L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Sam 22 Aoû 2015 17:03 
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Localisation: Aux alentours d'Omyre
Lorsqu'Elina salua l'elfe noire, celle-ci se précipita jusqu'à elle, apparemment inquiète. Elle la tira jusqu'à un fauteuil et entoura sa tête au creux de ses bras, procurant à l'humaine une chaleur qu'elle ne connaissait que trop bien, surtout depuis la veille au soir. Elle appréciait ces contacts, et c'était là tout le problème : elle n'était pas d'une volonté particulièrement puissante lorsqu'il s'agissait de rester fidèle, et au moindre signe de faiblesse elle savait parfaitement qu'elle ne s'empêcherait absolument pas de chercher les lèvres de la shaakt.

Celle-ci, continuant son rôle de parfaite sous-fifre, se redressa pour aller chercher du vin.

« Tenez, en espérant que cela vous redonne du coeur à l'ouvrage. Nous avons du travail devant nous, n'est-ce pas ? »

Elina repoussa la tasse d'un geste doux. Elle ne devait surtout pas boire. Sans être particulièrement peu résistante quant aux effets de l'alcool, elle se savait prompt à boire beaucoup lorsqu'elle commençait, et elle s'était rendu compte la veille que cette solution pour cacher ses maux était bien trop tentante.

« Non merci, c'est une mauvaise idée. Et puis je vais mieux maintenant. »

A ces mots, le vieux garzok s'approcha d'elle avec une grosse fiole au contenu transparent.

« D'ailleurs, » fit-il, « prend ça. Dès que tu sens que ton corps est en manque, prends en deux gorgées. Puis réduit les doses petit à petit jusqu'à être complètement sevrée. Et surtout, évite d'en prendre pour un oui ou pour un non, ça pourrait aggraver ton cas. »

Elina hocha la tête en attrapant le flacon, qu'elle glissa dans un coin de sa tunique, et se redressa. Elle annonça leur départ à Schezalle et prévint le vieil orc qu'elles devraient être de retour un peu après midi, et, sur ces paroles, elle quitta la maison sans prendre la peine de vérifier si sa nouvelle disciple la suivait.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Sam 13 Fév 2016 19:36 
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Inscription: Ven 11 Sep 2009 00:29
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[:attention:] Scène violente. A ne pas mettre entre tous les yeux sensibles.


    Saccage purpurin.

A l’heure où les chats d’Omyre se faisaient ronger par les rats, tous gris sous la voute étoilée au désormais lointains nuages d’ombre, ils étaient prêts. Gurth avait envie de mener à bien la mission confiée par Von Klaash. De faire du zèle. Non pas qu’il eut envie de plaire au charismatique capitaine pirate assis bien confortablement aux thermes, mais il voyait en cette opportunité qui lui était tendue une occasion de semer le chaos, le sang. De faire preuve d’une violence à nul autre égal. Et pour ça, les dispositions des lieux étaient parfaites : enfermés dans une masure à moitié en ruine, ses cibles étaient prises au piège. Aucune n’en ressortirait indemne. Aucune, en tout cas, qu’il ne laisserait sciemment s’échapper de l’endroit. Car il fallait que la nouvelle se répande comme une traînée de poudre dans les bas-quartiers de la puante capitale des orques : Les Murènes étaient la nouvelle faction sur qui compter pour résoudre tout type de trouble par un bain de sang sans précédent. Elle ne souffrirait pas de la moindre concurrence. Ni de la moindre dissidence. C’était le message qu’il était chargé de passer, et même s’il n’y a accordait que peu de crédit, préférant mille fois la forme de ce qu’il s’apprêtait à commettre que le fond, la raison pour laquelle il le faisait, il souriait, enchanté de le faire. Un de ces sourires malsains qui glace les sangs, empreint de sadisme pur, de fanatisme exacerbé.

La serrure de la porte était rouillée. Même en étant fermée, elle ne résisterait pas longtemps à la pression de l’Ogre sur elle. L’ombre massive avança sur les planches de la porte. Du bois usé, blanchis aux extrémités d’avoir été trop trempé par les intempéries. Rongé, sans doute, par la vermine. C’était presque un miracle qu’elle tienne encore sur ses gonds. Lorsqu’elle fut entièrement recouverte d’obscurité, cachée aux yeux des forbans par la massive silhouette de Gurth, ce fut le moment. Le départ de tout.

Obombrée, la porte ne mit guère de temps à céder, dès lors que l’Ogre poussa de tout son poids dessus pour lé défoncer. Elle s’écroula dans un bruit sinistre de planches brisées et de rouille qui éclate, et ils furent à l’intérieur. Gurth en premier put voir que la garde laissée près de l’entrée était dérisoire : ils ne s’attendaient pas à être assaillis. Oh, elle était présente, bien sûr. Quatre pèquenauds jouaient aux dés sur une vieille caisse de bois juchée là au milieu du couloir délabré. La crasse encombrait le sol, et les punaises y galopaient sans crainte. Les quatre hommes, tous humains, se levèrent d’un bond à cette irruption. Les bandeaux rouge à leur bras confirmèrent leur identité : les yeux des murènes avaient bien travaillé. Nul besoin d’emphase, pour ceux-là. Ils n’étaient que la lie du clan qu’il devait démanteler. Les pouilleux qui n’avaient pas assez de grade ni d’influence pour jouer à autre chose qu’au plancton derrière une porte, à la lueur d’une chandelle sur la fin de sa vie. Avant même que les pirates n’aient franchi le seuil, et que les gardiens de la porte n’aient dégainé, l’un d’eux était déjà mort, convulsant au sol après s’être fait frapper de la puissance de Thimoros. Une ombre avait filtré des mains de l’Ogre jusqu’à percuter cet être sans intérêt ni force, et l’avait projeté au sol violemment. Les yeux révulsés, il trembla comme un malade avant de cesser, abandonné par la vie sous les yeux atterrés de ses comparses. Sans sommation aucune, il avait été tué. Alors, les lames furent tirées.

Poignards et dagues courtes formaient les seuls éléments de leurs maigres possessions, ils n’avaient même pas de réelles protections. Une veste gambisonée, un surcot de cuir mal taillé, rien qui n’arrêterait les coutelas de ses alliés. Il avança sans s’en préoccuper, se tournant vers quelques uns pour leur clamer :

« Égorgez ces moins que rien. Que certains restent ici, et découpent quiconque essaierait de sortir. Nul ne doit y réchapper. »


Décidé, Il ne regarda même pas en arrière pour vérifier que ses ordres avaient bien été compris. Il avança sans prêter attention à la futile résistance qui se dressait devant lui. Si deux des canailles s’étaient ruées vers les flibustiers de son camp, se faisant trancher sans peine à coups de sabres d’abordage, le troisième, revanchard peut-être de la mort trop rapide de son ami tombé, tenta de s’interposer. Bien mal lui en prit, car même s’il réussit à porter un coup de sa dague dans le flan de l’Ogre, la lame se perdant dans la robe en se faisant qu’érafler la peau et la graisse du géant, blessure bénigne moins grave que certaines de ses propres auto-flagellations, il n’en demeurait pas moins un moustique à écraser pour le nécromancien déterminé. Sa large main vint se plaquer sur le visage bouffi de rage de son adversaire misérable, et il le repoussa sans ménagement contre le mur, brisant l’arrière de son crâne contre un linteau de pierre soutenu par de lourdes poutres en bois. L’homme tituba, laissant sur le mur une trace sanglante, et alors que Gurth passait sans plus s’en soucier, il se fit transpercer par une lame alliée.

