L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les profondeurs
MessagePosté: Mer 30 Sep 2015 04:01 
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La vue trouble et la démarche maladroite, Hrist avait traversé les galeries qui menaient jusqu'à la sortie des tunnels, là où s'entassait des mois et des mois de décombres et de gravas que les contrebandiers accumulaient dans les sous-sols de la ville. Hrist écrasait les cageots et les toiles rongées par la vermine qui se soulevait comme une nuée de moucherons à chacun de ses pas.

La Murène gagna rapidement un campement souterrain où des familles miséreuses s'entassaient dans de minuscules alcôves creusés dans la pierre et se serraient les uns contre les autres autour d'un feu fumant pour réchauffer leur misère. Quelques marmites faisaient bouillir une soupe épaisse confectionnée avec ce qui se trouvait de comestible sous terre. L'odeur de la maladie et de la mort régnait le tout dans une atmosphère sombre et opaque. Quelques regards s'attardaient sur elle, toute coquette qu'elle fut, la tueuse n'était plus qu'une loque. Couverte de sang, de toile et de poussière, le visage fatigué, les yeux rougis et la lèvre crevée, Hrist boitait et avançait douloureusement, plaquant fermement la main droite sur sa blessure pour empêcher le sang de couler. Si elle s'évanouissait ici, elle le savait, les miséreux se chargeraient de son corps avant même qu'elle n'expire son dernier souffle. Dépouillée de ses biens, elle serait jetée aux débris ou dévorée par des gobelins. Les rats seraient les derniers à en profiter.

Son estomac vide lui envoyait des démangeaisons dans les entrailles et la gorge brûlée par le sang et la bile, elle toussait comme une malade lors de ses derniers jours.

Cèles lui murmurait des conseils à mesure que la tueuse avançait dans le dédale souterrain. " Rentre... Katalina pourra s'en charger de ce gobelin, mais dans ton état, tu vas finir creusée avant le lever du soleil si tu t'acharnes. "

Dans le plafond, comme une plaie ouverte, Hrist pu enfin apercevoir la lumière des rues et le ciel étoilé au dessus d'elle. L'air d'Omyre, pour la première fois de sa vie sentait bon la vie.

_________________
La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


Némésis d'Heartless


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 Sujet du message: Re: Les profondeurs
MessagePosté: Jeu 29 Oct 2015 11:35 
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Souterrain

Faire silence, c’est d’abord se faire fureur. Beorth commence à en avoir assez de se terrer comme un rat, et la suite de la progression ne l’enthousiasme guère plus. Après avoir été raboté de face et de dos, voilà qu’on lui demande d’aller se balader à quatre pattes dans un ruisseau douteux. Le tunnel recueille là des eaux d’écoulement de la pluie, de failles, des caniveaux sommaires, sans oublier tout ce que les rampants, grouillants et volants des souterrains peuvent se soulager sans égard pour les bipèdes. L’elfe noir, sans gêne aucune, plonge ses mains dans la fange, et se mouille les chausses, laisse le flot entrer dans ses bottes. Le mercenaire derrière lui hésite, essaie de coller tant bien que mal le sac au sec contre son ventre, et s’y met à son tour. Les premiers mètres, il a le cœur au bord des lèvres, et manque d’ajouter son repas à demi digéré à la soupe infâme qui humidifie peu à peu son pantalon. A force, il s’habitue peu à peu, pas tout à fait cependant.

(Même les mouches me colleront pas au cul quand je sortirai de là… On va y réfléchir à des fois avant de se coller à moi pour me faire les poches… J’vais leur ramener leur butin, mais – pardieux ! – va falloir qu’ils virent leur poiscaille de leur bassine pour que je m’y récure !)

Pas qu’il soit soucieux de l’hygiène, le Beorth, mais la liquide qui lui monte jusqu’aux poignets arrive à faire passer au second plan un repas chaud, une bonne mousse et une mignonne à tringler, juste derrière un grand baquet d’eau chaude et cette espèce de pâte de gras et de cendre fleurant l’huile d’olive que produisent les tuloriens, sans compter quelques bottes de menthe pour se frotter la couenne.

Dans le tunnel obscur, il n’y a pas qu’eux, et fort heureusement, rien ne semble décidé à mordre. La petite lampe à huile que brandit tant bien que mal le shaakt n’offre pas à proprement parler un éclairage sur la situation, mais permet au moins à l’humain de ne pas se sentir piégé dans un tombeau. A mesure que la sortie semble se rapprocher, les considérations pratiques reviennent à l’esprit. Hors de question de revenir par là si poursuivi ou chargé : le sac et la corde sont déjà de trop, pas la peine d’en faire plus. Une fois le boxon fichu dans le merdier des bigots, il faudra se carapater à toutes jambes, si possible sans trainer derrière soi une foule d’excités en colère. Pas glorieux, d’autant qu’il ne connaît pas la disposition des lieux.

Au bout du tunnel, une sorte de demi-salle, une faille à peine élargie, un bout de boyau, quelque chose dans le genre ; le plus important pour Beorth est qu’il peut à nouveau se tenir sur ses deux pieds, même si passablement voûté et collé à son guide. Ce dernier a soufflé leur seule source de lumière à la sortie du boyau, si bien que le mercenaire eut à peine le temps d’apercevoir une paroi de fortune, un torchis sommaire, mal colmaté, au travers duquel glissent maintenant quelques rais de lumière.

« C’est de l’autre côté. » explique l’elfe noir dans un murmure.

(Par les tétons bleus de Yuia ! Elle s’est bien foutue de ma gueule, l’autre pisseuse dans sa boutique ! Un putain de mur ! Que la vermine lui ronge la chatte à cette enflure de shaakte !)

Tandis que se dissipent rapidement les idées de supplices et afflictions qu’il souhaite voir infliger à celle qui l’a envoyé vers cette impasse, le pragmatisme reprend le dessus. Il fait signe au shaakt de prendre sa place, et, tant bien que mal, non sans se coller et se cogner, Beorth parvient à se trouver face au mur. Tant pis pour la discrétion ! Avec un peu de chance, les gus de l’autre côté ne comprendront pas ce qu’il se passe. De la main, il tâte l’ouvrage de maçonnerie. Pas du grand art, ceux qui se sont livrés à ces travaux n’ont ni pris le temps d’ancrer l’ensemble au roc, ni de renforcer convenablement la structure. Ce n’est rien qu’une pile de poignée de boue mélangée à de la vieille paille, à peine de quoi tenir la faune locale en dehors, et encore : pour peu que les rats flairent une bonne source de nourriture, et ils passeront à travers cette maigre défense à grands renforts de griffe et de crocs.

