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 Sujet du message: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Dim 17 Mar 2013 20:24 
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Akuynra, la chaîne des volcans


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A l'est du désert se trouve une chaîne de volcans particulièrement active. Elle porte le nom d' Akuynra. En ancien Sindel, cela signifie dragon.

Le sol est composé d'une pierre noire coupante et glissante : l'obsidienne, mais aussi d'une roche grise, poreuse, en strate : le basalte. Sur ce sol, poussent des arbres, des buissons, des herbes mêmes. Mais le plus souvent, par le manque d'eau, la chaleur ou l'abus de poussière, ils meurent très vite. Ce qui en fait un paysage dévasté, sombre.

L'activité de la chaîne volcanique fait que nombreuses et imprévisibles sont les coulées de lave à la surface. Parfois petites, de la taille d'un ruisseau, parfois plus larges de la taille d'une grande rivière, extrêmement chaudes et dangereuses.

Bien qu'il ne faille en théorie que cinq ou six journées pour traverser la chaîne d'est en ouest, comptez le double, le terrain est glissant et difficile, même pour des aventuriers habitués à des conditions extrêmes.

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Alors il y a une règle que je veux que vous observiez pendant que vous êtes dans ma maison : Ne grandissez pas. Arrêtez, arrêtez dès cet instant. Wendy dans "hook" (petit hommage à Robin Williams)
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 Sujet du message: Re: Akuynra : La chaîne des volcans
MessagePosté: Mer 20 Mar 2013 17:04 
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En silence dans le matin fumeux, nous avançons tous les trois -Anouar, Sel et moi- sur les pentes encore douce de la chaîne volcanique. Depuis que nous nous sommes orientées vers l'Ouest, je sens une certaine réticence chez mon compagnon. Je soupire, s'il veut repartir, il n'a qu'à faire demi-tour à présent. Je ne le retiens pas auprès de moi.

"Pardonnez-moi, Gardienne, mais nous n'allons pas au poste militaire ?"

Ah, voilà ce qui le gênait donc.

"Non... J'ai quelque chose à faire avant."
"Dans le désert ? Qu'est-ce qu'une Semi-Sindel pourrait bien faire dans le désert ?"
"Chercher ta rédemption. Et elle va passer par le désert."
"Dans le désert ? "
"Oui, dans le désert. Pourquoi répètes-tu cela ?"
"C'est que... il n'y a rien dans le désert."

Si jeune, si naïf, et pourtant il est plus vieux que moi... Qu'est-ce que Yuimen m'a donc fait pour que je sois aussi différente des jeunes de mon âge ? Tandis que j'escalade cette montagne aux rivières pourpres brillantes, j'ai l'impression d'avoir mille ans de plus. Et comme après la nouvelle de l'apparition de Brythä, cela m'effraye. Comme j'aimerais n'être qu'une enfant insouciante, mais cela est loin, très loin. Un siècle complet à passer depuis la mort de Sarya, et la savoir en vie n'a pas comblé le manque qu'elle a créé en me faisant vieillir si vite.
D'un mouvement de la tête, je chasse ces idées sombres de mon esprit et me retourne vers mon compagnon de passage.

"Connais-tu la légende du désert ? Celle de sa création ?"
"J'ai jamais été très histoire pour enfant, tu sais..."
"Moi non plus... Mais depuis que ces contes deviennent vérités, je m'y intéresse un peu..."

Tout en escaladant, je lui raconte l'ancienne légende: comment les Dieux ont réduits ce qui était une magnifique plaine en un désert stérile à cause de leurs batailles de gamins aux pouvoirs trop grands, comment Zewen en personne les avait rappelé à l'ordre et qu'ils avaient été contraint de quitter cette planète sans espoir de retour, comment ils versèrent des larmes de remords et de honte et qu'ils marquèrent ainsi cette terre, la condamnant à jamais. Parce que c'est ainsi que s'est bâtit ce désert. Sarnissa, la honte en langue des dieux, Sarnissa, le désert changeant...
Mais la légende raconte aussi comment la larme de Yuimen, marqué du sang de la blessure qui le défigure, construisit un écrin de verdure et un sanctuaire. Twenan Dera, le sanctuaire du désert. L'un des cinq sanctuaires sacrés, le troisième que j'aurais le privilège de contempler. Le sanctuaire de la gardienne du Naora.
Les sanctuaires, les Dera, du pardon éternel. Parce que les Dieux peuvent pardonner aux mortels les faiblesses qu'ils ont aussi. La preuve de la faillibilité des Dieux, la preuve de leur humanité en quelque sorte. Le seul endroit où le pardon peut être acquis, pour n'importe qui.

