L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Les criques isolées
MessagePosté: Jeu 30 Oct 2008 19:16 
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Les criques isolées


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Tout le long de la côte découpée et déchirée s'enfoncent de profondes criques dans les roches abruptes. Certaines ont des cavernes et nul n'a réellement eu le courage de les explorer, mais on raconte qu'elles renfermeraient peut-être des secrets bien gardés, des trésors enfouis et autres mystères.

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 Sujet du message: Re: Les Criques Isolées
MessagePosté: Ven 9 Aoû 2013 22:35 
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Ce matin, je me réveille avec l’aube. Les doux rayons du soleil viennent caresser mon visage, lui apportant une tiédeur agréable. Je m’étire paresseusement sur le sable moelleux sur lequel je me suis endormie. Alors que ce n’était plus le cas depuis plusieurs nuits, j’ai bien dormi. Je suis certaine que l’arc aérien est très proche d’ici, quelque part, dans l’une des multiples grottes qui fleurissent sur la crique des Deux Courants. Dès lors, l’angoisse liée aux Shaakts s’est envolée. Au fond, je ne pense qu’Ylias avait raison. Je ne suis pas prête à les affronter. Et si par malheur, l’arc aérien ne se trouve pas ici, je ne suis plus certaine de me soumettre à l’esclavagisme, tant la légèreté que je ressens actuellement m’est agréable. C’est comme si on m’avait enlevé un poids de plusieurs kilos pesant sur ma poitrine. Soulagée. C’est sans doute le mot qui définirait le mieux mon ressenti actuel. Et sans doute que le murmure des vagues venant s’échouer mollement sur le sable y est aussi pour quelque chose.

Mon ventre crie famine. Pas le moindre arbre sur lequel cueillir des fruits dans le coin. On mangera plus tard. Je me lève et, d’un léger coup de pied, je remue Ylias encore endormi. Il a un visage de bébé lorsqu’il dort et je regrette presque de devoir le faire se lever.

- « Allez hop ! Debout marmotte ! Les nains vont sans doute bientôt arriver. On ne doit pas les rater si on veut les pister. »

Une fois l’esprit en alerte et un petit rafraichissement dans la mer effectué afin de nous laver du charbon, nous nous plaçons derrière un gros rocher, depuis lequel nous avons vue sur toute la plage. À cet endroit, nous ne pourrons pas les rater.

Et comme de juste, il ne faut que peu de temps avant que les nains montrent leurs tignasses ébouriffées. En tout cas, ils sont en meilleur état qu’hier matin ! Ils ont eu le temps de cuver.

(Tiens, je me demande s’ils se souviennent avoir révélé leur trésor à tout bout de champ. Ou bien, celui-ci est tellement énorme qu’ils se fichent qu’on leur en vole une partie ?)

Je secoue la tête. On parle de nains, voyons ! Jamais ils ne révéleraient volontairement la localisation d’une source d’or, même si elle est inépuisable. À moins que ce ne soit une embuscade, bien entendu. Mais ils étaient tellement ivres hier que ce n’est pas possible. Et de toute manière, il n’y avait qu’Ylias et moi à la taverne. Enfin, le tavernier aussi. Mais son jour de congé est le dimanche, il ne sera pas là ce matin.

Ils poussent devant eux une petite brouette. Je présume qu’elle leur servira de contenant. Je suis quand même étonnée que cette grotte ne soit pas plus envahie de chercheurs d’or, si elle en contient tant que cela. Je pense que les Shaakts ont un rapport différent à l’argent. J’ai l’impression qu’ils sont tous riches. C’est peut-être pour ça, ils ne ressentent pas le besoin de venir creuser la roche pour extraire de quelconques richesses.

Lorsqu’ils passent devant nous, Ylias et moi nous tapissons derrière le rocher qui nous sert de planque. Nous attendons qu’ils soient un peu plus loin pour les suivre à distance, de rocher en rocher.

