L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Les tours des enchanteurs sombres
MessagePosté: Ven 31 Oct 2008 15:55 
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Les tours des enchanteurs sombres


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Le royaume d'Atha Ust est parsemé de nombreuses tours solitaires faites du métal élémentaire noir, se dressant parmi les plaines et la forêt. Celles-ci sont presque toutes abandonnées, au profit de bandes de Garzoks, de monstres, de guildes secrètes et de nécromants solitaires.

Il paraîtrait que dans l'une d'elles se trouverait un légendaire artefact qu'aurait laissé un vieil enchanteur misanthrope...

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 Sujet du message: Re: Les tours des enchanteurs sombres
MessagePosté: Sam 6 Fév 2010 12:28 
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Des tours qu’elle avait visités, il ne lui restait que le souvenir de vieilles aristocrates délabrées et déjà dépouillées de tous leurs biens, avachies au milieu des bois ou des marais glauques. A l’intérieur, l’Aldryde n’avait fait que constater l’activité quasi spectrale de quelques animaux minables, marquant de petits cratères symétriques leurs traces dans la boue et la poussière, sans pour autant débusquer le moindre indice récent d’activités supérieures. Les spires tanguaient chaque jour davantage sous les roulis du temps affable, abandonnées comme de vieilles perruques pourries, investies et forées par de la vermine curieuse d’échapper au luxe d’une mort tout de becs et de serres. L’aventurière poursuivait sa route toujours plus au sud, fuyant quelque peu l’hiver naissant et se repérant au panache défraichi des multiples tours en ruine émergeant de la forêt dense. L’endroit n’avait rien à voir avec les facéties artificielles et vaguement angoissantes de la côte ouest, ici l’atmosphère était plus naturelle, le cycle des saisons faisait doucement son œuvre et le silence n’était dû qu’au deuil partagé d’un automne trop tôt trépassé.

Soudain, un bruissement dans les fougères brulées par les premiers gèles la sortit de sa contemplation et l’exilée eut la surprise de sentir son corps réagir à l’assaut avant même qu’elle ne comprenne réellement la nature de la menace. La guerrière avait déjà dégainé et dans le même geste tranché l’étrange projectile qui tourbillonnait droit vers elle, les deux extrémités du petit bola, désormais libres, s’échappant au loin pareils à deux vieux soleils tièdes s’en allant mourir dans les confins de la honte. Se retournant, elle vit jaillir du taillis brunâtre une créature qu’elle prit d’abord pour une Aldryde au vu de sa petite taille et de ses ailes, puis cédant à la pression de l’attaque, la jeune femme préféra se concentrer sur le bouclier en feuilles de houx tressé et la lance de bois poli la dardant. Alors qu’il la chargeait, un autre petit insecte bourdonnant apparut plus haut, tenant sa propre lance à deux mains et plongeant littéralement sur elle. Oona bondit sur le premier agresseur pour délivrer un violent coup de pied sur le bouclier qui envoya la jeune fée papillonner plus loin, puis de sa main gauche elle attrapa l’extrémité de la lance du second ennemi et vrilla son poignet. Au moment de la saisie, la jeune femme avait senti que la prise de l’autre fée était très mauvaise, qu’elle tenait son arme sans vraiment savoir s’en servir et c’est pour cela que lorsque l’Aldryde commença à tourner sur elle-même tout en faisant pivoter la hampe de l’arme sur son axe, son adversaire se retrouva aspiré, sans possibilité de lutter. La jeune femme finit son premier tour sur elle-même en éjectant son adversaire, hagard, hors de son attraction, puis acheva le second en frappant le malheureux avec sa propre arme de toute la force de cette double vrille. La fée fut complètement sonnée et piqua jusque dans les racines de fougères. Une mince voix autoritaire stoppa de nouveaux assaillants tout juste sortis des plantes mortes et qui s’abritaient fièrement derrière des boucliers de houx, armés de petites haches faites d’une quelconque épine emmanchée et de curieux bolas.

L’aventurière eut alors tout le loisir d’observer ce petit commando. Au nombre de dix, ces fées étaient plus petites que la jeune femme d’une courte tête et armées de tout un bric-à-brac d’armes bricolées et de tuniques de feuilles tressées. En y regardant de plus prêt Oona vit que seule celle qui avait ordonné l’arrêt de l’embuscade et qui devait donc être leur chef, était au final une femme, les autres avaient les traits à peine marqués de très jeunes hommes, presque des garçons. A en juger par leur allure et le surcroît d’excitation qui se lisait dans leurs yeux, la guerrière n’avait aucune crainte quant à l’issu du combat si d’aventure il devait se poursuivre. La fée parla encore en voletant hors des fougères pour se rapprocher de cette proie récalcitrante et, bien que ne comprenant pas un mot, l’aventurière observa cette curieuse fleur volante. La fée s’exprimant dans une langue inconnue était d’une beauté extraordinaire, comme si la petitesse de son corps n’avait jamais accordé la moindre place à un quelconque défaut. Elle avait le teint cuivré et profond comme le dessous d’une vieille jarre polie par des lustres de langues de feu affamé, des yeux si noirs qu’ils semblaient presque absents et surtout une descente de cheveux blanc d’écume, une congère formidable poudrée par les délicats intempéries de l’hiver. Oona crut même apercevoir à la pointe de cette dense crinière, véritable supplice pour des mains avides de douceur, une corolle de petites fleurs rosâtres emmêlant leurs racines dans cette voluptueuse forêt boréale. La fée papillonnait de ses ailes de libellule curieuse, de plus en plus proche, bientôt suivie par quelques congénères aux mêmes reflets métalliques, leur teint s’enchantant au contact d’un soleil de plus en plus timide, transformant les bleus en éclairs hypnotisant, les rouges en coulées de lave tentatrice et les blancs en ivoires d’un lustre princier.
Oona reconnut alors dans une nouvelle phrase, les accents mélodiques et tranchants de la langue elfe noir, mais elle ne put hélas répondre, se contentant de laisser tomber la lance dérobée et quand enfin son interlocutrice s’exprima en Garzok, elle put confirmer qu’elle ne souhaitait plus combattre.

Wydwan se présenta comme étant la tutrice des jeunes fées et s’excusa de l’attaque qu’elle n’avait pas au fond désirée prétextant une fougue juvénile difficilement contrôlable. La guerrière ne lui en tint pas rigueur maintenant qu’elles volaient de concert vers leur campement, le reste de la bande suivant à distance en se rejetant mutuellement l’échec de leur embuscade. L’Aldryde apprit donc durant le trajet qu’ils étaient des fugitifs, les derniers membres d’un clan féérique que la guerre pour l’Anahastahurtepp avait décimé comme des centaines d’autres. A son grand étonnement, l’exilée apprit que toute la région était en guerre depuis près de quatre années, chaque fée se devait de choisir son camp alors que le dernier Arbre des Cauchemars menaçait de s’éteindre ce qui pouvait potentiellement annihiler l’intégralité de leur minuscule race. Oona resta longtemps perplexe alors que déjà on lui contait des merveilleuses et pourtant insignifiantes sagas en miniatures. Qu’un si petit peuple puisse se livrer une guerre fratricide alors même que le monde alentours regorgeait déjà de pièges mortels et que jamais aucune de leur bataille, aucun de leur héros ne serait connu en dehors des encablures de l’Atha Ust la toucha profondément. Combien même ils disparaitraient à tout jamais il ne resterait personne pour s’en émouvoir, eux aussi resteraient insignifiants jusque dans la mort.

Wydwan se confia longuement une fois arrivée au campement, tout au plus un vieux nid déserté où des feux brulaient dans de curieuses coquilles d’escargots sur lesquelles allaient bientôt mijoter un maigre souper. La fée se définissait en effet comme la dernière noble de son clan, l’ultime héraut à même de propager la mémoire et le savoir de sa communauté jadis florissante car éduquée et instruite d’un savoir et d’une tradition lourde pour son si jeune âge, n’ayant en effet que quelques années de plus que ses petits cousins. Elle savait parler la langue des hommes de la région, celle des orques environnants ainsi que celle des elfes et enfin plusieurs langages féérique dont la plupart restaient secrets ou sacrés. De par son rang on l’avait destiné à être une parfaite dame de cour pour qu’un jour peut-être elle devienne l’épouse d’un autre chef de clan. Mais aujourd’hui toutes les tribus avaient périclité et seule la taille et la provenance des armées avaient un sens. En un mot, elle se sentait de plus en plus impuissante même à retenir ses cousins qui déjà bouillaient de se battre et qui bientôt seraient en âge de voir leurs souhaits exhaussés pour le meilleur et pour le pire. Oona sentait très clairement que Wydwan était heureuse de pouvoir parler et se confier à quelqu’un d’extérieur au conflit, quelqu’un qui pouvait lui offrir une échappatoire, la vision d’un autre monde qui, à défaut d’être plus beau, avait le mérite d’être nouveau. L’aventurière écouta longtemps après le repas, alors que lui était conté avec un talent certain la destruction de la faction, la fuite et l'errance qui suivie ainsi que toutes les merveilles inconnues de la civilisation féérique de la région. La fée s’excusa finalement de son bavardage lorsque les jeunes hommes émergèrent du noir comme des fantômes et allèrent se vautrer dans les restes de duvet, crasseux et épuisés de leurs petits méfaits nocturnes.

