L'Univers de Yuimen


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MessagePosté: Ven 15 Juil 2016 16:15 
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    Lorsque Cromax ouvrit la porte et posa un pas sur le sol, ce ne fut pas celui de la chambre du palais d’Illyria qui accueillit son pied, mais un sol de roche noire légèrement fumante. Juste devant son pied se trouvait une racine qui serpentait le long de la pierre, s'enroulant autour des saillants et se lovant dans les creux. En levant la tête, il découvrit un paysage onirique à la réalité pourtant si frappante. Le ciel était celui d’un crépuscule aux étoiles déjà scintillantes dans un bleu grisé s’approchant lentement de la pénombre. La roche noire, elle, était celle d’une lave qui semblait à peine commencer à sécher et dont le rougeoiement se répandait par des fissures avant de s’écouler, goutte à goutte, dans un Océan paisible. Un épais nuage de vapeur en sortait alors, remontant vers la lave qui coulait pour l’enrober avant de s’envoler vers les cieux.

    Ce qui aurait dû apparaître comme un paysage de destruction et de mort semblait pourtant paisible, caressé par l’aura d’un unique arbre qui se trouvait sur le promontoire sur lequel était apparu Cromax, poignée de la porte toujours en main et cette dernière toujours visible. L’arbre semblait être un cerisier noueux dont les fleurs d’un rose pâle auréolaient les branches d’un éclat doux et serein.

    Image

    [Image agrandie en cliquant dessus]


    Au pied de ce promontoire, assise sur une racine sur le rebord et les pieds ballants dans le vide, se trouvait une femme à la chevelure d’un blanc immaculé et vêtue d’une simple tunique bleue dont le doux visage était tourné vers l'Infini. Assise, les mains sous les cuisses, elle contemplait silencieusement l’Océan et l’astre qui se couchait petit à petit derrière l’horizon. A ses côtés se trouvait un grand loup blanc, assis, dont la longue fourrure donnait l’impression d’être perpétuellement caressée par le vent et dont la queue battait nonchalamment l'air. Une bourrasque vint soulever quelques mèches de la jeune femme, mais aucun des deux ne bougea pour accueillir Cromax, le laissant les rejoindre à l’envie.

    Lorsque le sindel refermerait la porte, elle disparaîtrait dans l’air, comme si elle n'avait jamais existé.

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MessagePosté: Jeu 21 Juil 2016 12:56 
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Une inspiration insouciante. Une soudaine envie de me poser, ne fut-ce que quelques instants, sur ce lit défait de nos ébats amicaux et emplumés d’avec Hrist, plus joueuse que je ne l’aurais imaginé de prime abord. Une envie de décompresser, de prendre un temps, même court, pour moi. Pour enregistrer toute cette journée, pour classer dans mon esprit si chaotique toutes les informations reçues aujourd’hui. Reçues depuis mon arrivée sur ce monde. Deux cités, deux fonctionnements différents, des politiques foncièrement divergentes, et une foule de personnalités plus intéressantes les unes que les autres. Je m’avoue sans peine incapable de choisir le moindre camp pour l’instant, si on me le demandait. Ilmatar, les élémentaires, avec leur accueil indescriptible. La simplicité d’Aaria’Weïla mlagré la complexité ancestrale de son être. La complicité d’Ixtli, son sourire merveilleux, son dévouement sans borne. La sagesse de Terhenetar, l’esprit-loup du vent, ses pouvoirs si troublants. L’art martial de Jillian, son envie de le partager. Et de l’autre côté les résidents d’Illyria. La loyale et inflexible Insilbêth, son demi-frère, le mystérieux Hascan. Le rêveur Camiran et la manipulatrice politicienne au grand cœur Thelie. Le dévoué Calech aussi et l’accueillant aubergiste. Un besoin, une envie de me souvenir de chacun d’eux dans les moments que j’ai passé avec, en fermant les yeux, en me détendant, en faisant le point, aussi, sur toute cette situation pour l’instant inextricable. Les alliances en danger des cités humaines, le péril des élémentaires par le drainage, le danger pour le monde avec l’éveil de forces anciennes ayant mené au crépuscule des dieux… Tant de raisons qui me poussent à rester sur ce monde, à l’aider, à dénouer tout cet imbroglio encore si peu défini.

Mais non. Ce moment ne m’est pas accordé. Car à l’instant où, pénétrant cette chambrée qui m’a été allouée, je pose le pied au sol, tout le décor se transforme subitement, comme si la chambre n’avait jamais existé ici. La première chose que je sens est une faible brise, à la fois légère, anecdotique, quoique curieuse dans ce qui est censé être un intérieur et lourde d’une chaleur crépusculaire intense. Puis je vois, devant mon pied posé au sol, une racine sombre posée sur un sol de roche noire. Curieux, je relève les yeux en suivant les méandres serpentant de cette racine se lovant dans le décor en s’incrustant partout où la pierre noire l’a laissée aller. Et ce regard qui se lève englobe bientôt, non sans surprise, la globalité de l’endroit. Devant moi, un paysage à nul autre pareil. Un décor à la fois synonyme de chaos et de destruction et d’une paix intense. De la lave pulse en épaisses coulées flamboyantes presque sèches, joignant leur noirceur à celle de la pierre aux fissures et crevasses laissant deviner un enfer de feu qui s’écoulait lentement, presque lascivement, du haut d’une falaise sans fond, émanant quelques sulfureuses solfatares d’une vapeur indiquant une zone d’eau sous le promontoire magnifique.

Plus loin trône, majestueux rescapé à la tourmente folle, les pétales au vent et subtilement rosés, les branches et les corolles d’un sublime cerisier. Se dressant seul, fier, face à tout cet enfer, il augure l’espoir, la beauté, et l’innée liberté. Sommet merveilleux à ce mont de tempête, il respire l’allégresse, la douceur et la fête. Je me laisse un instant, par sa grâce touché, y voir subrepticement un écho coutumier. Celui de ma vie, dissolue fumerolle, où jamais, non jamais le regret ne se colle.

Au pied de ce symbole, mirant les flots éloignés, une silhouette stagnait, pensive, et désormais familière. Celle d’une femme au somptueux passé et aux lourds secrets ayant su en faire fi pour diriger les siens avec simplicité. Reine splendide au teint d’albâtre, vêtue de son éternelle robe bleutée, elle mêlait sa chevelure immaculée à la toison aérée d’un loup non moins nacré, esprit aérien aussi facétieux que sage, aussi mystérieux que brave. Sans quitter ce délicat spectacle de mes yeux embués, je lâche la porte sans plus m’y intéresser. Dans un claquement discret elle se ferme et disparait, ne laissant que l’écho de son existence, comme si elle n’avait jamais existé. Prudemment, le regard rivé sur la scène superbe, mêlant mes pas au vent en activant le pouvoir dont ils m’ont gratifié, j’avance sans un mot vers la sylphe et l’esprit. Mes mouvements sont fluides, lents. D’une prudence doublée d’insouciance. Léger, je me laisse porter en équilibre précaire sur ces racines éternelles, poussant là où elles veulent sans se laisser bruler par la lave ou par la roche ternir. Le vent, bien que léger, soulève avec subtilité sa délicate chevelure, et la mienne alors que vers elle j’avance. Ils ne semblent ni l’un ni l’autre réagir à ma présence, ne m’adressant ni mot ni regard. Leurs yeux sont perdus dans l’immensité marine qui s’étend sous leurs pieds. À un moment, je pense être près d’Erta’Ale, cité des Ekhii, proche de ce volcan qui a explosé. Mais aussitôt, cette pensée s’évapore comme elle m’est venue. J’ignore quel est cet endroit, ni même s’il est réel. Pourquoi la Reine des Sylphes m’appelle-t-elle à elle ?

Suis-je pris dans un rêve ? Suis-je mort, en vérité ? Poignardé dans le dos ou bien empoisonné ? De Lysis, qui pourtant est toujours à mon corps mêlé, aucune réponse ne vient, comme si elle aussi, absorbée par l’instant, ne voulait le gâcher en l’interrompant.

Moi-même, hésitant un instant après m’être approché d’eux, je reste silencieux, regard porté au loin. Doucement, sans briser ce moment de sérénité, je m’installe à côté de la Reine, laissant mes jambes pendre dans le vide, afin d’observer le crépuscule embraser les cieux de ses couleurs orangées aux zébrures mordorées. Puis, après un instant que je ne saurais quantifier, quand le silence et la paix se sont eux-mêmes trouvés, je pose une main sur l’une des siennes, posées en son giron, sur ses cuisses, d’un délicat contact. Sommes-nous physiquement présents ? Voilà la réponse à laquelle je souhaite répondre, tout en lui indiquant ma présence. D’une voix qui se fait murmure, comme une brise légère je lui souffle :

« Quel est ce lieu, et qu’y faisons-nous ? »

Mes yeux l’observent, la regardent. Ils se posent sur son visage doux, paisible. Ils tentent de croiser les siens, perdus dans l’horizon.

[1044 mots]

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MessagePosté: Ven 22 Juil 2016 15:27 
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    La sylphide ne répond pas tout de suite, les yeux perdus dans ce couché de soleil flamboyant tandis que la main de Cromax effleure la sienne, bien tangible. Elle finit par quitter la contemplation des cieux pour tourner son doux visage et ses yeux céruléens vers le Sindel. Un sourire orne ses lèvres, comme bien souvent.

    - Ce lieu est une halte, un lieu paisible où le temps ne s’écoule plus tout à fait comme sur Elysian, dit-elle dans un murmure. Il appartient à une autre réalité, à un monde qui aurait pu être.

    Ses yeux se replongent dans la contemplation de l’horizon.

    - Tu es un être bien singulier, Cromax, une créature unique telle qu’il n’en a jamais été créée. Tu es parvenu à transcender ce que tu étais pour devenir autre. Je ne suis ici qu’une messagère, le premier témoin de ce que tu seras.

    La voix de Terhenetar s’éleva alors, comme un murmure dans le vent porté aux oreilles de Cromax bien qu’aucun des muscles du loup ne bouge.

    « Te souviens-tu de ce que tu étais au commencement ? Cet elfe ignoré des tiens, recueillit dans la forêt de Tulorim ? De toutes les épreuves qui ont jalonné ta route, ta rencontre avec la moitié de ton être, la créature qui partage tes pensées ? La présence du Dieu des Morts, cet accord avec la Sombre Déesse ? Tous ces évènements qui t'ont mené jusqu'à ce lieu hors du temps ? Te sens-tu… tel que tu fus ? »

    De nouveau, comme au plus profond de l'antre de l'Esprit du Vent, Cromax pouvait sentir les alizées de Terhenetar l'enrober, légèrement joueuses, elles l'accompagnaient sur le chemin de ses souvenirs, de ses pensées, de ses craintes et de ses espoirs.


