L'Univers de Yuimen déménage !


Nouvelle adresse : https://univers.yuimen.net/




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 9 messages ] 
Auteur Message
 Sujet du message: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Mar 26 Avr 2011 23:15 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Site Internet  Profil

Inscription: Lun 20 Oct 2008 21:22
Messages: 22817
Localisation: Chez moi^^
Maison de la famille Mawess


Image


Perdue au coeur des montagnes, sur un petit plateau éloigné de tout, se trouve une maison en pierre, assez grande, avec des grandes colonnes. C'est la demeure de la famille Mawess. De nombreuses générations d'Elfes Bleues s'y sont succédées.

Mais, au-delà de la maison, c'est la famille qui est étrange. Ils se sont installés là au temps où l'Omyrhie était territoire Earion, y a plus de dix mille ans. C'est une famille toujours isolée, d'ermites dédiées totalement à Moura. Voilà sept mille ans pourtant qu' Omyre est Garzok... Les grands-parents sont descendus une dernière fois dans la ville deux jours avant la perte de la ville, remontant avec eux un jeune Earion orphelin qu'ils élevèrent en même temps que leur fille, sans lui cacher qu'ils n'étaient pas leur enfant.

Parvenus à l'âge adulte, ils se marièrent et eurent deux enfants, dont l'un disparut en allant à Omyrhe. Leur fille, désormais fille unique, resta au domaine pour s'occuper de ses parents. Elle se mit en ménage tard, avec un humain venu de Luminion. Ils eurent un enfant, semi-elfe.

Depuis, la tradition s'est poursuivie et la famille Mawess continue à se perpétuer avec des gens perdus. La dernière du clan, Sirnass Mawess, attend toujours son prince charmant, tout comme ses parents et grands-parents d'ailleurs.

Le détail c'est que, malgré les années, ils ignorent toujours que l'Omyrhie est désormais aux mains d'Oaxaca et ne veulent rien entendre, préférant passer leur temps dans la contemplation de la Déesse de l'eau, incarnée par la puissante chute d'eau et les sources diverses qui parsèment le domaine.

_________________
Pour s'inscrire au jeu: Service des inscriptions

ImageImageImage

Alors il y a une règle que je veux que vous observiez pendant que vous êtes dans ma maison : Ne grandissez pas. Arrêtez, arrêtez dès cet instant. Wendy dans "hook" (petit hommage à Robin Williams)
Pour toute question: Service d'aide
Pour les services d'un GM: Demande de service


Je suis aussi Lothindil, Hailindra, Gwylin, Naya et Syletha


Haut
 

 Sujet du message: Re: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Mer 11 Mai 2016 20:13 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 309
Localisation: Aliaénon
Précédemment : ici

Le Soleil commençait à se coucher sur les trois voyageurs lorsqu'ils arrivèrent au sommet de l'arête montagneuse. La journée avait été longue et éreintante, et pour cause : un Soleil (trop) peu souvent éclipsé par quelques nuages bienfaiteurs les avait asséchés, peu à peu, tout au long de leur marche silencieuse. Ni Liniel ni Yurlungur n'avaient fait le moindre effort pour s'adresser la parole l'une à l'autre, mais là où la Semi-Elfe avait l'air de ne pas s'en déranger outre mesure, la fillette ne cessait de lancer des regards dans son dos qu'on pouvait raisonnablement qualifier de mécontents, voire d'haineux. Elle attendait vraisemblablement que la femme vienne s'excuser auprès d'elle pour l'avoir méprisée tantôt, mais cette dernière avait bien trop de fierté pour cela. Quant à Calua, il n'avait osé parler lui non plus dans cette ambiance tendue, remarquant cependant en rougissant les nouveaux sourires et aides que Liniel lui accordaient, que ce soit lorsqu'elle lui donna la main pour gravir un monticule de pierre bloquant la voie sûrement suite à un glissement de terrain, la gourde qu'elle lui avait tendu plusieurs fois lorsqu'il paraissait oir soif ou les tapotements affectueux dans le dos à chaque fois qu'il s'arrêtait pour prendre une pause, comme si elle le félicitait pour le chemin parcouru.

Yurlungur, naturellement, enrageait à chaque fois qu'une de ces marques d'affection était produite devant elle. Que Calua lui soit préféré, elle n'aurait su l'accepter, surtout si c'était par la personne qu'elle considérait et qu'elle aurait voulu considérer en cet instant, malgré elle, comme sa mentor. Mais elle ne disait rien, serrant simplement les dents et détournant le regard sur les flancs arides qui montaient doucement. L'herbe se faisait de plus en plus rare au court de la montée, les quelques buissons qui se présentaient à leurs yeux étant généralement bien secs. La verdure manquait dans ce coin-ci et seule régnait la pâle couleur grise des roches entre lesquelles quelques plantes aux couleurs fades arrivaient tant bien que mal à émerger.

Le ciel était donc ocre lorsqu'à leur vue se dégagea une vallée descendante verdoyante et la chaîne des montagnes du centre du continent. Sous cette lumière, les neiges éternelles des plus hauts sommets apparaissait rose et la nature semblait récupérer son dû à mesure que l'on s'écartait d'Omyre. Des forêts de conifères s'étendaient, parfois entrecoupés de lacs à l'onde pure scintillante, pour ceux qu'on distinguait encore, ou de hameaux isolés, plongés dans l'ombre d'un de ces imposants monts. Ce spectacle de la nature aurait, en principe, dû émouvoir un tant soit peu la petite fille. Mais son cœur n'éprouvait rien face à cela. De toute façon, il ne fallait pas redescendre par là. Liniel emprunta un chemin suivant l'arête, mais on apercevait déjà plus loin que l'arête en question s'élargissait, formant le début d'un plateau élevé. Et, bien que cachée derrière quelques arbres, il y avait par là-bas un bâtiment.

Il aurait été difficile de cacher complètement la maison, comme s'en aperçurent les trois voyageurs en s'en approchant. Car il s'agissait d'une grande bâtisse en pierre brute, semblant émerger subitement du terrain inégal l'environnant. La façade s'élançait vers les cieux, soutenue par une dizaine de colonnes d'un style antique entre lesquelles, dans une continuité parfaite, des arches tout aussi surannée apparaissaient. Tandis qu'au centre se dressait une magnifique porte en bois sculpté, deux bassins rectangulaires avaient été remplis d'une eau claire de chaque côté, sous les arches.

Alors que les deux enfants contemplaient l'endroit, assez impressionnés par les moyens mis en place si loin de toute civilisation, Liniel ne s'arrêta que quelques instants avant de monter les quelques marches qui les séparaient de la porte et de toquer trois coups puissants. Lorsqu'on ouvrit, elle avait été rejoint par Yurlungur et Calua qui attendaient de voir, anxieux, si les Elfes bleus tant vantés leur accorderait le gîte et le couvert. L'hospitalité n'était pas courante dans la région d'Omyre, ils le savaient tous deux ; de plus ils n'avaient pas beaucoup d'argent si contribution financière on leur demandait, mise à part Yurlungur, qui en avait récupéré dans la salle du trésor où elle avait aussi trouvé la Cape, mais cette dernière s'apprêtait d'ores et déjà à refuser si jamais on lui quoi que ce soit. Liniel avait choisi, à elle de se débrouiller.

Ce fut effectivement un Elfe qui leur ouvrit, un Elfe bleu. Il avait la peau d'un bleu sombre, très sombre, le visage imberbe et les yeux verdâtres tirant sur le bleu de l'océan, mais un océan lointain, un océan qu'on n'avait pas vu depuis bien longtemps. Il les regardait de haut, à moitié malgré lui : il dominait en effet Liniel, même elle, d'une bonne tête. Son expression était neutre, mais son regard semblait sonder les trois voyageurs qui arrivaient à la tombée de la nuit, ce sans émettre le moindre mot. On distinguait sur lui en dépit du peu de lumière une robe longue aux teintes bleutées et aux ourlets dorés, tandis que sur sa tête, à moitié caché par des cheveux longs et noirs, un diadème orné d'un petit diamant bleu indiquait clairement le statut de l'homme.

« Je suis Herond Mawess, patriarche de la famille Mewess, finit-il par annoncer. Quel est le motif de votre visite dans notre humble demeure, et ce aussi tardivement ? »

En même temps qu'il disait cela, les yeux de l'Elfe s'étaient posés sur Calua et n'avaient pas cillé, l'observant intensément. Le jeune adolescent ne pouvait qu'en être gêné, sautillant d'un pied sur l'autre sans parvenir à trouver de position agréable sous ce regard inquisiteur cependant tout à fait impassible. Ce fut Liniel qui, un sourire aux lèvres, s'inclina devant l'homme en portant sa main droite à son cœur avant de lui répondre, l'air satisfaite :

« Messire Mawess, je suis Liniel Seraën, votre humble serviteur, accompagnée par ces deux enfants qui sont sous ma protection. »

Yurlungur détourna le regard, l'expression butée. Elle, sous sa protection ? Elle n'en avait pas besoin, d'abord.

« Me souvenant de votre grande hospitalité, continua la Semi-Elfe, nous souhaiterions vous demander un toit et une assiette pour cette nuit. Nous nous rendons à Dahràm, en provenance des alentours d'Omyre, reprit-elle avant que l'Elfe puisse le demander, aussi avons-nous fait un léger détour pour venir vous voir. J'ose espérer que cela ne vous dérange en aucun cas et que toute votre famille se porte bien. »

Un instant, les deux yeux s'étaient détournés et avaient jeté un coup d'œil à la Semi-Elfe, mais ils s'étaient déjà remis à fixer Calua lorsque l'homme reprit.

« Je me souviens de vous. Vous êtes les bienvenus et nous vous offrirons un lit confortable pour cette nuit. »

Le sourire de Liniel s'était élargi. Yurlungur observait ce manège avec une pointe d'appréhension sans comprendre réellement de quoi il retournait, si ce n'était qu'ils n'auraient pas dû passer par là. Liniel croisa le regard de leur hôte et elle effectua un infime hochement de tête, un sourire apparaissant brièvement sur la mine grave de l'Elfe. La petite fille demanda abruptement, coupant cette communication non-verbale :

« Aurons-nous quoi que ce soit à payer ? »

Elle fut immédiatement confrontée au regard glacial d'Herond qui, après quelques instants, détourna la tête sans daigner lui répondre. Liniel lui emboîta le pas sans laisser le temps à Calua de venir voir Yurlungur, le prenant par les épaules pour le mener à la suite de l'Elfe. La petite fille resta donc là, lançant un énième regard haineux aux deux êtres Elfiques. Ses poings étaient serrés et il lui fallut quelques instants pour reprendre son calme et les suivre d'un pas néanmoins très énergique, trop sans doute pour qu'il puisse être paisible.

Le reste de la famille était rassemblé autour d'une grande table de bois dans une salle éclairée par une dizaine de chandelles. À mesure que l'on s'éloignait de l'extrémité de la table où vint s'asseoir Herond, les visages se faisaient plus jeunes, toujours un homme en face d'une femme. Souvent, c'étaient des Elfes bleus, parfois un ou une Humaine : mais il était troublant de voir que la dizaine de personnes rassemblées ici étaient toutes en couple, au vu des regards complices, des bagues au doigts et du parfait parallélisme entre les deux côtés de la table : un homme en face d'une femme. À l'exception d'une seule Elfe.

Il s'agissait d'une Elfe jeune, très jeune, aux longs cheveux bruns et soyeux. Elle fixait le groupe des arrivants avec de grands yeux d'un bleu clair intense qui ne pouvaient qu'attirer l'attention ; sur son visage, un sourire apparaissait doucement et il s'agrandit sensiblement, une légère teinte rougeâtre trahissant une once de gêne, lorsque le patriarche désigna à ses hôtes leurs places respectives : Calua se retrouvant alors en face de la jeune Elfe. Le chef de famille, qui présidait la table, mit à sa gauche Liniel, cette dernière se retrouvant ainsi en face de la matriarche, tandis que Yurlungur fut placée à l'autre bout, à côté de la benjamine. Ainsi, elle se retrouvait seule, face au vide.

« Je vous en prie, continuons notre repas, annonça Herond. »

La petite fille, obnubilée par sa rage d'être ainsi écartée et par la gêne qu'éprouvait Calua en face de l'Elfe, n'avait même pas remarqué qu'il y avait sur la table de nombreux mets aussi divers que variés qui resplendissaient par leurs couleurs et leur apparence soignée. Yurlungur, toujours en fixant Calua comme pour le prévenir, se leva légèrement pour couper une cuisse de l'imposante volaille en face d'elle, mais le blondinet ne fit même pas attention à elle.

« Enchantée, je suis Sirnass Mawess, commença la jeune Elfe. Et vous êtes ? »

(Traînée. Putain. Calua, ne réponds pas, sinon...)

« Je, eh bien, on m'appelle Calua... Hé, hé... »

Ces pommettes humaines ne souhaitaient donc pas perdre ce pourpre qui narguait si bien Yurlungur. Elle enrageait. Alors que Sirnass s'apprêtait à continuer, d'autres discussions privées commençant sur la table, en particulier autour de Liniel, la petite fille enchaîna :

« Et moi, je suis Yurlungur, Yurlungur Elvent. »

Elle tenta d'adresser le plus beau sourire qu'elle pouvait à sa voisine, mais celle-ci lui accorda à peine un regard des plus dédaigneux et, récupérant son sourire aguicheur dès qu'elle se concentra à nouveau sur Calua, elle se mit à enrouler autour de son doigt une mèche de cheveux, l'autre apportant à ses lèvres une fourchette sur laquelle trônait un morceau parfaitement coupé d'une viande rosée. Mais le pouvoir de cette fille tenait dans son regard, regard qui cherchait sans relâche celui de Calua, à la fois sûr de lui et ensorcelant.

