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 Sujet du message: Re: Les thermes
MessagePosté: Mer 2 Mar 2016 22:05 
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Les deux ynoriens solitaires (car, il faut le préciser, peu d'ynoriens vivent dans la capitale orque, même si beaucoup y demeurent) marchèrent les rues et ruelles d'Omyre, suivis par un mystérieux cortège. En effet, depuis qu'ils avaient quitté la petite allée, des silhouettes suspectes longeaient les murs que leurs ombres avaient léchés. Hong, finissant par s'en apercevoir, voulut jeter un œil par derrière, mais fut interrompu par la main délicate mais indéniablement classe de l’Épée-Miroir :

- Des admiratrices. Ne regarde pas derrière, mon ami. Nous sommes presque arrivés.

Les deux hommes s'engouffrèrent dans une allée, et les senteurs femelles disparurent progressivement tandis qu'ils se rapprochaient d'une bâtisse à l'aspect à la fois rénové et délabré.

- On s'est donné du mal pour lui rendre sa décrépitude d'antan.

Un bruit étouffé provenait de derrière les murs de pierre moisie, un bruit constant dont les nuances se faisaient de plus en plus... um... nuancées... à chaque pas. Sur la porte avaient été inscrits au couteau les mots suivants "Beuglons, piaillons en chœur. Jusqu'à vous rendre sourds à nos clameurs. Et vous ronger le cœur.". L'élégant oranien monta trois marches qui s'étaient retrouvées là par un travers du destin, probablement, plaça sa main sur la porte et la poussa dans un grincement agaçant.

- Ne t'en fais pas, elles ne nous suivront pas ici. Car ici, mon ami, c'est le domaine des hommes...
- Guuurp, guuuurp... !


Un assaillant surgit de derrière la porte, et la confrontation qui s'ensuivit aurait fait son chemin dans les livres d'Histoire si il y avait eu des historiens autour. Tout ceci se déroula dans la même seconde, alors écoutez bien car ça risque d'aller vite.

Tout d'abord, le mystérieux attaquant, qui n'avait guère que l'apparence d'un clochard dissimulant sa ruse perverse derrière un œil hagard et une chevelure noire comme de la paille carbonisée, agrippa l'épaule de l'homme de grande classe avec ses doigts crochus et tenta de le dominer du reste de son corps squelettique et athlétique, en un mot, squethlétique, le tout avec une expression déformée par un mélange de haine et de souffrance, laissant présager un assaut des plus brutaux. Seulement, Gao Deng était un homme de réflexes, et d'un geste vif et et classe, il frappa le bras de son agresseur, se libérant de son emprise, et devinant l'attaque dévastatrice qui était à venir, il se jeta de tout son poids en arrière; et ce fut à ce moment précis du geste exécuté que, tenez-vous bien, une véritable fontaine d'huiles intestines et de carottes prémâchées jaillit de la bouche de l'adversaire. Le flot, projeté par la simple force de la volonté à une vitesse surnaturelle, menaçait de rattraper le visage de l’Épée-Miroir en pleine chute, mais pas une seule once de peur ou de doute était visible sur la face de Gao Deng, qui frappa du pied la seconde marche pour prendre une plus grande impulsion, et dans sa chute héroïque, épargner à Hong son protégé le cruel châtiment de l'humiliation en l'entraînant avec lui, à l'abri du moindre éclat de la funeste bile, tout cela, vous en conviendrez, avec une classe dont lui seul avait le secret.

- Bargh ! Enfer ! La prochaine fois, j't'aurais ! La prochaine fois je jure !

Gao Deng, s'époussetant, aida son sourd compagnon à se relever et sourit à l'adresse du vomisseur qui s'essuyait sur ses manches.

- Content de te revoir, Benric ! C'est bien de la musique que j'entends là ?
- Nan, rien à voir, c'est P'l et Mobyll qui font un concert.


