L'Univers de Yuimen déménage !


Nouvelle adresse : https://univers.yuimen.net/




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 13 messages ] 
Auteur Message
 Sujet du message: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Jeu 2 Mai 2013 12:29 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Site Internet  Profil

Inscription: Lun 20 Oct 2008 21:22
Messages: 22817
Localisation: Chez moi^^
Carrière bleue de Mourakat


Image


Là où se trouvait le plus grand chantier naval d'Omyre, se trouve aujourd'hui une carrière à la roche bleue pâle tournant au gris. Il est manifeste, en regardant autour, que cette carrière n'est pas issue de Nirtim, elle semble emboîtée, ou imbriquée dans le continent. Même si ces théories semblent folles, la carrière est issue d'une île volcanique qui s'est disloquée. Emportée par un tsunami, la carrière dont le socle est partiellement fait de pierre ponce est venue heurter de plein fouet le chantier naval, le détruisant totalement sous la puissance du choc

Désormais, il ne reste qu'une carrière, d'environ quarante mètres de large sur plus d'une vingtaine de haut, entourée de ruines de bâtiments en pierre et de navires. Les pierres que l'ont extrait de la carrière n'ont, pour la grande majorité, aucun intérêt. Mais, au sein de toute cette pierraille, il y a des géodes, de la forme d'un courge, en pierre gris foncé. En la brisant en son milieu, on y trouve deux pierres, l'une de la taille d'une grosse pomme, l'autre de la taille d'une bille.
Ces deux pierres jumelles sont des pierres de vision, des opales bleues au pouvoir étrange. En regardant dans la grande, on voit par la petite. La portée de cette vision dépend essentiellement de la qualité de la pierre, variant de 300 mètres à plusieurs dizaines de kilomètres.

Anciennement "Chantier naval de Mourakat":

Au nord, dans les marécages du territoire d'Omyre, à l'extrémité d'une route permettant de traverser plus ou moins au sec cette contrée inhospitalière, se trouve le port de Mourakat.

De par l'immensité de l'Aeronland, le contrôle des océans est primordial mais difficile sur Yuimen, Oaxaca lança donc récemment la construction de ce chantier naval pour lever et abriter une flotte capable de conquérir les océans. Garzok, Sektegs et esclaves en tout genre travaillent d'arrache-pied pour ramener du bois des régions les moins dangereuses du bois-sombre et construire de puissants navires noircis au goudron et présentant des figures de proue sinistres, seule entorse à l’esthétique permise ici.

L'ensemble ressemble à une petite ville de bois commandée depuis un fort ténébreux abritant le terrible gouverneur des lieux, un ancien pirate humain à ce qu'on dit. Le port lui même est situé dans une crique artificielle protégée par de gigantesques portes de bronze et par le fort dominant la crique depuis un pic rocheux au milieu. Les tours sont armées de catapultes pour détruire tout navire venant de l'extérieur. Gare à ceux qui n'envoient pas le signal lumineux les identifiant comme alliés...

Protégé des attaques terrestres par le marais et des attaques marines par cet imposant dispositif, le port de Mourakat est devenu, malgré son aspect délabré, l'un des lieux les plus difficiles à prendre par la force de tout l'empire de la sorcière noire...

_________________
Pour s'inscrire au jeu: Service des inscriptions

ImageImageImage

Alors il y a une règle que je veux que vous observiez pendant que vous êtes dans ma maison : Ne grandissez pas. Arrêtez, arrêtez dès cet instant. Wendy dans "hook" (petit hommage à Robin Williams)
Pour toute question: Service d'aide
Pour les services d'un GM: Demande de service


Je suis aussi Lothindil, Hailindra, Gwylin, Naya et Syletha


Haut
 

 Sujet du message: Re: Chantier naval de Mourakat
MessagePosté: Sam 28 Juin 2014 13:53 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 25 Sep 2009 02:12
Messages: 4871
Localisation: Aliaénon
Il Traversa un immense monticule de bâtiment militaire et de logement brinquebalant, plus il quittait les décombres et les ruines qu'ils avaient crées avec leur atterrissage plus il comprenait que la puissance dOaxaca se relèverait rapidement de cette mésaventure. Le camp sous ses aspects délabrés recelait une impressionnante horde de travailleur, de forgeron, d'intendant et de guerrier, tous sous le joug de la sorcière. Il entendit le dragon grondé et pensa aux autres s'évertuant de gagner leur liberté dans les marais. Lui, il avançait à visage découvert, il avait embrassé la cause de la déesse noire. Il observa ses trouvailles, des protections pour ses avants-bras, frustre mais solide. Il empoigna le casque, il dégageait une étrange impression qui avait attiré l'enchanteur. Les cornes ébènes luisait, reflétant les tracés d'art ancien sur le dessus. Sirat se demanda à qui il avait pu appartenir. Il n'avait encore jamais vu pareille gravure. Il le caressa, esquissant les motifs. Les sillons sombres décrivaient des arabesques et des formes géométriques sur un fond ivoire. Il tapota dessus avec son index, l'alliage semblait incassable. Il s'arrêta alors, devant une écurie, rejoindre cette tour vue dans ses délires pouvait nécessiter une monture. L'odeur de la merde de cheval se mélangeait au fer en fusion et à la sueur. Il fit une grimace en s'approchant de l'endroit. Il fouilla dans ce nouveau sac et y trouva des pièces.

Il s'approcha d'un jeune écuyer, d'origine kendran, la peau glabre, les cheveux noirs de jais, athlétique il ferrait justement un cheval.

Combien pour un cheval, gamin.

Le jeune garçon le jaugea, interloqué.


Pour vous seigneur, rien, votre collier et votre réputation vous précède. Tout le monde sait ici que vous avez accepté le choix d'Oaxaca, vous allez être considéré comme un officier par tous ici.


Sirat resta interdit un instant puis reprit.

Donne-moi un canasson alors.

L'écuyer esquissa un sourire et s'exécuta il ramena un cheval massif à la robe ombrageuse.

Il n'est pas taillé pour la course.


Il doit pouvoir supporter votre carrure messire.


L'enchanteur fronça les sourcils, mais harnacha l'animal, laissant l'insolence de l'éphèbe en sueur, se perdre dans le bruit du cantonnement .

Tu ne connaîtrais pas une tour dans le coin.

Le maréchal ferrant resta pensif.

Il y en a deux, celle d'un magicien et une autre sur la côte.

Sirat revit alors l'image du beffroi trônant sur la falaise déchirée. Il savait que ce donjon était celui où il devait se rendre.


Ou trouve ton la seconde?



Prenez la route qui longe l'écore, après les marais. Mais les troupes sont attendues sur Ormyre.


Ce n'est qu'un détour, je rejoindrai le reste des troupes ensuite.

L'enchanteur, monta sur le cheval, il déposa le casque sur son visage et prit la route de son cauchemars.

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Chantier naval de Mourakat
MessagePosté: Ven 1 Aoû 2014 03:41 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 20 Avr 2010 21:13
Messages: 12983
Localisation: Derrière Cromax
Visibles de loin, les tours et les fumées noires s'élevant dans la nuit forçaient le respect et l'admiration. Tous, humains, elfes, gobelins et orques travaillaient pour réaliser le même rêve, celui de la suprématie. Orchestré par les puissants et les penseurs, ce ballet ne s'arrêtait jamais. Les bruits résonnaient dans la nuit, les voix et les exclamations s'accordaient avec les coups de fouet qui claquaient de temps à autre.

Les soldats avançaient en colonne bien droite, Hrist avait à son cheval le corps encore inerte d'une jeune inconnue retrouvée blessée dans les marais. Elle se doutait bien que Sirius connaissait la jeune femme, il ne se trouvait pas là avec d'autres survivants par hasard. Elle avait l'intention de les disposer dans des pièces séparées et soigner la jeune étrangère, gagner sa sympathie et tenter de recueillir des informations avec elle. Sirius quant à lui, attaché quelques mètres derrière elle, serait aussi un bon moyen de savoir deux trois choses, toutefois le caractère de l'homme rendrait les interrogatoires difficiles et il chercherait forcément à tromper sa vigilance et lui donner de fausses informations.

Ils passèrent devant des baraquements en bois que quelques Sekteg goudronnaient. Le travail était ingrat et difficile, les vapeurs toxiques et suffocantes firent que Hrist dût se cacher le visage lorsqu'elle passa devant les chaudrons où la mixture noire et fumante était récupérée par les gobelins à l'aide de perche entourée de tissus. La mine basse et noircie, les travailleurs ne levèrent pas les yeux et se pressaient même lorsque l'on passa devant, espérant s'épargner un quelconque châtiment.

Quelques corps de garde patrouillaient à la lueur des torches et les contremaitres jouaient du fouet et vociféraient quelques menaces sur les esclaves maladroits ou trop lents. Au loin, l'aube éclaircissait le ciel, toutefois le soleil n'était pas encore visible. On commença à sentir le large et la mer. Hrist descendit de son cheval, prenant grand soin de ne pas donner un coup de botte au corps endormi qui était attaché à son cheval.

Elle tira les rennes de Calpurnia et mena le groupe armé jusqu'à un petit baraquement dont une porte en bois donnait sur un renfoncement où quelques esclaves s'affairaient à travailler sur un navire.

« Rôk, dis aux soldats d'avaler quelque chose et de se préparer. Je dois voir quelques détails. La traversée prendra un peu moins d'une semaine. »
« Z'avez entendu, bouffez un bout d'barbaque. Après vous s'rez au poisson. » Puis se tourna vers Hrist. « Une semaine... Vous envisagez de faire un détour si long ? »

Hrist détacha ses cheveux, les laissant tomber et enfonça l'aiguille dans la robe, entre ses deux seins. Elle dit à son tour :
« Je veux être sûre d'éviter les navires Kendrans et d'Oranan. Allez, fais soigner ta blessure avant de prendre le large. »

Les orques commençaient déjà à prendre place autour des feux répartis à l'abri d'une éventuelle pluie. Le repas était essentiellement constitué de viande, des morceaux de sangliers tués dans les marais étaient en train de carboniser sur les braises et les saucisses de cheval cuisaient au bout des dagues et des épées. Ce festival carné rendait l'air presque aussi insupportable que le goudron, mais les orques restaient des orques, quant bien même ceux-ci avaient un semblant de discipline.

« Descendez-moi cette étrangère, je vais examiner sa plaie. »

Hrist désigna une paillasse dans un coin, éclairée par les flammes d'un foyer. Elle espérait pouvoir s'entretenir avec l'Elfe sans qu'une fièvre ou qu'un délire n'intervienne et lui fasse perdre la raison.

