L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Lun 10 Avr 2017 00:55 
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J'observe de longues heures durant les environs, me familiarisant avec le paysage et décelant peu à peu les emplacements où se trouvent des Garzoks. Ma route vers le nord est barrée par une chaîne de quatre premières collines orientées sur un axe est-ouest, je me trouve actuellement au sommet de celle se trouvant le plus à l'est. Cette barrière naturelle fait une dizaine de kilomètres de long, elle s'achève à l'ouest sur des plaines vallonnées bien trop dénudées à mon goût et, à l'est, sur un massif plus important si abrupt que je n'aurais guère d'autre choix que de le contourner. Ce qui me prendrait probablement trois ou quatre jours, temps dont je ne dispose malheureusement pas. Au sommet de chacune de ces collines se trouve un guetteur, exception faite de celle où je me trouve évidemment puisque j'ai éliminé celui qui s'y tenait.

Plus au nord et approximativement devant moi, une colline bien plus massive et élevée que celle sur laquelle je suis s'élève, entourée par plusieurs petits bois. La pente qui me fait face est constituée d'un éboulis dantesque, du genre que je n'ai aucune envie d'escalader tant il me semble instable depuis l'endroit où je me trouve. Il me semble avoir aperçu un mouvement au sommet, sans doute un autre guetteur. A droite de cette petite montagne, un camp Garzok, celui qui héberge ces fameuses matriarches blanches d'après l'orc que j'ai questionné. Enfin, fameuses, manière de parler car j'ignore tout de ces créatures que je devine monstrueuses. J'aperçois d'ailleurs deux grosses cages montées sur des chariots dans le campement, mais je suis trop loin pour distinguer précisément ce qu'il y a à l'intérieur. Contrairement au camp que j'ai dévasté voilà deux jours, ceux qui entravent mon chemin sont de simples amas de tentes, nulle palissade ne les protège, ce qui m'amène à supposer qu'ils ont été dressés à la hâte. Rien de bien étonnant car ma tortueuse amante Shaakte n'a pas pu prévenir ces damnés orcs de mon passage avant la veille. Ce qui signifie qu'il y a un camp plus officiel et certainement plus conséquent tout proche d'ici. Où, ça je n'en ai pas la moindre idée.

La partie gauche de cette montagne, à l'ouest donc, s'abaisse par degrés, les plus élevés sont rocheux, les plus bas couverts d'une dense végétation. Un deuxième camp a été planté sur la partie rocheuse, de taille similaire au premier je le distingue mieux et peux estimer qu'il abrite une cinquantaine de peaux-vertes environ. Plus bas, la colline s'achève sur un grand plateau rocheux profondément fissuré d'après ce que j'en distingue, un troisième camp, que je ne repère que grâce à la lueur des feux car il est dissimulé par la végétation, se trouve à sa bordure est. C'est dans celui-ci que devrait se trouver le général si ma victime a dit vrai. Du côté ouest de ce plateau se trouve une petite zone marécageuse qui, au nord, laisse place à un bois de feuillus encore décharnés compte tenu de la saison. Juste devant cette modeste forêt se trouve un quatrième camp, planté au pied d'une deuxième colline moins importante que celle que je viens d'examiner. Je finis par discerner un guetteur au sommet de celle-ci également, mes ennemis ont bien fait les choses, aucun doute là-dessus.

Enfin, à l'ouest de cette dernière colline, là où elle rejoint la plaine, un dernier campement achève de barrer la région. J'ai beau réfléchir je ne vois pas moyen de passer discrètement dans ce fichu piège. Cela d'autant plus que ces maudits Garzoks voient parfaitement la nuit et que l'immaculée blancheur de mon fauve le rendra aussi visible que le nez au milieu du visage dans cet environnement plutôt foncé. Quant à passer en force, il doit y avoir entre deux cent cinquante et trois cents orcs au total, un nombre parfaitement déraisonnable pour un combattant solitaire. La nasse est rudement bien conçue, un peu trop pour un malheureux Sindel d'ailleurs, je me demande bien ce que Faryä a pu leur raconter pour qu'ils y mettent autant de moyens. Plus je considère la situation plus je songe qu'il serait sage de faire demi-tour. Je ne peux espérer sortir victorieux d'une confrontation dans ces conditions, même s'il n'y a aucun combattant capable de me défaire en combat singulier, ils m'écraseront sous le nombre ou m'auront à l'usure.

Je n'hésiterais pas un instant si je ne me souvenais très précisément de la menace de Faryä, or, s'il y a bien une chose dont je suis sûr c'est qu'elle n'est pas du genre à menacer à la légère. Cela la décrédibiliserait totalement et elle ne peut se le permettre, ni en tant qu'espionne d'Omyre ni en tant que membre de la famille dirigeante de Caix Imoros. Si je ne vais pas récupérer cette bague et la cape, je ne verrai jamais ma fille, j'en ai l'intime conviction. C'est un jeu vicieux dans lequel je me suis englué, cette maudite Elfe noire disparaîtra de ma vie ou me trucidera dès l'instant où je cesserai de lui être utile, c'est aussi simple que ça. Et je suis raisonnablement certain qu'elle préférera la deuxième option, ne serait-ce que pour récupérer la Vorpale de son peuple. Je n'ai pas le choix, il faut que je joue la partie selon ses règles jusqu'au moment où je serai en mesure de prendre l'ascendant, quoi qu'il m'en coûte. A tout prendre, j'aime autant trépasser en combattant des Garzoks que d'une dague dans le dos, à plus forte raison si elle est maniée par mon amante. Et comme je n'ai nul souhait de mourir pour le moment, il me reste à trouver une manière de survivre au piège qui m'a été tendu.

(Mais comment? Ô Sithi, éclaire mon chemin de ta sagesse je t'en prie, toutes les stratégies que je peux concevoir mènent au trépas, comment franchir ce bon sang de traquenard?!)

Cette sensation d'être piégé et de ne rien pouvoir y faire me fait repenser à Moraën, la chasseuse Sindel qui fut assassinée sous mes yeux dans les rues de Tulorim avant que j'aie eu la chance de vraiment faire sa connaissance. Je n'étais qu'un simple guerrier semblable à tant autres à l'époque, moi-même blessé à mort je n'ai pu que la regarder mourir à quelques mètres de moi, sans même pouvoir serrer sa main pour recommander son âme à Sithi et lui permettre de partir en paix. Néanmoins ce ne sont pas ces souvenirs douloureux qui m'interpellent, mais une chose qu'elle m'avait dite: quant ton esprit renâcle devant un problème, occupe-le à autre chose et la solution t'apparaîtra toute seule.

Afin de détacher ma pensée du problème qui me préoccupe, je fouille méticuleusement le cadavre de l'orc. Il n'a pas grand chose sur lui, une mauvaise armure, un Kikoup d'une banalité affligeante et une espèce de besace mal tannée. Dans cette dernière, je trouve une gourde à moitié remplie d'eau, une corne servant sans doute à sonner l'alarme, une bourse contenant quelques yus, des rations de viande séchée que je jette aussitôt en me souvenant de l'humain que ses congénères avaient mis à rôtir dans le camp que j'ai assailli voilà quelques jours et un flasque en verre transparent contenant un alcool fort. Je glisse le "cor" et les yus dans mon sac et hume pensivement le breuvage en laissant mon regard parcourir l'horizon pourfendu ici et là par les feux des Garzoks. Un mince sourire ourle lentement mes lèvres tandis que mon coeur s'emballe imperceptiblement: je crois que je tiens un début de stratégie acceptable. Ce sera une danse audacieuse qui nécessitera en sus d'être parfaitement minutée pour fonctionner certes, mais elle me donne une chance de répandre un somptueux chaos parmi mes ennemis. Allons, il est temps de passer à l'action car le temps m'est compté si je veux que tout soit prêt au moment opportun.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Ven 14 Avr 2017 02:17 
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Je positionne le cadavre de l'orc de façon à ce qu'il ait l'air en train de veiller et récupère encore sa gourde que je vide. Puis je redescends rapidement au pied de la colline du côté dissimulé aux autres guetteurs en récupérant au passage mon Ithilarthëa qui somnole sous les fourrés proches du sommet où je lui avais ordonné de rester. Je vais avoir besoin de lui plus tard mais, pour l'heure, il faut impérativement que je parvienne à le faire se tenir tranquille dans un coin discret pendant que j'accomplis la première partie de mon plan. Ce qui n'est pas gagné, il m'obéit de mieux en mieux mais sa curiosité reprend encore vite le dessus sur mes consignes, or je ne peux risquer qu'il me rejoigne ou me suive dans l'immédiat. Sa fourrure blanche le rend trop aisément repérable et la discrétion est la clé de la première étape de mon plan, que je me fasse repérer trop tôt et ce sera ma fête. J'ai un peu honte de ce que je fais ensuite, mais c'est la seule manière que je connaisse de m'assurer qu'il se tienne tranquille: je le gave de toute la viande qu'il me reste. Tant pis si je suis contraint de sauter un ou deux repas ces prochains jours, mieux vaut avoir faim que d'être mort.

Une fois raisonnablement certain que mon fauve va dormir un moment, je me faufile prudemment de rocher en rocher jusqu'au pied de la deuxième colline en partant de l'est, m'arrangeant toujours pour être hors de vue du guetteur qui s'y trouve. A partir de là l'approche se corse car il n'y a pas grand chose pour me dissimuler aux yeux du Garzok placé au sommet mais, à condition de prendre mon temps, je devrais tout de même pouvoir m'approcher à une vingtaine de mètres de lui sans qu'il me voie. Il me faut près de deux heures de lente reptation sur le flanc sud-est, parsemée de pauses plus ou moins longues lorsque j'ai l'impression qu'il regarde dans ma direction, pour atteindre l'emplacement en question. Le petit surplomb rocheux que j'avais repéré depuis l'autre colline me dissimule bel et bien à son attention, mais il s'agit du point le plus proche que je puisse atteindre sans me dévoiler car les derniers mètres sont totalement à découvert. Je saisis ma relique de glace et y encoche une flèche tout en prenant quelques amples inspirations pour être parfaitement détendu. Je n'aurai droit qu'à une seule tentative, mon premier projectile doit réduire l'orc au silence, un tir raté et je me retrouverai avec une armée sur le dos.

Ma flèche gelée d'un effort de volonté file dans les airs en produisant un très léger sifflement qui attire l'attention du Garzok, il se retourne et ouvre de grands yeux surpris à l'instant où mon projectile lui perfore la gorge, puis s'abat lourdement, sans un cri. Je pousse un soupir de soulagement et essuie les quelques gouttes de sueur qui ont perlé sur mon front, la chasse au Sindel attendra encore un peu. Je rejoins sans tarder le haut de la colline et installe le cadavre comme le précédent afin qu'il fasse illusion, non sans le fouiller rapidement au passage. Je ne trouve rien de bien intéressant mais j'embarque tout de même sa bourse, peu remplie, ainsi qu'une dague de piètre qualité dont l'aspect grossier me fait sérieusement regretter celle que j'ai perdue dans le fleuve. Ceci fait, je transvase l'alcool de la bouteille dans la gourde vide et déchire un bout des vêtements de l'orc que je torsade bien serré avant de le ficher dans le goulot de l'outre. Un autre pan déchiré me sert à emballer la bouteille de verre afin d'atténuer le bruit produit lorsque je la brise d'un coup sec contre le rocher. Je récupère un gros éclat bombé et prépare avec soin le petit subterfuge que j'ai imaginé. Je positionne la gourde de façon à ce que le goulot se trouve légèrement vers le bas, ce qui imbibe lentement le chiffon d'alcool, puis j’émiette dessus une bonne dose d'amadou bien sec et pose sur cette mèche en puissance le tesson de verre en l'orientant pour que le soleil tape dessus le plus longtemps possible. Quelques petites branches à moitié sèches arrachées aux maigres buissons environnants viennent compléter le dispositif, je les dispose en cercle autour en prenant soin de ne pas recouvrir le bout de verre. Elles ne s'enflammeront sans doute pas aisément mais, si le feu démarre comme je l'espère grâce à la chaleur du soleil condensée par ma lentille improvisée, elles produiront une bonne dose de fumée.

Si cela fonctionne je bénéficierai d'une diversion susceptible d'accroître mes chances, si ce n'est pas le cas tant pis, l'essentiel était que j'élimine ce guetteur. Sa mort représente certes fort peu de choses par rapport au nombre de Garzoks mais, si je parviens à mener à bien l'étape suivante de mon plan, elle contribuera à créer une faille minime dans la redoutable stratégie de mes ennemis. Et cette faille représente ma seule chance de m'en sortir, elle me donnera quelques minutes pour agir, je ne sais pas si ce sera suffisant mais je n'ai pas trouvé mieux. Ma tâche macabre accomplie, je regagne rapidement le pied de la colline, rejoins celle où j'ai tué le premier orc et la contourne prudemment par le sud-est, jusqu'à me trouver tout près du dangereux éboulis couvrant la pente de la petite montagne qui forme l’extrémité la plus à l'est de la deuxième ligne de défense. A partir de cet instant les choses se compliquent, il y a un camp de chaque côté et un autre guetteur au sommet, mes chances d'être découvert se multiplient et cela ne doit pas arriver. Un bref coup d'oeil à la lune m'apprend que j'ai encore près de quatre heures devant moi avant que l'aube ne pointe son nez, ce qui devrait tout juste être suffisant, du moins je l'espère. J'adresse une brève prière à Sithi pour la supplier, une fois n'est pas coutume, de voiler son pâle éclat afin de masquer mon avance puis je m'engage avec tout un luxe de précautions sur le chaos rocheux. Je préférerais de loin m'abstenir de cette dangereuse ascension, mais c'est l'unique chemin susceptible de me permettre de me glisser jusqu'au troisième guetteur sans être repéré.

Concentré à l'extrême, je me faufile lentement d'un bloc instable à l'autre en éprouvant chaque appui avant d'y porter mon poids. A cette difficulté de ne pas déclencher une avalanche de rocs s'ajoute celle de rester invisible du guetteur et des camps, ce qui m'oblige parfois à des détours dont je me passerais bien. Malgré tout, certains passages sont exposés au regard d'un éventuel observateur et je ne les franchis qu'après m'être assuré de mon mieux que nul Garzok n'observe, ce qui n'a évidemment rien d'une garantie absolue. Quoi qu'il en soit je dois avancer et je n'hésite pas une seconde de plus que nécessaire, bien que mon coeur batte la chamade à l'idée d'être vu et que je serre les dents à les briser en imaginant ce que cela engendrerait. Syndalywë me souffle à deux reprises d'attendre quelques instants, des injonctions que je ne songe pas à discuter tant ma confiance en elle est absolue. Sa présence m'apaise et me tranquillise, comme toujours, mais sans que je sache exactement pourquoi, j'ai rarement été aussi conscient de la chance que j'ai de l'avoir à mes côtés. Peut-être est-ce dû à mes relations "affectives" fluctuantes de ces derniers temps. Je n'ai plus vraiment l'impression d'être lié à des gens, ils ne font au final que croiser mon chemin alors que ma Faëra, elle, est immuablement avec moi. La solitude n'existe plus depuis que je l'ai rencontrée, même quand nous ne parlons pas durant des jours je sais qu'elle est là, attentive et aimante. Paradoxalement, c'est peut-être sa présence qui fait de moi un solitaire par rapport aux autres êtres, j'ai toujours de la compagnie et c'est donc un manque que je ne ressens jamais.