(Pfff ! Mais qu’ils sont lents ! Avancez, au lieu de bavarder, bande de demi-portions !)

Finalement, la grotte n’est pas si lointaine, mais son accès n’est pas des plus simples. Il faut traverser une petite bande de mer, qui ne nous arrive qu’aux chevilles. Les nains abandonnent leur brouette qu’ils ont dû soulever dans l’eau, sur la plage. Ils s’aident de celle-ci pour escalader un rocher que je trouve relativement bas. Ils semblent être sur une roche assez grande, et plane, car je les vois tous les deux à la même hauteur. Ils contournent ensuite la roche qui se trouve face à eux. Elle est bien plus haute que leur petite taille. Pour vérifier si l’entrée se situe bien sur le côté, j’entraine Ylias à leur suite.

Aisément, bien plus que les nains du moins, nous grimpons le premier rocher pour arriver sur le grand plane. Je tends l’oreille. Ils sont juste derrière la roche ! Et donc, à l’intérieur. La voie est libre, nous pouvons entrer.

L’ouverture de la grotte est orientée plein est. Et le soleil est assez haut dans le ciel pour inonder les parois rocheuses de soleil. Le spectacle s’offrant à nous est ahurissant. Jamais auparavant je n’avais vu chose si belle. Partout autour de nous, des milliers d’étoiles scintillent, dans des reflets arc-en-ciel. Je m’approche de la roche et l’effleure du bout des doigts, incapable de dire quoi que ce soit pour exprimer ma surprise et mon émerveillement. Les nains ne disaient pas tout à fait vrai. La grotte ne regorge pas d’or, non. Mais de diamants. Ces jolies pierres précieuses blanches et transparentes.

L’admiration d’Ylias est palpable elle aussi. Je pense qu’il croyait que les nains racontaient des histoires et qu’il n’était là, sur cette plage, que pour me contenter et donner de l’importance à mes intuitions.

Je sursaute. Les nains sont déjà de retour.

- « Y a plein d’eau là au fond ! Pas grave, y a assez de richesses ici pour nous faire vivre sur plusieurs généra… »

Il ne termine pas sa phrase. Il vient de nous apercevoir alors que nous étions au seuil de la grotte. Mais nous sommes trop rapides pour eux, courts sur pattes, et encombrés de leur butin. Nous fuyons en courant.

Une fois hors de leur champ de vision, nous nous réfugions dans une brèche, nous révélant une autre grotte. Celle-ci ne contient pas de trésor, mais elle nous permettra de nous poser et de patienter jusqu’à la tombée de la nuit. Car, comme je le fais remarquer à Ylias :

- « Tout correspond à l’énigme Ylias! Je te l'avais dit! Il y avait de l’eau, dans la grotte, et un courant d’air, je ne sais pas si tu l’as senti. Et, tu as vu toutes ces pierres précieuses ? Ce sont les beautés ensoleillées ! Mais nous devons revenir ce soir, à la tombée de la nuit. Je ne sais pas ce qui sera différent, peut-être que l’eau du fond de la grotte se sera retirée avec la marée, et que l’emplacement de l’arc sera à découvert. Espérons ! »

- « Tu sais, je n’y croyais pas trop. »

(Ah ouais ? J’avais pas remarqué !)

- « Mais je pense qu’on a effectivement une chance de trouver l’arc dans cette grotte. »

Ylias se lève et se dirige vers la sortie de notre cachette.

- « Il va falloir qu’on se fasse une torche, pour s’éclairer ce soir. Je pars à la recherche de bois ».

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 Sujet du message: Re: Les Criques Isolées
MessagePosté: Sam 10 Aoû 2013 15:06 
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- « Hey, réveille-toi ! »

Ylias me secoue l’épaule. L’après-midi a été longue. Très longue. Je n’ai pas vu les nains repasser dans l’autre sens, mais leur brouette n’est plus sur la plage. Je présume qu’ils sont repartis de l’autre côté. Il ne nous restait plus qu’à attendre la tombée de la nuit. Et en été, le soleil prend des airs d’insomniaque.