A la sortie de l'abri, le contremaitre observait le navire, les mains rivées à ses hanches. Il semblait satisfait du changement, Hrist quant à elle, ne reconnu pas immédiatement le navire. La coque avait été goudronnée et un dispositif destiné à envoyer un signal au port pour démontrer son allégeance à Omyre avait également était prévu à l'arrière et à la proue du navire. L'équipage quant à lui avait été envoyé exceptionnellement par Von Klaash, des mercenaires humains qui permettrait de ne pas se faire suspecter en cas de contrôle militaire. La cale avait été aménagée de façon à pouvoir dissimuler une cinquantaine de soldat, équipement compris dans les divers fûts et les caisses de transport.

« C'est du beau travail. » Fit simplement la femme.

Le contremaitre avait eu plusieurs idées remarquables, par exemple, un fut destiné normalement à transporter des quantités de vins pouvait abriter sept soldats et là où se trouve le robinet pour faire couler le vin, était rattaché un fut de taille plus modeste qui ferait couler le vin si quelqu'un venait à vérifier la marchandise.

« Sûr. Ca a d'mandé du travail mais les gars ont bien travaillé. Pas vrai ? En tout cas, il est prêt. Vous pourrez embarquer à l'aube, le temps d'installer les dernières victuailles. »

Hrist glissa une petite poignée de pièce dans la main du contremaitre et ils se quittèrent. Lui retournant à ses inspections et la tueuse à ses soldats. Les Orques se gavaient de viande et buvaient à même les pichets. Quelques uns chantaient des chansons bien épaisses et Hrist souriait déjà. Ravie de voir que ses objectifs allaient bientôt s'accomplir et qu'elle aurait enfin sa vengeance sur Oranan. Certes, ils étaient trop peu nombreux pour prendre la ville elle même d'assaut, mais les alentours allaient subir son courroux.

Elle mangea chichement, préférant la viande de cheval à celle du sanglier, le vin était douteux mais allongé d'eau, il devenait tout de suite plus convenable, même si pour elle, ça ne valait en rien l'hydromel de Tulorim.

Mais l'heure n'était pas à la nostalgie ni aux souvenirs d'autrefois, la tueuse reporta vite son attention sur l'elfe qui gisait sur le dos à la lueur des flammes. Lorsque Hrist se pencha sur elle, son souffle vint heurter son visage et elle perçut même ce qui semblait être un petit ronflement probablement provoqué par la position dans laquelle cette femme venait d'être posée. Intriguée par ses parures, Hrist essaya d'observer le collier qu'elle portait au cou, mais lorsqu'elle essaya de le soulever, celui-ci refusa d'être manipulé et elle eut l'impression que la totalité de celui-ci était profondément ancré dans la peau blanche de l'Elfe.

« Intéressant. Et elle a de nombreuses cicatrices, certaines sont vilaines, elle a de la chance d'être encore en vie. »
« Pfeuh. Parle pour toi, quand on voit l'état de tes bras. Et cette belle cicatrice que tu as au menton. Combien de fois tu aurais pu être creusée ? »

Hrist tira sa lame et commença à couper le bandage tâché et moite le long du corps blanc de l'hiniönne. Quelques orques observaient le spectacle avec un intérêt douteux. Le bandage une fois retiré laissa entrevoir une plaie béante et vilaine. La coupure était assez longue et présentait donc plus de chances de s'infecter, d'autant plus que le climat du marais avait déjà rendu le bandage humide et ainsi, transformé ce seul rempart en un vrai bouillon de culture.

Hrist réfléchit un instant, ses expériences passées à l'arène s'étaient terminée en une magnifique leçon de médecine militaire, il fallait que l'opération soit assez rapide pour ne pas retarder l'embarquement, car une fois à bord, une infection se soldait souvent par une mort.

Rôk approcha, mâchonnant une saucisse de cheval qui dégoulinait de gras.
« J'peux vous apporter du fer à blanc si vous voulez. Sinon vous avez un peu de snaria mais pour couvrir tout ça... Pourquoi la garder en vie, déjà ? »

« L'isoler. La soigner et gagner sa confiance, elle ne devra voir que moi, ainsi, si le borgne insupportable essaie de me mentir sur deux ou trois choses, je pourrais peut être le vérifier auprès d'elle. Il faudra que les soldats soient silencieux, un accent orque, ça ne s'invente pas. »
« C'est malin. Enfin, espérons que ça marche et qu'vous fassiez pas ça pour rien, Hrist. En quoi je vous serais utile ? »
« Fais moi apporter de l'eau ... A bouillir à côté. Et... Hm. Disons... Un hameçon et du fil. N'importe quoi de fin et de solide. Pour le reste, je ne te demande pas de participer, soigne toi, tu n'embarqueras pas si ta plaie saigne encore. Allez ! »

Penchée sur l'étrangère, Hrist palpa doucement la peau moite et collante de transpiration de la femme. Elle espérait que la fièvre ne tue pas la jeune femme dont le corps était déjà mis à rude épreuve.

Lorsqu'on lui apporta les hameçons et la marmite avec un fond d'eau à bouillir, la tueuse choisit le plus fin, quant au fil, il était difficile de se procurer quelque chose d'assez fin. Hrist confrontée à un dilemme, n'eut d'autre choix que de peler un cordage pour obtenir de petites cordelettes assez fines. Bien que la longueur faisait défaut, elle pouvait néanmoins fermer la plaie et se mit au travail.

L'opération était assez inconfortable, un gobelin tenait la tête de la femme évanouie et Hrist à la lumière irrégulière des flammes essaya tant bien que mal de fermer le plus proprement possible la coupure.

« A mon avis, celui qui a fait ça ne lui voulait pas que du bien... »

Les cheveux lui tombaient devant les yeux et le travail minutieux faisait transpirer la Sindel qui sentait quelques gouttes couler le long de ses tempes et de son nez.

Reprenant son souffle à mi-chemin, la tueuse mis dans l'eau bouillante les feuilles de snaria et repris de plus belle. L'hameçon perçait la peau rougie et le sang coulait à certains endroits où les croûtes cédèrent lors de ses manipulations. Les doigts collants, Hrist essuya la plaie refermée à l'aide d'un bout de sa cape préalablement trempé dans l'eau bouillante.

« Ca devrait suffire pour éviter que ça s'infecte. » Dit-elle en versant un gobelet d'alcool de marin. Elle respira les vapeurs et recula son visage.
« Moui... Même la mort ne voudrait pas d'une telle odeur. »

Le corps blanc de la femme était ruisselant de sueur mais la plaie ne saignait plus et les croutes retirées pour mieux fermer et recoudre, donnaient un aspect plus propre à l'Elfe. Cette dernière écoperait tout de même d'une remarquable cicatrice, comme une signature malsaine qui défigurerait le corps déjà parsemé de coupures.

Hors de l'eau, elle écrasa dans sa main les feuilles de snaria et les déposa à même la plaie et demanda à ce que l'on bande la femme Hiniönne pour elle, estimant qu'elle en avait assez fait.

« Tout ça pour potentiellement contredire Sirius. C'est de l'amour ou de la haine ? Quoique ce soit, c'est animé ! »

Au loin, le ciel s'éclaircissait et les premiers soldats embarquèrent. Les hommes de Von Klaash étaient déjà à leurs postes, taciturnes et minutieux, les marins expérimentés travaillaient vite et le navire fut prêt plus tôt que le contremaitre ne l'avait estimé.

« Rôk, il y a plusieurs cabines sur ce navire, une dizaine au total, pas très grandes, certes, mais la banquette est plus confortable. Votre grade vous octroie le droit d'en choisir une. Quant à Sirius. » Qu'elle désigna du doigt « Il logera dans la mienne, je tiens à l'avoir à l'œil. Mettez l'étrangère dans l'une des cabines, pour que tout se passe bien, elle ne doit voir personne. Surtout pas un Garzok. »

--- --- --- ---


La cabine de Hrist était celle de l'ancien capitaine de la Veuve, la tueuse souhaitait être la seule à commander ses possessions, la seule exception à la règle était le navire sur lequel se trouvait Von Klaash, malgré ses manières douteuses, ses connaissances en mer dépassaient grandement celles de Hrist et d'elle même, s'inclinait face aux décisions du Capitaine Von Klaash.

Le confort y était assez chiche, le lit était sec et le bureau était bien éclairé par les vitraux opaques et les nombreuses bougies. Il y avait même un rangement plein de chandelles et de cartes et drapeaux divers. La première chose à faire était de trouver un endroit inconfortable pour Sirius. Le mobilier n'avait pas été conçu pour que l'on y attache des fers et le prisonnier livré avec, aussi, elle n'eut pas d'autre choix que d'imaginer son " invité " simplement entravé des poignets jusqu'aux jambes. Le bureau quant à lui, semblait solide et serait un excellent endroit où allonger le corps de Sirius si elle devait lui soustraire des informations en usant la manière forte.

« Gardes. Faites entrer le prisonnier. Installez le dans un coin. Rôk organisera les tours de garde au pas de la porte.»

Le voyage serait ingrat pour les soldats Garzok, Hrist avait demandé à ce qu'ils ne sortent pas de la cale une fois qu'ils se trouveraient en eaux ennemies. Si un navire humain venait à les aborder pour fouiller le navire, ils devraient être prêts à se cacher bien avant l'accostage. Hrist espérait que ce genre de situation n'arrive pas, mais faute de pouvoir tout prévoir, il valait mieux trouver une solution qui préserve ses soldats, pas ou peu préparés à un assaut en pleine mer.

_________________
La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


Némésis d'Heartless


Haut
 

 Sujet du message: Re: Chantier naval de Mourakat
MessagePosté: Sam 2 Aoû 2014 17:16 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 1 Aoû 2010 13:48
Messages: 5211
Localisation: Fan-Ming
Un choc sourd me réveilla. Péniblement, je me tirai d'un songe empli de flammes, de créatures répugnantes, de la moiteur des marais et du sourire carnassier d'Oaxaca. J'étais allongée sur le dos, sur quelque chose de délicieusement confortable, qui ressemblait bien à un lit, et je n'avais pas froid. Je pris une grande et lente inspiration et profitai des derniers instants de la bénite ignorance de ceux qui émergent doucement du sommeil. Un désagréable picotement me chatouilla le flanc. Je voulu rouler sur le côté gauche pour faire passer la sensation. Une violente douleur explosa au même endroit tandis qu'une déflagration insupportable courut de l'extrémité de mes mains jusqu'à mes épaules. J'avais les poignets attachés chacun à un coin du lit par des cordes et ce brusque mouvement avait réveillé mes membres engourdis. Je serrai la mâchoire. Mes mains et mes bras allaient m'être très désagréables pendant un certain nombre de minutes mais ça allait passer. La douleur à mon flanc, elle, m'inquiéta bien plus. Je l'avais oubliée. L'entaille de Cromax. Était-ce simplement dû à mon réveil ou était-elle réellement plus douloureuse qu'auparavant ? Je me réinstallai parfaitement droite et immobile sur le lit. Maintenant que j'avais conscience d'elle, il me semblait sentir une certaine chaleur irradier de l'endroit et une certaine sensation de... gonflement. Elle n'était pourtant pas si terrible, dans mon souvenir. Elle avait dû s'infecter. Je gémis en la sentant m'élancer de nouveau. Tout me revint. L'île et ses maudits colliers, Crean, Oaxaca, le dragon, les autres porteurs de colliers et la fuite vers les marais. Je me souvins du feu de camp, mais la suite m'échappait.

