L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Village de Melicera
MessagePosté: Ven 27 Avr 2018 17:45 
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Il faisait sombre dans la pièce, uniquement éclairée par des bougies, les volets ayant été refermés. Les multiples plantes disposées dans la pièce réfléchissaient des ombres mouvantes et inquiétantes. La table avait été poussée contre un mur. Seule une chaise trônait au centre. Une chaise sur laquelle était installé Alfort, mains dans le dos, ligoté solidement et toujours inconscient. Un vent frais filtrait à travers le trou d'une des fenêtres, laissant passer un courant d'air qui faisait vaciller les flammes des bougies. Ezekiel était assis sur la table, sa jambe endolorie tendue et bandée. Le sang sur son visage avait seché et laissé quelques croûtes autour de son nez qui lui, miraculeusement, n'était pas cassé. Borri attendait, bras croisés, face à l'évanoui. Il n'y avait qu'eux dans la pièce. Harolt avait méchamment dérouillé durant le combat. Il avait certes réussi à prendre le dessus sur son adversaire, mais uniquement grâce à l'intervention salvatrice de Kevron et au prix de multiples hématomes, dont l'un assez sévère, son flanc ayant été transpercé. Ezekiel devait lui aussi son semblant de victoire à la magie tellurique de l'Errant. Le voleur se faisait soigner dans la pièce d'à côté par Kevron et sa connaissance pointue des plantes et remèdes. Les cadavres des deux gardes avaient été dissimulés, personne ne semblait avoir vu ou entendu l'escarmouche s'étant déroulée antérieurement. Tant mieux.

Leur plan s'était finalement déroulé positivement, malgré les quelques accrocs qu'ils durent subir. Restait maintenant à obtenir une information précieuse. Une information vitale, qui cesserait cette traque dont le trio était victime depuis maintenant trop longtemps. La position de Manfred. Sa cache. La clé de cette primordiale indication se trouvait inconsciente au beau milieu de ce qui se trouvait désormais être une salle d'interrogatoire. La tension était palpable. Borri trouvait certainement le temps long, car il se dirigea vers la table où était juché le rôdeur. Il plongea un petit bol dans le seau d'eau ayant viré au rouge suite au soin des blessures consécutives à l'échauffourée passée et s'approcha d'Alfort. Il le contempla un court instant d'un visage dépité, puis versa le contenu du bol sur la nuque du vieux soldat. Cela eut l'effet escompté. En un sursaut, Alfort reprit connaissance, se débattant inutilement jusqu'à respirer plus lentement.

- Bande d'enfoirés...

Comme simple réponse, Borri lui adressa un coup bien senti dans la joue.

- J'ai une première question pour toi, mon vieil ami... Éprouves-tu le moindre regret ?

Le ton était donné. Alfort savait bien que les réponses qu'il fournirait l'épargnerons ou non des coups.

- Tu veux dire maintenant que je suis sanglé à une chaise avec ma vie entre tes mains ?

Borri ricana doucement.

- Toi et tes réponses à la con... Ça m'avait manqué.

Cette fois ci, ce sont les côtes du vieux soldat qui firent la rencontre des phalanges de Borri, lui arrachant un cri de douleur.

- Ah, Borrislav maudis sois-tu !! Non, je ne regrette rien ! Cela fait des années que je fais ce travail de merde, pour un salaire de merde, qui me permet à peine de nourrir ma famille et me regarder dignement dans une glace !

- Parce que maintenant que tu es un traître et un corrompu, tu penses augmenter ton estime de toi ? Vieux con... Tu n'as aucune dignité.

Ce fut au tour d'Alfort de rire. Un ricanement désabusé et jaune. Borri avait toujours été ainsi. Dans la confrontation. Le vieux soldat avait toujours rêvé de le surpasser, pouvoir lui accorder à son tour ce regard plein de condescendance et d'audace. Il n'avait que trop longtemps vécu dans l'ombre de cet homme, le jalousant intérieurement.

- Borrislav le preux. Tu as toujours des leçons à donner à tout le monde, ça ne change pas. Tu vaux tellement mieux que nous tous. Toi, le saint d'esprit, le droit, le...

Nouvel impact. Nouveau cri. Du sang commençait à couler finement de la bouche d'Alfort.

- Où est Manfred ? Combien sont-ils ? Réponds.

