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J'entends dans la grotte la préparation bruyante de l'expédition. Des cris, des ordres, des objets et des troupes se déplacer. Lentement je me redresse dans mon lit en baillant et passant une main dans mes cheveux noués. Il est temps. Pas de retour en arrière possible. Jamais je ne l'avais envisagé de toute façon. Je suis là pour aider. Qu'importe si ma magie fonctionne ou non. Mais je dois me préparer en circonstance. Je me lève et retire mes vêtements colorés, restant en caleçon. Je me passe un peu d'eau sur le visage pour finir de me réveiller avant d'étaler mes affaires sur le lit. Mon bâton, la robe d'Orsan, ma tenue d'Esseroth. Je la prends en main avec un fort sentiment de fierté mêlé à la tristesse de la bataille qui a eu lieu à Esseroth et l'impatience de voir comment elle s'est rebâtie en cinq années. Je la repose sur le lit pour poursuivre la disposition du reste, de mes fioles de fluide, de l'appeau à dragon, de la pierre de vision et du parchemin magique. Je l'observe avec curiosité, le vieux m'avait mis en garde, il s'agissait d'un sort extrêmement dangereux. J'estime ne pas être encore prêt, surtout sur Aliaénon avec une magie si instable. Je le range dans ma sacoche avec les fluides, l'appeau à dragon et la pierre de vision. Des objets que je ne devais absolument pas égaré.
Je prends ensuite mon sac de voyage contenant les vivres qu'il me reste. Pas grand-chose, j'espère qu'en préparant l'expédition ils avaient pensés à l'eau et la nourriture. J'ignore en fait le temps que nous allions passer dans la cité. Je l'imagine immense mais peut-être qu'il ne reste qu'une infime partie qui n'est pas complètement ensevelie par le sable. J'y fourre mes haillons colorés et la robe d'Orsan. Elle m'avait été très utile la dernière fois mais si je dois éviter la magie alors autant éviter de porter une tenue aussi ample qui va me gêner pour courir ou combattre. En revanche, je connais le contrecoup auquel je devrais faire face si je suis dans l’obligation de tenter un sort. Je devrais me montrer prudent. Je la plie donc correctement avant de la mettre dans mon sac, il semble que pour rentrer dans Messaliah je serai soutenu par les Esserothéens qui m'ont donné cette tenue. Un large sourire se dessine sur mon visage en y pensant. J'enfile donc le pantalon gris avant de mettre les bottes hautes en cuir. Après une profonde inspiration, lié sans doute à l'excitation qui grimpait, je me saisit du haut de la tenue pour m'en équiper, revêtant la tunique grise et bleu. Je sers ensuite la ceinture autour de ma taille. Je m'étonne de faire mes gestes aussi méthodiquement. Comme un chevalier qui s'équipe de son armure ou un soldat qui se prépare pour la bataille. Mes mains tremblent soudainement. Est-ce qu'une bataille m'attend ? Si c'est le cas je ne serai pas au sommet des remparts cette fois. C'est moi qui fonce sur le mur gardé. Je ferme les yeux, inspire, expire, chassant de mon esprit le souvenir d'Esseroth, le souvenir de Fan-Ming. Pas de marées d'orcs et de gobelins cette fois, simplement quelques sorciers. J’essaie de me rassurer comme je peux. Les tremblements s'estompent suffisamment pour que je termine de nouer ma ceinture. J'ouvre les yeux pour me contempler et me voir dans cette tenue me donne un élan de courage et de détermination, deux qualités qui ne m'ont jamais fait défaut. Les tremblements cessent complétement et j'enfile alors les gants de cuir et mon bonnet avant de saisir mon bâton d'une main ferme. Je suis prêt.
Thrag sort à peine de son sommeil et nous annonce qu'Endar lui a envoyé un message la veille, le prévenant que son groupe arrive à Ouesseort. Là encore, la curiosité m'envahit, à quoi pouvait ressembler cette cité désormais. Celle que j'avais failli engloutir avec toute l'armée de Vallel. Endar m'en avait empêché, sauvant ainsi l'armée mais probablement la cité également. Le shaakt lui a fait part de son projet de rejoindre les Iles de Rocsombre et ensuite de vouloir l'aider à sauver les nains captifs à Arthim'Olth. L'air sombre, il nous fait part de son inquiétude à accepter l'aide d'un type de la même espèce de ceux qui ont emprisonné ses semblables. Je me frotte le menton, rassemblant les souvenirs que j'ai de cet elfe noir pour partager mon avis avec le nain. Ensemble nous avions rencontré le vieux sage de Nagorin qui avait accepté de nous confier des reliques de ce monde puis nous avions rejoint Ouesseort où nous nous y sommes fait capturer par Vallel. Je m’étais échappé ce jour-là pour prévenir Fan-Ming de l’arrivée imminente de l’armée et préparer les défenses. Je me souviendrai toute ma vie de la manière dont j’ai fait exploser cette créature horrible faite de ce métal sombre. Je l’avais abandonné, ne pouvant risquer de me refaire capturer. Il s’en était échappé et était même revenu sur Aliaénon. J’ai le sentiment que chaque aventurier qui vient ici pour la deuxième fois ne le fait pas pour l’argent ou la gloire. Je pense que chacun, ici, s’était senti chez lui, était tombé d’admiration devant ce monde et souhaite maintenant tout découvrir de celui-ci. Peut-être qu’Endar s’interroge aussi sur ces horreurs sombres qui existent encore.