[Cromax – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (hors du temps), 1 (longueur), 0,5 (bonus)

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MessagePosté: Jeu 25 Aoû 2016 17:33 
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Doucement, la Reine sylphide prend conscience de ma présence, le regard perdu dans cette immensité flamboyante aux vapeurs irréelles, sous ce soleil de feu et ce ciel crépusculaire d’un violet délicat. Lorsqu’enfin elle tourne les yeux vers moi, ses yeux bleus intenses et si complice en toute occasion, son visage serein, contemplatif, se pare d’un sourire gracieux. Un de ceux qui lui vont si bien. Et alors que mon propre regard répond au sien par une curiosité interrogative, mais n’osant pas réitérer ou la presser en quoique ce soit, ses lèvres s’entrouvrent doucement pour me répondre. Une réponse qui n’est guère aidante, en vérité, car elle appelle plus de questions que de connaissances pour moi. Elle décrit cet endroit comme un lieu irréel, de paix, sans corps ni temporalité. Un monde tel qu’il aurait pu être. Sa réponse, pourtant, n’est pas complète. Elle ne m’indique pas la raison de ma venue ici. Ni même, en vérité, le nom de cet endroit, ce qu’il est réellement, fondamentalement. Nous y sommes, et puis c’est tout. En lieu et place, elle reprend son observation contemplative de l’horizon enflammé, et poursuit son discours en décrivant ce qu’elle pense de moi. Ce qu’elle constate de moi-même. Je l’écoute, intrigué, me dire que je suis une créature unique. Je tique à cette affirmation, ne me sentant pas bien plus particulier que la plupart des aventuriers que j’ai pu rencontrer. Un esprit libre, certes, mais comme il peut en exister de nombreux en ce monde. Captant peut-être ma muette interrogation, d’un souffle elle poursuit. Elle précise que je suis parvenu à transcender ce que j’étais pour devenir autre chose. Perplexe, je la laisse se présenter comme le premier témoin de ce que je serai désormais. Une messagère. Un rôle qui convient bien peu, usuellement, à un statut de Reine. Mais là, elle donne l’impression qu’il s’agit presque d’un honneur.

Mais à cet instant, c’est la voix du loup, profonde, immatérielle alors qu’il reste totalement immobile, qui me parvient et inonde mon esprit comme un fin alizé. Et en lieu et place de réponses, c’est à son tour qu’il pose des questions. Des questions dont l’évidence me contraint, une fois de plus, à la perplexité. Il évoque mes débuts, et ensuite mes aventures les plus marquantes. Et avant de pouvoir répondre par l’affirmative, comme porté par son souffle magique, je m’immerge malgré moi dans mes souvenirs, qui s’imposent à moi comme si j’en étais le témoin direct, oculaire. Un observateur extérieur de ma propre existence.

Ainsi je suis d’abord plongé dans la forêt bordant la si familière Tulorim. À l’ombre de la canopée, je suivais alors, encore enfant, une leçon de mon maître, ce vieil elfe vert retiré des siens qui, bien qu’il m’ait tout appris, ne m’a jamais révélé son nom. Poignard à la main, je me tenais immobile, paisible et accroupis sur l’humus forestier, quelques feuilles fraiches d’un vert tendre à mes pieds. Je sentais sur moi le regard du taurion, bien qu’il me soit invisible, caché pour ne perturber en rien cette expérience didactique. Une petite boule de poils approchait du leurre pour le grignoter, mais je demeurai paisible, totalement immobile, laissant filtrer doucement ma respiration sans la bloquer, pour ne pas être tendu, tel que mon maître me l’avait enseigné. Le lapin, d’abord craintif, prudent, s’était alors innocemment laissé aller à un copieux déjeuner. Alors, seulement alors, et fermement, ma lame s’était abattue sur sa nuque, le transperçant de part en part, le clouant au sol. Je l’avais tué sur le coup, efficacement, froidement. Je me rappelle la panique qui m’avait alors parcouru. Le constat d’un tel pouvoir chez moi. D’une telle facilité d’exécution. La première fois que je tuai. Je me souviens encore des paroles de l’elfe vert, comme un souffle venant du passé.

« Un excès de confiance peut-être nuisible. Sois toujours la lame, pas le lapin. Sois proche de tes ennemis et méfiants de ceux qui se disent tes alliés. »

Je l’avais pourtant alors à peine entendue, trop excité et terrifié d’avoir tué, regardant avec fascination ce petit cadavre qui fut notre repas, ce jour-là.

La vision se troubla, et se mua en autre chose. La forêt se changea en désert, le jour en nuit étoilée à la lune pleine et blonde, sous le voile saphir. L’action se déroulait dans les Dunes ensablées de l’Est de l’Imiftil. Je portais les couleurs, noir, blanc et or, de la cité de Tulorim où j’officiais en qualité de milicien. Une mission d’escorte princière, je devais ramener chez elle la fille des Kel Attamara, famille régnant sur le désert. Une attaque de bandit m’avait laissé seul avec la princesse, enceinte jusqu’aux lèvres. Ce soir-là, je mis au monde son enfant. L’instinct me guida, malgré les haut-le-cœur, malgré la terreur, jusqu’à ce que j’amène à la vie ce petit être chétif. Un nouveau constat naquit en moi. Car si je savais donner la mort, désormais, je pouvais aussi donner la vie. Cette nouvelle vision, plus courte, se terminé sur une chevauchée dans les sables brulant, sur le dos d’un étalon noir de la plus pure race. Lune, ma récompense de ces rois du désert pour avoir sauvé la vie de sa fille et de sa descendance.

Comme si un souffle aérien soupirait sur le souvenir, il s’évanouit dans les limbes et laissa place à de nouvelles images. Doucement, sans empressement, je découvris ce nouveau souvenir. C’était la nuit, encore, mais à Tulorim, cette fois. J’avais suivi, dans les ruelles sombres, depuis l’auberge du Pied Levé, une elfe pâle aux yeux lilas, jusqu’au sordide décor du cimetière de la cité. Désert, en ces heures sombres, je m’étais uni à elle à même les pierres des tombes. La première fois que je me liai charnellement à un être. Et certainement pas la dernière. Une sorte de spirale vertigineuse s’empare de moi alors que l’image du visage de toutes mes amantes et amants s’envole dans mon esprit comme pris dans un tourbillon venteux. Zya, Prunelle, Cheylas, Lillith, Salymïa, Sidë, Pulinn, Sania. Et toutes celles dont ma mémoire n’a pu retenir le prénom, pour peu que je l’aie su un jour. Et puis celui de Lysis, qui effaça tous les autres pour perdurer, seul dans ma vision.

Lysis. Ainsi l’ai-je nommée d’un terme elfique qui veut dire Amitié, et qui s’est révélée bien plus qu’une amie pour moi. Amie, certes, mais amante aussi. Une guide, une confidente, un point d’accroche. Tellement que finalement, nous avons pu fusionner, une chose qui, selon ses propres dires, n’était jamais arrivé dans l’histoire de son espèce, ou de la mienne. À un tel point que malgré moi, je la sens parfois décider elle-même de ma propre destinée. Loin de lui en vouloir, je me laisser porter par ces choix parfois surprenant, toujours libertaires, qu’elle peut faire à mon égard. Je sais, au plus profond de moi-même, qu’elle veut mon bien. Mieux : qu’elle sait ce qui est bon pour moi bien mieux que moi. Sans pitié, elle ne s’encombre pas des faiblesses de la chair et de la compassion. C’est elle qui, trouvant une tierce voie aux deux impasses que proposait Oaxaca, a fait de moi un Seigneur de l’Ombre. Elle qui, depuis ma rencontre avec elle, alors qu’elle me surveillait de sa forme de rouge-gorge, m’a mené jusqu’à la forêt des siennes pour que je la rencontre et lui donne un nom, apprenant au passage l’existence de son peuple si particulier. Elle qui, enfin, me donne tous mes pouvoirs. Ma peau de rose, mes métamorphoses, ma fusion avec elle. Elle qui m’a toujours convaincu du bienfondé de mes actions, qui m’a soutenu même lorsque la mort me menaçait de me prendre. Elle, finalement, qui est là avec moi aujourd’hui, près de ce symbolique et puissant duo d’aériens personnages, dans cet endroit qui n’en est pas vraiment un, à une époque qui n’en est pas vraiment une.

Rouvrant les yeux, comme sortant d’un songe, de la vision de mes souvenirs passés, qui sont remontés si vivement à ma mémoire que je n’ai pu les ignorer, je pose le regard sur Terhenetar. Il est toujours immobile, immuable. Je décide de lui répondre, même si je suis conscient que tout ce que j’ai pu voir, il l’a sans doute vu aussi.

« Oui, je me souviens. Et au final, je ne crois pas avoir tant changé. Pendant toutes ces aventures, durant tous ces déboires et plaisirs du passé, je suis toujours resté moi-même, fidèle à mes principes et à mes idéaux. »

J’avais cependant noté son utilisation du passé, et l’inquiétude était montée en moi, quand bien même n’ puis-je pas y croire.

« Suis-je mort ? Est-ce là la dernière vision des mortels qui trépassent, sur Elysian ? Un dernier regard sur le crépuscule de leur vie… »

Mon crépuscule, lorsqu’il arrivera, sera sans doute semblable à celui-ci. Beau et mêlant douceur et dangers, souffle épique et tempérance posée. Cependant, je ne peux me résoudre à être mort. Comment, déjà ? Je rentrais dans ma chambre. Hrist n’a pu poser de piège pour m’en empêcher. Lysis m’aurait prévenu, elle m’aurait signalé ce tournant du sort. Et puis, je n’ai même rien senti. Non. Elle ne répond pas, Lysis, mais je la sens avec moi. En moi, toujours mêlée à ma chair. Nous pensons par la même voie. Etonnamment, et contrairement à mes paroles, je me sens plus vivant que jamais. Plein d’un entrain que je ne comprends pas moi-même. Je tourne les yeux vers la Reine, Aaria’Weïla, avec un sourire paisible.

« Si c’est là ma mort, elle est bien belle. »

[1598 mots]

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MessagePosté: Lun 5 Sep 2016 12:46 
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    - Non, tu n’es pas mort, Cromax.

    Tout autour de lui, les vents s’agitèrent et murmurèrent à son oreille : « Cromast d’Amarthan, Cromast d’Amarthan, Cromast d’Amarthan, Cromast d’Amarthan » avant de se taire brusquement alors qu’Aaria’Weïla poursuivait.

    - Peut-être un jour souhaiteras-tu rejoindre les limbes et l’oubli, que ceci eût réellement été ton dernier jour et ta dernière vision. Tel est le fardeau de l’immortalité.