L’épaule contre le mur, le guerrier éprouve un peu la résistance de la chose. En poussant sur ses jambes, les pieds calés contre une irrégularité du sol, il lui semble percevoir comme un mouvement. Alors il gonfle ses poumons, et pousse une première fois, expirant à grand souffle, bandant tous ses muscles, sans obtenir le succès escompté. Pourtant, il l’a bien sentie, cette paroi, prête à céder. Aux grands mots, les grands remèdes. Du bout ferré du manche de sa hache, il attaque la boue séchée collée à la paroi, se servant de l’arme comme d’une barre à mine, la main sur le haut du fer pour renforcer la puissance du coup. Ca sonne creux, mais ça sonne tout de même, et il ne serait pas impossible que quelqu’un vienne s’enquérir de ce martèlement sourd. En fait, c’est précisément ce sur quoi compte l’exechois. Ca ne manque pas. De l’autre côté retentit un « qui va là ? » hésitant, une voix qui mue, probablement un adolescent. Et puis de suite après le raclement caractéristique de caisse que l’on pousse, des objets que l’on déplace.

(Trop aimable ! Et surtout trop con !)

Avec un ahan bruyant, il s’adosse à nouveau contre le mur et pousse de toutes ses forces. L’action combinée de son travail de sape et du dégagement de l’autre côté a facilité le basculement. Alors qu’il s’apprête à abandonner, il sent la structure qui enfin bascule, et puise dans sa volonté de quoi pousser au bout, dans un dernier effort, ses muscles déjà bandés. Pour le coup, le fracas va rameuter tout ce qui traine dans le tunnel de l’autre côté, mais qu’importe.

Une silhouette trop maigre s’est prise la plaque de torchis en plein sur la bobine, et parvient péniblement à émerger de sous les blocs disjoints. Pas question de lui laisser le temps de faire quoi que ce soit, Beorth le sèche d’un coup de botte bien senti à la tempe, brandissant sa hache devant lui. Du coin de l’œil, il aperçoit le shaakt qui s’est faufilé, pas exactement sur ses talons mais ne le précédant pas non plus, à distance prudente, un poignard à la main – sans doute plus adapté au combat dans un espace fermé.

La pièce est éclairée par deux lampes à suif, posées dans des niches creusées à même la roche. Deux vraies couches, surélevées par quelques planches, et une mauvaise paillasse forment tout l’ameublement, avec deux lourds coffres, des caisses, des tonnelets et des sacs.

(Trois pigeons dans le nid. Et peut-être déjà un au tapis. Ben c’est pas si mal finalement !)

Pas un cri, juste du bruit, du fracas. Deux acolytes en robes de bure noires arrivent dans la foulée, talonnés par deux garzoks ; ces derniers, flairant l’embrouille, se carapatent sans demander leur reste : impossible de savoir si c’est pour donner l’alerte, ou simplement parce qu’il s’agissait de clients pas décidés à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Dans le doute, il faut agir vite. Opération coup de poing, un raid bien mené sans s’attarder.

Les choses manquent de mal tourner. Une sorte de main sombre se matérialise dans l’espace, et vient saisir Beorth à la gorge. Une sensation de froid intense l’envahit, en rien comparable avec ce que les hivers lui avaient fait connaître. Si la mort doit avoir un avant-goût, un vrai, il ne doute pas un instant que c’est celui-là. Dans le même temps, le second mage souffle vers lui une brume noire, dont il comprend qu’elle lui sera fatale s’il ne fait rien. Plus assez de force pour avancer, pour lever la hache, il lui semble que la volonté seule d’agir lui manque. Impossible aussi de voir ce que fait le shaakt, s’il sera d’un quelconque secours ou s’il a déjà fui.

Un dernier éclair de lucidité – ou peut-être simplement parce que c’est la seule chose que distingue encore son champ de vision – lui permet d’envisager une échappatoire. Deux pas, plus éprouvants que deux mille, le rapprochent assez d’une des lampes, qu’il saisit d’une main et lance sans grande conviction. Pas de quoi blesser, ni même brûler, mais la vision d’une flamme arrivant droit vers lui perturbe le lanceur de sort qui imposait sa poigne nébuleuse. Un combat tient parfois à une seconde de flottement qu’un des adversaires peut exploiter à son avantage. Trop confiants peut-être dans leur magie, les deux encapuchonnés n’ont pas vu venir le coup, et, pas pensé à se mettre dans une position de fuite. Derrière eux, il n’y a qu’un mur, et pas le temps de maintenir un sort et de tourner les talons.

Déjà Beorth s’est rué, fonçant sans fioriture, tout son poids porté vers l’avant, la hache décrivant un arc de cercle. L’acier broie une hanche et, profitant du déséquilibre, le guerrier percute de l’épaule le type encore debout, se laissant presque tomber sur lui. Derrière, le shaakt a réapparu, comme par miracle, sentant sans doute que le vent tournait. D’un geste net il achève le blessé, tandis que Beorth défonce à coups de hache rageurs le torse de sa victime sonnée.

« Beau travail. » Le ton de l’elfe noir est sans ironie aucune, simple constat.

(Ouais, c’est ça. Et toi, t’étais où ?)

L’heure n’est pas à régler des comptes, ni même à la bagarre. De toute manière, le noiraud n’a pas l’air manchot avec un surin, pas question de risquer une saignée après la quasi déculottée magique. Du bol, Beorth est conscient d’en avoir eu, et on ne l’y reprendra pas avant longtemps – à moins que lui soit versée une somme substantielle – à se ficher dans une pareille histoire, sans préparation sérieuse aucune. Avant de disparaître, il faut récolter de quoi justifier la prise de risque, pas questionner le rentrer les poches vides. Les serrures des coffres sautent après quelques coups de hache bien assenés, et avec elle une bonne partie du couvercle. Dedans, il n’y a guère que des fripes sombres, des livres, de bibelots à l’air vaguement ésotérique, des assemblages de perles et de plumes de corbeaux, toute la camelote magique dont le mercenaire n’a cure. On lui a parlé de fluides en revanche, en lui confiant sa mission et ça, il connaît. Comme l’or et les bijoux, ça se monnaie pas mal au marché noir. Après avoir farfouillé un peu, il découvre, enveloppées dans des tissus noirs passementés de motifs de corbeaux argentés, une série de huit fioles scellées à la cire, où un liquide décrit, sous l’influence de quelque force magique, des volutes et des circonvolutions, passant par un panel de nuances de noir.

Sur le couvercle de l’une des caisses, le shaakt vide deux bourses de yus et dépose des bagues, broches et pendentifs prélevés sur les cadavres. Pas le temps d’aller plus loin dans la fouille, il y a là tout ce qu’ils étaient venus chercher. Les yus sont vite fait partagés en deux parts égales, de même que les bijoux, et surtout les fioles. Pas question d’entuber la shaakte avec ça, même si l’envie ne manque pas à Beorth après le coup relativement vache qu’elle lui a fait en l’envoyant dans un cul de sac.

Chacun des deux associés ayant calé son butin dans son bagage, ils filent tous deux du côté d’où sont venus les mages. Ils trouvent là quelque chose qui ressemble à une chapelle improvisée, une planche et deux tréteaux en guise d’autel, des chandelles, des corbeaux et des plumes partout, quelques tentures miteuses pour cacher le côté miséreux des murs. Pas le genre d’endroit où viennent trainer les pontes d’un quelconque culte, juste de quoi soutirer trois aumônes à des trouillus inquiets de ce qui se passera sitôt qu’ils auront cané.