"Nous avons formé un petit groupe avec lui et l'Humoran la dernière fois. Je ne connais pas ses intentions, s'il veut se rendre là-bas c'est qu'il a quelque chose à y faire mais je pense que s'il propose de t'aider alors il t'aidera. Il ne m'a pas l'air d'être un trou du cul. D'ailleurs je ne sais pas si je te l'ai dit mais le grand type à la hache veut t'aider lui aussi. Je dois lui adresser un message quand nous en aurons terminé ici."
Je lui souris et il déclare que son attention est entièrement dirigée vers notre tâche d'aujourd'hui. Je lui souris amicalement avant de sortir du bâtiment.
Dans la grotte, la vision que j'aperçois en compagnie de Charis et de Thrag est impressionnante. Une petite armée composée de chevaliers en armure complète faisant face aux deux que nous avons rencontrés la veille. A côté d'eux, des hommes lézards prêt à en découdre et à côté d'eux, probablement des volontaires de Methbe'el qui font face à Zaria et Marthis. Ces deux-là, accompagnés des deux chevaliers et des amis de Zaria, Fearaf et Kanthor, viennent à notre rencontre. Zaria prend la parole pour nous expliquer que la proposition de Charis a été retenue. Voilà donc le groupe d'expédition qui pénètrera Messaliah. Le reste attend ici, prêt à agir en cas d'alerte.
Zaria nous observe l'un après l'autre avant de nous souhaiter que les Sables soient avec nous. Je lui souris, incline la tête et lui déclare :
"J'espère pouvoir revenir et devenir un de vos proches ami moi aussi."
Je suis ensuite le groupe, dirigé par Marthis qui nous mène à un spectacle qui me laisse sans voix. Loin de tout ce que j'aurais pu imaginer pour une entrée souterraine. Une immense porte, vertigineuse, se dresse face à nous, parcouru d'une étrange paroi bleutée. Marthis prend la parole pour nous expliquer que cet étrange mur est un bouclier qui a empêché la cité d'être complétement dévastée par les sables et qu'on pouvait la traverser sans crainte. Je reste bouche bée, une protection magique qui a tenu aussi longtemps, comment était-ce possible. Il précise cependant que nous serons les premiers à le traverser et que personne ne sait ce qu'il se trouve de l'autre côté. Il rappelle nos objectifs qui sont de localiser les sorciers et de voir si nous pouvons agir sur la pierre de vision. J'observe Charis, je sais à quel point c'est important pour elle d'y parvenir. Je lui adresse un sourire encourageant et je l'espère, rassurant. Enfin, il rappelle que qu'importe nos opinions, nous étions aujourd'hui dans le même camp. A ces mots, je me tourne vers le Chevalier que j'avais mis en garde hier et lui tend la main.
"Il a raison, aujourd'hui nos buts sont les mêmes et nos ennemis assez nombreux. Réconcilions nous et allons botter le cul à ces sorciers."
Je lui adresse un sourire amical et sincère, espérant honnêtement repartir sur de bonnes bases avec cet homme. J’incline également la tête vers son collègue, si le premier me serre la main alors je proposerai au deuxième d’en faire autant, aucune raison de faire des jaloux ou qu’il se sente oublier. Derrière ce fanatisme se cache peut être deux gars très drôle, ce serait dommage de passer à côté.
J'attends ensuite que les autres s'expriment s'ils le désirent avant de faire un pas en avant vers la porte et de déclarer.
"Bon, bah... Le dernier qui traverse est une petite lopette. "
J'avance ensuite d'un autre pas, prudemment, mon bâton à la main, d'un pas sûr mais pas rapide. Mon souhait n'étant pas de traverser la porte en premier mais que nous le traversions tous ensemble, en équipe. Pour Messaliah.
((1500 mots. Changement de tenue pour porter la tunique haute d'Esseroth à la place de la robe d'Orsan.))
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