- Va te faire enculer.

Borri se déchaîna, les coups se déversèrent en même temps que sa frustration, sa fatigue, son impatience. Ezekiel se redressa vivement, non sans froncer des sourcils. Sa jambe lui faisait mal. Il empêcha Borri d'ajouter une nouvelle ecchymose sur le visage tuméfié d'Alfort en lui saisissant le bras.

- Bravo. Il s'est évanoui. Plus qu'à attendre.

Alfort ouvrit péniblement les yeux. L'un d'entre eux refusait de se déployer entièrement. Il n'entendait qu'un sifflement, ainsi que sa respiration. Difficile, saccadée. Mutilée. Sa vision était floue. Il ne voyait quasiment rien. Hormis une silhouette, assise sur ce qui semblait être une table, bras croisés. La lumière était faible. Ou était-ce sa vie qui l'abandonnait ? La silhouette se redressa, parla. Il n'était pas sûr de tout comprendre, la voix résonnant tel un écho à travers son crâne martyrisé.

- Borri. Il s'est réveillé.

Un bruit. Une porte venait de s'ouvrir. Des pas. Il avait le goût du sang dans la bouche, sentait sa lèvre gonfler. Il n'avait plus aucun repère. Un nouveau bruit, quelque chose qu'on traîne. Une nouvelle silhouette fit son apparition. Assise face au dossier d'une chaise, posée toute proche de lui.

- Bien dormi ? On peut reprendre ?

Le vieux soldat ne savait que faire. D'une certaine façon, oui, il en avait des regrets. Le regret de n'avoir pu les capturer lors de leur visite à la taverne la veille. Le regret de n'avoir pas compris qu'Abraham s'était totalement joué de lui en lui communiquant de manière innocente que Borri et ses compagnons logaient chez un ami commun dans une maison isolée du village. Que lui restait-il maintenant ? Il était à leur merci, avec pour seul espoir de s'en sortir vivant le fait d'avouer où se trouvait ce fameux Manfred. Cet homme qui l'avait approché quelques jours auparavant pour lui proposer un marché, récupérer et lui livrer trois vagabonds en échange d'une coquette somme. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit que Borri se trouvait parmi ses cibles. Mais il ne voulait certainement pas être la cible des représailles de cet esclavagiste. Il avait senti la cruauté dont cet homme était capable. Finalement, c'était bien lui le grand perdant de toute cette histoire.

- Ils... Sont tapis dans une grotte aux abords... De la forêt. Celle où se trouvait l'ancienne mine, désaffectée depuis bien... Des années. Tu vois très bien celle dont je parle...

Les mots lui venaient difficilement, une côte ou deux de cassées, très certainement. Ses forces s'étaient presque toutes envolées.

- Leur nombre.

- Six ou sept, pas plus... Qu'est-ce... Qu'-est ce que vous espérez ? Vous êtes salement amochés, vous ne faites pas le poids contre eux...

- Non. On ne fait pas le poids. Mais écoute ce qu'il va se passer. On va te dorloter toute la journée durant et demain, tu vas prendre ton plus beau sourire et nous "livrer" à eux.

Ils étaient fous. Que cherchaient-ils à prouver ? Il n'y a pas mort plus stupide qu'en jouant aux héros au lieu de rester à sa place. Alfort était à bout, mais il puisa dans ses réserves pour laisser échapper un ricanement moqueur.

- Et qui te dis que... Que je vais rentrer dans ton jeu... ?

Borri sourit. Il n'attendait que ça.

-J'ai mes arguments. Ezekiel.

Le rôdeur ne bougea pas. Il n'acceptait pas ce que son aîné lui demandait. C'était tout simplement contraire à ses principes, à son credo.

- Fais le, toi.

Borri soupira longuement. Leur crédibilité venait d'en prendre un coup. Il n'avait pas envie de lancer ainsi un débat au beau milieu de la pièce avec leur captif comme spectateur. Cela n'aurait fait qu'encorner encore plus leur pouvoir de persuasion.

- Bon... Puisque c'est ainsi. Tiens, dis moi, Alfort ? Comment va Magda ?

En un instant, la lucidité du vieux soldat rejaillit.

- Non... Borrislav, tu n'oserais pas.

Le vétéran se releva, sans un mot. Il quitta la pièce. S'absenta un court instant.

