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 Sujet du message: Les habitations
MessagePosté: Lun 18 Avr 2016 09:30 
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Les habitations


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Les maisons de Tahelta sont en grande majorité pourvues d'une grande richesse apparente. Bien que leur taille soit variable, elles sont unilatéralement ornées de mosaïques, d'ornements artistiques en mythril forgé, et ce aussi bien sur les murs que sur les sols.

Au sein même de la ville, il n'y a aucun quartier pauvre. Les plus démunis, quant à eux, résident hors de l'enceinte de la cité, qui reste une vitrine de faste évidente.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 6 Oct 2017 14:28 
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Nous quittons le centre-ville par un dédale de petites ruelles serpentant entre les somptueuses demeures des quartiers aisés, ornées souvent de lierre et de glycines qui rendent somme toute la capitale assez verdoyante et paisible, en apparence du moins. Si je ne connais de loin pas toutes les rues de la capitale, je parviens néanmoins assez bien à m'orienter grâce aux repères que constituent le palais royal et le temple de Sithi perché au-dessus de la ville, si bien que nous ne tardons pas à rejoindre l'enceinte de la ville et la porte donnant sur les quartiers pauvres. Si les ravages de l'attaque sur Tahelta ne se voient plus guère dans les quartiers riches, le spectacle que nous découvrons une fois la porte passée est tout autre.

Je me fige net en découvrant l'amas de taudis précaires qui s'entassent les uns contre les autres là où se trouvaient autrefois des demeures certes modestes mais néanmoins vivables. Ici et là se devinent encore des traces d'incendies, des amoncellements de déchets empuantissent l'atmosphère et tous les Sindeldi que j'aperçois ici sont misérablement vêtus, contrastant si totalement avec ceux que nous avons croisé jusque là que j'en ai le souffle coupé. Mes poings se serrent à cette vision, tout comme mes mâchoires qui peinent à laisser filtrer quelques mots prononcés sur un ton sifflant:

"Comment ont-ils osé laisser des Enfants de Sithi dans cette misère par tous les enfers?!"

Une colère noire envahit mon âme et fait étinceler mes prunelles d'une dangereuse lueur...ce qu'Isil ne manque pas de remarquer car elle pose une main apaisante su mon poignet en murmurant:

"Personne ne devrait avoir à vivre dans cette misère. Allons."

J'incline le visage et m'efforce de dompter ma rage alors que nous nous enfonçons entre les masures insalubres, suivis par bon nombre de regards plus ou moins envieux, voire hostiles pour certains. Quoi d'étonnant compte tenu de la richesse évidente qui est la nôtre? Toutefois la présence de nos impressionnants compagnons, ainsi que notre apparence résolument guerrière sans doute, nous épargne fort heureusement d'être pris à parti. Incapable de me repérer dans ce dédale, je dois demander à deux reprises notre chemin, m'attirant des réponses moroses à la limite de l'impolitesse. Je ne relève pas, comprenant les raisons de leur amertume, et me contente de les remercier poliment, remarquant à l'attention d'Isil en secouant la tête d'un air écoeuré:

"La taille de ce quartier a doublé depuis la dernière fois que je suis venu...bon sang, regarde-moi ça, ils sont des milliers!"

Quelques minutes plus tard, nous parvenons devant une petite maison de pierre, toute simple et dépourvue du moindre ornement mais récemment bâtie et rigoureusement propre comparé au reste du quartier. Je désigne à Isil le discret croissant de lune gravé dans le linteau qui surplombe la porte en murmurant:

"Voilà, ça doit être là..."

Isil se penche vers moi et me murmure avec un sombre amusement:

"T'ai-je déjà dit que je n'aimais pas les temples ?"

Je hausse un sourcil amusé et réplique à mi-voix:

"Non, mais dans ce cas nous sommes deux."

Je m'approche de la porte et frappe trois coups secs contre le battant, qui ne tarde pas à s'ouvrir sur un vieux Sindel simplement vêtu de lin écru et arborant une longue chevelure grise laissée libre. Il nous dévisage d'un air étonné de ses prunelles bleu pâle puis ouvre des yeux plus grands encore en apercevant nos compagnons avant de demander en langue commune:

"Que puis-je pour vous, ma dame, messire?"

Je le salue d'un petit signe de tête:

"Nous souhaiterions parler à l'Ithilauster Ephedyn."

Le vieil Elfe hausse un sourcil intrigué puis s'écarte afin de nous permettre d'entrer:

"C'est moi. Entrez, je vous en prie."

Nous pénétrons dans la petite maison, constituée d'une unique pièce où ne se trouvent que quelques rares meubles de pauvre facture: une table, quelques chaises, un coffre et un matelas posé dans un angle. Une cheminée sommaire et quelques ustensiles de cuisine complètent l'ameublement tandis qu'une petite figurine représentant Sithi de manière symbolique trône dans une niche pratiquée dans le mur du fond. Un bien étrange temple en vérité. Ephedyn nous invite à nous installer et nous sert à chacun un verre d'eau avant de s'excuser:

"Vous me pardonnerez je l'espère, je n'ai pas de vin, les temps sont durs."

Je lui souris en l'assurant que de l'eau fera très bien l'affaire, puis j'aborde sans détour les raisons de notre visite:

"C'est l'ambassadeur Helevor Dearen qui nous a recommandé de venir vous trouver. Il semblait penser que vous pourriez nous expliquer comment il se fait que ces quartiers ne soient pas encore reconstruits..."

Le prêtre soupire légèrement avant de répondre avec une discrète méfiance:

"Nous manquons d'argent, messire, les dégâts étaient considérables et d'autres quartiers étaient plus importants que celui-ci."

