L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Les habitations
MessagePosté: Lun 18 Avr 2016 09:30 
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Les habitations


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Les maisons de Tahelta sont en grande majorité pourvues d'une grande richesse apparente. Bien que leur taille soit variable, elles sont unilatéralement ornées de mosaïques, d'ornements artistiques en mythril forgé, et ce aussi bien sur les murs que sur les sols.

Au sein même de la ville, il n'y a aucun quartier pauvre. Les plus démunis, quant à eux, résident hors de l'enceinte de la cité, qui reste une vitrine de faste évidente.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 6 Oct 2017 14:26 
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3 – Des vipères, mais pas que


Nos pas s'éloignent de l'ambassade et du palais, leur tournant le dos pour nous approcher des portes de la cité. Notre chemin est paisible, mais encore une fois, je ne puis m'empêcher de songer à Cuilnen. La richesse de la cité hinïone ne s'appuie pas sur la pauvreté d'autres, elle est pour moi partagée entre tous, contrairement à ce que je vois se dérouler sous mes yeux. Ici, de riches sindeldi côtoient les voleurs dans un environnement faste trop beau, trop paisible pour ces derniers.

Lorsque nous arrivons aux portes, ce contraste est plus saisissant encore. J'avais entendu dire que Tahelta avait pris un rude coup lors de la guerre, et jusqu'à présent rien ne le laissait supposer dans les quartiers aisés. A l'extérieur de la ville, l'ambiance est toute autre. Les maisons sont bringuebalantes, à moitié détruites et parfois encore recouvertes de la suie des feux qui ont sévit. Des déchets s'amassent tandis que de pauvres hères vont çà et là, occupés à leurs tâches journalières contrastant tant avec ce que nous avons vu à l'intérieur de la cité. La misère est omniprésente. Je comprends soudain la raison de tous ces voleurs qui sévissent à l'intérieur des murs, une juste rétribution sans doute à leurs yeux, un partage des richesses dont l'engrenage est resté bloqué.

Lhyrr se mure dans un profond silence à cette vision tandis que Tanaëth serre le poing en sifflant :

- Comment ont-ils osé laisser des Enfants de Sithi dans cette misère par tous les enfers ?!

Je sens sa colère menaçant de s'épandre et pose une main apaisante sur son poignet.

- Personne ne devrait avoir à vivre dans cette misère, murmuré-je. Allons.

Alors que nous poursuivons notre chemin, j'ai la désagréable sensation d'avoir tous ces regards posés sur nous, comme si nous étions trop richement vêtus pour vaquer ici, n'ayant à leurs yeux aucune légitimité de marcher dans leurs rues. J'ai l'impression de voir dans leurs regard une certaine hostilité, une envie, comme si nous n'appartenions pas au même monde. Comme si nous étions venus nous moquer et afficher nos richesses. La vision de Lhyrr, son maintient droit, le cou dressé et le regard dur, et celle de l'impressionnant Sinwaë nous permettent d'avancer sans être inquiétés. Je me demande ce qu'il se passerait s'ils n'étaient pas à nos côtés.

Tanaëth demande à deux reprise notre chemin, ne recevant à chaque fois que des réponses lapidaires. Il s'étonne de voir que la taille du quartier a doublé depuis sa dernière visite, soulignant leur grand nombre. Je hoche sombrement la tête. Quelques quelques instants plus tard, nous arrivons face à un modeste petit temple, situé au coeur du quartier pauvre, dont l'unique ornement est un croissant de lune gravé au-dessus de la porte. S'il ne possède en rien le faste ostentatoire du reste de la cité, il n'en reste pas moins le bâtiment le plus propre et le mieux entretenu du quartier. Le bien-être religieux doit-il toujours primer sur les êtres ? Je me penche vers Tanaëth, murmurant avec un sombre amusement :

- T'ai-je déjà dit que je n'aimais pas les temples ?

Il semblerait que je ne sois pas la seule. Tanaëth s'avance pour toquer et, quelques instants plus tard, un vieux sindel vêtu d'une simple tunique de lin nous ouvre, étonné de notre présence. Ses yeux d'un bleu pâle me semblent doux, fatigués. Tanaëth et lui échangent quelques mots à l'issue desquels il nous dit être bien l'Ithilauster Ephedyn, puis nous propose d'entrer.

Nous entrons dans le temple, qui n'est, au final, rien de plus qu'une pièce sobre pourvue d'une petite statue représentant la déesse lunaire trônant dans une alcôve et de quelques bancs. Tout est simple, il n'y a aucune fioritures, il s'agit là simplement d'un lieu où se recueillir en sérénité. J'en viendrais presque à apprécier l'endroit. Presque. En vérité, je suis très étonnée de découvrir ici, à Tahelta, un lieu volontairement modeste.

Ephedyn nous invite à prendre place et nous propose un simple verre d'eau en guise de rafraîchissement.

- Vous me pardonnerez je l'espère, je n'ai pas de vin, les temps sont durs.

Tanaëth et moi lui sourions, lui assurant que nous n'avons pas besoin de plus, avant que mon compagnon sindel n'entre dans le vif du sujet.

- C'est l'ambassadeur Helevor Dearen qui nous a recommandé de venir vous trouver. Il semblait penser que vous pourriez nous expliquer comment se fait-il que ces quartiers ne soient pas encore reconstruits...

Ces paroles soulèvent la méfiance de l'Ithilauster, qui soupire légèrement.

- Nous manquons d'argent, messire, les dégâts étaient considérables et d'autres quartiers étaient plus importants que celui-ci.

J'interviens à mon tour, demandant doucement :

- Depuis combien de temps n'avez-vous pas reçu le matériel promis ?

Son regard se fait légèrement gêné et ses yeux se portent sur la petite effigie de Sithi alors qu'il souffle :

- Nous en avons parfois reçu...

- ... mais pas autant que vous devriez, achevé-je à sa place.

Il acquiesce lentement avant de reporter ses yeux sur nous, suspicieux.

- Pourquoi posez-vous ces questions ?

Cette question fait remonter la colère de Tanaëth, non pas à l'adresse du prêtre, mais à l'égard des conditions dans lesquelles se trouve son peuple. Je reste pour ma part plus calme, préférant garder la tête froide et le laissant rétorquer :

- Parce que nous allons faire en sorte que les choses changent et que vous obteniez de quoi loger et nourrir convenablement nos frères et soeurs, Ephedyn.

Ces paroles font naître une légère peur chez l'Ithilauster qui se frotte légèrement les mains pour répondre d'une voix légèrement fêlée :

- Certains ont été protester au palais, messire, nous ne les avons pas revus. Sans doute... sans doute ont-ils été punis de leur audace, un... un juste châtiment assurément.

Je secoue la tête, ajoutant doucement, d'une voix apaisante :

- Ephedym, vous savez comme nous que c'est bien loin d'un juste châtiment. Nous voulons réellement améliorer les choses pour vous et votre peuple, mais pour ça, nous avons besoin de votre aide. Existe-t-il quelque chose, quelqu'un qui pourrait nous aider, qui en saurait plus ?

Le prêtre se tait durant quelques instants, se serrant les mains. Je vois de l'espoir naître petit à petit dans ses yeux. Il s'agit d'un homme qui durant tant d'années a refoulé son sentiment d'impuissance, faisant tout ce qu'il pouvait faire avec les moyens, bien insuffisants, qu'il avait. Et voilà que deux inconnus lui proposent de faire quelque chose, là où lui a déjà vu et envoyé tant de personnes vers ce "juste châtiment" dans l'espérance d'améliorer le sort des plus pauvres. Il se demande s'il fait bien de nous parler ou si nous ne serons que deux noms de plus sur la liste des personnes ayant vainement tenté.

Ephedym nous regarde, regarde nos armes et armures, et finit par hocher la tête :

- Je... j'ai entendu dire qu'un ouvrier du nom de Lhemryn avait été capturé parce qu'il avait apprit quelque chose. J'ai entendu des rumeurs dans les quartiers pauvres, mais je ne sais pas où il est retenu captif. Certains doivent savoir.

Tanaëth adresse un sourire rassurant au prêtre avant de presser son épaule pour le réconforter de quelques mots bigots qui menacent de me faire lever les yeux au ciel pour prendre ladite Sithi à témoin. Il lui fait également le serment de lui trouver de quoi améliorer le sort de ses frères et soeurs. Si je suis plus frileuse pour faire des promesses en pariant sur des circonstances que je ne maîtrise pas, je ne compte pas moins mettre tout en oeuvre pour améliorer les conditions de vie de ces sindeldi. Comme je l'ai dit à Tanaëth plus tôt, personne ne mérite de vivre ainsi. Ce dernier se tourne vers moi en ajoutant :

- Allons donc nous promener un peu dans ces quartiers ? Nous trouverons bien quelqu'un qui pourra nous apprendre où se trouve ce Lhemryn. Je serais très curieux de savoir ce qu'il a découvert...

J'acquiesce avant de me tourner vers le prêtre avec un sourire.

- Merci, Ephedym, nous ferons de notre mieux.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 6 Oct 2017 14:28 
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Nous quittons le centre-ville par un dédale de petites ruelles serpentant entre les somptueuses demeures des quartiers aisés, ornées souvent de lierre et de glycines qui rendent somme toute la capitale assez verdoyante et paisible, en apparence du moins. Si je ne connais de loin pas toutes les rues de la capitale, je parviens néanmoins assez bien à m'orienter grâce aux repères que constituent le palais royal et le temple de Sithi perché au-dessus de la ville, si bien que nous ne tardons pas à rejoindre l'enceinte de la ville et la porte donnant sur les quartiers pauvres. Si les ravages de l'attaque sur Tahelta ne se voient plus guère dans les quartiers riches, le spectacle que nous découvrons une fois la porte passée est tout autre.

Je me fige net en découvrant l'amas de taudis précaires qui s'entassent les uns contre les autres là où se trouvaient autrefois des demeures certes modestes mais néanmoins vivables. Ici et là se devinent encore des traces d'incendies, des amoncellements de déchets empuantissent l'atmosphère et tous les Sindeldi que j'aperçois ici sont misérablement vêtus, contrastant si totalement avec ceux que nous avons croisé jusque là que j'en ai le souffle coupé. Mes poings se serrent à cette vision, tout comme mes mâchoires qui peinent à laisser filtrer quelques mots prononcés sur un ton sifflant:

"Comment ont-ils osé laisser des Enfants de Sithi dans cette misère par tous les enfers?!"

Une colère noire envahit mon âme et fait étinceler mes prunelles d'une dangereuse lueur...ce qu'Isil ne manque pas de remarquer car elle pose une main apaisante su mon poignet en murmurant:

"Personne ne devrait avoir à vivre dans cette misère. Allons."

J'incline le visage et m'efforce de dompter ma rage alors que nous nous enfonçons entre les masures insalubres, suivis par bon nombre de regards plus ou moins envieux, voire hostiles pour certains. Quoi d'étonnant compte tenu de la richesse évidente qui est la nôtre? Toutefois la présence de nos impressionnants compagnons, ainsi que notre apparence résolument guerrière sans doute, nous épargne fort heureusement d'être pris à parti. Incapable de me repérer dans ce dédale, je dois demander à deux reprises notre chemin, m'attirant des réponses moroses à la limite de l'impolitesse. Je ne relève pas, comprenant les raisons de leur amertume, et me contente de les remercier poliment, remarquant à l'attention d'Isil en secouant la tête d'un air écoeuré:

"La taille de ce quartier a doublé depuis la dernière fois que je suis venu...bon sang, regarde-moi ça, ils sont des milliers!"

