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 Sujet du message: Les villages aux alentours de Pohélis
MessagePosté: Mar 11 Nov 2008 15:22 
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Les villages aux alentours de Pohélis


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La vie est rude dans ces villages enneigés six mois de l'année. En général, ce sont de petits hameaux d'une quarantaine d'habitants, éleveurs et cultivateurs d'une terre ingrate.

Les bois sont fréquents, souvent des sapins. Il n'est pas rare de croiser des ours et des loups. Parfois des gobelins, qui vivent de rapine.

Le relief est en général assez plat, il y a de rares collines de petite altitude. Mais, au nord, on peut apercevoir les grandes montagnes couvertes de neige éternelle.

Avec la prise de Pohélis par les forces d'Oaxaca, ces terres anciennement paisibles et habitées d'humains sont désormais régulièrement saccagées et dévastées par des régiments d'orcs, de trolls et autres gobelins.

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Alors il y a une règle que je veux que vous observiez pendant que vous êtes dans ma maison : Ne grandissez pas. Arrêtez, arrêtez dès cet instant. Wendy dans "hook" (petit hommage à Robin Williams)
Pour toute question: Service d'aide
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Je suis aussi Lothindil, Hailindra, Gwylin, Naya et Syletha


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 Sujet du message: Re: Les villages aux alentours de Pohélis
MessagePosté: Sam 5 Déc 2009 13:05 
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>>> Se réveiller d'un rêve figé ... (premier rp)

La chaleur.
C'est la première chose dont j'ai conscience en me réveillant. Cette douce moiteur et cette odeur de fumée qui emplissent la salle. Je ne m'y trompe pas. Je suis devant une cheminée. Enroulé dans ce qui semble être des peaux de bêtes, à même le sol, je trouve la position plus que confortable. J'aimerai tellement me laisser aller ...
Je n'ai plus mal. Cette révélation me fait ouvrir les yeux, subitement, et je me redresse d'un coup. Suis-je mort ?
Non, cela n'a pas de sens. La mort n'est pas aussi chaude, ni aussi douce, je le sais.

Mais c'est absurde, comment puis-je savoir ce qu'est la mort … ?

M'auscultant brièvement, je constate non sans étonnement que mes plaies ont été pansées avec soin, notamment celle qui aurait dû me couter la vie. J'ignore comment je suis arrivé là, je n'arrive pas à réfléchir, à faire le point. Je ne me souviens même pas de ce qui c'est passé avant mon réveil dans cette saloperie de grotte. Je ne me souviens ... de rien.

Un bruit saugrenu me tire de mes pensées.
Mon ventre. J'étais tellement pensif que je ne l'avais pas entendu jusqu'alors, mais à présent celui-ci est tellement bruyant qu'il m'empêche même de réfléchir. Revenant à des préoccupations plus triviales, j'essaie de me relever malgré les protestations muettes de mon corps courbaturés. Il n'y a personne dans l'unique pièce de cette cabane en bois pour m'aider, mais je trouve sans peine une timbale encore fumante posée sur une table. Quoiqu'encore faible, je parviens jusqu'à elle et m'assieds avec soulagement sur un solide banc actuellement plus à même de me porter que mes propres jambes. Me saisissant avec empressement de la cuillère qui trempait dans le gruau bouillant et voulant la porter à ma bouche, je remarque seulement maintenant que mon bras gauche ne cesse de trembler convulsivement - et avec force. Quant au droit - tout métallique qu'il soit - il reste inerte et pend bêtement le long de mon flanc.
Impossible de me nourrir !

Dépité, me sentant soudainement très vulnérable, je ne trouve même plus la force de me mettre en colère. C'est alors qu'il apparaît, comme ça, surgit de nulle part. Une espèce de bestiole, un genre de démon miniature, guère plus grand que ma main, et qui flotte dans les airs juste devant mon visage. Celui-ci, prenant une pose résolument narquoise, se moque alors de moi d'une voix nasale tandis que je reculais prestement sous l'effet de surprise.