J'avais désormais les yeux grand ouverts mais avais contemplé le plafond sans vraiment le voir. Contrainte à l'immobilité, je n'avais plus grand chose d'autre à faire que de me servir de ma tête. Le plafond était en bois. L'endroit était plongée dans une demi-pénombre vacillante. Il devait y avoir une bougie. Le plafond n'avait pas grand chose d'autre à m'apprendre. Un mur similaire au plafond bordait ma droite et la tête de mon lit. J'étais dans un angle. Une lueur secondaire caressait doucement le plafond à l'opposé de la pièce. En tournant légèrement la tête sur la gauche, je pu prendre la mesure de la pièce : environ deux pas de large, dont un occupé par mon lit, sur quatre pas de long. Sur le même mur que la tête du lit, mais trop éloignée pour que je puisse seulement imaginer l'atteindre un jour, était fixée une étrange pièce de métal sombre. Elle couvrait une petite partie du mur et se terminait en une sorte de vasque dans laquelle reposait une bougie en fin de vie. En dessous se trouvait un petit meuble en bois, guère plus grand qu'une table de nuit, et guère plus complet qu'une simple table. Il était manifestement fixé au sol et au mur. Ce détail ne manqua pas de me faire hausser un sourcil. Il fallait avoir rudement peur des voleurs, des individus violents ou alors craindre le roulis pour ainsi fixer un meuble... Sur le mur parallèle au lit, à l'opposé de la pièce, était clouée une parterre en bois elle aussi. Tout à côté, dans l'angle et face à la bougie, un battant de porte renforcé de barres transversales laissait filtrer une subtile lumière blanche. Elle rampait au sol, glissait au plafond et soulignait chaque imperfection des murs. Faisant un rude effort je relevai la tête et le buste pour entre-apercevoir le sol au pied du lit. La brûlure de la chair qui tire sur des tissus inachevés me confirma que ça ne valait pas la peine de tenter quoi que ce soit. La pièce était, de ce que j'en voyais, désespérément vide. Une dernière torsion de la nuque et je pu voir les anneaux de fer enchâssés dans le mur du fond auxquels étaient fixées mes cordes.

Un nouveau choc me fit tressaillir et me souleva le cœur. Ce n'était pas vraiment un choc, de fait, et il ne m'en fallu pas plus pour clarifier la situation. Je n'étais pas attachée à un lit mais une couchette, plus exactement, et ne me trouvait pas dans une cellule ou toute autre bâtisse, à proprement parler, mais dans un bâtiment que l'on pouvait qualifier de navire ou, plus communément, de bateau. Je remerciai la Dame d'avoir quelques notions dans ce domaine et de ne plus craindre le mal de mer. Cette révélation eu toutefois pour effet de me rendre l’habitacle subitement étouffant. J'avais besoin d'air. J'avais besoin de voir le ciel et de regarder au loin. Je n'étais certes plus du genre à rester clouée au bastingage, à rendre à la mer ce que la Dame m'avait permis d'ingurgiter, mais je n'étais pour autant pas insensible à la douce dance de la houle. J'avais envie de sortir, mais était-ce vraiment ce qu'il y avait de plus intelligent ? J'aurais volontiers appeler quelqu'un. Appeler à l'aide ? Qui ? M'avait-on attachée pour que je ne tombe pas de ma couchette ? J'en doutai. J'ignorais tout des occupants du navire. Je n'étais pas non plus à même de déterminer s'il voguait ou s'il était encore amarré. Résolue à ne pas faire de bourde, ne sachant s'il valait mieux me faire discrète ou me manifester, je décidai de ne rien faire du tout, pour l'instant.

_________________
Sinaëthin Al'Enëthan, alias Silma, Héraut de Yuia, hiniön lvl 21


Haut
 

 Sujet du message: Re: Chantier naval de Mourakat
MessagePosté: Sam 2 Aoû 2014 21:23 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 27 Oct 2010 20:28
Messages: 6658
Localisation: :DDD
Leur voyage dura un long moment pendant lequel le seul horizon de Sirius était la terre noire et liquide et le son des bottes qui s'y trempaient. Il était à peine quelques mètres derrière la baronne sur sa monture, et l'archère. Ses compagnons de route l'avaient définitivement abandonné. Même Mercurio. Bien qu'il savait pertinemment que cela aurait été un pur suicide, il les maudit intérieurement de ne pas être venus à son secours. Ceux-là... ils n'étaient pas différents des autres, Elias, Plagg, Iguru, Eliwin... Mazhui... personne ne s'était arrêté pour lui, personne n'était revenu pour voir l'état dans lequel ils l'avaient laissé dans la cité glacée de Nosvéria. Il sentait qu'il avait été entouré de lâches, de traîtres, qui ne bougeraient même pas le petit doigt pour lui venir en aide, alors que lui était prêt à leur venir en aide sans hésitation, quoi qu'il arrive.

En vérité, c'était l'amertume et l'orgueil qui brouillaient ses pensées, car c'était bien lui qui, dès le départ, avait toujours été la source de leurs ennuis. Et ça, il s'en rendait compte tandis qu'il était traîné par les orcs jusqu'à des heures encore plus sombres. Mais il était juste tellement... tellement en colère !

Les mots fatidiques que lui avaient infligé Gallion Thunderhead ce jour là lui revinrent comme un coup de marteau sur une enclume, et pour la première fois... il regretta. Vivre en fermier, se résoudre à mener une existence normale et insignifiante... si il avait fait ce choix dès le début, il n'aurait pas été blessé, ni lui, ni personne d'autre. Il avait entraîné tant de gens dans sa folie que c'en était absurde, sans rien leur offrir en échange.

Soudain, l'air marin parvint à ses narines. Ils étaient arrivés au chantier naval de Mourakat, ravagé par le raz-de-marée qui l'avait amené ici. Les troupes d'Oaxaca avaient déjà commencé la reconstruction, les lieux étaient gouvernés d'une odeur fétide de viande brûlée. La lumière du soleil était une gêne pour les orcs, cela avait-il une influence sur l'heure à laquelle ils mangeaient, ou n'y avait-il pas d'heure définie, ou bien était-ce juste un obscur système de récompense pour les travailleurs acharnés ? L'aube semblait avoir déjà bien pointé son nez, Heartless fit un effort désespéré pour lever la tête, et son œil se posa sur une certaine colline, et il constata l'absence du dragon d'Oaxaca ainsi que de la déesse elle-même. Alors la chasse avait déjà commencé...

Sirius se mordit la lèvre, il se maudit de ne pas être resté aux côtés de Serpent et des autres. Là encore, c'était lui qui leur avait fait fausse route. Si il n'avait pas été là, peut-être qu'Erzébeth n'aurait pas daigné les attaquer, et qu'ils seraient trop loin pour avoir à fuir le dragon noir. Il était coupable de tous les maux. Il repensa au début... au tout début... au regard des paysans de son village natal qui le traitaient comme un porte-malheur, un monstre, un enfant maudit...



- Ho ! Regarde-moi cet humain !
- Il chiale ! Haha !
- J'parie qu'il a tellement peur de mourir qu'il fait dans son froc !
- Hahaha ! Hé, Prash, pose-le par terre, ou tu vas finir par sentir la pisse !


L'orc le laissa tomber de toute la hauteur de son épaule et il atterrit lourdement dans la boue, en face d'une grande silhouette illuminée par le soleil levant. Il leva les yeux.


C'était un grand navire.

Deux torrents brûlants couraient sur ses joues. C'était cette sensation d'alors, quand il contemplait, impuissant, cet objet, ce rêve qu'il n'était pas sensé atteindre. Ce bateau brillant comme un objet sacré et interdit.

Ses poings et ses dents se serrèrent. "Baisse la tête", lui dit-on, et lui répéta-t-on plusieurs fois avant de lui donner un coup dans le ventre qu'il ne sentit pas. A chaque fois que la douleur lui faisait se recroqueviller sur lui-même, son regard revenait inévitablement sur le navire.

- A moi... A moi...
- Personne ne viendra t'aider, fils de pute !


Un deuxième coup au visage. Sa face fut clouée au sol par la semelle d'une botte, mais son œil regardait toujours dans la direction du bateau. C'était celui-là ! C'était exactement celui qu'il avait passé des heures à regarder au port de Tulorim ! Heartless hallucinait.

Il l'apercevait au loin, dans sa course effrénée.

Il n'avait jamais autant couru.

Son souffle ne suivait guère le rythme.

Il voulait y être au plus vite.

Avant tout le monde.

De peur que l'on lui prenne son trésor sous ses yeux.

Qu'on le lui vole.

Essoufflé, il s'arrêta devant la bête.

Sa coque énorme semblait pouvoir encaisser le plus tranchant des glaciers.

Son bois splendide n'avais guère changé depuis semblait-il plusieurs millénaires.

Les voiles blanches rivalisaient d'éclat avec le soleil.

Le plus rude des vents ne pouvait lui faire plus de dommage que la plus brûlante des flammes.

Ses mâts ébranlaient les nuages et perçaient le ciel bleu.

Et la cabine du capitaine...

... il ne l'avait jamais vue, mais son imagination débordante lui promettait les meilleures merveilles...

- A moi... A moi ! délirait-il alors qu'il était rué de coups.

Il cessa peu à peu de trembler, de se débattre, de gigoter dans tous les sens. Après un moment, il était parfaitement immobile. Son œil s'était fermé.

Il revint à ses esprits quelques heures plus tard, bercé par l'odeur du bois et du sel, sur un sol inconfortable, toujours ligoté.
Et il vit Erzébeth.

_________________
Image


Dernière édition par Heartless le Sam 2 Aoû 2014 21:25, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Jeu 11 Sep 2014 09:51 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Lun 22 Déc 2008 00:37
Messages: 19486
Localisation: En déperdition dans les mains de GM14
J’ai accepté de suivre les chemins les plus sombres, pour Michel, je viens de vendre mon âme à Phaïtos en personne. Il me restait le choix de prendre la liberté, que je revendique plus que tout au monde, mais je préfère garder la vie et trouver une autre solution pour sauver mon peuple. Khynt m’a peut-être marqué au fer rouge avec l’emblème d’Oaxaca, en contrepartie je viens d’acquérir une nouvelle force et un futur nouveau savoir qui me sera certainement accessible.

