L'Univers de Yuimen déménage !


Nouvelle adresse : https://univers.yuimen.net/




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 4 messages ] 
Auteur Message
 Sujet du message: Les canaux
MessagePosté: Mar 28 Oct 2008 00:31 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Site Internet  Profil

Inscription: Lun 20 Oct 2008 21:22
Messages: 22817
Localisation: Chez moi^^
Les canaux


Image


Sur la côte de Tahelta, légèrement à l'écart du port, à même la roche, d'étranges canaux souterrains ont été creusés. Sans doute pour y cacher le fruit d'une quelconque contrebande ou, tout simplement, y laisser son bateau à l'abri. Ces canaux sont très dangereux à cause de la marée, qui pourrait bien vous garder prisonnier.

_________________
Pour s'inscrire au jeu: Service des inscriptions

ImageImageImage

Alors il y a une règle que je veux que vous observiez pendant que vous êtes dans ma maison : Ne grandissez pas. Arrêtez, arrêtez dès cet instant. Wendy dans "hook" (petit hommage à Robin Williams)
Pour toute question: Service d'aide
Pour les services d'un GM: Demande de service


Je suis aussi Lothindil, Hailindra, Gwylin, Naya et Syletha


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les canaux
MessagePosté: Mer 11 Oct 2017 14:07 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6796
Localisation: Nessima, Naora
Après nous être reposés, nous quittons l'auberge sous un beau clair de lune pour nous diriger vers la partie pauvre du port de Tahelta, pauvrement vêtus afin de passer inaperçus. Je m'assombris une fois de plus en voyant la misère totale dans lesquels sont sciemment maintenus toute une frange de mon peuple. Isil semble remarquer mon amertume car elle frôle ma main en m'adressant un léger sourire compatissant alors que nous parvenons sur les quais réservés au petit peuple. Nous ne tardons toutefois pas à nous en éloigner, sortant de la ville pour longer la falaise dans laquelle se trouvent les canaux que nous souhaitons examiner.

Isil ralentit le pas alors que la nuit se fait plus profonde, les lumières de Tahelta ne portant pas jusqu'à l'endroit où nous sommes. Le sol étant traître de par sa nature caillouteuse et les buissons de par le nombre d'épineux, je prends la main de ma compagne afin de la guider et d'éviter qu'elle ne se torde une cheville. Je réalise vite que cela n'a rien de pratique pour nous faufiler au travers de la végétation, si bien que je demande à Sindalywë:

(Dis, tu n'irais pas faire briller un peu la perle de son diadème, qu'elle y voie un peu plus clair?)

(Uniquement parce que c'est elle, Bien-Aimé, ne pense même pas à m'envoyer jouer la luciole sur quelqu'un d'autre...et dis-lui de le sortir de son sac avant, j'ai ma fierté!)

Je ris doucement et murmure à Isil:

"Mets ton diadème, tu verras mieux où tu mets les pieds."

L'Elfe me regarde d'un air intrigué avant de fouiller son sac pour en sortir le bijou et le poser sur son front. La perle se met aussitôt à luire d'un halo crépusculaire, suffisant pour qu'Isil puisse voir son chemin. Elle me jette un nouveau regard, surpris et émerveillé:

"Et ce tour, comment l’as-tu fait?"

Je l'observe quant à moi d'un air tout aussi émerveillé, ayant l'impression de faire face à une Reine Hinïone des légendes avec ce diadème la parant d'une aura lunaire mystique et troublante. Après quelques secondes de contemplation muette, je murmure en retour:

"Ce n'est pas moi, c'est Sindalywë qui s'est lovée dans la perle et qui la fait luire pour toi. Elle t'apprécie beaucoup, apparemment."

Nous reprenons notre chemin et avançons en silence durant un bon moment avant de trouver un point de vue nous permettant de discerner la falaise où se trouvent les fameux canaux. Je hausse un sourcil en réalisant qu'il y en a un certain nombre, voire même un nombre certain. Il nous faudrait un temps considérable pour les explorer tous, d'autant plus que les marées doivent en interdire régulièrement l'accès:

"Il y en a...beaucoup. Et mieux vaudrait nous renseigner soigneusement sur les marées avant de nous y risquer, si nous ne voulons pas nourrir les crabes..."

