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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Jeu 20 Oct 2016 12:22 
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L'ambiance était lugubre devant la lourde porte de pierre ; l'euphorie de la résurrection de Johan passée, c'était la perte de tous leurs compagnons qui avait dicté l'atmosphère ambiante et les grattements et autres gargouillis sinistres des goules de l'autre côté n'arrangeaient rien. Camille et Anastasie ayant toutes deux subit de lourds chocs physique, elles avaient décidé de se reposer sur place, certaine de ne plus avoir à craindre les nécrophages. Après tout il n'y avait que deux moyens pour eux de les rejoindre : la stèle, qui ne bougerait pas d'un centimètre, et le balcon qui reliait les deux pièces entre elles. Seulement, à plus de quatre mètres du sol et sans rien pour les aider à escalader, ils n'avaient aucun moyen de l'atteindre. Sans parler de la porte qui les séparait : le temps qu'ils s'attaquent à celle-ci, elles auraient bien le temps de s'enfuir. Mais plus que les multiples contusions des deux femmes du groupe, c'était l'état de Johan qui les avait décidé à s'installer là quelques temps. Car le jeune homme, s'il était rétabli physiquement, était complètement exténué, incapable même de tenir sur ses jambes. Il lui faudrait plusieurs heures de repos pour pouvoir ne serait-ce que sortir de là.

Après près d'une demi-heure d'un silence pesant qu'aucun des trois survivants n'avaient voulu briser, Camille se dévoua finalement pour engager la conversation. Le sujet choisi, cependant, n'était pas plaisant pour Anastasie.

« Alors, on continue la mission ou on rentre ? » demanda-t-elle.

Johan écarquilla les yeux en entendant la question.

« Attendez au moins que je sois rétabli pour vous décider ! » s'exclama-t-il. « Je suis incapable de bouger pour l'instant, et il est hors de question que vous y alliez juste toutes les deux contre des monstres pareils. »

Mais la Comtesse l'arrêta d'un signe de main ferme. Il était effectivement incapable de bouger et il était de toute manière impensable de le laisser sans surveillance. Donc autant dire que la mission entre filles était une perspective que se refusait Anastasie. Pour autant, ce qu'elle s'apprêtait à dire allait difficilement passer, elle le savait, et ça ne rendait pas sa tâche plus facile.

« Il faut que quelqu'un reste avec toi tant que tu n'es pas capable de te défendre, » fit-elle. « Donc j'irai seule. »

Deux paires d'yeux outrés se tournèrent vers elle, mais elle anticipa tout signe de protestation en levant de nouveau la main.

« Ce n'est pas une proposition mais un ordre. Vous resterez tous les deux là au moins le temps que Johan puisse bouger. Si je ne reviens pas d'ici là, vous partirez. Si je reviens, nous partirons ensemble. Fin de la discussion. »

Mais Camille secoua la tête avec véhémence.

« Je sais que mon insubordination a déjà causé des problèmes, » admit-elle, « mais je refuse de vous laisser partir seule. Nous n'avions pas la moindre chance à huit, comment voulez-vous vous en tirer à un contre... combien étaient-ils, vingt ? Trente ? »
« Je suis d'accord avec elle, » renchérit le grand blond avec toute l'énergie qu'il était encore capable de fournir. « Même toi tu n'as aucune chance ! »

Anastasie ferma les yeux quelques instants, fatiguée par la dispute. Après tout ce qu'il venait de se passer, elle n'avait plus l'énergie nécessaire pour une querelle de groupe.

( C'est la dernière fois que je deviens la meneuse de quoi que ce soit, ) se promit-elle.

Elle avait décidé d'aller à l'encontre de sa première intuition lorsqu'elle avait accepté de mener une expédition de dix-neuf à travers les Duchés puis l'Omyrhie, tout ça pour une stupide relique, et maintenant elle le regrettait amèrement. Certes, comme le lui avait dit Adam, ils auraient pu mourir au cours de n'importe quelle mission, car ils avaient eux-même délibérément choisi de consacrer leur vie à affronter les ennemis du Temple de Gaïa, mais elle ne se sentait plus capable de gérer toute une troupe de cette manière. Ils avaient commencé à dix-neuf, ils n'étaient plus que trois. C'était... trop pour elle. Et tout ça pour quoi ? Pour que tous meurent vainement avant même de tomber sur le bouclier ? S'ils avaient péri au cours de la bataille finale, leur offrant la victoire qu'ils étaient venu chercher, offrant à Anastasie la possibilité de brandir le bouclier... alors au moins seraient-ils morts en accomplissant ce qu'ils avaient juré d'accomplir. Mais là... là ça n'avait plus rien à voir. Là ils avaient été abattus, déchiquetés, éventrés, démembrés, décapités pour simplement permettre à trois d'entre eux de fuir. Leur sacrifice n'avait offert aucune victoire héroïque.

« Camille tu ne peux pas laisser Johan seule, » déclara la Comtesse. « Je te l'interdis. Ton ordre c'est de le protéger tant qu'il est encore faible, de faire en sorte que vous vous en tiriez tous les deux. De rentrer à Kendra Kâr et de faire votre rapport à Adam si besoin est. »
« Mais... ! » voulu protester l'intéressée, mais elle fut coupée par un nouveau geste impérieux de la main.
« Je n'ai pas un désir particulier de mourir, Camille, si je te dis que j'y vais seule c'est que je pense la tâche réalisable. A vrai dire j'aurais dû venir ici seule dès le début. »
« Quoi, vous croyez que le bouclier n'est pas derrière les goules ? » demanda Camille, les sourcils froncés.
« Oh, si, ça c'est à peu près certain. Tal'Raban n'a rien laissé au hasard, il n'aurait jamais posé un piège là juste en espérant que ce soit notre première destination. Mais je n'ai pas vu le balcon dans la salle où ils nous ont attaqué, ce qui veut dire que celui-ci mène à une autre pièce. Je vais voir s'il y a moyen de les contourner ou de les piéger. Et en attendant, j'ai encore trois potions de magie et deux fioles de fluide pour les avoir de loin. »
« Et tu crois que ça suffira ? » fit Johan, inquiet.
« J'en doute. Mais si je peux réduire leur nombre ou faire tomber le chef de meute, c'est déjà ça de pris. »
« Donc il n'y a vraiment aucun moyen de vous faire changer d'avis ? » s'énerva Camille.

Anastasie secoua la tête, ferme. Elle avait pris sa décision, c'était définitif. Après toutes ces morts, toutes cette souffrance, il était impensable pour elle de juste rebrousser chemin et laisser le bouclier ici. Pour laisser penser à Tal'Raban qu'il avait gagné ? Pour qu'il garde les reliques d'Isaac, le Chasseur d'Ombres, après tout ça ? Non, c'était inimaginable. Elle allait repartir de cette crypte avec le bouclier dans les mains ou elle n'en repartirait pas. Mais d'un autre côté, elle se refusait à embarquer plus encore ses deux derniers compagnons dans cette aventure qui n'aurait jamais dû les concerner. A partir de maintenant elle agirait seule. Après tout Tal'Raban était un nécromancien, il avait certainement gardé chacune des reliques dans des endroits infestés de morts-vivants. Et n'était-elle pas une arme redoutable contre eux ? Gaïa elle-même lui avait donné le pouvoir de les combattre, elle le savait, elle le sentait. Elle était tout simplement faite pour ça.

« Prenez soin de vous, » fit-elle finalement à l'encontre des deux rescapés. « Et passez par la frontière thorkin, on a encore une bonne journée avant la prochaine patrouille. »
« Tu rentres avec nous, » répondit Johan. Ce n'était pas une question.
« Evidemment. »

Elle avait laissé échapper un demi-sourire en prononçant ce dernier mot, puis s'était relevée. Elle espérait bien rentrer avec eux. Si tout se passait bien...

« Bonne chance, » lâcha finalement Camille.

Et sur ces mots, Anastasie se dirigea vers les marches, qu'elle grimpa deux par deux pour se retrouver face à la petite porte qui reliait les balcons des deux salles entre eux. C'était un battant en bois renforcé, plutôt bien entretenu mais dépourvu, visiblement, de tout mécanisme. Pour autant, elle l'ouvrit avec prudence. Parce qu'il y avait un piège en bas ne signifiait pas que la partie de la crypte qu'elle s'apprêtait à visiter était sûre.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
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Les goules sont des créatures stupides. Lorsqu'Anastasie arriva dans la pièce suivante et, discrètement, s'approcha de la balustrade pour les observer, ils étaient tous agglutinés devant la stèle de pierre, grattant inlassablement celle-ci dans l'espoir d'arriver de l'autre côté. Tous sauf une. La meneuse, plus grande, plus forte, plus agile, plus rapide, attendait patiemment de l'autre côté, à quelques pas de là. Ca ne faisait pas d'elle une créature à l'intelligence exceptionnelle, mais c'était un signe assez fort qu'elle n'était pas complètement dénuée de sens commun à l'instar de ses pairs. Ce qui la rendait d'autant plus dangereuse.

« Voyons si tu fais toujours la maline, » murmura la Comtesse en redressant son bras en direction de la créature.

Chargeant ainsi de la magie dans sa paume, elle visa le visage déjà blessé, sur lequel elle pouvait encore voir les stigmates de sa précédente attaque, et relâcha la pression. Le trait de lumière traversa la pièce à toute vitesse jusqu'à toucher la cible en plein milieu et provoquant un nouveau hurlement de sa part. A cet appel, toutes les autres goules se tournèrent vers elle, prêtes à intervenir mais sans comprendre contre quoi. Mais la meneuse, elle, une fois l'étourdissement du choc passé, se tourna immédiatement vers la théurgiste qui concentrait déjà un nouveau sort dans sa main. Un nouveau trait partit en direction du monstre bicéphale, qui une fois de plus prit l'attaque de plein fouet et recula de quelques pas sous la douleur. Tout comme ses sœurs plus communes, elle craignait énormément les fluides de lumière, symbole de Gaïa. Pour autant, après deux sorts d'une puissance plus que correcte, même s'ils n'étaient pas chargés au maximum, elle tenait toujours parfaitement debout et son visage de face avait beau être sévèrement brûlé, il tenait toujours en place. Même avec cette position stratégique, c'était loin d'être gagné d'avance, en bref, car si elle parvenait à esquiver quelques unes de ses attaques Anastasie n'aurait jamais assez de réserves pour en venir à bout, donc encore moins pour ensuite s'occuper des autres.

Et, pour ne rien arranger, la goule à deux têtes s'avéra bien plus intelligente que prévue. Car si elle n'était pas capable de monter elle-même pour venir s'occuper de la Comtesse, elle avait bien assez de force pour échafauder un plan... inattendu. Prenant l'une de ses consœurs avec ses trois bras restants, le dernier n'étant plus qu'un moignon sordide, elle la souleva au-dessus de sa tête et la lança de toutes ses forces droit sur Anastasie. Celle-ci ignorait si le but était de s'en servir de projectile ou de l'envoyer se battre à sa place, mais dans tous les cas elle dut plonger sur le côté pour éviter la créature qui vint à la place s'écraser avec fracas contre le mur du fond. Aussitôt après, la chef de meute s'approcha d'une seconde comparse pour lui faire subir le même sort, mais dans un instinct de survie étonnant de la part de mort-vivant, toutes fuirent en comprenant ce qui leur était réservé, ce qui laissa à Anastasie le temps de s'occuper de la première des goules à avoir atteint le balcon. Après le choc subi, elle était ensuquée, ce qui laissa un net avantage à la jeune femme, déjà supérieure en un contre un. Dégainant Perçombre, elle s'avança pour trancher la gorge du nécrophage, qui recula une seconde trop tôt. Mais étant déjà techniquement morte, la création de Herle Krishok ne fut pas terrassée par l'attaque, même si elle s'en retrouvait grandement handicapée, et s'élança à son tour dans la mêlée, sautant sur la théurgiste avec hargne. Celle-ci, reculant d'un bond pour éviter l'assaut, ne dut qu'à sa chance son salut. Car, devant elle, à l'endroit précis où elle se tenait une seconde plus tôt, atterrit avec violence une seconde goule, qui au lieu de la heurter vint s'écraser en plein sur le visage de sa comparse, dont la tête déjà branlante se décolla complètement sous l'impact. Profitant de cette nouvelle situation, Anastasie s'avança rapière la première pour piquer la gorge de sa nouvelle adversaire ; et lorsque la lame fut parfaitement enchâssée dans l'organe de la créature, un puissant coup de poignet vint la décapiter à moitié, quelques secondes à peine après que sa consœur n'ait subi le même sort.

Se retournant face à la goule à deux têtes, qui chassait toujours les siennes dans le but de s'en servir de projectiles, Anastasie leva le bras gauche pour reprendre où elle avait commencé. Mais cette fois, désireuse de rendre son adversaire moins mobile, elle visa son genou droit. Canalisant sa magie dans sa paume, elle attendit que la créature bicéphale n'attrape une nouvelle victime, et donc s'arrête, pour lâcher son sort. Mais, le voyant arriver, la chef de meute jeta la goule juste à temps pour que celle-ci prenne l'attaque à sa place. Le trait de lumière vint heurter le pauvre nécrophage en plein thorax alors qu'il était à près de quatre mètres de haut et, le coup ayant ralenti sa course, s'éclata une seconde après sur le sol, où tripes et membres se dispersèrent.

A court de mana, Anastasie sortit immédiatement sa gourde de sa ceinture et en avala l'un des multiples contenus, mais elle n'eut pas le temps de lancer un nouveau sort qu'un énième projectile vivant, ou presque, arrivait dans sa direction. Elle se baissa juste à temps pour l'éviter, mais lorsqu'elle se redressa pour lui faire face, une seconde goule se dirigeait déjà sur elle par voie aérienne. Elle roula sur le côté et se remit immédiatement sur ses appuis alors que le nécrophage tombait sur son prédécesseur de plein fouet.

« Ca ne va pas, » cracha la jeune femme entre ses dents tout en s'approchant rapidement des deux créatures pour profiter de leur étourdissement.

Et effectivement, ça n'allait pas. Elle avait compté vingt-trois goules en bas avant de lancer son premier sort, et avec celles qu'elle était en train d'éventrer ça n'en faisait que cinq de moins. C'est à dire qu'il restait dix-huit projectiles à la créature à deux têtes avant d'être à court. Dix-huit duels contre des créatures nettement plus faibles qu'elle était quelque chose dont elle était capable, mais visiblement la chef de meute visait de mieux en mieux et de plus en plus rapidement, ce qui laisserait rapidement Anastasie seule contre un nombre croissant de nécrophages, tout en devant esquiver les tirs meurtriers de leur meneuse depuis en bas. C'était dangereux, car au moindre faux pas, à la moindre latence, elle se retrouverait avec une goule directement sur elle et donc aucune chance de s'en sortir.

Mais, contre toute attente, les jets de nécrophage s'arrêtèrent là ; se retournant pour comprendre pourquoi, Anastasie se retrouva face à une vision effrayante. Car en bas, la créature bicéphale avait entrepris de tirer l'un des lourds sarcophages de pierre dans sa direction et la jeune femme comprit immédiatement pourquoi. Comprenant qu'elle n'aurait aucune chance de le tuer avant qu'il n'achève son travail, elle se précipita jusqu'à la porte par laquelle elle était entrée pour s'adresser à Camille et Johan, qui observaient avec inquiétude le haut des marches.

« Partez ! » ordonna-t-elle.
« Tu viens avec nous ? » demanda Johan, mais elle balaya sa question d'un geste du bras.
« Je vous dis de partir, maintenant, grouillez-vous ! » s'énerva-t-elle. « C'est un ordre, rassemblez toute l'énergie qu'il vous reste et barrez-vous ! »
« Mais et vous ? » s'indigna Camille.
« Les goules ne vont pas tarder à arriver à cet étage, alors partez ! Moi je vais essayer de les attirer de l'autre côté de la crypte ! Tu ne peux pas laisser Johan seul sans le condamner à mourir donc tu ne peux pas m'en empêcher, » ajouta-t-elle en voyant que la jeune femme allait protester. « Ecoute, je promets que je vous rejoindrai là où on a campé avant-hier soir, mais là maintenant tu vas faire ce que je te dis, aider Johan à marcher et vous allez vous casser d'ici ! »

Puis, sans plus un mot, elle retourna dans l'autre pièce pour s'occuper de leur retraite, ignorant les multiples « Anastasie ! » qui provenaient de l'autre côté de la porte maintenant close. En bas, la goule à deux têtes s'occupait déjà de soulever un second sarcophage pour le poser sur le premier, positionné juste sous le balcon. Il semblait peiner atrocement, mais, doté d'une force absolument magistrale, il parvint finalement à lever suffisamment l'un des deux côtés du cercueil de pierre pour le poser sur l'autre. Puis, faisant le tour, il n'eut qu'à pousser dans l'autre sens pour qu'il vienne enfin glisser complètement par-dessus l'autre, offrant un promontoire de près d'un mètre de haut. Anastasie, pendant ce temps, avait chargé un nouveau trait de lumière, qu'elle envoya droit dans le visage déjà abîmé de son adversaire, mais si le sort provoqua un nouveau hurlement de la créature, elle restait bien trop résistante pour être arrêtée de cette manière. Et, avant que la Comtesse ne puisse préparer une nouvelle attaque, la goule à deux têtes grimpa prestement sur son échelle improvisée et de là se propulsa à l'aide de ses puissantes jambes pour atteindre le rebord du balcon. Juste au-dessus d'elle, Anastasie profita de sa position avantageuse pour frapper de toutes ses forces sur le cou du nécrophage, mais l'épée ne vint qu'entamer d'un ou deux malheureux centimètres la chair épaisse et dure du monstre. Retirant la lame avec peine alors que son adversaire se servait maintenant de ses trois bras pour escalader la balustrade, la Comtesse se mit de nouveau en position de combat et, appelant son énergie vitale pour donner à son épée la puissance de terrasser les morts-vivants, frappa de nouveau, mais cette fois en direction du coude du membre qui supportait le plus de poids. La peau était visiblement bien moins résistante à cet endroit, si bien que, avec l'aide de sa technique, la rapière vint à bout du bras de la goule, qui poussa un hurlement tout en chutant sur les sarcophages.

Prouvant une fois de plus son intellect avancé pour un mort-vivant, le nécrophage attrapa une goule qui passait près de lui pour l'envoyer sur Anastasie. Puis, alors qu'elle s'occupait de faire face à celle-ci, il en envoya une seconde avec une étonnante facilité avant de repartir à l'assaut de la balustrade. Ainsi occupée par deux nouvelles créatures, la jeune femme était donc dans l'incapacité de l'empêcher de monter, et devrait en prime se dépêcher de les achever si elle voulait fuir avant que la meneuse ne soit sur elle. Profitant de sa lame toujours recouverte d'une aura lumineuse particulièrement douloureuse pour les morts-vivants, la Comtesse ouvrit le ventre de la plus proche d'un coup de rapière, lui infligeant une blessure rayonnante de milles feux qui la fit presque brûler de l'intérieur avant de se concentrer sur la seconde, maintenant particulièrement suspicieuse à l'encontre de l'arme magique. Apercevant du coin de l’œil la goule à deux têtes qui, malgré ses deux bras du haut en moins, arrivait petit à petit à se hisser, Anastasie décida d'en finir au plus vite et empala le dernier nécrophage d'une estocade rapide. Elle voulut ensuite se tourner vers la meneuse, mais celle-ci était déjà pratiquement du mauvais côté de la balustrade, et en bas un nombre croissant de goules grimpaient sur les sarcophages puis se montaient les unes sur les autres pour arriver elles aussi à la bonne hauteur pour agripper le rebord du balcon. Autrement dit, il ne lui restait plus qu'une seule chose à faire. Courir.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Jeu 20 Oct 2016 12:23 
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Anastasie courut à toutes jambes jusqu'à la prochaine porte, menant à une partie encore inconnue de la crypte. Elle avait attendu le dernier moment pour partir, espérant ainsi garder l'attention non seulement de la goule à deux têtes, mais également d'une bonne partie des plus petites. Car si elle savait Camille capable d'en gérer une ou deux à la fois, peut être même trois avec de la chance, elle savait que si plus de nécrophages arrivaient dans son dos au même moment, ils ne feraient qu'une bouchée de ses deux derniers compagnons encore vivants. D'autant plus qu'en son absence ils étaient dans le noir le plus complet et le resterait jusqu'à leur arrivée dans le premier atrium, ce qui les obligerait à longer les murs avec difficulté pour s'en sortir, alors que les goules, adeptes de la nuit, y verraient presque comme en plein jour.