(C'est gentil de penser à moi, mais ce n'est pas le moment d'être distrait Bien-Aimé!)

Syndalywë. Même dans les pires conditions elle parvient à me faire sourire, quel ami, quelle compagne pourrait en dire autant? Il n'empêche qu'elle a fichtrement raison, je ferais bien de regarder où je mets les pieds. Les minutes passent, longues comme des jours, puis les heures, jusqu'à ce que soudainement ma petite compagne de fluide s'exclame en mon esprit d'un ton alarmé:

(Stop! Je crois que le guetteur t'a vu! Oui il...)

Elle s'interrompt lorsque ma flèche prend son envol, oiseau de mort que j'ai tiré au jugé en apercevant moi aussi un mouvement à l'orée de mon champ de vision. Mon projectile n'a pas fait dix mètres que je réalise qu'il ne sera pas mortel. Un simple coup d'oeil me suffit pour analyser la situation: je suis à une quarantaine de mètres de mon ennemi, en contrebas, ma flèche va le cueillir à l'épaule gauche et le projeter en arrière, le soustrayant à ma vue. Pas moyen de tirer une autre flèche. Je jure en portant la main à ma lame d'Eden de toute ma célérité et invoque mon tigre runique dans la foulée. Il apparaît à l'instant où mon trait touche sa cible, qui bascule en arrière comme prévu. Un cri étouffé résonne alors que j'ordonne fébrilement au félin d'aller déchiqueter ce maudit garzok, bon sang, ce damné braillard va rameuter toute la troupe! Si près du but, j'enrage! Dégoûté, je fonce sans la moindre prudence à la suite du tigre en dégainant la lame de mon ancêtre, déloger des cailloux est devenu le cadet de mes soucis. Un hurlement, un seul, et je suis mort.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Ven 14 Avr 2017 12:35 
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Si pressée que soit ma course, le tigre atteint le sommet bien avant moi et disparaît de ma vue alors qu'il se précipite sur sa cible. Je déglutis difficilement en entendant les bruits de lutte qui s'ensuivent, je n'entends plus que ça et j'ai la détestable impression qu'ils doivent être audibles jusqu'à Omyre, je suis fait comme un rat! Les Garzoks des deux camps plantés autour de la colline n'auront pas le moindre mal à m'encercler, ils lanceront sur moi ces monstres appelés "matriarches blanches" et m'interdiront la fuite assez longtemps pour que les renforts arrivent. Je tuerai beaucoup d'orcs, mais ce ne sera pas suffisant, ils sont si nombreux que le général et son nécromancien auront tout loisir de se jeter dans la bataille. Ce ne sont pas les lames que je redoute, mais la magie noire de ce dernier. C'est elle qui m'abattra, si j'ai de la chance elle me tuera, si je n'en ai pas je serai capturé, emmené à Omyre et torturé pendant des mois, des années peut-être. C'est l'angoisse au ventre et la rage au coeur que j'atteins enfin le haut de la montagne, bien trop tard pour faire quoi que ce soit.

J'arrive juste à temps pour voir mon fauve runique arracher sauvagement la gorge de l'orc dans une gerbe de sang, un spectacle qui ne procure pas la moindre joie, sa mort ne change rien à ma situation désespérée. De ce point de vue surélevé, j'aperçois les deux camps d'où vont incessamment jaillir des meutes de tueurs acharnés à ma perte, ce n'est plus qu'une question de secondes, j'en suis certain. J'interromps pourtant soudain mon geste visant à envoyer mon tigre dévaster leurs rangs, incrédule de réaliser que rien ne semble bouger dans les campements. Il me faut une seconde pour réagir et me baisser hâtivement à tout hasard, se découper sur le sommet d'une crête quand on est entouré d'ennemis est rarement une bonne idée. Mais je ne comprends pas, pourquoi mes adversaires ne réagissent-ils pas?!

(Le vent, il souffle en direction du sud...)

Je sens en effet une brise qui me caresse le visage, mais quel rapport? Là encore il me faut quelques instants pour remettre mon esprit en branle et analyser enfin objectivement les événements. Les bruits m'ont semblé violents parce que toute mon attention était focalisée sur eux et que j'en étais proche, mais les camps sont à plusieurs centaines de mètres de là et bien en contrebas. Ce vent soufflant au sud a de plus emporté les sons dans la mauvaise direction ou, plutôt, la bonne en ce qui me concerne. Si rien ne bouge, c'est tout simplement parce que personne n'a rien entendu de la lutte qui s'est déroulée ici. Mais pourquoi l'orc n'a-t'il pas crié, voilà qui m'échappe car il en aurait eu dix fois le temps. Perplexe, je m'approche de lui et examine son cadavre déchiqueté alors que mon tigre disparaît faute d'ennemis à trucider. Ma flèche s'est fichée profondément dans son épaule, un coup douloureux mais certainement pas mortel, alors quoi? C'est en retournant le corps et en découvrant une grosse bosse sur l'arrière de son crâne que je réalise à quoi a tenu le silence relatif du Garzok: la puissance de l'impact de mon projectile a fait tomber mon ennemi à terre, sa tête dépourvue de casque a heurté un rocher et cela l'a à moitié assommé. Puis mon fauve lui est tombé dessus avant qu'il n'ait eu le temps de reprendre ses esprits et l'a fait taire à jamais. Je devrais me réjouir de cette chance, mais il n'en est rien. Même si la vivacité de ma réaction a contribué à la réussite de cette étape, je ne dois en fin de compte mon provisoire salut qu'au hasard. Et par les dieux j'exècre devoir ma vie à la chance, c'est une catin imprévisible toujours susceptible de se retourner contre celui qui compte sur elle! C'est ma flèche qui aurait dû tuer cet orc, pas un foutu caillou, ni même le tigre qui m'aurait été bien plus utile plus tard.

(Quelle importance), demande doucement ma Faëra? (Détends-toi, c'est le résultat qui compte.)

Je sais qu'elle a raison, mais je peine sérieusement à accepter mon échec et je suis si crispé que ma nuque me fait mal. Cette douleur m'oblige à me questionner, pourquoi cette réaction inhabituelle? Ce n'est pourtant de loin pas la première fois que je rate ma cible par Sithi! Je réalise peu à peu que j'ai accumulé tensions et fatigue à un point inimaginable dans les heures précédentes. Les approches lentes et prudentes que j'ai été contraint de faire, ces morts plus assimilables à des assassinats qu'à un quelconque combat, la peur permanente d'être découvert, tout cela m'est très inhabituel et moralement assez dérangeant car ce n'est pas dans ce rôle que je m'imagine. Comprendre les raisons de ma colère me permet de l'évacuer peu à peu, la danse ne fait que commencer et je ne peux pas laisser ce sentiment occulter ma capacité d'analyse, ce serait ma perte. Il me faut un bon quart d'heure pour retrouver pleinement ma sérénité, entre savoir quelque chose et l'accepter il y a parfois une certaine marge que seul le temps permet de réduire. Toutefois, la disparition de mon trouble ne résout pas l'autre problème qui me préoccupe: je suis déraisonnablement fatigué, or il n'est pas question que je m'attarde ici. Dans moins d'une heure l'aube pointera et mon plan requiert que je me trouve à un endroit précis lorsque ce moment arrivera, il faut que je bouge et pas plus tard que tout de suite.

Je redescends de mon perchoir par la face nord, une pente assez douce et parsemée de bosquets qui me conduit rapidement derrière les lignes ennemies. Mon épuisement me force à me demander sérieusement s'il est bien sage de poursuivre ma stratégie, je pourrais tout simplement filer d'ici avant que les Garzoks ne découvrent la mort de leurs guetteurs. Seulement, il me semble probable qu'ils se lancent ensuite à ma poursuite et je n'ai pas les compétences nécessaires pour dissimuler correctement mes traces. Par ailleurs, je ne pourrais pas courir bien longtemps avant de devoir me reposer, mes poursuivants me rejoindront avant la fin de la journée et j'aurais perdu tout le bénéfice des actions que je viens d'accomplir. Même en admettant que je parvienne à la grotte que je recherche, Faryä ne m'a pas caché que c'était un endroit dangereux et je n'ai pas la moindre envie de m'y engager en étant épuisé. Et puis, l'idée d'en ressortir pour me trouver face à une armée de Garzoks en ordre de bataille n'a rien de réjouissant, je ne serais peut-être tout simplement plus en état de me battre si tant est que j'en réchappe vivant. Plus j'y réfléchis plus j'en suis convaincu, la fuite n'est pas une option.

C'est en maudissant copieusement la Shaakte que je dévie vers l'est une fois arrivé en bas de la montagne puis, après quelques minutes de marche, vers le sud. Mes pas me conduisent à longer le plus discrètement possible l'infranchissable massif que j'aurais contourné si j'en avais eu le temps, ce qui me ramène inexorablement vers mes ennemis. Les premières lueurs de l'aube teintent le ciel lorsque je parviens enfin à la position prévue, un amoncellement de rochers sur le flanc du massif, situé à l’extrémité est du barrage ennemi. Je me trouve maintenant à moins de deux cents mètres du camp où se trouvent les matriarches blanches dont j'aperçois d'ailleurs les cages, montées sur de solides chariots. Tout est désormais en place, la faille est créée, issue d'une infime erreur stratégique de placement de ce camp: il n'est pas visible depuis les autres, seuls les trois guetteurs que j'ai abattus pouvaient voir ce qui s'y passait. Il ne me reste plus qu'à patienter un peu, puis ce sera l'hallali, pour le meilleur ou pour le pire. En attendant, épuisé, je m'assieds dos à un rocher et plonge sans tarder dans une bienfaisante méditation, je n'aurais pas trop de toute mon énergie pour me tirer du guêpier dans lequel mon amante damnée m'a jeté.

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Ven 21 Avr 2017 22:15, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Ven 14 Avr 2017 16:14 
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Ce sont de puissantes sonneries de cors qui me sortent brutalement de ma méditation. Je me relève prestement pour observer le camp tout proche et souris durement en voyant qu'une agitation fébrile le gagne. Les notes claironnantes des trompes ne viennent pas de là, mais d'un camp situé plus à l'ouest que je ne peux voir d'où je suis. J'ignore la raison exacte de ce remue-ménage, mais peu m'importe, il constitue une diversion et c'est tout ce que je souhaitais. Le soleil s'est levé depuis un bon moment mais, du fait de la hauteur du massif, il n'a pas encore atteint le campement qui se trouve devant moi. Cela ne tardera plus guère et, malgré l'impatience d'en découdre qui me gagne, je me contrains à la patience. Quelques instants plus tard les Garzoks tout proches sonnent à leur tour du cor, sans doute pour répondre à ce qui devait être un appel car ils se hâtent de former deux troupes d'une vingtaine de combattants et quittent leur repaire de toile. L'une se dirige vers le nord en longeant la colline, certainement pour rejoindre leurs congénères de l'autre côté, l'autre groupe fait route dans la direction opposée, probablement pour aller patrouiller dans la première ligne de collines. Quelques orcs commencent aussi à gravir la colline qui a bien failli signer l'échec de mon plan, je suppose qu'ils vont voir pourquoi leur guetteur ne répond pas. Il ne reste qu'une bonne demi-douzaine de Garzoks près des cages toujours fermées, apparemment ils ne sont pas pressés de libérer leurs créatures alors qu'ils ne savent pas où les envoyer, ce qui m'arrange fortement. La première partie de ma stratégie est un succès mais pas question de crier victoire, le plus difficile est à venir.

Je vérifie soigneusement le parfait agencement de mes armes et les fixations de mon armure, puis je m'empare de mon arc et y place une première flèche en me répétant inlassablement qu'il ne sert à rien de me précipiter. Je sens mes veines charrier l'excitation et la légère anxiété qui précède toujours les batailles, mon coeur accélère un peu son rythme et mes poumons se gonflent plus qu'en temps normal pour me fournir l'air nécessaire aux efforts violents qui vont suivre. Tout mon être se prépare au combat, mon énergie spirituelle coule en moi, puissante, prête à jaillir à la moindre sollicitation. Je me sens incroyablement vivant et je savoure cette sensation libératrice après l'interminable attente qui a précédé. Mais patience, encore un instant, juste un tout petit instant.

Les deux troupes qui ont quitté le camp finissent par disparaître de part et d'autre de la montagne et, quelques minutes plus tard, les premiers rayons du soleil franchissent enfin les crêtes qui se trouvent dans mon dos pour venir illuminer les quartiers provisoires de mes ennemis. Le moment est venu, c'est ici que débutera la légende des Danseurs d'Opale sur Yuimen, ou qu'elle s'éteindra avant même de naître véritablement. Je suis seul face à une armée d'orcs, seul face à mon destin, que la danse commence!

Je sors de ma cachette et me dirige droit sur mes ennemis d'un pas tranquille et assuré, je vais vivre ou mourir mais ce n'est pas cela l'important, ce qui compte c'est la manière de le faire et je suis en paix avec moi-même à cet instant. Je ne suis plus qu'à une centaine de mètres de mes adversaires lorsqu'ils me repèrent enfin, aveuglés qu'ils sont par le soleil levant, une distance qui me convient à merveille. Ils hurlent leurs cris de guerre et se précipitent sur moi en brandissant leurs armes, à l'exception d'un seul qui entreprend d'ouvrir les cages. Je m'immobilise pour bander mon arc d'une puissante traction, vise posément le Garzok le plus avancé et lâche mon trait qui fend les airs pour aller se ficher jusqu'à l'empennage dans l'abdomen de ma cible. Le malheureux titube alors que j'encoche un deuxième projectile, ma flèche vole déjà lorsqu'il chute lourdement sur ses genoux. Il s'affale sur le ventre à l'instant où mon second trait perfore la poitrine de son congénère de droite, mais je ne perds pas de temps à les observer mourir. Un troisième Garzok trépasse lorsque la flèche suivante se fiche dans son oeil gauche, mes ennemis n'ont pas parcouru la moitié de la distance et les survivants commencent à ralentir, hésitants à poursuivre leur course vers une fin certaine maintenant qu'un tiers d'entre eux jonche le sol. Mon quatrième projectile ne fait que frôler la tête de l'un des survivants, le cinquième lui transperce le bas-ventre et son hurlement de souffrance se répercute longuement dans les montagnes environnantes. Les deux malheureux encore debout paniquent et tournent les talons, à quoi bon alors que ma puissante relique est capable de répandre la mort à plus de deux cents mètres? Pensent-ils courir plus vite qu'une flèche? Je ne fais pas de sentiment et les abats froidement en leur tirant dans le dos, il est bien loin le temps où de ridicules principes chevaleresques auraient retenu mon bras.