Je me lève, Ylias a déjà allumé deux torches, crépitant joyeusement et envahissant notre refuge humide d’une lumière chaude et flamboyante. Heureusement que le jeune homme a trouvé de quoi les confectionner, parce que la nuit est sombre. Une épaisse couche de nuage, menaçant de crever à tout instant, nous sépare des éclats de la lune. Sur la plage, l’obscurité est complète.

Nous nous mettons en route. Gagnés par l’excitation d’une probable découverte, nos pas sont rapides et vifs. Sans tarder, nous arrivons à la grotte que nous avions quittée quelques heures plus tôt.

- « Tu as remarqué ? On n’a pas passé le petit bras de mer de ce matin. L’eau est beaucoup plus reculée, la marée est descendue. J’suis sûre qu’il n’y a plus d’eau dans la grotte. »

- « Allons vérifier ça ! »

Je ne voyais le visage d’Ylias que par intermittence, au rythme des flammes de sa torche, mais je devinais le sourire se dessiner sur ses lèvres.

Pour escalader les rochers, nous devons effectuer quelques tours de passe-passe avec nos torches. En avoir une seule pour deux aurait été plus confortable pour nos mains, mais cela aurait été trop imprudent, tant la nuit est enténébrée. Comme plus tôt dans la journée, nous arrivons sur la plate-forme rocailleuse, que nous contournons pour atteindre l’entrée de l’abri-sous-roche. Cette fois, plus d’émerveillement, plus de lumière. Juste l’orangé de nos flammes qui dansent sur les murs, faisant chatoyer çà et là quelques diamants.

Nous nous enfonçons dans la caverne, laissant derrière nous le bruit des vagues qui s’échouent sur la plage et les grondements sourds d’un orage naissant. Rapidement, nous arrivons dans la zone couverte par l’eau en journée. L’humidité est étouffante. Le chemin, pour autant qu’on puisse parler de chemin, n’est pas facile à emprunter. Il nous envoie dans le fond de la grotte, en une descente abrupte. La mousse qui couvre les roches la rend glissante à souhait et, plus d’une fois, j’ai dû m’agripper aux parois glaciales et mouillées pour ne pas tout dévaler sur les fesses. Ylias n’a pas beaucoup plus facile que moi. Il me précède et avance prudemment, la torche brandie devant lui.

(J’ai l’impression qu’on descend au fond d’un puits !)

J’ai du mal à imaginer que tant d’eau s’engouffre ici la journée, pour laisser tout cet espace libre une fois la nuit tombée. Mais il est vrai que la mer s’y engouffre par différents côtés, car la grotte était, cette après-midi, complètement entourée d’eau.


- « On y est. On est au fond. »

Devant moi, Ylias s’immobilise. Nous sommes en effet au bout du boyau, donnant sur une petite salle, bien plus étroite que la première, constellée de pierres précieuses. Nous ne savons pas vraiment ce que nous cherchons, je présume que l’arc n’est pas posé tel quel sur un autel érigé en son honneur.

Impatiente, j’effectue le tour de la pièce, éclairant de ma torche les moindres recoins de pierre, de roche, de mousse. Derrière moi, Ylias s’écrie :

- « Ici ! »

Il me désigne, dans la roche, un dessin gravé représentant un souffle de vent. Ça ne peut être que ça. Ylias réfléchit à voix haute, me faisant part de son raisonnement.

- « D’accord. Un souffle de vent… C’est sans doute un indice. Le vent nous indique une direction… Là, sur la droite. Donc… »

Tout en raisonnant, il se lève et se dirige dans la direction indiquée.

- « On devrait creuser ici. Mais on n’a pas de pioche avec nous. Ça ne va pas être simple de s’en procurer ici, à Khonfas. Je pense que si nous retournant à la taverne du… »

Je ne l’écoute plus. Accroupie devant ce dessin, mes pensées se perdent. Mes doigts effleurent la gravure, mes yeux la contemplent avec précision. Une petite irrégularité sous mon index attire mon attention...