Ouvrant la porte à vive allure, Anastasie s'engouffra donc dans l'inconnu, la créature bicéphale sur ses talons. Derrière, ce n'était qu'un long corridor que le manque de visibilité donnait l'impression d'être sans fin. Ce qui n'arrangeait en rien la jeune femme, car elle commençait déjà à peiner et elle savait la chef de meute plus rapide qu'elle même en forme. Pour se donner une chance supplémentaire, cependant, elle appliqua la paume de sa main sur son buste tout en courant et fit appel à ses fluides, faisant couler cette douce sensation de puissance et d'énergie dans ses veines et ses muscles. Elle savait qu'elle avait environ deux heures avant que le sort ne s'estompe. Deux heures pendant lesquelles elle serait pleine d'énergie, comme après un long sommeil réparateur, avant de regagner ce sentiment de langueur qui avait commencé à la prendre quelques minutes auparavant. Cela lui interdisait la moindre pause.

Derrière elle, trop loin pour que la boule lumineuse qu'elle avait invoquée ne l'éclaire, elle entendit le bruit d'une porte claquer contre un mur, suivi des râles immondes de la goule à deux têtes, qui la rattrapait à une vitesse vertigineuse. Désireuse de gagner du temps, elle tendit son bras gauche en arrière et envoya un trait de lumière à l'aveuglette. Le corridor n'était qu'un étroit tunnel rectiligne, aussi le sort fit-il mouche, freinant quelque peu l'avancée de la créature qui poussa un hurlement malsain qui vint résonner à travers tout le couloir, procurant un frisson de dégoût à la jeune femme. Heureusement, devant elle, la lumière magique commençait à éclairer une nouvelle porte de bois. Lorsqu'elle arriva finalement au niveau de celle-ci, Anastasie l'ouvrit en hâte avant de la claquer derrière elle et de continuer sa course à travers le nouvel environnement.

C'était une nouvelle salle aux pierres blanches, beaucoup plus petite que les précédentes et absolument vide, mais pourvue de deux sorties : l'une tout droit, l'autre à droite. Celle sur le côté, pourvue d'une porte métallique rouillée, donnait sur un couloir sombre, alors que celle de face était une arche finement décorée menant vers un escalier de la même roche réfléchissante que celle de la pièce où elle se trouvait. Elle comprit rapidement de quoi il en retournait : ils avaient passé l'aile du tout-venant, puis une autre pleine de sarcophages pour les personnes plus importantes, la prochaine salle était certainement pour les gens plus fortunés. Plongée dans le noir, faite de pierres d'une qualité moindre, la pièce qu'elle rejoindrait si elle partait à droite serait certainement une anciennement dédiée aux fidèles de Phaïtos, pour embaumer et préparer les morts avant de les répartir dans la nécropole.

Elle avait déjà entamé la montée quatre à quatre des marches lorsque la porte de bois derrière elle s'ouvrit avec violence, la prévenant de l'arrivée imminente de la goule à deux têtes. C'était un escalier relativement long, mais elle avait pu en voir le haut dès le début de l'ascension, grâce à une lumière naturelle qui semblait baigner la salle dans laquelle elle s'apprêtait à rentrer. Et elle en comprit rapidement la provenance : ils n'étaient pas descendus de vingt mètres dans le sol lorsqu'ils étaient entrés dans la crypte, donc si elle montait un tel escalier cela signifiait que la prochaine salle était au moins en partie hors du sol.

Arrivant dans ce qui ressemblait à un tombeau antique royal, ou peu s'en fallait, alors que le nécrophage entamait à son tour l'ascension de l'escalier à toute allure, Anastasie se précipita à l'intérieur dans l'espoir de trouver un refuge ou une cachette. La pièce était gigantesque, bien plus grande que toutes celles qu'elle avait pu voir jusque là, mais surtout plus majestueuse. C'était une salle vide mais avec une dizaine d'arches sur les côtés, pourvues d'un petit escalier descendant sur quelques mètres dans des petits caveaux très sombres. Entre chaque sortie se trouvait une série de marches menant à deux longs couloirs larges et dégagés, l'un face à l'autre ; quelques mètres au-dessus de ceux-ci, plusieurs fenêtres faisaient le tour de la pièce, la baignant dans la lumière du soleil matinal. Mais c'était face à elle que se trouvait la partie la plus impressionnante du tombeau. Car au bout d'un énième escalier, si long qu'il menait au-dessus du niveau des ouvertures murales et donc du niveau du sol, une alcôve baignée d'ombre trônait sur le reste de la pièce.

Ecourtant l'admiration des lieux pour se concentrer sur sa fuite, la jeune femme dissipa son sort d'éclairage et tourna immédiatement à droite pour se jeter dans le second caveau, qu'elle atteignit quelques secondes avant d'entendre la goule à deux têtes faire son arrivée dans les lieux. La petite salle, qui avait visiblement été pensée pour accueillir le moins de lumière possible, semblait relativement exiguë ; tâtonnant, elle sentit sous ses mains quelques objets décoratifs disposés sur trois sarcophages gravés de motifs, mais rien de plus.

En haut des marches, elle pouvait apercevoir le nécrophage la rechercher de ses yeux vitreux. Habitué aux espaces sombres et à la nuit, il semblait ostensiblement gêné par la luminosité ambiante, tentant en vain de s'en cacher de ses deux bras restants. Pour autant, pourvu d'organes essentiellement humains, il n'était pas entièrement nyctalope non plus, ce qui laissait un avantage conséquent à Anastasie qui pouvait le voir sans être vue. Et ses coups de mains incessants en direction des rayons de lumière qui l'atteignaient donnèrent à la jeune femme l'idée qu'elle attendait pour se tirer de cette situation difficile.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Jeu 20 Oct 2016 12:23 
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Anastasie attrapa sa gourde délicatement, faisant son possible pour ne pas attirer l'attention de la goule à deux têtes par un quelconque bruit, en dévissa le goulot et but une nouvelle potion de mana, n'en laissant plus qu'une à l'intérieur du récipient magique. Le breuvage fit effet immédiatement, finissant de remplir ses réserves magiques, maintenant à leur potentiel maximal, et donnant l'impression à la jeune femme de juste sortir de son lit. Entre les potions et son sort de revigoration, elle était absolument en pleine forme, si l'on omettait les quelques contusions qu'elle avait au torse mais qui ne se révélaient pas handicapantes.

Et, ainsi refaite, elle leva son bras gauche devant elle en attendant que son adversaire ne passe à portée. Par chance, il commença par son côté, regardant d'abord à l'intérieur du premier caveau avec suspicion avant de s'avancer vers le second, dans lequel elle se tenait. Il dut entrer à l'intérieur pour bien la chercher, mais à peine avait-il fait deux pas qu'Anastasie mit son plan à exécution. Appelant ses fluides dans le creux de sa main, elle visa les deux visages et relâcha son sort d'aveuglement, qui de scinda en deux pour toucher les quatre yeux d'un seul mouvement, provoquant un terrible hurlement de la part de la goule, qui recula et chuta à la renverse dans les escaliers sous la douleur. Profitant de ce bref moment gagné, la jeune femme leva Perçombre autour de son épaule et, utilisant une nouvelle fois sa frappe exorcisante pour enchanter l'épée, frappa le genou droit de son adversaire pile à l'articulation. Le coup manquait cependant de puissance pour amputer la jambe puissante de son ennemi, mais elle n'avait pas le temps de s'attarder dessus : même ainsi handicapé, il ne ferait qu'une bouchée d'elle si elle lui laissait le temps de reprendre ses esprits.

Montant les marches quatre à quatre, elle courut jusqu'aux caveaux face à elle, empruntant le troisième et s'y cachant de la même manière que précédemment. Bientôt, la goule refit surface, boitant sous son genou à moitié découpé et la cherchant de nouveau du regard et Anastasie se remit en position. Elle aurait pu en profiter pour s'échapper, mais le nécrophage l'aurait entendue courir et se serait remit à sa poursuite ; elle se serait alors retrouvée prise en tenaille entre la meneuse et la meute, qui, bien plus lente, devait sans doute être en train d'arriver. C'est pourquoi la Comtesse devait s'assurer que la créature bicéphale serait beaucoup plus lente qu'elle avant d'aller à la rencontre des goules les plus faibles, qui, sûrement éparpillées après la montée jusqu'au balcon, qui ne pouvait se faire qu'une par une, représenteraient un affrontement à sa portée. Ou presque. Il devait rester seize d'entre elles, calculait-elle alors que son adversaire fouillait l'un des caveaux avec bien plus de prudence que précédemment. Si l'on retirait les quelques unes qui ne pourraient grimper sur le balcon, faute d'un nombre suffisant de goules pour former une échelle humaine, ou cadavérique, plutôt, cela laissait entre dix et treize nécrophages. Ce qui faisait toujours beaucoup trop. Certes ils ne seraient pas regroupés en une meute unie, mais elle mettait toujours un certain moment à tuer l'un d'entre eux, et ce temps de latence laisserait aux autres l'opportunité de se rapprocher, la laissant en position de faiblesse face à un nombre trop important d'ennemis. Mais elle ne devait pas y penser. Pas pour le moment. Elle avait beau être réfléchie et calculatrice, elle avait toujours réussi à s'en sortir par un certain esprit d'adaptation, et pour le moment c'était sur la goule à deux têtes qu'elle devait se concentrer. Car la créature, après avoir visité les deux caveaux précédents, se rapprochait, prête à la débusquer à l'intérieur de sa cachette. Et elle craignait que le monstre bicéphale, visiblement très intelligent, ne se laisse pas avoir une seconde fois par sa ruse.

Alors que la goule pénétrait dans le caveau, Anastasie lâcha une seconde fois son sort d'aveuglement, mais, comme elle l'avait redouté, son adversaire était préparé. Baissant la tête pour se mettre hors de portée des éclairs lumineux, la créature ne lui laissa aucune chance de réitérer l'attaque, plongeant sur elle d'un bond et l'agrippant de ses deux bras restants. La Comtesse sentit deux puissantes mains attraper son bras et son épaule et la jeter avec force contre le mur. Elle sentit une vive douleur le long de son dos alors qu'elle se réceptionnait sur la paroi de pierre avant de glisser au sol, laissant tomber Perçombre sous l'impact ; une seconde plus tard, la goule était de nouveau sur elle, prenant sa tête entre ses mains pour l'achever. Sonnée mais pas complètement abattue, Anastasie posa sa main sur l'intérieur du genou droit du nécrophage et envoya toute la puissance magique dont elle était capable dans sa paume, lançant le trait de lumière le plus dévastateur possible sur son articulation déjà abîmée. La jambe de la créature céda net sous la violence de l'attaque magique, la faisant chuter dans un cri de douleur et l'obligeant à lâcher la jeune femme pour se rattraper de ses bras. Profitant de l'occasion, la Comtesse récupéra sa rapière de sa main droite et la plongea dans sa direction d'une estocade faiblarde mais efficace ; la pointe de la rapière plongea dans la gueule grande ouverte de la chef de meute, perçant son palais et transformant son cri en gargouillis lugubre. Gravement blessée par le double-assaut de la jeune femme, la goule finit de tomber alors que la théurgiste retirait Perçombre de sa gueule.

Après cet assaut chanceux mais fructueux, décidant de profiter de l'occasion pour s'éloigner le plus possible de cette créature à la vitalité écœurante, Anastasie se redressa pour quitter le caveau. Malheureusement, derrière l'attendait une mauvaise surprise : plusieurs goules avaient fait leur apparition dans le riche tombeau, certainement guidées par les nombreux hurlements de leur meneuse. La jeune femme en comptait déjà cinq, qui, bien qu'éparpillées, représentaient un nombre trop important pour elle seule. D'autant que les créatures, habituées à opérer en groupe, se réunissaient, les premières arrivées ayant ralenties pour laisser les autres les rattraper en apercevant la Comtesse. Et, pour ne rien arranger, leur chef ne mit pas longtemps à sortir de sa cachette, marchant sur une jambe et ses deux bras pour s'approcher d'elle.

Elle gardait, fort heureusement, un avantage de taille sur tous ses opposants, et c'était la vitesse. Dans une salle si grande, aux multiples embranchements, elle pourrait peut-être réussir à les contourner, les attirant d'un côté pour repartir de l'autre. Et si la goule à deux têtes était assez maline pour tenter de couper sa retraite, elle ne pouvait donner d'ordres précis à ses consœurs, trop stupides pour comprendre comment coincer la jeune. Décidant donc d'appliquer son plan reposant sur son endurance, impressionnante grâce à son sort, et sur sa vivacité, Anastasie s'éloigna de ses poursuivants pour entamer l'ascension de l'un des escaliers de gauche. Vivante mais terriblement amoindrie par ses trois membres amputés, la meneuse fut bien vite distancée par les autres nécrophages, qui entreprirent à leur tour de monter les marches à sa poursuite. Si le monstre bicéphale s'élança avec toute la fougue dont il était capable pour lui barrer la route en se jetant sur l'escalier le plus proche, il fut cependant trop lent pour la théurgiste qui le dépassait déjà pour sortir complètement de l'autre côté de la salle, près de la sortie. Elle ne put malheureusement pas s'échapper immédiatement car entraient dans la pièces trois nouvelles goules, qu'elle ne se pensait pas apte à vaincre avant l'arrivée du reste de la meute mais qui lui bloquaient le chemin.

Perçombre en avant, elle esquiva la première attaque d'un pas chassé avant de plonger la rapière dans la gorge de sa première opposante, qui s'effondra sur le coup, toujours animée mais grandement affaiblie. Ainsi momentanément débarrassée de celle-ci, et voyant que derrière elle la meneuse se rapprochait dangereusement, elle tenta le tout pour le tout et passa en force, donnant un coup d'épaule à la plus proche, qui chancela assez longtemps pour la laisser passer, et une estocade vers la seconde, qui recula, lui laissant le champ libre.

Passant ainsi derrière tous ses adversaires, la jeune femme les laissa se regrouper de nouveau, ce qui donna l'opportunité à la meneuse de passer en tête, les autres ayant ralenti. Elles étaient maintenant neuf, en comptant celle à deux têtes, et d'autres faisaient petit à petit leur apparition dans la pièce, arrivant au compte goutte.

« Si seulement je pouvais relancer cette aura, » jura-t-elle entre ses dents en reculant, lame devant elle.

Car si les laisser se réunir était une bonne stratégie pour éviter d'être encerclée, cela rendrait leur extermination nettement plus difficile. Et elle en était à peu près convaincue à présent : il lui faudrait les annihiler pour s'en tirer vivante et avec le bouclier, probablement caché derrière leur repaire initial. Si elle avait été capable de réitérer l'aura qu'elle s'était découverte durant son combat contre Alban, puis qui avait renversé la tendance contre le nécromancien qui détenait Perçombre, elle aurait pu les éparpiller assez longtemps pour réduire leur nombre et ensuite réengager le combat avant qu'ils ne se regroupent, mais elle avait déjà utilisé cette technique pour survivre à la toute première attaque de la goule à deux têtes et se savait incapable de la réitérer avant plusieurs heures. Ce n'était pas faute de s'être entraînée pourtant. A son retour des Duchés, elle avait pris plusieurs après-midi pour tenter d'enchaîner cette aura plusieurs fois de suite, mais peu importe à quel point elle essayait, il lui fallait toujours plusieurs heures avant de pouvoir la réactiver. Comme si ça ne dépendait pas d'elle. Elle avait depuis considéré cela comme un don, une compétence innée soumise à la volonté de la Déesse et non à sa propre puissance. Mais...

Mais ça ne voulait pas dire qu'elle ne pouvait pas s'en inspirer. Après tout si le don était, selon elle, divin, il lui restait propre, ce n'était pas comme si elle recevait son aura directement de Gaïa, qui abaissait sur elle son bras pour la bénir sur le moment. Donc si elle en était capable de manière innée, peut-être pouvait-elle adapter la technique pour puiser directement dans ses ressources. Prise de cette nouvelle intuition, la jeune femme se concentra sur ses fluides... Mais elle s'arrêta bien rapidement ; sa magie n'avait rien à voir avec son aura, c'était une puissance qui semblait directement émaner de son corps. Se retournant, elle courut sur quelques mètres pour mettre de la distance entre la horde grandissante de goules et elle-même. Puis, leur refaisant face, elle se concentra sur son énergie vitale. C'était de cela dont elle avait besoin.

Se plongeant dans son for intérieur, dans cet état de transe qu'elle avait expérimenté il n'y avait pas si longtemps, Anastasie prit pleine conscience de son énergie vitale, de cette puissance si semblable et pourtant si différente de ses fluides. Elle avait fait des recherches sur elle : les experts l'appelait le ki. Maniant le ki, donc, contenu en elle, elle utilisa le même procédé que pour la magie et le répartit là où elle avait besoin de lui, lui donnant une forme et un objectif. Elle commença par la forme, première étape logique du processus. Visualisant l'énergie vitale, elle l'imagina se concentrer contre chaque parcelle de son épiderme, contre chacun des pores de sa peau. Elle répartirait le ki de manière égale absolument partout, de son visage à ses pieds, de ses seins à ses omoplates. Puis, au moment de relâcher la pression, elle le dégagerait à l'extérieur de son corps d'un même mouvement, formant un dôme d'énergie pure qui traverserait la pièce sur plusieurs mètres, touchant tous les morts-vivants sur son passage. Vint ensuite le dessein. Car ainsi modelée, dépourvue d'objectif, dépourvue d'intention, cette énergie ne resterait que de l'énergie, à la fois puissante et inoffensive. Elle voulait effrayer les créatures, les faire fuir... Mais... Pourquoi s'arrêter à de la peur ? Pourquoi ne pas en profiter pour les annihiler, plutôt ? Pourquoi ne pas utiliser ses dons, conférés par Gaïa elle-même, pour les exterminer ? Ainsi décidée, elle donna un but à son ki, un but destructeur. Il serait offensif, dangereux, il brûlerait tout sur son passage. Elle imagina, en son for intérieur, le mouvement : une sphère d'énergie si condensée qu'elle en serait palpable, tangible, traverserait la pièce avec force. Mais ça ne suffisait pas, non. Il manquait quelque chose pour que la puissance qu'elle dégagerait soit mortelle aux goules. Car le ki, sous cette forme, restait du simple ki, dépourvu de la moindre propriété divine, de la moindre propriété purificatrice. Pour lui donner son plein potentiel destructeur, elle devait faire exactement comme elle faisait pour recouvrir son épée de la puissance de Gaïa : leur donner la même vie que ses fluides, lumineux et... vivants. Ses adversaires n'étaient que des cadavres, en fin de compte. Leur redonner vie serait ce qui, paradoxalement, les tuerait, si l'on pouvait parler de mort dans leur cas. Alors elle donna à son ki la beauté, la rutilance et la splendeur de ses fluides. Mais avant tout, leur force et leur but. Son énergie était maintenant entièrement dédiée à l'éradication des morts-vivants. A leur destruction pure et simple. Comme celle qu'elle donnait dans sa lame, sauf que celle-ci passerait par chaque millimètre du corps de ses opposants, irradiant de lumière l'entièreté de leur être contre nature, de leur présence absurde.

Lorsqu'elle relâcha son ki, relançant ce temps qui semblait avoir ralenti durant sa concentration, les goules n'étaient qu'à quelques pas d'elle. Il lui aurait fallu un unique pas pour trancher le plus proche, qui menait la troupe avec prudence vers cette ennemie qui s'était révélée si dangereuse jusqu'à présent. Mais pas assez prudemment pour éviter ce qui allait s'abattre sur eux. La vague d'énergie s'échappa du corps de la théurgiste avec violence et rapidité, brûlant tout sur son passage, comme elle l'avait prévu. Il y avait dix goules dans son champ d'action, en comptant la meneuse qui fermait la marche, plus lente que les autres. Mais lorsque le dôme de ki eut atteint sa limite et s'évapora dans la salle, seule la chef de meute bougeait toujours. Pour autant, tout ne se déroula pas sans accroc pour la jeune femme. En effet la technique, extrêmement puissante, avait puisé dans ses ressources physiques en plus d'utiliser son énergie latente, la laissant exténuée et endolorie malgré le sort de vigueur toujours actif dans son corps. Heureusement pour elle, l'unique rescapée de l'attaque avait également été irradiée par la vague et se remettait avec peine de ses émotions. Elle était maintenant dans un sale état, avec son unique jambe, ses deux bras supérieurs arrachés au niveau du coude et le trou béant qui commençait dans son palais pour se terminer quelque part derrière le crâne de sa seconde tête. Et pourtant nouvelle preuve de sa vigueur exceptionnelle, il ne lui fallut pas très longtemps pour se remettre en marche vers l'énervante jeune femme qui continuait encore et toujours de repousser ses assauts.