Si rapide qu'ait été ce massacre, il a laissé le temps à l'ultime Garzok présent d'ouvrir les cages et je découvre avec effroi ce que sont les matriarches blanches. Ces créatures abjectes n'ont rien à envier aux colosses graisseux ou aux goules à deux tête que j'ai affrontées, d'un point de vue de l'horreur. Elles sont obèses, blafardes, pourvues de trois têtes dont l'aspect prétendument féminin n'est qu'une parodie ignoble, toutes sont difformes et d'une laideur repoussante. Par Sithi, les serviteurs d'Oaxaca se seraient-ils lancés dans un concours de celui qui créerait la...chose la plus atroce? Les monstruosités possèdent de longs bras massifs qui s'achèvent par des griffes inquiétantes, mais ce n'est de loin pas le pire et je retiens difficilement un haut-le coeur en découvrant qu'il y a aussi des espèces de têtes visibles sur leur abdomen distendu.

(Par la miséricorde de Rana! Syndalywë, dis-moi que ces bestioles ne possèdent pas de fluides...)

(C'est bizarre, en fait. Celle de gauche a des fluides d'obscurité, mais pas l'autre.)

Je frissonne à cette révélation et gèle ma flèche d'une pensée avant de courber au maximum ma relique pour en déployer toute la force, je hais la magie et il n'est pas question que je laisse cette horreur l'employer contre moi! Mon trait file inexorablement sur sa cible, il faut dire que sa masse conséquente la rend difficile à louper, et se fiche profondément dans son poitrail. J'encoche fébrilement un nouveau projectile en réalisant que cela ne l'arrête pas, voilà qui me rappelle de fâcheux souvenirs et m'inquiète plus encore, les goules aussi étaient d'une résistance indécente, mais au moins elles ne possédaient pas de fluides magiques. Mon palpitant manque un battement lorsqu'une ombre effroyable émane soudain de la créature juste avant que ma flèche suivante, entourée elle aussi de glace, ne prenne son essor. Je dompte violemment la peur qui gangrène mon âme à cette vision et décoche mon trait en visant l'une des odieuses caboches de l'horreur, bon sang, j'espère quand même que cela la ralentira! Mon espoir s'effondre dans la seconde qui suit, la tête touchée bascule en arrière mais le monstre ne semble même pas l'avoir remarqué. Je me contracte de tout mon être alors que l'ombre s'abat sur moi, mon ignorance des pouvoirs obscurs ne me permet pas de savoir de quel sort il s'agit, mais je n'ai pas besoin de cette information pour deviner qu'il est destiné à m'abattre. Je reconnais pourtant la puissante magie employée à l'instant où elle me frappe, j'ai déjà subi ce sort. J'éclate d'un rire un peu fou en le contrant férocement d'un effort de volonté et hurle en tirant une nouvelle fois:

"Tu crois que la crainte suffit à me faire ployer? Stupide créature! C'est toi qui devrais trembler!"

Les monstres avancent vite, mais je ne suis pas précisément lent et je lâche trait sur trait à une cadence infernale sur ma cible. Malgré cela elle trouve moyen de me balancer une nouvelle attaque magique avant de s'effondre enfin, percée de sept traits, et cette fois je déguste salement. Le sortilège pompe littéralement ma vie, une sensation effroyable qui me mettrait à genoux si la peur ne glissait sur moi comme de l'eau sur une toile huilée. Ma vision se brouille et je sens mes jambes trembler de faiblesse, mais le sort n'est pas assez puissant pour me tuer, loin s'en faut. Il me faut tout de même quelques brefs instants pour retrouver mes esprits, un laps de temps qui permet à la deuxième matriarche de s'approcher dangereusement de moi. Bien heureusement, il en faut plus pour me faire perdre mon sang-froid, il me reste un peu de temps avant le corps à corps, pas beaucoup mais bien assez pour tirer une dernière flèche. L'atrocité est à moins de dix mètres lorsque mon projectile la percute avec une terrifiante violence, à cette distance la puissance de mon arc long est telle qu'il peut perforer un panneau de chêne massif d'une paume d'épaisseur. La créature recule de trois pas sous l'impact, apparemment son torse n'a pas la solidité de cet arbre vénérable et mon trait la transperce de part en part. Cela ne suffit toutefois pas à la tuer, ces saletés sont coriaces, mais cela me donne le temps de repasser mon arc en bandoulière d'un geste fluide et de dégainer mes deux plus redoutables lames dans la foulée.

Le monstre se rue sur moi en grognant et en fauchant l'air de ses griffes létales, il est vif, mais je le suis davantage et c'est moi qui porte le premier coup. Ma Vorpale dévaste son abdomen au terme d'une ellipse remontante, traçant une profonde balafre d'où jaillit un flot d'entrailles putrides. Mon Ardente n'est pas en reste et taillade sauvagement le bras droit de la bête, qui était de loin le plus menaçant des deux. Son autre patte fuse à hauteur de ma tête, un geste circulaire puissant qui m'arracherait le chef s'il me touchait, mais je l'esquive en me baissant souplement et riposte en pivotant sur un talon pour ramener ma lame d'adamantite dans la danse. Je cille la moindre lorsque l'abjecte l'évite d'un pas presque gracieux de côté, je ferais bien d'être vigilant, elle est plus preste que je ne le pensais! La créature profite de ma surprise pour reprendre l'initiative et abat férocement sa patte gauche indemne en direction de mon épaule, une attaque qui m'oblige à ramener précipitamment mon ardente en parade. Le coup est rude, très rude, mais la viande ne l'emporte jamais sur l'acier et le tranchant embrasé de ma relique bute durement contre l'os de son avant-bras après avoir fendu peau et muscles dans un ignoble grésillement de chairs carbonisées. Néanmoins le choc me contraint à reculer d'un entrechat approximatif et je jure en sentant mon équilibre être presque compromis, je n'ai vraiment aucun désir de me rouler au sol avec cette ignominie!

La matriarche tente de me coller aux basques et chuinte de rage en agitant ses deux membres supérieurs pour essayer de me défigurer, mais ses blessures rendent ses gestes maladroits car ses bras ne répondent plus vraiment à sa volonté. Je recule d'un autre pas pour me donner le champ nécessaire puis, dans la fraction de seconde qui suit l'instant où ses paluches griffues me frôlent le museau, je la contourne d'une contre-volte foudroyante. Au terme de ma pirouette, je lui assène un coup simultané dévastateur dans le dos, de toutes mes forces. Mes deux reliques, lancées à toute volée par la violente rotation que je leur ai insufflée, fracassent sans pitié la colonne vertébrale du monstre qui s'abat lourdement en hurlant de douleur, enfin! Je dégage mes armes d'une traction nerveuse et les plonge férocement dans les nuques offertes de la créature, bien décidé à ne pas lui laisser la plus petite chance de survie. Il me faut frapper à trois reprises pour l'achever, un travail de boucher bien plus que de maître d'armes mais qu'importe, comme le disait ma Faëra c'est le résultat qui compte.

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Ven 21 Avr 2017 22:25, édité 7 fois.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Dim 16 Avr 2017 15:13 
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Les hurlements des Garzoks et des matriarches auront sans doute alerté les autres maudits qui traînent dans les parages, mais je dispose de quelques minutes avant que les premiers n'arrivent. Les plus proches sont ceux qui ont entamé l'ascension de la colline, je les aperçois sur les pentes en train de se disputer à grand renfort de gestes agressifs, ils hésitent à redescendre visiblement après le carnage que je viens de perpétrer. Sans perdre une seconde je récupère mes flèches, mon stock est réduit et mon arc est un atout précieux dont j'entends bien me servir au maximum. Ceci fait, je cours vers le camp désert pour bouter le feu aux tentes à l'aide de mon ardente et saccager sommairement ce qui ne brûle pas. J'achève mon oeuvre de destruction lorsque des cris plus forts provenant des grimpeurs craintifs me parviennent, nous y sommes, la troupe partie au sud est revenue sur ses pas et rapplique au pas de charge. Un rapide coup d'oeil du côté opposé m'indique que l'autre groupe n'est toujours pas visible, peut-être n'a-t'il pas perçu le vacarme, à moins qu'il ne me soit encore dissimulé par la colline.

Je me livre à une rapide estimation en scrutant attentivement les Garzoks qui se précipitent vers moi. Ils sont une vingtaine et, pour ce que j'en vois, ils ne me semblent pas compter de combattant extraordinaire dans leurs rangs, du moins leurs armures similaires et plutôt rustiques me le laisse penser. Ils seront là dans une bonne minute et, si l'autre groupe revient, il lui en faudra environ cinq pour arriver depuis l'instant où il apparaîtra dans mon champ de vision. Ce qui signifie que, dans le pire des cas, j'ai quatre minutes pour trucider un peu plus d'une vingtaine d'orcs en comptant les quatre qui se sont décidés à descendre de leur perchoir en voyant arriver les renforts. C'est court, en gros il faut que j'en tue un toutes les dix secondes et, si l'autre groupe se pointe, je n'aurais pas le moindre répit avant de devoir me coltiner une autre vingtaine d'ennemis. Ensuite, d'autres pourraient arriver du camp qui se trouve derrière la petite montagne mais, à moins qu'ils ne soient déjà en route, il leur faudra dix bonnes minutes pour arriver. Ma chance dans cette histoire c'est que les grimpeurs sont de fieffés imbéciles, pas un n'a continué l'ascension pour être en mesure de prévenir ses comparses et d'avoir une vue surplombante qui lui aurait permis de les diriger sur moi. Et ça, c'est une erreur dont je peux profiter.

Épées en mains, je fonce donc sans hésiter à l'assaut de la pente, droit vers les quatre abrutis qui la dévalent en braillant. Un sourire mauvais ourle mes lèvres lorsque je les vois subitement hésiter quand ils réalisent que c'est sur eux que je me rue. Ils ont vu les créatures damnées et leurs congénères crever, la peur est visible sur leurs faciès grossiers. Malgré leurs craintes, ils font preuve de courage et se déploient pour me recevoir, tant mieux car cela m'aurait ennuyé de devoir leur courir après. Je fracasse leur formation approximative en la percutant de plein fouet en son centre, là encore je n'ai affaire qu'à des guerriers tout juste passables bien incapables de rivaliser avec ma science du combat. Les deux premiers meurent sans comprendre ce qui leur arrive, une fois de plus j'ai la sale impression d'être un boucher en train d'étêter des poules dans son abattoir mais, pour être tout à fait honnête, je ne songe pas à m'en plaindre. Les deux suivants me résistent valeureusement durant une poignée de secondes mais, contre mes lames qui semblent mues par leur propres volontés, ils perdent vite pied et succombent en gueulant leur haine du monde. En bas, les autres Garzoks poussent des cris de rage, je les comprends car j'aurais enragé aussi de voir mes frères d'armes succomber ainsi en étant totalement impuissant à les épauler. Mais il n'y a pas de place en moi pour les sentiments à l'heure actuelle. Ces êtres sont mes ennemis et ils vont mourir, le reste n'a pas d'importance, n'existe même pas vraiment dans mon esprit chauffé au rouge par la fureur du combat.

Je les observe un bref instant d'un regard indifférent alors qu'ils abordent la montée, puis je me détourne et gravis la colline à toute allure après avoir rengainé mes lames. J'atteins le sommet quelques minutes plus tard, poursuivi par le flot d'injures gutturales dont m'abreuvent colériquement les Garzoks lancés à mes trousses. Un sourire glacial sur les lèvres, je me retiens de leur faire remarquer que c'est eux qui auraient dû tenir cette position où je me trouve. De là je peux voir trois des quatre camps encore intacts, le dernier est dissimulé par la colline le plus à l'ouest du dispositif Garzok, ce qui n'a strictement aucune importance dans l'immédiat car il se trouve à cinq ou six kilomètres de ma position. Plus inquiétant, et fortement satisfaisant, j'aperçois une solide compagnie bardée de noir en train de quitter le camp où est censé se trouver le général de cette petite armée. Leur formation compacte et leur manière de se mouvoir sans jamais s'écarter les uns des autres malgré les aléas du terrain m'apprend que ce sont sans aucun doute des adversaires d'une autre trempe que ceux que je viens d'étriper. Malheureusement pour eux ils ne savent pas exactement où je me trouve, c'est l'épaisse colonne de fumée qui monte du camp ravagé qui les attire et ils vont perdre un temps précieux à contourner l'éminence depuis laquelle je les observe. Des sonneries de cor s'élèvent d'un peu partout, leur nombre ferait sans doute paniquer une proie moins déterminée mais je me contente d'en sourire, elles ne font qu'ajouter à la confusion ambiante et servent donc bien involontairement mes plans.

La discipline et la communication sont les deux piliers cruciaux qui déterminent la victoire ou la défaite d'une armée, me répétaient mes instructeurs au Naora, une assertion dont je ne mesure qu'aujourd'hui la redoutable pertinence. Le général Garzok a fondé la communication entre ses différentes unités sur quelques guetteurs bien placés, une erreur qui lui coûte cher. Je ne crois pas qu'il ait imaginé un seul instant que je me dresserai contre son armée, il devait s'attendre à ce que je tente de franchir au plus vite son barrage et que je fuie ensuite à toutes jambes au nord, effrayé par le nombre de ses combattants. Toute sa stratégie s'est basée sur cette supposition somme toute logique, il s'en est d'ailleurs fallu de peu pour que je tombe dans le piège mortel qu'il m'avait tendu. Toutefois je serais idiot de le sous-estimer, il ne tardera pas à réaliser que son plan est compromis et, lorsque cela arrivera, ma situation pourrait vite devenir critique. Je survivrai aussi longtemps qu'il ignorera où je suis, c'est aussi simple que ça, mais plus le temps passera plus ce petit jeu de cache-cache deviendra périlleux. Pour l'instant, seuls les quelques vingt Garzoks qui grimpent vers moi connaissent ma position et sont susceptibles de l'indiquer, un risque que je dois éliminer au plus vite en m'arrangeant pour en faire une nouvelle source de chaos.

Il me faut dix flèches pour les faire refluer en désordre vers le bas de la colline, laissant sept des leurs à terre. Dès qu'ils me tournent le dos, je me lance dans l'éboulis et le dévale de biais en direction du sud-ouest sans me soucier des rocs qui commencent à rouler derrière moi. Je prends des risques en agissant ainsi, mais je n'ai pas le choix si je veux conserver l'initiative dans cette bataille insensée. Je frôle la catastrophe à trois reprises lorsque l'appui visé se dérobe sous mes pieds, mais mon sens aigu de l'équilibre me permet de rester debout envers et contre tout et d'atteindre sain et sauf la petite forêt qui jouxte la partie basse à l'ouest de la pente instable. Je m'y engage sans ralentir alors que de puissantes sonneries de cors s'élèvent à nouveau d'un peu partout. L'avalanche que j'ai créée n'est évidemment pas passée inaperçue mais, lorsque les Garzoks arriveront sur les lieux, ce ne sera jamais que pour découvrir que je n'y suis plus, la rapidité est mon atout maître pour cette partie de mon plan. Tout ce que j'ai accompli jusqu'à maintenant visait à ouvrir une brèche dans le dispositif, elle est désormais grande ouverte et le moment est venu de donner le coup de grâce. Mais pas n'importe comment, il faut choisir le bon angle de frappe pour qu'une lame fasse un maximum de dégâts, la rapidité ne sert à rien si elle n'est pas épaulée par une précision sans faille.

