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 Sujet du message: Ard'Rath
MessagePosté: Dim 9 Nov 2014 15:43 
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Ard’Rath



Un peu au nord d’Ard’Essith, l’ardis d’Ard’Rath est restée une colonie Tuloraine pendant près de cinq ans sous les ordres d’Estera, faisant partie à l’époque de l’armée de Tulorim et ayant été chargé d’infiltrer l’Ardis en qualité d’esclave volontaire pour se l’approprier… avec réussite. Une rébellion menée par l’actuel maître de l’ardis, le cruel et mystérieux Saalafi, surnommé « le fou » par bien de ses compatriotes, a failli coûter la vie à Estera. Il a fui l’Ardis, laissant Saalafi comme maître des lieux. L’ardis préserve quelques vestiges de l’occupation Tuloraine… Que Saalafi prend plaisir à détruire, tout en en laissant les carcasses comme pour prouver sa supériorité. Nul ici n’a osé le défier depuis son accession au rang de maître.

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 Sujet du message: Re: Ard'Rath
MessagePosté: Sam 30 Mai 2015 23:24 
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Les tremblements nerveux, après tout ce temps passé immobile, se changent en grelotement dus au froid. Lysis, soucieuse de mon bien être, prend sa forme humanoïde pour se coller contre moi. Elle prend mes mains dans les siennes, et colle son visage sur ma nuque, alors que je ferme les yeux, essayant d’effacer de ma mémoire ces corps crépitant sous les flammes, ces visages de cire fondre, se mêler à la chair de leurs détenteurs, avant de les tuer lentement, dans une odeur de chair brûlée horrible. J’ai rarement été aussi meurtrier, à une telle échelle. La guerre est mon domaine, mais est-ce vraiment ce que j’aime ? Ces soldats étaient des ordures manipulatrices, eux-mêmes manipulés par Saalafi. Mais est-ce que ça excuse leurs actes ? Est-ce que cette envie d’expansion suffit pour justifier une guerre, un génocide ? J’ai parfois du mal à me dire que ces idéaux sont ceux du camp que j’ai rejoint malgré moi. Le meurtre gratuit ? La politique d’expansion à tout prix ? Non, je refuse de le croire. Ceux que j’ai rejoints sont ceux qui refusent le carcan des règles. Ceux qui veulent bannir l’ordre et faire régner le chaos de la liberté. Les esprits loyaux sont formatés, et c’est eux qui voient en ces violences un acte de barbarie gratuit. Mais non, il s’agit d’un un choc brutal pour une prise de conscience nette. Nul n’est intouchable, même bardé de lois et de soldatesque censées le protéger. Chacun se doit de prendre ses propres décisions, et non pas de laisser un chef décider sans rien en savoir, ni en discuter. C’est pour ça, que je me suis unifié à Oaxaca. Pour que chacun ait cette prise de conscience. Pour le refus des lois. Pour défendre les exclus, les opprimés, ceux qui se font juger de par leur naissance plus que par leurs actes. Gobelins, orques, shaakts. Ils ne sont que les parias de soi-disant gens « bienpensants ». Du racisme, de la ségrégation, voilà tout. Leur apparence morbide leur confère juste une aura de suspicion dont ils sont victimes depuis des décennies, des lustres. Logique, suite à cette image qu’on leur colle, qu’ils répondent par la violence et la guerre. Oui, je les défends, eux. Pas les connards de violents gratuits, de violeurs, tueurs d’innocents. Mais eux existent dans chaque peuple. Je défends, moi, Cromax, les peuples opprimés dont on a refusé la liberté, et qui se rebellent maintenant contre l’ordre et les lois immaculées des bienpensants.

Revigoré par ces pensées, je me relève. J’ai moins froid, malgré le vent mordant et le soleil déclinant dans les cieux de Saldana. Je dois me mettre en route au plus vite pour rejoindre l’ardis la plus proche. Ard’Essith et Ard’Rath sont très proches l’une de l’autre, comparé aux autres cités des saldis. Aussi, ayant marché vers le nord, nous nous sommes encore plus approchés de la cité ennemie, dirigée par Saalafi. Lysis me confirme qu’elle est fort proche, à moins d’une heure de marche intensive. Je repars donc vers le nord, fourbu de la bataille, mais dans la nécessité de trouver un abri pour la nuit. Comment y serai-je reçu ? Je devrai la jouer fine. Et certainement pas sous cette apparence. Mon visage de gris est bien trop connu ici. Je me ferais repérer en moins de deux.