- « Alors l'éclopé, t'as b'soin d'une nounou pour te donner la becquée ? Ma parole t'es un vrai assisté, t'peux vraiment rien faire sans ... moué ! »

Joignant le geste à la parole, il empoigne la cuillère et, sans effort apparent, l'amène devant ma bouche alors que moi, trop interloqué, le regarde sans rien dire. Et comme je ne faisais même pas mine de vouloir manger, et l'observant avec insistance et suspicion, celui-ci reprit dans son langage édulcoré.
- « Allons bon, le froid t'as gelé l'cerveau aussi en plus du reste ? M'dis pas que tu n'me remets pas ...? C'est moi, Uriel, ton pote de toujours, ton grand amour, youhou ! »

Comme je ne disais toujours rien, le démon disparu avec un claquement sec, laissant tomber la cuillère au sol dans un bruit mat de bouillie écrasée. Du moins est-ce ce que je cru de prime abord, mais il semblerait que celui-ci ait en réalité élu domicile ... dans ma tête ! La voix dans la caverne ! C’était la sienne !
{Héé bé ... y a toujours autant de place la d'dans, tu dois pas y mettre gran'chose. Bon voyons un peu ... Par Yuimen ! Non, c’pas possible !}

Lorsqu'il ressort, peu après, il parait complètement dépité – du moins autant que faire se peut pour une créature de son espèce. Oubliant ses mauvaises manières, c'est d'une voix blanche, sinon larmoyante qu'il reprend la parole.
« Putain Lel’ ... Alors tu ne te souviens vraiment pas de moi hein ? Mon pauvre ami, qu'est-ce qu'y t'es ...?»
Il ne parvint pas à finir sa phrase. Il avait l’air vraiment sincère.
« Je ... je ne sais pas ... je me suis réveillé ... » commençais-je d'une voix éraillée.
Je n'avais pas ouvert la bouche pour parler depuis longtemps déjà, et le gel n'avait rien arrangé du tout.

Soudain la porte s'ouvre à la volée, laissant pénétrer quelques flocons et un courant d'air froid qui me fait frissonner, puis un homme de large carrure à la barbe broussailleuse et l'air peu amène. Il est suivit de près par un gros chien et une fillette blonde qui, lorsqu'elle m'aperçoit, ne peut s'empêcher de s'écrier d’une voix aiguë, au grand dam de mes tympans meurtris.

« Ha ! Regarde père, il s'est enfin ranimé ! »
Puis se précipitant vers moi.
« Comment t’appelles-tu ? Tu as quel âge ? Moi c'est Mirène, j'ai douze ans ! Tu vas mieux ? Y t'es arrivé quoi dis ? On t’a retrouvé à plusieurs lieues à l'ouest, endormis dans la neige ! Pourquoi tu dormais dans la neige dis ? T'étais tout blessé ... C'est les orques qui t'ont fait ça ? T’étais à Pohélis ? T’as fais la guerre ?»

Trop de bruit. Elle me casse les oreilles.
Comment je m'appelle ? Je l'ignore. Quel âge j'ai ? Je ne sais pas. Ce qu'il m'est arrivé ? Aucune idée ...
Toutes ces questions ... c'est trop soudain ... j'ai mal à la tête ... et la faim n'arrange rien.
Qu'elle se taise, par pitié ... qu'elle se taise ou je...


« Mirène, laisse le tranquille, il a besoin de repos. »
La petite semble déçue, fait la moue mais marmonne un bref « Oui père ... » avant de retourner jouer dehors avec le chien. Enfin tranquille. Merci ...

