(((
Un peu glauque, assez sanglant
))) Anastasie attrapa sa gourde délicatement, faisant son possible pour ne pas attirer l'attention de la goule à deux têtes par un quelconque bruit, en dévissa le goulot et but une nouvelle potion de mana, n'en laissant plus qu'une à l'intérieur du récipient magique. Le breuvage fit effet immédiatement, finissant de remplir ses réserves magiques, maintenant à leur potentiel maximal, et donnant l'impression à la jeune femme de juste sortir de son lit. Entre les potions et son sort de revigoration, elle était absolument en pleine forme, si l'on omettait les quelques contusions qu'elle avait au torse mais qui ne se révélaient pas handicapantes.
Et, ainsi refaite, elle leva son bras gauche devant elle en attendant que son adversaire ne passe à portée. Par chance, il commença par son côté, regardant d'abord à l'intérieur du premier caveau avec suspicion avant de s'avancer vers le second, dans lequel elle se tenait. Il dut entrer à l'intérieur pour bien la chercher, mais à peine avait-il fait deux pas qu'Anastasie mit son plan à exécution. Appelant ses fluides dans le creux de sa main, elle visa les deux visages et relâcha son sort d'aveuglement, qui de scinda en deux pour toucher les quatre yeux d'un seul mouvement, provoquant un terrible hurlement de la part de la goule, qui recula et chuta à la renverse dans les escaliers sous la douleur. Profitant de ce bref moment gagné, la jeune femme leva Perçombre autour de son épaule et, utilisant une nouvelle fois sa frappe exorcisante pour enchanter l'épée, frappa le genou droit de son adversaire pile à l'articulation. Le coup manquait cependant de puissance pour amputer la jambe puissante de son ennemi, mais elle n'avait pas le temps de s'attarder dessus : même ainsi handicapé, il ne ferait qu'une bouchée d'elle si elle lui laissait le temps de reprendre ses esprits.
Montant les marches quatre à quatre, elle courut jusqu'aux caveaux face à elle, empruntant le troisième et s'y cachant de la même manière que précédemment. Bientôt, la goule refit surface, boitant sous son genou à moitié découpé et la cherchant de nouveau du regard et Anastasie se remit en position. Elle aurait pu en profiter pour s'échapper, mais le nécrophage l'aurait entendue courir et se serait remit à sa poursuite ; elle se serait alors retrouvée prise en tenaille entre la meneuse et la meute, qui, bien plus lente, devait sans doute être en train d'arriver. C'est pourquoi la Comtesse devait s'assurer que la créature bicéphale serait beaucoup plus lente qu'elle avant d'aller à la rencontre des goules les plus faibles, qui, sûrement éparpillées après la montée jusqu'au balcon, qui ne pouvait se faire qu'une par une, représenteraient un affrontement à sa portée. Ou presque. Il devait rester seize d'entre elles, calculait-elle alors que son adversaire fouillait l'un des caveaux avec bien plus de prudence que précédemment. Si l'on retirait les quelques unes qui ne pourraient grimper sur le balcon, faute d'un nombre suffisant de goules pour former une échelle humaine, ou cadavérique, plutôt, cela laissait entre dix et treize nécrophages. Ce qui faisait toujours beaucoup trop. Certes ils ne seraient pas regroupés en une meute unie, mais elle mettait toujours un certain moment à tuer l'un d'entre eux, et ce temps de latence laisserait aux autres l'opportunité de se rapprocher, la laissant en position de faiblesse face à un nombre trop important d'ennemis. Mais elle ne devait pas y penser. Pas pour le moment. Elle avait beau être réfléchie et calculatrice, elle avait toujours réussi à s'en sortir par un certain esprit d'adaptation, et pour le moment c'était sur la goule à deux têtes qu'elle devait se concentrer. Car la créature, après avoir visité les deux caveaux précédents, se rapprochait, prête à la débusquer à l'intérieur de sa cachette. Et elle craignait que le monstre bicéphale, visiblement très intelligent, ne se laisse pas avoir une seconde fois par sa ruse.