Quelques minutes plus tard, nous parvenons devant une petite maison de pierre, toute simple et dépourvue du moindre ornement mais récemment bâtie et rigoureusement propre comparé au reste du quartier. Je désigne à Isil le discret croissant de lune gravé dans le linteau qui surplombe la porte en murmurant:

"Voilà, ça doit être là..."

Isil se penche vers moi et me murmure avec un sombre amusement:

"T'ai-je déjà dit que je n'aimais pas les temples ?"

Je hausse un sourcil amusé et réplique à mi-voix:

"Non, mais dans ce cas nous sommes deux."

Je m'approche de la porte et frappe trois coups secs contre le battant, qui ne tarde pas à s'ouvrir sur un vieux Sindel simplement vêtu de lin écru et arborant une longue chevelure grise laissée libre. Il nous dévisage d'un air étonné de ses prunelles bleu pâle puis ouvre des yeux plus grands encore en apercevant nos compagnons avant de demander en langue commune:

"Que puis-je pour vous, ma dame, messire?"

Je le salue d'un petit signe de tête:

"Nous souhaiterions parler à l'Ithilauster Ephedyn."

Le vieil Elfe hausse un sourcil intrigué puis s'écarte afin de nous permettre d'entrer:

"C'est moi. Entrez, je vous en prie."

Nous pénétrons dans la petite maison, constituée d'une unique pièce où ne se trouvent que quelques rares meubles de pauvre facture: une table, quelques chaises, un coffre et un matelas posé dans un angle. Une cheminée sommaire et quelques ustensiles de cuisine complètent l'ameublement tandis qu'une petite figurine représentant Sithi de manière symbolique trône dans une niche pratiquée dans le mur du fond. Un bien étrange temple en vérité. Ephedyn nous invite à nous installer et nous sert à chacun un verre d'eau avant de s'excuser:

"Vous me pardonnerez je l'espère, je n'ai pas de vin, les temps sont durs."

Je lui souris en l'assurant que de l'eau fera très bien l'affaire, puis j'aborde sans détour les raisons de notre visite:

"C'est l'ambassadeur Helevor Dearen qui nous a recommandé de venir vous trouver. Il semblait penser que vous pourriez nous expliquer comment il se fait que ces quartiers ne soient pas encore reconstruits..."

Le prêtre soupire légèrement avant de répondre avec une discrète méfiance:

"Nous manquons d'argent, messire, les dégâts étaient considérables et d'autres quartiers étaient plus importants que celui-ci."

Isil intervient à son tour, demandant doucement:

"Depuis combien de temps n'avez-vous pas reçu le matériel promis?"

Il semble soudain gêné et ses yeux se tournent vers la statuette de Sithi tandis qu'il souffle:

"Nous en avons parfois... "

"... mais pas autant que vous devriez", complète ma compagne.

Le prêtre acquiesce lentement avant de reporter les yeux sur nous, suspicieux:

"Pourquoi posez-vous ces questions?"

Je le fixe droit dans les yeux et rétorque d'un ton où perce une bribe de la colère qui m'a envahi à la vue des conditions de vie dans ce quartier:

"Parce que nous allons faire en sorte que les choses changent et que vous obteniez de quoi loger et nourrir convenablement nos frères et soeurs, Ephedyn."

Une lueur de peur traverse le regard de l'Ithilauster, il se frotte nerveusement les mains avant de répondre d'une voix imperceptiblement fêlée:

"Certains ont été protester au palais, messire, nous ne les avons pas revus. Sans doute...sans doute ont-ils été punis de leur audace, un...un juste châtiment assurément."

Isil secoue la tête et répond d'une voix apaisante:

"Ephedym, vous savez comme nous que c'est bien loin d'un juste châtiment. Nous voulons réellement améliorer les choses pour vous et votre peuple, mais pour ça, nous avons besoin de votre aide. Existe-t-il quelque chose, quelqu'un qui pourrait nous aider, qui en saurait plus?"

L'Ithilauster, plus nerveux que jamais à en juger par ses mains serrées à s'en blanchir les jointures, garde le silence durant quelques instants. Une étincelle d'espoir semble renaître dans ses yeux, mêlée de doute, combien avant nous ont tenté de venir en aide à ces démunis qu'il côtoie tous les jours, tentant sans doute de leur apporter tout le maigre réconfort en son pouvoir? Il nous observe longuement, examinant nos armes et armures, puis il finit par céder à l'espoir et hoche la tête pour nous révéler ce qu'il sait:

"Je... j'ai entendu dire qu'un ouvrier du nom de Lhemryn avait été capturé parce qu'il avait appris quelque chose. J'ai entendu des rumeurs dans les quartiers pauvres, mais je ne sais pas où il est retenu captif. Certains doivent savoir."

J'adresse un sourire rassurant au prêtre et presse légèrement son épaule en guise de réconfort:

"Gardez espoir, Fils de Sithi, notre Mère ne vous a pas oublié. Dans peu de jours vous aurez de quoi améliorer le sort de nos frères et soeurs, devant Sithi je vous en fais le serment."

Je me tourne vers Isil et ajoute à son attention:

"Allons donc nous promener un peu dans ces quartiers? Nous trouverons bien quelqu'un qui pourra nous apprendre où se trouve ce Lhemryn. Je serais très curieux de savoir ce qu'il a découvert..."

Isil acquiesce avant de se tourner vers le prêtre avec un sourire:

"Merci, Ephedym, nous ferons de notre mieux."

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 6 Oct 2017 14:47 
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Nous quittons le petit temple et, une fois de retour dans les ruelles crasseuses, je murmure à Isil:

"Obtenir des informations ne sera pas aisé, ils sont terrifiés et nous attisons leur rancoeur par l'opulence de nos équipements...si tu as une idée je suis preneur."

Songeur, je jette un regard circulaire sur les taudis qui nous entourent, ne croisant que des regards envieux, chargés de colère ou au contraire de peur. Je soupire profondément et souffle encore à ma compagne:

"Je pourrais faire venir des fonds de notre citadelle, si nous leur apportions une aide concrète ils parleraient, mais cela prendrait bien quelques jours..."

Isil me sourit légèrement et pose sa main sur mon bras en m'enjoignant de la laisser faire, ce que j'accepte d'un signe de tête, intrigué de voir comment elle entend procéder. Elle commence par observer les gens alentours avant de se diriger vers une vieille Sindel courbée sur une canne. Une vision rare et triste, seule une maladie ou une blessure a pu la diminuer à ce point. Mon amie incline la tête pour la saluer et échange quelques mots à voix basse avec elle, que je suis bien incapable d'entendre car je me tiens à l'écart. Elle sourit ensuite à la vieille Elfe avant de revenir vers moi pour m'annoncer:

"Allons demander à sa femme, je suis certaine que si quelqu'un dans les quartiers pauvres sait où se trouve Lhemryn, elle en a entendu parler. Elle vit quelques rues plus loin."

Je hausse un sourcil surpris avant de sourire franchement:

"Bien joué! J'aurais bien aimé te rencontrer plus tôt, on devrait toujours avoir une fine diplomate avec soi!"

Après qu'elle m'ait donné un petit coup de coude taquin en remerciement de ma plaisanterie, je la laisse donc me guider jusqu'à la misérable demeure de l'épouse de Lhemryn, non sans être quelque peu amusé par ce retournement de situation. La demeure s'avère être une simple cabane de planches récupérées et assemblées sans talent, mais ses alentours directs sont propres contrairement à la plupart des autres taudis du quartier. Je murmure alors à Isil:

"Sans doute sera-t-elle moins craintive si c'est toi qui l'abordes..."

Elle hoche la tête et s'avance vers la porte en bois pour frapper quelques brefs coups. L'huis sommaire s'ouvre sur une grande elfe grise, fine et émaciée, aux yeux gris rougis par des larmes. Elle nous détaille avec dignité avant de baisser les yeux sur Isil, attendant visiblement qu'elle lui révèle la raison de notre présence. L'Hinïone sourit en répondant sans détour à la demande muette:

"Bonjour, je me nomme Isil et mon compagnon s'appelle Tanaëth. Nous avons entendu ce qui était arrivé à Lhemryn et nous souhaiterions en parler avec vous, si vous le permettez."

Elle nous observe une nouvelle fois, inexpressive, avant de nous inviter à entrer d'un signe de tête austère. L'intérieur de la demeure est aussi pauvre que le laissait présager son apparence extérieure, une table, quelques bancs, un foyer où brûle un feu surmonté d'une marmite et quelques rudimentaires ustensiles de cuisine. Des portes fermées laissent supposer qu'il doit y avoir d'autres pièces sans doute aussi dénuées de confort que celle où nous sommes et, dans un angle de la pièce, je découvre aussi un berceau dans lequel se trouve un nouveau-né. La Sindel nous fait signe de nous asseoir et s'installe en face de nous, nous observant avec attention et attendant que nous prenions la parole. Comme Isil ne semble pas vouloir entamer la conversation, je prends le relais d'une voix douce:

"Racontez-nous ce qui s'est passé, voulez-vous? Nous avons entendu dire que votre mari avait été capturé, savez-vous par qui, où il est retenu?"

L'Elfe semble se retenir d'éclater en sanglots au prix d'un terrible effort de volonté puis, après quelques seconde de silence, nous demande d'une voix amère teintée de méfiance et de crainte:

"Pourquoi venez-vous me poser des questions? Que voulez-vous? Qui êtes-vous?"

"Nous voulons vous aider, ce quartier devrait être reconstruit depuis longtemps, vous devriez avoir une vraie maison et votre époux devrait se trouver avec vous. Nous voulons savoir pourquoi ce n'est pas le cas et qui est le responsable de cette misère dans laquelle vous êtes laissés."

Elle me fixe en silence durant un long instant puis répète d'une voix blanche:

"Qui êtes-vous? Pourquoi voudriez-vous nous aider? Personne ne peut nous aider, personne."

Je désigne Isil d'un geste de la main poli:

"Voici Aísillyn An’Naïnelim d’Escalie, représentante de la noblesse de Cuilnen qui s'inquiète de la rupture d'un contrat d'approvisionnement en matériaux qui devraient vous être destinés. Quand à moi, je me nomme Tanaëth Ithil et..."

La Sindel m'interrompt d'un air étonné:

"Ithil? Seriez-vous un parent d'Ylis?"

C'est à mon tour d'être surpris, le fait qu'elle connaisse ce nom ne peut signifier qu'une chose, elle a déjà eu des contacts avec les Danseurs d'Opale. Je sais que plusieurs familles de Tahelta entretiennent des liens avec notre citadelle et y envoient parfois leurs rejetons, mais je suis loin d'être bien informé à ce propos, Llyann ne m'ayant donné qu'un unique contact ici. Je hoche lentement la tête et réponds à mi-voix:

"Ylis est ma parente en effet, nous suivons la même voie..."