Sel s'avère un compagnon agréable et attentif finalement, posant des questions polies, très à l'écoute de mon récit.

Je me retiens cependant de lui parler du coût auquel se fait le Pardon, je lui expliquerais en temps et en heures, nous sommes encore trop près de ces anciens travers pour l'instant.

(Tu sais quoi ? Il pourra nous être utile en fait... Vu que t'as décidé de passer au sanctuaire avant la bataille !)
(Utile ?)
(Oui... En attendant, entre dans cette grotte-là, on va prendre un raccourci.)

Ce que je peux détester quand elle change ainsi brusquement de sujet de conversation, surtout quand c'est elle qui a lancé le sujet. Cependant, j'obtempère, le temps court et un chemin plus court que celui d'origine est toujours bien, même si j'ai l'impression de me jeter dans la bouche de Meno.

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Dernière édition par Lothindil le Ven 10 Mai 2013 23:01, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Akuynra : La chaîne des volcans
MessagePosté: Sam 27 Avr 2013 16:38 
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Le soleil, qui brille d'une lumière si différente de celle du volcan, nous aveugle durant plusieurs secondes. Ces quelques heures dans le cœur de la terre ont vidé notre énergie et contraint nos yeux à une luminosité finalement assez faible. Je fais un bref état de notre boisson, deux gourdes d'eau, tiédie par notre passage dans les entrailles du volcan.

Ma vision revenue, je fais un état des lieux. Au soleil, nous sommes sur la face Nord de la chaîne, celle qui descend vers le désert qui s'étend à perte de vue à nos pieds d'ailleurs. En me concentrant un peu et à l'aide d'Anouar, je parviens à localiser l'oasis : notre destination. En comptant la descente, et sans halte pour dormir, nous pourrions y être demain matin. Encore faut-il que nous ayons la force de descendre du volcan et de marcher dans le désert, à pied, sans se reposer.

(Pas le choix, sinon vous ne pourrez pas y aller avant demain soir. La température dans le désert ne permettrait pas à vos organismes un voyage de cette distance sans eau en journée.)
(On vient bien de traverser le volcan. Pourquoi pas le désert ?)
(C'est bien parce que vous venez de traverser le volcan que le désert ne vous laissera pas passer de jour. Vos organismes sont fourbus et un sommeil au pied des volcans ne sera pas assez reposant. Partons maintenant, allons tout droit et faisons au plus vite !)

Je vais pour me remettre en marche, reprenant ma cape et mon sac, quand mon compagnon m'avertit d'un souci en pointant du doigt plus bas :

"Y a quelque chose qui monte vers nous, droit vers là où on doit aller."

Il a de bons yeux, car en effet, un groupe bouge, venant du désert et abordant le volcan pour monter vers nous. Je concentre mon regard, pour en savoir plus sur ce qui approche, pour savoir s'il nous faut réellement nous méfier ou non. Plus ma vision se rétrécit et se précise, plus je sens venir le problème. Des reflets d'acier sous le soleil viennent confirmer ma crainte...

"On va devoir jouer à cache-cache. C'est une troupe Shaakt, en arme. Je ne doute pas être en état de les combattre tous. Mais je préfère éviter de faire verser le sang quand ce n'est pas nécessaire. On va donc les esquiver."

(Un groupe de quarante individus, y compris deux matriarches et quatre héroïnes de guerre. Je sais que t'as gagné en puissance, mais y a des limites, tu sais...)
(On verra bien si on doit se battre. En attendant, on bouge !)