Alors que la goule pénétrait dans le caveau, Anastasie lâcha une seconde fois son sort d'aveuglement, mais, comme elle l'avait redouté, son adversaire était préparé. Baissant la tête pour se mettre hors de portée des éclairs lumineux, la créature ne lui laissa aucune chance de réitérer l'attaque, plongeant sur elle d'un bond et l'agrippant de ses deux bras restants. La Comtesse sentit deux puissantes mains attraper son bras et son épaule et la jeter avec force contre le mur. Elle sentit une vive douleur le long de son dos alors qu'elle se réceptionnait sur la paroi de pierre avant de glisser au sol, laissant tomber Perçombre sous l'impact ; une seconde plus tard, la goule était de nouveau sur elle, prenant sa tête entre ses mains pour l'achever. Sonnée mais pas complètement abattue, Anastasie posa sa main sur l'intérieur du genou droit du nécrophage et envoya toute la puissance magique dont elle était capable dans sa paume, lançant le trait de lumière le plus dévastateur possible sur son articulation déjà abîmée. La jambe de la créature céda net sous la violence de l'attaque magique, la faisant chuter dans un cri de douleur et l'obligeant à lâcher la jeune femme pour se rattraper de ses bras. Profitant de l'occasion, la Comtesse récupéra sa rapière de sa main droite et la plongea dans sa direction d'une estocade faiblarde mais efficace ; la pointe de la rapière plongea dans la gueule grande ouverte de la chef de meute, perçant son palais et transformant son cri en gargouillis lugubre. Gravement blessée par le double-assaut de la jeune femme, la goule finit de tomber alors que la théurgiste retirait Perçombre de sa gueule.
Après cet assaut chanceux mais fructueux, décidant de profiter de l'occasion pour s'éloigner le plus possible de cette créature à la vitalité écœurante, Anastasie se redressa pour quitter le caveau. Malheureusement, derrière l'attendait une mauvaise surprise : plusieurs goules avaient fait leur apparition dans le riche tombeau, certainement guidées par les nombreux hurlements de leur meneuse. La jeune femme en comptait déjà cinq, qui, bien qu'éparpillées, représentaient un nombre trop important pour elle seule. D'autant que les créatures, habituées à opérer en groupe, se réunissaient, les premières arrivées ayant ralenties pour laisser les autres les rattraper en apercevant la Comtesse. Et, pour ne rien arranger, leur chef ne mit pas longtemps à sortir de sa cachette, marchant sur une jambe et ses deux bras pour s'approcher d'elle.
Elle gardait, fort heureusement, un avantage de taille sur tous ses opposants, et c'était la vitesse. Dans une salle si grande, aux multiples embranchements, elle pourrait peut-être réussir à les contourner, les attirant d'un côté pour repartir de l'autre. Et si la goule à deux têtes était assez maline pour tenter de couper sa retraite, elle ne pouvait donner d'ordres précis à ses consœurs, trop stupides pour comprendre comment coincer la jeune. Décidant donc d'appliquer son plan reposant sur son endurance, impressionnante grâce à son sort, et sur sa vivacité, Anastasie s'éloigna de ses poursuivants pour entamer l'ascension de l'un des escaliers de gauche. Vivante mais terriblement amoindrie par ses trois membres amputés, la meneuse fut bien vite distancée par les autres nécrophages, qui entreprirent à leur tour de monter les marches à sa poursuite. Si le monstre bicéphale s'élança avec toute la fougue dont il était capable pour lui barrer la route en se jetant sur l'escalier le plus proche, il fut cependant trop lent pour la théurgiste qui le dépassait déjà pour sortir complètement de l'autre côté de la salle, près de la sortie. Elle ne put malheureusement pas s'échapper immédiatement car entraient dans la pièces trois nouvelles goules, qu'elle ne se pensait pas apte à vaincre avant l'arrivée du reste de la meute mais qui lui bloquaient le chemin.
Perçombre en avant, elle esquiva la première attaque d'un pas chassé avant de plonger la rapière dans la gorge de sa première opposante, qui s'effondra sur le coup, toujours animée mais grandement affaiblie. Ainsi momentanément débarrassée de celle-ci, et voyant que derrière elle la meneuse se rapprochait dangereusement, elle tenta le tout pour le tout et passa en force, donnant un coup d'épaule à la plus proche, qui chancela assez longtemps pour la laisser passer, et une estocade vers la seconde, qui recula, lui laissant le champ libre.