L'Elfe me dévisage longuement d'un regard perçant, puis ses yeux se posent sur mes armes, l'une après l'autre, avant qu'un souffle ne franchisse ses lèvres:

"Nous...nous pensions que vous nous aviez oublié...je...je vais vous dire ce que je sais...Mon mari, depuis des mois, s'irritait de notre impuissance et de la lenteur de la reconstruction des quartiers pauvres. Il a tenté à plusieurs reprises de contacter des personnes ou la milice dans le but d'agir, mais tous ont pointé du doigt que la reconstruction progressait lentement, certes, mais qu'elle progressait tout de même. Alors, sans preuve, ils restaient les mains liées... Lhemryn s'est mis en tête d'aller chercher ses preuves. Il y a quelques jours... il avait dit s'approcher de quelque chose, d'une piste."

Elle marque un temps de pause, reprenant son souffle avant de reprendre la parole d'une voix rocailleuse, pleine d'émotions.

"J'ai tenté de lui dire de rester ici, que nous avions un nouveau-né et qu'il ne pouvait pas nous laisser seul, que c'était trop dangereux. Mais Lhemryn a répondu que c'était justement pour ça, pour notre enfant qu'il devait y aller, pour qu'il grandisse dans un monde meilleur. Il... n'est pas revenu. Plus tard, un voisin m'a dit l'avoir vu se faire tabasser et emporter par les hommes de main d'un Ithilauster du nom de Fergaim. Il a pu les suivre jusqu'aux alentours de sa demeure, mais... il a fini par les perdre de vue."

Isil intervient pour demander:

"Où se trouve cette demeure?"

"Non loin de la mer, à proximité des portes. Mais elle est gardée."

La Sindel a l'air désespérée, impuissante alors que son regard se porte sur le couffin. Ses yeux sont brillants de larmes qu'elle refuse pourtant de laisser s'écouler.

"Avez-vous tenté d'en parler à la milice ?" lui demande doucement Isil lorsque l'Elfe Grise reprend son empire sur elle-même.

La Sindel secoue négativement la tête en murmurant:

"Non...c'est trop dangereux...la milice protège ceux qui peuvent la payer grassement, pas de pauvres gens comme nous."

Sourcils froncés à l'écoute de ces paroles, écoeuré de la corruption qui règne dans mon pays natal, je maugrée songeusement entre mes dents serrées:

"Elle a raison, les puissants ont depuis longtemps placés leurs pions dans la milice, certains sont sans aucun doute à la solde du ou des responsables de tout cela. Elle ne tarderait pas à disparaître aussi si elle s'avisait d'aller demander de l'aide aux miliciens..."

Je marque une pause de quelques secondes, réfléchissant aux implications de ce que nous venons d'apprendre puis, un pli soucieux barrant mon front, j'ajoute:

"Ce qui semble maintenant certain, c'est qu'il y a des Ithilausters derrière cet enlèvement et ce détournement de fonds. Je ne connais pas ce Fergaim, mais s'il s'arroge le droit de kidnapper ainsi des gens c'est qu'il est sûr qu'il ne sera pas inquiété. Autrement dit, il a certainement de solides appuis au sein du clergé et dans la milice, ce qui signifie que nous paierons très cher le moindre faux pas dans cette histoire."

Je jette un regard sombre vers le couffin avant de revenir aux deux femmes et d'achever:

"Nous devons couvrir nos arrières et agir sous couvert d'une certaine légalité si nous ne voulons pas finir à Raynna. Elle ne peut pas aller voir la milice mais...moi je pourrais. Si je l'intégrais, cela nous assurerait une certaine protection."

Isil hoche lentement la tête, pensive, avant de remarquer:

"Il faudra faire preuve d'une extrême prudence et faire attention à qui tu t'adresses. Les personnes derrière tout ceci ne doivent pas entendre parler du fait que nous allons mettre notre nez dedans..."

Elle laisse ses paroles en suspens, nul besoin de dire à voix haute ce qui nous arrivera si j'en parle à la mauvaise personne. Mais un léger sourire flotte sur mes lèvres tandis que je réponds:

"Certes. Mais je sais à qui m'adresser, nous avons quelques amis, ici."

Isil retourne son attention et presse légèrement le bras de la Sindel en ajoutant:

"Nous verrons ce qui peut être fait, et ce qui peut être fait le sera."

Ma compatriote semble touchée par ces mots, bien que la lueur d'espoir qu'ils font naître s'estompe rapidement, sans doute n'ose-t-elle croire que les choses changeront, de peur d'être une fois d'être une fois de plus déçue. Je sors de ma bourse une centaine de yus et les dépose devant elle, c'est peu de chose mais cela lui permettra au moins de nourrir correctement son enfant et elle-même. Elle esquisse un signe de dénégation et semble sur le point de refuser, mais je la fixe au fond des yeux en posant un doigt en travers de mes lèvres et elle incline lentement le visage, menaçant une fois encore d'éclater en sanglots. Je me tourne alors vers Isil et lui souris farouchement:

"Bon, je pense qu'il est temps que la milice ait une nouvelle recrue. Ensuite nous pourrons aller voir un peu cette demeure près des portes, qu'en dis-tu?"

"Bien. Je t'attendrai à l'auberge."

J'incline le visage en signe d'acceptation, puis nous prenons congé de la femme de Lhemryn et rentrons en ville. J'indique à Isil où elle pourra trouver l'auberge, puis je me dirige d'un pas vif vers le bâtiment de la milice, nous allons marcher sur de la glace pourrie et j'espère que mon contact sera à même de nous fournir l'appui souhaité...

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 23 Oct 2017 14:20, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 6 Oct 2017 14:51 
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4 – Une digne sindel


Devant la porte de la petite chapelle, nous faisons quelques pas avant que Tanaëth me fasse fort justement remarquer qu'il sera difficile d'obtenir des informations car ils sont terrifiés et que nous attirons les rancoeurs avec notre attirail. Il jette un regard sur la misère autour de nous avant de pousser un profond soupir en soufflant à mon oreille :

- Je pourrais faire venir des fonds de notre citadelle, si nous leur apportions une aide concrète ils parleraient, mais cela prendrait bien quelques jours...

Je lui adresse un léger sourire, posant ma main sur son bras.

- Laisse-moi faire.

J'avise des personnes autour de nous. Si certains nous regardent du coin de l'oeil, la plupart vaquent à leurs affaires, bien décidés à nous ignorer. Quelques enfants esseulés nous observent en se murmurant quelques mots à l'oreille, mais c'est vers une vieille elfe que je me dirige. Celle-ci se tient courbée sur une canne, sans doute usée par quelques maux de vieillesse ou des soucis. Si son visage sindel n'est pas vallonné des rides humaines, il n'en reste pas moins usé par la fatigue et les âges. Je n'ose imaginer le nombre d'hiver qu'elle a vu s'écouler, mais son regard me semble plus sage que celui des autres miséreux, plus serein malgré les guenilles qu'elle porte.

- Mes respects, petite mère, lui murmuré-je en inclinant la tête avec respect à son égard.

J'échange quelques mots avec elle à l'issue desquels je la remercie d'un sourire avant de retourner auprès de Tanaëth.

- Allons demander à sa femme, je suis certaine que si quelqu'un dans les quartiers pauvres sait où se trouve Lhemryn, elle en a entendu parler. Elle vit quelques rues plus loin.

Il hausse un sourcil surpris avant de sourire franchement.

- Bien joué ! J'aurais bien aimé te rencontrer plus tôt, on devrait toujours avoir une fine diplomate avec soi !

Je lui donne un léger coup de coude taquin dans les côtes et nous nous mettons en route jusqu'à la maison indiquée. Il s'agit d'une petite bicoque bringuebalante pourtant nettoyée avec autant de soin qu'il est possible dans de telles circonstances. Tanaëth me propose d'aller l'aborder en première car elle serait peut-être moins craintive de voir un visage féminin venir à sa rencontre. Je hoche la tête et m'avance vers la porte en bois pour toquer quelques brefs coups. Elle s'ouvre sur une grande elfe grise, bien plus grande que moi, fine et émaciée, aux yeux gris rougis par des larmes. Elle avise avec dignité ma présence et celle de Tanaëth avant de baisser les yeux vers moi, attendant clairement que j'engage la parole la première. Je lui adresse un sourire.

- Bonjour, je me nomme Isil et mon compagnon s'appelle Tanaëth. Nous avons entendu ce qui était arrivé à Lhemryn et nous souhaiterions en parler avec vous, si vous le permettez, dis-je sans ambages.

Elle nous regarde une nouvelle fois l'un et l'autre, le visage soigneusement inexpressif, avant de hocher sèchement la tête pour nous inviter à entrer. L'intérieur est sobre, il simplement composé du stricte nécessaire pour cuisiner et manger : un âtre dans lequel brûle un feu au-dessus duquel chauffe une marmite, une table et des bancs. D'autres portes s'ouvrent sur d'autres pièces, mais je les suppose aussi vides que celles-ci. Mes yeux parcourent la pièce et j'avise soudain d'un couffin dans un coin de la pièce, dans lequel repose un nouveau-né.

La sindel nous fait tout aussi silencieusement signe de nous asseoir et prend place devant nous, nous regardant avec attention. C'est Tanaëth qui entame la conversation.

- Racontez-nous ce qui s'est passé, voulez-vous ? Nous avons entendu dire que votre mari avait été capturé, savez-vous par qui, où il est retenu ?

La femme ne manifeste que de la méfiance teintée d'une certaine crainte. Elle semble au bord des larmes, mais je sens qu'elle ne les laissera pas couler devant nous.

- Pourquoi venez-vous me poser des questions ? Que voulez-vous ? Qui êtes-vous ?

- Nous voulons vous aider, ce quartier devrait être reconstruit depuis longtemps, vous devriez avoir une vraie maison et votre époux devrait se trouver avec vous. Nous voulons savoir pourquoi ce n'est pas le cas et qui est le responsable de cette misère dans laquelle vous êtes laissés.

Elle fixe Tanaëth en silence avant de répéter :

- Qui êtes-vous ? Pourquoi voudriez-vous nous aider ? Personne ne peut nous aider, personne.

Tanaëth me désigne d'un geste de main.

- Voici Aísillyn An’Naïnelim d’Escalie, représentante de la noblesse de Cuilnen qui s'inquiète de la rupture d'un contrat d'approvisionnement en matériaux qui devraient vous être destinés. Quand à moi, je me nomme Tanaëth Ithil et...

La sindel l'interrompt, étonnée.

- Ithil ? Seriez-vous un parent d'Ylis ?

A mon tour de sembler étonnée. Je lance un regard à Tanaëth, le laissant intervenir. J'ignore si le fait qu'elle connaisse un membre de sa famille est une bonne ou une mauvaise chose, mais elle ne semble pas plus agressive, ce que je prend pour un bon signe. Mon compagnon sindel hoche lentement la tête en répondant prudemment :

- Ylis est ma parente en effet, nous suivons la même voie...