La jeune femme s’allongea de l’autre coté des braises crépitant dans les circonvolutions de gastéropode et observa ses curieux hôtes. Allongés ainsi les uns sur les autres, jambes et bras entremêlés, leur peau de métal brillant légèrement, ils ressemblaient à s’y méprendre à ces cadavres de mâles Aldryde pour lesquels étaient organisées annuellement de grandes et tristes crémations collectives. Ils étaient peu nombreux ceux qui osaient s’y rendre plus d’une fois dans leur vie tant la vision d’horreur de ces reproducteurs, dernier espoir de toute une race, partaient par poignées entières en fumée, passant en l’espace d’une nuit de leur prison glacée à l’infini angoissant du néant. Selon la coutume Oona avait été obligée de s’y rendre une fois avant son vol nuptial et désormais la triste analogie sonnait comme un mauvais présage lui commandant de fuir ce lieu maudit. Elle esquissa un mouvement pour se relever et croisa les grands yeux noirs de Wydwan, deux perles mouillées qui la scrutaient sans aucune expression. Devant tant de résignation, elle fit mine de ne pas la remarquer et remua nonchalamment les braises de la pointe de son arme, quand l’exilée hasarda un œil vers la fée, celle-ci dormait ou du moins feignait le sommeil en attendant la réaction de son invitée.
La guerrière hésita longtemps encore entre fuir ou rester mais plus elle regardait les petites fées dormir à poings fermés, ces guerriers de pacotille qui se prenaient, le jour venu, pour des bandits de grands chemins, plus elle fut certaine de devoir rester pour leur offrir quelque chose, elle ne savait pas encore quoi mais il se pourrait bien que cela fut vital pour tous, Aldryde et fée confondues. Au fil des jours, l’invitée fut plus ou moins intégrée à ce simili de famille dont le lien n’était à peine maintenu que par les épuisantes mascarades auxquelles se livrait la noble fée. Elle s’évertuait, s’échinait envers et contre tout à rendre chaque jour unique, à écarter ses jeunes cousins de la guerre, elle soufflait toutes les tendresses d’une mère de substitution pour chasser au loin les sombres pensées de ces esprits juvéniles envahis de mélancolie et rêvant de vengeance. Wydwan tentait de faire revivre un quotidien d’autant plus sublimé qu’elle sentait poindre l’imminence de leur départ en leur faisant miroiter des paradis de paix et de calme. Hélas, dès qu’elle s’en allait mouiller de ses grosses larmes sa maigre cueillette quotidienne, les jeunes fées reprenaient leur entraînement douteux, établissaient des plans de reconquête à la hauteur de leur espoir virginal.

L’exilée voyait clairement dans cette lutte sourde les dilemmes auxquels elle était encore confrontée chaque jour, Aldrydes et fées par une quelconque facétie perverse se trouvaient à devoir affronter des dangers, à surmonter des épreuves d’autant plus grandes que leur vie était insignifiante. Privées de la protection de l’insouciance et de la joie communautaire même factices, elles devenaient moins que de la poussière dans le vent, condamnées à fuir les cimetières fraîchement creusés pour échapper aux stèles de leur propre tombe. Oona décida qu’elle n’allait pas perdre son temps à tenter de détourner ces petits guerriers revanchards de leur destinée, elle souhaitait juste les y préparer du mieux qu’elle put. La guerrière leur donnerait peut-être l’occasion de survivre un jour de plus sur le champ de bataille et c’était pour elle le meilleur moyen de réagir à la détresse de Wydwan.
Cette dernière d’ailleurs prit très mal cette initiative et tenta souvent de perturber les cours, mais elle se résigna bien vite devant les rapides changements qu’elle perçut dans l’attitude du reste de sa famille, se joignant même parfois aux exercices et recommençant à se confier. L’aventurière, loin de vouloir copier maître Zuol, n’était pas du tout tendre et elle exigeait de ses petits élèves la plus grande concentration mais surtout elle comprit que son élan d’altruisme était surtout motivé par le besoin de faire, littéralement, le bilan de ces dernières semaines. Lorsque Oona forçait les jeunes fées à répéter pendant des heures les mêmes mouvements à ses cotés, ce n’était pas vraiment dans un but purement didactique, elle sentait bien que cela lui permettait de valider ses acquis à rebours. De voir les adolescents enchaîner les frappes et les parades lui confirmait qu’elle-même était en mesure de surpasser ces petits échanges, la perception des mécanismes de son nouveau corps se précisait à chaque fois qu’elle discernait une faute dans le positionnement de l’un de ses apprentis. Ce fut un échange comme jamais l’Aldryde n’avait connu, une réciprocité enrichissante pour tous les partis durant ces deux très courtes et intenses semaines.

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 Sujet du message: Re: Les tours des enchanteurs sombres
MessagePosté: Sam 6 Fév 2010 12:29 
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Car très vite, la petite troupe dut montrer qu’à l’ardeur de la jeunesse Oona avait su ajouter une certaine discipline lorsqu’un ennemi inattendu les cueillit au détour d’un sentier. Cinq coqs déboulèrent devant la troupe volante avec sur leur croupe des gnomes perchés et prêts à en découdre. Ces derniers ressemblaient à des crapauds qui se seraient vêtus d’une peau de rhinocéros tant leur corps n’était que plis et replis pustuleux, leur grande bouche sans lèvre et leurs yeux globuleux donnant un semblant d’ordre à ces monticules grisâtres et presque obèses. De plus leurs armures de cuir, renforcées par quelques pièces de métal, accentuaient encore leur aspect butor, seul leur cimier, sorte de bassinet orné d’une très fine et très longue plume bigarrée, leur donnait un air quelque peu ridicule. Ces antennes bizarres et décalées se balançant nonchalamment à chacun de leur mouvement bilieux. En revanche les montures se toisaient mutuellement d’un orgueil déraisonné, battant l’air du plus clinquant de leur bouquet de plumes chamarrées, s’observant d’un œil débile, prêts à attaquer au moindre signe de faiblesse de leurs voisins. Ces braillards de basse-cour étaient aussi hétéroclites que leurs maîtres paraissaient de tristes copies, certains, presque des échassiers, étaient de solides et hautes bêtes couvertes d’un plumage noir moucheté de blanc avec crêtes et jabots sanguinaires. Alors que d’autres incarnaient les courtauds bagarreurs, avec pattes épaisses et livrée campagnarde de couleurs automnales. Les volatiles étaient cependant aussi armés que les gnomes, ergots et becs parés de lames aiguisées comme des rasoirs, autant de rostres et de poignards prêts à saccager les frêles corps. L’un des maîtres, portant une bannière, frappée d’un coq noir tout en pointe sur fond vert-bouteille, à la hampe de sa lance, balaya d’un long regard la troupe en face de lui. Tout en tordant le poignet sur les rênes qui enserraient le cou de sa monture d’un anneau de pointe, il ordonna la charge. C’est dans une cacophonie et un formidable déploiement de plumes que les chevaliers sur gallinacés chargèrent la maigre phalange de guerriers féériques.

Oona eut le plaisir de constater que malgré l’âpreté du combat qui s’annonçait, les fées avaient toutes dégainées leurs armes et s’étaient divisés en deux groupes, trois jeunes soldats bouillaient derrière elle, alors que le reste était parti épauler Wydwan. Déjà deux bolas, mortelles étoiles jumelles, tourbillonnaient droits vers les coqs, l’une d’elle se perdant dans les buissons alors que l’autre s’enroulait autour de la patte d’une des bêtes. Les deux tiques à l’extrémité de la corde de soie, éveillés par ce manège mouvementé, harponnaient avidement les cuissots savoureux. L’Aldryde fonça droit sur cette même monture, glissant tout en souplesse sur son autre flanc pour délivrer une fulgurante attaque sur le gnome, hélas même avec une pareille précision, son arme ne fit que chatouiller l’aisselle de son adversaire. Au même moment les trois fées avaient planté javelots et lances dans l’animal qui sursauta de douleur. L’aventurière, surprise d’une telle résistance, bloqua très haut du bord de son bouclier, la frappe du gnome constatant qu’ainsi écartelé, le chevalier, était à sa merci. Elle voulut ouvrir son triple menton d’un estoc mortel mais lorsque la guerrière croisa son regard froid et résolu, elle se stoppa consciente qu’il ne s’agissait pas d’adversaires comme les autres. Certes leur laideur était comparable, voire dépassait, celle de ses précédents ennemis, géants de toutes races, difformes et gueulards à la peau luisante de sueurs puantes mais eux-aussi appartenait au petit peuple et devait endurer les même affres qu’elle. La guerrière lui décocha un formidable direct du droit qui la fit certainement plus souffrir que le gnome, puis exécuta un rapide salto arrière pour lui asséner un violent coup de pied. Son ennemi en fut sonné et perdit l’équilibre, chutant de sa monture complètement déchainée, se retenant de justesse aux rênes qui étranglèrent littéralement le pauvre animal qui se mit à bondir pour lutter contre l’agonie.
Soudain deux cavaliers déboulèrent, l’un d’eux empalant littéralement un guerrier qui vibrait juste à coté de la petite bretteuse, alors que le second ennemi laissait sa monture bondir, ergots à l’affût, droit sur elle. De l’autre coté du champ de bataille improvisé, Wydwan menait l’assaut sur l’un des chevaliers, l’assaillant de toute part avec l’aide de ses frères, esquivant de justesse le vrombissement de son fléau mais ne parvenant pas à triompher. Déjà la force, toute relative, de leur assaut s’était dissipée et l’un des gnomes, bien callé sur sa monture raclant le sol, sortit une arbalète de son dos adipeux pour lâcher un trait plein de haine sur la fée. Le carreau découpa la scène d’un lourd silence et au moment où la jeune noble allait périr, le splendide tabard de pétales tressés aux armoiries de son clan explosa dans une gerbe de printemps. Une corolle rosâtre jaillit alors bloquant dans un dernier et enchanteur sursaut la menace mortelle. Quand tous les petits pétales s’évanouirent, Wydwan était indemne et le gnome rechargeait méticuleusement son arme de ses doigts bouffis, déjà le fléau s’abattait sur le bras d’un des petits soldats qui papillonna comme une mouche sonnée cherchant à s’enfuir.