Passant ainsi derrière tous ses adversaires, la jeune femme les laissa se regrouper de nouveau, ce qui donna l'opportunité à la meneuse de passer en tête, les autres ayant ralenti. Elles étaient maintenant neuf, en comptant celle à deux têtes, et d'autres faisaient petit à petit leur apparition dans la pièce, arrivant au compte goutte.
« Si seulement je pouvais relancer cette aura, » jura-t-elle entre ses dents en reculant, lame devant elle.
Car si les laisser se réunir était une bonne stratégie pour éviter d'être encerclée, cela rendrait leur extermination nettement plus difficile. Et elle en était à peu près convaincue à présent : il lui faudrait les annihiler pour s'en tirer vivante et avec le bouclier, probablement caché derrière leur repaire initial. Si elle avait été capable de réitérer l'aura qu'elle s'était découverte durant son combat contre Alban, puis qui avait renversé la tendance contre le nécromancien qui détenait Perçombre, elle aurait pu les éparpiller assez longtemps pour réduire leur nombre et ensuite réengager le combat avant qu'ils ne se regroupent, mais elle avait déjà utilisé cette technique pour survivre à la toute première attaque de la goule à deux têtes et se savait incapable de la réitérer avant plusieurs heures. Ce n'était pas faute de s'être entraînée pourtant. A son retour des Duchés, elle avait pris plusieurs après-midi pour tenter d'enchaîner cette aura plusieurs fois de suite, mais peu importe à quel point elle essayait, il lui fallait toujours plusieurs heures avant de pouvoir la réactiver. Comme si ça ne dépendait pas d'elle. Elle avait depuis considéré cela comme un don, une compétence innée soumise à la volonté de la Déesse et non à sa propre puissance. Mais...
Mais ça ne voulait pas dire qu'elle ne pouvait pas s'en inspirer. Après tout si le don était, selon elle, divin, il lui restait propre, ce n'était pas comme si elle recevait son aura directement de Gaïa, qui abaissait sur elle son bras pour la bénir sur le moment. Donc si elle en était capable de manière innée, peut-être pouvait-elle adapter la technique pour puiser directement dans ses ressources. Prise de cette nouvelle intuition, la jeune femme se concentra sur ses fluides... Mais elle s'arrêta bien rapidement ; sa magie n'avait rien à voir avec son aura, c'était une puissance qui semblait directement émaner de son corps. Se retournant, elle courut sur quelques mètres pour mettre de la distance entre la horde grandissante de goules et elle-même. Puis, leur refaisant face, elle se concentra sur son énergie vitale. C'était de cela dont elle avait besoin.
Se plongeant dans son for intérieur, dans cet état de transe qu'elle avait expérimenté il n'y avait pas si longtemps, Anastasie prit pleine conscience de son énergie vitale, de cette puissance si semblable et pourtant si différente de ses fluides. Elle avait fait des recherches sur elle : les experts l'appelait le ki. Maniant le ki, donc, contenu en elle, elle utilisa le même procédé que pour la magie et le répartit là où elle avait besoin de lui, lui donnant une forme et un objectif. Elle commença par la forme, première étape logique du processus. Visualisant l'énergie vitale, elle l'imagina se concentrer contre chaque parcelle de son épiderme, contre chacun des pores de sa peau. Elle répartirait le ki de manière égale absolument partout, de son visage à ses pieds, de ses seins à ses omoplates. Puis, au moment de relâcher la pression, elle le dégagerait à l'extérieur de son corps d'un même mouvement, formant un dôme d'énergie pure qui traverserait la pièce sur plusieurs mètres, touchant tous les morts-vivants sur son passage. Vint ensuite le dessein. Car ainsi modelée, dépourvue d'objectif, dépourvue d'intention, cette énergie ne resterait que de l'énergie, à la fois puissante et inoffensive. Elle voulait effrayer les créatures, les faire fuir... Mais... Pourquoi s'arrêter à de la peur ? Pourquoi ne pas en profiter pour les annihiler, plutôt ? Pourquoi ne pas utiliser ses dons, conférés par Gaïa elle-même, pour les exterminer ? Ainsi décidée, elle donna un but à son ki, un but destructeur. Il serait offensif, dangereux, il brûlerait tout sur son passage. Elle imagina, en son for intérieur, le mouvement : une sphère d'énergie si condensée qu'elle en serait palpable, tangible, traverserait la pièce avec force. Mais ça ne suffisait pas, non. Il manquait quelque chose pour que la puissance qu'elle dégagerait soit mortelle aux goules. Car le ki, sous cette forme, restait du simple ki, dépourvu de la moindre propriété divine, de la moindre propriété purificatrice. Pour lui donner son plein potentiel destructeur, elle devait faire exactement comme elle faisait pour recouvrir son épée de la puissance de Gaïa : leur donner la même vie que ses fluides, lumineux et... vivants. Ses adversaires n'étaient que des cadavres, en fin de compte. Leur redonner vie serait ce qui, paradoxalement, les tuerait, si l'on pouvait parler de mort dans leur cas. Alors elle donna à son ki la beauté, la rutilance et la splendeur de ses fluides. Mais avant tout, leur force et leur but. Son énergie était maintenant entièrement dédiée à l'éradication des morts-vivants. A leur destruction pure et simple. Comme celle qu'elle donnait dans sa lame, sauf que celle-ci passerait par chaque millimètre du corps de ses opposants, irradiant de lumière l'entièreté de leur être contre nature, de leur présence absurde.