« Dites-moi, Calua... Permettez-vous que je vous tutoie ? »

« Mais... mais bien sûr, faites ! »

« Cela ne me gêne pas, Sirnass, continua Yurlungur en essayant tant bien que mal de garder son sourire qu'elle savait innocent. »

Même coup d'œil méprisant. Même sourire qui apparaissait à nouveau sitôt le regard tourné sur l'adolescent.

« Dis-moi, Calua, quel âge as-tu ? »

« J'ai... J'ai quatorze ans, Sirnass. Mais je vais en avoir quinze dans deux mois. »

« Seulement ! s'exclama-t-elle avec un surjeu phénoménal. Pourtant, tu es déjà plutôt grand... et fort, non ? »

Elle jouait l'innocente, elle aussi. Yurlungur ne pouvait que contenir sa fureur, encore et toujours plus. Le garçon, rehaussé à l'état de jeune homme, lança un regard béat à la petite fille avant de remarquer son expression renfrognée. Mais il reposa ses yeux sur le visage parfait de l'Elfe et son sourire revint aussitôt. Yurlungur continuait d'enrager. Comment ! Il se laissait prendre à... à ça ? Il se laissait avoir à ce jeu minable qu'avait cette pouffiasse, pouffiasse qui, non contente de profiter d'attributs féminins autrement plus développés que ceux de la petite fille, non contente de mettre en avant un décolleté aussi vulgaire, et non contente d'aguicher le blondinet d'un regard mille fois travaillé, eh bien cette câtin ne voyait aucun souci à attirer à elle l'intéressé et ce sous les yeux mêmes de la petite fille !

Yurlungur n'avait plus faim. Elle recula brusquement sa chaise pour se relever et s'en aller, mais un majordome importun vint aussitôt la repousser en avant, lui expliquant calmement qu'il fallait attendre l'autorisation du soi-disant “Seigneur” Herond avant de quitter la table. S'il s'agissait d'un si grand “seigneur”, ne voyait-il pas qu'elle souhaitait quitter cette table ? Que la présence de sa descendante l'insupportait au plus haut point et qu'elle pourrait briser toute l'argenterie de cette pièce, pourtant conséquente, sans parvenir à calmer sa rage ? Elle fulminait, l'Autre rigolait doucement à l'intérieur de sa tête. Et Liniel, à l'autre bout de la table, la regardait avec un demi-sourire.

Suite : ici

_________________


Thème musical


Dernière édition par Yurlungur le Mer 11 Mai 2016 20:52, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Mer 11 Mai 2016 20:51 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 309
Localisation: Aliaénon
Précédemment : ici

Le dîner sembla durer une éternité. Enfin, lorsque des desserts somme toute relativement frugaux furent consommés, des chambres furent attribués aux trois voyageurs. Alors que le majordome guidait Liniel et Yurlungur, la première ayant vraisemblablement demandé à être logée à côté de sa protégée, ce fut Sirnass – encore elle – qui guida Calua vers une chambre plus écartée, visiblement plus proche de celle de la jeune Elfe que des deux autres. Yurlungur les avait regardés s'éloigner, sa fureur s'étant petit à petit consumée. C'était maintenant plus une forme de tristesse qui l'étreignait, sans qu'elle parvienne à déterminer quoi. Après tout, qu'est-ce que cela lui faisait que Calua rencontre une jeune femme attirante ? N'était-ce pas bien pour lui, d'autant plus que la famille Mawess paraissait plutôt riche ? Cela ne la satisfaisait pas. Mais c'était le choix de Calua, ce n'était pas à elle de l'empêcher de faire cela si... s'ils s'aimaient. Elle ne parvenait pourtant pas à l'accepter.

Sans penser à remercier leur guide, la fillette entra dans la chambre et la porte se referma doucement derrière elle. Une larme coula sur sa joue tandis qu'elle observait le luxe de l'endroit. Le lit avait l'air moelleux, très moelleux, les draps propres. Dans l'air, on sentait une légère fragrance de lavande et de grands meubles enjolivés de parures dorés ornaient la petite pièce ; une fenêtre sculptée directement dans la roche du mur donnait une vision sublime sur le ciel étoilé en ce début de soirée. Elle fit quelques pas en avant et d'autres larmes coulèrent. Malgré tout ce confort, elle ne parvenait pas à s'en réjouir et la seule pensée qui accaparait son esprit était l'image de Calua partant en compagnie de l'Elfe. Elle s'effondra en sanglots sur le rebord de la fenêtre.

(Alors, ma vieille, un chagrin d'amour ?)

(Je... je ne suis pas amoureuse de Calua !)

(Allons bon. Et je suis la reine de Kendra Kâr, peut-être ?)

La petite fille se releva et cria :

« Ça suffit ! »

« Qu'y a-t-il ? »

Elle se retourna précipitamment et aperçut Liniel qui venait de refermer sans un bruit la porte derrière elle. Aussitôt, Yurlungur essuya ses larmes, honteuse de se dévoiler ainsi devant la Semi-Elfe, et récupéra son air buté qu'elle avait adopté toute la journée vis-à-vis de sa mentor, ce malgré ses yeux rouges et sa respiration sanglotante.

« Tu pleures ? »

Liniel s'approcha et, sans que la fillette ne fasse quoi que ce soit pour l'en empêcher, elle la prit dans ses bras et la serra doucement. Yurlungur répondit à cette étreinte, venant à son tour enlacer la Semi-Elfe. D'une voix aussi douce que possible, cette dernière continua :

« Je... Je m'excuse. Je crois que j'ai été un peu brutale avec toi, n'est-ce pas ? Je ne veux pas que tu pleures à cause de moi. Vraiment. »

Elle repoussa légèrement Yurlungur et la fixa dans les yeux avec une expression presque maternelle.

« Tu sais... Je suis très fière de toi. Tu as réussi à trouver la Cape, après tout, ce n'est pas rien. Je ne voulais pas que tu ailles dans ce château, parce que j'ai peur pour toi. Je ne veux pas que tu sois blessée inutilement. »

Les pleurs de la petite fille s'étaient calmés. Maintenant totalement impassible, elle fixait la Semi-Elfe en se demandant ce que cela impliquait. Elle croyait bien aimer Liniel, la respecter et la considérer comme un véritable modèle. Si ses paroles ne pouvaient entièrement panser sa douleur, elle se sentait tout de même réconfortée, rassurée. Un peu mieux, quoi. Elle sourit et se força à bâiller, ses yeux se fermant lentement.

« Merci, Liniel. Je... Je ne t'en veux pas. »

La Semi-Elfe, sur le coup, vint serrer d'autant plus fort la gamine dans ses bras puis, ayant certainement noté la fatigue de sa protégée, la relâcha et l'amena à son lit, la bordant en veillant à ce qu'elle soit bien au chaud sous la couverture. Puis elle sortit après avoir éteint la chandelle, murmurant un dernier :

« Bonne nuit, alors. »

Aussitôt, l'expression de la petite fille changea. Elle n'avait plus besoin de mimer la fatiguer pour se sortir de cette situation embarrassante avec Liniel. Elle avait reçu ses excuses, elle avait même reçu ses compliments, mais elle ne savait que répondre à cela et gardait en mémoire que la jeune femme entretenait dans l'ombre un dialogue avec le maître de maison : autrement dit, elle n'avait pas tout révélé à sa protégée, quoi qu'elle en dise. Enfin. Yurlungur aurait certainement fait de même à sa place, puisque la Semi-Elfe avait nécessairement une bonne raison pour agir ainsi.

Elle se redressa et se leva, traversant la pièce sans rallumer la bougie. Elle arrivait très bien à voir à la seule lueur des étoiles et elle ne souhaitait pas qu'on la dérange lorsqu'elle irait les contempler. Saisissant une chaise qui se trouvait là, elle l'approcha de la fenêtre et s'assit dessus, puis posa ses coudes sur le rebord afin d'observer avec un certain émerveillement les milliers d'étoiles qui se dévoilaient à ses yeux de simple mortelle. Un homme d'esprit n'avait-il pas dit, une fois, que ce spectacle ressemblait à une giclée de lait ? Le lait d'une Déesse... C'était sûrement l'une des rares choses dont elle se souvenait parmi toute la culture qu'avait essayé de lui faire ingérer sa mère. Sa mère... Où était-elle, en ce moment ? Sûrement à s'inquiéter pour elle, comme toujours. De toute façon, la fillette savait être un fardeau pour la pauvre femme. Elle soupira et faillit aller bel et bien se coucher, à défaut de dormir dans l'instant. Mais un mouvement non loin sous les étoiles attira son attention.

En effet, là, sur un petit chemin qui passait à une dizaine de sa fenêtre, des Elfes bleus avançaient doucement. Menés par une Elfe bien connue... Sirnass. La petite fille serra les dents et se concentra sur les suivants. D'autres Elfes bleus, apparemment. N'y avait-il pas Herond ? Ah, et un plus petit... Calua.

« Allons-y gaiement ! Mes chers am... »

C'était bien sa voix, rapidement arrêtée par une main qui vint empêcher tout son de sortir de cette bouche trop bavarde. Mais le jeune homme titubait, avançait de manière désordonnée et semblait souhaiter crier, se débattant contre ces Elfes bleus apparemment trop sérieux à son goût. Elle ne put retenir un sourire. On aurait cru le même état que lors de leurs discussions un tantinet alcoolisées, de leurs jeux et défis. C'était comme si une éternité s'était écoulée depuis... Mais pourtant, il n'y avait eu que ces Shaakts entre temps. Enfin. C'était tout de même à elle d'aller tirer le blondinet des griffes de Sirnass mais elle prendrait tout son temps. Oh, ils devaient sans doute se rendre à un petit événement auquel on ne l'aurait pas conviée. Elle ferait mine d'arriver par hasard juste au bon endroit après les avoir suivi et tout irait bien. Il lui suffisait d'ailleurs d'imaginer la tête de Sirnass lorsqu'elle ferait une arrivée impromptue au milieu de ce qu'elle s'imaginait comme une joyeuse fête. Une pure délectation.

Sans les perdre de vue, elle enjamba la fenêtre et se laissa glisser dans les fourrés juste en-dessous. Certes, elle n'était pas des plus discrètes pour se déplacer là-dedans de nuit, mais les hululements, les bruissements du vent dans les branches des arbres et les bruits de pas du groupe qu'elle suivait couvraient déjà largement tous les indices sonores de sa présence. Tout en les suivant, elle épousseta sa jupe, vérifia qu'il n'y avait aucune écorchure ni tâche de sang. Bon, elle n'y avait pas pensé jusque là, ni avant le dîner, ni dans la chambre. Mais il fallait tout de même s'assurer qu'elle paraîtrait aussi innocente que possible lorsqu'elle arriverait. Déjà, mentalement, elle se répétait son texte. « Oh, mais que faites-vous ici ? commencerait-elle en surjouant un air étonné. Je me promenais en observant le ciel étoilé – c'est magnifique n'est-ce pas ? - et je me suis retrouvée ici... continuerait-elle en se donnant des airs de poupée : le petit commentaire “magnifique” allait d'ailleurs admirablement bien avec cela. Mais vous m'avez l'air de bien vous amuser, je vais vous rejoindre pour cette petite fête ! achèverait-elle sans laisser le moindre espoir de fuite aux Elfes bleus ou à Calua. »

Son plan était tout de même parfait, il fallait l'admettre. Elle, tout du moins, l'admettait sans problème. Perdue dans une foule d'auto-compliments plus variés et flatteurs les uns que les autres, elle remarqua finalement que les Elfes à une dizaine de mètres devant entraient dans une petite bâtisse à l'écart de la grande. Elle vint s'approcher de la porte refermée, s'éclaircit la voix en toussotant un peu et entra, ouvrant la porte d'un coup brusque et rapide.

À l'intérieur, tous les regards se tournèrent vers elle. Il s'agissait, à première vue, d'une chapelle : un couloir avançait droit devant entre deux rangées de chaises en bois, sur lesquels les Earions étaient assis. Au bout du couloir, devant un grand vitrail et un petit autel, Herond la regardait, à mi-chemin entre la froideur qu'elle lui connaissait et l'étonnement qu'elle voulait qu'il ait. Et, enfin, le clou du spectacle : Sirnass, en robe de mariée, tenant la main d'un Calua apparemment complètement ivre et ignorant ce qu'il se passait ici. Bizarrement, Yurlungur en oublia tout son texte.

« Yurli ! Yurlungur ! Ah, t'es là ! Mais viens donc, on s'amuse ! »

Calua était visiblement celui qui était le moins étonné de sa présence : c'est-à-dire qu'il était le seul à ne pas s'en surprendre. Le nez rouge et les yeux à moitié fermé, il ressemblait vaguement à ces ivrognes qui traînaient le soir dans les rues de Dahràm, à quelques pas des tavernes. Il y perdait cependant un tantinet en charme, le bougre.

« Mais... Mais... Qu'est-ce que vous faites ? demanda-t-elle. »

Elle n'avait pas pensé à surjouer l'étonnement, tiens, mais ça n'aurait de toute manière pas été nécessaire.

« Je te retourne la question, répliqua aussitôt Sirnass. Continuons, Père, continuons. »

Elle s'était tournée vers Herond et tira Calua à elle tandis qu'une faible rumeur enflait des rangs de la petite assemblée. Alors que le patriarche allait enchaîner, la fillette s'avança en avant et cria :

« Ça suffit ! Vous ne pouvez pas faire ça ! »

Un petit esclaffement lui répondit, provenant de la bouche d'Herond. Ce dernier était donc capable de rire ? Une petite révélation. La fillette ne s'arrêta cependant pas de marcher droit vers le blondinet apparemment dépassé par les événements tandis qu'Herond continuait, visiblement amusé :

« Et pourquoi donc, je vous prie ? »

« Parce que... Parce que nous nous aimons ! répliqua-t-elle en tirant Calua à elle. »

Mais il faudrait une preuve de plus qu'un simple câlin entre les deux, elle le savait pertinemment. (Calua, ne fais pas l'idiot.) Et elle le prit dans ses bras pour l'embrasser sur la bouche, aussi langoureusement que possible. Le jeune homme, bien qu'étonné, ne montra aucun signe d'embarras et, très naturellement, vint enlacer à son tour la petite fille, à la manière maladroite d'un ivrogne. Petite fille qui cessa ce supplice aussi vite que possible. Parce que cette haleine empestait l'alcool et que, malgré tout, cela l'embarrassait, elle, de se montrer ainsi en spectacle, embarras certes contré par une forme de joie étrange qu'elle avait à l'avoir fait. Enfin !