Ils entrèrent ensuite chacun dans la bâtisse. L'intérieur était bien différent de l'extérieur. Ou plutôt, il était très similaire. La différence résidait dans le type de décrépitude qu'il en ressortait. L'extérieur était moisi, les murs étaient pelés et la porte ne semblait que demander à sortir de ses gonds. L'intérieur était moisi, le bois était pelé mais les occupants étaient déjà dévergondés. Occupants de différentes tailles et de différentes formes, des petits à la peau grisâtre et au crâne d'oiseau, des grands à la peau brune et semblables à des gorilles, mais surtout beaucoup de blondes au cheveux blancs et mousseux qui rentraient et parfois sortaient de la bouche des autres. Tous étaient tournés vers une petite scène improvisée faite de tables dérobées sur lesquelles se tenaient deux individus suspects, le premier était un Garzork à la peau couleur de café (dont la fraîcheur variait par endroits), son corps avait un volume au moins aussi conséquent que celui de sa voix, ses yeux étaient cachés derrière une ferme tignasse de cheveux raides et noirs de jais, et il frappait furieusement sur deux planches, l'une recouverte de peau, l'autre de fer, tout en proliférant un hymne singulier sur un oiseau pestiféré. Le second était un Sinari; il avait la taille d'un enfant mais son visage arborait de longs sillons formés par des décennies et des décennies de sourires hypocrites. Habillé un peu plus fantaisiste que son compagnon, il jouait du luth avec abandon, bien que l'instrument semblait trop gros pour lui. Mais malgré cela, il massacrait les cordes du luth comme si il voulait leur faire dire une histoire encore plus macabre et frénétique que son partenaire, qui s'égosillait, postillonnait sur le groupe de fidèles qui les miraient avec un air à la fois agacé et dévoué, comme s'ils étaient confrontés aux apprentissages d'un vieux moine illuminé qu'ils ne sauraient comprendre, mais essayaient quand même tout en se maudissant de n'y parvenir. Et enfin, la messe s'acheva sur ces dernières notes :

- EEEEEEEEEEEEEHHHHHHHHHHHHHHHRRRRRRRRRR LWASOOOOOOOOOHOOOHOOOOO... (escalade des aigus à la fin abrupte, comme une vie qui se serait cruellement arrêtée à son midi)

Une fois la musique termin-

- S'EEEEEEEEEEEEEEAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN VOLAAAAAAAAAAAAAAAA... (longue descente dans les graves, synonyme de l'amertume d'une longue vie remplie de regrets)

... Alors donc, quand il eut fini de chanter...

- Passionnément... han han han... (ahem, petite touche de sensibilité de la part de l'artiste, qui semble inviter à la contemplation poétique)

...

- TOUTES LES MÈRES SONT DES PHOQUES, ZBLAH !! (gratte ultra-sauvage qui déchire tout)
- ZBLAH !!

Bref, quand il s'avéra que la chanson était vraiment finie, tout le public se leva d'un seul geste, verres brandis bien haut et hurla en chœur "Zblah ! Zblah ! Zblah !". Gao Deng fut le premier à s'avancer et à montrer qu'il avait assez de neurones pour taper dans ses mains, et il fut imité par tous, et tous sauf lui passèrent pour des otaries épileptiques.
Hong restait silencieux, comme à son habitude.

- P'l ! Mobyll ! On déchaîne les passions, à ce que j'entends !
- Zblah à toi, fils d'Ynorie ! Que viens-tu faire dans ce maudit trou à rat ?
demanda Mobyll, fraîchement descendu de l'estrade.

_________________


Dernière édition par Hong Xiang le Lun 27 Nov 2017 15:36, édité 20 fois.

