L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Les Rues et les Ruelles
MessagePosté: Ven 31 Oct 2008 17:31 
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Les Rues et les Ruelles


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Les rues insalubres d'Omyre La Noire sont innombrables et sillonent la cité en tout sens. On a vite fait de s'y perdre, et les meurtres et les cadavres sont chose courante dans les ruelles sombres. La foule y est dense, composé d'Orques et de Gobelins. Des esclaves passent aussi là, à toute allure et souvent pressés par les fouets de leurs maîtres. Elles sont une des meilleures illustrations du Chaos qui règne dans la ville.

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 Sujet du message: Re: Les Rues et les Ruelles
MessagePosté: Mar 25 Aoû 2009 20:42 
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(... De la route)

La cité entière chantait. Chaque rue, chaque masure, vibrait d'un son unique et strident qui vrillait les tympans pour pénétrer directement le cerveau et y répandre la folie à haute dose. Tous les habitants, même ceux calfeutrés dans leurs abris, transis d'effroi, étaient pénétrés par ce son dominateur et aliénant. C'était une véritable plongée agressive dans l'âme de chacun, une attaque délibérée, calculée, optimisée pour la destruction et qui ravinait les cervelles jusqu'à n'en laisser qu'une pulpe baveuse, une méduse agitée de spasmes violents.
Dès qu'elle franchie, exténuée, la sombre muraille déserte, Oona n'échappa pas à la règle, elle eut beau se boucher les oreilles, le cri était en elle et implorait son obole de sang. L'Aldryde commença à marteler du pied les tuiles sous elle, en proie à une furieuse montée de colère ardente, elle frappa les murs, mais rien n'y faisait, le son devenait de plus en plus fort. Au bord du toit dangereusement branlant, elle eut la révélation qui la sauva de la fureur sanguinaire.
En contrebas, le sable de l’arène de l’effroi accueillit en effet un monsieur loyal d’une taille monstrueuse. Nu et couvert de sang il plongeait sa mâchoire de lion dans la bouche toute grande ouverte de douleur d’un frère de race déjà mal en point. Il mordit sauvagement la langue et l'arracha dans une pulsion primale, puis secoua la tête en tout sens comme un animal, répandant du sang dans toute la rue. La victime, jetée à bas, était paralysée d'effroi mais tenta une dernière fois de fuir en raclant de sa main valide la répugnante boue du sol. La furieuse réponse se matérialisa sous la forme d'un formidable coup de pied qui le renversa sur le dos, puis d'une averse d'autres coups délivrés avec délectation. Pensant que le supplice n'avait pas atteint son paroxysme, ou bien obéissant à une nouvelle pulsion de folie meurtrière, l'orque attrapa de sa titanesque main le cou de sa victime et entreprit de l'arracher alors que son frère de sang gargouillait de douleur. Quand le cou céda et que le corps cessa de s'agiter, le monstre tira sur la colonne vertébrale disque après disque, les faisant craquer avec la délicatesse d'un accordeur sur son piano. Lorsque bientôt une ombre craintive apparue à l'autre extrémité de la rue, il abandonna son œuvre d'art pour aller exercer ses dons sur une nouvelle proie.

La cruauté insensée de la scène calma immédiatement l'Aldryde, qui décida d'aller chercher un refuge sûr pour échapper à cette nuit cauchemardesque. Dans chaque rue elle croisa des spectacles de plus en plus morbides. Là, les fauves s’étaient échappés de leur cage sous la forme d’un troll marqué, tatoué, presque à vif, des stigmates de la rage qui traînait encore les chaînes et le pan de mur censés le retenir. Lorsqu’il posa son énorme patte sur le pied d’un des volontaires désignés de la sinistre troupe, ce dernier n’eut pas le temps de crier que déjà le monstre venait de se saisir à pleine main de son autre jambe pour l’ouvrir en deux comme un simple mannequin. La fontaine de sang et d'entrailles couvrit l'immonde bourreau d'un tabard sanguinolent et encore fumant, le blason des hérauts de cette lutte dantesque.
Plus loin encore, les divers artistes du carnaval s’étaient réunis en une sinistre cabale près d'une antique fontaine refoulant les glaires d’un jus verdâtre. L’assemblée beuglait des chants païens alors qu'on faisait avancer un prisonnier extatique et affamé de sang vers un brasier palpitant. Une gigantesque créature étrangement voilée attrapa sans hésiter la peau du futur suppliciée, la tirant d'un seul tenant comme s'il lui ôtait une simple veste. La cabale cria à l'unisson couvrant ainsi les hurlements du prisonnier. Le golgothe se vêtit du mieux qu'il put de ces lambeaux avant qu'on ne pousse la masse sanguinolente et implorante dans les flammes et qu'on la retire d'un coup sec de la chaîne l'entravant encore. Il fut projeté de nombreuses fois dans les braises ardentes et retiré autant de fois sous les vivats de la foule en transe. Il dansait presque sur les charbons alors que son corps convulsait en tout sens, s’arrachant au passage des lambeaux de peau calcinés et collés à la fournaise. Le martyr serpentait dans l’âtre pour y chercher un refuge contre cette douleur insensée qui lui faisait tout oublier, qui fouettait son corps des chardons scoriés et lacérait son esprit du houx ardent. Lorsqu’il ne gémit plus du tout, les bourreaux le tirèrent hors de cet enfer et offrirent la sublime sculpture de souffrance au géant qui y plongea ses griffes pour en extraire un cœur encore bleu.

Oona interrompit sa fuite malgré elle, lorsque les vagissements d’un nouveau né vinrent martyriser ses oreilles. Son imagination pervertie par les précédentes scènes et mise à vif par le sifflement lancinant imagina alors les pires tortures, mais elle était à milles lieues de la réalité. Dès qu’elle passa devant les restes d’une fenêtre antédiluvienne, l’horreur la saisit en plantant ses ongles acérés droit dans la moelle de l’Aldryde la faisant réagir comme un animal. Les images se formaient encore dans son cerveau, soudain flottant, que son corps avait déjà ordonné un repli général, une fuite contre l’irréel. Cependant chaque détail de la minuscule pièce, chaque trait de ses abominables occupants se fixa à jamais dans sa mémoire avec la force d’un tison infernal. C’était le clou du spectacle, la sublime montée d’adrénaline qui devait se répandre dans les spectateurs déjà conquis. Trois petites créatures d’un rouge changeant, presque irréel, se tenaient autour d’un nouveau né pendu à son propre cordon ombilical encore reliée à une femme affreusement mutilée, ses entrailles fleurissant sa dépouille comme une couronne de roses fraîches. Les bêtes cornus avaient brisé chacune des articulations du nourrisson en guise de prélude à leur sinistre tâche et enfonçaient désormais avec délectation des braises ardentes sous la tendre peau du bambin. Totalement innocent, ce dernier ne pouvait que hurler à s’en faire saigner la gorge afin que quelqu’un lui vienne en aide. En réalité, il n'était plus que cela, un gouffre édenté braillant son supplice, un catalyseur d'une pureté originelle, avalant le monde pour le recracher allourdi des germes de tous les maux. Hélas il était né sous les pires auspices qui soient et les diablotins ne comptaient pas rater pareille occasion de s’offrir ce genre de plaisirs gratuits. La communion orgiastique de la cité avait frappé des rythmes entêtants sur les peaux des suppliciés. Le carnaval impie avait battu le gong de la démence pour les attirer eux, ces avatars décadents, afin qu’ils mènent le flot de déments costumés d’entrailles droit vers la bouche des enfers. Et ces monstres éternels ne comptaient nullement rater le macabre spectacle.

Lorsque la conscience de la jeune femme se relaxa un peu et cessa de se pelotonner dans les recoins les plus sombres de son esprit, Oona s’aperçut qu’elle était perchée très haut sur la tête d’une gargouille d’un autre temps. Les sueurs froides, vivants crachats de peur, accentuaient ses tremblements de panique alors que la pression dans son crâne n’osait redescendre à un niveau normal de peur de libérer, par la même occasion, des souvenirs brûlants d’un trop grand réalisme. Prostrée sur son haut perchoir grimaçant, comme une précieuse tapie dans sa loge de théâtre, l’exilée contempla les lueurs rampantes du chaos qui respirait sous ce patchwork d’aliéné et suturé à vif que l’on nommait ville. L’infinité sinueuse des coupe-gorges et autres dédales purulents ruisselait littéralement des flots d’une haine dense. Une rancœur tâchée d’un nectar de vie perverti et étalé encore chaud, couche après couche, comme des cernes de décroissance, un glossaire public d’une commune dégénérescence. Et l’Aldryde ne voyait tout simplement plus les innombrables scènes de tortures se déroulant à ses pieds comme un petit spectacle de marionnettes sadiques. Son cerveau était encombré d’un trop grand nombre d’horreurs et de sentiments pour pouvoir fonctionner. D'ailleurs rien n'avait de sens ici, la vie ne servait qu'à nourrir la mort qui, pantagruélique, réclamait avec l'autorité d'une reine des mets se défiant par leur rafinement, stimulant ses papilles des milles saveurs de la douleur.

Soudain, un écorché vif chuta devant elle en hurlant avant de s’écraser dans les ténèbres épaisses et froides des rues en contrebas. Des rires perçants éclatèrent alors loin au-dessus d’elle au milieu des cieux enflammés de cette lune sinistre. N’en pouvant plus, Oona courut se réfugier à la base de la gargouille, dans une minuscule cavité qui avait dû servir, il y a des siècles, à rejeter les larmes célestes. Là entre les restes d’une toile d’araignée et les initiales d’un sculpteur oublié, elle se roula en boule refusant d’accepter la réalité autour d’elle, refusant de croire qu’encore une fois ses choix l’avaient tractés encore plus bas.
Une part d’elle était parfaitement consciente des conséquences de ses choix. Omyre était le pire endroit sur cette terre et pourtant elle s’était évertuée à venir traîner sa mélancolie dans les recoins les plus sombres de cette horreur vivante. L’exilée ne se comprenait plus, elle ne se reconnaissait plus. Comme si une force plus grande l’avait happée dès son arrivée pour la propulser de plus en plus vite droit vers un mur infini. Un mur infini dont chacun des milliers d’angles vicieux s’évertuaient à arracher les lambeaux de son âme à mesure que l’Aldryde les frôlait. Cependant, cette course, cette chute était une sorte d’extase empoisonnée, une addiction morbide la forçant à garder ses yeux bien ouverts alors que la réalité devenait insoutenable.

Aux premières lueurs d’un jour nouveau et timide, le sifflement relâcha son emprise sur les esprits urbains et un calme angoissant envahit le charnier soudain très réel. Depuis des heures déjà, les bourreaux s’étaient écroulés, ravagés par la fatigue d’une haine toujours plus vorace, au milieu de leurs victimes innombrables. Bientôt le ciel s’obscurcit d’un essaim compact de corbeaux, vautours et autres charognards ayant sagement observés le carnage rituel en salivant par centaine. Leurs becs acérés plongèrent à l’unisson dans les chairs exquises gonflées d’une pourriture véloce car trop longtemps contenue dans les fragiles organismes damnés. La curée prit une proportion encore plus abominable que la mise à mort lorsque les rats, chiens, porcs et autres résidents innocents se ruèrent sur les étales de cette boucherie à ciel ouvert. Le petit ange plongea alors dans le sommeil comme des milliers d’autres habitants car privés des derniers fils maintenant ces pantins dans la transe, ils s’effondrèrent inconscients et pour certains ravis.
Pendant son très court sommeil, Oona sentit clairement qu’une force incommensurable se glissait au milieu des réminiscences morbides de la veille. Doucement, elle infiltrait ses tentacules de noirceur dans ce nouveau territoire plein de promesses inattendues. Elle reniflait cette nouvelle proie en la frôlant de très près pour humer sa peur et sa détermination. Au milieu de ce début de cauchemar, la jeune femme crut de nouveau arpenter le Sentier des Senteurs, tant ce trouble avait un relent familier, tant les chuchotements de cette présence de noirceur pure sonnaient comme une invitation. Le petit ange sentait sa bulle de songe se rétrécir à mesure que l’encre vivante envahissait la petite bouteille, tant et si bien que sa minuscule protection ne tarderait pas à exploser pour l’abandonner seule et nue dans les ténèbres. Cette pensée ne la quitta pas, longtemps même après son réveil brumeux.