A l’abri sous son écu magique, Oona se fit brutalement survolée par le monstre de plume sans subir aucun dégât et lorsqu’elle émergea de cette frénésie se fut pour être de nouveau attaquée par l’un des coqs. Elle réagit avec toute la rapidité et la violence de son frais corps d’athlète en crevant l’œil de l’animal, qui explosa comme un fruit trop mur, puis en tranchant un partie du jabot de la bête dans lequel s’enfonça immédiatement la lance de son dernier frère d’arme. Le volatile bondit de plus bel, sa gorge ouverte postillonnant le sang en salve régulière alors qu’avec une adresse inattendue, son cavalier sautait à bas de sa monture chargeant d’un pas lourd l’Aldryde. Au même moment, le coq l’ayant survolé auparavant fit volte-face, attrapa d’une geste serpentin la jeune fée, la gobant à moitié, pour trancher avec toute la netteté de ses prothèses la jambe du malheureux déjà engloutie. Oona n’avait aucun mal à triompher de son adversaire au sol, utilisant le double avantage de son savoir martial et du vol pour esquiver ses attaques et en délivrer de bien plus vicieuses mais ses protections quasi magiques annulaient tous ces efforts. Tout au plus arriva-t-elle à l’écorcher ou à le sonner quelques instant d’un coup de bélier aérien délivré par toute la puissance d’une pirouette rapide et de son solide bouclier.

Lorsque la guerrière rompit le combat se fut pour voir la troupe de Wydwan réussir à s’emparer des rênes d’un autre coq, qu’ils étouffèrent bientôt jusqu’à ce que son cavalier chute lourdement. Mais une autre corde vibra, arrachant un nouveau moucheron à son ballet aérien. Désormais les gnomes se regroupaient derrière les deux dernières montures, chacun dégainant une minuscule et pourtant mortelle arbalète. La suite s’imposa d’elle-même et l’aventurière ordonna la retraite brutalement ponctuée par un coup de fléau qui dévissa littéralement la tête d’un vaillant soldat volant. A trois reprises, le gong des carreaux frappant l’écu de l’Aldryde se fit entendre pendant qu’elle tentait de couvrir les fées récupérant leurs congénères blessés ou morts. Alors que la phalange volante s’enfuyait, pataude, bien haut dans les futaies marron, un dernier trait ponctua la fin de ce fiasco en embrochant la jambe d’un des fuyards.

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 Sujet du message: Re: Les tours des enchanteurs sombres
MessagePosté: Sam 6 Fév 2010 12:30 
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Wydwan était en plein désespoir et pourtant elle s’évertuait à utiliser son savoir pour guérir les derniers membres de sa famille, désormais amputée de trois nouveaux membres car dans son esprit il n’y avait désormais que des tombes et des chants funèbres. De son sac elle avait sorti des bandelettes pour enturbanner les plaies de tout son monde, y inscrivant de la pointe de ses fins doigts des symboles avec une étrange encre. Oona, l’observant, n’osait parler, la culpabilité la rongeait mais elle n’osait s’excuser, elle aurait juste aimé pouvoir aider la fée à corriger ses propres erreurs. Comment avait-elle pu croire que son arrogance avait pu forger des guerriers ? Pourquoi avait-elle encouragé cette jeunesse insouciante à arpenter les sentiers les plus pernicieux ? L’exilée noya alors son chagrin en allant quérir quelques provisions et quand elle rentra au campement assoupi, Wydwan l’accueillit et maladroitement lui signala qu’elle avait une blessure au bras. La guerrière se laissa faire alors que la petite fée lavait l’égratignure avec grand soin, acceptant par ce biais de se soumettre comme les autres à son attention maternelle où la rancœur n’avait pas sa place. Plus tard, l’Aldryde fut même surprise de voir les petits soldats se montrer fièrement leur blessure déjà en cours de guérison en souriant et en reproduisant certaine scène de cette rixe stupide, se chamaillant même pour avoir l’honneur d’endosser son propre rôle.
Ce fut sa compagne féérique qui rompit son silence vaguement écœuré :
« - Dans deux soirs, nous célébrerons nos morts, nous souhaitons tous que tu participes à cette cérémonie. Vois-tu, tu t’es montrée bien plus sagace que moi, je refusais d’avancer, je les protégeais alors que toi tu leur as montré la réalité. Désormais leur choix sera éclairé.
Wydwan posa sur Oona un regard aveugle, il n’y avait rien d’autre qu’une extrême lassitude dans ses beaux yeux sombres. Elle continua en prenant la main de l’exilée dans la sienne.
- Nous ferons aussi la cérémonie d’adieux aux guerriers ce même soir. Ma petite famille va enfin partir, je n’aurai plus à m’occuper d’eux. J’en suis heureuse. »

Et Oona n’osa retirer sa main avant de longues minutes.

La cérémonie fut d’une simplicité et d’une solennité magique. Tous les participants s’étaient couverts de cendres et avaient défilé lentement, comme des spectres, autour des trois cadavres dans leur linceul de feuilles mortes. D’est en ouest et à trois reprises les fées avaient gravité comme des soleils noirs autour de ces nouveaux morts bercés par le chant étrangement grave et profond de Wydwan, couvrant d’homélies cette nuit magique et sans lune. Puis dans de minuscules bols de terre cuite richement décorés chacun avait soufflé trois fois avant de le retourner sur la poitrine à peine dessinée de leur défunt. Enfin, quand la juste et triste voie de la prêtresse s’était tue, elle avait versée dans ce même bol quelques gouttes d’eau où tous avaient lavé méticuleusement leur corps. Puis l’escadrille avait quitté sans un bruit le cimetière à ciel ouvert où demain il ne resterait plus que quelques feuilles dispersées par les vents vespéraux. En revanche dès leur arrivée au camp, la vie reprit son droit et se fut une fête dès plus joyeuses qui commença, au son d’un étrange sitar que des doigts habiles faisaient vibrer de sons inconnus et entraînant. La voix de leur marraine s’éclaira alors pour laisser exploser toute la beauté de son art, son chant ne semblait connaître aucune limite tant en rythme qu’en intensité et l’exilée fut presque jalouse d’un tel don. Mais les mauvaises pensées, toutes, sans exception, furent bien vite chassées au loin et la petite troupe volante s’égaya longtemps. On mangea et l’on but chichement jusqu’à ce que le soleil se lève, les quelques nectars et gourmandises gardés en réserve firent leur effet et aux premières lueurs du jour on distribua les présents. Wydwan avait en effet préparé de petits talismans, des poupées, des porte-bonheurs à partir de feuilles tressés et elle les distribua à chacun de ses frères avec moultes embrassades, pleurs et conseils déboulant directement de son gros cœur. Puis quand tous se tournèrent vers Oona, elle demanda du regard, l’aide de la fée.

« - Si tu le désires, tu peux leur offrir quelques menus objets pour leur périple. Mais tu leur as déjà donné beaucoup.

L’Aldryde pensait surtout qu’elle leur avait tout pris et c’est avec empressement qu’elle alla chercher son sac. Devant les cinq paires d’yeux brillants autant d’excitation que de larmes, la guerrière sortit pêle-mêle ses affaires. Elle y trouva son dernier dès à coudre et l’offrit gauchement au premier des soldats qui l’enfila comme un plastron, l’air gêné. Puis Oona retrouva son vieux dard qu’elle offrit aussitôt et sans remord, ensuite trois petites sphères noirâtres tombèrent dans sa main et l’exilée se souvint alors de la sève du vieil orme qui avait tant coulée pour chasser le mal qui le rongeait. Observant ces gouttes de vie pure, elle en détacha une et offrit les deux autres à la jeune fée tout en demandant à Wydwan de traduire son explication. Finalement elle ouvrit son fourreau de cuir et donna aux deux dernières fées, les plus amochées par le rude combat, deux écus qui leur ferait de très bons boucliers.

Mais un silence gênant se répandit soudain, ce qui confirma l’intuition d’Oona quant à l’inutilité de ses cadeaux, elle imaginait déjà avoir commis un nouvel affront, un impair qui ne ferait que marquer un peu plus ses erreurs mortelles. La prêtresse vola à son secours en ironisant :

- Tes présents sont bien trop généreux Oona ! Tu as fait d’eux de riches et puissants guerriers qui te seront éternellement reconnaissants. Nul doute qu’avec ça ils survivront à toutes les atrocités. »

Et dans sa voix vibrait avant tout la tension d’une prière désespérée, un dernier espoir lancé aux forces supérieures pour implorer leur rare clémence.