(Tu vois. Que te disais-je.)

(Tais-toi, un peu.)

Ce n'était pas le moment pour que l'Autre gâche tout. Essayant tant bien que mal de tenir Calua debout, elle jeta un regard de défi aux Elfes bleus et releva la tête. Puis, la situation semblant s'éterniser, elle jeta un bref :

« Eh bien, je m'en vais alors... »

Puis essaya de guider les pas désordonné de son bien-aimé vers la sortie. Personne ne les retint et, lorsqu'ils quittèrent les lieux, un sanglot éclata derrière eux tandis que la petite fille, reconnaissant sa rivale défaite, sentait monter en elle une satisfaction qui contrebalançait toute la gêne du moment, couplée à cette petite boule de joie dans son ventre. Elle l'avait fait ! Et l'Autre, l'Autre n'avait rien à répliquer à cela. Calua s'appuyait de tout son poids sur la petite fille, mais ce n'était pas grave. Ah, son cœur bondissait de joie en se remémorant cet instant de grâce. Bon, la senteur de l'alcool et la maladresse temporaire du blondinet n'avaient pas arrangé les choses, dans les faits. Mais elle avait aimé, indéniablement.

Ils furent bien vite de retour chez les Mawess. Là, Yurlungur passa à nouveau dans les fourrés et eut à réfléchir comment entrer à nouveau. Certes, Calua n'était pas en mesure d'enjamber le rebord de la fenêtre pour entrer dans la chambre, mais qu'importe. Elle le souleva et, de toutes ses forces, le fit basculer à l'intérieur. Le corps chuta sur le sol de pierre de la chambre, suivi par un grognement et achevé par un ronflement. Elle entra elle aussi et se laissa tomber sur lui. Mais il dormait à poings fermés.

Un instant, elle se demanda si elle pourrait dormir avec lui en se lovant contre son corps chaud. Le glisser par là, se blottir contre son torse, se mettre dans ses bras... cela réveillait en elle des sentiments qu'elle n'avait jamais pu expérimenter. La joie, la joie d'un premier amour ! Mais ce n'était pas digne d'elle. Profiter de quelqu'un pendant son sommeil, pendant qu'il était drogué, c'était au niveau de Sirnass, pas du sien. (Je confirme.) Elle n'allait tout de même pas perdre son honneur devant l'Autre. À pas de loup, elle sortit et, vérifiant qu'il n'y avait personne ici, elle ramena Calua dans sa chambre. Puis, de la même manière que Liniel l'avait bordée, elle le fit amoureusement sur le corps du prince endormi. Car, oui, pour une princesse comme elle, il ne pouvait s'agir que d'un prince ! Silence, l'Autre. On ne lui avait pas demandé son avis, après tout.

Un prince et une princesse, donc... Elle sourit à cette idée et déposa un baiser sur son front. Son visage était si doux lorsqu'il dormait ! Elle hésita, à nouveau, à ne pas rester veiller sur lui. Mais elle avait sommeil elle aussi et finalement, sans le quitter des yeux jusqu'à la fermeture de la porte, elle sortit. D'un pas guilleret, elle regagna sa propre chambre et s'endormit dès qu'elle fut couchée.

Puis elle rêva.

***


Le lendemain matin, il fallut partir. Liniel avait été surprise, très surprise de voir qu'Herond les jetait presque dehors, refusant à présent qu'il reste malgré toutes les marques de bienséance qu'elle tentait de montrer. Puis elle avait dû payer pour les vivres qu'elle souhaitait emmener mais aucune explication ne lui fut donnée là non plus. Lorsque Calua arriva à son tour, découvrant apparemment les joies d'une gueule de bois, la Semi-Elfe jeta un coup d'œil interrogateur au maître de maison qui détourna le regard et, d'un signe méprisant de la main, leur indiqua la sortie.

Yurlungur s'était bien doutée que sa mentor avait eu un rôle là-dedans. Après tout, pourquoi avoir fait un si grand détour alors qu'ils souhaitaient se rendre à Dahràm ? Tout cela pour des vivres ? Ils auraient pu chasser, cueillir des fruits et des baies. Mais Liniel avait eu un plan, un plan brillamment déjoué par la fillette. Elle n'avait pas fait exprès, certes. Mais elle l'avait fait, d'abord. Elle souriait et, en attendant sur le parvis avec Calua que les Elfes aient fini de négocier pour la nourriture du trajet, elle s'approcha du blondinet. Ses joues étaient rosées et tout en s'approchant, elle se dandinait d'un pied sur l'autre en évitant son regard. Oui, elle se souvenait bien avoir vu des jeunes femmes faire ainsi avec des marins transportés, cela les aguichait à coup sûr et ils ne pouvaient résister. Mais au lieu de s'avancer vers elle et de l'enlacer comme elle l'aurait voulu, ce fut un Calua porteur d'un air bigrement étonné qui lui demanda :

« Ben... Qu'est-ce que tu fais ? »

Elle rougit davantage, croisant son regard, mais ne répondit pas. Au lieu de cela, elle vint carrément déposer sa tête sur l'épaule de l'adolescent. Cette fois-ci, il s'écarta promptement, ajoutant d'un air affolé :

« Mais... Mais, qu'est-ce que tu fais ? »

Yurlungur ne comprenait plus bien. Lui non plus, apparemment. Prise d'un doute affreux, elle demanda :

« Tu... Tu te souviens de ce qu'il s'est passé, hier soir ? »

Les yeux du blondinet s'élevèrent au ciel tandis qu'il fouillait dans sa mémoire.

« Eh bien... on a dîné, puis Sirnass m'a invité à une petite collation. Je crois que j'ai bu un peu trop, mais je crois bien m'être couché peu après. D'ailleurs, je me suis retrouvé dans mon lit ce matin, il n'y a pas trente-six solutions. Mais je vois déjà ton air dépité, enchaîna-t-il devant la mine déconfite de Yurlungur. Il ne s'est rien passé entre Sirnass et moi. De toute façon, elle n'est pas trop mon genre. Un peu... un peu trop vieille, je dois te l'avouer. »

Il sourit et rigola doucement, lançant un regard en arrière en même temps pour vérifier qu'on ne l'avait pas entendu. Mais la petite fille n'y prêta guère attention. Elle était tout à fait décontenancée par cette révélation. Ainsi, il ne se souvenait de rien ! Autant dire tout de suite que, dans ces circonstances, leur baiser n'avait que peu de valeur. Calua avait été ivre, il n'avait pas été lui-même. Maintenant, eh bien, tout était à recommencer... Mais peut-être qu'un jour elle ressentirait à nouveau cette joie si étrange, cette boule de gaieté qui s'était formée au creux de son ventre, ce voyage au septième ciel : peut-être qu'un jour elle l'embrasserait à nouveau... Si elle en trouvait le courage. Et puis, d'un point de vue stylistique, il serait tout de même préférable que ce soit à lui de faire la déclaration. Rien que pour qu'elle puisse vraiment dire qu'il était son prince et elle sa princesse.

« Grumph... Allez, on y va ! »

Coupée dans ses réflexions par la Semi-Elfe qui revenait, Calua et elle reçurent un gros paquet de provisions dans les bras chacun, suivi d'un bref mais efficace :

« Dans vos sacs. Allez, on se magne ! On n'a pas que ça à faire ! »

Yurlungur sourit en rangeant ces vivres qui avait dû coûter assez cher à sa mentor. Ah, qu'il était agréable de ruiner les plans de quelqu'un... À l'occasion, pour se venger, elle irait le faire pour le Gros Néral, pourquoi pas avec Calua, ça pourrait être amusant. Ils se mirent à marcher tous ensemble, la première d'un pas énergique car enragée, le second d'un pas timide à la suite de la première, et la dernière d'un pas trahissant malgré elle une certaine joie de vivre. Car ce pas était dansant, elle voletait sur ce chemin de terre, regardait avec douceur une vulgaire pousse d'herbe et avec bienveillance une fleur en train d'éclore.

Le susdit chemin descendait et, avant de perdre de vue la maison Mawess, la petite fille se retourna pour l'observer une dernière fois. Cette chère Sirnass allait sans doute attendre encore un petit bout de temps avant de rencontrer son prince charmant, elle... Mais l'Elfe ne reverrait sans doute plus jamais l'Humaine. Elle leur adressa un dernier geste d'adieu, souhaitant les narguer une dernière fois quand bien même ils ne la voyaient pas, puis elle rejoint les autres. Elle pouvait enfin partir, le sourire aux lèvres.

Suite : ici

_________________


Thème musical


Haut
 

 Sujet du message: Re: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Ven 24 Mar 2017 00:12 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6798
Localisation: Nessima, Naora
Les ténèbres font place à un univers gris, cotonneux. Loin, très loin, je devine une lueur ténue, comme celle de la lune par une nuit nuageuse. Je tends les bras vers elle, sans savoir pourquoi, si ce n'est qu'elle m'attire irrésistiblement.

(Non!)

Ma bouche s'ouvre pour laisser jaillir un hurlement lorsque ce "non" me replonge sans rémission dans l'obscurité, mais aucun son audible n'en sort. Il n'y a que le silence. Je ferme les yeux pour retenir les larmes de dépit qui y perlent, cette lumière était si belle que sa seule absence me fend l'âme. Je me sens tomber, interminablement, ne dit-on pas que les enfers se dissimulent dans les profondeurs du monde?

Un choc violent me secoue, mais je ne sens rien, je ne veux plus rien ressentir. Je veux revoir cette lumière si douce et si pure.

(Non!)

Les ténèbres s'écartent à nouveau, je vois un visage, celui d'une Sindel, sublime avatar de la beauté féminine de mon peuple. Ses prunelles couleur d'argent sont braquées sur moi, sévères, tristes, si tristes. La femme secoue doucement la tête et me murmure quelque chose, mais je n'entends rien. Je voudrais la questionner, savoir qui elle est, mais déjà le visage change, s'assombrit tandis que ses yeux s'embrasent. Cette femme à la peau noire est très belle aussi, mais elle ne saurait rivaliser avec la première, nulle ne le pourrait. Aucune tristesse dans ce regard de feu, seul un éclat sardonique y brille, "je te l'avais bien dit", semble-t'il signifier. Pourtant, juste avant que le visage ne se modifie à nouveau, je discerne autre chose dans ces yeux enflammés. Du dépit, des regrets peut-être, je ne sais pas et je n'ai pas le temps de m'y attarder. C'est une jeune Elfe à la peau couleur de vieil argent qui me dévisage maintenant, d'un air si grave qu'il me donne envie de rire et de lui dire de ne pas s'en faire, la mort n'a rien de désagréable. Ses prunelles sont aussi de flammes mais, en leur centre, deux points d'obscurité si profonde qu'ils occultent tout le reste m'attirent en eux. Les ténèbres se referment sur moi. J'aimerais tant revoir la pâle lueur de tout à l'heure.

(Non!)

Je vois une rue, large et soigneusement pavée, bordée par de beaux bâtiments d'une blancheur si éclatante qu'elle m'éblouit. Je distingue chaque détail avec une acuité surnaturelle, le grain de la pierre, les interstices entre les moellons, les veines du bois qui constituent portes et encadrements de fenêtres. Il n'y a pas trace de vie dans cette magnifique cité, pourtant, la rue est déserte, pas même un insecte ne virevolte dans l'air limpide. Un mouvement attire soudain mon attention, je frissonne en réalisant que du sang se met à couler, entre deux pierres d'abord, puis de chaque fissure de jointoiement que je peux apercevoir. En quelques secondes, les discrètes gouttelettes écarlates qui ont attiré mon regard se muent en ruisselets, puis en rivières. Le sol pavé se colore lentement de rouge sombre, tout comme les façades des bâtisses, où que se portent mes yeux je ne vois bientôt plus la couleur de la pierre. Dans la rue, les paisibles rus de sang se font flux pressés, de plus en plus puissants, torrentueux, irrépressibles. Deux silhouettes sortent d'une maison, une femme et une enfant, je hurle lorsque les flots d'ichor les emportent mais là encore nul son ne sort de ma gorge. Je tombe à genoux alors qu'elles disparaissent, envahi par un incompréhensible désespoir, mais déjà le fleuve sanglant me submerge et m'emporte à mon tour.

Tout s'apaise dès que je suis englouti, j'ai l'impression de flotter dans un monde uniformément rouge et je n'ai qu'une envie, me laisser aller et cesser d'avoir ces visions perturbantes.


***


Le silence, si absolu jusque là, est soudain brisé par une voix qui semble me parvenir par delà d’incommensurables distances:

"Il est mort."

Sans blague. Vous en avez d'autres, des comme ça?

(Non!)

Ah. Tant mieux alors, parce que franchement il faut vraiment être à court de réparties pour asséner semblable évidence. J'en rirais volontiers, tiens, si je le pouvais. Quelque chose m'agrippe soudain les membres qui anéantit mon envie de ricaner, bon sang ça fait mal! Je me débats faiblement en marmonnant des invectives, fichez-moi la paix maudits! Je veux revoir la lumière, vous entendez? La lumière!

Mais il n'y a que des ténèbres et je sais qu'en leur sein je trouverai la paix. Alors à quoi bon lutter?

(Pour Sithi! Pour ta fille! Pour moi!)

Je gémis en sentant une forte pression sur mon visage, puis un liquide s'immiscer entre mes lèvres que je m'efforce pourtant de garder closes. Arrêtez de me tourmenter, je suis mort vous entendez? Mort! Vous êtes censées me ficher la paix, là, j'ai échoué et je suis tombé, est si difficile à accepter?! Laissez-moi retourner vers la lumière!