A sa formulation, je comprends qu'il doit parler de son ordre, indiquant, pour qui connaît les affiliations d'Ylis, qu'ils en font tous deux partie. La sindel le dévisage longuement, comprenant manifestement le sous-entendu de ses paroles et se demandant à quel point elle peut s'y fier. Ses yeux se posent sur les armes de Tanaëth, les unes après les autres, avant de souffler :

- Nous...nous pensions que vous nous aviez oublié... je... je vais vous dire ce que je sais... Mon mari, depuis des mois, s'irritait de notre impuissance et de la lenteur de la reconstruction des quartiers pauvres. Il a tenté à plusieurs reprises de contacter des personnes ou la milice dans le but d'agir, mais tous ont pointé du doigt que la reconstruction progressait lentement, certes, mais qu'elle progressait tout de même. Alors, sans preuve, ils restaient les mains liées... Lhemryn s'est mis en tête d'aller chercher ses preuves. Il y a quelques jours... il avait dit s'approcher de quelque chose, d'une piste.



Elle marque un temps de pause, reprenant son souffle avant de reprendre la parole d'une voix rocailleuse, pleine d'émotions.

- J'ai tenté de lui dire de rester ici, que nous avions un nouveau-né et qu'il ne pouvait pas nous laisser seul, que c'était trop dangereux. Mais Lhemryn a répondu que c'était justement pour ça, pour notre enfant qu'il devait y aller, pour qu'il grandisse dans un monde meilleur. Il... n'est pas revenu. Plus tard, des voisins sont venus me dire que des gamins l'avaient vu entrer dans la demeure de l'Ithilauster Fergaim. Il n'en est jamais ressorti. Elle se trouve près des portes de Tahelta.

La sindel a l'air désespérée, impuissante alors que son regard se porte sur le couffin. Ses yeux sont brillants de larmes qu'elle refuse pourtant de laisser s'écouler.

- Avez-vous tenté d'en parler à la milice ? lui demandé-je doucement lorsqu'elle reprend son empire sur elle-même.

Elle secoue la tête, expliquant que c'est trop dangereux car la milice protège ceux qui peuvent la payer grassement et non les pauvres. Je fronce les sourcils, j'ignorais que les choses avaient atteint un tel point, ici. Tous ne peuvent être pourris jusqu'à la moelle, il y a forcément de bonnes personnes comme cet Ithilauster Ephedym. Tanaëth renchérit sur la corruption qui règne au Naora, expliquant qu'ils ont depuis longtemps placé leurs pions aux endroit clefs, verrouillant une partie du système. En conséquent, si la sindel s'avisait de parler à la mauvaise personne, elle ne tarderait pas à disparaître comme son mari.

Tanaëth reste songeur quelques instants, réfléchissant sans nul doute aux conséquences de telles révélations.

- Ce qui semble maintenant certain, c'est qu'il y a des Ithilausters derrière cet enlèvement et ce détournement de fonds. Je ne connais pas ce Fergaim, mais s'il s'arroge le droit de kidnapper ainsi des gens c'est qu'il est sûr qu'il ne sera pas inquiété. Autrement dit, il a certainement de solides appuis au sein du clergé et dans la milice, ce qui signifie que nous paierons très cher le moindre faux pas dans cette histoire.

Nous venons à peine de poser le pied au Naora que nous sommes déjà en train de marcher sur le fil de la lame. Un nid de vipères, me dis-je encore une fois. Et Callirhoé m'a demandé d'y plonger tête baissée avec pour seule protection, cette chevalière que je porte à présent au doigt. Je suis ramenée à la réalité par les paroles de Tanaëth.

- Nous devons couvrir nos arrières et agir sous couvert d'une certaine légalité si nous ne voulons pas finir à Raynna. Elle ne peut pas aller voir la milice mais... moi je pourrais. Si je l'intégrais, cela nous assurerait une certaine protection.

Je hoche lentement la tête. Sans être réellement récalcitrante à mêler la milice à tout ça, je reste profondément méfiante, après tout ce que je viens d'apprendre. Tanaëth, lui, semble déterminé à s'y rendre et à faire bouger les choses de la sorte, et il est vrai qu'avoir un appuis plus officiel ne pourra que nous être bénéfique pour la suite si les choses venaient à mal tourner. Pour ma part, je ne peux ni ne veux entrer dans leurs rangs, mais si tel est son désir...

- Il faudra faire preuve d'une extrême prudence et faire attention à qui tu t'adresses. Les personnes derrière tout ceci ne doivent pas entendre parler du fait que nous allons mettre notre nez dedans...

Je laisse mes paroles en suspend, les conséquences si nous étions découverts pourraient avoir d'assez graves retombées. Mes yeux se posent de nouveau sur la sindel. A elle non plus, je ne peux lui faire de promesses que je n'ai pas l'assurance de tenir, je ne peux pas lui dire, même pour la rassurer temporairement, que nous retrouverons son mari. Nous n'en avons pas la moindre idée et nous nageons dans des eaux troubles. Néanmoins, je tend la main pour prendre son bras et lui assurer :

- Nous verrons ce qui peut être fait, et ce qui peut être fait le sera.

Elle acquiesce, touchée par les paroles, ne pouvant s'empêcher de ressentir une bribe d'espoir que je la vois bien vite brider. Trop de fois cette flamme a dû être soufflée pour qu'elle s'y prête de nouveau. Tanaëth dépose une poignée de yus sur la table de la sindel qui s'apprête à refuser, mais il la fixe un instant, posant un doigt sur ses lèvres et elle finit par accepter, une nouvelle fois au bord des larmes. Mon compagnon sindel se tourne vers moi, un sourire farouche aux lèvres.

- Bon, je pense qu'il est temps que la milice ait une nouvelle recrue. Ensuite nous pourrons aller voir un peu cette demeure près des portes, qu'en dis-tu ?

- Bien. Je t'attendrai à l'auberge.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 11 Oct 2017 14:10 
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7 - Mauvaise piste


Ainsi nous nous retrouvons-nous le lendemain devant l'habitation de l'Ithilauster Fergaim, une grande bâtisse de deux étages admirablement ouvragée, décorée de motifs en mithril entourés de mosaïques colorées, coincée entre quelques autres maisons de taille plus modeste. Une seule entrée est visible, donnant sur une petite place sur laquelle se trouvent des échoppes animées.

Après en avoir fait le tour une première fois sous le couvert d'être de simples badauds et n'avoir rien constaté de particulier, à l'exception de la présence de quelques gardes justifiée par sa nature d'Ithilauster, nous nous retrouvons dans une ruelle calme à l'abri d'oreilles malvenues.

- Tentons de rester non loin pour voir si nous ne pouvons pas aviser d'allées et venues, tenter de voir s'il y a quelque chose d'étrange avec cette maison, proposé-je sans grande conviction, faute de meilleur plan.

Tanaëth me répond avec guère plus de conviction :

- Nous pourrions faire le guet durant des jours sans rien voir, j'en ai peur. Mais cela ne coûte rien d'essayer... j'ai vu une échoppe vendant du thé et des beignets où il y avait quelques tables, allons-nous installer un moment là-bas ?

Il ajoute qu'il faudrait que nous puissions entrer pour jeter un coup d'œil, mais que la présence des gardes nous en empêche. Je hausse les épaules avant de hocher la tête, amusée malgré moi de voir que l'infiltration n'est pas notre fort. Et à juste titre, c'est la première fois que je m'adonne à de l'observation de maison. Nous retournons sur la place et nous installons sur la terrasse de la petite échoppe et commandons un thé et des gâteaux. Au bout de quelques instants, je me penche vers Tanaëth et lui murmure, amusée :

- Je pense qu'il y aurait de quoi écrire une histoire sur deux elfes espions attablés à la terrasse d'un salon de thé dans l'espoir de percer le secret d'un prêtre sans scrupules. Ce serait vendeur.

Il rit doucement à ma remarque avant de répliquer avec le même amusement :

- Dans le genre comique nous aurions du succès, c'est certain, comme espions de pacotille je doute que le Naora ait vu mieux.

Il pousse un soupir exagéré avant d'ajouter, dépité :

- Alors qu'il suffirait d'assommer ces quelques gardes et de défoncer la porte pour savoir de quoi il retourne, quelle ironie.

Je hausse les épaules :

- Je doute qu'une telle manifestation de force ne nous serve.

Nous poursuivons notre observation de la maison, devisant comme deux amis. En tant qu'hinïone, j'attire évidemment l'attention de certaines personnes, mais la présence d'une elfe blanche en ville n'a rien de suffisamment rare pour paraître louche. Si je laisse le gros des gâteaux à Tanaëth, je m'abreuve de thé tout en observant des serviteurs entrer et sortir, des gardes relever leurs collègues ou quelques livraisons de menues marchandises. Finalement rien de bien intéressant. Peut-être n’est-ce pas là la bonne piste non plus.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 11 Oct 2017 14:11 
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Quelques dizaines de minutes plus tard, nous nous retrouvons devant l'habitation de l'Ithilauster Fergaim, une grande bâtisse de deux étages, admirablement ouvragée, décorée de motifs en Mithril entourés de mosaïques colorées, coincée entre quelques autres maisons de taille plus modeste. Seule une entrée est visible, donnant sur une petite place animée de quelques échoppes.

Après en avoir fait le tour, flânant comme de simples badauds sans rien constater de particulier, nous nous retrouvons dans une ruelle calme à l'abri d'oreilles indiscrètes.

"Tentons de rester non loin pour voir si nous ne pouvons pas aviser d'allées et venues, tenter de voir s'il y a quelques chose d'étrange avec cette maison", me propose Isil, guère convaincue.

Je réponds sans plus de conviction, songeur:

"Nous pourrions faire le guet durant des jours sans rien voir, j'en ai peur. Mais cela ne coûte rien d'essayer...j'ai vu une échoppe vendant du thé et des beignets où il y avait quelques tables, allons nous installer un moment là-bas?"

Avec une petit moue, j'ajoute ensuite:

"Il faudrait pouvoir entrer et fouiller un peu, mais ça me paraît délicat, il semble y avoir pas mal de gardes..."

Isil hausse les épaules et hoche la tête d'un air amusé, puis nous retournons sur la petite place donnant sur la porte de la demeure qui nous intéresse et commandons beignets et breuvage afin de ne pas attirer l'attention. Au bout d'un moment, ma compagne se penche vers moi et murmure d'un ton amusé:

"Je pense qu'il y aurait de quoi écrire une histoire sur deux elfes espions attablés à la terrasse d'un salon de thé dans l'espoir de percer le secret d'un prêtre sans scrupules. Ce serait vendeur."

Je ris doucement et réplique sur le même ton:

"Dans le genre comique nous aurions du succès, c'est certain, comme espions de pacotille je doute que le Naora ait vu mieux."

Je soupire exagérément et ajoute d'un ton dépité:

"Alors qu'il suffirait d'assommer ces quelques gardes et de défoncer la porte pour savoir de quoi il retourne, quelle ironie."

L'Elfe hausse les épaule en répondant:

"Je doute qu'une telle manifestation de force ne nous serve."