- Toi, là, continua Alfort en désignant Ezekiel d'un chétif mouvement du menton. Tu cautionnes ça ?

Ezekiel resta de marbre. Il devinait parfaitement ce qu'Alfort tentait actuellement de faire. Il voulait le faire douter, les diviser. Ça ne prendrait pas. Bien qu'il objectait entièrement l'idée de se servir d'un innocent en guise de moyen de pression, d'autant plus en jouant sur la corde sentimentale, il ne trahirait pas ses compagnons. Il se remémora ce que Borri lui avait dit juste avant, alors qu'Alfort était encore dans les vapes et que Kevron lui soignait sa jambe. Que c'est ainsi que l'on doit réagir lorsque notre vie est en danger. Mettre au placard ses idéaux et calculer uniquement en fonction de ses intérêts. Peser le pour et le contre. La vie de ses compagnons, ceux avec qui il commençait à tisser des liens, ou la gêne d'avoir effrayé un vieil homme en menaçant sa femme devant lui. Vu comme ça, il était clair que le choix était vite fait. Ce sont ces décisions qui font grandir. Elles marquent plus que d'autres. Définiront des années durant quel genre de personne on est. Il devait se résoudre à l'évidence. Ce n'était que chimère que de pouvoir prétendre agir uniquement dans de dignes finalités.

Borri refit son apparition dans la pièce, une femme à la chevelure blonde et grisonnante et à la mine défaite à son côté. Il la fit s'asseoir sur la chaise, à distance respectable d'Alfort, une main sur son épaule. Voir son mari dans un état pareil fit monter les larmes aux yeux à la pauvre femme qui n'avait rien demandé mais se retrouvait bien malgré elle impliquée dans cette terrible affaire. Elle était pourtant silencieuse, ayant sans doute reçu des instructions de la part du vieux loup pour que tout se passe le plus calmement possible.

- C'est très simple. Je ne vais pas la menacer devant toi, ça ne nous avancerait en rien et ne ferait qu'attiser la tension. Tu vas tout simplement et gentillement me dire que tu vas coopérer avec nous et nous conduire demain auprès de ce fils de chienne de Manfred, sans faire d'histoires. Alors un de mes gars la laissera partir tranquillement demain soir. Considère bien ce que je viens de dire.

C'était gagné. Le vieux soldat se résigna, à bout aussi bien physiquement que mentalement. Il ne voulait maintenant plus qu'une chose, que tout cela cesse. Cette histoire avait prit des tournures bien trop disproportionnées. Il était temps de remettre un peu d'ordre.

- C'est bon, j'abdique... Je ferai selon vos conditions.

Du repos et de l'organisation étaient maintenant nécessaires. La suite s'annonçait bien tourmentée..

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Sam 28 Avr 2018 18:16, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Village de Melicera
MessagePosté: Sam 28 Avr 2018 18:15 
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Ezekiel était assis sur un petit tabouret, dans la chambre de Kevron. La pièce était somptueusement décorée. Visiblement, l'Errant avait parcouru bien des terres, en attestaient les nombreux souvenirs rapportés d'un peu partout. Une étagère était truffée de divers accessoires elfiques de formes et tailles variées dont Ezekiel ignorait totalement l'utilité. Dans le fond de la pièce, couvrant l'angle, une sorte d'atelier occupait bien un cinquième de la surface. On y voyait de tout. Aussi bien des plantes aux courbes anormales que des pierres de couleurs éclatantes. Tout un kit de mortiers, pilons, râpes, et outils d'herboristerie siègaient en haut de l'établi. De vastes parures couvraient les murs. De l'art. Certaines semblaient avoir été tissées des années durant. Un tapis garni d'onduleuses arabesques paraissait raconter tout un tas d'histoires. Au milieu, un lit. Simple, brut. Limite une tâche comparé au soin apporté au reste. Dans celui ci se trouvait Harolt. Ses plaies boursouflées donnaient à son visage une allure bestiale et peu engageante. Kevron avait fait du bon travail. Il avait appliqué un onguent composé de diverses substances sur la lésion postée sur le flanc du voleur et bandé le tout proprement. Ezekiel eut droit au même traitement. Aucun organe touché, avait affirmé Kevron. Une blessure impressionnante mais heureusement sans gravité.

- Je n'avais jamais vécu un lendemain de cuite si agité camarade. Vous êtes de grands tarés toi et Borri !