Elle hoche la tête et contemple pensivement la vue sur la ville, puis la voûte céleste, avant de m'enlacer impulsivement en m'adressant un léger sourire:

"Oui, allons-y, ce serait dommage de perdre toute cette chair à des crabes."

Je lui rends son étreinte et incline le visage pour mordiller doucement son cou en riant:

"ça ne te dérange pas si je me sers d'abord?"

Elle me retourne un sourire carnassier qui indique clairement ce qu'elle en pense, et c'est ainsi qu'un certain temps plus tard, joliment décorés de brindilles et autres feuilles mortes, nous décidons de regagner le port afin de tenter d'y découvrir quelque chose. Mais notre quête s'avère vaine cette nuit là, de même que les suivantes. Nous avons beau chercher, au port, dans les bas-quartiers, en surveillant les canaux, nous ne découvrons strictement rien d'inhabituel. En désespoir de cause, nous décidons d'aller faire un tour du côté de la demeure de Fergaim, rien ne dit qu'il soit lié à ce trafic mais faute de meilleure piste...


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les canaux
MessagePosté: Mer 18 Oct 2017 16:08 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6796
Localisation: Nessima, Naora
Quelques instants plus tard, j'aperçois une falaise percée de plusieurs tunnels, nous ne tardons pas à nous engouffrer dans l'un d'eux et je sens mon angoisse monter en flèche. Isil a-t-elle seulement réussi à nous suivre jusqu'au port? Ou suis-je désormais livré à moi-même tandis qu'elle erre près de la maison de Fergaim, follement inquiète sans doute, en nous cherchant en vain? Je n'ai aucune manière de le savoir mais, si elle a atteint le port à notre suite, elle pourrait bien avoir besoin de quelques instants pour trouver une embarcation et ne pas repérer le tunnel que nous avons pris. Elle ne peut en tout cas certainement plus nous voir, mais je connais la finesse de son ouïe et, pour autant qu'elle soit dans les parages, je peux faire assez de raffut pour la guider. Je me rassemble péniblement en m'efforçant de faire en sorte que mes ravisseurs ne s'en aperçoivent pas, puis je me détends soudain violemment et heurte durement le plus proche de moi de l'épaule. Totalement pris au dépourvu, le Sindel bascule et tombe à l'eau avec un "plouf" sonore agrémenté de quelques imprécations de la part de son coéquipier. Moins vif que de coutume à cause de la raclée subie un peu plus tôt, je n'ai pas le temps de me retourner avant qu'il ne m'assène un coup de rame en pleine tête.

Le choc brutal me renvoie au fond de l'esquif et je me cogne si rudement le crâne contre un banc de nage que je me sens lentement perdre connaissance. C'est tout juste si je perçois très vaguement qu'une nouvelle salve de coups de pieds récompense mon action avant de sombrer. Lorsque je reviens à moi, les deux Elfes me sortent de l'embarcation pour me traîner dans un couloir au sol de pierre, lequel ne tarde guère à buter sur une porte vermoulue mais verrouillée. Le grisonnant extrait une clé de sa poche et ouvre le battant tandis que son comparse me pousse rudement pour me forcer à le franchir, bon sang comment fera Isil pour passer cet obstacle? La question n'a peut-être aucun sens, je ne sais même pas si elle est bien derrière nous mais, si c'est le cas, il lui faudra défoncer cette porte et elle sera immanquablement repérée.

Ma vision de Sindel et ma nyctalopie me permettent d'entrevoir que le tunnel fait un coude quelques dizaines de mètres plus loin, vers lequel les deux sbires m'entraînent sans plus tarder. Je serre les dents et rassemble mes forces de plus en plus maigres, je vais encore m'en prendre plein la tronche et il arrivera immanquablement un moment où ma résistance succombera. Mais ai-je bien le choix? Dès que nous avons franchi le coude, je me débats soudain violemment en hurlant à pleins poumons et parviens à me libérer de l'étreinte de l'Elfe qui me tient le bras droit. Je l'utilise pour cogner de toutes mes forces, poing fermé, dans sa glotte, broyant sa trachée et le projetant à terre, agonisant! L'autre, le grisonnant, réagit immédiatement en m'envoyant brutalement sa torche dans le visage.