A force de thés, de gâteaux et de plaisanteries, les heures passent sans que nous ne découvrions rien qui sorte de l'ordinaire. Quelques serviteurs entrent et sortent, les gardes sont relevés, deux marchands effectuent leurs livraisons, rien qui nous permette d’étayer la rumeur dont nous a parlé la femme du disparu. Finalement, l'échoppe étant sur le point de fermer, nous retournons au port, songeurs, sans grand espoir d'y découvrir quoi que ce soit de plus que les dernières fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 11 Oct 2017 14:28 
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Après que j'aie demandé à Imloth de nous raconter la scène à laquelle il a assisté, il nous explique ce qu'il a vu, non sans un regard désolé à l'attention de Luthà:

"Lhemryn était en colère, il a invectivé des gardes de Fergaim qui roulaient des épaules dans notre quartier, alors ils l'ont roué de coups et l'ont emmené. Je les ai suivis un bout, ils allaient en direction de la demeure de Fergaim mais ils m'ont repéré et j'ai été obligé de m'enfuir. Le lendemain, j'ai interrogé les marchands pour savoir s'ils avaient vu les gardes emmener Lhemryn dans la maison, mais ils m'ont assuré que non. Je...je crains qu'ils ne l'aient tué..."

Je fronce les sourcils et demande encore:

"Est-ce que vous avez entendu parler d'autres disparitions liées à Fergaim?"

Le Sindel acquiesce d'un hochement de tête:

"Il y en a eu d'autres, oui, certains ont été arrêtés par ses gardes parce qu'ils exigeaient de pouvoir vérifier que les stocks de matériaux étaient vraiment vides. D'autres ont disparu après avoir dit que Fergaim était corrompu dans des lieux publics..."

Isil se radosse à mon siège, réfléchissant tout haut:

"L'ennui est que nous n'avons aucune certitude de ce qu'il advient des Sindeldi capturés, nous n'avons aucune assurance que les captifs se trouveront à l'intérieur de la demeure de Fergaim. Quant bien même, nous n'avons aucune idée de la configuration des lieux. Nous pourrions évidemment capturer et faire parler l'un des membres de la maisonnée, mais sa disparition serait tout de suite suspecte et mettrait les gardes sur le qui-vive, sans compter que tous ne sont peut-être pas au courant de ce qu'il s'y trame."

Elle marque un temps de pause, mettant son coude sur la table et posant son menton dans sa paume ouverte tout en poursuivant sa réflexion:

"Évidemment, l'idéal serait d'y pénétrer d'une façon ou d'une autre. Une solution serait de le faire sous le couvert de la nuit, en espérant ne pas se faire repérer, mais... C'est encore une fois courir un risque trop important que nos intentions soient découvertes, d'autant plus que, pour ma part, je n'ai pas la moindre expérience là-dedans. Ce serait foncer tête baissée. Se faire engager à l'intérieur de la maisonnée prendrait un temps que nous n'avons pas. La dernière solution que je vois serait de se faire capturer, mais là ce serait plus que de la témérité."

"C'est à dire que... J'en ai marre de voir mes amis disparaître un à un, quelque chose doit être fait. Et vous, vous venez ici, de l'air de personnes déterminées à faire changer les choses..."

Il lève les yeux sur moi pour ajouter:

"Votre... ordre... on murmure des choses dessus. Luthà m'en a parlé. On dit que vous venez en aide à ceux dans le besoin. J'ai envie de croire que l'on peut arriver à quelque chose de meilleur pour nous tous, c'est pour ça que je veux vous aider, même si ça me met en danger."

Le regard d'Isil se fait légèrement plus dur alors qu'elle rétorque d'une voix qui ne souffre aucune discussion:

"Hors de question. Nous ne vous impliquerons pas plus que vous ne l'êtes et ne vous mettrons pas en plus votre vie en danger."

Je vois sa main se porter machinalement à la garde de l'épée de la guerrière qui l'accompagnait à Khonfas, morte pour permettre à quelques-uns de fuir je présume, mais c'est une question que je n'ai pas eu le coeur d'aborder avec ma compagne. Silencieux durant cet échange, je me décide à intervenir en m'adressant tout d'abord à Imloth:

"Mon Ordre suit l'antique voie de Sithi, il protège ses enfants, tous ses enfants. Mais mon amie a raison, ce n'est pas à vous de risquer votre vie dans cette affaire."

Je plonge mon regard dans celui d'Isil et ajoute simplement:

"C'est moi qui endosserai ce rôle. Il faut que nous sachions et je ne vois pas d'autre manière de le faire en douceur."

Isil tourne lentement la tête vers moi pour me répondre d'une voix blanche, se levant et désignant la porte:

"Tanaëth, puis-je échanger quelques mots avec toi?"

Elle se tourne ensuite vers les deux Sindeldi et ajoute:

"Veuillez nous excuser un instant."

J’acquiesce d'un hochement de tête et me lève aussitôt, sortant de la maison pour m'arrêter quelques pas plus loin. Je lève un instant les yeux vers le croissant de lune qui trône au-dessus des montagnes et pousse un discret soupir, raisonnablement certain qu'il me faudra batailler ferme pour convaincre Isil que c'est la seule option. Lorsqu'elle s'approche, je la dévisage songeusement et murmure:

"Je t'écoute."

"Tu ne peux pas te laisser capturer, pour les mêmes raisons qu'Imloth, nous n'avons pas la moindre idée de ce qu'ils font aux captifs ni l'assurance que je pourrai te sortir de là", me chuchote-t-elle fermement.

Je hausse les épaules et frôle sa joue d'une caresse, les yeux rivés aux siens:

"Je sais. Mais c'est mon peuple qui souffre, Isil, mon frère qui a été kidnappé, ma soeur et son fils qui se retrouvent seuls. Tu sais comme moi que nous n'avons guère d'autre choix si nous voulons découvrir ce qui se passe et y mettre un terme..."

Elle secoue la tête sans me quitter des yeux:

"Tu n'y mettras aucun terme si tu es enfermé jusqu'à ce que mort s'en suive dans une cellule. Nous pouvons trouver une autre solution qui ne te mette pas à ce point en danger."

Je souris légèrement à ces mots, répondant avec une calme mais inébranlable assurance:

"Les geôles d'Omyre n'ont pas su me retenir, crois-tu vraiment qu'un Ithilauster véreux et quelques gardes auront ma peau? Je ne suis pas si facile à abattre, Isil. Et même si cela devait finir ainsi, j'aurais donné ma vie pour une cause qui en vaut la peine à mes yeux. C'est mon rôle, ma place dans l'ordre des choses que de faire face aux dangers qui menacent mon peuple."

Elle reste un instant silencieuse avant de lever les yeux vers les étoiles en poussant un soupir:

"Je n'aime pas ça, Tanaëth, il y a trop de variables inconnues. Si je le pouvais, j'irais à ta place."

Mais nous savons l'un comme l'autre que cela n'aurait pas de sens, le fait qu'une noble Hinïonne soit enlevée à Tahelta obligerait l'ambassade à s'impliquer et c'est précisément ce que nous voulons éviter. Nos adversaires ne manqueraient pas de le réaliser et l'assassineraient au plus vite avant de faire disparaître son corps, ils ne prendraient certainement pas le risque de la garder en captivité. Je l'enlace tendrement et la serre contre moi en caressant d'une main légère sa chevelure avant de murmurer:

"Une chance que tu ne le puisses pas, parce que je mettrais la moitié de la ville à feu et à sang plutôt que de laisser qui que ce soit t'enfermer une nouvelle fois, Isil."

Elle se recule, d'un air un peu ennuyé, sans doute gênée de ce qu'impliquent mes paroles car elle réplique:

"Ne dis pas de telles bêtises."

Sans relever, j'ajoute à mi-voix en désignant la cahute que nous venons de quitter:

"On y retourne? Il faut que l'on définisse un endroit et une manière d'être certains d'attirer les sbires de Fergaim, et aussi nous assurer qu'il y ait des témoins quand cela se passera."

Elle acquiesce et nous retournons à l'intérieur peaufiner les détails de notre plan, mieux vaudrait qu'il soit bien ficelé car nous n'aurons pas de deuxième chance.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 18 Oct 2017 13:50 
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9 - Une idée insensée


C'est ainsi que, la nuit venue, nous nous retrouvons tous quatre attablés dans la petite salle à manger de la sindel, en compagnie d’Imloth, l’homme qui aurait vu Lhemryn se faire enlever. Lorsque Tanaëth demande à Imloth de nous raconter la scène à laquelle il a assisté, ce denier lance un regard désolé à Luthà en expliquant :

- Lhemryn était en colère, il a invectivé des gardes de Fergaim qui roulaient des épaules dans notre quartier, alors ils l'ont roué de coups et l'ont emmené. Je les ai suivis un bout, ils allaient en direction de la demeure de Fergaim mais ils m'ont repéré et j'ai été obligé de m'enfuir. Le lendemain j'ai interrogé les marchands pour savoir s'ils avaient vu les gardes emmener Lhemryn dans la maison, mais ils m'ont assuré que non. Je... je crains qu'ils ne l'aient tué...

Tanaëth fronce les sourcils, demandant des précisions :

- Est-ce que vous avez entendu parler d'autres disparitions liées à Fergaim ?

Imloth acquiesce.

- Il y en a eu d'autres, oui, certains ont été arrêtés par ses gardes parce qu'ils exigeaient de pouvoir vérifier que les stocks de matériaux étaient vraiment vides. D'autres ont disparu après avoir dit que Fergaim était corrompu dans des lieux publics...

Je me radosse à mon siège, réfléchissant tout haut :

- L'ennui est que nous n'avons aucune certitude de ce qu'il advient des sindeldi capturés, nous n'avons aucune assurance que les captifs se trouveront à l'intérieur de la demeure de Fergaim. Quand bien même, nous n'avons aucune idée de la configuration des lieux. Nous pourrions évidemment capturer et faire parler l'un des membres de la maisonnée, mais sa disparition serait tout de suite suspecte et mettrait les gardes sur le qui-vive, sans compter que tous ne sont peut-être pas au courant de ce qu'il s'y trame.

Je marque un temps de pause, mettant mon coude sur la table et pose mon menton dans ma paume ouverte tout en poursuivant ma réflexion :

- Évidemment, l'idéal serait d'y pénétrer d'une façon ou d'une autre. Une solution serait de le faire sous le couvert de la nuit, en espérant ne pas se faire repérer, mais... C'est encore une fois courir un risque trop important que nos intentions soient découvertes, d'autant plus que, pour ma part, je n'ai pas la moindre expérience là-dedans. Ce serait foncer tête baissée. Se faire engager à l'intérieur de la maisonnée prendrait un temps que nous n'avons pas. La dernière solution que je vois serais de se faire capturer, mais là ce serait plus que de la témérité.

Imloth tousse légèrement, gêné, en regardant son assiette.

- C'est à dire, Madame, que ça pourrait être une solution. Je pourrais me faire capturer.

Je braque sur lui un regard soudain sévère, ce qui a pour effet de le gêner encore plus.

- C'est à dire que... J'en ai marre de voir mes amis disparaître un à un, quelque chose doit être fait. Et vous, vous venez ici, de l'air de personnes déterminées à faire changer les choses, poursuit-il néanmoins avant de lever les yeux sur Tanaëth. Votre... ordre... on murmure des choses dessus. Luthà m'en a parlé. On dit que vous venez en aide à ceux dans le besoin. J'ai envie de croire que l'on peut arriver à quelque chose de meilleur pour nous tous, c'est pour ça que je veux vous aider, même si ça me met en danger.

Mon regard se fait légèrement plus dur.

