L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: La Montagne de l'Est - Sharq'Al-Jabal
MessagePosté: Lun 14 Nov 2016 12:58 
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La Montagne de l'Est - Sharq'Al-Jabal


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Bordée à l'Est par le terrible désert du peuple des dunes, qui a donné le nom originel à cette montagne, au nord et au sud par des plaines qui descendent doucement vers la mer et à l'Ouest par les forêts de Yarthiss et Dehant, séparées par une longue colline verdoyante, la Montagne de l'Est dresse fièrement ses sommets arides au dessus d'Imiftil. Bien qu'elle ne soit pas aussi étalée que sa soeur de l'Ouest, Sharq'Al-Jabal n'en est pas moins mystérieuse. Inquiétante et sauvage, elle contient de nombreux secrets cachés sur ses flancs et dans ses entrailles. Percée de nombreuses cavernes par les nains et les hommes d'El-Abhar, on raconte qu'on peut la traverser de part en part sans en sortir, mais au risque de croiser à l'intérieur des forces oubliées des vivants.

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 Sujet du message: Re: La Montagne de l'Est - Sharq'Al-Jabal
MessagePosté: Lun 14 Nov 2016 14:57 
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Localisation: Dehant - Escarpements dans la forêt
Le chemin le plus court depuis Dehant jusqu’au temple de Zewen était de suivre la rivière et de bifurquer à un moment vers l’ouest. C’était justement là qu’intervenait toute la subtilité, dans ce « à un moment ». Personne n’avait jamais tracé de carte claire de cette partie de la montagne. Que ce soit voulu ou non, le temple n’avait jamais eu de place précise pour les cartographes, à croire qu’ils ne l’avaient jamais visité. Et pour cause, ce temple, quoique très ancien, restait assez méconnu. Le mieux était donc de s’en remettre à Zewen, autrement dit à la chance.

Pourtant, les quelques pèlerins qui venaient le visiter avaient pour habitude de dresser sur leur chemin de petits monticules de pierre de temps à autre, pour prier leur dieu de leur indiquer le bon chemin. On pouvait donc penser à raison qu’à force, les plus gros de ces monticules, qui étaient particulièrement garnis à la descente, pour remercier le dieu, finissaient par indiquer le chemin. C’était sans compter sur la malice de la montagne, qui protégeait le temple comme une putain de bas étage couve son unique bijou. Les nombreux éboulements, les coulées de boues chargées de pierres lors du dégel, les avalanches au cœur de l’hiver, les vents violents, tous les éléments s’y mettaient pour dérouter les moins endurcis. On pouvait donc, si on suivait les mauvais cairns, se retrouver, au mieux, au bas de la montagne, bon à retenter sa chance, ou au pire, face à une falaise, une horde de goules à ses trousses, là où avait fini le précédent malchanceux.

Saha’Nyin avait emprunté de nombreux chemin différents, parcourant parfois la montagne dans tous les sens avant de trouver son but, passant des mois entiers à vagabonder, hallucinant de faim, se nourrissant d’herbes ou de maigres serpents quand il avait la chance d’en trouver. Il se souvenait avec douleur de ces moments où il avait cru sombrer dans la folie, ou sombrer plus profondément, dirons-nous. Il avait invoqué tous ses démons, jurant sur le nom de Zewen, implorant Thimoros et Phaitos d’intercéder en sa faveur envers leur père, brûlant une hécatombe de chauve-souris qu’il passait tout le jour à chasser pour en faire un bucher d’offrande à quiconque l’aiderai. Il n’avait d’ailleurs pas toujours réussit à trouver sa destination, préférant parfois abandonner lorsqu’il se retrouvait pour la troisième fois à l’orée du Désert de l’Est.

Néanmoins, chaque fois, il était heureux de recommencer ce périple, abordant la montée avec confiance, respirant à plein poumon cet air qui, en se raréfiant, se purifiait de l’humidité des sous-bois, des poussières des forges naines et des cheminées des tavernes Sinaries. Encore une fois, il affrontait la terrible montagne.