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 Sujet du message: Re: Les thermes
MessagePosté: Lun 7 Mar 2016 16:39 
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    Glorieux rapport. (2)

Gurth n’avait jusque-là pas prêté attention à la massive cage de fer encombrant un coin derrière Von Klaash. Il ne la remarqua même que lorsque le vaillant capitaine s’adressa à lui pour lui signifier avec contentement qu’il s’agissait là d’un coup de maître. Il s’adressa à l’ogre selon un nouveau surnom : Démembreur. Un surnom qui aurait tôt fait le tour de la Caste des Murènes, à n’en pas douter, au vu des trophées macabres qu’il avait rapporté de sa première mission, éprouvante certes, mais victorieuse. Von Klaash, le pirate au nom si semblable à celui de Gurth, se félicita de la présence du géant, et de son macabre potentiel. Il n’était guère avare en compliment, ce vieux loup de mer. Mais Gurth n’y était guère sensible. D’une voix sombre, et arborant une mine fermée, il précisa :

« Du potentiel que me confèrent les Dieux de l’Ombre. Et je ne m’en sers que pour les servir, semant mort et chaos. »

Mais le forban n’écoutait pas vraiment : pour lui, ce retour était synonyme de victoire. Une victoire pour lui, et une victoire pour les Murènes, et son équipage. Une victoire que venait de lui rapporter Gurth sur un plateau, certes pas d’argent, mais bien chargé en sang. Il acclama vivement cette réussite, et congédia ses marins d’une permission exceptionnelle comprenant le trio vainqueur apprécier par ce genre de soudard : Boire, bouffer et baiser. Du rhum, de la bière, et des femmes. Des plaisirs charnels dont Gurth ne s’intéressaient qu’aux premiers. Alors que toute la salle vibrait de cette énergie nouvelle, faisant se renfrogner l’ogre de tant de vie et de joie, ennemi de la liesse qu’il était, il surprit des grognements sinistres provenir de la cage derrière le Capitaine. La cage contenait une bête. Et féroce, de surcroit. Le genre qui n’aime pas être enfermé. Le capitaine, sec et ferme, claqua sur le haut de la cage voilée la garde de son sabre, calmant l’être qu’elle contenait en le dominant.

Il s’adressa ensuite à nouveau au nécromancien, évoquant une curieuse histoire de molosse. Un chien, contenu de cette cage masquée, qui avait appartenu à un ancien membre de la caste, dont les pieds se faisaient grignoter par les vers, six pieds sous terre, ou par les rats, au cœur des égouts puants de la ville noire. Hector, qu’il s’appelait. Le chien, pas le maître. Un nom qui aurait bien mieux convenu à un garzok, bien qu’il n’en connaisse guère. Apparemment, le clébard avait du mal à s’habituer à l’ambiance des Thermes, peu habitué, sans doute, au bruit et au monde. Gurth n’écoutait les dires du pirate que d’une oreille, en vérité peu intéressé par l’histoire que le membre du triumvirat dirigeant la guilde lui narrait. Toute son attention, ou presque, venait d’être accaparée par un gros bol de soupe qu’Arkos venait de poser devant lui. Le genre de soupe dont on ne sait pas ce qu’il y a dedans, mais qu’une fois mangé, il réchauffe le corps pendant de longues heures, tellement il baigne de gras et d’ingrédients. De la viande, bien sûr, mais aussi quelques racines potagères pour donner du corps et du goût. Il prit le bol à deux mains et commença à boire directement au récipient, sans pitié pour sa barbe où dégoulinait le liquide brûlant en surplus pour sa bouche immense. Quelques morceaux de carotte tombèrent sur sa robe noire, qu’il évinça d’un revers de main distrait.

Mais Von Klaash, pendant qu’il ingurgitait ce copieux apéritif, lui avait fait une demande. Trouver u maître-chien pour son bâtard, l’ancien s’était fait ouvrir la gorge par les crocs de ce dernier. Une bonne bête, en somme. Bien hargneuse comme il fallait. Il lui indiqua qu’un expert canin résidait non loin. Il avait pour nouvel ordre de le ramener. Un choix qui ne lui était offert que rhétoriquement : à Gurth comme au dresseur. Il avait au moins le temps de se restaurer, et puis de se reposer. Il irait, le lendemain. Et alors que Von Klaash ne termina pas sa phrase, il se permit de le faire :

« S’il refuse, plus aucun autre maître-chien ne refusera aucun contrat aux Murènes. C’est bien compris. »

