L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Route entre Bouhen et Omyre
MessagePosté: Mar 15 Mai 2018 15:42 
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Obsédé par l'idée de sortir d'ici au plus vite, Kurgoth marcha sans voir le temps passer à un rythme soutenu, malgré les buissons et les racines. Il ne s'arrêta même pas pour manger, se contentant de mordre dans la carcasse de segtek qu'il trimballait avec lui lors que la faim se faisait sentir. Son angoisse ne cessa elle aussi de progresser dans son esprit et il ne fallut pas attendre la mi-journée pour que la paranoïa le pousse à garder constamment son arme en main et à se retourner dans la direction du moindre bruissement qu'il ne semblait pas provoquer lui-même. Lorsque la nuit finit par tomber, la paranoïa du garzok ne se fit que plus présente et il refusa de s'arrêter pour dormir, espérant vainement atteindre l'orée de la forêt avant de s'effondrer de fatigue. Cependant, au bout de quelques heures, alors que pâle clarté de la lune traversait difficilement les sinistres branches entrelacées bien que l'astre soit haut dans le ciel, il finit par se résigner et se recroquevilla entre les racines d'un arbre mort qui avait été déraciné. Avant de s'endormir avec son armure, qu'il ne pouvait se résoudre à enlever aussi inconfortable soit-elle, le garzok pris cependant soin de coincer la charogne lui servant de provision dans un arbre à une vingtaine de mètres de lui, avec l'espoir que si elle devait attirer un danger potentiel, il ne se ferait pas remarquer en restant à distance.

Après quelques trop courtes heures de sommeil trop inconfortable et agité pour être reposant, un bruissement de feuillage réveilla le barbare. Ce dernier tendit sa grosse main brune vers la kitranche qu'il avait échappé dans son sommeil en tentant d'être le plus discret et silencieux possible. A l'affût, il entendit un autre bruissement, suivi d'un impact mou. Kurgoth, dès lors convaincu qu'il n'était pas seul aux alentours, commença à se diriger vers l'origine de ces bruits aussi discrètement que son encombrante armure et son agilité limitée le lui permettaient. Accroupi derrière un buisson, il savait que derrière lui se trouvait l'endroit où il avait accroché la carcasse grâce à laquelle il s'était nourri jusqu'ici. Et c'était d'ailleurs de cette charogne que venaient les sons atteignant par la suite ce qui restait de ses oreilles. Les tendons et ligaments claquant en se rompant, la chair se déchirant, les os de brisant ou étant raclés sous les crocs, tous ces sons si caractéristiques d'un prédateur se repaissant d'une proie furent immédiatement identifiés par un carnassier tel que le garzok à l’affût. Kurgoth resta ainsi accroupi un instant, entendant la créature se repaître de ses vivres de l'autre côté du buisson, pendant qu'à l'intérieur de son crâne sa raison tentait tant bien que mal de rivaliser avec ses délires paranoïaques. La peau verte finit par prendre une décision, il allait jaillir de sa cachette et abattre sa kitranche de toutes ses forces sur ce voleur de viande. Qu'il s'agisse d'un loup ou d'une créature cauchemardesque, il n'y avait pas assez de viande sur le sekteg pour nourrir deux carnivores et l'un servirait bientôt de repas à l'autre. Il ne restait plus qu'à attribuer les rôles selon les désirs des dieux. Quoique ceux-ci purent décider, loin là-haut dans les cieux, la meilleure chance du barbare était d'attaquer en premier, quel que soit l'ennemi. C'est pourquoi après une courte prière, il surgit du buisson, abattant son arme en rugissant.