A vrai dire l’Aldryde ne savait plus tellement si elle se perdait dans un nouveau songe ou si l’obscur labyrinthe à ses pieds avait une quelconque réalité. Par une sombre magie, peut-être tout simplement celle de la faim extrême et démente, la majorité des cadavres avaient disparu. Les rues se peuplaient de la faune hagarde habituelle comme s’il ne s’était rien passé la veille. Partout l’on suait, on beuglait, on frappait, on ramassait, on mendiait, on tapinait. Toute la cité renaissait dans la chaleur des fourneaux de forge, dans les vapeurs des immondes marmites bouillonnantes et celles âcres des fours à pain crasseux. De minuscules échoppes vomissaient à tous les coins de rues une variété chaotique de produits et attiraient une foule comme un essaim de mouche d’étable fondant sur du purin frais. Les quartiers de viandes rances côtoyaient des montagnes de galettes de blé noir menaçant de s’écrouler dans des chaudrons fumant où barbotaient de rares légumes dans un jus pisseux. Etrangement, certaines rues débordaient littéralement de monde et proposaient tous les services et objets disponibles sur le continent alors que les ruelles adjacentes demeuraient complètement vides. Parfois un petit groupe s’y faufilait pour négocier rapidement les termes d’un sombre contrat mais rien de plus.
Oona passa de nombreuses heures à regarder ces foules grotesques et bestiales vaquer à leurs occupations compliquées, elle se laissait absorber par les colonnes d’esclaves, les négociations sans fin et bientôt le passage d’une calèche hautement gardée. Chaque soldat mettait alors une ardeur toute régalienne à fouetter ou marteler de coups chaque tête s’approchant un peu trop près. Le convoi fendait l’anarchie sans se préoccuper des dégâts qu’il causait dans cet étroit corridor et dès qu’il tourna pour s’engouffrer dans une plus grosse artère, la rumeur s’amplifia alors et les choses retournèrent à la normale. La jeune femme était tellement hypnotisée qu’elle se fit attaquer à plusieurs reprises par de gros corbeaux, ces sinistres sentinelles qu’elle avait côtoyé, des éons auparavant, dans le camp du mage. Elle batailla pour se faire une place dans ce ciel lourd et gras, optant autant pour la fuite que pour la confrontation directe. La guerrière devait se faire changeante et versatile pour que, lentement, elle puisse inspirer une certaine crainte aux essaims emplumés. Sur la fin de la journée, groggy par un froid soudain et par un profond désir de sommeil, elle trouva une petite niche où elle put mâchonner un étrange fruit jaunâtre chipé sur une étale. L’exilée observait d’un œil distrait une ruelle menant à une sorte de petite place forte, un sinistre donjon d’où pendaient une foule de bandits morts ainsi que quelques cages pour de futurs trépassés.

La tête lui tournait légèrement de toute cette nouveauté et de toute cette fatigue aussi ne prêta-t-elle pas une attention particulière à la forme encapuchonnée disparaissant soudain dans une tache d’ombre. Lorsque cette même forme sembla s’extraire des ténèbres pour être aussitôt happée, presque engloutie, par une nouvelle poche sombre, elle se redressa légèrement. L’instant d’après, elle ne vit plus rien que le balancement des cadavres tintinnabulant de tous leurs os secs. Soudain l’un de ces morts s’agita et chuta sur les épaules d’un des gardes devant l’entrée. Un éclair d’argent jaillit et un premier soldat s’écroula bientôt rejoint par son camarade, le meurtrier avait disparu. Oona resta interdite de longs moments avant que ne résonne un cri d’alarme guttural et qu’une demi-douzaine de gardes ne sortent pour constater la scène. L’un des leurs se mit à aboyer des ordres brefs et bientôt le groupe se sépara pour remonter les deux rues menant au fortin. Les petites escouades se mirent à fouiller chaque recoin, alors que le présumé chef se hâtait de rentrer. Bientôt ils furent devant l’entrée de la masure où s’était posée l’Aldryde et cette dernière, cédant à sa curiosité soudain aiguisée, plana par l’un des trous du toit jusqu’à une poutre vermoulue d’où elle put mieux observer. L’unique torche éclaira alors le rez-de-chaussée désert d’inquiétants reliefs, les flammes dansantes déformaient chaque ombre jusqu’à lui donner des atours quasi démoniaques. Le rapide coup d’œil donné, le garde fit demi-tour, se calant dans l’embrasure de la porte pour signifier à ses camarades le fruit de ses recherches.

D’une des poutres mise à nue par les chutes successives et désordonnées des différents étages, une forme se détacha, en cochon pendu. Ce sublime cobra des ténèbres s'étira jusqu'à pouvoir sussurer de sa mortelle langue à l'oreille de l'orque et frappa de son unique croc avec la célérité qui sied à son art, droit à la base du cou non protégé de sa proie. Ecarquillant les yeux, l’orque ouvrit une bouche d’où nul son ne pourrait plus jamais s’échapper avant de s’effondrer comme une masse. Sa torche roula en crépitant à l’intérieur de la ruine ajoutant des teintes dorées au bordeaux s’échappant du monstre vaincu. Belliqueux jusqu’à la stupidité, les autres soldats s’engouffrèrent dans le bâtiment en renâclant bruyamment, comme des chevaux avant une course, comme des veaux que l’on mène à l’abattoir. Se fiant autant à leur flaire qu’à leur vue, ils investirent les lieux sans rien trouver d’anormal jusqu’à ce que, surgissant d’une ombre pourtant très proche, l’assassin ne plante sa lame droit dans le cœur d’un des gardes. Puis avec une rapidité hors du commun, il grimpa à un pilier pour tenter de s’esquiver à nouveau, mais une lance précise le fit changer d’avis. D’un salto parfaitement contrôlé, il retomba sur les épaules de son ennemi et lui trancha la gorge jusqu’à la colonne. L’orque ne s’était pas encore effondré dans une explosion sanguinolente quasi festive, que l’un des ses confrères abattait sa massue hérissée de piques sur ce serpent vicieux. Au dernier moment, celui-ci esquiva l’attaque, prit appui sur le manche de son ennemi pour bondir droit vers sa tête et planter sa lame entre les deux yeux renfrognés.

Au milieu de cette tornade Oona se rendit compte que le meurtrier était d’une taille nettement inférieure à celle des gardes, il était à peine plus grand qu’un gobelin et sa posture courbée ne faisait qu’accentuer sa petite taille.

Les deux orques restant, identifiant clairement et pour la première fois leur assaillant, durent eux-aussi réaliser sa petite taille car ils l’attaquèrent par la suite sans l’ombre d’une hésitation. Les premiers coups furent esquiver avec une grâce hors du commun, mais à mesure que l’espace de mouvement se rétrécissait, l’assassin devait prendre de plus en plus de risque. Finalement il para l’un des lourds sabres avec sa fine lame, mais le choc fut tel, que son poignard sauta de sa main pour aller se planter dans l’une des poutres. Cependant, il utilisa ce temps de flottement pour faire jaillir de son autre bras deux petites pointes acérées qui allèrent se planter dans la gorge du garde. Immédiatement son cou tripla de volume et l’écume envahit bouche et narines, il se mit à convulser horriblement. Le dernier orque maintenait son adversaire à distance de toute la longueur de sa vouge, ne parvenant pas à le blesser. En effet, presque accroupie, le tueur, esquivait les attaques, repoussant même parfois la lame du plat de sa main, ou d’un formidable coup de pied retourné. Et, aussi subitement qu’il avait engagé le combat, l’assassin voulut prendre la fuite vers les ténèbres, immédiatement l’orque émit un grognement rauque avant de relâcher sa garde pour suivre sa proie. En deux enjambées verticales, l’ombre cavala le long d’un des piliers, attrapa son arme plantée juste au-dessus, puis se retourna pour chuter en roulant juste entre les jambes du garde. L’instant d’après l’orque posa un genou en sang à terre avant de recevoir le coup de grâce.

D’où elle était tapie, la jeune femme pouvait attendre les ahanements du tueur, qui finit de régler son compte à l’orque étouffant dans ses propres humeurs. La scène s’était déroulée en quelques battements de cœur, une poignée de secondes avait suffi pour porter le spectacle à son paroxysme de violence et de grâce puis pour ne laisser qu’un silence moite. Cet être, quel qu’il fut, maîtrisait son art à la perfection, pas un instant elle n’avait aperçu de geste trahissant une certaine forme d’angoisse ou d’incertitude. Il s’était entièrement plonger dans son entreprise de destruction et était prêt à y laisser la vie à tout instant. Et lorsqu’Oona le vit s’enfuir, elle eut une terrible envie de le suivre, mais il avait déjà disparu dans le premier fragment d’ombre.
Une odeur cuivrée, lourde de mort, envahit lentement la scène que la guerrière examinait encore avec un mélange de fascination et d’effroi. Lorsqu’elle voulut s’en retourner vers les toits, il était là, comme s’il ne pouvait pas en être autrement et étrangement l’Aldryde ne fut pas le moins du monde étonnée de son inquiétante présence.

Le tueur était en effet petit, accroupi sur la poutre, il ne devait être plus grand qu’un enfant et le fait qu’il soit soudain coiffé d’un gigantesque chapeau le tassait encore plus. Cependant entre les pans de sa cape usée, ramenée sur un reste de veston, l’exilée entrevit un torse musclé, d’une finesse famélique et pourtant câblé par un réseau de muscles tendus. Il respirait fortement après ses efforts mais le bruit ne semblait pas vraiment venir de lui, comme s'il respirait par obligation. Mais ce qui la captiva, l’absorba totalement, fut son propre reflet piégé dans les immenses lacs gris qu’étaient ses yeux. Les deux miroirs lui dévoraient toute la face, ne laissant que peu de place à son nez crochu et sa bouche tout en menton. Leur fixité d’astre lunaire rendait la scène encore plus terrifiante, comme si l’assassin venait lui aussi de succomber par un mystérieux revers de fortune et que ses yeux soient en train de contempler l’infinité du néant. Puis une minuscule sphère noire s’agita au fin fond de ces miroirs d’argent trahissant une obscure trace de vie. Ils restèrent longtemps ainsi à se regarder. Plus exactement, Oona resta totalement pétrifiée devant son propre reflet soudain prisonnier, puis ses réflexes de bête traquée perdirent de leur emprise et elle attendit sans vraiment savoir pourquoi.
Au moment exact où elle voulut ouvrir la bouche, il parla d’une étrange voix coupée, plate et sans émotion, une expiration de soufflet à peine nasillarde :

« - Le chef de la milice de ce district vide toujours un verre en offrande au dieu de la mort avant de partir en chasse. J’espère au moins qu’il savoure en ce moment son dernier verre.

Devant l’incompréhension qui se peignait sur les traits du petit ange, il continua visiblement agacé :

- Une goutte de poison au bon moment évite bien des risques. Une petite diversion et puis s’en vont.