Une envie de violence, sans doute. Comme s’il n’en avait pas eu assez ce soir. Non, en vérité il n’en avait jamais assez. Car les voies de Thimoros sont éternelles, et la soif de sang du divin sans fin. Il se faisait son chantre en répandant la haine et la violence partout où il passait. Et c’était sa plus grande fierté. Von Klaash, alors que l’ogre venait d’accepter, souleva le tissu de la cage, révélant la bête. Un chasseur canin, tout en muscles, et taillé pour être à la fois rapide et meurtrier. Il avait une sale gueule de tueur, à n’en pas douter, et des crocs acéré. Un chien de guerre de la pire espèce. Gurth ricana dans sa barbe, essuyant sa bouche de sa manche ensanglantée. Il ne s’y connaissait guère en chiens, à part Tigro, l’énorme molosse molasse qu’il pouvait toujours invoquer d’un coup de sifflet, mais se permit tout de même un commentaire.

« Ton clébard, là, c’est un type qui a plus de gueule que lui, qu’il lui faut. Et vu sa salle tronche, ça doit pas courir les rues. Même à Omyre. C’est qui, l’homme que tu m’envoies chercher ? »

Il devait se renseigner plus avant sur sa cible.

_________________
Gurth Von Lasch - l'Ogre de Tulorim

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
(Baudelaire - Le mort joyeux)


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 Sujet du message: Re: Les thermes
MessagePosté: Lun 14 Mar 2016 19:05 
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Intervention pour Gurth



Von Klaash dessina un large sourire, visiblement, il appréciait beaucoup cet entrain. Intérieurement, le brave Capitaine regrettait même qu'il ne soit pas plus contagieux que ça et aurait bien aimé voir plus de ses sbires partager cette facette sombre et implacable. Ravalant un écran de fumée opaque, il resta pensif un court instant, comme s'il cherchait quoi répondre à la demande de Gurth, le Démembreur des Murènes.

" Humph. Me souviens mal de son nom, j'ai jamais pu l'encadrer ce type. Un ancien militaire de Kendra Kâr capturé et qui a terminé on ne sait comment à dresser des loups de combat pour l'armée. Sûr qu'il a une gueule. Une bonne gueule de péquenaud. Quand il a obtenu liberté pour ses services, il a continué son p'tit travail et sur son temps libre, il faisait quelques magouilles par ci par là, des combats de chiens surtout. Il se trimballe tout le temps avec une peau de loup sur le dos et des frusques ridicules récupérées sur des marchands pillés sur les routes. Tu vas le reconnaitre tout de suite, pas plus plouc que ce sent la pisse qui se prend pour un noble. "

Il éclata de rire, provoquant a son tour l'hilarité de ceux qui avaient écouté ses dires. Puis répétant tout bas, comme pour mieux savourer une bonne blague. " Un noble à Omyre... On aura tout vu. "

Arkos de son côté, hésitant une demi seconde avant de retirer la bolée de Gurth, constatant qu'il y restait encore quelques légumes, se décida en le débarrassant pour mieux remplacer ce vide par une assiette de terre cuite débordant de pain et de lard gras et encore fumant. Il posa également une assiette similaire devant Von Klaash ainsi qu'un vin fort et tiède aux deux compères.

" Allons, fêtons un peu ce succès et son prochain en nous remplissant bien la panse ! De mon côté, j'ai fait une bonne affaire. Quelques moines guerriers rachetés à une troupe de Garzok, pour presque rien. Je vais les envoyer dans l'Arène pour amuser un peu le monde. Un homme a toujours besoin de bien manger et se divertir ! Tu ne crois pas ? "

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La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
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 Sujet du message: Re: Les thermes
MessagePosté: Mer 30 Mar 2016 16:16 
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Perspectives d'emploi

Pas la peine de s’attarder plus sous terre. Ce dont le mercenaire se sent le besoin, c’est avant tout d’un peu d’air. Amasser des mastards pas portés sur l’hygiène dans une cave est le meilleur moyen pour que ça commence à schlinguer plus que de mesure, et son fumet corporel suite au passage dans les égouts n’arrange pas les choses. L’argent raflé, un dernier signe de tête au capitaine, il remonte sans demander son reste.