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 Sujet du message: Re: Les tours des enchanteurs sombres
MessagePosté: Sam 6 Fév 2010 12:31 
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La tour d’Eurast ne fut pas difficile à trouver grâce aux savoirs que Wydwan avait de la région et bientôt le petit couple volant arriva à proximité d’un marais où était plantée une majestueuse tour à peine délabrée. Les lichens et autres mousses rampantes aux parfums de tombeaux enveloppaient ainsi la construction, sublimant son charme naturel par des touches de pourritures aristocratiques au lieu de révéler sa décrépitude interne. Le marais était vaste et la tour reposait sur un maigre affleurement rocheux qui assurait miraculeusement sa longévité, seul un chemin empierré permettait l’accès par la voie terrestre. Voie jalonnée de part et d’autre par de nombreux talismans de crânes et d’os avertissant l’imprudent de la dangerosité des lieux. D’après la fée, ces terres appartenaient aux Kadus, des créatures féroces et belliqueuses qui voyaient cependant leur ardeur bestiale tempérée par une superstition encore plus grande. Ces monstres préféraient donc laisser les fées et autres créatures issues de la magie tranquille et Oona ne fut pas étonnée de voir se dessiner faiblement, loin derrière la tour, les formes voûtées de drôles d’êtres les regardant passer avec toutes les apparences de la paix.
L’Aldryde avait tout d’abord craint que sa compagne ne se montre trop protectrice à son égard, voire même qu’elle tente de la materner, mais au final, il n’en fut rien. Peut-être pouvait-elle enfin se permettre de libérer sa vraie nature ou bien peut-être que le chagrin la maintenait dans un mutisme discret, quoi qu’il en soit les deux jeune femmes parlaient peu. Parfois leurs esprits se croisaient, autour du feu ou d’une anecdote particulière, avec le bonheur à chaque fois renouvelé de se savoir entendu, voire même _ miracle improbable _ d’être vraiment compris e. Au final, l’exilée finit par penser que cette vie plaisait bien à sa compagne qui pouvait enfin abandonner son sort entre les mains d’un destin aussi incertain soit-il.

Les lierres et les ronces drapaient l’entrée de la tour et c’est avec prudence que le couple franchit cette barrière naturelle pour déboucher sur un véritable charnier. Là, devant leurs petits yeux s’étalaient un champ de bataille miniature, où assurément des siècles de cadavres déposés en strates épaisses s’entremêlaient avec horreur les uns dans les autres. La plupart étaient nus comme au dernier jour, leurs mâchoires ouvertes, souriant béatement de toutes leurs dents jaunis comme autant de palissades défraîchies, leurs os à peine retenus les uns aux autres par le cuir de leur tendon. Très peu étaient ceux à pouvoir encore se targuer d’une vague forme humaine, s’ils en avaient possédé une un jour, leur peau trouée s’hasardait encore au bord de cuir chevelu posé là comme des rats morts, ou bien sous des couches de tissus tachés par des décennies de suintements purulents. C’était une morbide collection de membres qui tapissait le gigantesque hall englué dans plusieurs centimètres de poussières de tombes et de résidus digérés de chairs nécrosées. Les cadavres étaient mieux conservés à mesure que les jeunes femmes avançaient sous les lourdes arcades tissées de chapiteaux de toiles d’araignée et les lustres rouillées. Certaines dépouilles étaient entières portant encore armes et armures comme si elles étaient prêtes à reprendre le combat sur le champ pour répondre à l’appel muet d’un quelconque général fou. Mais ce fut la voix d’une femme qui brisa l’angoissante atmosphère de fin du monde :

« - M’enverrait-on des rats que je n’en serais pas plus étonnée ! Approchez !

L’ordre émanait d’un corridor sur la droite dans lequel s’engouffrèrent bientôt l’Aldryde et la fée prête au combat, cette dernière ayant récupéré une lance d’apparat aux circonvolutions d’une vigne bordeaux. Dans une étroite et haute alcôve antique, entre les décombres des voûtes n’ayant pas résisté aux affres du temps et un bassin saumâtre, se tenait une grande femme dans sa robe immaculée comme une mariée oubliée sur les marches de l’autel. Et comme la promise délaissée, elle avait gardé son voile tout emmêlé de cheveux pour masquer son chagrin. Ce fut un rayon de soleil opportun qui révéla la vraie nature de la femme au couple papillonnant dans l’atmosphère sépulcrale. Car celle qu’elles avaient prise pour une innocente bafouée était au final une gorgone, une enchanteresse au corps sculptural et à la tête auréolée de serpents qui soudain humaient l’air alentours de leur langue fourchu. Elle se tourna alors vers ses invitées et toutes deux purent voir qu’un bandeau emprisonnait son regard mortel et la faisait ainsi avancer avec la démarche trop assurée des aveugles habitués à un même lieu. Sa couronne vivante alla onduler dans la direction de l’Aldryde et de sa compagne à la recherche d’informations avant que sa voix tranchante ne résonne dans la petite salle.

- Je ne savais pas que même les fées étaient prêtes à céder leurs âmes à la Dame Noire elle-même, la folie gagnerait-elle-même le petit peuple ? Quoi qu’il en soit, dites lui que ma réponse est la même. Jamais je ne céderai !

Dans le silence de ses interlocutrices elle décela certainement un trouble et ses serpents reprirent alors leur ballet introspectif.

- Vous n’êtes au service de cette ridicule catin, n’est-ce pas ?

- Non, répondit Oona. Nous sommes venus voir Eurast, le Shaakt.

- Ah, et bien dans ce cas vous escaladez la hiérarchie dans le mauvais sens. Je suis en quelque sorte sa prisonnière et l’on pourrait dire qu’il est mon gardien, bien que nous soyons tous les deux prisonniers ici. Elle pausa, narquoise. Enfin tous les quatre désormais.

- Comment cela ?

- Seuls ceux qui complotent pour Oaxaca peuvent entrer et sortir de ce lieu à leur guise, les autres sont condamnés au trépas. Tous les cadavres dans le hall ne sont pas le résultat d’une décoration excentrique mes belles, ce sont tous les corps des curieux et des aventuriers malchanceux.

La gorgone laissa infuser dans l’esprit des jeunes femmes sa sentence mortelle, puis fit quelques pas dans leur direction avec ce déhanché improbable, tenant plus de la reptation tentatrice que de la marche.

- Mais que lui voulez-vous au juste à ce cher Eurast ?

- Je crains que cela ne vous regarde aucunement, renchérit soudain Wydwan.

- Tout à fait, dans ce cas vous le trouverez tout au fond du hall par lequel vous êtes entrés, mais si j’étais vous je m’abstiendrais de le déranger.

Alors qu’elles volaient hors de la pièce, la femme couronnée de serpents leur adressa un « à tout de suite » sardonique. En effet tout au fond du hall, sur une estrade de quelques marches fendues par les âges se trouvaient un trône tout en hauteur sur lequel était avachie une forme grise embaumée de tissu racorni, de toile d’araignée et de poussière. Sur sa tête, seule forme distincte et dressée de ce lambeau de corps, lui aussi portait une couronne, mais celle-ci incarnait davantage son martyr qu’autre chose. Clouée à même son crâne de momie, l’anneau de métal rouillée paraissait vouloir écraser le cerveau de son porteur tant il enfonçait son tranchant lépreux dans cette peau exsangue. Le trône en lui-même était aussi somptueux que son propriétaire était pitoyable, haut de plusieurs mètres, surchargé de niches minuscules à demi ébréchées où s’entassaient des légions de démons rieurs, il s’achevait par une sorte de gargouille terrifiante maintenant entre ses serres un globe aux reflets d’absinthe. Cette même lueur envoutante traversa le regard mort de ce qui restait d’Eurast au moment où l’Aldryde s’approcha de l’elfe noir.
Il y eut comme un râle poussiéreux qui surgit du reliquat de bouche suppliante et les cadavres prosternés malgré eux autour du trône frémirent. Oona croisa le regard inquiet de son amie lui enjoignant de ne pas continuer mais elle poursuivit son inspection en volant au plus près du mort. La sphère fut parcourut de tourbillon et bientôt le hall fut pleins d’échos sinistres répondant à l’appel de leur pitoyable maître impotent quand soudain la guerrière le vit. A son doigt crispé, déjection sèche d’une main convulsée, elle vit un anneau serti d’une pièce de monnaie ressemblant à si méprendre aux deux écus qu’elle possédait déjà. Immédiatement elle recula et le calme revint, seulement perturbé par le pas trainant et bientôt les horribles lamentations gutturales d’un reste de corps admirant l’horizon inaccessible. Sans vraiment y croire, Wydwan essaya de s’échapper par l’une des hautes fenêtres mais à peine avait-elle franchi son seuil, qu’elle réapparaissait à l’intérieur du hall.

Quand les deux aventurières se présentèrent à nouveau devant la gorgone, elle affichait un sourire triomphant et les laissa s’exprimer jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle voulait.

- Dites nous comment sortir ! Commença l’Aldryde. Pourquoi ne vous êtes vous pas enfuie ? Continua-elle.

- Comment connaissez-vous Eurast ? Et pourquoi êtes-vous prisonnière d’ailleurs ? Demanda la fée.

- Que devons-nous faire pour nous échapper ? Finirent-elles par lâcher en cœur.

- Bien, désormais nous pouvons commencer à avancer. Les raisons qui me retiennent ici, dans cette salle même vous dépassent et vous n’avez seulement qu’à savoir qu’Eurast est notre geôlier, si vous me sortez d’ici, je pourrai assurer notre fuite en m’occupant de notre cher hôte décharné. Car, et soudain elle se montra plus sereine comme libérée d’un poids, j’ai envoyé plusieurs de mes créatures en quête d’une aide quelconque mais elles ne sont jamais revenues. Voyez-vous ce bassin communique avec le réseau de grottes qui serpentent sous la tour et j’avais espéré qu’il communique avec l’extérieur. Hélas, au vu des mes précédents échecs, j’en doute fortement.

La gorgone effleura la surface verdâtre de ses doigts écailleux sans en perturber le voile comme patinant sur un miroir d’émeraude du tranchant de ses ongles métalliques.