« Excusez là, elle n'a pas l'habitude de voir d'autres gens vous savez ... »
(Il ne va pas s'y mettre lui aussi ... ?)
Sentant poindre le mal de crâne, dû à toute cette soudaine agitation, je me masse les tempes de ma seule main disponible. Assurément, je ne vais pas bien, et la faim me taraude chaque seconde d'avantage. Je suis affaibli, et sans savoir pourquoi, me savoir réduit à cet état m'indigne au plus haut point. La faiblesse ... je commence à la haïr. Négligeant le trappeur qui m'avait sauvé la vie, je reste un long moment à ne rien dire, penché sur la table. Lui toutefois ne m'a pas oublié, et après avoir respecté mon silence pendant un moment qui lui parut suffisant, il reprend la parole d'une voix bourrue.

"Vous souffrez encore ? Je vous ais appliqué de la girofle, ça calme la douleur mais si vous avez encore mal je ..."
"Ca ira." le coupais-je sèchement, toujours courbé devant mon écuelle.
Je n'avais aucunement l'intention d'être aussi cassant mais j'étais énervé, énervé contre moi même et contre mon corps qui s'exhibe si ostensiblement comme un monument à mon impotence. J'ai honte de moi, et je me sens blessé dans mon amour-propre. Un sentiment très désagréable en vérité. J'en pleurerais de frustration – si seulement j'avais été seul ...
Intérieurement, je me jurais que plus jamais je ne finirais dans un état semblable.

Mon gaillard de sauveur ne s'offusque pas de ma rebuffade - surement avait-il l'habitude avec sa fille - et me propose derechef de m'aider à me nourrir. Pour qu'il le fasse, je devais vraiment être dans un état pitoyable, et bien que cette idée attise ma colère, j'accepte sans rechigner qu'il appelle sa fille pour me donner ma pitance.
De toute façon je bien trop affamé pour me montrer d'avantage réticent.
Et puis de ce que j’en sais, ces gens m'avaient sauvé après tout, je leur devais bien un peu de reconnaissance ...

La fillette, lorsque sont père eu finit de lui expliquer sa tâche, ne parait que trop ravie de s'y atteler. Calmement cette fois, elle s'approche de moi, ramasse la cuillère puis, après l'avoir sommairement essuyée dans un chiffon qui traînait, la trempe dans l'écuelle avant de l'amener devant ma bouche. Je l'ouvre sans plus de réserve, et la gamine y fait glisser la bouillie encore tiède. Le goût n'est pas fameux, mais il me semble n’avoir rien mangé de meilleur de toute ma vie. Surement est-ce parce que je ne me souviens pas avoir mangé quoique ce soit d'autre …

Lorsque nous eûmes fini notre petit manège, la gamine reposa la cuillère et me regarda un moment, un sourire tout enfantin aux lèvres. Je redoutais qu'elle n'ouvre la bouche pour à nouveau m'assaillir de questions. Je n'étais pas encore en état d'y réfléchir calmement. En réalité, celle qu'elle me posa alors me surpris plus qu'elle ne me dérangea.[/i]


« C'était bon ? »
« ... oui » finis-je par admettre après quelques secondes de silence interloqué.
Pour réponse, la fillette me gratifia d'un sourire encore plus large.
Quelque chose que je ne croyais pas possible à réalité. Elle faisait preuve d'une telle candeur ...



>>> Sauvetage & Perdition : 2nde partie

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Dernière édition par Sethis le Sam 2 Oct 2010 23:46, édité 6 fois.

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 Sujet du message: Re: Les villages aux alentours de Pohélis
MessagePosté: Lun 14 Déc 2009 14:40 
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>>> Sauvetage & Perdition : 1ere partie

Rassassié et encore fourbu, j'espérais pouvoir prétexter la fatigue et me recoucher près du feu afin de regagner rapidement les forces qui me faisaient tant défaut. Mon hôte toutefois, ne semblant pas partager le même avis, se dirigea vers la table et prit place en face de moi puis, rivant son regard dans le mien, m'interrogea d'un voix calme quoique rocailleuse. "A présent, j'aimerais bien savoir qui j'héberge actuellement sous mon toit. Qui êtes vous ?"