Je n'ai que le temps de détourner la tête afin de protéger mes yeux, le choc sur mon crâne manque une nouvelle fois de m'assommer mais je résiste à la tentation de me laisser glisser dans une bienfaisante inconscience et conserve une bribe de lucidité d'un puissant effort de volonté. Cela n'empêche pas que je sois sérieusement sonné et que je titube, réalisant presque distraitement que ma chevelure a pris feu. Le Sindel profite de ma faiblesse pour me jeter à terre et étouffer les flammes qui menacent de me consumer de sa semelle, si délicatement que cette fois je perds bel et bien conscience.

Je me réveille, un temps indéfinissable plus tard, allongé sur une surface glaciale dans une petite salle rectangulaire aux murs suintant d'humidité. Quelques torches sont suspendues à des appliques de fer, leur éclat m'aveugle durant plusieurs secondes après le noir total dans lequel j'ai été plongé, me forçant à cligner des yeux à de nombreuses reprises avant de parvenir à y voir quelque chose. Je distingue une demi douzaine d'autres Elfes, habillés eux aussi comme de simples mercenaires désargentés, tous m'observent avec des regards si mauvais et vengeurs que j'en frémis malgré moi. Je tente de me relever mais mon geste est brutalement interrompu, c'est à peine si je parviens à me tortiller vaguement! En tournant la tête, je réalise que mes poignets et mes chevilles sont entravées par des anneaux métalliques ancrés dans une espèce de table de pierre surélevée, une vision qui me rappelle fort désagréablement un autel destiné à de sombres sacrifices... Je marmonne une imprécation et crache le sang qui m'encombre la bouche, réalisant que cette fois, si Isil n'a pas réussi à me suivre, ma vie ne se prolongera plus bien longtemps.

Tournant désespérément la tête en tout sens afin de trouver une solution à ma situation des plus malsaine, j'aperçois une autre table contre l'un des murs, sur laquelle sont soigneusement alignés des instruments de torture. Ma peau se couvre de chair de poule à cette vue, l'idée de mourir ne m'effraye plus depuis longtemps mais être longuement torturé avant, c'est une toute autre histoire. Je distingue aussi deux grilles qui barrent deux issues, ouvertes toutes deux, inaccessibles saluts pourtant. Le grisonnant s'empare d'une fine lame recourbée et s'approche de moi avec une expression cruelle sur le visage:

"Maintenant tu vas nous raconter ta vie, vermine, je veux tout savoir de toi et, surtout, je veux t'entendre chialer et me supplier d'abréger tes souffrances..."

Il insère lentement son crochet affuté dans la chair de la paume de ma main gauche, provoquant une effroyable douleur que je surmonte par pure fierté, tremblant légèrement sous l'effort que cela me demande. Je le fixe d'un regard glacial et lui rétorque avec un insondable mépris:

"Ce monde s'écroulera avant que je ne supplie un insecte qui a oublié le Nom de sa Mère. Nous nous retrouverons devant Sithi et tu répondras de tes actes, cafard."

Je cille lorsque la lame déchire la peau sur toute la longueur de mon bras, les heures à venir vont être festives... L'un des autres Elfes présents grogne alors:

"Nous avons à faire, qu'il paie au centuple la mort de nos frères!"

Quelques secondes plus tard, il ne reste que le grisonnant qui s'apprête à poursuivre son oeuvre abjecte et l'un de ses comparses, une grande brute qui suit avidement le cheminement de la lame dans mes chairs, allant jusqu'à se pourlécher les lèvres de plaisir.


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les canaux
MessagePosté: Mer 18 Oct 2017 16:10 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6796
Localisation: Nessima, Naora
Mais soudain mon bourreau se retourne et semble se figer. Je tourne la tête pour comprendre ce qui se passe, juste à temps pour voir une gerbe de sang gicler de son cou, tranché net par une lame maniée par...Isil?! Toutes mes craintes s'envolent, elle est là, elle a réussi à nous suivre et à mettre hors de combat les deux sbires de Fergaim. Mon clavaire s'achève et, somme toute, je ne m'en tire pas trop mal.