En passant aussi aisément le premier poste de gardes, d’aucun se seraient enorgueillis de l’exploit prononcé. Mais Gurth n’était pas de ceux-là. Ils n’étaient rien, pour lui, de leur vivant, et ne représentaient pas plus dans la mort. Il avança dans le couloir, parcouru d’une rumeur paniquée. Leur intrusion n’avait pas été des plus discrète, ni des plus silencieuses. Désormais, ils ne pourraient plus compter sur l’effet de surprise. Enfin, plus autant qu’à leur irruption. Désormais, le clan savait quelque chose se tramait, même s’il ignorait encore quoi exactement. Il ne sut si c’était par excès de confiance envers les quatre ahuris de l’entrée, mais personne ne vint à sa rencontre. Aussi, lorsqu’il poussa avec fracas la porte du fond du couloir, donnant sur une pièce bien plus vaste, aux murs de bois chargés de poussière et à l’âtre de pierre à la flambée puissante, unique source d’éclairage du lieu à l’exception d’un lustre de bronze maintenu au plafond par une chaine épaisse, aux chandelles à moitié éteintes pour la moitié d’entre elles, et carrément inexistantes pour le reste, il fit impression. Une vingtaine d’hommes et de shaakts étaient réunis là, dans cette pièce qui ressemblait de loin à une salle commune d’auberge, confort et accueil en moins. Plusieurs tables agrémentaient l’espace, fournies de chaises disparates et de tabourets dépareillés dont aucun ne résisterait bien longtemps au poids de l’Ogre. Certains jonchaient, renversés, sur le sol, sans doute surpris par l’élan du fessier de leur propriétaire s’étant vivement levé à son irruption. à sa suite vinrent plusieurs des coupe-jarrets de Von Klaash. Avec les quelques uns laissés à l’entrée, ils étaient en infériorité numérique, mais Gurth restait confiant sur leurs chances de vaincre. Cette troupe n’était qu’un ramassis de crève-la-faim ramassés de force sur les quais ou à moitié morts à la sortie d’un bouge à la boisson trop forte et de trop mauvaise qualité pour ne laisser aucune séquelle sur leur cervelle amoindrie.

Morts, ils le seraient tous sous peu. ou presque. Il était confiant. Peut-être trop, d’ailleurs. Appelant à lui les forces obscures de ses dieux noirs, il s’exclama de sa voix de stentor, forte et grave, ne souffrant d’aucune hésitation :

« Entendez ce soir le sort que je vous réserve, au nom des Murènes qu’il ne faut pas déranger.
Nourrissant leur panse vos membres découpés, dont ça sera alors la seule utilité. »


Troubler leur assurance par quelques alexandrins, voilà qui signait l’oeuvre macabre qu’il s’apprêtait à peindre, se servant de leur sang et corps comme supports, et de ses mains énormes comme médium accrédité. La menace ne sembla pas plaire aux vauriens, qui éructèrent leur haine depuis tous les coins. Un elfe noir, à la tablée la plus nombreuse, dégaina un long sabre et le pointa vers l’ogre, rugissant à ses troupes de l’éviscérer séant, sa fierté ne souffrant pas de l’affront prononcé. Ainsi était le chef de cette compagnie qui déplaisait tant au capitaine. Un vaillant maraudeur sombre à l’armure de cuir foncée, idéale la nuit pour ne pas se faire remarquer. Le plus vaillant combattant de la troupe, sans doute, au vu de sa position : les lois d’Omyre étaient souvent celles du plus fort. Une erreur d’appréciation qu’il allait plus tard regretter.

Endigués à suivre aveuglément les ordres du shaakt, les hommes et elfes de l’assemblée se ruèrent comme d’un seul homme sur les assaillants en infériorité. Gurth, tentant de ramener l’équilibre du nombre, tenta d’invoquer son sinistre compagnon aux chairs rongées, squelette abominable qui le servait servilement. Mais rien ne vint. Aucun mort ne sortit de terre, terrorisant les assaillants. Aucune apparition mortuaire sauvant la mise de cet assaut malvenu. Au lieu de ça, dans son esprit confus, il ne fit qu’entendre un petit rire cristallin, semblable à celui d’un enfant ayant traversé les âges. Sa déjà laide figure se crispa en une expression renfrognée et répugnée lorsque, voyant les êtres charger sur lui, il ne s’était pas aussi bien préparé à les recevoir que les forbans, qui formèrent une ligne défensive derrière lui. Un large pas en avant, il fut le premier touché par l’assaut furieux. Les plus agiles bondirent sur lui, armées des premiers objets qu’ils eurent trouvés : chopes et couverts vinrent cogner son large ventre, ses bras relevés en protection, et ses hautes jambes. Assailli de toute part, étourdi par le rire dans son esprit, et l’échec de son invocation, il se laissa submerger et ploya le genou, alors que chocs et plaies s’en prenaient à son dos. Se protégeant la tête de ses bras et mains, il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer. La douleur des chocs n’était rien, même s’il finirait par y succomber. Le plus important pour lui était, là, de savoir si ses dieux l’avaient abandonné. Il ferma les yeux, roué de coups qui le déstabilisaient, déchirant sa robe et faisant s’écouler son sang de nombreuses taillades. Il ferma les yeux et pria, invoquant les ombres et les sombres desseins de ses ténébreux divins. Rien ne vint, d’abord. Puis, alors qu’il ployait plus encore sous les coups enhardis par sa faiblesse notoire, ô lâches décrépits, posant une main au sol en découvrant son crâne, percé d’une entaille qui faisait couler son propre sang le long de son visage et de sa nuque, il eut l’éclair céleste qu’il attendait. Tout droit venu des Enfers plus noirs que la nuit elle-même, il sut. Sa révélation.

Une épreuve. Une chance de prouver sa valeur, car il avait failli. Il avait pêché de l’orgueil des puissants, trop sûr de vaincre ces faibles ennemis. Il s’était reposé sur ses acquis, ses certitudes, qu’il ne devait, il s’en rendit compte maintenant, qu’à la volonté de ses dieux. Il n’était pas puissant, il n’était que leur outil, capable de beaucoup, mais seulement pour leur grâce. Et là, ils lui faisaient une fleur, pleins d’abnégation. Conscients de son erreur, ils lui laissèrent l’occasion d’exprimer, par leur volonté, son plein potentiel. Oh, on ne le reprendrait plus à se penser supérieur. Il n’était rien de plus qu’une arme servant le poing tendu de la haine et de la mort. Et il laissa la première envahir son corps, savourant chaque choc qu’il subissait pour l’augmenter plus fort encore qu’elle n’était. Lorsqu’enfin elle fut prête, à son paroxysme, il serra les poings sur le sol et se laissa envahir par elle, submerger, ses joues flasques tremblant sous le coup d’une colère tellement vive qu’il ne la contrôlait même plus.