Gênée de ne pas comprendre ses explications, l’Aldryde acquiesça gauchement. La jeune femme avait déjà compris que l’on puisse faire souffrir et tuer quelqu’un pour son plaisir, mais elle devrait bientôt comprendre que l’on employait aussi certains individus pour se charger de ce genre de besogne.

- Il te faut des bottes, dit-il en s’apprêtant à s’évanouir dans les ténèbres. La corruption d’Omyre ne pénètre pas uniquement par la tête, elle profite des moindres faiblesses. »

Comme pour ponctuer sa phrase il disparut en claquant bruyamment des talons. La jeune femme était encore transportée par l'incongruité de la scène même lorsqu'elle baissa les yeux vers ses petits pieds tachés de poussière et de boue, elle comprit encore moins la véritable signification de cette rencontre.

Il croisa sa route le lendemain au coucher du soleil, de la même manière que la veille, perché au bord d’un toit que la guerrière s’apprêtait à franchir. Comme s’il l’attendait ici depuis des heures, comme si elle était véritablement étrangère à la scène et qu’il était venu spécialement des loges pour l’avertir d’un changement impromptu dans le script. L’assassin, la détailla longuement, pas comme une proie mais comme une véritable curiosité. A coup sûr elle ne présentait aucune menace immédiate, mais il s’étonna de trouver pareille fragilité dans ce pays ingrat. S’agissait-il d’un mirage, d’un présage, ou d’un oiseau de mauvais augure ? Il décida de ne pas trancher la question tout de suite.
Un « j’ai faim » lâché de manière péremptoire fut la seule chose qu’il dit avant de se retourner et d’avancer sur la grand-route des voleurs habiles, le délicat chemin des tuiles. Agrippant ses sacs, qu’elle commençait à trouver des plus encombrants, Oona le suivit à travers les toits, les rues, les ruelles et les minuscules coupe-gorges. Fuyant autant que faire se peut les regards curieux, envieux ou clairement hostiles, jusqu’à la ruine d’un manoir séculaire. N’étaient restés debout que deux murs parallèles, comme les gardiens du chaos de roches les séparant, et une fragile tour adossée à la construction. Se faufilant à travers des restes de porte, ils gravirent un escalier traitre encombré de cadavres de petits animaux, de plumes et de fientes aux émanations entêtantes. Son guide s’accroupit enfin pour ouvrir une minuscule porte, tout au plus un sas menant vers l’ancien pigeonnier du défunt propriétaire.

La salle n’occupait qu’une très faible surface mais s’élevaient sur plusieurs mètres de hauteur jusqu’à ce que les reliefs du toit ne se perdent dans d’épaisses ténèbres lourdes de poussière et de suie. Dans cette salle se trouvait à sa gauche un ancien divan défoncé, bourré de coussins miteux et de couvertures trouées, de l’autre coté un demi tonneau tenait lieu de table et plus loin un chaudron bouillait nonchalamment sur un vieux poêle. Autour de ce petit foyer, trois hauts fauteuils de bois disposés en rond absorbaient par leur raideur les formes indistinctes de trois vieilles gobelines rabougris par les ans. Dès que son guide se dévêtit de sa cape et de son chapeau, Oona put clairement voir qu’il s’agissait d’une sorte de gobelin, un pur produit des mélanges consanguins qu’engendrait la sinistre cité. Il s’assit et l’une des vieilles se leva en tremblant de tout son corps pour se saisir d’une écuelle brisée, la donnant à sa voisine tout autant secouée par le poids des années, qui la passa enfin à la dernière des vénérables chèvres brinquebalantes pour qu’elle serve l’assassin. L’Aldryde eut juste le temps de s’apercevoir que derrière les rares mèches blanches, au milieu des ravins qu’étaient le visage de l’ancêtre, se trouvaient deux petites sphères absolument blanches perchées au sommet d’un nez gigantesque. Ces yeux complètement aveugles étaient deux boules de neige prêtes à dévaler les pentes abruptes de son visage taillé au burin. Au bruit de leurs sabots frottant le sol patiné, les vieilles retournèrent sur leur trône, immobiles et résignées comme des statues.

Le gobelin avalait déjà les dernières bouchées de son repas et poussait du bout de sa main noueuse un morceau de pain noir à l’adresse de son invité ailé. N’osant perturber le silence monacal et quelque peu inquiétant du lieu, elle picora l’infâme galette au goût de terre. Puis le tueur se leva, s’étira et alla contempler la rue peu agitée en contrebas par une minuscule fenêtre quasiment opaque de crasse. Oona le rejoignit et il lâcha à demi-mot :

« - Toujours pas de souliers ? On meurt facilement ici, et se trimbaler avec pareille fortune ne fera qu'hâter ton destin. Change tes pièces contre d’autres de plus grandes valeurs et garde seulement quelque sous en poche.

A nouveau la jeune femme ne put que montrer son incompréhension car elle n’avait finalement aucune notion de la valeur que pouvait représenter son butin. Son interlocuteur la regarda avec dédain puis hocha la tête.

- Si tu es venue pour mourir ici, tu te débrouilles très bien. Des cadavres il y en a pleins l’escalier, va donc y faire un tour. »

Sur ce, il disparut sous l’amas de couvertures et de coussins, plaça son chapeau sur sa tête et s’endormit presque aussitôt. Le pesant silence n’était interrompu que par la respiration chuintante des trois vieilles sorcières assises en cercle autour du feu et les crépitements de ce dernier. Ne sachant quoi faire, l’exilée déposa son sac sur le dessus d’une armoire penchée et surchargée d’étranges babioles avant de se coucher dans l’un des derniers tiroirs encore présents. Roulée en boule, la tête sur un reste de parchemin jauni, elle s’endormit aussitôt mais bien vite ses songes furent perturbés par la présence de cette ombre rampante et avide qui prit, peu de temps avant son réveil, l’apparence d’un ange d'ivoire aux ailes de cendres.

_________________
Et sur moi si la joie est parfois descendue
Elle semblait errer sur un monde détruit.

Oona

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 Sujet du message: Re: Les Rues et les Ruelles
MessagePosté: Lun 7 Sep 2009 23:22 
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A son réveil, il n’était évidement pas là. Seules les vieilles gobelines emplissaient la pièce de leur discordant tricotage verbal pendant qu’elles filaient effectivement une laine grossière. Etrangement, Oona ne pouvait souffrir davantage la présence de ce cerbère tremblotant et dès qu'elle eut constaté la disparition de la majeure partie de son butin, elle s'enfuit, préférant la froide oppression de la cité à ce babillage poisseux. L'Aldryde ne s'inquiéta pas outre mesure de cette perte, elle se doutait que son hôte devait être derrière ça.
Dès qu’elle fut dehors, l’exilée comprit son erreur.

Omyre était une merveille, une sublime sculpture dansant dans la pâleur de ce petit jour triste. La jeune femme se rendit soudain compte du caractère quasi sacré et intemporel qui envahissait chaque once carrée de cette capitale de l’horreur. Chaque seconde explosait avec une telle de violence qu’elle éclipsait toutes les précédentes avant de se faire elle-même happer dans ce tourbillon créatif et évanescent. La véritable nature de cette ville était bien dans le sublime de l’instant et la négation absolue de toutes références passées, présents ou futures. La cité oscillait avec délectation sur le fil du rasoir, utilisant ce balancement pour narguer le gouffre sans fond qui grondait juste en-dessous d’elle et qui parvenait péniblement à flairer sa proie, à laper ses humeurs. La beauté était dans l’instant unique de la création et l’abandon catastrophique de toutes formes de raison pour sombrer, tête échevelée la première, droit dans les abîmes de son propre esprit. Cette logique avait évidement poussé la ville entière vers les extrémités incandescentes de la décadence mais celle-ci avait pourtant relevé le défi quotidien de sublimer cette extase mortelle encore et encore. Sciant sciemment la souche de sa sublime assise jusqu’à qu’il ne reste plus rien que la communion beuglante des foules déchaînées.
Et pour l’exilée c’était comme d’être à l’intérieur du crâne de chacune des milliers de victimes d’un génocide millénaire au moment de leur exécution. Tout était rapide, flou, intense, juste réel et sans fioriture, immense et insignifiant à la fois, long et court, c’était la dernière pulsation d’un cœur jeune fauché dans sa course. Maintenant qu’elle avait posé son fardeau dans cette cité, qu’elle en faisait partie, elle voyait les choses sous ce nouvel angle. Les masses ne grouillaient plus comme des montagnes d’asticots gonflés de pus, mais comme une foule d’individualités acculées aux pires extrémités dès la naissance et qui luttaient désespérément pour survivre un jour de plus, pour échouer à finaliser leur œuvre unique et personnelle. Et exploser au climax de leur vie dans des gerbes de camaïeux sombres pour ainsi se répandre, presque empoisonner leurs compatriotes haineux avec le venin de cette même ferveur nihiliste. Pour les noyer dans ses remouds langoureux. Cette exacerbation de l’ultime instant agitait Omyre dans son intégralité et sans cette frénésie la cité entière se serait effondrée comme le château de cartes rognées et pourries qu’elle était au final.

Rien n’avait sa place dans ce chaos car tous luttaient pour la perte de leur prochain et la satisfaction égoïste de leurs désirs insatiables. Toutes ces actions inutiles et atroces retardaient un peu plus la chute de la noire cité, pareil à un marionnettiste aimant qui craindrait de relâcher le dernier fil de sa poupée meurtrière. Une Ariane langoureuse et folle de son bestial geôlier qui aurait rechigné à attirer son sauveur de peur qu'il l'extrait à jamais de son doux enfer insulaire. Ainsi la réalité qui s’étendait devant Oona n’était qu’une somme aléatoire de points formant vaguement une trame incompréhensible, une tenture démentielle jamais finie, toujours décousue, lacérée, piétinée et déjà capturée par le noir chat d’une folle aiguille. La guerrière en prit lentement conscience et elle s’en émerveilla en solitaire dans les dédales puants de la grande catin vérolée, ne rechignant jamais à aller fouiner dans les plus obscurs recoins en quête de ce qu’elle n’aurait jamais dû voir.

Un froid inhabituel vint souffler sa bise, chaque jour davantage, sur cette toile toujours fraîche et fit trembler le petit oiseau blanc sur son perchoir. L’hiver naissant amplifiait encore les scènes chaotiques en figeant chaque émotion, chaque sentiment dans son étreinte de glace pour ensuite les renvoyer violemment droit à l’intérieur des esprits des badauds. Ces derniers se relevaient alors, hagards, dangereusement perdus et soudain conscients de l’inanité de leur existence. Dans l’heure, ils mourraient souvent d’avoir contemplé l’envers cruel du décor.
Comme il lui était arrivé des dizaines de fois, se fut un battement d’aile belliqueux qui fit se redresser le petit ange, mais la bête qu’elle vit en se retournant la fit frémir bien plus que les bourrasques acérées. L’affidé de Thimoros était un monstre de plus de trois fois sa taille, un macabre seigneur des cieux qui toisait chaque être vivant de ses trois yeux sinistres et hautains. Le vent qui souffla de plus bel ourla le plumage à la base de son cou offrant à ce roi des charniers une crinière légitime. Pris d’une soudaine excitation, ce dernier battit des ailes et croassa comme un dément avant de s’évanouir dans une envoutante tornade de plumes noires. L’instant d’après l’Aldryde vit une forme humaine émerger de cette noirceur et bientôt ce fut une jeune femme au teint diaphane qui se tint devant elle. Celle-ci était serrée dans une somptueuse robe de plumes jais et de perles du même éclat qui l’enveloppait comme un délicat suaire de nuit. Ses cheveux, montés en un chignon faussement négligé, tombaient délicatement pareil à la croupe de coq en parade. Une délicate résille striait enfin son visage de poupée nacrée soulignant au passage les immondes cicatrices qui barraient chacun de ses yeux du sourcil à la pommette, tranchant sans pitié à travers ses paupières pareil à un gigantesque iris maintenant à jamais ses vrais yeux ouverts. Elle s’inclina dans une révérence princière avant de parler d’une voix délicate empreinte d’un fort accent :

« - Serait-ce donc le petit oiseau de malheur qui a si fortement bousculé mes plans ? D’avoir tué ce fou de Gakmar fut comme d’ôter le marche pied devant mon carrosse, le sais-tu petite punaise ?

