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Un caractère bien trempée, c’est ainsi que mon grand-père me décrivait avec un grand sourire, mais ma grand-mère se dépêchait toujours de rajouter que je finirais par le regretter si je ne me contrôlais pas, mes paroles pourraient un jour dépasser tes pensées.
Une fois de plus mes aïeuls avaient raison. Je m’étais laissée emporter par la colère, et j’avais passé à deux cheveux de recevoir un coup de pied dans la figure. Mu par la rage, le gros geôlier s’était rapidement lever pour fermer violemment du pied le coffre que je tentais d’inspecter. Victime de cette secousse, je tombai au sol et m’écorchai le coude. J’avais mal, mais je contenais ma douleur. Mon impertinence venait d’être punie, et je ne pouvais me plaindre, je l’avais mérité.
Je connaissais bien mes torts, mais j’éprouvais quand même toujours de la colère contre ce gardien. Il n’avait pas été gentil à mon égard et je ne lui avais que remis la monnaie de sa pièce. J’avais agi trop impulsivement, il est vrai, mais je ne regrettais pas de lui avoir dit ma façon de penser. Cependant, je n’étais pas insouciante, je savais bien que ce gros béta n’aurait pas à déployer beaucoup de forces pour m’écraser comme un vulgaire rat. Même si la grande armoire m'intriguait, je m'abtiens de l'explorer, prenant au sérieux les menaces de la bête en colère et m’éloignant de lui au plus vite pour m’approcher des deux hommes en haillons.
Si l’homme loup avait été impertinent à mon égard, il n’en était rien des deux autres occupants de la pièce qui avaient bien malgré eux subi les affres de mon emportement colérique. Je regrettais vivement les vilaines paroles que je leur avais adressées. L’homme aux cheveux noirs ne se laissa pas insulter ainsi sans rien dire, il me rappela, avec raison, que j’avais grimpé sur son épaule sans sa permission et qu’il m’avait aimablement accueilli sans rien dire. Trop véridiques, ses paroles ne faisaient qu'accroître mon sentiment de culpabilité. Les yeux pleins d’eaux, je baissai la tête et humblement je lui demandai pardon.
« Vous avez raison, j’ai été impolie et ingrate envers vous deux, je vous demande de pardonner mon comportement, vous ne méritiez pas de vous faire insulter ainsi. »
Ayant réussi à contenir et à refouler mes larmes, je relevai la tête et fièrement je leur dis :
« Je ne suis peut-être qu’une petite lutine, mais pour me faire pardonner de cet affront, je vous promets d’être disponible pour vous porter secours le cas échéant. »
Dans la famille Roquin, donner sa parole comme je venais de le faire était une action très importante. J’espérais cependant, qu’ils me prennent au sérieux et ne me tournent pas au ridicule dû à ma petite taille. Le cas échéant, je ne piperais mot, ce serait ma punition pour mon impertinence.
L’elfe aux marques bleues sur le visage perdit son air apeuré pour endosser une mine outrée. Il expliqua avec virulence que le marionnettiste ne pouvait être le maître de ces lieux puisqu’il était décédé.
L’humain répliqua qu’un mort ne pouvait diriger un bagne. Pour ma part, songeuse je regardai un petit moment l'elfe.
(Et s’ils disaient tous les deux la vérité.)
Je m’approchai alors de Maelan afin de lui exposer mon idée. Je voulais être le plus loin possible du geôlier de peur que mes paroles ne l’insultent encore, et bien malgré moi cette fois.
« Et si vous avez tous les deux raison. Et si celui que vous appelez le marionnettiste dirigeait autrefois, il y a fort longtemps, cette prison. Puisque personne ne sort d’ici, personne n’aurait rien su de son décès. Et peut-être même qu’un autre a pris sa place et se fait appeler également le marionnettiste. »
C’est à ce moment que l'humain commença à gravir les marches. Je décidai donc de faire de même. Certes, je n’avais plus mes précieuses bottes pour effectuer de petits sauts, mais j’étais assez souple et agile pour gravir ses marches sans demander de l’aide. Étant à ma quatrième marche, je me tournai vers l’elfe aux cheveux noirs, en lui faisant de la main signe de nous rejoindre.
« Vous venez avec nous ? C’est en unissant nos forces et se servant de nos différences que nous finirons par trouver une solution pour sortir d’ici. »
J’attendis un petit moment puis gravis les marches suivantes. Lorsqu’il me resta une dernière marche, je me retournai vers le geôlier. Je savais que j’aurais dû m’excuser pour mon comportement, même si je le considérais justifié. J’étais consciente que je devrais lui offrir de revenir le chercher lorsque nous aurions trouvé l’issu, mais j’étais incapable de lui parler, je lui tenais encore trop rancune. Pire encore, je craignais que mes paroles polies soient les seules prononcées et qu’ils m’envoient une fois de plus promener en m’insultant sur ma petite taille. Je le fixai donc un petit moment, restant silencieuse, puis je poursuivis mon chemin.
_________________ Guasina, protectrice d'âme
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