(Ter Zignok, fait qu'il ne s'agisse derrière moi que de mon prochain repas et non de ma fin.
Phaïtos, détourne de moi ton regard assassin, je dois encore accomplir la dernière volonté d'Olur qui t'as rejoint.
Oaxaca, ma reine, aidez moi à vous servir, c'est toute la raison de ma présence ici.
Thimoros, je te dédie ce combat, nourris toi de mes blessures.
Oh tout puissant Thimoros, épargne moi pour que je puisse répandre ta parole divine.
)

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 Sujet du message: Re: Route entre Bouhen et Omyre
MessagePosté: Mer 23 Mai 2018 15:33 
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Si une quelconque vie habitait ces bois obscures, nul doute qu'elle aurait à jamais fuit les lieux après avoir entendu le cri dément du garzok. Ce cri dans lequel se mêlaient à la fois la rage du combat et la terreur de se retrouver face aux monstres de ses cauchemars ne manqua pas de porter préjudice au barbare en alertant sa cible avant que sa lame ne l'atteigne. Surgissant du buisson comme le ferait un annedoti émergeant des profondeurs, Kurgoth abattit sa kitranche sur la forme lupine penchée au-dessus de la carcasse, mais l'animal, alerté par le cri de son assaillant, esquiva in extremis d'un bond en arrière. La brute brune, bien déterminée à tuer et dévorer ce canidé importun, se tourna vers lui avant de s'immobiliser subitement. Devant lui, le loup noir se redressa lentement sur ses pattes arrières. A mesure qu'il s'élevait, le visage du garzok se décomposait, ce dernier se tenait à présent devant une créature noire comme la nuit, plus grande que lui et bien trop proche des bêtes de ses cauchemars pour qu'il puisse garder le contrôle de son corps.

Le barbare resta ainsi médusé devant la créature des ombres. Une partie de son esprit lui hurlait de fuir aussi loin que ses jambes pouvaient l'emmener pour sauver sa peau si cela était encore seulement possible, tandis qu'une autre l'exhortait à se jeter à l’assaut dans l'instant. Profitant de ce moment de flottement, le Liykor repris son rôle de prédateur alpha et se jeta sur le prêtre. Ses griffes éraflèrent le gilet de cuir de Kurgoth qui recula tout de même de quelques pas suite à l'impact, mais cela importait peu pour le lupin, car il se baissait déjà pour saisir l'arme qu'il avait laissé au pied de son repas interrompu. Lorsque le godendac fut identifié par la peau-verte comme une arme potentielle, cela eut l'effet d'une gifle retentissante et le sortit de sa stupeur. Dans un réflexe d'une rare vivacité, il releva sa kitranche devant lui juste assez tôt pour dévier le coup de son adversaire. Le combat était engagé; il était à présent trop tard pour fuir et Kurgoth n'avait plus d'autre choix que de croiser le fer pour en réchapper. Mais alors qu'il s'apprêtait à riposter, sa vue sembla se jouer de lui. Des fourrés émergèrent de terrifiantes ombres plus semblables encore à ses cauchemars que ne pouvait l'être le lupin. Leurs contours se fondant parmi les troncs sombres et probablement morts, ces ombres indescriptibles et terrifiantes - sans doute réminiscences d'esprits torturés et décédés dans ses bois lugubres aux allures de cimetière naturel revenues pour tourmenter les vivants - assaillirent le barbare qui sentit son armure transpercée par l'arme primitive du liykor. Celui-ci, arborant un sourire carnassier que n'aurait pas renié son adversaire, avait profité de la subite terreur du prêtre pour attaquer et reculer hors de portée de la grande kitranche. Les ombres se dissipant, Kurgoth tenta de se reconcentrer sur le combat, mais bien que la bête se tînt hors de sa portée, le garzok sentit son cou se serrer comme s'il était étranglé. Pourtant, rien ne le touchait, c'était impossible, cela ne pouvait arriver, cela ne pouvait être que... De la magie, encore et toujours cette infâme magie qui le tourmentait sans qu'il ne puisse s'en défendre. Ses yeux s'emplissant désormais de frustration et de rage rencontrèrent ceux du lupin, qui débordaient, eux, de satisfaction.

"Quelle créature infernale es-tu? Je te hais toi et tes maléfices, toi et cette saloperie de magie, mais tu ne t'en tireras pas ainsi! Sais-tu qui je suis? Kurgoth le Cruel, l’assommeur du temple d'Omyre, craint par tous ces faiblards de sorciers incapables de se défendre une fois à portée de mes armes et tu n'es point différent d'eux! Je vais t'anéantir, sale monstre!"