    Elle n’expliqua pas cette dernière affirmation, à la place elle prit une profonde inspiration et retint son souffle une fraction, comme si elle s’apprêtait pour quelque chose de difficile. Prenant appuis sur un bras, elle se releva, faisant signe à Cromax de faire de même. Lorsqu’il se fut redressé, elle lui tendit une main blanche et douce qu’elle l’invita silencieusement à prendre. A peine l’eût-il touchée que le décor changea brusquement autour d’eux.

    Le ciel enflammé avait laissé place à un voile sombre moucheté de l’empyrée glorieuse et radieuse, éclairé par une lune gironde. Sous leur pied, une terre éthérée, duveteuse, parcourue de volutes nuageuses. Devant eux, un arbre d’un blanc le plus pure qui tutoyait les cieux. Ils semblaient être sur une île étrange qui flottait au-dessus d’un monde dont les traits éclairés par la lune semblaient être ceux d’Elysian. Cromax pouvait voir les lumières d’Illyria, de Valmarin d’Arden et de Sihle répondre dans ce patchwork de tâches nocturnes aux étoiles au-dessus de sa tête. Il y avait pourtant quelque chose d’irréel dans cette vision, la sensation que ce qu’il voyait n’était pas l’Elysian qu’il connaissait.

    Image


    Mais, plus marquant encore que tout ceci, c’était la présence qui lui faisait à présent face, flottant au pied de l’arbre blanc. Sa taille était elfique, mais son apparence était toute autre. Vêtu, à moins que cela ne fasse simplement partie de lui, d’or et de blanc, sa chevelure albe semblait flotter par une volonté propre, enfermée dans une coiffe cuivrée. Entre ses doigts, il semblait garder des fils d’or et d’argent, comme autant de vies qui étaient sa responsabilité. Car Cromax n’avait pas besoin de lui être introduit pour comprendre qui se tenait face à lui : Yuimen, le Dieu de la Vie et de la Nature en personne. Il rayonnait littéralement d’une puissance qui aurait été écrasante s’il avait été un simple mortel. A la place, il la ressentait dans tout son être.

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    Aaria’Weïla et Terhenetar se tenaient chacun de part et d’autre du Sindel. S’ils semblaient graves, aucun des deux n’était perturbé par la vision du Dieu en personne, au contraire, même, la Reine des Sylphes alla jusqu’à incliner la tête. Un geste empreint d’un profond respect, mais dépourvu de la moindre déférence. Étonnamment, le Dieu sembla répondre à cette salutation de la même manière avant de tourner son attention sur Cromax tandis que Terhenetar, à présent de la taille d’un cheval, s’asseyait à leurs côtés.

    Le Sindel pu sentir presque physiquement le poids du regard de Yuimen, la force qui s’en dégageait. Et les implications sous-jacentes.

    « Un être d’exception a gravit les échelons. Sa puissance est telle que Nous l’avons ressentie, par-delà les Mondes et le Temps. Un Demi-Dieu s’est éveillé sur des Terres Inconnues, lui dont l’essence est liée à Yuimen. »

    Telles furent les paroles qui résonnèrent dans l’air. Elles donnaient l’impression d’être tonitruantes sans pourtant paraître plus forte que de simples paroles. Aaria’Weïla s’écarta légèrement de Cromax pour prendre place à côté du dieu et de l’elfe, formant ainsi un triangle. Elle inclina de nouveau la tête avec le même respect qu’envers le Dieu, mais cette fois ce geste était destiné à l’aventurier qu’elle avait accueilli en sa cité.

    « Bienvenue, Cromax, au Panthéon des Dieux. »


[Cromax – xp : 0,5 (introspection) ; 0,5 (visions) ; 1,5 (longueur)]

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 Sujet du message: Re: ? - ?
MessagePosté: Jeu 15 Sep 2016 11:23 
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Même si j’étais persuadé, au plus profond de moi-même, que ce n’était pas le cas, la nouvelle de ma non-mort m’ôte un tel poids que je sens ma poitrine soudainement se relâcher d’une pression inconsciente qui me forçait à retenir ma respiration. La voix d’Aaria’Weïla, à la fois douce et apaisante, fut comme une caresse du vent, celui qui s’agitait autour de nous en soufflant dans un murmure des temps anciens mon nom. Mon vrai nom, celui que je tiens de mes parents inconnus, celui qu’ils m’ont donné lorsqu’aux côtés de ma sœur, je suis né. Cromasth d’Amarthan. Celui que je ne connais que depuis peu, grâce à l’intervention de Lysis, qui me l’avait caché jusque-là. Néanmoins, il sonne faux à mes oreilles. L’on ne m’a jamais appelé comme ça. C’est un nom que je ne mérite pas, auquel je ne suis pas attaché, m’étant habitué depuis mon plus jeune âge à cette double syllabe si rude aux yeux des elfes. Cromax. Le nom sous lequel je me suis fait connaître de par le monde n’est-il pas plus important que celui dont on m’a affublé avant de m’abandonner ? Sans aucun doute. Néanmoins, à l’entente de celui-ci, poussé par les vents magiques de cet endroit mystérieux, un frisson parcoure mon corps entier.

Et subitement, les vents se taisent pour laisser parler leur Reine. Elle évoque l’immortalité, en une sentence mystérieuse qui me fait hausser un sourcil. Je connais son passé, les épreuves qu’elle a subies. Peut-être est-ce sa propre mort qu’elle voudrait mettre en scène de la sorte, sans le pouvoir. La nostalgie de sa longue vie est présente dans son ton, dans sa voix et ses propos. Elle irradie de son être comme une évidence brutale, mais dont je ne saisis pas le sens. Je ne la questionne cependant pas. Pas pour l’instant, en tout cas. L’instant a l’air tellement chargé de sens qui m’est encore inconnu que je préfère ne pas m’aventurer sur des voies où je pourrais passer pour un abruti. Laissant le temps au temps, je la regarde se redresser et me tendre une main délicate que je saisis doucement pour l’imiter. Sitôt que mon épiderme touche le sien, si doux, une mutation aussi subite qu’inexplicable a lieu. L’endroit se change, se métamorphose brutalement. Au crépuscule flamboyant, une froide nuit aux cieux chargés d’étoiles et illuminés d’un croissant d’une lune gigantesque succède. L’arbre noir aux racines brulées par la lave irradiant sa chaleur fait place à un arbre immaculé, entièrement blanc, presque fantomatique, qui prend racine dans un sol duveteux, iridescent, éthéré. Comme un nuage sur lequel nous serions posés.

En contrebas, une terre plongée dans la nuit. Une lande dont je reconnais les traits comme ceux d’Elysian, pour ce que je connais de sa géographie pour l’avoir un peu parcourue, et pour en avoir vu des cartes. Illyria est parfaitement identifiable, avec ses larges lumières irradiant sur une mer proche. D’autres villes se reflètent de même, que j’identifie comme les cités humaines. Je me surprends un instant de ne voir qu’elles, et non les villes élémentaires, dans les hauts monts des Crocs du Monde. Une nuit éternelle se serait donc abattue sur cette partie du monde ? Je ne peux le croire, non. Pas maintenant. Pas tout de suite. Ce que je vois sous moi n’est que le reflet des craintes d’Aaria. La chute des élémentaires, dans un monde qui ne serait plus parcouru que par les Hommes.

Je redresse les yeux vers elle, compatissant, m’apprêtant à la rassurer sur ces craintes, ayant presque l’impression d’être, finalement, coincé dans un rêve conscient où elle m’aurait attiré pour me faire part de ses peurs les plus sauvages, mais mon regard est attiré par autre chose. Par un être sans nul autre pareil, lévitant à un pas de hauteur au pied de l’arbre blanc et dénudé de feuillage. L’or et le blanc prédominent sur tout le reste, silhouette humanoïde enveloppée dans des habits de haute qualité, au faste évident et à la prestance notoire. L’être, chose incongrue, ne possède pas de visage. En lieu et place, une épaisse chevelure blanche lâche qui flotte dans les airs magistralement, ceinte d’une couronne complexe de la couleur du cuivre. Il tendait entre ses mains ouvertes des centaines de fils dorés et argentés, comme les cordes dont il serait l’instrument, prêtes à vibrer lorsqu’il les ferait raisonner. Une prestance unique, irréelle, irradie de cet inconnu, qui ne l’est finalement pas tant. Car à sa seule vision, un nom vient à mon esprit, se placarde en moi comme une évidence. Yuimen. Le divin Yuimen, représentant de la vie et de la nature sur mon monde éponyme. Celui qu’il m’est arrivé si souvent de parjurer, avant de me faire à son existence sans pour autant m’y intéresser. Maintenant que je l’ai face à moi, qu’il me scrute de ses yeux invisibles, je comprends qu’il puisse attiser la ferveur croyante chez certains. L’exemple probant de Lothindil me vient à l’esprit, fervente défenseuse de sa religion et de son dieu. L’a-t-elle seulement vu comme je le vois maintenant ?

Les questions se bousculent dans mon esprit. Qu’est-ce qu’il fait là ? Qu’est-ce que moi, je fais là en sa présence ? En leur présence à tous les trois ? La contrariété de n’y trouver aucune réponse valable ou réaliste m’irrite, et je fronce les sourcils, dans la gravité du moment. Aaria le salue comme elle le ferait d’une vieille connaissance un peu distante, d’un signe de la tête auquel le divin répond naturellement. À mes côtés, les deux représentants des sylphes semblent me garder, m’accompagner dans cet instant qui m’est réservé, je le sais maintenant. Ce n’est pas pour l’un ou pour l’autre que je suis là, pas même pour Yuimen. Mais pour moi. Ils m’ont attiré là pour me délivrer une nouvelle, dont je ne perçois pas encore la nature ni l’explication, mais dont l’occurrence est claire, désormais, alors que le regard inexistant du divin se pose sur moi, scrutateur.

La puissante voix se fait alors entendre. Et les propos qui en sortirent me laissent un instant interdit.

« Un être d’exception a gravi les échelons. Sa puissance est telle que Nous l’avons ressentie, par-delà les Mondes et le Temps. Un Demi-Dieu s’est éveillé sur des Terres Inconnues, lui dont l’essence est liée à Yuimen. »

Mes yeux s’ouvrent si grands que j’ai presque l’impression qu’ils vont sortir de mes orbites.

(Qu… Quoi ? C’est quoi cette histoire, encore ?)