Ce nom douloureux rappela à la jeune femme que nombres de ses blessures n’étaient pas encore refermées et qu’elle venait peut-être de tomber dans un nouveau piège. Les paroles de cette humaine, bien que lourdes de menaces n’en n’avaient pas la sonorité, elle semblait s’exprimer normalement en détachant chacun des mots comme l’aurait aussi fait l’Aldryde. Toutes deux parlaient une langue étrangère et comptaient bien masquer derrière ce faux handicap leurs vraies intentions.

- Soit, je ne devrais pas être aussi peste, je ne me suis pas même présentée. Je suis Dame Ubilinsk, peut-être le vieux mage aura-t-il susurré mon nom dans ses divagations ?

Oona fit non de la tête, mais elle se rappelait bien avoir entendu ce titre de la bouche même du traître qu’elle avait dû sacrifier pour parvenir à ses fins. Un instant, l’exilée perdit pied face à l’étendue de la noirceur qui tachait chacun de ses souvenirs. Vraiment intriguée, son interlocutrice passa de longs moments à détailler ce drôle de volatille avant de reprendre.

- Peu importe. Elle claqua délicatement la langue, jouant la petite fille agacée avant de reprendre. Je tenais juste à mettre un visage sur cette folle rumeur et rencontrer celle qui, soit-disant, m’avait devancée dans mon entreprise et qui a remis le fameux artefact entre les mains de feu mon détestable collaborateur. Il semble bien que ce présent lui fut au final fatal, comme il aurait pu l’être pour moi d’ailleurs. Les nécromants ne sont pas très partageurs. Quoi qu’il en soit ce fut un plaisir de soliloquer en ta présence, je ne pouvais croire qu’une si misérable créature ait précipité la chute du meilleur d’entre nous mais maintenant je serai plus attentive aux bruits d’alcôve.

Oona coupa court à une nouvelle et assurément ultime révérence alors que les pièces du puzzle tournaient furieusement dans son esprit pour former une image. Elle hasarda :

- Je vous ai sauvé de vous-même en quelque sorte ?

Son interlocutrice la couva d’un regard de harpie regrettant soudain sa progéniture.

- A supposer que je fus aussi sotte et emportée que mon camarade, il est possible que votre intervention, à défaut de me rendre plus influente et de restaurer l’honneur et la puissance de notre guilde, est rallongée mon espérance de vie. Acte des plus sadiques, s’il en est, dans cette infâme cité, n’est-ce pas ?

- Si l’envie me prend un jour de rallonger mon agonie sur ces terres, je saurai à qui demander dans ce cas.

Cette fois-ci elle sourit franchement, ses scarifications se teintant d'un rouge profond, puis acquiesça.

- Si mes fidèles volatiles ne vous dévorent pas, peut-être entendront-ils certaines de vos complaintes.»

Comme devant un empereur, elle se courba et recula de trois pas avant de chuter dans le vide et quand Oona s’approcha pour regarder en contrebas, seules quelques plumes tourbillonnaient dans les effluves écœurants de la ruelle.

D’autres effluves piquants et suaves, des senteurs d’un autre monde la réveillèrent quelques jours plus tard et, émergeant de son tiroir, elle vit l’assassin assit sur le bord de la fenêtre, courbé sous le poids d’une pipe allumée. A chaque rougeoiement du foyer, les cristaux prisonniers perdaient de leur symétrie pour disparaître en des volutes lourdes et paresseuses qui s’enroulaient autour des moindres aspérités de son nez puis stagnaient longtemps sous son gigantesque chapeau. Semblable à un précipité alcoolisé, la fumée, elle, refusait de se dissoudre vers le haut, elle gardait sa matière ferme, capiteuse, presque physique pour mieux enivrer le gobelin. Les rougeurs provoquées par ses inspirations hiératiques lui dessinaient à chaque fois des masques terrifiants de démons des fournaises.
Ses gigantesques yeux de kobolds n’étaient plus que des fentes sombres, où nulle étincelle de vie de vibrait plus. L’âme qui habitait ce corps avait déserté vers une contrée onirique pour reprendre son souffle loin des cauchemars de la ville noire.
Lorsque la guerrière se posa devant l’assassin, il ne la vit tout simplement pas, tirant machinalement sur sa pipe, absorbé par une drogue dont les simples résidus faisaient froncer les sourcils de la jeune femme. Au bout d’un moment il se tourna et regarda à travers elle comme s’il ne pouvait discerner que le chemin qui avait amené cette curieuse créature ici, comme si elle n’était malheureusement qu’une ombre de plus dansant sur sa tombe. Le gobelin cilla et, se rendant compte de cette nouvelle présence, expira bruyamment comme pour la saluer, puis fouilla dans les poches de sa veste hors d’âge pour en sortir un petit trésor. Au creux de sa paluche calleuse d’avoir trop répandue la mort, il y avait quatre hexagones d’or, autant de carrés de fer, une perle et une curieuse tige rouge. Il fit glisser les deux derniers objets dans sa paume transformant le peu de lumière ambiante en légers reflets. Sa voix s’échappa comme un fantôme hors de sa crypte :

« - Mon changeur n’avait que peu d’or, comme d’habitude. Il m’a refilé ce beau morceau de corail royal et une perle de la Cote des Larmes en échange. Le corail est brut mais c’est une bonne affaire. En tout cas ça sera moins voyant.

Avant qu’il ne remette tout dans le petit sac de feuille, Oona eut le temps d’observer en détail son nouveau butin. Chacune des quatre pièces d’or étaient strictement identiques, leurs arêtes se découpant avec la même rigueur, un de leur coté était frappé des symboles d’Omyre alors que l’autre d’une unique rune qui, bien qu’inconnue à la jeune femme illettrée, imposait sa signification brute au premier coup d’œil. Mais ce qui la captiva fut avant tout ce corail aux multiples teintes de rouge. Il ressemblait à une giclée de sang, une traînée d’humeur vitale qui aurait coagulé en une succession de petites bulles pour finalement former cet amas à l’aspect velouté. Quant à la perle, la jeune femme reconnut en sa pureté sphérique et dans son noir presque laqué, la minuscule planète qui allait bientôt graviter autour du soleil d’ambre. La vibrante clarté de l’un ne se fatiguant jamais de s’abîmer dans les méandres obscurs de l’autre.
Le tueur dit enfin, avant d’éjecter les restes calcinés de sa pipe d’une tape rapide sur le rebord de la fenêtre :

- Je me suis fait avoir cette nuit. Je reste ici jusqu’à ce soir. A ce moment, j’aurai des choses à te montrer. »

Ce qu’il lui montra et ce dont il s’évertua de l’imprégner durant quelques semaines, c’était la véritable Omyre, celle des rues qui ne désemplissent jamais, celle de la sueur, de la chair, des foules pressées et compressées. Celle des haleines chargées, de l’alcool frelaté éclusé par tonneaux entiers, des cris de joie et des hurlements de terreur, des rixes soudaines et violentes où la mort s’invitait alors à chaque coin de rue. Bref, le Surin, ainsi que la rumeur avait surnommé cet assassin invisible et implacable, l’invita dans son monde. Il fréquentait particulièrement un quartier de la porte est, un bouge gluant où venait échouer toutes les races braillardes, lâches et exaspérantes de gobelin qu’Omyre avait pu engendrer en des millénaires de fornication consanguine. Personne ne savait véritablement qui il était, et à vrai dire personne ne voulait le savoir du moment qu’il payât bien et qu’il fut un joueur hors pair. Et de ses deux vertus, il était pourvu. En effet, le Surin n’était qu’un nom, une rumeur, presque une fierté pour ce peuple si veule, un titre qui circulait et atterrissait parfois dans l’oreille d’un commanditaire. A ce moment là une foule obscure d’intermédiaires transmettait des messages à droite à gauche jusqu’à ce que l’assassin fût au courant puis égorge violemment la moitié des intermédiaires pour empêcher l’autre moitié de tenter des recoupements hasardeux et ainsi découvrir sa véritable identité. Ainsi évoluait-il depuis des années, à couvert, derrière des dizaines de tentures, protégé par des nœuds de mensonges tendus à l’extrême par la force de la frayeur que son nom inspirait. Pour ses congénères, cet individu à l’énorme chapeau, parieur et buveur n’était qu’un second couteau, une petite frappe au service de ce fantôme sanguinaire.
Ce qu’il lui montra donc, c’est l’atmosphère lourde des centaines de troquets, tout au plus des tonneaux vides servant de tables en attendant que plus de tonneaux ne se vident, qui serpentaient dans les ruelles et à l’intérieur des bâtiments comme une cirrhose festive. Là, il était souvent le roi, ses réflexes de tueur et sa connaissance du milieu lui assurait la réussite à coup sûr. Dès que la silhouette de son chapeau se découpait au milieu des brumes toxiques, les plus fragiles arnaqueurs remballaient leur prétendu jeu de hasard pour aller escroquer ailleurs. Pour les plus imprudents ou les plus téméraires, la mise à mort était rapide et douloureuse.

Dès le premier soir, le Surin montra à l’Aldryde, qui avait cessé de prêter attention à tous les regards braqués sur elle, l’étendue de son talent. Devant eux, entre les dizaines de têtes pouilleuses et les épaules osseuses, se déroulait une partie de bonneteau tenu par un jeune gobelin à qui il manquait déjà l’annulaire de chaque main et qui maniait avec dextérité trois petites coupelles retournées sous lesquelles il faisait disparaître une bille de terre. Le but était bien évidemment de retrouver la petite sphère et d’empocher la mise. Au début, les premiers joueurs gagnaient de petites sommes, car ces parieurs étaient des complices qui faisaient grand bruit de leur gain pour appâter le chaland et qui disparaissaient subrepticement dès que le vent tournait. Bien plus que la dextérité du jeune gobelin, s’était avant tout sa capacité à exciter les joueurs, à leur donner envie de rejouer qui était déterminante. Plus il les plumait, plus il devait les faire revenir, titiller leur ego, les humilier, s’énerver même parfois pour les hameçonner sans pitié et leur faire cracher toute leur monnaie. Cela nécessitait une très bonne connaissance des comportements de ses congénères, un savoir quasi instinctif, animal, des limites à ne pas dépasser et celle qu’il fallait franchir pour y entraîner sa proie.
L’assassin observait un moment la scène, jaugeant la dextérité et la gouaille du tenancier, puis commençait à jouer son propre jeu. Il désorganisait véritablement les relations mises en place pour qu’elles se recentrent toutes au final vers lui et qu’il empoche la totalité des gains. Il aidait autant les autres joueurs en leur révélant la véritable localisation de la bille, qu’il les incitait, la seconde d’après, à mal jouer, à perdre et à revenir pour perdre encore plus. Tant et si bien, qu’il finissait presque par contrôler les faits et gestes des joueurs par de savants mélanges, de bluff, de menaces, de silences et d’erreurs exactement dosées. Car ce qui l’intéressait était de se remplir les poches dès le début de la soirée pour jouer à des jeux beaucoup plus intéressants, des jeux auxquels il n’était pas sûr de gagner.