Sentant la magie noire parcourir ses sens, glisser le long de ses énormes bras pour s’accumuler sauvagement dans ses mains fermées, il la laissa à son tour éclater, sous sa plus horrible forme de cruelle obscurité. Les trois vermines s’acharnant sur lui, défait, furent subitement prises d’un cri qui s’étouffa dans leur gorge. Ils y portèrent leurs mains, mais déjà leurs chairs pourrissaient, leur peau se flétrissait sous l’effet de la plus sombre des magies. Leurs orbites se creusaient et leurs cheveux tombaient. Un elfe et deux hommes, rendus méconnaissables en quelques secondes. Des grumeaux se formèrent sur leur épiderme autrefois lisse, ou à peine grêlé. Et le monstre se releva, peinant, certes sous la douleur, mais les dominant vite de toute sa hauteur. Il dégaina sa dague, et de leur terreur il fit son arme. Brandissant son arme, il explosa la tempe du premier, alors que la lame s’enfonça jusqu’à la garde dans sa cervelle défaite, qui ressortit de la plaie lorsque le poignard en fut arraché sans ménagement. Alors qu’il tombait vers le sol, l’Ogre, pourtant peu rapide, porta un nouveau coup du revers de son arme, se servant de son manche orné pour percuter la lèvre d’un second, qui explosa sous le choc alors que son autre poing fermé le retenait par ses vêtements. Le tissu craqua, geignant sous la force retenue, mais il leva l’être au-dessus de terre en hurlant sa rage, prenant de l’élan pour des cieux le plaquer avec toute la force dont il était capable sur le sol, de tout son poids. Son poing s’abattit sur la cage thoracique de l’homme et la défonça sans plus de retenue, broyant coeur et poumons sans la moindre chance d’issue. Le troisième larron, abandonné de ses forces, trouva quand même le temps pour asséner un coup de pied dans le flan du géant, qui ne le fit qu’à peine vaciller dans sa lente remontée. Car avec une telle taille et un tel poids, on ne se relève pas si aisément qu’un souple bretteur à l’agilité notoire. Lent, donc, mais infaillible désormais, il se redressa et son regard pâle injecté de sang se porta sur l’audacieux à la mine défaite. L’elfe noir du trio. L’ogre montra les dents, blanches et serrées serties sur des gencives rouges où s’écoulait le sang mêlé de son propre corps et de ses victimes d’alors. L’elfe sembla perdre toute confiance, toute force, et cette fois, ce fut une main sombre, toute de magie, qui le souleva de terre pour l’écraser tel un vulgaire moucheron contre le mur le plus proche. Cela ne se fit pas rapidement, non. La main le saisit et l’apposa violemment contre le volet de bois, qui grinça sous l’effort. L’elfe s’agitait, tentait vainement de se soustraire à la force ténébreuse de la magie de Gurth. Bien inutilement, car il était déjà mort. La pression sur son corps s’accentua, ses membres tremblaient, ses os émirent un crissement de résistance, comme un dernier sursaut d’honneur, avant de céder eux aussi, explosant son corps en une bouillie infâme et purpurine de chair, de sang et d’organes mêlés qui s’effondra mollement sur le sol en s’étalant contre le mur, horrible spectacle d’une mort violente.

Et les trois âmes des trois victimes de sa haine flottaient désormais autour de lui, noires et soumises, neuves dans la mort, empreinte de toute la colère de leur trépas. Elles voulurent se glisser dans sa cape, bues pour augmenter son pouvoir ténébreux, mais il leur refusa cette paix. Puisant dans ses réserves de fluides d’ombres, il lança un ultime sortilège, forçant ces trois âmes à se soumettre davantage à sa magie pour intégrer son arme, dont le baiser mortel serait désormais amplifié par leur vigueur perdue.

Victorieux malgré ses blessures, il se tourna vers le combat qui faisait rage entre pirates et brigands au bras noué de rouge. Ca ferraillait dur, et les morts tombaient des deux côtés. Le sol de la pièce n’était plus qu’une flaque sanglante où dérapaient les combattants, trébuchant sur les corps tombés de leurs ennemis et alliés. Dans le dos des truands, l’Ogre avait une position de choix. Oublié de par sa faiblesse notoire, il avait désormais une emprise certaine sur le dos de ces coupe-jarrets, et n’hésita pas un instant à les attaquer en traître, affligeant d’une dague entre les omoplate le premier qui vint à portée, et le second d’un coup de poing fulgurant dans les lombaires qui le fit se plier en arrière, et se jeter presque de lui-même sur la lame du forban qu’il bataillait. Les crapules se doutèrent que quelque chose ne tournait pas rond, voyant leurs frères tomber tout à côté sans avoir fait preuve de faiblesse. Ils se tournèrent vers l’ogre, et ce fut le chaos dans la mêlée. Là où deux lignes s’affrontaient presque scolairement, rendant chaque coup avec plus de ferveur, la mêlée se transforma en conglomérat de corps s’échinant à se replacer correctement sans y parvenir. En tenaille entre les flibustiers et le géant enragé, ils n’étaient plus bons à rien, et tombèrent l’un après l’autre comme des mouches, parasites qu’ils étaient de leur vivant, et qu’ils nourriraient de leur mort.

Mais là ne fut pas l’issue de ce combat. Car Gurth, tout rageur qu’il était, avait omis que lui aussi avait laissé dans son dos des ennemis. Un tabouret lancé avec force percuta rudement son dos offert, éveillant la douleur des nombreuses plaies l’accablant. Furieux, le regard injecté de sang, il se tourna vers le responsable de cet incident. Et là, il comprit son erreur d’avoir sous-estimé le dirigeant de ce groupuscule. Car s’il pensait que seule la force dirigeait, il avait omis l’intellect et le charisme d’un meneur, à prendre également en compte dans la balance. Car à côté du shaakt au sabre et à l’armure sombre, qui regardait vers lui avec sévérité, un colosse humain se tenait, tout de muscles et de cicatrices. Un survivant, aliéné à la cause de l’elfe par sa propre bêtise. Il avait le regard froid d’un tueur qui prend plaisir à voir le sang se répandre sur sa face. Les yeux d’un barbare vivant de ses carnages. C’était lui qui venait de lancer le tabouret que Gurth ramassa aussitôt, comme une arme s’appoint. Celui qu’il devrait affronter maintenant était d’un calibre tout autre que ceux qu’il massacra jusque là. L’être, monstrueux lui aussi, faisait presque sa taille, mais aucune excédent de poids ne modifiait sa silhouette. Il n’y avait que du muscle, saillant sans aucune graisse. Un boeuf, et de la pire espèce.

Il s’avança néanmoins, sous le regard circonspect de l’elfe noir, confiant en son champion musculeux. Le colosse s’interposa entre eux deux, et les yeux blancs de l’Ogre ne virent plus rien de lui sinon son chien de garde, lèvres retroussées. Il avait du bovin jusqu’au regard, clair et vide, froid comme l’acier, mais aussi dépourvu d’intellect que les vaches broutant sans cesse le même lopin d’herbe contaminé par la mort. Un duel de géants qui fit cesser alentour la bataille, les camps se séparant pour quelques minutes de répit, profitant d’une pause heureuse pour recouvrer leurs esprits, récupérer leur souffle et inspecter leurs plaies.