J’ai du mal à y croire, comme j’ai eu par le passé du mal à croire à l’existence d’êtres supérieurs, les divins. Et pourtant, comme j’ai dû me faire à leur propre réalité, je dois accepter cette nouvelle comme un état de fait : tout en moi indique qu’il a raison. Qu’il ne se trompe pas. Une vague puissante me submerge, une sensation de contrôle presque absolu de ces pouvoirs que j’ai traîné depuis quelques temps, désormais. Quelques puériles questions me viennent à l’esprit, que je pourrais poser en cet instant vertigineux. Dois-je quitter Elysian, si c’est à Yuimen que je suis attaché ? Ai-je le droit de prendre une apparence aussi classieuse que la sienne ? Devrai-je à l’avenir vivre sur Nyr, l’île volante des elfes dorés, demeure mobile des dieux, sans plus pouvoir intervenir ? Et puis, avant de les poser, d’une simple pensée elles s’effacent toutes.

Je fais ce que je veux.

D’apparence, j’aurai celle qu’il me plait d’avoir. Nul n’entravera plus jamais mes pas, ou ma volonté. Et j’ai le droit de choisir où ceux-ci me mèneront. Je suis un demi-dieu, désormais, puisque tel est ce que Yuimen en personne a énoncé. Mais ça ne change rien. Je reste Cromax avant tout. Je reste moi, malgré tout, ivre de vie et de liberté. Si, en réalité, ça change plus qu’un peu. Car désormais, je peux être totalement libre. Libéré de mes craintes les plus sombres. La mort. L’enfermement. À partir de maintenant, mes choix seront les seuls à pouvoir influencer sur mon avenir. Et je sens un instant mon esprit sombrer dans les pensées extrêmes de Lysis. Elles font aussi partie de moi, maintenant. Mais toujours soumises à mon propre jugement. Elles s’équilibrent, finalement, dans notre esprit conjoint.

Je me frotte un instant les tempes, comme pour me donner contenance, et quand je relève la tête, c’est une assurance sans borne qui nait sur mon visage, dans mon regard. Un regard d’onyx, au fond duquel brille une lueur qui n’y est plus apparue depuis longtemps, maintenant. Une lueur rougeoyante, sombre comme le sang qui parcoure mes veines. La lueur de mon instinct, que j’ai si longtemps confondue avec la colère vengeresse et cruelle qui sommeillait en moi.

Je pose un instant les yeux sur la Reine des Sylphes. Aaria s’est écartée de moi pour me saluer en inclinant sobrement la tête, comme elle l’a fait avant avec la divinité. Et puis, mon regard revient vers Yuimen, cet être volant que je n’ai jamais vu auparavant, mais qui vient m’apporter ici plus que je n’aurais jamais pu rêver. Il me souhaite la bienvenue. La bienvenue au Panthéon des Dieux. Car c’est ce que je suis, désormais. Une divinité. Un Immortel.

Je laisse s’égrener quelques secondes avant de répondre, d’une voix plus confiante que je n’aurais pu croire.

« J’ignore, seigneur, si je dois vous en remercier. Vous me conférez une chose que j’ai toujours souhaité, mais je ne me sens pas pour autant votre obligé. Avec tout le respect que je vous dois, ce nouveau statut ne doit m’apporter aucune nouvelle obligation, sans quoi je le refuse aussi net. »

Je n’ai aucune envie de subir le poids de nouvelles nécessités m’enfermant dans des devoirs que je ne souhaiterais pas. Je me tourne alors vers Aaria, et m’avance vers elle, si solennelle, pour lui prendre la main entre les miennes.

« Quant à toi, Aaria’Weïla, mon hôte en ce monde, ma Reine, rien ne change pour nous. Je suis toujours Cromax, et je tiendrai mes promesses. »

Je lève sa main délicate pour y déposer un fugace baiser de mes lèvres, avant de relâcher son membre dans l’attente de réponse. Viens-je de cracher sur ma destinée ? Car tout statut, même divin, n’ira en rien contre mon désir de liberté.


    [1671 mots (sans les paroles de Yuimen)]

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 Sujet du message: Re: ? - ?
MessagePosté: Jeu 15 Sep 2016 14:52 
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    Le Dieu ne répond pas aux paroles de Cromax, ou du moins pas tout de suite, comme s’il le laissait affirmer sa propre déité, se battre avec ce concept si fraîchement déposé sur ses épaules, si frêles en comparaison. Demi-Dieu. Car Demi-Dieu il est à présent. Pourtant, le doux sourire d’Aaria est le même, tel qu’il a toujours été depuis la première fois qu’il la vit sur le perron du palais d’Ilmatar. Ou peut-être est-il devenu un peu plus, peut-être partage-t-il un peu de cette compréhension mutuelle de deux êtres à part, différents et uniques, chacun à leur façon.

    Elle lève la main qu’il a baisée pour la poser sur son épaule.

    - Rien n’a changé, Cromax, de même que je suis et ait toujours été Aaria’Weïla.

    Des paroles à plusieurs niveaux, que Cromax comprendra sans doute. Elle lance alors un regard à Yuimen, un regard énigmatique, comme si une muette discussion passait entre eux, ou un entendement dépassant la nécessité des mots. Elle finit par acquiescer et tourner la tête vers Cromax. Cependant, ce fut le Dieu qui prit la parole, s’avançant vers le sindel en flottant dans les airs.

    « Tu ne peux renier ce que tu es, Cromax, pas plus que je ne puis renier ce que je suis. Demi-Dieu de Yuimen tu es et tu resteras, que cette nature soit dans ton vouloir ou non. »

    Aaria’Weïla reprit la parole, peut-être par volonté de préciser les paroles de Yuimen, du Dieu si longtemps resté éloigné des mortels.

    - Il n’est pas demandé de toi que tu abdiques ta liberté, Cromax, car tu es tel que tu es et tu incarnes la Liberté. Nulle chaîne ne peut à présent t’entraver que celles que tu acceptes. Tu peux parcourir ce monde et bien d’autres encore. Ton essence appartient à Yuimen, mais ton être est Libre.

    Elle semblait consciente de l’importance de ses mots, de leur signification peut-être mieux encore que Cromax lui-même.

    « Déjà les rumeurs de l’avènement d’un nouveau Demi-Dieu se répandent sur Yuimen, et les êtres affluent. Car la Liberté n’avait jamais été représentée. Elle attire, elle intrigue les peuples. A ton retour, rends-toi sur Nyr, Demi-Dieu Cromax, puis tu arpenteras Yuimen comme aucun de nous ne le peux depuis bien, bien longtemps. »

    L'Aprenteur, l'Arpenteur, l'Arpenteur, murmurèrent les vents en réponse.

[Cromax – xp : 0,5 (introspection) ; 1 (like a god) ; 1,5 (longueur), 0,5 (bonus)]

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 Sujet du message: Re: ? - ?
MessagePosté: Jeu 15 Sep 2016 16:04 
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Le sourire d’Aaria m’absorbe complètement, alors qu’elle pose doucement sa main sur mon épaule. Elle est un guide, un phare dans la nuit, à bien des égards. Car elle sait, elle, ce qu’il en est. Et elle sait que je sais ce qu’elle est, ce qu’elle a été, et ce qu’elle sera à jamais. Elle m’assure que rien n’a changé, ni pour moi ni pour elle. Qu’elle est là telle qu’elle l’a toujours été. Comme moi je le fus, et comme moi je le serai. Plissant subtilement les yeux en laissant les coins de mes lèvres remonter en sourire fugace, j’acquiesce doucement, avec sagesse, à ses propos. Je lui signifie sans un mot que j’ai compris ce qu’elle a voulu me dire.

Mais déjà, elle se tourne vers Yuimen, la divinité si dorée, que je n’imaginais guère comme ça, initialement, lui conférant une apparence plus sauvage, plus bestiale… Plus forestière. Le biais de l’avoir connu par la frénésie religieuse d’une druidesse fanatique, sans doute. Un dialogue silencieux s’instaure entre eux, une communion pleine de sens, dont je ne saisis pas l’essence. Et lorsqu’elle se tourne à nouveau vers moi, c’est avec surprise que j’entends Yuimen en personne me répondre. Je fige mon attention sur lui, non sans guetter de fugitifs regards les réactions de la Royale essence aérienne. Les paroles du divins sont intransigeantes, un peu rudes, même. Rassurante dans le fond, car il m’assure que quoiqu’il arrive, mon statut divin ne saurait m’être enlevé, pas plus que le sien, mais inquiétante dans le sens où, comme je le craignais dans mes précédents propos, ça m’amène peut-être à de nouvelles obligations dont je n’ai aucune envie d’entendre parler. Je fronce les sourcils, prêt à répliquer, à me rebeller contre cet état de fait, mais Aaria’Weïla prend la parole d’un ton qui m’apaise.

Ses dires expliquent, un peu plus diplomatiquement que ceux de Yuimen, ce qu’il en est. Ainsi, elle m’indique que si je suis attaché à Yuimen par mon essence, chose à laquelle je ne peux échapper, ni n’en ai la volonté, mes racines se trouvant sur ces verdoyantes contrées, je peux parcourir les mondes qu’il me plaira de parcourir. Elle indique alors officiellement que j’incarne, dans ma semi-divinité, une valeur que j’ai toujours défendue comme étant un fondement même de mon être : la liberté. Nulle chaine ne peut plus m’entraver sans que je les ais préalablement acceptées. Je ne peux m’ôter de l’esprit une traduction viciée de ces propos pourtant innocents, m’arrachant contre ma volonté un sourire narquois, que je perds lorsque le divin doré reprend la parole de sa voix de stentor, m’indiquant que les rumeurs de mon avènement parcourent déjà Yuimen, et que des peuples et êtres sont attirés par cette nouvelle opportunité de culte. Il me commande de venir sur Nyr, à mon retour sur Yuimen, et ensuite je pourrai œuvrer tel que bon me semblera. Arpenter de nouveau Yuimen.

Le vent se lève autour, murmurant un surnom qu’il me confère, et où je reconnais la patte du loup blanc. L’Arpenteur. Un nouveau sourire m’est arraché avant que je me tourne de nouveau vers Yuimen, plus sérieusement.

« Il en sera fait ainsi. »

Puis, singeant le salut poli, mais sans déférence particulière, d’Aaria’Weïla, j’inclinai la tête vers le divin avant de me tourner vers la Reine.

« Maintenant, si vous le permettez, j’ai à faire pour sauver ce monde des dangers qui l’étreignent, et je ne fais pas entièrement confiance aux autres émissaires envoyés dans le même but. »

Combien de personnes Hrist avait-elle assassiné en mon absence ? Combien d’imprudences Faëlis avait-il pu commettre ? Combien d’insultes irrévérencieuses avaient filtré de la rude Pureté ? Il est grand temps que j’y retourne. Mais avant, je précise :

« Mais avant, ô noble Reine, j’aimerais vous parler un instant de ce que j’ai déjà commis en ces terres, afin de vous demander conseil. »

J’espère qu’elle comprendra mon souhait de me retrouver en privé avec elle. Il m’est désagréable de snober de la sorte un Dieu, mais… les affaires avant tout. Et les miennes sont urgentes.