Des soirs durant, Oona, observa ce manège avec fascination et cette fièvre mystique qui s’emparait de ces joueurs de bas-étages, s'insinua en elle. Son instinct s’affuta jusqu’à ce qu’elle finisse par ressentir lequel des pigeons allait s’emporter et parier avec rage, lequel nécessitait quelques caresses avant de se faire battre à plat de couture. Dans ces atmosphères surchauffées et grasses, de petites fortunes se faisaient et se défaisaient sous l’effet d’un habile tour de passe-passe, d’un coup de bluff magistral ou selon les caprices d’un lancer de dés. Ici plus qu’ailleurs battait le cœur éternel de la ville car peu importait l’issue de la soirée, enrichis ou appauvris, tous avaient accouru à cette grand’messe sardonique pour communier dans la débauche. Leurs esprits névrosés avaient dégringolé ensemble et même leur corps famélique s’étaient mêlés l’espace d’un instant pour engendrer la vie et la mort avec autant de violence. Pour survivre à Omyre il fallait s’oublier, se perdre chaque jour davantage pour finalement croiser la mort et l’inviter à valser aux sons des orgues déchaînés crachant le souffre infernal par chacune de leurs gueules de rouille.
L’Aldryde se sentait dangereusement proche de toute cette racaille et même s’il elle s’abstenait, préférant faire ses propres paris sur l’issue des différents jeux, la ritournelle diabolique l’entraînait loin dans les nuits infinies de la cité noire.
Le Surin disparaissait au bout de quelques temps dans des alcôves secrètes ou dans des sous-sols bien gardés pour s’adonner à des jeux bien plus dangereux, laissant l’exilée seule au milieu des soirées tumultueuses. Pour beaucoup de gobelins, notamment ceux qui l’avaient affronté aux cartes ou à l’épée, elle était tout aussi bien un oiseau de mauvaise augure, une calamité volante, qu’un porte-bonheur qu’il fallait amadouer pour en récolter la bonne fortune. Quoi qu’il en soit les parieurs la laissèrent tranquille et elle n’avait qu’à éviter les vents de saoule les plus féroces pour ne pas avoir à dégainer. Voguant de bar en bar, parfois elle-même éméchée, la jeune femme découvrait tous les soirs de nouveaux jeux ne cessant d’approfondir sa connaissance du sadisme de cette race d’esclave. Tout un panel de tortures savamment maîtrisées était à la disposition des plus pervers et c’était presque sous l’impulsion d’une mauvaise habitude, sans véritable envie et sans la moindre trace de compassion, qu’ils étanchaient leur soif de douleur en s’appliquant à dominer les esprits les plus faibles.

L’un de leurs jeux favoris, il ne se passait pas une soirée sans qu’une dizaine de jeunots y passent, était un supplice très simple et qui reflétait bien le raffinement sadique de leurs mœurs. Leur souffre-douleur était attaché à une chaise et mis face à une arbalète chargée, la gâchette de cette dernière étant reliée à trois cordelettes. Deux autres gobelins, appelés respectivement le gardien et la puce entraient alors en scène dans une atmosphère soudain silencieuse et tendue, tout le bar ayant les yeux rivés sur cette joute psychologique. Le gardien se tenait assis derrière l’arbalète, juste devant les trois cordelettes et affichait un immobilisme de statue, son visage se parant d’un masque solennelle. Au même moment, la puce commençait à tourner autour du malheureux prisonnier avec une lame ou bien, pour les plus habiles, avec pour seule arme une langue affutée apte à triturer sans ménagement les cervelles pour en extraire la volatile quintessence de la peur, un parfum exquis que son flaire ne manquait jamais de dénicher. Celui-ci faisait monter dans le captif la peur de cette mort imminente, les souffrances qu’il allait endurer s’il ne l’écoutait pas. En effet, il lui disait qu’il était le seul à pouvoir le faire choisir la bonne cordelette, celle qui n’était pas réellement reliée à l’arme. En face, le gardien, serein, fixait le prisonnier, ne faisant de gestes que pour lui indiquer, à la dérobée, une autre option, un autre choix à priori salvateur. En réalité, les trois cordelettes n’étaient que les torons d’une même corde et tirer sur l’une revenait à tirer sur les trois en même temps car les gagnants étaient les deux tortionnaires et plus particulièrement celui qui arrivait à contrer le jeu de l’autre.

A chaque minute la tension montait sous les assauts infinis de la puce, sous la pression de centaines d’yeux avides braqués sur le prisonnier suant et haletant ne sachant plus à qui se fier. Il regardait à droite, à gauche, les pupilles dilatées par la peur et soudain son bourreau réapparaissait devant lui avec sa dague qu’il agitait devant ses yeux comme une vipère d’argent. Il n’entendait même plus ce qu’il disait, la panique obstruait ses oreilles et encombrait son esprit, il voulait juste quitter cet endroit, cette ville dans laquelle il avait été si heureux de rentrer ce matin. Il suppliait, il bavait, il pleurait qu’on le laissât sans aller ! Et son bourreau lui indiquait alors une sortie, la numéro deux, celle du milieu, c’était logique selon lui ! Il devait l’écouter ! Mais au moment où il ouvrait la bouche l’autre gobelin qui n’avait pas bougé d’un pouce montrait discrètement ses trois doigts dressés. Que devait-il faire ? Il ne savait plus !

Un bon spectacle durait une demi-heure alors qu’un très bon spectacle, celui qui ravirait l’assistance et dont on parlerait pendant des semaines avant qu’il ne soit éclipsé par une nouvelle débauche de perversité, pouvait durer plus d’une heure, au bout de laquelle le souffre-douleur finissait dans un état de stress tel qu’un simple cri aurait fait exploser son cœur. Mais la délivrance arrivait à chaque fois et c’est dans une clameur animale, un hurlement de meute infernale, que le carreau fendait l’air en sifflant pour se figer dans la poitrine de l’imprudent et enfin le libérer. Puis les discussions emplissaient de nouveau l’atmosphère comme des orages incandescents souvent zébrés d’éclairs de colère et tonnant la haine à tout va. La puce et le gardien partageaient alors un verre ou bien se l’écrasaient au coin de la gueule histoire de bien ponctuer la dernière réplique de leur spectacle d’un coup bas revanchard. Cette sinistre engeance démoniaque reprenait ses paris, ses jeux, ses combats de rats, de chiens, de serpents même, dans le seul but de pouvoir dominer tout ce qui était à leur portée.

Dès son réveil, Oona constatait souvent la disparition de son logeur et ne pouvant supporter l’inquiétante et muette présence des trois sorcières, elle quittait les lieux pour errer ça et là, pour espionner sans envie, pour noyer sa mélancolie dans les marées crasseuses.
Parfois au cours d’une journée outrageusement pluvieuse, lorsque des torrents d’immondices envahissaient les rues pour aller se précipiter dans les égouts et les caves surpeuplées, le kobold enseignait à la jeune femme toutes les ficelles du bonneteau en reproduisant de véritables parties et en endossant à merveille des rôles différents. Cela avait été sa première et unique école, celle de la rue et du hasard, du racket et de la violence, celle des fortunes éphémères. Ce qu’il lui apprenait, c’était bien plus que l’art et la manière de bluffer, c’était avant tout une technique pour deviner les gestes de son adversaire, une science qui permettait de ressentir les mouvements de son ennemi avant qu’il ne dégaine et frappe. Le tueur lui enseignait l’art du combat et cela non pas par la force de son minuscule corps, mais avec la rapidité d’un esprit qui se devait d’anticiper pour survivre. Tous deux étaient de petite taille, lui-même étant légèrement plus court qu’un gobelin, et pour survivre ils se devaient d’élaborer des stratégies les plus éloignées possibles d’un combat loyal. Ils devaient découvrir les points faibles de l’adversaire et s’y engouffrer sans pitié pour terrasser ce monde de géants brutaux qui les entourait et menaçait à tout instant de les écraser sans aucun égard.
Durant ces courts moments de répit, le Surin fumait son étrange pipe et se laissait aller à une forme de conversation décousue. Le Songe qu’il fumait ces jours là, le propulsait dans des souvenirs qu’il narrait alors avec d’infinis détails. Sans jamais vraiment expliquer la vraie nature de cette décoction, il lui arrivait de justifier son addiction par le fait qu’elle lui permettait surtout de résister au Chant des Harpies. Ce même cri qui avait labouré les esprits lors de la Nuit des Supplices pour y semer les graines d’un chaos pur, il devait l’affronter chaque jour un peu plus car, mêlé à la rumeur constante des chœurs de ses innombrables victimes, il faisait écho aux premières litanies de carnage. Ceux qui comme lui avaient arpenté des sentiers où l’obscurité devenait physique, où même le souvenir de la lumière avait disparu se voyaient accordés par les plus sombres autorités une place d’honneur dans la loge de ce monstrueux théâtre où défilaient les cantatrices les plus envoutantes.
Après ces quelques paroles, suivaient de longs silences méditatifs rompus parfois par la voix fluette de l’Aldryde, par le récit de ses mésaventures. Aucuns des deux ne faisaient de commentaire, les mots succédaient au silence sans ordre précis.

En revanche, Oona eut tout le loisir d’éprouver l’analogie du jeu et du combat enseignée par le tueur lorsque son petit manège de début de soirée ne plaisait pas aux escrocs de passage. Ces derniers entendaient bien récupérer leur profit coûte que coûte et à trois contre un, jamais moins, en attaquant de dos, les petites frappes entouraient l’assassin et la guerrière de leur gueule cassées, édentées, vérolées, mutilées où se peignaient des sourires de brutes sadiques. Oona et son compagnon fendaient alors la foule pour diviser leur assaillant et là où la guerrière profitait du moindre recoin dans les charpentes douteuses pour se cacher, fondre et frapper les parties sensibles, l’assassin, lui, disparaissait dans la foule bientôt suivi de ses assaillants. La guerrière se sentait nettement plus à son aise dans ce genre de situation depuis qu’elle connaissait un peu mieux ses adversaires et les complexes mécanismes de leur esprit ravagé. Elle n’hésitait pas à changer les distances, à rompre sa garde pour attirer son ennemi, à feinter un coup de taille pour ensuite prendre l’avantage à contre-pied. Un coup d’écharde méchamment donné dans un œil ou dans la gencive et déjà la balance penchait de son coté, il ne lui restait plus qu’à se faire plus imposante, en refusant le respect à son adversaire par des attaques périlleuses qui atteignait directement son moral. Quant au Surin, les choses se déroulaient sans que personne ne se rende compte de rien car une fois que lui et ses poursuivants avaient pénétré la foule dense, il était le seul à en ressortir. Déjà les corps des voyous dépouillés de leur bien par les autres clients étaient prestement jeter à la rue pour nourrir les nuées voraces. L’Aldryde ne tuait pas ses ennemis car il lui était difficile de délivrer le coup final, en revanche le nombre de gobelins étant devenus borgnes ou aveugles, ou bien ayant perdus tout ou une partie de leurs oreilles ou de leur nez s’accrut considérablement dans le quartier. Nul doute que ce désavantage les précipiterait droit au pied de l’échelle sociale de la sinistre capitale avec de la fange grouillante jusqu’au ventre et le dos mis en charpie par les fouets assoiffés de leur nouveau maître.

Un soir pourtant, le kobold s’abstint de plumer ou de corriger les indélicats, il semblait soucieux aux yeux de la jeune femme. En effet, dès la première rixe, il empoigna un des gobelins maltraité par l’Aldryde et ordonna qu’ils rentrent sur le champ. Sans qu’Oona na sache pourquoi, il semblait vouloir ramener cette petite racaille dans leur cachette mais dès qu’ils furent arrivés et qu’il l’eut pendu par les mains, il s’expliqua en se saisissant d’une dague effilée :

« - Pour continuer à progresser il faut continuer à apprendre. Alors regarde bien ce que je vais te montrer.