- Hors de question, dis-je d'une voix ne souffrant aucune contradiction. Nous ne vous impliquerons pas plus que vous ne l'êtes et ne vous mettrons pas en plus votre vie en danger.

J'ai vu trop de personnes mourir par mes visions de liberté dans les mines de Khonfas, je refuse d'impliquer une autre vie dans l'équation et de porter porter son poids sur ma conscience. Ma main se porte presque inconsciemment sur l'épée d'Ölendra, présente pour me rappeler le prix à payer pour la moindre erreur de jugement.

Tanaëth prend à son tour la parole, s'adressant d'abord à Imloth.

- Mon Ordre suit l'antique voie de Sithi, il protège ses enfants, tous ses enfants. Mais mon amie a raison, ce n'est pas à vous de risquer votre vie dans cette affaire.

Je me détends imperceptiblement, constant que je ne suis pas la seule à être raisonnable, jusqu'à ce qu'il ajoute :

- C'est moi qui endosserai ce rôle. Il faut que nous sachions et je ne vois pas d'autre manière de le faire en douceur.

Je tourne lentement la tête vers lui, faisant preuve d'un sang-froid que je qualifierais en d'autres temps d'admirable, pour lui répondre d'une voix blanche en me levant, indiquant la porte.

- Tanaëth, puis-je échanger quelques mots avec toi ? dis-je avant de me tourner vers les sindeldi. Veuillez nous excuser un instant.

Tanaëth hoche la tête et sort de la maison pour s'arrêter quelques pas plus loin, observant la lune qui nous observe depuis son dais étoilé. Mes oreilles hinïonnes l'entendent pousser un léger soupir, s'attendant probablement à la suite, mais je ne m'en laisse pas émouvoir. Il me dévisage songeusement avant de murmurer qu'il m'écoute.

- Tu ne peux pas te laisser capturer, pour les mêmes raisons qu'Imloth, lui chuchoté-je fermement. Nous n'avons pas la moindre idée de ce qu'ils font aux captifs ni l'assurance que je pourrai te sortir de là.

Il hausse les épaules, frôlant ma joue d'une caresse que je refuse de laisser m'attendrir.

- Je sais. Mais c'est mon peuple qui souffre, Isil, mon frère qui a été kidnappé, ma soeur et son fils qui se retrouvent seuls. Tu sais comme moi que nous n'avons guère d'autre choix si nous voulons découvrir ce qui se passe et y mettre un terme...

Je secoue la tête sans le quitter des yeux. Je peine à distinguer ses traits dans l'obscurité et me demande ce qu'ils m'apprendraient.

- Tu n'y mettras aucun terme si tu es enfermé jusqu'à ce que mort s'en suive dans une cellule. Nous pouvons trouver une autre solution qui ne te mette pas à ce point en danger.

Il semble sourire alors qu'il répond avec une calme assurance, de la voix d'une personne ayant déjà pris une décision irrévocable :

- Les geôles d'Omyre n'ont pas su me retenir, crois-tu vraiment qu'un Ithilauster véreux et quelques gardes auront ma peau ? Je ne suis pas si facile à abattre, Isil. Et même si cela devait finir ainsi, j'aurais donné ma vie pour une cause qui en vaut la peine à mes yeux. C'est mon rôle, ma place dans l'ordre des choses que de faire face aux dangers qui menacent mon peuple.

Je reste un instant silencieuse avant de lever les yeux vers les étoiles en poussant un soupir.

- Je n'aime pas ça, Tanaëth, il y a trop de variables inconnues. Si je le pouvais, j'irais à ta place.

Mais une hinïonne attirerait bien trop l'attention sur elle, annihilant ce plan dans l'oeuf. Je me laisse aller à l'étreinte dans laquelle il m'enrobe, une main dans mes cheveux, alors qu'il murmure :

- Une chance que tu ne le puisses pas, parce que je mettrais la moitié de la ville à feu et à sang plutôt que de laisser qui que ce soit t'enfermer une nouvelle fois, Isil.

Je me recule, l'observant. Cette allégation m'embête énormément. Cela a beau n'être qu'une expression et qu'il ne mettrait en rien sa ville aimée à feu et à sang, je n'aime pas ce qu'elle signifie, nous ne nous connaissons après tout que depuis peu de temps et de telles déclarations me semblent au mieux prématurées. Je préfère néanmoins mettre ça pour le moment sur le compte de sa fougue de jeunesse.

- Ne dit pas de telles bêtises.

Il poursuit, nous proposant d'y retourner afin de peaufiner les derniers détails avant de mettre à exécution son plan insensé. J'acquiesce silencieusement, le laissant entrer en premier.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 18 Oct 2017 16:13 
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J'émerge lentement, me sentant dans un état de faiblesse et de fatigue si profond que c'est cela qui me fait prendre conscience que je ne suis sans doute pas encore auprès de Sithi. Au prix d'un effort de volonté, je finis par ouvrir les yeux, étonné de découvrir au-dessus de moi un plafond de bois simple et si commun que je le contemple durant de longues secondes avant de réaliser qu'il y a quelqu'un auprès de moi. Comme si mon esprit retrouvait soudain un lien avec mon corps, je sens des doigts fins entrecroisés aux miens, le poids d'une tête posée sur eux. Je tourne un peu le visage et sent mon coeur accélérer dans ma poitrine en découvrant qu'il s'agit d'Isil, agenouillée au pied du lit sur lequel je me trouve allongé.

Je la reconnais avant tout à sa chevelure d'ébène soyeuse, dans laquelle j'ai plongé si tendrement les doigts un certain nombre de fois, mais aussi aux fragrances subtiles qui émanent d'elle, reconnaissables entre toutes pour moi. Je vis. Je vis et elle est là, attendant que je m'éveille comme si j'étais l'un de ses proches. Le suis-je vraiment? Je ne sais pas, pas vraiment sans doute, nous ne nous connaissons que depuis si peu de temps à l'aune de nos existences d'Elfes. Mais cela n'a guère d'importance, elle est là et c'est tout ce qui compte. De ma main libre, je caresse doucement sa tête posée sur nos doigts enlacés et me plie de manière à pouvoir déposer de tendres baisers sur sa crinière noire en murmurant:

"Je suis heureux que tu sois là, douce Isil...merci."

Elle redresse la tête en souriant, libérant l'une de ses mains pour la poser sur mon visage qu'elle caresse d'un air émerveillé. Je ferme instant les yeux sous la douceur de ce geste et de ce regard, sentant des émotions profondes et puissantes m'envahir.

"J'ai cru que tu étais mort."

Ses mots me font ouvrir les yeux que je plonge dans les siens, un sourire doux aux lèvres:

"C'est fini, tout va bien maintenant. Mais ne reste pas ainsi par terre, viens contre moi et dis-moi comment vont les autres?"

D'une petite pression sur sa main toujours entrelacée à la mienne je l'invite à venir s'allonger à mes côtés, j'ai envie de la sentir contre moi, de la serrer dans mes bras pour pouvoir laisser sortir les sentiments qui submergent mon âme. Elle se déplie en étirant ses jambes endolorie d'être restée dans une position inconfortable avant de venir s'allonger délicatement contre moi, comme si elle craignait de me faire mal. Mais si je suis faible comme un nouveau né je ne sens plus aucune douleur, je ne sais qui ou quoi m'a soigné mais cela a été efficace. Je l'enlace tendrement et me blottis contre elle, savourant son envoûtante présence et la douce chaleur que me transmet son corps. Ce n'est qu'à l'instant où mes lèvres se posent au creux de son cou que j'aperçois la blessure qu'elle a subie à l'épaule. Elle dépasse à peine de sa chemise, mais il n'en faut pas plus pour que je réalise qu'elle n'a pas pris la peine de la soigner. Bien que je n'aie pas le moindre désir de me détacher d'elle, je m'y contrains d'un geste doux en murmurant:

"Tu ne penses jamais à toi...ne bouge pas, il faut bander cette plaie que tu as à l'épaule."

L'incitant d'une légère caresse de la main à rester allongée, je me lève lentement, prenant le temps de surmonter le léger vertige qui m'envahit, pour aller chercher de quoi panser sa plaie. Je prends conscience à cet instant que nous sommes dans la petite cahute du prêtre de Sithi, dans sa chambre sans doute. Comme il y a tout le matériel nécessaire posé sur une petite table non loin, je prends ce qu'il me faut et entreprends de m'occuper avec la plus extrême douceur de ma si altruiste amante après qu'elle ait dénudé son épaule pour me permettre d'oeuvrer. Elle m'observe pensivement alors que je nettoie soigneusement la blessure avant de la panser délicatement, jusqu'à ce que quelques mots franchissent finalement ses lèvres:

"Je suis désolée, Tanaëth, j'aurais dû intervenir plus tôt."

Je caresse tendrement son visage du bout des doigts en secouant la tête:

"Tu es intervenue au moment où il fallait, avant ils étaient six et te faire tuer n'aurait pas amélioré les choses."

Je hausse les épaules en lui souriant doucement:

"Les regrets ne servent à rien, c'est du passé. Nous sommes tous les deux vivants et nous avons accompli ce que nous devions faire, c'est tout ce qui compte."

Elle plisse légèrement les lèvres en prenant ma main entre les miennes et en la baissant avant de la serrer légèrement:

"Non, ce n'est pas ça. J'aurais dû intervenir plus tôt. Te... les voir te rouer de coups sans intervenir, c'était..."

Elle ferme un instant les yeux avant d'ajouter:

"Je n'ai rien fait, Tanaëth, le coup suivant aurait tout aussi bien pu être celui brisant ta nuque."

Ayant achevé les soins indispensables, je m'allonge sur elle en prenant garde de ne pas lui imposer tout mon poids ou d'appuyer sur sa plaie puis, appuyé sur mes coudes, je frôle sa joue d'une caresse en plongeant mon regard dans le sien:

"Arrête ça, ma douce. Il faut plus que quelques coups de bottes pour me tuer, je ne sens plus la douleur comme le commun des mortels et c'était mon choix de courir ce risque."

Je clos ses lèvres d'un long et doux baiser avant d'ajouter d'un murmure:

"Laisse le passé où il est, c'est ici et maintenant que la danse se passe, pas hier, pas demain mais juste en cet instant où nous sommes."

Elle pose une main sur ma joue et secoue la tête en soufflant:

"Ce n'est pas si simple, je... la dernière fois que j'ai été aussi impuissante à voir un être que j'aimais au mains d'ennemis, cette personne est morte. Et cela a failli se reproduire, Tanaëth. Tu étais à deux doigts de mourir."

L'aveu contenu dans ces mots fait accélérer mon coeur et naître en moi d'étranges émotions, conflictuelles de par ma crainte de m'attacher à qui que ce soit depuis la mort prétendue de mon premier amour. J'ai senti ce noeud du passé commencer à se dénouer en moi voilà quelques semaines, mais s'en libérer totalement n'est pas un chemin aisé. Je renâcle encore à m'avouer ce que je ressens pour l'émouvante Hinïonne allongée sous moi mais je peux comprendre ce qu'elle a ressenti et mesurer à quel point cela était dur pour elle, ne serait-ce que par cet aveu que je n'attendais vraiment pas de sa part. Je tourne légèrement la tête sans détacher mes yeux des siens et embrasse avec douceur la paume de sa main posée sur mon visage avant de lui répondre d'un murmure pensif:

"L'Elfe dont tu portes l'épée..."