Je souris soudain, elle est là, je la vois, enfin! Elle est si douce, si belle, laissez-moi la contempler jusqu'à la fin des temps! Mais mes désirs laissent apparemment les dieux indifférents car une ombre s'insinue presque aussitôt entre elle et moi. Un sanglot me secoue devant tant de malveillance, pourquoi, pourquoi? Même l'ombre se brouille alors que les larmes ruissellent sur mes joues, une perception que je ne comprends pas, je ne devrais plus rien sentir alors pourquoi est-ce que j'ai conscience de ces perles salées qui coulent sur ma peau?! Une voix douce s'élève de l'ombre qui me cache la lueur, me faisant cligner plusieurs fois des paupières pour en chasser l'humidité afin de voir qui me parle, en vain car tout reste si brouillé que je ne distingue que des contours flous:

"Revenez parmi nous Sindel, c'est fini, tout va bien."

Tout va bien?! Vous vous fichez de moi? Une imprécation rauque franchit malgré moi mes lèvres desséchées en guise de réponse:

"Bordel...la...lumière...tirez-vous..."

Un rire que je trouve tout à fait déplacé accueille mon exigence, mais l'ombre s'écarte et je soupire de béatitude quand la pâle lueur réapparaît enfin. Il me faut de longues secondes pour comprendre que ce que je vois n'est rien d'autre qu'un croissant de lune. Étrange, je m'étais plutôt imaginé rejoindre Sithi sous sa forme Elfique en montant dans le firmament. Perplexe, je tourne un peu la tête pour voir si d'autres Sindeldi se tiennent dans les célestes parages où je suis censé me trouver. Je m'étrangle et tousse en découvrant la personne qui se tient à mes côtés: une Earionne. Par tous les dieux, que fait une Elfe Bleue auprès de Sithi? Mon incrédulité doit se lire sur mes traits car elle me sourit en répétant:

"Tout va bien, vous êtes en sécurité."

Je déglutis à plusieurs reprises avant de parvenir à croasser:

"Je suis...où? Êtes...qui?"

"Vous êtes chez moi et je me nomme Sirnass Mawess. Non, restez tranquille vous revenez de loin," ajoute-t'elle alors que je tente péniblement de me redresser.

Elle me force avec fermeté à rester allongé, puis elle me relève un peu la tête afin de me faire boire avant de reprendre:

"Vous devez vous reposer, nous parlerons demain."

Je grogne un vague assentiment, ma piteuse tentative m'a appris que je suis dans un état de faiblesse extrême et mes yeux se referment tout seuls. Un colossal effort de volonté me permet tout de même de marmonner encore:

"Sinwaë...un fauve...blanc...ne...ne le tuez pas..."

Je n'entends pas la réponse de l'Elfe mais je crois qu'elle a compris ce que j'ai essayé de lui dire, je l'espère du moins. J'aimerais m'enquérir aussi de mes précieuses armes mais je n'en ai plus la force et je m'enfonce sans plus tarder dans une bienfaisante inconscience.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 3 Avr 2017 18:12, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Sam 25 Mar 2017 19:01 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6798
Localisation: Nessima, Naora
J'émerge lentement d'un sommeil sans rêve, mais je garde les yeux fermés. De vagues souvenirs me reviennent, l'atroce sensation de la noyade, les heurts brutaux contre les rochers alors que le puissant courant m’entraînait, une longue chute. Puis le noir, non pas angoissant mais, au contraire, apaisant à l'extrême. Ensuite, des visages, des rêves, des visions, je ne sais trop, tout est flou, entremêlé. Ce qui me surprend le plus dans l'immédiat, c'est que je ne ressens aucune douleur. Ce n'est pourtant pas faute de ressentir car je perçois la texture souple qui se trouve sous mon dos, le contact un peu rêche d'une couverture sur mon torse aussi. J'entends des bruits de voix, non loin, le sourd grondement d'une cascade également, du moins c'est à cela que je l'associe instinctivement. Peu à peu, l'évidence s'impose à mon esprit embrumé: je vis.

J'ouvre les paupières, avec précaution car la lumière est vive, et découvre avec surprise que je suis dans une grande chambre au plafond de bois et aux murs de pierre. Je suis allongé sur un lit faisant face à une fenêtre d'où provient l'éclat du soleil, quelques meubles d'aspect ancien et un peu étrange sont disposés contre les murs. Ornant ces derniers, quelques tapisseries qui me semblent décolorées représentent des scènes marines incongrues, mais mon regard ne s'y attarde pas car un flot de questions me submerge soudain. Où sont mes armes? Où est Sinwaë? Où suis-je, combien de temps suis-je resté inconscient? Qu'est-il advenu de mes poursuivants? Qui m'a recueilli et pourquoi?

Je me redresse prudemment en vérifiant le fonctionnement de chacun de mes muscles, étonné de sentir que tous répondent aussi parfaitement que si rien ne s'était passé. Le bruit d'une porte qui s'ouvre me fait subitement tourner la tête et instinctivement porter les mains aux armes que je n'ai plus, constatation qui me fait craindre le pire. Ont-elles disparu dans les flots? Je me détends un peu en reconnaissant vaguement l'une des images dont je me souviens dans la personne qui entre: une jeune Elfe Bleue. Je l'examine plus attentivement alors qu'elle s'approche de moi en souriant et réalise à la forme de son visage qu'elle doit aussi avoir du sang humain, ce qui rend l'estimation de son âge délicate. D'une voix enjouée que je reconnais pour être celle que j'ai entendue dans mes "rêves" elle me demande:

"Bonjour. Comment allez-vous ce matin?"

Je me force à répondre à son sourire et incline le visage en lui répondant d'un ton un peu hésitant:

"Bonjour. Je crois que ça va mais...que s'est-il passé? Où suis-je?"

"Vous êtes dans la maison de la Famille Mawess, je vous ai trouvé au bord du fleuve hier soir. Vous étiez...mal en point. Vous souvenez-vous m'avoir parlé cette nuit?"

Je fronce les sourcils en me concentrant pour essayer de me rappeler de ce que je lui ai dit, mais souvenirs et rêves sont si imbriqués que je n'en suis plus bien sûr:

"Plus ou moins...vous êtes...Sirnass, c'est cela?"

"Oui. Et vous, quel est votre nom? Que vous est-il arrivé?"

"Je me nomme Tanaëth. Je fuyais une bande d'orcs et j'ai glissé en voulant traverser le fleuve. Dites-moi...que sont devenues mes armes, mon armure? Et auriez-vous aperçu un grand fauve blanc?"

Je ne cherche même pas à tenter de dissimuler l'anxiété qui sous-tend ces questions, chaque pièce de mon équipement m'est aussi précieuse que la prunelle de mes yeux et Sinwaë...est bien plus qu'un animal, c'est un lien direct avec mes origines, un ami. L'Earionne me scrute un instant en silence avant de désigner un grand coffre de bois sculpté appuyé contre un mur et me répond doucement:

"Tout ce que nous avons pu retrouver est là-dedans. J'ai vu l'animal dont vous parlez hier soir, mais..."

Elle hésite quelques secondes avant de poursuivre d'un air gêné:

"C'est parce que je l'ai vu que je vous ai découvert. Je me suis approchée et quand j'ai réalisé qu'il était près d'un corps, vous, je l'ai chassé...j'ai cru qu'il s'apprêtait à vous manger...je suis désolée."

Je sens mon ventre se nouer à cette nouvelle et demande dans un souffle:

"Que voulez-vous dire par chassé? Dites-moi que vous ne l'avez pas tué..."

"Non, je l'ai simplement fait fuir, mais je ne l'ai pas revu depuis."

Je pousse un grand soupir de soulagement, si mon Ithilarthëa est en vie, je le retrouverai. Je me lève en douceur et enroule sommairement le drap autour de ma taille, ce qui fait rire l'Earionne qui souligne d'un ton gentiment moqueur:

"C'est moi qui vous ai soigné et couché, vous savez."

Je lui retourne une moue légèrement sarcastique et réplique du tac au tac:

"Un vieux reste de convenances, sans doute. Je vous dois la vie semblerait-il, alors...merci. Pourquoi avoir pris la peine de me guérir, d'ailleurs?"

L'Earionne s'approche de moi et prend délicatement ma main gauche entre les siennes pour l'amener devant mes yeux:

"A cause de cette chevalière et de ce qu'elle signifie, Tanaëth. Vous seriez mort dans le fleuve si Moura n'avait décidé de se montrer bienveillante envers vous. Sans doute voulait-elle vous remercier de ce que vous avez accompli pour sa cause, alors elle vous a envoyé à moi."

Sirnass lâche mes mains alors que j'observe d'un air un peu sceptique la bague d'Ondria que m'a donnée la prêtresse de Moura après que j'aie libéré son sanctuaire du Naga Pourpre dans les montagnes. Je doute un peu que la puissante déesse des flots se soucie assez de moi pour être intervenue mais, après tout, cette explication en vaut bien une autre. L'Elfe me sort de mes pensées en encadrant mon visage de ses mains étonnamment fraîches et ajoute en rougissant imperceptiblement:

"A moins que Moura n'ait entendu mes prières, cela fait longtemps que j'attends."

Je hausse un sourcil étonné, tant par son geste que par ses paroles, puis je la questionne doucement:

"Et qu'attendiez-vous au juste? Je ne comprends..."

L'Earionne me coupe la parole en se dressant sur la pointe des pieds pour joindre ses lèvres aux miennes et me gratifier d'un baiser langoureux, bien qu'un peu maladroit, si impromptu que je ne réagis pas immédiatement. Je finis néanmoins par me contraindre à la repousser gentiment de façon à pouvoir accrocher son regard et murmure avec un certain trouble:

"Qu'est-ce qui vous prend? Vous ne devriez pas..."

Mon objection meurt sur mes lèvres alors que la jeune femme se blottit contre moi en m'étreignant farouchement, par Sithi que fait-elle?! Je devrais me dégager et mettre un terme à cette situation incongrue, mais il y a quelque chose de si désespéré dans cette étreinte que je ne peux me résoudre à l'interrompre immédiatement. J'enlace l'Elfe d'un geste un peu hésitant, non sans maudire mon corps qui me trahit une fois de plus en manifestant les prémices d'un désir auquel je ne suis pas certain d'avoir envie de céder, puis je lui demande dans un souffle:

"Pourquoi faites-vous ça, Sirnass? Que se passe-t'il?"

L'Elfe bleue me serre contre son corps souple avec plus de force encore avant de me répondre d'un ton haché par des sanglots qui menacent de jaillir:

"Je me sens seule, Tanaëth, à un point que vous n'imaginez pas. Je...il n'y a jamais personne qui vient ici, je voudrais...cela fait des décennies que je prie Moura pour...pour qu'elle m'envoie quelqu'un...quelqu'un qui m'aimera..."

Elle se détache un peu de moi pour me dévisager avec une sourde anxiété et ajoute si bas que je dois tendre l'oreille pour comprendre ses paroles précipitées:

"J'ai peur que personne ne vienne jamais. Je ne peux pas partir d'ici, les autres, ma famille, ils me disent d'être patiente mais...je veux savoir ce que ça fait d'être aimée. J'ai besoin de savoir, besoin qu'un homme me serre dans ses bras et m'apprenne l'amour, je me sens tellement...vide...inutile. Vous comprenez?"

J'incline pensivement le visage en me perdant dans les profondeurs de ce regard aux infinies nuances océanes. Oui, ai-je envie de lui répondre, je sais ce que c'est de se sentir vide de tout. Je sais ce que c'est de se sentir inutile, je connais le poids de la solitude, même s'il ne me pèse plus comme autrefois. Mais les mots restent coincés dans ma gorge, je sais trop bien qu'ils n'ont pas le pouvoir d'apaiser ce qu'elle ressent, aucun beau discours ne le peut. Quinze jours plus tôt je lui aurais dit que j'étais promis à une autre et que je ne pouvais lui offrir ce qu'elle demande, mais ma rencontre avec Faryä, la prise de conscience de ce qu'implique la voie que j'ai choisie, tout cela a profondément changé ma vision des choses et cette excuse n'a plus le moindre sens. Je viens une fois de plus de frôler la mort et je sens la vie couler en mes veines comme jamais auparavant, une vie qui peut s'interrompre à n'importe quel instant car ma danse est telle que mes pas me conduiront toujours au coeur du danger. A l'aune de cette certitude chaque seconde de vie devient infiniment précieuse, le temps qui m'est imparti est trop incertain pour que je le gaspille en vaines rêveries d'un futur qui n'adviendra probablement jamais. Seul l'instant présent importe, le seul devoir d'un fils envers sa Mère est de vivre, telles sont les paroles de Sithi et j'en perçois aujourd'hui l'immense justesse. Mais, si je peux offrir un peu d'amour à cette jeune Elfe, je ne peux ni ne dois lui donner de faux espoirs, elle doit pouvoir faire un choix en connaissance de cause. Je frôle sa joue d'une caresse légère et lui expose d'une voix douce les limites de ce que je peux partager avec elle:

"Vous devez comprendre que je ne resterai pas, Sirnass. Demain matin au plus tard je reprendrai ma route, ma vie appartient à mon peuple. Peut-être serait-il préférable pour vous d'attendre celui qui sera libre de demeurer à vos côtés, je ne suis qu'un guerrier de passage et c'est quelque chose que je ne puis vous offrir."

L'Elfe bleue me contemple tristement durant de longues secondes, puis elle finit par m'adresser un pauvre sourire et murmure:

"Je sais...vous n'êtes pas de ceux qui s'attachent à un lieu et à une famille. Mais les marées donnent et reprennent, c'est ainsi et il ne sert à rien de vouloir qu'il en soit autrement. Je prends ce que la Déesse m'offre, si vous devez repartir ensuite...c'est que Moura en aura décidé ainsi. Peut-être vous ramènera-t'elle à moi un jour, qui sait?"

