartements et explique-lui comment ça fonctionne ici. Assure-toi qu'elle ne se perde pas et qu'elle soit nourrie. Allez, filez toutes les deux!"

La jeune Taurionne hocha la tête et invita d'un petit geste de la main Yliria à la suivre vers un grand bâtiment coincé entre deux tours. A peine hors de portée des oreilles du commandeur, elle éclata de rire et pirouetta joyeusement avant de demander à la nouvelle arrivante:

"Alors, tu t'appelles comment? Tu viens d'où? Pourquoi t'es là? T'as quel âge? Tu sais te battre? Moi c'est Nyllyn, j'ai 64 ans et je serai bientôt une grande guerrière!!!"

Tandis qu'elles bavardaient, la fougueuse petite Elfe entraîna Yliria jusque dans le bâtiment. Ce dernier, faisant un peu penser à une caserne, comportait apparemment de nombreux appartements et Nyllyn ne tarda pas à pousser la porte de l'un d'eux en déclarant:

"Voilà, ici ce sera chez toi!"

Loin d'être un sommaire dortoir militaire, les appartements en questions comportaient une chambre et un petit salon confortable, tous deux munis de fenêtres ogivales, ainsi qu'une salle d'eau dotée d'un étrange dispositif permettant de faire couler de l'eau à loisir dans une cuve de marbre assez vaste pour s'y plonger entièrement. Sous cette cuve, un feu pouvait être allumé afin de réchauffer l'eau, ainsi que l'indiqua la jeune Taurionne qui ajouta d'un air malicieux:

"Dépêche-toi de te laver, j'ai faim! Pas toi?"

Elle n'entendait visiblement pas quitter Yliria d'une semelle pour l'instant, si cette dernière voulait être seule il lui faudrait sans doute faire preuve d'un peu d'autorité. Mais peut-être préférerait-elle profiter de sa présence pour poser les questions qu'elle avait sur le coeur?


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Mar 30 Oct 2018 20:33 
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Le commandeur me répondit d’une voix calme que commencer par prendre un bain serait une bonne idée et après deux semaines à crapahuter dans les montagnes il n’avait probablement pas tort. Il dit la même chose à Thanis, ajoutant qu’un repas et un lit nous serait donné, ce qui me ravie, enfin du repos, je m’étais presque attendue à ce qu’il me fasse passer une épreuve à peine arriver. Il ne répondit pas vraiment à ma question, se contentant de dire que j'avais la nuit pour trouver la réponse moi-même. Après ces paroles qui ne m’avançaient guère, il appela une jeune elfe du nom de Nyllyn qui nous rejoignit d’un pas rapide. Elle avait la peau verte et semblait avoir à peu près mon âge, ce qui me surprit un peu. Elle me salua avec un petit sourire et le commandeur lui ordonna de me trouver une chambre et un repas, en plus de m’expliquer le fonctionnement des lieux. Elle acquiesça et me fit signe. Je m’inclinai devant le commandeur et Thanis et suivis la jeune Taurionne dans un bâtiment. A peine rentrées, elle se retourna d’une pirouette en poussant un grand éclat de rire et me harcela de questions. Une deuxième Verone, merveilleux…

- Alors, tu t'appelles comment? Tu viens d'où? Pourquoi t'es là? T'as quel âge? Tu sais te battre? Moi c'est Nyllyn, j'ai 64 ans et je serai bientôt une grande guerrière!!!

Je la dévisageai un instant avant de répondre. Elle était légèrement plus petite que moi, avait de petits yeux bleus qui pétillaient et de longs cheveux blonds tressés. Je failli rire quand elle affirma avec un enthousiasme débordant qu’elle serait une grande guerrière, mais je me retins, autant éviter de la vexer.

- Nyllyn c’est ça ? Moi c’est Yliria, je viens de … Tulorim et j’ai 42 ans. Pourquoi je suis là, je n’en suis pas encore sûre et si je sais me battre… disons que j’apprends encore. Ça fait longtemps que tu es ici ?

Elle répondit d’un air fier, bombant le torse ce qui fit grincer la vieille cuirasse qu’elle portait.

- Je suis née ici et je serai la plus grande guerrière de l’ordre, encore plus que le commandeur E’oriel ou maître Ithil !

Elle était très enthousiaste en tout cas.