    [682 mots]

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 Sujet du message: Re: ? - ?
MessagePosté: Ven 16 Sep 2016 22:25 
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    Yuimen incline à son tour la tête à l’égard de Cromax, sans rien ajouter de plus. Aaria, quant à elle acquiesce aux paroles de Cromax et tend de nouveau la main devant elle, invitant le sindel à la prendre.

    Au premier contact, le paysage change de nouveau du tout au tout. Rien de ce crépuscule éthéré au cerisier dominant les laves. Plus rien de cet arbre blanc et de l’empyrée au-dessus de lui. Non, cette fois, c’est sur le toit du monde qu’ils se trouvent, ou du moins telle est l’impression que donne ce nouveau lieu. Un plateau gigantesque recouvert d’une plaine à l’herbe d’un vert profond, donnant sur un ciel céruléen. Puis tout autour, une falaise. Une gigantesque et interminable falaise qu’enserrent tels des flots cotonneux des nuages d’un blanc immaculé, bras plaidant cette roche dure et froide, indomptable.

    Image


    Aaria’Weïla et Cromax se trouvent sur la pointe de ce plateau étrange, les pieds à quelques pas du vide qui s’effondre sur une centaine de mètres avant d’atteindre les nuages. La Sylphide regarde l’horizon cotonneux, la masse nuageuse qui semble s’étendre à l’infini, avant de dire :

    - Je t’écoute, Cromax, qu’avez-vous découvert, comment se portent les aventuriers ?

    Elle ne lui laisse cependant pas le temps de répondre avant d’ajouter, un demi-sourire aux lèvres, amusé, malicieux presque :

    - Ne souhaites-tu pas apprivoiser cette puissance qui est tienne, apprendre à danser dans le vent ?


[Cromax – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (départ), 0,5 (longueur)]

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 Sujet du message: Re: ? - ?
MessagePosté: Jeu 22 Sep 2016 19:09 
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Noble, Yuimen, le divin de la vie venu en ce monde pour mon sacre, même si j’ai encore du mal à le croire, me rend mon salut sans prononcer un mot de plus. Ainsi se termine cette intervention un peu malaisée d’un divin séculaire envers un parjure de peu de foi accédant malgré lui au panthéon des plus puissants. En vérité, ça ne s’est pas passé aussi mal que ça aurait pu, compte tenu de mon passif avec ces divins éloignés, se faisant prier pour tout sans agir en retour. Satisfait néanmoins, même si je me sens toujours étrangement porté par un rêve dénotant d’une personnalité égocentrique et narcissique, je me tourne vers Aaria’Weïla, qui me sourit humblement, me saluant également tout en me tendant la main, m’invitant certainement à m’en saisir. Je plonge un instant dans son regard céruléen si énigmatique et empli de mélancolie, de compassion et de profonde gentillesse, sans que celle-ci soit une faiblesse. Confiant, entièrement confiant, je pose ma main sur la sienne en un contact doux – comment la rencontre de nos deux épidermes saurait ne pas l’être ? – en la regardant d’un sourire complice, sachant pertinemment qu’il ne s’agit pas là d’un geste d’affection, mais d’une démonstration nouvelle de ses propres pouvoirs.

Et je ne suis pas trompé : sitôt que la peau frôle la sienne, s’y attachant avec une ferme douceur, je me sens comme transporté. Je nous sens transportés. Ou en tout cas, l’instant d’après, nous ne nous trouvons plus au même endroit que précédemment, au pied de cet arbre lunaire, ni même en compagnie de Yuimen ou de Terhenetar. Le paysage est toujours perdu dans les hautes sphères au-dessus des nuages, loin et haut dans les cieux d’Elysian, bien au-delà des Crocs du Monde. Un immense plateau verdoyant cerné d’une falaise gigantesque le contournant entièrement, comme une île volant au milieu d’un océan de nuages blancs. Les flots cotonneux de ces voiles éthérés semblent prendre d’assaut la pierre brute sans pouvoir l’escalader, ne laissant qu’un ciel dégagé merveilleusement bleu au-dessus de nos têtes. Voyant ce décor empreint de liberté, j’inspire longuement avant de relâcher l’air de mes poumons d’un soupir de ravissement. Que de paysages splendides et incongrus en si peu de temps. Tous ceux-là, hélas, appartiennent à Elysian, monde menacé de carnage et de destruction. Ils pourraient, si nous ne parvenons pas à endiguer le drainage, venir à disparaitre, à ne plus exister que dans les souvenirs de cette noble dame qui m’accompagne ce jour.

Je la regarde, à quelques pas du vide, les yeux portés sur le lointain horizon immaculé. Elle est superbe, involontairement impérieuse, irrémédiablement altière, quand bien même elle tenterait de s’en cacher. Sa voix aérienne se mêle la monotonie silencieuse de l’endroit sans la briser, alors qu’elle me demande un rapport de mes découvertes à Illyria, et des nouvelles des autres aventuriers. Elle ne me laisse cependant pas commencer que, parée d’un sourire de connivence, malicieuse, elle me demande si je n’ai pas envie de tester mes nouveaux pouvoirs, mes nouvelles capacités, que je ne connais pas encore, en vérité. Danser dans le vent. Je soupire un instant avant de répondre, un sourire aux lèvres.

« J’adorerais, ma Reine, danser avec toi dans ces cieux. Mais le poids des dangers qui menacent ce monde est trop important pour ne d’abord évoquer notre avancement. »

Je prends un air de regret un peu sérieux, un instant, alors que je commence à parler de mes aventures depuis mon départ d’Ilmatar.

« Il ne me faudra d’ailleurs pas tarder à retourner à Illyria, où la situation politique est désastreuse. Le Baron Leodos, le plus vieux des successeurs possibles au trône, est en passe d’accéder à celui-ci. Il fait tout pour, en tout cas. Hrist et les autres sont vraisemblablement sur l’affaire, et je crains que la seule solution pour éviter une répression sur les peuplades élémentaires, ce vieux barbon étant visiblement bourré de préjugés racistes, soit son assassinat. J’ai appris que Camiran, le second prétendant, ne souhaitait pas plus que ça rejoindre le trône, quant à lui. Je lui ai promis une porte de sortie s’il se rétractait, en qualité de représentant d’Elysian, de diplomate entre nos deux mondes. Il est positivement curieux des mœurs élémentaires, et serait un bon pivot pour unir les humains et les élémentaires, mais pas sur un trône. Il est par trop manipulable et benêt pour ça. Il ne resterait donc que le plus sombre Hascan, bâtard du Roi, qui affirme être plutôt que son père à l’origine des traités commerciaux entre Illyria et Ilmatar. J’aimerais avoir ton avis sur la question, lorsque j’aurai terminé. »

Sans attendre sa réponse, donc, je poursuis sans plus tarder sur le reste de mon analyse de la situation.

« Celui-là est défendu par sa belle-sœur, fille du roi et régente actuelle du Royaume, dont nous avons acquis la confiance, Hrist et moi. Il aurait l’appui d’une partie de la noblesse, par sympathie, et de beaucoup de guildes commerçantes de la cité. Ce qui reste un point fort notable. Fort, intelligent, il me semble le souverain idéal pour gouverner Illyria, pour le bien de l’entente entre humains et élémentaires. Une entente qui devra se renforcer pour se dresser face à un autre probable danger : Sihle et Valmarin veulent s’unir dans une alliance, faisant front commun. S’ils se radicalisent tous deux contre les élémentaires, et voient en cette succession illyrienne une faiblesse, ils déclareront sans doute une guerre sans merci. Il faudra alors vous tenir prêts. Cette guerre, je vais tâcher de l’éviter du mieux que je peux, lorsque la situation de succession sera résolue à Illyria. J’ai eu, par la grâce de la chance, la possibilité de sauver la vie du prince héritier de Valmarin sur la route d’Illyria, et il m’a offert son souhait de me voir en sa cour pour me remercier. Je tâcherai d’œuvrer en fin diplomate pour découvrir les raisons de ce mariage, et de voir si les habitants de Valmarin sont en lien avec le drainage, ce qui ne semble pas être le cas de ceux d’Illyria, de ce que j’en sais. »

Je dois toutefois lui faire part d’une inquiétude au sujet des autres aventuriers dépêchés par cette noble Reine.

« Je crains de laisser trop longtemps mes pairs à Illyria. Hrist a pu se montrer imprudente et sauvage, comme si une soif inextinguible de sang la prenait à la gorge. C’est une tueuse que je peux heureusement apaiser, en ma présence, mais dont je redoute les actions si elle est laissée trop longtemps seule. Le sieur Faëlis, quant à lui, a pu se montrer maladroit dans ses choix et décisions, mettant son honneur avant la réussite de la mission ou la réflexion analytique d’une situation. Je n’ai pas eu de nouvelles de lui depuis que nous avons pénétré la cité. C’est un bon gars, j’espère qu’il ne lui est rien arrivé. Peux-tu, de ton côté, m’en apprendre plus sur les autres aventuriers mandés ici ? Quelle direction ont-ils prise ? Dans quel but ? Ont-ils seulement donné des nouvelles de leurs propres découvertes, déjà ? »

Je me tourne vers elle, mu par une envie soudaine, aussi subite qu’inattendue, quoique sciemment présente en mon être depuis cette curieuse rencontre avec Yuimen, et davantage encore après cet isolement avec la belle Aaria’Weïla, grâce incarnée. Je sens cependant sur cette décision l’influence imparable de Lysis. Elle fait partie de moi davantage qu’avant, désormais, et sa voix a un écho plus dense en moi que jamais auparavant.

(Demi-divinité. Nous y voilà. Et quelle nouveauté ! Notre fusion est plus intense, plus profondément ancrée que jamais. J’ai presque l’impression d’être toi. Que tu es moi. Un être faërique, avec tous les pouvoirs qui y sont associés.)

Tous les pouvoirs ? Je la sais en posséder beaucoup. À quel point évoque-t-elle cette possibilité ? Les yeux toujours rivés sur Aaria, je pose une main délicate sur sa mâchoire, sous sa joue, et approche subrepticement mon visage du sien. Doucement, je murmure à son attention :

« Mais ça attendra. Pour l’heure, j’ai envie de… »

J’approche encore plus mon visage d’elle, fermant les yeux, sentant son souffle néanmoins paisible, peut-être uniquement en apparence, sur mes lèvres. Interloquée, curieuse, sans doute, elle ne réagit pas de suite, ou attend peut-être que la faute soit commise pour me repousser, ou embrasser le jeu que je lui propose dès lors. Car à l’instant où mes lèvres vont se poser sur les siennes, je plonge littéralement vers elle, en elle, modifiant ma substance pour lui passer à travers, la traverser comme un esprit frappeur, profitant d’une intangibilité nouvelle, possibilité soufflée par Lysis lors de ce changement en moi. Ricanant sans retenue, joueur et mutin, je lance à la Reine en reprenant contenance, la faisant basculer dans mes bras comme dans une danse lascive, et la penchant vers le sol pour la dominer d’un visage rieur.