Je m'abstiens de lui affirmer le contraire, même si je doute fortement que mon destin me ramène durablement à ses côtés un jour ou l'autre. Ses paroles témoignent d'une acceptation et d'une compréhension profonde des aléas de la vie, une forme de sagesse que je ne peux qu'admirer venant d'une si jeune Elfe. Cette pensée me tire un léger sourire d'auto-dérision, je n'ai sans doute que quelques années de plus et pourtant je me sens étrangement ancien face à elle, peut-être parce que je possède des souvenirs remontant à des temps dont nul ne se rappelle plus. Le fait que ces souvenirs ne soient pas vraiment les miens n'y change pas grand chose, ils font partie de ma mémoire comme si je les avais vécus et engendrent en moi une perception du temps bien différente de celle que j'avais avant que Syndalywë me les ait montrés. Mais qu'importe tout cela, seul le présent importe. Un présent fort séduisant d'ailleurs, manifesté par le corps souple et ferme de la jeune femme qui se presse contre moi et qui requiert toute mon attention. Ma tendresse et ma douceur aussi car, malgré l'émouvante audace teintée de maladresse dont elle fait preuve, je lis aussi une certaine peur dans les beaux yeux océaniques de la jeune Earionne. Il n'y a jamais qu'une première fois et le temps ne l'efface pas pour ce que j'en sais. Pour elle ce sera un souvenir unique et je veux qu'il soit aussi beau que celui que je conserve au fond de moi. Je n'ai que cela à lui offrir pour la remercier de m'avoir sauvé la vie, c'est peu de choses, quelque part, mais cela peut aussi représenter beaucoup si je sais en faire un rêve dont elle se souviendra toujours avec tendresse.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Haut
 

 Sujet du message: Re: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Dim 26 Mar 2017 00:16 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6798
Localisation: Nessima, Naora
Il y a un décalage immense entre les heures qui suivent et ce que j'ai vécu avec Faryä. La jeune Earionne touche en moi une fibre que la Shaakte n'a pu atteindre et qui me ramène des années en arrière. Cela m'attriste indiciblement, Sirnass me rappelle bien involontairement tout ce que j'ai perdu au fil des ans et des épreuves: l'innocence, la spontanéité, la joie de la découverte sans à-priori, tant de choses précieuses qui ont disparu à jamais de mon âme. Je soupire doucement en dessinant du bout des doigts les contours du visage de l'Elfe endormie, elle est si belle avec ce sourire apaisé qui orne ses lèvres que sa seule vue chasse mes vains regrets. Tant que je pourrais faire naître ce genre d'expression et l'apprécier il restera un espoir. Je veux y voir le signe que mon coeur n'est pas encore devenu totalement de pierre, même si j'ai bien conscience qu'il s'est endurci à point que je n'aurais jamais soupçonné. C'est une crainte qui me traverse souvent l'esprit, je sais que le jour où je perdrai cette capacité de m'émerveiller devant quelque chose d'aussi simple qu'un sourire je deviendrai comme ceux que je combats. Mais comment l'éviter, voilà bien une question à laquelle je n'ai pas encore trouvé de réponse. Je perds une parcelle de mon âme chaque fois que je tue un être, chaque fois que je vois un innocent souffrir pour des raisons absurdes.

(Ô Sithi, qu'il est difficile de rester un rêveur dans ce monde insensé, de garder un espoir alors que partout les ombres s'amoncellent. Préserve en moi une étincelle de pureté, Mère, juste une petite flamme qui me permette de ne pas sombrer dans la folie qui a envahi tant d'êtres, je t'en prie, veille sur moi et guide mes pas dans les ténèbres pour que je ne devienne pas un monstre.)

Sirnass s'étire paresseusement et se love contre moi, bien heureusement inconsciente de mes états d'âme. Elle ouvre des yeux ensommeillés lorsque je l'entoure tendrement de mes bras et m'offre un sourire si limpide et confiant que j'en frémis. Elle ne sait rien de moi, elle ignore quel genre d'être je suis et je n'ai aucune envie de le lui apprendre. Je dépose un baiser éthéré sur sa chevelure et savoure encore un moment ces instants de paix et de tendresse si rares, puis je me dégage très doucement en lui murmurant à l'oreille:

"Il est temps que je parte, le devoir m'appelle douce Sirnass. Dormez encore un peu, le jour n'est pas levé."

Mais l'Earionne ne l'entend pas de cette oreille et m'attrape par la main avant que je n'aie pu me lever:

"Non, ne partez pas maintenant. Ecoutez le fleuve, n'entendez-vous pas?"

J'ai beau tendre l'oreille, je ne perçois aucun changement dans le léger grondement qui nous parvient:

"J'entends le bruit de la rivière, le même que tout à l'heure. Quelque chose a changé?"

"Oui. Il est plus puissant, il pleut fort en amont. D'ici peu il tombera des cordes ici aussi et la traversée des petits torrents qui nous entourent sera dangereuse. Attendez que la décrue s'amorce, je n'ai pas envie de vous retrouver noyé demain matin."

Maintenant qu'elle le dit il me semble en effet que le son est légèrement plus fort qu'avant, mais d'un autre côté la pluie effacera mes traces et me dissimulera. Mais, lorsque je lui fais part de ces réflexions, l'Elfe secoue la tête et me répond:

"Je connais les colères de Moura, Tanaëth, je suis née ici et je sais comment réagissent les cours d'eau. A l'heure actuelle ils charrient de la boue, des branches d'arbres et des pierres, même nous ne nous risquons pas à essayer de les franchir dans ces conditions."

Je la contemple pensivement un instant, puis je hoche la tête en signe d'acquiescement. Il faudrait être un imbécile pour ignorer l'avertissement d'une Earionne à propos des eaux et je n'ai absolument pas la moindre envie de réitérer mon bain de la veille. Sirnass m'adresse un sourire soulagé et m'attire à elle en susurrant:

"Vous partirez demain, êtes-vous donc si pressé de me quitter?"

Je scelle ses lèvres des miennes plutôt que d'apporter une réponse, qui lui plairait sans doute très moyennement, à son interrogation. Chaque instant passé en sa compagnie sape ma résolution de partir et, je déteste me l'avouer, cela renforce paradoxalement ma décision car je ne peux me permettre de m'attacher davantage à elle. Rien ni personne ne doit me détourner de la tâche sacrée qui m'a été confiée par Sithi, même si...même si je dois avouer à part moi qu'il est bien plus aisé de garder le cap en luttant contre de meurtrières monstruosités que dans les bras d'une ardente et magnifique jeune femme qui ne demande qu'à être aimée jusqu'à ce que le souffle nous manque. Je souris légèrement en me répétant que seul compte l'instant présent, une façon comme une autre de chasser le sentiment de culpabilité qui menace de m'étreindre.

Un peu plus tard, une averse torrentielle et sonore s'abat sur le toit de la maison, ce qui me fait éclater d'un rire léger: je ne regrette plus de me trouver bien au sec en compagnie d'une sirène Earionne, qui suis-je pour aller contre la volonté de Moura? Cette pensée amusée me fait contempler songeusement la chevalière d'Ondrya que je porte, ce qui n'échappe pas à l'Elfe Bleue:

"Racontez-moi comment vous avez obtenu cette bague, voulez-vous?"

Sirnass écoute avec intérêt mon récit puis, une fois que je l'ai achevé, déclare gravement:

"Le hasard n'existe pas, Tanaëth. Tous les êtres sont constitués d'eau et Moura est en chacun d'eux, qu'ils en aient conscience ou pas. Je crois que c'est elle qui vous a amené ici et je pense qu'il y a une bonne raison à cela. Venez, habillez-vous je veux vous montrer quelque chose."

Surpris par la soudaine gravité de la jeune femme, j'obtempère en me dirigeant vers le coffre indiqué plus tôt, gagné par une subite anxiété à l'idée de découvrir ce que j'ai perdu dans l'aventure. J'aperçois en premier mon arc que je saisis avec ferveur, puis mes armes principales que je brandis en pleurant de joie. Chacune fait partie de moi, de mon histoire, je n'avais pas réalisé jusqu'alors à quel point j'y étais attaché. Mon armure est là aussi, complète, mais l'épée de mithril de mon père a disparu, tout comme le marteau de guerre du chef Garzok. Ma cape non plus n'est pas dans le coffre et, si je retrouve mes deux fouets, la dague de la matriarche commandant l'armée de Khonfas est apparemment perdue. Perdu aussi mon talisman de tireur d'élite, mais cela n'a rien de dramatique, je n'ai plus besoin de lui pour ficher un trait dans l'oeil d'un Garzok à cinquante mètres et je devrais pouvoir en retrouver un si nécessaire. L'une de mes gourdes magiques a également éclaté dans l'affaire mais pour le reste tout y est, j'ai eu une chance indécente dans l'histoire, à croire que Moura a bel et bien veillé sur moi!

Sirnass m'observe d'un air amusé et légèrement admiratif alors que je m'équipe avec l'aisance issue d'une longue habitude, mais ce n'est que lorsque je me tourne vers elle entièrement armé qu'elle murmure pensivement:

"Vous n'êtes pas un simple guerrier errant, n'est-ce pas?"

Je hausse les épaules et la rejoins en quelques enjambées pour déposer un tendre baiser sur son front avant de lui répondre:

"Je suis un guerrier et ce monde est ma patrie, le reste n'a pas vraiment d'importance. Mais si vous voulez le savoir, je suis l'héritier de la maison Ithil et je fais partie d'un très vieil ordre Sindel de combattants voués à Sithi: les Danseurs d'Opale."

L'Elfe me jauge d'un regard perçant et finit par hocher sérieusement la tête en reprenant:

"Oui, vous vous déplacez comme un danseur, je n'ai jamais vu quelqu'un se mouvoir avec autant de...d'équilibre. Cela m'étonne que vous soyez tombé, Moura devait vraiment vouloir vous amener ici. Je suis triste que vous deviez partir, j'aurais aimé danser avec vous, parcourir le monde à vos côtés. Mais je me dois à ma famille et vous vous devez à votre peuple alors cela ne sera pas. Venez maintenant, il y a une dernière chose que je veux partager avec vous, ensuite vous partirez et je pourrai pleurer librement."

Je n'ai jamais été très à l'aise avec les démonstrations sentimentales, sans doute parce que je n'ai jamais eu l'occasion d'apprendre à les gérer, mais il y a quelque chose dans le ton de la jeune femme qui me percute de plein fouet. Un mélange de résignation et d'amertume que j'ai entretenu de trop nombreuses années pour ne pas le reconnaître, si bien que je réagis comme j'aurais souhaité que quelqu'un le fasse avec moi lorsque j'en avais besoin. J'enlace tendrement l'Earionne et la serre contre moi avec force en caressant avec douceur sa chevelure:

"Nous ne pouvons connaître le destin que les dieux nous réservent, Sirnass. Parfois les épreuves sont terribles, mais ni vous ni moi ne pouvons prédire ce qui en naîtra. Je ne sais pas grand chose de leurs volontés, mais il y a une chose dont je suis certain: chaque épreuve peut nous grandir ou nous détruire. Et ça, c'est nous qui en décidons, pas les dieux. Ils ne nous veulent pas de mal mais ils sont au-delà de nos préoccupations existentielles, leur idéal nous dépasse mais tout ce qu'ils nous infligent a pour but de nous élever, même si nous sommes incapables de le réaliser sur le moment. Ne perdez jamais espoir ma tendre amie, et souvenez-vous de ceci: il n'y a jamais que deux manières d'aborder la vie: positive ou négative. La première conduit à la sérénité, la deuxième à la souffrance. C'est un choix que chacun de nous doit faire et fait, consciemment ou pas. Choisissez l'espoir, l'autre chemin ne mène nulle part. Je dois vous quitter mais, où que j'aille, je me souviendrai de vous avec amour et, d'une certaine manière, je serai toujours à vos côtés."

Je me recule un peu pour accrocher son regard et poursuis ma tirade avec une profonde conviction:

"Ce que nous avons partagé a créé un lien que personne ne peut expliquer ou quantifier. Ce lien engendre une force sur laquelle les dieux n'ont aucun pouvoir, elle représente le libre arbitre qu'ils nous ont volontairement offert. C'est pour cela qu'ils nous ont créés, pour que nous puissions engendrer une trame qu'ils ne peuvent concevoir seuls, la vie possède une liberté qu'ils n'ont pas et cette liberté peut permettre de réaliser leur rêve: un équilibre dépassant l'immuable cycle voulant que toute création mène inévitablement à la destruction. Ce que nous avons partagé dépasse la notion de vie et de mort ou, du moins, peut le dépasser selon le point de vue que nous choisissons d'avoir. Peu importe ce qui arrivera, rien ne pourra jamais effacer ce qui nous a unis, excepté vous et moi. Positif ou négatif, nous avons le choix et rien n'est plus important que cela. Le destin de ce monde, de l'univers, dépend de nos choix, si fou que cela puisse paraître. C'est cela le pouvoir de la vie, le pouvoir que les dieux nous ont offert."

J'embrasse la jeune Elfe avec une passion trop souvent oubliée, sans doute ne comprend-elle pas vraiment le sens de mes paroles aujourd'hui mais cela n'a pas vraiment d'importance. Il n'y a au final qu'une chose qui importe, si simple qu'elle nous échappe la plupart du temps:

"Je t'aime Sirnass, maintenant et pour toujours, souviens-toi surtout de ça."

Nous offrons si souvent notre amour sous conditions, nous le renions dès que les événements ne vont pas dans le sens souhaité par notre égo et le transformons alors en haine aveugle. Ce faisant, nous oublions tout ce qui a été beau et pur pour ne conserver que ce qui s'est mué en laideur selon nos perceptions limitées, bien que nous sachions pertinemment, tout au fond de nous, que nous nous mentons à nous-même. Il n'y a que deux manières de vivre: positive et négative. L'une crée, l'autre détruit, c'est aussi simple que ça. Je suis un tueur, un meurtrier, mais cela ne change rien, j'ai le même choix que tous les autres et je choisis de créer plutôt que de détruire:

"Tu voulais me montrer quelque chose?"