(C’est pour ça que je hais les enfants !)

(Et moi alors ? Je suis quoi ?)

(Tu es plus calme, plus posée et réfléchie. Et heureusement !)

Je pris ça comme un compliment de la part d’Alyah tandis que Nyllym nous menait devant une porte qu’elle ouvrit, révélant un salon qui menait ensuite à gauche sur une chambre et à droite sur une salle où une cuve vide attendait. Je me demandai avec combien d’autres j’allais partager ça.

- Voilà, ici ce sera chez toi !

Je restai bouche bée. Pour moi seule ? Quel luxe ! Je fis rapidement le tour, posant mes affaires dans la chambre où trônait un lit qui avait l’air drôlement confortable. J’allai ensuite dans la salle d’eau où Nyllym me montra un dispositif permettant de remplir la cuve d’eau et comment la réchauffer. Je n’avais jamais vu ce genre de chose, j’étais épatée. Elle ajouta avec malice.

- Dépêche-toi de te laver, j'ai faim! Pas toi?

Pour l’instant je n’avais pas spécialement faim et j’aurais bien voulu profiter du bain mais elle avait l’air de vouloir me coller jusqu’au bout du monde. Je détachai ma cape et mon arme que je posai au sol avant de défaire mon armure. Visiblement Nyllym ne comptait pas sortir.

- Nyllyn ? Je peux prendre mon bain seule ou tu comptes rester ?

Elle me regarda d’un air étonné et répondit malicieusement.

- J’ai un peu sué à l'entraînement donc un bain ne me dérangerait pas je l’avoue.

Evidemment… Je soupirai mais la laissai faire, je n’allais pas rougir devant une fille de mon âge, je n’avais plus 25 ans. Je me déshabillai et entrai dans l’eau délicieusement chaude en poussant un soupir d’aise. Nyllyn en profita pour ramasser mon arme et sortir la lame qu’elle examina.

- Elle est curieuse ta lame, tu l’as eu où ?

- Je l’ai acheté à un forgeron au cœur du désert de l’Ouest, ça s’appelle un yatagan.

Elle sembla plus intéressée par le fait que je sois allée dans le désert que par la lame elle-même mais n’ajouta rien et se déshabilla avant de me rejoindre. La cuve était assez grande pour nous deux, voire même pour une troisième. Je ne pus m’empêcher d’examiner Nyllym lorsqu’elle entra dans l’eau et vit qu’elle avait une musculature développée, probablement due à son entraînement. Je me lavai rapidement, y compris les cheveux qui en avaient bien besoin. Nyllym se contenta de me regarder en souriant.

- Ils sont marrants tes cheveux ! D’habitude les Shaakts ont les cheveux tout blancs, pas noir et blanc !

- Je tiens ça de mon père, il avait les cheveux les plus sombres que tu puisses imaginer. J’ai fini, on va manger ?

Elle opina et sortit en riant. Une fois habillée, elle m’embarqua dans les couloirs de la citadelle en parlant de quelques règles, notamment au niveau de la discipline, mais je n’étais pas là pour créer des conflits donc il n'y aurai tpas de problème de ce côté-là. Elle indiqua des endroits qui ne m’étaient pas accessible, notamment les chambres des hauts gradés, les appartements du maître de guilde et deux ou trois autres endroits. Nous arrivâmes finalement au réfectoire, une grande pièce avec de nombreuses tables rondes. Une dizaine d’elfes étaient déjà là et les regards se tournèrent vers nous lorsque Nyllyn salua tout le monde. La plupart lui répondirent d’un salut de la tête et je fis de même. Je sentis quelques regards sur moi mais me contentai de suivre Nyllyn pour prendre un repas. Nous nous installâmes à une table vide et je lui posai à mon tour quelques questions.

- Le commandeur m’a dit que j’aurai à faire un choix demain, tu as une idée de ce qu’il voulait dire ?

- Probablement le choix de rejoindre l’Ordre et de suivre les enseignements de Sithi, c’est bien pour ça que tu es là non ?

- Rejoindre l’Ordre oui, je suis venue pour ça, quant à Sithi… j’ai appris son existence tout à l’heure alors…

- Alors tout ira bien ne t’en fais pas, le commandeur a probablement tout prévu.