Isil intervient à son tour, demandant doucement:

"Depuis combien de temps n'avez-vous pas reçu le matériel promis?"

Il semble soudain gêné et ses yeux se tournent vers la statuette de Sithi tandis qu'il souffle:

"Nous en avons parfois... "

"... mais pas autant que vous devriez", complète ma compagne.

Le prêtre acquiesce lentement avant de reporter les yeux sur nous, suspicieux:

"Pourquoi posez-vous ces questions?"

Je le fixe droit dans les yeux et rétorque d'un ton où perce une bribe de la colère qui m'a envahi à la vue des conditions de vie dans ce quartier:

"Parce que nous allons faire en sorte que les choses changent et que vous obteniez de quoi loger et nourrir convenablement nos frères et soeurs, Ephedyn."

Une lueur de peur traverse le regard de l'Ithilauster, il se frotte nerveusement les mains avant de répondre d'une voix imperceptiblement fêlée:

"Certains ont été protester au palais, messire, nous ne les avons pas revus. Sans doute...sans doute ont-ils été punis de leur audace, un...un juste châtiment assurément."

Isil secoue la tête et répond d'une voix apaisante:

"Ephedym, vous savez comme nous que c'est bien loin d'un juste châtiment. Nous voulons réellement améliorer les choses pour vous et votre peuple, mais pour ça, nous avons besoin de votre aide. Existe-t-il quelque chose, quelqu'un qui pourrait nous aider, qui en saurait plus?"

L'Ithilauster, plus nerveux que jamais à en juger par ses mains serrées à s'en blanchir les jointures, garde le silence durant quelques instants. Une étincelle d'espoir semble renaître dans ses yeux, mêlée de doute, combien avant nous ont tenté de venir en aide à ces démunis qu'il côtoie tous les jours, tentant sans doute de leur apporter tout le maigre réconfort en son pouvoir? Il nous observe longuement, examinant nos armes et armures, puis il finit par céder à l'espoir et hoche la tête pour nous révéler ce qu'il sait:

"Je... j'ai entendu dire qu'un ouvrier du nom de Lhemryn avait été capturé parce qu'il avait appris quelque chose. J'ai entendu des rumeurs dans les quartiers pauvres, mais je ne sais pas où il est retenu captif. Certains doivent savoir."

J'adresse un sourire rassurant au prêtre et presse légèrement son épaule en guise de réconfort:

"Gardez espoir, Fils de Sithi, notre Mère ne vous a pas oublié. Dans peu de jours vous aurez de quoi améliorer le sort de nos frères et soeurs, devant Sithi je vous en fais le serment."

Je me tourne vers Isil et ajoute à son attention:

"Allons donc nous promener un peu dans ces quartiers? Nous trouverons bien quelqu'un qui pourra nous apprendre où se trouve ce Lhemryn. Je serais très curieux de savoir ce qu'il a découvert..."

Isil acquiesce avant de se tourner vers le prêtre avec un sourire:

"Merci, Ephedym, nous ferons de notre mieux."

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 6 Oct 2017 14:47 
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Nous quittons le petit temple et, une fois de retour dans les ruelles crasseuses, je murmure à Isil:

"Obtenir des informations ne sera pas aisé, ils sont terrifiés et nous attisons leur rancoeur par l'opulence de nos équipements...si tu as une idée je suis preneur."

Songeur, je jette un regard circulaire sur les taudis qui nous entourent, ne croisant que des regards envieux, chargés de colère ou au contraire de peur. Je soupire profondément et souffle encore à ma compagne:

"Je pourrais faire venir des fonds de notre citadelle, si nous leur apportions une aide concrète ils parleraient, mais cela prendrait bien quelques jours..."

Isil me sourit légèrement et pose sa main sur mon bras en m'enjoignant de la laisser faire, ce que j'accepte d'un signe de tête, intrigué de voir comment elle entend procéder. Elle commence par observer les gens alentours avant de se diriger vers une vieille Sindel courbée sur une canne. Une vision rare et triste, seule une maladie ou une blessure a pu la diminuer à ce point. Mon amie incline la tête pour la saluer et échange quelques mots à voix basse avec elle, que je suis bien incapable d'entendre car je me tiens à l'écart. Elle sourit ensuite à la vieille Elfe avant de revenir vers moi pour m'annoncer:

"Allons demander à sa femme, je suis certaine que si quelqu'un dans les quartiers pauvres sait où se trouve Lhemryn, elle en a entendu parler. Elle vit quelques rues plus loin."

Je hausse un sourcil surpris avant de sourire franchement:

"Bien joué! J'aurais bien aimé te rencontrer plus tôt, on devrait toujours avoir une fine diplomate avec soi!"

Après qu'elle m'ait donné un petit coup de coude taquin en remerciement de ma plaisanterie, je la laisse donc me guider jusqu'à la misérable demeure de l'épouse de Lhemryn, non sans être quelque peu amusé par ce retournement de situation. La demeure s'avère être une simple cabane de planches récupérées et assemblées sans talent, mais ses alentours directs sont propres contrairement à la plupart des autres taudis du quartier. Je murmure alors à Isil:

"Sans doute sera-t-elle moins craintive si c'est toi qui l'abordes..."

Elle hoche la tête et s'avance vers la porte en bois pour frapper quelques brefs coups. L'huis sommaire s'ouvre sur une grande elfe grise, fine et émaciée, aux yeux gris rougis par des larmes. Elle nous détaille avec dignité avant de baisser les yeux sur Isil, attendant visiblement qu'elle lui révèle la raison de notre présence. L'Hinïone sourit en répondant sans détour à la demande muette:

"Bonjour, je me nomme Isil et mon compagnon s'appelle Tanaëth. Nous avons entendu ce qui était arrivé à Lhemryn et nous souhaiterions en parler avec vous, si vous le permettez."