- Quelques-uns de mes affidés sont encore dans les profondeurs, je le sens, trouvez-les, emmenez-les à l’extérieur et ils se chargeront de rameuter des renforts même si ces derniers prennent la forme des stupides créatures des marais. Arpentez les profondeurs et vous trouverez. Après des siècles d’enfermement, j’accepterai n’importe quelle aide."

_________________
Et sur moi si la joie est parfois descendue
Elle semblait errer sur un monde détruit.

Oona

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 Sujet du message: Re: Les tours des enchanteurs sombres
MessagePosté: Sam 6 Fév 2010 12:33 
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Oona et Wydwan échangèrent un bref regard, l’aventurière comprenant bien que sa compagne ne manquerait pas de courage, qu’elle avait certainement elle aussi languit de longues années pour cette liberté aventureuse. Elle vola alors vers la femme monstrueuse pour s’arrêter à hauteur de la foule écailleuse à l’affût.

- Nous acceptons mais à une seule condition, nous voulons la bague au doigt de l’elfe noir, c’est pour cette raison que nous avons parcouru tant de chemin et nous n’hésiterons pas à en parcourir bien plus pour récupérer notre due le cas échéant.

- Personne n’aime être privé de ce qui lui revient ni même être emprisonné, répondit la gorgone en penchant sa tête bandée vers le petit ange, tout en faisant frissonner une langue fourchue entre ces dents aiguisées. Mais je crois que je prêche déjà à une convertie. »

La femme posa alors ses deux mains de part et d’autre du bassin et tout d’un coup un tourbillon se dessina en son centre, grossissant à vu d’œil, mélangeant l’infect brouet grumeleux tout en répandant une épaisse odeur de tourbière souillée. Bientôt le mélange s’éleva au-dessus des parois esquintées puis commença à s’affaisser tout doucement vers le centre tourbillonnant. Soudain tout s’effondra et l’eau croupie s’évapora dans un puissant vent putride et sifflant, l’atmosphère fut moite, lourde, contaminée même comme à l’intérieur d’un vieux poumon malade.

Les deux jeunes femmes se laissèrent planer jusqu’au fond du puits sous l’invitation de la gorgone, Oona savait qu’elle les trompait, le plan était bien trop simple pour être honnête. Pour proposer pareil plan, le monstre devait vraiment se croire en supériorité et c’est ce qui terrifia vaguement l’exilée soudain lasse des détours qu’elle s’imposait au quotidien. Cependant, quand sa petite camarade spéléologue pénétra le minuscule boyau dans la paroi, elle se résigna à continuer ne serait-ce que pour connaitre la fin de cette histoire. Le premier tronçon était immonde et pourri de couches d’algues en décomposition qui giclaient leurs humeurs poisseuses à chacun de leur pas, et à quatre pattes la situation devint vite cauchemardesque. L’air pur manqua rapidement et la toux des deux aventurières se chargea d’une acidité augurant de désagréables et bilieuses conséquences, dans cette galerie des horreurs, la lumière bleutée à peine diffusée par le corps de la fée devint un phare pour les deux exploratrices. Enfin elles débouchèrent dans un boyau plus large épargné par les immondices et bientôt elles durent grimper, utilisant adroitement pieds, mains et ailes pour se propulser tout au sommet où un minuscule lac, une flaque noire piégée entre deux couches de pierre les attendait. L’eau était glaciale de n’avoir jamais connu le soleil et l’Aldryde en eut le souffle coupé là où la peau de la fée se colora soudain d’un outre-mer quasi morbide. Elles traversèrent les flots muets de curiosité, espérant ne pas déranger une quelconque créature puis suivirent, désormais à tâtons, une large ouverture où courait un mince filet d’eau gelée, un aspic des ténèbres. Finalement crachées entre ces lèvres telluriques comme deux ronds de fumée, elles dérangèrent presque l’atmosphère monacale de cette cathédrale enfouie soutenue par d’innombrables coulées de pierres luisantes d’humidité. Les jeunes femmes se retrouvèrent dans une gigantesque vasque naturelle où l’eau avait là aussi était vaporisée en un brouillard, mais un brouillard d’une pureté irréelle qui leur dévoila petit à petit, leur contant presque, ce nouveau lieu.

Le temple païen et primordial qu’était la grotte s’ornait des plus simples icônes d’un panthéon chtonien et partout siégeaient les imposantes statues et colonnes des divinités souterraines dans leur plus simple appareil. Les stalactites et leurs comparses, sabliers noyés, égrainaient le temps des offices où accouraient quantités de dévots rangés en piliers stoïques, en bénitiers tranquilles ou même pétrifiés en chutes et voiles de pierres polies. Sans éclairage pareil spectacle aurait échappé aux yeux des visiteuses mais heureusement celui-ci était assuré par une foule de cierges et de bougies vivantes. En effet chaque mare était colonisée par des milliers de petites méduses posées délicatement à la surface de l’onde et qui s’envolaient alors au moindre mouvement, repliant leur fine architecture d’ombrelles translucides aux baleines phosphorescentes d’or en un bond. Elles se balançaient ensuite langoureusement dans l’air rare par centaines, mordorant les reliefs de la grotte d’ombres féériques, pour espérer rejoindre la prochaine flaque salvatrice. Le sol crissait sous l’épaisseur de décennies de corps malheureux desséchés.
C’est au milieu de ce ballet luminescent, défilant sous une pluie de vivants confettis comme des héroïnes, qu’Oona et Wydwan traversèrent paisiblement plusieurs salles osant à peine battre des ailes de peur d’annihiler des colonies entières. Puis elles distinguèrent tout d’abord des sortes de galets polis, squelettes d’une plage oubliée, dispersés et épars puis de plus en plus nombreux, se regroupant comme des coquillages autour d’un imposant monument dénotant avec l’atmosphère du lieu. Au milieu de cette gigantesque gueule souterraine, pleine de crocs luisants et de flaques de bave, la douce rondeur du spectacle fut des plus étranges, ce haut cairn tout en rondeur était une invitation que les jeunes femmes refusèrent.

Soudain l’un des galets s’agita, dénouant dans un crissement désagréable son architecture placide pour faire apparaître son long corps serpentin tout annelé de vieux métal usé et sa bouche d’où s’échappèrent une dizaine de minces tentacules barbelés. La créature encore engourdie, tourna plusieurs fois sur elle-même avant de brandir ses flagelles aiguisés vers les intruses quand des dizaines d’autres s’extirpaient de leur paisible sommeil. Oona n’eut pas à réfléchir longtemps avant de s’emparer de son bouclier et de son arme, raclant les restes de boue de son armure en attendant un affrontement qu’elle sentait inévitable. Des serpents de toutes tailles se réveillaient toujours plus nombreux autour d’elles dans des explosions stridulantes et bientôt la panique fit se blottirent les aventurières l’une contre l’autre, leur regard dilatée parcourant en tout sens la pénombre. L’un des vers se replia tout d’un coup sur lui-même comme un accordéon, bandant son propre corps pour bondir vers ses proies, hélas il devait encore manquer de vigueur et passa bien en dessous d’elle. Il se réceptionna alors en une roulade pataude au milieu de ses congénères qui se dressèrent, tous barbelés dehors, hésitant à le mettre en pièce par le châtiment de leurs fouets réunis. Un second puis un troisième bondirent prestement mais les exploratrices les évitèrent allégrement quand soudain la tour se mit en branle. Les vibrations et les cris du métal lacéré déchirèrent l’espace, vrillant les tympans qui endurèrent à peine les échos assassins et jetant au sol les deux oiseaux de malheurs privés de leur équilibre, titubant au milieu des brumes de leurs yeux humides. Cercles après cercles, lentement et avec perversité, la guivre se déroula pour emplir quasiment toute la salle, son armure naturelle déjà parcourue par les corps soudain ridicules de ses congénères. De justesse Oona esquiva deux nouveaux serpents métalliques avant d’abriter sa camarade derrière le mur de son bouclier du déluge de lames de rasoirs, la fuite s’imposait.