Celle-ci, cette fois, avait du mal à se remettre de ses émotions. Sa technique avait été tellement violente qu'elle avait dû endommager quelques uns de ses organes internes et, si la langueur avait vite disparue grâce au sort de revigoration, les douleurs et les dégâts occasionnés dans son organisme étaient cette fois handicapants. Alors que la goule à deux têtes s'approchait dangereusement, prête à profiter de ce moment de faiblesse pour en terminer avec sa Némésis, Anastasie, prise d'une quinte de toux, cracha une gerbe de sang au sol, sonnée. Mais si les dégâts étaient physiques, c'était quelque chose qu'elle était capable de gérer. Reprenant ses esprits, elle posa une main sur son buste pour dégager à l'intérieur de son corps une douce énergie régénératrice, destinée à soigner toutes les blessures invisibles qu'elle s'était causées elle-même.

Mais lorsqu'elle reporta son attention sur ses alentours, prête à se défendre contre son adversaire, celui-ci était déjà près d'elle et agrippait sa cheville de l'un de ses derniers bras. Tirant d'un coup sec sur le point d'appui, il fit chuter la jeune femme au sol, qui dut lâcher Perçombre pour éviter le traumatisme crânien en se retenant de justesse de ses deux mains. La créature était néanmoins en position de force maintenant et profita de sa domination pour attraper Anastasie à la gorge tout en maintenant son pied droit au sol avec force. Mais ainsi perchée sur deux membres non parallèles et de travers, pour gagner l'allonge nécessaire à ce que ses bras se retrouvent aux deux extrémités de la jeune femme, la goule était en équilibre instable. Alors, utilisant sa jambe libre, la Comtesse envoya son talon dans l'articulation du coude gauche de la créature, la faisant tomber avant qu'elle n'ait le temps de broyer sa gorge. Une fois libérée des bras puissants du monstre, Anastasie envoya son genou un peu à l'aveuglette en direction de son opposant pour termine de le pousser d'au-dessus d'elle et roula sur elle-même de l'autre côté pour mettre de la distance entre eux. Elle eut tout juste le temps de se relever avant de voir la goule de nouveau sur elle, mais, cette fois préparée, elle eut le réflexe de bondir en arrière pour échapper à sa poigne. Elle profita alors de sa nouvelle position de force pour s'éloigner de son adversaire, qui la suivit avec peine sur quelques mètres. Lorsqu'ils furent tous deux assez loin du lieu de leur précédente rixe, cependant, elle le contourna pour aller récupérer Perçombre, qu'elle avait laissé sur place. Et elle en aurait besoin, car deux nouvelles goules avaient fait leur entrée dans la salle. Certainement les dernières ayant été capables de grimper sur le balcon, selon ses calculs. Et cela la rassurait en fait quelque peu de les voir arriver, prouvant qu'ils étaient tous partis à sa poursuite et non après Camille et Johan, certainement sains et saufs à l'extérieur à l'heure qu'il était.

Décidant de s'occuper de ces deux-là avant de ré-attaquer leur meneuse, Anastasie recouvrit sa lame de la même énergie destructrice que plus tôt et alla à leur rencontre pour les vaincre avant que le monstre bicéphale ne puisse leur venir en aide. Elle n'avait conféré qu'une puissance moindre à la lame, ayant déjà utilisé la majeure partie de sa puissance, mais un premier coup d'épée suffit à trancher un bras de son premier adversaire, qui s'avéra trop lent pour l'éviter, et un second vint rapidement ouvrir le ventre du second, qui chuta au sol sous la douleur. Il était curieux de penser que de tels êtres subissaient effectivement la souffrance, mais elle avait eu la preuve plus d'une fois que c'était le cas en ce jour. La première goule, qui n'avait plus qu'un bras, parvint toutefois à attraper le bras armé d'Anastasie ; utilisant sa prise pour la tirer à elle, elle planta ses dents dans la manche de l'armure de cuir avec force, pénétrant la protection pour venir entailler superficiellement la peau de la jeune femme. Retenant une grimace, elle se défit de son étreinte d'un coup de genou dans les côtes avant de l'achever d'un coup de taille dans le cou, le décapitant à moitié. Mais derrière elle, c'était au tour de la chef de meute de passer à l'assaut, forçant la jeune femme à bondir sur le côté et à remettre à plus tard l'exécution de la dernière des sous-fifres, qui se relevait avec peine.

« Voyons, voyons, » réfléchit-elle à voix haute. « "Elle craint la magie de lumière... mais pour la tuer il faut la priver de ses deux têtes et de ses deux cœurs". »

Cette citation venait de la retranscription sur papier d'une conférence donnée par Mikuzuki, la plus éminente des spécialistes dans la recherche des créatures et de la magie noire de toute la partie Sud de Nirtim, dont Anastasie avait passé des journées entières à lire les différents écrits pour préparer cette expédition. Jamais elle n'avait pensé tomber sur une telle créature en arrivant dans ce tombeau, emménagé par Tal'Raban bien avant leur création par Herle Krishok, mais s'il avait placé la une meute entière de goules après son retour à la vie il n'y avait effectivement aucune raison pour qu'il ne transforme pas également l'intérieur de la crypte.

« Les deux têtes et les deux cœurs, » répéta-t-elle avec une grimace.

Elle n'était plus vraiment étonnée de la suite de la conférence de l'"Obscurologue", comme elle s'était elle-même appelée, qui disait qu'à moins d'être extrêmement nombreux il n'y avait de toute façon aucun moyen de s'en sortir pour un être humain normalement constitué. Il fallait dire qu'elle avait eu beaucoup de chance et que ses capacités étaient littéralement faites pour s'occuper de ce genre de créatures, mais elle restait particulièrement impressionnée par sa propre performance en voyant la goule face à elle avancer avec difficulté sur ses trois membres restants. Dans cette position, elle était bien capable de vaincre, et ce malgré l'incroyable résistance du monstre.

Seulement il y avait un problème : maintenant tous deux blessés, les nécrophages avançaient à une allure similaire et étaient très proches l'un de l'autre, ce qui l'empêchait d'en achever un avant de s'attaquer à l'autre. Et si le plus faible des deux n'était qu'une formalité, elle prendrait un gros risque en le ciblant tant que le bicéphale était près de lui. Mais il lui restait un peu de mana pour régler ce problème ; si elle ne gaspillait pas tout dans un sort trop puissant, il lui en resterait même assez pour un second plus tard. Mais trait de lumière, éclair aveuglant ? Elle hésita quelques secondes avant de se remettre en position de combat. Levant son bras gauche tout en tenant fermement Perçombre du droit, elle visa l'un des coudes de la chef de meute et laissa filer une décharge d'énergie offensive directement sur l'articulation, faisant flancher son corps qui se ramassa sur lui-même. Le sort était trop faible pour réellement endommager le bras de la créature, mais sa chute lui offrit juste le temps nécessaire pour se rapprocher des deux goules et se fendre d'un coup transversal en direction de la tête de la plus faible des deux, qui vola immédiatement à terre.

Mais, faisant preuve d'un réflexe phénoménale, il n'en avait pas fallu plus à la meneuse pour attraper de nouveau la jambe d'Anastasie. Elle n'eut cependant pas le temps de la faire chuter que la Comtesse envoya une estocade dans son visage, traversant un œil de son visage arrière et lui faisant momentanément perdre prise. La jeune femme profita de ce temps de faiblesse pour reculer, mais alors qu'elle retirait la lame de l'orbite de son opposant, celui-ci attrapa la rapière sans plus de considération pour sa main pour l'empêcher de s'éloigner. Et elle avait beau tirer de toutes ses forces de ses deux bras, la créature était juste bien plus puissante qu'elle, la retenant sans mal et s'offrant même le luxe de rouler complètement sur le dos pour tenter de l'agripper de son autre membre. Voyant venir le coup, Anastasie préféra abandonner son arme et lâcha celle-ci immédiatement pour se mettre hors de portée ; mais le nécrophage, qui tirait à force égale dans l'autre sens, envoya bientôt la lame plus profondément encore dans son visage, duquel elle ressortit par l'arrière du crâne dans un bruit atroce, bientôt couplé par son propre hurlement. Profitant de l'opportunité, la jeune femme s'avança pour envoyer son talon en plein dans le pommeau de son arme, qui rentra jusqu'à la garde, pourtant large, et élargit l'orbite jusqu'à ce que l'on puisse apercevoir la cervelle nécrosée par son trou. Immédiatement, la mâchoire de ce visage s'arrêta et son cri avec, ne laissant plus que les grognements féroces du second ; mais, surtout, ses bras et sa queue se stoppèrent avec lui, révélant la raison qui avait obligé leur créateur à les pourvoir de deux cerveaux. Ainsi la tête principale devait contrôler les jambes et les bras supérieurs, tandis que la seconde avait pour fonction de manier les deux membres intermédiaires et l'excroissance au bas de leur dos.

Et, ainsi, la goule était rendu inoffensive. Enfin. Car, battant de son unique jambe en poussant des grognements semblables à des feulement, elle faisait presque pitié maintenant. Presque. Anastasie attrapa la lame plongée dans le crâne de son adversaire et tira d'un coup sec, la délivrant de sa matière grise et de ses chairs putréfiées. Elle découvrit, par la même, pourquoi Mikuzuki recommandait de détruire ses cœurs également, car quelques secondes à peine après avoir retiré la lame ses bras recommencèrent à se mouvoir, d'abord faiblement mais avec de plus en plus de vigueur alors que sa gueule se remettait également à reprendre vie. Ç’aurait été un problème si la goule avait été debout, active, avec deux autres bras pour la tenir à distance, mais en l'occurrence ça lui importait peu. Elle n'eut qu'à plonger Perçombre dans son buste, qui ne résista que quelques secondes face à la pression, pour mettre fin à la revitalisation de la créature. Détruisant les deux cœurs d'un seul coup, il ne lui resta plus qu'à méthodiquement décapiter le nécrophage, s'attaquant à répétition à son cou, pour définitivement le contraindre à l'inertie.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Jeu 20 Oct 2016 12:24 
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La goule achevée, Anastasie leva les yeux vers ce long escalier qui lui faisait face. Etant donné la position de la meute, elle ne pensait pas que le bouclier soit là, mais elle ne pouvait se sortir de la tête l'impression que cet endroit était important. Tal'Raban n'était peut-être pas un romantique, mais cette alcôve restait l'endroit le plus emblématique de la crypte pour y cacher un objet d'importance. De plus, il restait encore un mystère à résoudre à propos de cet endroit : comment la horde de nécrophages s'était-elle retrouvée à l'intérieur, et enfermée qui plus est ? Les récents rapports disaient qu'elle gardait l'entrée des lieux, ce qu'elle avait fait depuis des années déjà, alors qui avait changé cela et pourquoi ? Raffermissant sa prise sur Perçombre, la jeune femme s'approcha des marches et en commença l'ascension sans plus attendre, désireuse de voir ce que cachait l'un des derniers endroits qu'elle n'avait pas encore visité.

Une fois arrivée en haut, utilisant ses dernières forces, ou presque, elle invoqua une nouvelle boule lumineuse pour éclairer l'endroit, baigné dans l'ombre. C'était une pièce circulaire relativement grande au fond de laquelle se trouvait un tombeau finement décorés de gravures dorées et autres reliefs sculptés. A n'en pas douter la dernière demeure d'un personnage important. Mais ce n'est pas ce qui attira son attention ; trois armures décoratives étaient également présentes, l'une juste face à elle et les deux autres à environ deux mètres de celle-ci de chaque côté, toutes "regardant" en direction du sarcophage. Mais quelque chose n'allait pas à leur propos. Ce n'était pas un lieu guerrier, un lieu dédié à la violence, non, c'était un lieu révérant Phaïtos et censé apporter de la quiétude et du repos aux morts. C'était pourquoi toutes les pièces accueillant des cercueils étaient plongées dans l'ombre, c'était pourquoi aucun symbole martial n'était présent. Et puis... quel peuple utilisait ces armures ? Des protections de tissus renforcés et de plates légères avec des gravures décoratives sur les parties métalliques, des bâtons de combat comme arme et des casques à l'architecture absurde pourvue d'une ouverture uniquement d'un côté du visage ; rien de tout cela ne ressemblait à une esthétique earionne, encore moins garzok. Sans compter l'absence totale de rouille. Non, elle comprenait ce que ces armures étaient, elle comprenait pourquoi elles étaient là. C'était des réceptacles pour Ombres. Et elle comprit à la fois comment les goules s'étaient retrouvées enfermées et la signification de ce que lui avait dit le disciple de Tal'Raban dont elle avait détruit le corps lors de son voyage jusqu'à la crypte.

« Tu peux bouger, Ulric, je sais que tu es là, » fit-elle. « Enfin, Ulric... Comment devrais-je t'appeler maintenant que tu n'es plus dans son corps ? »
« Mon nom est Zekiel, » répondit une voix éthérée, semblant provenir autant de la statue métallique centrale que des alentours.

Elle laissa échapper un demi-sourire sans joie. Ainsi elle avait vu juste. La dernière fois qu'elle avait rencontré cet Ombre, au moment où elle pensait le bannir d'un corps assez longtemps pour récupérer la relique et s'en aller de l'Omyrhie sans heurt, il l'avait prévenu qu'il reviendrait. A ce moment là elle avait répondu « Ce qui m'importe, maintenant, c'est de te mettre hors d'état de nuire juste assez longtemps pour récupérer le bouclier, » ce à quoi il avait rétorqué « Justement, je reviendrai avant que tu le récupères. » Elle n'avait pas compris, sur le coup, car elle pensait qu'il aurait dû trouver un nouveau cadavre et venir à sa rencontre assez rapidement, alors même que les Ombres sous leur forme originelle, intangible, n'allaient pas aussi vite qu'un cheval au galop. Mais visiblement ces armures étaient un recours auquel Tal'Raban avait pensé bien avant le début de l'expédition.

« Je t'avais dit que je reviendrais, me voilà, » fit l'armure centrale en faisant un pas en avant. « Mais je suis certain que tu as plein de questions. »

La jeune femme souleva un sourcil, ne cachant pas sa surprise. Il s'était montré peu loquace lors de leur précédent entretien, clamant sa dévotion sans borne à Tal'Raban, et Anastasie avait dû ruser pour obtenir quelques informations de sa part.

« Si tu es là depuis le début, pourquoi ne pas avoir aidé les goules à me tuer ? » tenta-t-elle tout de même.
« Oh, ne crois pas qu'elles auraient fait la différence entre toi et moi, si je m'étais avancé pour les aider j'aurais fini par me faire moi-même pourchasser par leur meneuse, » répondit-il. « Alors je préférais attendre que tu ouvres le tombeau pour te prendre par surprise. Mauvaise pioche on dirait. »
« Mais tu es un esprit, tu ne meurs pas à la destruction de ton hôte. »
« Ca, ça dépend. Si j'ai toutes mes forces, c'est vrai, mais tu as tué mon corps précédent et c'est une expérience particulièrement douloureuse et affaiblissante pour nous. Il nous faut plusieurs jours de repos avant d'être complètement refaits, si on perd un autre corps pendant ce laps de temps on a de bonnes chances d'en mourir. »

Elle fronça les sourcils, sceptique. L'explication était cohérente, mais elle s'étonnait de ne pas l'avoir lue dans l'un des ouvrages de Mikuzuki. L'experte ne connaissait-elle pas cette propriété ? C'était dur à avaler. Mais pourquoi lui mentirait-il ?

« Alors comment as-tu enfermé les goules à l'intérieur ? Et puis, pourquoi ? »
« En rusant et en prenant des risques. Quant au pourquoi... C'est pourtant clair : la meute n'est là que pour dissuader l'entrée, si elle était là pour réellement être un problème elle serait cachée. Mais vous, vous étiez presque vingt, et entraînés en plus. Je savais que vous n'alliez en faire qu'une bouchée si vous les affrontiez dans un espace ouvert. Alors qu'avec l'aide de la goule à deux têtes, ça augmentait grandement les chances d'un carnage. »

Les lèvres de la jeune femme se pincèrent à la déclaration. Ils n'étaient certes pas vingt lorsqu'ils étaient entrés dans la crypte, mais il avait visé juste pour l'hécatombe et ça ne lui plaisait guère que l'on le lui rappelle.

« Ca m'étonnerait que le bouclier soit là, » fit-elle en pointant le sarcophage du menton.
« Tu as raison, » répondit simplement l'Ombre.
« Alors qu'y a-t-il là dedans qui requiert que je vienne chercher ici au lieu de directement récupérer ce que je suis venu chercher ? »
« Une clé. Une clé qui ouvre une herse située dans la salle où était enfermée la goule à deux têtes. C'est qu'est le bouclier. »

La jeune femme fronça une nouvelle fois les sourcils, dubitative.

« Et pourquoi ne pas la garder chez vous, à Omyre, cette clé ? En fait, maintenant que Tal'Raban est copain avec la taulière, pourquoi ne pas directement garder toutes les reliques en sûreté là-bas ? »

Un petit rire amusé résonna dans la pièce alors que Zekiel faisait nonchalamment tournoyer son bâton entre ses doigts.

« Tu crois que Tal'Raban cache ses reliques ? Qu'il tremblote comme une adolescente qui vient d'avoir ses premières règles à l'idée que quelqu'un puisse les récupérer et les user contre lui ? Tu crois vraiment que l'on devient le Nécromancien le plus craint et respecté de l'histoire de Yuimen en faisant dans son pantalon à la vue de simples objets, aussi puissant soient-ils ? »
« Eh bien s'il n'en a pas peur, pourquoi faire tout ça ? Pourquoi les rendre si inaccessible ? »
« Inaccessible ? » s'étonna l'Ombre. « Mais tu es là, toi. Et si tu me vaincs, tu auras bientôt deux des reliques d'Isaac en ta possession. Tiens, je veux bien même te révéler l'emplacement de la bague si tu veux : elle est au château d'Endor, en plein Luminion ! Non les reliques "cachées" par Tal'Raban n'ont rien d'inaccessible, pour la simple et bonne raison que rien n'est inaccessible sur Yuimen. Si nous les jetions à la mer, au beau milieu de l'Aeronland, la magie vous permettrait de les localiser ; si nous les jetions dans un volcan, ces stupides reliques disparaîtraient d'elles-mêmes pour changer d'emplacement, "conscientes" d'être hors d'atteinte par les âmes valeureuses par lesquelles elles veulent être portées. Même dans la chambre d'Oaxaca quelqu'un d'assez talentueux serait capable de les voler. »
« Du coup c'est pas en mettant les clés à côté des serrures qu'elles ouvrent que ça va nous empêcher de les récupérer, » intervint la jeune femme avec sarcasme.
« Parce que le but n'est pas de vous en empêcher. Vois-tu, cette partie de l'histoire est assez méconnue étant donné que ses deux seuls protagonistes et témoins sont morts peu de temps après, mais lors du duel qui opposa Tal'Raban à Isaac, ce n'est pas celui que l'on croit qui a gagné. C'est bel est bien mon créateur qui est sorti victorieux, mais ce n'est qu'après avoir attaqué le valeureux paladin en traître alors qu'il avait abandonné, battu à plates coutures. »

Anastasie écarquilla légèrement les yeux à cette révélation. Etait-ce bien vrai ? Isaac avait vaincu le plus grand nécromant à lui tout seul ?