Déstabilisée et perplexe, la jeune Elfe me dévisage d'un air un peu perdu sans trop savoir quoi me répondre. J'ai été trop loin dans la conceptualisation d'une vision insensée, comme souvent, mais j'ai l'absolue certitude qu'elle est juste et j'ai l'habitude ne ne pas être compris. J'aimerais être capable de m'exprimer plus clairement, d'étayer méthodiquement chacun de mes raisonnements au moyen des multitudes d'informations qui m'ont amené à le concevoir, mais j'ai douloureusement conscience que le temps me manque. Je n'ai qu'une vie et même la longévité d'un Elfe ne saurait suffire à exposer ce qui n'est au fond qu'une perception inexplicable par les seuls mots. Je songe fugacement que notre vocabulaire est tronqué par des millénaires d'histoire, histoire qui renie tout ce qui ne peut être vérifié par des méthodes dites scientifiques. Ironie suprême, je fais partie de la race la plus extrémiste dans ce domaine, nous avons occulté tout ce qui ne pouvait être chiffré, même les fluides "magiques" sont devenus "technologies" dans nos esprits, comment notre langage pourrait-il expliquer ce qui ne peut-être appréhendé par de jolies équations susceptibles d'être rangées dans de petites boîtes tout aussi joliment définies?

Un rire inextinguible et libérateur me gagne, les mystères de la vie sont peut-être explicables par la logique, mais pour l'heure nous ne faisons que nous aveugler de rhétorique bancale pour dissimuler notre totale incompréhension. Quoi qu'il en soit, la réponse de Sirnass me ramène à la plus épurée simplicité, elle ne prononce qu'un mot qui se suffit largement à lui-même:

"Oui."

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 3 Avr 2017 18:19, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Jeu 30 Mar 2017 14:15 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6798
Localisation: Nessima, Naora
Il règne une étrange atmosphère dehors. La pluie battante nous trempe jusqu'aux os en quelques secondes à peine, elle forme comme un mur liquide autour de nous dans la nuit la plus sombre que j'aie vécu depuis longtemps. D'énormes masses nuageuses tourmentées d'un noir d'encre semblent vouloir nous écraser sous leur dais obscur, aucun bruit ne perce le tambour sonore des gouttes d'eau qui s'écrasent au sol et sur nous. Loin de paraître dérangée par l'averse, Sirnass lève le visage vers les cieux en fermant les yeux, un léger sourire aux lèvres et un air de profonde sérénité inscrit sur ses traits fins. Elle reste ainsi quelques instants puis m'entraîne en me tirant par la main sur un étroit sentier devenu lit de ruisseau. Nous perdons vite la maison de vue et serpentons entre rochers et bosquets durant plusieurs minutes, jusqu'à arriver devant l'entrée d'une petite caverne d'où sort en bouillonnant une rivière de taille modeste. La jeune femme s'engage dans la grotte sans hésiter, se faufilant sur la rive droite qui forme comme une banquette de roche légèrement surélevée nous permettant de garder les pieds au sec. Ou du moins qui le permettrait si nous n'étions déjà mouillés des pieds à la tête, en l'occurrence nous pourrions aussi bien suivre le lit du ruisseau pour ce que cela changerait.

Après quelques pas, l'obscurité devient si absolue que même ma vision nocturne ne peut la percer, mais la jeune femme poursuit son chemin sans ralentir en me tirant toujours derrière elle, si bien que je la suis sans chercher à faire de la lumière. Après quelques minutes de marche supplémentaires, elle s'arrête si soudainement que je manque lui rentrer dedans puis me murmure d'attendre, ce que je fais en me demandant ce qu'elle a en tête. Le silence se répand alors que le son des pas légers de l'Earionne s'éloignent, seul le discret borborygme du ruisseau le perturbe, à condition de tendre l'oreille car il coule vraisemblablement très calmement à l'intérieur de la cavité. Le temps s'écoule lentement, difficile à estimer du fait qu'aucun repère n'existe dans ce lieu, un sentiment étrange d'intemporalité qui me rappelle mes longues errances dans les souterrains du Rock alors que je recherchais l'épée ardente. Je me souviens que cela m'angoissait au début, il n'est pas évident de se faire à l'idée que sous terre le jour et la nuit n'existent pas, nous ne le réalisons pas forcément mais nous basons notre existence entière, chaque geste du quotidien, sur cette alternance jour-nuit. Maintenant je trouve cette ambiance troglodyte apaisante, le stress disparaît lorsque le temps ne semble plus avoir la moindre importance. Il ne reste que le plus épuré présent, le passage du temps n'est marqué que par le rythme de ma respiration et les battements de mon coeur. Je me souviens aussi avec amusement avoir tenté de compter ces derniers autrefois, jusqu'à ce que mon compte s'embrouille et me fasse réaliser l'inutilité de cet exercice. Aujourd'hui je ne compte plus rien, j'attends sereinement que quelque chose se passe, qu'un événement inconnu fasse redémarrer le cours pressé du temps.

J'ignore quand cela a commencé mais, soudain, je remarque qu'une voix s'est mêlée au son du ruisseau, si douce et basse qu'elle se confond avec. Il n'y a pas de paroles pour ce que j'en perçois, juste une litanie sourde et un peu mélancolique. Pourtant, après quelques instants, la mélopée croît imperceptiblement en volume et il me semble distinguer des mots prononcés dans une langue aux consonances anciennes et fluides, inhabituelles. Je sursaute lorsqu'une deuxième voix, plus grave, s'élève soudain en contrepoint de la première. Une troisième voix se joint à la mélopée, pure comme du cristal, incroyablement haute sans pour autant être aiguë. De plus en plus intrigué, je réprime mon envie de faire de la lumière afin de découvrir ce qui se passe et me contente d'écouter ce chant magnifique qui résonne dans un espace que j'imagine assez vaste à la manière dont le son se propage. Cette musique a quelque chose troublant, d'envoûtant, sans que je ne sache trop comment ni pourquoi elle m'évoque un passé englouti, si lointain que le simple fait d'y penser me donne le vertige. Puis les voix s'éteignent progressivement et le silence reprend ses droits, plus absolu encore qu'auparavant à ce qu'il me semble.

Comme par un effet d'opposition, les ténèbres se font imperceptiblement moins denses et une maigre lueur dont je ne repère pas la source naît, me permettant de distinguer très vaguement les contours de la roche qui m'entoure. Un puissant coup de tambour fracasse si subitement le silence revenu que je porte instinctivement les mains à mes armes, le coeur battant à tout rompre. Puis un autre, et un autre encore, coups lents et graves qui m'ébranlent jusqu'à la moelle des os. La lumière se fait plus vive et j'en distingue alors l'origine, éloignée de moi d'une bonne trentaine de mètres, sans doute s'agit-il d'une torche dissimulée derrière un pan de roc. Je sens mon palpitant manquer un battement en découvrant soudain devant moi une dizaine de créatures humanoïdes effrayantes, armées de tridents et de harpons, qui m'évoquent des habitants imaginaires d'abysses marines insondables! Je dois user de toute ma volonté pour ne pas dégainer mes redoutables lames tant cette apparition est inquiétante, à quoi joue Sirnass par Sithi?

L'une de ces créatures s'avance lentement vers moi, je peine à la décrire tant son aspect est étrange mais elle me rappelle un peu un triton dans ses formes générales. Je plisse les yeux et crispe les mains sur les poignées de mes armes lorsque sa voix s'élève soudain, sans doute la plus grave de celles qui chantait voilà quelques instants:

"Es-tu réveillé, Fils de Lune?"

Je réalise à cet instant que l'être qui me fait face n'a rien d'une créature mythique, il porte un masque percé de trous pour les yeux et la bouche, reste que l'effet est saisissant et qu'il y a une indéfinissable tension dans la question posée, sans doute moins anodine qu'il n'y paraît de prime abord. J'ai déjà entendu ce genre d'intonation et je l'associe instinctivement à une forme de rituel, ce qui me fait supposer que je me trouve plongé dans une cérémonie quelconque, certainement dédiée à Moura compte tenu de la race de celle qui m'a amené ici. Le pourquoi de ma présence ici m'échappe, en revanche, mais je ne vais pas tarder à le découvrir.

"Je suis réveillé, Fils de Moura."

"Que fais-tu ici, armé pour la guerre?"

Il y a une nuance menaçante dans la voix de basse de mon interlocuteur, sans doute ferait-elle hésiter bien des gens mais la peur glisse sur moi comme l'eau sur les écailles d'un poisson, je ne saurais expliquer pourquoi mais je ne me sens pas en danger, pas pour l'instant du moins.

"J'ai été invité. A toi de me dire pourquoi. Moura a-t'elle besoin de la Lame du Crépuscule?"

"Est-ce ce que tu es?"

"Oui."

"Tu sers donc la Lune, mais es-tu prêt à servir Moura? Es-tu prêt à donner ta vie pour Elle?"

"Je sers ce en quoi je crois. Si le prix de mes convictions doit être ma vie, il en sera ainsi."

"Crois-tu en Moura, Fils de Lune?"

"Comment pourrait-il en être autrement? C'est son essence qui coule en mes veines, qui m'abreuve, qui ruisselle sur mes joues, parfois."

"Bien. Alors il est temps pour toi de te purifier et de lui offrir ton sang, Sindel, afin qu'elle te reconnaisse pour l'un des siens."

Mes mains se crispent une fois de plus sur les poignées de mes armes, que veut-il dire par "offrir mon sang"? Les êtres qui me font face, Elfes ou humains je ne peux le deviner car leurs déguisements ne laissent rien paraître de leur race, brandissent leurs armes en scandant le nom de Moura dans cette même langue étrange qu'ils utilisaient pour chanter. Une langue que je comprends à peu près, bien que je sois certain de ne jamais l'avoir entendue auparavant. Syndalywë m'informe discrètement que c'est grâce à elle que je perçois le sens général des mots, mais elle ne m'explique pas comment cela se peut et je ne le lui demande pas pour l'instant. Je recule instinctivement d'un pas alors que les êtres avancent lentement vers moi, l'envie de dégainer mes reliques est puissante mais je me refuse à céder. J'ai été accueilli ici comme un hôte et Sirnass m'a sauvé la vie, je ne peux croire que c'est pour la sacrifier maintenant, ce qui n'empêche pas le doute de me tarauder. A mon plus grand soulagement, les êtres s'immobilisent à quelques pas de moi, trop loin pour me menacer réellement de leurs armes, et seule une s'avance, que je reconnais à sa démarche pour être ma compagne d'une nuit. D'une voix lente et profonde comme l'océan, elle se met à chanter tout en s'approchant de moi jusqu'à me frôler:

"Ô Moura, nous nous souvenons d'une nuit d'autrefois,
de ta colère et de la tempête qui en résulta.

Ô Moura, tant de siècles se sont écoulés depuis,
et pourtant toujours en nos coeurs Antalyä vit.

Ô Moura, nous nous rappelons d'Eswann Sessra,
et de ta fureur qui vers Omyre nous guida.

Ô Moura, les murailles cédèrent devant toi,
et notre triomphe fut celui de ta loi.

Ô Moura, jamais nous n'oublierons cette victoire,
Vois, ce soir nous commémorons toujours ta gloire."


La jeune Earionne tourne autour de moi, une main légère glissant sur mon torse, mes épaules et mon dos alors que ses derniers mots s'éteignent lentement dans le silence de la grotte. Elle finit par s'arrêter devant moi et murmure en me fixant au fond des yeux:

"Nous étions des guerriers autrefois, fiers et puissants, comme tu l'es aujourd'hui. Il y a quinze mille ans, nous avons conquis Omyre, Omyre qui nous a été arrachée. Nous n'oublions pas le passé, nous savons qu'une autre tempête viendra qui nous conduira vers un nouveau foyer. Cette nuit nous célébrons notre triomphe ancien et appelons de nos prières notre triomphe futur. Cette nuit, partout sur Yuimen, Moura appelle à elle des guerriers pour que ce temps advienne, tu es l'un d'eux."

Tout en parlant, Sirnass dénoue les attaches de mon armure et me fait signe de déposer mes armes, ce que je fais en me demandant pour quelle fichue raison j'obtempère ainsi sans moufter. Peut-être parce je sens une étrange magie incroyablement ancienne dans l'air, une magie qui semble couler en mes veines et en mon âme. Peut-être n'est-ce qu'un effet de mon imagination, la résultante de mes croyances et de ma foi dans les signes et les symboles. Je ne sais pas vraiment mais je ne peux nier qu'il se passe quelque chose de mystérieux dans cette grotte et en moi. La jeune femme reprend doucement alors que mon équipement tombe peu à peu au sol:

"Ecoute la rumeur des eaux, Tanaëth, il n'y a pas de hasard. Cette nuit la Lune s'est unie à la Mer, les cieux se sont ouverts et l'essence de Moura purifie la terre, les rivières et les fleuves grondent de la colère de la Déesse et leurs forces conjointes soulèvent les océans. Sens-tu en toi cette marée qui déferle? Laisse-toi porter par elle et Moura te prêtera sa force, cette nuit tu deviens l'un des siens, l'un des nôtres."

Happé par le regard et le ton hypnotique de l'Earionne, je n'ai pas réalisé immédiatement que les autres participants à cette cérémonie ont allumé des torches, lesquelles plongent le lieu dans une lumière mystique qui projette leurs ombres mouvantes et inquiétantes de monstres marins sur les parois. D'un geste souple de la main, Sirnass m'invite à m'approcher du petit groupe, ce que je fais avec une certaine appréhension car je suis désarmé et tous me pointent maintenant de leurs armes. Mon instinct de combattant reprend le dessus et affûte mon regard, ce qui me permet de réaliser que toutes ces armes sont largement émoussées. Tandis que j'avance lentement, les êtres s'écartent comme à regret de mon chemin et forment une sorte de haie d'honneur surréaliste qui me dévoile pour la première fois le fond de la caverne. Je me secoue en m'étonnant de ne pas avoir davantage prêté attention au lieu, une telle distraction ne me ressemble guère et ce constat ne manque pas de m'inquiéter un peu. Je chasse mon trouble d'un soupir, le vin est tiré et il me faut le boire.