- Je vois… Thanis a parlé d’épreuves, tu les a passées toi ?

- Des épreuves ? Non je suis trop jeune et puis je suis née ici, je ne viens pas d’ailleurs. Et puis elles sont différentes pour chacun, même si j’en avait passé, tu n’aurais pas les mêmes.

Elle avait dit ça avec une certaine désinvolture, comme si c’était l’évidence même. Ça ne m’avançait pas beaucoup mais tant pis, je verrai bien le lendemain. Une fois le repas fini, elle me raccompagna à ma chambre. Je fis bien attention de retenir le chemin, la citadelle était grande, je devais faire attention de ne pas me perdre stupidement. Une fois arrivée, Nyllyn s’enfonça dans un des fauteuils du salon et me sourit joyeusement.

- Alors ? Tu en penses quoi ? C’est chouette cet endroit pas vrai ? Je te ferai visiter plus en détails quand tu auras le temps et que tu seras reposée.

Elle hésita un instant avant de poursuivre.

- Je me posai une question, tu as parlé de ton père plus tôt… tu as parlé au passé, il est … mort ?

(Elle manque un peu de délicatesse cet enfant.)

Je soupirai, je n’avais pas vraiment envie de parler de ça, surtout maintenant, je voulais juste aller dormir. Je répondis quand même, mais sans entrer dans les détails.

- Oui il est mort, c’est récent et je préfère ne pas en parler si ça ne t’embêtes pas.

Elle hocha la tête et renchérit.

- Mes parents sont morts quand j’étais petite, tués par des Shaakts.

Je me raidis en entendant ça. Elle devait s’occuper de moi malgré tout, elle devait détester ça non ?

-Je suis désolée pour tes parents.

Elle répondit d’un sourire qui n’avait rien de triste.

- Tu n’as pas à être désolée, tu n’y es pour rien. Je ne me souviens pas vraiment d’eux et ma famille c’est l’Ordre, ils se sont occupés de moi. Maître Ithil a veillé à ma formation et à mon éducation, donc c’est un peu comme si c’était mon père.

Ça faisait deux fois qu’elle mentionnait ce nom, j’étais curieuse.

- Qui est ce « Maître Ithil » ?

Elle sourit joyeusement de nouveau.

- C’est le maître de l’Ordre, le plus grands des guerriers et l’envoyé de Sithi en personne. Il est partit il y a un moment mais tu auras sans doute l’occasion de le voir, il est incroyable tu verras.

Un envoyé de Sithi ? Une sorte de messager d’une déesse ? Je doutai un peu quand même, c’était un peu gros pour être réaliste.

(Ne juge pas si hâtivement, elle n’a probablement pas inventé ça)

(Je n’ai pas dit le contraire, je trouve ça un peu difficile à croire c’est tout !)

Je discutai encore un peu avec Nyllyn qui me raconta sa vie dans l’Ordre et ses tâches quotidiennes puis je me mis à bailler de manière incontrôlée.

- Désolé Nyllyn, je suis vraiment fatiguée, je vais te souhaiter une bonne nuit.

- C’est d’accord, on se verra tout à l’heure, je viendrai te réveiller ! Repose-toi bien !

Elle sortit d’un pas dansant et quitta la pièce après m’avoir salué en souriant. Une fois la turbulente jeune elfe partie, je me déshabillai en vitesse et me vautrai sur le ventre sur le lit en soupirant d’aise. Alyah apparut à ce moment, l’air sévère.

(Tu pourrais surveiller tes manières, ce n’est pas très correct.)

(Personne ne me voit, je me fiche bien des manières, je veux juste dormir !)

Je me faufilai dans les couvertures en me tortillant et fermai les yeux. Qu’il était bon d’être propre, rassasiée et dans un lit moelleux. Et au chaud aussi, le bonheur ! Dormir, enfin !

(Tu n’oublies pas quelque chose ?)

(Mais… quoi ?)

(Tu es censée réfléchir pour demain, que comptes-tu faire ?)

Avec tout ça, j’avais complètement oublié la question du commandeur. Ce que je comptais faire hein ? Je n’en avais foutrement aucune idée.

(Hey surveille ton langage !)

(Excuse-moi, je n’en ai strictement aucune idée, c’est mieux ?)

(Bien mieux, et tu sais très bien quoi faire je te signale !)