« …de tester mes pouvoirs ! »

Je la redresse, et aussitôt, ne lui laissant pas le temps de me faire de strictes remontrances pour mon attitude, je bondis en arrière en me retournant. Et lorsque je retombe sur le sol, c’est à quatre pattes que je suis. Mais plus sous mon apparence elfique. Non. La grâce féline m’a touchée, alors que ma peau s’est couverte d’une fourrure fauve tachetée de noir. Et la foulée de mes pattes vives percute le sol de son ample mouvement, dont je sens les muscles se tendre et se contracter avec naturel. Et les coussinets sous mes pattes griffues heurtent le sol avec confort. Peu habitué, sans doute, à une telle apparence, je ne cours pas très vite. Guère plus vite, en vérité, que si je m’étais moi-même mis à galoper à quatre pattes. Et pourtant, je sens le vent s’animer sur ma gueule aux canines tranchantes, car déjà je viens de bondir. Un bon qui sert d’élan à un subit envol, alors que sur mon dos naissent de larges ailes aux longues plumes colorées d’un vert remarquable. Et mon corps rapetisse de taille, mes pattes antérieures se changent en serres alors que tout mon corps se pare d’un plumage mi rouge, mi vert. La queue qui, dans ma course maintenait mon équilibre se fait remplacer par deux longs plumeaux verts qui me suivent comme une traine royale. Et ainsi, quetzal, symbole de la liberté, oiseau chanteur qui si on l’enferme se laisse mourir, je vole, laissant le vent saisir mon être, ouvrant mes ailes à celui-ci pour en suivre les courant, en rase-motte près du sol herbeux, voyant approcher une autre limite de ce haut plateau isolé. Les yeux rivés vers ce bord de falaise, je me lance à pleine vitesse vers l’endroit, soufflant l’air de mes petits poumons comme un soupir ivre. Ivre de nouvelles sensations, ivre de liberté. Je vole, je vole bon sang ! Et mon cri chanteur, strident et joueur se répand sur ma trainée comme un rire épris de pureté.

Et mes envies de grandeurs prennent le dessus sur ma raison. Je veux pousser à bout ces nouvelles capacités, afin de voir où se situe la limite, s’il en existe une. Aussi dans mon esprit, j’imagine la créature la plus noble, la plus impressionnante qu’il m’ait été donné de rencontrer. Un moment, le Léviathan des profondeurs d’Andarsté m’occupe l’esprit, mais je ne peux le choisir, il est un être d’eau, et il n’y en a guère ici. Non, c’est bien sur l’une de ces créatures que j’ai par le passé croisées sur l’île inexplorée de Verloa. Un de ces géants écailleux. Un de ceux-là, même, qui sert de faire valoir, terreur nocturne arrachant les âmes à la chair, qu’Oaxaca elle-même monte sur les champs de bataille. Un dragon. Mais celui que je vais incarner, je vais le forger à mon image. Grand, puissant, mais fin. Pas une brute épaisse. Des écailles argentées rappelant le teint de ma peau elfique, recouvrant tout mon corps, hormis sur le haut de ma tête et sur le long de mon échine, où des piques osseuses décroissent en taille depuis ma tête, dont le sommet est d’un rouge profond. Des yeux de feu rappelant ceux de Lysis, et deux longues cornes se dressant fièrement à l’arrière de mon crâne saurien. Une puissante mâchoire aux dents acérées. Et deux ailes, finalement, à l’envergure immense, et à la membrane à la fois fine et solide. Des pattes, aux extrémités un peu rouges, elles aussi, pourvues de griffes tranchantes, comme des lames que je pourrais manier. Une queue, longue et pointue, comme balancier pour trouver mon équilibre en vol. À mesure que j’y songe, les changements se font sur ce corps que je vais devoir apprendre à maîtriser. Celui d’un dragon. Un puissant et effrayant, noble et dangereux dragon. Existe-t-il plus exaltante apparence, en vérité ? Pas pour moi, c’est certain.

Et ainsi changé, ainsi paré de cette apparence à la gloire sans nom, je m’élève dans les cieux, haut, très haut. Je monte, battant lourdement de ces grandes ailes, la tête tendue vers l’immensité bleue inaccessible qui me surplombe. Et dans cette ascension, je grogne de plaisir. Un grondement venu du plus profond de mes entrailles, qui passe à peine la rangée d’éperons pointus qui me sert de mâchoire.

Mais soudain, alors que l’ivresse des hauteurs me monte au cerveau, je sens une présente, aussi rapide qu’imprécise, me frôler. Me dépasser. Dans mon dos, vient de s’envoler plus haut encore une créature semblable à cette nouvelle apparence, mais toute de blanc parée. Immaculée, l’apparition draconique me surprend un instant, mais rapidement je dénoue le mystère de son apparition. Leste, l’air est son élément. Elle est pure comme le vent, rapide comme une rafale. Fine, élégante et altière, comme la plus noble des reines. Aaria’Weïla. Elle aussi a ce don, ce pouvoir de se changer en dragon, et m’en fait là la démonstration. Un sourire carnassier, mais qu’y puis-je, sous cette forme, se plaque sur mes lèvres, et je pousse encore ma vitesse pour la rattraper, n’hésitant pas en sus de cette éperdue liberté à activer le pouvoir de mon muutos aérien, rendant mes mouvements plus fluides et incertains, venteux, éthérés.

Et je la rattrape dans son envolée céleste, sans la dépasser cette fois. Ainsi donc, voilà ce qu’elle voulait. Danser dans les airs. Danser dans les vents. Et bien dansons, alors, et de la plus belle des manières. Portés par les courants, nous laissant aller à cent tourbillons, tournoyant l’un autour de l’autre sans nous toucher, comme dans une métaphorique union charnelle sans besoin de plaisir autre que cette ivresse de voler. Nous dansons, oui, tombant ou battant des ailes, planant vers le soleil ou laissant nos ombres se mêler à nos écailles. Un moment d’une profonde éternité, un souvenir qui se grave au plus profond de mon être, pour que même mon cœur enserré se sente vivant et libre dans les temps les plus sombres et tragiques. Un instant que je ne veux pas voir se terminer, mais qui trop vite, pourtant, alors que nous retournons sur ce plateau qui nous a vus apparaitre, préservant cette forme draconienne malgré tout en touchant de nouveau terre, alors que je glisse ma tête sous son menton pour la frotter contre sa gorge, en un signe de complicité tendre, prend fin de lui-même alors que les battements frénétiques de mon cœur se calment petit à petit.

Je redresse la tête, et d’une voix grondante à laquelle je ne suis pas habitué, profonde et grave comme la terre, je lui adresse la parole sans plus tarder.

« C’est fantastique. Magique. Nul ne saurait ressortir semblable d’une telle expérience. Aaria, puissante Dame, as-tu oncques partagé une telle chose, toi qui sembles si seule à observer ce monde ? »

Peut-être pourra-t-elle répondre à ma question, à mes autres interrogations, maintenant. Ou peut-être préférera-t-elle un instant le silence. Silence que je laisse tomber entre nous, alors que seul le bruit du vent perturbe la paix retrouvée de ce mont témoin de mon avènement. De notre moment.


[2672 mots]

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MessagePosté: Ven 23 Sep 2016 11:20 
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    Aaria’Weïla avait écouté les paroles de Cromax, sans sourcier et avec sérieux. Loin de broncher lorsque le demi-dieu mentionna l’assassinat du baron, elle hocha la tête comme si elle approuvait cette décision.

    - Toutes ces nouvelles sont intéressantes. C’est une bonne nouvelle pour Camiran, je ne souhaite pas de bain de sang inutile et s’il peut se rallier à nous, nous saurons utiliser un allié de plus dans ce qui se prépare. Ou pour reconstruire. Quant à Hascan, il est bon qu’il se démarque des autres, qu’il y ait quelqu’un sur qui Illyria peut compter. J’ai principalement tracté avec le roi et ses messagers, mais je sais qu’il a été conseillé par certains de ses hommes. Hascan en faisait sans doute partie. Je suis cependant étonnée qu’Illyria ait accepté une femme comme régente. La cité a bien progressé.

    A ses propos sur les autres aventuriers, elle hocha gravement la tête.

    - Prenez en effet garde à ce que Hrist n’aille pas trop loin. Sa férocité peut être un atout, mais elle ne doit pas nous desservir. Faëlis, Guasina et Leykhsa qui se faisait appeler Pureté sont actuellement dans la région d’Illyria, Earnar se trouve sur les terres d’Arden et Kerenn dans le désert de Shill. Kalas en compagnie de Tartuffe et Meraxès, des aventuriers nouvellement arrivés, sont dans les profondeurs de la forêt d’AEtelrhyt. Je ne peux malheureusement être plus précise sur leurs localisations et je n’ai eu des nouvelles d’aucun d’eux. Yuralria travaille à un moyen de vous permettre de communiquer mais j’ignore quand est-ce qu’il sera utilisable et sous quelles contraintes.

    Puis elle s’était transformée en dragon et avait rejoint Cromax dans les cieux. A sa dernière question, elle ne répondit pas tout de suite, contemplant l’horizon azuré.

    - Une fois, il y a fort longtemps, j’ai partagé une telle joie, farouche et complète. Depuis, seul Jillian est parvenu à comprendre ce que je ressens, sans seulement pouvoir le ressentir lui-même.

    Sur ces mots, elle vira de l’aile et partit en piqué vers les nuages, infligeant des coups d’aile puissants à l’air avant de plonger dans la masse cotonneuse et de disparaître, comme si elle souhaitait ainsi expier sa frustration et sa douleur. Son muutos était activé, si bien qu’elle en devenait presque invisible, partie intégrante du ciel. Elle ne prononça pas d’autres mots et, quelques minutes plus tard, lorsqu’elle revint, une de ses ailes effleura Cromax et ils se trouvèrent de nouveau dans un autre univers. Le sindel pouvait reconnaître les Crocs du Monde sous ses ailes, leurs farouches et grandes montagnes. Aaria s’approcha d’un pic et s’accrocha à celui-ci, plantant ses griffes dans la roche. Au loin, très loin, ils pouvaient apercevoir les tours d’albâtre d’Ilmatar.


[Cromax – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (questions), 2,5 (longueur)]

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MessagePosté: Sam 2 Sep 2017 00:00 
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    Son esprit flottait quelques part dans des abysses insondables où la vie et la mort n’avaient plus d’importance, où le temps n’avait plus le moindre sens. Des années, des siècles, des millénaires pouvaient se passer sans qu’il n’y vit rien d’autre qu’une infinie seconde. Son existence même n’était rien qu’un nom, dépourvue d’enveloppe ou de souvenirs.