Profitant d’avoir l’avantage du premier coup, et sachant pertinemment que contre un tel adversaire, à la fois plus jeune, plus fort et plus endurant et souple que lui, il ne l’aurait que sommairement, il s’élança d’un pas lourd et chargea l’être, levant le bras pour abattra le tabouret sur la tête de la montagne de muscles. Celui-ci ne cilla pas, laissant venir l’assaut à lui sans bouger d’un poil. déséquilibré par sa propre charge, le coup porté par Gurth ne fut qu’imprécis, et s’il brisa avec force le tabouret sur le boeuf, ce fut sur son épaule massive et non son crâne. Le meuble explosa en échardes et bouts de bois brisés, et le regard des deux géants se croisa à nouveau. Là où la colère, la haine et la frénésie ascétique brillaient dans les yeux de Gurth, la froide assurance d’une bataille gagnée d’avance rendait ceux du garde du corps presque ternes. Il n’avait même pas d’arme. Ses poings étaient comme des marteaux, ses mains comme des étaux. Il n’avait pas besoin d’arme : ça l’encombrerait plus qu’autre chose, parangon de la force brute. Il empoigna l’ogre par la gorge, d’une main ne souffrant d’aucune hésitation, et tira vers lui l’être qui, malgré qu’il fut plus grand et lourd, ne put lui résister.

« Toi mourir. »

Sa voix sonnait comme le métal, avec des tonalités d’accent que Gurth n’avait jamais entendues. Rudes, roulées. Gurth, haineux d’être ainsi maltraité malgré sa carrure, fit peu de cas de la menace et agrippa d’une main ferme le visage de son adversaire, tentant de lui broyer la face comme il avait déjà pu faire à d’autres. Mais ceux-là ne possédaient pas la force de ce mastodonte, qui lui retourna un fracassant coup de poing dans le ventre, coupant la respiration du servant des dieux noirs comme jamais. Sa graisse n’avait en rien amorti le choc, et balançait maintenant mollement alors qu’il titubait en arrière, libéré de l’emprise de son ennemi. Un répit de courte durée, puisque ce dernier chargea à son tour comme une brute, semblable à un taureau désirant encorner un provocateur lambda. L’ogre reçut l’épaule de l’homme en plein plexus et fut projeté en arrière à nouveau, mais déséquilibré, cette fois, chuta lourdement sur son séant dans un fracas monumental, emmenant dans sa chute son assaillant qui, loin d’en avoir fini, se mit à cheval sur sa robuste carcasse pour lui infliger rageusement une série de coups de poings en plein visage. Il sentit, sous le poids des mains de l’armoire à glace, son nez éclater sous les coups, sa mâchoire vriller de douleur, ses pommettes se fendre et ses lèvres saigner abondamment. Pris de vitesse, il marqua un temps pour reprendre ses esprits, alors que l’autre continuait de taper comme un sourd. Sa tête ne pourrait plus subir autant d’assauts répétés. Il fallait qu’il reprenne l’avantage. Dans sa main, l’Agonie Silencieuse était toujours chargée des âmes de ses ennemis trépassés. Il l’empoigna avec force et frappa. La lame des ténèbres pénétra le flanc de l’humain sans qu’il y réagisse. Gurth frappa une, deux, trois fois, sans aucune réaction. L’autre continuait de frapper sans s’arrêter, entrant dans une rage digne des plus légendaires bersekers. Trois entailles faisaient gicler le sang sur son côté, mais il n’en avait cure. Et Gurth le savait : même si ses coups de poignards finiraient par venir à bout du monstre, ce dernier serait parvenu à le tuer avant, explosant sa tête en une masse grumeleuse d’os et de chairs mêlés.

Il rua pour tenter de s’en débarrasser, et parvint à envoyer valser l’olibrius vers la droite, alors qu’il roulait sur lui-même pour s’éloigner de ce dangereux adversaire. Il n’avait guère la force de se lever : porter sa carcasse alors qu’il avait perdu tant de sang, pris tant de coups… Il dépenserait trop d’énergie pour se faire mettre à nouveau au tapis. D’autant que son adversaire s’était déjà relevé, à peine affecté par le dégagement in extremis de Gurth. Il s’approchait du corps prostré du nécromancien, et lui asséna plusieurs coups de pied dans le ventre, estomaquant l’obèse à chaque frappe. Et encore, encore, il entendit ce rire enfantin d’outre-tombe se moquer de lui, rire de sa défaite. Il serra les poings, haineux comme jamais. Sa force seule ne parviendrait pas à venir à bout de l’être qui le frappait encore et encore : il en avait plus que lui. Sa magie, faible en rendement maintenant qu’il avait gâché ses fluides d’ombre sur des ennemis mineurs, ne saurait pas non plus le faire courir à sa perte. Il devait garder le minimum qu’il avait pour le tout dernier recours. Quand il saurait qu’il n’aurait plus de chance, ou l’assurance d’avoir vaincu. Alors une idée lui vint. Sa dague ensorcelée était parcourue de l’âme et du sang de morts récents. Mais elle avait déjà tué, avant ça. Et les morts aux âmes tourmentées pourrissaient désormais dans de vastes cimetières, ou charniers puant la putréfaction. C’était eux qu’il devait appeler, désormais. Eux, dont le sang vicié regorgeait d’infection. Leur énergie, il l’avait absorbée, leur courage, leurs colères, leurs craintes… Alors pourquoi pas leurs corruptions ? Il pouvait puiser en lui cette énergie néfaste, pestilente, pour transmettre à son adversaire la pourriture de sa chair, la nécrose de ses membres.

Investi de cette certitude, et s’armant une nouvelle fois de son arme, il lança un nouveau coup dans la cuisse de son assaillant, qui sous le coup arrêta ses frappes haineuses. Le sang dégoulinait de la plaie, mais il était encore trop pur, trop rouge que que ça ait marché. Gurth devait davantage se concentrer, être persuadé de sa tentative. Au moins sa frappe lui avait accordé un nouveau répit, pendant lequel il put se concentrer, visualisant le visage nécrosé de chacune de ses victimes, faisant appel à leur souvenir et à leur âme violée pour investir son arme, contaminer sa frappe de la force de la putréfaction, de la gangrène rongeant les chairs. Il sentit en lui cette force, alors que l’autre lui gueulait sa haine dessus sans qu’il n’entende même. En pleine transe, dans sa tête, il priait au dieu de la mort et de la fétidité l’effet désiré.

(Phaïtos, Maître en ton royaume infesté, régnant sur les morts, tas d’os et de chairs gangrenées, prête à ma main ton sombre pouvoir. Fais que mes coups se parent de la pestilence qui emplit de miasmes maladifs les plaies suppurantes des macchabées des tombeaux.)

Et alors que l’autre s’approchait, qu’il ne voyait plus que flou, il frappa à nouveau sa jambe à la cuisse dénudée. Le coup porta, heureusement, et il sentit comme une décharge sortir de son propre corps. L’énergie même des morts, de son statut de nécromant. La plaie, loin d’être une entaille rougie de sang, saignait de l’infection. Noirâtre, elle crachait du sang sombre perclus de pus. La sanie attira le regard du colosse, qui vit en elle un bien funeste destin. Car la douleur de l’infection était plus vive et profonde que n’importe quelle autre. Gurth, Se relevant sur un coude, menaça la montagne de muscles.

