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 Sujet du message: Re: Clairière d'Astallin
MessagePosté: Mar 13 Oct 2009 16:41 
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Inscription: Ven 18 Sep 2009 01:39
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Localisation: Si loin et en même temps si proche !
Un moment, quand il s’arrêta devant mon avertissement coassé avec peine, un petit sursaut d’espoir naquit en moi, mais une fois de plus, ce ne fut qu’un bref moment d’accalmie dans l'abandon qui me submergeait, pareil à une ultime goulée d’air qu’un naufragé prendrait avant de se retrouver à nouveau englouti par les flots, pour de bon cette fois. Oui, pour de bon, car j’étais aussi condamné à être soumis à mon persécuteur qu’un pauvre hère frappé de peine de mort conduit pieds et poings liés au billot : je pouvais me débattre, ruer et renâcler autant que je le voulais, le dément que j’avais en face de moi n’avait qu’à faire appel à ses considérables ressources magiques pour me mettre au pas aussi cruellement que cela lui chantait. Si j’avais eu plus de puissance, j’aurais pu rivaliser avec lui et, ayant l’avantage de l’astuce ainsi que de l’intelligence, il ne m’aurait peut-être pas été difficile de prendre le dessus sur lui, mais voilà, le fait était que je n’étais qu’un apprenti sorcier de bas niveau avec presque tout juste assez de fluide pour le maintenir en activité.
Quelqu’un de plus raisonnable aurait sans aucun doute admis depuis longtemps cette écrasante infériorité, mais je devais avoir hérité d’une partie de l’incroyable audace de ma mère qui, combinée à mon orgueil de sindel, avait résulté en cette résistance acharnée et échevelée. Toutefois, désormais, j’avais bien compris que plus que jamais, je n’avais plus les moyens de m’opposer à ce maniaque destructeur violent et myope, aussi fut-ce davantage avec un sentiment de profonde résignation frisant l’indifférence qu’avec désespoir que je finis par concéder à rendre les armes. Bien sûr, des relents de rancœur profonde subsistaient en moi à l’égard ce détestable personnage, mais je ne faisais plus rien pour les entretenir, car même la haine vengeresse la plus intense au monde n’aurait pas pu me donner l’énergie suffisante pour reprendre de la vigueur et déchaîner une attaque qui aurait pu lui causer le moindre mal. De toute façon, pourquoi aurais-je voulu me ruiner la forme à monopoliser ma maigre vigueur ? En dépit de ma nature peu commune, je restais de constitution relativement fragile, peu endurant face aux dépenses physiques, et je n’aurais donc pu fournir un effort de guerre qui, peu importe ce que j’y aurais mis, n’aurait été de toute manière que dérisoire et n’aurait eu avant tout comme résultat que de mettre très dangereusement ma santé en jeu.

Les brumes de l’épuisement m’envahissaient avec une insistance croissante, mais cela ne m’empêcha pas de distinguer très clairement le geste que le cryomancien maudit esquissa en s’agenouillant devant moi. A ce moment, je sus que mon destin était scellé, et plutôt que de m’obstiner à le menacer de mes sorts ridicules, je laissai mon feu intérieur quitter mon doigt où je l’avais accumulé pour le faire revenir en moi, dans le centre même de mon être, afin que ce foyer de chaleur pût être le plus concentré possible dans le but de simplement survivre. En effet, face à la glace par laquelle j’étais maltraité, je me sentais de plus en plus atteint d’une faiblesse que je ne me souvenais pas avoir jamais connu : le foyer d’aniathy qui me servait de cœur était rudement malmené, et si je ne me décidais pas à faire en sorte de le maintenir dans le meilleur état qu’il m’était possible, il s’éteindrait sûrement.
Bien évidemment, en raison de cet emmagasinement de forces, je subis une léthargie pareille à celle que devait ressentir un animal en hibernation, et mes perceptions se firent par conséquent floues. J’entendis que l’ignoble persécuteur crétin, crâneur et dispendieux me gratifiait d’un énième discours, mais ma torpeur était telle que tout ce que je perçus fut une espèce de vague babil qui n’eut à mes oreilles pas plus de sens que ne l’aurait eu le bourdonnement de mouches ou l’aboiement de chiens. En même temps que mes grandes oreilles s’affaissaient de la même manière que l’aurait fait le pavillon d’un navire défait, mes yeux se fermèrent si doucement que l’on aurait presque pu me dire paisible devant l’espèce de grosse sphère obscure qui vint s’emparer de moi. Du fluide d’ombre ? Possible, mais je ne pouvais pas le déterminer, car mes sens étaient à ce point saturés par la présence de l’énergie polaire que je ne pus me concentrer sur cette nouvelle manifestation.

La dernière impression que j’emportai fut celle d’être comme tiré par les pieds à travers la rivière vers une destination inconnue… peut-être jusqu’aux Enfers, pour être confronté à Phaïtos et possiblement y retrouver Aenigal ? C’était possible, mais cette fois, j’étais tellement anéanti que cette pensée eut à peine le temps de percer la couche de mon inconscience avant que celle-ci ne m’envahît tout entier, me recouvrant comme un linceul. Je ne savais pas où j’allais me retrouver, mais quoi qu’il en fût, je ne pouvais désormais plus rien faire face à la puissance démente de l’aliéné qui s’était mis en tête depuis le début de me pourrir l’existence, aussi ne lui fis-je pour le coup même pas le plaisir de protester vainement, partant au contraire avec un mince sourire sur le visage à l’idée que j’avais su le mettre en échec pendant quelque temps en dépit de l’évidente inégalité dans le rapport de forces.