Elle nous observe une nouvelle fois, inexpressive, avant de nous inviter à entrer d'un signe de tête austère. L'intérieur de la demeure est aussi pauvre que le laissait présager son apparence extérieure, une table, quelques bancs, un foyer où brûle un feu surmonté d'une marmite et quelques rudimentaires ustensiles de cuisine. Des portes fermées laissent supposer qu'il doit y avoir d'autres pièces sans doute aussi dénuées de confort que celle où nous sommes et, dans un angle de la pièce, je découvre aussi un berceau dans lequel se trouve un nouveau-né. La Sindel nous fait signe de nous asseoir et s'installe en face de nous, nous observant avec attention et attendant que nous prenions la parole. Comme Isil ne semble pas vouloir entamer la conversation, je prends le relais d'une voix douce:

"Racontez-nous ce qui s'est passé, voulez-vous? Nous avons entendu dire que votre mari avait été capturé, savez-vous par qui, où il est retenu?"

L'Elfe semble se retenir d'éclater en sanglots au prix d'un terrible effort de volonté puis, après quelques seconde de silence, nous demande d'une voix amère teintée de méfiance et de crainte:

"Pourquoi venez-vous me poser des questions? Que voulez-vous? Qui êtes-vous?"

"Nous voulons vous aider, ce quartier devrait être reconstruit depuis longtemps, vous devriez avoir une vraie maison et votre époux devrait se trouver avec vous. Nous voulons savoir pourquoi ce n'est pas le cas et qui est le responsable de cette misère dans laquelle vous êtes laissés."

Elle me fixe en silence durant un long instant puis répète d'une voix blanche:

"Qui êtes-vous? Pourquoi voudriez-vous nous aider? Personne ne peut nous aider, personne."

Je désigne Isil d'un geste de la main poli:

"Voici Aísillyn An’Naïnelim d’Escalie, représentante de la noblesse de Cuilnen qui s'inquiète de la rupture d'un contrat d'approvisionnement en matériaux qui devraient vous être destinés. Quand à moi, je me nomme Tanaëth Ithil et..."

La Sindel m'interrompt d'un air étonné:

"Ithil? Seriez-vous un parent d'Ylis?"

C'est à mon tour d'être surpris, le fait qu'elle connaisse ce nom ne peut signifier qu'une chose, elle a déjà eu des contacts avec les Danseurs d'Opale. Je sais que plusieurs familles de Tahelta entretiennent des liens avec notre citadelle et y envoient parfois leurs rejetons, mais je suis loin d'être bien informé à ce propos, Llyann ne m'ayant donné qu'un unique contact ici. Je hoche lentement la tête et réponds à mi-voix:

"Ylis est ma parente en effet, nous suivons la même voie..."

L'Elfe me dévisage longuement d'un regard perçant, puis ses yeux se posent sur mes armes, l'une après l'autre, avant qu'un souffle ne franchisse ses lèvres:

"Nous...nous pensions que vous nous aviez oublié...je...je vais vous dire ce que je sais...Mon mari, depuis des mois, s'irritait de notre impuissance et de la lenteur de la reconstruction des quartiers pauvres. Il a tenté à plusieurs reprises de contacter des personnes ou la milice dans le but d'agir, mais tous ont pointé du doigt que la reconstruction progressait lentement, certes, mais qu'elle progressait tout de même. Alors, sans preuve, ils restaient les mains liées... Lhemryn s'est mis en tête d'aller chercher ses preuves. Il y a quelques jours... il avait dit s'approcher de quelque chose, d'une piste."

Elle marque un temps de pause, reprenant son souffle avant de reprendre la parole d'une voix rocailleuse, pleine d'émotions.

"J'ai tenté de lui dire de rester ici, que nous avions un nouveau-né et qu'il ne pouvait pas nous laisser seul, que c'était trop dangereux. Mais Lhemryn a répondu que c'était justement pour ça, pour notre enfant qu'il devait y aller, pour qu'il grandisse dans un monde meilleur. Il... n'est pas revenu. Plus tard, un voisin m'a dit l'avoir vu se faire tabasser et emporter par les hommes de main d'un Ithilauster du nom de Fergaim. Il a pu les suivre jusqu'aux alentours de sa demeure, mais... il a fini par les perdre de vue."

Isil intervient pour demander:

"Où se trouve cette demeure?"

"Non loin de la mer, à proximité des portes. Mais elle est gardée."

La Sindel a l'air désespérée, impuissante alors que son regard se porte sur le couffin. Ses yeux sont brillants de larmes qu'elle refuse pourtant de laisser s'écouler.

"Avez-vous tenté d'en parler à la milice ?" lui demande doucement Isil lorsque l'Elfe Grise reprend son empire sur elle-même.

La Sindel secoue négativement la tête en murmurant:

"Non...c'est trop dangereux...la milice protège ceux qui peuvent la payer grassement, pas de pauvres gens comme nous."

Sourcils froncés à l'écoute de ces paroles, écoeuré de la corruption qui règne dans mon pays natal, je maugrée songeusement entre mes dents serrées:

"Elle a raison, les puissants ont depuis longtemps placés leurs pions dans la milice, certains sont sans aucun doute à la solde du ou des responsables de tout cela. Elle ne tarderait pas à disparaître aussi si elle s'avisait d'aller demander de l'aide aux miliciens..."