Lorsqu'elle relâcha son ki, relançant ce temps qui semblait avoir ralenti durant sa concentration, les goules n'étaient qu'à quelques pas d'elle. Il lui aurait fallu un unique pas pour trancher le plus proche, qui menait la troupe avec prudence vers cette ennemie qui s'était révélée si dangereuse jusqu'à présent. Mais pas assez prudemment pour éviter ce qui allait s'abattre sur eux. La vague d'énergie s'échappa du corps de la théurgiste avec violence et rapidité, brûlant tout sur son passage, comme elle l'avait prévu. Il y avait dix goules dans son champ d'action, en comptant la meneuse qui fermait la marche, plus lente que les autres. Mais lorsque le dôme de ki eut atteint sa limite et s'évapora dans la salle, seule la chef de meute bougeait toujours. Pour autant, tout ne se déroula pas sans accroc pour la jeune femme. En effet la technique, extrêmement puissante, avait puisé dans ses ressources physiques en plus d'utiliser son énergie latente, la laissant exténuée et endolorie malgré le sort de vigueur toujours actif dans son corps. Heureusement pour elle, l'unique rescapée de l'attaque avait également été irradiée par la vague et se remettait avec peine de ses émotions. Elle était maintenant dans un sale état, avec son unique jambe, ses deux bras supérieurs arrachés au niveau du coude et le trou béant qui commençait dans son palais pour se terminer quelque part derrière le crâne de sa seconde tête. Et pourtant nouvelle preuve de sa vigueur exceptionnelle, il ne lui fallut pas très longtemps pour se remettre en marche vers l'énervante jeune femme qui continuait encore et toujours de repousser ses assauts.
Celle-ci, cette fois, avait du mal à se remettre de ses émotions. Sa technique avait été tellement violente qu'elle avait dû endommager quelques uns de ses organes internes et, si la langueur avait vite disparue grâce au sort de revigoration, les douleurs et les dégâts occasionnés dans son organisme étaient cette fois handicapants. Alors que la goule à deux têtes s'approchait dangereusement, prête à profiter de ce moment de faiblesse pour en terminer avec sa Némésis, Anastasie, prise d'une quinte de toux, cracha une gerbe de sang au sol, sonnée. Mais si les dégâts étaient physiques, c'était quelque chose qu'elle était capable de gérer. Reprenant ses esprits, elle posa une main sur son buste pour dégager à l'intérieur de son corps une douce énergie régénératrice, destinée à soigner toutes les blessures invisibles qu'elle s'était causées elle-même.