« On se quitte là. Bonne chance. Elle refera affaire avec vous, si le butin lui convient. »

« Ouais. J’verrai. »

Derrière un rideau, une légère pente permet de regagner la rue. Il y a bien quelques badauds qui commencent à se réunir, mais pas encore de gardes en vue, ni de trognes décidées à foutre leur nez dans ce qui ne les concerne pas. Le shaakt disparaît à grands pas dans une direction qui doit lui être familière. Beorth ne demande pas son reste non plus, et, faute de savoir véritablement où il doit aller, se contente de s’éloigner le plus possible, en allant de droite et de gauche pour veiller à n’être pas suivi, du lieu de son petit carnage.

Retour aux Thermes

_________________
***


La plupart des hommes aimaient mieux être appelés habiles en étant des canailles qu'être appelés des sots en étant honnêtes : de ceci, ils rougissent, de l'autre ils s'enorgueillissent.

Thucydide, Guerre du Péloponnèse III, 82


Beorth - Humain - Guerrier


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 Sujet du message: Re: Les profondeurs
MessagePosté: Jeu 20 Juil 2017 02:18 
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J'ai du avoir une absence parce que je réalise soudain que le décor autour de moi a changé, tout comme mon point de vue. Il me faut quelques secondes pour réaliser que je suis allongé par terre dans une toute petite pièce sombre, sur de la pierre à en juger par l'absence absolue de moelleux et le froid qui me transit le dos. Un visage apparaît soudain dans mon champ de vision, sa présence me semble si saugrenue que je ne peux m'empêcher de hoqueter de stupeur incrédule:

"Faryä? Que..."

La Shaakte laisse échapper un léger rire sarcastique, puis elle me fixe longuement droit dans les yeux avant de répondre avec un imperceptible sourire en coin:

"Ne t'ai-je pas dit que ta mort ne me serait d'aucune utilité? Il faudra que tu apprennes à me faire confiance, très cher."

Je grimace à ces derniers mots et rétorque en toussant et en crachant un peu de sang:

"Alors ça, ma belle, ce n'est pas demain la veille."

L'Elfe Noire éclate de rire et me tapote doucement la joue en susurrant mielleusement:

"Eh bien, tu finis par apprendre, à force. Peut-être pourrais-je faire quelque chose de toi, en fin de compte. Tu penses pouvoir te lever et marcher un peu?"

"Mais bien sûr, je me sens d'humeur à grimper en courant sur le plus haut sommet de ce foutu continent!"

La réplique a jailli toute seule, cinglante, mais je réalise à cet instant que quels que soient les griefs que j'ai à son encontre, elle n'en vient pas moins de sauver ma peau. Avec une moue vaguement désolée je tempère aussitôt mes propos:

"Désolé, je suis...fatigué. Aide-moi à me mettre debout. S'il te plaît."

Elle obtempère sans répondre et me soulève avec aisance. Pour avoir batifolé avec elle je la savais costaud, mais elle a vraiment une force que je n'aurais jamais soupçonnée au vu de son physique plutôt fin. J'effectue quelques pas hésitants à ses côtés, appuyé sur son épaule comme un vieillard sénile, puis je m'en détache prudemment et tente de marcher tout seul malgré le tournis qui s'est emparé de moi. Le résultat n'est pas glorieux, après le vieillard l'Elfe ivre, mais je tiens plus ou moins debout.

Mon amante maudite m'entraîne dans un véritable dédale de couloirs étroits, d'escaliers traîtres et pentus qui manquent à plusieurs reprise mettre un terme à mes jours. Mais ma compagne veille et me retient chaque fois d'un geste effarant de vivacité. Je me flatte d'être rapide, les cadavres qui jalonnent ma route disent assez que je le suis, mais cette Elfe me surpasse de la tête et des épaules en la matière. J'ai bien fait de ne pas la défier jusque là, le jour est encore loin où j'aurais une chance de la vaincre, apparemment. Encore que je ne sois plus aussi certain que par le passé d'avoir vraiment envie de lui trancher le col, elle m'a plongé dans les pires ennuis, certes, mais d'une certaine façon elle a également toujours été là pour m'en sortir. Et puis, pensée bien plus perturbante, il est envisageable qu'elle porte un enfant issu de nos ébats. Quel genre d'être serais-je si je trucidais la mère de mon enfant, au juste? Pas celui que je m'efforce de devenir, en tous les cas. Mais il est aussi possible que toute cette histoire ne soit qu'une vaste foutaise, connaissant Faryä elle est tout à fait capable de l'avoir inventée du début à la fin pour me manipuler. Non sans succès d'ailleurs, à ma plus grande honte. Mais je chasse ces pensées pour me concentrer sur le présent, une fois encore trop de choses m'échappent pour que je me sente à l'aise et j'entends bien obtenir quelques réponses:

"Où allons-nous? Et pourquoi m'as-tu sorti de cette arène? Que veux-tu encore de moi?"

La Shaakte me jette un regard en coin et réplique à mi-voix:

"Nous n'allons nulle part. Tu pars seul. Il est temps pour toi de quitter Omyre, tu n'y survivrais pas trois jours de plus. Je te conduis à une issue secrète, à partir de là tu devras te débrouiller."

Je l'observe, attendant qu'elle poursuive, mais comme elle ne semble nullement décidée à le faire j'insiste sans le moindre remord:

"Mais encore? Je veux des réponses, Faryä."

"Tu poses des questions dont tu connais les réponses, Tanaëth, ça m'agace."

Je hausse un sourcil un peu perplexe, que veut-elle dire par là?! Il faudra que j'y réfléchisse à tête reposée parce que juste là je ne vois pas comment je saurais ce qu'elle me veut, ni la véritable raison qui l'a poussée à me sortir de ce guêpier. Les deux sont probablement liés, mais je ne cerne pas. Je soupire doucement et tente de biaiser en changeant de sujet:

"Tu sais que le gros Garzok qui s'occupe des arènes a la bague que tu m'avais demandé d'aller récupérer? Et aussi que je ne peux pas quitter cette maudite ville sans mon équipement? Tu m'avais dit que j'aurais impérativement besoin de cette cape noire, aussi..."

A ma plus grande surprise, l'Elfe éclate de rire et me scrute d'un air ouvertement moqueur en sortant de sa poche ladite bague, qu'elle me tend:

"Alors c'est vrai, tu n'as encore rien compris? Des bagues comme celle-ci il en existe de nombreuses, elles ne servent à rien aux non-initiés. Quant à ton équipement, tu le retrouveras, sois tranquille."

Interloqué, je prends la chevalière en fronçant les sourcils et tente de percer le sens de ces paroles sibyllines, si cette bague n'était qu'un prétexte, alors pourquoi m'a-t'elle envoyé dans cet antre des ténèbres? Plusieurs minutes s'écoulent avant que je ne reprenne la parole, profondément songeur:

"Tu voulais que je tue le Nécromancien qui demeurait là-bas. Tout le reste n'était que prétexte. Mais pourquoi avoir mis sur ma route toute une armée de Garzoks? Attends...tu espérais que je leur infligerais une humiliation, en leur glissant entre les doigts ou en leur rentrant dans le tas. C'est ça?"

"Continue", murmure l'espionne avec un sourire en coin.