Le tavernier, un gars qu’à l’œil en ce qui concerne son bouge, interpelle immédiatement Beorth, remarquant qu’il a eu maille à partir avec un des types du bas.

« On s’met sur la gueule ? Ouais, on peut dire ça… Ton patron y laisse trainer des rats entre ses bottes… Et y’en a un j’ai bien cru qu’y voulait m’faire les fesses tant y m’collait, alors j’lui ai poliment expliqué qu’y est pas mon genre… Elle a pas aimé, la garce, alors elle m’a griffé… C’est pas moi le plus amoché, alors sers moi une pinte, que je profite un peu. »

Tandis qu’il le sert, Arkos répond sans surprise :

« Premier sang par chez nous ? T'en fais donc pas. C't'une habitude à prendre ça. Tiens, fais-toi péter la sous ventrière, ça ira mieux. » Et joignant le geste à la parole, il va piocher dans une marmite et une poêle au repos sur un fourneau derrière lui de quoi remplir l’estomac à la nouvelle recrue des Murènes. Une saucisse plus grasse que charnue répand des petites nuages translucides dans un bouillon chaud où nagent des poireaux ; la tranche de pain noir qui accompagne le tout est tellement dure qu’elle invite à saucer, sans quoi y croquer est un coup à se péter une ratiche ou s’écorcher la gencive sur la croute. « Allez garçon, l'moral des troupes, y s'trouve au fond des gamelles. »

« Et entre de larges mamelles ! Mais j’vais commencer par me caler ça dans les tripes. J’vois rien dans ton rade qui m’fasse envie. »

« D’mande toujours, on peut appeler une petite dans l’coin, les esclaves ça manque pas, elles sont pas toujours girondes mais écartent les cuisses sans broncher. »

Ayant tiré de son barda sa bonne vieille cuillère en bois, et déplié son couteau, Beorth met le pain à tremper et s’attaque à la saucisse, dont il mâchonne pensivement une tranche. D’un coup de langue, il rattrape un filet de jus qui commençait à lui graisser la barbe avant de répondre.

« Faire le sale boulot, ça m’va. Mais pour la baise, troncher dans un coin glauque une bonniche qu’à tout juste la peau sur les os, tachée de vérole, la chatte rongée par les morpions, qui met pas de cœur à l’ouvrage, faut pas déconner. Y’a bien moyen d’trouver que’qu’chose de plus… raffiné, dans c’te ville. »

Arkos se gratte le menton, l’air d’y réfléchir, même s’il connaît déjà bien la réponse : « Des noms, j’en ai. Les femmes, c’est comme la bidoche, le pinard, les armes, si tu veux d’la qualité, faut casquer. »

« Ben ça tombe bien ! Figure-toi qu’y m’ont payé tes patrons. J’compte pas m’faire enterrer avec ces yus, ni détroussé, alors autant les claquer pour s’offrir un peu de bon temps sans avoir la trouille de choper la chtouille. »

« Ben… L’mieux, c’est Mimi la Fraise. En plus, j’crois qu’y’a une formule bain. Ca pourrait pas t’faire d’mal. »

« Mimi la Fraise ? T’es sérieux ? C’est quoi c’te nom pour une maquerelle ? »

« Ch’ais pas. Personne sait bien. En tout cas, tu d’mandes, elle trouve. Si tu veux te taper une thorkine unijambiste, elle te la fournira. Ca coûtera un peu plus cher, parc’qu’elle lui coup’ra p’t’êt’ la jambe, mais au moins t’auras c’que tu d’mandes. Un moment, elle parlait même de s’offrir les services d’un nécro pour fournir du cadavre aux clients… J’sais pas où c’en est. »

« Pas mon truc, le cadavre. »

L’idée, pour tordue qu’elle est, ne coupe pas l’appétit au mercenaire. Le pain, qu’il a émietté dans l’assiette au fil de la conversation s’est un peu gorgé de jus, et a perdu son air de parenté avec le pavé. La mixture a du goût, est chaude, et si elle est encore un peu massive, deux gorgées de bière font descendre le tout sans trop de peine.