« Arh. Que cette plaie infectée puisse gagner tous tes membres, si tu ne fuis pas loin. Car l’ombre de la mort guette quiconque est touché de la lame d’un nécromant. »

La panique avait fait son oeuvre, dans l’esprit simplet de ce barbare sanguinaire. Derrière, son maître à la peau sombre s’enhardissait de paroles réfutant celles de Gurth, mais lui savait qu’il avait gagné : la peur avait atteint le coeur de sa cible. Ses yeux n’étaient plus que panique, et sa masse belliqueuse trébucha en reculant, alors que l’Ogre, péniblement, douloureusement, se relevait. Se redressant en s’appuyant sur une table sous laquelle il avait presque roulé, il domina la salle et les visages blafards qui regardaient le colosse s’enfuir comme une fillette paniquée. Face à la mort, il n’est nul courage.

« Non ! »

L’elfe noir, maître des lieux, rageait de ce départ impromptu. Son meilleur élément venait d’être vaincu. Non pas qu’il ait failli dans sa force, mais son faible mental de souffre-douleur sans intellect avait cédé à la ruse d’un Ogre malveillant. L’elfe se rua vers Gurth avec son sabre, mais cette fois, il n’irait pas loin : De toute la magie qui lui restait en réserve, il laissa fondre la noirceur la plus ténébreuse de ses mains en un souffle thimorosien terrible qui vint frapper de plein fouet le shaakt dans sa charge furieuse et maladroite. La douleur s’empara de ses chairs, la mort berça violemment ses idéaux, et ce fut sur la lame de Gurth qu’il vint s’empaler, alors que la sienne tombait déjà lourdement sur le sol. La dague dans le ventre s’écarta, et le corps de l’elfe noir tomba sur la table, affalé dans son sang et sa douleur. Alors, l’Ogre sut qu’il avait vaincu. Il n’y eut plus un rire dans son esprit, et il avait de nouveau la certitude de la confiance de ses dieux sombres. Il se tourna vers les pirates, hébétés, et leur donna l’ordre sinistre de tous les exécuter. Ces moins-que-rien qui ne valaient même plus l’ombre de ce qu’ils avaient été se firent trancher sans opposer la moindre résistance. Car ils se savaient vaincus, eux aussi. Gurth, pendant ce temps, oeuvra à sa sinistre tâche. De sa dague, il découpa la tête du chef de son ennemi vaincu. Une découpe violente et peu nette, d’un ennemi pas encore mort, mais qui le fut bien vite. Les traits tendus par la douleurs, tordus par la mort, il abdiqua, et Gurth s’empara de son chef avec vaillance, ordonnant plus belle horreur à ses troupes victorieuses.

« Arrachez le bras au foulard de chaque homme tombé sous vos coups ! Les Murènes feront bombance, ce soir. »

Dans la sombre masure, plus une âme ne vivait.
Dans les rues, un colosse vaincu le raconterait.


[Apprentissage de la CC de classe : "Contact nécrotique"]

_________________
Gurth Von Lasch - l'Ogre de Tulorim

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
(Baudelaire - Le mort joyeux)


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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Ven 15 Avr 2016 11:34 
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III - La Dague de la Maléfique Noire (seconde partie)

~ III.1 - Le fils d'un argus rampant ~



- De retour chez les vivants ?

La voix rieuse parvint avec peine à percer le voile d’ombre qui l’entourait. Elle gémit et chercha à bouger, mais une vive douleur la parcourut, une vive douleur qui prenait sa source dans chaque parcelle de son corps. Chaque muscle, chaque nerf semblait fermement décidé à lui rappeler son existence. Ses paupières se levèrent lentement sur un visage penché au-dessus du sien qui la regardait de ses yeux bruns, une tignasse rousse en bataille auréolant son crâne. Le gamin avait un sourire jusqu’aux oreilles. Elle considéra l’idée de refermer ses paupières pour rejoindre ses songes, mais dit à la place :

- Qu’est-ce que je fais là ?

Sa voix propre voix sonnait rauque à ses oreilles et le sourire de Rith s’accentua plus encore, si c’était seulement possible.

- Tu veux dire que tu ne t’en souviens pas ? railla-t-il avant d’ajouter sous le regard noir qu’elle lui lança : oh, ça va, ça va. Je t’ai trouvé à l’article de la mort à deux rues d’ici. Je ne sais pas ce que tu espérais en trainant dans cet état dans les rues d’Omyre, mais encore un peu et tu aurais fini mignonne dans un bordel, droguée à l’opium.

La semi-shaakt ferma les yeux se remémorant enfin ce qui l’avait amenée ici. Sous les ordres de l’empoisonneuse des Murènes, elle était partie à la recherche de la Dague de la Maléfique Noire, ses pas la menant jusqu’aux carrières bleues de Mourakat, au sein même de la demeure d’un dignitaire orque récemment défunté. Après des jours et des jours de préparation pour y pénétrer, elle s’était rendue compte une fois dans le manoir qu’on lui avait damé le pion, et de peu qui plus est. « On » avait volé la Dague et demandé à l’un de ses sbires de lui « faire passer l’envie de les suivre », chose que le sbire s’était empressé de faire avec professionnalisme admirable. Le sbire s’appelait Jericho et le voleur était un elfe qui se rendait à Darhàm avec la Dague. Voilà tout ce qu’elle savait. C’était suffisant.

Après s’être fait battre à plates coutures, affaiblie et sans guère de vivres, elle avait failli mourir de froid sur le chemin du retour sur Omyre et ne devait sans doute la vie qu’au gamin qui la regardait à présent d’un air narquois, assis sur un petit tabouret à son chevet.

Le gamin en question n’était autre que Rith, un jeune homme d’un peu moins d’une vingtaine d’années qui, elle ne savait trop comment, parvenait à survivre dans les rues d’Omyre. Ils s’étaient tous deux mutuellement aidé par le passé et, s’ils n’étaient pas amis, pouvaient se supporter l’un et l’autre.

Ashen tenta de se redresser mais poussa un profond grognement alors qu’une vive douleur la prenait à l’arrière du crâne, telle une migraine. Elle laissa tomber la tête sur l’oreiller en posant une main sur son visage. Elle se sentait misérable.

- Tu as une salle tronche, tu sais ? Quoi que l’œil au beurre noir te donne un certain charme, sous un certain angle.

Visiblement, elle avait l’air aussi misérable qu’elle l’était.

- Ta gueule.

Loin de s’offusquer, Rith lâcha un petit rire et l’aida à se redresser. Elle était dans une petite bicoque constituée en tout et pour tout d’un lit, d’un monceau de vêtements jetés dans un coin et d’un pot de chambre. Elle devait partager le lit avec de nombreux hôtes et se demandait même si en y collant l’oreille elle ne l’entendrait pas grouiller. Les vêtements étaient plus un amas de tissus déchirés et d’une saleté repoussante. Et le pot de chambre… le pot de chambre, elle préférait ne pas y penser. En somme, le tout était miteux au possible.

- C’est ici que tu vis, gamin ?

- Rith, la corrigea-t-il avec un regard noir. Ouais. C’est un des endroits où je vis, ça te dérange ?