Aussi marché-je pendant un peu plus d’une heure avant d’arriver face aux contreforts naturels et bâtis d’Ard’Rath. Des bâtiments ressemblant à des murs et casernes, tours de garde, cernent un immense roc surplombant une plaine. Un immense campement l’entoure, formé de plusieurs centaines de petites tentes de cuir en forme d’ogives censées protéger en cas de tempête de sable. Elles doivent être fermement arrimées dans le sol. Avant d’arriver à vue d’une quelconque personne, je change mes traits pour ressembler au commun des mortels ici-bas. Peau de bronze, yeux d’or, cheveux noirs et courts. J’enveloppe ma tête dans ma cape, comme dans un turban noir et rouge. Mon armure magique prend, elle, la forme de ces tuniques longues et lâches de cuir de la soldatesque saldi. Cela couvre une partie de mes jambes et de mes bras. Ma rapière est dans son fourreau, et mon arme métamorphe glissée sous forme d’un petit poignard discret à ma ceinture. Ainsi, je devrais passer inaperçu. Et effectivement, nul ne me remarque lorsque je déambule sur le campement. Je chipe au passage un bout d’étoffe pour me faire une ceinture de lin nouée largement autour de ma taille, à la mode d’ici. Nul ne m’arrête, en vérité, ni ne semble s’étonner de ma présence ici. Il y a tellement de monde, de ces cinq ardis différentes, regroupés là que je pourrais très bien faire partie de l’une d’elle. En tout cas, c’est ce que doivent se dire ceux que je croise, et qui me saluent en passant. Esclaves, citoyens et soldats. Les survivants de la bataille. Beaucoup ont des pansements, et les tentes doivent abriter nombre de blessés. On ne ressort pas intact d’une telle bataille. Les mines sont sombres, les visages fermés. C’était la première, pour nombre d’entre eux. Même les soldats, je gage.

Je ne m’attarde pas. Je n’ai rien à partager avec eux. Voici quelques heures, ils avaient pour ordre de nous tuer, moi et les miens. Je ne leur en tiens pas rancœur, mais ça ne leur attire pas pour autant ma sympathie. Simples pantins répondant aux ordres. Par peur, par loyauté. Ils me répugnent, en vérité. Quitte à arracher la vie, autant le faire par choix, pas par obligation. Je presse donc le pas vers l’entrée en dur de la cité. Celle-ci, dans un renfoncement rocheux fortifié, avec des meurtrières éclairées sur le long, est assez bien gardée. N’importe qui n’entre pas ici. En entrant, je croise un vieillard enveloppé d’un turban gris nuit et d’une cape de même. Il me jette un regard curieux, mais passe sa route sans broncher. Les gardes en poste, eux, m’arrêtent en croisant leurs lances.

« On n’entre pas. Les étrangers à Ard’Rath restent sur le campement. »

Ils ont l’air sûrs d’eux, aussi décidai-je de ne pas bluffer en me faisant passer pour l’un d’eux. Je m’incline en répondant d’une voix douce :

« Oh, je l’ignorais. Bonne soirée, messieurs. »

Et je m’écarte à l’abri de leurs regards, dans un recoin de mur. Pas loin, je repère le vieillard à robe grise, et m’en approche. Un regard alentour m’indique que nul n’est proche, et que nul ne nous regarde. Il me voit approcher, et lève un sourcil.

« Vous n’avez pu rentrer. D’où venez-vous ? »

Je soupire, tentant d’être convainquant.

« Ard’Essith… mais ne vous en offusquez pas, la seule raison de ma présence ici est de voir ma famille, résidant à Ard’Rath. Je souhaite m’assurer de leur survie après les événements de ce jour. »

Le vieil homme fronce les sourcils, dubitatif et soupçonneux.

« Vous étiez à la bataille ? »

« Par obligation, oui. Et je déplore y avoir participé, et avoir vu tant de nos concitoyens perdre la vie pour la folie des grands. »

Il acquiesce, partageant apparemment l’avis du rôle que j’ai pris. J’ai misé sur sa compassion, et j’ai misé juste, apparemment. Il soupire, visiblement ennuyé par ma position délicate, combattant de l’ennemi voulant entrer dans une ville adverse.

