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 Sujet du message: Les habitations
MessagePosté: Mer 29 Oct 2008 15:24 
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Les habitations


Les habitations, à Omyre, sont de hautes bâtisses souvent délabrées, qui se dressent en rangs serrés le long des rues et des ruelles. A l'intérieur on va et vient, la notion de propriété n'existant pas réellement. Chacun trouve sa place, et la défend par ses moyens. Bien sûr, ces logements communs sont surpeuplés et se tailler son lieu y est mal aisé. Mais compte tenu de l'absence d'eau courante, d'éclairage ou, disons-le simplement: de l'absence d'entretien, nul ne vous fera payer ne serait-ce qu'un yu pour y dormir. Quant à votre bourse, avalez-là le temps de la nuit, car il n'est pas rare que l'on fasse le tour des poches, et le glaive sous la gorge !

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Chibi-Gm, à votre service !


La règle à lire pour bien débuter : c'est ICI !
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 Sujet du message: Chapitre I : Les tourments d'une vie
MessagePosté: Sam 1 Mai 2010 03:15 
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(Où vais-je ainsi?
Pourquoi courir, toujours, tout le temps, sans jamais m'arrêter?
Pourquoi suis-je en vit si le monde entier veut ma mort?)


Après tant d'années de cavales, de planques, de débrouilles, Northfölk trouve enfin un havre de paix.
Paradoxalement, cet endroit paisible n'est autre que le chaos lui-même, une ville aussi noir que l'enfer. Le voleur hère à travers les habitations délabrés, surplombés par d'épaisses et hautes murailles métalliques, tout semble mis en œuvre afin que personne ne sache à quoi ressemble un rayon lumineux, il marche dans des ruelles formées par les immeubles miteux, créant des appels à l'embuscade à chaque tournant, tout est sombre, tout est troué, tout est matière à cache ou à assassinat. Chaque habitation comprend son lot de râles gastriques ou de cris d'effroi, chaque pas effectués dans cette partie de la ville est une véritable épreuve pour les bien pensants.

Et Northfölk s'enfonce de plus en plus dans la noirceur émanant des corridors mornes et étrangement apaisant aux yeux du Liykors, emmitouflé dans son capuchon bordeaux assombrit par la poussière des années, le sang des ennemis, la crasse des chutes. Il avance d'une marche confiante , il sait où il va, mais il ne peu savoir pourquoi, son instinct bestial lui à dictée cet itinéraire. Chaque murs, chaque sons, chaque assassins fuyant les représailles semblent familiers à Northfölk, il se sent bien ici, comme une impression d'avoir déjà vécu cela, et son bien être empli sa personne à mesure qu'il pénètre les ténèbres et que l'air ambiant devient oppressant, malsain.

(Je me sent tellement bien, cela faisait tant d'année que je n'avais pas ressenti cette béatitude)

Bien que le Liykors avance au hasard des ruelles, il cherche un endroit précis, qui serai le but de ses envies, et après quelques minutes d'une marche incertaine, il se retrouve dans une impasse, d'une noirceur impénétrable et contemplée par les cafards. Northfölk se dirige vers le mur du fond, il est confiant, sûr de lui.

Soudain, un bruit assourdissant viens briser la torpeur ambiante, ce son ressemble à celui d'une corne que l'on sonne lors des charges de bataille.

Merde, couvre-feu...

Le signal du couvre-feu à Omyre est une très mauvaise nouvelle pour Northfölk, qui n'avait aucun endroit où dormir, où stationner pour la nuit, de plus, cette corne annonçait l'arrivée des patrouilles Orcs dans les ruelles coupe-gorge, donc dans les alentours du périple de notre Héro ce qui allait considérablement augmenter la difficulté de ses recherches. Mais ce n'était pas encore d'actualité, pour le moment il devait découvrir se qui se tramait dans cette ruelle, il devait savoir pourquoi son instinct était autant sollicité ici.

Il commença à fouiller ce qui semblait être un tas d'ordure, à la lueur de ce qui semblait être une bougie, Northfölk ne voulait aucune précisions tant l'endroit était sale et odorant. Malheureusement, rien de spécial du coté des ordures et en reculant le Liykors se prit les pieds dans quelque chose de mou, il se mit à toucher ce sur quoi il avait failli tomber. La texture était bizare, molle, froide, moite, la matière en surface semblait rester dans la main et l'odeur émanant était plus qu'ignoble. La main de Northfölk heurta un nez.

(Un nez?)

Ce qu'il avait sous les mains était un cadavre pourrissant dans ce cul-de-sac, mort depuis un bon moment, il mit son semblant de bougie à hauteur du visage et vit des yeux mornes, sans vie et affaissés par la déshydratation, les droits de l'homme s'était éteint face aux droits de l'asticot et ils avaient bien compris leurs droits. C'était un homme gros et vieux, il semblait fondamentalement mauvais.

"Et toi viens par là! Non je te déconseille de courir! Bon... Vas-y Butte-le! Butte-le!
...
Beau carton! Allez viens on continue"


La milice passait par là, c'était son tour de garde et une escouade d'Orcs venait par la ruelle perpendiculaire à l'impasse dans laquelle se trouvait Northfölk. Il n'avait plus de temps à perdre, il examina le cadavre à la va vite, vida les poches du vieux gros, avant de jeter sa bougie au plus profond de la ruelle. Notre Héros s'emmitoufla dans son capuchon et s'accroupit cotre un mur en attendant que la patrouille passe. Cinq Orcs armés jusqu'aux dents passèrent donc devant l'impasse.

-ça sent bizare ici.
-Boarf, encore un clodo crevé.
-Non c'est pas l'odeur du cadavre, ça sent... L'animal
-arrêtes tes conneries on fini la ronde et on va à la taverne, t'es crevé toi.
-Mouais...


Northfölk fixait les gardes du regard pour être prêt à réagir à la moindre action de leur part. Ils sont loin maintenant, et la perspective de quitter cet endroit se fait sentir, malheureusement, son pied se prit dans une flaque d'un liquide informe et il tomba lourdement dans les ordures, ce qui eu pour conséquence, bien entendu, d'alerter les gardes.

"Hé toi, bouge pas!"

(je vais devoir improviser)

_________________
Northfölk Greystone Liykors Voleur

Errer dans les tourments, se régaler de la chair... Non je ne peu renier mes racines pour des meurtres insensés...


Dernière édition par Northfolk le Ven 7 Mai 2010 01:54, édité 3 fois.

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 Sujet du message: -Course poursuite
MessagePosté: Mar 4 Mai 2010 00:36 
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" [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation violente et gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture."

Northfölk fonce dans une masure en face de sa position marchant sur les dormeurs assoiffés de vie, son cœur palpite, la décharge d'adrénaline qui vient d'être infuser dans son corps le rend euphorique, sa vie n'est faite que de ce genre d'expériences, il y trouve un certain plaisir. Il court aux hasards des coupes-gorges et déverse toutes les ordures, les planches, le bordel qui pourrai entraver la poursuite de l'escouade. Sa foulé est élégante, agile, réfléchie, tout au long de son parcours il essai d'analyser chaque paroi, afin de trouver celle qui pourrait semer les Orcs lourdauds, incapable d'une légère prouesse gymnastique, leurs armures sales et grossières font un bruit métallique inquiétant qui semble de plus en plus fort aux oreilles de Northfölk.

Par chance, le mur tant cherché apparait, le taudis en pierre sur sa droite est effondré, seul un mur est resté debout et forme une sorte d'impasse grâce aux éboulis adjacents. Le semi-Homme donne une impulsion au sol et s'agrippe à la paroi recouverte de crasse. Sa prise est bonne, son escalade est aisé et au sommet du mur le corridor noir et inquiétant est perçu tel un chemin de liberté au yeux du demi-Liykors.

Mais la prise devient subitement plus dur à tenir, son escalade plus compliqué, le mur bien plus haut qu'il ne le croyait, la vivacité de son corps perd en énergie, une douleur aigüe vient le fouetter à l'épaule et un carreau est planté, traversant son éternel capuchon bordeaux. L'un des Orcs possédait une arbalète, bien heureusement son temps de recharge est long et permet au grimpeur de passer le mur avec une certaine difficulté, il s'écroule au sol puis se remet en marche, sa vie est en jeux, il lui faut un abris au plus vite, il tente d'ouvrir plusieurs portes sans succès jusqu'à ce qu'une des entrées veuille bien céder sous son faible coup de poing, il entre et referme vivement la porte.

"-Allez les gars, faut chopper cette vermine et le terminer!
-Je suis déçu Gorhm, t'as raté ton coup.
-Je t'emmerde, va tirer avec un veau pareil en pleine course dans un dédale aussi étroit du gland
-How! Vous le choppez, vous l'étripez et on verra ça après!
-Fais pas chier toi, on l'a perdu c'est tout, rien que faire le tour de ce putain de mur on va prendre un temps fou donc on laisse tomber.
-Et merde...


Northfölk n'est pas plus soulagé que cela, il est assis adossé à la porte, le carreau à la main, son gant taché de sang.

(Encore et toujours...)

Son souffle est court, l'hémorragie semble s'estomper peu à peu, mais son salut viens de cette habitation, elle n'est pas très bien éclairée mais juste assez pour constater que c'est une bicoque très mal entretenue, du bordel partout, une commode, et un lit.
Vide.
Soudain Northfölk est surpris par une silhouette, un clochard en mal d'argent et usé par la vie se tiens devant lui, il ne sait le pourquoi de le visite du semi-Homme, mais cette intrusion est pour lui une chance, une opportunité de sortir de cette misère dont il ne connait que trop le goût. Il s'empare d'une sorte de boule gluante au sol et la lance violemment en direction du demi-Liykors qui l'évite In-Extremis et se met en garde au milieu de la salle, sa plaie s'est réouverte et son œil vacille quelque peu. Les deux belligérants se jauge du regard, Northfölk est divisé entre la douleur et l'incompréhension il sait juste que c'est lui ou l'homme qui y passe et il ne compte pas gâcher tant d'années de tortures pour si peu. Une larme coule le long de la joue du sans-âme, toute cette vie pauvreté, de souffrance rejaillit dans sur l'intrus, et il se jète à corps perdu sur Northfölk en poussant un cri de désespoir, le semi-Homme reçois plusieurs coups de poings au visage et au ventre, ce qui ne suffira pas à le sonner, il lui donne un coup d'épaule pour le sortir du corps à corps, l'aggripe et se place dans son dos puis jette l'habitant contre un mur et fais des percutions avec sa tète et la paroi tout en criblant son dos de coups de poings, la douleur à son épaule est insoutenable, mais la montée de sang est trop forte, trop bonne, succulente. Chaque poussé s'enfonce de plus en plus dans les côtes de l'homme, chaque poussé enfonce de plus en plus Northfölk dans une béatitude frénétique bestiale, la main rentre finalement et il en sorte un amas de boyaux et d'intestins. Le pauvre homme cri comme un goret qu'un égorge, l'entendre glacerait le sang du plus immonde tueur, mais pas celui du semi-Homme, il semble même esquisser un sourire. Le cri effroyable de l'homme s'estompait à mesure que Northfölk étalait son crâne sur la cloison.

Le Héros se calme, il ne reste de sa confrontation qu'un entassement de viande sur la façade et sur le sol bordélique. Plus la conscience humaine du demi-Liykors refais surface, plus la douleur à son épaule se réveille, il se sent mal, il tourne de l'œil, trébuche, tombe.

(Cela me répugne, mais je vais devoir pratiquer les méthodes ancestrales de ma tribu. ô père! Puisses-tu veiller sur moi!

Northfölk se relève difficilement et se penche sur la carcasse fumante, ramasse les quelques vicaires que les entrailles du misérable ont pu fournir et commence son repas, chaque bouchés est une épreuve pour lui, chaque bouchés lui permet de se sentir mieux. L'hémorragie de son épaule s'arrête, les coupures et les ecchymoses sur son visage et sur son ventre lui faisait moins mal mais la fatigue et le manque d'énergie ne partait pas, il s'essuie la figure avec son gant, se tourne vers la commode, l'envisage quelques secondes, il reste un voleur, et finalement s'écroule sur le lit proche pour rejoindre ses tourments nocturnes habituels.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Mer 26 Mai 2010 01:13 
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Valkor s'approcha de ce qui était "sa maison".
Lui et son colocataire avaient eu du mal à trouver un endroit à peu près sécurisé où dormir. L'ancien "propriétaire" avait subit leur avis d'expulsion et ne s'en remettrait pas avant quelques jours au moins. Il faisait noir, la soirée était bien avancée et les ténèbres régnaient en maître dans la masure. Valkor fît pivoter le semblant de porte, qui servait plus à éviter les bourrasque qu'à empêcher les intrus d'entrer. Il bailla, la journée avait été dure et il avait hâte de se reposer un peu. Le lit de feuilles mortes qui lui servait de couchette n'était certes pas l'endroit rêvé pour dormir, mais cela valait toujours mieux qu'une dalle de pierre glaciale.

Valkor entra dans la pièce qu'il avait élu comme sa chambre et se retrouva nez à nez avec... avec qui ?