Cela faisait maintenant quelques jours qu’il marchait, économisant ses forces, dormant le jour et marchant la nuit, profitant de la relative chaleur nocturne de l’automne pour éviter la lumière du jour. Lorsqu’il marchait ainsi, il ne parlait plus, ne pensait plus, ne sentait plus, ne voyait plus. Il regardait les pierres qui passaient sous ses pieds à mesure qu’il avançait, mécaniquement. C’était une sorte de méditation, à travers laquelle il sentait en lui les fluides couler. Dans l’état quasi-hypnotique dans lequel il était plongé, aidé par les feuilles de Gaïa qu’il mâchait toute la journée, il lui semblait saisir quelque chose de la vérité de ce monde. Il lui semblait sentir au-delà du monde physique une perception autre de chaque chose. Chaque pierre avait alors une existence propre, une vie à part entière. Chaque brise du vent lui apportait un message, lui délivrait une sagesse ancestrale. Chaque partie de ce monde, enfin, était liée aux autres. Les pierres étaient du vent, le feu de l’eau, l’ombre de la lumière, l’endroit l’envers, le grand devenait le petit, le minuscule était immense. Pourtant, tout ceci s’estompait immédiatement, ne lui laissant aucune autre connaissance que le sentiment qu’il faisait partie d’un tout, et qu’il était inutile de tenter de s’en extraire, ou même de s’en désolidariser. Il était le monde, et le monde était lui. Et tant d’autres choses.

Pas après pas, il était arrivé à un endroit qu’il connaissait bien pour avoir bifurqué là les fois précédentes. Il s’agissait d’un plateau où la rivière coulait un peu plus paisiblement. La première fois, il avait tourné ici pour la simple raison qu’au fond de ce plateau, une sorte de pâturage de haute montagne, la rivière jaillissait de la roche, rendant impossible le fait de suivre le lit de la rivière. Si on voulait continuer, il fallait passer par un col adjacent à ce plateau, puis retrouver le lit de la rivière, qui serpentait entre des escarpements rocheux. Il se souvenait vaguement que remonter le lit encore un peu raccourcissait le chemin, mais le rendait autrement plus hasardeux. En quittant le chemin ici, il savait pouvoir arriver au bon endroit sans trop de craintes. Du moins, il savait l’avoir déjà fait.

Luttant contre le vent glacial qui, trouvant là un endroit dégagé, forcissait, il s’engagea dans la grande étendue d’herbe rase. Ce plateau se rétrécissait au bout, et l’on pouvait admirer, des deux côtés, le fond des vallées et les sommets. A sa gauche, se trouvait la vallée qu’il venait de grimper. Elle descendait, à pic puis douce, se verdissant petit à petit à mesure que le regard s’approchait de la forêt de Dehant. Au-delà, quelques fumées annonçaient la ville, où la vie ralentissait en même temps que le froid s’installait. Par une pleine journée d’hiver, lorsque l’air était sec comme Sharq’Al-Sarha, le Désert de l’Est et que le soleil éclairait la terre d’une lumière pure, on pouvait apercevoir la mer. Il n’y était pas allé souvent, trouvant cette étendue d’eau glacée trop inquiétante pour s’y intéresser. De plus, il n’y avait par là-bas nulle forêt ni caverne où s’abriter, et il ne voyait aucun plaisir à se rôtir la peau sous le soleil. De l’autre côté de l’escarpement, un magnifique cirque dont seul le centre se couvrait d’une fine couche vert-de-gris, se déployait entre les sommets. Plusieurs sources convergeaient vers le centre en un petit lac, dont le siphon menait nul ne sait où. Il devait y avoir là, dans les tréfonds de la terre, un animal mythique assoiffé qui buvait toute l’eau qui se décidait à couler ici. Il avait nommé cet endroit la bouche de Yuimen, ses pics étincelants et acérés lui suggérant des dents telluriques, les crocs de Yuimen. Entre chaque croc se trouvait un col, à travers lequel on ne devinait rien d’autre que l’immensité du ciel, d’un gris d’acier à la lueur d’une aube ennuagée.

Avec prudence, précédant chaque pas d’une pression sur la pierre pour en vérifier la stabilité, il s’avança sur la corniche. Il dut se courber pour lutter à la fois contre le vertige et le vent, qui s’engageait entre les crocs. Le passage le plus dur n’était long que de quelques dizaines de mètres, et au-delà, le sol d’agrandissait pour former de nouveau un plateau. Pour se donner du courage, il avisa de l’autre côté un renfoncement dans la montagne, souligné par le cairn né de ses précédents passages, qui lui permettrait de s’abriter du vent pour se reposer et tenter de se réchauffer. Concentré sur toutes ces informations, il ne vit pas le danger venir.