Il se tenait à coté de son cousin de race et ponctuait ses paroles de la pointe de son arme sur le corps tremblant. Bien vite le prisonnier comprit qu’il ne ressortirait pas d’ici vivant, ce qui ne l’empêcha pas de se plaindre.

- Tu connais certains points faibles comme les yeux, le nez, les oreilles, etc. Mais voici des endroits que tu te dois de connaître et que tu pourras expérimenter plus tard. Tout d’abord et pour stopper ces cris de pourceau, on peut frapper ici. De l’arrière entre les cotes basses et de manière perpendiculaire. Ce qu’il fit et soudain le volume des suppliques chuta pour ne plus être qu’un chuintement désagréable. De cette manière tu perces le poumon, qui se dilate et empêche une respiration normale. La victime meurt en une dizaine de minutes dans d’atroces souffrances.

Il fit pivoter le gobelin comme un morceau de viande sur une étale et continua son exposé sans éprouver la moindre gêne.

- Ici et ici, dit-il en pointant de chaque coté de l’abdomen, se trouvent les reins et au-dessus, là, le foie. Un coup bien porté dans les reins entraîne une mort plus douce, alors qu’une déchirure dans le foie est des plus traîtres car les humeurs se mélangent et empoisonnent le sang. Il frappa trois fois avec la célérité de son art, arrachant quelques plaintes quasi sourdes à son mannequin.

Il ôta son chapeau, passa sa main dans ses cheveux gris hirsutes, puis releva ses manches et continua sur le même ton professoral :

- Le coté gauche est celui de la vie, c’est là que se trouve le cœur mais aussi beaucoup de points sensibles. Il trancha d’un coup vif et apparemment peu douloureux à la base de l’aine gauche et sous l’aisselle du même coté, le sang coula immédiatement et abondamment. Tu vois ? Ensuite il y a, bien évidement, le cœur, mais il faut beaucoup de dextérité pour le trouver du premier coup, personnellement je préfère frapper à un endroit qui ne laisse aucune chance. Ici, fit-il en tournant à nouveau la loque sanguinolente, ici entre la troisième et la quatrième lombaire, un coup oblique et franc tue immédiatement, sans cri ni souffrance.

Il s’exécuta et les restes de tension maintenant le corps du prisonnier s’évanouirent bientôt, le sang lui-même cessa de couler. S’essuyant les mains, il confia à l’Aldryde qu’il lui avait fallut dépecer nombre de ses victimes avant de commencer à comprendre les mécanismes qui entrainaient la mort. Mais à mesure que l’odeur cuivrée se rependait dans la pièce, que la bave rougeâtre s’étirait depuis la lèvre crevassée de la victime jusqu’au sol poussiéreux, la guerrière éprouva un début de gêne. Elle avait déjà participé à des mises-à-mort beaucoup plus violentes mais jamais avec un tel dédain pour son adversaire, jamais avec autant de précision qui faisait passer cet acte barbare pour une chorégraphie sublime. La jeune femme comprit soudain qu’elle ne pourrait jamais exercer la même profession que ce sinistre individu, elle était une tueuse par nécessité et si par mégarde il advenait qu’elle hisse son combat au rang d’art alors cela serait le fruit du hasard et non du plaisir. Si elle dominait ses adversaires au combat ce n’était nullement pour les humilier comme les gobelins se plaisaient à le faire. Non, si elle combattait s’était pour se prouver à elle seule qu’elle vivait et les tombes qui paveraient à coup sûr son chemin seraient fleurie, entretenues, commémorées. L’exilée ne voulait pas que ses empreintes soient autant de charniers à ciel ouvert, confis de membres nécrosés, dressés et suppliants vers un ciel éternellement gris. Du moins c’est ce qu’elle se promit devant la dépouille pitoyable de cette petite raclure.
Sentant son malaise, le kobold décrocha la victime et la balança sans ménagement dans l’escalier où elle roula comme de la viande saoule. Lorsqu’il passa devant elle, Oona sentit un mélange de dédain et de menaces dans ses immenses yeux argent, mais il se dirigea vers la table sur laquelle les vieilles momies lui apportèrent son souper. Le repas englouti, il alla vers la fenêtre comme à son habitude et dit :

« - Je veux que tu fasses deux choses pour moi. Après tout … il se ravisa un instant et reprit. Tu devras voler une bague et ouvrir une fenêtre. »

Puis il partit dans une longue explication sur les évènements qui allaient se dérouler le lendemain, l’une de ses journées qui allaient rester gravées à jamais dans la mémoire de l’exilée sans qu’elle ne puisse non plus jamais en saisir pleinement le sens complet, un rêve éveillé et brutal, un songe d’Omyre.

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 Sujet du message: Re: Les Rues et les Ruelles
MessagePosté: Lun 7 Sep 2009 23:23 
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L’astre blafard avait déjà effectué une bonne partie de sa chevauchée nocturne quand Oona arriva à l’endroit prévu. Une rue pavée, animée, bruyante et visiblement riche où les ombres des multiples tours griffaient les toits en répandant un parfum de clair-obscur angoissant. La guerrière se remémora encore une fois les conseils du Surin. Ce qui allait se passer n’était qu’un jeu, un simple jeu où elle était la première à miser et si elle évaluait correctement les autres joueurs, la partie se déroulerait sans encombre. Elle savait qu’il l’avait maintenu elle aussi dans le mensonge et qu’elle se devait d’ignorer les grandes lignes du plan et d’une certaine manière la jeune femme se sentait bien. Même si elle jouait gros, elle était sereine, elle était au diapason de la noire cité, dans une expectative potentiellement fatale qui allait la porter droit au cœur du sublime.
Et le rideau s’ouvrit soudain, déchirant la monotonie de la rue pour laisser paraître la troupe d’acteurs déguisés pour l’occasion en un contingent de milice privée aux ordres d’une obscure guilde. Arrivant au pas de charge, les gardes agirent sans hésitation, le retentissement de leurs bottes ferrées sur le pavé ayant déjà fait déguerpir les badauds comme un essaim de parasites, ils fracassèrent l’entrée du bâtiment pour se jeter avec toute la violence de leur race sur les derniers clients. Les lames étaient déjà passées à travers de nombreuses chairs et les massues avaient éclaté de nombreux crânes avant que la riposte ne s’organise et le troquet se transforma bien vite en champ de bataille. Tables et chaises volaient en tout sens alors que les belligérants luttaient pour ne pas glisser sur le sol ciré d’entrailles et de houblon, seuls restaient à l’extérieur trois individus étrangement calmes devant ce massacre. Le nombre de participants de l’autre camp baissait dangereusement lorsqu’une forme se découpa sur les toits et que l’un trois individus donne un ordre, bientôt suivi de tir d’arbalètes qui ratèrent leur cible de peu. Les pointes des carreaux fumaient d’une haine vivante et, revanchardes, elles explosèrent finalement en une myriade d’échardes qui fit chanceler le fuyard. Soudain le toit sous les pieds de ce dernier se mit à trembler, à se mouvoir et à se replier sur lui-même comme si l’on soulevait une feuille par ses quatre coins. Les tuiles volaient en tout sens et encerclèrent petit à petit l’individu dans une véritable bulle rougeâtre. Il avait beau donner des coups en tout sens, faire jaillir la foudre et le feu de ses paumes, les pierres innombrables glissaient les unes sur les autres, jusqu’à former une véritable armure, un œuf d’où seule la mort pourrait s’extraire. Lorsque la sphère désormais complète chuta sur les pavés, la bataille avait pris fin et un début de calme s’installa dans une communion morbide. Chaque tuile compressée saignait abondamment de même que chaque pierre de la taverne semblait suer le précieux liquide. L’individu qui avait donné les ordres, clairement identifiable désormais comme le seul humain du groupe, s’approcha du charnier avec une retenue toute aristocratique.
C’est le moment qu’Oona choisit pour entrer en scène.

Elle apparut devant lui comme elle le faisait devant son ancien tortionnaire et le fait qu’il la toise aussi supérieurement avant même qu’elle n’ait eut le temps de parler en dit long sur sa nature. Avec un retard, sans doute causé par son incrédulité, l’un des gardes fit barrage de sa main gantée de fer entre la curieuse créature et son maitre. Utilisant ses plus atroces souvenirs, l’Aldryde s’adressa à ce dernier d’une voix cassée par l’effort et la peur, le suppliant de bien vouloir l’aider maintenant qu’elle avait vendu son abominable maître à la cause ennemie. Nullement dupe, l’homme à la peau sombre et au port altier l’envoya paître d’un revers de main mais Oona insista d’autant plus, se rapprochant au plus près jusqu’à ce que le poing du garde ne la couche violemment au sol. Ainsi son discours aurait plus de force, elle commença à tout lui conter. A lui raconter qu’elle était l’auteur de la lettre l’ayant prévenu pour ce soir et à lui décrire, suppliante, les souffrances qu’elle avait endurées. En réalité, elle n’eut pas à mentir car ce qu’elle narra fut avant tout la somme des exactions que Gakmar lui avait fait subir, elle n’eut qu’à changer les noms, à montrer ses marques et ses entraves qu’elle portait toujours aux chevilles. Et ce fut, semble-t-il, ce dernier argument qui le décida.
Ses yeux se détachaient avec violence de son visage, le noir de sa peau et celui de son iris contrastait fortement avec le blanc de son œil et lorsqu’il la scruta plus attentivement, l’exilée sentit cette même présence perverse l’envahir et scruter le moindre de ses recoins à la recherche d’un mensonge. De sa voix grave il confirma que ces Chaines de Soumission étaient certainement l’œuvre de son ennemi, puis avec ironie il ajouta qu’il ne pourrait jamais les ôter vu qu’il venait justement de réduire son adversaire à l’état de pulpe sanguinolente. Puis il continua et Oona entrevit alors sa victoire en même temps que la menace grandissante dans le ton de sa voix. Les traîtres de son espèce, quelle qu’elle fut, étaient des plus dangereux ainsi préférait-il garder ses ennemis les plus féroces à proximité.
Il allait ordonner le repli quand l’un de ses lieutenants traîna deux cadavres, brutalement dépecés, à ses pieds, lui signalant avec un respect non feint qu’il avait trouvé quelque chose. En effet, au cou de l’un d’eux se trouvait une clef qui, contre toute attente, se trouvait être l’une de celle menant aux étages supérieurs de sa tour. Puis il ôta le casque du second cadavre et tous purent reconnaître l’un des serviteurs, bâtards d’humains, employé pour le service de leur maître. Ce dernier serra les mâchoires, en proie à une colère aussi soudaine que violente, hurla ses ordres et accorda un dernier regard enflammé aux deux cadavres. A ce moment, nul doute qu’il aurait pu embraser leur dépouille tant la rage bouillonnait en lui et menaçait de se déverser, ardente et féroce, sur tout ce qu’il touchât.

Un carrosse lourdement renforcé était garé dans une rue adjacente et le mage suivi de ses lieutenants montèrent à l’intérieur alors que les autres gardes l’escortèrent au pas de course. Oona s’accrocha au monstre de métal et de bois pour espionner la conversation mais les ordres furent aboyés si fort qu’elle aurait presque pu s’en passer. La distance parcourue fut des plus courtes, la calèche offrant certainement une protection nécessaire pour ses occupants. Le convoi se stoppa devant l’entrée imposante d’un somptueux manoir d’où s’élevait une véritable flèche d’acier terrifiante. Désormais, il restait à Oona deux choses à faire, elle avait remporté la première manche sans autre problème qu’une grosse contusion et il fallait juste qu’elle tienne son rôle jusqu’au moment propice.