« Seulement s'il a dû ruser car il préférait la vie dans la lâcheté à la mort dans l'honneur, » continua Zekiel, « il n'en reste pas moins profondément blessé dans sa fierté. Lui, le plus grand, le plus fort, le plus craint de sa génération... vaincu. Mais depuis son retour à la vie, Tal'Raban est plus fort, plus puissant que jamais. Et il ne rêve que de sa revanche. Alors, comme tu peux t'en douter, même pour lui il est quelque peu difficile de provoquer un mort en duel. Alors il a décidé d'affronter son successeur à la place.[/b][/color] »
« Son... successeur ? »
« Oui. Mais son successeur ne peut pas être le premier ahuri à trouver les reliques dans son jardin. Il doit les mériter, prouver qu'il est digne de les avoir. Et donc être capable de les rassembler. »
« Tu veux dire que... ce sont des tests ? » demanda-t-elle, incrédule.
« Exact. Tu peux également les voir comme des formations si tu préfères. Après tout aurais-tu été capable de vaincre cette goule si tu n'avais pas dû récupérer Perçombre au préalable ? Mais ne crois pas que tu as déjà réussi. Je dois avouer être plutôt impressionné par ta performance jusque là, je ne m'attendais pas à de tels résultats, mais tu peux compter sur nous pour rendre la suite encore plus difficile. »

La jeune femme raffermit sa prise sur sa rapière, sentant l'heure de l'affrontement arriver.

« Je suppose que te vaincre est le dernier test de cette crypte ? »
« Effectivement. Mais plus de piège ni de chance cette fois. Tu as eu la goule à deux têtes par la ruse, mais cette fois c'est un test de dextérité, de force et d'endurance. »

Sur ces mots, il fit tournoyer son bâton une dernière fois avant de se mettre en position de combat. Quelque chose n'allait pas : il était trop confiant, trop serein, trop... charismatique, pour être le même idiot qu'elle avait vaincu dans le corps d'Ulric. Et pourtant, elle ne voyait pas d'autre explication. Mais ce n'était plus le temps des questions, c'était maintenant le temps de l'affrontement.

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Anastasie s'approcha rapidement mais prudemment de Zekiel, qui l'attendait de l'autre côté du sarcophage. Il ne semblait pas vouloir venir à sa rencontre, comme s'il essayait de l'attirer à cet endroit, mais c'était stratégiquement à l'avantage de la jeune femme, car l'espace entre la sépulture et le mur était relativement étroit, donnant un avantage certain à la rapière sur le bâton.

Arrivée face à lui, la Comtesse fut la première à agir, envoyant une estocade vive mais faiblarde en direction du casque de l'Ombre. Ce dernier l'évita avec facilité, reculant sa tête et effectuant une passe de son arme pour l'empêcher d'avancer plus encore, mais elle n'avait de toute façon pas prévu de toucher avec cette attaque. Ce fut ensuite au tour du serviteur de Tal'Raban de tester les défenses de son adversaire, envoyant son sceptre dans la direction de la théurgiste trois fois de suite, sans succès. Les passes de chauffe se succédèrent ainsi près d'une minute, chacun attendant que l'autre entame réellement le combat avec un assaut sérieux pour dévoiler son jeu.

« Ta marge de progression est phénoménale, » la félicita Zekiel après une énième parade de la jeune femme. « Tu apprends à chaque combat, tu mûris chaque jour... Une digne élue de Gaïa. »

Le compliment semblait sincère mais Anastasie le laissa néanmoins sans réponse, restant concentrée sur le duel qui débutait tout juste. Une simple conversation de politesse avec ce monstre à cause duquel tant des siens étaient morts était hors de question pour la jeune femme, qui ne rêvait que de le voir détruit. Après tout si elle le privait de sa carapace maintenant, il en mourrait, il l'avait confié lui-même. Mais pouvait-elle faire confiance à cette affirmation ?

Brisant ses pensées d'un coup de bâton en direction de son menton, l'Ombre fut le premier à accélérer le rythme du duel ; elle avait écarté l'attaque du plat de Perçombre, mais il ne fallut qu'une seconde à Zekiel pour relancer une attaque, de l'autre extrémité de son arme contondante. Lancée vers ses pieds, la Comtesse n'eut qu'à sauter pour l'éviter, mais bientôt un troisième assaut consécutif s'approcha dangereusement de ses côtes, la forçant à reculer un peu plus vers le mur, dont elle n'était plus qu'à deux pas maintenant. A partir de ce moment là, les échanges s'intensifièrent, notamment du côté de l'Ombre, qui faisait preuve d'une dextérité extraordinaire pour manier cet encombrant sceptre de combat compte tenu de l'étroitesse des lieux. Mais aucun de ses coups n'était censé être décisif, il voulait juste, petit à petit, la rapprocher de la paroi derrière elle pour diminuer ses possibilités d'esquives. Comprenant le stratagème, Anastasie le laissa d'abord faire, feignant de perdre du terrain jusqu'à se retrouver à moins d'un mètre du mur, la mettant dans une position fâcheuse. Puis, quand Zekiel amorça l'estocade qui la forcerait à se retrouver en position de faiblesse, elle plongea littéralement en avant, passant sous l'arme et très près de l'armure animée pour se réceptionner en une roulade juste derrière son adversaire. Celui-ci se retourna prestement, remontant immédiatement sa garde alors que la jeune femme se remettait elle aussi en position de combat et bientôt les rôles furent échangés. Il était encore à quelques pas du mur, mais, et c'était le plus important, elle en était surtout très loin.

Un rire éthéré s'échappa du serviteur de Tal'Raban, résonnant à travers la pièce. Il semblait trouver le retournement de situation très drôle, comme s'il n'en était pas du tout inquiet, ce qui acheva de rendre la Comtesse nerveuse. Quelque chose n'allait pas à propos de cette pièce, de cet agencement. Il y avait trois armures capable d'accueillir chacune un Ombre différent... Mais comment Tal'Raban pouvait-il savoir quand quelqu'un pénétrerait dans cette crypte, et donc y envoyer ses serviteurs pour la défendre avant que l'intrus ne reparte avec le bouclier ? La logique voudrait que les lieux soient constamment investis de ces trois esprits, qui resteraient là indéfiniment en attendant l'arrivée des chasseurs de relique. Mais si ça avait été le cas, pourquoi Zekiel aurait risqué sa vie pour prendre la place de l'un d'eux ? Et où seraient passés les deux autres ? L'hypothèse du piège était très peu probable, car s'il y avait eu deux Ombres en pleine forme auparavant, ils auraient pu tenter de la tuer en aidant la goule à deux têtes, ne craignant pas une destruction de leur corps. De plus, elle avait à plusieurs reprises tourné le dos aux deux armures restantes, et s'ils avaient voulu la prendre par surprise durant le duel ils auraient déjà eu de nombreuses occasions de passer à l'attaque.

Mais la jeune femme n'eut pas le temps de réfléchir à l'énigme qui s'imposait à elle, car l'Ombre reprit les assauts avec une véhémence accrue. Accélérant également le rythme des parades et des ripostes, la Comtesse évita avec succès tous les nouveaux coups portés par son adversaire, sans pour autant réussir à le heurter en réponse. Ils continuèrent ainsi leur duel pendant plus d'une minute supplémentaire sans qu'aucun des deux ne réussisse à prendre le dessus sur l'autre, parant et esquivant la moindre attaque sans que qui que ce soit ne soit blessé. Ils étaient d'un niveau équivalent, presque identique en fait ; basant tous les deux leur style sur une vitesse, une esquive et une dextérité équivalentes, c'est leur endurance qui aurait dû les départager. Mais l'un était une armure dépourvue de muscles ou de poumons alors que l'autre était sous l'emprise d'un sort dopant ses fonctions vitales et qui resterait actif encore un certain moment, aussi les échanges étaient-ils vains. Le seul moyen pour prendre l'avantage était donc de blesser leur adversaire, ou bien de prendre des risques inconsidérés qui, quelle que soit l'issue, changerait définitivement le rapport de force du combat.

Seulement si les solutions pour blesser Anastasie étaient multiples pour Zekiel, c'était quelque chose d'un peu plus difficile dans l'autre sens. Car pour blesser un Ombre en possession d'une armure, il fallait percer celle-ci ou réussir à faire tomber l'une de ses protections. Ainsi le « corps » de l'esprit peinait à rester dans son enveloppe et devait utiliser son énergie vitale pour ne pas s'évaporer, ce qui était aussi handicapant pour eux qu'une entaille ou un choc sur un être vivant. Le problème, c'était qu'une rapière avait pour but d'être précise, pas destructrice. Si elle pouvait, avec sa fine lame, passer à travers une interstice pour piquer la chair de ses opposants les plus armurés, il lui était bien plus compliqué de causer de réels dommages à des protections de métal. C'est pourquoi c'était à la jeune femme de prendre des risques, car si chacun pouvait commettre une erreur, il n'y avait que les siennes qui changeraient quelque chose à l'issue du combat. Réalisant cela, alors, Anastasie fit ce qu'elle faisait de mieux : elle fit preuve d'audace.

Pendant une attaque plongeante de Zekiel en direction de sa tête, la théurgiste, au lieu de reculer, plongea de nouveau en avant. Le bâton était une arme de grande allonge qui ne permettait pas facilement de passer outre la garde de son détenteur même après une attaque, aussi l'Ombre ne la vit-il pas venir ; faisant une roulade pour se retrouver juste derrière lui, la jeune femme planta sa rapière dans l'interstice entre la botte et la jambière gauche de son adversaire et continua rapidement son chemin pour se mettre hors de portée du sceptre, laissant sa propre arme sur place.

« Même pas mal, » plaisanta l'esprit, pensant que c'était là une simple erreur de calcul de son ennemie.

Mais la Comtesse, esquivant d'un bond un nouvel assaut de l'Ombre, arriva bien vite devant une autre statue de métal, celle-ci bien immobile, et lui arracha son bâton des mains pour faire face à Zekiel. Elle n'avait jamais manié une telle arme, s'étant exclusivement entraînée à l'épée, mais elle comprenait assez le principe pour exécuter son plan ; elle donna un coup plongeant en direction de son adversaire, qui se décala sur le côté sans grande difficulté, mais, déviant le plus possible son sceptre sur le côté, la jeune femme fit mouche à l'endroit qu'elle visait réellement : la rapière, toujours plantée dans le mollet imaginaire de l'Ombre. L'arme contondante vint frapper avec violence le manche de Perçombre, qui fit levier dans la jambe de l'esprit et, sous la violence de l'impact, vint déchausser la botte de Zekiel qui tomba à la renverse en poussant un râle de douleur. Il se ramassa avec une dextérité impressionnante, roulant en arrière pour se relever immédiatement mais, sa botte ayant volé dans une autre direction, manqua de retomber aussitôt. Anastasie, voyant sa chance d'en finir une bonne fois pour toute, ne lui laissa pas une seconde de répit et repartit à l'assaut, lançant l'extrémité de son bâton sous le casque de son adversaire, et, lorsque celui-ci chuta de nouveau, tira de toute ses forces vers le haut pour décrocher sa tête métallique. De nouveau à terre, avec une jambe et un visage en moins, Zekiel laissait échapper des bruits inquiétants en essayant vainement de se maintenir à l'intérieur de sa carapace ; des deux extrémités manquantes sortaient des volutes de fumée noires qui donnaient vaguement l'illusion d'une tête et d'un pied.

« Je ne pensais pas que ce réceptacle me laisserait si vite tomber, » fit la voix étrangement calme de l'Ombre. « Plus que deux chances. »

Et, avant qu'Anastasie n'ait le temps de comprendre la signification de sa phrase, l'esprit quitta l'armure cassée pour se jeter derrière elle. La seconde d'après, alors qu'elle se tournait pour voir où elle avait disparu, une attaque surprise la fit reculer de plusieurs pas, le souffle coupé ; l'armure sur laquelle elle avait pris le bâton venait de lui lancer son poing ganté en plein ventre. Lorsqu'elle se remit en position de combat, son adversaire était de nouveau à deux pas d'elle, prêt à la frapper de nouveau. Elle esquiva l'attaque d'un bond en arrière avant de lancer une extrémité de son bâton devant elle, loupant l'Ombre, qui avait reculé, d'une bonne seconde. Mais comment était-il là ? Ne mourrait-il pas lorsque son corps était détruit ? Et si non, alors pourquoi ne pas en avoir profité pour aider la goule à deux têtes plus tôt ? Les mensonges de Zekiel soulevaient beaucoup de questions, mais Anastasie n'avait pas vraiment le temps de chercher des réponses car il s'élançait déjà de nouveau sur elle, toujours désarmé mais avec un manque nouveau de considération pour son corps d'emprunt. La Comtesse se défendit du mieux qu'elle pouvait en lançant des mouvements amples vers lui, mais son manque d'habileté au bâton ne rendait pas la tâche aisée et elle fut bientôt contrainte à reculer de plusieurs pas pour éviter l'Ombre qui continuait d'avancer malgré les nombreux coups qu'ils recevait le long de son corps. Finalement, après plusieurs ripostes infructueuses, Anastasie réussit enfoncer son bâton sous l'aisselle de son adversaire, dont le bras brinquebala dangereusement sous l'impact. Mais la seconde d'après, une épaisse fumée noire sortait du casque de l'armure pour foncer de nouveau vers la jeune femme, qui était tombée dans le piège de l'Ombre. Car juste après, un bâton vint se loger sous son cou et la tira en arrière. La Comtesse avait en effet reculé jusqu'à la dernière armure, contre laquelle elle était maintenant plaquée, étranglée par le bâton dont elle tentait de toutes ses forces de se défaire.

Ainsi bloquée, Anastasie ne pouvait se défendre qu'en frappant l'épaisse armure de ses coudes, mais bientôt l'air vint à lui manquer et ses coups incessants dans les côtes de son adversaire n'avaient pas le moindre effet. De plus, lâcher le bâton se révélait être une mauvaise idée, car la force de l'Ombre venait écraser sa trachée et menaçait de la broyer avant même qu'elle ne meure du manque d'oxygène. Dans un dernier élan de lucidité, cependant, la jeune femme rassembla ses dernières forces magiques et, tout en retenant le sceptre du mieux qu'elle le pouvait de sa main droite, chercha le trou qui permettait à l'Ombre de voir dans son casque de la gauche. Lorsque sa paume trouva enfin l'interstice, elle laissa alors s'échapper une décharge de lumière qui, venant frapper le heaume de l'intérieur, le fit voler dans une déflagration blanche en provoquant un râle atroce à Zekiel. Immédiatement, la force qu'il exerçait sur le bâton s'amenuisa, permettant à Anastasie de se dépêtrer de son étreinte et de tomber au sol, à genoux, tâchant de retrouver son souffle.

Mais la décapitation n'avait pas suffit à vaincre cette armure, qui, après avoir retrouvé ses esprits, s'élança de nouveau vers la jeune femme. Profitant de sa vigueur déjà en partie retrouvée grâce au sort d'endurance, celle-ci attrapa le sceptre qu'elle avait laissé tomber et l'envoya de toutes ses forces en arrière, vers le buste de l'Ombre. Les deux vitesses cumulées suffirent à enfoncer avec violence l'armure, qui tomba sous le côté sous l'impact. Prenant sa chance, la Comtesse se releva alors et, visant l'aisselle de son adversaire, envoya le bâton dans l'interstice, délogeant l'un de ses brassards. Elle savait qu'avec deux trous béants dans sa carapace, il ne serait pas capable de rester ainsi très longtemps et qu'il n'était plus un danger. Mais il lui restait néanmoins une chose à faire. Alors que l'Ombre tentait de s'enfuir de ce réceptacle défectueux, la théurgiste s'approcha de la dernière armure, toujours debout non loin de là, et entreprit de la démonter pièce par pièce avec son sceptre. Et, ainsi, Zekiel n'avait plus d'endroit où aller.

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L'Ombre gardait néanmoins un atout dans sa manche. Contre tout attente, plutôt que de simplement disparaître ou de fuir, il s'élança de nouveau vers la jeune femme. Mais cette fois-ci il n'alla pas derrière elle mais en elle. Sentant une douloureuse et désagréable sensation le long de son corps, Anastasie chuta à la renverse presque immédiatement, un voile d'ombre devant les yeux.

La seconde d'après, elle se trouvait debout dans une immensité noire, un océan de ténèbres. Et, devant elle, dans une armure animée semblable à celles qu'elle venait de vaincre, Zekiel.

« Je suis maître en ces lieux, » fit-il en se mettant en position de combat.

La jeune femme voulut à son tour monter sa garde, mais elle était entièrement nue et désarmée. La seconde d'après, l'Ombre était sur elle, l'assaillant de multiples coups de bâton qui provoquèrent des douleurs bien réelles à la jeune femme. Elle voulait se défendre, les éviter, riposter, mais chaque fois qu'elle parvenait à reculer le sceptre s'allongeait pour venir la toucher. Quoiqu'elle fasse, chaque attaque du disciple de Tal'Raban faisait mouche et provoquait de terribles douleurs sur ses côtes, son visage, son dos, ses jambes... Elle se retrouva bien vite avec de multiples contusions sur l'estomac, le nez cassé et un goût de sang dans la bouche, mais l'Ombre n'en avait pas terminé. Elle finit par chuter au sol, complètement à la merci de Zekiel et ses coups de bâtons, des larmes dans les yeux devant son impuissance à riposter.

« C'est tout ce que tu as dans le ventre ? » la nargua-t-il, en position de force au-dessus d'elle.

Pour toute réponse, Anastasie releva son bras et envoya une décharge d'énergie magique en direction de son adversaire. Mais sitôt avait-il franchi la paume de sa main que le trait de lumière fut absorbé par l'obscurité ambiante, n'atteignant jamais sa cible.

« Je t'ai dit que j'étais maître en ces lieux, » rappela Zekiel dans un rire moqueur. « Tu n'as pas le moindre pouvoir ici. »

( En ces lieux... ) songea la jeune femme.

« Ah, tu commences à comprendre, » fit l'autre.
« Comment tu... » commença-t-elle.
« ...fais pour lire dans tes pensées ? » la coupa-t-il.

Mais il ne répondit pas à la question, se contentant de pousser un nouveau rire railleur. Il avait dit être maître en ces lieux... en ces lieux... Et ils étaient entourés d'obscurité, de noir. Et il lisait dans ses pensées.

Alors que Zekiel abaissait son bâton vers le visage d'Anastasie, cette dernière ferma les yeux, se concentrant. Immédiatement, elle imagina le manoir Terreblanc, à quelques heures à peine de Kendra Kâr. L'herbe verte, les champs à perte de vue, les vignes de son père, l'odeur de l'air pur... Et elle se tenait là, debout, armée de Perçombre face à un Zekiel désarmé. Et c'était exactement la scène qui s'offraient à eux maintenant.

« Bravo, » la félicita-t-il. « Mais je suis meilleur que toi à ce jeu là. »

La seconde d'après, ils étaient à l'intérieur de l'édifice, dans la chambre de Marielle. La jeune femme comprit immédiatement de quoi il en retournait. Devant elle se trouvait son père, un couteau à la main, au-dessus des corps de son amie d'enfance et de la mère de celle-ci, les ayant toutes deux tuées sous la simple suspicion d'une relation homosexuelle entre son enfant et la fille de sa servante. Anastasie tenta de chasser la scène de devant ses yeux, mais, traumatisée par le spectacle qui s'offrait devant elle, ne parvenait pas à contrecarrer la volonté de l'Ombre. Elle savait ce qui se passait après, et elle avait beau n'avoir aucune envie de revivre cette scène, elle ne parvenait pas à trouver la force de se débarrasser des images.

« Comment peut-on tuer son propre père ? » demanda Zekiel alors qu'une Anastasie aux longs cheveux bruns pénétrait à son tour dans la pièce, une épée courte à la main.
« Non ! » hurla la blonde, mais la scène continuait de se jouer sans que personne ne l'entende.

Mais lorsque la lame de la petite noble traversa le ventre de son père, une décharge courut le long du corps de la plus âgée des deux Comtesse. Elle ne se laisserait pas dicter ses pensées par un étranger qui n'avait rien à faire dans sa tête.

La seconde d'après, ils étaient dans la chambre d'une auberge de Darasme, en compagnie de deux hommes en plein ébat. Anastasie n'avait aucune idée de comment elle savait où et quand ils étaient, mais elle le savait. Elle connaissait tout de l'un de ces hommes : son nom, son âge, sa profession, tous les détails de sa vie... Mais la seconde d'après il pendait au bout d'une corde pour homosexualité, à l'époque où c'était encore un crime passible de la peine de mort dans la ville portuaire.

Il ne leur fallut pas longtemps pour se retrouver dans un nouveau lieu, en compagnie de nouvelles personnes. Un elfe blanc tué par un shaakt, d'abord, puis un noble kendran empoisonné, suivi d'une hafiz étranglée par son mari... Une série de morts violentes qui défila devant la jeune femme à une allure vertigineuse, lui provoquant d'insoutenables nausées. Mais l'Ombre, de son côté, ne semblait pas en bien meilleur état. Il essayait, vainement, de cacher ses yeux fictifs à la vue de toutes ces scènes qu'il ne contrôlait apparemment pas plus qu'Anastasie.