(Peut-être que si je… Ouais !)

J’ai appuyé. Un mécanisme sourd se met en route. Sous mes yeux ébahis, je regarde la roche bouger, se mouvoir et… s’ouvrir sur une petite trappe. L’arc est là. Ylias est derrière moi, il a rapidement laissé tomber son discours pour observer le phénomène. Tels des enfants devant un tour de magie, nous sommes abasourdis. Je n’ose pas toucher l’objet, de peur qu’il ne s’agisse que d’un mirage.

Lové dans un grand coffret orné de coussin de velours, l’arc est là, en parfait état. Le bois qui le compose est aussi blanc que la neige et finement taillé. Orné de fleurs et végétaux, il me semble extrêmement fragile.

Réalisant que nous y sommes arrivés, que nous avons TROUVÉ L’ARC, je bondis de joie, poussant de petits cris de victoire qui résonnent dans toute la grotte, joyeusement accompagnée par Ylias. Nous dansons, nous sautons, nous fêtons cette trouvaille spectaculaire.

Une fois l’euphorie calmée, j’ai toujours du mal à réaliser notre exploit. Cet objet, recherché depuis tant d’années par de multiples personnes, c’est nous, NOUS qui l’avons.

(On l’a trouvé ! On l’a trou-vé ! Youhouu !)

- « Allez, vas-y. Toi d’abord. »

Ylias hésite encore un instant, comme s’il voulait graver à jamais ce moment dans sa mémoire. Délicatement, il prend l’objet entre ses mains.

- « Waouw ! Il est super léger ! Regarde ça ! »

Il me tend l’objet. J’ai peur de le briser. Avec précaution, je l’accueille entre mes doigts et le manipule doucement, le tournant dans tous les sens pour en observer les multiples détails.

- « Tu sais, il est incassable. Il est léger et semble fragile, mais il est solide comme la pierre. »

Le Taurion a beau m’en avertir, je prends toujours grand soin à manipuler l’arc. Sa taille est idéale, il n’est pas trop grand, pas trop encombrant. Mais suffisamment pour que les flèches soient puissantes. J’ai hâte de voir Ylias s’en servir pour découvrir avec lui toutes les possibilités d’une telle arme. Elle me fascine, littéralement.

- « Allez, t’as l’air tellement admirative que j’vais être sympa. Je prends les torches, et tu portes l’arc jusqu’à la grotte dans laquelle nous dormirons. Ne restons pas ici. »

L’elfe parlait d’un air moqueur, en me faisant un clin d’œil. C’est sans doute idiot, mais je suis heureuse, oui, et fière, de pouvoir l’apporter dans notre refuge improvisé. Il ne faut cependant pas que je donne trop raison à Ylias et une petite pique se doit d’être rétorquée.

- « Gnagnagna ! Moque-toi seulement ! Comme si tu n’étais pas en extase, toi ! Avoue que tu ne tiens pas en place et que tu rêves de l’essayer ! »

Un large sourire me prouvant que j’avais raison illumine sa figure. Puis, il se met en route, premier à remonter le long tunnel glissant menant vers la salle de l’entrée de la grotte. Le trajet de la remontée me semble moins long que la descente. Nous apercevons enfin l’entrée, donnant sur un ciel toujours aussi sombre, lacéré d’éclairs blancs, éclairant le temps de quelques secondes l’ensemble de la côte. La pluie tombe à violemment, il règne dans la grotte un boucan infernal.

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 Sujet du message: Re: Les Criques Isolées
MessagePosté: Sam 10 Aoû 2013 16:13 
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Ylias franchit le seuil de la grotte au moment où un éclair déchire le ciel en deux, accompagné d’un coup de tonnerre à ce point violent que le sol en tremblait. La lumière produite par la foudre m’a laissé le temps de voir. J’ai du mal y croire.