« Par contre… Faut qu’je soigne c’te main. Tu connaîtrais pas un guérisseur pas mauvais, par hasard ? »

« J’t’ai dit. Si tu peux payer, tu trouves à Omyre. C’pas bien compliqué. »

Pas le temps de fournir plus d’information qu’un troisième homme se radine au comptoir, la gueule en sang. C’est l’avorton qui roupillait encore quand Beorth a quitté la cave. Son nez complètement exposé est plongé dans une poignée de charpie, et c’est avec la voix aussi déformée que son tarin qu’il reconnaît son erreur.

« J'ai eu tort. T'es pas un voleur. »

Pas gêné pour un sous, il se dégage les narines d’un souffle, projetant du sang et un caillot sur le comptoir. Arkos ne bronche pas, fronce les sourcils et fait disparaître la tache d’un coup de torchon, laissant les deux hommes terminer leur discussion.

« C'que tu cognes dur, garçon. J'connais un guérisseur dans l’coin. Un elfe. Peu r’gardant et qui m'en doit une. Y t'fera pas payer ton égratignure, s'tu viens avec moi. » Le marin s’étire un peu sur son tabouret, se masse l’arrière du crâne, qui doit encore lui faire un mal de chien vu ce qu’il s’est pris, avant d’annoncer franchement : « Y'a beaucoup d'raclure de fond d'caisson dans ce coin. Mais on dirait qu't'es fiable. Alors ? On est quitte ? » demande-t-il en tendant sa pogne grande ouverte.

(Toi mon mignon, j’t’ai trop cogné pour t’faire confiance de suite. La vengeance pourrait te démanger, quand j’aurai l’dos tourné. Mais un guérisseur gratos, si y m’file pas un mixture pas nette, ça vaut déjà le coup d’pas lui faire embrasser le comptoir de suite.)

« Je termine ma gamelle, et on va voir ce guérisseur. » répond Beorth en serrant la main du marin, malgré le sang et la douleur de la griffure de tesson.

Elfe farceur et patient équarri

_________________
***


La plupart des hommes aimaient mieux être appelés habiles en étant des canailles qu'être appelés des sots en étant honnêtes : de ceci, ils rougissent, de l'autre ils s'enorgueillissent.

Thucydide, Guerre du Péloponnèse III, 82


Beorth - Humain - Guerrier


Dernière édition par Beorth le Dim 2 Oct 2016 12:15, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les thermes
MessagePosté: Mar 5 Avr 2016 01:58 
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Intervention pour Beorth


Le marin laissa Beorth terminer sa gamelle en silence. Arkos lui glissa un pichet de vinasse entre les mains qu'il siffla pour reprendre ses esprits. Il conduira Beorth hors de la taverne et tous deux se dirigèrent plus haut dans les ruelles qui menaient jusqu'aux bas quartiers.

A cette heure noire de la nuit, il ne restait pas grand chose de bienveillant dans les ruelles. C'était l'heure des plus tristes rendez-vous. Assassins et malandrins enjambaient de la viande saoule ou froide tandis que les plus miséreux faisaient les poches des endormis avinés dans l'espoir qu'ils n'aient pas englouti tout ce qui leur restait d'argent ou de biens.

Le marin ne dit rien, c'est en silence qu'ils s'enfoncèrent dans les ruelles plongées d'un noir presque compact.

" C'est là. Fais pas attention à son comportement excentrique. "

Il désigna du bout du doigt la porte d'un taudis en ruine et ouvrit la marche, poussant le panneau de bois mangé par les vers qui craqua et hurlait tant ses gonds étaient usés.
L'intérieur était moins délabré que la devanture, une lumière se dessinait sous l'embrasure d'une porte entre'ouverte et l'homme qui accompagnait Beorth toqua trois fois sur celle-ci et entra, sans même attendre de retours.