Au moment même où elles s’enfuirent, scrutant par-dessus leur fine épaule leurs innombrables ennemis, le monstre titanesque déploya ses fouets de plusieurs mètres droits dans leur direction, tranchant sans pitié les autres créatures serpentines. L’Aldryde et la fée se séparèrent d’un seul coup laissant les flagelles pulvériser littéralement plusieurs colonnes de pierre. Wydwan couvrit alors sa retraite en lançant deux boules de pollens sur ses assaillants qui s’immobilisèrent soudain. Ils dansèrent mollement, leurs tentacules fendant à peine l’air, comme hypnotisés par d’invisibles et magnifiques chimères, l’instant d’après la guivre balayait la scène dans un tonnerre de pierre concassée. Oona quant à elle allait se retrouver bloquée dans un petit lac face à une demi-douzaine de vers métalliques pour la plupart plusieurs fois plus grands et plus forts qu’elle. Elle avait beau se surpasser en feintes et autres esquives, le sinistre conclave de leurs lames fouettant l’air devenait de plus en plus inquisiteur et bientôt il exécuterait lui-même sa sentence funèbre. Collée contre la paroi suintante, à genou dans l’eau pleine de cadavres de méduses déchiquetées, grelottante, la guerrière ne put que s’abriter complètement derrière son écu et espérer pour un quelconque miracle. La masse crissant sinistrement se rapprochait toujours plus près du petit ange bientôt déchu, les tentacules fouillaient l’espace à la recherche d’un indice comme un aveugle tâtonnant désespérément vers sa canne. Plusieurs fouets furent lancés avec force droit devant, heurtant la pièce de monnaie dans un bruit sourd et tranchant les délicates plumes de leur prisonnière complètement immobile. Puis, le serpent le plus proche déroula, à la manière d’un escargot, deux antennes qui allèrent palper délicatement la surface meurtrie du bouclier. L’aventurière pouvait distinguer le puits sans fond, véritable broyeur infini, qu’était la bouche de la créature, se demandant même si ce petit monstre avait une autre fonction que la destruction. Mais quand les antennes dépassèrent le rebord de l’écu, l’exilée passa à l’action. Et d’un seul geste elle trancha les étranges yeux, s’abritant aussi rapidement que possible derrière sa seule protection pendant que le vers métallique frappait comme un dément en tout sens, faisant pleuvoir une averse de plumes blanches mais aussi les morceaux de ses congénères. Ces derniers, sans comprendre la nature de cette attaque subite y réagir pourtant impitoyablement en déchiquetant le coupable et plusieurs autres malheureux alentours.
Au milieu de cette tempête de lames mortelles, Oona voulut fuir, elle bondit aussi vite et aussi haut que possible pour parvenir tout juste à quitter son mortel goulet mais fut bientôt cueillie par un bouquet de langues effilées qui tranchèrent à travers ses ailes et ses cheveux. La jeune femme n’eut la vie sauve que grâce à une bonne dose de chance et sa nouvelle armure mais lorsqu’elle retomba, incapable de voler véritablement, un raz-de-marée de lames s’abattit sur elle. Par réflexe ou par peur, la guerrière se figea et projeta en avant son écu qui se plia littéralement en deux sous la force de l’impact, des étincelles volant en tout sens alors que les fouets tranchaient dans l’épaisseur du métal, puis, suivant cette écume létale, la vague continua sa course. L’Aldryde vit milles morts pointer leur faux droit sur elle s’imaginant déjà agoniser, son corps en lambeaux. Des fouets tranchants glissèrent violement sur sa jambe certains remontant très haut jusqu’à la chair molle qui s’ouvrit presque toute seule, comme par magie pour dévoiler son trésor juteux et carmin. D’autres finirent d’élaguer le haut de son corps en arrachant des poignées de cheveux et en raclant, dans le sang, le bord de ses ailes déplumées quand les dernières manquèrent de lui arracher le bras gauche, seule sa main restait crispée dans un dernier effort sur son arme nimbée de rouge. Car il lui sembla bien qu’on la tirait violement en arrière, quelqu’un d’autre était présent dans ce cauchemar et venait lui porter assistance, peut-être lui sauver la vie. Quand elle distingua le visage de Wydwan, la guerrière ne put que crier sous les assauts de la douleur qui venait enfin de trouver son chemin dans cet esprit au bord de la surcharge.

La fée lui disait quelque chose mais, la jeune exilée ne comprenait pas car la seule chose qui parvenait à s’imprimer sur sa conscience était la mouvante forêt qui se rapprochait inexorablement. Soudain un monstre jaillit de cette forêt pernicieuse, fauchant sans ménagement tous les fragiles troncs pour fondre sur sa proie. La guivre écrasa sans pitié la masse de ses congénères avant de transpercer littéralement la paroi à coté des deux intruses, elle se contorsionnait en excavant la paroi à vif, ses flagelles battant l’air avec la force assourdissante des flots. Il n’était plus question d’esquiver, de feinter ou même de penser, la fée continua à tirer par le bras sa camarade blessée et hagarde droit devant en hurlant les mêmes mots incompréhensibles alors que l’air s’épaississait de plus en plus du vrombissement des lames. Chaque pas était une seconde de gagner sur la fatalité, sur la frénésie aveugle du serpent monstrueux et de ses minuscules répliques car à peine avaient-elles posé un pied tremblant de douleur que le sol était lacéré, à peine parvenaient-elles à s’aider d’une paroi, qu’elle volait en éclats la seconde d’après. Il n’y avait plus qu’une vérité, qu’une issue possible et ce ne fut qu’au moment où Wydwan lança de toutes ses forces Oona à l’intérieur que cette dernière commença à reprendre pied, à respirer enfin jusqu’au moment où toute la réalité au-dessus d’elle disparue dans une avalanche insensée. Sa camarade réapparut rayonnante d’un aplomb et d’une maîtrise presque inquiétante, poussant son amie, qui trébucha, à travers le boyau au moment où la paroi dans son intégralité était balayée.

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Et sur moi si la joie est parfois descendue
Elle semblait errer sur un monde détruit.

Oona

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 Sujet du message: Re: Les tours des enchanteurs sombres
MessagePosté: Sam 6 Fév 2010 12:34 
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Le lac gelé n’avait plus rien de paisible car parcouru de rides à chaque coup de boutoir du monstre, le froid eut même l’effet d’un poison sur la guerrière qui manqua de s’évanouir et avala plusieurs goulées infectes avant de se faire secourir. L’aventurière fut à peine consciente de traverser le dernier boyau immonde, suivant tout autant les papillons dorés qui passaient par dizaines devant ces yeux vides que les courbes mouvantes de la fée qui ouvrait le chemin. Oona reprit véritablement conscience lorsqu’elle se retrouva à mordre dans quelque chose de caoutchouteux et amer qui dégoulina aussitôt dans sa bouche en une explosion sucrée et revitalisante. Engloutissant avidement la dernière goutte de sève de l’Orme ancestral, elle eut le courage de se lever pour lâcher arme et bouclier constatant en tremblant les coupures innombrables sur son frêle corps de poupée disséquée. La seconde d’après Wydwan lui jetait un lierre pour la tirer hors du puits qui grondait furieusement pareil à une arène avant le début des jeux ou, plus exactement, au moment où la foule beuglait la mise à mort. Alors qu’elle peinait sur la paroi du bassin vibrant d’excitation, ayant réussi à ficeler ses effets pleins de sang, la guerrière observait le manège au-dessus d’elle. En effet la fée apparaissait et disparaissait en rythme au bord de puits alors qu’elle s’échinait à remonter sa camarade blessée. Jamais Oona n’aurait imaginé que ce petit bout de rien, encore plus petite et insignifiante qu’elle, puisse développer de tels trésors de courage et de force au milieu de cette véritable chienlit. Elle doutait même qu’en pareille situation, elle aurait eut autant d’empathie et d’abnégation pour quelqu’un qui n’était guère plus qu’une connaissance. Peut-être était-ce le sang qui coulait toujours de ses plaies et qui la rapprochait toujours plus de sa mort ou bien un sentiment dont la jeune femme avait oublié l’existence mais elle eut soudain très chaud.

La salle était déserte, la gorgone avait disparu, tout était silencieux hormis l’inquiétante rumeur qui grossissait sous leurs pieds et qui, après quelques rapides bandages, explosa soudain au fond du puits en un tourbillon métallique de petits vers s’aidant les uns et les autres, inconscients comme des fourmis, pour gravir la paroi. Boitant, bondissant un peu et papillonnant à peine quelques mètres, les jeunes femmes retrouvèrent le hall principal où le sol paraissait soudain très vivant. En effet les morts commençaient à s’éveiller à l’appel de leur maître sentant certainement la menace poindre à l’horizon, craquant dans un concert d’os poussiéreux et geignant à travers leur gorge vide. Le petit couple avançait sans vraiment savoir pourquoi simplement désireux de poursuivre sa lancée, sa fuite vers l’espoir au moment où un crâne, taché de restes de peaux, jaillit de l’étron juste devant elles, les faisant sursauter. Sa face de pulpe pourrie se posa sur les petites créatures, un œil gonflé de mort les scruta rapidement, avant que les restes de ses tendons déforment l’immonde poche flasque qu’était son cou pour tirer bien haut sa tête qui se fendit bientôt au niveau d’une bouche collée de pus. Les gargarismes immondes qui suivirent firent vibrer le jabot verdâtre et des postillons jaunes et noirs s’échappèrent de sa bouche comme les roches ramollies d’un volcan d’herpès. Obéissant aux ordres sourds, le cadavre fit jaillir les autres membres pourris de son patchwork de corps pour se dresser en une parodie scabreuse de marche et rejoindre ses confrères damnés pour un ultime combat. Partout mains, têtes et râles explosèrent de la masse en décomposition comme pour rattraper leur dernier souffle de vie tiède et le dépenser rapidement dans une explosion de violence. Mais ce qui jaillit en dernier du sol fut d’une tout autre nature, une véritable colonne de métal hurlant traversa les mosaïques ancestrales et poussiéreuses pour aller s’empêtrer dans les lustres des voûtes qu’elle s’échina immédiatement à ravager.

Alors les damnés levèrent leurs yeux morts vers cette promesse de liberté et bientôt fondirent sur elle sans peur. Fauchés par dizaines par ses fouets rédempteurs ou bien plongeant leurs lames rouillées entre ses anneaux ils allaient vers le repos éternel avec allégresse. La bataille qui s’engagea fut titanesque et son intensité redoubla quand des foules de vers métalliques atteignirent la surface pour se jeter sur n’importe quoi. La tour commença à tanguer. Le sol se lézarda avec force, les fissures couraient en tout sens et s’ouvraient toute grande pour engloutir ses vestiges inutiles, les colonnes et les murs majestueux se brisaient nets ou bien s’ouvraient en des angles impossibles avant de s’écrouler. La furie de la guivre était à son comble, balayant tout autour d’elle, mais les morts revenaient toujours plus nombreux, sur leurs jambes ou sur leurs bras, ils repartaient à l’assaut sans fléchir, gravissant cette montagne mouvante et acérée parvenant même à la couvrir d’une couche de corps fétide avant qu’elle ne s’ébroue et les éjecte dans toutes les directions. Ils rebondissaient alors sur les parois, sur le sol ou sur leurs camarades d’infortunes ou bien sombraient dans les failles et se faisaient mettre en pièces par les fouets innombrables de leurs ennemis. Au milieu de ce chaos les deux exploratrices s’étaient réfugiées dans une niche, une alcôve pour une statue disparue depuis longtemps, avant qu’elle aussi ne soit mise en pièce par l’effondrement imminent de la structure. Et désormais elles claudiquaient fébrilement vers la lumière, vers une saignée ouverte par la destruction frénétique, n’osant même plus regarder en arrière de peur d’apercevoir la mort elle-même s’enivrer du spectacle.