Devant moi s’ouvre une immense carrière d’un bleu opale, une vision quelque peu apocalyptique s’offre à moi. Je peux voir des navires en train de sombrer, mais aussi ce qui semble être les vestiges d’un ancien chantier naval. J’ai comme l’impression que les ténèbres les plus sombres se sont abattues ici. Je peux voir depuis mon poste d’observation de nombreux mouvements. Il s’agit principalement de Garzok qui n’hésitent pas de jouer du fouet face à des esclaves de diverses races. Je m’assois parterre et m’accoude sur mon genou. Je regarde le spectacle qui s’ouvre à moi, un désordre très important est là. Il y a de nombreux morts apparemment, j’ai bien l’impression que cette roche n’a strictement rien à faire ici. Nous ne sommes donc pas revenu tout seul de l’île d’Oaxaca.

Une partie de moi s’insurge de voir ces odieux êtres verts torturer encore plus ces pauvres esclaves. Ils leur font ramasser les cadavres des leurs pour les jeter sur un immense brasier alors qu’ils enterrent que quelques-uns. Je descendrais bien leur expliquer qu’il est facile de se montrer aussi violent quand on est du bon côté du fouet. Il serait tellement simple pour moi de dégainer mes lames et de me précipiter vers eux afin de leur donner une leçon des plus sérieux. Mais l’autre partie de mon être ne pense pas du tout la même chose. Il lui semble normal et mérité ce qui arrive à ces esclaves. Ils devraient chercher à se libérer d’eux même et à affronter leurs tortionnaires.

Je sens une présence derrière moi, je tourne la tête et aperçois deux garzoks. Ils portent des armures ridiculement plus grands qu’eux, l’un porte un casque en forme de bol avec un liseré métallique alors que son compagnon lui possède un casque intégral. Ils ont chacun une lance d’un ouvrage ne correspondant pas au savoir-faire de la race. Le métal noir, le mélange des matériaux comme l’acier, le cuir et le bois, un ciselage d’une précision chirurgicale,… tous ces détails me font dire qu’il s’agit d’armes forgés par mon peuple.

(Il est temps que j’intervienne sérieusement auprès de mes frères et sœurs. Il faut que nous nous respections un peu plus.)

Ils tendent leurs armes vers moi et me mettent en joue. Je regarde à nouveau l’horizon, le regard vague et perdu dans mes songes. Je ne peux pas continuer ainsi, je me dois de devenir un chef de guerre pour les shaakts. Il est grand temps que je devienne impitoyable avec ce qui se dresse en travers mon chemin. Des larmes naissent dans mes yeux, je me suis toujours refusé à devenir ce qu’il y a de pire en moi. Je revois le visage de Flora, elle me sourit, ses yeux pétillants de joie, elle me manque terriblement.

(Je dois devenir plus fort, plus puissant.

Nous devons devenir invincibles.

Nous nous devons de devenir le visage du changement.)

J’entends les garzoks m’ordonner quelque chose, mais ceci me paraît lointain. Je me lève et murmure des mots d’amour vis-à-vis de Flora. Je retire mon casque, il est trop lourd pour le combat, jusqu’à maintenant j’ai toujours privilégié un équipement très résistant et massif. Cela nuit grandement à mon style de combat, je retire aussi mes bottes. Je perçois une agressivité grandissante dans la voix des deux soldats qui sont derrière moi. Ils doivent voir une provocation dans mon comportement, je m’attache les cheveux au moment même ils décident de bouger avec un cliquetis métallique, puis s’arrêtent brusquement. Je les entends parler de la marque d’Oaxaca qui m’a été apposé sur la nuque. Ils savent pertinemment que l’on ne peut pas obtenir ce genre d’emblème qu’en rencontrant les treize et leur maîtresse.

Vous osez dresser vos armes vers moi, le champion de Khynt. Alors mourrez.

Je me saisis de mes deux lames dans un geste vif comme l’éclair et tranche les deux têtes Garzoks. Je dois me montrer impitoyable si je veux parvenir à mes fins et je ne supporte pas les peaux vertes qui arborent un comportement aussi monstrueux. Il est grand temps pour moi de partir, je me dois de libérer Caïx Imoros et la marque d’Oaxaca me permettra de passer certaines portes plus facilement. J’essuie mes lames sur les tuniques de mes assaillants et prends les bottes en cuir d’un des deux ainsi que les bourses. Mon ancien équipement n’a aucun intérêt, il est trop lourd, je préfère le laisser sur place.

_________________
ImageImageImage

Trois êtres distincts pour une seule âme et une destinée


Haut
 

 Sujet du message: Re: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Lun 15 Déc 2014 19:01 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mar 20 Avr 2010 21:13
Messages: 12983
Localisation: Derrière Cromax
Les marins arrimèrent le navire à l'endroit le plus accessible. La Laide-les-Maines faisait terre.

Von Klaash s'enfonçait confortablement dans un grand et luxueux siège qui jurait avec la sobriété du reste de sa cabine.

« Vous voici arrivée, Baronne. » Dit-il, tout simplement. Hrist quant à elle avait déjà préparé la somme que le Capitaine convoitait. Elle posa une bourse de cuir bien remplie sur la table de bois qui les séparait.

Von Klaash souriait et dit avec un air plein de philosophie

« Vous savez, ma p'tite. Pouvez me tuer, pouvez tuer tout le monde sur cette terre, la seule chose ici qui est immortelle, c'est l'argent.»

« Je crois qu'avec cette somme en poche, vous pouvez vous passer de remerciements de ma part. »

Il s'enfonça davantage et posa ses deux bottes sur la table de bois.
« Je n'y vois pas une somme. J'y vois de nouveaux horizons, un bel équipage au complet, un petit coup de neuf sur ce rafiot et de quoi passer du bon temps. C'est juste regrettable que vous n'en tiriez aucune réponse intéressante. »
Hrist soupira.
« En réalité, je ne pense pas que cette histoire soit déjà terminée. Une matriarche est morte ce qui me vaut une certaine mise à prix à Caix Imoros, mais j'ai le sentiment que cette histoire me dépasse. Vous aussi, d'ailleurs. »

Ils restèrent en silence. Hrist poussa la bourse vers le Capitaine.

« Je suis heureuse d'avoir pu vous revoir. Nos routes vont peut-être se recroiser, en attendant, bon vent à vous. »


Il ne dit rien, il tétait sa bouteille en observant dans le vide. Le navire avait cessé de bouger. Hrist s'en alla et ferma la porte de la Cabine. Elle traversa le pont du navire où les marins terminaient de jeter les corps ensanglantés par dessus bord. On hissa une petite passerelle en bois où elle pu gagner terre. Elle n'avait pas fait cent mètre sur la pierre bleutée que le navire était déjà reparti.

_________________
La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


Némésis d'Heartless


Haut
 

 Sujet du message: Re: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Jeu 17 Sep 2015 18:33 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Sam 7 Mar 2015 17:53
Messages: 262
~ Chapitre II – 5. Les doux relents des marais ~


La demeure de Granul. Manoir bâti sur les terres drainées des marécages, il avait été construit en même temps que le chantier naval et avait largement prospéré lors de sa brève activité. Après le gigantesque cataclysme qui avait projeté un pan énorme de roches volcaniques sur le chantier, le manoir fut abandonné pour être petit à petit récupéré lorsque les omyriens comprirent l’utilité commerciale de cette roche bleue étrangère. Après plusieurs guerres de clans, il tomba aux mains de Granul, qui bâtit à son tour une partie de sa puissance sur le commerce de ces pierres bleues que l’on nomme Pierres de Vision.

Ashen était perchée sur un promontoire lointain dominant la demeure de Granul, tentant de relier tout le savoir qu’elle avait engrangé sur la bâtisse lors de ces quelques derniers jours. De son perchoir, elle avait méticuleusement étudié les lieux, s’intéressant aussi bien à l’architecture du manoir qu’aux us et coutumes de ses habitants, changeant régulièrement de point de vue, tentant d’ouïr quelques conversations à la dérobée. Elle avait compté une quinzaine de gardes qui patrouillaient à l’extérieur, manifestement sur le qui-vive, conscients des évènements des jours précédents qui avaient amené la chute de Granul, dirigeant du clan. A voir comme le manoir fourmillait, il était évident que l’un de ses sous-fifres avait repris le contrôle et s’apprêtait à se défendre. Avait-il conscience que quelqu’un en avait après la Dague de la Maléfique Noire, ou se pensait-il personnellement en danger ? Ashen l’ignorait, mais à ce stade, c’était devenu de l’ordre du détail. Elle observait les derniers instants du tour de garde des orques qui surveillaient les jardins entourant le manoir lorsque le vent cessa soudainement de souffler. La semi-shaakt en fut reconnaissante, il n’avait cessé de lui glacer les os et de crisser dans les rares fourrés qui foisonnaient sur les terres émergées des marécages, la forçant à s’emmitoufler dans plusieurs épaisseurs de vêtements – tous ceux qu’elle avait emmené avec elle, en vérité. Une odeur désagréable lui chatouilla soudainement les narines, et elle se rendit compte avec une moue de dégoût que c’était sa propre odeur qui l’indisposait ainsi. Elle traînait dans la boue et la fange depuis plusieurs jours, à la recherche d’une entrée discrète, rampant à proximité grillages du manoir au-dessus desquels ils balançaient leurs ordures, estimant sans doute qu’elles n’étaient ainsi plus sous leur juridiction. La semi-shaakt n’était elle-même plus qu’une entité crasseuse qu’elle abhorrait, se languissant d’un long bain chaud. Elle se serait elle-même vendue à Oaxaca si elle avait pu l’obtenir sur l’instant.

Ashen laissa échapper un juron, elle avait prévu de tenter son entrée le lendemain avant l’aube, sous le couvert de la somnolence et de la nuit car la lune promettait d’être à son premier croissant et la masquerait des regards scrutateurs, cependant sa discrétion laisserait à désirer si elle emportait avec elle les âcres relents des marais et de ses déchets. Elle lâcha un second juron en se redressant et en descendant de son point d’observation. Elle souhaitait profiter des derniers instants de lumière pour assurer ses connaissances sur la demeure, mais cette tâche imposée renouvelait ses plans. Elle cacha le gros de ses affaires sous un fourré et s’éloigna du manoir, se dirigeant vers le trait de côte jusqu’à trouver une crique dans laquelle elle pouvait descendre. Arrivée sur le bord de mer, elle enleva plusieurs couches, ne gardant que la chemise qu’elle avait en-dessous pour la laver elle-aussi. Elle considéra un instant le fait de garder son pantalon, mais elle décida de s’accommoder de son odeur, plutôt que de mouiller le seul qu’elle avait emporté. Elle s’immergea ainsi dans l’eau froide et salée de la mer bordant les terres d’Omyrhy. Elle se frotta vigoureusement pour enlever la crasse et sortit le plus vite possible, tremblante de froid, les lèvres bleuies. Chacun de ses vêtements étant une source de chaleur potentielle, elle se laissa ainsi sécher au vent, grelottante et se frictionnant les bras. Un bain chaud. Elle donnerait tout pour un vrai bain chaud et fumant. La semi-elfe se rhabilla sans être entièrement sèche et rejoignit rapidement sa cachette.