J'entame la périlleuse descente sur le sol irrégulier et instable de roche grise poudreuse. Je prendrais bien la voie taillée dans le roc, sans doute par les mêmes Shaakts qui montent la pente, mais pour passer inaperçus, ça serait pas le meilleur plan. Nous nous retrouvons donc contraint contourner la route la plus simple et à passer par des chemins où une rivière de lave peut se créer à n'importe quel instant et se cacher derrière n'importe quelle faille ou pierre. Je décide de passer sous la route. Ici, le danger principal c'est les coulées de lave qui se forme au-dessus de nous, pas en-dessous. Ils ont auront donc tendance à lever plus souvent la tête qu'à la baisser et, avec un peu de chances, ils préfèreront éviter de redescendre, même s'ils nous voient.

Les cachettes s'avèrent rares et marcher quasiment accroupis, nos vêtements recouverts de la cendre acquise dans les chemins souterrains, sont notre meilleures protections. Nous avançons donc prudemment, mais le plus droit possible, évitant le moindre détour inutile.

Akuynra est réveillé aujourd'hui et nombreuses sont les marques sanglantes qui tracent leurs chemins sur sa peau, ne rendant que plus périlleuse notre route. Je ne peux m'empêcher de songer que ça doit être aussi le cas de ceux qui remontent la piste et qui, je l'espère, ne voudront qu'encore moins s'en écarter.

Le terrain est glissant, nous sommes affamées l'un comme l'autre, mais nous préférons continuer notre route à serpenter entre les pierres et à sauter au-dessus des ruisseaux de feu, ultime cadeau de Meno à cette terre maudite.

Au bout d'un peu plus de deux heures de descente, nous arrivons au niveau du groupe qui monte. Stable, ou peu s'en faut, nous prenons le partie de nous arrêter et de nous rouler en boule, laissant le gris des cendres accumulés sur nos vêtements nous protéger de la vue.

Roulée pour cacher ma chevelure, je ne veux pas exposer mon visage et décide donc de m'en remettre à la seul audition. Bien qu'à facilement deux cent mètres de nous, je peux les entendre parler dans leur langue rocailleuse pour des elfes. Leur parler est différent de celui de Caix, mais c'est avec la même facilité qu'Anouar me permet de les comprendre.

Très vite, je comprends qu’ils nous ont repérés, mais je préfère me taire, pour ne pas inquiéter mon compagnon. La matriarche en rigole même, annonçant à son garde qu'elle nous avait déjà vus alors que nous étions en haut et que, de toute façon cela lui importait peu. Manifestement, ce territoire est un sanctuaire, appartenant aux Dieux et non aux mortels. C'est une des guerrières qui expliquent à la plus jeune que la Loi des Dieux, la seule suivie dans le désert, interdit de mélanger le sang aux sangs des Dieux : la lave rouge du volcan qui représente le sang des dieux violents et l'eau de l'oasis qui représente le sang des dieux de paix. Ainsi, l'Oasis, autant que les volcans sont devenus des lieux sacrés que nul ne peut souiller.

"Relève-toi, Sel et n'hésite pas à saluer les Shaakts. Nous n'avons rien à craindre d'eux en ce lieu."

Suivant mes propres conseils, je me redresse et grimpe légèrement vers le chemin, saluant la caravane au passage, imitée par mon compagnon. D'un signe de tête pacifiste, la matriarche nous répond, ainsi que ses guerrières avant de continuer. Je parviens au chemin tandis qu'ils sont loin derrière nous désormais.

"Comment saviez-vous qu'ils n'allaient rien nous faire ?"
"C'est eux qui me l'ont appris... A l'instant."

Mon compagnon me regarde avec les yeux ronds, comme s'il voyait en moi une apparition divine avec des pouvoirs étranges. Je ne cherche pas à le détromper, après tout, ce n'est pas totalement faux, même si je doute que les capacités qu'ils imaginent soient exactement les miennes.

Bientôt, nous arrivons aux pieds des volcans, où le sable de cendre se transforme en sable de couleur et surtout en verre de couleurs. Des milliers de petites plaques de verre, brisée ou non, formée par la chaleur excessive du sang de Meno sur le sable. C'est grâce à ce phénomène étrange que nos ancêtres ont compris comment manier le verre. J'apprécie le spectacle dans le reflet du soleil couchant.

"Arrêtons-nous pour manger et boire un peu. La nuit sera longue et il sera bien tant de repartir après s'être restaurés !"