Ezekiel lui sourit. Même ainsi estropié, Harolt trouvait le moyen de sourire joyeusement. Sa présence lui faisait un bien fou en comparaison à tous leurs tracas.

- Demain, nous partons à la rencontre de Manfred. Tu ne seras pas du voyage.

La mine réjouie d'Harolt s'estompa peu à peu. Il n'était pas si idiot, il se doutait bien que sa présence ne ferait que gêner. Son état ne pouvait lui permettre. Il avait cependant justifié qu'à l'avenir, on pouvait compter sur lui lorsqu'il s'agissait de faire face. C'était lui, le membre du groupe qui avait du le plus faire ses preuves, montrer de quoi il était capable. On le prendrait peut-être un peu plus au sérieux, dorénavant.

- Ouais, je sais.

Le rôdeur posa une main bienveillante sur l'épaule de son jeune ami et lui sourit.

- Tu auras l'occasion de prouver à Borri de quoi tu es réellement capable une autre fois. En attendant, repose toi.

Il quitta la pièce, laissant Harolt seul.
Borri et Kevron avaient remis de l'ordre dans le séjour. Alfort et sa femme étaient maintenant enfermés dans l'annexe. Au moins étaient-ils ensemble. Ezekiel se faisait violence pour y penser le moins possible. Il se figurait ses parents à leur place et cela lui donnait la boule au ventre. La journée avait été riche en émotions. Désormais, ils allaient pouvoir se reposer, souffler. Une vraie et entière nuit à se restaurer pour pouvoir au mieux affronter les événements du lendemain. Avant cela, il fallait dresser et mettre au point nombre de préparatifs. Ils pouvaient compter sur la connaissance du terrain de Borri et le fait que Kevron sache avec précision qui ils allaient affronter. Ce dernier, attablé et machinalement focalisé sur la préparations de quelques potions et mixtures, leur confia bien des révélations.

- Manfred n'est pas la seule menace. N'oublions pas qu'il est entouré, et bien. À moins qu'il n'ait perdu son état-major durant l'attaque du convoi, il y a trois de ses sbires dont il va falloir tout particulièrement se méfier. Le premier d'entre eux se fait appeler le Tatoué. C'est un rusé, un fourbe. Il est très imprévisible et sait manier la dague. Son chef l'envoie souvent en reconnaissance ainsi que pour surveiller les zones qu'ils gardent. Il y a de fortes chances qu'il nous débusque avant que ce soit nous qui le fassions... Vient ensuite Zhiltar, un semi-elfe. Je ne vous fais pas un dessin... Il manie l'arc comme l'araignée sait tisser sa toile. Cela fait peu qu'il a rejoint les rangs de Manfred. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi. Avant cela, il se contentait de vivre simplement au travers des montagnes, ne causant de torts à personne. Pour l'avoir vu une fois en action, il n'est clairement pas à prendre à la légère...

Ezekiel frissonna. Ces deux personnes semblaient bien dangereuses et avisées. Des êtres impitoyables et entraînés pour tuer sans aucun remord ni hésitation. Ne serait-il pas finalement prudent de faire chemin inverse ? Se contenter de libérer Alfort et sa femme ? Rejoindre la capitale, embarquer pour d'autres contrées. Borri remarqua la posture crispée de son jeune camarade.

- Ne t'en fais pas, je serai à tes côtés petit. Kevron sera lui aussi de la partie et je compte descendre en ville à la faveur de la nuit pour proposer à Abraham de nous épauler. Fais toi un peu confiance bordel. Tu as toi aussi des atouts à faire valoir ! Demain, on va leur botter le cul et leur montrer qu'ils auraient mieux fait de nous laisser en paix.

Après tout, pourquoi pas ? Ils s'étaient déjà dépêtrés de bien des situations périlleuses en si peu de temps. Alors même que la flamme de l'espoir vacillait dangereusement. "Fais toi confiance". Ces trois mots résonnèrent en lui. Il avait fait face aux bandits le soir de son départ, parvenant à en occire deux avant de se voir maîtrisé. Il avait réussi à garder son sang froid face à la brutalité des trolls pour tourner la situation à son avantage et parvenir à s'échapper tout en libérant bien d'autres innocents. Il avait affronté et fait chuter une horreur sans nom alors que celle ci l'eut prit par surprise, avec seule la densité de la forêt pour témoin. Échappé à des poursuivants dans les rues d'une ville qu'il ne connaissait pas et dans un état plus que douteux, entourloupé un malandrin alors même qu'il l'avait eu dans le dos, vaincu un garde aguerri. Appris, progressé. Un jour peut-être dirait-on son nom et ce serait au tour de ceux qui l'entendent de se sentir mal à l'aise. Il releva les yeux vers Borri et Kevron, arborant un regard déterminé et sûr de lui.