Elle passa une nuit atrocement désagréable, entre les tiraillements du sel sur sa peau et la froidure qui ankylosait dans chacun de ses membres, couplé à l’impossibilité depuis plusieurs jours de faire le moindre feu de peur d’être vue du manoir, mais au moins son odeur était devenue presque supportable. Peu avant l’aube, elle se redressa, fourbue, mais avec la noire satisfaction procurée par l’assurance qu'elle verrait bientôt la fin de tout ceci, quelle qu’en soit l’issue. Elle fit plusieurs étirements dans l’intention d’éveiller ses muscles et s’enfonça dans l’obscurité, sous le regard indifférent de la lune.

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Jeu 15 Oct 2015 15:51 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Sam 7 Mar 2015 17:53
Messages: 262
~ Chapitre II – 6. Une simple cordelette avec des noeuds ~


Ashen se faufila dans le trou, se tordant afin d’extirper son corps trop grand de l’encoche creusée dans le sol sous la grille qui entourait la demeure de Granul. C’était clairement l’œuvre d’un chien, probablement ivre de liberté et avide de se nourrir lui-même qui avait creusé un trou tout au fond du jardin pour s’élancer vers l’au-delà. Il avait dû être de taille relativement imposante, ce qui permettait à Ashen d’utiliser ses échappatoires, non pour fuir, mais pour pénétrer dans la demeure. C’était la meilleure solution qu’elle avait trouvée pour entrer dans l’enceinte du manoir sans se faire repérer et à moindre frais, elle s’était juste contentée de rafraichir le trou. A présent, ses habits étaient maculés de terre. Cela ne faisait que contribuer à son camouflage nocturne, dirons-nous.

Une fois extirpée du trou, elle ne délaya guère et s’avança de quelques pas rapides jusqu’à un buisson derrière lequel elle s’accroupit. Autour d’elle s’étendait un jardin aussi luxuriant que savent les créer les orques dans des terres aussi inhospitalières que les marais. Autant dire que ce n’était qu’un amas de buissons et d’arbustes rabougris qui se battaient en duel entre deux allées mangées par les ronces. Cachée par son buisson épineux, elle sortit une petite cordelette formant un anneau sur laquelle étaient attachés à distances égales plusieurs nœuds qu’elle fit glisser petit à petit dans sa main, et elle compta. Un… deux… trois… quatre… Aux alentours cinquième nœud, comme prévu, un garde apparu dans le jardin. C’était un orque, lourdement armé, qui marchait d’un pas massif et lent. Il passa devant elle et elle ne se força à ne plus bouger et à respirer le plus délicatement possible. Deux nœuds plus tard, il avait disparu et elle se releva prestement et se dirigea le plus silencieusement possible dans l’autre direction, vers le manoir. Courant légèrement penchée, elle prenait soin de faire glisser les nœuds dans ses doigts avec régularité. Cette cordelette était quelque chose qu’elle avait façonné lors de son enfance au Temple de Thimoros. Elle avait rapidement apprit que les rondes des prêtresses étaient faites avec régularité et qu’un tel outil pouvait lui permettre de glaner quelques instants de liberté en se faufilant entre les rondes et d’être revenue à temps. Au fur et à mesure, elle avait perfectionné son outil et pouvait à présent l’utiliser même en se déplaçant, sans perdre la mesure, c’était devenu un mécanisme.

Elle arriva finalement au pied du manoir et se cacha de nouveau derrière un buisson pour laisser un autre garde passer. La semi-shaakt avait le cœur qui battait à la chamade dans sa poitrine sous l’effet de l’adrénaline procurée par son infiltration, mais s’obligea au calme. Lorsque le garde eut disparu, elle entreprit de faire le tour du manoir, étrangement calme. Elle avait noté une petite lucarne au niveau du sol qui restait ouverte jour et nuit sur la façade nord de la bâtisse et se dirigea vers elle, longeant les pierres bleues pâles tirées de la proche carrière qui constituaient les murs de la demeure. Elles reflétaient à elles seules la richesse de feu le seigneur Granul. Ashen parvint à la lucarne, qui n’était guère plus qu’une fenêtre couverte de crasse et fêlée dans laquelle elle aurait du mal à se faufiler, elle le savait. Son principal problème résidait dans le fait qu’elle n’avait strictement aucune idée de ce qu’elle allait trouver de l’autre côté. Une sorte de cellier, espérait-elle, ou une pièce vide.

Il lui restait trois nœuds avant qu’un garde n’apparaisse et elle n’avait aucun endroit où se cacher à proximité, aussi ouvrit-elle délicatement la lucarne en plus grand pour risquer un coup d’œil à l’intérieur. Elle jura silencieusement. Il y avait là une forme endormie, avachie sur une table, simplement éclairée d’une chandelle. Elle voyait un amas de cheveux blonds emmêlés, hirsutes, mais ne parvint pas à distinguer sa race. Sans doute un elfe ou un humain, au vu de la taille. A côté se trouvait la carcasse d’un lit de paille et une sorte de malle.

Il ne lui restait plus que deux nœuds. C’était suffisant pour aller se cacher si elle se dépêchait, mais elle décida de tenter malgré tout cette approche. Elle s’accroupit devant la lucarne et laissa silencieusement ses jambes glisser dans l’ouverture. Elles passèrent sans problèmes, mais ses hanches coincèrent. Irritée, elle se tortilla jusqu’à les faire passer, recueillant quelques éraflures au passage. Ses pieds touchèrent quelque chose, une table, sur laquelle elle prit appui avant de faire basculer tout le reste de son corps au travers de la lucarne. Elle se retourna pour faire face à la salle, ses yeux tombant directement sur l’endroit où dormait la tête blonde. Elle n’y était plus. A la place se trouvait du vide et la personne endormie était à présent debout, contre le mur juste derrière la table et regardait Ashen avec de grands yeux écarquillés. Il s’agissait vraisemblablement d’une hinïonne, malgré la couche de suie et de saleté qui maculaient son visage et les haillons qui recouvraient son corps. Ses cheveux, quant à eux, n’avaient pas du connaître le peigne depuis plusieurs années, et ce qu’elle avait pris pour du blond n’était en réalité qu’un blanc jaunit, maladif. Ses pieds étaient entravés par des chaînes. La main sur la bouche, elle regardait, tétanisée, la forme qui venait de la tirer de son sommeil.

Ashen elle-même ne devait pas être très agréable à voir. Vêtue qu’elle était de noir maculé de terre, la tête recouverte d’une capuche qui gardait ses traits dans l’ombre, ses deux dagues au côté et entrée plus ou moins subrepticement dans la chambre, elle avait de quoi effrayer une petite esclave.

En deux pas, Ashen fut sur l’hinïonne, une main sur sa bouche, l’autre appuyant le croissant de sa dague dans le creux de son cou.

- Esquisse ne serait-ce qu’un mouvement et cette dague tranchera ta gorge, murmura-t-elle.

A vrai dire, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle allait faire d’elle. Elle pouvait la tuer, mais elle n’y voyait aucun intérêt immédiat, et le meurtre de sang-froid d’une biche sans défense n’était pas ce qui la faisait vibrer le plus.

Le faon hocha la tête, les larmes aux yeux. Ashen l’attira brusquement à elle, passant un bras autour de son cou et, placée dans son dos, se mit à serrer. L’hinïonne tenta de se défaire de sa prise, griffant son avant-bras, de débattant en émettant de petits couinement étouffés, jusqu’à ce qu’enfin elle se détende contre la semi-shaakt qui la laissa silencieusement glisser sur le sol. Elle ne s’attarda pas pour vérifier s’il lui restait encore un pouls : inconsciente ou morte, cela revenait au même, pour elle.

Ashen replaça sur ses cheveux la capuche qui en avait glissé lorsque l’hinïonne s’était débattue, ramassa sa cordelette et se dirigea vers la porte de la chambre et l’intérieur du manoir en comptant les noeuds.

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Jeu 29 Oct 2015 16:52 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Sam 7 Mar 2015 17:53
Messages: 262
~ Chapitre II – 7. Une couille dans le potage ~


Alors qu’elle avançait avec luxe de précautions de couloir en couloir, il devint vite clair que la bâtisse était calme, trop calme. Le manoir était plein de couloirs presque vides, dont la monotonie était parfois brisée par un guéridon recouvert de bibelots, par un chandelier ou un quelconque autre ornement. Les murs maculés de moisissure attestaient d’un lointain passé glorieux qui n’était plus qu’un souvenir. Le sol de pierre sous ses pieds absorbait une partie du bruit de ses pas qui semblaient malgré tout résonner dans l'air humide. Jusque là, elle n’avait pas rencontré le moindre résident, le moindre domestique ou esclave s’affairant aux tâches nocturnes préludes aux tâches diurnes. Des pièces fermées qu’elle jugeait être des chambres, elle n’entendait pas le plus infime bruit sortir, même pas le plus petit des ronflements. Et cela la perturbait. Beaucoup.

Initialement, elle avait eu dans l’idée d’entrer cette nuit dans la bâtisse et de l’explorer avant de se trouver une cachette pour la journée et de recommencer son exploration la nuit suivante, afin, d’une part, d’apprendre à connaître les lieux et d’autres part d’émettre des hypothèses sur l’emplacement supposé de la Dague de la Maléfique Noire. Mais au vu du calme suspect des lieux, elle avait le sentiment qu’il lui serait nécessaire se filer du manoir prochainement, et en vitesse. Or, elle avait tout de même l’intention de mener sa tâche à bien, même si son malaise se faisait de plus en plus pesant.

Son malaise atteignit son paroxysme lorsqu’elle se risqua à ouvrir une porte et à jeter un coup d’œil à l’intérieur. Elle n’y vit d’abord rien que du noir, car la pièce était plongée dans l’obscurité, mais, lorsqu’un nuage découvrit la lune au-dessus, elle vit un monceau de cadavres. Elle l’observa un instant avant de regarder de part et d’autre du couloir pour se faufiler dans la pièce. Là, elle tâtonna à la recherche d’un bougeoir, alluma un pouce d’amadou à l’aide d’un briquet formé de silex et de fer et transmit la flamme à l’une des bougies qui servit à allumer les autres.

La pièce était une grande chambre pourvue d’un lit, d’un âtre, d’une table et d’une chaise, ainsi que de plusieurs tapis. C’était sur l’un d’eux, au centre de la pièce, que se trouvait l’objet de son attention. Elle l’approcha du tas de cadavres et s’accroupit devant, la mine songeuse. Il y avait là cinq corps. Pour trois d’entre eux, il s’agissait clairement de gardes orques, au vu de l’attirail dont ils étaient encore vêtus et pour les deux autres de domestiques gobelins vêtus d’une livrée rudimentaire. La plupart présentaient une nette incision au niveau de la gorge, mais l’un des gardes montrait plusieurs marques de coupures, indiquant que l’auteur de ce monticule de macchabées avait rencontré de la résistance.