La grotte forme une hémisphère approximative d'une vingtaine de mètres de diamètre et, presque à l'opposé de l'entrée par laquelle je suis entré, une grande vasque naturelle remplie d'une eau cristalline reflète la lumière des torches. Elle est alimentée par une petite source qui jaillit d'une fissure dans le rocher et se déverse par un trop-plein donnant naissance au ruisseau que nous avons suivi dans le couloir d'entrée. Il n'y a pas la moindre concrétion dans cette caverne, la roche est brute et austère, anguleuse partout sauf autour de la vasque où le ruissellement sans doute millénaire l'a arrondie. Je frémis en m'engageant entre les êtres costumés, leurs armes frôlent ma peau nue et, toutes émoussées qu'elles soient, elles suffiraient à mettre fin à mon existence si l'envie leur en prenait. Néanmoins cela ne semble pas être dans leurs intentions et je franchis le corridor vivant sain et sauf, le coeur battant à tout rompre. La haie se referme derrière moi et m'interdit toute retraite, mais je n'ai pas l'intention de reculer et je ne m'en formalise pas. Sirnass me fait un nouveau signe pour m'inciter à m'approcher de la vasque et, une fois que je suis arrivé au bord, vient se placer derrière moi. Il règne maintenant un silence sépulcral dans la caverne, étonnamment chargé d'attente et de tension. A l'instant où je fais mine de me retourner pour savoir ce qui se passe dans mon dos, l'Earionne me pousse si brusquement que je n'ai que le temps de bloquer ma respiration avant de plonger dans l'eau glaciale!

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Haut
 

 Sujet du message: Re: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Jeu 30 Mar 2017 21:02 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6798
Localisation: Nessima, Naora
Le froid mord mes chairs comme une bête féroce et affamée, terrible et implacable. Gagné par un début de panique, j'ai récemment failli me noyer et ce souvenir n'a rien d'agréable, je tente de remonter à la surface d'une vigoureuse impulsion avec la ferme intention de m'extraire de la nasse liquide glaciale sans délai. Mon angoisse croît lorsque je réalise que toutes les lumières se sont éteintes, autour de moi le monde n'est que ténèbres et je n'ai plus aucun point de repère, il n'y a plus ni haut ni bas et je n'ai pas la moindre idée de la direction dans laquelle se trouve la surface! Je dompte durement ma peur et force mon esprit à analyser calmement la situation, me débattre aveuglément ne servira à rien et l'effort puisera inutilement dans mes réserves d'air. La solution m'apparaît dès que je cesse de me laisser aller à la terreur de me noyer, l'air contenu dans mes poumons me fera inéluctablement remonter à la surface, il me suffit de garder mon calme et de laisser faire la nature. Mes perceptions s'affinent alors que je renonce à voir et le contact de l'eau contre ma peau m'indique un mouvement, une direction dans laquelle je suis en train de me déplacer: le haut, la surface, l'air, la vie. Mais alors que je me réjouis déjà de reprendre mon souffle, une pression sur mon crâne me fait impitoyablement redescendre dans les profondeurs!

Une colère effroyable jaillit en moi et je dois user de toute ma volonté pour ne pas hurler de rage, une réaction idiote dont je sais pertinemment qu'elle ferait boire aussitôt la tasse. Je me contrains une fois de plus au calme en me répétant comme un mantra de ne pas céder à la panique, mais je ne peux retenir un hoquet de stupeur lorsque quelque chose me saisit subitement les chevilles pour m'entraîner vers le fond! Je me débats comme un forcené pour échapper à l'emprise de je ne sais quelle créature des abysses! Mon imagination galopante me fait imaginer une pieuvre immense et malveillante déterminée à faire de moi son repas, je rue de plus belle mais rien n'y fait, la créature resserre son étau sur mes chevilles et me tracte inexorablement vers son antre marine. Une pensée que je reconnais pour être issue de Syndalywë s'immisce difficilement dans la confusion de mon esprit et finit par me parvenir, apaisante malgré une note indubitablement sarcastique:

(Du calme Bien-Aimé, ta "pieuvre" a la peau bleue et tu la trouvais très à ton goût tout à l'heure.)

Il me faut quelques secondes pour comprendre le sens de ces mots et me résoudre à cesser de me débattre sauvagement, mais j'y parviens en me répétant que Sirnass ne veut pas ma perte et que ma Faëra ne m'inciterait pas à me calmer si ma vie était en péril. Dès que je cesse de remuer dans tous les sens, la prise sur mes chevilles se relâche et se déplace pour attraper mes poignets, puis ma nuque. Je reconnais enfin, au toucher, qu'il ne s'agit pas de tentacules mais bien de mains. Mais, si cette certitude est rassurante, je commence quand même à manquer d'air et je ne tiendrai plus très longtemps sans respirer. Je sursaute en sentant quelque chose se plaquer sur ma bouche et esquisse le geste de me débarrasser violemment de ce contact, avant de réaliser que ce sont les lèvres de l'Earionne qui viennent de se plaquer aux miennes et qu'elle m'insuffle de l'air au travers d'un baiser sensuel! Je retrouve mon calme presque instantanément lorsque cette compréhension se fraye un chemin en mon esprit, tout ceci n'est qu'une cérémonie religieuse dont le but n'est certainement pas de me noyer. Fort de cette conviction, j'enlace doucement ma compagne et lui rend son baiser sans plus me soucier d'être au fond de l'eau. Je ne sais pas où me conduit tout ça mais je dois avoir confiance en elle et la laisser me guider dans ce rituel mystérieux, n'ai-je pas souhaité me lier aux divinités de Yuimen afin que mon peuple prenne enfin véritablement place sur ce monde?

Quelques instants plus tard nous refaisons surface, l'air plus chaud de la grotte sur mon visage me l'apprend sans le moindre doute bien que l'obscurité soit absolue. J'en profite pour inspirer amplement tandis que Sirnass murmure au creux de mon oreille:

"Cette nuit la Lune et l'Océan s'unissent. Fais-moi confiance Tanaëth, je t'en prie. Ne bouge pas, ne dis pas un mot quoi qu'il arrive, d'accord?"

Je sens les mains fraîches de l'Elfe encadrer mon visage, comme pour percevoir un acquiescement de ma part, que je lui donne en hochant simplement la tête. Les mains glissent sur mon corps dès que j'ai accepté de me plier aux règles énoncées et je les sens saisir mon bras droit avec fermeté. Je ne me dérobe pas cette fois, mais je manque de peu trahir ma parole en poussant un cri de surprise lorsqu'une vive douleur irradie soudain de ma paume! Je me force à respirer amplement pour juguler la souffrance qui, la surprise passée, s'avère finalement bénigne. L'Earionne saisit ma main blessée dans l'une des siennes et déclare solennellement à voix haute:

"Ô Moura, cette nuit nous t'offrons notre sang en gage de notre dévouement envers toi. Nous ne sommes qu'un, nous faisons partie de toi de notre naissance à notre mort, tout comme tu fais partie de nous. Accueille favorablement nos prières et étends sur nous ta bénédiction, nous t'en conjurons!"

Je retiens mon souffle en entendant soudain les sons caractéristiques de l'océan autour de moi, par tous les dieux, mes sens sont-ils devenus fous? Suis-je en train de devenir fou? Pourtant les bruits sont bien réels, je perçois le lent ressac des vagues, les déferlantes rugissantes et même les cris des oiseaux maritimes qui se répercutent dans la nef rocheuse. Si je ne savais pas pertinemment me trouver dans une grotte, je mettrais ma main à couper que je me trouve au bord de la mer! Je n'ai guère le temps de déterminer plus avant la nature complexe des sons qui s'élèvent car ils cessent aussi brusquement q'ils sont apparus, après une ultime note claironnante que j'associe instinctivement au son que produirait une conque. Une traction sur ma main m'indique qu'il est temps de bouger et je me laisse tirer hors de l'eau avec soulagement car il s'en faut de peu pour que sa température glaciale ne me plonge dans une dangereuse torpeur. L'Elfe doit le sentir aux tremblements ininterrompus qui agitent mon corps car elle se met alors à me frictionner vigoureusement, faisant peu à peu revenir une certaine chaleur dans mes muscles engourdis. Au bout d'un moment, elle me gratifie d'un long baiser teinté de passion sauvage puis me glisse quelque chose de cylindrique entre les mains en me soufflant:

"Honore Moura maintenant, prouve-lui que tu possèdes assez de force et de courage pour être digne d'elle."

Après une minute de silence, la lumière revient brutalement alors que sont dévoilées plusieurs lanternes si éblouissantes que pendant de longs instants je ne vois rien d'autre qu'un mur blanc aveuglant devant moi. Lorsque mes yeux finissent par s'habituer à la terrible clarté, c'est pour m'apercevoir que cinq êtres costumés avancent sur moi en brandissant leurs harpons et autres tridents! Un bref coup d'oeil à l'objet que m'a remis l'Elfe me révèle que je tiens une arme similaire à celles portées par certains, une sorte de harpon légèrement courbe à la pointe dentelée qui semble avoir été taillée dans de l'os. Une arme pour le moins inhabituelle en ce qui me concerne, d'autant plus qu'elle semble trop légère dans ma main comparée au poids conséquent de mes reliques habituelles. Ce qui est tout aussi inhabituel et que je trouve bien plus dérangeant, c'est l'absence de ma puissante armure de mithril, je suis aussi nu qu'à ma naissance et jamais je ne me suis battu ainsi. Outre le fait que chaque coup qui me touchera fera mal, il y a quelque chose de perturbant à sentir sur moi les regards des attaquants. Mais ça, c'est un facteur que je dois impérativement reléguer aux oubliettes pour être en mesure de me concentrer sur un combat qui s'annonce difficile.

Un chant indubitablement guerrier débute à l'instant précis où je pare au jugé un trident qui fuse droit sur mon abdomen. Le coup rapide et puissant d'un deuxième assaillant me contraint à une esquive acrobatique qui passe de justesse, de quoi me faire comprendre que cette bataille n'est pas un jeu innocent car un échec m'aurait valu une méchante balafre malgré le fait que les armes soient émoussées. Je rassemble mon ki et y puise massivement pour améliorer ma maîtrise d'armes, si ces êtres veulent danser ils vont être servis. Un troisième attaquant se lance à l'assaut avec la fluidité et la force d'une lame de fond, un coup qui n'a rien de débutant et qui fait également appel à cette force intérieure que je viens de déployer. J'identifie sa technique immédiatement, je l'ai apprise d'une prêtresse voilà peu de temps mais je n'ai jamais réussi à la reproduire, sans doute ne priais-je pas Moura avec assez de ferveur car c'est de sa Danse qu'il s'agit. Un sourire féroce ourle mes lèvres tandis que je pare sèchement le trident de mon adversaire et m'insinue d'une volte foudroyante dans sa défense. Le bout du manche de mon arme heurte durement les côtes de l'être qui se plie en deux sous la violence du coup, une posture dont je profite vicieusement en remontant nerveusement un genou qui le percute sous le menton et l'envoie valser en arrière, salement secoué. Néanmoins je n'ai pas le loisir de me réjouir d'avoir éliminé cet adversaire, les quatre autres me fondent dessus avec un bel ensemble qui n'a rien d'un hasard, les bougres usent d'une stratégie concertée qui me place en fâcheuse posture!

Mon esprit rompu aux danses de guerre analyse la situation en une fraction de seconde, à ma connaissance il m'est impossible d'éviter tous les coups, un au moins touchera. L'attaque de celui que je viens de malmener était une feinte, je m'y suis laissé prendre et le piège s'est refermé sur moi. Qui qu'ils soient ces combattants sont bons, mais leur piège comporte une minuscule faille et je m'y précipite sans hésiter en serrant les dents car je sais que je vais tout de même me prendre un coup dans l'histoire. Je pare un harpon et un trident d'un unique moulinet de mon arme qui les chasse toutes deux vers la gauche et me faufile d'un preste entrechat dans l'espace ainsi dégagé, ce qui me permet également d'esquiver une troisième pointe barbelée car son propriétaire doit interrompre son attaque sous peine d'empaler l'un de ses comparses. La quatrième arme en revanche m'atteint de biais à la cuisse droite et les pointes du trident tracent deux estafilades douloureuses mais sans gravité sur ma jambe. Je pivote brutalement sur moi-même à l'instant où je franchis l'encerclement, une manœuvre à contre-temps qui prend mes adversaires au dépourvu si j'en juge à leurs regards surpris. Je me fends vivement et projette la pointe de mon arme en avant comme j'ai vu maître Bagaudaim le faire avec sa pique lors de mes entraînements à l'académie de Luminion, une attaque digne d'un crotale agressif et difficile à esquiver. Ma cible n'a que le temps d'esquisser un pas en arrière, bien insuffisant compte tenu de l'allonge que me confère mon geste, mais l'un de ses comparses dévie superbement mon arme en la coinçant dans la fourche de son trident!

Plutôt que de chercher à m'opposer à la force qui dévie mon arme, je l'utilise pour faire basculer mon espèce de harpon autour de ce pivot improvisé et envoie sèchement le bout du manche dans la figure de celui que je viens de rater. De celle, plutôt, car je reconnais le regard de Sirnass dans les yeux qui s’écarquillent derrière les fentes du masque écailleux. Réticent à fracasser son joli minois, bien que je ne manie au fond qu'un bâton la force du coup serait suffisante pour lui casser quelques os, je parviens in extremis à retenir ma frappe qui se contente de frôler le nez de la jeune Elfe au lieu de le briser net. Le léger sourire que je lui adresse alors se transforme en grimace de douleur lorsqu'une pointe se fiche entre deux de mes côtes, me rappelant sévèrement que je n'ai pas d'armure. Bon sang ce n'est pas le moment d'être distrait! Je brise mon harpon en deux d'un coup sec sur mon genou, puis je puise une fois de plus dans mon Ki et riposte férocement d'une danse des sabres aux allures de tornade. Une technique qui dépasse si totalement mon agresseur qu'il en bascule sur les fesses après avoir pris une demi-douzaine de coups brutaux dans le torse et les jambes!