"Si je mets ça en parallèle avec ce qui vient de se passer...je dirais que tu t'efforces de saper l'influence des Orcs au sein des armées d'Oaxaca, mais pourquoi?"

"Réfléchis."

"Parce qu'ils nuisent à vos plans, aux plans des Matriarches de Caix Imoros, devrais-je dire."

"Tu vois, quand tu veux tu trouves des réponses tout seul."

"Des réponses, pas les réponses. Mais soit. Et quel est mon rôle, dans tout ça?"

"Tu as vu la puissance d'Omyre, non? Caix Imoros ne peut lutter seule, aucun royaume de ce monde ne le peut."

"Admettons. Mais je ne suis qu'un aventurier, je n'ai pas la moindre influence, pas d'armée ni de pouvoir. Alors pourquoi moi? Et ne me ressert pas ton histoire de prophétie, si ça se trouve tu n'as jamais mis les pieds dans la tour de Destinée."

L'Elfe m'offre un nouveau regard en biais, amusé cette fois, avant de frôler ma joue d'une caresse en répondant:

"J'en sais plus sur toi que tu ne l'imagines, Danseur d'Opale. Les humains ont la mémoire courte, mais ce n'est pas le cas des Shaakts. Nous n'avons pas oublié l'époque des Lords Nécromants, ni le rôle que jouèrent les combattants d'une forteresse nommée Clair de Lune dans la guerre qui mis fin à leur règne. Je sais aussi qu'un certain Veyann Ithil, un noble de Nessima, ton père, négociait de grandes quantités de métaux avec les Thorkins de Mertar. Oh, et j'ai aussi entendu dire qu'un Sindel avait fait un sérieux grabuge du côté de Khonfas. Selon ces mêmes rumeurs, le Sindel en question commandait une escouade d'Elfes, Taurions, Hinïons, Sang-Mêlés, qui serait parvenue à assassiner l'une des matriarches de Khonfas au coeur même de son armée. Cette même troupe aurait aussi aidé un gros groupe d'esclaves à s'évader, je connais là-bas des personnes qui paieraient cher pour voir ta tête au bout d'une pique, Tanaëth Ithil. Est-ce que cela répond à ta question?"

Je dois avoir l'air profondément stupide, sidéré que je suis qu'elle en sache autant sur moi, car elle éclate une nouvelle fois de rire et ajoute:

"Ne fais pas cette tête, c'est mon rôle d'être bien informée. Et avant que tu ne me repose la question, ce que je t'ai raconté à propos de cette prophétie est parfaitement exact. Tout comme le fait que j'attende désormais une fille, grâce à toi."

"Je ne sais plus quoi croire, avec toi. Mais si c'est vrai, n'oublie pas ce que je t'ai dit au bord du fleuve, Faryä."

L'Elfe me scrute soudain avec une étrange attention, elle se contrôle sévèrement mais il me semble apercevoir un éclat de doute dans ses prunelles rougeoyantes:

"Je n'ai pas oublié. Elle aura un père et une mère ou elle ne deviendra jamais femme. Tu étais...bizarre, quand tu m'as dit cela. Pendant un instant j'ai eu l'impression de me retrouver face à Destinée, toutes proportions gardées."

"Souviens-t'en", murmuré-je en la fixant au fond des yeux, "et souviens-toi aussi que le prix de ce que j'ai fait dans cette damnée grotte est que tu me rendes un service le jour où je te le demanderai."

La Shaakte m'observe en silence durant quelques secondes, puis elle acquiesce d'une hochement de tête avant de me faire signe d'avancer plus vite et en silence. Nous avançons durant un temps qui me semble interminable, tournant sans cesse, descendant des escaliers pour mieux en remonter plus loin. Nous traversons des salles glauques et lugubres, croisons de véritables allées et des puits sans fond, ces souterrains forment un inextricable labyrinthe dont je serais bien incapable de sortir tout seul. Mais Faryä semble connaître les lieux et si nous entendons quelques bruits inquiétants ici et là, nous ne croisons âme qui vive durant notre périple. L'Elfe Noire se voit contrainte de me soutenir de plus en plus souvent, je n'en peux plus, vraiment plus. J'ai déjà tiré sur la corde à bien des reprises, mais jamais je n'ai eu cette atroce impression d'être âgé de dix mille ans. Peut-être parce que, pour la première fois de mon existence, il n'y a pas que mon corps qui est fatigué, usé jusqu'à la trame. Le jeune Elfe fougueux et insouciant qui est entré dans la grotte sombre n'est plus, je sens que quelque chose a changé en moi, comme si cette corde sur laquelle j'avais tant tiré s'était rompue, non dans mon corps mais dans mon âme.

Nous finissons par parvenir au terme d'un étroit couloir qui bute sur une porte d'Olath, munie de trois serrures différentes. Faryä heurte le battant à quatre reprises avec le pommeau de l'une de ses armes, plusieurs cliquetis se font entendre et la porte s'ouvre enfin vers l'extérieur. Ce n'est qu'une fois cet huis franchi que je réalise que nous sommes sortis de la ville et que nous nous trouvons à l'air libre, dans une espèce de renfoncement rocheux, dissimulé par des buissons. Deux Shaakts encapuchonnés de noir nous font face, ils s'inclinent avec une sorte d'obséquiosité craintive devant ma compagne et échangent avec elle quelques mots dans leur langue, puis ils disparaissent dans le souterrain que nous venons d'emprunter sans que je n'aie seulement pu voir nettement leurs visages. En revanche j'ai aperçu une bague au doigt de l'un d'eux. Une bague rigoureusement identique à celle que je viens de récupérer, le symbole des assassins de cette mystérieuse guilde de la Main de sang de Luzkeh. Je commence à comprendre pourquoi nous n'avons croisé personne, mais aussi et surtout je commence à deviner la place qu'occupe véritablement ma fourbe amante dans le jeu occulte des luttes de pouvoir. Mais je n'ai pas le temps de m'interroger plus avant, la maître espionne d'Omyre, ou de Caix Imoros si l'on omet les apparences, me fait signe d'avancer et, une minute plus tard, nous débouchons dans un espace plus vaste, bien que presque entièrement fermé par des bancs rocheux. Il y a là un cheval harnaché et un tas recouvert d'une toile sombre, que Faryä me désigne d'une main tout en me tendant de l'autre un bloc de matière noire que je ne reconnais pas:

"Ton équipement est là. Enfile l'armure du général que tu as abattu, frotte-toi le visage avec ça, c'est du henné, et pars. Dépêche-toi."

Je la dévisage quelques instants en silence, puis je murmure:

"Et c'est tout? Je pars, comme ça?"

"Oui. Je te retrouverai le moment venu. Va maintenant, les Garzoks sont furieux que tu leur aies échappé, d'ici peu ils renforceront les patrouilles dans le coin. Sois prudent."

Tout en commençant à m'équiper, avec un plaisir mâtiné de grimaces lorsque cela appuie sur mes plaies, je hausse un sourcil légèrement sarcastique à ces derniers mots:

"Prudent? Serait-ce un signe d'affection?"

"Je veille sur mes intérêts."