Au même moment, à l’autre bout du hall, une forme indistincte glissait sur les murs jusque derrière le trône épargné où gémissait faiblement le roi condamné à l’immobilité. Comme sortant du mur, déformant la réalité, la gorgone se matérialisa, les écailles de son corps frémissant à peine en retrouvant leur place après ce jeu de lumière, ses doigts graciles coururent alors le long du bois finement sculpté puis plus bas à la recherche du seigneur des lieux. Quand la femme serpent baissa sa tête toujours bandée près du reste d’oreille de ce dernier ce fut pour lui susurrer des paroles de haine maintes fois ruminées, des malédictions qui allaient l’envoyer dans le plus polaire des enfers, là où même le temps s’arrêtait de bouger. Les yeux desséchés balayèrent l’espace avec anxiété dans l’espoir d’apercevoir cette menace dans son dos quand soudain des mains, soudain serres implacables, se refermèrent sur son cou de volaille famélique pour en arracher la tête d’un seul coup.

Puis tout se déroba autour des deux fuyardes, le sol explosa sous leur pied et les projeta en l’air alors que la plaque sur laquelle elle frémissait, culbutait en arrière, prête à sombrer dans le vide. Le plafond devenait aussi la pire des menaces en se déchirant en une pluie de pierres pulvérisées puis en une averse incongrue de pièces d’or, de joailleries et autres fortunes dévalant des plus hauts étages. La force du désespoir poussa les jeunes femmes en avant pour planer quelque secondes alors que partout autour les cadavres et les serpents chutaient par centaines et que la guivre griffait les parois à l’aide de ses tentacules en quête d’une prise. Oona crut mourir en heurtant le sol, les pattes d’araignée galeuses qui remplaçaient ses ailes immaculées avaient beau s’agiter, il lui était impossible de voler et ce ne fut que grâce à Wydwan qu’elle ne sombra pas avec le reste de la tour. Enfin elles purent courir autant sur les pieds que sur les mains jusqu’au bord du marais en ébullition, explosant ça et là en geysers impressionnants, mais s’en fut trop pour l’Aldryde qui s’abandonna d’un coup au froid mortel qui l’envahit soudain. La tour vrilla alors très lentement sur elle-même projetant des nuages de poussières et de décombres très hauts dans le ciel jusqu’à ce qu'il ne reste d’elle qu’un clocheton éventré, jusqu’à que le grondement de Léviathan cesse et que les explosions souterraines se calment. Plus tard une forme humanoïde émergea des flots boueux et déposa devant la fée exténuée une vieille main tannée ornée d’un unique anneau, avant de disparaître à nouveau pour répandre son ire raffinée.

Oona se réveilla en momie, emmaillotée sur une bonne partie de son corps, nue sous un duvet d’oisillon feutré dans un nid trop confortable pour être un sarcophage, en revanche chacune des bandelettes étaient couvertes d’inscriptions cryptiques, témoignages des cérémonies passées. Alentours le froid s’était installé pour ternir le monde et imposer petit à petit son ère de pastels glacées et le draper de nouvelles tentures immaculées capables d'accueillir sa cour hivernale au grand complet. Sans nul doute, les trompettes de givres n’allaient pas tarder à imposer le silence propice à la venue de la plus implacable des saisons. Quand Wydwan revint, elle expliqua à sa camarade tout ce qui c’était passé, développant avec toute sa science de conteuse hors pair, la destruction de la tour, les soins et sa convalescence. Alors que la prêtresse enchantait l’aventurière en comblant ses trous de mémoires, Oona parvint difficilement à se dresser pour observer non loin de là, les ruines apaisée de la tour, le marais désormais calme et la forêt vêtue de toutes ses teintes marrons et fauves. Elle avait dormi longtemps et sans crainte d’attirer à elle les démons de son passé qui n’auraient, d’habitude, pas manqués de la torturer en rêve. L’exilée pensait que peut-être les accords mélodieux de la fée étaient insupportables à la détestable clique qui saccageait parfois son esprit.
Le dialogue se poursuivit d’ailleurs durant plusieurs jours, chacune partageant ses expériences et se confiant avec une sincérité d’autant plus grande, que le spectre de la mort rodait encore dans leur mémoire. Elles voulaient exister à travers l’autre, dans l’autre même, ainsi, si l’une d’elle venait à disparaître l’autre pourrait la garder à jamais vivante dans son esprit et dans son cœur. L’Aldryde lui conta alors, à sa manière, son enfance heureuse et magnifique, le sublime mensonge dans lequel elle avait grandi et son réveil brutal dans les geôles du mage sadique et enfin son errance sans but aux alentours d’Omyre. La fée quant à elle développa pendant de longues heures sur les légendes et les mythes qui avaient forgé son peuple et qui allaient très certainement aussi le détruire.

En effet, la légende voulait que tous les représentants du petit peuple se doivent de servir les desseins des Cardinaux Noirs, des êtres malicieux et trompeurs qui gouvernaient toutes choses en secret, ces éminences grises présidant à l’ordonnancement du monde entier grâce à l’aide de leurs petites mains. A cette époque bénie, les farfadets avaient arpenté les entrelacs de tous les esprits du monde, ce réseau invisible et pourtant bien réel, à la recherche des peurs éternelles, des joies évanescentes, des amours pléthoriques et des haines infinies. Puis les gnomes les avaient traqués, les avaient piégés pour que les fées, sublimes et fières chevaliers ailés dans leurs armures de nacre puissent les capturer et les ramener aux Arbres de Cauchemar. Là, des assemblées magiques avaient distillé les humeurs pour en nourrir les Cardinaux qui en échange avaient récompensé leurs fidèles d’une longue vie discrète. On disait alors que les familles princières de chaque race vivaient dans une fête éternelle à laquelle tous les braves pouvaient participer jusqu’à la fin des temps. Mais un jour, l’un des princes féérique avait dérobé l’Opium des Songes, l’essence de chacun des Rahastahurtepp, les Arbres de Cauchemar pour se libérer du joug des Cardinaux et fonder sa propre nation éternelle. Ulcérés les maîtres éternels des fées avaient condamné tous les petits infidèles à errer à jamais sur la terre des mortels et avaient scellé du même coup les portes de la Pensée au centre des arbres sacrés. Immédiatement ces vénérables avaient commencé à se dessécher, à perdre leur sève et à mourir dans le monde entier.

Privés de l’Opium qui avait rallongé leur vie et de la protection de leur divinité, les races du petit peuple s’étaient retournées les unes contre les autres, s’accusant mutuellement de cette faute irréparable jusqu’à que les nations finalement se soient séparées. Les farfadets s’en étaient allés dans les bois sombres où l’on dit qu’ils avaient enfanté les lutins, les gnomes s’étaient enfuis dans les ombres éternelles des souterrains où l’on dit qu’ils avaient rencontrés les nains et qu’ils continuent toujours à leur apporter la bonne fortune. Quant aux fées, elles avaient endossé le fardeau de préserver les derniers Rahastahurtepp, désireuses d’expier la faute d’un des leurs et de retrouver leur gloire passée.

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Et sur moi si la joie est parfois descendue
Elle semblait errer sur un monde détruit.

Oona

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 Sujet du message: Re: Les tours des enchanteurs sombres
MessagePosté: Sam 6 Fév 2010 12:34 
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Plus tard, inspectant la guérison des plaies de l’Aldryde accélérée par sa magie, Wydwan continua à narrer les légendes de son peuple.
Un à un les Arbres s’étaient éteints donc et au bout de plusieurs siècles il n’en était resté plus qu’une poignée et l’Opium des Songes était devenu une denrée extrêmement rare, utilisé seulement pour soigner les soldats les plus valeureux car la guerre en effet avait fait rage. Deux clans féériques, unis dans l’enceinte d’un même Arbre des Cauchemars avaient déclenché une guerre sainte dont le but avait été la reconquête de tous les vénérables pour les unir une dernière fois dans une communion magique et demander le pardon aux Cardinaux. Cette guerre avait ravagé le monde des fées accélérant encore le processus mystique et pourtant inéluctable qui avait fait mourir les résidences des petits chevaliers volants, car chaque escarmouche s’était rapidement changée en siège où les exigües combats à l'intérieur même des arbres avaient été atroces. Fanatisés par l’espoir de retrouver la protection des dieux, les fées avaient déclenché les pires calamités sur leurs propres frères, utilisant des légions d’insectes rendus fous par la magie pour servir de tête de pont lors des assauts, noyant l’ennemi sous des nuages de projectiles de frondes goudronnées et enflammées infligeant les plus détestables blessures. Au final la guerre sainte s’était éteinte aussi vite qu’elle avait commencée avec la mort des principaux belligérants mais aussi faute de soldats volontaires.
Malheureusement il y a quelques années de cela, la folie avait de nouveau frappé les chefs de clans féériques alors qu’il n'était resté plus que trois Rahastahurtepp dans tout l’Atha Ust. La guerre avait repris et aujourd’hui l’Anahastahurtepp, l’ultime Arbre des Cauchemars était le lieu du plus grand des sièges de l’histoire du petit peuple. De plus, d’après les rumeurs, l’Opium des Songes aurait recommencé à couler à flots et les soldats se retrouveraient donc à ferrailler pour l’éternité, sauvés des pires blessures pour retourner combattre motivés par une haine toujours plus grande. Wydwan acheva ses récits alors que les blessures d’Oona étaient presque entièrement guéries et que le duvet recommençaient à pousser sur ses ailes. Elle voulut chasser la tristesse de ses dernières histoires en annonçant à l’Aldryde qu’elle avait quelque chose à lui montrer.