_________________
Tuia, sindel mâtiné d'aniathy, né, brisé, refaçonné, puis brisé à nouveau.


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 Sujet du message: Re: Clairière d'Astallin
MessagePosté: Sam 24 Juil 2010 20:44 
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Inscription: Dim 4 Juil 2010 19:29
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>> L'auberge des Limbes

Je marche tranquillement vers les falaises depuis une bon quart d'heure, peut-être plus. Je viens des Limbes, Ralen'tuê a été adorable et nous a offert notre repas, Sakura et moi. Nous nous connaissons que très peu mais nous nous entendons beaucoup. Nous avons ri, nous avons dégusté, nous avons remémoré les frasques d'Ume Sama et à la fin du service, Ralen'tuê nous a rejoint pour savoir ce qui nous faisait autant rire. Vers 11h, j'ai prétendu que je voulais me promener dans cette belle nuit et deux marins m'ont accompagné jusqu'aux portes de la ville. Tout le monde est si gentil avec moi, c'est un peu une bouffée d'air pur dans mon malheur. Je suis dans la clairière d'Astallin, l'endroit est désert, je n'entends que le ressac des vagues et je perçois les lumières du port en longeant la falaise. Je suis certaine que cet endroit est encore plus magnifique le jour. Soudain, je me retourne, je viens d'entendre un craquement suspect et je souris en entendant le miaulement d'un vieux chat. Que je sois sur mes gardes se comprend aisément, surtout quand on sait ce que je suis venu faire ici, mais de là à découper un chat avec mon sabre, il faut quand même je me mesure. J'enlève ma main sur le pommeau de mon sabre et je continue ma route, le long des falaises.

Prudence, prudence... je répète ce mot dans ma tête en espérant qu'il fasse mouche dans mon esprit et je sursaute quand j'entends à nouveau un craquement de brindilles. Il est là et il me suit. Mon prochain assassin me traque, je commence même à me dire qu'il était le vieux chat de tout à l'heure. J'ai 90 ans et je me laisse encore avoir par ce stratagème enfantin. Je dégaine mon arme et j'avance vers les bruits avant de rester plantée comme une idiote, ne sachant que dire, que faire. Hidarikiki Sakura est là, souriante, à la limite de l'innocence la plus complète. Elle fait mine de ramasser des fleurs sauvages et commence à m'expliquer que son sommeil se fait rare et qu'elle est venue profiter des embruns et des vertus des plantes sauvages en infusion. J'aurais aimé la croire mais ses yeux brillent d'une malice sans égale, je range mon sabre dans son fourreau, je penche ma tête sur le côté et lève un sourcil. Tout mon corps lui demande la vérité et lui montre que je ne suis pas dupe. Elle rit comme une enfant et dévoile enfin ses intentions.

"En fait je te suis depuis ton départ de Cuilnen... Mon frère m'a demandé de veiller sur toi et tu connais ce vieux grigou autant que moi, on ne peut rien lui refuser..."
"Lui refuser une faveur, c'est un peu comme proposer son bras salé et poivré à un troll..."
"Je ne te le fais pas dire ! Tu préfères continuer ta route seule on tu acceptes qu'une vieille dame fasse le chemin avec toi ?"
"Sakurasan... Je ne veux pas qu'il vous arrive malheur."
"Bien ! Alors nous sommes deux..."

La vieille Sakura se rapproche alors de moi et glisse son bras dans le mien, nous reprenons la route. Elle m'explique alors que contre mon prochain ennemi, j'aurais besoin d'elle et disant çà, elle caresse son shamisen. Je souris et je la remercie, en lui promettant de la garder en vie. Elle rit agréablement et me dit simplement de ne pas m'en faire pour elle, qu'elle en a vu d'autres. C'est vrai. Sakura a parcouru les continents depuis plus de 70 ans, elle a certainement dû en voir d'autres. Sur le chemin, nous nous mettons à parler de la nouvelle mode à Oranan et je ris de bon coeur lorsqu'elle m'imite une geisha typique, j'en oublie même complètement pourquoi je suis là. C'est Sakura qui me rappelle à mon destin en me montrant du doigt les falaises au nord. Un gros bûcher brûle, c'est certainement le point de rendez-vous. Inconsciemment, je serre un peu plus le bras de Sakura, elle s'arrête de marcher, me regarde longuement et passe sa main flétrie par le temps sur ma joue en me souriant. Elle me rassure mais je n'en reste pas moins terrorisée.

"J'ai peur, Sakurasan..."
"C'est normal. Et c'est sain, la peur. C'est ta conscience du danger, il vaut mieux avoir peur que foncer tête baissée... De ce que j'en ai vu, celui-là est aussi fourbe qu'un serpent siffleur. Fais attention à toi, je suis là pour rythmer tes pas, ne t'inquiète pas, je suivrai ton combat, j'ai l'habitude."
"Sakurasan..."

Je plonge mon corps dans le sien et je déferle mes larmes en gros sanglot intarissable. La gamine masquée était gauche, cela se voyait, mais lui, il a l'air gaillard et très habile. Je sens que c'est ma dernière nuit et je frissonne. Sakura me prend dans ses bras et me réconforte du mieux qu'elle peut. Je suis pathétique. Je souhaite me venger et quand je suis à deux pas de commencer vraiment ma vengeance, je pleure, accompagnée d'une petite vieille. Pathétique ! Je commence même à en rire et j'emporte avec moi Sakura. Les yeux en larmes, rieuse, je m'avance alors vers mon assassin et je mets le masque de la jeune bretteuse rousse. Plus mes pas s'approchent du bûcher et plus je suis prête, quitte à vivre mes derniers instants ici...

>> Les falaises côtières

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