Les mots suivants se coincent dans ma gorge serrée, je sens mon ventre se nouer légèrement alors que mes peurs menacent de prendre le dessus, mais je les chasse d'un effort de volonté rageur et finis par ajouter dans un souffle:

"Ton amie...je suis sûr qu'elle a donné sa vie avec joie, pour toi, pour ceux qui ont été sauvés par vos actes, parce qu'elle vous aimait. Moi aussi je donnerai ma vie avec joie pour toi, Isil, tout comme tu as risqué la tienne pour me sortir des griffes des sbires de Fergaim. Je crois que c'est cela l'amour, faire passer ceux qui nous sont chers avant nous-mêmes. Donner sa vie pour ça, c'est un Don pur et merveilleux, un présent que nous devons accepter en tant que tel pour honorer celui ou celle qui nous l'offre."

Je vois soudain des larmes emplir les magnifiques prunelles couleur de nuit de ma compagne, qui secoue alors la tête en soufflant d'une voix brisée:

"Non, tu ne comprends pas. Cette femme, cette elfe, c'est moi qui l'ai tuée, Tanaëth. Je l'aimais, et je l'ai tuée."

J'ai l'impression qu'un étau broie ma poitrine et mon âme à cette révélation mais, plus que ces paroles, ce sont ces larmes qui échappent soudain au contrôle si sévère qu'elle s'impose habituellement qui brisent les dernières digues contenant le malström de mes sentiments. Je l'entoure de mes bras et l'étreins amoureusement, comme pour former un cocon protecteur autour d'elle au sein duquel elle puisse se laisser aller, évacuer enfin tout ce qu'elle a gardé sur le coeur. Elle s'agrippe à moi et laisse couler ses larmes, trop longtemps contenues sans doute. Je les accueille sans dire un mot, triste pour elle et ce qu'elle a vécu mais heureux qu'elle se sente assez en confiance pour s'ouvrir ainsi à moi, plus émouvante que jamais. Je ne peux imaginer quelles raisons impérieuses l'ont contrainte à prendre la vie de son amie mais, la connaissant, je suis certain qu'elle l'a fait parce qu'il n'y avait pas d'autre choix. Aidé par Syndalywë, je focalise toute ma volonté pour me plonger rapidement dans l'état de rêve éveillé qui me permettra de voir ce qui s'est passé, il faut que je sache pour trouver les mots justes, pour trouver les paroles qui sauront réconforter ma compagne. Et, lentement, les brumes du temps s'écartent pour me dévoiler une scène terrible.

Je reconnais l'Elfe qui m'avait époustouflé par ses talents guerriers, mais elle n'a plus rien de la fière combattante que j'ai vue, ce n'est plus qu'une femme brisée, meurtrie au delà de toute mesure. Elle a été capturée et attachée par les poignets à un poteau, autour d'elle s'agitent des silhouettes sombres et floues, des Shaakts certainement. L'une de ces formes obscure semble porter une lumière qui percent le brouillard de ma vision, elle l'approche de ce qui se trouve sous l'Elfe suspendue, une estrade de bois me semble-t-il, et je sens soudain mon âme sombrer en comprenant ce qui est en train de se passer. Ce n'est pas une simple estrade, c'est un bûcher... Les flammes s'élèvent soudainement et je vois la bouche de l'Elfe s'ouvrir sur un cri, inaudible mais que je devine sans mal de pure souffrance. Le point de vue change subitement et je distingue soudain Isil qui bande un arc, hagarde, défaite. La vision change à nouveau et revient sur l'Elfe en train de brûler, mais elle ne crie plus, une flèche est plantée dans son coeur. Une flèche décochée par le femme que je tiens dans mes bras.

Ma vision s'estompe doucement, comme à regret, avant que mes lèvres ne s'ouvrent sur un murmure atterré:

"Sithi miséricordieuse...ils...ils étaient en train de la brûler vive..."

Je me secoue mentalement pour reprendre mes esprits et serrer Isil contre moi avec force avant d'ajouter:

"Ta flèche...c'était un cadeau mon Amour...le plus beau témoignage qui soit de ce que tu ressentais pour elle...je...je sais qu'elle l'a compris et qu'elle t'en remercie du fond du coeur, tu l'as libérée Isil, elle est en paix maintenant, grâce à ce que tu as fait."

Elle enfouit sa tête au creux de mon épaule, un geste d'abandon qui me touche plus que les mots ne sauraient l'exprimer, puis murmure:

"Je sais. Mais ce savoir ne change rien à la réalité des choses."

J'embrasse sa chevelure avec une infinie tendresse, laissant mes lèvres contre elle pour répondre fermement à mi-voix:

"La réalité des choses c'est que ce sont les Shaakts qui sont responsables de sa mort, pas toi. Tu n'avais pas le pouvoir de l'empêcher, ton acte était une bénédiction destinée à lui épargner d'atroces souffrances, ni plus, ni moins."

Elle relève le visage, cherchant mon regard que je rive sans détour au sien, puis esquisse un triste sourire:

"Je sais, j'en ai conscience. Mais je ne veux plus avoir à revivre ça."

Je ne peux lui promettre que cela n'arrivera pas, nous sommes tous deux des combattants, des aventuriers bien assez souvent enclins à nous plonger au coeur du danger, mais évoquer cela ne sert à rien, elle le sait aussi bien que moi. Je me contente d'incliner le visage pour manifester à quel point je la comprends, puis j'essuie ses dernières larmes de tendres et légers baisers. Changer ce qui est arrivé ou empêcher que cela ne se reproduise à l'avenir n'est pas en mon pouvoir, tout ce que je puis c'est lui offrir le réconfort de mon amour dans l'instant présent. Au bout d'un temps de silence, je lui souris doucement et caresse amoureusement son beau visage en soufflant:

"Dormons un peu maintenant, je pense que cela nous fera du bien."

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 18 Oct 2017 16:20 
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14 – Une longue appréhension


Quelques minutes plus tard, nous sommes devant la petite chapelle du prêtre Ephedym et je tambourine sur sa porte de toutes mes forces, jusqu'à ce qu'il m'ouvre avec un air hébété et endormi. Je n'ai qu'à faire un pas sur le côté, dévoilant le corps de Tanaëth encore sur Lhyrr, pour qu'il hoche la tête, efficace.

- Aidez-moi à l'emmener à l'intérieur.

Et c'est ce que nous faisons, une nouvelle fois en alliant vitesse et douceur autant que faire se peut. J'ignore si Tanaëth respire encore. Nous l'emmenons jusqu'à la petite pièce servant à Ephedym de chambre et l'allongeons sur le lit qui s'y trouve. Ceci fait, je me recule, incertaine, tandis que le prêtre s'installe à son chevet. Jusque-là, je me suis forcée à ne pas le regarder, mais à présent que je vois aussi faible, maculé de sang, les cheveux brûlés, le visage tuméfié et bleuissant, je me sens incroyablement mal. Un malaise profond m’étreint, un haut-le-cœur à l’idée qu’il meurt ce soir. Ephedym me lance un bref regard, un regard compréhensif, plein de sollicitude.

- Il y a un puits à côté de la chapelle. Allez chercher de l'eau et faites-en chauffer, dit-il avant d'ajouter, ne me voyant pas bouger : votre ami respire encore, il y a de l’espoir.

Comme dans un rêve, je hoche la tête et sort, machinalement. Aller chercher de l'eau et la faire chauffer. La tâche qui incombe à tous les futurs pères de Cuilnen lorsque leurs femmes accouchent, une tâche donnée par les sages-femmes pour ne pas les avoir dans leurs pattes. Sortie de la chapelle, dans un état proche de l'hébétude, je percute Lhyrr qui m'entoure délicatement de ses ailes, sa tête collée contre moi. Je me jette contre lui, mes bras entourant son cou alors que nos pensées se mêlent. Je lui suis gréée de ne pas tenter de me rassurer par de vaines paroles de réconfort, lui comme moi n'avons pas idée de si Ephedym parviendra à le soigner. Il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre. Et faire chauffer de l'eau.

Je romps l'étreinte et m'attèle à la tâche.

C'est ainsi que, quelques dizaines de minutes plus tard, je fixe l'eau bouillir dans l'âtre, assise sur un des bancs de la chapelle, douloureusement consciente du regard de la statue de Sithi posé sur moi. J'aurais envie de lui dire que si elle aime vraiment ses enfants, il serait peut-être temps d'aider son rejeton prêt à donner sa vie pour les siens. Mais pour ça, il faudrait qu'elle soit réellement présente, pas sous la forme d'une effigie de pierre inconsciente du monde qui l'entoure.

Soudain, je sursaute en apercevant la silhouette d'Ephedym dans l'encadrement de la porte. Il se racle légèrement la gorge, manifestement épuisé, mais c'est avec un petit sourire rassurant qu'il me dit :

- Votre ami vivra. Il risque de mettre un certain temps à s'éveiller car il a perdu beaucoup de sang, mais il vivra.

Il vivra. Cette pensée s'impose brutalement à moi, réchauffant mon corps d'une douce chaleur réconfortante qui se propage à tous mes membres alors qu'un sourire de soulagement apparaît sur mes lèvres. Mon cœur se remet soudain à battre à la chamade et des larmes me montent aux yeux.

- Merci, Ephedym.

Ma propre voix me paraît chargée d'émotion alors que je serre brièvement le prêtre dans mes bras. Ce dernier tapote mon dos, gêné, avant de se reculer pour dire :

- Je... Je vous laisse ici, je reviens à l'aube.

J'acquiesce un nouveau remerciement avant de me rendre dans la petite pièce adjacente. Le corps de Tanaëth se trouve toujours étendu sur le lit, encore vêtu de ses habits ensanglantés et déchirés. Il semble pourtant dans une bien meilleure forme. Les ecchymoses sur son visage ont disparu, le trou béant sur son ventre s'est refermé et les deux profondes entailles qu'il avait sur le bras et les jambe semblent n’être plus qu’un mauvais souvenir. Je prends un instant pour l'observer avec un léger sourire, rassurée de voir sa poitrine se gonfler au rythme de ses respiration, avant de m'asseoir sur le rebord du lit pour caresser doucement son visage.

- Ne me refais plus jamais de telles frayeurs, je t'en prie.

Ce n'est qu'un petit murmure qui s'échappe de mes lèvres, une espérance. Je m'accorde quelques instants de plus avant d'entreprendre de le dévêtir et de nettoyer tout ce sang de son corps à l'aide de l'eau que je viens de chauffer. J'envoie Lhyrr à l'auberge nous chercher à tous deux des vêtements propres avant de jeter nos frusques au feu.

C'est ainsi que, quelques temps plus tard, je me retrouve agenouillée à son chevet, tenant l'une de ses mains dans les miennes avant de poser ma tête sur nos doigts joints et de fermer les yeux, bercée par le rythme de sa respiration.

***


C'est la sensation d'une douce caresse accompagnée d'un baiser sur mes cheveux qui m'éveille, suivie d'un murmure.

- Je suis heureux que tu sois là, douce Isil... merci.