Tout en soutenant son regard, je cherchais un moyen d'éluder la question. Je me sentais trop vulnérable pour avouer qu'il ne me restait plus aucun souvenir. Qu'il ne me restait plus rien en réalité.
Mais sous ces sourcils broussailleux, deux yeux d'un bleu délavé, très pur, m'observaient sans tressaillir, et je compris en cet instant qu'il serait vain d'essayer de tromper cet homme. Un je-ne-sais-quoi m'intimait qu'il était bien plus qu'il ne laissait paraître. Aussi décidais-je finalement - bien malgré moi – de raconter le vérité.

"Je l'ignore. Tout ce dont je me souviens est de m'être réveillé dans cette foutue grotte."

L'indéniable vérité.
Dans toute sa simplicité. Nue. Brute. Douloureuse …
Difficile d'admettre que l'on est a présent rien de plus qu'une coquille vide. Un homme sans nom et sans passé, sans but et sans avenir. Peut on réellement vivre uniquement du présent ? Je l'ignore, et je commence même à en douter.
Mais je l'ai dite. Cette phrase prononcée tantôt avait ouvert la porte sur un monde d'incertitudes, de questions sans réponses et de folie. Cette phrase venait de débloquer ma réflexion. Moi qui refusais de voir l'évidence, voilà qu'à présent mon âme hurlait d'horreur devant la stricte réalité. J'étais seul. Je n'avais plus rien. Plus d'amis, plus de famille, pas même un nom auquel me raccrocher. Rien. La solitude et le doute.
Bien qu'immobile sur mon banc, je fus soudain pris de vertige et le visage de marbre, j'observais en spectateur mon égo se déliter sous la violence des coups que m'assénait la vie. La "vie" ... à quoi bon ? Je ne suis ...
"plus rien ..."
Ces paroles m'avaient échappées. Ma condition était-elle si insupportable à mon esprit qu'il suppurait par la parole ?

Mirène me tira de mes pensées. Le contact soudain de sa petite menotte sur mon bras me rendit fou d'abord. Ma raison s'emballait, je sentais poindre une fureur irrationnelle et le temps se dilata. Sa main était si chaude, sa peau si douce; je sentais palpiter dans son bras chacune de ses veines, je sentais son sang rougir ses pommettes toutes enfantines sur son visage enfantin. Tuer.
Elle avait tout ce que je n'avais plus et en cet instant je la haï pour cela. La tuer, les tuer tous les deux. Les tuer tous.
Pourquoi ne pas leur prendre ? Ce serait si simple ... Leur vie, leur amour, leur liens. Tout. Je vais tout leur prendre et il ne restera rien. Pourquoi serais-je le seul à vivre cette épreuve ? Pourquoi ?

Je sens mes muscles qui se contractent. Je me vois déjà bondir sur la fille et lui briser la nuque sur le sol et ...

"Si tu es tout seul, tu peux rester avec nous."
Bloqué dans mon élan, complètement abasourdi, je ne parviens même pas à articuler un mot et ne peut qu'observer bouche bée la gamine, tout sourire, qui me fixe les yeux pleins d'espoirs, comme espérant une réponse. Comme je ne disais rien, elle se tourna vers son père pour appuyer sa demande.
"Hein père, qu'il peut rester ?"

Toute ma colère retomba d'un coup, ne laissant que la fatigue et l'étonnement. Je me sentais complètement démuni devant cette gamine qui était prête à m'accepter comme un membre à part entière de son petit monde. Cela ne m'était même pas venu à l'idée mais à présent c'était clair : je devais reconquérir ma vie. J'avais un but à présent, et tout de suite l'avenir me parut plus simple. Rester avec eux, avoir des amis, un foyer ...
L'homme, après avoir réfléchit un moment, se leva et nous regarda tous les deux, sa fille et moi. Redoutant sa réponse, l'angoisse commença à m'étreindre et ma respiration se bloqua un instant. Chose amusante, il en était de même pour Mirène, et nous voyant ainsi au diapason, le père haussa un sourcil puis éclata d'un rire sonore et grave qui fit trembler les planches de la cabane.