Les deux grilles flanquées de garde-chiourmes passées, l’imposant portail de métal orné de multiples scènes mythologiques et violentes franchi et la cour gardée traversée, la troupe entra dans un hall somptueux garni des plus riches tentures et de sublimes statues, enfants pétrifiés de génies opprimés. L’Aldryde n’eut pas à singer l’émerveillement ou l’humilité face à tant de beautés car l’atmosphère du lieu l’envahit immédiatement, elle y trouva une sérénité semblable à celle des recoins les moins cauchemardesques des Bois Sombres. Ici, une beauté particulière régnait, atroce, violente et pourtant calme et rassurante, un petit enfer contrôlé au milieu du chaos général, une écume acide sur la crête d’un raz-de-marée dévastateur. Malheureusement, l’exilée n’eut pas le temps de s’émerveiller plus longtemps car déjà on s’agitait en tout sens suivant les ordres du maître de maison, qui, anxieux à l’idée qu’il puisse héberger des traitres en son sein, avait ordonné que l’on éloigne le reste de ses gardes en prétextant une mission inutile et que l’on exécute tout le personnel de maison. Le peu de confiance qu’il lui restait, il l’accordait à sa petite escorte, qui après s’être occupée des serviteurs, devait à tout prix protéger son joyau, ce pour quoi il allait entreprendre un énième déménagement, sa fille.
Cette dernière apparue courroucée en haut du grand escalier forgé, dégoulinant de tapis, haranguant son père sur ses manières de brute. Oona ne savait pas véritablement estimer l’âge de ces individus qui pour la plupart, lui paraissaient vulgairement taillés de traits grossiers, bouffis et difformes, mais cette jeune personne avait quelque chose de différent, une certaine finesse du visage, un grain de peau étrangement lisse, presque laqué. Ce n’était plus une adolescente à coup sûr et sa fine silhouette évoquait plus une femme qu’une jeune fille. Son père répondit dans une langue inconnue et immédiatement son interlocutrice changea de ton, remonta sa robe et courut dans les étages supérieurs en ordonnant à un des gardes de justifier son salaire en l’aidant à rassembler ses affaires. La guerrière, comme à son habitude, due rappeler sa présence à son entourage car déjà tous l’avait oublié, trop absorbé par le rythme frénétique des événements pour prêter attention à un volatile de son genre. Immobile, même en pleine lumière, personne ne la voyait, mais dès qu’elle se mettait à virevolter on ne manquait pas de l’interpeler et c’est donc en faisant semblant de vouloir caresser une des fines tapisseries brodées de runes tranchantes qu’elle attira l’attention. L’un des lieutenants, essuyant son arme tachée de sang et sachant pertinemment que son maître ne prêterait pas la moindre attention à une chose aussi misérable, prit l’initiative de donner des ordres à l’Aldryde. Immédiatement elle vola vers les étages supérieurs pour aider aux préparatifs du départ.

Chaque salle rivalisait de merveille et Oona aurait adoré passer plus de temps à les observer plus attentivement mais elle avait une mission à accomplir et le temps pressait. Le remue ménage dans l’une des pièces l’avertit de la présence certaine de la jeune femme et le petit ange manqua de se faire renverser par le garde qui sortait précipitamment, un lourd coffre sur les bras. Bien que rares, les ornements de cette chambre dénotait un goût particulier, légèrement différent de ceux des autres salles, voire même discordant totalement avec tout ce que l’exilée avait pu voir à Omyre. La châtelaine à la peau sombre ne releva pas non plus sa présence alors que celle-ci entassait des bijoux dans un petit coffre, puis se tournant, elle le tendit à l’Aldryde comme s’il s’agissait d’une simple servante employée depuis des années. Interdite, cette dernière ne sut quoi faire et fut bientôt chassée par la maîtresse des lieux qui verrouilla la porte derrière elle et fixa avec grâce sa cape finement tressée sur ses épaules, ajusta sa coiffure, sa capuche, puis descendit les escaliers à la suite d’Oona.
En bas, dans la cour, le carrosse blindé venait d’effectuer son demi-tour et l’on y accrochait déjà le coffre de la demoiselle, son père lui glissa quelques mots à mi-voix avant que l’un des lieutenants et six des gardes n’escortent le convoi. La guerrière voleta pour se poser sur le coffre et y déposer son lourd fardeau. Au premier virage, à l’endroit convenu, elle laissa tomber la bague, chipée pendant que la châtelaine se refaisait une beauté, entre les grilles d’une bouche d’égout où un individu aux grands yeux clairs la rattrapa au vol.
L'Aldryde put alors respirer quelques instants avant de se replonger dans son rôle. Son coeur battait à tout rompre car elle savait qu'elle venait de porter le premier coup, le plus mportant de tous.

(A la route ...)

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 Sujet du message: Re: Les Rues et les Ruelles
MessagePosté: Lun 7 Sep 2009 23:25 
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(De la route ...)

« - M’aurais-tu hébergé si tu avais su que je n’étais pas une espionne ?

Fut la première phrase que lâcha l’Aldryde depuis des heures car le silence les avait accompagné sur tout le chemin du retour, puis encore quelque temps jusqu’à un troquet plus discret que les autres. L’assassin brisa à son tour le silence :

- Le jour où je t’ai surpris à m’espionner elle m’avait fait parvenir une lettre menaçant de tout arrêter sur le champ si je ne lui apportais pas des preuves de ma progression. Depuis un an …

Une violente bousculade troubla l’atmosphère du dépôt de boisson et l’un des protagonistes chuta du deuxième étage. Il reprit.

- Elle m’a contacté, il y a un an, en personne. Directement je veux dire. Ce qui n’arrive jamais, pour un contrat énorme. Je devais assassiner un puissant mage qui venait de se réfugier à Omyre ainsi que sa fille et récupérer divers objets personnels. Même si je suis assez doué, Oona acquiesça doucement, foncé dans le tas ne m’aurait pas servi à grand-chose, c’était un puissant sorcier et son garde du corps, l’une des pires saletés que nous aient laissé les elfes avant de déguerpir d’ici. Bref le seul moyen de remplir mon contrat était de le forcer à me dévoiler ses points faibles.
Pour chasser une bête plus grosse que soit, le mieux est qu’elle se jette elle-même dans le piège.

Il vida sa coupe, fit une petite grimace sous l’effet de l’alcool méphitique et continua. L’Aldryde buvait littéralement toutes ses paroles :

- J’ai commencé par le faire sortir de ses gonds en éliminant ses proches et en signant mes méfaits à la manière de ses ennemis. Puis à le pousser de plus en plus loin dans ses retranchements jusqu’à ce qu’il ouvre une brèche. Comme je l’avais espéré, il m’a engagé pour le tuer, c’était, à vrai dire, le moyen qu’il avait pour savoir qui lui en voulait tant et pour prendre l’avantage sur le Surin.

La jeune femme trouvait toujours cela très curieux quand le gobelin se perdait entre lui et son personnage. Pour elle, il était un pilier cruel et pourtant indispensable de l’hydre schizophrène nommée Omyre.

- Et il faut dire qu’il avait vraiment bien monté son plan. J’ai bien cru l’avoir, je ne sais pas comment il s’est débrouillé pour créer un double de lui si parfait et si combatif, mais sur le coup je pensais avoir rempli la plus grosse partie de mon contrat. Hélas, enfin plutôt, heureusement, ce ne fut pas le cas, je venais juste de constater à quel point mon contrat allait être dur à mener à son terme. Ce fut sa fille qui le trahit de manière très sotte. Elle que je n’avais vu et dont je devais aussi me débarrasser me mena presque à lui, dans ce tombeau en bordure du fleuve. C’est ce qu’on appel, une Crypte d’Ascension, vois-tu.

Il se mit à parler avec ses mains, comme souvent lorsque cela n’avait pas directement à voir avec le meurtre.

- Les plus puissants prêtres de Thimoros l’utilisaient avant qu’Oaxaca ne renforcent son pouvoir pour que leur âme soit immédiatement catapultée devant le trône de crânes de leur maître et pour se faire, ils plaçaient leur sarcophage bien droit au milieu d’une pièce bourrée d’esclaves qui mourraient tous ensemble. Cette hécatombe rituelle devant servir à leur maître pour son voyage à travers les limbes. Enfin bref, il est utile pour quelqu'un de ma profession d'avoir quelques connaissances sur les autres serviteus du Dieu de la Mort. Quoi qu’il en soit, cette salle ne marchait plus et il fallait la réamorcer. J’ai donc pris contact avec la commanditrice pour qu’elle se charge de ce détail et pour lui fixer la date finale. Ne restait plus qu’à trouver quelqu’un d’insignifiant pour infiltrer la maison, en se faisant passer pour une pauvre petite traîtresse de bas-étage. Enfin tu connais la suite.

On vint apporter une nouvelle bouteille. Qu’il paya de suite.

- Pendant que tu faisais la dame de chambre cleptomane, je préparais ma venue. Je m’étais déjà occupé de saboter le navire et d’y glisser la fausse lettre car il était préférable d'angoisser la jeune proie et d’éloigner les lieutenants un peu trop suspicieux. Ensuite, et bien c’est le mage lui-même qui s’est conduit à sa propre perte et à celle de sa fille. Je n’avais qu’à presser le bouton au bon moment. Fin de partie, j’empoche la mise.

- Oui mais tu ne m’as pas répondu. M’aurais-tu hébergé si tu avais su que je n’étais pas une espionne ?

- Ce qui me trouble le plus dans cette histoire, c’est que je doive répondre par l’affirmative. Je me demande toujours d’ailleurs ce que tu es venue faire ici.

- Au moins j’ai été utile. Conclut-elle. »

Plus tard, légèrement éméchée, dans la tourelle miteuse, Oona lui demanda de lui montrer son paiement. Le kobold ouvrit alors la petite bourse et en sortit un cube d’argent et de cuir bleuâtre de toute beauté. Il l’ouvrit et la jeune femme crut mourir. Une lumière d’une blancheur extrême presque physique jaillit de la petite boite et rayonna comme un millier de soleils, si puissante que même en fermant les yeux, la lumière pénétrait en elle. Elle croyait se protéger de ses mains, mais la clarté hallucinante les traversait comme un fin rideau, laissant à peine entrevoir la trace de ses os. Le Surin avait complètement disparu, englouti, pulvérisé par la violence de la lumière brute, tout au plus discernait-elle quelques courbes, traits de fusain épars.
Soudain tout disparu, il n’y eut plus que l’obscurité, puis petit à petit les formes ressurgirent, les contours firent sens. Aucuns des deux n’avaient bougé et la boite était de nouveau dans son étui, il semblait pourtant à l’exilée qu’elle avait voyagé très loin, à des éons dans l’espace et dans le temps, au tout premier moment du monde, là où il n’y avait rien.
A son regard interrogateur, le tueur répondit seulement : « C’est ce qui me sauvera au final ».

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 Sujet du message: Re: Les Rues et les Ruelles
MessagePosté: Jeu 29 Avr 2010 15:04 
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Aller de Ici jusqu'Au Rat Putride.

Kur regardait la porte se refermer derrière lui, l'immensité de celle-ci était vraiment telle qu'il l'avait vu plus loin..
C'était surement la zone la plus immense du coin.. Kur tourna alors son regard vers l'intérieur de la cité et mit à marcher, suivant les "ordres" du gobelin véreux
( 'Me suis fait avoir..)
Le chemin de la porte semblait se rétrécir au fur et à mesure de sa progression, le long chemin d'environ 4 mètres du début s'était écourté jusqu'à un unique mètre que formait l'espace entre les.. Habitations? On pouvait clairement se poser la question si on regardait en l'air, on apercevait que ces maisons s'agrandissaient d'étages en étages pour ne laisser qu'un mine filet de soleil passer entre les toits..
Ce rayon de lumière arrivait directement au milieu de la rue où on voyait une sorte de canalisation où toutes les eaux usagées s'écoulaient, et où d'autres atrocités sans noms voguaient vers un avenir encore incertain.