Il me faut moins de cinq minutes pour traverser le bois dans un axe nord-ouest et rejoindre enfin le plateau rocheux fissuré qui se trouve au centre géographique du déploiement Garzok. Je m'arrête quelques secondes à l'orée de la forêt pour déterminer un chemin adéquat dans ce relief tortueux. Je l'ai soigneusement examiné depuis le sommet de la colline où j'ai tué le premier guetteur, mais je préfère m'assurer que ma vision n'a pas été trompée par la distance ou l'angle de vue surélevé. Comme cela ne semble pas être le cas, je me faufile sans plus attendre dans une crevasse se dirigeant presque plein ouest, profonde d'environ trois mètres. Je ne tarde guère à parvenir à un croisement et j'oblique sans hésiter plein nord, une direction que je suis durant quelques deux cents pas avant d'obliquer à nouveau, plein est cette fois. Cette dernière faille me ramène au bord du plateau, pile au point prévu comme me l'apprend un prudent coup d'oeil par dessus le bord de la crevasse. Je suis à moins de cinquante mètres au nord-ouest du camp du général Garzok, bien assez près pour le voir enfin. Il me tourne le dos, comme tous ses congénères présents, le regard braqué vers l'est où s'élèvent encore le nuage de poussière provoqué par l'éboulement et la fumée du camp que j'ai partiellement incendié.

Si le général est aisément reconnaissable à sa stature inhabituelle et à la magnifique armure qu'il porte, c'est la petite silhouette qui se trouve à ses côtés qui retient mon attention. De la quinzaine d'ennemis visibles, elle est la seule à être vêtue d'une robe plutôt que d'acier, la seule à être munie d'un bâton noueux d'aspect sinistre plutôt que d'une arme, aussi. Quant aux soldats qui les entourent, cinq sont munis de lourdes arbalètes prêtes à l'emploi, les dix autres portent de longues haches et des pavois décorés du lugubre blason d'Omyre. Rien à voir avec de la vulgaire piétaille cette fois, nul besoin d'être un expert pour comprendre qu'il s'agit là de combattants d'élite puissamment armés et parfaitement entraînés. Allons, la partie va être serrée, trop peut-être, mais il n'est plus temps de reculer.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Ven 21 Avr 2017 15:11 
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Je lisse soigneusement l'empennage de ma flèche en me forçant à adopter un rythme de respiration ample et lent. J'ai sciemment évité d'utiliser mon énergie intérieure jusqu'à présent et je la sens couler dans mes veines, intacte. Elle forme de lents fleuves d'argent liquide issus d'une unique source que je visualise comme un lac profond dont nul souffle n'agite jamais la surface. Je l'appelle le "lac du silence", un lieu totalement immatériel dont je suis seul à connaître l'existence avec ma bien-aimée Syndalywë. Rien ni personne ne peut l'atteindre, le troubler ou le souiller, il n'y a que moi qui puisse le perturber, lorsque je ne suis pas en accord avec moi-même. Quand il est en paix, quand je suis en paix autrement dit, il est la source de mon pouvoir de Lame du Crépuscule. Quand je suis perturbé il devient le miroir de mon trouble, de mes erreurs, je le sens et cela me fait prendre conscience de la nécessité de rectifier ma danse. Je ne connais rien de plus paradoxal que cette perception, d'un côté la danse n'est jamais parfaite et mon lac du silence est donc perpétuellement troublé. D'un autre côté l'équilibre cosmique est toujours parfait et, puisque j'en fais partie, ma danse ne peut que l'être aussi. Même mes erreurs sont parfaites de ce point de vue et l'accepter me procure une paix intérieure inébranlable que d'aucuns perçoivent, je le sais, comme étant de l'assurance ou de l'arrogance. Ils font erreur, mais leur erreur est parfaite, tout comme celle de ce général qui me tourne le dos. Parfois la perfection mène à la mort, elle fait partie du cycle, mais ce n'est pas lui que je vise pour l'instant.

Sérénité.

Un geste, un seul, de tout mon corps, de toute mon âme. Le monde n'existe plus durant quelques secondes, il n'y a que la cible, mon arc fait partie de moi au même titre que mon bras, je le courbe au maximum d'une traction fluide et lâche la corde dans le même mouvement. Mon trait fend les airs presque à l'horizontale, il y a quelque chose d'étrange dans sa course presque imperceptiblement décalée sur la gauche du point visé. Pourtant, à mesure qu'il vole vers sa cible, sa direction se corrige sans heurt car Rana se tient à ma gauche et son souffle léger courbe inexorablement la trajectoire de mon projectile gelé.

La petite silhouette encapuchonnée qui se tient aux côtés du général Garzok s'abat sur le ventre dans un assourdissant silence, une coudée de bois et d'acier plantée dans la nuque. L'Orc galonné réagit avec une vivacité époustouflante qui me fait grincer des dents, la partie va être plus corsée encore que je ne le pensais. Il saisit le soldat le plus proche de lui par le bras, celui pourvu du pavois, et le force brutalement à pivoter vers moi en se glissant derrière lui afin d'être protégé par le bouclier. Dans le même temps il rugit des ordres en me désignant d'un doigt tendu alors que je tire une deuxième flèche sur l'un des arbalétriers. La célérité avec laquelle ses guerriers y répondent me fait froid dans le dos et je jure intérieurement lorsque mon projectile ricoche sur un pavois. Bons dieux, là je crois que je suis tombé sur un os, un gros. Les dix Garzoks munis de pavois forment un mur de leurs armes défensives avant que je n'aie le temps d'encocher une autre flèche et les arbalétriers se mettent en position de tir dans la seconde qui suit, ce qui m'oblige à me baisser hâtivement pour éviter les carreaux qui fusent!

(Syndalywë, tu comptes comme moi?)

(Trois, pas un de plus.)

(On est d'accord.)

Deux des arbalétriers n'ont pas tiré, technique du tir roulant, ça va être ma fête. Je maintiens flèche et arc d'une seule main et saisis un gros caillou de l'autre, que je projette aussitôt en l'air. Je frémis lorsqu'un carreau le percute en plein vol, d'autant plus que le deuxième projectile le frôle à moins de deux mains de distance. En plus ils sont doués, cette fois plus de doute, ça s'annonce mal. Je ne m'en redresse pas moins vivement pour décocher un nouveau trait, même un tireur rapide a besoin de quelques secondes pour retendre une arbalète et c'est bien le seul avantage que j'ai à cette distance avec mon arc. Je vise bas cette fois, avec ce foutu mur de boucliers en place seules les jambes de mes ennemis forment une cible potentiellement atteignable. Je ne m'attarde pas pour voir le résultat de mon tir, le bref coup d'oeil m'a appris que les trois premiers arbalétriers finissaient déjà de recharger, mais je souris sans joie en entendant un cri de douleur. Cela ne résout pas vraiment mon problème, il me faudra trop de temps pour abattre mes adversaires ainsi et je ne peux en aucun cas m'éterniser dans mon trou. Sans compter que je n'espère guère les surprendre une deuxième fois de la sorte, il leur suffit de se baisser un peu et de poser leurs pavois au sol. Chaque instant qui passe accroît le risque que des renforts arrivent pour me débusquer, je ne comprends pas le Garzok mais le général n'a pas cessé de rugir des ordres et je doute que ce soit pour activer le service de la soupe. D'autant plus que de pressantes sonneries de cors toutes proches remplacent ses hurlements et que d'autres, plus lointaines, répondent peu après.

Je range calmement mon arc et extirpe lentement mes puissantes lames de leurs fourreaux en déployant enfin mon énergie intérieure pour améliorer au maximum ma maîtrise d'armes. Dès que je la sens ruisseler en mon corps, affinant mes perceptions et renforçant mes muscles et mes nerfs, je puise une nouvelle fois dans mes réserves pour soutenir les premiers pas de ma danse, les plus risqués sans doute. Je bondis hors de mon abri en m'entourant d'un véritable rempart d'acier tourbillonnant, les yeux légèrement étrécis de concentration. Cinq carreaux d'arbalète fusent à la seconde où je me dévoile, je les distingue avec une acuité surnaturelle et modifie les arabesques tracées par mes épées en fonction de leurs trajectoires. Ma Vorpale fracasse deux projectiles, ma Flamboyante en dévie un autre et j'esquive les deux derniers en me décalant sur la gauche d'une glissade. J'entends les tireurs jurer alors que je fonce à toutes jambes vers le mur de boucliers, leurs porteurs s'avancent dès qu'ils réalisent que je suis indemne tandis que les arbalétriers reculent pour se mettre à l'abri. Le général se tient derrière tout ce petit monde, un sourire narquois aux lèvres, sourire que je me jure d'effacer de ses traits grossiers dans les plus brefs délais.

J'ai parcouru un peu plus de la moitié de la distance qui me sépare de mes ennemis lorsque les Garzoks munis de haches s'écartent d'un pas pour permettre à leurs congénères de m'envoyer une nouvelle salve par les intervalles ainsi créés. Je puise une fois encore dans mon Ki pour contrer les redoutables projectiles, les derniers que mes adversaires pourront tirer avant que je n'arrive au contact. Mes lames parviennent à me protéger de quatre traits mais le cinquième franchit ma garde et se fiche brutalement dans mon épaule gauche! Je grogne en serrant les dents pour évacuer la violente douleur et reprends d'un entrechat mon équilibre compromis par la force de l'impact afin de poursuive ma course folle. Les Garzoks aux boucliers resserrent aussitôt les rangs pour former un impénétrable obstacle, il ne me reste que quelques mètres à parcourir avant de m'y confronter et j'en profite pour m'assurer que je suis encore capable de manier ma Vorpale malgré le trait planté dans ma chair. La souffrance est cuisante mais le projectile ne semble pas avoir atteint de point crucial, je vais déguster mais cela ne m'empêchera pas de me battre à deux mains.

Lorsque j'arrive à dix pas des peaux-vertes, je canalise une nouvelle fois ma force spirituelle et la déploie sans retenue en fusionnant la technique de charge armée avec celle permettant de passer un bouclier. Je sais pertinemment que je n'aurai pas de deuxième chance, si j'échoue à défoncer ce mur lors de mon premier assaut mes ennemis m'encercleront et ils sont trop nombreux pour que je leur résiste bien longtemps. C'est mon ardente qui entre dans la danse en premier, lancée de toutes mes forces dans une ellipse biaisée elle percute avec une brutalité inouïe l'un des pavois et l'évacue sur la gauche malgré la force de l'Orc qui le tient. Ma Vorpale s'insinue vicieusement dans la faille d'un moulinet remontant et atteint mon ennemi à l'aisselle, pile au défaut de l'armure. Le Garzok brame de douleur lorsque ma lame le dévaste si cruellement qu'elle lui tranche aux trois-quarts son bras d'arme. Je le bouscule sèchement pour le repousser sur le côté et me dégager un passage mais l'orc de droite réagit habilement en balançant sa longue hache de guerre dans l'espace vide pour m'interdire le passage. Ce coup adroit m'oblige à piler net pour éviter le sombre fer en forme de croissant de lune qui siffle dans les airs, à moins d'un pas de mon visage. Je jure intérieurement, maudit soit-il, cela me coince au beau milieu du rang ennemi et c'est exactement ce que j'espérais éviter!

Je pivote nerveusement sur moi-même pour ramener ma Flamboyante dans la course et le contraindre à me céder le passage d'un revers hargneux, mais le bougre se contente de le parer de son vaste pavois sans bouger d'un cheveu. Sa hache revient à cet instant en vrombissant, un coup oblique salement dissimulé par son bouclier que je pare en catastrophe de ma Vorpale tout en reculant d'un pas pour absorber le choc. Ce mouvement me rapproche du blessé qui hurle toujours comme un porc qu'on égorge, ses comparses s'efforcent de l'écarter pour pouvoir m'attaquer à leur tour et cela me sauve sans doute la vie car j'aurais été bien incapable d'éviter un coup dans le dos à cet instant. Plutôt que de revenir à la charge contre l'adversaire qui me fait face, je poursuis ma retraite d'un bond et percute du dos le futur manchot de façon à le projeter sur ceux qui se trouvent derrière lui, une tactique quelque peu hasardeuse mais qui m'offre aussi une chance de me dégager de mon assaillant le plus pressant. Ce dernier se rue sur moi, pensant certainement que je n'ai pas fait exprès de heurter son congénère, et tente de me fendre le crâne d'un coup latéral manquant un peu de finesse. Je m’accroupis subitement pour l'esquiver et insuffle une puissante orbite circulaire à mon Ardente, si basse que mon revers passe à quelques centimètres sous le pavois de l'Orc et atteint sa cheville gauche de plein fouet. L'articulation cède dans un craquement sinistre et mon agresseur glapit de souffrance en s'effondrant, ma Vorpale s'abat dans la foulée sur sa trogne grimaçante et la fend en deux, projetant esquilles d'os et cervelle aux quatre vents.

Une ombre à la limite de mon champ de vision m'incite à rouler fébrilement au sol, je frissonne en voyant le fer de hache se planter dans le sol à trois doigts de mon nez et gémis lorsque ma roulade brise le carreau qui dépassait de mon épaule, souffrance qui me fait voir des points noirs durant une fraction de seconde. Je m'oblige sévèrement à dompter cette douleur et me relève frénétiquement, juste à temps pour parer une hache menaçant ma jambe droite d'un revers de mon ardente! Je riposte d'une arabesque remontante de ma Vorpale mais elle ne fait que riper contre le bouclier de l'agresseur et je réalise à cet instant que j'aurais largement mieux fait de l'utiliser pour parer la deuxième hache qui vise mon dos. Je tente de l'esquiver en pliant le buste mais mon équilibre n'est pas idéal et je suis un rien trop lent. Le coup est terrible et sa puissance telle qu'elle me fait pirouetter comme une girouette désemparée. Pourtant, nulle douleur ne répand ses tentacules écarlates en moi, les runes incrustées sur mon armure de mithril ont fait leur ouvrage et m'ont protégé du pire. Reste que l'impact m'expose dangereusement aux haches de deux autres ennemis et que ma stabilité au terme de cette pirouette imprévue est insuffisante pour me permettre de parer efficacement les coups suivants qui n'attendent pas pour pleuvoir.

Mon esprit rompu au combat analyse froidement la situation en moins de temps qu'il n'en faut pour battre des cils. Deux attaques me sont portées, presque simultanées en apparence mais néanmoins séparées par un minuscule décalage temporel. Je peux esquiver la première mais la deuxième m'atteindra, c'est inéluctable, à ma connaissance il n'existe aucune manière d'éviter les deux. J'agis à l'instinct et me baisse juste assez pour que la première hache frôle mon crâne au lieu de le défoncer, rassemblant dans le même temps mon Ki et le déployant puissamment pour user au mieux de l'infime temps qui sépare les deux attaques. Je me crispe en barricadant mon âme contre la douleur inévitable qui va me submerger, sans chercher à éviter le coup suivant qui percute effectivement ma cuisse gauche. Comme prévu ça fait mal, comme prévu la blessure est sanglante, mais pas suffisante pour m'abattre dans l'immédiat, contrairement à l'imparable riposte que j'offre à l'Orc. Ma lame embrasée l'atteint violemment à la base du cou au terme d'une orbite inclinée vers le bas dont la force est encore accrue par le léger ploiement de ma cuisse blessée. La stratégie ne s'applique pas qu'au champ de bataille mais aussi au combat proprement dit, ma redoutable relique décapite à moitié le Garzok qui meurt en ouvrant de grands yeux surpris, sans un cri.