Ce fut au tour d’Ashen de lui adresser un sourire tordu.

- Je savais pas que ta mère t’avait eu avec un argus rampant. La crasse est d’origine ou tu la cultives ?

Il menaça de lui envoyer le pot de chambre à travers la figure, mais elle leva les mains au ciel, abdiquant quoi que conservant un sourire narquois. Son réveil et les quelques mouvements qu’elle avait fait semblaient éveiller son corps et plus le temps passait, mieux elle se sentait. En fait, elle se sentait même étonnamment bien, compte tenu de sa situation. Trop, même. Elle regarda sa main et là où elle aurait dû voir un doigt cassé et tuméfié, elle ne voyait qu’une peau lisse, seulement très légèrement boursouflée. Elle souleva la chemise qu’elle portait, dévoilant un ventre plat aux couleurs anthracites et dépourvu d’ecchymoses là où elle aurait dû voir au moins le relief d’une côte cassée.

- Qu’est-ce que tu as fait, Rith ?

Le gamin détourna le regard, faisant mine de plier quelques frusques du tas de vêtements.

- Le rebouteux du coin me devait quelques faveurs, du coup je lui en ai rappelé une. Il s’avère qu’il est aussi repenti, alors il sait y faire avec quelques fluides de lumière, même s’il préfère que ça ne s’apprenne pas. Il t’a un peu retapé. Au moins assez pour que tu survives.

Elle resta un instant silencieuse, assise sur le lit, la couverture reposant sur ses jambes. Une mèche de cheveux retomba sur son visage, elle était encore maculée du sang séché qu’elle avait depuis Mourakat. Il s’agissait plus probablement du sien que de celui de Jericho. Si ses souvenirs de son retour depuis les carrières étaient flous, elle n’en restait pas moins certaine qu’en faisant appel au rebouteux, Rith lui avait sauvé la vie et, si elle n’était pas entièrement remise, il avait fait plus que de la retaper sommairement.

- Je te dois une fière chandelle, gamin.

Il acquiesça sans se retourner, poursuivant sa vaine besogne. Ashen l’observa faire quelques instants en silence avant de rassembler ses forces pour faire glisser ses jambes hors du lit. Le froid ambiant qui perçait au travers des interstices laissés par les planches de la bicoque lui procura un frisson. Quelqu’un, Rith ou le rebouteux, avait pensé à lui enlever son pantalon, qui se trouvait à présent en bout de lit. Elle s’en saisit et s’en vêtit pour se lever enfin.

La jeune femme se redressa, s’étira et vit Rith se relever à son tour. Si elle était grande, il l’était aussi et elle faisait presque sa taille. La mansarde était trop petite pour les contenir tous les deux et chacun eu nettement le sentiment de se sentir à l’étroit, enfermé entre quatre murs et un plafond trop bas. Il s’en suivit un instant gênant avant qu’Ashen ne rompe le silence.

- Je dois rejoindre les Murènes puis aller à Darhàm. J’ai des comptes à régler avec un certain Jericho et son maître elfe. Fais-moi signe quand je pourrai payer ma dette.

Sur ces paroles, elle leva la main et ébouriffa la tignasse rousse de Rith, comme elle l’aurait fait pour un gamin, avant de récupérer sa cape laminée, son sac et de sortir de la mansarde pour rejoindre le froid brûlant d’un hiver à Omyre.


- III.2 -

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Mar 2 Aoû 2016 21:16 
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Les appartements de maîtresse Erganwë. L’on m’a dit qu’en arrivant à Omyre elle s’était facilement fait son propre logement en massacrant ses anciens habitants. Depuis elle y avait refait la décoration : des braseros illuminant des peintures d’horreurs sur des murs sombres, ça et là des ossements de diverses races, des têtes coupées et des corps fraîchement torturés remplaçant les anciens comme on change les plantes mortes d’un vase. Ainsi était ses appartements privés où elle recevait des hôtes de marques, souvent pour les empoisonner, des amants qu’elle lacérait au-delà de la chair ainsi que des esclaves qu’elle torturait quand il ne s’agissait pas d’être portant honte à la race Shaakt, comme moi.

J’ai été appelé par la maîtresse Erganwë pour une audience privée. On me sort de mes appartements que l’on appelle communément cachot. Cela doit venir du fait que la porte de ma chambre est faite de barre de fer et que mes compagnons de chambré sont des esclaves. Quoi que sur ce point ils n’ont guère à m’envier. Je quitte les souterrains, car oui, madame Erganwë dans sa grande bonté a fait aménager sous l’habitation d’origine un grand espace servant de zone de stockage, de débarra, de cachot ainsi que d’évacuation des eaux usées de la bâtisse. Il a été convenu que pour une meilleure optimisation des lieux que l’espace pour les esclaves et l’évacuation seraient dans une même pièce.

Me voilà donc traîné devant ma maîtresse attendant quel sort je vais encore subir. Assise dans une posture provocante et avec une tenue à faire frémir le plus pur des vœux d’abstinence, elle daigne à peine jeter un regard sur moi.

"Ëala nyenyë, depuis ton arrivée ici on ne peut dire que tu as montré les talents dont ta famille m’a tant loués. Je ne peux me retourner contre eux car cela viendrait à clamer que j’ai été dupé. En revanche je peux jouir de ta vie comme bon me semble. Mort tu ne me sers à rien et je commence à me lasser de ces jeux avec toi. Il est temps pour toi de faire face comme un Shaakt et d’user de tes pouvoirs. Tu vas partir en chasse d’un convoi à attaquer avec d’autres de mes hommes. Je te laisse donc l’opportunité de faire tes preuves à mon service. Sache que cette fois-ci sera différente. Soit tu reviens en devenant enfin utile, soit tu ne reviens pas et ton corps nourrira les charognards. Ait-je été clair Ëala nyenyë ?"

"Oui maîtresse !"

Bien que je me nomme Nhaundar Zaknafein, nul ne m’appelle ainsi. Je suis devenu incapable de manier la magie qui m’anime sans être terrifié dès que je sens la chaleur du feu me lécher les mains. Ainsi donc l’on m’a nommé Ëala nyenyë : celui qui pleure, car telle est ma réaction lors de mes échecs, telle est ma réaction lorsque la maîtresse est mécontente, telle est ma vie depuis mon arrivée à Omyre sous ses ordres. La peur habituelle laisse place petit à petit à une terreur. Je fais de mon mieux pour tenir sur mes jambes qui commencent à fléchir. Cela m’a déjà sauvé par le passé.

"Bien !" Répondit-elle d’un ton ravis. A ce moment je me dis que cette entrevue est terminée me laissant dans un tourment intérieur : avancé ou périr, tel est mon destin. Cependant une maîtresse de son envergure ne peut laisser un être aussi inutile que moi avec une telle opportunité sans…contrepartie.

"Avant de te laisser te reposer j’ai une dernière chose que je voudrais voir avec toi !"