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 Sujet du message: Re: Akuynra : La chaîne des volcans
MessagePosté: Ven 16 Aoû 2013 00:16 
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Nous quittons l'Oasis quasiment en plein Est, droit vers les montagnes et vers le soleil qui commencent à monter. Plus nous avançons, plus je sens la fatigue me prendre. Je suis le groupe plus que je ne le mène, le bain n'aura manifestement pas suffit. Nous approchons petit à petit des volcans, une forme d'épuisement dont je n'ai pas l'habitude. En fait, plus nous marchons, plus je me dis que ce qui s'est passé dans le sanctuaire devait être bien plus terrible que tout ce que j'ai vécu ces derniers temps. La dernière fois où j'ai été dans cet état, c'était dans le désert de l'Est, sur l'Imiftil. La fois où j'ai failli devenir une vulgaire esclave. Cet atroce souvenir me fait monter les larmes aux yeux et je me retiens de pleurer, pour paraître noble, pour devenir ce que mon compagnon attend que je sois.

Nous montons une pente gris noirâtre, à la texture collante. C'est à se demander pourquoi je me suis lavée, d'ici ce soir, je serais dans un état encore bien pire.

"Nous allons passer entre le dragon rouge et le dragon bleu !"

De quoi me parle-t-elle ? Je lève les yeux pour suivre son doigt mais ne distingue rien qui soit bleu ou rouge. Enfin, si on excepte deux rochers à moitié recouverts de poussière noire sur un fond blanc aveuglant que je distingue en poussant un peu ma vue. Je soupire, ça me paraît bien loin et les lourds panaches de fumées ne m'incite pas à m'y rendre en courant, ni d'ailleurs en marchant. Cependant, je repars, traînant à moitié les pieds, il me faut y aller, je le sais, et si mon cerveau voudrait avancer, mon corps s'y oppose et je ne dois qu'à l'insistance de la faera le fait même de poser un pied devant l'autre.

Nous grimpons ainsi, tant bien que mal, suivant une route qui oscille à gauche et à droite, enfin, une route, un chemin et encore, une piste, une simple trace parfois. La pente grimpe assez sec, malgré les nombreuses épingles à cheveux utilisées pour éviter un angle trop raide.

Parvenus à la mi-journée, la piste devient quasiment invisible, à tel point que j'ignore comment les Shaakt parviennent à savoir où aller et comment serpenter précisément entre les cendres, les roches et les petits fils de lave brûlantes. Pour ma part, mon esprit s'avère trop occupé à chercher où mettre mes pieds et mes mains pour réfléchir plus en avant à cette question et à toutes les autres qui pourraient germer dans mon esprit ou dans celui de ma faera.

La chaleur devient difficilement supportable, le midi est là, le soleil nous brûle du haut de son zénith, le vent chaud venant du désert nous pousse autant qu'il nous assèche et les dragons eux-mêmes ne se lassent pas de vomir leur sang ardent. L'atmosphère est difficilement respirable et je ne dois qu'à ma boucle de nombril de pouvoir avancer encore dans mon état d'épuisement. Je traîne les pattes et plus la journée avance, plus la pente me paraît raide.

(En même temps, elle l'est.)
(Génial, tu m'encourages...)

Petit à petit, le noir et rouge du volcan prend une nouvelle teinte, grise moche tandis que la température diminue. Manifestement, nous avons pris pas mal d'altitude, car nous commençons à approcher des neiges éternelles. Le terrain n'est déjà pas très praticable, ça sera encore pire une fois cette masse blanche atteinte, mais à défaut, sans ce souffle torride dans notre dos, l'air devrait être plus respirable.

(Respirable, sans doute, par contre, plus rare.)
(Tu racontes n'importe quoi, le ciel est plein d'air, pourquoi y en aurait moins là-haut ?)
(Je me vois pas t'expliquer ça... mais tu verras bien !)

Et comme toujours, ma faera a raison... Parvenue au pied des neiges éternelles, que même la chaleur du volcan ne parvient pas à faire fondre, je commence à ressentir une oppression sur la poitrine. Le vent a cessé, la lave ne se répand plus, mais ce n'est pas pour autant que c'est agréable pour nous. Ma fatigue devient extrême et j'ai l'impression ne plus savoir respirer. Les Shaakts m'affirment que je n'ai rien à craindre et que d'ici une ou deux heures, je le sentirais à peine.