C'était un grand gaillard, il tenait Douloub par le cou et semblait être en pleine scène de mise à tabac, la victime semblant en sale état. Douloub n'était peut-être pas le meilleur compagnon, il lui arrivait fréquemment de se battre avec lui - ce n'était jamais rien de pire que des petites querelles idiotes et sans grandes conséquence - mais il n'allait pas laisser son camarade se faire défigurer sans réagir.

Réagissant plus rapidement que l'agresseur de Douloub, Valkor profita de cet avantage pour reculer son bras droit avant de l'aplatir sur le nez de l'intrus. Ce dernier lâcha sa prise sur Douloub et recula d'un pas. Valkor continua sur sa lancée et leva son genoux gauche au niveau des parties génitales de son adversaire, dans l'espoir de lui briser les parties et le rendre hors service pour un petit moment. Malheureusement pour lui, le premier coup avait réveillé l'esprit combattif de l'orque qui esquiva aisément le coup assez maladroit de Valkor. Il fallait avouer qu'avec l'obscurité, Valkor avait un peu plus de mal à combattre tandis que l'autre orque était dans les ombres de la pièce depuis certainement un petit moment. L'intrus s'empara d'un semblant de chaise qui traînait à côté de lui et s'empressa de frapper Valkor au visage avec cette dernière. La douleur s'abattît immédiatement sur Valkor qui tomba sur le coup, l'autre orque profita de l'état de faiblesse de son adversaire pour piétiner Valkor au ventre à plusieurs reprises. Mais Douloub entra à son tour dans le combat. Il donna un cou de talon dans la cheville de l'intrus qui posa le genoux à terre sous le choc. Douloub continua sur sa lancée et balaya le sol au niveau de l'autre jambe de son adversaire qui chuta, son menton s'écrasa contre le sol avec un craquement. Valkor s'étant relevé pendant ce bref instant profita pour achever l'adversaire d'un bref et puissant coup de pied sur le dessus du crâne. Le bruit caractéristique à ce genre coup résonna dans la pièce en même temps qu'un bref râle qui s'échappa de la gorge du décédé. Valkore secoua son pied, dégouté d'avoir souillé ce dernier avec le sang de ce charognard, après quoi, il commença à fouiller le cadavre pour voir s'il possédait quelques objets de valeur, mais en vain. Décidément, quelle journée...

_________________


Grumph !


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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Mer 2 Juin 2010 07:21 
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Une nouvelle vie


Ca y est, ils semblaient être arrivés. Une maison un peu moins détruite que les autres. Mais rien d'exceptionnel non plus : des briques noires emboitées malhabilement, des saletés, quelques dessins sur les murs, des escaliers délabrés qui menaient à un simple porte encore en état de s'ouvrir et aucune fenêtre. L'homme, toujours agrippé au bras de York, l'entraina de nouveau. Il entra brusquement dans la maison.

La porte était grande ouverte, et l'intérieur était fidèle à l'extérieur : une grande pièce, unique, qui semblait être une sorte de salon. Trois planches formaient un support sur lequel deux créatures au pelage noir nuit jouaient aux cartes sans bruit. Elles étaient assises par terre. Le reste de la pièce était soit délabré soit en devenir. Il y avait même des traces de griffures sur un des murs. Une unique porte, plus grosse, surement la seule partie de la pièce dans un état convenable, trônait tout au fond de la pièce, derrière les deux créatures. L'homme, à peine rentré, continua sa marche infernale et passa devant les joueurs de cartes. Il les salua d'un signe de main, sans même les regarder, et ouvrit la porte. York lui emboitait le pas. Il touchait à peine le sol, l'homme allait trop vite pour les petites jambes du Gobelin et était beaucoup plus grand, à un tel point qu’il le portait quasiment.

Derrière la porte, un autre univers. Des escaliers sombres qui descendaient. Une vive lumière blanche s'approchait rapidement. D'un coup, York ne voyait plus rien. Du monde de l'ombre, il venait de passer au paradis. Du marbre, d'énormes piliers alignés le long d'un immense hall. Seuls quelques humains ici. Mais attention, pas des humains comme dehors, comme le vieillard qui avait acheté son esclave combattant. Non. Ces humains semblaient venir d'un autre monde. Un monde propre, un monde où la faim n'existait pas. Celui du luxe.
Enfin, l'homme s'arrêta, lâcha York, qui ne comprenait plus rien : de la beauté à Omyre. Il était dégouté : la ville avait elle aussi une face cachée, une face non-honnête. Le pire ? Cette face cachée était propre. Ce qui veut dire qu'elle-même devait sûrement cacher d'autres vices. L'image d'honnêteté qu’il se faisait de la ville venait de s’évaporer.
L'homme prit la parole :

"Bon, désolé de t'avoir pressé, mais il allait faire nuit. Déjà que de jour, la vermine est partout, alors la nuit.... Il fallait vraiment qu'on s'accélère.... Tu sais, tu as de la chance que je te sois tombé dessus. Enfin, je ne suis pas un méchant quoi, comme tu peux le voir d'ailleurs. Enfin bon, bref, tu dois être un peu perdu ?"

(Je comprends rien, il sait pas parler ou quoi ce mec ? D'où il sort ? Il débarque, m'achète, me dit rien, me traine dans une sorte de base secrète, et me raconte sa vie....)

"Oui, totalement."
Répondit York timidement.

"Alors, je vais essayer d'être clair. En fait, je suis commerçant, je suis ici pour affaire. Enfin, ça te regarde pas trop, alors pose pas de question. En fait, je m'appelle Arimor. Pourquoi je t'ai pris ? Bah… Euh.... Non, en fait, je vais d'abord t'expliquer où on est. En fait, les deux gardes à l'entrée, c'est des Liykors. C’est bien les Liykors, c’est imposant. Là, on est dans ma demeure souterraine. Je l'ai faite construire pour quand je viens ici. Là haut, je me ferai voler mes biens vite fait, tu comprends. Personne ne connait l'existence de ma maison, à part ceux qui y pénètrent. Bon, alors, maintenant, pourquoi je t'ai pris. Je t'explique : notre Gobelin-nettoyeur s'est fait tuer par un de nos gardes qui ne l'avait pas reconnu. Tu étais le seul Gobelin là-haut, et j'ai besoin de nettoyer les chambres des hôtes. Ah, oui, je ne t'ai pas dit, il y a d'autres collègues ici, je leur loue certaines chambres. Pour la majorité, ce sont des Nains, ce sont de bons commerçants. Mais quand ils payent, ils veulent de la qualité. D'où ton rôle : tu seras dorénavant notre nouveau Gobelin-nettoyeur. Le système est simple, si tu fais ton travail correctement et que les clients se plaignent pas, tu restes en vie et seras nourri et logé. Sinon, tu seras puni. Et tu ne veux pas être puni, crois-moi. Bref, des questions ?"

"Oui : je commence quand ?"

"Nous allons bientôt manger. Tu mangeras à part, évidemment. Ensuite notre Gobelin-guide t'amènera à la chambre des serviteurs, où tu vivras. Tu commenceras ton travail demain. Tes collègues t'expliqueront ton travail. Aller, j'y vais.
Au fait, tu t'appelles ?"


"York."

"York le Gobelin-nettoyeur. Nous ne nous croiserons peut-être plus avant un certain temps. Alors bon travail."

Arimor, après avoir crié "Gobelin-guide !", était partit. York était donc dans le hall, seul, attendant son guide. Il était satisfait : il était en vie, avait un endroit où dormir et pourrait bientôt manger.

(Je n'aurai pas pu tomber mieux : un lit, une assiette et une protection du monde de dehors. Avec ça, je vais pouvoir me refaire une santé, reprendre des forces. Ensuite, on verra bien. Je suis en vie, c'est le principal.)

York était là, au milieu de l’immense hall. Seul. Il était bien, seul. Même s’il attendait une personne qu’il ne connaissait pas, il était rassuré : sa journée pourrait se terminer, et il verrait celle de demain. Il observait cet étrange palace souterrain. De ce qu’il pouvait voir, ça devait être immense. Arimor a parlé de chambres, mais on n’en voyait même pas d’ici. Il devait donc y avoir beaucoup d’autres pièces. De plus, il y avait un nombre impressionnant de portes tout le long des murs. A vue de nez, il devait y avoir une vingtaine de portes. Le sol et le plafond étaient d’un marbre blanc éclatant. Ils semblaient se renvoyer mutuellement la lumière, y ajoutant à chaque fois de l’intensité.

Le Gobelin-guide arriva, il dévisagea York et dit :

"Ba'lors, un n'veau Gobelin-nettoyeur ! Bon, faut pas qu'on s'traine, les clients vont rentrer et c'est qui z'aiment pas nous voir. Suis-moi, je t'expliquerai ce que tu dois savoir une fois qu'on graillera. Moi c'est Gobelin-guide, aller viens".

York ne décrocha pas un mot : il n'avait rien à dire. Il acquiesça.
Le Gobelin-guide commença à marcher, au même rythme que le maitre, c'est-à-dire trop vite pour le petit York qui courait presque à pleines jambes.

(Arf, encore un qui court au lieu de marcher ! Ont-ils toujours une menace dans leur dos ou le font-ils pour me voir galérer ?)

Le Gobelin-guide avançait de pièces en pièces. Ces pièces, toutes aussi luxueuses qu’inutile à en juger par leur non-occupation, s’enchainaient dans un flot continu d’informations que York ne contrôlait absolument plus. Puis le Gobelin-Guide s’arrêta au détour d’un couloir. Il se colla doucement contre le mur, et se mit à pousser. Un petit cri d’effort lui échappa, alors que le mur pivotait, laissant entrevoir un passage. Serait-ce un passage secret ? Il semblerait. Un tunnel, étroit et sombre, s’enfonçait à perte de vue. Le Gobelin-guide s’y engouffra, suivi de York, qui referma la porte. Le guide reprit sa marche. York n’en revenait pas du nombre d’embranchements et ramifications de ce tunnel. Et pourtant, le guide ne semblait pas hésiter une seule seconde sur le chemin à prendre.
Ils arrivèrent finalement assez vite dans une petite salle, semblable en bien des points à celle où les Liykors jouaient aux cartes. A la différence que dans celle-là, quelques lits superposés étaient entassés dans un coin, et que la table centrale était une vraie table. En décomposition bien sur , par soucis d’homogénéité, mais elle tenait debout. Le Gobelin-guide reprit la parole :

"V'là, ça c'est not' maison. Les aut' vont pas tarder à arriver : y'a un Gobelin-guide, moi, un Gobelin-cuisinier, mais y viendra pas, il prépare à manger là. On a deux Gobelin-à-tout-faire, ou Gobelin-esclaves et y'a aussi un autre Gobelin-nettoyeur. Avec toi, ça fait donc six. Bienv'nue dans ta nouvelle vie."


_________________


Dernière édition par York le Dim 6 Juin 2010 18:43, édité 5 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Mer 2 Juin 2010 16:22 
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Le début de la routine


Le Gobelin-guide s'assit sur ce qui semblait être son lit. York prit alors la parole. Il avait besoin d'explications sur son travail du lendemain.

"Moi je m'appelle York. Apparemment, je commence à travailler demain. Comment je vais faire pour m'y retrouver ? C'est immense ici. Tout se ressemble. Et au fait, t'as bien un prénom non ?"

"Oh, un prénom. Je ne me souviens pas avoir vécu ailleurs qu'ici, je ne connais pas mon prénom. Je ne suis même jamais sorti d'ici. Je sais que la ville s'appelle Omyre, mais c'tout. Tu sais, va falloir t'y faire. Au début, on t'aidera à t'y retrouver, t'inquiètes. Et puis de toute manière, tu n'es pas autorisé à marcher dans les couloirs des maitres. Nous avons des galeries cachées qui mènent absolument partout où nous devons être. Tu les emprunteras pour te rendre dans les chambres à nettoyer. Monsieur Arimor aime beaucoup faire croire à ses hôtes qu'il est magicien et qu'il a jeté un sort de propreté dans toute sa demeure, ainsi qu'un sort qui prépare à manger. Il n'y a que moi qui me montre aux clients. C'est fou non ? Nous sommes un sort de magie !"

"D'accord. Et si un client me voit ?"

"Le chef ne t'a parlé de si tu faisais mal ton travail ? C'est vrai qu'il n'a pas la même notion de ce qui est que nous. Pour t'expliquer brièvement, le patron ne voit que le bon côté des choses. Il ne sait même pas où nous vivons, et il s'en fiche. Si tu fais mal ton travail, les gardes joueront avec toi, puis, quand ils seront lassés, ils te mangeront.... Quoique, vu ta carrure, ils préfèreront probablement te jeter dans la rue. Je te rappelle que tu n'es pas censé être là, si un client te voit, il criera au voleur, et le patron jouera le jeu. Bref, ne fais pas l'imbécile, tu le regretterais."

"J'ai compris, pas de bêtises, je nettoie mais suis invisible."

Le Gobelin-guide fit un hochement de tête et se coucha dans son lit. York commençait à se réhabituer à l'obscurité. Il pouvait maintenant déceler de nouveaux détails dans cette petite pièce. Des dés, par terre, semblaient refléter les seuls amusements des Gobelins. Il y avait un dessin, grossièrement fait, d'Arimor. Ce dessin ne le présentait pas vraiment à son avantage : un gros rond pour le corps, deux bâtons pour les jambes et deux pour les bras, une grosse tête carrée avec un nez plutôt disproportionné puisque celui-ci pendait jusqu'au menton du grossier schéma.