- « Yliaaas ! »

Les nains. Ils nous ont tendu une embuscade. Ils nous attendaient. Ylias est effondré au sol. J’ai tout vu. D’un coup de dague, le barbu a percé le corps de mon ami, en plein ventre, se faisant éclabousser le visage de son sang tiède. J’ai envie de hurler. Je sens mon corps vaciller. Je ne sais pas si Ylias est encore vivant. Il ne bouge pas. N’émet aucun bruit. J’ai envie de lui porter secours, mais il faut que je me débarrasse des nains. Ils ont déjà enjambé Ylias et se dirigent vers moi.

- « Tu vois ? J’t’avais bien dit qu’ces deux-là étaient étranges ! Regarde ! Plus de noir sur le visage ! Ils nous cachent des choses. Enfin… nous cachaient. »

De sa voix grondante, le nain ricane et jetant un regard vers le corps inerte d’Ylias. Je frémis. Il faut que je garde mon sang-froid. Que je trouve une solution. Ce n’est pas simple. Les torches se sont éteintes et la seule lumière provient des éclairs qui tombent aussi ardemment que la pluie.

Lors de l’un d’eux, mon regard est attiré vers le haut. Il y a une brèche étroite. Elle n’est pas si haute, mais les nains sont tellement épais qu’ils ne pourront m’y suivre. Rapidement, je fais volte-face, craignant que les nains ne se jettent sur moi et me poignardent le dos. Heureusement, je suis relativement agile et, aisément, j’atteints la sortie de secours. Ma tête est à l’air libre, battue par la pluie qui me brouille la vue. Je me faufile. Je suis dehors. J’entends les petits êtres jurer à l’intérieur de la grotte.

Heureusement que ma vue n’est pas trop mauvaise. Il s’en serait fallu de peu pour que je tombe. La sortie que j’ai empruntée m’a conduite sur une crête rocheuse. Elle est étroite et je dois garder les bras tendus un moment pour retrouver mon équilibre. Je parcours la crête, relativement longue, me demandant où me mènera son extrémité. Loin des barbus, j’espère.

Derrière moi, j’entends un brouhaha, surpassant le bruit du tonnerre. Je jette un regard par-dessus mon épaule, en devant cligner des yeux pour chasser les gouttes de pluie qui y coulent. Les nains.

(La vache ! Mais comment ont-ils fait ? )

J’ignore comment ils sont parvenus à monter sur la crête. En contournant la grotte, je suppose. Quoi qu’il en soit, il faut que je continue à avancer, ils ne pourront jamais me rattraper.

(Eh ben ma vieille, t’es dans de beaux draps !)

Impossible d’avancer plus loin. La crête s’arrête net au dessus de la mer. Le plongeon est suicidaire. Non seulement la hauteur dépasse la dizaine de mètres, mais en plus, je suis à peu près sûre qu’un tas de rochers et de caillasses accueilleraient mon crâne avec grand fracas. Demi-tour !

Les nains s’approchent, l’un derrière l’autre, tentant de tenir bon sur la roche abrupte, tandis que mes pieds restent cloués au sol. Instinctivement, j’attrape une flèche dans le carquois que j’ai sur le dos. Et l’arc aérien. Je réalise soudain que c’est lui que j’ai en main. Je réalise aussi qu’Ylias ne pourra pas s’en servir et que désormais… l’arc m’appartient. J’encoche une flèche, toujours aussi étonnée de la légèreté de l’arme. Je vise difficilement avec cette pluie battante. Dans un claquement sec, la flèche part, avec une force que jamais je n’avais ressentie avant. La distance parcourue par ma pointe est plus grande qu’à l’accoutumée. Mais le nain était malgré tout trop loin. Je ne l’ai pas touché. Ils continuent de progresser, lentement à cause des difficultés de terrain.

(Arrête de la jouer défensive ! Agis ! Pour Ylias !)

