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Kurgoth sorti la bourse en cuir de sa bure et donna les vingt yus demandés par le vieux borgne. Alors qu'il s'apprêtait à la ranger, il entendit Eden crier:
"
Attention! Voleur!"
Le garzok se retourna brusquement, tendant son bras droit et laissant la tête de sa kitranche glisser entre ses doigts avant de resserrer ces derniers fermement sur le manche. La lame siffla dans les airs avant de immobiliser à quelques centimètres du visage du vieux commerçant. Lequel ayant perdu son oeil gauche ne vis pas le coup partir et, sous la surprise de voir l'arme s'arrêter soudainement si proche de lui, tomba à terre sur son postérieur. Baissant les yeux, le fanatique de Thimoros aperçu un segteg recroquevillé. Ce dernier, comprenant la précarité de sa situation, pris ses jambes à son cou au moment où la lame s'approchait de nouveau. Mais le guerrier n'en avait pas décider ainsi, cela faisait trop longtemps qu'il s’entraînait sans tuer et il avait soif de sang frais. Il fit alors un autre tour sur lui-même mais cette fois ses doigts se relâchèrent et la kitranche pris la tangente. Tournant sur elle-même en fendant l'air à toute vitesse, elle se planta violemment dans le sol après avoir profondément entaillé le mollet du fugitif.
Alors que la foule commençait à se retourner pour observer l'affrontement, Kurgoth avançait d'un air menaçant. Tenant sa seconde kitranche d'une main, il faisait claquer le plat de la lame sur son autre paume en avançant, alors que ses yeux rouges fixaient avec un désir de violence le voleur qui reculait sur les fesses sans oser détourner le regard. Les passants s'étaient totalement détournés de leurs achats et enfermaient à présent dans un cercle compact les trois protagonistes. Le dernier du trio était en effet Eden qui, loin de participer au règlement de comptes, s'improvisait preneur de paris en circulant devant les badauds attroupés.
"
Envie de gagner de l'argent facile? Vous pensez que la ruse prévaut sur la force? C'est le moment de parier à cent contre un que le petit va s'en tirer! Pariez peu et gagnez gros!"
Les deux opposants s'étaient relevés et tournaient l'un autour de l'autre, brandissant leur arme vers leur adversaire. Kurgoth était maintenant à côté de la kitranche qu'il avait lancé. Alors qu'il se baissait pour la ramasser, le segteg tenta de se jeter sur lui. Mais le garzok avait un bras armé pointé en sa direction et le plus petit des combattants dû arrêter sa course, faute de pouvoir contourner cette garde qui lui semblait imprenable étant donné la différence de taille. Une fois relevé, le guerrier se jeta sur son adversaire pour lui asséner un coup de sa main droite mais le voleur, plus agile, esquiva et se retrouva dans le dos de son adversaire. Profitant de l'opportunité, il lui enfonça son poignard dans le bas du dos mais contrairement à ce qu'il espérait, cela ne suffit pas à mettre à genoux le fanatique. Kurgoth s'était fortement endurcit en subissant l'Ignesia ainsi que les diverses mortifications qui avaient lieu dans le temple de Thimoros, et même s'il sentait la douleur dans son dos, il la supportait beaucoup mieux.
Bien qu'il se raidit de douleur, le coup de poignard ne l'arrêta pas outre mesure dans ses mouvements, et l'instant d'incrédulité que cela provoqua chez son adversaire suffit à lui permettre de le toucher de la main gauche. Ce coup-ci fut puissant et la cible projetée à un mètre du point d'impact. Il l'avait frappé sur le côté de la tête avec le plat de sa lame et le segteg était à présent sonné, le nez dans la poussière. Sachant son adversaire temporairement hors de combat le religieux prit le temps de constater les dégâts subit par sa bure. Le trou était bien visible et il senti la fureur monter en lui, ce petit voleur avait déjà abîmé son habit rituel alors que le fanatique sortait tout juste du temple. Il avançait vers le segteg, qui n'avait toujours pas bougé, comme s'il s'agissait d'un morceau de viande sanguinolente à dévorer, mais l'instant où son arme vint porter le coup fatal, la créature roula sur le côté, ne concédant qu'une oreille à son agresseur. Vif comme l'éclair il élança son arme vers la gorge de son adversaire qui agenouillé faisait à présent sa taille. Ce dernier parvint cependant, in extremis, à dévier le coup en relevant le bras droit qui avait servit à planter son arme dans le sol l'instant précédent.
Se prévenant ainsi d'une blessure mortelle, il senti la lame taillader profondément la chair de son triceps. Se relevant dans la foulée, sachant qu'il venait de voir sa force de frappe réduite, il tenta d'atteindre le pickpocket de son autre arme mais celui-ci s'était déjà mis à l'abris avec un bond en arrière. Bien qu'il ait un mollet tailladé, le segteg restait plus rapide et agile que le garzok. Le guerrier décida de laisser pendre son bras droit, simulant une blessure plus grave qu'elle ne l'était, mais lui permettant aussi de pouvoir réserver les dernières forces de ce bras pour un coup surprise qu'il espérerait utiliser au moment opportun.
Alors que les combattants recommencèrent à tourner l'un autour de l'autre, l'un boitant, l'autre un bras pendant, pour attaquer au meilleur moment, les spectateurs commencèrent à reconsidérer les offres du jeune garçon en voyant l'état du religieux. Tout en acceptant les paris des badauds, Eden semblait pâlier et être de moins en moins confiant. L'assaut suivant eu enfin lieu et le voleur se jeta sur le bras blessé du religieux. Kurgoth fit un pas de côté et abattit son arme en direction du segteg. Ce dernier s'interrompit net pour voir la lame défiler devant ses yeux et tenta de poignarder son adversaire au ventre. Ce dernier interposa son bras droit blessé et la lame se planta dans son avant bras. Le pickpocket réussi à prendre appuis sur le bras massif pour sauter et atteindre la tête du garzok. Kurgoth tourna subitement sur lui-même en se jetant au sol sur sa gauche pour éviter le coup. Se jetant ainsi, son bras droit se retrouva à fendre l'air au dessus de lui et le guerrier utilisa toute sa rage de vaincre pour accélérer ce mouvement. Le pickpocket, momentanément suspendu dans les airs, ne pu que regarder ce bras, moins inerte qu'il ne le pensait, arriver à toute vitesse dans sa direction.
Le voleur finit par toucher terre la tête la première. Le corps la suivit une seconde plus tard, dans la poussière, et sous les protestations des parieurs. Alors que la foule momentanément divertie s'en retournait à ses affaires, Kurgoth fouillait sa victime, arrachant au passage les vêtements les moins sales dont il comptait se servir pour panser ses blessures. Se relevant enfin, en mâchonnant un morceau de chair, il vit Eden, sourire aux lèvres et une bourse de cuir en main, qui lui lâcha d'un air moqueur:
"
J'aime quand tu prends des coups, ça fait parier les gens. Et nous... ça nous fait de l'argent!"
1236mots