"A Ceylan, près de Kandy, s'élève un temple de pierre de forme carrée, surmonté d'un toit pyramidal et entouré d'un mur percé de fenêtre trilobées. Ce temple retint l'attention d'un amateur enthousiaste, probablement féru d'archéologie européenne, qui dénonça un jour le vandalisme d'un prêtre qui avait entrepris de faire construire un toit, pour couvrir l'espace séparant le temple du mur d'enceinte. L'affaire fit quelque bruit, et l'on en vint à examiner de plus près le plan de ce temple ; on s'aperçut alors qu'il était identique à celui de nombreux édifices religieux de la ville, construits en bois ou en argile : un sanctuaire carré entouré d'un mur sur lequel reposait un toit, formant une sorte de déambulatoire couvert... On examina le mur du temple, et on y découvrit des traces d'imbrication d'un toit. Le prêtre était donc dans le vrai ; il n'avait agi qu'en fonction de notions apprises, comme notre amateur d'art, puisqu'il n'avait jamais vu le temple à l'état original (que personne ne connaissait d'ailleurs, car il comptait déjà plusieurs centaines d'années). Mais alors que l'amateur européen avait jugé cette architecture "de l'extérieur", ignorant l'essentiel pour s'attacher à des détails, le prêtre avait vu les choses "de l'intérieur". Son projet s'inspirait des petits sanctuaires de village qui sont encore bâtis sur ce modèle, mais il répondait surtout aux impératifs de son ministère qui lui dictaient cette disposition. Peut-être n'en avait-il pas eu clairement conscience, mais il avait eu l'intuition de ce qu'il fallait faire, et en pareil cas un peu d'intuition fait mieux qu'un Encyclopédie !"
"La méthode critique moderne" in
Le mythe du sorcier, recueil d'articles de Arthur Maurice Hocart
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C'est par la sagesse qu'on bâtit une maison, par l'intelligence qu'on l'affermit ;
par le savoir, on emplit ses greniers de tous les biens précieux et désirables.
Proverbes, 24, 3-4