Soudain, la porte s'ouvrit de nouveau. Toute la ribambelle attendue était là, sauf le Cuisinier. Ils se présentèrent chaleureusement à York, les uns après les autres. Ils se ressemblaient tous, comme la majorité des Gobelins. Seul le Gobelin nettoyeur, plus petit que les autres, semblait se différencier des Gobelins-esclaves et du Guide. Ils s'assirent donc à table, le Guide partit chercher le repas. A peine fût-il partit, l'éternel discussion polémique, comme l'avait prévu York, éclata : la couleur sombre de sa peau. Les deux Esclaves semblaient dégoûtés de voir un Gobelin quasiment noir, alors que l'autre Nettoyeur semblait juste intrigué. York expliqua qu'il ne savait pas d'où cette couleur venait, ce qui était vrai : il n'avait pas la moindre idée de la provenance de cette couleur puisque ses deux parents étaient d'un vert vif. Ses nouveaux collègues lui demandèrent avec une attention hors du commun, d'où il venait, comment était-il arrivé là et ce qu'il faisait dehors. Après avoir raconté son histoire, York compris pourquoi tant d'attention. En effet, il leur retourna la question, et un seul répondit au nom de tous les autres :

"Nous sommes tous pareils. Nous avons été achetés par Arimor, qui achète toujours lui-même ses esclaves. Sauf que nous, nous avons étés achetés alors que nous n'étions que bébé. Aucun de nous ne possède de prénom. Aucun de nous ne se souvient de ses parents. Aucun de nous n'a eu la chance de sortir. Puisque nous sommes là depuis tout petit, nous savons faire notre travail mieux que quiconque. En revanche, ta place n'a jamais été occupée longuement. En général un nouveau arrive, se fait repérer, la plupart du temps c'est à cause d'un client qui se trouve là où il ne devrait pas être, et se fait ensuite livrer aux Liykors de devant. C'est de vrais monstres de la hauteur d'une maison à ce qu'il parait. Mais on ne peut les voir que si on a mal fait notre travail, donc aucun de nous ne les a vu."

York leur expliqua donc que ces Liykors n'étaient pas aussi énormes que le mythe, mais qu'ils étaient tout de même 2 fois plus grands qu'Arimor. Ils semblaient tellement captivés qu'un être venu de l'extérieur, ayant été libre par le passé, se retrouve en leur présence. York, quant à lui, avait le sentiment opposé : il commençait à se rendre compte de sa condition. Dorénavant, il devrait oublier sa condition de liberté. Comme l'avait dit le Gobelin-guide, ils ne sont qu'un sort. Nés d'un mensonge. N'existant que pour nettoyer.

Finalement, alors que le silence était revenu à table, chacun était totalement plongé dans ses pensées. Les anciens esclaves dans leurs rêveries de liberté. York dans ses sombres images de lui, vieillard, toujours dans cette salle. Le Guide revint enfin, avec un chariot qui embaumait déjà toute la pièce. Il lança à York :

"A défaut d'être libres, nous avons quasiment la même nourriture que nos maitres : c'est leurs restes."

A ces dernières paroles, York frémit. Il avait mangé de tout durant ses années d'errance dans la nature, mais il s'était toujours refusé à passer après quelqu'un d'autre. L'idée de porter à sa bouche quelque chose qui a été recraché par quelqu'un d'autre le répugnait. Dans sa tête, une révolte contre sa conscience éclatait. Il lui fallait manger. Il lui fallait surtout s'habituer à manger des restes, puisqu'il en mangerait probablement un certain temps. Ce repas, bien que délicieux pour ses papilles, fut un calvaire pour son cerveau, qui semblait vouloir vomir à chaque bouchée.

Finalement, il avait réussi à manger jusqu'à se sentir lourd. Très lourd. Il n'avait plus mangé aussi bien depuis qu'il s'était fait exclure de son clan. Le ventre tout gonflé, il alla ensuite se coucher directement, comme ses congénères. Demain, il devrait travailler. Sa vie serait à nouveau en jeu. York s'imaginait jouer à cache-cache, un cache-cache géant, avec la mort si on perd. Il s'endormit en repensant à son avenir ici : il avait perdu sa liberté pour préserver sa vie. Perdu son individualité pour gagner le droit de manger. Abandonné son honneur pour pouvoir dormir sous un toit.


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Dernière édition par York le Dim 6 Juin 2010 18:46, édité 6 fois.

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MessagePosté: Jeu 3 Juin 2010 15:55 
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Première journée de travail


York courait dans un champ. Un drôle de champ : on n'avançait pas dans ce champ, c'était comme si on tournait en rond. Tout se ressemblait : la végétation était plus haute que York. Comme des épis de blés, partout autour de York. Tellement abondant qu'on se serait cru dans le pelage d'un Liykor. Quelque chose lui courait après. York fuyait ce quelque chose. Mais il allait trop lentement, un bruit sourd se rapprochait inexorablement. York avait peur, il se sentait comme secoué par les herbes à travers lesquelles il courait aussi vite qu'il pouvait. Il sentait progressivement la main de la chose sur ses épaules, le bruit sourd s'intensifiait et les herbes s'écartaient de plus en plus, laissant apparaitre.... Un Gobelin ?

"York ! Hey, Gobelin-nettoyeur ! Debout au travail ! Tu crois qu'en faisant une grasse matinée tu resteras en vie plus longtemps ?!?"

York ouvrit progressivement les yeux. C'était le Gobelin-guide qui le secouait en criant. C'était le Gobelin-guide qui venait de transformer le rêve de York en cauchemar, qui s'étendait maintenant dans la réalité. York, de mauvais poil par ce réveil sans délicatesse aucune, sauta hors de son lit. Déjà habillé, puisqu'il ne possédait qu'un seul petit linge en guise de vêtement, il rattrapa son retard par rapport aux autres Gobelins qui, eux, dans leur luxueuse penderie (entendez par terre ou sur la table), possédaient deux tenues identiques : de vieux torchons, l'un noirci par la saleté, l'autre davantage encore, au point qu'il paraissait coloré noir d'origine. York et ses compagnons eurent même le droit à un petit déjeuner : un couple d'hôtes était allé manger dans une auberge et leur nourriture avait été ramenée discrètement par le Gobelin-guide de la cuisine jusqu'au "bureau" des Gobelins. Ces derniers ne se firent pas priver pour engloutir leur repas, remerciant le couple d'hôtes comme s'ils étaient là.

Une fois les plats vides, ils partirent chacun s'occuper de leurs tâches : les deux Gobelin-esclaves avaient été appelés dans le hall, sûrement pour transporter les bagages d'un autre grassouillet. York partit donc, accompagné par l'autre Gobelin-nettoyeur, qui lui expliquait :

"Alors, c'matin, on a tout un étage à nettoyer. Normalement, les hôtes sont sortis, mais, quoi qu'il se passe, ne prends pas le risque de te faire voir. Sois discret, rapide et efficace. Ce sont les mots d'ordre"

Alors qu'ils discutaient sur les consignes à respecter, ils s'aventuraient dans les galeries. York était derrière et suivait son collègue de très près, il ne voulait pas risquer de le perdre. Ils arrivèrent finalement devant un grand carrefour en forme de "T".

(((Afin que vous visualisiez bien, j'ai fait un schéma de toute beauté : Ici )))

Le Gobelin-nettoyeur reprit :

"Voilà, toutes les arrivées aux chambres sont présentées comme ça. La porte juste en face de nous est la porte principale, elle débouche dans le couloir. Je te conseille de ne pas trop te balader dans les couloirs tant que tu peux utiliser les nôtres. Ensuite, les portes de ce côté et de l'autre, c'est toutes les chambres de cette zone. Fais très attention, elles donnent directement dans la chambre : tu peux arriver dans la salle de bain comme dans les toilettes ou à côté du lit. Alors fais gaffe en sortant. Pour aujourd'hui, nous allons le faire ensemble. Ensuite, tu devras travailler tout seul. Je pourrai t'aider si jamais tu as besoin d'aide dans les galeries. Nous te ferons un dessin des galeries ce soir. Elles sont bien construites, on s'y retrouve bien, ne t'inquiètes pas.
Aller, on se met au boulot, nous allons commencer par celle du bout, tout là-bas, puis nous remonterons jusqu'à l'autre côté. C'est parti, suis-moi."


Le Gobelin-nettoyeur entrouvrit alors la porte, et glissa son oeil dans le petit interstice qu'il venait de créer. Ne voyant rien de vivant dans cette chambre, il ouvrit tout doucement la petite porte, élargissant ainsi progressivement son champ de vision. Ca y est, il avait ouvert totalement la porte et sa tête dépassait à présent totalement du tunnel. Il sortit donc le reste de son corps, s'avança un peu dans la chambre, puis fit signe à York de le suivre.

La chambre était, semblait-il à l'image de toute la demeure, d'un blanc éclatant. Un lit de deux places mais aussi grand que les lits des six Gobelins réunis trônait, au milieu de la chambre. Mais alors que York contemplait encore la décoration de la chambre, le Gobelin-nettoyeur s'était déjà mis au travail et refaisait le lit. York sortit donc de ses pensées et, à l'aide d'une petite pelle et d'une petite balayette entreposées dans la salle de bain (le maitre prétendait que les objets s'animaient en l'absence des hôtes et nettoyaient la pièce), il se mit à nettoyer les divers meubles présents dans la pièce. Une fois les meubles finis, il attaqua le sol, sous l'oeil bienveillant de son collègue, qui nettoyait la salle de bain tout en surveillant York. Une fois la chambre bien nettoyée et le matériel rangé, ils retournèrent dans leur tunnel, en prenant soin de bien refermer la porte.

"C'est bien. Tu t'débrouilles pas mal. T'as vu tout ce qu'on a fait dans cette pièce ? Bah tu fais pareil dans celle-là, moi je fais la suivante. Fais surtout attention en sortant du tunnel, tu ne sais pas ce qu'il y a dans les chambres."

York acquiesça d'un signe de tête. Finalement, York arrivait à presque aimer ce travail : l'adrénaline qu'il ressentait dès qu'il entendait un bruit, cette tension extrême qui lui faisait penser à ce qu'il se passerait s'il entrait dans une pièce où il y avait quelqu'un et que ce dernier le voyait. Tout cela lui plaisait. A un tel point qu'il avait presque envie que cette situation se produise, juste pour augmenter encore cette prise de risque. Ils firent ainsi toutes les chambres de cette zone sans rencontrer d'ennuis.

Ca y est, il prenait le coup de main, il était, après plusieurs zones remplies, quasiment aussi rapide que son collègue et mentor. L'heure de la fin des repas allait approcher, mais ils avaient fait leurs travaux dans toutes les chambres. Ils purent donc rentrer dans leur logement calmement. Sur le chemin, ils rencontrèrent les deux Gobelin-esclaves, qui avaient été congédiés pour le moment. Une fois arrivés au logement, où le Gobelin-guide était déjà à table, ils le rejoignirent et purent manger tranquillement leur repas.
York prit la parole, rigolant :

"Si j'avais su qu'être esclave était aussi tranquille, je le serai devenu depuis longtemps ! Le risque est grand, mais les conditions sont meilleures que dehors."

Le Gobelin-guide lui répondit sèchement :

"Nous, on est privilégiés j'te rappelle : on travaille pour Monsieur Arimor, qui ne vient même pas de cette ville et qui est très fortuné. Nous sommes les esclaves les plus heureux au monde. Ne crois pas que c'est partout comme ça, gamin."

Cette intervention marqua la fin de la discussion et le repas continua dans le silence. York put donc aller terminer la nuit qui avait été interrompue par le Gobelin-guide. Cette première journée de travail l'avait beaucoup rassuré : ce n'était pas si terrible que ça, la vie d'esclave. Au moins, c'était nouveau et palpitant. Ca changeait de sa vie passée dans la nature, à ne pas savoir quoi faire de ses journées à part chercher à manger. Dorénavant, il serait actif tous les jours.


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Dernière édition par York le Sam 12 Juin 2010 14:57, édité 8 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Sam 5 Juin 2010 18:43 
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Petit imprévu


Quelques jours s'étaient passés depuis l'arrivée de York parmi le personnel d'Arimor. Avec son collègue Gobelin-nettoyeur, il avait appris à se repérer dans les galeries et pouvait dorénavant se déplacer seul sans s'y perdre. De plus, il avait aussi acquis le savoir-faire pour nettoyer les chambres de plus en plus rapidement, mais toujours avec efficacité. York se sentait mieux qu'il ne le craignait : sa vie en tant qu'esclave était au dessus de ses peurs puisqu'il n'était pas seul et avait eu la chance de tomber dans une demeure de riches commerçants, qui, même s'ils ne s'occupaient pas de leurs servants, ne les maltraitaient pas. C'était déjà ça. Qui plus est, grâce au Gobelin-cuisinier, qu'il n'avait d'ailleurs vu qu'une ou deux fois sans réellement lui parler, ils arrivaient à manger à leur faim. York s'était même légèrement renforcé !