Heureuse de pouvoir quitter son nid de convalescence et de se dégourdir, l’aventurière suivit son amie dans la forêt silencieuse, profitant de sa légèreté naturelle et parfois d’une main volante bien venue pour rejoindre d’un pas flageolant un gigantesque sapin, le plus gros de la forêt. Et dès que la guerrière le vit, elle comprit. A quelques hauteurs du sol, le tronc était percé de six entrées très familières et Oona profita de la nature de l’écorce pour y grimper souplement, son cœur battant de plus en plus fort à mesure qu’elle approchait des portes de la cité cachée. Jamais ces ouvertures n’auraient dû être visibles aux yeux de tous et l’Aldryde savait pertinemment que cela ne pouvait signifier qu’une seule chose, la ville avait été désertée.

L’intérieur était encore plus somptueux que dans sa propre mémoire, les murs et les sols en papier laissaient filtrer une douce lumière qui se diffusait en longues trainées cristallines dans toutes les pièces. L’exilée déambula sur ce sol agréablement souple qui étouffa le son de ses propres pas pour maintenir la délicate ambiance de pouponnière. La chaleur, tout autant que la lumière se devait d’être parfaitement contrôlée et même après l’abandon de la citadelle de papier, il faisait bon vivre. La fée papillonna à travers l’ouverture et craignant de perturber les souvenirs du lieu, elle interrogea son amie du regard, qui détourna le regard car il n’y avait pas grand-chose à répondre. Oona aurait aimé que ses souvenirs remontent vierges et purs en elle, hélas le petit ange savait aussi qui si elle se laissait emporter par ce flot sirupeux, ces réminiscences attireraient immanquablement le monstre tapi à l’orée de sa conscience. Oona continua donc à déambuler dans les couloirs en caressant du bout des doigts les sculptures des parois, en admirant la finesse de la construction qui lui était étrangement familière. Construite sur le plan inverse du palais de son enfance, la cité ne se centrait pas autour d’une colonne d’habitation mais d’un puits d’où rayonnaient une multitude de cellules confortables, l’Aldryde descendit de nombreux escaliers espérant trouver quelques fantômes du passé voire même les échos de leurs plaintes et de leurs pleurs. L’atmosphère de musée déserté devenait de plus en plus étouffante à mesure que la guerrière découvrait des étages entiers impeccables et immaculés, sans aucune trace du passage d’un seul être vivant, sans tous ces petits riens qui parsemaient même le plus strict des décors.
Finalement l’aventurière déboucha au dernier étage, devant les portes sculptées de fleurs nacrées des logements royaux où avaient vécues des générations de reines et d’Akrillas. Elle poussa les portes plus légères que l’air et découvrit une succession de coquilles de papiers s’échelonnant vers une autre porte tout aussi somptueuse, autant d’écrins pour d'orgueilleuses Vénus parturientes escaladant l’échelle sociale par le produit de leur couche se devant de sauver toute l’espèce. Oona monta les marches une à une soudain consciente qu’elle pénétrait le seul endroit qui lui avait jamais été interdit dans sa précédente vie de part l’impitoyable dictat d’une race sur le déclin.
S’il est impossible de servir sa race et sa Reine par son sang alors on verse parfois celui des autres.

Devant la dernière marche, devant la porte menant aux saints des saints, l’Aldryde hésita, se retournant pour chercher l’aide éventuelle d’une présence ou d’une ombre, mais même Wydwan ne l’avait pas suivie dans l’antichambre de l’éternel. Elle effleura les sculptures issues du plus haut niveau de raffinement de sa civilisation, les creux et les pleins en moucharabiés qui permettaient à la reine de surveiller ses sujets enceintes alors qu’elle-même se gavaient des plus succulentes gelées pour enfanter les princesses de sang royal. D’une pression, les grilles somptueuses tournèrent sans bruit sur leurs invisibles gonds pour dévoiler la chambre royale complètement vide, les différentes cellules tout aussi désertées et impeccables que le reste de la citadelle. L’exilée ne trouverait pas au final d’indices sur les causes de cet abandon aussi subit qu’absolu.

Cependant, dans une petite alcôve Oona fut confrontée à deux de ses propres mythes. Collée au plafond en grosses grappes juteuses se tenait la Pluie de Jouvence, l’élixir secret des Reines qui les maintenait belles et éclatantes toute leur vie malgré les grossesses à répétition. C’était une averse figée qui aurait pu s’abattre à tout moment pour noyer la pièce dans un déluge, mais elle restait délicatement perchée au-dessus de générations de dictatrices comme un doux voile protecteur, une promesse fugace de beauté et de grâce éternelle pour toute celle qui se devait de sortir du rêve de leur contemporaine. La visiteuse se dressa sur la pointe des pieds et effleura ces rondeurs qui vibrèrent en harmonie jusqu’à ce que l’une des perles chute. Elle s’étala sans bruit sur le sol de papier et au moment même où elle allait céder pour exploser, la goutte magique se reforma en un ovale quasi fœtal.
Plus loin, sur un recoin de la fragile structure, emmaillotée dans un linge de silm argent, qu’elle défit avec précaution, l’exilée trouva une arme magnifique. Une très fine épine de pin forgée par de très rares artisans et qui était l’apanage des princesses avant leur premier vol nuptial. Cette rapière à la légèreté et la précision hors du commun des butineuses était un autre signe du pouvoir absolu qu’elle avait sur les foules ivres de danses, de pollens et de parfums à peine conscientes de l’Ultime se rapprochant à grands pas. L’arme en elle-même était censée être faite à partir de plusieurs épines d’un arbre unique, soudées entre elles à la forge magique pour obtenir une lame d’une grande beauté et d’une efficacité meurtrière car souple et rigide, elle était l’instrument absolu d’un pouvoir qui n’a pas besoin de se manifester car excellant dans la manipulation et le doux mensonge. La garde de la rapière était protégée par deux très fines pièces de cet étrange métal végétal en forme de 9, s’entrecroisant au niveau de la jointure, les boucles couvrant la main et les extrémités crochues, les doigts. N’osant manier une si somptueuse trouvaille lourde de sens, Oona la remit dans son fin tissu pour l’emporter avec respect et, avant de partir à tout jamais de la cité fantôme, elle décrocha quelques gouttes de pluie magique pour s’en aller retrouver Wydwan à l’extérieur.

Ce fut encore une fois son immense savoir sur l’Atha Ust qui permit aux deux petites exploratrices de fuir l’hiver et de retourner à la tour de l’Oeil Aveugle. En effet, la fée confia à l’aventurière qu’à cette période, elles pourraient certainement utiliser les ailes d’une autre créature à la place des leurs. Plus au sud de la région, là où les marais et les pins cédaient la place à une végétation plus dense et diversifiée, vivaient de nombreuses espèces de cigales qui s’éveillaient toutes au même moment, emplissant les forêts de stridulations insoutenables. Il y en avait tellement qu’elles pouvaient même faire pencher les arbres sous leur propre poids. Cependant ces cigales étaient souvent parasitées par des vers qui pénétraient les larves quelques temps avant qu’elles ne sortissent, les forçant à rester sous terre un autre cycle pour grossir monstrueusement et ainsi leur servir de gîte et le moment venu de couvert. Or le printemps prochain les verrait sortir par million et c’est avant les premières gelées que les vers forçaient leurs monstrueuses couveuses vivantes à sortir à l’air libre pour y dépenser toute leur formidable énergie et finalement mourir, les laissant ainsi replonger dans le sol pour pondre de nouvelles générations de parasites. La prêtresse avait eut le temps de collecter de nombreux objets précieux durant la convalescence de la guerrière et elles cachèrent le butin espérant pouvoir le récupérer sur le chemin du retour, le charger sur leur future monture et au passage payer les dernières dettes de l’Aldryde.

Marchant à vive allure, bondissant et sautant d’arbres en arbres quand l’occasion se présentait le petit couple aventureux finit par atteindre ladite région et à repérer leurs monstrueuses montures aux échos stridulants et incongrus dans la forêt léthargique. Les jeunes femmes en chevauchèrent chacune une et partirent premièrement vers Caix Imoros avant d’obliquer vers l’ouest en surveillant avec anxiété les mouvements suspects sous l’abdomen surdimensionné. Les cigales hypertrophiée était gorgée de l’énergie de deux cycles souterrains passés à se goinfrer mais aussi de toute une ardeur sexuelle qu’elles ne parviendraient pas à calmer avant leur mort. Mort qui survint brusquement à la frontière de Dahràm et l’Aldryde avec ses plumes chiches et la fée continuèrent donc en voletant jusqu’au repère de l’Oracle.

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Et sur moi si la joie est parfois descendue
Elle semblait errer sur un monde détruit.

Oona

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