Mais lorsqu'elle reporta son attention sur ses alentours, prête à se défendre contre son adversaire, celui-ci était déjà près d'elle et agrippait sa cheville de l'un de ses derniers bras. Tirant d'un coup sec sur le point d'appui, il fit chuter la jeune femme au sol, qui dut lâcher Perçombre pour éviter le traumatisme crânien en se retenant de justesse de ses deux mains. La créature était néanmoins en position de force maintenant et profita de sa domination pour attraper Anastasie à la gorge tout en maintenant son pied droit au sol avec force. Mais ainsi perchée sur deux membres non parallèles et de travers, pour gagner l'allonge nécessaire à ce que ses bras se retrouvent aux deux extrémités de la jeune femme, la goule était en équilibre instable. Alors, utilisant sa jambe libre, la Comtesse envoya son talon dans l'articulation du coude gauche de la créature, la faisant tomber avant qu'elle n'ait le temps de broyer sa gorge. Une fois libérée des bras puissants du monstre, Anastasie envoya son genou un peu à l'aveuglette en direction de son opposant pour termine de le pousser d'au-dessus d'elle et roula sur elle-même de l'autre côté pour mettre de la distance entre eux. Elle eut tout juste le temps de se relever avant de voir la goule de nouveau sur elle, mais, cette fois préparée, elle eut le réflexe de bondir en arrière pour échapper à sa poigne. Elle profita alors de sa nouvelle position de force pour s'éloigner de son adversaire, qui la suivit avec peine sur quelques mètres. Lorsqu'ils furent tous deux assez loin du lieu de leur précédente rixe, cependant, elle le contourna pour aller récupérer Perçombre, qu'elle avait laissé sur place. Et elle en aurait besoin, car deux nouvelles goules avaient fait leur entrée dans la salle. Certainement les dernières ayant été capables de grimper sur le balcon, selon ses calculs. Et cela la rassurait en fait quelque peu de les voir arriver, prouvant qu'ils étaient tous partis à sa poursuite et non après Camille et Johan, certainement sains et saufs à l'extérieur à l'heure qu'il était.
Décidant de s'occuper de ces deux-là avant de ré-attaquer leur meneuse, Anastasie recouvrit sa lame de la même énergie destructrice que plus tôt et alla à leur rencontre pour les vaincre avant que le monstre bicéphale ne puisse leur venir en aide. Elle n'avait conféré qu'une puissance moindre à la lame, ayant déjà utilisé la majeure partie de sa puissance, mais un premier coup d'épée suffit à trancher un bras de son premier adversaire, qui s'avéra trop lent pour l'éviter, et un second vint rapidement ouvrir le ventre du second, qui chuta au sol sous la douleur. Il était curieux de penser que de tels êtres subissaient effectivement la souffrance, mais elle avait eu la preuve plus d'une fois que c'était le cas en ce jour. La première goule, qui n'avait plus qu'un bras, parvint toutefois à attraper le bras armé d'Anastasie ; utilisant sa prise pour la tirer à elle, elle planta ses dents dans la manche de l'armure de cuir avec force, pénétrant la protection pour venir entailler superficiellement la peau de la jeune femme. Retenant une grimace, elle se défit de son étreinte d'un coup de genou dans les côtes avant de l'achever d'un coup de taille dans le cou, le décapitant à moitié. Mais derrière elle, c'était au tour de la chef de meute de passer à l'assaut, forçant la jeune femme à bondir sur le côté et à remettre à plus tard l'exécution de la dernière des sous-fifres, qui se relevait avec peine.
« Voyons, voyons, » réfléchit-elle à voix haute. « "Elle craint la magie de lumière... mais pour la tuer il faut la priver de ses deux têtes et de ses deux cœurs". »
Cette citation venait de la retranscription sur papier d'une conférence donnée par Mikuzuki, la plus éminente des spécialistes dans la recherche des créatures et de la magie noire de toute la partie Sud de Nirtim, dont Anastasie avait passé des journées entières à lire les différents écrits pour préparer cette expédition. Jamais elle n'avait pensé tomber sur une telle créature en arrivant dans ce tombeau, emménagé par Tal'Raban bien avant leur création par Herle Krishok, mais s'il avait placé la une meute entière de goules après son retour à la vie il n'y avait effectivement aucune raison pour qu'il ne transforme pas également l'intérieur de la crypte.
« Les deux têtes et les deux cœurs, » répéta-t-elle avec une grimace.
Elle n'était plus vraiment étonnée de la suite de la conférence de l'"Obscurologue", comme elle s'était elle-même appelée, qui disait qu'à moins d'être extrêmement nombreux il n'y avait de toute façon aucun moyen de s'en sortir pour un être humain normalement constitué. Il fallait dire qu'elle avait eu beaucoup de chance et que ses capacités étaient littéralement faites pour s'occuper de ce genre de créatures, mais elle restait particulièrement impressionnée par sa propre performance en voyant la goule face à elle avancer avec difficulté sur ses trois membres restants. Dans cette position, elle était bien capable de vaincre, et ce malgré l'incroyable résistance du monstre.