"Je me disais aussi. Une dernière chose, pourquoi cette cape", demandé-je en l'extirpant du tas?

"C'était la carotte, mon bel Elfe, tu n'étais pas très coopératif. Mais ce n'est pas la vraie."

Je ne peux m'empêcher de rire à cette révélation, tout ça pour une bague qui ne me sert à rien et une cape certes plus résistante que toutes celles que j'ai eues, mais somme toute banale. Un bel âne, en vérité. Je finis de me harnacher, non sans renâcler sous le poids de l'armure mais plus soulagé que je ne saurais le dire de retrouver mes précieuses armes, puis j'enlace l'Elfe sans lui demander son avis et la gratifie d'un long baiser avant de m'écarter:

"Et la vraie, elle est où?"

"A Nessima, si ce qu'on raconte est vrai. Son précédent porteur serait mort à Sanssitr."

"C'est une blague?"

"Non. Après tout, il faut bien que tu y retournes un jour, pas vrai? Elle te serait utile, cette cape."

Je me hisse péniblement sur le canasson et hausse les épaules, songeur:

"On verra. Au revoir Faryä. Et...merci, même si...peu importe. A bientôt."

Je talonne sans brutalité le grand cheval bai et me mets en route sans un regard en arrière. Il n'y a pas grand chose que je regretterai ici, même si...


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 Sujet du message: Re: Les profondeurs
MessagePosté: Ven 21 Juil 2017 20:32 
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Localisation: Sur la route de Darhàm
Le trio navigua sans grande difficulté entre les dédales de ruelles étroites pour achever leur route dans une impasse. Face à eux, un grand mur avait été bâti à la hâte et s'écroulait déjà sous son propre poids faute d'une maçonnerie correcte. Aucun d'entre eux ne savait qui avait pu s'essayer à cet ouvrage, mais peu s'en souciaient véritablement. Leur suivant,
s'il n'était pas rassuré, avait cessé de geindre peu après leur départ du temple de Phaïtos et l'initiative n'avait pas manqué d'être appréciée de Vilglas, qui savourait comme à son habitude la soumission des êtres. Parfois, son regard déviait sur la croupe de l'acolyte qui se dessinait sur sa robe le temps d'un déhanché avant de disparaître sous le tissu ample de leur accoutrement.

L'apprenti nécromant, lui, observait les rues comme s'il découvrait une ruine antique, semblant trouver son intérêt dans la moindre poutre apparente, dans le torchis croûlant et les cadavres mutilés jonchant à l'occasion le sol, certains plus frais que d'autres. Sa lenteur lui avait valu de céder la place aux deux autres, et Vilglas fit preuve de galanterie pour que leur compagnonne mène la route, restant avant tout un jeune mâle. Se rincer l'oeil dans des lieux aussi lugubres demandait ainsi une certaine concentration qu'il parvenait étrangement à rassembler, cette fois.

Face au mur, peu de choix s'offraient à eux. Ils avaient suivi le bon chemin, avaient déjà arpenté la ruelle, mais bien peu de fois. Derrière eux, au bout de l'impasse, quelques sektegs commençaient à s'attarder sur le trio en orbe, faisant parfois de grands signes en leur direction avant de se faire ignorer. Trois hommes en robe noir ne présageaient généralement rien de bon pour un potentiel agresseur. Aussi les gardait-on constamment à l'oeil sans les approcher ce qui ne manquait pas de rendre Vilglas soucieux.

D'un bond, l'acolyte saisit du bout des doigts l'arête du mur, se voyant bien vite hissée par le nécromant et le fanatique qui s'emparèrent dans le même temps de leur esclave.
Après une série de remontées, le prisonnier affamé fut enfin hissé jusque de l'autre côté,
révélant la deuxième portion de rue. De ce côté-ci, le mur semblait bien plus haut, et aucun ne savait comment revenir sur leurs pas après avoir terminé leur petite session.

Suivant sur quelques pas à peine la ruelle descendante, le pavé se fit peu à peu plus léger sous leurs pieds, manquant en certaines parcelles alors que la route se faisait plus raide encore, se détachant des bordures pour devenir graduellement un véritablement tunnel, la chaussée s'étant affaissée jusqu'à dévoiler une entrée vers quelques souterrains mal éclairés.

Désormais couverts par la ruelle, les trois personnages tâtonnèrent un instant jusqu'à atteindre une structure circulaire que leurs mains reconnurent bien vite. Il en manquait un croissant dont les pierres jonchaient le sol : un vieux puits éventré. Doucement, le nécromant vint se saisir de la corde élimée pour se laisser glisser lentement vers le bas,
disparaissant. L'acolyte suivit, puis le captif et enfin Vilglas.

Alors que le sol soutenait à nouveau ses pieds une fois arrivé en bas, la lueur des torches lui demanda quelques instants pour s'habituer. Alors que l'acolyte avait cru bon de s'en procurer une depuis son support et l'agiter en face d'eux, cela ne fit qu'éblouir ceux qui n'étaient pas habitués à une telle obscurité, soit l'ensemble de la petite troupe. Le puits en lui même donnait sur une salle souterraine qui avait dû un jour se remplir d'eau. Depuis, le sol était au mieux humide et parfois, comme aujourd'hui, carrément poisseaux.
Divers orifices dans le mur laissaient songer à des arcades, mais la terre et les fondations nouvelles avaient en grande partie submergé l'ancien lieu : les couloirs restaient cependant tous accessibles.

Désormais capable de voir, Vilglas chercha du regard ses compagnons. La jeune femme martyrisait son esclave, qui s'était permis de toucher à un vase scellé, tandis que le nécromant se trouvait derrière lui, à leur point de chute : une pile d'ossements jonchait le sol, le fascinant visiblement. Secouant légèrement son épaule, le fanatique le tira alors de sa rêverie et le trio s'engagea dans une première allée.

Tous trois avaient beau soutenir vivement leur marche, les fresques aux murs les intriguaient constamment. Les pauses étaient nombreuses et les discussions intellectuelles de même. Lorsqu'enfin ils furent arrivés, une fois légèrement irritée retentit dans toute la pièce, qui, mal éclairée, se révélait bien plus immense qu'elle ne le paraissait.


- "Je devrais pouvoir vous invoquer aussi facilement qu'un cadavre réanimé !" tonna la voix, résonnant dans toute la salle.

A peine le sage avait-il prononcé ses premiers mots que les trois élèves échouèrent à genoux face à lui, la tête basse, sans qu'un seul bruit ne vienne retentir : les pierres étaient couvertes de mousse et la position serait agréable à tenir longtemps encore, aussi personne ne broncha-t-il.

Doucement, chacun d'entre eux plongea la main en sa robe et en tira ses trouvailles. Le nécromant fit briller une lueur surnaturelle, envoûtante et presque inquiétante dans la pièce. C'était plutôt comme s'il chassait les ombres que s'il allumait quelque chose. La sensation était très dérangeante.

Vilglas poussa face à lui ses trois ouvrages sagement étudiés, l'acolyte pressa leur esclave en avant en arrachant une moue sadique à leur maître tandis que l'apprenti nécromant tarda un peu. Après quelques fouilles, il produisit un magnifique couteau sacrificiel du même style que ceux employés par son temple, et le présenta avec les autres présents. Leur captif couina légèrement, terrifié par les différents outils ainsi exposés.