Sa voix, au début plainte emplie de frustration, s'était transformée au fil des mots en un cri rageur. Sa tirade ne fut pas finie qu'il s'élançait déjà en brandissant sa kitranche, les yeux débordants de fureur. Le liykor tenta de parer avec son pieu mais celui-ci se brisa en deux sous la puissance de garzok. Surpris par une telle force, l'habitant des bois recula de quelques pas avant de sentir un tronc contre son dos. Profitant de l'occasion, le barbare mit toute sa force dans sa prochaine attaque, mais le lupin, plus agile, esquiva au dernier instant le coup mortel et la large lame s'enfonça profondément dans l'arbre. Sans laisser à son ennemi le temps de libérer son arme, il se jeta sur lui toutes griffes dehors et renversa sa cible au sol. Mais le prêtre, ivre de rage, fut plus que satisfait de voir le combat se dérouler au corps à corps et, ignorant morsures et griffures, martela de ses larges poings la face allongée du loup noir. Ces coups, semblables à ceux d'une masse, assommèrent bientôt l'animal, mais les phalanges brunes continuèrent à lui déformer le crâne jusqu'à ce que la fureur du garzok finisse enfin par s'estomper. Dans une flaque de sang, le prédateur nocturne avait succombé à la brutalité du serviteur d'Oaxaca, comme nombre de ces frères reculant devant les envahisseurs du nord.

S'il avait emporté, la paranoïa de Kurgoth était loin d'être calmée, bien au contraire. Il avait à présent la preuve que cette forêt maudite était hantée par des monstres rôdant dans la nuit et, pire que tout, sachant user de magie. Il s'empressa alors de récupérer son arme pour fendre le crâne de sa victime afin d'éviter toute mauvaise surprise. Il ne tira qu'un très léger soulagement du craquement de l'os frontal et ne s'attarda pas plus longtemps sur les lieux. Laissant derrière lui le sekteg sur lequel il ne restait guère de viande, le voyageur chargea sa victime, et futur repas, sur dos avant de reprendre la marche. Il ne dormit alors plus avant de sortir de cette forêt tant la crainte l'habitait. Il marcha droit devant lui jusqu'à la lisière des bois, ne s'arrêtant guère que pour se nourrir et ne se retourna pas une seule fois dès qu'il sortit de cet enfer.

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 Sujet du message: Re: Route entre Bouhen et Omyre
MessagePosté: Lun 28 Mai 2018 12:07 
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Arrivé à la lisière de ce que les locaux appelaient "La Forêt d'Ynorie", Kurgoth vit s'étendre devant lui et jusqu'à l'horizon de vastes plaines parsemées çà et là de bosquets. Il ne profita cependant guère de ce paysage, car le soulagement qu'il ressentit en ayant enfin quitté les bois maudits lui rappelèrent la fatigue qu'il avait tenter d'ignorer jusque là. Le garzok se laissa alors choir dans les herbes de tout son long et s'endormit presque aussitôt, bien que le soleil fût près de son point de culmination. Il ne se réveilla que le lendemain matin à l'aube et sa première action au réveil fut de chasser un renard qui semblait vouloir lui dérober une partie de sa charogne. L'animal mis en fuite d'un simple geste, l'humanoïde cueillit ensuite quelques feuilles sur lesquelles perlait la rosée matinale et s'en servit pour nettoyer sommairement les plaies de son combat contre le liykor. Le prêtre hésita un instant à allumer un feu pour cautériser ses blessures, mais il se rappela que, même sorti des bois sombres, il restait en territoire hostile, l'Ynorie étant en guère avec son peuple.

Kurgoth se mit alors en route au travers des prairies ynoriennes, la dépouille lupine chargée sur son dos. Si celle-ci ralentissait sa marche et risquait de le gêner en cas de combat, ce qu'il tenterait d'éviter en étant seul en terres ennemies, elle lui évitait de devoir disperser son énergie en recherche de nourriture et de la garder pour sa marche vers le sud. Tout en traversant les collines aux abords de la frontière avec le royaume kendran, le barbare prit soin d'éviter autant que possible les éparses villages et chemins de terre. Il s'arrangeait également pour passer la nuit dans les bosquets isolés dans lesquels il ne prenait toutefois pas le risque d'allumer un feu, préférant manger sa viande crue plutôt que de se réveiller encerclé par l'armée locale. S'il restait constamment sur ses gardes et se montrait prudent, la paranoïa dont il avait souffert semblait s'être apaisée en une méfiance qui, bien qu'importante, semblait plus raisonnée. Après tout, il avait bien grandi dans les duchés, il savait donc comment éviter de croiser des humains.