A présent, York avait prit le rythme du travail : il se réveillait sans que le Gobelin-guide n'aie besoin de le secouer et s'endormait facilement, généralement exténué par ses corvées de la journée. Ce matin-là, York s'était même réveillé avant le Gobelin-guide, et avait pu jouer aux dés pendant que ses collègues dormaient encore. Le Gobelin-guide se réveilla peu de temps après et alla réveiller ses collègues. Une fois le petit-déjeuner apporté, York, comme à son habitude, sortit d'une poche intérieure de sa toge son petit poignard. Cette poche, il l'avait fabriquée lui-même afin d'y cacher son petit poignard qu'il avait trouvé sur un cadavre au détour d'un chemin. Il ne mangeait qu'avec son petit poignard, probablement l'effet du conditionnement après toutes ces années. Les autres Gobelins, en revanche, mangeaient avec leurs petites mains crochues, ou, les soirs de luxe, avec les couverts usagés des hôtes. Le Gobelin-guide lui demanda :

"Pourquoi tu manges toujours avec cette brindille ? T'sais, vu son état, c'est un miracle qu'elle tienne toujours sur l'manche. En plus, elle est à peine aiguisée. Si c'est pour nous impressionner, c'est raté p'tit."

"Ce poignard, je l'ai depuis longtemps, répondit York. C'est la seule chose qui m'appartienne. Si je le jette, je n'ai plus aucun souvenir d'avant. Ce serait triste."

Le petit-déjeuner se termina sur ses paroles, et chacun des Gobelins partit donc à sa tâche. York et son compagnon d'infortune Gobelin-nettoyeur partirent donc nettoyer les chambres des hôtes qui devaient être en train de manger. York se sépara de son acolyte pour aller faire son secteur. Il arriva sans encombre à l'embranchement symbolique d'une rangée de chambres.

(Bon, aller, je commence par là, ensuite je remonte. C'partit !)

Comme il l'avait appris, il poussa très légèrement la porte donnant sur la première chambre et faufila directement son oeil pour vérifier qu'il n'y avait personne dans la chambre. La voie était libre, aucun bruit, aucun mouvement. Il put donc ouvrir un peu plus la porte, passant ainsi progressivement sa tête puis son corps. Mais, une fois à l'intérieur, alors qu'il se retournait pour aller chercher les outils de nettoyage, il vit, posé, juste là, immobile, un animal qu'il n'avait encore jamais vu. C'était un asternia d'une couleur rouge sang. Il semblait dormir sur le lit. York hésitait : devait-il tenter le nettoyage de la chambre malgré l'animal présent ? Etait-il dangereux ? Devrait-il partir ?
Mais il n'eût pas à se poser de questions très longtemps. L'asternia ne dormait plus. Il relevait la tête, comme s'il sentait une odeur qui l'attirait. Cette même odeur qui l'avait tiré du sommeil. York, immobile, regardait la porte qui menait dans son tunnel avec envie : si seulement il y était, il aurait juste à la fermer pour être en sûreté. D'un coup, le chat tourna sa tête en direction de York. Ca y est, il avait identifié l'odeur étrangère. Il avait le visage aplati et ses yeux semblaient ne pas contenir de pupille : ils étaient blanc, uniformément blancs. Il était immobile, tout comme York. Il devait probablement imaginer la situation. Tout comme York imaginait être en sécurité, l'asternia s'imaginait déjà en train de se nourrir du Gobelin.

L'asternia se dressa sur ses pattes et hérissa ses poils qui semblaient aussi durs que le poignard que York s'empressait de prendre en main. Ce dernier se décida : il allait tenter sa chance et se jeter dans le tunnel. Mais à peine eût-il amorcé son mouvement, l'animal se rua hors du lit. Par malchance, il atterrit pile entre York et l'entrée du tunnel. Il hérissait encore plus ses poils, qui semblaient à présent tous durs. Comme si cela ne suffisait pas à montrer son hostilité, il décida de siffler et cracher en direction de York, tout en sortant ses griffes de ses grosses pattes charnues. Le prédateur se décida finalement à attaquer. Mais pas de la manière dont York s'attendait. Non, il préféra tourner sur lui-même, catapultant ainsi ses poils dans toutes les directions.

(Qu'est-ce ?!?)

Malgré sa surprise, York réussit à profiter du fait que l'asternia, afin de lancer ses épines, n'arrivait pas à viser : il se jeta sur le côté, se cachant ainsi, après une roulade plutôt ratée, derrière un des meubles de la chambre. L'animal continuait de tournoyer sur lui-même, détruisant tout le mobilier présent autour de lui. Alors que York entendait les épines s'enfoncer continuellement dans le meuble en bois derrière lequel il était caché, il reprit ses esprits : il lui faudrait attaquer cette étrange menace. Il n'arriverait pas à la contourner. Il lui fallait éliminer la menace. Au même moment, l'asternia s'arrêta. York put donc passer légèrement sa tête pour observer l'animal. Celui-ci semblait renifler, chercher une piste dans les odeurs, afin de localiser le Gobelin, qui, voyant là l'occasion de sauver sa vie, n'attendit pas une seconde de plus pour lancer une offensive. Son poignard en main, il sortit de sa cachette en courant vers l'asternia, qui ne sembla pas réagir tout de suite à cette attaque. Le Gobelin arriva à hauteur de l'animal et lança son bras de toutes ses forces en direction de son corps. Mais l'animal effectua un bond de côté et évita le coup de justesse. A peine sur ses pattes, il en profita pour se lancer à son tour, griffes en avant, sur le flan du Gobelin.

(Arf, rapide la bestiole !)

York mit son poignard en opposition afin de se défendre. Un bruit sourd se fit entendre. York fut projeté à terre sous l'impact. Il en lâcha même son poignard. Mais ce dernier ne tomba pas : il était empalé dans la patte de l'animal qui manifestait son mécontentement par des cris aigus de rage. Sans avoir le temps de ressentir la douleur, il relança une offensive, ne marchant plus que sur trois pattes. La gueule en avant, il chargeait, nettement plus doucement que précédemment. York put donc se protéger en calant ses pieds sur le buste de l'animal, qui était à présent entièrement au dessus de lui. La patte encore en état ainsi que les dents du prédateur semblaient tenter de déchiqueter le visage de York, mais York le tenait à distance avec ses pieds.
Subitement, York attrapa la patte en bon état de l'animal, y retira le poignard pour le planter dans le flan de l'animal, qui se calma instantanément. Refroidit par la petite lame de York, qui put ensuite laisser tomber le corps de l'animal qui s'éloignait lentement de ce monde pour en rejoindre un autre. Son sang s'écoulait lentement sur le sol, alors que l'animal rendait ses derniers souffles. York se releva. Il tremblait.

Le silence revint dans la pièce, l'animal de respirait plus, York tentait de se calmer. Mais une chose l'en empêchait : l'état de la pièce. Comment allait-il nettoyer un tel désordre ?
Soudain, une voix timide se fit entendre. C'était celle du Gobelin-nettoyeur, attiré par tout le vacarme que le combat avait fait. Mais alors qu'il grognait, quand il arriva, il se médusa, son regard fixé sur le cadavre baignant dans son sang. Il reprit, tant bien que mal :

"York ? Qu'est-ce que.... ? Tu... Pourquoi ?!?"

Mais York n'était guère plus calme que le Gobelin-nettoyeur, il venait de passer près de la mort, il était tétanisé et n'arrivait pas à lui répondre. Heureusement, son collègue se remit plus vite que lui de ses émotions :

"Bon, au moins tu es vivant. Nous devons faire vite, il faut nettoyer tout ça, faire disparaitre cette chose qui doit probablement être l'ex-animal de compagnie d'un des dirigeants. Mais comment va-t-on pouvoir nettoyer les dégâts occasionnés sur les meubles ? York, tu vas nous faire tuer !"

York commençait à reprendre ses esprits, il prit donc la parole, d'une voix très basse et parlant très lentement :

"On ne va pas tout nettoyer. Il faut juste faire disparaitre ce cadavre et nettoyer le sang. Ensuite, on aura juste à entre-ouvrir la porte. Ils penseront que l'animal s'est enfui. Pour les dégâts, vu le tempérament de la bestiole, ça ne paraitra pas si suspect."

"Bah dis-donc, pour quelqu'un qui vient de quasiment mourir, tu réfléchis bien. Nous allons faire ça."

York, se remettant progressivement de ses émotions, récupéra son poignard et l'essuya dans le pelage de l'animal. Il traina ensuite le cadavre jusqu'au tunnel, en faisant attention de ne pas répandre plus de sang que ce qui avait déjà été parsemé par la patte embrochée et le coup fatal. Ils nettoyèrent ensuite aussi bien que possible les traces de sang sur le sol. Le sang partait difficilement, ils durent donc frotter avec énergie et longuement afin de faire disparaitre toute trace de blessure.

Une fois le nettoyage du sang effectué, ils ouvrirent légèrement la porte de la chambre et retournèrent dans le tunnel. Ils prirent donc un drap usagé d'une chambre précédente pour embaumer le cadavre afin de limiter les coulures de sang et l'odeur qui se dégageait déjà du cadavre de l'animal. Il faudrait maintenant trouver une solution pour se débarrasser du cadavre. Mais d'abord, ils le trainèrent, non sans difficulté, jusqu'à proximité de leur logement. Ils allèrent ensuite attendre leurs compatriotes à l'intérieur, afin de se remettre totalement de ces fortes émotions et d'être capable d'expliquer ce qu'il s'est passé à leurs collègues.


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Dernière édition par York le Lun 7 Juin 2010 22:56, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
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Aux portes de la liberté


Le Gobelin-guide hurlait presque. Il n'avait même pas laissé le temps aux Gobelin-nettoyeurs de s'expliquer. A peine avait-il sentit l'odeur fétide dégagée par le cadavre du félin à l'entrée qu'il criait déjà. Les autres Gobelins rappliquèrent aussi, cherchant des explications à cette situation. Voyant qu'il n'arriverait pas à avoir de réponse en criant, le Gobelin-guide se calma, reprit son souffle, et demanda finalement à York comment cela avait-il pu arriver. Comment diable York pourrait se justifier d'avoir tué l'animal de compagnie d'un des clients ? York s'expliqua donc :

"J'étais en train de nettoyer, comme d'habitude. Mais à peine entré, ce truc s'était jeté sur moi. J'me suis défendu comme j'ai pu, j'ai sorti ma "brindille", comme tu dis, et je l'ai tué. Je n'avais pas le choix. Si je n'avais pas fais ça, tu aurais eu à expliquer la présence d'un cadavre de Gobelin ainsi que d'une porte menant à un tunnel dans la chambre d'un hôte. Ca aurait été mieux tu crois ? Je pense que nous devrions nous concentrer sur comment faire disparaitre ce cadavre. J'y ai déjà réfléchit, je pense que le mieux serait de trouver un moyen de le mettre dans les détritus des hôtes après un repas. Comme ça, il ne sera pas retrouvé. Personne, à part nous, ne fouille dans les restes des hôtes. Et puisqu'on a laissé la porte entre-ouverte, les propriétaires de la bestiole penseront qu'il s'est tout simplement enfui. Au pire des cas, ce sera les gardes qui prendront. Ca vous convient comme plan ?"

Aucun de ses congénères ne répondit. Ils étaient assez impressionnés par sa capacité à s'adapter à la situation pour en limiter au maximum les conséquences. Ils se mirent ensuite d'accord : il faudrait évacuer le cadavre ce soir, après le repas. Ils devraient le mettre dans le chariot dans lequel ils mettaient leur repas, le ramener discrètement en cuisine, comme tous les soirs et en jeter le contenu dans la poubelle. Cela semblait tenir debout : tous les soirs, ils arrivaient à manger clandestinement les restes des hôtes, pourquoi ne pas réussir à transporter un animal au retour ?

Le soir même, durant le repas que ses congénères avalaient difficilement à cause de l'odeur du cadavre, York s'absenta, prétextant ne pas avoir faim et avoir besoin de se remettre de ses émotions. Mais il n'en était rien. Il était remis de ses émotions depuis qu'il n'avait plus besoin d'en avoir : dès que l'animal avait rendu son dernier souffle.

(Bon, je me suis isolé. Si je veux mettre mon plan en éxécution, il me faut de quoi survivre dehors. Direction les chambres)

Et oui, si York avait proposé la voie de la poubelle pour faire sortir le cadavre du palais, ce n'était pas innocemment. S'il avait trouvé le moyen de faire disparaitre un cadavre, il pourrait aisément se faire disparaitre aussi. Il y avait déjà bien réfléchit. La poubelle était le seul moyen, bien que peu attirant, de sortir de sa captivité. Etant en sous-sol, il n'y avait aucune fenêtre pour s'échapper et passer devant les Liykors aurait été du suicide. Qui plus est, il avait trouvé le prétexte pour se rendre à l'endroit clefs de son plan. York trépignait d'impatience. Mais il ne voulait pas juste sortir. Il voulait ensuite pouvoir vivre. Pour cela, il avait aussi un plan.

A peine sortit de la pièce où ses collègues étaient, il courut en direction des chambres les plus proches. Il choisit la porte d'une chambre qu'il avait nettoyée la veille dans laquelle il avait remarqué une petite bourse. Il poussa discrètement la porte. Il n'y avait personne, et aucun animal ce coup-ci. Il entra donc en vitesse, se rua sur le meuble où la petite bourse était toujours posée. Il l'ouvrit, l'intérieur brillait : il avait vu juste, c'était bien des Yus à l'intérieur. Il décida de prendre aussi une paire de gants dans le local à outils, au cas-où. Il déposa ensuite la bourse dans les gants, qu'il attacha avec son poignard dans la poche cachée de sa toge. Ca y est, son plan entrait en marche, il ne pourrait plus faire marche arrière. Si tout se passait pour le mieux, il serait bientôt libre.