(Eclaire moi donc de ta lanterne alors…)

(Tu veux te venger et protéger ceux qui te sont chers et tu as besoin de devenir forte pour ça, tout simplement.)

(Je doute que ça suffise à convaincre le commandeur…)

(Tu n’en sais rien, et puis peut-être qu’il en sait plus que tu ne le penses.)

Je fis la moue, dubitative sur cette dernière phrase, mais Alyah avait raison, je savais déjà ce que je voulais faire, je n’avais qu’à faire le nécessaire pour y parvenir. Je la remerciai, grâce à elle, j’étais fixée. Elle bomba fièrement le torse, me faisant sourire. Je fermai finalement les yeux et dormis autant que me le permis Nyllyn qui ouvrit brusquement la porte en criant, une fois le matin venu.

- Yliria debout !

J’avais connu plus doux comme réveil et je grommelai un peu en m’extirpant des couvertures dans lesquelles je m’étais enroulée. Son sourire enthousiaste me rappela finalement ou j’étais et je sautai du lit, m’habillant rapidement, enfilant armure et arme, au cas où. Après un petit déjeuner frugal sous les regards curieux de quelques elfes, je rejoignis la cour où le commandeur attendait, les bras croisés. Il me dévisagea un instant après m’avoir saluée. Je le saluai en retour et me lançai.

- Vous m’avez dit de réfléchir et j’ai réfléchi. Je sais pourquoi je suis là, pour rejoindre votre ordre, pour devenir plus forte afin de protéger ceux qui me sont chers et venger celui que j’ai déjà perdu, quitte à me sacrifier pour ça.

C’était peut-être un peu mélodramatique, mais peu importe, j’avais pris ma décision depuis longtemps en réalité, j’avais seulement besoin de m’y tenir. Je ferai n’importe quoi pour y arriver.

(Pas n’importe quoi Yliria, tout ce que tu peux, c’est mieux dit.)

J’attendis la réponse du commandeur. Si ce que j’avais dit ne lui convenait pas et bien j’en serai quitte pour une jolie balade jusqu’à Hidirain mais au moins je ne regretterais rien cette fois !

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Dernière édition par Yliria le Dim 4 Nov 2018 01:20, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Mer 31 Oct 2018 15:54 
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Intervention de Guilde pour Yliria


Lorsque Yliria parvint dans la cour au petit matin, elle put découvrir que cette dernière avait subi quelques changements. Des pierres avaient été déposées tout autour de sa circonférence, aléatoirement semblait-il. Parfois proches, parfois espacées, petites ou grandes, paraissant stables ou, au contraire prêtes à rouler au moindre effleurement, elle formaient comme une sorte de chemin circulaire long de plus d'une centaine de mètres. Trois jeunes Elfes, un Sindel, un Taurion et probablement un sang-mêlé Hinïon-Taurion attendaient, munis de perches d'environ trois mètres. Au centre de la cour, juste derrière Tyrdann, un Sindel plus âgé se tenait, harnaché d'une lourde armure de plate et muni de deux épées longues. A ses pieds, un tout petit coffret de bois noir comme le jais était posé, fermé. Le commandeur sourit légèrement aux paroles d'Yliria et lui répondit:

"La nuit t'a porté conseil, à ce que je vois. C'est bien. Détermination et abnégation, voilà deux piliers fondateurs de notre Ordre. Maintenant voyons si tu as les épaules pour prétendre devenir un jour une Danseuse d'Opale."

Tyrdann désigna d'un geste large les pierres déposées au sol et poursuivit:

"Tu devras faire le tour de cette cour en ne prenant appui que sur ces pierres, peu importe le temps que cela te prendra. Les trois jeunes guerriers que tu vois là tenteront de te faire perdre l'équilibre, aussi ne va pas croire que ce sera facile."

Puis il désigna du menton le Sindel en armure et la petite boîte déposée au sol:

"Si tu parviens à faire le tour de cette cour sans choir, alors tu devras t'emparer de cette boîte. Sythëras tentera de t'en empêcher, à toi de trouver une manière d'atteindre ce coffret. As-tu des questions?"