Son périple bucolique prit cependant fin lorsqu'un matin, atteignant le sommet d'une colline, il constata qu'une route lui barrait le chemin dans la vallée. Cette voie ne ressemblait en rien aux étroits chemins de terre empruntés de temps à autres par un éleveur ou un bûcheron. Elle ne se faufilait pas entre les herbes et les rochers, mais marquait par sa présence, telle une balafre brune, le paysage des vertes prairies alentour. Le garzok se mordit lèvres, retenant un juron, devant ce spectacle. Il n'y avait en effet que peu d'arbres pour le dissimuler aux yeux d'un passant et aucun près de la voie qui semblait être, par sa largeur, le principal axe de communication de la région. Il devrait donc traverser au plus vite cette zone, des plus menaçantes qui puissent être pour sa discrétion, sans être aperçu, ou du moins assez tard pour qu'aucun n'espère le rattraper. C'était la fin de l'hiver et les herbes libérées par la neige n'étaient pas encore assez hautes pour lui fournir un quelconque abris des regards. Il descendit alors prudemment vers la route, passant de buisson en bosquet et d'arbre en fourré, s'arrêtant dès qu'un groupe de marchands approchaient et ne repartant qu'après les avoir jugés assez loin pour ne pas qu'ils l'entendent. Il parvint à la cachette la plus près de la route dans l'après-midi, non sans quelques frayeurs l'obligeant, soit à remonter dans la cachette qu'il venait de quitter, soit à dévaler la pente au pas de course pour rejoindre la suivante en s'aidant de la gravité. Devant lui s'étendait cependant encore la partie la plus risquée de cette traversée qu'il n'avait fait qu'amorcer. Il allait devoir passer de l'autre côté de cette route en restant à découvert sur plusieurs centaines de mètres. Le plus fâcheux était probablement qu'une fois sur la voie, il lui faudrait obligatoirement grimper une pente pour se camoufler, ce qui changeait la donne, car jusqu'ici il avait pu se laisser descendre en courant si besoin.

Après de longues minutes d'hésitation en assurant que personne n'arrivait d'un côté ou d'un autre, Kurgoth prit une grande inspiration et sortit du fourré, son liykor sur le dos. Fixant des yeux sa prochaine cachette il avança d'un pas rapide et déterminé, mais, lorsqu'il foula la route de ses bottes, un cri attira son attention sur sa droite. Tournant la tête, il aperçut une troupe de cavalier se rapprocher rapidement. Le barbare était conscient qu'avec sa carrure et sa victime sur le dos il se ferait rattraper, mais il tenta quand même de fuir en accélérant le pas, en vain. Quelques courtes minutes plus tard les cavaliers en armes se répartissait autour de lui pour lui couper toute échappatoire tandis qu'il avait jeté le lupin au sol et dégainé sa kitranche. Il s'apprêtait à se jeter à corps perdu dans l'affrontement lorsqu'un des humains l'interpella.

"Oublie ça, le monstre! On est trop nombreux pour que tu en réchappes, alors rends toi et nous t’épargnerons le temps de t'interroger. Tu as ma parole."

Les mains du garzok se crispèrent sur son arme et il dévisagea un par un les cavaliers avant de répondre.

"Imbécile, vos méthodes de tortures son insuffisantes pour faire parler un prêtre de Thirmoros. Comment peux-tu croire que je trahirais mon peuple?"

"Alors tu mourras ici. Je ne suis pas toujours aussi clément, créature, réfléchis bien."

Le ton était cinglant et les cavaliers avaient eux aussi l'arme au clair et s'apprêtaient à tailler en pièce l'intrus. Mais Kurgoth se remémora la missive qu'on lui avait confié et plongea une main dans son sac avant de la tendre à celui qui semblait être le chef de ce détachement, tentant le tout pour le tout.