Je garde le silence alors qu'Isil, glaciale jusque dans son regard, défait mes entraves, l'observant avec un détachement de façade que je m'impose pour résister à la souffrance qui me tenaille et, surtout, pour dissimuler mon état de faiblesse à ma compagne. Elle m'aide ensuite à me relever avec une douceur irréelle, son masque d'assurance se craquelant lorsqu'elle découvre plus amplement les sévices que je viens de subir. Je prends une ample respiration et me secoue doucement pour reprendre mes esprits, pris de nausées et de vertiges qui menacent de me faire sombrer dans l'inconscience. Lentement, mes pensées se clarifient et je retrouve quelques vagues forces, assez pour frôler sa joue du bout des doigts de ma main valide et murmurer du ton le plus rassurant que je parvienne à prendre en ces circonstances:

"Merci Isil. ça va aller, laisse-moi juste quelques instants."

Elle entremêle avec délicatesse ses doigts aux miens, n'osant les serrer de peur de me faire mal apparemment, puis secoue la tête et semble se forcer à laisser échapper quelques mots:

"Qu'as-tu de cassé ?"

De sa main libre elle s'efforce déjà de déchirer un pan de sa chemise trempée, sans doute pour bander mon bras qui saigne abondamment. Mais je presse avec douceur ses doigts toujours joints aux miens et de l'autre main arrête son geste alors qu'un léger rire un peu trop rauque franchit mes lèvres:

"Il serait plus approprié que ce soit moi qui déchire tes vêtements, tu ne crois pas?"

Puis, retrouvant mon sérieux, j'ajoute:

"J'ai sans doute quelques côtes fêlées et je vais ressembler à un Earion pendant un bon mois, mais ce ne sont que des broutilles. Ensuite, si tu veux bander mon bras je n'ai rien contre, mais prends plutôt leurs frusques."

Je désigne du menton les deux corps sans vie traînant au sol, puis je tente de me remettre debout, vacillant quelque peu mais soulagé de voir que je devrais au moins pouvoir marcher. L'Hinïonne acquiesce à ma suggestion et va arracher quelques bandes de tissu aux deux Sindeldi tombés avant de me faire un garrot pour m'empêcher de me vider de mon sang. Elle nettoie ensuite mes plaies avec délicatesse tandis que je garde les yeux rivés à son visage, un discret sourire pensif aux lèvres. Elle achève bientôt de bander sommairement mes blessures et, la bouche pincée en un pli désapprobateur, remarque:

"Nous devons partir à la recherche de Lhemryn avant que d'autres mercenaires ne reviennent."


D'un geste très doux, aussi bien pour ne pas la brusquer que pour ménager mes côtes malmenées, je l'étreins brièvement et pose un baiser sur son front avant d'approuver:

"Oui, ne traînons pas. Tu as ma lame?"

Une question purement rhétorique puisque je l'ai sous les yeux, que je complète en ramassant l'une des lames bâtardes tombées au sol, un éclat dur dans les yeux. C'en est fini de me laisser torturer sans réagir maintenant, les prochains sbires de Fergaim qui croiseront mon chemin le paieront de leurs vies.

Elle hoche la tête et, de l'air de celle qui n'a aucune envie de s'exécuter, détache mon épée de ses hanches pour me la tendre. Pourtant, lorsque je veux la récupérer, elle ne la lâche pas immédiatement, rivant son regard au mien avant de m'engager à ne rien faire d'insensé avec. Je soupire doucement et réponds à mi-voix après avoir remarqué le pli soucieux qui barre son front:

"Soit, j'épargnerai leurs vies si c'est en mon pouvoir."

Je prends ensuite quelques instants pour récupérer en effectuant quelques gestes prudents d'assouplissement, je serai en mesure de me battre si besoin mais mieux vaudrait que ce ne soit pas contre un adversaire trop dangereux ou trop nombreux. Je désigne ensuite le passage par lequel sont partis les quatre autres Sindeldi, le seul qui soit susceptible de nous conduire vers celui que nous recherchons:

"Allons-y, je passe devant."

Mon ton est sans réplique et j'avance immédiatement vers le passage, dégainant la redoutable lame de mon ancêtre dans la foulée. Mais, comme de juste, Isil ne s'en laisse pas conter et me rattrape rapidement pour se faufiler devant moi en me lançant une oeillade amusée:

"Ça, c'est un geste insensé, par exemple. Je passe devant, je suis assurément plus discrète et moins blessée que toi."