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 Sujet du message: Re: L'Opale de Lune (Danseurs d'Opale)
MessagePosté: Mer 31 Oct 2018 20:12 
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Épreuves


Je n’avais pas fait attention au début, mais la cour avait été curieusement aménagée, des pierres en faisait le tour, grandes, petites, espacées ou non et certaines semblaient peu stables, formant un étrange chemin autour de la place. Il y avait du monde présent également, trois jeunes elfes tenaient de longues perches en bois et un autre, plus vieux et en armure de plate, attendait les bras croisés, ses deux épées dans leurs fourreaux, un petit coffret à ses pieds. Je me demandai à quoi tout cela pouvait bien servir mais le commandeur me répondit et je me concentrai sur lui. Il dit avec un léger sourire que j’avais la détermination et l’abnégation nécessaire, il ne restait plus qu’à prouver que je pouvais prétendre devenir un membre de l’Ordre, une « Danseuse d’Opale ». Un léger frisson d’excitation me parcourut, on passait aux choses sérieuses !

Il me désigna les pierres, expliquant que je devais faire le tour de la cour sans tomber e l’une d’elle tandis que les trois jeunes elfes avec leurs perches feraient tout pour me faire tomber. Si j’arrivai à faire le tour, je devrais ensuite prendre le coffret au pied du Sindel en armure de plates nommé Sythëras, peu importe la manière. Je savais déjà que combattre cet elfe était pure folie pour moi, j’allais devoir trouver autre chose, mais d’abord, il fallait me concentrer sur le chemin de pierres. Le commandeur demanda si j’avais des questions, mais aucune réellement pertinente ne me vint à l’esprit. L’objectif était clair, le moyen libre et mon arme et ma magie autorisées, je voyais mal quoi demander.

(Demande ce qu’il y a dans le coffret ?)

(Je doute qu’il me réponde, le but est de le récupérer justement.)

(Je t’ai connu plus curieuse.)

(Je le suis, mais là j’ai besoin de me focaliser sur les pierres, pas sur un coffret.)

(Tu veux de l’aide ?)

(Ce serait tricher donc non, mais merci Alyah.)

(C’est bien ma Yliria ça, courage !)

Le commandeur me désigna la pierre où je devais démarrer. Elle était large et plate, donc facile de se maintenir dessus. Je pris donc position et m’assis à la grande surprise des trois elfes armés de perches. Je n’allais pas foncer tête baissée, je devais d’abord étudier le terrain. Les trois pierres suivantes semblaient stables mais l’une d’elle avait l’air particulièrement glissante à cause de sa forme arrondie et sa surface lisse. Je me levai et franchis les deux premières sans difficulté, vacillant à peine. Je me rassis et examinai la suivante. J’allais devoir la franchir en mettant le moins de poids dessus pour ne pas glisser bêtement mais la suivante était bien plus espacée, j’avais besoin d’un bon appui pour l’atteindre sans risque. A peine deux pierres et déjà un problème, merveilleux… J’avais bien ma dague mais je doutai qu’elle puisse pénétrer la roche facilement, pas plus que mon yatagan. Bon, autant se lancer, il suffisait juste de me tenir avec les mains et ça serait bon. Je sautai et atterris sans difficulté. Ce fut ce moment que choisi l’un des elfes pour m’attaquer avec sa perche. J’esquivai le coup en reculant mon buste mais mon pied droit ripa et je me sentis tomber. Je me raccrochai in extrémis à la perche que l’elfe tenait et restai ainsi dans un équilibre précaire. Il fit mine de reculer mais je me propulsai avec les bras pour me redresser. Cela fonctionna et je pus me redresser et m’asseoir sur le haut de la pierre. Bon… j’avais été proche de la catastrophe dès le début. L’elfe ne fit pas mine de m’attaquer de nouveau et je pus m’accroupir lentement sur la pierre avant de sauter sur la suivante, plus adéquat. Je pris le temps de souffler et d’examiner les suivantes. Elles étaient espacées et l’une d’elle semblait prête à rouler à tout moment. Mais les elfes ne comptaient pas me laisser le temps de réfléchir et deux d’entre eux tentèrent de me faire tomber de nouveau. Je bloquai une attaque avec mon bras mais reçue un coup dans les côtes qui me fit grimacer. Ah les fourbes ! A l’attaque suivante, je saisis la perche dans ma main et eus une idée qui me fit sourire. Je forçai pour garder la perche en main et concentrai ma magie. La perche prit feu à la grande surprise de l’elfe qui la lâcha. J’en profitai, sautant sur la première pierre et utilisant la perche pour parvenir à la troisième en passant par-dessus celle qui semblait peu stable. Je m’écrasais plus qu’autre chose sur la pierre et mes fesses me firent un mal de chien, mais au moins j’avais réussi. Je lâchai la perche en atterrissant et l’elfe s’empressa de la récupérer en me jetant un regard lourd de reproches. Hey je jouais gros là !