    Lentement, doucement, une mélopée parvint à percer son esprit. Il s’agissait d’une douce complainte fredonnée à mi-voix par une voix de femme, elle s’amplifia lentement pour envahir petit à petit chaque parcelle de ce qui l’entourait. Ce chant ressemblait à une berceuse, pourtant elle ne semblait pas lui être personnellement adressée. C’était comme si une femme, quelque part, fredonnait alors qu’elle accomplissait une simple tâche.

    Soudain, son être lui parut être arraché et pulvérisé en un milliard de petits fils, infimes, ténus, qui recelaient tous une parcelle de lui-même. Ils flottaient dans les abysses alors que la voix fredonnait toujours et, lentement, il sentit ces petits fils se joindre et s’entrelacer. Ils étaient tissés petits à petits les uns avec les autres et, lentement, les souvenirs de Kerenn rejaillirent alors que ce qu’il était, sa personnalité, était petit à petit ressoudée.

    Certains fils emmêlés furent démêlés, d’autres furent chatouillés par des doigts invisibles et bientôt l’esprit de Kerenn retrouva son être et ce qu’il était. Il lui semblait même qu’il pouvait ouvrir les yeux, pourtant il n’avait pas de corps, pas de chair, pas d’enveloppe. Il était simplement un esprit qui faisait à présent place à une entité étrange. C’était une femme étrange, irréelle, qui flottait dans ces abysses entourée d’une multitude de fils lumineux ou noirâtres.

    Image


    Lorsqu’elle le vit, la chanson s’arrêta et ses lèvres sourirent. Des lèvres noires, si semblables à celles d’Akna. En réalité, cette femme avait le visage d’Akna, même si son corps était indubitablement différent.

    - Je te vois pour la seconde fois, Vagabond. Tu te trouves de nouveau du mauvais côté du Voile, mort dans un monde qui n’est pas le tien.

    Elle fit un geste et soudain une boule de fluides virevoltants dans les airs apparut non loin d’elle. Elle l’indiqua de la main :

    - Je ne peux te garder ici, tu perturbes l’Immuable. Ceci est un portail vers ton monde où les Dieux sont vivants, celui de la Mort t’accueillera et jamais plus tu n’auras à te soucier des turpitudes d’un autre monde.

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 Sujet du message: Re: ? - ?
MessagePosté: Sam 2 Sep 2017 03:40 
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Hors du temps. Hors du monde. Un lieu qui n'en est pas un, un abysse d'inexistence au sein duquel rien, absolument rien, n'importe, n'existe. Exception faite d'une unique chose, d'un unique mot, qui ne signifie rien et qui pourtant représente tout:

Kerenn.

Ce n'est qu'un son ou, plutôt, l'idée d'un son car il n'existe rien en ce non-lieu qui puisse le rendre audible, il n'y a qu'une impalpable éternité de silence.

Comme issue de l'aube des temps, une lente mélopée tisse soudain ses harmoniques dans ce néant, à moins qu'elle n'y résonne depuis le commencement, qu'elle en soit la trame fondamentale. C'est une douce complainte chantée par une voix féminine, qui semble conquérir lentement chaque parcelle de ce rien intemporel. Il n'est pas adressé à ce concept abstrait qui me représente, ce simple assemblage qui me représente:

Kerenn.

Il y aurait quelque chose d'apaisant, comme pourrait l'être une berceuse, dans cette mélopée, si je pouvais éprouver le moindre trouble. Mais il n'y a rien, nulle émotion, nul souvenir, rien qu'un mot vide de tout et qui pourtant englobe une notion étrange d'identité, d'individualité:

Kerenn.

Je ne suis que cela, un nom, et cela même m'est arraché subitement, avec une violence effroyable. C'est comme si ce son était pulvérisé, réduit en une infinité de fragments d'ombre et de lumière filamenteux qui se dispersent dans l'inconcevable abysse. Mais la voix les rassemble avec une infinie patience, comme une tisseuse opiniâtre créant une tapisserie incroyable de complexité. Une tapisserie qui représente, j'en prends soudainement conscience, un être vivant. Celui que j'ai peut-être été, dans un autre âge, dans une création divine différente, mais quelle importance?

Une image jaillit, brutale, terrifiante: une surface d'un bleu profond qui se précipite sur moi, qui m'engloutit sans que j'aie la moindre chance d'y échapper. Puis l'image devient ressenti, et je hurle à m'en arracher la gorge. Une souffrance effroyable me calcine l'âme, brève, si brève que je crois l'avoir rêvée, avant que les ténèbres ne submergent tout. La flamme s'est éteinte, ma flamme, celle de ma vie. Mais quelle importance?

Un autre souvenir se faufile en moi, étrange, incompréhensible. Je vois des dunes, à perte de vue, qui semblent littéralement écrasées par une chaleur insoutenable, celle que répand une sphère de feu dont j'ai oublié le nom. Les ténèbres déferlent encore, plus nuancées que les précédentes, parcourues d'ombres plus opaques. Je vois des êtres à la peau brune qui se précipitent sur moi, du sang qui gicle, des vies qui s'éteignent autour de moi. Puis il y a un éclair pourpre en mon esprit, et la souffrance revient, terrible. Toutes les nuances s'estompent, l'obscurité redevient absolue. La flamme s'est éteinte, la mienne, encore.

Combien de fois suis-je mort? Combien d'existences ai-je vécu? Pourquoi n'est-ce toujours pas fini, une bonne fois pour toutes? N'y aurait-il pas de fin en réalité?

Quelle importance?

Je vois le corps d'une jeune Sindel, ravagé, sanglant, jeté dans un monceau d'ordures. Je hurle comme un fauve blessé à mort et les ténèbres m'engloutissent, mais ma flamme ne s'éteint pas cette fois. Elle devient haine, rage, et de la mort je me fais le chantre damné. Les souvenirs défilent de plus en plus vite, tissant une trame insoutenable de violence, sanglante et létale. Je tue, encore, encore et encore, à en donner la nausée à n'importe quel être doté d'une conscience. Mais cela ne me touche pas, ma conscience est morte avec la jeune Elfe.

Sybil. C'était son nom. Mais quelle importance?

Impitoyables, les souvenirs se réordonnent, se complètent, sombres, si sombres...je hurle dans le vide, de rage autant que de désespoir. Ô dieux, vos créations n'ont-elles donc pas droit à la moindre lumière? Nos vies sont-elles vouées aux seules ténèbres? A la seule souffrance? Pourquoi, pourquoi? Un mot se tisse dans mon âme à cette question:

Kahena.

Est-ce une réponse? La réponse? Qui était-ce? Qu'était-elle? Et quelle importance, alors que plus rien n'en a?

On peut toujours poser des questions, mais il arrive que les réponses nous fassent regretter de l'avoir fait. Les derniers souvenirs de mon ancienne vie reprennent racine en mon âme, et je me sens sombrer dans un abysse sans fin, infiniment plus effroyable que celui dans lequel je me trouve. J'ai tué Taler'rhy, je lui ai planté la dague de Shill dans la gorge alors que la femme que j'aimais se faisait emporter dans les airs par une ignoble crevure volante. Puis j'ai tenté d'utiliser le pendant d'Uraj pour me téléporter sur la créature afin de l'exterminer, mais j'ai échoué et je me suis retrouvé dans les airs, à quelques deux mètres de ma compagne et de ma cible. Deux mètres...deux misérables mètres qui anéantissent tous mes espoirs, qui signent la fin de Kahena et la mienne, la fin d'Elysian, peut-être. Je chute, encore, et encore, avec cet échec c'est toute mon existence qui devient vaine, inutile, absurde. C'était le seul instant crucial de ma vie, le seul vraiment important, et j'ai échoué.

Je vois le regard d'or liquide de celle que j'ai aimée comme nulle autre avant elle, horrifié de me voir apparaître dans le ciel, si proche et pourtant trop loin. Elle tend le bras pour essayer de me rattraper, je fais de même mais nos doigts ne font que se frôler. A cet instant je réalise que je vais mourir, mais ce n'est pas cela qui me fend l'âme, c'est l'idée de ce qui l'attend elle et que je ne pourrais empêcher. Elle pousse un cri déchirant alors que je commence à chuter avec une paradoxale lenteur, un cri primal de rage, d'impuissance mais aussi d'amour. Je voudrais hurler en miroir mais aucun son ne franchit mes lèvres, quelque chose au fond de moi me l'interdit, je n'ai pas marché bras dessus-dessous avec la mort durant quatre cents ans pour l'affronter en hurlant le moment venu. Ma mort je la regarde venir les yeux dans les yeux, droit et fier, comme je contemple mon Astre farouche en cette seconde d'éternité.

Du bout des doigts je lui envoie un ultime baiser, accompagné d'un sourire imperceptiblement triste: j'aurais aimé vivre à ses côtés sur ce monde redevenu paisible, j'aurais aimé voir grandir nos enfants en la serrant tendrement contre moi, mais cela ne sera pas. A quoi bon des regrets? J'ai eu le privilège de la rencontrer et d'être aimé d'elle, nul vivant ne saurait exiger davantage de l'existence. Je tombe longuement tandis qu'elle s'éloigne emportée par l'abjecte goule ailée, sans détacher mon regard de cette femme sublime. Je ne vois pas arriver la surface houleuse de la mer, je la percute brutalement et je sens un raz de marée de souffrance me submerger, si bref que j'ai l'impression de l'avoir rêvé. Je meurs en revoyant Shill debout dans la cabine de l'Alcyon, juste après qu'elle ait laissé glisser au sol ses vêtements la veille au soir. Il n'y a aucune ombre qui survive lorsque l'Astre du Désert se dévoile, pas même celles de mon âme, pas même celles de ces abysses qui m'accueillent.

Je sais maintenant qui j'étais. Je suis entier, et je peux ouvrir les yeux bien que mon être ne soit plus de matière. Je découvre une étrange femme, irréelle, qui semble flotter dans cet outre-monde. Elle est entourée d'innombrables fils d'ombre et de lumière, évoquant une sombre divinité des morts coiffée d'une étrange couronne de ténèbres, à moins que ce soit sa chevelure qui donne cette impression. Vêtue d'une sorte de robe noire arachnéenne qui prend l'allure d'un blanc plumage de cygne sur son ventre et ses hanches, elle possède quatre bras aux mains fines dotées d'ongles aussi longs que des griffes. Lorsqu'elle m'aperçoit, la mélopée s'éteint lentement et ses lèvres noires forment un sourire, auquel je réponds spontanément. Je sais qui est cette femme, je l'ai déjà rencontrée bien qu'elle ait une autre apparence actuellement: Akna, la Tisseuse de Vie des Ishtars.