"Je ne ferais pas ça à ta place. Je voyage pour aider les "étrangers" comme c'est écrit dans ce parchemin. Tu ne peux donc ni me tuer, ni me forcer à contourner ton pays tant que tu ne me vois pas piller ou tuer..."

Le capitaine s'approcha alors et arracha la missive des mains de son interlocuteur. À mesure qu'il lisait, la colère se dessinait sur son visage et Kurgoth exultait devant ce spectacle. Rageur, l'humain jeta le parchemin au visage du voyageur puis, après quelques bruyantes respirations, déclara:

"Très bien le monstre, moi, le sergent Tanahashi Hiroshi, veillerai personnellement à ce qu'aucun habitant d'Ynorie ne transgresse cet accord. Tu seras escorté sous bonne garde d'ici même et jusqu'à la frontière, car je ne te fais pas confiance. Il est par ailleurs hors de question de laisser une peau verte traverser impunément notre beau pays alors..."

"Sergent, inutile de m'amener à la frontière avec le duché de Luminion, c'est à Bouhen que je vais et la voie la plus courte passer par l'Ynorie."

"Assez! J'aurais dû te tuer sans sommation, mon honneur aurait été sauf! Mais maintenant que j'ai lu ton satané parchemin... Soyez maudits, toi et ton peuple! Satô, prends son équipement. Makoto, la carcasse de liykor, ça nous fera des provisions. Abe, trouve un moyen de ligoter et prends-le sur ton cheval, vous allez venir avec moi. Les autres, aidez-les, puis allez rapporter au capitaine que nous allons conduire cette chose infâme jusqu'à la frontière sud du pays. Exécution!"

L'hostilité non dissimulée de l'humain n'affectait pas le moins du monde le prêtre qui rendait à la race des hommes toute l'inimitié qui pouvait lui être témoignée. Se laisser ligoter et dépouiller de son équipement, en revanche, voilà qui le contrariait davantage. Si le garzok se mit en position de combat dès que ces ordres furent donnés, montrant qu'il ne comptait pas accepter de telles conditions, les soldats, confiants en leur nombre, ne se montrèrent pas le moins du monde intimidés. Leur chef se permit même de renchérir.

"Ton parchemin implique uniquement de te laisser passer. Rien dedans ne nous interdit de t'enchaîner et de conduire à destination en te privant d'eau et de nourriture... Si tu veux arriver à destination avec encore assez de forces pour aider qui que ce soit, alors laisse toi faire et tu seras convenablement nourri."

Les poings bruns se crispèrent sur le manche de la kitranche, il était piégé. S'il capitulait, il serait traité comme un esclave, un animal ou pire encore jusqu'à ce qu'il soit jeté hors d'Ynorie, mais s'il refusait ce sort, il donnait à ces humains méprisables une excuse pour le tailler en pièces. Le militaire qui lui avait confié sa mission l'avait bien mis en garde contre les hommes, mais les plaines ynoriennes n'étaient pas des plus adaptées pour un voyage discret. Tout en jetant son arme sur le sol poussiéreux de la route, le barbare réfléchit à ses choix passés. Les créatures des bois sombres étaient-ils vraiment moins terrifiants que l'Aube Radieuse? Le danger que cette dernière représentait était-il suffisant pour ne pas profiter de l'abri que prodiguaient les forêts kendrannes? Il était déjà trop tard pour regretter ces décisions, la poussière levée par l'arme n'était pas retombée que les soldats avaient déjà mis pied-à-terre et le dépouillait de son équipement, allant même jusqu'à le ligoter avec sa propre corde. De l'instant où il lâcha son arme à celui où il fut hissé sur la croupe de la monture du dénommé "Abe", Kurgoth ne détourna pas les yeux une seule seconde du sergent. Tôt ou tard, il se vengerait, oh oui, il se vengerait.