Il retourna donc dans le tunnel, en prenant soin de bien refermer la porte derrière lui. Il put ainsi rejoindre les autres Gobelins, pile au moment où ces derniers finissaient leur repas. Ca y est, c'était l'heure de sortir le cadavre. York, aidé du Gobelin-guide, souleva le cadavre et le déposa dans le chariot. A peine cela fait, ils étaient en chemin vers les cuisines. York n'avait jamais pris ce chemin, on ne lui avait pas appris puisqu'il n'aurait jamais dû y aller. Ce fut donc le Gobelin-guide qui était devant. York ne regardait même pas le chemin, il s'en fichait, il n'avait pas à le mémoriser puisqu'il ne le referait jamais. Ils arrivèrent finalement dans la cuisine. Plus besoin de se cacher puisqu'il n'y avait que du personnel dans cette salle. Avec un air discret, ils allèrent jusqu'à l'endroit où les déchets étaient habituellement jetés. Rapidement, le Gobelin-guide lança :

"Va amener la vaisselle au Gobelin-cuisinier : si on reste ici à attendre que personne ne nous regarde, ça sera suspect. Moi, je vais faire semblant de nettoyer un peu en t'attendant, ensuite, il faudra faire vite. On met la bestiole dans le container et on s'en va. Ce sera la fin du problème."

York trépignait. La liberté approchait à grands pas. Il amena donc en quatrième vitesse la vaisselle au Gobelin-cuisinier. Il ne put se retenir de lui dire :

"Tiens, c'est la vaisselle de ce soir. Merci pour tout, au revoir."

Le Gobelin-cuisinier sembla surpris, mais, absorbé dans son travail, il ne percuta pas le sens de la phrase de York. York sourit un grand coup, et retourna vers le Gobelin-guide.

(Bon, maintenant, faut que je trouve un moyen de plonger discrètement sans qu'il me voie. Ou sinon, je peux tenter de le jeter aussi dans le container.... Non, mauvaise idée, il hurlera.... Comment faire ?)

Il était arrivé à hauteur du Gobelin-guide qui n'arrivait manifestement pas à cacher son stress puisqu'il tremblait quasiment de la tête aux pieds. Il n'avait jamais désobéit ni fait de choses aussi graves que de cacher un cadavre. York vit là l'occasion à ne pas rater pour éloigner le Gobelin-guide. Il lui dit, avec un sourire dont il n'arrivait pas à se défaire :

"Si tu veux, je peux le porter tout seul. Tu devrais rentrer avec les autres. Quand j'aurai jeté l'animal, je ramènerai le chariot au Gobelin-cuisinier, l'aiderai un peu, pour ne pas paraitre trop suspect, puis je reviendrai vous dire que vous vous inquiétez pour rien. Aller, tes jambes tremblent trop pour porter ce truc."

Le Gobelin-guide fut soulagé par cette proposition. Sans même opposer la moindre résistance, il remercia York et s'éclipsa dans le tunnel. Assez difficilement, York souleva donc l'animal et le jeta dans le gouffre sombre. Après une seconde sans aucun bruit, l'animal venait d'atterrir dans un bruit étouffé. C'était bon signe, sa chute semblait avoir été amortie. Dans quelques secondes, York serait dans l'antichambre de la liberté. Il n'aurait jamais pensé que cette passerelle serait une poubelle, mais il s'en fichait. La finalité de ses actes valait bien un séjour parmi les déchets. La liberté, ça n'a pas de prix. La tête complètement embrumée par ses fantasmes de liberté, il allait rendre le chariot au Gobelin-cuisinier, puis retourna vers la poubelle. En moins de temps qu'il n'en faut pour détourner le regard, il avait plongé dans le trou. Ca y est, il tombait vers sa liberté.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Mar 4 Déc 2012 23:11 
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« Souvenez-vous, lecteurs ? Le passé de Silmeria n'était pas si glorieux, combien de fois la tueuse fut incapable de résister à l'envie de tuer, combien d'êtres innocents ou non sont morts sous une lame aujourd'hui perdue ? Quelle tristesse et ironie. Aujourd'hui la voici prisonnière dans une maison d'Omyre alors que quelques années plus tôt, elle y chassait le chef de clan orque contre une prime. Les saisons changent. La guerre faisait toujours rage au dehors, et pour les orques qui restaient à Omyre, ne restait que d'odieux loisirs. Silmeria était l'un d'eux, avec quelques autres prisonniers. Après sa capture, elle est restée longtemps évanouie. Son corps fut conduit dans une geôle improvisée, comme tant d'autres prisonniers, et le soir, lorsque la nuit tombait, le vin entre et la raison des êtres sorts, les livrant à des idées infernales. »
Un vestige d'égo. Cèles


Les yeux brouillés de larmes, elle était assise dans un coin, le coin le plus sombre de la pièce. Les genoux sous le menton, devenue sale et fragile, comme ces lieux, Silmeria était vidée. Elle passait ses journées à observer la porte en bois qui menait à " la salle des fêtes ".

La cellule était partagée, maladroitement on avait fait installer de lourdes barres de fer qui participait à donner un côté champs de ruines à la prison. Les barreaux la séparait de trois autres personnes. Eux non plus ne parlaient pas. L'ombre empêchait d'apercevoir correctement l'un d'entre eux. Mais ils semblaient plus habillés que Silmeria.

A son arrivée, ses ravisseurs avaient laissé tomber lourdement son corps sur le côté. Les morceaux de pierres, de gobelet en terre cuite et d'autres détritus avaient blessés ses côtes et son corps, l'arrachant à son sommeil forcé. Lorsqu'elle succombait au sommeil, on venait souvent la réveiller à renfort de seau d'eau putride aux relents de pisse quand il n'était pas accompagné de violents coups de botte dans l'estomac.

Retenue par des chaînes, livrées au silence, Silmeria avait passé une semaine dans ces lieux. Juste assez pour pleurer et comprendre qu'elle ne reverrait probablement plus la lumière. Peu à peu, elle réalisait la violence de sa chute. La tueuse glaciale était maintenant réduite à prisonnière de guerre, malmenée, en sous nutrition. Quant à la raison qui justifiait tout ceci ? La guerre, pensait-elle à chaque fois. Se souvenant que c'était aussi ces raisons là qui l'avaient, par le passé, poussée à tuer des êtres. Cèles en écoutant ses pensées n'osait pas intervenir en disant que non, à l'époque, elle tuait bien par plaisir.

La seule chose qui permettait de distinguer les jours était l'animation. Silmeria avait cru comprendre que le jour, le bâtiment était presque vide, quelques habitants plus ou moins bruyants, mais le soir, peut être même à la tombée de la nuit, les bruits de fête lui virent aux oreilles. Bris d'objets, hurlements, cris de joie, exclamations dans des langues imbuvables, celles des orques, qu'elle ne comprenait pas. De temps à autre, l'un d'eux venait dans sa cellule lui jeter un morceau de pain noir, le plus souvent truffé de vers. Elle mettait toujours de nombreuses heures à en inspecter les moindres recoins, à retirer la vermine du bout de ses doigts aux ongles cassés et usés. Elle finissait toujours par céder à la faim et mordait la mie noire et odorante de la bien triste obole qu'on lui jetait à la figure. Mais les jours passèrent et ces traitements eurent très vite raison de sa santé et de son endurance. Silmeria tomba malade.

Ses rêves se mêlaient à la réalité. Elle voyait des corps ramper, surgir des coins les plus sombres de son imagination. Parfois, quand son esprit se montrait plus clément, elle avait l'impression de voir Katalina. Autrefois celle qui fut sa seconde lui apparaissait et lui tendait la main d'un air bourré de compassion. Silmeria levait le bras, dépliant ses doigts crispés et effleura ceux de Katalina qui alors mourut instantanément, son corps gisait par terre, l'oeil ouvert vers Silmeria et se décomposait en une nuée épaisse de vers et de cafards. Lorsque ça arrivait, Silmeria fermait les yeux mais ses cauchemars n'en étaient que plus atroces, elle se voyait morte, et de nombreux êtres venaient la regarder, des humains avec des têtes de poisson, ou d'autres animaux, Von Klaash qui vidait sur elle un godet avant d'éclater de rire ou encore le prisonnier Sirius qui lui, tirait d'innombrables cordes dans sa cellule en prétextant vouloir partir vers un pays chaud.

Son cerveau mélangeait les bruits existants avec ceux qu'elle inventait, rendant son monde encore un peu plus noir. Elle pleurait sans arrêt maintenant, les autres prisonniers assistaient presque impuissants et le premier à remarquer la gravité de son cas fut un orque. Il avait ouvert la porte, fatigué des couinements de détresses lancés par la prisonnière. Face à ce spectacle, il s'était approché d'un pas lourd et avait soulevé sans peine la jeune femme par les épaules et lui beugla dessus en approchant son visage du sien.

Silmeria vit un monstre horrible vomissant des serpents et beugler des flammes. Les yeux révulsés, elle tourna de l'oeil en crachant une écume. L'orque ne pipait rien et laissa la femme inconsciente tomber au sol, mollement avant de repartir par la porte qu'il claqua lourdement.

Hrist assistait impuissante, en compagnie de Cèles à ce spectacle.

« Elle est complètement malade... Cèles, je ne peux absolument rien faire d'ici, pas même parler avec elle. »
« De toutes façons, mieux vaut qu'elle ne t'entende pas, elle est assez perturbée par ses propres cauchemars. Mais, quand à sa maladie, ça risque de ne pas te plaire, si je te dis ce qu'elle a... »

Face au silence pensant qui servait de raison à Hrist, Cèles enchaîna après un bref soupir.

« Silmeria a contracté la rage. Ses chances de survie sont faibles.»

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MessagePosté: Mer 26 Déc 2012 17:26 
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La fête battait son plein. Les orques ricanaient et buvaient bruyamment et poussaient des cris semblables à une nuée de rats. L'air était chargé de fumée épaisse que recrachaient les tables de fumeurs, les godets d'aluminium cabossés s'entrechoquaient chez les uns, restaient posés face aux mines basses chez les autres, on observait le corps étendu de Silmeria, sur la sciure avant d'être traînée par les bras jusqu'à une petite porte.

« Arrk. Celle-ci, s'fait bin plusieurs nuits qu'elle y reçoit pour s'compte. Crève pas bien vite c'charogne. »
« P'sûr. L'bien l'intérêt d'amuser la furie.»
« Raaark. C'sûr. S'poupée d'chiffon. Les Elfes s'd'la bonne marchandise. J'en f'rais bin mon esclave mais elle passe s'temps à gerber des cafards. »

La furie était une orque. Une femme orque qui est restée à Omyre après de nombreuses blessures, même si les orques meurent sur les champs de bataille pour la plupart, les raisons qui avaient poussé cette orque à rentrer sont mal-connues. Aujourd'hui, elle se battait plus que pour amuser la galerie. Les orques trouvaient des prisonniers, et elle, s'en donnait à coeur joie. D'ordinaire, ses combats se terminaient par la mort, elle aimait briser le cou de ses victimes après qu'ils soient à terre, roués de coups. Elle avait dégagé un intérêt cruel, morbide pour Silmeria. Celle-ci toujours malade était incapable de se défendre face à un adversaire de cette taille. Le corps de l'orque était lardé de coup d'épée, mais les anciennes cicatrices, vestiges des batailles passées, ne lui servaient que de trophée, après les combats, elle allait toujours s'assoir à une table pour y boire et y festoyer pour fêter ses incessantes victoires. Dévoilant son corps sans aucune pudeur, elle racontait ses cicatrices, car à chacune une histoire.

De son côté, Silmeria était douloureusement traînée dans les escaliers. On avait confié cette besogne à deux orques ivres morts qui comptaient profiter de la situation pour s'amuser à battre la femme. Déjà brisée par la maladie et les coups, elle reçut de violent coups de botte directement dans l'estomac. Elle rendit le peu qu'elle avait pu manger. Les Orques riaient face à la situation avant que l'un d'eux ne s'exclame :

« Regarde comme elle est légère, j'pour sûr que l'a jette jusqu'au bout de la pièce sans effort ! »

Ce qu'il fit. Il empoigna Silmeria par une cuisse et l'épaule, de sa main de fer, il la souleva comme un vulgaire brin d'avoine au dessus de sa tête. Silmeria elle étaient encore consciente, incapable de bouger, elle n'en ressentait pas moins la douleur. Les membres ballants, la tête renversée, elle ne pouvait plus rien faire, si ce n'était qu'attendre la prochaine humiliation qui lui était réservée. Il jeta son corps qui retomba mollement, sans avoir assez de force pour se relever, elle restait en boule au sol, dans la poussière, face contre terre à entendre les hurlements de rire des orques. Elle n'avait rien. Même plus la force de serrer les poings de colère. Non, Silmeria était déchue et n'avait plus rien.

