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Serpent arriva à son tour, visiblement peu convaincu par l'aide que pourraient leur apporter les ombres. En revanche, il souhaitait visiblement savoir qui était Ezak et pourquoi le jeune homme avait réagi si vivement à son arrivée, ainsi que s'il y avait besoin de son aide. Sans préciser que ce qui l'avait fait sortir était plutôt l'étrange changement horaire, le nécromancien répondit :
« Ezak est venu à Oranan avec moi... et m'a déjà sauvé la vie. Apparemment, il semble qu'il n'y ait pas d'urgence, mais merci de ta proposition. »
Un merci propre à arracher une gorge ! Mais bon, ce n'était pas comme s'il avait une montagne d'alliés ! Il allait bien falloir faire un effort pour supporter ce Mathis-bis. Il poursuivit :
« Cependant, j'ignore ce qu'est ce monstre qui l'accompagne et qui ressemble à un garzok... »
Il espérait une réponse de l'ynorien, mais ce dernier tomba dans les pommes. Azra haussa un sourcil :
« … mais visiblement il ne pourra pas nous répondre... euh... bon... »
Il se tourna vers Bakal et Tribar, les deux guerriers qui attendaient, observateurs impassibles des événements et indiqua Ezak et le garzok :
« Pouvez-vous vous occuper de lui ? Et surveiller cette... chose ? J'espère que nous pourrons agir vite, mais il semble que pendant quelque temps, le village sera sans autre défense que le pouvoir de Caâfa. Espérons que ce sera suffisant en cas de problème, les garzok prennent parfois des humains pour leur bouffe du midi... »
Finalement, l'ombre fournit les explications demandées. Pas d'or ici... cela ne changeait pas qu'Oaxaca pourrait le croire, mais bon...
« Si elle creuse, elle ne fera que perdre son temps. Que ferait-elle avec un tas d’os ? »
Rendrak soupira :
« Moi je sais... »
Il se tapota les côtes noircies de sa poitrine.
« Une armée... »
Azra fit la grimace. Il n'y avait pas pensé, alors que c'était somme toute plutôt logique. C'était incroyable comme tout pouvait être transformé en ressources pour la guerre ! Pas étonnant qu'Oaxaca soit une telle menace si même un cimetière équivalait pouvait devenir une menace entre ses mains !
(Tu as encore beaucoup à apprendre sur la nécromancie, mon pauvre...) s'amusa Chandakar.
(Beaucoup et bien peu de temps...) répondit sombrement Azra pour le faire taire.
Pour une fois, cela fonctionna. Malgré son état de folie douce, la liche semblait un peu plus calme ces temps-ci, et encore plus depuis leur dernière conversation.
L'ombre poursuivit, affirmant se nommer Akouba Sighel. Il affirma que trois mille ombres le suivraient et qu'elles pouvaient atteindre Essroth ou la lande noire en une heure ! Finalement, il l'avait, sa montagne d'alliés ! C'était tout simplement délirant, Azra avait encore de la peine à croire à ce qui se passait, mais la confirmation arriva : il serait, de l'avis même d'Akouba, le commandant de l'armée des ombres.
Il resta un instant silencieux. Il y avait donc une chance de vaincre ? Alors que les vivants se terraient derrière leurs murs, courant à la mort dans leur désire de lui échapper, les morts étaient semblait-il le seul recours efficace ! Quelle ironie.
(Il serait temps que tu t'en rendes compte, murmura Arek. Pourquoi crois-tu que les nécromanciens aient été si puissants par le passé ? Les vivants ne valent rien. Il n'y a pas de meilleure armée qu'une armée de morts. Mais celle-ci... même les armées de spectres de Tal'Raban feraient pâle figure face à ceux-là. Le principal problème des spectres est leur aspect immatériel, qui gêne leur action sur le monde...)
La gorge un peu sèche, Azra hocha la tête. C'était en effet, une autre question à poser... Il y avait tant à faire... il sentait se dessiner un avenir imprévisible. Lui qui aimait accumuler des connaissances et les employer à improviser des moyens de se sortir de toutes les difficultés, il était maintenant dans une situation trop éloignée de tout ce qu'il avait connu... Il n'avait juste aucune idée de ce qu'il devait faire et de ce à quoi il allait aboutir. C'était... vraiment frustrant. Mais il avait longuement œuvré pour en arriver là et maintenant qu'il y était, il allait falloir passer à l'action.
(Je sens que je vais avoir besoin de conseils stratégiques...)
Il aurait voulu préciser que cette pensée s'adressait à Arek comme à Chandakar, mais une telle pensée aurait été impossible à gérer pour la faera, et la liche aurait dès l'or sût qu'elle était là. Quelle plaie ! Comment pourrait-il mener une armée alors que le seul fait de penser était déjà pour lui une action stratégique qui devait être planifiée ! Enfin bref...
Le nécromancien demanda donc à l'ombre :
« Une dernière question : comment vous battez-vous ? Si vous êtes immatériel, comment faites-vous pour toucher vos ennemis ? Chez nous, les spectres ne savent généralement qu'effrayer leurs ennemis... mais vous, si j'ai bien compris, vous pouvez réellement combattre physiquement ? Sans que personne ne puisse vous toucher ? Cela semble inconcevable. »
Azra appela Ombos qui vint vers lui. Il détacha le filet dans son dos.
« Désoler mon grand, mais on va refaire un voyage ! »
Puis, il cria à Karin, qui était toujours immobilisé au loin, n'osant visiblement parler ou bouger :
« Karin ! On va bientôt partir. M'accompagnes-tu à la guerre avec les ombres, ou préfères-tu rester ici ? Ne t'inquiète pas, tu as bien vu que ni les ombres ni les vivants n'étaient hostiles, ici ! »
Bon, il y avait eu quelques menaces de mort, mais ça, c'était juste le cours ordinaire de la vie... Ensuite, il y avait Serpent... Tsss... Arek avait raison, cela faisait trop de vivants, donc trop de raisons d'échec. Tant pis, il fallait essayer... Il déplia la carte d'Aliaénon.
« Serpent, je pourrais avoir besoin de toi. Nous avons trois destinations importantes possibles à atteindre. J'ignore ce qu'est cette tour d'Orsan. Elle est censé être maléfique, d'après un esserothien, mais ce n'est peut-être pas une priorité. En revanche, il y a Elscra'Olth et Esseroth. Je pense que je vais me rendre à Esseroth pour voir si le siège est vraiment terminé et s'il y a des esserothiens à sauver. Si c'est le cas, il ne faut pas perdre de temps. »
Il se tourna vers les ombres :
« Je vais m'y rendre très bientôt, rejoignez-moi là-bas. »
Il revint à Serpent :
« Tu peux nous accompagner, mais il serait aussi une bonne idée d'analyser la situation à Elscra'Olth. C'est tout de même de là que vient l'ennemi. S'ils amènent des renforts, il vaut mieux les intercepter au plus vite... C'est toi qui vois où tu penses être le plus utile... »
Pourvu qu'il aille à Elscar'Olth ! Pour en être débarrassé ! Mais bon, il n'avait pas d'ordres à lui donner, et cet aventurier avec sa cape visiblement magique devait être un bon combattant. C'était dur à admettre, mais où qu'il aille, il pourrait se rendre utile...
Entretemps, le jeune homme sortit son sifflet et invoqua le cheval ailé.
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David le nerd
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