Je marque une pause de quelques secondes, réfléchissant aux implications de ce que nous venons d'apprendre puis, un pli soucieux barrant mon front, j'ajoute:

"Ce qui semble maintenant certain, c'est qu'il y a des Ithilausters derrière cet enlèvement et ce détournement de fonds. Je ne connais pas ce Fergaim, mais s'il s'arroge le droit de kidnapper ainsi des gens c'est qu'il est sûr qu'il ne sera pas inquiété. Autrement dit, il a certainement de solides appuis au sein du clergé et dans la milice, ce qui signifie que nous paierons très cher le moindre faux pas dans cette histoire."

Je jette un regard sombre vers le couffin avant de revenir aux deux femmes et d'achever:

"Nous devons couvrir nos arrières et agir sous couvert d'une certaine légalité si nous ne voulons pas finir à Raynna. Elle ne peut pas aller voir la milice mais...moi je pourrais. Si je l'intégrais, cela nous assurerait une certaine protection."

Isil hoche lentement la tête, pensive, avant de remarquer:

"Il faudra faire preuve d'une extrême prudence et faire attention à qui tu t'adresses. Les personnes derrière tout ceci ne doivent pas entendre parler du fait que nous allons mettre notre nez dedans..."

Elle laisse ses paroles en suspens, nul besoin de dire à voix haute ce qui nous arrivera si j'en parle à la mauvaise personne. Mais un léger sourire flotte sur mes lèvres tandis que je réponds:

"Certes. Mais je sais à qui m'adresser, nous avons quelques amis, ici."

Isil retourne son attention et presse légèrement le bras de la Sindel en ajoutant:

"Nous verrons ce qui peut être fait, et ce qui peut être fait le sera."

Ma compatriote semble touchée par ces mots, bien que la lueur d'espoir qu'ils font naître s'estompe rapidement, sans doute n'ose-t-elle croire que les choses changeront, de peur d'être une fois d'être une fois de plus déçue. Je sors de ma bourse une centaine de yus et les dépose devant elle, c'est peu de chose mais cela lui permettra au moins de nourrir correctement son enfant et elle-même. Elle esquisse un signe de dénégation et semble sur le point de refuser, mais je la fixe au fond des yeux en posant un doigt en travers de mes lèvres et elle incline lentement le visage, menaçant une fois encore d'éclater en sanglots. Je me tourne alors vers Isil et lui souris farouchement:

"Bon, je pense qu'il est temps que la milice ait une nouvelle recrue. Ensuite nous pourrons aller voir un peu cette demeure près des portes, qu'en dis-tu?"

"Bien. Je t'attendrai à l'auberge."

J'incline le visage en signe d'acceptation, puis nous prenons congé de la femme de Lhemryn et rentrons en ville. J'indique à Isil où elle pourra trouver l'auberge, puis je me dirige d'un pas vif vers le bâtiment de la milice, nous allons marcher sur de la glace pourrie et j'espère que mon contact sera à même de nous fournir l'appui souhaité...

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 23 Oct 2017 14:20, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 11 Oct 2017 14:11 
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Quelques dizaines de minutes plus tard, nous nous retrouvons devant l'habitation de l'Ithilauster Fergaim, une grande bâtisse de deux étages, admirablement ouvragée, décorée de motifs en Mithril entourés de mosaïques colorées, coincée entre quelques autres maisons de taille plus modeste. Seule une entrée est visible, donnant sur une petite place animée de quelques échoppes.

Après en avoir fait le tour, flânant comme de simples badauds sans rien constater de particulier, nous nous retrouvons dans une ruelle calme à l'abri d'oreilles indiscrètes.

"Tentons de rester non loin pour voir si nous ne pouvons pas aviser d'allées et venues, tenter de voir s'il y a quelques chose d'étrange avec cette maison", me propose Isil, guère convaincue.

Je réponds sans plus de conviction, songeur:

"Nous pourrions faire le guet durant des jours sans rien voir, j'en ai peur. Mais cela ne coûte rien d'essayer...j'ai vu une échoppe vendant du thé et des beignets où il y avait quelques tables, allons nous installer un moment là-bas?"

Avec une petit moue, j'ajoute ensuite:

"Il faudrait pouvoir entrer et fouiller un peu, mais ça me paraît délicat, il semble y avoir pas mal de gardes..."

Isil hausse les épaules et hoche la tête d'un air amusé, puis nous retournons sur la petite place donnant sur la porte de la demeure qui nous intéresse et commandons beignets et breuvage afin de ne pas attirer l'attention. Au bout d'un moment, ma compagne se penche vers moi et murmure d'un ton amusé:

"Je pense qu'il y aurait de quoi écrire une histoire sur deux elfes espions attablés à la terrasse d'un salon de thé dans l'espoir de percer le secret d'un prêtre sans scrupules. Ce serait vendeur."

Je ris doucement et réplique sur le même ton:

"Dans le genre comique nous aurions du succès, c'est certain, comme espions de pacotille je doute que le Naora ait vu mieux."

Je soupire exagérément et ajoute d'un ton dépité:

"Alors qu'il suffirait d'assommer ces quelques gardes et de défoncer la porte pour savoir de quoi il retourne, quelle ironie."

L'Elfe hausse les épaule en répondant:

"Je doute qu'une telle manifestation de force ne nous serve."