----------

Les jours passèrent. Hrist et Cèles s'étaient enfermées dans un univers de rêve. Fait de passé radieux et de souvenir. Hrist incapable de lui venir en aide n'avait plus qu'un rôle de voleuse de rêve. Elle buvait les meilleurs souvenirs de Silmeria pour se les apprivoiser, ainsi conserver une part d'humanité (le peu qu'elle avait jamais eu) et l'empêcher de sombrer dans la folie. Partagé avec celui de Cèles, ce monde avait un aspect assez cocasse, liant les personnalités des trois êtres.

« Tu aurais pu trouver mieux, comme vêtements...»
« Tout est allé si vite, je n'ai pas eu le temps de me pencher sur une robe qui te ferait plaisir, vois-tu ? Non, le mélange des souvenirs ressemble à une forêt malade. La maladie qui ronge les arbres c'est celle de Silmeria.»
« La rage, donc ?»
« Non. Un champignon.»

Hrist fronça les sourcils, elle n'avait jamais vu Cèles dans cet univers onirique, ses rêves modelaient ce monde hors de tout. La faera aux traits délicieux concoctait sur un petit feu une mixture que Hrist aurait été incapable de reconnaître. Face aux expressions de la Tueuse, Cèles se reprit.

« Non, Silmeria n'a pas de champignon, avant que tu ne me poses la question. C'est une interprétation, évidemment. Mais je pense que j'ai trouvé de quoi empêcher cette mousse d'étouffer les arbres ! » piailla la Faera avant d'étaler une pâte à l'aspect de caramel qu'elle renversait directement sur l'écorce grise et nécrosée d'un arbre onirique sous le regard inquisiteur de Hrist qui ne se sentait pas tellement à sa place.

« Jusqu'à présent, on ne peut rien faire pour Silmeria ? Et si elle meurt ?»
« A part soigner les moisissures, rien. Ce monde est le sien, nous, nous ne sommes pas plus important qu'une biche ou qu'un rat. La base, la structure tellurique de tout cet univers, c'est Silmeria. Si elle meurt, c'est comme si la terre avait été plate et qu'on décidait subitement qu'elle serait ronde. Prends un gâteau aux abricots par exemple, elle adore les gâteaux aux abricots ! - C'est peut être pour ça qu'ils poussent dans les arbres d'ailleurs, je savais qu'un rêve à trois ça serait le désordre, mais bon - si tu prends ce gâteau et que tu le roule en boule, la garniture va en prendre pour son compte. Vois comme si la garniture c'était nous. »

«... Pourquoi est ce qu'il fume, ton arbre ?»Cèles regardait l'effet de sa préparation agir sur l'arbre. Le dosage avait été trop fort. L'arbre déjà fatigué n'en demanda pas plus pour craquer dans un bruit sinistre et s'écraser entre les deux femmes dans un bordel de feuilles qui laissa place à un long silence.
« Pour faire joli... » La Faera récolta quelques pincées de cette mousse qui asphyxiait les arbres et tâcha de la faire rentrer à l'aide d'une petite branche dans une petite fiole en verre. « C'est pas gagné...» cracha-t-elle.

Cèles en était à sa quatorzième préparation, les dosages difficiles rendaient le résultat corrosif comme un pet de dragon. Le dernier rongeait les arbres, la moisissure, le pot de fer et ses genoux avec un appétit égal.

----------


Dans sa cellule, il n'y avait plus qu'elle. Jour après jour, les visages inquiets disparaissaient, brisés par un violent coup sur la nuque par la furie. Il ne restait plus que Silmeria. Elle n'était plus qu'une attraction, incapable de se défendre, on la gardait pour la fin, la furie passait ses nerfs et jouait avec ce corps, déjà presque incapable de se tenir debout. Ça avait le mérite d'amuser la galerie, mais plus personne ne pariait.

Un soir où il y'avait moins de prisonnier que d'habitude à envoyer à la mort, on fit descendre la jeune Elfe en première. Tous murmuraient dans les couloirs noirs où elle fut descendue que l'orque était particulièrement de mauvaise humeur et recommençaient à parier, cette fois-ci sur le fait que Silmeria ne retournerait pas dans sa cellule...

L'odeur de la mauvaise bière renversée saturait l'air, la sciure et la poussière lui piquait le nez, ses hallucinations avaient cessés, mais la maladie la rendait toujours très faible, trop faible, elle n'était plus qu'au bord de la mort, au bord du gouffre mais refusait invariablement de tomber. Rattachée à quoi, à qui ? Ça, personne ne le savait et les orques, eux, s'en foutaient éperdument.

Quelque chose que Silmeria détestait, en plus de prendre des coups, c'était la lumière et l'agitation. Elle savait que malgré la gravité de la maladie, quelques exceptions, quelques personnes survivaient à la rage. Mais ses maux s'affolaient à passer de l'ombre à la lumière dansante des torches, des hurlements, de l'agitation car aujourd'hui, tous reconnaissaient la femme, renommée : Raäskustanak - celle qui refusait de trépasser - en langage plus littéraire.

La furie n'attendit pas une seconde, même pas que son " escorte " passe le pas de la porte, elle avait repoussé deux orques pour attraper Silmeria et l'envoyer rouler au milieu du cercle de combat. Autour tous s'agitaient, tous hurlaient déjà de la voir au tapis, sachant qu'elle était incapable de se relever. Deux des orques allèrent donc soulever la femme par les aisselles. Bloquée, elle releva doucement ses yeux rougis sur la furie, satisfaite, l'orque profitait de la situation. Elle levait les bras en l'air, attendant les exclamations. Frappa, riait, frappa de nouveau. Silmeria pensait que son fardeau toucherait à sa fin ce soir. Qu'enfin, elle cesserait de souffrir. Mais, son estomac ne fut pas du même avis. La furie lui tirait les cheveux, approcha son visage du sien pour observer sa victime dans les yeux. A défaut, Silmeria venait de lui vomir au visage un mélange de bile et du sang qu'elle avait dans la bouche.

Tous éclatèrent d'un rire rauque, sauf la Furie qui n'en revenait pas. L'animation battait son plein, et soudain, une lame fut tirée. Le silence et le vacarme tombèrent comme un soufflé raté. L'orque pétillait de rage. La dague pointée vers le visage ahuri et fatigué de l'Elfe, elle fit descendre la pointe du coin de l'oeil jusqu'au menton, les orques qui maintenaient Silmeria commençaient déjà à tourner la tête pour ne pas recevoir une gerbe de sang au visage. Au lieu de ça, la furieuse restait plantée comme une lampe à fixer Silmeria d'un regard chargé de mauvaise haleine. Elle recula d'un pas, envoya un vif coup de pied dans le buste de la femme, si fort que les deux orques ne purent retenir son corps qui tomba lourdement, soulevant un nuage de sciure et de poussière. La furie sauta sur elle, et lentement, en hurlant des injures dans sa langue barbare, elle tranchait le visage de l'Elfe du côté droit de la bouche jusqu'au menton. Dans la panique et la crainte d'une mort lente, Silmeria se débattait du mieux qu'elle pouvait, la femme orque prenait bien son temps et la douleur était cinglante. Elle frottait les jambes nues au sol, pas spasme et ses bras perdus cherchaient désespérément quelque chose à serrer entre ses doigts. Ce fut l'anse d'une pinte d'aluminium qui fut en premier détectée par ses doigts fatigués et ensanglantés. Avec le peu de force qu'elle avait, elle tâcha de frapper le visage de l'orque avec, mais cela revenait à mettre un coup de fourchette dans le genou d'un ours. Le peu de force qui lui restait suffit à peine à tordre le métal usé et cabossé. Surprise de cet élan, l'orque s'arrêta. Et contre toute attente, elle ordonna que Silmeria fut soignée par d'autres prisonniers. Que le jour où elle serait capable de se battre, ce jour là serait le dernier de la vie de l'elfe.

----------

Plus au fond d'elle, précisément dans sa cervelle, Hrist et Cèles décidèrent d'aller plus avant dans la forêt malade. Hrist ne se doutait pas plus que Cèles de ce qui se passait dans le monde réel, encore moins de l'impact que cela allait avoir sur l'esprit de la femme et sur l'univers qu'elles s'étaient crées.
« Quelque chose a tremblé, non ? »
« Non. »
----------



De son côté, un vieil homme essuyait du mieux qu'il pouvait le visage de Silmeria, repliée sur elle même, pleurant, vomissant, gémissant. Pire que la maladie, il y avait maintenant la colère qui grimpait. Et la colère, chez Silmeria, c'était quelque chose de parfaitement incurable.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Jeu 27 Déc 2012 22:05 
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« J'dois dire que pour un esprit perdu, je n'avais jamais vu ça ! »
Cèles et Hrist avançaient dans la forêt onirique et en restaient bouche bée. Loin au dessus d'elles, de diverses variétés existantes ou non qui étendaient leurs ramures. Minuscule et hébétée, Cèles ne s'en lassait pas de ce paysage. Hrist pour sa part, regardait autour d'elle l'air un rien inquiet. Les troncs étaient monstrueux, de ce gris bleuté qui ne voit jamais la lumière du soleil, ce silence de crypte et une lumière vague... Rien ne bougeait si ce n'était Cèles et les gouttes qui tombaient de l'immensité. De gigantesques racines sortaient de terre avant de s'y replonger comme des tentacules pétrifiés.

« Hrist, regaaarde, c'est sublime, c'est dantesque ! »
« Dantesque... Nous sommes dantesquement perdues, oui. Je le disais bien, rester aux abords de la forêt. Mais-tu-ne-m'écoutes-jamais. »

Un long cri sourd monta et se dispersa dans l'air. Hrist pensa être très mal partie.
« Ce bruit ? C'était quoi ce bruit ? »
« Rien rien, une branche maîtresse qui jouait ou bien une jeune bouture qui a décidée de changer de place. »
« Changer de place ? » couina Hrist tout en mettant la main sur une lame.
« Crois en mes connaissances Faerique, cette forêt est un mélange de trois souvenirs. Nous avons absorbé tellement de magie durant ces années que ses souvenirs, ce monde doit bien en être chargé. Donc les arbres doivent bien avoir une certaine conscience collective et sans doute une liberté de mouvement.»

La forêt brailla de nouveau, accompagnée de plusieurs voix caverneuses et menaçantes.

« Au fait, par quel chemin est-ce que nous sommes venues ? »
« Mais c'est vrai !» cracha Hrist en tournant autour d'elle. « Le chemin, où est le chemin ? »

Cèles l'air presque satisfaite déclara « Tu vois, c'est les arbres qui se déplacent. Ils ont effacés notre chemin. »

Hrist tira lentement sa lame avant d'être immédiatement apostrophée par la Faera.
« Heu, je connais ces gens alors, s'il te plaît, rengaine ce truc en métal et respire un coup. »
« Gens ?...»
« Arbres, je connais ces arbres. Enfin, en général, je sais mieux y faire que toi alors remballe cette cousine de scie à bois parce que ça pourrait les énerver.»

Hrist se résigna à lâcher son arme et à partir un peu plus loin pour s'adosser à une pierre, espérant être le plus loin possible d'un de ces arbres mais garda quand même un oeil sur Cèles.

« Et pour Silmeria ? On fait comment pour l'aider ? »
« Je crois que la forêt est malade jusqu'ici. Il n'y a aucune flaque, aucun cours d'eau et pourtant, l'humidité est partout mais il n'y a rien au sol. C'est fascinant.»
« Merveilleux... En ce moment je voudrais surtout une leçon sur les désherbants. »

La forêt hurla.

« Non mais... Ils comprennent ce que je dis ?»
« Y'a de ces mots comme ça, qu'on comprend dans toutes les langues du monde. »

Hrist sembla irritée, elle recula vers une souche qui se déplaçait sur ses, à l'allure de petites guiboles imberbes. Elle grimpa dessus, il s'avérait que pour une souche, elle était le vestige d'un arbre jusque là jamais vu par la Frémissante, qui s'avérait être large comme une chambre. Elle espérait que le mètre de hauteur gagné lui offrirait un meilleur point de vue et retrouver le chemin. Aussi, elle regarda à l'ouest. Pour un peu plus haut, puis carrément au ciel, à son grand désespoir, car bien que ce ne fut qu'une souche, celle-ci s'était ouverte sous ses pieds et Hrist tomba comme une masse vers l'obscurité totale. Cèles, elle, préférait regarder au Sud.

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Dim 30 Déc 2012 22:01 
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« Elles sont vilaines, tes moisissures. Je serais toi, je ferais attention, j'ai des échantillons de champignon encore pire que ceux que tu as, sur moi. Dans de petites fioles de verre. Très fragiles. »

La pression des branches sur Cèles cessèrent immédiatement. Les arbres avaient choisi l'instant où elle se tournait benoîtement vers là où se trouvait Hrist, qu'elle entendait actuellement frapper la souche de l'intérieur en beuglant comme une hyène. La forêt se méfiait des étrangers. Cèles tâcha ensuite de s'entretenir avec un vieux chêne pour essayer de résoudre ce problème de champignon. Hrist sous terre, souffla un instant, ravala sa salive et jura autant de fois qu'il lui fut possible avant de repenser sa stratégie pour sortir de la souche. Stratégie qui retomba sur de nombreux coup d'estoc car il n'y avait absolument RIEN à part une odeur de pourriture et de bois humide.

Ce n'est que lorsqu'elle s'ouvrit de nouveau qu'elle pointa la tête hors de la souche et, d'un air vaguement étonné, chercha Cèles.