Elle termine sa phrase d’un claquement de doigt impérieux. Des gardes rompus aux moindres mouvements de la dame surgissent de l’ombre et me saisissent par les bras, ne me laissant aucune chance de retraite, si j’en avais une. Je tente de me débattre tant pour lutter et échapper à mon calvaire que pour satisfaire la maîtresse. Elle aime plus que tout lorsque ses jouets résistent. On apporte un étrange outil de bois en forme de croix. On m’attache les membres désormais écartés, me laissant totalement impuissant à ce qui va m’arriver. Impérieuse, la Shaakt avance, un étrange flacon à la main. Ma respiration s’accentue et de la sueur commence à perler un peu partout sur mon corps désormais à l’horizontal.

"Mes alchimistes m’ont concocté ceci. As-tu une idée de ce que c’est ?" Demande t-elle.

Ma posture actuelle ne laisse peu de possibilité à la nature du flacon. Il va servir à provoquer une intense douleur et je sais par expérience que ma maîtresse fait de nombreuses recherches pour infliger autant de souffrance que possible. Il est certain que cela va me faire très mal, mais en quoi est la vraie question. Je regarde le contenu de la fiole avec une crainte justifiée.

"Je pense que l’on t’a expliqué les risques lors d’une ingestion d’un fluide contraire à un élément déjà possédé. Cette fiole contient une forme d’essence pure de fluide de glace. Je ne vais pas te tuer rassure-toi, même si je pense que tu voudras l’être avant d’en avoir fini."

Elle sort une dague dissimulée sous sa tunique. Une lame que je connais que trop bien pour m’avoir dessiné nombres de cicatrices. Ma maîtresse fait jouer l’acier sur mon corps et fait sauter les liens qui tiennent le haut de ma tunique qui retombe au sol. Je m’attends à ce qu’elle me lacère le torse mais non, ce qui m’inquiète encore plus. Elle ouvre la fiole et y plonge sa lame. Une simple goutte y est présente et la Shaakt s’empresse de placer la lame au-dessus de moi. Lentement le liquide se concentre pour former une goutte à la pointe de l’arme. La goutte se détache de l’acier et tombe sur moi. La douleur est insupportable. L’élément magique de glace réagit très mal aux fluides de feu dans mon corps. Je passe d’une chaleur insupportable à un froid glacial, dont la température fait varier mon timbre de voix, ou de cris en l’occurrence. Là où la goutte s’est posée une tâche apparaît et elle semble être indélébile. Mon corps continu vainement de se contorsionner en vain, mes chaînes ne sont que trop bien faites. Pire que tout, la douleur vient que d’une simple goutte et il en reste un flacon entier.

"Excellent !" Me dit-elle. "C’est au-delà de ce que j’imaginais. Peut être vais-je continuer de te garder en vie ne serais-ce pour cela. Et pour que tu prennes pleinement conscience que les déchets comme toi me sont aussi inutiles qu’insupportables, je vais te poser la marque maudite." Me dit-elle dans un sourire sadique dont elle a le secret.

"Non pitié maîtresse, pas ça !" J’ai beau implorer je sais qu’elle s’en moque, ou plutôt qu’elle s’en délecte. Je ferais tout pour ne pas avoir cette marque. Pire que la mort, pire que les chaînes la marque maudite fait frémir tous les esclaves qui l’ont entendu. La marque maudite serait une sorte de rituel magique provenant d’Oaxaca même. Elle qui provoque de nombreux types de douleurs allant de l’électrocution à la brûlure spontanée en passant par une torture mentale. Pour ceux qui la possèdent, la marque provoque des cauchemars toutes les nuits et en règle générale on évite de croiser ce genre d’individu de peur que la marque ne se transmette. Dans la langue Shaakt il existe une multitude de mots pour désigner la souffrance, il n’en existe que quelques-uns pour parler de cette étrange notion d’amour des hommes et autres créatures soumis à leurs lois et leurs rois. Cependant lorsqu’il s’agit de paria, de déchet au-delà de ce qui est possible d’être, il n’y a nul mot, juste une marque et ma maîtresse s’apprête à me la graver sans possibilité de la supprimer. Je souffre physiquement, je suis brisé mentalement, j’hurle, je pleure et comme la prédit ma maîtresse je l’implore d’en finir avec ma vie.

Ainsi s’achève cette « entrevue » dans la douleur, la honte, tandis que ma maîtresse se délecte à nouveau des horreurs qu’elle peut commettre et qu’elle commettra encore.

2-le raid

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Dim 2 Oct 2016 12:14 
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Les gamelles et les mamelles

Gamelle saucée jusqu’à la dernière goutte, cruchon de vin éclusé, consommation réglée, Beorth se met en route après avoir salué Arkos, sur les talons de son nouveau guide. A ce dernier, il ne fait pas confiance, et c’est en guettant chaque coin de rue, chaque renfoncement dans l’ombre, les toitures alentours et divers lieux d’embuscades, qu’il talonne le nabot. De toute façon, s’il lui prenait des envies revanchardes, lui et tous ses complices ne l’auraient pas sans risquer de se prendre quelque coup de haches dans les côtes.

(Contre un carreau dans l’œil, par contre…)

Pas la peine de penser aux options sur lesquelles il ne peut rien, autant se focaliser sur les dangers plus immédiats. A Omyre, ça ne manque pas, comme dans toutes les villes, en plus accentué peut-être. A y crotter ses bottes, le mercenaire en vient à se dire qu’Exech c’était quand même une destination de rêve à côté. Fort heureusement, dans le ramassis de merdeux qui conchie cette cité puante, il y a force de bon sens : pas la peine d’aller chercher des poux dans la barbe d’un gars solide et armé pour récolter quelques pièces, il y a des cibles autrement plus alléchantes. Alors le chemin jusque chez le guérisseur se fait tranquillement. Pas d’embrouille de la part du type au tarin défoncé, pas de mauvaise surprise.

(Putain, ça pourrait presque être une bonne journée… Une paire de miches une fois cette main rafistolée, et ça commencera à ressembler à quelque chose…)


Le marin pointe du doigt une porte branlante d’un bâtiment plus proche de la ruine que de sa prime jeunesse, en avertissant Beorth de ne pas trop s’arrêter au comportement du guérisseur. Les gonds grincent en pivotant, et il ne faudrait pas pousser trop fort le bois vermoulu. Les deux parviennent tout de même à rentrer, le plus en grand en se penchant un peu. Dedans, c’est moins pourri, et il y a encore une porte, qui diffuse un peu de lumière. Le gars de Von Klaash toque et entre sans cérémonie. Beorth le talonne sans plus de gêne.

La lumière des chandelles réparties sur les meubles et le sol est bienvenue et insuffisante. De tous les côtés, c’est couvert de cire comme si avait eu lieu une énorme orgie de cierges. Les murs plus tous jeunes supportent à grande peine le toit et à des clous une grande variété d’os gravés et de plantes diverses. Au milieu de tout ça, presque en accord, un type vêtu de noir est penché sur une table de travail, et plus particulièrement sur un corps. Le bruit et le mouvement laisse à penser qu’il s’applique plus à la découpe qu’au rafistolage, mais en même temps, si c’est un macchabé, peu importe. Y’a des équarisseurs qui amputent mieux que personne, et leurs victimes s’en sortent parfois, c’est dire.

Comme familier des lieux et du bonhomme, le marin interrompt l’autre dans son bidouillage anatomique.

« Hey... Tu vas t'occuper de nous, ou tu restes farfouiller j'sais quoi dans ton glaouche, là ? »

L’autre ne se laisse pas démonter.