A force de thés, de gâteaux et de plaisanteries, les heures passent sans que nous ne découvrions rien qui sorte de l'ordinaire. Quelques serviteurs entrent et sortent, les gardes sont relevés, deux marchands effectuent leurs livraisons, rien qui nous permette d’étayer la rumeur dont nous a parlé la femme du disparu. Finalement, l'échoppe étant sur le point de fermer, nous retournons au port, songeurs, sans grand espoir d'y découvrir quoi que ce soit de plus que les dernières fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 11 Oct 2017 14:28 
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Après que j'aie demandé à Imloth de nous raconter la scène à laquelle il a assisté, il nous explique ce qu'il a vu, non sans un regard désolé à l'attention de Luthà:

"Lhemryn était en colère, il a invectivé des gardes de Fergaim qui roulaient des épaules dans notre quartier, alors ils l'ont roué de coups et l'ont emmené. Je les ai suivis un bout, ils allaient en direction de la demeure de Fergaim mais ils m'ont repéré et j'ai été obligé de m'enfuir. Le lendemain, j'ai interrogé les marchands pour savoir s'ils avaient vu les gardes emmener Lhemryn dans la maison, mais ils m'ont assuré que non. Je...je crains qu'ils ne l'aient tué..."

Je fronce les sourcils et demande encore:

"Est-ce que vous avez entendu parler d'autres disparitions liées à Fergaim?"

Le Sindel acquiesce d'un hochement de tête:

"Il y en a eu d'autres, oui, certains ont été arrêtés par ses gardes parce qu'ils exigeaient de pouvoir vérifier que les stocks de matériaux étaient vraiment vides. D'autres ont disparu après avoir dit que Fergaim était corrompu dans des lieux publics..."

Isil se radosse à mon siège, réfléchissant tout haut:

"L'ennui est que nous n'avons aucune certitude de ce qu'il advient des Sindeldi capturés, nous n'avons aucune assurance que les captifs se trouveront à l'intérieur de la demeure de Fergaim. Quant bien même, nous n'avons aucune idée de la configuration des lieux. Nous pourrions évidemment capturer et faire parler l'un des membres de la maisonnée, mais sa disparition serait tout de suite suspecte et mettrait les gardes sur le qui-vive, sans compter que tous ne sont peut-être pas au courant de ce qu'il s'y trame."

Elle marque un temps de pause, mettant son coude sur la table et posant son menton dans sa paume ouverte tout en poursuivant sa réflexion:

"Évidemment, l'idéal serait d'y pénétrer d'une façon ou d'une autre. Une solution serait de le faire sous le couvert de la nuit, en espérant ne pas se faire repérer, mais... C'est encore une fois courir un risque trop important que nos intentions soient découvertes, d'autant plus que, pour ma part, je n'ai pas la moindre expérience là-dedans. Ce serait foncer tête baissée. Se faire engager à l'intérieur de la maisonnée prendrait un temps que nous n'avons pas. La dernière solution que je vois serait de se faire capturer, mais là ce serait plus que de la témérité."

"C'est à dire que... J'en ai marre de voir mes amis disparaître un à un, quelque chose doit être fait. Et vous, vous venez ici, de l'air de personnes déterminées à faire changer les choses..."

Il lève les yeux sur moi pour ajouter:

"Votre... ordre... on murmure des choses dessus. Luthà m'en a parlé. On dit que vous venez en aide à ceux dans le besoin. J'ai envie de croire que l'on peut arriver à quelque chose de meilleur pour nous tous, c'est pour ça que je veux vous aider, même si ça me met en danger."

Le regard d'Isil se fait légèrement plus dur alors qu'elle rétorque d'une voix qui ne souffre aucune discussion:

"Hors de question. Nous ne vous impliquerons pas plus que vous ne l'êtes et ne vous mettrons pas en plus votre vie en danger."

Je vois sa main se porter machinalement à la garde de l'épée de la guerrière qui l'accompagnait à Khonfas, morte pour permettre à quelques-uns de fuir je présume, mais c'est une question que je n'ai pas eu le coeur d'aborder avec ma compagne. Silencieux durant cet échange, je me décide à intervenir en m'adressant tout d'abord à Imloth:

"Mon Ordre suit l'antique voie de Sithi, il protège ses enfants, tous ses enfants. Mais mon amie a raison, ce n'est pas à vous de risquer votre vie dans cette affaire."

Je plonge mon regard dans celui d'Isil et ajoute simplement:

"C'est moi qui endosserai ce rôle. Il faut que nous sachions et je ne vois pas d'autre manière de le faire en douceur."

Isil tourne lentement la tête vers moi pour me répondre d'une voix blanche, se levant et désignant la porte:

"Tanaëth, puis-je échanger quelques mots avec toi?"

Elle se tourne ensuite vers les deux Sindeldi et ajoute:

"Veuillez nous excuser un instant."

J’acquiesce d'un hochement de tête et me lève aussitôt, sortant de la maison pour m'arrêter quelques pas plus loin. Je lève un instant les yeux vers le croissant de lune qui trône au-dessus des montagnes et pousse un discret soupir, raisonnablement certain qu'il me faudra batailler ferme pour convaincre Isil que c'est la seule option. Lorsqu'elle s'approche, je la dévisage songeusement et murmure:

"Je t'écoute."

"Tu ne peux pas te laisser capturer, pour les mêmes raisons qu'Imloth, nous n'avons pas la moindre idée de ce qu'ils font aux captifs ni l'assurance que je pourrai te sortir de là", me chuchote-t-elle fermement.

Je hausse les épaules et frôle sa joue d'une caresse, les yeux rivés aux siens:

"Je sais. Mais c'est mon peuple qui souffre, Isil, mon frère qui a été kidnappé, ma soeur et son fils qui se retrouvent seuls. Tu sais comme moi que nous n'avons guère d'autre choix si nous voulons découvrir ce qui se passe et y mettre un terme..."

Elle secoue la tête sans me quitter des yeux:

"Tu n'y mettras aucun terme si tu es enfermé jusqu'à ce que mort s'en suive dans une cellule. Nous pouvons trouver une autre solution qui ne te mette pas à ce point en danger."