La présence d’une autre personne aux intentions malhonnêtes expliquait le calme surnaturel de ce manoir, mais cela soulevait nombre d’autres questions : qui était-ce ? En avait-il lui aussi après la Dague de la Maléfique Noire ? Etait-ce l’une des Murènes, ou travaillait-il pour quelqu’un d’autre ? A moins qu’il ne travaille pour son compte. Un rapide coup d’œil à la pièce lui apprit que les quelques rares objets de valeurs ne semblaient pas avoir bouger, il ne s’agissait donc pas d’un voleur, ou du moins pas d’un voleur ordinaire. Quoi qu’il en soit, elle savait déjà qu’il allait représenter un potentiel brise-ovaire particulièrement irritant.

Ashen pensait qu’il s’agissait d’une personne seule ou d’un duo, car un plus grand nombre d’individus auraient généré trop de bruit et ils auraient tenté une offensive par la force plutôt que par l’infiltration.

Les cadavres commençaient à peine à refroidir, indiquant que l’auteur du massacre devait encore être sur les lieux. La jeune elfe songea un instant à rebrousser chemin, mais se ravisa, la curiosité était trop forte et elle ne voulait pas courir le risque que la Dague file entre ses doigts.

Elle sortit donc de la pièce et se remit en chemin vers ce qu’elle pensait être la chambre des maîtres de la maisonnée. Elle avança avec prudence, cherchant le moindre bruit qui pourrait trahir la présence du mystérieux tueur. D’un geste silencieux, elle dégaina l’une de ses dagues, celle en forme de croissant qu’elle en était venue à apprécier.

***


Alors qu’elle passait devant une chambre à la porte close, celle-ci s’ouvrit soudainement et un objet métallique fit brusquement irruption dans son champ de vision. Ashen ne dû qu’à l’extrême vigilance dont elle faisait preuve d’éviter le coup de hache qui menaça de l’étêter en passant à un fil de sa gorge. Au bout de cette hache se trouvait un orque tenant fermement le manche, ses défenses protubérantes fièrement brandies au-dessus de ses lèvres molles. Il était vêtu comme les orques du monceau de cadavres, soit d’une pair de bottes, d’un pantalon de toile, d’une armure de cuir et de brassards assortis. Et bien sûr cette gigantesque hache qu’il balança une nouvelle fois, accompagnée d’un beuglement, en direction d’Ashen qui bondit sur le côté pour l’éviter et se rattrapa d’une petite roulade.

Il ne s’agissait manifestement pas du tueur, mais simplement d’un garde passé entre les mailles du filet qui semblait déterminé à lui faire payer à elle les agissements d’un autre. Quelle profonde injustice.

Ashen se tenait les jambes pliées, les bras en avant au bout desquels se trouvaient ses dagues fermement tenues dans ses mains. Elle bondit vers l’orque, plus grand qu’elle, qui réagit en envoyant vers elle sa hache d’un coup latéral destiné à la couper dans son élan, mais au dernier moment, elle se tordit pour éviter l’arme et passa sous le bras tendu de l’orque en plein mouvement tout en lui infligeant une estafilade sous l’aisselle, sur une partie non protégée. Elle aurait volontiers enfoncé sa dague plus profondément, mais l’orque avait le cuir épais et l’elfe n’était pas dans le bon axe pour fait plus de dégâts.

Alors qu’elle se stabilisait de l’autre côté de l’orque, elle fut récompensée par un petit grognement provenant de son opposant. Avant qu’il ne se retourne vers elle, elle profita de sa lenteur pour lui infliger une coupure un peu plus profonde sur la nuque et tourna en même temps que lui, restant ainsi dans son dos.

L’elfe savait que l’une de ses meilleures chances de survie était tout simplement de ne pas permettre à l’orque de la toucher, car il possédait indéniablement plus de force qu’elle, là où elle faisait preuve de plus d’agilité. Malgré tout, elle était dans de beaux draps, car le moindre coup pouvait lui être fatal, d’autant plus avec une arme telle que la sienne.

L’orque parvint malgré tout à se retourner et à lui faire face, non sans accompagner son geste d’un nouveau coup de hache qu’elle évita en bondissant en arrière, se retrouvant le dos collé au mur. Ce n’était pas bon, ça, pas bon du tout, car elle perdait ainsi de la mobilité et donnait l’avantage à son opposant. Aussi, pour gagner du temps, elle dit :

- Tu sais, je ne suis pas la cause de la mort de tous tes confrères, je ne suis là qu’en visite.

Ce n’était manifestement pas la bonne solution, car l’orque donna un nouveau coup de hache qu’elle évita encore une fois, mais cette fois pour recevoir le manche de l’arme en plein plexus, lui coupant le souffle. Son opposant était manifestement plus intelligent qu’il n’en avait l’air et avait feint sa première attaque dans le but de la toucher, et elle était tombée dans le panneau. Elle houspillait son excès de confiance en elle tout en reculant dans le couloir, pliée en deux en essayant de retrouver son souffle. Grands Dieux ce que ça faisait mal ! L’orque avançait sur elle, la hache maintenue bien devant lui pour le protéger alors qu’elle clopinait en arrière en peinant pour rester hors d’atteinte. Entre ses larmes de douleur, elle le voyait regarder ses dagues avec méfiance, comme on le ferait pour un animal blessé qui peut encore mordre.

Ashen recula dans le couloir jusqu’à approcher de la chambre avec les cadavres, dans l’espoir de retrouver son souffle. Se faisant, elle passa à côté d’un guéridon sur lequel reposaient quelques bibelots qu’elle ne regarda pas, mais elle se saisit de l’un d’eux, une sorte de petite statuette qu’elle balança à la figure de l’orque. Elle n’attendit pas de savoir si son projectile avait touché avant de se précipiter dans la chambre aux macchabées et de se placer de l’autre côté de ceux-ci par rapport à la porte. Le bruit qui l’accompagna lui annonça que la statuette était tombée par terre sans faire de victime, mais au moins cela lui avait permit de gagner du temps. Elle vit la silhouette de l’orque se découper dans l’embrasure de la porte, rendue plus impressionnante encore par l’unique bougeoir qui éclairait encore la pièce.

- Te combattre sur les cadavres de mes frères ne fera qu’attiser ma haine, chienne ! rugit l’orque en brandissant sa hache.

En vérité, Ashen espérait plutôt que ça le déconcentre suffisamment pour qu’elle ait le temps de glisser son poignard entre ses côtes. Dans l’immédiat, elle se contenta de faire une nouvelle roulade pour éviter la hache de l’orque, mais cette fois, elle poursuivit son mouvement pour attaquer à son tour et planta son poignard dans l’avant-bras de son adversaire, ce qui eut pour effet de le faire reculer en grognant, emportant son arme au passage. Elle resta plantée quelques secondes dans son bras avant de tomber sur le sol avec un bruit métallique. Il ne lui restait plus que sa dague recourbée, son talent – à déterminer -, et une bonne dose de chance.

Son opposant ne semblait pas souffrir outre mesure de sa récente blessure, mais elle voyait le sang se mettre à couler, redescendant le long de son avant-bras pour maculer sa main et le manche de la hache, le rendant glissant.

L’orque revint à la charge en fonçant sur elle, son arme fièrement relevée au-dessus de sa tête et Ashen eût tout juste le temps d’enlever son corps de la trajectoire de l’objet avant que le tranchant ne s’enfonce profondément dans le bois du meuble devant lequel elle s’était trouvée. L’orque ne chercha pas à dégager son arme, à la place il la lâcha et attrapa par les épaules Ashen encore déstabilisée par son esquive pour lui donner un coup de genou dans le ventre.

D’une torsion du bassin, Ashen se dégagea de la prise de l’orque qui cependant en profita pour lui balancer un coup de poing à travers la figure et un autre dans la poitrine, la faisant reculer, hébétée. Le salaud avait des mains aussi grosses que des battoirs et elle ne dû qu’à ses réflexes d’éviter un nouveau coup, cueillant la main ainsi présentée d’une estafilade de sa lame. Cela le fit reculer suffisamment pour qu’il butte sur le tas de macchabée, le déstabilisant un bref instant. Ashen profita de la situation et s’enfonça dans la garde de son adversaire et leva son arme de façon à percer la gorge dénudée de son adversaire. La dague s’enfonça alors que des borborygmes ineptes sortaient des défenses de l’orque. Il se débattit, la rouant de coup qui perdaient petit à petit de leur puissance, jusqu’à ce qu’il tombe à genoux et glisse jusqu’au sol, les yeux révulsés, baignant dans le sang de ses frères.

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Ven 15 Jan 2016 13:24 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Sam 7 Mar 2015 17:53
Messages: 262
~ Chapitre II – 8. Conflit d'intérêt et autres considérations ~



C’était donc une Ashen pleine de terre et de sang qui marchait dans les couloirs autrefois glorieux de ce bien triste manoir. L’humeur de la semi-Shaakt était considérablement détériorée depuis que son visage arborait un œil en passe d’être assaisonné au beurre noir et que plusieurs côtes la lançaient. Or, s’il y avait une chose qu’Ashen détestait encore plus que d’être sale ou blessée : c’était d’être sale et blessée.

Son pas, en conséquence, martelait le sol marbré avec moins de grâce et de délicatesse que ne le laissaient supposer son appartenance elfique et la nécessité d’opérer avec discrétion dans des lieux exhaussés par le silence. Le fait que la maisonnée s’apprêtait à nourrir joyeusement les vers était certes une circonstance atténuante, néanmoins ses pas contribuèrent sans doute à l’origine du bruit qu’elle entendit ensuite : un léger son métallique d’une clef que l’on tourne.

La porte d’où provenait le bruit était celle qui se trouvait en face d’Ashen, et, accessoirement, sa destination. Non pas qu’elle sût ce qui se trouvait de l’autre côté, ma sa taille plus massive que les autres avec deux battants et des ornements taillés à même le bois étaient des indices suffisants pour l’orienter vers une zone d’intérêt. Elle ralentit le pas et s’approcha bien plus silencieusement de la porte contre laquelle elle plaqua l’oreille.

- La porte est fermée, Monsieur, mais j’ai entendu des bruits de pas derrière, il semblerait que nous ayons oublié quelqu’un, dit une voix aux intonations riches et travaillées.

- Sans intérêt. Aide-moi plutôt à trouver la boîte, répondit une seconde voix masculine, quoi que moins recherchée et plus directe.

- Bien, Monsieur.

Ashen s’agenouilla devant la porte et sortit d’une pochette accrochée à sa jambe un nécessaire de crochetage. Cela n’avait jamais été son fort et elle avait toujours abhorré ça, mais admettait que la situation le nécessitait parfois. Elle plaça un crochet dans le trou et entreprit de besogner la serrure.