Toutefois, mon sens tactique est à double tranchant, il m'indique aussi que j'ai utilisé plus de la moitié de ma force spirituelle alors que la bataille ne fait que commencer. J'ai éliminé trois guerriers sur dix et un arbalétrier sur cinq, sans même parler du général qui attend patiemment son heure. La balance penche inexorablement en ma défaveur. Je suis en train de m'enliser dans l'affrontement contre ces combattants d'élite et, même si je parvenais à les vaincre, je n'aurais plus assez de ressources pour espérer triompher de leur commandant. L'avenir s'annonce bien sombre mais céder au désespoir n'arrangera rien, au contraire. Je rejoindrai peut-être Sithi aujourd'hui, c'est une éventualité à laquelle je me suis préparé, mais je le ferai sans avoir baissé les bras devant la fatalité. Toute ma technique martiale ne suffira pas à m'assurer la victoire, mes adversaires sont trop puissants et j'en ai douloureusement conscience. Le temps des savants calculs est échu et, quand cela arrive, il ne reste qu'une option, ainsi que je l'ai appris au travers des souvenirs de ma Faëra.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Ven 21 Avr 2017 19:59 
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Ô Mère, entre tes mains je remets ma vie, si courte qu'elle ait été le chemin m'a parfois semblé bien long. J'aurais voulu voir naître ma fille, lui apprendre le glorieux passé de ma lignée et les principes épurés qui ont dirigé nos existences. Pour elle, j'aurais aimé écarter les brumes implacables du temps pour lui montrer notre monde d'origine et lui dire de veiller à ce que cela ne se reproduise pas. J'aurais souhaité lui enseigner les Danses d'Opale et la voir me surpasser, j'aurais voulu, surtout, la serrer dans mes bras et lui dire que je l'aimais. Mais cela ne sera pas, je devrais me contenter de la voir grandir du haut des cieux, j'espère que quelqu'un lui dira que l'étoile qui brille à côté de toi, Sithi, était son père. J'espère que quelqu'un sera là pour lui révéler que les larmes sont un présent de Moura, et que Rana les séchera de son souffle purificateur. Ô Déesses, cette dernière Danse est pour vous, un ultime hommage que je vous offre en remerciement de votre bienveillance éternelle.

***


Une explosion de Ki déferle dans mon corps et, soutenu par le pouvoir de Rana, je bondis sauvagement sur l'unique guerrier Garzok qui se trouve entre moi et la ligne d'arbalétriers placée devant le général, mes deux armes tendues à l'horizontale. Je franchis les six ou sept mètres qui me séparent de ma cible grâce à ce bond téméraire qui prend le Garzok totalement par surprise. Il hoquette de stupeur et tente de ramener son pavois en défense, en vain. Mes deux reliques s'enfoncent sans pitié dans son corps, profondément, trop pour que je les dégage aisément. Cela n'a pas d'importance, je les lâche toutes deux pour rouler sur l'Orc qui chute en arrière lorsque je le percute de plein fouet à la suite de mes lames. Ma cabriole insensée s'achève au sol, à moins de trois mètres des quatre tireurs qui protègent leur chef et esquissent avec un bel ensemble le geste qui va me clouer au sol. Je me relève de toute ma célérité en dégageant d'une saccade les fouets stratégiquement enroulés autour de ma taille de manière à se déployer en une fraction de seconde. J'ai une pensée douce-amère pour la Matriarche Shaakte à qui j'ai pris ces armes, c'est elle qui m'a bien involontairement appris cette méthode fourbe à souhait, il s'en était d'ailleurs fallu de peu pour que je périsse étranglé par ces fouets que je porte aujourd'hui.

Les arbalétriers sont dangereusement rapides mais je le suis davantage et mes deux longues lanières claquent sèchement au-dessus de leurs têtes avant qu'ils n'aient réussi à m'aligner. Le général beugle de rage lorsque mes fouets s'enroulent vicieusement autour de sa gorge, lui aussi a été totalement pris au dépourvu par cette attaque démente qui m'expose mortellement aux carreaux des tireurs. Je pivote brutalement sur moi-même à l'instant précis où mes armes enserrent le cou de l'officier, serrant les poignées de cuir avec l'énergie du désespoir pour empêcher qu'elles m'échappent des mains lors de la violente traction que ce geste engendre. Ma proie déséquilibrée et étranglée bascule en avant alors que les lanières se tendent brutalement et sa chute bouscule sans douceur deux des arbalétriers qui s'aplatissent sous la masse de leur chef, non sans lâcher leurs traits qui se fichent dans le sol sans m'atteindre. Les deux autres en revanche...

Le premier carreau me touche au biceps gauche, sa force à bout portant est telle que le projectile me traverse littéralement le bras, si vite et si proprement que je ne sens pas tout de suite la douleur. Le deuxième ne fait que me frôler le visage, d'assez près cependant pour tracer une sanglante balafre sur ma joue droite et me dévaster l'oreille avant de filer plus loin sans ralentir son vol pour autant. La souffrance viendra, je n'en doute pas un instant, mais j'ai une seconde avant qu'elle ne parvienne à mon esprit et je n'en demande pas davantage. Le général est juste devant moi, affalé à terre et empêtré dans ses deux comparses, je vais peut-être crever mais pas tout seul. Je lâche mon fouet gauche et dégaine la lame de mon ancêtre tout en tirant comme un forcené sur l'autre lanière que je tiens toujours en main droite pour empêcher mon ennemi de se ressaisir. Les deux arbalétriers qui m'ont transpercé entreprennent fébrilement de recharger leurs armes et j'entends les guerriers se précipiter à l'assaut dans mon dos, peu importe, ils arriveront trop tard. Ma lame d'Eden se trouve elle aussi dans mon dos, ce qui implique que, lorsque je la dégaine, elle est en position idéale pour s'abattre sommairement dans la foulée sur toute cible se trouvant devant moi. Le général n'a pas la moindre chance d'esquiver le coup ravageur que je lui assène en hurlant férocement, une frappe rendue plus colossale encore par une débauche de Ki. Casque comme crâne éclatent à l'unisson sous la violence de l'impact et, quelque part, je l'envie parce qu'il n'a pas le temps de souffrir, contrairement à moi.

La douleur afflue avec la soudaineté d'une rivière en crue, cruelle et abrutissante. Les doigts de ma main gauche perdent toute force et laissent échapper la précieuse lame de mon ancêtre, qui reste ironiquement plantée dans la caboche de mon ennemi abattu à la manière d'une hache fichée dans son billot. Je titube lorsque la brûlure de mon visage dévasté s'ajoute à celle qui irradie de mon bras transpercé et des autres blessures déjà subies, je voudrais m'allonger pour les rendre plus supportables mais un vague reste d'instinct de survie me hurle que ce serait une très mauvaise idée. J'ai gagné une bataille et je vais perdre la guerre, l'évidence est criante, mais je ne me coucherai pas devant mes ennemis, je mourrai debout en les regardant fièrement dans le blanc des yeux. Pendant un bref instant je doute avoir assez de volonté pour surpasser la douleur qui m'accable, ce serait probablement le cas si j'étais seul mais, seul, je ne le suis pas. Syndalywë use de toute l'influence que lui procure la fusion de nos esprits pour détourner mes pensées de cette intolérable sensation qui me tenaille, elle attise mon courage et me presse de continuer le combat jusqu'à la dernière seconde en me rappelant fugacement les images d'Ethërnem donnant sa vie pour permettre aux Sindeldi de fuir Eden. Je lui adresse mentalement un sourire que je sais misérable, j'aimerais faire mieux mais ce n'est pas en mon pouvoir. Ce qui l'est, par contre, c'est de lâcher le fouet que je serre encore de ma main valide pour saisir la poignée de cette épée que mon aïeul maniait lors de son ultime combat.

Les combattants Garzoks marquent une hésitation en découvrant que leur général a été broyé, spectacle discutable que je leur dissimulais involontairement jusqu'à cet instant. J'en profite pour trucider froidement les deux arbalétriers qui tentent de se relever sous le regard paniqué des deux qui sont en train de recharger leurs armes et ceux, haineux mais également inquiets, des six guerriers survivants. J'ai presque épuisé ma force intérieure et mes blessures vont très rapidement me mettre dans l'incapacité de me battre, je perds trop de sang pour rester encore bien longtemps conscient. Un rictus sinistre ourle mes lèvres, je n'ai plus qu'une carte à jouer, en priant Sithi pour qu'elle suffise et que j'aie encore assez de forces.

Je consume mes ultimes réserves de Ki pour mêler la Danse de Moura à celle de l'éclipse et je me rue à l'attaque des six guerriers d'élite en hurlant à pleins poumons:

"POUR LE NAORA! VENGEANCE!"

Je déferle sur mes ennemis comme marée d'équinoxe sur un château de sable et, comme cet édifice, la cohésion des Garzoks s'effondre soudainement. Ma lame, dissimulée par mon corps, s'insinue entre deux pavois un peu trop écartés et s'abreuve d'ichor en dévastant l'entrejambe de celui de droite, qui couine d'un ton aigu que je trouverais comique en d'autres circonstances. Son comparse de gauche tente de m'asséner un revers de sa hache, mais je me dérobe d'une ondulation en arrière et son fer ne pourfend que le vide. A peine l'arme a-t'elle passé le point où elle n'est plus une menace que je reviens à la charge comme une vague irrépressible prolongée par le froid acier de mon ancêtre. La garde de mon adversaire n'est plus qu'une brèche, suite à son attaque manquée, mon épée s'y infiltre de pointe et plonge dans la gueule ouverte en fracassant une odieuse canine jaunâtre au passage. Je me replie aussitôt pour esquiver une hache maladroitement balancée en direction de mon ventre et me décale d'un pas en tournoyant férocement pour cacher le redoutable revers de ma riposte, le malheureux ne le découvre que lorsqu'il sectionne presque totalement son bras d'arme dans une gerbe de sang qui arrose copieusement son compère le plus proche. Ce dernier, aveuglé, recule précipitamment et heurte un autre Garzok qui rugit de rage d'être ainsi bousculé, il assène un grand coup de son pavois dans le dos du malotru et le renvoie aussi sec vers moi. Ma lame le cueille sous le menton d'une ellipse remontante et lui découpe atrocement la face, celui-là non plus ne se voit pas mourir. Les deux derniers perdent pied à cet instant, ils tournent les talons en glapissant de terreur et ce que je considère comme de la lâcheté me fait une fois encore hurler vengeance comme un dément. J'en tue un d'une fente outrageusement prononcée qui me permet de lui planter ma lame dans les reins, quant au deuxième je le laisse filer, je ne suis pas en état de lui courir après et il y a toujours deux arbalétriers qui traînent dans mon dos. A cette pensée inquiétante je me retourne hâtivement, juste à temps pour me trouver face à deux arbalètes chargées et pointées sur mon torse.

Je n'ai que le temps de me placer de profil afin de réduire la cible que je leur offre avant qu'ils ne décochent leurs carreaux. Le premier visait sans doute mon coeur et ma dérobade suffit tout juste à le faire dévier sur les écailles de mon armure dans un crissement désagréable. Le deuxième projectile vient compléter le saccage de mon membre supérieur gauche en se fichant dans mon avant-bras, au son je crois bien que c'est l'os qui l'arrête. Je ne sens absolument pas cette nouvelle blessure, mon bras n'est qu'une plaie et la douleur qui irradie de mes multiples blessures si intense que cela n'y change rien. Je sais que mon corps va incessamment me faire défaut, j'ai une conscience aiguë des limites de mon réceptacle de chair pour les avoir souvent frôlées et là je les ai franchies allègrement. Seul l'orgueil me tient encore debout, mais ce n'est plus qu'une question de secondes avant que cette force elle-même ne m'abandonne. Je le sais, mais je sais aussi que, parfois, le destin n'a pas besoin d'autant de temps pour basculer.

Dans un état second, je souris férocement aux deux orcs et avance sur eux d'un pas pesant en brandissant ma lame dégoulinante du sang de leurs frères de race. Les deux arbalétriers se consultent brièvement du regard et parviennent certainement à la conclusion que jamais ils ne pourront recharger leurs armes avant que je ne leur tombe dessus car ils détalent à leur tour comme des lapins, poursuivis par le rire le plus dément qui aie jamais franchi ma gorge. Il s'éteint dans la seconde qui suit, mes jambes se dérobent sous moi et mes genoux heurtent rudement le sol alors que la souffrance issue de mon corps mutilé balaie finalement mes défenses mentales. J'ai la sensation de tanguer fortement, un peu comme si je me tenais sur le pont d'un navire par gros temps, ma vision se brouille et je crois bien avoir des hallucinations car il me semble voir une vague noire fondre sur moi.

(Hey! Debout! Ce n'est pas une hallucination mais des orcs bardés d'armures noires! Debout je te dis!)

Je glousse sans joie aux paroles de ma Faëra, d'autres orcs? Debout? J'ai déjà toutes les peines du monde à ne pas m'affaler ventre contre terre, alors comment pourrais-je trouver la force de me relever par les enfers? Et je ne suis pas encore assez mort pour croire que me relever suffira, non, il faudrait encore que je sois capable de me battre après m'être mis debout. L'envie d'asséner une réponse mordante de sombre ironie à ma petite compagne de fluide me taraude fugacement, mais quelque chose au fond de moi me l'interdit. Elle a passé tant d'années à mes côtés, dévouée au-delà de toute mesure, elle m'a protégé tellement de fois que j'en ai perdu le compte et ma dernière pensée pour elle serait chargée d'ironie méprisante? C'est hors de question, il n'y a qu'une chose que j'aie vraiment envie de lui dire avant de partir:

(Ullume au oialë, Bien-Aimée)

(Oui, eh bien pour toujours ça implique que tu te remues les fesses et que tu avales le contenu de ta gourde. TOUT DE SUITE!)

Les pensées de ma Faëra me parviennent comme si elles venaient de très loin, indistinctes, il me semble bien reconnaître des phrases mais je n'arrive pas à en comprendre le sens. Je me sens plus ou moins basculer en avant mais c'est à peine si je perçois le choc de mon visage contre le sol, la douleur a disparu et c'est un soulagement qu'aucun mot ne peut décrire. Syndalywë tonitrue cependant dans mon âme en scandant un unique mot que je finis par saisir: gourde. Un éclair de lucidité rappelle à mon souvenir que j'ai encore quelques potions de soin dans cette gourde dont elle me rabâche les oreilles, ce qui pourrait me sauver. Je rassemble toutes les bribes de ma volonté éparpillée et les maigres reliquats de force qu'il me reste pour essayer d'attraper le récipient salvateur, mais ma main tâtonne sans le trouver et cet effort pourtant minime consume mes dernières ressources, me laissant pantelant et si faible que j'en aurais la nausée si mon estomac était encore assez vaillant pour se soulever.

(Trop tard...je...plus...de force.)