Je souris légèrement à ces mots, répondant avec une calme mais inébranlable assurance:

"Les geôles d'Omyre n'ont pas su me retenir, crois-tu vraiment qu'un Ithilauster véreux et quelques gardes auront ma peau? Je ne suis pas si facile à abattre, Isil. Et même si cela devait finir ainsi, j'aurais donné ma vie pour une cause qui en vaut la peine à mes yeux. C'est mon rôle, ma place dans l'ordre des choses que de faire face aux dangers qui menacent mon peuple."

Elle reste un instant silencieuse avant de lever les yeux vers les étoiles en poussant un soupir:

"Je n'aime pas ça, Tanaëth, il y a trop de variables inconnues. Si je le pouvais, j'irais à ta place."

Mais nous savons l'un comme l'autre que cela n'aurait pas de sens, le fait qu'une noble Hinïonne soit enlevée à Tahelta obligerait l'ambassade à s'impliquer et c'est précisément ce que nous voulons éviter. Nos adversaires ne manqueraient pas de le réaliser et l'assassineraient au plus vite avant de faire disparaître son corps, ils ne prendraient certainement pas le risque de la garder en captivité. Je l'enlace tendrement et la serre contre moi en caressant d'une main légère sa chevelure avant de murmurer:

"Une chance que tu ne le puisses pas, parce que je mettrais la moitié de la ville à feu et à sang plutôt que de laisser qui que ce soit t'enfermer une nouvelle fois, Isil."

Elle se recule, d'un air un peu ennuyé, sans doute gênée de ce qu'impliquent mes paroles car elle réplique:

"Ne dis pas de telles bêtises."

Sans relever, j'ajoute à mi-voix en désignant la cahute que nous venons de quitter:

"On y retourne? Il faut que l'on définisse un endroit et une manière d'être certains d'attirer les sbires de Fergaim, et aussi nous assurer qu'il y ait des témoins quand cela se passera."

Elle acquiesce et nous retournons à l'intérieur peaufiner les détails de notre plan, mieux vaudrait qu'il soit bien ficelé car nous n'aurons pas de deuxième chance.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 18 Oct 2017 16:13 
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J'émerge lentement, me sentant dans un état de faiblesse et de fatigue si profond que c'est cela qui me fait prendre conscience que je ne suis sans doute pas encore auprès de Sithi. Au prix d'un effort de volonté, je finis par ouvrir les yeux, étonné de découvrir au-dessus de moi un plafond de bois simple et si commun que je le contemple durant de longues secondes avant de réaliser qu'il y a quelqu'un auprès de moi. Comme si mon esprit retrouvait soudain un lien avec mon corps, je sens des doigts fins entrecroisés aux miens, le poids d'une tête posée sur eux. Je tourne un peu le visage et sent mon coeur accélérer dans ma poitrine en découvrant qu'il s'agit d'Isil, agenouillée au pied du lit sur lequel je me trouve allongé.

Je la reconnais avant tout à sa chevelure d'ébène soyeuse, dans laquelle j'ai plongé si tendrement les doigts un certain nombre de fois, mais aussi aux fragrances subtiles qui émanent d'elle, reconnaissables entre toutes pour moi. Je vis. Je vis et elle est là, attendant que je m'éveille comme si j'étais l'un de ses proches. Le suis-je vraiment? Je ne sais pas, pas vraiment sans doute, nous ne nous connaissons que depuis si peu de temps à l'aune de nos existences d'Elfes. Mais cela n'a guère d'importance, elle est là et c'est tout ce qui compte. De ma main libre, je caresse doucement sa tête posée sur nos doigts enlacés et me plie de manière à pouvoir déposer de tendres baisers sur sa crinière noire en murmurant:

"Je suis heureux que tu sois là, douce Isil...merci."

Elle redresse la tête en souriant, libérant l'une de ses mains pour la poser sur mon visage qu'elle caresse d'un air émerveillé. Je ferme instant les yeux sous la douceur de ce geste et de ce regard, sentant des émotions profondes et puissantes m'envahir.

"J'ai cru que tu étais mort."

Ses mots me font ouvrir les yeux que je plonge dans les siens, un sourire doux aux lèvres:

"C'est fini, tout va bien maintenant. Mais ne reste pas ainsi par terre, viens contre moi et dis-moi comment vont les autres?"

D'une petite pression sur sa main toujours entrelacée à la mienne je l'invite à venir s'allonger à mes côtés, j'ai envie de la sentir contre moi, de la serrer dans mes bras pour pouvoir laisser sortir les sentiments qui submergent mon âme. Elle se déplie en étirant ses jambes endolorie d'être restée dans une position inconfortable avant de venir s'allonger délicatement contre moi, comme si elle craignait de me faire mal. Mais si je suis faible comme un nouveau né je ne sens plus aucune douleur, je ne sais qui ou quoi m'a soigné mais cela a été efficace. Je l'enlace tendrement et me blottis contre elle, savourant son envoûtante présence et la douce chaleur que me transmet son corps. Ce n'est qu'à l'instant où mes lèvres se posent au creux de son cou que j'aperçois la blessure qu'elle a subie à l'épaule. Elle dépasse à peine de sa chemise, mais il n'en faut pas plus pour que je réalise qu'elle n'a pas pris la peine de la soigner. Bien que je n'aie pas le moindre désir de me détacher d'elle, je m'y contrains d'un geste doux en murmurant:

"Tu ne penses jamais à toi...ne bouge pas, il faut bander cette plaie que tu as à l'épaule."