- Monsieur, je crois que quelqu’un essaie de forcer la serrure.

- Mmh ?

La jeune femme souleva légèrement le mécanisme à l’intérieur de la serrure pour faire entrer un second crochet qu’elle glissa jusqu’au précédent. Elle entreprit de tourner doucement l’ensemble, jusqu’à ce que cela coince. Elle déplaça légèrement les crochets et retenta la manœuvre. Cela coinça de nouveau. Elle força cette fois-ci un peu plus et, n’ayant toujours pas de résultat, força encore plus. Elle cassa le crochet dans la serrure ainsi que l'ongle de son index. Elle siffla un juron entre ses dents serrées et le mordit pour retirer le morceau cassé avant de replacer les crochets dans la serrure.

- Je crois, Monsieur, que cette personne n’est pas très douée dans le crochetage.

- Laisse faire. Ah ! La voilà !

Poursuivre son ouvrage de crochetage n’était probablement pas l’idée la plus brillante qui soit venue à l’esprit de la jeune femme, et elle le savait très bien. Mais elle était irritée de s’être ainsi fait coiffer au poteau et par-dessus tout ç’aurait été admettre sa défaite, chose qui n’était pas envisageable. Et puis, si elle était tout à fait honnête avec elle-même, elle admettrait qu’elle souhaitait faire ses preuves auprès des Murènes et de son Empoisonneuse. Mais Ashen n’était pas tout à fait honnête, et encore moins avec elle-même.

Elle recommença l’opération, cette fois avec un peu plus de douceur et parvint à trouver l’équilibre parfait qui amenait à l’enclenchement de la serrure. Elle s’apprêtait à émettre un petit « ah ! » satisfait lorsque la poignée se déroba à sa main et que la porte s’ouvrit en grand, la révélant encore agenouillée aux yeux de deux hommes. Le premier, celui qui tenait encore dans sa main la poignée, était un humain entre deux âges et aux cheveux noirs grisonnants sur les tempes. Il se tenait debout avec une posture guindée rehaussée par des habits de noirs de bonne facture quoi qu’élimés et à l'aspect délavé. Son visage était si passe-partout qu’il aurait pu se faire passer pour n’importe laquelle des principales ethnies humaines aussi bien qu’aucune, ce qui, au vu des terres qu’il foulait, était la marque d’un esclave issu de plusieurs générations de brassage.

Le visage du second était caché sous les ombres d’une capuche quoi que sa finesse, sa taille et son maintien l’apparentaient aux elfes, mais au quel d’entre eux, Ashen n’aurait pu le dire car aucun pan de peau n’était apparent sous ses habits noirs du parfait cambrioleur. Sa tenue, renforcée par une longue cape, était semblable à celle de son compère quoi qu’elle semblait nettement plus jeune.

Ashen, encore à genoux, s’empressa de se relever.

- Jericho, ne laisse donc pas cette femme sur le pas de la porte, c’est impoli.

- Oui, monsieur. Ma Dame, si vous permettez…

Le prénommé Jericho s’écarta de la porte en faisant un ample geste d’invitation dans ce qui avait dû être le bureau de feu Granul. Comme le reste de la demeure, il exsudait le passé, la grandeur perdue. Les meubles, éclairé de quelques bougeoirs, étaient de bois ouvragés qui avaient perdus de leur éclat, rongés par le temps tandis que les tapis aux motifs imorans avaient fait le festin de générations de mites. Quelques bibelots à l’éclat terne ornaient ça et là le reste de la pièce, recouverts sous un voile de poussière.

Ashen pénétra dans le bureau comme si elle l’avait toujours possédé quoi que ses yeux toisaient les deux hommes d’un regard méfiant. Elle savait que son visage était lui aussi caché sous sa capuche, bien qu’elle avisa d’une mèche de cheveux rebelles qui la trahissait. Elle était contente de savoir son œil poché masqué par les ombres et sa fierté intacte. Ou presque.

- Je suppose que vous venez pour le contenu de cette boîte, dit l’elfe qui présenta l’objet qu’il tenait entre ses mains.

La jeune femme posa presque à contrecœur son regard dessus. Elle était faite d’un bois sombre, poli et brillant qui contrastait avec le reste du bureau et s’ornait de décorations qui auraient fait frémir d’envie un ébéniste. Elle faisait la taille de son avant-bras et la largeur de sa main.

- Tout dépend de ce qu’elle contient, répliqua-t-elle.

- L’objet le plus précieux de ces lieux.

Il fit jouer les mécanismes d’ouverture et souleva légèrement le couvercle. A l’intérieur se trouvait une dague noire. Sa lame reflétait l’éclat des rares bougies qu’elle semblait captiver et faire sienne avant de le rendre au monde teint d’une lueur sombre et obscure. Sa garde, mate, représentait une femme d’une beauté époustouflante quoi que dérangeante. Chacune de ses formes, de ses rondeurs était rendue, lui insufflant un réalisme presque troublant.

La Dague de la Maléfique Noire, à l'apparence si proche du dessin qu’elle en avait déniché et pourtant si lointaine. L’objet de convoitise.

Ashen, presque envoûtée, s’était avancée d’un pas lorsqu’elle avait aperçu l’arme mais s’arrêta brusquement lorsque le couvercle se referma dans un claquement sec. Elle releva les yeux dans l’ombre de la capuche de l’elfe mais n’y discerna qu’un vague éclat reflétant les bougies.

- Je crains que nous n’ayons un conflit d’intérêt, dit-il, non sans qu’un certain plaisir ne perçât sa voix.

- Il semblerait en effet. Qu’allons-nous faire ? Nous battre ?

- C’est une issue envisageable, répondit-il avant de se tourner vers le second homme, qui n’avait pas bougé de la porte. Jericho, pourrais-tu faire passer l’envie à cette femme de nous suivre ? Lorsque ta besogne sera achevée, rejoins-moi directement à Darhàm, j’ai un détour à faire avant cela.

Ce disant, il lança un regard éloquent au petit coffret entre ses mains.

- Bien, monsieur.

Ashen ouvrit la bouche pour protester lorsqu’elle sentit un poing percuter ses côtes et lui couper le souffle.

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Lun 18 Jan 2016 19:56 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Sam 7 Mar 2015 17:53
Messages: 262
~ Chapitre II – 9. Des décisions douteuses ~



Ashen releva sur Jericho des yeux surpris, emplis de larmes provoquées par la douleur, juste à temps pour éviter un second coup. Elle se déplaça pour se mettre en travers de la porte afin d’empêcher l’elfe de ressortir mais fut cueillie par le poing de Jericho. Il avait visé le plexus et Ashen dut reculer pour se mettre en sécurité et reprendre son souffle, laissant la voie libre à l’elfe. Ce dernier sortit en la saluant d’un signe de tête aimable, indifférent à la douleur qui s’épanouissait sous son ordre dans la poitrine de la jeune femme.

Il disparut dans le couloir et lorsqu’Ashen fit mine de se mettre à sa poursuite, ce fut pour découvrir Jericho en travers de sa route. Quelle plaie que cet homme !

De rage, elle se jeta sur lui et balança son poing dans son ventre, un coup vicieux dans l’intention de lui faire aussi mal qu’elle avait souffert. Elle fut récompensée par un grognement sourd avant qu’il ne réplique à son tour. Ashen bondit en arrière pour l’éviter avant de chercher à briser sa garde d’un coup de pied pendant qu’il était affaibli afin de lui coller dans la foulée un nouveau coup. Cette fois, ce fut un uppercut dans la mâchoire qui le fit reculer.

Mais l’homme était rapide et un combattant aguerri et, au lieu de tâter sa mâchoire à la recherche d’une brisure, il fondit une nouvelle fois sur la jeune femme. Il y avait un tel calme, une telle assurance dans le regard de l’homme qu’Ashen prit peur et, plutôt que de chercher à parer ses coups, fit une roulade sur le côté en se mettant ainsi hors de portée. Ce faisant, elle manqua de peu de heurter durement le mobilier, mais elle ne s’en sortirait au final qu’avec un bleu de plus sur la cuisse.

En se relevant, elle avait dégainé ses dagues et sa capuche était retombée, révélant ainsi le bien piètre état dans lequel elle était déjà. Jericho avisa de ses armes et resta statique dans un coin de la pièce, entre un guéridon et l’âtre, la toisant d’un regard impavide. Il vit ses cheveux d’argent, l’hématome violet qui commençait à s’épanouir autour de son œil et sa respiration déjà légèrement accélérée là où la sienne était calme et mesurée.

- Voilà ce que je vous propose, Demoiselle, dit-il finalement de sa voix recherchée. Monsieur m’a donné l’ordre de vous faire passer l’envie de le suivre, ce qui signifie que je peux aussi bien vous tuer que vous laisser en vie. Après vous avoir copieusement battu, s’entend. Si vous sortez vos armes, alors je sortirai les miennes et vous aurez de fortes probabilités de ravaler votre extrait de naissance. Nous pouvons également choisir de lutter comme deux êtres civilisés, sans armes, et vous aurez alors de légères chances d’en ressortir en vie. Qu’en pensez-vous, Demoiselle ?

Les propos et les actes de cet homme semblaient en si grand désaccord avec ses manières de gentilhomme qu’Ashen en était déstabilisée. Elle prit le temps de considérer ses mots en regardant ses dagues et l’homme qu’elle affrontait. Elle pouvait voir le manche de poignards dépasser de ses bottes, mais elle n’aurait pas été surprise d’apprendre qu’il s’en trouvait d’autres sur sa personne. Il irradiait d’assurance et même les quelques coups qu’elle était parvenue à porter ne semblaient pas avoir laissé leur dû.

- Nous pourrions aussi cesser là le combat, fit-elle remarquer.

- Je crains que ce ne soit pas une option, Demoiselle.

Ashen haussa les épaules et rangea ses dagues. Jericho dû prendre ceci pour une réponse car il plongea sur elle, poing en avant. Ashen tenta de l’esquiver de quelques pas sur le côté, mais son adversaire saisit un pan de sa cape et l’attira vers lui. La jeune femme sentit l’attache commencer à l’étrangler alors qu’elle trébuchait vers Jericho, le dos arqué, mais elle leva vivement la main pour trouver l’agrafe et la détacher. Sa cape tomba à terre alors qu’elle s’esquivait au loin, son élan brusquement arrêté par un meuble, le bureau.

Elle posa la main dessus pour se retrouver avec une forme ronde, douce et froide dans la main. Elle risqua un coup d’œil pour aviser d’un presse-papier sous forme d’une pierre sphérique et polie. Elle s’en saisit et s’approcha de Jericho avec l’objet ferment tenu et lui balança un coup de toutes ses forces dans le ventre, renforcé par le poids du presse-papier. Si l’effet fut escompté, c’est-à-dire que Jericho se pencha en deux sous la douleur, l’un des effets collatéraux fut la soudaine douleur qu’elle sentit aux doigts. Elle laissa échapper un cri de souffrance et la sphère de ses mains qui heurta le tapis avec un bruit assourdit.