"Qu'à cela ne tienne, si notre ami veut rester, qu'il reste !"
Se tournant vers moi il ajouta d'un ton sans réplique.
"Repose toi bien cette nuit mon gars, la vie ici est dure et tu aura ta part de travail. Je n'aime pas les paresseux."
"Malgré ma blessure ?" ne pus-je me retenir d'ajouter, regrettant presque aussitôt mes paroles.
S'armant d'une hache déposée dans un coin, il termina notre petite discussion en me rassurant sur mon état avant de disparaître au dehors.

"Ne t'inquiète pas, tu es plus solide que tu ne le pense et je t'ai bien soigné. Je sors fendre quelques bûche pour ce soir. Quant à toi Mirène, ne le fatigue pas trop."

Lorsque la porte se referma, je n'aurais su dire à quel point je me sentais soulagé.
J'étais comme un gosse à qui on aurait exaucé un vœux. Ma fatigue sembla même se dissiper tant j'étais heureux, et lorsque je me retournais vers celle à qui je devais tout cela, j'en avais les larmes aux yeux. Avec une délicatesse extrême, comme dans un songe, je passais mon bras valide autour de ses épaules et la serrais tendrement contre moi. Songeant alors à l'erreur que je failli faire quelques instant plus tôt, je laissais ruisseler les larmes que je retenais jusque alors, priant le ciel que jamais plus je ne subisse de tels emportements.

"Merci Mirène ... Merci pour tout ..."


>>> Avec pertes et fracas

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Dernière édition par Sethis le Mer 16 Déc 2009 16:16, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les villages aux alentours de Pohélis
MessagePosté: Mer 16 Déc 2009 16:15 
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>>> Sauvetage & Perdition : 2nde partie

Mon lit improvisé, fait de peau d'ours et de sac de jute emplit de mousse, s'avéra très confortable et c'est tout ragaillardis – bien qu'étonné de ma condition – que je me réveillai le lendemain matin.
En effet, quoique ma blessure encore fraîche me tiraillait, elle ne me gênait pas outre mesure; je m'interrogeais plutôt sur la guérison quasi-miraculeuse de celle-ci. J'ignorais encore tout du monde extérieur, et il me fallait tout réapprendre, mais j'avais le pressentiment qu'une convalescence aussi courte pour une plaie qui failli me coûter la vie n'était pas « normal ». J'aurais été bien en peine cependant de qualifier quelque chose de « normal » dans mon état d'amnésie, et délaissant ce paradoxe – véritable torture psychologique – je préférai me préoccuper du petit déjeuner.
L'homme, dont je ne connaissais toujours pas le nom, avait préparé un véritable festin : du pain frais, du lait, du miel, et de la viande fumée. Je m'étais imaginé que ce trappeur vivait reclus mais voilà qui m'apportait la preuve du contraire car pour posséder pareilles victuailles – en particulier le pain et le lait - il devait bien y avoir un village, ou au moins une ferme, à proximité.

M'attablant, je jetais un bref coup d'œil en direction du grand lit, dans lequel Mirène avait dormit avec son père. Elle y était toujours, et profondément assoupie. Je mangeais donc en silence. Mon hôte s'assit en face de moi et me regardait sans rien dire mordre dans mes tartines avec appétit et boire le lait à grande goulées. Indubitablement, j'avais un appétit féroce, mais je songeais que ces denrées n'avaient surement rien à voir avec l'ordinaire de ma « nouvelle famille » et cela calma quelque peu mes ardeurs. La vie devait être difficile ici, et ce genre de vivre relativement rares et chères. Du geste, j'invitais mon compagnon à partager le repas mais celui-ci déclina l'offre d'un hochement de tête, aussi n'insistais-je pas et finis-je rapidement mes dernières tartines. Lorsque ce fut fait, l'homme se leva, sortit deux pelisses fourrées d'une caisse en bois rangée dans un coin et m'en tendit une. Je l'enfilais sans poser de question et le suivis dehors, refermant la porte derrière moi avec précaution pour ne pas réveiller la petite.