Le chant guerrier se fait plus sauvage encore, devenant si ensorcelant qu'il plonge les combattants restants dans une sorte de transe martiale, un effet auquel je n'échappe pas vraiment bien que je parvienne à conserver un certain recul pour mener froidement ma danse. Sirnass s'est retirée du combat, jugeant peut-être que le coup que j'ai retenu lui aurait été fatal, mais les trois adversaires encore debout redoublent d'ardeur pour me terrasser et je n'ai pas l'impression qu'ils soient moins nombreux qu'au début tant ils se démènent. Il s'ensuit une chorégraphie redoutable de vivacité et de violence, mes trois assaillants combattent comme un seul avec un art époustouflant que je ne peux qu'admirer tant il met ma science des armes à rude épreuve. Il y a entre eux une communion qui dépasse le seul entraînement, un lien que je pressens sans pour autant le comprendre, intime, fusionnel presque. Mais malgré cela ils ne parviennent pas à me déborder, je me suis familiarisé avec mon arme et j'ai un avantage conséquent sur eux: puiser dans mon énergie intérieure me fatigue peu et je l'emploie bien plus rapidement qu'eux. Une danse de l'éclipse que j'achève par un coup colossal me débarrasse d'un premier combattant qui finit piteusement dans la vasque glaciale. J'encaisse un coup douloureux dans le dos à cette occasion mais la souffrance reste surmontable et un effort de volonté me permet de ne pas me laisser perturber.

Les armes claquent contre les armes au rythme du chant devenu si endiablé qu'il éveille en nous des échos indescriptibles de fureur océanique. Parades et esquives se succèdent, mêlées d'attaques foudroyantes qui ne trouvent la plupart du temps que le vide ou l'arme adverse parfaitement positionnée. Mais aucun combat ne dure éternellement, il arrive toujours un moment où l'un des protagonistes commet une erreur. Mes deux adversaires sont redoutables mais ils n'ont probablement pas mon expérience des véritables batailles car ils ont dépensé inconsidérément leurs forces en supposant que la bataille serait brève, contrairement à moi qui me suis efforcé de me ménager compte tenu du nombre d'opposants. Un nouveau déploiement de Ki mêlant la danse de l'éclipse à la technique de la main du géant me débarrasse de l'un des agresseurs qui se retire en glapissant de douleur et en s'efforçant de maintenir en position son poignet brisé. Son hurlement marque un soudain changement dans le chant guerrier qui se mue en un unique mot scandé inlassablement:

"MOURA! MOURA! MOURA!"

Nous ne sommes plus que deux et, sans nous concerter, nous nous immobilisons face à face, les yeux dans les yeux. Mon adversaire retire lentement son masque et je découvre alors qu'il s'agit d'un Earion au visage marqué par le temps. Il possède des traits si semblables à ceux de Sirnass que je devine aussitôt qu'il est un membre de sa famille proche, son père ou son grand-père, peut-être. Sa voix de basse profonde, que je reconnais comme étant celle qui m'a parlé au début de la cérémonie, couvre le nom sans cesse répété de Moura pour me demander:

"Cette danse que nous t'avons montrée, es-tu capable de lui donner corps, toi qui prétends nous rejoindre?"

Je pourrais lui répondre que je ne prétends rien et que je n'ai pas demandé à participer à cette cérémonie mais, au point où j'en suis, ce serait déplacé. J'ai appris cette technique liée à Moura dans les montagnes de Nirtim sans parvenir à la reproduire ensuite, le moment est venu de voir si j'ai su convaincre la Déesse de l'Eau de me prêter une parcelle de son pouvoir. Je me contente donc d'incliner le visage en guise de réponse, puis je rassemble ma force spirituelle en tentant de me remémorer ce que m'a enseigné la prêtresse Alayä.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Haut
 

 Sujet du message: Re: Maison de la famille Mawess
MessagePosté: Dim 2 Avr 2017 20:22 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
Messages: 6798
Localisation: Nessima, Naora
Je sens ma force intérieure couler en moi, innombrables rivières d'argent qui sillonnent mon corps et tissent une trame d'énergie pure dans mon être. Elles pulsent lentement, calmement, au rythme des battements de mon coeur. Mais, je l'ai appris en dansant avec Alayä, ce rythme puissant si intimement lié à ma propre existence ne suffit pas, il est trop régulier, trop prévisible. La Danse de Moura est imprévisible, sauvage et profonde, la houle de la surface n'est qu'un leurre, le reflet limité d'une force infiniment plus complexe qui trouve sa source dans une inconcevable immensité.

Vagues qui se brisent contre la rive, lames de fond qui parcourent les étendues sans fin d'un océan et s'élèvent violemment et soudainement en rencontrant un haut-fond, ma Danse doit englober tous ces aspects. Plus encore, elle doit être torrent furieux et fleuve irrépressible, pluie diluvienne et larme isolée, la Déesse de l'Eau représente tout cela et davantage. Les heures que je viens de vivre, le rituel auquel je viens de participer, tout ceci m'amène à une compréhension nouvelle de ce qu'est Moura. Cette compréhension crée en moi le lien incroyablement fort, profond et intime, qui me faisait défaut jusque là. Malgré cela, il reste mystérieux et à jamais inconcevable dans sa totalité, je ne fais qu'en percevoir une bribe. Mais, je le sais maintenant, cette parcelle suffit, elle est le fil conducteur de cette technique martiale liée à la Déesse que je veux apprendre. L'inconnu qui l'entoure est ce qui engendre son côté imprévisible, nul ne peut expliquer la totalité des mouvements qui meuvent la mer et ses affluents.

L'Earion m'observe avec un sourire en coin tandis que je transpose mes pensées à mon énergie intérieure pour en faire une force véritablement marine, fluide et indomptée. Comme lors de mon premier apprentissage, j'ai la fâcheuse tendance à me relier aux airs, mon art du combat habituel est aérien ou céleste, mes coups sont la plupart du temps des bourrasques brusques et capricieuses ou des orbites lunaires bien plus que des vagues. Un silence religieux règne dans la grotte, seul le léger bruit de l'eau qui ruisselle sur la roche le trouble. Je ferme quelques instants les yeux pour le laisser remplir mon être à l'exclusion de toute autre chose, c'est le rythme de l'eau qui doit modeler mon Ki, lui seul.

Mon premier assaut est aussi soudain qu'une tempête tropicale, violent et furieux il me semble que rien ni personne ne pourra s'y opposer victorieusement. Mais l'Earion esquive mes coups comme en se jouant, pire, il me déséquilibre insidieusement au fil de ses dérobades et me contraint finalement à une défense précipitée pour éviter son trident qui me frôle dangereusement la joue. A peine ai-je reculé qu'il m'assaille avec une impétuosité telle que je dois modeler fébrilement mon Ki en une danse des lames défensives pour éviter de me faire submerger. Son attaque s'interrompt aussitôt et l'Elfe bleu reflue si subitement que mes dernières parades ne fendent que le vide, inutiles à en pleurer de dépit. De sa main libre l'Earion tapote sa poitrine en m'adressant un clin d'oeil, un geste que je mets une seconde à comprendre. Mon coeur...malgré mes efforts tous mes gestes se sont calqués sur le rythme de mon palpitant, devenant par là-même prévisibles. Mon attaque n'était qu'une banale houle que n'importe quel marin serait capable de négocier sans sourciller, par delà les apparences ma danse n'était qu'agitation de surface. Je fronce les sourcils en me concentrant, je dois puiser plus profondément dans mon Ki, le laisser couler librement en mon corps plutôt que d'essayer de le canaliser précisément.

L'échange suivant est féroce et puissant, je sens que mes coups sont plus fluides et imprévisibles qu'avant, mon Ki rugit en moi comme une mer déchaînée par des vents contraires, mais là encore l'Earion parvient à endiguer la virulence de mes attaques, souple et fuyant comme l'élément qu'il représente. Le manche de son arme percute durement l'arrière de mon genou droit et je manque m'affaler sous la puissance de l'impact, un coup qui brise ma concentration et m'oblige à rompre le combat d'une glissade très approximative qui n'a rien de gracieux. Je dompte sévèrement la douleur et tente de comprendre pourquoi j'ai échoué, ce que mon adversaire semble percevoir car il me laisse quelques secondes de répit et me souffle:

"Lorsque l'océan rencontre un fleuve venu des montagnes, le fleuve se mêle à la mer. Si agitée soit-elle, jamais elle ne le vainc."

Perplexe, je me demande ce que signifient ces paroles sibyllines. La mer ne peut vaincre le fleuve, soit, mais le fleuve non plus ne vainc jamais la mer. Dès lors c'est un combat qui n'a pas de fin, alors comment m'a-t'il touché? Et surtout comment puis-je, moi, l'atteindre? Je pourrais franchir sa défense, je n'ai pas le moindre doute sur la question car il n'a pas ma science du combat, mais il me faudrait utiliser une autre technique pour ce faire et ce n'est pas le but. La solution m'apparaît lorsque je visualise le cycle de l'eau, si simple et évidente que je me mords la lèvre de ne pas l'avoir entrevue plus tôt. Un fleuve se mêle à la mer mais, en amont, des rivières se mêlent au fleuve, elles-mêmes formées de ruisseaux, eux-même formés de gouttes de pluie, lesquelles proviennent de l'évaporation des océans. C'est un cycle sans fin et mon erreur n'est pas celle que j'avais imaginé, je ne peux pas percer sa défense avec une Danse de Moura et il ne devrait pas pouvoir percer la mienne non plus avec cette technique. Je ne combats pas contre lui, je combats avec lui, ce qui est très différent. Partant de là, le lien avec Moura prend une toute autre dimension, tout comme le lien entre cet être et moi. Je souris doucement à l'Earion, maintenant je peux le rejoindre et, ensemble, nous pourrons honorer la Déesse des flots dignement en manifestant l'aboutissement de cette cérémonie hautement symbolique.

Nous entamons alors une chorégraphie sauvage et magnifique, différente et plus riche que tous les combats que j'ai vécu jusqu'à ce jour car, pour la première fois de mon existence, je ne lutte pas pour vaincre. Je réalise que, même lorsque j'enseignais mon art, mon égo prenait le dessus et m'incitait insidieusement à me positionner par rapport à l'autre plutôt que de viser un équilibre harmonieux qui aurait permis aux deux de s'élever comme une unique vague bien plus puissante que ne l'étaient les deux d'origine. Nous dansons littéralement ensemble, le vieil Earion et moi, il n'y a plus aucune opposition entre nous, nous sommes un tout indissolublement lié par l'essence de Moura qui coule en nos veines. Flux et reflux, mon Ki se module naturellement au gré de vagues spirituelles qui n'ont plus rien de prévisible tant leurs formes possibles sont infinies. Nos armes se heurtent sauvagement ou glissent l'une contre l'autre, nous esquivons, parons et attaquons dans un équilibre incroyablement fluide. Pendant quelques instants nous devenons l'océan et c'est une sensation si profonde que j'ai le sentiment de remonter jusqu'à l'origine de la vie, en un temps où elle n'avait qu'une unique forme. Je ne me sens plus Sindel, pas plus que je ne perçois mon adversaire comme un Earion, nous sommes tout simplement deux êtres vivants issus d'une Mère commune et qui n'ont aucune raison de lutter l'un contre l'autre. Nous faisons partie de la même force, nous sommes la vie et il n'y a pas de notion de supériorité ou d'infériorité dans cette étonnante vision des choses. Tôt ou tard notre sang retournera à la mer, se mélangera et retrouvera son unité avant de redonner vie à d'autres êtres, différents, uniques et pourtant unis à jamais. L'eau est la mémoire du monde et des vivants, elle les contient tous depuis toujours et à jamais, inchangée de l'origine à la fin.

Notre combat qui n'en est plus un s'achève sur un ultime échange tempétueux, je sens la pointe de son trident marquer mon avant-bras d'une ondulation à l'instant exact où l'extrémité barbelée de mon harpon entaille de même sa chair. Quelques gouttes de nos deux sangs perlent à l'unisson et se mêlent au ruisseau qui s'échappe de la source souterraine. Je n'y avais pas prêté attention avant, mais c'est dans son cours que notre danse se termine. Il n'y a pas de hasard comme le disait Sirnass un peu plus tôt. La lumière s'éteint subitement à cet instant et le lieu replonge dans les ténèbres les plus absolues au son fracassant d'une dernière sonnerie de conque. La cérémonie est terminée mais, en moi, une nouvelle source est née, que seule ma mort pourra tarir.

Je lâche mes armes pour enlacer le corps souple qui vient se blottir contre moi, je n'ai nul besoin de voir pour le reconnaître avant même qu'il ne me frôle, la légère fragrance qui en émane le précède et je la distinguerais parmi mille autres. La jeune Earionne me clôt les lèvres d'un baiser, puis elle murmure:

"Maintenant tu comprends et tu sais. Le jour va bientôt se lever et le soleil brillera. Il est temps de nous dire au revoir."

La cérémonie n'était pas complètement achevée, tout compte fait. Après la fureur de la tempête, la douceur de la rosée, d'une jeune Elfe bleue qui avait besoin d'amour. Elle s'éclipse un peu plus tard sans qu'un mot de plus ne soit prononcé, nous n'en avons nul besoin, nous savons tous deux que nous nous retrouverons, dans cette vie ou dans une autre.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Haut
 

Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 9 messages ] 


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO

L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016