Un pressentiment, l’intime conviction que quelque chose ne tournait pas rond, dans le calme que portait ce vent hurlant, lui fit tourner la tête, juste à temps pour voir un tourbillon de plumes s’abattre sur lui. Il ne put que s’écraser au sol, priant pour que le chasseur n’ait pas prévu cette possibilité. En effet, deux serres claquèrent juste au-dessus de sa tête, bousculant le sac que Saha’Nyin portait en travers de son dos. Le choc poussa le semi-elfe, qui s’approcha dangereusement du bord, glissant sur la pierre qui roulait sous ses mains affolées. Il se releva prestement et chercha son ennemi des yeux. Le ciel, maintenant d’un gris blanchâtre, filtrant une lumière blafarde, lui brûlait les yeux, mais il n’eut cependant pas de mal à distinguer l’être volant qui l’attaquait. Son plumage éclatant, jaune vif aux extrémités, bleu roi au-dessous du corps ne laissait aucun doute. Il avait déjà entendu parler de ce genre d’oiseaux, et en avait vu au loin se repaitre d’ovins fraîchement tués. Les Rihanères, ou Rihan’Akh pour les habitants du désert, étaient connus pour leur dangerosité. Le plus étonnant était d’en voir si haut dans la montagne, eux qui d’habitude vivaient proche du désert.

L’oiseau fondait à présent de nouveau sur lui, bec en avant. Heureusement, le vent était contre lui, et il dut faire une embardée, déstabilisé par une bourrasque plus forte que la précédente. Cela laissa le temps au fanatique de sortir sa dague de son fourreau. Il savait qu’il était inutile d’utiliser la magie pour le moment, pour deux raisons : l’oiseau était agile, et n’était à portée que très peu de temps, sans compter qu’il avait jamais affronté un tel ennemi, et qu’il ne savait pas si ce genre de magie noire était efficace, mais surtout, il faisait jour, et Saha’Nyin était particulièrement malhabile à utiliser son don en pleine lumière. Il ne lui restait alors qu’une option : affronter à la loyale l’oiseau. Seulement, perché tel qu’il était sur une corniche large d’à peine trois mètres, le vent soufflant dans ses jambes, le vide l’attendant des deux côtés, il n’en menait pas large.

Alors, tandis que la créature revenait vers lui, portée cette fois par le vent, il s’élança vers la fin de la corniche, ce qui lui assurerait une zone de combat plus adaptée. Elle ne lui en laissa cependant pas le temps, et il dut se jeter au sol pour éviter une fois de plus l’attaque. Cette fois, le monstre volant avait prévu le coup, et, bien qu’il ne put embarquer le semi-homme dans ses griffes, sa patte se prit dans la sangle de la besace, traînant Saha’Nyin vers le bord. Se retournant vivement, il donna un coup de la dague qu’il avait toujours fermement empoignée, qui atteignit la patte de l’animal et l’entailla profondément. Hurlant de douleur, l’oiseau s’éloigna, le cordage du sac toujours dans la patte, ce qui projeta ce dernier dans la pente. Sidéré, le fanatique vit son maigre paquetage rouler vers le fond de la vallée

- Non !

C’était tout ce qu’il avait, tout ce à quoi il tenait, tout ce qui donnait un sens à ce périple.

- Maman ! Non !

N’écoutant rien, ni courage, ni raison, ni bon sens, ni même le cri de la Rihan’Akh qui revenait à la charge, il courut à la poursuite de son sac, la lame glissé dans sa ceinture, s’aidant de ses mains, tête en avant, les pierres s’éboulant sous lui, l’entrainant de plus en plus vite. Il voyait le sac rebondir devant lui, sentait les serres de la créature claquer à côté de sa tête, impossible qu’il était à saisir, bondissant, boulant, roulant, déboulant. Il se tordit les mains, les pieds, le cou, mais restait le regard fixé sur le petit bouchon de tissu qui fuyait toujours plus loin, toujours plus bas. Il n’avait plus qu’une chose en tête, ne vivait plus que pour une chose : rattraper son sac, rattraper sa poupée, rattraper son parchemin, rattraper son destin.

Enfin, aveuglé de douleur et de peur, il finit par sentir le contact de la bande de tissu sur sa main, la referma prestement, et ramena le tout contre lui, se laissant entraîner par le flot de pierre qui coulait maintenant autant au-dessus qu’en dessous de lui, et perdit conscience, le sourire aux lèvres.

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Me regarde pas de trop près, ça me gène


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