Kur marchait à côté des maisons refusant catégoriquement de poser ne serait-ce qu'un ongle sur ce fleuve d'immondices que représentait le "canal du milieu de la rue".

Les gens qu'il croisait avaient tous des mines déconfites ou hargneuses, orcs ou gobelins, petit ou grand, brutasse ou faible il y en avait pour tout les goûts cependant tous avait un point commun.. Il regardait le Liykor d'un sale oeil, il semblerait que les Loups tels que lui étaient recherchés.. Quelqu'un qui tenait son esclave à la laisse regardait avec intérêt Kur, il quitta son regard quand celui-ci tourna la tête vers lui..

Même son capuchon ne semblait pas le préserver des regards qui s'insinuaient sur lui.
Soudain.. Un cri.. Perçant.. Kur regarda la ruelle d'où provenait ce son, Quelqu'un se faisait agresser, il sourit et s'en détourna.
Il continuait ainsi lentement dans la ruelle et ses tortueux virages, il devait jouer des épaules pour se frayer un chemin parmi tout ces gens qui parlaient, s'insultaient, se volaient, se frappaient, s'arrêtaient pour voir un objet de convoitise.
Enfin Kur arriva sur la rue où se tenait le Rat Putride, belle enseigne toute déconfite dans tout les sens du terme.
Jusqu'ici, Kur arriva à ne pas se faire tirer sa bourse mais vu le coin ce ne sera surement pas toujours le cas.

( Nous y voilà! )

Le Loup se présenta à la porte, il hésita un instant en voyant l'état de l'objet qui servait de poignée.. Il la baissa.. Pas de mouvements..
Au risque de défoncer la porte, il réitéra son action en poussant en même temps sur la planche de bois, la porte mitée finit par s'ouvrir révélant l'intérieur de la salle...
Il entra.

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 Sujet du message: Re: Les Rues et les Ruelles
MessagePosté: Mar 11 Mai 2010 10:48 
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Aller du Rat Putride aux Portes Noires.

Le Loup se retrouvait dehors encore une fois avec une tâche à accomplir pour ce gobelin véreux. Il prit la direction du Levant, il irait à pied peu importe le temps que ça prendrait, le gobelin n'avait pas parlé de délais à satisfaire..
Son instinct lui permit de se retrouver dans le long dédale de rues qu'offrait la ville d'Omyre, avec ses coupes-jarrets et ses coupes-gorges.. au choix. Ce qu'il craignait le plus en cet instinct était de justement tomber sur l'un d'eux ou encore sur la garde.. Les sorties de nuit ne sont parait-il pas autorisées.. Peu importait, le but c'était de sortir de cette fange le plus vite possible et regagner ce qui pourrait être un bout de forêt.

En marchant, il prit garde à détecter toutes sortes de mouvements, tout bruits suspects.
Son ventre gargouillait atrocement, il y avait des heures qu'il n'avait pas touché à une quelconque nourriture.. Pas de viandes.. Toujours aucune.. L'envie de se nourrir grandissait à chacun de ses pas.

Il avançait se tenant le ventre de sa main gauche pendant qu'il s'appuyait sur son bâton de l'autre, regardant chaque rues.. C'est alors qu'il tournait vers la gauche qu'une épée vint trouver son torse.
Son agresseur portait une capuche, à sa carrure c'était forcément un orc qu'il le tenait en joue, il était habillé de frasques, des vieilles fripes grisés par l'âge et usés par le temps. Seul son bras était à découvert, le même bras qui soutenait l'épée non travaillée, ça ressemblait plus d'ailleurs à un bout de fer pointu qu'à autre chose. Toujours est-il qu'il était menacé.

"La bourse ou la vie! A toi d'choisir mon grand."

"Ta vie."

Le Loup redevint un temps le Prédateur, il laissa ses instincts refoulés depuis lors revenir à la surface de son être et toisant du regard son nouvel adversaire, il fit un pas en arrière et projeta son bâton en avant droit sur le torse de l'Orc, la longueur du bâton lui permit de ne pas se faire toucher par la lame, celle-ci n'eut pas le temps de bouger tellement Kur reprenant son instinct nourricier et féroce, avait été rapide.
Le coup projeta en arrière l'Orc qui fut alors déséquilibré.

"Yaaaar!"

L'Orc poussa un cri dégénéré empli de rage. Kur en cet instant lâcha son bâton et profitant des muscles de ses jambes, il se jeta de toutes ses forces sur l'Orc, d'un brusque mouvement du bras il désarma le coupe-jarret, se faisant une entaille au bras gauche par la même occasion.
Maintenant sur l'Orc et pris d'une rage sanguinaire par sa blessure coulante, il se mit à frapper l'Orc de sa frénésie, dont la vie s'étouffait à chaque coup.
Dans un dernier élan de vie le voleur à la tire, envoya son poing vers Kur lui donnant comme héritage un bel ecchymose sur la joue.
Le dernier souffle du coupe-gorge était parti en même temps que son coup de poing.
Kur reprit son souffle, il se pencha vers l'Orc et se mit à le fouiller, pris de faim.. Il se jetterait sur la carcasse, il écouta alentours et se dit qu'il vaudrait peut-être mieux décamper, la nourriture ne ferait pas défaut au-dehors. Il reprit ses affaires et s'en alla d'un pas plus avancé vers la sortie, vers la Porte.

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 Sujet du message: Re: Les Rues et les Ruelles
MessagePosté: Mar 1 Juin 2010 16:59 
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De sombres horizons, mais horizons tout de même


York était là, debout, sans savoir quoi faire, avec ses compagnons de mésaventure. Le fourbe Gobelin n'avait pas menti, il y avait beaucoup d'espèces : se mélangeaient dans la boue de la ruelle humains, elfes, mélanges des deux et même des espèces que York n'avait jamais vu de sa vie. Avec Tazgu, York était le seul Gobelin présent à ce moment. Mais il n'espérait pas, à raison, que cette ressemblance lui apporterait un quelconque traitement de faveur. Comme l'avait si bien expliqué Tazgu, chacun ses affaires. Celle de York, à partir de maintenant, serait la survie. Peu importe le moyen, il faudrait survivre. Peu importe les conditions, la vie prendrait le dessus sur le reste.

Escorté par les Orques (avec qui Tazgu semblait associé depuis longtemps) et de Tazgu lui-même, ils marchaient lentement et non sans-difficultés à travers les allées sinueuses de la ville. Ils ne savaient pas où ils allaient. La peur semblait gravée dans le fond de leurs yeux. York trainait en dernière position. S'il devait y avoir la moindre occasion de filer, il lui faudrait la tenter. Mais cette occasion ne se présenta pas. Ca y est, ils arrivaient.

C'était une place, enfin, un semblant de place : un petit espace sans habitations, quelques tonneaux qui devaient probablement servir de sièges aux ivrognes sortant des tavernes et même un peu de propreté (entendez par "propreté" qu'il n'y avait pas de cadavres sur le sol). Ils s'arrêtèrent au milieu de cette place. C'était la fin de la journée, le Soleil allait probablement se coucher dans une heure tout au plus : les chances d'escapade de York augmenteraient donc avec le temps. A présent, York comptait les secondes, guettant une occasion. Le Gobelin prit la parole, avec ce petit sourire en coin qu'il avait depuis le début :

"Bon. Un esclave, ça appartient à quelqu'un. Pour que vous d'vniez de vrais esclaves, on va maintenant vous vendre. Si vous êtes croyants, priez. Sinon, devenez-le. Dès maintenant, vous n'êtes que des objets : votre seul objectif sera qu'on ne vous mette pas à la poubelle."

Il ricana longuement sur sa petite blague. Son rire était une espèce de reniflement, bruyant et bien rauque. York n'aimait pas cette expression sur son visage, il aurait voulu l'arracher. Un Gobelin qui rigole de bon coeur, quelle abomination.
Alors que le Gobelin faisait son petit discours, des silhouettes de dessinaient autour de la place. Le silence de la ville fut remplacé par des chuchotements, de plus en plus intenses. En quelques minutes, la place devint bondée de clients potentiels. Ils observaient les prisonniers.
Puis une main se leva dans la foule, un vieillard, probablement humain, avait fait son choix.

"Tazgu, je veux le grand costaud qui dépasse. Mais d'abord, je veux pouvoir le tester. Je peux ?"

"Bien sur mon ami, mais je te préviens, si tu le tue, tu le paies."

A peine ces paroles prononcées, le vieillard dégaina une épée et avança lentement jusqu'au centre de la place. Les prisonniers s'écartèrent tous, York le premier. L'humain en question, terrifié, semblait mourir sur place. Il bégaya rapidement quelques mots, mais le vieillard arrivait déjà jusqu'à lui. Il s'arrêta net, surpris du manque de réaction de l'humain, rangea son épée et dit à l'humain :

"Ecoute mon vieux, montre moi ce que tu sais faire, sinon tu meurs dans cette ruelle."

L'humain, semblant comprendre sa situation, réagit. Il se jeta sur le vieillard, sans aucune technique, certes, mais on sentait son envie de survivre. Le vieillard réagit avec vigueur d'un coup de genou dans le ventre. L'humain était plié en deux. Il tomba sur les genoux. Le vieillard rigola, et se retourna vers Tazgu.

"Hey, même un Elfe se bat mieux que lui !"

Mais pendant qu'il parlait, l'humain se releva d'un coup, jeta sa main sur le fourreau du vieillard, en dégaina l'épée, et, la pointant sur le vieillard, lui sourit.... Pas très longtemps malheureusement : un des gardes avait réagit vite, non sans-force puisqu'il venait de faucher l'humain à pleine vitesse, crâne en avant. L'Orque se releva aussitôt. L'humain, lui, restait au sol, et, ce coup-ci, on comprenait aisément pourquoi. Le vieillard reprit la parole, énervé :

"Bravo la brute, s'il est mort, je fais quoi moi ? Tu tues tes marchandises toi ? Bon, il semble quand même vivant, je le prends. A défaut de bien se battre, il a l'air d'avoir un peu de ruse. Je lui apprendrai le reste dans mon camp d'entrainement. Il sera prêt pour les combats du mois prochain, s'il survit à l'entrainement."

Tout en parlant, il était allé ramasser son épée, la nettoyer et la ranger. Il fit ensuite relever l'homme, apparemment toujours dans les pommes et, après avoir donné quelques pièces au Gobelin, il le mit dans une petite brouette restée sur le côté et partit avec son nouveau gladiateur, toujours dans les vapes.

(Pas très résistant pour un combattant....)

York était resté sur le côté, mais avec la foule, impossible de s'échapper. Le marché continua, et les achats étaient stéréotypés : les femmes étaient achetées par des proxénètes à l'air vicelard, les hommes costauds par des organisateurs de combats, les enfants par d'autres marchands d'esclaves....
Tout à coup, une main saisit le bras de York. Une main chaude et transpirante, celle d'un homme grassouillet. Il décida, sans que York ne sache trop pourquoi, de l'acheter. Dorénavant, York valait 1 Yu.
Sans un mot, il l'emmena ensuite, le trainant par le bras à travers les ruelles. Ils se déplaçaient vite. York était complètement perdu. L'homme marchait continuellement. Ils arrivèrent finalement devant une maison en ruines.

(Pourvu que je sois plus chanceux ce coup-ci que dans le choix de mon transporteur.... Aller, courage. Tu n'es pas mort)


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