Comme lorsque j'ai failli me noyer dans le fleuve, voilà tout au plus trois jours, je distingue une lumière d'un blanc immaculé infiniment apaisante des tréfonds de mes ténèbres. Instinctivement je tends la main pour l'attraper, tout en me disant que c'est totalement idiot, qui pourrait prétendre saisir la lumière entre ses doigts? Pourtant je la saisis bel et bien, elle a une texture un peu filandreuse mais étonnamment soyeuse, bien différente de tout ce à quoi j'aurais pu m'attendre. Cette fois encore quelque chose, ou quelqu'un, me bouscule et je grogne de dépit parce que je sais très bien que cela fera disparaître cette belle lumière si douce au toucher. Mais elle ne s'estompe pas, elle s'approche plus encore jusqu'à ce que je ne voie plus qu'elle et, ça c'est nouveau, me donne l'impression d'être...mouillé. La mort serait-elle différente, plus humide, parce que je me suis approché de Moura? Je n'ai jamais entendu dire cela mais, en même temps, je n'ai pas rencontré grand monde qui soit revenu pour le raconter.

J'espère tout de même que Sithi m'accueillera à ses côtés, je préférerais devenir une étoile dans les cieux qu'une étoile de mer, allez savoir pourquoi.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Sam 22 Avr 2017 12:26 
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Tu ne t'étais jamais senti aussi sale. Il fallait bien l'avouer : ce setkeg te révulsait avec son visage tordu et ses traits exagérés, la poussière qui se mêlait au sang de ses blessures lesquelles gisaient ouvertement. Le spectacle entier était navrant et te donnait envie de vomir. Malgré tout, tu parvins à réprimer plus ou moins bien la grimace de dégoût quand tu forças ta main à engendrer un contact physique - après ce qu'il avait vécu, tu pensais que c'était ce qu'il fallait faire. Du côté de ton compagnon, on pouvait penser qu'il y avait eu plus de mal que de bien car il se releva en souriant. Comme s'il n'avait pas le bras gauche prêt à se détacher. Tu tendis un doigt nerveux pour l'indiquer, ajoutant, avec un signe de tête :

"Tu devrais peut-être... faire quelque chose. Pour ça."

N'en pouvant supporter davantage, tu détournas le regard. Tes yeux, alors, tombèrent sur l'épée d'Oborö qui s'était vue violemment expulsée dès les premières secondes du combat et qui reposait, désormais, entre les plantes vénéneuses et les racines pourries. Mais lorsque tu t'avanças d'un pas avec l'intention d'aller la récupérer, une douleur mortelle fusa dans ton dos, si insupportable que tu raidis immédiatement et lâcha un faible gémissement. C'était presque amusant le fait que tu ne ressentisses la douleur qu'à cet instant. Les griffes du Liykor, pourtant, ne t'avais pas raté. Une pensée en entrainant une autre, le poids de ton luth se fit plus important, menaçant. Tu passas ton poignard dans ta ceinture et avec une grande lenteur afin ne pas faire bouger ton dos, tu agrippas le manche courbé de ton instrument pour le passer dans ton ventre et tes mains, inquiètes, le parcoururent aussitôt en tous sens. Mais grâce fût rendue à Gaïa : il n'avait rien. Les griffes meurtrières avaient dérapé dessus et avaient fini leur course à l'extrémité de ton dos. En fait, c'était peut-être même grâce à lui qu'il ne t'avait pas tout simplement embroché. Un profond soulagement calmait tes nerfs à vif. Ton luth était plus précieux que ta vie, qu'il fût intact rendait ta blessure si peu importante ! Tu jetas un rapide coup d’œil en direction de Nil : il te tournait le dos.

(Siliwiih, tu peux regarder s'il te plait ?)

Ta faera, constamment perchée sur ton épaule, mais invisible la majorité du temps, daigna prendre une apparence visible et le léger papillon aux ailes bleues que tu aimais tant s'envola pour aller se placer dans ton dos. Avec délicatesse, tu relevas les bords de ta tunique.

(Ça saigne beaucoup, mais ne t'inquiètes pas, ce n'est pas grave.)

(Tant mieux.)

Tu n'aurais su agir, le cas contraire. Tu rabaissas ton vêtement et ta faera se déroba à nouveau aux yeux des simples mortels. Avec beaucoup de souffrances, tu parvins à récupérer la vieille épée rouillée désormais en ta possession, tu nettoyas aussi ton poignard avant de le rengainer. Vous reprîtes la route et en chemin, tombèrent sur les gobelins tués par le Liykor ce qui permit à Nil de trouver du tissu nécessaire à son bandage. Quant à ta propre blessure, tu l'as désinfectas longuement dans le cours un peu trouble d'une rivière que vous rencontrâtes au sortir des Bois Sombres. Enfin la vaste plaine et au loin, Omyre ! La ville puissante, redoutable, s'offrait à vos yeux. Une véritable aura maléfique se dégageait de ses lourds remparts. Tu te demandas brièvement ce que tu étais venu faire là.

Peu loin de l'impressionnante cité - du moins était-ce difficile d'estimer les distances qui se confondaient pour vous sur la ligne d'horizon - se trouvait la zone d'embarcation. Les simples poteaux reliés entre eux délimitaient moins que les mastodontes célestes qui venaient s'y poser. Tu avais entendu parler des ustanaks, les montgolfières, que l'on voyait sagement rangées dans un coin, mais jamais de baleines immenses. Même si loin, elles restaient parfaitement visibles et tu restas quelques secondes, bouche bée. Mais tu te secouas mentalement. Il fallait désormais vous concentrer sur votre mission : comment, dans ce fouillis de transports et de personnes, parvenir à dérober, sans se faire repérer, un des appareils ?

"Tu as un plan, Nil ?"

Pensif, tu réfléchissais, toi, à voix haute.

"Y'a l'air d'avoir que des sektegs là-bas. Peut-être en te faisant passer pour l'un d'eux... Ou en prétendant être des clients d'abord puis en détournant leur attention... Si je les occupe pendant que tu t'occupes de la montgolfière, ça pourrait le faire, non ?"

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Multi d'Ædräs


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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Sam 22 Avr 2017 13:18 
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Tu étais tout entier focalisé sur votre plan d'action. Nil ne parlait guère ; il ne devait pas être très à l'aise avec la stratégie ce qui te poussait à un sourire presque hautain tant ton importance en était ainsi relevée. Tu t'étais toujours senti supérieurement intelligent par rapport aux autres et certes, dans certains cas, tu pouvais l'être, en attestait le trésor de ton peuple que tu trimballais désormais nonchalamment accroché dans ton dos. Voler une montgolfière par rapport à entrer par effraction dans le palais du roi de Yuimen ? Mais c'était un jeu d'enfant ! Néanmoins, le soleil mourut sans que tu ne fusses décidé pour aucune de tes stratégies. Qu'importait : tu étais certain que ton sommeil t'apporterait de lui-même la solution.

"Bonne nuit, Nil."

Distrait par ces préparatifs de guerre - comme tu aimais à les qualifier en ton esprit - tu n'avais que peu aidé à la mise en place du camp pour la nuit. À peine avais-tu daigné aider à la recherche du petit bois pour le feu. Tournant le dos au sekteg que tu considérais maintenant comme davantage qu'un allié temporaire, tu grimpas en quelques agiles secondes au sommet d'un bel arbre, assez haut pour te dissimuler aux yeux de ceux qui arpentaient la Terre (bien que le végétal lui-même fût peu touffu). Tu te calas confortablement contre le tronc ; nul besoin de corde pour t'attacher car tu avais depuis longtemps l'habitude de cette position et étais assuré qu'il n'y avait plus aucune chance pour que tu tombasses dans ton sommeil. Ta main rallia ta petite sacoche et tu en sortis quelques fruits des bois que tu grignotas en admirant les étoiles. Puis tu te blottis mentalement contre ta faera et te laissas emporter dans le flot impétueux des rêves sans fin.

De premiers rayons solaires vinrent caresser doucement ta peau lisse et brune. Tu grimaças et ton visage se tourna de l'autre côté. En vain, car c'était en face de toi que l'astre puissant était en train de renaître. Tu finis par abandonner cette partie perdue d'avance et ouvris un œil émeraude sur un monde mordoré. Tu te redressas, faisant craquer les articulations de ton dos endolori, joignit les mains et étira tes jeunes bras. Tu ramenas contre toi tes jambes et, tout en étouffant un bâillement, jeta un coup d’œil en bas de ton perchoir. Naturellement, le feu s'était éteint. Plus étrange : Nil n'était pas là. Sans te presser - te fouler un muscle au réveil n'était définitivement pas une bonne idée, tu redescendis et tes pieds atterrirent brutalement en faisant voler un fin nuage de poussière. Tu regardas autour de toi. Aucune trace du sekteg. Vous étiez encore à la lisière des Bois Sombres et tu crus en déduire qu'il était retourné dans ses relatives profondeurs afin d'aller chercher à manger. En l'attendant, tu choisis de rallumer le feu, entreprise délicate avec ces cendres totalement froides. Mais enfin, tu y parvins et te rassit ensuite contre le tronc pour attendre ton compagnon, finissant tes provisions pour passer le temps.

À midi, Nil n'était toujours pas de retour. Tu avais des courbatures à force de rester au sol, sans rien faire. Mais surtout, un drôle de sentiment avait fait son chemin en ton cœur. C'était de la peur. Du moins était-ce ce que tu croyais. Peur pour lui ou peur pour toi ? Tu jetais souvent de furtifs coups d’œil aux alentours, conscient que tu n'étais pas simplement en territoire ennemi : tu étais une proie pour la majorité des chasseurs qui le parcouraient. Au plus profond du Bois Sombre, tu avais fait tes preuves et c'était toi, finalement, qui avait aidé Nil. Mais sa présence te manquait. Il était un sekteg, il pouvait passer inaperçu par ici - et si lui le pouvait, toi, dans son sillage, le pouvait aussi. Pourquoi ne revenait-il donc pas ?

(Siliwiih, puisque tu ne dors pas, tu dois bien l'avoir vu partir, non ?)

(Non, désolée. J'étais trop occupée à te surveiller. De là-haut et comme il est petit...)

(Je vois.)

Tu te recroquevillas sur toi-même. L'étrange sentiment qui grandissait en toi goutait l'amertume, désormais. Tu ne savais pourquoi.

(Je ne lui faisais pas confiance de toute façon.)

Tu vis rouge. Tes poings se serrèrent et tu t'écrias, sans même y réfléchir :

"Pourtant c'est toi qui as voulu qu'on voyage ensemble !"

N'était-ce pas ta faera qui t'avait fait trébucher afin que tu t'écrasasses sur le sol, révélant la véritable identité de Nil et te poussant ensuite à assumer sa protection dans la ville d'Ynorie ? Était-ce quelque chose que ferait quelqu'un qui n'aurait pas confiance dans le sekteg ?

(Tais-toi ! Tu dois te faire discret ici !)

(Pardon.)

(Mikkah-El, je voulais que tu aies un compagnon pour le voyage, mais je voyais aussi tant de futurs où il te trompait ou t'abandonnait que je ne comptais pas sur lui.)

Une petite pause. Durant laquelle tu réalisas que ce n'était pas la peur qui était amère. C'était ce sentiment de trahison que tu connaissais pour la première fois. Tu t'étais lié d'amitié avec un gobelin, malgré son apparence rebutante, tu avais combattu à ses côtés, partagé ses repas. Et voilà qu'il disparaissait. Sans un mot, sans rien qui n'eût pu le laisser prévoir. Il t'avait abandonné.

(Mikkah-El, faisons demi-tour. Luminion n'est pas très loin, tu seras en sécurité là-bas.)

Tu te relevas sur des jambes tremblotantes, sans parvenir à déterminer si la cause en était ton immobilisme d'une matinée ou ton récent chagrin. Tes yeux se levèrent vers l'horizon où tu parvenais à apercevoir les murailles d'Omyre. Mais plus près, plus voyant, tu voyais surtout les baleines volantes, tu voyais les montgolfières. Ton rêve, depuis un mois. Ta langue passait et repassait dans ta bouche sans enlever cet affreux goût amer. C'était décidé : jamais plus, sous aucune condition même, tu ne ferais confiance à un sekteg. Jamais plus. En attendant...

(Non !)

...Tu avais une montgolfière à voler.

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MessagePosté: Sam 22 Avr 2017 21:58 
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C'est le contact d'une langue râpeuse sur ma figure qui me sort de mon inconscience. A peine ai-je vaguement repris mes esprits que Syndalywë martèle à nouveau dans mon crâne que je dois bouger immédiatement et vider ma gourde, mais ma faiblesse est telle que je ne parviens pas à l'attraper car elle est coincée sous moi. L'urgence est grande pourtant, la troupe de Garzoks n'est plus qu'à environ deux cents mètres de moi, ce qui m'apprend que je ne suis pas resté absent plus de quelques secondes. En désespoir de cause, je m'agrippe à la crinière de mon fauve et tire légèrement dessus, ce qui a l'heur de lui déplaire souverainement car il s'écarte en grognant sourdement. Je n'ai pas la force de garder ma prise sur la toison de mon Ithilarthëa lorsqu'il bouge mais son recul suffit néanmoins à me faire légèrement basculer sur le côté et à dégager ma gourde. Je la saisis d'une main tremblante et, après deux essais aussi fébriles qu'infructueux, je parviens enfin à la déboucher. Le simple fait de déglutir me fait frôler une nouvelle fois l'inconscience tant cela tire sur mes blessures à l'épaule et au visage, mais je finis par avaler une première potion qui me redonne un peu d'énergie. J'en absorbe une deuxième, puis une troisième dans la foulée, non sans grimacer lorsque mes plaies se referment à grand renfort de picotements désagréables. Je réalise très vite que j'ai un problème imprévu: je n'ai pas retiré le carreau d'arbalète planté dans mon épaule gauche et ces fichues fioles ont ressoudé la chair autour de la hampe!

Je dégaine la mauvaise dague que j'ai subtilisée à l'un des guetteurs et serre les dents avant de m'entailler prudemment l'épaule autour du projectile pour le dégager. Je déguste joliment lorsque je tente de l'extraire, mais je finis par y arriver après plusieurs tractions sèches qui manquent me faire défaillir une nouvelle fois. Dès que j'ai retiré le carreau, j'avale les deux dernières potions de soin qui me restent et souris béatement en sentant la douleur disparaître, avant de m'assombrir fortement en réalisant pleinement ce qui m'attend. Les Garzoks qui accourent sont une bonne trentaine, tous bardés de ces lourdes armures noires, de grands boucliers et de longues haches de guerre qui révèlent des soldats d'élite. Les potions m'ont intégralement guéri mais elles n'ont pas le pouvoir de supprimer la fatigue, ni même de ressourcer mon énergie spirituelle que j'ai totalement épuisée. Pire, il y a bien d'autres ennemis dans les environs et ils ne tarderont sans doute pas à rappliquer, les heures qui viennent s'annoncent festives à souhait. Je dompte durement mes craintes et mes doutes quant au futur, il n'y a que le présent qui compte et pour l'heure, ce qui importe avant tout, c'est de récupérer mes armes.