« Arrête ça ! Arrêta ça ! » ordonna-t-il, la voix tremblotante.

C'est là que la Comtesse comprit de quoi il en retournait : les Ombres étaient créés à partir d'âmes en peine, et les souvenirs qu'elle avait ravivé n'étaient pas ceux de sa vie actuelle mais ceux de ses nombreuses vies passées, tourmentées par des morts cruelles et injustes.

Anastasie pouvait sentir la volonté de Zekiel se reformer et tenter de repousser ses assauts mentaux, mais elle était chez elle ici. C'était dans son subconscient qu'ils étaient, dans sa tête, et maintenant qu'elle avait pris le dessus elle espérait bien le garder. Se concentrant sur son adversaire, elle intensifia les mauvais souvenirs, le noyant sous un flot ininterrompu de souvenirs violents, faisant peu à peu flancher ses forces mentales jusqu'à ce qu'elles soient inexistantes. Et là, elle lui porta le coup fatal. Alors qu'il était à genoux au sol devant une énième scène de mise à mort, la jeune femme s'approcha de lui et plongea Perçombre dans l'interstice de son casque. Zekiel hurla sous la douleur de l'attaque. Il hurla d'un râle qui semblait résonner de tous les côtés à la fois, d'un cri qui vrilla les tympans de la théurgiste, qui lâcha bien vite son arme pour couvrir ses oreilles de ses mains. Et lorsque le hurlement cessa, tout était à nouveau noir autour d'elle. Et elle chuta au sol.

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MessagePosté: Jeu 20 Oct 2016 12:25 
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« Anastasie ! » appela une voix familière. « Anastasie, réveillez-vous ! »

L'intéressée ouvrit les yeux pour apercevoir le visage de Camille à quelques centimètres du sien. Un sourire étira ses lèvres devant cette apparition amicale.

« Camille ? Oh, je pourrais t'embrasser sous l'émotion, » murmura-t-elle en tentant de se redresser.
« Abstenez-vous s'il vous plaît, » rétorqua l'autre tout à fait sérieusement en aidant sa supérieure à se remettre sur pieds. « Que s'est-il passé ici ? » demanda-t-elle ensuite.

La Comtesse observa les alentours pour se remémorer les événements récents. Elle était toujours dans la salle du sarcophage, entourée de trois armures en morceaux. Elle avait dû rester inconsciente un certain moment car elle ne ressentait plus les effets de son sort de vigueur. Cependant, le sort d'éclairage lui avait survécu, prouvant qu'elle n'était pas là depuis plus d'une heure ou deux.

« C'est une longue histoire. Mais dis-moi plutôt ce que tu fais ici. Je t'ai demandé de vous mettre à l'abri. »
« Quand on a vu qu'on était pas poursuivi par les goules, avec Johan on a décidé de vous attendre à l'entrée. Et... Comme il était en relative sécurité là-bas, après un moment je suis venue vous chercher. »
« C'était stupide, » la réprimanda-t-elle. « Si j'avais été mort mais que la goule à deux têtes avait encore été là vous l'auriez eu à vos trousses. Mais merci, » ajouta-t-elle cependant après quelques secondes de silence.
« Je ne pouvais pas vous laisser mourir sans m'excuser, » reprit Camille.
« T'excuser ? » s'étonna la Comtesse.

L'intéressée hocha la tête avec gravité avant de prendre une profonde inspiration.

« Chef je suis désolée d'avoir mis en doute votre jugement durant cette expédition. Vous êtes une bien meilleure meneuse que je ne l'ai jamais été... Honnêtement comment vous avez réussi à vaincre un tel monstre me dépasse, mais je regrette d'avoir jalousé votre place... et la confiance qu'Adam a placé en vous. S'il vous plaît, utilisez moi à votre guise. »

Anastasie leva un sourcil, quelque peu surprise par le soudain discours plein de solennité de la jeune femme, avant de poser une main sur la joue de sa subordonnée et de lui adresser un sourire bienveillant. Un sourire qu'elle n'avait pas esquissé depuis un long moment.

« Je te remercie de l'offre, Camille... Mais je crois que commander ce n'est pas pour moi. Dès que nous serons sortis d'ici vous rentrerez à Kendra Kâr et je partirai chercher la bague seule. C'est plus sage. »

Son interlocutrice afficha une expression choquée.

« Mais voyons vous ne pouvez pas, vous êtes faite pour dirigée ! »
« Je ne sais pas... Je crois que je ne suis pas prête à voir des gens mourir sous mes ordres, Camille. Que ce soit ma faute ou non, peu importe, je ne peux pas assumer cette responsabilité. Je ne suis pas prête. »

La brune troqua son regard outré par un autre, plus attristé, mais elle finit par capituler.

« Je comprends. Mais si vous avez un jour besoin de quelqu'un, s'il vous plaît pensez à moi. »
« Mmh, » acquiesça Anastasie. « Bon, tu tombes bien finalement, il doit rester cinq goules devant le bouclier. »

Puis, sur ces mots, elle attrapa Perçombre, au sol non loin de là, poussa le couvercle du sarcophage pour récupérer la clé, effectivement cachée à l'intérieur, et, toutes deux, elles partirent vers les lieux du massacre. Il restait bien cinq nécrophages sur les lieux, mais ils s'étaient à nouveau éparpillés quand elles arrivèrent, et à deux elles n'eurent pas vraiment de mal à s'en débarrasser. Le plus difficile fut finalement de passer devant les cadavres de leurs compagnons pour se rendre dans la pièce tout au fond, dans laquelle se trouvait la lourde herse. La clé activa sans mal le mécanisme qui la fit remonter, et les deux femmes se retrouvèrent bientôt devant un large coffre poussiéreux.

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MessagePosté: Mer 2 Nov 2016 19:09 
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Sans surprise, le bouclier était blanc. Mais triangulaire. Elle l'avait imaginé rond, sans vraiment savoir pourquoi. Il était paré de nombreuses spirales sur les bords et une épée à l'envers était gravée en son centre, lui donnant une allure splendide. Mais le plus étonnant était son poids. Elle avait craint, en voyant sa taille, qu'il ne soit trop lourd pour être efficace avec une arme comme Perçombre, très proche d'une rapière, mais il était en fait très léger et maniable. A côté d'Anastasie, Camille était silencieuse, comme si elle assistait à une cérémonie religieuse. En un sens, c'était proche de la vérité ; la théurgiste de Gaïa s'approchait de sa déesse un peu plus à chaque fois qu'elle découvrait l'une de ces reliques. C'était, comme le désirait Tal'Raban, l'avènement progressif d'une nouvelle Chasseuse d'Ombres. Une nouvelle guerrière pour se mesurer à lui. Pour perdre face à lui, selon ses propres projets. Mais la jeune femme se préparait à vaincre.

Lorsqu'elle eut fini son inspection, le cœur serré par l'accomplissement de sa tâche et tout ce que cela impliquait, la Comtesse attacha le bouclier à son bras gauche à l'aide des lanières prévues à cet effet et se tourna vers sa subordonnée.

« Allons-y, » fit-elle simplement. « Johan nous attend. »

L'intéressée hocha la tête et, éclairées par le sort d'Anastasie, les deux jeunes femmes rebroussèrent chemin pour rejoindre l'entrée de la crypte qui hébergeait, jusqu'à présent, la relique.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Jeu 16 Mar 2017 14:10 
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[:attention:] Le texte qui suit comporte des scènes pouvant heurter certaines sensibilités. [:attention:]


J'atteins le fleuve se trouvant au nord de Luminion le lendemain soir et c'est avec un plaisir non dissimulé que je me défais de mon barda pour me décrasser soigneusement dans l'eau glaciale. Mes ablutions faites, j'adresse une prière un peu hésitante mais sincère à Moura, Déesse que je considère désormais comme étant liée à Sithi du fait des marées et donc importante dans ma vie. Je m'adosse ensuite à un arbre de manière à pouvoir contempler le lever de l'Astre Nocturne et tourne mes pensées vers ma Bien-Aimée Mère. Comme à chaque fois que je songe à elle depuis mon passage sur le monde d'Izurith, je revis les instants passés en sa compagnie. Plus troublant encore, je me rappelle la fermeté de son corps entre mes bras, sa réalité tangible si contradictoire avec son absence de ce monde dans lequel je vis. Le souvenir de cette rencontre constitue pour moi une source inépuisable de force morale, mais elle a aussi engendré un étrange sentiment de vide que rien ne peut combler. Sa présence ici n'est que spirituelle, or c'est une femme réelle que j'ai serrée contre moi, une femme qui me manque plus que les mots ne sauraient l'exprimer.

Je me souviens aussi avoir perçu que quelque chose en moi avait changé en profondeur pendant ces quelques minutes, quelque chose de diffus que je n'avais pas été vraiment capable de cerner sur le moment. Aujourd'hui, alors que je médite sur le passé récent au bord de ce fleuve, je commence à percevoir la nature de ce changement et je ne sais trop qu'en penser. J'ai toujours aimé et respecté Sithi en tant que mère, guide spirituelle, mais je réalise peu à peu que la nature même de mon amour pour elle s'est transformée. Je sais que c'est insensé, les Ithilausters qualifieraient ma pensée de blasphématoire et hérétique, mais je ne puis nier ce qui est né en moi. Je ne vois plus Sithi comme une mère, mais comme une femme plus désirable qu'aucune autre. Une femme dont, je peine à me l'avouer franchement, je suis tombé éperdument amoureux. Ce souvenir si bref, cette étreinte pourtant si chaste qu'elle m'a accordé, occulte tout ce que j'ai pu ressentir par le passé pour mes compagnes, pour Ethëll. Je ne parviens plus à envisager de lier ma vie à celle de la douce Hinïonne. En y songeant j'ai l'impression de m'écarter du fil d'or de mon destin, de me résigner à demeurer un simple mortel à jamais indigne de celle qui occupe toutes mes pensées: Sithi.

Je repense aussi à la vision que j'ai eue concernant Faryä, un futur certes incertain mais que je ne peux ignorer. J'avais le sentiment d'avoir trahi ma promise après m'être livré aux ébats torrides auxquels la Shaakte m'a contraint, je sais maintenant que je me mentais à moi-même. Si j'ai succombé au sort, c'est parce que je n'éprouvais plus d'amour véritable pour Ethëll ou, du moins, plus le genre d'amour qui permet d'envisager une vie de couple sur des millénaires. Quant à Faryä, il n'a jamais été question d'autre chose que de désir, elle sera peut-être la mère de mon enfant mais elle ne sera jamais mon épouse. Je soupire doucement, les yeux perdus dans le vague, en réalisant que d'une certaine façon mon passé me rattrape. Je suis le héraut de Sithi, elle a fait de moi son champion et m'a offert une part de son pouvoir pour que je sois en mesure de guider ses enfants. Je me dois à mon peuple, corps et âme, et mon peuple est en guerre. Il n'y a pas de place dans ma vie pour une épouse et des enfants, pas dans les temps à venir en tout cas, pas avant des siècles sans doute. Tout choix engendre des conséquences, celui que j'ai fait plus que beaucoup d'autres. Je crois que je peux commencer à l'accepter entièrement, ce soir je me sens plus libre que je ne l'ai jamais été. Libre d'assumer le destin que j'ai choisi, libre de devenir celui que je souhaite être, avec mes parts de lumière et mes parts d'ombre.

Je sors lentement de mon état méditatif et contemple le paysage baigné par la clarté de la Lune. Un paysage appartenant à l'ennemie de mon peuple. Un sourire polaire ourle mes lèvres, le Crépuscule de l'Empire d'Oaxaca débute ce soir...

Je me remets en route après un rapide en-cas et me faufile silencieusement dans les fourrés bordant le cours d'eau, à la recherche de traces pouvant m'indiquer la présence d'ennemis. La nuit et la journée suivante s'écoulent sans que je ne trouve rien, si ce n'est quelques empreintes d'animaux. Ce n'est qu'après une nouvelle période de repos que je finis par tomber sur ce que je cherche: une tranchée pratiquée à la machette dans les buissons et de grosses marques de bottes dans la terre humide de la berge. Je rappelle doucement mon fauve et entreprends de suivre prudemment la piste qui s'éloigne du fleuve en direction d'un bois qui me semble plus dense que les taillis des environs. Lorsque je parviens à son orée, des bruits de voix gutturales et de rires rauques me parviennent soudain, encore étouffées par la distance mais bien perceptibles. Je m'empare de mon arc après avoir vérifié le parfait agencement de mon équipement, puis je quitte la sente pour m'enfoncer dans les bois en m'efforçant de faire le moins de bruit possible. Les sons se rapprochent peu à peu et je réalise vite que mes précautions ne sont guère utiles. Il doit y avoir là toute une troupe de Garzoks et apparemment ils ne se soucient nullement d'être repérés, leur tapage couvrirait aisément l'approche d'une armée d'Elfes. Des bruits de coups me parviennent également, ponctués de hurlements et autres rugissements, seraient-ils en train de se battre?

Je ne tarde pas à parvenir aux abords de ce qui s'avère être un camp sommaire entouré d'une palissade rustique en rondins, éclairé de l'intérieur par un grand feu pour ce que je peux en distinguer. J'en fais lentement et prudemment le tour à la recherche d'éventuelles sentinelles, en vain, puis je m'approche d'une fente entre deux troncs pour jeter un coup d'oeil à l'intérieur. Un haut-le-cœur me secoue lorsque je découvre la scène qui se déroule dans le camp crasseux et miteux: les garzoks sont en train de festoyer autour d'une broche. Une broche sur laquelle est empalé un être humain. Je réprime durement ma furieuse envie de bondir à l'assaut pour massacrer ces maudits, je ne discerne qu'une petite partie du camp par l'étroite fente entre les troncs et je compte au moins une douzaine d'orcs. Je vais les anéantir, mais pas en me jetant aveuglément sur eux, pas avant de savoir exactement combien ils sont et d'avoir estimé leurs capacités martiales.

Les mâchoires serrées à m'en briser les dents, je me déplace le long de la palissade et, chaque fois que c'est possible, j'observe l'intérieur par les interstices entre les rondins. Je découvre qu'il doit y avoir une trentaine de Garzoks en tout, la plupart semblent être de vulgaires guerriers mais il m'est difficile de me faire une idée précise de leurs compétences sans les voir à l'oeuvre. Il y en a un qui sort pourtant du lot, sans doute le chef de cette troupe, un orc massif et taciturne assis sur un rondin situé un peu à l'écart du feu. Il est revêtu d'une lourde armure de plates noire comme la nuit et un puissant marteau de guerre de même couleur est posé à côté de lui, voilà un adversaire que je ferais bien de ne pas sous-estimer. Je réalise aussi après un nouveau déplacement qu'il y a un groupe de prisonniers humains terrorisés et entravés dans un recoin du camp, uniquement constitué d'hommes dans la force de l'âge. Je ne parviens pas à trouver une position me permettant de bien les voir, mais ils doivent être une petite dizaine et tous semblent avoir subi des blessures plus ou moins graves. Je frémis en repensant à la broche, ces humains sont parqués là comme des bêtes prêtes à être conduites à l'abattoir, ils constituent l'ignoble garde-manger de ces monstres à la peau verte. Par tous les dieux, n'y a-t'il donc aucune limite à l'horreur dans ce monde?!

Il faut que j'intervienne pour sortir ces malheureux de là, mais comment? Les prisonniers ne me semblent pas en état de fuir rapidement, il ne servirait à rien de les libérer tant que les orcs seront en mesure de les poursuivre. Quant à tenter d'éradiquer trente garzoks à moi tout seul, c'est un pari risqué, même s'il n'y a qu'un combattant vraiment valable dans le tas. Je me décale pour mieux observer le puissant orc bardé d'acier, je pourrais éventuellement venir à bout de sa troupe si je parviens à l'éliminer dès le début du combat, mais certainement pas s'il est encore en mesure de coordonner ses guerriers et de manier son redoutable marteau. Un seul coup de cette arme suffirait probablement à m'abattre, je suis rapide mais le souvenir de mon impuissance face à Faryä me ronge encore l'âme et mon ignorance quant aux capacités de cet Orc m'insuffle un doute vicieux. Est-il assez puissant pour me terrasser? Va-t'il me mâter aussi aisément que l'a fait la Shaakte? Un frisson me parcourt, issu d'une sensation excessivement désagréable que j'avais presque oubliée: la peur.

Je ferme les yeux en me réprimandant durement, celui qui succombe à la peur pendant un combat meurt, je dois chasser cette faiblesse de mon esprit, la bannir de mes pensées. Une fois de plus, c'est le souvenir du regard de Sithi plongé dans le mien qui me permet de retrouver ma sérénité. Je mourrais volontiers plutôt que de me déshonorer en trahissant sa confiance. Je suis son Champion, sa Lame en ce monde, je peux éprouver de la peur mais pas la laisser me dicter mes actes. Une froide résolution m'envahit qui chasse mes doutes comme un rayon de lune chasse les ténèbres. Je vais exterminer ces Garzoks pour ce qu'ils ont fait à mon peuple, pour ce qu'ils sont en train de faire à des êtres humains que je me suis engagé à protéger également.

Les hurlements des Garzoks deviennent soudain frénétiques, mes paupières se rouvrent lentement et mes phalanges blanchissent sur ma relique de glace lorsque j'en comprends la raison. Ils sont en train d'arracher des morceaux de viande à leur ignoble rôti et se les disputent à grand renfort de coups brutaux et d'invectives gutturales. Allons, il est temps d'entrer dans la danse, je ne peux tolérer plus longtemps ce spectacle insoutenable sans réagir.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Dim 19 Mar 2017 16:37 
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Quel que soit mon désir d'intervenir immédiatement, le calme glacial qui m'a envahi m'incite à prendre encore quelques minutes pour mettre toutes les chances de mon côté. L'homme que les orcs sont en train de dévorer est mort, me hâter imprudemment parce que le spectacle de cet odieux festin m'est insupportable ne le ramènera pas à la vie. En revanche, le sort d'une dizaine de vivants dépend de mon action, ce qui m'amène à me poser une question cruciale: que suis-je en train d'essayer de faire? Mon instinct me hurle que je veux massacrer les Garzoks jusqu'au dernier mais, si je dois toujours rester à son écoute, j'ai aussi appris au fil des ans que je ne devais pas le laisser me diriger aveuglément. Si je veux massacrer ces orcs c'est pour délivrer leurs prisonniers et non pour satisfaire mes plus sombres pulsions. Mon intervention doit donc viser en premier lieu cet objectif, tout en prenant en compte le nombre considérable d'ennemis. Un rictus sarcastique ourle mes lèvres à cette pensée, il n'y a qu'une trentaine d'orcs, une paille comparé à l'attaque suicidaire menée voilà quelques mois au coeur d'une armée de Shaakts. Le souvenir de mon intrusion parmi les Elfes Noirs, rendue possible en passant par les branches des arbres qui surplombaient le camp ennemi, m'inspire une stratégie vicieuse pour atteindre mon double objectif.

Je prends encore quelques secondes pour y réfléchir car il faut qu'elle soit exécutée avec une précision sans faille pour réussir, puis je contourne une nouvelle fois le camp jusqu'à trouver l'endroit adéquat. L'enclos des prisonniers est adossé à la palissade plus ou moins circulaire, avec la clôture intérieure il forme un ovale approximatif d'une quinzaine de mètres de long pour la moitié de large. Le côté le plus long se trouve contre le mur de rondins, je me positionne donc dans le bois environnant de manière à me trouver face au centre du camp et à l'une des extrémité de cet enclos, à moins de dix mètres de la palissade. J'examine ensuite soigneusement les arbres qui m'entourent et en choisis un d'une quinzaine de mètres de haut dont le tronc bien droit a environ trois mains de diamètre au pied. J'appuie mon arc contre un buisson tout proche et plante trois flèches ainsi que ma lame d'Eden juste à côté, puis je dégaine ma Vorpale et adresse une courte prière à Sithi.