Seulement il y avait un problème : maintenant tous deux blessés, les nécrophages avançaient à une allure similaire et étaient très proches l'un de l'autre, ce qui l'empêchait d'en achever un avant de s'attaquer à l'autre. Et si le plus faible des deux n'était qu'une formalité, elle prendrait un gros risque en le ciblant tant que le bicéphale était près de lui. Mais il lui restait un peu de mana pour régler ce problème ; si elle ne gaspillait pas tout dans un sort trop puissant, il lui en resterait même assez pour un second plus tard. Mais trait de lumière, éclair aveuglant ? Elle hésita quelques secondes avant de se remettre en position de combat. Levant son bras gauche tout en tenant fermement Perçombre du droit, elle visa l'un des coudes de la chef de meute et laissa filer une décharge d'énergie offensive directement sur l'articulation, faisant flancher son corps qui se ramassa sur lui-même. Le sort était trop faible pour réellement endommager le bras de la créature, mais sa chute lui offrit juste le temps nécessaire pour se rapprocher des deux goules et se fendre d'un coup transversal en direction de la tête de la plus faible des deux, qui vola immédiatement à terre.
Mais, faisant preuve d'un réflexe phénoménale, il n'en avait pas fallu plus à la meneuse pour attraper de nouveau la jambe d'Anastasie. Elle n'eut cependant pas le temps de la faire chuter que la Comtesse envoya une estocade dans son visage, traversant un œil de son visage arrière et lui faisant momentanément perdre prise. La jeune femme profita de ce temps de faiblesse pour reculer, mais alors qu'elle retirait la lame de l'orbite de son opposant, celui-ci attrapa la rapière sans plus de considération pour sa main pour l'empêcher de s'éloigner. Et elle avait beau tirer de toutes ses forces de ses deux bras, la créature était juste bien plus puissante qu'elle, la retenant sans mal et s'offrant même le luxe de rouler complètement sur le dos pour tenter de l'agripper de son autre membre. Voyant venir le coup, Anastasie préféra abandonner son arme et lâcha celle-ci immédiatement pour se mettre hors de portée ; mais le nécrophage, qui tirait à force égale dans l'autre sens, envoya bientôt la lame plus profondément encore dans son visage, duquel elle ressortit par l'arrière du crâne dans un bruit atroce, bientôt couplé par son propre hurlement. Profitant de l'opportunité, la jeune femme s'avança pour envoyer son talon en plein dans le pommeau de son arme, qui rentra jusqu'à la garde, pourtant large, et élargit l'orbite jusqu'à ce que l'on puisse apercevoir la cervelle nécrosée par son trou. Immédiatement, la mâchoire de ce visage s'arrêta et son cri avec, ne laissant plus que les grognements féroces du second ; mais, surtout, ses bras et sa queue se stoppèrent avec lui, révélant la raison qui avait obligé leur créateur à les pourvoir de deux cerveaux. Ainsi la tête principale devait contrôler les jambes et les bras supérieurs, tandis que la seconde avait pour fonction de manier les deux membres intermédiaires et l'excroissance au bas de leur dos.
Et, ainsi, la goule était rendu inoffensive. Enfin. Car, battant de son unique jambe en poussant des grognements semblables à des feulement, elle faisait presque pitié maintenant. Presque. Anastasie attrapa la lame plongée dans le crâne de son adversaire et tira d'un coup sec, la délivrant de sa matière grise et de ses chairs putréfiées. Elle découvrit, par la même, pourquoi Mikuzuki recommandait de détruire ses cœurs également, car quelques secondes à peine après avoir retiré la lame ses bras recommencèrent à se mouvoir, d'abord faiblement mais avec de plus en plus de vigueur alors que sa gueule se remettait également à reprendre vie. Ç’aurait été un problème si la goule avait été debout, active, avec deux autres bras pour la tenir à distance, mais en l'occurrence ça lui importait peu. Elle n'eut qu'à plonger Perçombre dans son buste, qui ne résista que quelques secondes face à la pression, pour mettre fin à la revitalisation de la créature. Détruisant les deux cœurs d'un seul coup, il ne lui resta plus qu'à méthodiquement décapiter le nécrophage, s'attaquant à répétition à son cou, pour définitivement le contraindre à l'inertie.