Déception et persévérance
Bien que ne mesurant qu'un maigre vingt centimètres , la responsabilité et le devoir que je venais de m'imposer envers ces êtres emprisonnés me donnaient le sentiment d'en mesurer plus de deux mètres. Je venais de prendre en charge tous ces gens affaiblis et comme une mère envers ses petits, j'avais la ferme intention de les protéger au risque de ma vie. Quelques-uns sentirent ma sincère détermination et s'approchèrent de moi sans hésitation.
D'autres, plus prudents perdirent leur brève méfiance après quelques secondes et suivirent les premiers. Je pus lire l'espoir dans les yeux de certains ainsi que dans leur aura. Je m'en nourris immédiatement afin de me donner encore plus de courage. Ma vive sensibilité me permit de ressentir la fébrilité qui les habitait. Malgré un doute bien légitime, je n'entendis aucune protestation. Au contraire, un naïf optimisme se répandait autour de moi.
C'était bien la première fois qu'autant de mains me touchaient simultanément, mais je n'en ressentis aucune gêne, cela faisait partie de mon plan, de ma mission.
Les yeux fermés, j'attendis patiemment que le pouvoir du bijou opère et qu'il nous éloigne de ce lieu inconvenable, insalubre et dangereux pour eux. Sans attendre et suite à ma volonté exprimée de l'utiliser, le pendant se mit à vibrer pendant quelques secondes et .. s'arrêta. Surprise et perplexe, je demeurai alerte et j'attendis. Je perçus alors un second tremblement qui fut moins intense et plus bref. Enfin, il émit un dernier frémissement avant de reprendre sa totale immobilité. Il n'était point nécessaire de me fournir des explications pour que je comprenne ce qui venait de se passer. Ma demande avait outrepassé les capacités de cet utile pendentif. Après coup, malheureusement, je me souvins que je ne pouvais que transporter une personne à la fois. Déçue et triste de n'avoir pu accomplir la mission que je m'étais imposée, je poussai un long soupir qui fut accompagné, bien malgré moi, de quelques larmes qui s'écoulèrent sur mes joues rougies par l'émotion.
D'une voix humble et sincère, j'en informai mes protégés.
« Je ne peux malheureusement pas vous transporter avec moi magiquement dans un autre lieu. Ce petit bijou accroché à mon cou ne semble permettre que deux passagers.»Je m'arrêtai de parler m'accordant quelques secondes pour réfléchir. Je ne pouvais me résoudre de n'apporter qu'une seule personne et laisser tous les autres dans ce lieu sale et inhospitalier.
« Nous allons donc procéder autrement. Lorsque je partirai d'ici, ce sera en votre compagnie.»Rajoutai-je d'une voix décidée. Puis un nouveau plan venant d'émerger de mon cerveau, je poursuivis
« Retournez dans vos cellules et fermez la porte derrière vous. Ne vous inquiétez pas, elles vont demeurer déverrouillées. »Je les regardai retourner sagement, mais avec regret dans leur cellule respective. Une fois que ces pauvres gens furent en sécurité derrière les barreaux, je me tournai vers le garde assis docilement dans sa cellule et l'observai quelques instants.
Je me fis un passage entre les barreaux, puis tout en m'approchant du garde,je l'apostrophai d'une voix ferme, mais dénudée de toute agressivité.
«Si vous êtes sincère lorsque vous dites ne pas être d'accord avec le sort réservé à ces gens, vous allez me le prouver en faisant à la lettre ce que je vais vous dire. »Sans hésiter, et la peur habitant toujours ses yeux, le jeune garde acquiesça d'un signe de tête. Je lui offris alors son premier sourire et lui donnai mes ordres.
«Je veux que vous criez et appeliez de l'aide afin d'attirer les autres gardes ici. Aucun mal ne leur sera fait tant qu'ils demeureront coopératifs et qu'ils ne tenteront pas de blesser personne. »Le jeune homme s'exécuta, secouant les barreaux et criant de tous ses poumons qu'il était prisonnier et qu'il fallait que l'on vienne le secourir. Peu de temps s'écoulèrent avant que j'entendis des pas précipités dans les escaliers. Le jeune homme recula et reprit sa place dans le fond de la cellule, suivant mes directives.
En moins de deux, un homme baraqué de quelques années l'ainé de l'autre, nous avait rejoint et regardait ahuri son compagnon devant les barreaux. Je reconnus un des deux hommes qui s'affairait à l'extérieur, légèrement surprise que ce ne soit pas l'homme endormi au rez-de-chaussée qui se soit pointé le nez. Quoi qu'il en soit, le nouveau venu, intrigué demanda des explications, interrogeant sur la raison pour laquelle le garde fut retrouvé prisonnier alors qu'il avait pour tâche de les surveiller. Prenant son rôle à coeur, le jeune blondinet prit un air affolé et parla tout en le maudissant du mauvais esprit qui l'avait emprisonné. Les sourcils froncés de son sauveur révéla un léger scepticisme. Je devinai alors que ce dernier serait plus difficile à manipuler, je devrai donc être davantage convaincante. Alors que le second garde tripotait les clés dans la serrure, je chuchotai dans l'oreille du premier :
«Ne bougez plus et ne dites plus rien, si vous tenez à la vie. »
Loin de moi l'idée de le tuer, mais si jamais il tentait stupidement de changer mes plans, je serais obliger en dernier recours et à contrecoeur de le blesser.
Puis, dissimulée dans l'ombre, tout près de mon jeune prisonnier et désormais complice, j'utilisai une fois de plus le pouvoir de ma jolie broche en forme d'étoiles pour emprunter ma voix d'outre-tombe :
«Qui es-tu pour troubler mes desseins, moi l'esprit de la justice ? »Affolé, l'interpellé qui avait ouvert la porte de la cellule, tira vivement son épée et regardant tout autour de lui, sans penser à regarder à la hauteur de ses pieds, il cria
: «C'est quoi ça, c'est qui ! »Pour toute réponse, je fis silencieusement quelques pas en avant, je brandis mon arc, pris une bonne respiration puis je relâchai la corde laissant ma flèche filer vers la poignée de son épée, mon intention n'étant que de le désarmer. Je lui demanderais ensuite de jeter ses clés au sol hors de la cellule et de rejoindre son ami. J'espérais qu'il soit aussi docile que le premier et que je n'aurais pas besoin d'utiliser la force.
((( 1 040 mots - tentative de désarmer le garde. )))