Les beuglements des orcs couvrent sans mal le bruit mat de mes coups, j'ai un peu honte d'utiliser ma relique ainsi mais tant pis, je n'ai pas plus adéquat sous la main. Quelques instants plus tard un craquement se fait entendre, deux rudes coups de plus et un deuxième retentit, encore une frappe et soudain le tronc se met à basculer lentement! Un sourire lugubre assombrit mon visage tandis que je plante vivement ma Vorpale dans le sol à côté de ma lame d'Eden dont j'empoigne la poignée sans la retirer de terre. L'arbre s'abat brutalement sur la palissade de rondins dans un fracas de fin du monde et en défonce tout un pan, que la danse commence! J'invoque mon fauve runique alors que les Garzoks hurlent l'alerte et se ruent vers leurs armes. Leur chef, bien visible par la brèche que je viens de créer, se lève et rugit des ordres, je le désigne à mon tigre et lui murmure froidement:

"Va! Tue-le!"

Mon félin se précipite à la curée en rugissant, je ne perds pas mon temps à l'observer et m'empare dans la foulée de ma relique de glace sur laquelle j'encoche une première flèche. Je vise posément le gros orc en armure alors que le chaos se répand dans le camp et lui décoche un premier trait de toute la puissance de mon arc. Avant que ma flèche n'ait atteint son but j'en encoche une deuxième qui prend son envol à l'instant où la première se fiche dans la poitrine de ma cible. Le Garzok titube sous l'impact et je grogne de dépit en voyant mon deuxième trait le frôler et aller se perdre derrière lui, mais mon tigre arrive sur lui et lui saute à la gorge! Voilà qui va occuper mon ennemi quelques instants, mais je dois faire vite car ses guerriers vont sans aucun doute se précipiter à sa rescousse. Je tire vivement la dernière des trois flèches que j'avais plantées au sol sur un autre orc puis je repasse d'un geste fluide mon arc en bandoulière et rengaine dans la foulée ma lame d'Eden. Je dégaine mon Ardente et récupère ma Vorpale, puis je me rue vers la brèche en modelant mon Ki à pleine puissance pour améliorer ma maîtrise d'armes et franchis l'obstacle d'un bond.

Mon bélier n'a pas seulement dévasté la sommaire fortification, il a aussi et surtout fracassé le bord de l'enclos des prisonniers, ce qui était mon but principal. Ceux qui en avaient la force se sont levés pour s'écarter précipitamment de l'arbre abattu et semblent sur le point de paniquer lorsque je débarque parmi eux en brandissant mes deux létales reliques, mais il faut qu'ils bougent et vite! Je leur hurle sans interrompre ma course:

"Fuyez! Dégagez de là en vitesse, je me charge des orcs!"

Orcs qui m'ont maintenant repéré, bien évidemment, un premier groupe d'une demi-douzaine d'entre eux se précipite sur moi en brandissant leurs armes. Les prisonniers hébétés et affaiblis réagissent bien trop lentement à mon goût et je réalise qu'il va leur falloir plus de temps que je ne l'avais imaginé, malédiction! Je les houspille durement une fois de plus en entamant une mortelle Danse des Sabres une seconde avant d'entrer en contact avec mes adversaires.

Les six Garzoks sont complètement dépassés par l'ouragan de feu brûlant et de glaciale adamantite qui s'abat sur eux. Trois d'entre eux meurent en autant de secondes et un quatrième chute lourdement lorsque ma Vorpale tranche net sa jambe droite au terme d'une puissante ellipse inclinée. Les deux derniers ont un infime instant d'hésitation en voyant leurs congénères se faire massacrer, il n'en faut pas plus pour que je plonge mon Ardente dans les tripes du premier d'un coup d'estoc aussi colérique que l'attaque d'un crotale. Le dernier se ressaisit et lève son tranchoir en hurlant pour tenter de m'asséner un coup aussi brutal que lent sur le crâne. Je me décale d'un pas en propulsant sèchement l'orc que je viens d'empaler sur la trajectoire de l'espèce de grosse machette qui s'abat et pivote prestement sur moi même pour dégager ma Flamboyante dans le mouvement. Le coupe-coupe fend bel et bien un crâne mais pas le bon, ce qui n'a guère d'importance car mon coup précédent était mortel. Je souris d'un air mauvais à mon ennemi complètement perplexe qui s'efforce de dégager son arme coincée dans la boîte crânienne de son congénère, puis je me fends soudainement dans sa direction en le pointant de mes deux lames. Ma Vorpale plonge dans son abdomen et mon Ardente mord avidement sa gorge, interrompant net le hurlement qu'il s'apprêtait à pousser.

Je dégage mes deux armes en reculant de trois pas dansants afin de me donner le temps d'examiner la situation générale et, surtout, de rester en mesure de protéger les fugitifs. Un rapide coup d'oeil derrière moi m'apprend qu'ils sont encore en train de se glisser par la brèche, leur fuite est ralentie par leur faiblesse mais aussi par les trois blessés incapables de se déplacer seuls qu'ils tentent d'emmener avec eux. Je dois leur donner plus de temps, seulement je crains que cela ne devienne difficile au vu de ce qui se passe devant moi. Le chef Garzok a balayé mon tigre, non sans mal au vu de son visage ensanglanté, et braille des ordres afin d'organiser ses troupes. Enfer et damnation, j'espérais avoir un peu plus de temps que ça avant que ce maudit ne se reprenne! Si près d'une douzaine d'orcs se dirige maintenant vers moi en formant un groupe compact, j'en vois aussi quelques-uns filer en direction de la porte du camp, sans doute pour récupérer les prisonniers. Je serre les dents en analysant mes options, les humains désarmés et épuisés par les privations n'ont pas la moindre chance d'échapper aux peaux-vertes qui se précipitent à leurs trousses mais, si je les rejoins pour leur prêter assistance, les orcs pourront aussi passer par la brèche pour les encercler. Toute mon habileté martiale n'empêchera pas la mort des prisonniers si les Garzoks les attaquent de tous les côtés à la fois. Je jure sourdement et crie aux fugitifs:

"Restez groupés près du mur, les orcs font une sortie par la porte!"

Ordre, contrordre, désordre...les quelques humains encore dans l'enclos me dévisagent avec incompréhension et hésitent. L'un d'eux pourtant semble se reprendre et réaliser la menace car il hurle à ses compatriotes de revenir avant de se diriger vers moi en criant:

"Des armes! Il nous faut des armes!"

J'acquiesce d'un hochement de tête et lui désigne celles des orcs que j'ai tués, qui jonchent le sol devant moi, en lui répliquant laconiquement d'une voix de stentor:

"Là! Vite!"

Encore faut-il qu'il parvienne à s'en emparer sans se faire étriper au passage par les orcs qui déboulent sur moi. Je charge le groupe d'ennemis en tournoyant follement, lames tendues à l'horizontale pour occuper un maximum de terrain, je dois former un rempart infranchissable pour permettre aux humains de récupérer ces armes!

Mon assaut brutal fracasse la formation ennemie à la manière d'une masse éclatant un pot de terre cuite, aucun de ces orcs n'est capable de rivaliser avec la puissance dévastatrice de mes reliques que je manie en maître. J'éprouve une exultation sauvage en ravageant ces Garzoks comme s'ils n'étaient que des soldats de plomb, je suis la Lame du Crépuscule et au travers moi c'est mon peuple entier qui se venge des massacres commis par ces damnées peaux-vertes. Ils n'ont pas une chance, pas la moindre, pour eux je suis aussi insaisissable qu'un courant d'air et cinq d'entre eux sont à terre lorsqu'ils finissent par le réaliser. La panique les gagne avec la soudaineté d'une digue qui se rompt et ils se débandent dans une confusion totale à la façon de volailles fuyant un loup. J'abats encore deux ennemis en riant comme un dément lorsque, soudain, une main de ténèbres impalpables semble surgir de nulle part et se referme vicieusement sur ma gorge! Mon rire fou s'éteint dans un ignoble gargouillement alors que j'étouffe, je tente frénétiquement de trancher ce membre occulte de mes lames, une sourde panique remplace subitement mon exultation lorsque je réalise à quel point mes efforts sont vains. L'acier ne peut rien contre cette force, si puissante qu'elle me met à genoux en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Ma vision se parsème de points noirs que je m'efforce de chasser en clignant des yeux à toute allure, je voudrais tousser et cracher pour me défaire de la macabre emprise mais cela m'est impossible. La main sombre se dissipe aussi soudainement qu'elle est apparue, me laissant pantelant et tremblant, mais son auteur n'en a pas fini avec moi car elle est aussitôt remplacée par un sombre raz de marée de désespoir incontrôlable qui me prive de tous mes moyens. Devant moi, à quelques trois mètres, un monstrueux Garzok revêtu de plate noire ricane lugubrement en me fixant d'un regard malveillant. Il lève posément son énorme marteau de guerre et avance sur moi avec une vivacité dérangeante. Mon heure est venue et, quelque part, j'en suis incroyablement soulagé: l'abjecte terreur qui s'est emparée de mon âme cessera.

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MessagePosté: Lun 20 Mar 2017 01:54 
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L'arme massive de mon adversaire me semble s'élever au ralenti tandis que, dans mon esprit malmené, une succession insensée d'images défile. La plupart ne sont que des amas de couleurs sans substance ni signification, mais il en est une qui finit par se stabiliser assez longtemps pour acquérir un sens: une fillette. Une enfant à la peau d'un gris sombre et à la chevelure d'argent liquide. Ses prunelles pareilles à des braises étrangement percées de pupilles d'un noir de jais sont fixées sur moi, sévères et tristes à la fois. Je sens indistinctement au travers de mon effroyable terreur que cette image provient de ma Faëra, non qu'elle ait vraiment souhaité me la montrer car j'ai le sentiment bizarre qu'elle aurait préféré que je ne la discerne pas. Mais nos esprits sont liés depuis notre rencontre avec Sithi et la magie noire qui vient de nous frapper à deux reprises a eu pour effet imprévu de nous replonger profondément dans la fusion qui nous unit. Cette image que je vois est l'infime reflet d'un temps qui n'est pas encore advenu, je ne croiserai jamais ce regard si je meurs maintenant. Cette enfant est ma fille, j'en suis certain. Ou, plus exactement, sera ma fille. Une ombre occulte soudain ma vision: le chef Garzok me domine de toute sa taille, massif et puissant, déterminé à m'anéantir.

Je brise l'étau d'effroi qui me broie l'âme d'un colossal effort de volonté à l'instant où le sombre marteau entame son écrasante descente, un coup que je n'ai pas la moindre chance d'esquiver, agenouillé comme je le suis. Je me laisse basculer sur le côté en me tordant pour atterrir sur le dos tout en contractant au maximum mes abdominaux et en déployant une débauche de Ki. Je vais prendre cher, mais les runes incrustées sur mon armure de torse me donnent une chance de survivre au choc. Et si je survis, mon adversaire aura bien du mal à parer le coup décalé de ma Vorpale assoiffée de sang. L'impact du marteau sur ma cuirasse est terrible et résonne comme un monumental coup de gong funèbre, mais les runes font leur office et c'est un choc très affaibli qui me meurtrit douloureusement côtes et muscles. Je surmonte la douleur qui afflue brutalement et riposte de toutes mes forces par un coup latéral de ma lame lactée qui fuse à une main du sol pour aller percuter violemment la cheville droite de mon ennemi! Surpris par cette attaque en traître, le Garzok titube en rugissant de douleur et recule de deux pas pour se mettre hors de la portée de mes armes. Je me relève fébrilement en retenant un gémissement lorsque je sens la souffrance irradier de mon côté gauche, comme prévu j'ai pris un sale coup mais cela reste nettement préférable à ce que mon crâne aurait subi si je n'avais réussi ma manœuvre.

Nous nous faisons face, tous deux rendus prudents par les instants précédents, nous défiant du regard et cherchant chez l'autre la faille qui nous permettra d'en finir. Je réalise aussi qu'un cercle de Garzoks est en train de se former autour de nous quand ils commencent à scander quelque chose dans leur langue gutturale, par Sithi que font-ils?!

(Ils regardent le combat, ce sont des êtres qui admirent la force et la bravoure plus que tout, or tu défies leur chef, le plus puissant d'entre eux.)

(Ah. Eh bien pendant ce temps ils ne pourchassent pas les humains...)

Le colosse qui me sert d'adversaire m'adresse à cet instant un sourire carnassier et éructe dans un langage commun rocailleux:

"Ton crâne, il fera une belle coupe pour Urgurth!"

Je lui retourne une moue glaciale en rassemblant une fois encore mon Ki et lui réplique avec une ironie mordante:

"Prétentieux, tu ne tiens pas assez bien l'alcool pour mériter une coupe si vaste."

Les Garzoks qui nous encerclent rugissent de rire et se tapent bruyamment les cuisses, mais le chef se contente de sourire plus largement, ce qui n'a rien de très rassurant au vu de ses canines jaunâtres et proéminentes. Il bondit subitement sur moi en balançant son pesant marteau comme s'il ne pesait pas plus lourd qu'une baguette de saule, le temps des palabres "amicales" est terminé visiblement. J'esquive d'un entrechat de côté et riposte en me lançant dans la létale Danse de l'éclipse, une technique que mon adversaire ne peut connaître. Je fais déferler une avalanche de coups vicieusement dissimulés et calculés sur mon ennemi, de manière à le déstabiliser, mais le bougre sait se battre et contre mon assaut sans jamais ouvrir sa défense! J'arrive à la fin de ma chorégraphie lorsqu'il pointe subitement son marteau en direction de mon visage, un coup auquel je ne m'attendais pas vraiment avec ce genre d'arme. Je le dévie de justesse en relevant précipitamment mes deux lames en parade et j’enchaîne avec une puissante combinaison de la danse des sabres et de celle de l'éclipse, il faut que j'achève ce combat sans tarder car mon adversaire est certainement plus résistant que moi et sera avantagé s'il se prolonge. Mon ennemi perd pied sous l'attaque multiple foudroyante, ma Vorpale trace une profonde estafilade sanglante sur sa cuisse droite et mon Ardente lui entaille sévèrement le bras gauche, mais cela ne l'empêche pas de m'asséner un rude revers de son marteau de guerre qui me cueille à l'épaule gauche! Je pivote brutalement bien malgré moi sous le choc et recule hâtivement pour éviter le retour de l'arme en jurant sourdement alors que je sens mon bras s'engourdir. La masse me frôle l'abdomen tandis que les Garzoks qui font cercle autour de nous hurlent des encouragements à leur chef qui rugit en écho tout en fonçant à nouveau sur moi. Par Sithi, je vais avoir du mal à me défaire de ce damné colosse si mes plus puissants coups ne sont pas capables de l'arrêter...

Pourtant, en observant plus attentivement le Garzok qui me charge, je discerne une légère claudication due au premier coup que je lui ai porté à la cheville, il ne sent peut-être pas la douleur mais son corps la subit malgré tout et ses multiples blessures l'ont affaibli. Je plisse les yeux à ce constat, cet infime boitement engendre une faille dans sa défense, minime, certes, mais suffisante si je parviens à l'exploiter et à surmonter l'engourdissement de mon bras gauche. Je contre son assaut en puisant largement dans mon Ki pour le forcer à piler net, une technique que je viens d'apprendre à l'académie de Luminion. Ancré au sol, je dévie son arme de mes deux lames et utilise ma Vorpale pour prolonger la parade et le contraindre à écarter son lourd marteau sur sa droite afin de le dégager. Le poids de l'arme et l'effet de levier produit par cet écartement l'oblige à compenser en prenant appui sur sa cheville blessée et j'ai la satisfaction de le voir grimacer de douleur et vaciller lorsqu'il le fait. Dans une nouvelle explosion de Ki, je fais décrire un redoutable moulinet à mon Ardente qui s'insinue avec une précision parfaite dans la brèche créée pour aller frapper durement le poignet gauche de l'orc. L'articulation de mon ennemi se brise sous le violent impact et l'inertie qui meut sa pesante arme la lui arrache de sa main valide! Le chef Garzok beugle de douleur et porte instinctivement sa dextre à son poignet brisé pour le maintenir, une erreur fatale que je mets aussitôt à profit. Je déploie une ultime fois mon énergie interne et rassemble toutes mes forces dans mon bras maniant ma Vorpale. Ma lame d'adamantite décrit une courbe horizontale dévastatrice qui s'achève dans le cou de l'orc, lui décollant à moitié la tête des épaules. Je parachève rageusement la besogne d'un coup en miroir de mon Ardente et hurle comme une bête sauvage lorsque sa trogne hideuse se sépare de son corps désormais sans vie!

Une clameur atterrée s'élève du groupe de Garzoks qui m'entoure toujours, me rappelant que le combat n'est pas terminé. J'essuie comme je peux la sueur qui coule de mon front et me brouille la vision, puis tourne lentement sur moi-même en dévisageant chacun d'un regard sombre, mes lames dégoulinantes de sang pointées vers le sol. Je lis le doute dans leurs yeux, ils sont encore nombreux mais je viens de décapiter le plus puissant d'entre eux et plus d'une dizaine de cadavres de leurs congénères jonchent le sol. Quelques secondes passent ainsi dans le plus profond silence, que je romps en grondant entre mes dents serrées:

"A qui le tour?"

Si j'étais un membre de leur peuple ils se seraient sans doute inclinés, mais je suis un Sindel et probablement ne peuvent-ils envisager de se soumettre à un Elfe. Ils se précipitent sur moi dans un chaos indescriptible en hurlant de rage et de haine, sans le moindre signe annonciateur. Je ne peux m'empêcher d'éprouver une once d'admiration devant la férocité aveugle qui les anime. Ce sont des imbéciles car ils vont mourir, mais nul ne peut contester qu'ils soient braves. Leur charge désordonnée et maladroite se brise sur mes lames qui répandent indifféremment sang et entrailles alors que je me déchaîne pour défendre ma peau. La mêlée devient vite confuse, les blessés qui gisent par terre encombrent le terrain et constituent de traîtres obstacles, mais mon équilibre n'est pas aisément compromis et ce sont mes ennemis qui en pâtissent le plus. Je prends quelques coups sans gravité dans l'affaire, je ne cherche pas vraiment à les éviter à dire vrai, mon armure me protège sans grand mal des armes médiocres que manient sans art ces orcs. Ils meurent l'un après l'autre, en hurlant ou en silence, qu'importe, la finalité est la même. Il n'en reste plus que cinq lorsqu'ils se décident enfin à fuir, mais une mauvaise surprise les attend: quelques prisonniers ont récupéré des armes et, dirigés par celui qui m'a interpellé au début, bloquent les deux issues. Les derniers Garzoks sont défaits et ne pensent plus qu'à fuir, en vain car ils sont massacrés sans pitié par leurs anciens captifs.

Lentement, un silence de mort se répand sur le camp. Je me secoue en réalisant que les humains m'observent, comme après chaque combat difficile je me sens sale et vide, écoeuré à en vomir. Une fois de plus j'ai tranché de nombreuses vies, une fois de plus je me demande fugacement si ce que j'ai fait était vraiment juste ou nécessaire. Mais, je ne sais si je dois m'en réjouir ou m'en attrister, cet état dépressif dure de moins en moins longtemps. La mort, le charnier qui suit chaque bataille, l'odeur nauséabonde qui emplit l'air, tout cela acquière une sorte de normalité au fil du temps et des combats. Sans doute est-ce une manière pour l'esprit de se protéger de l'intolérable, mais je me demande à quel moment cet endurcissement devient une perversion de l'âme, un chancre purulent capable de corrompre définitivement celui qui le subit. Je n'ai pas de réponse à cette question, j'espère ne jamais en avoir et surtout, rester capable de compassion et de bonté quoi qu'il advienne. Je souris pensivement à l'humain qui s'approche de moi, un Kendran d'une trentaine d'années aux cheveux bruns coupés ras, et l'observe avec un étrange détachement se présenter :

"Sergent Fardel, messire, des forces armées de Luminion. Nous sommes tombés dans une embuscade voilà une quinzaine de jours. Sans vous, je crois bien que nous aurions tous fini dans l'estomac de ces monstres. Merci, sire...?"

"Tanaëth Ithil, de l'Ordre des Danseurs d'Opale."

L'homme me scrute avec curiosité tandis que je nettoie soigneusement mes armes avec un bout de chiffon prélevé sur un cadavre, mais comme je ne fais pas mine de répondre aux questions qu'il n'a pas posées, il finit par s'enhardir:

"Pardonnez mon ignorance, mais je ne connais pas votre ordre. Puis-je vous demander ce qu'un Sindel fait dans la région? C'est...peu courant."