La colère du maître ne sût alors s'atténuer cependant :


L'un me donne l'outil du savoir, sans le savoir.
L'autre me donne le savoir, mais espère peut-être l'expérimenter en l'air ?
Vous me décevez. Un homme en revanche -même si celui là sent déjà la fin- est un sujet d'apprentissage et d'expérimentations.


Par un banal réflexe, les deux réprimandés tournèrent doucement la tête. Un bâton les heurta alors chacun leur tour au flanc et leurs fronts revinrent se poser au sol. L'acolyte intrigué par leur traitement, fit la même erreur, et fut aussitôt réprimée de la même façon.

- "Commençons. Taisez vous. Continuez votre silence. Les sciences de la mort sont tout particulièrement sensibles et leur apprentissage doit être rigoureux. Vous n'êtes rien.
Et c'est en acceptant cela que vous progresserez.


Le nécromant -comme la plupart des siens- n'ayant rien à voir avec un habituel professeur de magie, il était coutume qu'il procède à ses expériences et ses démonstrations sous l'oeil intéressé de ses adeptes. Les leçons étaient apprises par ces derniers qui devaient développer un sens de l'observation acéré. L'apprenti nécromant était bien meilleur que ses deux camarades pour prendre du recul et tirer le meilleur apprentissage de ses leçons. L'acolyte, elle, avait un grand talent et une rigueur exemplaire dans son travail qui lui permettait de mettre en oeuvre le moindre exercice retenu. Vilglas avait déjà changé deux fois de maître et ne savait pas encore particulièrement se situer. Mais il était, contrairement aux deux autres, particulièrement ambitieux, et attendait bien plus de ses leçons que la simple maîtrise des arts occultes.
Il en voulait la compréhension.

Tout d'abord, le vieil homme érigea deux squelettes boîteux, un tour de passe-passe pour ce dernier. Les charnières branlante d'être humain firent quelques pas hasardeux devant les érudits en devenir avant de s'effondrer, laissant place aux griffonnements de parchemins. Lorsque les plumes furent posés, le nécromant examina chacun des élèves.

L'apprenti nécromant se leva et tenta de reproduire l'expérience. Deux squelettes issus d'une autre pile se levèrent alors, mais l'un d'entre eux commença à diverger et se promener aléatoirement dans la grande pièce sous le regard aussi amusé qu'irrité de son maître. Le premier mort-vivant s'effondra tandis que l'autre se décida à gambader aveuglément.

Honteux, l'apprenti revint s'agenouiller et commença à griffoner furieusement le parchemin, menaçant de le trouer sous la vigueur de ses esquisses.

L'acolyte se redressa à son tour. Elle observa longuement les mouvements de la carcasse ambulante avant de se concentrer sur ses fluides, fermant les yeux et cessant presque de respirer. Une ombre l'enveloppa doucement, la couvrant de ténèbres avant de se dissiper.
La démonstration était réussie, mais manquait de découverte, et à jouer la sûreté, elle venait de perdre l'intérêt de son maître.

Le maître nécromant posa alors ses yeux sur lui. Il pouvait sentir son regard glacial sur sa nuque et était mû de sentiments partagés. Il avait prévu d'absorber les énergies vitales des présents, mais n'en avait guère les moyens. Il n'avait rien appris, sinon énormément étudié. Il lisait quotidiennement des ouvrages et s'était concentré sur la connaissance plutôt que la maîtrise.


- "Eh bien ? Montres moi ce qui m'a fait tant perdre mon temps." toussa le vieillard, se cachant du poing, avant de se râcler bruyamment la gorge.
- "Je peux tuer cet esclave." marmonna le fanatique.
- "Tu tues TOUJOURS l'esclave. En quoi as-tu donc progressé ?"

Doucement, le visage de Vilglas se tourna vers l'apprenti nécromant qui, comprenant l'ironie, se fendit d'un long sourire, que lui rendit le fanatique :

- "Une dizaine de yus.."

Trois fois, le bâton vint s'abattre sur ses flancs. Les démonstrations continuèrent tandis qu'il gisait au sol, et il resta ainsi inerte bien après le départ des deux autres élèves.
Ne restait que lui, le nécromant, et un squelette boîteux qui se promenait aux quatres coins de la large pièce.

Doucement, Vilglas se redressa à genou, le dos droit et douloureux. La mousse lui écrasait désormais les genoux et il ne demandait qu'à se relever. Mais le nécromant lui tournait autour.


- "Tu as tenté de tuer trois maîtres. Tu en as mordu un autre. Tu circules sans jamais progresser. Autrement dit, tu tournes en rond. Que cherches-tu ?" se lamenta le maître, d'une voix presque paternelle, désormais seul à seul avec lui.

- "J'ai appris. J'ai appris les différents temples de Thimoros. J'ai appris qu'un pont non loin était habitué par l'Ombre. J'ai appris de grands charniers qu'il me tarde d'explorer." soupira le jeune homme, d'un ton qui lui rappelait presque qu'il n'était qu'un enfant.

- "Et à quoi bon, si tu n'en fais rien ? Et puis, quand partiras-tu ?" s'intrigua le vieil homme, piqué par la curiosité.

- "D'abord, je vais apprendre les ombres. Puis, je me mesurerais à mes amis. Je les consumerais, puis j'irais chercher d'autres choses à apprendre." siffla l'apprenti, un léger sourire aux lèvres troublant sa face grave.

Les lèvres du maître bougèrent légèrement. Un très fin rictus.

- "Et tu comptes un jour dépasser ton maître, après tes amis ?" jaugea-t-il.

- "Je vous consumerais également, maître. Et tout les autres." acheva Vilglas,
reposant son front au sol. Il put voir en se courbant la satisfaction sur le visage du nécromant, et après quelques minutes de silence, se redressa pour être confronté à l'obscurité totale et les cliquetis de la création errante.


Je vous consumerais tous.

_________________
Vilglas Putrescent, Fanatique.


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 Sujet du message: Re: Les profondeurs
MessagePosté: Ven 1 Sep 2017 20:09 
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Localisation: Omyre
Le jour s’était levé depuis plusieurs heures, pourtant, seule une faible lueur s’échappait des nuages qui envahissaient le ciel d’Omyre. D’épais cumulonimbus dominaient la cité depuis les cieux et les énormes têtes que leur formation singeait donnaient le sentiment qu’une foule de géants immatériels surplombaient la région. Du lointain provint un grondement, similaire au fracas que produit une taule qui se déchire. Tous ceux qui l’entendirent se figèrent un instant en regardant en l’air, les marchands arrêtèrent leurs transactions, les esclaves leur labeur ; même dans la plus sordide ruelle, un assassin laissa sa lame en suspension. Puis, une lourde averse éclata, frappant de toute sa force dès les premières secondes, elle semblait ne jamais devoir s’arrêter.