Prise d’une rage oppressante, j’avance vers eux, l’arc pointé en leur direction. Cette fois, ce n’est plus une, mais deux flèches qui garnissent mon arme. Je me suis entrainée durant des heures pour réussir à maitriser un double tir. Il n’y a aucune raison que j’échoue maintenant, alors que j’en ai besoin.

En parfait équilibre, je m’arrête. Et je lâche mes flèches. Le tir manque sans doute de perfection étant donné les conditions climatiques, mais les flèches atteignent l’assassin de mon ami. L’une lui déchire violemment la joue, tandis que l’autre vient se planter dans sa gorge, là où nulle armure ne peut le protéger. Le nain s’écroule et dégringole la roche, dans un vacarme assourdissant, ponctuant sa chute d’un gros « plouf ». Je jubile. La hargne me fait oublier que je suis en train de tuer. Il ne m’en reste plus qu’un dont je compte bien me débarrasser rapidement. Il a été moins rapide que son confrère et se trouve bien plus loin sur la crête, là où elle n’est pas si haute.

Je marche rapidement dans sa direction, les yeux fixés sur lui pour m’aider à garder l’équilibre. Je tends mon arc et tire une flèche. Mais il avait prévu le coup, en voyant son ami périr. Protégé par un bouclier, ma flèche s’y est plantée, profondément, sans meurtrir le joufflu.

(Merde ! Il a un bouclier ! )

Il devient facile pour lui de parer toutes mes flèches. Je ralentis le pas. S’il s’approche trop de moi, je suis perdue : avec sa dague, il me perforera l’estomac en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Mon arc, aussi glorieux soit-il, ne me sera d’aucune utilité. Et pourtant, le nain approche, dangereusement. Ça ne sert à rien que je fasse demi-tour, je ne retarderais que l’échéance du corps à corps. Il n’est plus qu’à quelques mètres de moi. J’ai sur lui l’avantage de l’équilibre. Je le vois dans son regard, le nain n’est pas à l’aise.

Et le moment fatidique approche. Le nain n’a plus qu’à tendre le bras pour me percer de sa dague pointue. Dans un cri de rage, il lève le bras armé, et tente de me poignarder. Mais son mouvement est trop brusque, trop violent. Il chute. En voulant esquiver son coup, je perds moi aussi l’équilibre. Nous roulons, nous nous cognons à la roche, nous jurons, nous crions, dans un fracas infernal : nous tombons.

Plus rapide que moi, le nain est déjà sur ses courtes jambes, à quelques mètres de moi, alors que je me relève seulement, les membres endoloris. Je n’ai pas beaucoup de choix. Il faut que j’effectue un repli stratégique. Le nain à trop d’avantages, sur la plage. Je marche à reculons, vers les rochers du bord de mer. Là, je pourrai jouer de mon agilité pour en finir avec lui.

Il tombe dans le piège. Au lieu de fuir, il me suit comme un chien suivrait son maître. Les nains sont téméraires, ce n’est pas une légende. J’atteints les roches et gros cailloux, sur lesquels je saute en faisant des bonds. Parfois, mon pied glisse à cause de l’humidité, mais je parviens sans cesse à me rattraper. Les vagues viennent frapper le banc de roche, nous éclaboussant de son écume blanche, elle-même mêlée à la pluie qui nous trempe jusqu’aux os. La rage que je ressens semble aussi forte que l’orage qui gronde. Les éléments se déchaînent tant en dedans qu’en dehors de moi. Le vent fait s’élever de hautes vagues qui explosent partout autour de nous. Mais je tiens bon, je continue de virevolter, de rocher en rocher, autour du nain. Il commence à se fatiguer. Je l’aurai à l’épuisement. Je le vois tomber, plusieurs fois, mais se relever, toujours. Je profite d’une dernière chute pour m’éloigner suffisamment de lui. Là, perchée sur un qui surplombe les autres, alors que la pluie se déferle toujours sur nos corps glacés et acerbes, je décoche une flèche. La dernière. Le nain ploie, chute. Et les vagues l’emportent au loin.

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