« Hé oui… Mais je ne peux hélas rien faire pour vous aider. Ils vous interdiront l’accès quoi qu’il arrive. »

Je rebondis sur sa proposition défaitiste.

« Si. S’ils me prennent pour vous, ils me laisseront. Prêtez-moi votre chèche et votre robe, que je la passe par-dessus mes habits. S’ils me refusent de nouveau l’accès, je m’en irai. Mais pas sans avoir essayé. »

Mon regard implorant lui fait passer l’envie de rétorquer. Il soupire de nouveau, et consent à se dévêtir, tout en grognant.

« Tout ce que vous risquez, c’est d’être arrêté. Mais soit. Tenez. »

Et il me tend ses frusques. Il est évidemment vêtu en dessous, ça n’est qu’une robe de pardessus. Je m’en couvre, ajustant le chèche sur ma chevelure courte improvisée.

« Merci, je vous rapporterai ça, que j’arrive à entrer ou non. »

Il fait un signe de la main me signifiant qu’il n’en a cure, et retourne à ses activités. À mon tour de m’avancer vers la porte, changeant d’apparence pour prendre celle du vieil homme. Et là, bien entendu, même si le vieillard aurait été médusé de le voir, je passe comme papa dans maman : ça glisse tout seul. Les gardes ne m’adressent qu’un bref regard. Inutile de vérifier mon identité, ils m’ont vu sortir à peine cinq minutes auparavant. J’entre donc dans Ard’Rath, dont les rues éclairées de lanternes de sän. Des bâtiments d’un style tulorain en bordent le trajet, à moitié détruits cependant, tant volontairement que par un manque d’entretien évident. Les esclaves vivent dans ces débris d’habitations, plus loin remplacées par des maisons de style saldi, bâties sur les ruines et avec les pierres des anciens logements demeurant là. Sous ma nouvelle apparence, je n’ai aucun mal à arpenter les rues. Personne ne fait attention à un vieux bougre pauvrement vêtu. Aussi ne tardé-je pas à arriver devant ce qui semble être la demeure du maître des lieux, une sorte de grande maison de pâte de sable durci en un dôme majestueux, tout lisse et sans aspérité ni fenêtre. Ça rend plutôt bien, il faut l’avouer. Les gardes, à l’entrée, ont l’air encore moins commodes que ceux des portes de l’ardis. Des hommes-insectes. Je m’approche néanmoins. J’ai le sang de nombre d’entre eux sur les mains, dois-je révéler mon identité ? Les forcer à me laisser entrer ? Ou leur demander simplement… Ils me toisent lorsque je marque clairement mon envie physique de rentrer.

« Déguerpis, vieillard. Il n’y a rien pour toi ici. »

« Le grand Saalafi serait déçu de ne pas connaître les informations que je détiens sur Mukha Cromax, son ennemi. »

« Comment ? Que dis-tu ? D’où tiens-tu ces informations ? Que disent-elles ? »

« T-t-t-t. Je ne parlerai qu’à Saalafi. Nul oreille indiscrète n’a besoin de savoir. »

Ils se regardent entre eux, et l’un d’eux entre dans le dôme pendant que l’autre me fait patienter. Il ne tarde pas à revenir, et je regrette de ne pas pouvoir admirer l’air dépité qu’il doit arborer sous son masque. Je me contente du ton de sa voix, qui veut tout dire…

« Il vous attend… »

Ils me laissent entrer. Je me retrouve dans une antichambre, une sorte de sas, de hall d’entrée, sobrement orné de deux guéridons arborant chacun une statue insectoïde. Nul doute sur les raisons de tout ça. J’ai compris, maintenant, l’appartenance de Saalafi. Et l’identité de son maître, qui n’est autre qu’Aerq, lieutenant d’Oaxaca. Un des Treize Maudits. Dans ce passage, je reprends mes traits d’elfe, et ouvre la porte face à moi. J’entre dans la pièce éclairée de lanternes en fer où brûle du Sän. Saalafi, ainsi que ses quatre chefs conquis sont assis sur des coussins autour d’une table basse, sirotant des tasses fumantes aux parfums de jasmin. Leurs regards sont tournés vers moi, et je vois leur surprise lorsqu’ils voient, sous le chèche que je rejette en arrière, mes traits d’elfe gris. Deux sursautent, l’un se lève et dégaine son sabre, l’autre pose la main sur son arc posé à ses pieds. Saalafi, lui, derrière son masque souriant, semble ne pas s’étonner. Et ses paroles calment ses hommes.