La Faera devait se moquer éperdument de la crise d'angoisse de la Frémissante, assise en tailleur à travailler des dosages douteux. Trop irritée pour lui faire la moindre remarque et sachant qu'il lui fallait travailler avec la Faera et non contre elle, Hrist laissa sa colère bien au chaud - elle pourrait toujours servir - et s'installa à côté d'elle.

« J'imagine que si je parle de faire un feu, la forêt va me tomber dessus dans la seconde ? »

----------


Silmeria dormait. Le vieil homme avait nettoyé la coupure, aujourd'hui propre. Les jours passaient, la fièvre tombait. Mais Silmeria ne disait rien. Lorsqu'elle ne dormait pas, elle restait fixer le vide à passer ses doigts sur la cicatrice encore rosée qui lui balafrait le menton.

Le vieillard restait presque toujours à son chevet, c'était aussi pour lui un échappatoire, tant qu'elle resterait là, il savait qu'il ne serait pas mis à mort. Mais au fur et à mesure que les jours passèrent, l'impatience de la furie allait grandissant, elle répétait les allées et venues pour observer la prisonnière. Silmeria ne l'ignorait pas, stratégiquement elle faisait en sorte de paraître plus faible, mais elle avait récupéré ses couleurs passées, l'oeil était plus vif et ses hallucinations s'étaient éteintes.

----------


« Tiens, mon mignon. Passe tes feuilles la dessus ! »

L'érable regardait le dernier arbre auquel Cèles avait confié une mixture contre les champignons, foudroyé sur place, il servait de bois de chauffage à Hrist qui fixait la scène l'air absent. Il s'y résout finalement.

----------


« D'où est-ce que tu viens ? »

Le vieillard leva doucement son visage fatigué et adressa ses grands yeux pâles à la femme. C'était la première fois qu'elle s'adressait à lui. Il avait certes, essayé de lui parler au début, mais elle ne répondait que par des pleurs et un silence pensant. Il répondit humblement qu'il avait quitté avec sa femme et ses deux fils une cabane de bûcheron dans les plaines pour y gagner la ville. En chemin, ils furent attaquer par les orques qui évoluaient dans la région. Les deux fils avaient été tués, et à cette heure, les yeux embués de larmes, il expliqua ne pas avoir revu sa femme, emportée par d'autres orques quelque part dans la ville.

Elle le fixait de ses yeux verts, le visage adressant une expression presque compatissante. « La guerre... »
« La haine.. » répondit-il simplement. De nouveau, le silence tomba.

----------


« Alors, vieux frêne. Elle est pas mieux, cette écorce, sans toute cette moisissure ? Hrist, je crois qu'on va pas tarder à rentrer à la maison !» couina Cèles d'un air ravi.

Hrist était toujours à côté de son feu à mâchonner sa langue l'air TOTALEMENT absent. Elle fit un bref signe de la main, essayant d'oublier qu'elle avait 100% d'hygrométrie jusqu'au fond des bottes. Si sa patience s'était écoulée, l'eau elle, n'avait pas cessé de lui tomber sur le râble.

----------


Debout, elle observait. On lui avait octroyé l'immense privilège de pouvoir assister à un combat. La furie, au delà d'un acte de bonté avait surtout des intentions cruelles. Elle espérait qu'en voyant le combat, Silmeria serait totalement déstabilisée, qu'elle n'en dormirait pas, songeant sans arrêt à la mort. Mauvais jugement, elle avait déjà pensé à sa mort, mais personne n'avait été là pour la lui asséner. Passé le cap de l'envie de mourir, la Douce en était devenu une sorte de coquille vide. En silence, elle restait observer.

Les méthodes étaient grotesques, rudimentaires, brutales. Le spectacle prit fin lorsqu'on entendit le bruit des os brisés lorsqu'elle frappait à grand coup de talons la nuque d'un jeune pêcheur ramassé avec ses poissons non loin d'un lac.

( Elle me prend peut être vraiment pour une paysanne...)

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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Dim 6 Jan 2013 23:55 
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[:attention:] Un brin sanglant. [:attention:]

Le plus dur avait été le silence. Seule avec elle même, sans aucune aide extérieure. Seule avec ses hallucinations et ses crises de démence. Lorsque tout se calmait, il ne restait plus que le silence. Le lourd et pensant fardeau qu'était le silence. Ses pensées secrètes ne semblaient que faire plus de bruit dans sa tête, de longs moments assise à fixer le vide, les yeux brouillés de larmes.

Plus de notion du temps, plus d'envie, cet état d'âme avait laissé des séquelles, non pas dans son corps mais dans son âme. Cèles et Hrist prenaient peu à peu place dans leur habitacle de chair et Silmeria ressentait comme une douce et bienveillante présence. Comme un remède tardif aux maux qui n'avaient cessés de la hanter. Si son passé, lors d'horribles hallucinations avait trouvé moyen de lui sauter à la gorge, le futur lui n'était que trop incertain.

Tout se devait être parfait pour ce combat. Silmeria avait été réveillée par des Orques la veille pour lui livrer des bandelettes de cuir, fraichement coupée sur ce qui devait être une armure. D'un grognement, elle cru comprendre que c'était pour elle, pour se préparer, libre à elle de l'utiliser ou non, de toutes façons, l'état du cuir rendait le " présent " ridicule. Plus semblable à une moquerie cruelle qu'un geste de bonté. Lorsqu'ils furent partis, elle se pencha néanmoins, mal réveillée sur les lambeaux qui pourraient être utiles.

Sa tenue de jute était usée jusqu'au fil, elle observait son visage dans une petite écuelle en terre cuite, son reflet sur l'eau. Reflet loin d'une beauté passée, aujourd'hui fatiguée et balafrée, Silmeria jurait secrètement vengeance. Elle but une gorgée et entama un brin de toilette. D'abord ses cheveux, faute de les entretenir, ils étaient devenus sales, gras, abîmés et surtout bordéliques. Les doigts humides, elle fit son possible pour les dresser, dompter le désordre et enfin, les arranger et les attacher à l'aide d'une cordelette tirée d'un ballot de paille qui lui servait de lit, pour qu'aucune mèche n'aille lui cacher la vue lors du combat.

La dignité morte depuis des semaines, elle renonçait à l'idée de se refaire belle, de toutes façons, son public n'était fait que d'orques et d'autres créatures abjectes.

Le cuir résistait, difficile à travailler, à déchirer, il restait malgré ça souple. A l'aide de ses dents et de force, elle arrivait cependant à en tirer quelques bandelettes grossières. Une fois arrachées, elle réalisait qu'au final, elle n'en ferait rien. Son caractère changeant, lui était bien au rendez-vous. Elle alla s'assoir en silence à observer la porte.


----------


Ca criait, ça s'agitait, ça trinquait. L'ambiance était festive et il y avait plus de monde qu'à l'accoutumée, à tel point que le cercle de combat en était presque débordé. La furie avait fait venir le plus de monde possible pour laver l'affront. Car pour cette orque, si l'humiliation avait été publique, la vengeance se devait de l'être.

Silmeria était plantée comme une torche, au milieu du cercle de combat. Victime de jet de morceaux de pain, de bière rance, de poignée de terre récoltée à même le sol entre les lattes brisées. La furie elle, toujours les bras en l'air, acclamée, savourait déjà une victoire qu'elle songeait facile. Or Silmeria était belle et bien guérie, la Douce le savait, elle avait des jours durant répété des mouvements, souplesse, pour réveiller ses muscles et ses réflexes. L'orque verdâtre portait une petite armure de cuir qui cachait sa poitrine et une peau aux reins. A part ses nombreux colliers de bois et d'os, elle n'avait rien, en plus d'une sale tronche aux dents mal rangées.

Elles se lancèrent un sourire et quatre tonnes de mépris - une par œil -

La salle hurlait. La furie avait envoyé une droite spectaculaire à Silmeria qui avait été trop longue à réagir, elle fut frappée en plein dans l'épaule, à défaut d'avoir été très douloureux, elle en avait été déstabilisée. Une main à terre pour conserver l'équilibre, elle se savait en posture dangereuse car si l'orque parvenait à la mettre à terre, elle risquait le coup de grâce. Cela dit, dans sa position maintenant plus basse, elle gardait l'avantage de l'impulsion. L'orque trop confiante s'approcha trop lentement et ne vit pas en retour, la paume de Silmeria qui allait frapper directement le menton de l'orque. La salle hurlait.

La furie se retourna et frappa comme un moulin, une droite d'abord, la gauche ensuite, frappant le vide, Silmeria préférant bien sûr se reculer que d'affronter ce méli-mélo de coups. L'orque sautillait, elle espérait acculer l'elfe dans un coin, or la foule autour bougeait trop, rien ne délimitait vraiment le cercle de combat, seul se mettait sur le chemin des deux combattantes des chaises, chopes et autres ustensiles de taverne.

L'adrénaline montait, les deux protagonistes reçurent des coups, la tueuse Elfe face à la barbare orque commençaient à comprendre qu'il serait difficile d'avoir l'adversaire à l'usure. Même si au fond d'elle, Silmeria savait que sa faiblesse récente allait vite lui porter préjudice.

(Allez... Concentrons-nous, ça s'annonce comme avec le guerrier lézard envoyé pour nous tuer à Keresztur...)

Silmeria tenta une stratégie différente, elle concentra sa force, elle cherchait à canaliser son énergie, sa colère, sa hargne et son adrénaline. La gorge sèche, chacune de ses déglutitions l'irritait, les coups reçus commençaient à tambouriner de douleur, le vertige de l'effort grandissait.

La furie elle, ne faisait pas paraître sa douleur, entraînée au combat sur le tas, elle avait dans ses yeux la lueur propre aux orques, lorsqu'ils savaient que le feu du combat battait son plein et qu'ils allaient bientôt tuer leur victime.

L'orque avança de trop, Silmeria lança de nouveau la paume ouverte vers le ventre de sa victime, la main chargée d'énergie, la force lancée sur son adversaire l'envoya retomber lourdement dans la foule. La réaction ne se fit pas attendre, un orque ivre mort rompit les rangs tandis que les autres relevaient la furie, encore estomaquée par le coup. Silmeria, gonflée d'adrénaline vit l'orque tirer une dague au ralenti. La réaction d'un individu en colère était très prévisible, la tueuse avait connu et connu ce type de situation, l'ivrogne au milieu de ce charivari n'était pas une menace dangereuse. Le poignet armé de l'orque fut paralysé par la main de la tueuse, le pouce exerçant une pression sur l'os du poignet, elle lui tordit le bras et se plaça juste derrière lui, le bras de sa victime fermement coincé dans son dos. Elle lui arracha l'arme des mains, l'orque tentait de se débattre mais il était trop tard pour lui, la tueuse et ses réflexes au rendez-vous venaient de lui ouvrir la cuisse de haut en bas, tranchant l'artère qui vomissait des litres de sang sur la sciure de la taverne.


Le silence tomba. Silmeria observait l'assemblée d'un air narquois, partagée entre " vous l'aviez cherché " et le " bizarrement, ça risque de mal tourner "

Ce fut la Furie qui trancha. Elle se vit offrir une hache assez courte par un orque de l'assemblée (solidarité oblige) et s'avança, le pas lourd de menaces vers Silmeria qui se demandait du coup si elle n'aurait pas mieux fait de simplement briser la nuque de l'orque au lieu de brandir une arme. Son infortunée victime avait décuvé aussi sec et rampait maintenant vers la foule laissant une mare de sang derrière lui. La furie lui éclata le crâne avec le revers de la hache, hurlant de rage, elle bondit vers l'elfe et frappa. Le coup était passé non loin de sa tête, du moins, si elle n'avait pas reculé, elle aurait à coup sûr perdu deux trois neurones. Voire toute la tête.

Silmeria puisant dans son passé et ses stratégies, cherchait à sortir d'ici vivante, si elle ne faisait que tuer son adversaire, les orques restant se feraient une joie de terminer le travail avant de se saouler sur sa dépouille. Le remède le plus efficace face à une troupe énervée dans un établissement en bois sec et usé était tout vu...

Silmeria affectionnait le feu, c'était simple, facile, ravageur et il régnait sans partage sur la destruction, quand il ne brûlait pas, il se contenait d'asphyxier ou d'écraser les victimes sous des débris et des gravas et ne s'en tenait pas qu'à un objectif, le feu lui aimait le zèle et les dommages collatéraux. Elle n'avait pas vu le voisinage, mais de ses souvenirs, les maisons étaient très proches les unes des autres et toutes aussi mal fichues.

La furie frappait maintenant dans le vide, face à une femme Elfe à la fois pensive dont le sourire qui grandissait en disait long sur la catastrophe qui risquait de se produire.

(Allez, elle est dix fois plus lourde et plus forte que toi, laisse venir. ) fit Silmeria serrant fort la dague avec le calme étal d'une casserole de lait portée à 99°

L'orque qui n'était malheureusement pas dix fois plus lente qu'elle, frappa de haut en bas, Silmeria encore une fois, tarda de trop à réagir, bien qu'elle évita la lame, elle prit un coup de coude en pleine tempe ce qui eut pour effet de la sonner comme une cloche en heure de culte et aussi de lui briser l'arcade. Détail qu'elle ne senti pas immédiatement, trop occupée à se relever. La vue brouillée, elle réalisa que la chance était toujours au rendez-vous. Car le coup l'avait envoyée rouler juste devant le foyer ou rougeoyaient de belles braises...