C'était la première fois que je voyais le monde extérieur depuis mon réveil dans ce tunnel.
Enfin, la deuxième en réalité, je l'avais déjà entraperçu en sortant de la grotte, mais dans l'état où je me trouvais alors, j'aurais été bien en peine de profiter du paysage; aussi, après avoir fait quelque pas, je m'arrêtai pour bien observer les alentours. Devant, un ciel bleu sans nuage se partageait le tableau avec un horizon lointain dessiné par une vaste plaine enneigée mouchetée de vert. Derrière moi, la solide petite cabane en rondin de bois, à l'orée d'une forêt d'arbre sans feuilles. Un bel endroit en vérité. Dans l'air flottait une forte odeur de résine, agrémentée par celle plus piquante de la fumée qui s'échappait de la cheminée. De ce cadre vie émanait un douce tranquillité, celle qui vous fait oublier vos soucis et vous sentir vivant. Vivant … je ne demandais rien de plus.

Impatient de me mettre au travail, je m'approchais de l'homme le sourire aux lèvres qui fouillait dans une autre caisse posée contre la cabane. Il en ressortit très vite une cognée d'aspect rustique qu'il me déposa dans la main gauche, mon bras droit – métallique - étant toujours inerte. Je l'avais longuement observé la veille. J'étais terrible intrigué par cette prothèse en argent qui s'accaparait mon bras jusqu'à l'épaule. La facture était grossière certes, mais l'aspect brillant et lisse, dépourvu d'articulations me fascinait. Sans parler de la jointure avec le moignon : de minuscules filaments disparaissaient sous la peau à distances inégales, renforcés par quatre griffes plus larges qui s'enfonçaient profondément dans le muscle et semblaient – j'en jurerais – soudées à l'os. L'allure finale donnait l'étrange impression d'un membre autrefois vivant et mobile, greffé à vif dans un soucis d'efficacité plus que d'esthétisme. Le tout n'était pas dénué de charme, mais brut et épuré, presque bestial. Le souvenir fugitif d'une grande douleur m'avais fait cesser ces considérations et je m'étais endormis d'un sommeil de plomb.

Aujourd'hui, je préférais ne pas y penser, me contentant d'utiliser mon bras gauche. Cependant la hache avait un poids non négligeable et je songeais qu'il ne serait pas aisé de l'utiliser à une main. Mais qu'importe pour le moment, l'homme devait surement y avoir pensé lui aussi. En plus de l'outil, le trappeur sortit aussi un imposant objet métallique tacheté de rouille, en forme de mâchoire disposant de larges dent d'acier. Un piège à ours !

Ainsi équipés, nous nous dirigeâmes vers la forêt, suivant un sentier qui jouxtait la maison.
En passant sous la frondaison des arbres, je ressentis un certain malaise, comme happé par une atmosphère malsaine, et j'eus l'impression que la lumière décru subitement malgré l'absence de feuilles. Ne pouvant m'empêcher de frissonner, je constatais à présent combien ces arbres nus étaient sinistres, et le bois inhospitalier. Je n'étais pourtant qu'à quelques pas de la lisière, mais je ne me sentais vraiment pas rassuré. L'homme cependant marchait d'un pas tranquille à mes côtés, l'air serein.

(L'habitude probablement.) pensais-je, tâchant de me persuader que celui-ci savait ce qu'il faisait.