La pièce dans laquelle ils entrèrent n'était éclairée que de quelques chandelles et le sol ainsi que les meubles étaient recouverts d'une épaisse couche de cire translucide. Une forme humaine était penchée sur un corps et si Beorth en croyait ses oreilles, il était à coup sûr en train de découper quelque chose...

Accroché un peu partout, rivets, clous, pendaient une véritable collection d'herbes séchées et d'ossements sur lesquels étaient gravés d'anciennes runes incompréhensibles.

" Hey... Tu vas t'occuper de nous, ou tu restes farfouiller j'sais quoi dans ton glaouche, là ? "

La forme toute vêtue de noire leva une main en guise de salut et se retourna.
" C'est pas que je ne suis pas ravi de voir ta sale gueule, mais si tu viens pour ton argent... Va falloir être patient, laisse moi encore un peu de temps. "

C'est alors qu'il remarqua Beorth, lui aussi dans son cabinet et le salua d'un petit geste de main distrait. Il portait des gants noirs et cirés, tous deux rougis de sang frais, encore luisant à la lueur des chandelles. Si Beorth jette un oeil derrière ledit guérisseur, il verra un corps étendu sur une table de bois, à même quelques parchemins ensanglantés, la cage thoracique ouverte d'une façon peu chirugicale. Autour de lui, certains organes avaient été prélevé et déposés à même la table. Autour de ce tableau morbide, un incessant ballet de mouches et d'insectes bourdonnait sans arrêt.

" Faudrait plutôt qu'tu nous rafistoles un peu. Quand tu m'rafistole, j'me sens toujours mieux et quand j'me sens mieux, j'ai moins envie de t'enfoncer une de tes putains d'expériences au fond de la gorge parce que t'es pas foutu d'payer en temps. "

L'elfe en ricana et surenchéri :
" Ah, c'est vrai que tu as une sale gueule, plus que d'habitude. C'ton cousin qui a trouvé amusant de t'enfoncer le nez dans le crâne ? Allez les enfants. Installez-vous confortablement, ne touchez à rien par contre, ça m'irrite et quand je suis irrité, j'ai parfois tendance à me tromper dans mes mélanges. "

" Il est v'nu pour quoi, ce droche ? "

" Lui ? " Dit-il avec légèreté en pointant le cadavre du doigt. " J'crois qu'il avait la chiasse. Mais comme je te le disais, on ne touche à rien. Allez, soyez pas timides. "

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 Sujet du message: Re: Les thermes
MessagePosté: Mar 5 Avr 2016 15:57 
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Von Klaash avoua ne plus souvenir du nom du contact que l’Ogre devrait rencontrer dès le lendemain. Il avoua cependant sans peine ne pas pouvoir l’encadrer. Il donna quelques informations utiles sur sa vie et carrière passée. Ayant passé une bonne partie de sa carrière comme militaire pour le Royaume kendran, il se serait fait capturer avant de finir, nul ne sait comment, à dresser des loups de combat pour Omyre. Une reconversion fantasque dénotant d’une forte personnalité qui ne se serait en rien laissé abattre. Une fois libéré pour service rendu, il poursuivit néanmoins son travail d’entraîneur canin, et pendant ses temps libres, s’adonnait à l’une ou l’autre affaire à la légalité douteuse. Des combats de chiens, pour la plupart. Une racaille des bas-fonds, vivant sur les côtés joueurs et agressifs de la culture d’Omyre pour se payer une bonne tranche à leur compte, en somme. Gurth ne comprenait pas que la vie d’un homme puisse se résumer à l’amassement de richesses sans but autre que de tout claquer le jour d’après en putes et en alcools. Lui n’était pas comme ça. Lui avait un but : servir les dieux de l’ombre. Un but noble, un but louable, qui servait des puissances occultes bien supérieures à lui. Il abhorrait ces profiteurs anti-ascétiques qui vivaient sans se soucier de rien, fut-il en train de répandre la haine, tel que l’indique les préceptes thimorosiens.