Je rengaine mes lames et lui souris tranquillement avant de répliquer:

"Vous devriez ramener vos hommes chez eux, sergent. Avec le raffut que nous avons fait, d'autres Garzoks pourraient venir et vous n'êtes pas en état de vous battre, sans vouloir vous offenser. Vos questions trouveront réponse à Luminion."

"C'est possible, en effet. Il y a un autre camp ennemi plus important en aval du fleuve, à moins d'une journée de marche. Mais pourquoi ne rentreriez-vous pas avec nous en ville? On vous offrirait bien quelques chopes pour vous remercier."

Je secoue lentement la tête en signe de dénégation en lui répondant:

"Parce que j'en viens sergent, et que je veux aller voir ce camp que vous avez évoqué. Avez-vous une idée du nombre de Garzoks qui sont stationnés là-bas?"

"Deux ou trois centaines. A voir ce que vous avez fait ici je ne doute nullement de vos compétences martiales mais soyez extrêmement prudent, ils ont des prêtres et des troupes montées sur des loups."

"Je vois. Merci du renseignement. Allez maintenant, vos blessés ont besoin de soins et vous tous de repos et de bons repas. Et si vous voulez toujours m'offrir un verre, je devrais revenir à Luminion dans sept ou huit jours."

Je souligne mes derniers mots d'un sourire et tends la main à l'humain qui la serre chaleureusement, tout comme les cinq autres survivants qui me remercient avec des effusions qui me mettent fort mal à l'aise. Voilà qui me change passablement de l'accueil que m'a réservé leur duc mais, au final, je ne suis pas certain de préférer ces manifestations de gratitude à la froideur de Messire de Pérussac. Quoi qu'il en soit, je les regarde partir en les saluant de la main puis, lorsqu'ils ont disparu de ma vue, j'entreprends de fouiller le camp et les cadavres afin de récupérer ce qui me semble intéressant. J'hésite un peu à me charger de l'armure et du marteau de guerre du chef Garzok, mais je pourrais les revendre un bon prix et l'Opale a grand besoin de yus. Je parviens à fourrer la plate dans mon sac et à accrocher le marteau dans mon dos de manière à peu près satisfaisante, bien que ce poids inhabituel me fasse grincer des dents. Une fois le camp pillé en bonne et due forme, je m'empare d'une branche enflammée dans le foyer ayant servi à rôtir les captifs et je mets le feu à tout ce qui est susceptible de brûler, non sans une morbide satisfaction. Ceci fait, je m'éloigne rapidement en appelant Sinwaë qui ne tarde pas à me rejoindre en se faufilant silencieusement parmi le sous-bois. J'ai besoin de repos et il faudrait que j'examine mes blessures, mais l'épaisse colonne de fumée qui s'élève dans les cieux doit se voir à des kilomètres et je ne tiens pas à me retrouver nez à nez avec une centaine de Garzoks dans l'immédiat. Mieux vaudrait que je sois loin d'ici lorsqu'ils arriveront, ce qui n'est qu'une question d'heures sans doute.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Mer 22 Mar 2017 00:13 
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Insidieusement, un détail s'insinue dans mes pensées tandis que je m'éloigne du camp ravagé: où sont passés les équipements des soldats de Luminion que j'ai libérés? Ils ne se trouvaient dans aucune des tentes Garzoks et les fugitifs n'étaient vêtus que de haillons. Quant aux orcs, pas un n'arborait des armes ou des armures humaines, alors qu'est-il advenu de ce matériel? J'aurais dû poser la question aux Kendrans après le combat mais la fatigue et l'inévitable trouble ressenti à la vue de tant de cadavres m'ont quelque peu distrait. Comme je ne peux remonter le temps, je chasse cette question troublante de mon esprit, provisoirement du moins, et poursuis ma route en direction de l'aval du fleuve. Je me décide à faire halte alors que l'aube se lève, j'ai mis une bonne distance entre le lieu du carnage et moi, assez pour être tranquille un moment j'espère. Après avoir déniché un petit coin bien dissimulé par d'épais fourrés, je me défais de mon équipement souillé et le nettoie soigneusement en vérifiant méticuleusement chaque pièce de mon armure. Satisfait de mon examen, je plonge moi-même dans l'eau glaciale avec un plaisir non dissimulé et me décrasse des pieds à la tête, ce qui n'est vraiment pas du luxe à voir la couleur de l'eau qui ruisselle de mon corps. Un sourd grondement de mon Ithilarthëa m'alarme soudain et me fait me retourner en vitesse, le coeur battant à tout rompre à l'idée que des Garzoks m'aient retrouvé. Je manque m'étouffer en découvrant une gracieuse silhouette nonchalamment adossée à un arbre et m'exclame d'un ton incrédule:

"Faryä?! Par les dieux! Que fais-tu ici?"

La Shaakte me sourit d'un air narquois et laisse son regard me parcourir lentement des pieds à la tête avant de répondre:

"Je t'ai suivi, voyons. Je pensais bien que tu n'allais pas t'éterniser à Luminion et j'étais curieuse de savoir ce que tu allais faire."

Je fronce les sourcils à cette explication, j'ai fait de mon mieux pour ne pas laisser de traces mais cela n'a apparemment pas suffit. Toutefois ce n'est pas ce qui m'étonne le plus:

"Pourquoi m'as-tu laissé dévaster tes "amis" Garzoks si tu étais là? Tu aurais pu m'en empêcher."

L'Elfe Noire rit avec légèreté et réplique d'un air indiciblement amusé:

"Je me fiche de ces lourdauds, Oaxaca en a bien assez à son service et je voulais voir de quoi tu étais capable. Je t'ai même aidé un peu, tu te bats bien mais comme espion tu n'es pas très doué."

Je sors de l'eau malgré le regard dénué de la moindre pudeur de la Shaakte, de toute façon il n'y a pas grand chose de moi qu'elle n'ait pas déjà vu, et lui demande avec une certaine perplexité:

"Ce qui signifie?"

"Cela ne t'a pas surpris qu'il n'y ait aucune sentinelle?"

"Si...mais je me suis dit qu'ils étaient trop confiants. Je ne cerne pas très bien, pourquoi m'as-tu aidé, au juste?"

Alors que je ramasse mes habits pour me vêtir, Faryä s'approche d'une démarche sensuelle et se colle lascivement à moi en me forçant à lâcher mes frusques avant de me murmurer à l'oreille:

"Mais parce que je n'en ai pas fini avec toi, Tanaëth."

Je la contrains à s'écarter un peu pour accrocher son regard et la fixer durement:

"Tu as utilisé ta magie pour me forcer à coucher avec toi, tu as assassiné une famille qui aurait pu m'être utile puis tu m'as joué un sale tour en libérant les pigeons, que veux-tu de plus? Ne te vient-il pas à l'idée que moi j'ai peut-être envie d'en avoir fini avec toi?"

L'Elfe Noire me fait ciller d'une caresse incendiaire avant de m'adresser un sourire machiavélique:

"Ceci dit le contraire et c'est moi qui décide quand un amant ne m'amuse plus, petit Elfe. Maintenant tais-toi et fais-moi hurler de plaisir, c'est toujours meilleur après un bon massacre, tu verras..."

Je voudrais la rejeter et m'en aller sans me retourner, mais je ne peux nier que j'ai furieusement envie d'elle et, à dire vrai, je ne sais pas vraiment pourquoi je lutte contre la passion volcanique qu'elle fait naître en moi. Il n'y a pas d'amour, pas même de la tendresse, il n'y a qu'un désir charnel si puissant qu'il en est presque douloureux, une pulsion perturbante que je n'avais jamais ressenti avant de la rencontrer. Pourquoi me refuserais-je à lui laisser libre cours au fond? J'ai beau chercher, je ne trouve aucune raison valable, sans doute suis-je trop ensorcelé par ce regard de braise rivé au mien, par ce corps sublime qui se presse contre ma peau nue. Je suis engagé dans une guerre meurtrière qui me dépasse et chaque combat que je mène peut être le dernier. Pour quelle foutue raison ne profiterais-je pas de la vie et de l'instant présent? Que m'importe que Faryä soit cruelle, manipulatrice et opportuniste? Qu'en aurais-je à faire lorsque la vie quittera mon corps? Rien, strictement rien du tout.

L'Elfe Noire n'a nul besoin de magie cette fois, j'écarte de moi-même tout ce qui n'est pas le présent et je découvre avec un certain cynisme qu'elle avait raison: c'est meilleur lorsqu'on vient de frôler la mort, tout ce qui a trait à la vie est plus intense, plus entier. Suis-je en train de me damner? Peut-être mais je m'en fous, je vis, ici et maintenant.

Quelques heures plus tard, alors que nous sommes étrangement blottis l'un contre l'autre, Faryä rompt le silence issu de la torpeur dans laquelle nous sommes plongés depuis quelques minutes:

"J'aimerais que tu me rendes un service, Tanaëth."

Je me relève sur un coude pour l'observer avec un léger sourire sardonique aux lèvres:

"Ah? Qui veux-tu que je tue?"

Elle m'offre un sourire merveilleux d'innocence et, dans la seconde suivante, plante cruellement ses ongles dans mon dos en répondant mielleusement:

"J'aime trop donner la mort moi-même pour te laisser ce privilège, impudent Sindel. Non, j'ai besoin que tu récupères une bague pour moi. Son possesseur est mort, il n'en a plus besoin."

Surpris par son geste douloureux, je gronde une vaine menace et lui inflige une tape sèche sur les fesses avant de m'enquérir:

"Et le piège c'est quoi? Elle est dans le trésor du roi de Kendra-Kâr?"

Falyä éclate de rire et secoue négativement la tête en ripostant:

"Pire. Son propriétaire est mort en tentant de se rendre dans une grotte."

Je la dévisage sans piper mot, attendant la suite je commence à suffisamment la connaître pour être raisonnablement certain qu'il y a une embrouille quelque part.

"C'est un lieu légendaire, on dit qu'un fabuleux trésor s'y trouve. Evidemment ce n'est pas sans danger."

"Hum. Quel genre de dangers? Pourquoi ne vas-tu pas la chercher toi-même?"

"Aucune idée. Personne n'en est revenu pour le raconter."

"Tu n'as pas répondu à ma deuxième question. Et qu'est-ce que j'y gagne, dans ton histoire?"

L'Elfe Noire me sourit d'un air sarcastique en murmurant suavement:

"Tu apprends vite mon bel Elfe. Je pourrais peut-être faire quelque chose de toi finalement. Je veux que ce soit toi qui ailles chercher cette bague parce que j'ai également besoin que tu récupères un autre objet que possédait son propriétaire. Ce sera ta récompense."

Dieux que je n'ai pas confiance dans la petite moue charmeuse qu'elle m'octroie en disant cela! Il y a anguille sous roche, et pas une petite, cela ne fait pas le moindre doute. Une anguille que j'entends bien faire sortir de son trou avant d'accepter quoi que ce soit:

"Et c'est autre objet c'est quoi?"

"Une cape."

C'est à mon tour d'éclater de rire:

"J'ai déjà une cape, ton joli derrière est posé dessus. Arrête ton baratin, Faryä. Réponds clairement à mes questions et peut-être que j'accepterai de te rendre ce service, continue comme ça et tu iras chercher ces objets toi-même."

La Shaakte me renverse brutalement sur le dos et s'assied à califourchon sur moi, m'immobilisant sans la moindre peine. Elle me fixe quelques instants en silence avec un petit sourire sadique et lâche enfin sur un ton moqueur:

"Pour l'instant tu es nu comme un ver, petit Elfe. Cela m'amuserait beaucoup de t'abandonner ainsi, je donnerais cher pour voir la tête des gardes de la porte d'Ynorie lorsque t'y présenteras les fesses à l'air."

Je soutiens son regard en dissimulant de mon mieux l'inquiétude qui naît en moi à cette idée, elle est parfaitement capable de mettre sa menace à exécution. Je doute fort qu'elle soit dupe de mon air inflexible, elle sait que je n'en mène pas large, mais elle daigne tout de même répondre:

"La cape dont je te parle est une relique, elle appartenait à un serviteur d'Oaxaca nommé Revan."

Je hausse un sourcil interrogateur, n'ayant jamais entendu parler de ce Revan, mais Faryä ne se soucie visiblement pas de mon ignorance car elle pose un index en travers de mes lèvres et précise:

"Destinée ne se trompe jamais, Tanaëth. Ma fille sera de ton sang. Si tu veux la voir un jour, ou simplement qu'elle sache que tu es son père, tu me rendras le service que je te demande et tu récupéreras cette cape."

Je m'efforce de rester impassible malgré la colère qui m'envahit à cette menace et lui demande froidement:

"Tu sais que tu es une belle garce?"

Ma question la fait rire mais je n'y prête pas attention, je ne comprends pas vraiment d'où me vient ce sombre sentiment, ni pourquoi il se manifeste si puissamment. Jamais je ne me suis imaginé dans un rôle de père ou, du moins, pas depuis la mort de Jaëlle. Ne me disais-je pas, voilà quelques heures à peine, que je n'avais pas de temps à consacrer à un enfant? Je perds pied sous le regard de braise qui me fixe et je déteste ça, d'autant plus qu'il me rappelle bien trop nettement la vision que j'ai eue en affrontant le chef Garzok. C'est le même regard, si ce n'est que les pupilles de ma vision étaient d'un noir de jais alors que celles de la femme qui me surplombe sont aussi flamboyantes que le reste de ses yeux. Je me sens glisser dans une nouvelle fusion avec Syndalywë, le souvenir de la vision resurgit et se superpose de manière affolante à la réalité, me déstabilisant plus encore. Pendant quelques secondes, je ne sais plus ce qui appartient au présent et ce qui n'est qu'un possible futur, les deux regards se confondent, les deux visages se fondent l'un dans l'autre pour ne former plus qu'un, femme centenaire et fillette d'une dizaine d'années réunies en une unique personne. Je frémis, j'ai l'impression d'être debout au sommet d'un pic vertigineux, entouré d'un abysse insondable qui n'est autre, je le sais, que la folie. Au moindre vacillement, je tombe sans aucun espoir de retour.

(Du calme Bien-Aimé, reviens au présent avec moi.)

Je prends une brutale inspiration alors que ma Faëra ramène mon esprit à l'instant présent, il n'y a plus qu'une Shaakte en face de moi, une Elfe Noire cruelle et machiavélique. Mais, pour la première fois, je distingue une lueur imperceptiblement anxieuse dans les yeux de Faryä, quelque chose dans mon expression l'a probablement troublée et un doute s'est insinué en elle. Sa voix n'est qu'un murmure lorsqu'elle me demande:

"Qu'est-ce qui te prend? Que signifie ce...regard?"

Son attention s'est relâchée et la prise qui me maintenait cloué au sol aussi, j'en profite sans scrupules et retourne la situation d'une ruade nerveuse qui prend Faryä totalement par surprise. Je lui retourne un sourire crépusculaire et rétorque à mi-voix:

"Il signifie que tu n'as pas le pouvoir de m'empêcher de voir ma fille, Shaakte. Pas sans prendre ma vie. Je te propose un marché: je te rends le service que tu me demandes, en échange de quoi tu me rendras celui, proportionnel, que je te demanderai un jour prochain. Quant à notre fille, elle aura un père et une mère ou elle ne deviendra jamais femme, sur Sithi je t'en fais le serment. Destinée t'a peut-être assuré qu'elle naîtrait, mais elle ne t'a pas dit qu'elle survivrait. C'est à prendre ou à laisser, Faryä."

L'Elfe me dévisage d'abord avec incrédulité, puis avec un amusement grandissant. Elle laisse finalement échapper un léger rire et se dégage pour me troubler d'un long baiser sauvage avant de répliquer:

"Tu es téméraire, petit Elfe, je sens que ces prochains temps vont être passionnants."

"Téméraire et obstiné à en faire pâlir une mule, c'est ce que disaient mes instructeurs au Naora. Marché conclu?"

Elle me repousse d'une bourrade et se relève pour récupérer ses vêtements et son matériel tout en m'observant avec attention, sans prononcer un mot. Je commence à me rhabiller également sans la lâcher des yeux, je veux une réponse à ma question et ma mine sévère souligne que je ne lâcherai pas le morceau. Ce n'est que lorsqu'elle s'est entièrement équipée que Faryä lâche enfin avec un discret sourire en coin:

"La grotte se trouve à trois jours de marche en direction du nord, de l'autre côté du fleuve. Un pont permet d'y accéder, la plupart de ceux qui ont tenté l'aventure ne sont pas parvenus à le franchir."

Je la fixe durement et demande d'un ton neutre:

"Tu acceptes mon marché?"

L'Elfe rit à nouveau et m'adresse un clin d'oeil sardonique en disant:

"Survis aux instants qui viennent si tu le peux, ramène-moi cette bague et j'honorerai ton marché, petit Elfe. A bientôt."

Elle disparaît dans les fourrés avant que je n'aie eu le temps de lui demander ce qu'elle voulait dire, preste et silencieuse comme un serpent. Moins de dix secondes se sont écoulées lorsque des cris rauques retentissent dans la forêt, de nombreux cris issus de gorges Garzoks.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Jeu 23 Mar 2017 18:17 
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Je m'équipe vivement en jurant à voix basse. Les Garzoks que j'entends, nombreux d'après le raffut, ne sont pas à plus de deux ou trois cent mètres de moi et ils se rapprochent. Je m'étais arrêté dans ce coin pour me reposer du dernier combat, ce que l'arrivée impromptue de Faryä m'a interdit, la fatigue commence sérieusement à se faire sentir et mon énergie interne est dangereusement faible. Je n'ai guère envie de risquer un combat dans ces conditions, mieux vaut que je file en douce, si tant est que ce soit possible.

Je ne tarde pas à déguerpir le plus silencieusement possible dans les fourrés qui bordent le fleuve, un exercice parfois difficile lorsqu'ils deviennent plus denses. Je m'efforce aussi de marcher sur des pierres plutôt que sur de la terre qui conserverait mes traces mais, malgré les années passées dans la nature, je n'ai pas les capacités d'un pisteur et je ne doute pas une seconde que l'un d'eux puisse suivre ma progression sans trop transpirer. Au fil des minutes qui passent, les cris se rapprochent peu à peu et me contraignent à forcer l'allure pour essayer de rester à distance de mes ennemis. Mon fauve, qui s'était éloigné pendant nos ébats, me rejoint si soudainement que ma Vorpale est à moitié dégainée lorsque je le reconnais. Je me retiens de l'injurier copieusement pour m'avoir flanqué une belle frousse, conscient qu'il n'est en rien responsable de la nervosité qui me gagne et du piège dans lequel je me suis jeté bille en tête. Les hurlements de Orcs se font soudain plus intenses et prennent une note jubilatoire qui me fait grincer des dents: ils ont dû trouver le lieu où je me suis arrêté et voir les nombreuses traces que j'y ai laissées. Je suis bon pour une traque en bonne et due forme, cela ne fait plus le moindre doute.

Ma marche rapide se transforme en course lorsque je réalise que le vacarme se rapproche de plus en plus rapidement, ces damnés se sont probablement mis à galoper pour rattraper leur proie et je vais avoir de la peine à leur échapper compte tenu de ma fatigue. De plus, le fait de me hâter m'empêche de prendre garde aux branches et au terrain, je brise trop souvent les premières en passant et sens parfois mes bottes s'enfoncer dans la terre meuble. Le plus novice des chasseurs serait maintenant en mesure de me pister et ce n'est pas une idée rassurante. Une dizaine de minutes plus tard, l'évidence devient criante: je ne parviendrai pas à distancer mes poursuivants, ils ne sont plus qu'à une centaine de mètres derrière moi et la distance se réduit un peu à chaque instant qui passe. Tous les muscles de mon corps, largement mis à contribution durant la journée et la nuit écoulée, semblent se liguer pour me ralentir. Je n'ai plus le choix, je vais devoir faire face avant d'être trop épuisé pour me défendre.