- Et le troisième ?

- Yorgo. Un Shaakt. C'est le second de Manfred, celui qui ordonne et planifie lorsque son maître n'est pas là. Une fine lame couplée à un caractère des plus bourrus. D'une certaine manière, il me fait penser à toi, Borrislav. Un atout pour nous de déjà connaitre ce genre de profil non ? lâcha t-il en un fin sourire.

Une astucieuse pique non dénuée d'humour.

- D'où as-tu une connaissance si pointilleuse de leur groupe ?

Kevron était un bien curieux personnage. Il semblait difficile de l'ébranler, tant ses certitudes paraissaient nombreuses et diverses.

- Bien peu de noms me sont inconnus à travers ces montagnes. C'est au fil de nombreuses années de patience que j'ai pu acquérir un carnet de contacts sérieux qui me fournissent continuellement en informations véraces. Attention, ne me vois pas comme un espion ou que sais-je. Je peux juste t'affirmer que si un renseignement émane de moi, tu peux t'y fier. Cela répond à ta question ?

Ezekiel opina. Savoir avec précision à qui ils avaient à faire était un avantage non négligeable. Il allait leur falloir mettre toutes les chances de leur côté s'ils voulaient connaitre une issue positive à toute cette intrigue. L'appui d'Abraham ne serait pas de trop. Harolt sur le flanc, leur infériorité numérique aurait été bien trop criante pour espérer quoi que ce soit. De plus, la carrure de leur allié rendrait leur petite troupe plus intimidante. Il était maintenant temps pour le rôdeur de s'accorder un repos amplement mérité. Il lui fallait récupérer au mieux de ses blessures et être au maximum de ses capacités quand sera venu le moment fatidique. Il allait maintenant prouver aux autres mais surtout à lui même de quoi il était capable.

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Lun 30 Avr 2018 19:19, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Village de Melicera
MessagePosté: Lun 30 Avr 2018 17:50 
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Ezekiel mit un certain temps à trouver le sommeil. La pierre froide sur laquelle il était installé ne lui faisait pas mal au dos, au contraire de ses pensées qui elles fusaient tel un insolent torrent. Il ne comptait plus se reposer sur l'expérience de Borri, ni même sur quelconque facteur chance. C'est la mine téméraire et décidée qu'il comptait se présenter au devant de ses ennemis, ne laisser instiguer aucun sentiment de supériorité chez eux. Une fois assez fatigué de sa journée, il laissa ses songes prendre le dessus.

Le rôdeur se réveilla quelques temps après Kevron et Borri. Ils avaient déjà dressé la table et l'avaient garni de nombreux plats. Des fruits guerroyaient avec légumes et féculents pour remporter le concours du plus beau festival coloré. Les odeurs se mêlaient en un délicieux mariage olfactif. Ne restait plus qu'à dévorer le tout. C'est l'eau à la bouche qu'Ezekiel s'extirpa de sa couche afin de rejoindre ses deux compères. Aussitôt fait, Kevron s'absenta un court instant et revint de sa chambre muni d'un nouveau bock rempli d'un étrange liquide violacé.

- Ça va devenir un rituel ? La petite mixture matinale ?

L'Errant ne releva pas.

- Comment va ta jambe ?

En une contraction, Ezekiel parvint à identifier la douleur, qui même si s'était attenuée, n'en restait pas moins sifflante.

- On va dire mieux, je crois.

- Alors bois ça. C'est ce que l'on peut vulgairement appeler une potion de soin.

Ezekiel ne se fit pas prier, ingurgitant le remontant qui avait un drôle de goût, très amer et corsé. Cependant, les effets ne se firent pas attendre. Le jeune homme eut l'impression de sentir le liquide se disséminer à travers tout son être en un agréable courant chaud. La chaleur se faisait d'ailleurs plus intense au niveau de sa jambe droite, là où il était blessé. Au bout de quelques secondes, la sensation se dissipa. Le rôdeur était abasourdi. La douleur s'était volatilisée.