Nous marchâmes quelques minutes dans le silence, seulement rompu par la neige immaculée qui crissait sous nos pas et le bruit du vent dans les branches. Aucun de nous n'avait encore ouvert le bouche de la matinée, mais il me semblait propice toutefois d'engager la conversation, autant pour me rassurer en meublant ce silence pesant que pour en apprendre d'avantage sur mes hôtes, et nouer un contact plus étroit. Il le fallait bien si je devais rester avec eux.
Je réfléchissais encore à quoi dire lorsque qu'il prit la parole de sa voix grave.

« Tu la sens toi aussi, non ? »
Surpris qu'il lance de lui même le dialogue, il me fallut un instant avant de répondre, comprenant qu'il parlait de l'ambiance lugubre des lieux.
« Oui ... de quoi s'agit-il exactement ? » m'enquis-je, curieux de donner un nom à ce sentiment qui m'étreignais.
« La tristesse. »
Méditant un instant cette réponse énigmatique, je repris ensuite mon interrogatoire, avide d'en savoir plus.
« La … forêt est triste ? Cela n'a pas de sens. »
« Qui te dis que cela n'en a pas ? »
« Comment un arbre peut il est triste ? »
« C'est compliqué. Écoute, je vais te dire ce que l'on raconte sur cette forêt.
Comme toute légende digne de ce nom, celle-ci se déroula il y a très longtemps. Cette forêt était encore jeune, beaucoup plus petite, et malgré le climat rigoureux, les arbres survivaient au froid et au gel toute l'année, car parmi eux vivaient des Oudios. Tu ignore ce dont il s'agit n'est-ce pas ? »

Hochant la tête mollement, j'attendais qu'il poursuive le récit. Sans être passionné par l'histoire, j'étais tout de même amateur de connaissances en tout genre. Ayant tout oublié, je jugeais qu'apprendre vite et beaucoup – fut-ce des mythes - était la meilleur chose à faire.

« Les Oudios » poursuivit-il « sont … ou devrais-je dire étaient, des êtres végétaux, des arbres vivants comme toi et moi, doués de conscience, et pourvus de membres. Ils pouvaient se déplacer et parler, mais jamais ils ne franchissaient les limites de la forêt. Ils adoraient la forêt. Et ils en prenaient grand soin, guérissant les plantes malades, enrichissant le sol, défendant les arbres des prédateurs … L'amour et l'attention qu'ils y portaient était sans faille, et ainsi protégée la forêt résistait même à l'hiver sans perdre une seul de ses feuilles. »
Il fit un pause. Nous continuions de marcher sur un sentier à peine visible, dissimulé sous la neige.
Quoique dénué de feuillage, les branches étaient si inextricablement emmêlées, si densément enchevêtrées, que le soleil parvenait avec peine à faire jour. Aux dires de mon ami conteur, cette forêt était pourtant luxuriante auparavant, mais je n'y croyais qu'à moitié. J'avais peine à croire à l'existence de ces êtres végétaux, ces « Oudios », tout comme j'avais du mal à m'imaginer des feuillus résistants à l'hiver. L'idée même de trouver des arbres caducs dans ce genre de contrées glacées me semblait extravagant, mais il fallait bien avouer que c'était le cas.
Comme le trappeur ne semblait pas vouloir continuer tout de suite son histoire, ce fut moi qui l'interrogea.

« Et qu'advint-il alors de ces créatures ? Pourquoi les arbres sont-ils à présent d'un aspect si misérable ? »
Poussant un soupir tout à fait perceptible, mon compagnon ne parut pas fâché néanmoins que j'interrompe son repos.
« La folie des hommes ! Voilà ce qui à rendu cette forêt si ... "misérable" comme tu dis.
Un jour, ils bâtirent Nehar, à l'est, de l'autre côté de la forêt. Pour prospérer et se défendre des shaakts, il voulurent construire des bateaux et des palissades. Et pour cela, il leur fallait du bois. Beaucoup de bois. Et quoi de plus propice que cette forêt ?

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