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Dernière édition par TheGentleMad le Mar 3 Juil 2018 12:24, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Bouhen et Omyre
MessagePosté: Mar 29 Mai 2018 19:10 
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Pendant la dizaine de jours qui suivit, le voyage fut des plus ennuyants et inintéressants pour Kurgoth. Il passait ses journées saucissonné et balloté sur la croupe d'un cheval qui semblait peu ravi de transporter une telle charge, ne pouvant que dormir difficilement ou admirer le paysage peu varié pour faire passer le temps plus vite. Il n'avait pour toute nourriture qu'un morceau de viande crue jeté au sol et de l'eau versée négligemment sur son visage qu'il devait tenter de boire au mieux. La nuit, il était attaché à un arbre afin qu'il ne s'enfuît pas et, en bon morceau de viande attaché à l'écart du campement pour attirer une quelconque menace, il était contraint de faire le guet au service des humains, davantage pour sauver sa propre peau que les leurs. Le garzok supporta ce mauvais traitement comme il endura celui de feu son mentor et du temple à Omyre, se rebeller contre quatre soldats en étant pieds et poings liés représentait, même pour lui, une idée d'une stupidité sans nom. Il se répétait également, afin de calmer ses pulsions vengeresses, que ces humains, malgré tout, accéléraient son voyage sans même qu'il dût marcher et le nourrissait sans même qu'il dût chasser. S'il avait fallu une dizaine de jours au barbare pour quitter Omyre, traverser les bois sombres et arriver enfin à cette route où il fut capturé, ses nouvelles conditions de voyage lui permirent, durant la même période, de traverser l'Ynorie le long de sa frontière est et de longer par le sud la lisère de la forêt des faeras qu'il était sur le point de quitter lorsque le cours de son voyage bascula à nouveau.

Après une longue journée de cheval, durant laquelle les soldats débattirent longuement de la meilleure destination, les uns voulant aller plein sud vers le fleuve pour y jeter le prisonnier et s'en débarrasser et les autres préférant rejoindre la grande route le long de la côte pour le livrer aux kendrans, Kurgoth fut, une fois de plus attaché à un arbre pour la nuit. Bien qu'il fût trop loin pour entendre leurs conversations, il remarqua que son escorte veilla plus tard que d'ordinaire et le surveillaient avec plus d'insistance que les soirées précédentes. Quelques heures après qu'ils s'endormirent, laissant le garzok seul avec lui-même, avec la nuit, avec l'ennui, je me rapprochai de lui et lui chuchotai:

"C'est ce soir ou jamais... Pourquoi ne t'es tu pas encore enfui?"

"Ils me permettent de voyager plus vite qu'à pied et... Attends, qui es-tu? Montre-toi!"

Je ne pus retenir un éclat de rire cristallin, que j'étouffai aussitôt, en voyant ce colosse me répondre avant même de chercher qui lui avait adressé la parole. Je me laissai ensuite couler, sous la forme du liquide écarlate que j'affectionnais tant, sur son épaule brune et balafrée avant de lui murmurer doucement:

"Pas si fort, grand fou, pas si fort. Ne les réveille pas maintenant."

Je compris en un instant, d'après son air ahuri, qu'il n'avait jamais été en contact avec une de mes congénère. Alors, afin qu'il ne soit pris de panique et hurle comme un dément qu'une ombre s'attaquait à lui, je décidai de changer ma forme pour une autre, plus proche de ce qu'il pouvait connaître, celle d'une aldryde de vingt centimètres, en gardant bien sûr ma belle couleur vermillon. Mais cela ne sembla pas rassurer cette brute, apparemment terrifiée par la magie, aussi je dus finalement lui dire:

"Je ne te veux aucun mal. Ça va aller, inutile de faire cette tête là."

Cela sembla fonctionner car la terreur sur son visage se mut en méfiance mêlée de curiosité. Mais, comme il fallait s'y attendre de lui, ses premières paroles furent les mêmes que tous mes maîtres précédents:

"Tu... T'es quoi toi? Tu me veux quoi?"

J'aurais tant aimé que Zewen m'envoya un jour croiser le chemin d'un érudit, mais ce ne fut pas le cas cette nuit-là. Alors je me présentai et, pour la première fois, l'on ne me demanda pas mon nom immédiatement... Peut-être celui-ci était-il différent?