- Pas mal finalement, ce rituel. N'est-ce pas ? lui lâcha Kevron entre sourire et réprimande.

- Quand partons-nous ?

Un sourire ravi se dessina sur le visage de Borri.

- Mais que vois-je là ? De l'impatience ? Tu as l'air d'avoir envie d'en découdre, c'est bien. Notre plus grosse erreur serait de se présenter en pleureuse devant ce ramassis d'enfoirés. D'ailleurs ça me fait penser. J'ai pu récupérer quelques effets intéressants sur nos deux victimes de la veille. Il y a une lame pour toi, mieux que ce vulgaire métal rouillé qui te faisait office d'arme jusqu'à présent. Tu trouveras une paire de brassières avec. Leur qualité n'est pas fantastique mais ça absorbera plus les coups que le cuir. Maintenant, finis de manger et vas t'équiper. Nous n'allons pas tarder à partir.

Après avoir englouti leur repas, chacun alla se préparer. Ezekiel fit couler un peu d'eau dans une bassine afin de s'en asperger le visage, se rafraîchissant et se réveillant une bonne fois pour toute. Il alla ensuite inspecter son nouvel équipement. La lame était bien plus maniable que sa précédente. Il l'appréhenda grâce à quelques moulinets. Elle était légère, précise, docile. Les brassards quant à eux pesaient leur poids. Il se sentit relativement entravé lorsqu'il les passa à ses poignets mais se rassura en repensant à la manière dont ils avaient encaissé son assaut de la veille. Il se dit que s'il était encore en vie au coucher du soleil, il allait sérieusement lui falloir songer à acquérir du matériel de meilleure qualité. Ce sont ces petits détails qui font parfois la différence.
Une fois tous apprêtés, ils sortirent.

Le soleil de la veille avait cette fois ci laissé place à un temps gris et morne. Une ondée à peine perceptible venait abreuver la terre environnante. Les trois compagnons patientèrent ainsi quelques instants, près de l'entrée de la propriété de Kevron. Ils attendaient Abraham. Naturellement, le colosse avait fourni une réponse positive à leur proposition de venir les épauler. Il fit son apparition en même temps que l'après-midi. Il avait troqué son tablier contre un pourpoint de cuir matelassé, une claymore paressait dans son dos, sanglée. Cette vision fit sourire Ezekiel. Il n'était en aucun cas étonné de voir le tavernier armé ainsi.

- Bien le bonjour mes amis. Navré du retard, il n'est pas si simple de trouver une personne fiable pour me remplacer et être sûr qu'il va servir les clients et non sa propre panse.

- Nous ne t'en voulons pas. C'est déjà plus que gratifiant de pouvoir compter sur ta présence.

Borri s'en alla sortir Alfort de l'annexe. Ezekiel fut relativement surpris de constater que les blessures du vieux soldat étaient quasiment toutes résorbées. Avait-il lui aussi eu le droit à une potion ? Après tout, il aurait bien trop éveillé les soupçons en se présentant défiguré et à bout de souffle. Son visage était fermé. Bien malin aurait été celui capable de déchiffrer ses pensées. Le rôdeur patientait, quelque peu en retrait, attendant les directives. Elles ne vinrent pas. Au lieu de ça, Borri se contentait de le fixer, bras croisés.

- Nous t'écoutons.

Pourquoi donc ? Pourquoi cette subite passation de pouvoir ? Les visages se tournèrent vers lui. Alfort sourit de manière énigmatique.

- Crois moi petit, tu es le plus malin d'entre nous. Ça fuse rapidement dans ton crâne et quand t'as la lucidité de canaliser tout ça, c'est rarement de la merde qui en sort. Il est temps pour les anciens de se laisser un peu bercer par la fougue de la jeunesse hé hé... Nous t'écoutons.

Ezekiel se résigna devant les regards insistant et confiants braqués vers lui. Cela le mit mal à l'aise. Il était plus jeune que chacun d'entre eux de facilement une dizaine d'années et malgré ça, ils semblaient tous attentifs à ses prochains dires. Ils le rassurèrent, le rôdeur savait qu'aucun d'entre eux n'allait le juger. Il ne devait cependant pas leur faire faux bond, ne pas les décevoir. Réunissant tout ce qu'il savait sur ses ennemis et le terrain, il réfléchit, ordonna ses pensées, commença à tisser les contours d'une stratégie, ne négligea aucun paramètre, calme, concentré, focalisé.