Dans la précipitation, les rues de la capitale se désertèrent, offrant à la ville déjà lugubre un aspect fantomatique. Bientôt, une brume formée par la pluie commença à couvrir le pinacle de la tour noir, avant de se répandre autour des autres monuments. Le mélange absurde de l’architecture barbare des modernes et celle plus fine des premiers habitants devenait presque homogène sous l’influence spectrale des éléments. On découvrait d’abord l’ouvrage antique de l’ère Ëarionne puis, petit à petit, à mesure que les volutes fumeuses s’élevaient en dansant, une autre face se révélait, à la fois grotesque et fantastique, comme la main de fer d’un Garzok, maintenant en place la fragile beauté elfique.

Mais comme le déluge s'éternisait, l’eau ruisselant sur les édifices de la cité noire s’infiltrait de plus en plus dans les dallages, inondant les caves, et se scindant en rus dans toutes les directions. L’un d’eux accéléra sa course le long d’une succession de marches, rejoignant d’autres courants intrépides. Le cours d’eau nouvellement formé fonçait, inarrêtable torrent, vers les soubassements de la ville. À toute vitesse, les marches disparurent, puis le courant s’engouffra dans une suite d’anfractuosités qui perçaient vers les souterrains. Le flux se faisait balader au travers de larges veines éventrées de minéraux, passant auprès de tanières de bêtes inconnues, érodant la façade d’un temple enseveli, jusqu’à finir sa course en plongeant au travers d’une ravine, s’offrant finalement à un lac souterrain. C’était une vaste place, profondément cachée sous la capitale, par delà un réseau labyrinthique de cavernes et de ruines. Un endroit insoupçonné, où la seule rumeur de la tempête extérieure se présentait en ce déversement d’eau qui venait alimenter le bassin.

Dans un tressautement, Xzok se redressa, tous les muscles de son corps tendus. Ses yeux luisants coururent de toute part, paniqués. Voilà l’effet qu’avait sur lui la moindre nouveauté dans son environnement. Lorsque son regard de Sekteg, perçant la pénombre, découvrit le filet d’eau, il poussa un bref soupir. Il se redressa et huma l’air frénétiquement, essayant de percevoir une odeur inhabituelle. Comme il n’y avait rien, il se remit à quatre pattes et continua de boire à grandes lampées.

Ainsi avachi, on aurait pu le prendre pour une espèce d’énorme rongeur, ne lui manquait que la queue. Il regardait toujours fugitivement de tout côté, s’éloignant précipitamment de l’étendue d’eau dès qu’il croyait y percevoir une ombre, il produisait aussi, lorsqu’il buvait, plusieurs séries de couinements aigus. Pourtant, il s’agissait bel et bien d’un Sekteg. Une peau brune recouverte de crasse, un visage poilu et des cheveux dru encadrés par deux longues oreilles qui frétillaient d’avant en arrière au moindre bruit. Il portait aussi un équipement, si tant est que l’on puisse le qualifier ainsi ; une armure, sorte d’entrelacement de cordages fins où se trouvaient prisonnières d’épaisses lames faites d’écorce sombre ; il portait aussi un arc, dont l’armature suivait les courbes épaisses de son dos, la corde l’étranglait à moitié lorsqu’il se penchait trop, c’était sa seule arme, un déchet provenant d’un quelconque aventurier, trouvé dans les mains d’un squelette en déliquescence, presque inutilisable… un trésor pour lui, l’une des reliques de son clan, auquel s’ajoutait un carquois à moitié vide où se battaient cinq précieuses flèches tordues.

Xzok était l’un des rares membres du clan à s’aventurer en solitaire dans les souterrains, c’était d’ailleurs ça qui le rendait utile. Non qu’il était ravi de se mettre en danger, mais cela lui permettait généralement de faire de précieuses découvertes. La tribu de l’Ongle pointu était nomade par nécessité et après plusieurs jours de disettes, ne trouvant plus rien d’autre à grignoter que de la mousse, il semblait que la chance leur souriait. Le lac était une précieuse découverte qui leur éviterait pour longtemps de devoir sucer l’humidité de pierres froides. L’éclaireur, une fois abreuvé, se décida à retourner auprès des siens, progressant avec lenteur, d’un abri à l’autre, restant parfois plus de 10 minutes dans une crevasse ou derrière un rocher, tenaillé par une angoisse faite aussi bien d’instinct que de paranoïa : chaque couloir, chaque renfoncement obscure, pouvait cacher un danger mortel.

Il profitait généralement de l’exploration pour fouiller méticuleusement ce qui pouvait l’être. Dans le réseau de grottes où il se trouvait, il ne pouvait qu’observer et tâter les parois de la roche. C’est comme ça qu’il trouva finalement son bonheur : une substance molle et blanchâtre pareille a de la chrysalide, qu’il découvrit en nombre, collé à l’intérieur de fissures. Il en attrapa une sans hésitation, il avait l’habitude de chasser les insectes, mais il ne se gênerait pas avec leurs cocons. Il pressa la chose de ses deux doigts et une substance visqueuse d’un vert sombre s’en échappa. Il goutta. Sentit. C’était sans goût, la texture était repoussante et il n’y avait aucune odeur. Cela ne freina en rien son appétence et il en engloutit une, puis deux… finalement il lui fallut beaucoup plus de temps pour rentrer auprès des siens, car il s’évertua consciencieusement à dévorer toute cette manne salutaire et collante qui infestait les environs. Lorsqu’enfin il arriva en vue des autres Sektegs, il jeta au loin le dernier cocon, vidé jusqu’à la moelle, et couru dans leur direction, en s’ennuyant les lèvres.

- Xzok est rentré !

- Je le croyais perdu, ou mort.

- Est-ce qu’il a trouvé quelque chose ?

Plusieurs voix s’élevèrent à son passage, mais il ne s’arrêta pas avant d’arriver au centre de la formation. Là se trouvait T’ch’ch Sang-langue, le vieux chef. Ce dernier s’était fait estropier lorsque la bande de la guerrière Gush’niak décida de le renverser, s’en est suivit des jours de torture pour le perdant, tandis que la nouvelle chef consolidait sa position par la terreur. C’est à cette époque que Xzok découvrit l’arc qui ne le quitta plus alors, et il s’en servit pour chasser l’usurpatrice et remettre sur le trône l’ancien dirigeant, calculant qu’ainsi il aurait tous les avantages du chef, sans en avoir les responsabilités. Il lui suffit d’une flèche pour changer la donne. Beaucoup de Sektegs refusaient qu’une femme les guides, d’autres blâmaient la brutalité exagérée de Gush'niak, de plus, pour ce clan primitif, l’arme de Xzok était pareille à de la magie : pouvoir tuer quelqu’un à distance avec autre chose que des pierres était impensable, d’autant que la flèche était venue de nulle part. Malheureusement Gush’niak, bien que blessée, put s’échapper avec certains de ses hommes, mais plus personne n’en entendit parler.

Tandis que Xzok s’approchait, la foule le laissa passer, il était reconnu comme le conseiller du chef, tout comme un respectable ancien ; non seulement sa carrure était énorme en comparaison de la plupart des Sektegs rachitiques et affamés, mais en plus il était d’âge mûr, ce qui était suffisant aux habitants des souterrains pour reconnaître sa valeur.