"Je suis ce qu'on appelle une Faera, un être magique connu pour accompagner les aventuriers dans leurs périples autour du monde et au-delà. Je suis ici car je m'ennuyais un peu dans forêt et je me suis dit qu'avec toutes tes cicatrices, ta vie devait sans doute être palpitante."

"Je hais la magie, casse-toi, je me débrouille très bien tout seul!"

Pour sûr, il était différent des autres, nul ne m'avait ainsi repoussée. Ce gros tas de muscles recouvert de cicatrices m'intriguais, alors je continuai de tenter de le convaincre.

"Si tu savais comme tu as tort, si tu savais comme je pourrais t'être utile... Je pourrais, par exemple, t'aider à te libérer avant que ces quatre affreux ne mettent leur plan à exécution, ou bien, si tu crains tant la magie, t'accompagner pour te prévenir si tu venais à croiser un quelconque possesseur de fluides... Et bien d'autres choses encore."

"Un plan? Quel plan? Et ça me coûterait quoi toutes ces faveurs? N'essaye surtout pas de me voler mon âme!"

Il sembla enfin se montrer intéressé, ou presque... Si seulement il avait moins d'appréhension vis-à-vis de la magie, nous serions déjà loin d'ici.

"De leur discussion autour du feu, il était question de t'abattre à l'instant où tu arriverais de l'autre côté de la frontière. Et rassure-toi, je n'attends pas grand-chose de toi, simplement un nom... Et la possibilité de fusionner nos esprit."

"De quoi?"

Cet imbécile ne put s'exclamer discrètement, je sautai donc sur son visage pour fermer ses lèvres à la force des frêles bras de ma forme d'alors. Un instant de lucidité plus tard, nous fûmes tous deux à épier les soldats pour savoir s'ils s'étaient réveillés. Suite à quoi il me fallut encore rassurer cette brute peureuse sur ce qu'impliquait le fait de fusionner nos esprits, notamment que nous pourrions communiquer par la pensée afin d'être plus discrets, ce qui m'obligea à lui dire que nous autres faeras n'aimions pas que notre existence soit connue de tous, et qu'il apprendrait instantanément tous les langages que j'appris avec mes maîtres précédents, ce qui lui sembla fort utile pour ses éventuels voyages. Finalement, il consentit à me donner un nom, ce que je regrettai immédiatement.

"Tu t'appelleras Grishnûrz."

"Quoi? T'es sérieux le gros? Qui appelle sa faera "Grishnûrz" aujourd'hui? Ça veut dire quoi ça?"

"Ça veut dire "Sanglante" dans la langue de mon peuple, par rapport à ta couleur..."

Si je fus transportée de plaisir à cette nouvelle au point d'accepter de porter un tel nom, c'était que je n'aurais jamais imaginé toutes les horreurs qui m'atteignirent lorsque nos esprits fusionnèrent. Pendant que je pris connaissance du terrible passé gravé dans son esprit, l'obligeant au passage à le revivre à nouveau, nous fûmes tous deux comme tétanisés, incapables de bouger, emprisonnés ensemble dans un atroce cauchemar. Mais, pendant que mon cœur magique s'emplissait de pitié pour cette créature, maudite parmi tant d'autres, il mit brutalement un terme à tout ceci. Il ne voulait surtout pas être pris en pitié, et encore moins par moi. Sa conviction m'imprégna alors et nous commençâmes notre évasion.

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Dernière édition par TheGentleMad le Mar 3 Juil 2018 12:26, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Bouhen et Omyre
MessagePosté: Mer 30 Mai 2018 14:44 
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En un regard, nous nous comprîmes et je m'attelai à dénouer la corde retenant mon maître prisonnier. Ce fut compliqué avec ma faible force, mais je donnai le meilleur de moi-même, en espérant que ce nouveau maître survécût plus longtemps que ses derniers prédécesseurs.

(Arrête de réfléchir à ton passé et détache-moi!)

C'était mon premier garzok et cela me changea fortement des humains que j'envoyai par inadvertance à la potence, j’espérais alors seulement que la culture de ces peaux-vertes était plus tolérante vis-à-vis du fait de faire couler le sang. Finalement, après bien des efforts, le nœud céda et Kurgoth se dégagea en se secouant les épaules.

(Volons un cheval et filons dans nuit, vite!)