(Concentre-toi !)

Je suivis la directive d’Alyah et me focalisai sur le chemin de pierres. Je n’avais parcouru qu’une demi-douzaine de pierre, il en restait encore beaucoup. Les deux suivantes furent faciles à franchir mais un coup de perche visant ma tête m’obligea à me pencher en urgence, me faisant presque perdre l’équilibre. Heureusement que j’avais de bons réflexes, sinon je serai tombée lamentablement, Meno bénisse l’intransigeance de Lichia… Je fis une nouvelle pause, examinant les pierres et surveillant les trois elfes qui décidèrent de m’encercler. Les mettre hors-jeu me faciliterait la tâche mais ils avaient bien plus d’allonge et lancer des boules de feu sur de possible futurs camarades me semblait être une mauvaise idée. Les prendre de vitesse n’était pas une option, pas plus que les laissait m’attaquer à leur guise. Je devais bouger avant qu’il ne m’attaque… ou pendant. La pierre suivante était éloignée mais stable et il serait facile d’y atterrir. Les trois approchèrent ensemble et je vis leur mains se crisper, signal qu’ils allaient attaquer, je bondis pile à ce moment-là, passant à droite d’un des elfes qui voulut m’intercepter mais réussit simplement à frapper la perche de son voisin lorsqu’il pivota. J’atterris donc sur la pierre sans encombre. La longueur des perches les rendaient difficile à manier, un bon point pour moi. Je franchis rapidement quelques autres pierres dans la foulée mais comme prévu, ils étaient bien plus rapides et me rattrapèrent sans mal. J’avais bien avancé, mais il me restait encore plus de la moitié du chemin à faire, quelle plaie. Ils se placèrent de nouveau autour de la pierre sur laquelle j’étais mais s’éloignèrent les uns des autres pour ne pas reproduire la même erreur que plus tôt. Ils attaquèrent chacun leur tour, de léger coup d’estoc que j’esquivais en tournant le buste ou en me penchant, manquant chaque fois de glisser de mon appui précaire. J’en eus vite assez et fit la même chose que précédemment en saisissant une perche à deux mains. L’elfe anticipa mon geste et tira d’un coup sec, m’emportant en avant et je dus lâcher avant de tomber, me rattrapant de justesse avant que mon buste ne bascule. Bien, j’en avais marre, je sortis ma lame et lorsqu’une perche attaqua, j’esquivai avant de donner un coup qui coupa la perche en deux. Une de moins ! Les deux autres elfes arrêtèrent d’attaquer et j’en profitai pour sauter sur une autre pierre que je quittai immédiatement, trop petite pour un affrontement. J’atterris sur une pierre peu stable mais suffisamment grande pour qu’elle ne bouge pas trop. Il y avait ensuite deux petites qui étaient côte à côte et une troisième plus grande juste après. Je sautai, posant le pied gauche sur la première et m’en servant d’appui pour poser le pied droit sur la deuxième, me permettant de me propulser sur la troisième. Je rangeai ensuite ma lame en soufflant.

(Tu t’en sors bien ! Continue !)

(Pas besoin de me le dire !)

(Je t’encourage petite ingrate !)

(Merci Alyah.)

Une pensée positive me parvint, preuve que ma chère amie appréciait mes remerciements. A vue de nez j’avais fait la moitié du trajet, mais difficile de juger avec autant de cailloux. Les spectateurs restaient tous muets, je pouvais seulement entendre le bruissement du vent et ma propre respiration. Les trois elfes changèrent de stratégie et se postèrent à des endroits différents, m’attendant au tournant. J’avais un peu de marge et me remis à progresser lentement, étudiant chaque pierre attentivement, évitant celles instables quand je pouvais. Il y eut cependant une pierre instables que je ne pus éviter et qui failli me faire tout rater. Alors que je posai le pied dessus, elle s’enfonça brusquement, me faisant perdre l’équilibre. A deux doigts de tomber, je m’accrochai à la suivante in extrémis, ma tête à quelques centimètres du sol. La pierre bougeait sous mes pieds et je ramenai lentement mes jambes vers moi en la tirant, me permettant de remonter peu à peu. Je finis par m’installer sur la pierre en expirant. J’avais les doigts ensanglantés à cause du dérapage sur la pierre, preuve que des gants auraient sans doute été utiles. Je jurai intérieurement en secouant mes mains douloureuses.