Je plisse un sourire ouvertement amusé à ces mots, sans l'empêcher de me passer devant ni chercher à la convaincre que ce n'est pas une bonne idée. Elle est assurément plus en forme que moi et, surtout, il ne m'appartient nullement de lui dire ce qu'elle a à faire. Le regard qu'elle me lance semble indiquer qu'elle apprécie que je ne tente pas de la reléguer à l'arrière et elle dégaine à son tour son épée pour avancer dans le couloir qui doit faire une vingtaine de mètres de long. Son extrémité semble donner sur une nouvelle salle éclairée par des torches qui dispensent une faible lueur jusqu'à l'endroit où nous nous trouvons. J'aperçois un escalier ascendant au fond de cette nouvelle pièce, mais ce sont les geôles qui jalonnent le couloir que nous découvrons qui attirent surtout mon attention. Certaines sont occupées, trois Sindeldi en haillons ainsi qu'un enfant recroquevillé dans un coin pourrissent dans ce lieu sordide, une vision qui attise en moi une colère glaciale. Comme Isil semble hésiter à s'en approcher davantage, craignant peut-être que le moindre bruit n'attire des gardes, je lui murmure:

"Il faut les sortir de là. Vois si tu peux ouvrir ces cellules, je m'occupe de tout ce qui pourrait avoir la mauvaise idée de venir nous déranger."

Un sourire féroce ourle mes lèvres, signifiant sans détour que je serais positivement ravi que quelques sbires de Fergaim débarquent, j'ai un peu de monnaie à leur rendre... ma compagne hoche la tête, un pli soucieux barrant son front, mais je ne m'en soucie pas pour l'heure et rejoins rapidement la salle, suivi par Isil. Elle s'avère sommairement meublée d'une table avec ses bancs sur laquelle traînent quelques restes de nourriture et de boissons ainsi qu'un trousseau de clefs. Outre l'escalier montant et l'issue par laquelle nous sommes arrivés, il y a une autre porte, entrebâillée, que j'approche aussitôt afin de vérifier que nul garde ne s'y trouve. A cet instant, Isil s'empare des clefs qui tintent lugubrement, un bruit qui engendre immédiatement une question provenant de derrière la porte que je m'apprêtais à aller contrôler:

"Gaëth, t'as ramené à boire?"

Je fais signe à Isil de se presser de retourner vers les cellules en répondant à la question du ton de celui que la question agace:

"Evidemment..."

L'Hinïonne regagne le couloir tandis que je vais me coller au mur à droite de la porte entrebâillée, laquelle ne tarde pas à s'ouvrir largement pour laisser passer l'un des quatre Sindeldi qui se sont retirés juste avant que je ne me fasse torturer. Il a le temps de froncer les sourcils d'incompréhension en réalisant que la salle est vide et de porter instinctivement la main à la poignée de son épée avant que le pommeau de mon arme ne lui heurte brutalement la tempe, l'assommant tout net. Je retiens prestement son corps et le laisse glisser en douceur à terre afin que sa chute n'ameute pas d'autres sbires en grondant sourdement:

"Toi t'as du bol que mon amie soit là, crevure..."

Alertée par le bruit, Isil revient vivement tandis que de nouveaux bruits se font entendre de l'autre côté de la porte par laquelle est sorti celui que je viens d'assommer. L'Elfe prend place à mes côtés et me fait signe de reculer afin de pouvoir se positionner en première ligne. Sans bouger d'un cheveu, je tourne le visage vers elle, les traits figés en un masque dur et froid, pour souffler entre mes dents serrées:

"Occupe-toi des prisonniers et sors d'ici bon sang! Je vous rejoins."

Elle pousse un reniflement de dérision en me répondant sur le même ton:

"Et te laisser seul face à eux après tout ce que j'ai dû voir, impuissante ? La vengeance n'est pas que tienne."

A peine a-t-elle fini sa phrase que la porte s'ouvre sur un sbire armé qui s'élance aussitôt vers moi. Mais ma compagne s'interpose vivement et arrête sa lame avant de riposter d'une attaque visant sa gorge, que le Sindel pare avec dextérité. Je jure d'un ton dégoûté, son action me prive de l'espace nécessaire à mes danses de guerre, je ne suis pas un foutu bon dieu de piquier et j'ai besoin de place pour manier mes deux lames! Je recule hâtivement de quelques pas rageurs en maudissant son orgueil, ce n'est pas la vengeance qui me motivait mais des considérations stratégiques pures et simples. A-t-elle si peu confiance en mes capacités de combattant pour supposer que je ne suis plus capable de terrasser quelques foutus malandrins de bas-étage après avoir subi quelques écorchures?