Les orcs ne sont plus qu'à une cinquantaine de mètres lorsque je me dresse pour leur faire face, muni de mes deux redoutables reliques pointées vers le sol. Ils ralentissent en découvrant les nombreux cadavres qui m'entourent et un léger flottement se fait sentir dans leur formation rigoureusement disciplinée, trahissant le doute qui instille en eux ses vicieuses tentacules. Ils finissent par s'arrêter à une vingtaine de pas de moi, visiblement ébranlés par le masque calme et assuré que je leur offre en me tenant bien droit aux côtés de mon impressionnant fauve au milieu des corps de tant des leurs. Sinwaë s'esquivera si nous commençons à nous étriper, il n'apprécie pas de se confronter à des bipèdes mais cela, ils l'ignorent. Ils me jaugent longuement, cherchant peut-être une faille dans mon attitude, mais je maintiens les apparences sans vaciller. S'ils découvraient la véritable nature de mes pensées ils chargeraient sans hésiter, le doute qui les taraude est ma meilleure protection et je me fais violence pour avancer lentement vers eux en les fixant de mon regard le plus implacable. Au moindre fléchissement ce sera le carnage, je marche sur le fil tranchant d'un équilibre si précaire que j'en ai des sueurs froides.

Les Garzoks resserrent les rangs en me voyant avancer, il y a quelque chose d'indiciblement amusant dans cette situation tendue, mais le temps n'est pas vraiment à l'éclat de rire. L'un de mes ennemis, leur officier probablement, s'avance vers moi et grogne en langage commun en désignant le charnier du bout de sa hache:

"C'est toi qu'a fait ça?"

J'incline lentement le visage et lui rétorque d'un ton rigoureusement neutre:

"Vous devriez rentrer chez vous pendant qu'il en est encore temps. C'est votre général que je voulais, vos vies ne m'intéressent pas."

Une assertion imperceptiblement biaisée, je les étriperais tous bien volontiers si je pensais en avoir les moyens mais, là encore, ils n'en savent rien et ce n'est pas moi qui vais leur ouvrir les yeux sur la question.

"Tu crois qu'on va t'laisser filer alors que t'as buté notre chef et plein des nôtres?"

"Réfléchis. Si ton chef, toute sa garde et un nécromant n'ont pas réussi à m'arrêter, quelles sont tes chances d'y parvenir à ton avis?"

L'orc massif me lorgne avec suspicion et d'une voix imperceptiblement hésitante me rétorque:

"Bonnes, j'dirais. Tuer ça fatigue, vu c'que t'as fait tu dois être crevé."

Je lui offre mon sourire le plus carnassier et réplique d'un ton doucereux:

"Tu veux prendre le pari? Juste toi et moi, ça te tente? Sans doute pas, je pense que tu n'as pas plus de courage qu'un lapin de garenne et que tu meurs d'envie de détaler la queue entre les jambes."

Le Garzok rugit férocement et cogne bruyamment sa hache contre son pavois avant de gronder en avançant sur moi:

"J'vais t'ouvrir en deux comme une poiscaille, misérable oreilles pointues! J'ai b'soin d'personne pour éclater la tronche d'un elfe!"

Je retiens de justesse un soupir de soulagement, ce gros lourdaud est tombé dans le panneau bien plus aisément que je ne m'y attendais et, même si les autres m'assaillent après que je l'aie brisé, ils le feront sans officier. Mes chances de survie viennent de croître sérieusement, d'autant plus que je crois entrevoir une voie pour que les congénères du fier-à-bras se tiennent à carreau. J'analyse froidement mon adversaire alors qu'il se rue sur moi sans grande subtilité. Il compte apparemment sur sa puissance physique pour m'écraser rapidement et impressionner ainsi ses séides, la technique ne semble pas être son point fort car je décèle plusieurs défauts dans son équilibre et dans sa façon de tenir ses armes offensive et défensive.

Je me décale sur la droite une fraction de seconde avant que sa hache abattue comme une cognée sur une bûche à fendre ne m'atteigne, puis j'avance d'un pas en pivotant la moindre pour rester face à lui. Ce mouvement l'oblige à pivoter à son tour car je me suis placé du côté de son pavois et ce dernier l'empêche de m'atteindre avec sa hache. Je lui souris durement et poursuis ma manœuvre tournante sans me hâter afin de rester dans son angle mort, ce qui semble avoir le don de le mettre en rage car il grogne hargneusement en accélérant son tournoiement pour être en mesure de me cogner dessus. Je me calque sans mal sur son rythme, il est peut-être costaud mais il est lent, ce n'est certainement pas ce Garzok qui mettra un terme à mon existence. J'inverse si soudainement le sens de ma rotation qu'il se laisse emporter par son propre mouvement et frappe dans le vide avec un temps de retard. Je suis maintenant du côté de sa hache et cette dernière, mue par l'inertie de son attaque manquée, est fort loin de l'endroit où elle devrait se trouver pour parer mon preste coup d'estoc. La pointe de mon ardente le pique sèchement au défaut de l'armure de la jointure du coude, assez méchamment pour que le Garzok glapisse de douleur et lâche son arme.

"Renonce et rentre chez toi, c'est ta dernière chance Omyrien."

La raison non plus n'est pas son point fort, vraisemblablement, car il hurle de colère et me bondit dessus en levant le poing pour essayer de m'assommer. Je secoue négativement la tête, c'est faire bien peu de cas de ma Vorpale que de m'assaillir ainsi, elle est pourtant en position défensive et bien visible. Tant pis, j'aurais essayé. Ma redoutable lame d'adamantite tranche net le poignet de l'Orc lorsque sa main s'abat en direction de mon visage, mon piètre adversaire hurle de douleur en portant instinctivement son membre mutilé à son autre main qui tient le pavois. Imbécile. Je pivote sèchement sur un talon pour insuffler de la puissance au revers de ma Flamboyante, qui percute violemment le casque de mon ennemi et le projette à terre, à moitié assommé. Le Garzok devenu blême me regarde d'un air suppliant en demandant grâce, ce à quoi je rétorque d'un ton aussi tranchant que mes reliques:

"C'est trop tard. Je t'ai prévenu que c'était ta dernière chance et je n'ai qu'une parole."

Je le décapite d'une rude ellipse circulaire de la lame de Caix Imoros, une arme idéale pour ce type de coup, puis je pique la trogne tombée à terre de la pointe de ma Vorpale, me tourne vers les compatriotes du balourd et leur envoie la caboche de leur chef qui roule jusqu'à leurs pieds. Avant qu'ils n'aient eu le temps de réagir, je leur lance de ma voix la plus menaçante:

"Vous avez dix secondes pour dégager le plancher. Passé ce délai je vous massacre jusqu'au dernier."

Surtout, surtout, ne pas leur montrer que l'épuisement menace de faire trembler mes bras, ne pas leur laisser imaginer un seul instant qu'ils pourraient m'avoir, que mon attitude pleine d'arrogance n'est qu'un masque sur le point de se fissurer. Le combat que je viens de mener, si bref et facile qu'il ait été, m'a essoufflé et endolori plus que de raison. J'ai frôlé la mort après avoir crapahuté des heures durant dans les collines et mené deux rudes batailles, aucune potion de soin ne peut remplacer les heures de repos dont j'ai impérativement besoin. Les Garzoks hésitent durant plusieurs secondes qui me semblent être autant de siècles puis, je dois me contraindre à ne pas danser de joie, entament une lente retraite en direction d'Omyre en sonnant trois courts appels dans un de leurs cors. Il leur faut un bon moment pour disparaître de mon champ de vision et je n'ai pas trop de toute ma volonté pour rester ferme et inébranlable jusqu'au bout. Bon sang, cette fois ce n'est pas passé loin...

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Dim 23 Avr 2017 12:39 
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Je quitte sans regret les collines devenues champ de bataille après avoir fouillé les cadavres, pressé maintenant de trouver un coin tranquille où me reposer. Ce n'est que lorsque je suis tout bonnement incapable de mettre un pied devant l'autre que je me résigne à me dissimuler dans un amas de rochers qui surplombe une bonne partie des environs. Je m'effondre comme une masse contre un gros bloc et me force à avaler quelques fruits secs avant de me plonger dans une profonde méditation pour récupérer mes forces. J'ai la désagréable impression d'avoir été suivi, sans doute les Garzoks tiennent-ils à me garder à l'oeil, mais Sinwaë me préviendra si jamais l'un d'eux approche. Je ne crois pas vraiment que mes ennemis aient renoncé à m'abattre, pas après le carnage auquel je me suis livré. Ils se sont très probablement repliés pour aller quérir des renforts et, étant donné la proximité d'Omyre, il ne leur faudra guère de temps pour les rassembler. Au final,je n'ai fait que repousser l'échéance en déjouant les plans de ce général que j'ai tué, les Garzoks m'attendront bien gentiment devant l'entrée de la caverne dans laquelle je dois me rendre et je serai coincé.

Autre sujet d'inquiétude, l'état de mes réserves: je n'ai plus de potions de soin et il ne me reste que peu de provisions. La prudence voudrait que je retourne à Luminion pour m'équiper, j'ignore ce que je rencontrerai dans cette grotte où je suis censé trouver une bague et cette mystérieuse relique de Revan, mais Faryä m'a prévenu que ce serait extrêmement dangereux. Un avertissement que je serais idiot de prendre à la légère, compte tenu du caractère de ma fourbe amante. Et comme j'ai de plus une fâcheuse tendance à me prendre des sales coups ces derniers temps, l'idée de me précipiter au devant du danger sans avoir de quoi me soigner me déplaît souverainement. Ceci étant, je perdrais presque une semaine en retournant en ville et cela laisserait le temps à mes ennemis de me tendre un nouveau piège. Piège qui sera infranchissable cette fois, les Oaxiens savent dorénavant de quoi je suis capable et ne me laisseront aucune chance de m'en tirer. Par ailleurs j'ai promis à l'ambassadrice d'Ynorie et à la pupille du Duc de leur servir de garde du corps jusqu'à Oranan, manquer à ma parole serait malavisé compte tenu de mes relations déjà tendues avec Robert de Pérussac. Evidemment, si je succombe faute d'avoir pris le temps d'aller recharger ma gourde cela n'arrangera pas mes affaires, mais qu'importe à un mort d'être coupable de n'avoir tenu ses promesses? Oui, seulement je n'ai pas spécialement envie de crever. Pas plus que je n'ai envie de faire demi-tour, je déteste revenir sur mes pas. Alors que faire?

Je ne suis pas plus avancé lorsque je sors de mon état méditatif quelques heures plus tard. Aucune solution ne me semble satisfaisante, c'est l'histoire du serpent qui se mord la queue et, comme ce reptile, mon esprit tourne en rond. Je grogne une imprécation en me relevant, s'il y a bien une chose que les batailles m'ont enseigné, c'est que l'hésitation tue plus sûrement que la meilleure lame. Sans plus tergiverser, je reprends ma route vers le nord, je ne reculerai pas alors que je dois être à moins d'un jour de marche de mon objectif. Advienne que pourra.

La nuit tombe lorsque je parviens devant un invraisemblable pont jeté au-dessus d'un insondable précipice. J'ai beau plisser les yeux pour essayer d'en distinguer l'autre extrémité, je ne vois que des ténèbres si profondes qu'elles me font froid dans le dos. Deux tours sinistres se dressent de part et d'autre de l'accès à ce pont inquiétant, j'ai vu bien des lieux lugubres dans ma vie mais celui-ci a incontestablement la palme. Je reste un long moment immobile en fouillant du regard les environs pour déceler une éventuelle trace de vie, mais en vain. Je n'ai aucun moyen d'être sûr que c'est bien cet endroit que je recherche, mais cela y ressemble fichtrement et ce n'est pas pour me réjouir. Je ne suis pas capable de sentir la magie, mais je n'en perçois pas moins l'aura effroyablement malsaine qui règne ici, elle suinte littéralement de ce sombre édifice et des ombres qui l'occultent. A mes côtés, Sinwaë gronde légèrement de manière ininterrompue, lui non plus n'apprécie guère l'ambiance du coin. Je le calme en lui parlant pendant quelques instants, puis je le pousse en direction des montagnes toutes proches en l'incitant à aller chasser, geste qui me vaut un long regard d'incompréhension. Il me faut insister longuement, en lui désignant le massif et en adoptant un ton précis, pour le convaincre d'aller baguenauder dans les monts en m'attendant. S'il ne comprend certainement pas la teneur de mon discours, il est loin d'être sot et saisit en revanche parfaitement certaines intonations que j'emploie systématiquement pour exiger quelque chose de lui. Je le contemple pensivement alors qu'il s'éloigne au petit trot, le reverrai-je un jour ce magnifique prince des neiges, cet ami? Je n'en sais rien, mais je ne veux en aucun cas risquer sa vie en l'emmenant avec moi sur ce pont maléfique. La place d'un Ithilarthëa est dans la nature, pas dans l'antre des ténèbres, or c'est bien de cela qu'il s'agit ici.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Dim 11 Juin 2017 12:43 
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"Le voilà! Massacrez-moi cette vermine!"

Ils sont là. Les Garzoks. Pas plus d'une douzaine, tous de puissants combattants à en juger par leur carrure et la qualité de leur sombre équipement. Au cri qui m'a accueilli, ils quittent le feu de camp autour duquel ils attendaient, forment un demi cercle pour m'interdire tout fuite en me dévisageant avec hostilité. Derrière eux se tient une shaakte que je ne connais que trop bien, son regard à elle est sarcastique, indiciblement satisfait aussi. La mâchoire du piège se referme sur moi, je n'ai pas la moindre chance de m'en tirer cette fois, elle le sait et le savoure. Les orcs s'avancent lentement vers moi en brandissant leurs armes, lourdes haches et marteaux de guerre, prudents malgré mon évidente faiblesse. Je leur souris, un sourire infiniment las, désabusé. Je voudrais lever mes lames pour emporter un ou deux de ces bâtards avec moi dans l'au-delà, mais je n'en ai plus la force.

"Il est à bout, prenez-le vivant, c'est un ordre!"

La voix de Faryä, de mon amante, de cette femme que j'ai serrée dans mes bras et que, d'une certaine façon, j'en suis venu à apprécier malgré ses manigances à mon encontre. Les Garzoks ne semblent pas enchantés de cet ordre, mais ils maugréent néanmoins leur assentiment et se rapprochent encore. Je fixe l'Elfe Noire d'un long regard un peu triste, indifférent au marteau qui se lève, puis s'abat sur moi sans que je ne tente rien pour me défendre. Mes lames sont aussi pesantes qu'une montagne et mes jambes ne me portent plus que par habitude, jusqu'à ce que la masse de noir acier heurte mon crâne du moins car le rude choc les fait céder sous moi. Je me sens tomber à genoux, puis à plat ventre, et plonge dans une bienfaisante inconscience en murmurant:

"Pardonne-moi Sithi, j'ai échoué..."