« C'est pas que je ne suis pas ravi de voir ta sale gueule, mais si tu viens pour ton argent... Va falloir être patient, laisse moi encore un peu de temps. »

En passant, il salue Beorth de la main. L’occasion pour le guerrier de constater qu’il s’agit d’un elfe noir. Pas la race qu’il préfère, mais il s’en accommode. Entre les deux qui se connaissent, ça jacte, ça fait de l’humour, ça se balance des fions. Le shaakt avertit qu’il ne faut toucher à rien, que déranger ses affaires, ça l’irrite, et que quand il est irrité, il est pas performant. Et il se croit même drôle en révélant que le truc à la cage thoracique explosée, ouvert comme les cuisses d’une pute, les organes répartis au petit bonheur sur un tas de parchemin, avait la chiasse. Ca sent franchement pas le printemps, et même si Beorth n’est pas délicat des naseaux, surtout couvert qu’il est encore du purin des égouts, il s’agace de se tenir encore si loin d’un bain, d’une lessive et d’une catin. Surtout si c’est pour écouter les plaisanteries vaseuses d’un enfoiré aux oreilles pointues.

« J’ai du verre dans l’poing, et ça commence à gratter. Alors si tu peux me rafistoler ça sans tripatouiller dans mes tripes… j’ai d’quoi payer. »

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Thucydide, Guerre du Péloponnèse III, 82


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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Sam 22 Oct 2016 10:06 
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Intervention pour Beorth


L'elfe s'approcha à petits pas de Beorth pour mieux examiner sa main blessée. Il constata que quelques morceaux de verre étaient encore dans les plaies en y approchant la lueur d'une petite chandelle.
" T'sais, c'pas bien grave, j'ai vu pire. Sauf que ça risque de mettre du temps à guérir si on retire pas les petits morceaux de verre, sans parler des risques d'infection, dans cette ville on meurt rarement du coup mais plutôt du contrecoup. " Acheva-t-il en ricanant tout en éloignant la bougie pour s'en aller farfouiller dans son atelier.

A côté du travail, il récupéra une petite pince plate et sur ses étagères un bocal de terre. Le mélange pouvait paraître curieux mais il semblait être confiant dans sa besogne.

Il essuya le bout ensanglanté des pinces qui servaient plus tôt à... Mieux valait ne pas savoir. Il se racla les bronches et cracha dessus avant de l'essuyer avec un vieux chiffon pendu au rebord d'un coin de table.

" La propreté, c'est primordial ! " Dit-il tout fier avant de diluer une mesure de terre dans autant d'eau qu'il versait à l'aide d'un pichet fêlé.

"Allez, raboule moi tes paluches mon grand. " Et il commença à travailler. Avec la pince, il parvint à retirer les morceaux les plus visibles mais il renonça bien vite à farfouiller les plaies pour trouver les plus petits dispersés dans le sang coagulé et les petits morceaux de peau.

C'est là qu'avec le chiffon, il appliqua la terre humide qui avait une consistance grasse, comme de la glaise.

" Et oui, pigne pas, je sais que c'est pas agréable. C'est une vieille technique que j'ai imaginé dans un de mes voyages. Tu vois, j'étais pas loin de Tulorim, enfin pas loin... Dans le désert, mais bon, y' ont de ces figues là bas, avec des épines très fines, pas moyen d'en avaler une sans en avoir plein les pattes. Et bien, les locaux eux, mangeaient ça sans s'en soucier, il se retrouvaient avec des aiguilles plein les mains. Tu sais, c'est dangereux à force, les germes telluriques, c'est du poison. M'enfin, bon. Ils allaient après sur les bords du petit point d'eau pour récupérer de la glaise qu'ils appliquaient sur leurs mains et laissaient sécher. Et une fois que c'était sec, ils retiraient la couche de terre et les épines partaient avec. Bin là c'est pareil pour toi mon grand, quand ça sera sec, on pourra retirer tout ça et tu seras rafistolé."

Il dispensa un autre service en tendant à Beorth un linge blanc, un peu usé mais il semblait propre et sec sans la moindre trace de vermine. " Tiens, faudra quand même penser à bander c'te plaie si tu veux pas avoir d'autres saloperies dedans."

_________________
La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


Némésis d'Heartless


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Sam 12 Aoû 2017 11:50 
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Beorth frissonne lorsque l’elfe se saisit de sa main pour l’examiner, de dégoût, comme si une limace avait rampé sur sa paume. Le commentaire n’a rien de rassurant, ni de très utile : il lui explique qu’on peut calencher d’une sale gangrène aussi sûrement que d’une blessure. La belle affaire. Ca ira loin avec des conseils pareils… Sans compter qu’il se fend d’un mot sur l’importance de la propreté, comme il s’empare d’une pince, probablement pour retirer les petits morceaux de verre. En guise de propreté, le crachat remplace l’eau pour le nettoyage des instruments, astiqués à l’aide de chiffons dont plus personne ne pourrait distinguer la couleur originelle et… Et merde, ça reste un elfe. Une crevure freluquette, bon à pas grand-chose, alors soigner sans faire clamser son patient, ça devrait être la moindre des choses. Pas sûr, quand on considère l’éviscéré… Avant de se mettre au boulot, le voilà qui produit une mixture argileuse dans un bocal. (Comme si c’est le moment de faire de la poterie…)

Enfin il se met au boulot, presque en silence, retirant un à un les gros morceaux de verre. Le mercenaire a beau ne pas porter dans son cœur les elfes, il remercie les dieux de leur avoir donné des doigts aussi fins. La pince ne l’est pas tant que ça, cependant. Les plaies sont déchirées, gonflées, sanguinolentes, piocher plus en avant ne servirait pas à grand-chose.

C’est là que le guérisseur reprend sa glaise en guise de cataplasme. Tandis qu’il transforme la main du blessé en une sorte d’excroissance boueuse, il dispense à son auditoire semi attentif quelques explications arrosées d’une petite anecdote pittoresque sur les pratiques des types qui vivent dans le désert. Ils utilisent la glaise, raconte-t-il, pour retirer des épines qu’ils se prennent dans la peau, trop fine et trop bien ancrées pour y aller avec les pinces, les doigts, les dents. A la fin, quand ce sera sec, faudra casser la boue séchée et les morceaux de verre devraient partir avec.
(Comme les piafs… les braconniers qui veulent pas s’emmerder à cuire et à plumer les vident, les foutent dans une boule d’argile, la boule sous les braises et à la fin cassent le tout…)

Etre traité comme un volatile ne le met pas en joie, mais si au moins il peut être guéri, que ce soit par un elfe, du fait d’une technique exotique, peut lui importe, Beorth en sera satisfait. Et si la gangrène s’installe, au pire, avant d’y passer, de se faire amputer, il reviendra faire bouffer toute sa terre et sa crasse au charlatan.
Là où le gars passe pour un thaumaturge aux yeux de son interlocuteur, c’est quand il produit un tissu… propre. Pas d’aspect douteux, un morceau de toile à même de servir de bandage, comme il le recommande.

« Merci. Pour ça, pour… ça » répond Beorth en désignant sa main encroûtée du menton. « Si ça marche… t’as gagné un client régulier. Et les bons guérisseurs, j’les paie bien. »

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