Je redresse la tête, souriante, et libère une main pour la poser sur le visage de Tanaëth, l'accompagnant d'une caresse, m'émerveillant de sa peau chaude sous mes doigts. Le soulagement de le voir parler et se mouvoir est aussi vif que l'annonce de son rétablissement.

- J'ai cru que tu étais mort.

A ces mots, il ouvre les yeux qu’il gardait clos, souriant.

- C'est fini, tout va bien maintenant. Mais ne reste pas ainsi par terre, viens contre moi et dis-moi comment vont les autres ?

Il presse légèrement ma main, m'invitant à m'allonger à côté de lui, ce que je ne tarde pas à faire en étirant mes jambes ankylosées pour m'être assoupie agenouillée à côté du lit. Je m'étends délicatement contre lui dans cette natte trop petite pour deux, prenant garde à ne pas brusquer un corps tout juste soigné de ses meurtrissures. Je ferme un instant les yeux, alors qu'il enroule ses bras autour de moi, profitant de sa chaleur, du fait qu'il soit encore en vie, chassant un peu l'horreur de la nuit. Sans doute nous faudra-t-il parler de ce qu'il s'est passé, mais dans l'immédiat, je veux juste le plaisir de sa présence.

Il se penche pour m'embrasser dans le cou lorsqu'il s'arrête soudainement et se redresse doucement.

- Tu ne penses jamais à toi... ne bouge pas, il faut bander cette plaie que tu as à l'épaule.

Je lui lance un regard interrogatif avant de me rappeler la petite plaie que j'ai récolté à l'épaule tout à l'heure, au niveau de la clavicule. Je l'avais complètement oubliée. Elle a dû ressortir de ma chemise et il en a avisé. Je ne m'en suis guère occupée, la nettoyant sommairement en même temps que je nettoyais le sang sur moi, mais je n’ai pas pris le temps de la panser. Il se lève lentement en m'invitant à rester allongée, combattant manifestement sa faiblesse. Je le laisse faire, sachant qu'il serait parfaitement vain et sans doute insultant pour lui de lui demander de rester alité. Alors qu'il prend le nécessaire pour s'occuper de la plaie, je m'allonge sur le dos et déboutonne ma chemise pour dévoiler mon épaule. La blessure n'est ni très grande, ni très profonde, mais elle mérite d'être traitée malgré tout. C'est ce que s'attelle à faire avec douceur mon compagnon sindel.

Je l'observe faire, songeuse, admirant un visage qui, quelques heures plus tôt, était méconnaissable. Ses cheveux, dont une bonne partie a brûlé, en sont à présent les seuls témoins. Pourtant ces scènes où je l'ai laissé se faire battre sans agir restent gravées dans mon esprit et demeurent comme une brûlure infâme. Je n'ai rien fait alors que j'aurais pu ; par mon inaction, il s'est retrouvé sur une table de torture. Par mon inaction, il est passé à deux doigts de mourir.

- Je suis désolée, Tanaëth, j'aurais dû intervenir plus tôt.

Il secoue la tête, caressant délicatement mon visage du bout des doigts.

- Tu es intervenue au moment où il fallait, avant ils étaient six et te faire tuer n'aurait pas amélioré les choses, dit-il avant de hausser les épaules en souriant. Les regrets ne servent à rien, c'est du passé. Nous sommes tous les deux vivants et nous avons accompli ce que nous devions faire, c'est tout ce qui compte.

Je plisse légèrement les lèvres en prenant entre mes mains ses doigts posés sur mon visage et en les abaissant. Je serre légèrement.

- Non, ce n'est pas ça. J'aurais dû intervenir plus tôt. Te... les voir te rouer de coup sans intervenir, c'était...

Je ferme un instant les yeux pour tenter de chasser le bruit des bottes s'écrasant sur son corps effondré au sol, la vision de ce même corps allongé sur une table de torture.

- Je n'ai rien fait, Tanaëth, le coup suivant aurait tout aussi bien pu être celui brisant ta nuque.

Il s'allonge au-dessus de moi, prenant garde à ne pas m'imposer tout son poids et caresse doucement ma joue.

- Arrête ça, ma douce. Il faut plus que quelques coups de bottes pour me tuer, je ne sens plus la douleur comme le commun des mortels et c'était mon choix de courir ce risque.

Il dépose un long baiser sur mes lèvres, m'embrassant avec une douceur qui fait naître une chaleur dans mes entrailles. Il finit par ajouter dans un murmure :

- Laisse le passé où il est, c'est ici et maintenant que la danse se passe, pas hier, pas demain mais juste en cet instant où nous sommes.

Je lutte pour ne pas me laisser distraire par notre proximité, quand bien même j'en aurais grandement envie. Je pose une main sur sa joue en secouant la tête et souffle :

- Ce n'est pas si simple, je... la dernière fois que j'ai été aussi impuissante à voir un être que j'aimais aux mains d'ennemis, cette personne est morte. Et cela a failli se reproduire, Tanaëth. Tu étais à deux doigts de mourir.

Il détourne la tête pour embrasser avec douceur la paume de ma main posée sur sa joue, sans me quitter des yeux, avant de dire avec un murmure pensif :

- L'Elfe dont tu portes l'épée...

Les mots semblent se serrer dans sa gorge alors qu'il poursuit :

- Ton amie... je suis sûr qu'elle a donné sa vie avec joie, pour toi, pour ceux qui ont été sauvés par vos actes, parce qu'elle vous aimait. Moi aussi je donnerai ma vie avec joie pour toi, Isil, tout comme tu as risqué la tienne pour me sortir des griffes des sbires de Fergaim. Je crois que c'est cela l'amour, faire passer ceux qui nous sont chers avant nous-mêmes. Donner sa vie pour ça, c'est un Don pur et merveilleux, un présent que nous devons accepter en tant que tel pour honorer celui ou celle qui nous l'offre.

Je secoue la tête alors que mes yeux s'emplissent de larmes que je ne peux retenir, comme si briser le silence de tous ces mois de silence par l'aveu que je m'apprête à faire abattait tout contrôle.

- Non, tu ne comprends pas. Cette femme, cette elfe, c'est moi qui l'ai tuée, Tanaëth. Je l'aimais, et je l'ai tuée.

Il ne me questionne pas, ne s'étonne pas, n'a aucun mouvement de recul. A la place, il m'entoure de ses bras et m'étreint puissamment, comme pour me couper du reste du monde. M'agrippant à lui, me laissant entièrement aller à l'étau dans lequel il m'enserre, j'autorise quelques larmes à s'écouler, larmes que je ne me suis pas permise depuis la mort d'Ölendra. Elles s'amenuisent petit à petit tandis que je reprends le ferme contrôle de mes émotions. J'avise alors du visage de Tanaëth, à quelques centimètres de moi. Ses yeux sont clos et il semble... endormi. Etonnée de le voir ainsi, je me recule légèrement alors que ses paupières s'ouvrent, me laissant entrevoir un regard atterré, profondément touché.

- Sithi miséricordieuse... ils... ils étaient en train de la brûler vive...

Cette phrase me prend un instant par surprise et je reste sans voix, les yeux écarquillés, revoyant le bûcher sur lequel s'était tenue ma chère amie avant que les flammes ne la mordent et que ma flèche ne vole jusqu'à son cœur. Je comprends soudain qu'il est allé plonger dans mon passé pour revivre cette scène et connaître les raisons de mon action. Prendre conscience qu'à présent il sait, qu'il a vu ce que j'ai fait, provoque une nouvelle montée de mes larmes, qui cette fois ne dépassent pas mes paupières alors qu'il me serre de nouveau contre lui avec force.

- Ta flèche... c'était un cadeau mon Amour... le plus beau témoignage qui soit de ce que tu ressentais pour elle... je... je sais qu'elle l'a compris et qu'elle t'en remercie du fond du cœur, tu l'as libérée Isil, elle est en paix maintenant, grâce à ce que tu as fait.

Je reste quelques instants silencieuse, le visage enfouis dans son épaule avant de murmurer, sans relever la tête :

- Je sais. Mais ce savoir ne change rien à la réalité des choses.

Il pose ses lèvres sur mes cheveux, les y laissant pour répondre à mi-voix :

- La réalité des choses c'est que ce sont les Shaakts qui sont responsables de sa mort, pas toi. Tu n'avais pas le pouvoir de l'empêcher, ton acte était une bénédiction destinée à lui épargner d'atroces souffrances, ni plus, ni moins.

Je redresse la tête, cherchant son regard et esquissant un sourire triste :

- Je sais, j'en ai conscience. Mais je ne veux plus avoir à revivre ça.

Il ne répond pas et cela me convient très bien. Comme je lui ai dit, la réalité est ce qu'elle est, je ne regrette pas un instant mon action, je regrette simplement les circonstances qui nous ont menées jusque-là. De quelques baisers, Tanaëth fait disparaître les quelques restes de larmes avant de souffler avec un sourire :

- Dormons un peu maintenant, je pense que cela nous fera du bien.

Je hoche la tête avant de l'embrasser tendrement, consciente de la fatigue qui doit être sienne après ce qu'il vient de vivre, et de me blottir contre lui, enrobée de ses bras, de sa chaleur et de son odeur.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 20 Oct 2017 14:59 
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Nous passons les deux jours suivants à nous remettre de nos émotions et, surtout, de nos blessures. Loin de rester oisifs, nous en profitons pour interroger Lhemryn, le Sindel ayant découvert une possible piste pouvant nous conduire aux responsables des détournements de matériaux et de fonds nécessaires à la reconstruction des quartiers pauvres de Tahelta. Avide de voir le sort des siens s'améliorer et nous vouant une confiance inébranlable après que nous l'ayons libéré, il se confie à nous sans hésiter, nous confirmant que celui ayant commandité son enlèvement n'est autre que l'Ithilauster Fergaim. Il nous explique que ce dernier s'est avéré intouchable jusqu'à présent et qu'il sait exactement quelles pattes graisser pour ne pas être inquiété, ce qui ne me surprend nullement. Il a en outre toujours su éviter de laisser la moindre preuve tangible derrière lui, ce qui laisse supposer qu'il est particulièrement habile et retors.

D'après Lhemryn, la cache des canaux n'est qu'une planque provisoire et secondaire, la principale se trouverait en réalité dans les catacombes de la ville et selon lui c'est là-bas que nous aurons des chances de trouver les marchandises dérobées appartenant à Callirhoé. Il s'agirait principalement de pièces métalliques et d'outils, difficilement remplaçables compte tenu du peu de mines existant au Naora et donc aisément revendables à prix d'or. A notre demande, il nous trace un croquis de la partie des catacombes qu'il connaît, carte sommaire qui devrait néanmoins nous permettre de nous rendre jusqu'à cette cache principale où il a lui-même été enfermé un temps. Nous discutons ensuite d'un plan d'action, simple en vérité car nous souhaitons uniquement tenter de voir cette cache de nos yeux et, qui sait, essayer de dénicher une preuve concrète de la culpabilité de Fergaim.

Nous nous mettons en route le lendemain matin, afin de profiter de l'activité qui règne dans les rues à cette heure pour passer inaperçus. Grâce aux indications fournies par Lhemryn, nous trouvons aisément une petite entrée dissimulée derrière une tannerie, au pied des remparts de la cité.

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
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