Ashen regarda sa main tandis que son adversaire reprenait son souffle. Elle ne pouvait plus bouger son majeur qui arborait à présent un angle inhabituel et les autres étaient trop sensibles pour accepter le mouvement de plein gré. Quelle sombre idiote ! Elle se l’était brisé en utilisant comme arme un objet dont l’usage était clairement autre et il avait servi de contrepoids aux boucles de métal qui fermaient la tenue de Jericho. Cela allait indéniablement compliquer la situation, lui ôtant l’usage de sa main valide.

Comme pour souligner ses pensées, un poing fit irruption dans son champ de vision juste avant qu’il ne percute la zone qui commençait déjà à se violacer en lui arrachant un nouveau cri. Son poing fut rapidement suivi par un coup qu’elle reçut dans le ventre et un autre qui percuta ses côtes. Elle recula, hébétée, heurtant de nouveau le bureau.

A l’aveugle, des larmes de douleur plein les yeux, elle plongea le buste sur le côté, esquivant ainsi une nouvelle attaque d’un Jericho manifestement irrité de son action fort peu franc-jeu.

La jeune femme déjà bien abîmée tenta de répliquer en levant brusquement un genou dans ses parties intimes. Elle gagna ainsi un bref répit avant que ne pleuve une série de coups sur elle qu’elle ne parvint pas à arrêter. Elle les encaissa un par un, les bras levés sur sa tête en défense, mais la douleur l’aveuglant alors que les poings s’abattaient sur sa poitrine, son ventre, son visage. Rapidement, elle sentit la souffrance irradier jusqu’à ses jambes alors que Jericho changeait de technique et se mettait à enchaîner les coups de pied.

Rageuse, pleine de hargne et de haine, elle attrapa au vol la botte qui filait vers sa hanche et leva brusquement la jambe en l’air, déstabilisant ainsi son adversaire qui recula de quelques pas pour retrouver son équilibre. Elle voulut profiter de l’ouverture ainsi offerte pour plonger sa dague dans le cœur de l’homme, mais elle ne put mener ce geste à bien car lorsqu’elle fit mine de se saisir de son arme la douleur irradia de nouveau. Son doigt cassé, malmené par le combat, avait tellement fragilisé sa main que le moindre contact était bien trop douloureux pour elle et elle la laissa tomber mollement le long de son corps.

La semi-shaakt avisa de la porte et s’engagea de quelques enjambées dans sa direction, mais fut brutalement arrêtée par Jericho qui l’attrapa par les cheveux et la tira en arrière, prolongeant son geste d’une prise qui précipita Ashen au sol. Là, il n’eût qu’à la rouer de coups de pieds jusqu’à ce qu’elle sombre dans l’inconscience.

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Carrière bleue de Mourakat
MessagePosté: Mar 19 Jan 2016 17:11 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Sam 7 Mar 2015 17:53
Messages: 262
~ Chapitre II – 10. Remettre les bouts en place ~
[:attention:] Très légères scènes beuargh



Un rais de lumière effleura le visage de la jeune femme qui entrouvrit péniblement les yeux. Elle était allongée sur le tapis, recroquevillée et emmitouflée dans sa cape. Elle n’avait pas eu le souvenir de l’avoir tirée jusqu’à elle, mais elle n’avait, somme toute, guère de souvenirs de ce qu’il s’était passé après avoir été rouée de coups.

Elle tenta de bouger légèrement mais fut récompensée par une vague de douleur qui se répandit dans tout son corps, lui arrachant un petit cri faible et étouffé. N’osant plus bouger de nouveau, son esprit revint sur les circonstances qui l’avaient menée dans une telle situation et elle maudit son manque de prudence. Quelle idée avait-elle eu de poursuivre lorsqu’elle s’était rendue compte qu’elle n’était pas la seule cambrioleuse de ces lieux ? Et pourquoi s’était-elle acharnée sur cette fichue serrure ? Sa fierté, sans doute, et mal placée qui plus est.

Ashen essaya de bouger ses membres ankylosés, de les étirer, mais s’arrêta de nouveau, incapable d’affronter la souffrance qui en découlait. Si seulement elle avait pu avoir ce Jericho… Elle lui ferait payer. Lentement, sûrement, et avec luxe de patience. Peut-être même utiliserait-elle un tison chauffé à blanc. Oui, c’est ça, un tison chauffé à blanc… Elle se rendormit sur ces pensées.

***


Elle s’éveilla une seconde fois, perturbée par un son nouveau. Alerte, la jeune femme mit quelques temps à se rendre compte qu’il s’agissait en réalité de son ventre qui grognait sa faim. Ses yeux se relevèrent péniblement pour constater que la nuit était tombée dans les marécage au-dehors, apposant une chape de froid sur l'ensemble du manoir. Avait-elle dormi tout la journée ou plus encore ? Et comment cela se faisait-il que personne n’était encore venu la déranger ? Elle avait pourtant laissé des gardes en vie à l’extérieur et ils avaient eu le temps de comprendre qu’il s’était passé quelque chose à l’intérieur du manoir.

Ashen serra les dents et ouvrit son corps recroquevillé, étendant lentement ses muscles qui protestèrent avec hargne. Le pire advint lorsqu’elle se redressa et tenta de se relever. La douleur fut si forte qu’elle manqua de tout laisser de nouveau tomber. A la place, elle s’obstina et, aidée du bureau, parvint à se tenir debout, flageolante tel le faon faisant ses premiers pas. Cette image l’irrita plus encore. Elle effectua un rapide état des lieux. Elle avait un doigt brisé et les autres étaient violacés. D’autres hématomes parcouraient çà et là son corps et elle soupçonnait fortement d’avoir une ou deux côtes cassées, mais fort heureusement elle n’avait aucune plaie ouverte, si ce n’était sa lèvre fendue. Elle n’osait cependant voir son visage, mais sa vision était limitée à un œil boursoufflé et elle n’osait pas imaginer la forme que devait avoir l’autre. Le tison chauffé à blanc ne sera sans doute pas assez, elle saurait lui arracher les ongles au préalables. Un à un. Et très lentement.

Elle fit quelques mouvements précautionneux pour réchauffer ses muscles et se rendit compte qu’elle pouvait à présent bouger ses membres sans trop souffrir le martyr. Cela devenait presque supportable. Elle sortir un briquet de sa poche et alluma les quelques bougeoirs qui se trouvaient dans la pièce, la réchauffant de leurs lumières.

La jeune femme avisa de sa cape restée sur le sol et se maudit intérieurement une nouvelle fois. Rassemblant tout son courage, elle entreprit de se pencher malgré les côtes cassées pour attraper le bout de tissu et le souleva pour le mettre autour de ses épaules, ravalant une soudaine envie de vomir.

La priorité était son doigt. Elle souhaitait garder toute la fonction de sa main et ne pouvait se permettre de garder une phalange brisée de la sorte. Ashen avisa du presse-papier criminel qui semblait trôner au milieu du tapis, là où elle l’avait laissé tomber durant le combat. Lui lançant un regard mauvais, elle entreprit de se pencher de nouveau et s’en saisit. Elle marcha jusqu’au bureau sur lequel elle posa son majeur cassé à plat, sa main maintenue par le coin du meuble. Elle respira un grand coup. Après tout, il était de bon ton que l’objet qui avait brisé son doigt soit celui qui le remettrait à sa place, d’autant plus qu’il était assez lourd pour faire ça correctement. Elle posa la partie aplatie de la sphère sur la phalange bombée, et avant de se laisser le temps de réfléchir, appuya brusquement.

Elle sentit l’os se déplacer et la douleur, atroce, irradier. Elle poussa un cri en laissant de nouveau tomber la sphère et se pencha pour vomir, accentuant encore sa douleur par les haut-le-cœur qui compressaient ses côtes. Seul de la bile franchit ses lèvres, la laissant haletante avec un goût amer dans la bouche, les yeux pleins de larmes. Elle prit quelques instants pour reprendre son souffle et ses esprits, combattant la douleur. Elle ne souhaitait qu’une chose, s’allonger de nouveau sur le tapis et ne plus bouger, ne plus rien faire, mais elle savait que ç’aurait été là signer son arrêt de mort. Et ça, elle ne pouvait se le permettre. Peut-être lui arracherait-elle les yeux aussi, mais seulement à la toute fin, au summum de sa vengeance. Ou avant, au tout début. Elle verrait.

Un bout de tissu trouvé dans un coin et déchiré lui servit de bandage de fortune et elle fit de même avec ses côtes, accompagnant chaque geste de ses glorieuses pensées de vengeances.

Alors, elle sortit enfin du bureau et marcha dans les couloirs silencieux du manoir. Elle ne croisa pas âme qui vive, pas plus qu’elle n’entendit d’échos autres que les siens. Elle était bel et bien seule en compagnie des morts. Elle descendit laborieusement les marches jusqu’à ce qu’elle estimait être la cuisine et s’empara de quelques denrées. La jeune femme eut à éviter les cadavres de quelques commis, mais parvint à trouver le garde-manger agréablement fournit. Elle enfourna goulûment du pain et du fromage dans sa bouche qu’elle arrosa copieusement de vin avant de songer à se poser la question du pourquoi de ces cadavres qui l’entouraient. Etait-ce Jericho et son compagnon elfe qui les avaient laissés ici ? Ou étaient-ce les reliquats de la vendetta de Hrist et des Murènes ? Elle l’ignorait et pour le moment s’en tamponnait. Elle aurait tout le temps de s’en inquiéter plus tard, si plus tard il y avait.

La semi-shaakt alluma l’âtre de la cuisine – au bout de la sixième tentative et après avoir dépouillé l’un des cadavres de ses vêtements pour s’en servir de combustible - et fit chauffer de l’eau dans une marmite. Elle l’utilisa pour se nettoyer sommairement, de sa main valide, appréciant les gestes simples et la chaleur qui enveloppait une nouvelle fois son corps, éloignant ainsi la froidure. Elle vit avec une intense satisfaction toute la crasse et le sang de ces derniers jours s’enlever petit à petit et, même si elle ne parvint pas à nettoyer ses vêtements, elle n’en fut pas moins ragaillardie.

La nuit était bien avancée et elle n’osait pas reprendre la route. Elle songea un instant rejoindre l’une des chambres du manoir, mais ne se sentait pas le courage de quitter la chaleur pour le froid et se résolut à dormir sur une table devant l’âtre, après l’avoir débarrassée de ses ustensiles. Elle était mal installée, souffrait toujours autant, mais au moins son ventre était plein et elle était au chaud. Avant de fermer les paupières, ses yeux tombèrent sur la râpe à fromage et ils s’illuminèrent.

_________________


Haut
 

Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 13 messages ] 


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO

L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016