Mon regard parcourt avidement les environs en quête d'une position susceptible de me donner un avantage, mais il n'y a pas grand chose à part un gros amoncellement rocheux recouvert de mousse et de buissons touffus que mes poursuivants n'auront pas grand mal à cerner. Faute de mieux, je gravis l'amas de blocs et me dissimule de mon mieux entre deux gros rochers à proximité de son sommet en m'enveloppant dans ma cape. Elle ne me rendra pas invisible mais les orcs auront tout de même plus de mal à me distinguer. Je me force à respirer lentement et profondément pour récupérer mon souffle et saisis ma relique de glace en m'assurant du parfait positionnement de mon carquois. Un sourire lugubre gagne mes lèvres malgré la sourde angoisse qui m'étreint le ventre, les premiers arrivants regretteront d'avoir été si bons coureurs. Je mets à profit les dernières secondes de tranquillité qui me restent pour faire coucher Sinwaë derrière moi et examiner la topographie des lieux en quête d'un chemin de repli plus ou moins à couvert si la nécessité s'en faisait sentir. Ma meilleure option me semble résider dans un étroit passage descendant sinuant entre les rochers et partiellement dissimulé par la végétation qui débute à une douzaine de mètres de moi, à condition évidemment qu'il ne débouche pas dans un cul de sac quelques mètres plus loin. Quoi qu'il en soit je n'ai pas le temps d'aller m'en assurer car trois orcs sortent à cet instant du bois à une cinquantaine de mètres de ma position, le nez au sol pour suivre ma piste.

Mon premier trait fend les airs dans un léger sifflement qui fait lever la tête aux Garzoks, mais je me suis rencogné entre les rochers immédiatement après l'avoir décoché, seule ma tête encapuchonnée dépasse de mon abri pour me permettre de la garder à l'oeil et ils ne parviennent pas à me localiser. Deux d'entre eux hurlent quelque chose dans leur sabir rocailleux pour prévenir leurs comparses, le troisième s'effondre lourdement, une flèche profondément fichée dans la gorge. J'attends qu'ils regardent ailleurs pour me dévoiler brièvement et tirer mon deuxième projectile, plus longtemps ils ignoreront ma position exacte plus j'aurai de chances de m'en sortir. L'orc de droite braille de douleur et titube en arrière lorsque ma flèche perfore puissamment son torse, une blessure qui le tuera lentement mais sûrement car je suis à peu près certain de lui avoir perforé un poumon. Son comparse se replie précipitamment en criant de plus belle, me présentant fugacement son dos dans sa retraite. Mon troisième trait le cueille entre les omoplates et le jette au sol, mort avant de l'avoir touché. Un rictus sinistre aux lèvres, j'encoche un nouveau trait et tends l'oreille pour savoir ce que mes ennemis trafiquent. Sans grand succès, malheureusement, si ce n'est que j'ai l'impression qu'ils tentent de cerner mon refuge car leurs voix s'élèvent maintenant également sur ma droite et ma gauche.

Mon écoute attentive me révèle aussi que c'est une forte troupe qui me pourchasse, j'ignore leur nombre exact mais ils sont plusieurs dizaines. Je plisse légèrement les yeux en réfléchissant vivement à la suite des événements, je ne dois pas les laisser m'encercler, ils sont trop nombreux pour que je m'en sorte en cas d'assaut massif. Pour l'instant ils se savent pas exactement où je me trouve mais cela ne durera pas et, une fois qu'ils l'auront découvert, il me sera bien plus difficile de me replier. Si je veux dégager d'ici, c'est maintenant ou jamais, dans quelques secondes il sera trop tard. Sans plus hésiter je me glisse dans l'étroit passage repéré plus tôt en appelant mon Ithilarthëa à voix basse pour qu'il me suive, ce qu'il fait aussitôt à mon plus grand soulagement. Mon coeur bat la chamade tandis que je me faufile le plus silencieusement possible entre les rocs, puisse Sithi faire que ce petit défilé conduise quelque part...

L'étroit canyon me ramène près des berges du fleuve, qui se font peu à peu plus abruptes en direction de l'aval. Le cours d'eau fait une dizaine de mètres de large à cet endroit, son courant est rapide et tumultueux, d'autant plus qu'il se heurte à des rochers dépassant à peine de l'eau en dévalant la montagne. Un grondement sourd m'apprend qu'il y a probablement des chutes ou des rapides plus loin mais, rapides ou pas, je n'ai de toute manière pas la moindre envie de prendre un bain avec mon pesant équipement sur le dos. Pourtant, si je parvenais à mettre ce torrent entre mes poursuivants et moi, ils seraient salement exposés durant sa traversée et mes flèches pourraient faire des ravages dans leurs rangs. Cela étant il me semble que je pourrais parvenir à le franchir un peu en contrebas, en bondissant de rocher en rocher, mais l'idée de déraper sur les rocs rendus glissants par l'humidité me fait hésiter. Si je tombe je suis mort, le poids de mon armure et de mes armes ne me laissera aucune chance et j'irai au fond de l'eau comme une vulgaire enclume.

Ce qui est certain aussi c'est que je ne peux m'attarder ici à soupeser le pour et le contre, déjà les Garzoks comblent la mince avance que ma retraite m'a octroyée et leurs braillements m'indiquent qu'ils ne tarderont pas à me rejoindre. Je dois me décider et vite, tergiverser me tuera aussi sûrement qu'une chute dans le fleuve bouillonnant. Un rapide regard circulaire me convainc que je n'ai pas trente-six possibilités. En restant sur la berge où je me trouve, il me faudrait parcourir près de cent mètres à découvert sur les rochers pour gagner le bois le plus proche et, si mes ennemis possèdent des arcs ou des arbalètes, c'est plus qu'il ne leur en faudra pour m'épingler comme un papillon. J'observe une fois encore le gué précaire qui pourrait me conduire sur l'autre rive puis, bannissant doutes et peurs de mon esprit, je m'élance follement dans la pente instable qui permet d'y accéder en sifflant d'une voix pressante entre mes dents serrées:

"Sinwaë! Viens! Allez!"

Les cailloux roulent dangereusement sous mes pieds alors que je dévale la berge, mais mon sens aigu de l'équilibre me fait instinctivement compenser chaque traîtrise du sol et mon élan est suffisant pour qu'un bond m'amène sur un premier rocher dépassant des flots à près de cinq mètres de la rive. J'ai un pincement d'angoisse lorsque mon pied droit dérape sur la pierre humide mais, une fois de plus mes réflexes de combattant font leur office et je parviens de justesse à enchaîner d'un nouveau saut vers le roc suivant. Mon atterrissage est toutefois rendu imparfait par la dérobade de mon précédent appui et me contraint à mouliner des bras pour conserver mon équilibre vacillant, Moura si tu m'entends je t'en conjure, épargne-moi un bain forcé! Je parviens in extremis à demeurer sur mon perchoir en m'accroupissant pour m'agripper au rocher de ma main libre, mais je frémis d'horreur en voyant mon fauve bondir pour me rejoindre. Il va me bousculer si je reste là et nous finirons tous deux à l'eau! Je me propulse de toutes mes forces vers le caillou suivant mais mon élan est insuffisant et c'est à plat ventre que je m'écrase dessus, les deux jambes dans le torrent glacial. Le souffle coupé par le choc, je tente frénétiquement de me hisser au sec en crispant les doigts de ma main gauche sur les maigres aspérités du roc poli par le courant, tout en crispant désespérément l'autre sur ma relique de glace pour ne pas la perdre. J'y serais peut-être parvenu si mon Ithlarthëa n'avait pas été juste derrière moi, incapable de s'arrêter sous peine de passer au jus. Le bougre ne le fait pas exprès bien sûr, n'empêche qu'il m'atterrit pile sur le dos et que je hurle de douleur lorsque mes côtes déjà malmenées par le marteau du chef de guerre Garzok cèdent brutalement sous le poids conséquent de mon fauve.

La souffrance terrible et la masse de Sinwaë ne me laissent pas une chance de maintenir ma prise et je sens mes ongles s'arracher tandis que mes doigts crispés raclent désespérément contre le roc pour me retenir. Le puissant courant m'emporte comme une misérable brindille et mon cri est interrompu net par le liquide qui s'immisce dans ma bouche imprudemment ouverte, me faisant m'étrangler et tousser. Le poids de mon armure et de mes armes m'entraîne directement au fond de l'eau et je heurte durement tous les rochers qui constituent le lit du fleuve tandis qu'une panique absolue me gagne. Je ne vois plus rien, je ne sais plus où sont le haut et le bas et j'avale toujours plus d'eau alors que je m'étouffe et tente idiotement de reprendre de l'air. Je lutte de toutes mes forces pour rejoindre la surface mais je ne sais où elle se trouve et mes efforts désordonnés ne font que m'épuiser davantage. Les chocs répétés contre les rochers et la température glaciale de l'eau me plongent dans un engourdissement mortel, le manque d'air et la panique occultent toute capacité de raisonnement cohérent et je me sens irrémédiablement sombrer dans des ténèbres absolues.

Je pensais que ce serait effrayant, mais elles sont agréables. Il ne sert plus à rien de lutter, je vais rejoindre Sithi dans le firmament et il n'est rien que je désire davantage. J'ai tué de nombreux êtres et c'est à mon tour de mourir, la boucle est bouclée et tout est parfait, je pars en paix. Une ultime pensée émane de mon esprit, quelques mots issus du fond du coeur que j'adresse à Syndalywë:

(Ullume au oialë, Bien-Aimée. Adieu.)

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Jeu 6 Avr 2017 22:23 
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Je profite du calme qui suit la cérémonie Mouraïque à laquelle je viens de participer pour me reposer quelques heures. Je ne suis pas vraiment épuisé, mais j'ai puisé largement dans mon énergie intérieure et il me semble sage de la reconstituer avant de me relancer dans les sombres terres de l'empire Oaxien. Lorsque je quitte la caverne, le soleil est levé depuis deux bonnes heures et fait fumer le paysage détrempé par l'averse diluvienne de la nuit précédente, ce qui crée une magnifique atmosphère brumeuse emplie de mystère. Sans plus tarder je me mets en route et, dès que je me suis éloigné d'une centaine de mètres de la grotte, je pousse un puissant sifflement qui résonne loin dans les montagnes. Si mon Ithilarthëa est dans le coin, il ne tardera pas à rappliquer. Je souris lugubrement en songeant que s'il y a des orcs dans la région ils s'amèneront également. Mais c'est un risque que je suis prêt à courir, il faut impérativement que je retrouve mon fauve avant de m'éloigner.

Un quart d'heure plus tard, j'aperçois avec joie Sinwaë dressé sur une éminence rocheuse, il me salue d'un puissant rugissement et dévale la pente pour me rejoindre, jusqu'à me sauter dessus sans la moindre vergogne! J'ai beau me préparer au choc, mon Silnogure me projette brutalement à terre et me gratifie de grands coups de langue râpeuse sur le visage malgré mes récriminations outrées. Je l'agrippe et le fais basculer à terre, ce qui lui plaît très moyennement, le bougre trouve moyen de refermer sa mâchoire sur mon bras et me secoue comme un prunier en grondant férocement. Bien heureusement il modère sa force, ce n'est qu'un jeu pour lui, turbulent certes, mais sans la moindre méchanceté. Nous luttons ainsi joyeusement pendant un moment puis, tous deux essoufflés, finissons par nous calmer et nous fixer avec une égale curiosité. Je me demande ce qu'il a fait pendant le temps où nous avons été séparés et lui, plus pragmatique sans doute, semble se demander quand je me déciderai à lui donner sa pitance car il lorgne mon sac d'un air suppliant du plus haut comique.

Nous nous remettons en route vers le nord une fois Sinwaë rassasié, non sans une pensée de gratitude pour Sirnass qui a eu la prévenance de fourrer des provisions fraîches dans mon sac. Nous franchissons plusieurs petites rivières en pleine décrue, sans grand mal car les plus larges sont aisément traversables d'un bond, et poursuivons notre route sans ralentir jusqu'à la nuit tombée. L'obscurité n'est pas suffisante pour m'empêcher d'y voir et je continuerais bien encore un moment, mais j'aperçois devant nous plusieurs feux espacés dont la présence me fait hésiter. Je doute fort qu'il y ait des voyageurs accueillants dans cette région, ce sont certainement des Garzoks qui campent et qui nous barrent ainsi involontairement la route. Je pourrais tenter de me faufiler entre ces camps, mais le fait qu'il y en ait plusieurs aussi proches les uns des autres et aussi régulièrement répartis me chiffonne la moindre. Ils ne se seraient pas positionnés autrement s'ils avaient voulu former un barrage infranchissable dans le coin, mais pour empêcher qui de passer, là est toute la question. Certainement pas moi car il n'y a aucune chance qu'ils aient été informés de ma destination, à moins que...hum, à moins que Färya ait encore fait des siennes, elle est l'unique personne au courant de l'endroit où je me rends. Ce qui n'a rien d'impossible, la connaissant. Mais dans cette hypothèse, quel serait son intérêt? Elle m'a demandé d'aller lui chercher une bague dans une grotte des environs, pourquoi chercherait-elle à entraver mon chemin?

Perplexe, je me dirige vers un monticule rocheux situé non loin et le gravis, espérant que de là-haut je pourrai mieux appréhender la situation générale. Alors que je parviens à une trentaine de mètres du sommet, Sinwaë laisse échapper un discret grondement en retroussant les babines de manière agressive, m'indiquant qu'il y a une présence toute proche. J'entoure son encolure d'un bras et le rassure d'un murmure pour qu'il se tienne tranquille avant de lui ordonner de m'attendre sagement sous un fourré. Dès que je suis à peu près certain qu'il obéira, je me saisis de mon arc et y encoche un trait avant de poursuivre discrètement la montée. Quelques minutes de lente et prudente progression plus tard, je discerne le dos d'un Garzok planqué derrière des rochers, en train de somnoler d'ennui selon toute apparence car je l'entends ronfler à près de dix mètres.

(Fatale erreur, mon gros...)

Je remise silencieusement mon arc pour dégainer ma Vorpale et m'approche de l'Orc à pas de loup, prêt à bondir s'il venait à se réveiller. Mais il ne bronche pas et je parviens juste derrière lui sans me faire repérer, assez près pour pouvoir le toucher en tendant la main. L'envie de le décapiter sommairement me traverse, je me retiens pourtant en pensant qu'il y a bien plus intelligent à faire et je glisse en douceur ma lame d'adamantite sous sa gorge avant de le museler brutalement de ma main libre. A l'instant où la peau-verte émerge de son sommeil, je lui murmure froidement:

"Un cri et je t'égorge comme un poulet, tu m'entends abruti?"

Le Garzok surpris a un geste brusque pour se dégager, ce qui est une déplorable idée compte tenu du rasoir qui frôle sa jugulaire. Il le réalise à l'instant où sa gorge commence à saigner, une chance pour lui que je maîtrise assez correctement ma lame pour en gérer la pression, et s'immobilise aussitôt en tentant de dire quelque chose que je ne comprends pas, ma main le bâillonnant toujours. Je dégage sa bouche lentement, prêt à trancher net sa carotide s'il fait mine de crier, pour lui demander:

"Qu'est-ce que vous faites ici? Qui attendez-vous? Pas un mot plus haut que l'autre si tu veux vivre..."

Le Garzok grogne de façon méprisante et me rétorque:

"On campe, ça s'voit pas? Et toi, t'es qui? Tu vas déguster si tu t'barres pas en vitesse."

Je le muselle vivement et lui plante sèchement un genou dans le dos en accentuant la pression de ma lame sur sa gorge:

"Même un demeuré comme toi devrait comprendre que sa vie ne tient qu'à un fil en train de s'effilocher. Je te repose la question une dernière fois: qui attendez-vous?"

Cette fois l'Orc panique, le tranchant glacial de ma relique a entaillé sa chair et mon genou le force à se cambrer douloureusement en arrière, je dégage sa gueule pour entendre sa réponse:

"Un enfoiré d'Elfe! Un Sindel! Il a buté plein des nôtres et...c'est toi?!"

Je m'assombris en voyant mes craintes se confirmer, une fois encore Färya m'a joué un coup de fille de joie. Mais le pourquoi m'échappe totalement et je déteste cette impression de ne pas comprendre ce qui se trame. Plutôt que de répondre au Garzok je poursuis mon interrogatoire d'un ton polaire:

"Vous êtes combien? Qui vous dirige? Vous avez des magiciens? Des troupes spéciales? Réponds vite et bien si tu tiens à ta peau."

La peau-verte répond si précipitamment que je dois me concentrer pour décortiquer ses phrases en mots:

"On est...beaucoup, j'sais pas compter plus que mes doigts. Y'a un Nécromancien et deux-trois matriarches blanches pis c'est l'général Bark-Rhân qui commande! Laisse-moi la vie et j'te dis comment filer d'ici sans t'faire prendre!"

Un inculte qui ne sait pas compter, voilà bien ma veine...je grogne de dépit et réplique durement:

"Montre-moi du doigt où est votre général et peut-être que tu vivras."

Le Garzok tend une grosse main légèrement tremblante en direction d'un feu situé approximativement au centre de la ligne constituée par les camps, ajoutant sans que j'aie eu besoin de le lui demander:

"Là! Il est là et y'a l'Nécromancien avec lui. Les Matriarches sont dans l'camp qu'est au sud-est parce que l'général pensait qu't'essayerait d'passer par les montagnes. C'est tout c'que j'sais, parole! Me tue pas, j'peux t'aider et..."

Ma Vorpale glisse sur sa gorge en produisant un chuintement soyeux, coupant net le débit précipité de l'Orc. Je laisse son corps agonisant s'affaisser au sol en murmurant entre mes dents serrées:

"Non, tu ne peux pas m'aider. Je marche seul et je serai votre pire cauchemar, vermines de Garzoks. L'heure est venue de payer pour ce que vous avez fait à mon peuple."

Je nettoie soigneusement ma relique sur les vêtements du cadavre et le remplace à son poste d'observation pour scruter attentivement les environs. J'ai une méchante envie de danse macabre qui me taraude mais cette fois j'ai affaire à forte partie et je serais un imbécile de prendre l'impressionnant dispositif mis en place pour me capturer à la légère. Färya a dû les prévenir que je n'étais pas une proie à la portée d'une vulgaire patrouille, je donnerais cher pour savoir ce qu'elle leur a dit exactement et les raisons de cette nouvelle trahison de sa part. Cette histoire de bague n'était-elle qu'une manigance pour me jeter dans les bras de ces troupes? Mais dans quel but? S'emparer de mes reliques? Cela ne tient pas la route, cette foutue Shaakte aurait pu m'étriper d'une seule main lorsque nous nous sommes rencontrés et prendre tout ce qui lui plaisait. Se faire bien voir d'un général en lui offrant l'opportunité de me piéger? Je pense qu'elle aurait eu plus à gagner en m'amenant elle-même à Oaxaca, voire à Caix Imoros, si vraiment. Alors quoi?

(Ce n'est peut-être pas ta mort qu'elle veut,) remarque songeusement Syndalywë.

(Mmm. Pas bête, mais pourquoi ne m'a-t'elle pas simplement demandé d'éliminer ce général, en admettant que cette hypothèse soit la bonne?)

(Parce que ce serait une trahison directe que tu aurais pu révéler sous la torture?)

(Moui...peut-être. Donc, en résumé, si je veux contrer les plans de cette garce je m'abstiens de me frotter à ce général et à ses laquais.)

(Oui. Mais es-tu sûr de vouloir contrecarrer ses projets?)

(Alors ça, je n'en sais fichtre rien. Elle est tortueuse et j'ai toutes les raisons de me méfier d'elle, mais...)

(...tu ne crois pas qu'elle veuille ta perte.)

(Non. Je serais déjà mort, si c'était le cas. A moins qu'elle n'ait encore besoin du pion Tanaëth dans sa partie, ce qui me semble l'explication la plus plausible.)

(Eh bien, retournons la situation à notre avantage, elle n'est pas la seule à jouer cette partie.)

(Il va falloir se lever tôt pour la coincer, tu t'en rends compte?)

(Evidemment. Mais nous ne sommes pas dépourvus d'atouts.)

(C'est un fait. Alors voyons un peu si le fou peut semer la pagaille dans la partie. Mais ça va être serré, il y a foule là en bas. L'attaque frontale on va oublier tout de suite, une trentaine de guerriers moyens je peux en venir à bout avec de la chance, là ils sont au moins dix fois ce nombre et il y a du lourd dans le tas.)

Je plisse les yeux pour mieux distinguer les détails des différents campements, il faut que j'élabore une stratégie d'un tout autre niveau que ce que j'ai dû mettre en place jusqu'à ce jour si je veux m'en sortir vivant, voilà qui me semble évident. Mais comment, voici une question des plus épineuses à laquelle je n'ai nulle réponse pour l'instant.

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(Aung San Suu Kyi)


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Ven 21 Avr 2017 22:03, édité 1 fois.

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