- Bien. Voilà ce que nous allons faire. Comme nous l'avons souligné hier, notre avantage va résider dans la surprise. Il faudra l'exploiter au maximum. C'est pour cela que Borri, tu vas confier ton arme à Alfort.

Des regards noirs se tournèrent vers le vieux soldat. Ils n'éprouvaient que de l'aversion envers lui, cet homme qui avait semblé si droit toute sa vie durant pour au final faire volte face et embrasser de plus sombres intérêts.

- Alfort t'escortera jusqu'à leur repaire et te fera passer pour son prisonnier. Avec de la chance, ils n'enverront pas tout leur groupe à votre rencontre. C'est là que nous entrerons en action. Kevron et moi aurons prit de l'avance sur vous pour nous dissimuler et attendre en embuscade. Nous sommes les deux plus à même de pouvoir nous déplacer sans attirer l'attention et révéler notre position. Abraham, quant à toi, il te faudra suivre les deux anciens à une distance respectable. Ne le prends pas mal mais je doute que tu sois capable de te fondre dans le décor. Au mieux, on risque de te confondre avec un arbre. Tu interviendras le dernier, une fois que nous aurons engagé le combat. Je compte sur toi pour être réactif, chaque seconde sera précieuse et peut faire pencher la balance d'un côté comme de l'autre. Des questions ?

Kevron et Borri échangèrent un regard complice et satisfait. Ezekiel était enfin en train d'assumer son statut, d'exploiter son potentiel. D'avoir confiance en lui. Il avait en très peu de temps analysé les points forts et faibles de chacun afin d'en tirer le meilleur et pondre un plan d'une remarquable légitimité. S'il continuait sur cette voie, nul doute qu'il deviendrait logiquement et rapidement redoutable. C'est d'ailleurs lui qui ouvrit la marche, se dirigeant vers la position que leur avait préalablement indiqué Alfort et où le sang allait bientôt couler pour enfin annoncer le dénouement.

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Dernière édition par Ezekiel Uyuni le Lun 7 Mai 2018 12:00, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Village de Melicera
MessagePosté: Lun 7 Mai 2018 11:59 
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La fine pluie du début de journée s'était intensifiée en une puissante averse. La visibilité au travers de la forêt était amoindrie. L'eau battait sur la végétation, symphonie aqueuse messagère de la puissance des éléments. Ce chaos assourdissant jouait en la faveur de deux ombres venues fureter au travers des bois. Elles se mouvaient rapidement, d'une vélocité maîtrisée et agréable à l’œil. Le duo filait entre les arbres, évitait soigneusement les branchages, faisait à peine craquer l'infini tapis de feuilles présent sous leurs pieds. Chaque geste semblait calculé, les conduisant inlassablement vers leur but. On ne les entendait presque pas. Seul un averti aurait été capable de les déceler. Quelques oiseaux prenaient leur envol sur leur passage. Une famille de hérisson se stoppa juste à temps pour ne pas se faire écraser sous leur masse, les observant curieusement avant de reprendre nonchalamment leur route. Les lieux n'avaient pas pour coutume d'être investis de tels visiteurs.

Kevron évoluait en tête, dictant le tempo et dessinant leur itinéraire de manière improvisée. Il était enrichissant pour Ezekiel de l'observer progresser ainsi. Il s'inspirait de ses gestes, sa posture, son dos voûté pour le rendre le moins visible possible sans pour autant impacter sa mobilité. Le rôdeur se complaisait à évoluer dans cet espace. Les villes l'étouffaient, cet enchevêtrement de foule et de structures trop minutieusement ordonnées rendaient le tout bien trop anxiogène pour ses sens. Ici, dans les bois, il se sentait plus libre. Libre de pouvoir profiter des échos prodigués par la nature. Son vaste univers systémique impossible à déchiffrer mais pourtant ô combien étudié. La forêt n'était pas pavée de corruption, de complots et de mauvaises intentions. Elle se contentait de suivre son cours, barrage paisible aux affres et vices qui assombrissaient quotidiennement l'évolution de peuples dits civilisés. Il guettait parfois derrière lui. Ils ne devaient pas s'éloigner du sentier reliant les abords de Melicera à l'ancienne mine tout en prenant soin de ne pas être perceptibles. Il pouvait au loin apercevoir, au travers de la pluie battante, les deux silhouettes d'Alfort et Borri.