Et cela finit par être le cas, toujours cet essoufflement plus rapide que d'habitude, la fatigue qui ne me lâche pas... On peut mieux comme journée, j’ai envie de dormir depuis ce matin, et ça devient lassant. Au moins, dans ce paysage blanc où la neige nous gâche la vue à cause de la luminosité que trop abondante du soleil du désert, il n'est guère difficile de trouver les balises, les fameux dragons rouges et bleus. Et je constate avec un sourire qu'il en existe d'autres, une couleur cuivre et une couleur or, au pied de chaque cratère.

"A part quelques troupes Sindels et les peuples Shaakt, tout le monde ignore qu'il s'agit de balise. Pour le commun des vôtres qui fréquentent ces environs, c'est juste des stèles spirituelles. Nous ne vénérons pas les volcans ou d'hypothétiques dragons, mais bien les mêmes Dieux que vous, du moins si les Sindels ne sont pas fous au point ne de pas croire aux Dieux de Yuimen, bien sûr !"
La matriarche ainsi qu’Earnys se sont laissé dépasser pour me rejoindre à la queue du peloton.
"La majorité d'entre nous respectent les Dieux... locaux, mais les Sindels ne vénèrent que Sithi, la Lune protectrice."
"Une divinité unique ? Drôle d'idée. La lune n'est qu'un astre, la face pâle de Gaïa quand Thimoros occupe le ciel. La preuve qu'elle ne nous quitte jamais..."
"Thimoros ? Vous ne vénérez pas Valshabarath ?"

Un doute s'est installé dans mon esprit. Asaliah et Seheiah parlaient pourtant d'une déesse araignée, pas du Dieu Scorpion. Et pourtant ici, ils parlent de Thimoros.

"Certaines tribus du désert vénèrent Valshabarath, la forme femme de Thimoros. Mais dans notre matriarcat, nous vénérons Thimoros, et surtout Zewen."
"Zewen ?"
"Oui, Zewen. Retournez-vous et contemplez le désert. Nul ne peut comprendre l'essence même de la légende du désert sans l'avoir contemplé depuis les hauteurs de l’île."

Péniblement et luttant contre l'envie de bailler, je me retourne et fait face au Sarnissa selon son nom Shaakt, le Dragomelyn, le désert de la Bataille en langue sindel. Le dos d'Akuynra forme en effet un point de vue formidable sur l'étendu désertique et ses multiples couleurs. Les diverses larmes des dieux eux-mêmes auraient modelé ce lieu qui était une vaste plaine. J'adorais cette légende en étant enfant, j'adorais imaginer la terrible bataille des Dieux, ses conséquences et surtout la manière avec laquelle ils ont été punis, comme de vulgaires gamins pris à choper une pomme au marché. Quelle évolution depuis toutes ces années, me moqué-je intérieurement de l’enfant que j’étais.

"Voilà le désert, notre monde. Ici, les Dieux ont une importance qu'ils n'ont nulle part ailleurs. Ce désert est la preuve même de leurs existences. Sur la dizaine de famille qui domine, chacune est liée à une divinité. Les Insstar sont liés à Zewen, ce qui confère un pouvoir de divination à sa matriarche."
"Et quelle est la famille liée à Yuimen ?"
"Les Sandryss, qui vivent là-bas, près des terres herbeuses, au-delà de l'horizon."
"Si loin du sanctuaire ?"
"Oui, si loin. J'ignore pourquoi, ma mère le savait sans doute..."
La trop jeune matriarche reprend son air d’enfant désolée qu’elle avait perdu lors de la séance divinatoire du matin. Je lui souris, elle n’est finalement qu’une enfant qui doit faire face à un destin trop grand pour un si petit être et
Sur cette révélation incomplète, nous reprenons notre route, Anouar toujours muette dans mon esprit, comme absente. Nos pas laissent leurs empreintes dans la neige tandis que nous achevons notre escalade, ou plutôt notre marche le long d'une arrête assez raide pour que la neige n'adhère que difficilement sur les côtés.