(Tu vas bien ?)

(Bordel, ça pique !)

(Tu peux y arriver, c’est bientôt fini !)

Je me relevai et constatai que non, ce n’était pas bientôt fini, mais je ne relevai pas. Les pierres suivantes ne posèrent pas de problème mais vint le moment où l’un des elfes fut à portée et tenta de me faire tomber. Je chutai volontairement sur la pierre, me retenant à la force des bras, pour esquiver son coup avant de me relever pour franchir la suivante d’un bond millimétré, atterrissant souplement en m’accroupissant dessus. L’elfe s’inclina et retourna vers le centre de la cour, ce qui me surprit un peu. Les deux autres étaient positionnées non loin, devant deux pierres stables et m’attendaient. Peu importe le chemin que je prenais, j’aurais à faire à au moins l’un des deux, voire les deux si j’étais trop lente. Je choisis le chemin de droite, celui où l’elfe avait une perche intacte, car j’espérai qu’il aurait plus de mal à la manier. Je progressai donc prudemment jusqu’à arriver à eux avant de bifurquer sur la pierre de droite. L’elfe assainit un large coup circulaire que je pris de plein fouet dans l’épaule, me jetant sur la pierre sous le choc, manquant de peu de me faire tomber au sol. Merde ! L’autre arriva et je me contentai de rester couchée sur la pierre, essayant de réfléchir à une solution et en espérant calmer les palpitations de mon cœur. Je n’allais pas avoir trente-six solutions pour passer ces deux-là, surtout avec une épaule douloureuse et des mains en sang. Allongée, j’étais plus difficile à pousser donc ils n’insistèrent guère ce qui me laissa un peu de répit. La seule idée qui me vint fut de lancer une boule de feu sur celui à la grande perche, en veillant à ne pas le toucher, mais pour lui faire suffisamment peur pour qu’il recule et me laisse le champ libre. La pierre suivante était proche et stable, bien qu’arrondie, je n’avais pas le droit à l’erreur. Je me concentrai en fermant les yeux et me relevai en vitesse, créant une boule de feu que je jetai aux pieds de l’elfe qui recula, surpris. L’autre tenta de me donner un coup mais j’avais déjà bondi sur la pierre suivante. Celui à la grande perche se repris et s’approcha et je me hâtai de franchir les deux pierres suivantes qui étaient petites et peu stables pour finir sur une troisième plus grande. Il lança quelques attaques mais j’en esquivai la plupart, une me percuta cependant l’épaule qu’il avait déjà frappé, m’arrachant une grimace de douleur. Il n’y allait pas de main morte ! Emporté par son élan, il tenta de donner un grand coup vertical que j’esquivai souplement d’un mouvement de buste et sa perche se brisa lorsqu’elle frappa la pierre. Il regarda sa perche, un peu circonspect et j’en profitai pour progresser. Aucun des elfes ne fit mine de me poursuivre après ça et je pus finir le parcours sans tomber mais en m’écroulant à la dernière, le front trempé de sueur et l’épaule et les mains douloureuses. Enfin fini… je restai ainsi quelques instants, reprenant mon souffle. Il me restait encore un coffret à récupérer, je commençai donc à me lever.

(Tu peux te reposer un peu avant tu sais, tu tiens à peine debout.)

(Tu as sans doute raison. De toute façon je dois réfléchir à comment le combattre pour récupérer ce coffret.)

(Une idée ?)

(Quelques-unes tu dis le savoir, mais aucune sûre de réussir. )

(Si tu étais sûre de réussir, ce ne serait pas une épreuve.)

Elle avait bien raison sur ce point.


_________________






Dernière édition par Yliria le Lun 5 Nov 2018 02:16, édité 3 fois.

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