« Je m’attendais à ce que nous nous recroisions, Cromax. Mais pas si tôt. »

« Je ne m’attendais pas moi-même à ce que notre première entrevue soit si rapidement menée à sa fin. J’aimerais vous parler seul à seul. »

Il ricane sous son masque. Les chefs alentours semblent s’offusquer de ma demande.

« Ahah. Qu’es-tu donc en mesure de réclamer, ici ? Parle, ils peuvent entendre ce que tu as à dire. »

Je les reluque sévèrement, touchant le poignard changeant dans ma ceinture.

« Je suis en mesure de demander ça. Je suis venu en ami, mais je pourrais très bien être amené à tuer tous tes petits amis. Tu m’en sais capable. Tu m’as vu à l’oeure, Saalafi. Et ce que j’ai à te dire ne les concerne en rien. Ça concerne… ton maître, roi des Insectes dans sa noire Tour. »

Une petite métaphore pour signaler que je sais qui il est. Il n’arrive pas à masquer la surprise, cette fois, malgré son visage d’os sculpté. Il fait un simple signe de la main, et les quatre saldis se lèvent comme un seul homme pour quitter la pièce. Saalafi m’indique qu’il est prêt à m’écouter en m’invitant d’un geste à m’asseoir. Je décline poliment.

« Je préfère rester debout. Et je préfère aussi être direct : je suis venu pour proposer un accord, qui mêlera mes intérêts à ceux de ton maître. J’ai rencontré Aerq à Omyre. Il sait qui je suis, et approuverait mes dires. »

L’homme masqué incline la tête sur le côté, curieux.

« Ça sera à moi de le dire. Mais dis. Propose donc. »

J’inspire longuement, afin de bien prononcer les mots que je veux prononcer pour qu’ils soient clairs et concis.

« Au lieu de faire la guerre à Tulorim pour avoir sur elle et ce monde un pouvoir quelconque, pourquoi ne pas envisager de faire d’elle votre alliée ? Faites cesser cette guerre, rendez-vous, et je promets de mettre tout en œuvre pour que Tulorim devienne l’alliée d’Oaxaca dans ses conquêtes sur Nirtim. »

Il reste muet, béat sûrement devant la proposition incongrue que je lui fais. Je poursuis donc sans tarder.

« J’ai une forte influence, là-bas. Sergent de la milice, doté d’une renommée héroïque, bientôt capitaine, si mes objectifs s’accomplissent. Mon avis a du poids, sur les décisions prises. C’est une ville neutre, qui n’a pas pris parti pour cette guerre. Je pourrais faire jouer les anciennes rancœurs entre elle et la Cité Blanche pour les mener à vous. Leur montrer Saldana comme un exemple d’entente. Partagez les ressources de ce monde, et vous aurez bien plus. Contre la paix ici, je vous offre une alliance durable sur Yuimen. Ni plus, ni moins. »

Il reste silencieux, encore. Au moins ne lui ai-je pas donné envie de rire. Et lorsqu’il prend la parole pour répondre, son timbre est loin d’être rieur.

« Ça serait une opportunité non négligeable, mais comment te faire confiance ? Me crois-tu bête au point de suivre celui que tout le monde décrit comme le parangon du Bien ? »

De dessous mes habits, je sors le médaillon en forme de crâne que m’a donné Oaxaca pour prouver mon allégeance. Je le tends à Saalafi, qui le lorgne alors que je prends la parole.

« Les apparences ne sont pas forcément la vérité. Elles sont trompeuses, et c’est justement là toute la force de mon personnage. Accompagnez-moi pour retrouver les chefs des autres Ardis, à Ard’Essith. Rendez-vous officiellement, et proposez-leur la paix qu’ils méritent. Une paix durable et de partage. »

Il baisse la tête. Il reste ainsi, prostré, pendant plusieurs minutes, suite auxquelles il consent à la relever vers moi.

« D’accord. »

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