Bientôt la fin de la journée se présente à nous, je suis épuisée et j'aimerais dormir quand les Shaakt proposent enfin une halte, la première véritable de la journée. Enfin une pause pour s'asseoir, dormir un peu et manger autrement que debout. C'est le moment que choisit Anouar pour revenir, me hurlant un avertissement qui me sort de la torpeur qui s'installait petit à petit.

(Pas le temps de dormir. Tu dormiras sur ton cheval, pas avant !)
(Hein, pourquoi ?)
(Parce que Naémin est un sombre crétin prétentieux, voilà pourquoi !)
(Il a fait quoi ? Puis, t'étais où ?)
(J'étais à Nessima, je le guettais ! Et cet espèce d'abruti n'a rien trouvé de mieux à faire que de faire décoller sa flotte aujourd'hui même. Il compte livrer l'assaut sur Tahelta demain matin !)
(Grand bien lui en fasse...)
(A part que les Hafizs ne sont pas prêts ! Ils ne pourront décoller que demain soir, au plus tôt !)
(Et ? L'armée de Nessima est bien assez grande non ?)
(Pour reprendre Tahelta à quasiment cent milles têtes alors que les remparts sont intacts et que les aynores de combat ont été brûlés ? Non, l'armée de Nessima ne suffira pas !)
(T'es en train de me dire qu'il faut que je fonce pour tenter de l'arrêter ?)
(Je ne suis pas folle. J'ai trouvé un port de pêche où tu pourras trouver un navire, mais je sais bien qu'il te faudra au moins deux nuits et une journée encore...)
(Ca sera donc trop tard... Donc pourquoi me presser ?)
(Pour éviter la prise de Cyniar. C'est ce que Leona t'a demandé. Rejoins les troupes de Kouschuu au Sud de Cyniar pour éviter le massacre des civils au moins !)
(Mouais... Je suppose que Naémin se débrouillera pour y aller.)
(Je l'ai poussé à l'aide de Kouschuu à se replier là-bas en cas de soucis. Il te reste trois jours, pas plus...)
(Soit juste assez... Quasiment à l'heure près. Je te hais, Anouar, je te hais...)

Je me relève, difficilement, et explique qu'il me faut partir vite, sans évoquer quoique ce soit sur le départ de l'armée de Nessima ou l'invasion de Tahelta, l'occasion fait le larron et je ne doute pas que ces Shaakts la saisirait sans le moindre remord. Cependant, ils acceptent de repartir de suite, ce que nous faisons donc sur le champ, tout en lâchant un bâillement plus qu’éloquent sur la lassitude qu’est la mienne, tellement contraire à mon objectif.

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 Sujet du message: Re: Akuynra : La chaîne des volcans
MessagePosté: Lun 19 Aoû 2013 22:11 
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Après une petite demi-heure de marche, nous atteignons enfin le col. Ici, au point le plus haut de notre escapade, nous pouvons observer les deux côtés des volcans et surtout de la péninsule du désert. Là, en bas de notre point se situe la caserne. Un point de vue idéal en réalité, pour quiconque possède ma vision, pour guetter une éventuelle sortie de masse. Mais un rapide regard balayant me montre au moins trois autres endroits, à mi-chemin où le faire, nettement plus aisément d'ailleurs et sans besoin de voir aussi loin.

C'est mon compagnon qui me fait reprendre une vue plus normale en m'agrippant la main et en posant la même question qu’au moins neuf fois depuis le début de la matinée :
"Tout va bien ?"
"Arrête de me demander ça tout le temps ! Oui, ça va, j'en ai juste marre, comme tout le monde ici, je suppose !"

Il s'approche de mon oreille pour me demander à voix basse :
"Oui, mais ce départ précipité..."
"Tout à l'heure, quand on sera sur nos terres et seuls."

Mon ton est sec et ma voix assez faible pour ne pas éveiller les soupçons chez nos guides, dont la matriarche s'approche de moi d'ailleurs.

"Vous savez faire de l'escalade ?"
"C'est vraiment nécessaire ?"
"Le glacier est instable de ce côté-ci. Et marcher dessus nous fera courir le risque d'être pris dans une avalanche !"