Le maraud contre-attaque sans traîner, Isil esquive avant de feinter en direction des jambes et d'inverser son geste pour lui asséner un puissant coup du plat de sa lame sur la tempe. A peine le Sindel a-t-il touché le sol que deux autres sbires font irruption dans la pièce. Ils avisent ma compagne au-dessus des deux corps de leurs comparses et fondent sur elle sans attendre, une scène qui attise si violemment ma colère que j'en frémis et que les jointures de mes doigts blanchissent sur les poignées de mes armes. Quoi qu'il en soit Isil se débarrasse sans grande difficulté des deux soldats, non sans récolter une blessure à l'épaule au passage, avant de me refaire face pour déclarer:

"Bien, allons-y."

Je la dévisage une seconde en silence, inexpressif, puis secoue négativement la tête en répondant d'un ton aussi neutre que mon visage:

"Non. Toi tu y vas avec les prisonniers. Maintenant et sans discuter."

La raffut du combat n'est pas passé inaperçu, déjà un bruit de cavalcade se fait entendre dans l'escalier. D'autres gardes arrivent, en nombre d'après le vacarme qui enfle. Isil me jette un regard hésitant que je soutiens sans broncher, aussi froid et inflexible que le jais auquel ressemblent mes prunelles. Elle finit par céder et, alors qu'elle sort sans un mot pour rejoindre les captifs, je la suis pensivement des yeux, un sourire doux et un peu triste fleurissant sur mes lèvres. C'est peut-être la dernière fois que je la vois, aucun combat n'est jamais totalement dénué de risques et je ne suis certes pas dans une forme éclatante. Mais l'heure n'est pas aux rêveries, les sous-fifres de Fergaim seront là dans quelques secondes à peine. J'ai juste le temps de me placer devant le passage par lequel Isil vient de partir et de rassembler massivement mon énergie spirituelle avant que les quatre premiers ne débarquent dans la petite salle.

Ceux-là n'ont rien de mercenaires pouilleux, ce sont des gardes munis de plate et d'armes de qualité, arborant sur leur tabard l'emblème de l'Ithilauster qu'ils servent, une tête de faucon noire sur fond gris acier. Abasourdis, ils jettent des regards nerveux sur les corps à terre avant de me fixer avec colère. Je leur souris froidement et déploie mon Ki pour améliorer ma maîtrise martiale, puis mes ennemis chargent en hurlant rageusement, parfaitement coordonnés.

Au dernier instant avant le choc, je recule vivement d'un pas glissant qui surprend si bien les soldats qu'ils se heurtent en voulant s'engouffrer dans le couloir, juste trop étroit pour que deux hommes passent de front. Je me fends sèchement et plante ma lame d'Eden dans l'oeil du garde de droite qui pousse un cri d'agonie en s'effondrant à terre. Le deuxième parvient à esquiver le corps et tente de m'entailler le bras d'une attaque circulaire que je pare sans mal de ma deuxième lame, bien que ce geste engendre une douleur cuisante dans mon bras blessé. J'enchaine d'une arabesque remontante de ma lame runique afin d'éventrer mon ennemi, mais il recule d'un bond et mon arme ne fend que les airs. Je jure intérieurement, réalisant à cet instant que le tabassage en règle que j'ai subi me ralentit tout de même de façon conséquente, jamais je n'aurais raté une telle attaque en temps normal!