Le capitaine poursuivit son discours en décrivant sommairement l’olibrius. Ainsi se pavanerait-il encapé d’une peau de loup, et des habits dépareillés trouvés sur des marchands rackettés par ses soins, ou refilés par ses clients et débiteurs. Le genre qui se prenait pour quelqu’un d’important, apparemment, à se vêtir à la noble sans avoir rien payé. Ça sembla déclencher l’hilarité de Von Klaash, et Gurth se contenta d’un remugle acerbe, alors que l’autre s’esclaffait de plus belle. Le rire était l’une des choses que l’ogre détestait au plus dans ce bas monde. Synonyme de vie et de bonheur, il devait être éradiqué. Enfin, il concevait que l’on puisse se moquer d’autrui : c’était bon pour les affaires des haineux qu’il représentait fort bien.

Le tavernier ne tarda pas à revenir pour tirer de la table les bolées vides. Il montra une hésitation devant celle de Gurth, comme s’il avait peur d’être mordu, mais la remplaça bien vite par une assiette fumante contenant du pain et une grosse tranche de lard gras et fumant. Gurth saliva aussitôt, et après s’être rafraichi le gosier d’un vin tiède et capiteux, entama ce plat consistant à pleines mains. À quoi bon se servir de couverts, quand les mains permettent de se saisir de plus de nourriture à la fois ?

Le reste de la soirée fut, tel l’affirma Von Klaash, sous le signe de la célébration. Boustifaille et alcool aidant, la soirée passa et fut plutôt agréable pour ce gras mangeur de Gurth. Von Klaash lui raconta quelques histoires concernant des moines-guerriers rachetés à une troupe de Garzoks, qu’il aurait envie d’envoyer à l’arène pour voir ce que ces religieux déchus étaient capable d’endurer. Un spectacle à ne pas manquer, indéniablement. Le géant opina du chef en grognant de plaisir, tout en léchant goulument l’assiette qu’il venait de finir. Toussotant néanmoins dans sa manche visqueuse de sang, il prit congé sans plus mot dire, se levant bruyamment pour laisser là, pour plus tard, cette auguste compagnie. Le repos l’attendait, et après lui, une toute nouvelle journée dans les sombres recoins d’Omyre.

L’histoire narrée, il était venu le temps de s’allonger,
Digérer, et dormir pour une journée neuve affronter.

_________________
Gurth Von Lasch - l'Ogre de Tulorim

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
(Baudelaire - Le mort joyeux)


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 Sujet du message: Re: Les thermes
MessagePosté: Lun 18 Avr 2016 11:21 
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Intervention pour Ashen


Arkos leva les yeux sur la jeune Elfe qui était déjà plus présentable. On pouvait voir dans ses yeux un petit semblant d'affection pour cette femme venue ici quelques temps plus tôt et qui semblait attirer la malchance. Il lui répondit d'un signe négatif de la tête :

" Suis désolé ma p'tite mais... Elle n'est plus ici et pour un bout de temps. Elle avait des choses à régler, les Murènes commencent à voir le jour un peu partout aussi, Katalina veille à ce que tout se passe bien. Y reste Von Klaash ici... Mais... "

Il hésita un instant, comme peu enchanté à l'idée d'envoyer la jeune femme au Capitaine.

" J'pense pas qu'il soit très concerné par cette histoire. Mais pour le cheval, je peux te rancarder, ça pour sûr. "

Il se pencha sur le comptoir, prêt à murmurer un secret qu'il ne voulait pas répandre comme une trainée de poudre au sein de l'assemblée.
" Aux écuries. Il te suffit de rappeler au chef palefrenier que s'il respire encore c'est grâce à nous. Il comprendra. Il devrait te dégoter quelque chose de convenable. " Il se redressa doucement avant de te faire un sourire entendu.

" Et si c'est pas convenable à ton goût... Von Klaash en entendra parler. Crois moi bien. "

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La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


Némésis d'Heartless


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