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Jeu 20 Juil 2017 14:12 
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Au rythme lent du pas de ma monture, je m'enfonce en direction de Luminion dans les terres sauvages entourant Omyre la sinistre, soulagé de quitter cette région qui m'a si profondément marqué. Je brûle d'envie de talonner mon canasson et de m'enfuir au grand galop, mais mon état est tel que je ne resterai pas en selle plus de quelques instants, d'autant plus que je ne suis pas un cavalier émérite. Il m'arrive par moments de somnoler, au risque de choir bêtement, mais mon instinct me réveille à chaque fois sans douceur lorsque le déséquilibre menace. Je devrais m'arrêter et panser mes blessures, me reposer, mais j'ai eu mon content des geôles de la cité noire, le danger d'être retrouvé alors que j'en suis si proche est trop grand et je poursuis obstinément ma chevauchée aussi longtemps que mes maigres forces me permettent de tenir en selle. Le jour se lève lorsque je me résous à faire halte dans un bosquet touffu. Mon épuisement est tel que je tombe plus que je ne descends de cheval, il me faut de longues minutes pour me traîner jusqu'à l'arbre le plus proche et m'y adosser, le souffle court et l'esprit en berne. Au bout d'un temps, je me souviens des fioles que j'ai récupérées dans la grotte obscure et me maudis de n'y avoir songé plus tôt, j'extirpe aussitôt ma gourde de mon sac et avale une première potion de soin en me réjouissant déjà de sentir son effet. Mais les minutes passent sans qu'aucune amélioration se fasse sentir.

(Dieux miséricordieux...faites que je ne vienne pas d'avaler un poison...)

J'ai dû me tromper en croyant identifier ces potions, elles ressemblaient pourtant à s'y méprendre à des fioles de soin, par Sithi! Anxieux quant au liquide que je viens d'ingérer, je m'abstiens d'en essayer une autre et déchire plutôt l'une de mes chemises pour bander mes plaies aussi serré que je le peux. Le résultat est très approximatif, mais je n'ai pas la force de faire mieux, c'est à peine si je parviens encore à garder les yeux ouverts. Je m'allonge péniblement, trop las pour retirer mon armure, puis je plonge quelques secondes plus tard dans un sommeil sans rêves aux allures de coma.

C'est le contact d'une langue râpeuse qui me réveille en sursaut alors que le soleil entame déjà son lent déclin à l'horizon. Ma dague est à moitié sortie de son fourreau lorsque je reconnais l'intrus et m'exclame d'un ton aussi abasourdi qu'il est joyeux:

"Sinwaë! Je croyais t'avoir perdu! Comment m'as-tu retrouvé?!"

Mon fauve s'étire en baillant pour toute réponse, puis il me pousse amicalement du museau avant d'aller farfouiller du côté de mon sac. Je devrais l'enguirlander, je ne tiens pas à ce qu'il prenne l'habitude d'aller se servir dans mes provisions mais, outre le fait que mon sac n'en contient aucune, je n'ai pas le coeur de le réprimander alors que je viens de le retrouver. Je réalise d'ailleurs que la faim me taraude également, peut-être Faryä a-t'elle pensé à glisser quelque nourriture dans les fontes du cheval? Je déchante vite, du canasson il n'y a pas la moindre trace dans les environs, du moins aucune que je puisse apercevoir de ma position. Je soupire doucement en me relevant, pas besoin d'être devin pour comprendre que l'arrivée de mon prédateur de compagnon a dû le faire décamper.

Après avoir cherché en vain le craintif herbivore, force m'est de me résoudre à continuer ma route à pied, la faim au ventre. Les heures passent, harassantes, je dois puiser dans mes ressources les plus cachées pour mettre un pied devant l'autre tout en restant sur mes gardes, je ne doute pas un instant qu'il y ait quelques Garzoks dans la région et je ne tiens absolument pas à les croiser. Mon déguisement, armure Garzok et visage noirci au henné, ferait peut-être illusion de loin, mais je n'ai aucune envie de tenter l'expérience. Je me terre dès que le moindre bruit suspect trouble le silence, la peur au ventre, le coeur battant trop vite, mais fort heureusement nul ne me déniche. Je trouve ici et là quelques baies que j'avale gloutonnement, Sinwaë dégote un lapin qu'il daigne m'apporter, je le partage en deux parts égales et dévore la mienne crue, faire un feu serait une folie. Les heures passent, puis les jours, sans que je pense seulement à les compter. La faim est omniprésente, la soif également bien que je trouve ici et là quelques flaques boueuses qui me permettent de survivre malgré leur goût parfois nauséabond. A l'occasion, lorsque l'eau est assez claire, j'y vois un visage que je peine à reconnaître tant il est amaigri, croûté de sang et de poussière, pâle à faire peur. Mes blessures se referment peu à peu mais l'état de mon pied écrasé dans la grotte obscure et de mes côtes fêlées en ce même lieu ne s'améliore pas, rendant plus pénible encore ce périple exténuant. J'ai perdu toute notion du temps écoulé lorsqu'un jour, enfin, apparaît devant moi la porte d'Ynorie.

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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Mar 25 Juil 2017 15:05 
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Vilglas se massa doucement les tempes, une sensation douloureuse le harcelant depuis sa mésaventure au Pont des Âmes. Il soupira, regarda un instant autour de lui et se releva lentement de l'arbre abattu qu'il avait élu comme siège pour une petite lecture. Le grimoire dans sa main se vit alors refermé et rangé avec soin par son propriétaire qui déjà se sentait plus instruit, mais ce mal de crâne ne cessait de résonner dans sa tête. Il avait dû attraper une maladie en se promenant à haute altitude en ne portant guère de tenue adaptée.

Il avait rebroussé chemin vers Omyre sans trop savoir pourquoi, simplement satisfait de s'être éloigné de l'endroit maudit qui avait bien failli avoir sa peau. Si ses pas le ramenaient peu à peu vers les Portes Noires de la ville qu'il avait quitté peu de temps auparavant, son intention était de s'aventurer vers les terres marécageuses de ses alentours en direction du Camp de la Déportation.

Mais ses jambes ne le suivaient plus. Sa marche forcée avait eut raison de ses dernières forces et l'épuisement le gagnait peu à peu, ce qui l'avait poussé à s'arrêter sur le bord de la route de l'Est pour s'apaiser avec un peu de lecture. Quelques quintes de toux ponctuaient parfois une respiration entravée par quelques maux des Hauts, mais aucun glaire ne s'en trouvait libéré : il ne faisait que tousser un air vicié, aux allures sombres et opaque de fine fumée, parfois charbonneuse, parfois en fin filets. C'était comme s'il venait d'avaler des charbons ardents qu'il ne parvenait pas à recracher.

Ses poumons le brûlaient à chaque expectoration et en venaient même peu à peu à l'inquiété. Les chairs à vif, il pouvait sentir son souffle brûlant sur son palais et dans ses narines, et se sentait parfois revoir les ténèbres s'extirper de lui comme un noyé gorgé d'eau.

Les passants étaient nombreux, si proche de la Sombre Ville, mais bien peu s'intéressaient à un adepte des arts occultes arrêté sur le bas côté. Certains récitaient même quelques rapides prières pour éviter tout malheur de cette rencontre tandis que d'autres se fendaient d'un crachat bien placé aux pieds de ce dernier qui les ignorait, plongé dans la lecture.

Après une enième quinte de toux violente, Vilglas se mit enfin en route de nouveau, s'éloignant du chemin pour rencontrer la terre sombre et humide de l'orée du marécage,
à mesure que le ciel s'assombrissait sous les larges feuilles d'arbres tordus comme de vulgaires chiffons, et que le sol ferme fondait peu à peu en îlots entrecoupés d'une boue épaisse sillonnée par quelques vicieuses racines ne demandant qu'à faire trébucher le premier visiteur inattentif. Mais Vilglas n'était pas pressé et prenait tout son temps, empoignant l'avant de sa longue robe pour s'éviter un tissu trempé à mesure qu'il progressait dans la mangrove.

Ses pas se faisaient moins lourds qu'auparavant et, si le sommeil et la toux le freinaient toujours, il se sentait tout de même revigoré par cet arrêt ludique. Récitant quelques litanies pour passer le temps, il observa l'environnement déroutant qui semblait s'enrouler sur lui-même, des arbres aux rochers en passant par les étendues d'eau plus ou moins profondes au sein d'îlots plus ou moins grands. Une vue qu'il aurait soigneusement détaillé et dessiné s'il n'était aussi pressé de se rendre vers le Camp.

A mesure qu'il marchait, sa voix sifflante s'éleva doucement, défiant la faune jusque là paisible et avertissant tout prédateur du malheur qu'il représentait. Il se savait accompagné dans ce voyage.


- "Car nous sommes loups et moutons, nous faisons couler le sang.
Car nous sommes forts et faibles, nous aimons nous haïr.
Car nous sommes grands et petits, nous brisons nos propres règles..."


La longue énumération continua ainsi jusqu'à ce que le ciel ne vienne de nouveau percer les cîmes basses des arbres voûtés, les repoussant peu à peu vers un début de clairière. Les arbres se faisaient plus rare, semblant avec son déplacement lui faire place en une véritable haie d'honneur, de chaque côtés de son chemin.

Un large sourire fendit son visage fatigué tandis que face à lui s'élevaient les premières portes massives qu'il comptait franchir, et qu'un petit groupe de garzoks armés s'approchaient à pas rapide de lui, s'éloignant du petit chemin à sa gauche qu'il avait dû manquer jusque là. Il devait vraiment travailler son orientation.


- "...et car sans toi, Thimoros, nous serions les brebis parmis les loups.
Et car à tes côtés, Thimoros, je suis le loup de mes brebis."
acheva Vilglas.

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Vilglas Putrescent, Fanatique.


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 Sujet du message: Re: Les terres sauvages autour d'Omyre
MessagePosté: Lun 16 Oct 2017 14:44 
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Inscription: Lun 11 Sep 2017 20:38
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[:attention:] Ce RP contient des scènes à forte connotation sexuelle [:attention:]


Une masse gesticule à côté de moi, se défaisant avec douceur de mon étreinte. J’ouvre une paupière pour observer Kragan se redresser dans notre couche alors que l’aube pointe tout juste le bout de son nez à travers les étoffes de notre tente. Mais une pulsion me pousse à le retenir par le bras. Ma gorge se serre, mes entrailles se tordent… Un mauvais pressentiment. J’ai appris à les écouter avec le temps. Ces prémonitions des drames à venir. Son regard se porte vers moi alors que j’essaie de le forcer à le rallonger avec ma faible force.

« Une bataille approche, » me fait-il simplement dans sa langue gutturale tout en se dégageant de ma prise. « Je dois la preparer. »

Mais je reprends son bras et tire de nouveau vers moi, avec plus de vigueur cette fois. Et il finit par abdiquer, se laissant tomber à mon côté. Est-ce la dernière fois que je le vois ? Quelque chose me dit que je vais devoir fuir. Encore. Je pose mon corps charnu contre le sien, si démesurément musclé, et pose mon visage au creux de son cou. Il me lui en faut pas plus pour glisser une main le long de mon dos jusqu’à mes fesses, me signifiant que ces instants de tendresse que je quémande ne seront pas gratuits. Peu importe. Si c’est la dernière fois que je le vois, alors c’est ce que je veux également. Je me courbe pour lui faire comprendre et pose mes lèvres sur sa mâchoire. Alors il me plaque sur le dos, sur notre couche de laine et de paille et se lève sur moi. Les quelques rayons de l’aube me permettent d’observer son visage. Peut-être une dernière fois. Je les grave dans ma mémoire. Il est hideux évidemment, après tout c’est un garzok. Mais j’ai appris à apprécier la vue de son visage au vert grisâtre, ses yeux laiteux et son nez retroussé, comme constamment plissé. Même ses défenses, dépassant de sa lèvre inférieur, m’amusent maintenant. Il aurait bien pu faire quelques efforts sur cette chevelure brune, mais peu importe. Je passe une main sur son visage large et épais, me forçant à sourire une dernière fois. Puis il m’embrasse. A la manière des Kendrains. Qui aurait cru que l’on pourrait apprendre la tendresse à un orc ? Mais c’est ce que je me suis évertuée à faire ces huit dernières années. Et lorsqu’il me prend, dorénavant, c’est avec toute la passion dont est capable son corps ridiculement imposant. J’écarte les jambes alors qu’il se couche sur moi, passant mes pieds autour de ses cuisses et agrippant son dos avec toute la vigueur dont je suis capable, et profite pendant l’heure qui suit des dernières caresses de celui qui fut mon amant pendant plus longtemps qu’aucun autre homme, aucune autre femme durant toutes les vies dont j’ai le souvenir.

Lorsqu’il se défait de mon étreinte cependant, je ne le libère pas pour autant. La matinée commence et l’on peut entendre quelques bruits à l’extérieur, de garzoks réveillant peu à peu le camp. C’est une espèce d’ordinaire nocturne, mais la guerre change les temps. Oaxaca impose son rythme et le peuple de mon mari doit s’adapter, se lever aux lueurs du soleil pour préparer l’effort général. La guerre à venir n’a rien à voir avec la Reine Noire cependant. Un simple, et énième, conflit avec un clan rival. Mais ce matin je me moque de toutes ces considérations. Je me moque de la guerre à venir, de la guerre en cours et de toutes les guerres passées. Quand il s’écarte de moi, je retiens le bras de Kragan pour lui signifier de rester. Il renifle, visiblement irrité que je n’en ai pas assez, mais il me suffit de me retourner quelque peu, lui offrant la vision de ma croupe, pour que son agacement disparaisse au profit d’un nouveau, et ô combien familier, regard d’incontrôlable désir. Il ne met qu’une demi-seconde à attraper mes hanches pour me prouver une seconde fois son amour, me procurant un mélange irrésistible de douleur et de plaisir. De longues minutes passent avant qu’il ne termine sa tâche dans un grognement guttural et viril, tombant presque à la renverse sur mon dos, m’obligeant à m’affaler contre la couche, le poids de son corps contre le mien. Nous restons ainsi enlacés des minutes qui paraissent des secondes alors que je réprime tant bien que mal les sanglots qui menacent à tout moment d’éclater dans ma gorge. Au prix d’un effort dont je me pensais incapable, cependant, je les repousse définitivement et gesticule sur la couche pour me repositionner face à lui, ignorant la douleur infligée à mon corps frêle par la virulence de sa passion. Je force un sourire sur mes lèvres avant de les coller sur les siennes, passant ma langue entre ses défenses dans ce que je pense être un baiser d’adieu. Il se laisse galamment faire avant de s’écarter légèrement de moi, me regardant étrangement, comme s’il ressentait mon trouble. Ou ressentant mon trouble, plutôt. Cette brute sanguinaire me perce de ses yeux de sauvageon, semblant lire avec une empathie qu’aucun kendrain ne croirait possible mes craintes irrationnelles. Il s’apprête à dire quelque chose mais se ravise rapidement, sûrement trop pudique, avant de m’embrasser de nouveau, puis de descendre ses lèvres encore et encore, n’épargnant aucune zone de mon buste nu. Il atteint mon nombril. Puis plus rien. Il se redresse finalement, se tourne et descend de notre couche pour s’habiller, me laissant ainsi désemparée. Quelques secondes passent sans que je n’ose rien dire, rien faire, gravant cette scène dans ma mémoire. Il atteint la tenture. La repousse. Et je laisse échapper quelques mots tremblotants de ma gorge nouée.

« Je t’aime. »

Il marque une pause. Sans se retourner. Puis sort. Et je laisse finalement mes sanglots éclater.


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