L'incitant d'une légère caresse de la main à rester allongée, je me lève lentement, prenant le temps de surmonter le léger vertige qui m'envahit, pour aller chercher de quoi panser sa plaie. Je prends conscience à cet instant que nous sommes dans la petite cahute du prêtre de Sithi, dans sa chambre sans doute. Comme il y a tout le matériel nécessaire posé sur une petite table non loin, je prends ce qu'il me faut et entreprends de m'occuper avec la plus extrême douceur de ma si altruiste amante après qu'elle ait dénudé son épaule pour me permettre d'oeuvrer. Elle m'observe pensivement alors que je nettoie soigneusement la blessure avant de la panser délicatement, jusqu'à ce que quelques mots franchissent finalement ses lèvres:

"Je suis désolée, Tanaëth, j'aurais dû intervenir plus tôt."

Je caresse tendrement son visage du bout des doigts en secouant la tête:

"Tu es intervenue au moment où il fallait, avant ils étaient six et te faire tuer n'aurait pas amélioré les choses."

Je hausse les épaules en lui souriant doucement:

"Les regrets ne servent à rien, c'est du passé. Nous sommes tous les deux vivants et nous avons accompli ce que nous devions faire, c'est tout ce qui compte."

Elle plisse légèrement les lèvres en prenant ma main entre les miennes et en la baissant avant de la serrer légèrement:

"Non, ce n'est pas ça. J'aurais dû intervenir plus tôt. Te... les voir te rouer de coups sans intervenir, c'était..."

Elle ferme un instant les yeux avant d'ajouter:

"Je n'ai rien fait, Tanaëth, le coup suivant aurait tout aussi bien pu être celui brisant ta nuque."

Ayant achevé les soins indispensables, je m'allonge sur elle en prenant garde de ne pas lui imposer tout mon poids ou d'appuyer sur sa plaie puis, appuyé sur mes coudes, je frôle sa joue d'une caresse en plongeant mon regard dans le sien:

"Arrête ça, ma douce. Il faut plus que quelques coups de bottes pour me tuer, je ne sens plus la douleur comme le commun des mortels et c'était mon choix de courir ce risque."

Je clos ses lèvres d'un long et doux baiser avant d'ajouter d'un murmure:

"Laisse le passé où il est, c'est ici et maintenant que la danse se passe, pas hier, pas demain mais juste en cet instant où nous sommes."

Elle pose une main sur ma joue et secoue la tête en soufflant:

"Ce n'est pas si simple, je... la dernière fois que j'ai été aussi impuissante à voir un être que j'aimais au mains d'ennemis, cette personne est morte. Et cela a failli se reproduire, Tanaëth. Tu étais à deux doigts de mourir."

L'aveu contenu dans ces mots fait accélérer mon coeur et naître en moi d'étranges émotions, conflictuelles de par ma crainte de m'attacher à qui que ce soit depuis la mort prétendue de mon premier amour. J'ai senti ce noeud du passé commencer à se dénouer en moi voilà quelques semaines, mais s'en libérer totalement n'est pas un chemin aisé. Je renâcle encore à m'avouer ce que je ressens pour l'émouvante Hinïonne allongée sous moi mais je peux comprendre ce qu'elle a ressenti et mesurer à quel point cela était dur pour elle, ne serait-ce que par cet aveu que je n'attendais vraiment pas de sa part. Je tourne légèrement la tête sans détacher mes yeux des siens et embrasse avec douceur la paume de sa main posée sur mon visage avant de lui répondre d'un murmure pensif:

"L'Elfe dont tu portes l'épée..."

Les mots suivants se coincent dans ma gorge serrée, je sens mon ventre se nouer légèrement alors que mes peurs menacent de prendre le dessus, mais je les chasse d'un effort de volonté rageur et finis par ajouter dans un souffle:

"Ton amie...je suis sûr qu'elle a donné sa vie avec joie, pour toi, pour ceux qui ont été sauvés par vos actes, parce qu'elle vous aimait. Moi aussi je donnerai ma vie avec joie pour toi, Isil, tout comme tu as risqué la tienne pour me sortir des griffes des sbires de Fergaim. Je crois que c'est cela l'amour, faire passer ceux qui nous sont chers avant nous-mêmes. Donner sa vie pour ça, c'est un Don pur et merveilleux, un présent que nous devons accepter en tant que tel pour honorer celui ou celle qui nous l'offre."

Je vois soudain des larmes emplir les magnifiques prunelles couleur de nuit de ma compagne, qui secoue alors la tête en soufflant d'une voix brisée:

"Non, tu ne comprends pas. Cette femme, cette elfe, c'est moi qui l'ai tuée, Tanaëth. Je l'aimais, et je l'ai tuée."

J'ai l'impression qu'un étau broie ma poitrine et mon âme à cette révélation mais, plus que ces paroles, ce sont ces larmes qui échappent soudain au contrôle si sévère qu'elle s'impose habituellement qui brisent les dernières digues contenant le malström de mes sentiments. Je l'entoure de mes bras et l'étreins amoureusement, comme pour former un cocon protecteur autour d'elle au sein duquel elle puisse se laisser aller, évacuer enfin tout ce qu'elle a gardé sur le coeur. Elle s'agrippe à moi et laisse couler ses larmes, trop longtemps contenues sans doute. Je les accueille sans dire un mot, triste pour elle et ce qu'elle a vécu mais heureux qu'elle se sente assez en confiance pour s'ouvrir ainsi à moi, plus émouvante que jamais. Je ne peux imaginer quelles raisons impérieuses l'ont contrainte à prendre la vie de son amie mais, la connaissant, je suis certain qu'elle l'a fait parce qu'il n'y avait pas d'autre choix. Aidé par Syndalywë, je focalise toute ma volonté pour me plonger rapidement dans l'état de rêve éveillé qui me permettra de voir ce qui s'est passé, il faut que je sache pour trouver les mots justes, pour trouver les paroles qui sauront réconforter ma compagne. Et, lentement, les brumes du temps s'écartent pour me dévoiler une scène terrible.