L'un artificiellement ligoté, à la merci du second. Savoir ainsi le vétéran avec le vieux soldat dans son dos et prompt à l'assassiner à n'importe quel instant empêchait Ezekiel d'être parfaitement à l'aise. Heureusement Abraham n'était pas très loin derrière en un perpétuel avertissement, se fondant dans le décor du mieux qu'il pouvait, pas aidé par son imposante carrure. Chacun avançait ainsi, conforme à la tactique instaurée par Ezekiel un peu plus tôt. Les deux éclaireurs restaient sur leurs gardes. Ils ne voulaient pas se faire remarquer et alerter celui qui répondait au sobriquet du Tatoué. Leur effet de surprise aurait volé en éclat et toute la suite de la manœuvre aurait été mise à mal.
Soudain, Kevron se stoppa, intimant Ezekiel de se faire le plus furtif possible. Le rôdeur le rejoignit pour suivre son regard. En contrebas, sur le sentier, quelques centaines de mètres plus loin, les contours d'un petit groupe se fit intelligible. Les deux compagnons se couchèrent dans les feuilles, leurs capes faisant office de couvertures pour les transformer en d'innocentes et indicibles mottes de terre. Leur position leur offrait une vue de premier choix sur les deux vétérans qui n'allaient eux non plus pas tarder à voir l'assemblée cheminer dans leur direction. L'heure était venue. Progressivement, la vision d'Ezekiel prit le dessus sur le barrage sauvage généré par la pluie. Ils étaient quatre. Trois d'entre eux marchaient côte à côte. Armés. L'un était équipé d'une lance, tandis que les deux autres semblaient munis de hachettes. Ils étaient encapuchonnés, l'allure frêle et éreintée, trempés jusqu'aux os. Bien qu'il ne l'ait jamais vu, Ezekiel devina celui qui était à leur tête. C'était Yorgo, le second de Manfred. Véritable bête de musculature, il ne semblait lui en aucun cas handicapé par l'ondée, présentant un torse nu et maculé de tatouages. Une simple sangle de cuir couvrait le haut de son corps, dans le dos de laquelle trônaient deux épées. Une autre lame pendait sur le côté du Shaakt. Son visage quant à lui forçait le respect, affichant une mine faussement paisible, prête à se parer d'agressivité au moindre instant. Il portait une longue barbe ornée de quelques tresses en son extrémité. Ezekiel put identifier des crânes d'oiseaux dans celle ci, qui faisaient sans doute office d'attaches mais jouaient certainement au delà de ça un rôle d'intimidation. C'était franchement réussi. Ses longs cheveux, entièrement rasés sur le côté se terminaient en une natte qui cascadait le long de son dos. Il ressemblait à un véritable fauve prêt à bondir sur sa proie.

Petit à petit, les deux groupes allaient se rencontrer, inéluctablement. Kevron avait bien calculé la position de leur cachette. Ils étaient en hauteur, dominant la butte qui délimitait l'un des côtés de la cavée. De plus, ils ne seraient pas bien loin de l'action au moment de frapper. Il fallait maintenant se montrer patient, à l’affût, prêt à dégainer et charger. Les bandits venaient tout juste de passer à leur niveau quand ils se stoppèrent. Ils attendaient qu'Alfort et Borri viennent à eux, au contact. C'est le vieux loup qui donnerait le signal. À partir de cet instant, il serait seul face à quatre opposants, voire même cinq, Alfort risquant assurément de se retourner contre lui. Ces quelques secondes allaient menacer grandement sa vie. Il ne fallait pas se louper. Scrupuleusement, Ezekiel passa la main sur la hampe de sa lame. Le duo arriva enfin près d'eux, uniquement espacés d'un ou deux mètres.

- Que nous amènes-tu là le vieux ? cracha Yorgo à Alfort d'une voix rauque et puissante. L'une des trois proies de mon chef ? Quel temps tu as mis... Les gens d'ici ont l'air d'être de vrais incapables. Où sont les deux autres ?! Parle !

- Je... commença Alfort.

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