Je lui colle au train pour l'empêcher de reprendre l'initiative, ce qui me contraint à quitter l'abri du couloir malheureusement. Mais ce combat ne doit pas s'éterniser, j'ignore combien d'hommes possède Fergaim mais sans doute bien assez pour que je n'aie aucun espoir de les abattre tous. Et même si je le pouvais, un tel carnage ne servirait pas nos intérêts, il serait impossible d'étouffer l'affaire et je n'ai pas les relations pour contrecarrer les accusations d'un Ithilauster bien implanté à Tahelta. Je rassemble une nouvelle fois mon Ki et le déploie massivement pour conjuguer une danse des sabres avec celle de l'éclipse en me ruant au milieu de mes adversaires. Ma danse de guerre les dépasse totalement et leurs regards s'emplissent soudain de peur, brièvement pour les deux premiers qui succombent en autant de secondes, gorge tranchée pour l'un et jambe à moitié sectionnée pour l'autre. Le troisième tente une attaque sommaire que je pare sèchement avec l'épée bâtarde que j'ai récupérée sur l'un des faux mercenaires, ma lame d'Eden resurgissant déjà des ombres pour lui fracasser le genou gauche.

Malheureusement, la mauvaise épée que j'interpose pour parer son attaque se brise net sous l'impact et la lame adverse trace une profonde entaille dans ma cuisse gauche! Ma bonne épée n'en poursuit pas moins sa course et fracasse le genou visé dans un ignoble craquement d'os brisés, ce qui abat le Sindel à la façon d'un arbre sous la cognée du bûcheron. Son hurlement de douleur est si aigu que j'en ai les tympans qui vibrent, bon sang il va ameuter toute la ville! Surmontant la souffrance qui afflue dans ma jambe, je la force à me porter un pas de plus pour plonger ma lame dans la gorge du blessé, le faisant taire à jamais. Un mouvement à l'orée de mon champ de vision me révèle un arbalétrier en train de me viser posément depuis les dernières marches de l'escalier. Je n'ai que le temps d'esquisser une parade, bien trop lente, avant que le carreau ne se fiche brutalement dans mon abdomen, me faisant reculer de trois pas et buter contre le mur qui se trouvait derrière moi. D'une geste purement instinctif, je lui lance à la tête la poignée de mon arme brisée, lui fracassant le nez et quelques dents au passage.

Un violent vertige s'empare de moi et c'est comme au travers d'un épais brouillard que je vois Isil traverser la pièce en quelques bonds pour aller ficher sa lame dans la gorge découverte de l'arbalétrier qui vient de me transpercer. Je sens mes jambes faiblir sous moi mais aussi, avec une acuité irréelle, la chaleur du sang qui ruisselle sur ma cuisse et mon ventre, le froid du mur dans mon dos, l'odeur de mort qui commence à se répandre dans la salle. Isil se précipite vers moi et encadre mon visage de ses mains rendues légèrement calleuse par le maniement des armes, rivant un regard inquiet dans le mien qui, je le sais, commence à devenir vitreux. Ses paroles me semblent parvenir de très loin, assourdies, alors que je sens ma vie s'échapper de mon corps:

"Tanaëth... Je t'en prie, reste avec moi."

(Avec nous! Reste avec nous), renchérit ma Faëra d'un ton pressant.

Je prends sur moi pour hocher lentement la tête et adresser un pâle sourire à Isil en murmurant d'un souffle saccadé:

"Je...n'ai pas...pas l'intention...de te quitter..."

Je lève ma main libre pour la poser tendrement sur sa joue et ajoute sur le même ton:

"Devons...partir...vite...la barque..."

Une autre silhouette s'approche à cet instant, que je ne parviens pas à reconnaître tant ma vue est devenue floue. Ami ou ennemi je ne sais et qu'importe, je n'ai plus la force de lever mon arme de toute façon. Je perçois vaguement qu'Isil entoure quelque chose autour de ma jambe en serrant assez fort pour que ce soit douloureux, mais cette nouvelle souffrance n'est qu'une information que mon esprit relègue dans un recoin obscur. L'Elfe Blanche à qui je me suis si profondément attaché me jette un regard anxieux et prononce deux mots d'une voix emplie d'appréhension qui mettent une seconde avant d'atteindre mon cerveau:

"Accroche-toi."

Je sens encore sa main se poser sur mon ventre, juste à côté du carreau qui en dépasse, puis une douleur terrible me submerge soudain, ravageuse. Je lutte de toutes mes forces pour rester conscient mais en vain. Je me sens sombrer avec une étrange lenteur dans les ténèbres, les yeux rivés sur Isil pour emporter avec moi l'image de son visage. Juste avant que les ombres ne m'emmènent, un léger sourire ourle mes lèvres, avec cette dernière vision je peux partir en paix.


Haut
 

Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 4 messages ] 


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO

L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016