Je reconnais l'Elfe qui m'avait époustouflé par ses talents guerriers, mais elle n'a plus rien de la fière combattante que j'ai vue, ce n'est plus qu'une femme brisée, meurtrie au delà de toute mesure. Elle a été capturée et attachée par les poignets à un poteau, autour d'elle s'agitent des silhouettes sombres et floues, des Shaakts certainement. L'une de ces formes obscure semble porter une lumière qui percent le brouillard de ma vision, elle l'approche de ce qui se trouve sous l'Elfe suspendue, une estrade de bois me semble-t-il, et je sens soudain mon âme sombrer en comprenant ce qui est en train de se passer. Ce n'est pas une simple estrade, c'est un bûcher... Les flammes s'élèvent soudainement et je vois la bouche de l'Elfe s'ouvrir sur un cri, inaudible mais que je devine sans mal de pure souffrance. Le point de vue change subitement et je distingue soudain Isil qui bande un arc, hagarde, défaite. La vision change à nouveau et revient sur l'Elfe en train de brûler, mais elle ne crie plus, une flèche est plantée dans son coeur. Une flèche décochée par le femme que je tiens dans mes bras.

Ma vision s'estompe doucement, comme à regret, avant que mes lèvres ne s'ouvrent sur un murmure atterré:

"Sithi miséricordieuse...ils...ils étaient en train de la brûler vive..."

Je me secoue mentalement pour reprendre mes esprits et serrer Isil contre moi avec force avant d'ajouter:

"Ta flèche...c'était un cadeau mon Amour...le plus beau témoignage qui soit de ce que tu ressentais pour elle...je...je sais qu'elle l'a compris et qu'elle t'en remercie du fond du coeur, tu l'as libérée Isil, elle est en paix maintenant, grâce à ce que tu as fait."

Elle enfouit sa tête au creux de mon épaule, un geste d'abandon qui me touche plus que les mots ne sauraient l'exprimer, puis murmure:

"Je sais. Mais ce savoir ne change rien à la réalité des choses."

J'embrasse sa chevelure avec une infinie tendresse, laissant mes lèvres contre elle pour répondre fermement à mi-voix:

"La réalité des choses c'est que ce sont les Shaakts qui sont responsables de sa mort, pas toi. Tu n'avais pas le pouvoir de l'empêcher, ton acte était une bénédiction destinée à lui épargner d'atroces souffrances, ni plus, ni moins."

Elle relève le visage, cherchant mon regard que je rive sans détour au sien, puis esquisse un triste sourire:

"Je sais, j'en ai conscience. Mais je ne veux plus avoir à revivre ça."

Je ne peux lui promettre que cela n'arrivera pas, nous sommes tous deux des combattants, des aventuriers bien assez souvent enclins à nous plonger au coeur du danger, mais évoquer cela ne sert à rien, elle le sait aussi bien que moi. Je me contente d'incliner le visage pour manifester à quel point je la comprends, puis j'essuie ses dernières larmes de tendres et légers baisers. Changer ce qui est arrivé ou empêcher que cela ne se reproduise à l'avenir n'est pas en mon pouvoir, tout ce que je puis c'est lui offrir le réconfort de mon amour dans l'instant présent. Au bout d'un temps de silence, je lui souris doucement et caresse amoureusement son beau visage en soufflant:

"Dormons un peu maintenant, je pense que cela nous fera du bien."

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 20 Oct 2017 14:59 
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Localisation: Nessima, Naora
Nous passons les deux jours suivants à nous remettre de nos émotions et, surtout, de nos blessures. Loin de rester oisifs, nous en profitons pour interroger Lhemryn, le Sindel ayant découvert une possible piste pouvant nous conduire aux responsables des détournements de matériaux et de fonds nécessaires à la reconstruction des quartiers pauvres de Tahelta. Avide de voir le sort des siens s'améliorer et nous vouant une confiance inébranlable après que nous l'ayons libéré, il se confie à nous sans hésiter, nous confirmant que celui ayant commandité son enlèvement n'est autre que l'Ithilauster Fergaim. Il nous explique que ce dernier s'est avéré intouchable jusqu'à présent et qu'il sait exactement quelles pattes graisser pour ne pas être inquiété, ce qui ne me surprend nullement. Il a en outre toujours su éviter de laisser la moindre preuve tangible derrière lui, ce qui laisse supposer qu'il est particulièrement habile et retors.

D'après Lhemryn, la cache des canaux n'est qu'une planque provisoire et secondaire, la principale se trouverait en réalité dans les catacombes de la ville et selon lui c'est là-bas que nous aurons des chances de trouver les marchandises dérobées appartenant à Callirhoé. Il s'agirait principalement de pièces métalliques et d'outils, difficilement remplaçables compte tenu du peu de mines existant au Naora et donc aisément revendables à prix d'or. A notre demande, il nous trace un croquis de la partie des catacombes qu'il connaît, carte sommaire qui devrait néanmoins nous permettre de nous rendre jusqu'à cette cache principale où il a lui-même été enfermé un temps. Nous discutons ensuite d'un plan d'action, simple en vérité car nous souhaitons uniquement tenter de voir cette cache de nos yeux et, qui sait, essayer de dénicher une preuve concrète de la culpabilité de Fergaim.

Nous nous mettons en route le lendemain matin, afin de profiter de l'activité qui règne dans les rues à cette heure pour passer inaperçus. Grâce aux indications fournies par Lhemryn, nous trouvons aisément une petite entrée dissimulée derrière une tannerie, au pied des remparts de la cité.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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