"Je te vois pour la seconde fois, Vagabond. Tu te trouves de nouveau du mauvais côté du Voile, mort dans un monde qui n’est pas le tien."

Elle prolonge ses paroles d'un geste qui fait apparaître une boule de fluides virevoltants et l'indique de la main en ajoutant:

"Je ne peux te garder ici, tu perturbes l’Immuable. Ceci est un portail vers ton monde où les Dieux sont vivants, celui de la Mort t’accueillera et jamais plus tu n’auras à te soucier des turpitudes d’un autre monde."

J'observe la sphère fluidique un bref instant, puis je ramène mon attention sur Akna et la dévisage en silence durant quelques secondes avant de lui répondre doucement:

"C'est Elysian mon monde, maintenant, Akna. Je n'ai que faire du Dieu de la Mort de Yuimen, je l'ai déjà servi bien trop longtemps. Shill est vivante, c'est la seule divinité qui ait place en mon coeur et elle a besoin de moi. C'est vers elle qu'il faut que tu m'envoies, Tisseuse de Vie."

Malgré la douceur du ton employé, c'est une inflexible et farouche résolution qui émane de mes paroles, une conviction profonde et inébranlable. Yuimen appartient à une autre vie, à un passé qui n'a plus la moindre importance. Les turpitudes d'Elysian sont miennes, cette terre que j'ai découverte est devenue mienne, c'est là que vivent les seuls êtres qui comptent pour moi et je ne les abandonnerai pas:

"Exige de moi le prix qu'il te plaira, je le paierai, mais renvoie-moi parmi les vivants, renvoie-moi près de celle que j'aime, Akna. Donne-moi une chance d'achever ma tâche, de préserver notre monde d'un nouveau Crépuscule, je t'en conjure!"

(env.1600 mots)

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Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


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 Sujet du message: Re: ? - ?
MessagePosté: Dim 3 Sep 2017 10:28 
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    Les lèvres d’Akna s’étirèrent lentement aux paroles de Kerenn, comme s’il s’était agi là de la réponse qu’elle avait attendue. Elle fit un vague geste de la main et la boule de fluides disparut sans laisser la moindre trace.

    - Je sais que la Déesse du Feu du Désert est en vie et qu’elle court un grave péril aux mains de vos ennemis. J’ai tissé ta vie, Vagabond, j’ai tissé ta vie et en ait vu les moindre recoins d’ombre et les moindres lumières. Seules tes pensées son restées tiennes.

    « Nul prix ne te sera exigé ici, Vipère du Désert, mais il te faudra toi-même sortir des rais de la mort et te hisser jusqu’à l’Extérieur. Trouve l’épée qui tel un couperet pend sur ce monde damné et abat-là.

    La Tisseuse de Vie fit un nouveau geste et elle disparut au regard de Kerenn. Les abysses n’étaient plus, tout autour de lui, il n’y avait plus que les ruines laissées par un Dieu mort depuis deux mille ans. Partout il n’y avait que ruines et désolation, subsistait seulement une gigantesque statue d’un être ailé tandis qu’au fond des bâtiments semblaient tenir debout. A côté de lui se trouvait la ruine d’une structure gigantesque dont les fenêtres s’ouvraient encore vers un monde de ténèbres. Le monde lui-même ne semblait avoir aucune réalité, aucune tangibilité et semblait mouvant, incertain.

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    Tout autour de lui, les fantômes d’âmes errant dans ces limbes, silhouettes noirâtres qui allaient et venaient hors de son champs de vision, comme si elles erraient, indécises, dans ce monde de Morts. L’une d’elle s’avança vers lui, inconsciente de sa présence, et le traversa sans qu’il ne sente rien d’autre qu’un froid profond qui prit du temps à s’effacer.

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    Kerenn lui-même ne semblait être qu’une vague esquisse de lui-même, ses contours semblaient indistincts, comme si la Tisseuse de Vie avait consenti ce cadeau de lui laisser une once de réalité dans un monde où plus rien n’a d’existence. L’unique chose qu’il portait avec lui était la Vipère du Désert qu’il tenait serrée dans sa main. La relique semblait être la chose avec le plus de réalité, d’une présence plus forte que tout autre élément autour de lui, qu’il soit vif ou inerte. Comme si même la Mort ne parvenait à la saisir dans ses rais.


[Kerenn – xp : 1 (introspection), 1 (refus), 1,5 (longueur)]

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 Sujet du message: Re: ? - ?
MessagePosté: Dim 3 Sep 2017 18:53 
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Les lèvres de la Tisseuse de Vie s'étirent lentement à mes paroles, comme pour signifier qu'il ne pouvait en aller autrement. Elle fait disparaître le portail fluidique d'un petit geste de la main à peine esquissé puis reprend la parole:

"Je sais que la Déesse du Feu du Désert est en vie et qu’elle court un grave péril aux mains de vos ennemis. J’ai tissé ta vie, Vagabond, j’ai tissé ta vie et en ai vu les moindres recoins d’ombre et les moindres lumières. Seules tes pensées sont restées tiennes."

Un silence, aussi bref qu'un clignement de paupières, aussi long que l'éternité, puis elle ajoute:

"Nul prix ne te sera exigé ici, Vipère du Désert, mais il te faudra toi-même sortir des rets de la mort et te hisser jusqu’à l’Extérieur. Trouve l’épée qui tel un couperet pend sur ce monde damné et abats-là."

Un nouveau geste et elle disparaît, tout comme l'abîme qui m'entourait, avant que je n'aie pu prononcer un mot supplémentaire ou même la remercier d'un signe. A la place des abysses apparaît soudain un monde en ruine, dénué de réalité, impalpable et incertain comme un rêve qui s'enfuit lorsqu'on s'éveille. Le monde des morts des temps jadis, sans doute, fracassé par le Crépuscule des Dieux et leur chute, comme tout le reste. Pourtant, certains éléments sont restés intacts, une immense statue d'être ailé et, au loin, quelques bâtiments dont je ne peux deviner la fonction. Ceux qui m'entourent ne sont que désolation et ténèbres, hantés d'âmes brumeuses qui errent sans but ni volonté. L'une d'elle me traverse, sans que je ne sente rien hormis une sensation de froid terrible qui ne s'estompe qu'avec lenteur, comme si ce simple contact me rapprochait davantage de leur état.

Je ne sais combien de temps dure mon observation, d'un côté cela ne me prend qu'une seconde, d'un autre des millénaires pourraient s'être écoulés, quelle importance dans un lieu où le temps ne semble plus exister, avoir la moindre conséquence? Peut-être resterais-je là jusqu'à la fin des temps, dépourvu de volonté suffisante et semblable à ces fantômes qui errent, si je n'avais dans la main un objet totalement et paradoxalement étranger à ces limbes: la Vipère du Désert. C'est l'unique chose qui ait une réalité concrète ici, même mon corps est indistinct, un peu comme si j'étais à mi-chemin entre la vie et la mort, ce qui est précisément le cas d'ailleurs.

Mes yeux immatériels se rivent sur l'artefact, ce n'est pas un simple objet, ni même une relique impersonnelle, c'est infiniment plus que cela, pour moi en tout cas. Cette arme c'est Shill qui l'a créée pour l'homme qu'elle aimait jadis, c'est une part de son âme qui habite cette dague, flamboyante, vivante et éternelle. Elle ne m'était pas destinée, sans doute, mais je ne l'ai pas cherchée, je ne l'ai pas trouvée, je l'ai reçue des mains de sa créatrice. Bien qu'en réalité ce soit plutôt Kahena qui ait désiré qu'elle me revienne, Shill l'a juste accepté parce qu'elle ne pouvait probablement pas ignorer cette partie humaine devenue sienne, mais depuis il s'est passé tant de choses. Ce n'est pas seulement Kahena qui est venue me rejoindre l'autre nuit, ce n'est pas seulement Kahena qui a hurlé son amour lorsque j'ai échoué à la rejoindre et que j'ai plongé vers ma mort. Cette dague n'a pas été faite pour moi mais, aujourd'hui, la flamme qui l'habite m'a été offerte, je la sens brûler en moi, je l'ai entendue dans ce cri, vue dans ces prunelles d'or rivées sur moi alors que je tombais. Cette dague est bien davantage qu'une arme, c'est un flambeau de vie dans ce monde des morts, la lumière éclatante qui me permettra peut-être d'en ressortir.

Telles un irrépressible raz de marée, les émotions reprennent place en moi alors que je contemple la relique. Une angoisse mortelle, d'abord: je revois l'ignoble gargouille se saisir de ma compagne pour l'emporter vers un lieu dont je ne sais rien. Je revois l'île maudite et dépourvue de toute vie, recelant en son sein un artefact dont je ne sais rien. J'entends Yuralria me dire que des élémentaires disparaissent purement et simplement, sans que je n'y puisse rien. J'entends Taler'rhy évoquer un maître, le responsable de tout cela vraisemblablement, mais je l'ai tué au lieu de l'interroger. Mon angoisse mêlée de désespoir est cependant vite remplacée par une rage aussi glaciale que flamboyante, ce que j'ignore je le découvrirai, peu importe comment, les responsables de tout cela je les exterminerai, une deuxième chance m'est offerte et je vais la saisir à bras le corps. Mais comment bon sang, comment?!

Les mots d'Akna me reviennent à l'esprit: je dois me hisser hors de ces limbes pour regagner par mes propres forces le monde des vivants, tel un héros de ces légendes que l'on raconte autour du feu. Ce que les légendes ne disaient pas, c'est que ce n'est pas grâce à la seule force de sa volonté qu'un être peut espérer ressortir, seul un lien extrêmement puissant avec la vie peut le permettre, un lien comme celui qui m'unit à Shill. Quant à l'épée suspendue sur Elysian la damnée, je ne sais s'il s'agit d'une métaphore ou d'un indice véritable, mais c'est une question que je remets à plus tard. Pour l'heure, je dois sortir d'ici sans traîner, protéger celle que j'aime et récupérer un artefact maudit. Mes mâchoires immatérielles se serrent et mes prunelles flamboient, je vais sortir de cet enfer et accomplir ma mission, malheur à ceux qui se dresseront sur ma route...

Tenant la Vipère du Désert comme une torche, je me mets en route du pas déterminé et implacable qui me caractérise depuis si longtemps, droit en direction des bâtiments encore intacts qui se dressent au loin. J'ignore si c'est la bonne direction, mais Akna a parlé de se hisser et il me semble que c'est l'endroit le plus élevé de ces ruines. Par ailleurs, la statue ailée semble regarder par là-bas, évoquant une sorte de gardien surveillant des portes, et j'ai le sentiment qu'il y a moins d'ombres vers ces monuments encore debout.

(env. 1000 mots)

_________________
Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


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