Il s’arrêta derrière un groupe d’éclaireurs qui faisait son rapport.

- … et Tastiki s’est fait dévorer, ce chemin mène à la tanière d’un monstre terrible ! Ses crocs étaient plus féroces encore que ceux d’un Rampant !

Ignorant les noms communs, les Sektegs avaient baptisé chaque chose selon leur manière de penser simpliste, ainsi ils appelaient Rampants les serpents qui ne manquaient pas dans certaines parties des sous-sols.

- Ch-ch… chh…

Xzok éleva la voix en s’approchant du trône fait de ronce et de bois, se postant à la droite du chef. Ce dernier ne s’exprimait plus que par chuintement et celui qui était devenu son second prenait pour habitude de traduire à sa sauce ses paroles.

- Le grand chef T’ch’ch est fier de vous ! Il dit regretter la perte de Tastiki et interdit à quiconque de prendre le chemin que vous avez découvert.

- Et toi, Ronge-orteil ? Qu’as-tu trouvé pendant que tes frères risquaient leur vie ?

Celui qui venait de parler se prénommait Volniash et était considéré comme le plus puissant soldat du clan. Sa voix puissante était audible par tous, malgré sa position en périphérie de la masse des Sekteg réunis autour du chef. Ceux qui se trouvaient devant lui s’écartèrent, tant pour que tous puissent le voir que pour éviter d’être affiliés à l’audace du guerrier.

Xzok renifla, les membres du clan portaient en majorité un surnom en rapport avec leurs caractéristiques. Ce n’était généralement pas une honte, pour certains c’était même une fierté. Mais Xzok Ronge-orteil avait hérité son diminutif de la plus vil des manières, lorsque durant son enfance il s'abaissa aux pires extrémités pour calmer sa faim. Il n’aimait pas être appelé ainsi.


- Je suis content que tu me demandes cela, oh puissant guerrier Volniash, car j’ai une annonce à faire au clan !

Théâtralement, il leva les mains et fit d’amples gestes pour accompagner ses prochaines paroles, la graisse de ses bras se balançant au rythme de sa voix.

- Dans ma quête de nouvelles terres, j’ai fait face au danger et aux pires créatures ! J’ai cru mourir plusieurs fois, mais j’ai finalement pu trouver une voie sure ! Celle-ci m’a conduite à une grande étendue d’eau, large comme trois villages ! Il s’agit surement d’une des limites du monde, et l’eau y est douce !

Des murmures parcoururent l’assistance, on y sentait de la joie, mais aussi de la crainte et de la suspicion.

- Vous avez entendu ?

- Une flaque aussi grande existe ?

- Poutant nos ancêtres ne nous en ont jamais parlé…

Beaucoup de Sektegs étaient dubitatifs. Pour eux qui avaient vécu toute leur vie en parcourant de vastes grottes stériles, l’abondance d’un élément aussi vital que l’eau était inconcevable. Ils décidèrent donc d’envoyer un groupe aux côtés de Xzok, pour qu’ils témoignent. Lorsqu’ils revinrent, l’un d’eux s’écria :

- La grande flaque existe ! Elle est encore plus grande que Xzok ne l’avait décrite ! On ne voit même pas l’autre côté !

En réalité, la pénombre constante de leur environnement ne leur permettait pas de voir bien loin, malgré leur capacité à voir dans le noir. Le lac était certes grand, mais s’arrêtait après une centaine de mètres, donnant sur une autre région des profondeurs.

Tout le village s’électrisa et ils se rendirent en masse près de l’eau pour y établir un nouveau camp. Il ne leur fallut que quelques jours, car les Sektegs ne possédaient rien de plus que ce qu’ils portaient sur eux. Pendant ce temps, Xzok s’éloigna une nouvelle fois, pour s’isoler de la troupe…

À quelque distance de l’ancien village, il souleva une grosse pierre, derrière laquelle se trouvait son butin. Quelques fruits desséchés, une dizaine de scolopendres à la tête écrabouillée, trois rats et plusieurs brassés de mousse. Cela provenait directement de la réserve du chef, destinée à nourrir le clan. Petit à petit, Xzok avait détourné ces denrées, et il pouvait enfin profiter de ses rapines. Bien que la logique aurait voulu qu’il étale sa consommation sur plusieurs jours, il engloutit tout frénétiquement, comme un possédé. Il s’était retenu longtemps et il pouvait enfin profiter. À vrai dire, il n’avait même pas vraiment faim, du moins pas une vraie faim, comme il l’avait connu dans le passé, passant des semaines sans rien manger d’autre que ses propres peaux mortes. Mais il ne pouvait tout simplement pas se retenir. Bien sûr, avant de soulever la pierre, il lui était venu plein de bonnes pensées, « je n’en mangerais qu’une partie lorsque j’aurais vraiment faim, ainsi je survivrais des mois », « une portion me sera réservée, et j’offrirais le reste à tout le village pour être considéré comme un sauveur », mais lorsqu’il posa les yeux sur son butin, c’était comme si ce dernier était déjà consommé.

Et pendant que Xzok s’empiffrait, de petits yeux rouges brillèrent dans la pénombre, rieurs. Volniash était ravi de ce qu’il voyait. Bien qu’il soit considéré comme un grand guerrier et utile au clan, il n’avait pas de privilèges et souffrait de la faim, comme tous les autres Sektegs. Cela faisait plusieurs jours que leur pitance se résumait à une once de mousse… les seuls qui tenaient le coup étaient ceux comme lui qui savaient où se cachaient les petits rongeurs et les insectes. Volniash détestait Xzok et ce n’était pas la première fois qu’il le suivait. Il savait pertinemment que ce dernier était un lâche, et que sans l’aura du chef il n’était rien. Ainsi avait-il décidé que la place de chef devait lui revenir à lui, Volniash, le plus fort du clan. Il n’était pas le seul à détester Xzok : pendant que tous les autres Sektegs n’avaient que la peau sur les eaux, Xzok, lui, continuait de grossir comme une oie. Des rumeurs circulaient déjà sur l’état des réserves du clan et il ne faudrait pas grand-chose pour embraser la situation.

C’est en pensant à cela que Volniash s’éclipsa pour rejoindre le gros de la tribu, au niveau du lac. Et pendant que le guerrier fonçait, Xzok, lui, retourna tranquillement sur les restes de l’ancien village, où quelques retardataires continuaient à fouiller, en quête de choses utiles. T’ch’ch lança un regard oblique à Xzok, puis lui fit signe de l’accompagner là où se trouvait son ancienne hutte faite de boue et de branchages.

T’ch’ch connaissait bien la nature de Xzok, mais il n’avait pas vraiment d’autre choix. Il était vieux et aurait dû s’éteindre depuis longtemps, il ne pouvait tourner le dos à son sauveur… Ainsi, en compagnie de son second, ils prirent les maigres restes de la réserve et se mirent en marche vers le lac, pour rejoindre la nouvelle colonie.

Les derniers membres du clan s’enfoncèrent vers leurs nouvelles terres, au travers de l’inextricable réseau souterrain. Xzok en tête, les menant vers leur nouvelle base.

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