La furie elle, n'avait pas attendu qu'elle se retourne, empoigna l'elfe et l'envoya sur une table. La douleur vive d'une assiette en terre cuite qui se brise sous le dos presque nu fut ajouté à ses expériences douloureuses. La furie frappa une première fois, Silmeria bougea les jambes et la hache alla se planter dans la table. L'elfe songea qu'il était actuellement très préférable de ne pas rester allongée face à une folle furieuse et tenta de quitter la table. L'orque ne fut pas de cet avis, et empoignant le mollet de la jeune femme, elle essaya de frapper de nouveau. Silmeria intercepta le poignet d'une main, de l'autre elle griffa à l'aide de l'arme rouillée de faciès hideux de sa prédatrice, lui arrachant l'arme des mains, elle savait ne pas être en bonne position pour frapper, mais il fallait tenter l'affaire, toujours presque allongée, elle contracta son corps comme un serpent et frappa directement sur la tête avec la hache.

Elle manqua. L'orque non plus n'était pas dénuée de réflexes et l'arme vint de planter dans un bruit glauque dans son épaule. Aspergées de sang, les deux femmes se séparèrent, la furie rattrapée par ses compères qui agglutinaient autour d'elle pour chercher à la reculer, d'autres pour chercher à tuer Silmeria.

Celle-ci, dos à la cheminée, était sans arme mais pas sans plan. Elle avait eu le temps, avant d'entamer son vol plané sur la table, de trouver une pelle à petit bois entre le foyer et les flammes. Sans plus attendre, elle piocha directement dans les braises à l'aide de cette pelle de fer, et envoya les charbons ardents sur les orques brailleurs qui s'approchaient, armes à la main. Les boulettes rougeoyantes eurent l'effet escompté. Les orques reculaient, certains tentèrent de revenir à la charge mais Silmeria continuait à faire pleuvoir dans un dernier élan le charbon incandescent. La panique grandissait, certains s'enfuirent, d'autres essayaient d'éteindre les petites flammes qui naissaient, ça et là, d'autres reculaient à cause de la fumée qui commençait à épaissir. Les grognement et hurlements résonnaient, la furie elle, rouvrir les yeux, ivre de rage, et beugla face à la scène. Silmeria venait de conclure son plan d'évasion en créant la panique générale. Le bois sec du sol, la sciure, les teintures bourrées de poussière, tout ceci commençait doucement à faire de petites flammes, timides qui allaient doucement ronger le mobilier, créant de plus grandes flammes qui léchaient bientôt les poutres du plafond.

La furie sauta sur l'Elfe, manquant de la renverser dans la cheminée. Les deux mains serrant le cou blanc de la femme, Silmeria reçu quelques giclées de bave malodorante sur le visage, la furie n'avait pas retiré la hache, toujours enfoncée entre son épaule et sa clavicule, Silmeria elle, y enfonça les doigts. La chair épaisse, moite et bouillonnante de sang mêlée au métal gras et grossier de la hachette, la furie fut frappée d'une douleur insurmontable. Autour d'elles, la fumée devenait de plus en plus épaisse, le feu se propageait très vite et les orques se faisaient la malle.

L'orque se redressait, maintenant une pression inutile pour limiter la fuite du sang, Silmeria, accroupie, pivota et lui envoya son coude dans l'estomac, forte de son élan et dans un nouveau volte-face, elle arracha la hache, tourna sur elle même et cette fois-ci ne manqua pas la tête. Le métal frappa ce crâne cent fois heurté mais jamais percé.

La furie ne cria même pas, elle recula, l'air absent, la hache plantée en pleine tête, fit trois pas et s'écroula sans un bruit.

Elle vécu sauvagement et mourut tout aussi sauvagement.

Et tout recommença.

La fumée rendait la pièce invivable, les orques étaient tous sortis, il ne lui restait qu'une seule issue, celle du toit.

----------


La fraîcheur de la nuit, voilà quelque chose qu'elle avait oublié. Allongée, à quelques maisons de l'incendie, sur un toit relativement plat, les bras ballants, elle laissait la fraicheur de la nuit et une fine pluie laver son corps et son âme des efforts récents.

L'adrénaline tomba, la fatigue elle était au rendez-vous. Silmeria ferma doucement les yeux, un sourire jeté au ciel, un mépris profond pour les Dieux était gravé dans son âme. Silmeria n'avait plus que le mot trouvé dans la forêt à l'esprit.

« Oaxaca...»

_________________
La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


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 Sujet du message: Re: Les Habitations
MessagePosté: Mer 23 Jan 2013 03:35 
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* Klong *

Silmeria tira un léger sourire, le bruit du candélabre de bronze sur l'arrière de la tête de l'orque avait été amusant à son goût. Toujours plus loin de l'humanité, la jeune femme était redescendue des toits après l'incendie pour se terrer dans les combles d'une vieille baraque. Les orques s'y faisaient rares, ils venaient de temps à autre pour y chasser les gros rats de grenier mais jusqu'à présent, aucun d'eux ne s'était aventuré jusqu'au dernier étage.

Bien consciente que son coup ne lui avait pas été fatal, Silmeria usa des moyens du bords pour attacher sa victime, à l'aide, principalement, de vieille cordes qui servaient à nouer de lourds ballots de paille qui aidaient à isoler les vieux murs, aujourd'hui en déliquescence.

Il ne portait pas grand chose sur lui, le bougre n'avait qu'un vieux sac de toile usée jusqu'au fil contenant un demi rat, une lame orque qui termina dans l'arsenal de la tueuse ainsi que les gants. Le reste du matériel n'était absolument pas à sa taille. Elle souffla et se contenta de rester comme elle l'était, dans cette fichue tenue de lin usée, armée d'une lame verdâtre au métal à l'aspect lourd et sale. Cela dit, le tranchant semblait être appliqué, du moins son propriaitaire en prenait visiblement grand soin.

C'était sous les toits, alors que la pluie battait les murs et coulait en s'infiltrant partout là où la toiture était ruinée que l'orque assommé fut attaché. Les poignets noués et solidement fixé à la charpente, Silmeria s'était assurée que le poids de l'orque n'allait pas rompre la corde. Sa victime était comme une mouche perdue dans une toile, sans défense. Elle noua également les chevilles, par office de prudence. L'orque restait inanimé. En attendant son réveil, la tueuse faisait les cent pas. Elle jouait avec la lame, essayait de trouver son équilibre, la façon de la maintenir, en réalité c'était tout un art, une sorte de cérémonie pour elle, la première victime se devait être un véritable chef d'œuvre.

Le manche en métal lisse avait un petit accroc, c'était un des rares défauts de cette lame, bien que laide et dépourvue de parures, faites dans un métal brut et lourd, affutée pour tuer et non pour plaire à ses possesseurs. Un grognement, mais aucune réaction. Silmeria s'installa dans un coin d'ombre tout en restant observer l'orque dans ce grenier vide. Plus tard, enfin, il ouvrit un œil et grimaça.

« Non, c'est inutile...» fit-elle alors qu'il remuait les bras pour essayer de se libérer.

« Le noeud ne ferait que t'entailler le poignet. Tu as pris un vilain coup sur la tête, pendant un court instant, j'ai même pensé t'avoir tué. Mais ne nous précipitons pas... De toutes façons, les orques n'ont pas peur de la mort, à ma connaissance.» termina Silmeria, le ton très bas, comme si elle se parlait à elle même, avant de se relever lentement; savourant chacun de ses gestes car l'orque restait fixé sur elle en commençant à comprendre qu'il était dans une situation quelque peu mauvaise.

Silmeria elle avait retiré l'ensemble de l'armure de sa victime, il ne lui restait plus qu'un morceau de tissus qui lui couvrait l'intimité et une simili-chaussette trouée. Le corps en muscles, les poils bruns et blancs sur la poitrine verdâtre. L'orque faisait jouer la mâchoire de colère, comme s'il mastiquait une chique épaisse et toisa son bourreau d'un œil mauvais. Il grogna.

« Ho... Une chose, je suis... Sincèrement désolée. Vraiment. Je n'ai rien trouvé pour t'empêcher de crier pour alerter tes compères... Alors.»

Vivement, la lame frappa directement l'orque sous le menton, perçant la bouche et transperça le visage jusque sous le nez, le sang coula le long de la main de Silmeria qui tira un grand sourire tandis que l'orque gémissait et grognait, la tueuse lui découpa lentement en suivant l'os de la machoire pour lui arracher la langue. La manipulation dura quelques minutes, quelques longues minutes durant lesquelles l'orque se débattait en remuant les jambes. Silmeria travaillait salement, c'était exprès, c'était voulu. Elle avait préféré emprunter le chemin le plus difficile, la lui couper en partant de sous le menton, aussi elle ne voyait pas ce qu'elle faisait et ne se guidait qu'en écoutant les raclements de la lame sur les os du visage de l'orque. Enfin, elle retira l'organe rouge et à vif qu'elle lança derrière elle.

Déjà pleine de sang, elle observa pour un temps, l'oeil curieux, son travail. La victime en avait les larmes aux yeux. Le visage baissé, il vomissait de longues trainées de sang et sa bouche n'était plus que lambeaux ensanglantés qui balançait dans le vide. Un gouffre béant armé de chicots jaunes.

Silmeria s'essuya sur un vestige du sac de l'orque, qu'elle avait soigneusement découpé pour en faire de petites serviettes qui trempaient ça et là dans les flaques causées par la pluie. Elle essuya au mieux le visage et la poitrine de l'orque. Il grognait toujours mais il ne risquait plus de parler.

« Tu sais... Tes frères... Les membres de ta horde. Ils ont fait de moi.. Un vulgaire jouet. Une attraction de foire. Quelque chose de ridicule, ton peuple, ta horde ont pendant des jours profité de ma faiblesse pour me torturer mentalement. Ho, moi je ne suis qu'une sotte, la torture mentale ce n'est pas pour moi... J'aime mieux voir une torture plus sale, que ça saigne, que ça palpite, que ça grouille autour de moi, ça oui. Telle est ma raison de vivre. »

Le sourire qu'elle lui lança n'annonçait vraiment rien de bon, faute d'assez de sang dans le cerveau, l'orque tomba dans un coma profond ce qui n'empêcha pas Silmeria de travailler toute la nuit. Dans le noir. Sous la pluie.

----------


« Srierg, viens ! Il y a des rats partout ici, je crois qu'ils viennent du grenier. »
« Biiien, la chasse sera bonne on dirait. »
« Allez Srierg, on f'rait mieux d'aller voir !»

Les deux jeunes orques, excités par les chasses aux rats d'Omyre allaient de maisons abandonnées en maison abandonnées pour récolter des trophées. Ils dévalèrent les marches en bois qui crissaient et braillaient de douleur sous leurs pas lourds et maladroits.

Les orques riaient et jubilaient à leur manière, les chasses aux rats étaient un véritable passe temps, devenu presque un sport national, ces deux là n'étaient pas si mauvais à ce jeu. Ils poussèrent la porte d'un vieux grenier. Devant eux, une sorte de masse grouillante était là, au centre de la pièce. La pénombre n'aidait pas à déceler ce qui s'y tramait, mais ils comprirent tous les deux qu'il ne s'agissait pas que de rats. En s'approchant, ils virent un corps épais, celui d'un orque, dépecé, en morceaux dont le torse abritait une nuée de rats affamés venus en faire un festin. On trouvait par terre des os, venus de membres absent du corps attaché à la charpente. Une trace noire et luisante par terre indiquait combien de sang avait coulé. La peau entière lui avait été retirée, soigneusement, avec beaucoup de patience pour l'assassin et de douleur pour sa victime.

S'il nourrissait les rats à présent, l'orque qui avait passé on ne sait combien de temps dans ce grenier avait passé un sale quart d'heure.

----------


Plus bas, dans les ruelles, on trouvait de nombreuses personnes, toutes encapuchonnées, toutes silencieuses, il y avait quelques rares humains, quelques gobelins, des orques puant de misère, emmitouflés dans de vieilles capes tâchées, assis à même la boue à tendre la main et demander obole au moindre passant. Se chahutant pour une carcasse de rat dodu capturé il y a peu. La misère de la pauvreté frappait aussi les orques, dans ce méli-mélo de races, une nouvelle ombre s'était installée. Silencieuse, cachée sous un tissus noir qui était en fait un vieux rideau, Silmeria souriait, les doigts encore tachés de sang, elle caressait la lame qui avait bu le sang de sa première victime. Assise dans la boue, dans l'ombre, la tueuse réfléchit à ce qu'allait devenir sa vie.

Elle n'avait plus de passé.

Elle ne savait plus pourquoi, comment, ni même vraiment qui elle était.

Tout s'était passé tellement vite, où avait-elle était trahie, par qui ?

Toutes ces questions résonnaient mais sonnaient vide. Comme si elles n'avaient pas la moindre importance au final. Le monde était quelque chose d'à la fois cruel et merveilleux, pensa-t-elle. Elle colla sa tête contre le mur, souffla et inspira profondément, observant autour d'elle les parjures silencieux.

(Je crois qu'il est temps que le monde entier se souvienne de moi... )

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