(Pas encore, ils n'ont pas payé de leur sang le traitement que j'ai enduré...)

Le barbare se colla alors à l'arbre, serrant le tronc entre ses bras et commença à pousser sur ses jambes. Je lisais dans son esprit ce qu'il voulait faire, mais cela me semblait alors impossible. Pourtant, sa détermination sans faille devint contagieuse et, voulant y croire, je me surpris à l'encourager. Tous les muscles de son corps se crispèrent, ses veines se dessinèrent sur sa peau jusqu’à ressembler aux réseaux hydrauliques des marais, des craquements dans le bois résonnèrent dans les environs et les racines commencèrent à émerger du sol. Ces bruits venant de l'arbre et les grognements du garzok pendant l'effort semblèrent avoir réveillé le sergent, car il s'exclama dans notre dos:

"Par Rana! Qu'est-ce qui..."

À ses premiers mots, le prêtre de Thimoros redoubla d'efforts et de nombreuses racines se rompirent d'un seul coup. Ayant soudainement moins de résistance, la brute fut déséquilibrée et préféra lâcher l'arbre imposant qui, après quelques courts mètres dans les airs, s'écrasa de tout son long sur les quatre soldats humains. Si le gradé eut le temps de plonger sur le côté pour éviter le pire, ses subalternes n'eurent pas la même chance. Lui-même hurlait de douleur, car une de ses jambes était restée coincée sous l'arbre déraciné. Affolés pas le vacarme et les cris, les chevaux s'agitèrent, trois d'entre eux réussirent à briser leurs liens et décampèrent au triple galop abandonnant sur place leur congénère.

Calmement, Kurgoth ramassa sa corde, qui avait ironiquement servi à le ligoter, et l'enroula tout en cherchant le reste de ses affaires. Après quelques minutes à fouiller entre les branches de l'arbre tombé, tout en restant suffisamment loin du sous-officier qui menaçait de se venger et de le découper s'il approchait, le barbare retrouva son paquetage au milieu des braises du feu de camp, qui semblait avoir été étouffé par le feuillage, plus précoce dans cette partie méridionale du continent. Une fois qu'il eut ôté les branches qui s'étaient insérées dans son équipement et balayé les braises de son sac à dos, il s'équipa et constata les dégâts: heureusement rien de grave, son sac à dos avait seulement un peu roussi. Et ce ne fut que lorsqu'il était prêt à partir qu'il daigna prêter attention au sergent.

"Arrête de brailler comme ça, sergent "Tana-je-sais-pas-quoi". Tant que tu as la jambe sous ce tronc, je n'ai rien à craindre de toi..."

"Attends voir, sale monstre! Je vais la sortir, ma jambe, et tu vas le regretter!"

Kurgoth éclata d'un rire méprisant, mais lorsqu'il lui répondit à nouveau, ses yeux se posèrent sur les braises et une idée des plus sadiques traversa son esprit.

"D'ici à ce que tu le fasses, je serai déjà loin, d'ailleurs merci pour le cheval. J'aurais bien aimé te tuer de ma main, mais je préfère te savoir agoniser ici quelques jours... Quoique... Tu sais quoi l'humain? Je vais te donner un petit peu de motivation à sortir ta jambe de là. Et si tu survis, alors raconte bien ce que je t'ai fait endurer et fait de ton mieux pour me retrouver... Je t'attendrai."

Sur ces mots, mon maître, dont la cruauté ne devait alors être surpassée que par celle du dieu qu'il vénérait, sorti son briquet à amadou et ralluma le feu de camp pour qu'il consumât l'arbre entier, et les soldats avec. Le blessé, paniqué à l'idée du sort qui l'attendait, jura et protesta autant qu'il le pût. Il ramassa même quelques branches brisées pour essayer de les lancer sur l'incendiaire, mais ce ne fut pas suffisant pour le détourner de sa tâche. Quelques instants plus tard, alors que le feu crépitait de nouveau, Kurgoth, sur sa monture nouvellement volée, fit un salut militaire moqueur à l'humain avant de disparaître dans la nuit. Laissant le sort du sergent Tanahashi entre les mains des dieux.

821mots

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