Voilà une nouvelle tuile, pas vraiment nécessaire, qui nous tombe dessus. L'escalade n'a jamais été mon activité favorite, sauf quand elle concerne des arbres, sans compter le retard que ça va nous faire...

(Tu pourrais aussi provoquer l'avalanche !)
(Tu plaisantes, là, j'espère ?)
(Non, pas du tout.)
(Et je fais ça comment ? Suis pas une déesse, au cas où tu l’aurais pas remarqué ! Ni un mage climatique d'ailleurs.)
(Non, mais tu es une mage avec des fluides de terre, espèce d'andouille ! Tu peux faire trembler la terre et donc créer l'avalanche !)
(Et je fais comment pour ne pas être dans l'avalanche ?)
(Je t'expliquerais sur place... C'est pas compliqué !)

Un poil inquiète, j'explique mon, enfin celui d'Anouar, projet à Nelyslury qui me regarde avec un sourire crispé et un regard inquiet pour ma santé morale, mais ne dit rien et repart, en direction du glacier plusieurs centaines de mètres plus bas.

Le terrain est instable et malgré notre fatigue, nous parvenons tous à tenir l'équilibre sans trop de soucis finalement. La plaque de glace n'est plus très loin désormais et Anouar m'indique les différentes failles qui séparent la zone instable de celle sur laquelle nous sommes. Nous faisons arrêter le groupe. Nelyslury tient à ce que je m'encorde à une pierre, ce que, bien que certaine de ma faera, je finis par accepter, utilisant mon propre matériel. Anouar m'indique avec précision l'endroit où je dois me positionner avant de lancer mon sort, j'y vais, toujours attachée par un filin de près de dix mètres.

(Nickel, premier sort de secousse à pleine puissance, là.)

Le sort n'est guère difficile à exécuter pour moi et c'est presque avec nonchalance que j'envoie une secousse monumentale qui fait s'ébranler la plaque de glace et de neige, mais sans qu'elle parte tout à fait. J'entends ma faera grommeler dans mon esprit avant de me pousser à aller quelques mètres plus haut.

(Voilà, un sort tout doux à cet endroit-là devrait suffire...)

Je me reconcentre et mobilise mes fluides pour lancer une nouvelle décharge à la terre. Un genou à terre, je pose ma main gauche au sol, la retire et la repose trois fois successivement.

(Par Yuimen !!!! J'avais dit doucement !)

Une vague de neige se soulève en légère poudre tandis que la plaque visée commence à s'ébranler. Je fais demi-tour en retournant vers mes compagnons quand soudain un énorme bruit me fait lever la tête. C'est, impuissante, que je vois une masse de neige filer droit sur moi. J'ai juste le temps de générer un bouclier avec mes cheveux en m'accroupissant dos à l'avalanche qui me tombe droit dessus, qu'elle arrive sur moi. Je suis brutalement emportée, ne pouvant plus respirer, de la neige tout autour de moi. Je roule, je me cogne à des pierres tranchantes avant d'être arrêtée par la corde nouée autour du ventre qui me vide brutalement les entrailles ainsi que un peu de l'air que j'avais en stock. Certes, mon bouclier m'évite des blessures, mais à ce train-là, je vais mourir étouffée très vite.
J'envoie mes cheveux consolider la corde qui m'évite de suivre l'avalanche jusqu'aux flancs couverts de lave du volcan et tente de garder mon souffle, espérant que, au-dessus de moi, la neige s'est arrêtée de couler. Je ferme les yeux et me concentre sur les sensations de mon corps. Le premier signal qu'il me renvoie, c'est le froid, intense. Je m'y attendais, mais ce dont j'ai besoin, c'est des vibrations. Il me faut savoir si ça bouge et si ça tremble encore.
Passée la sensation de froid qui me vrille le cerveau, je remarque que le gros de l'effondrement qui m'a emporté à cesser. Je perçois aussi des vibrations bien plus réduites, celles de mes compagnons sans doute, j'espère du moins. Les guettant, j'attends qu'ils viennent me trouver, au bout de quelques minutes, les pas semblent s'éloigner.
Anouar prend le partie de sortir de la neige, ne pouvant pas le faire avant sans éveiller les soupçons. Comme je le redoutais, elle m’apprend mentalement que seul mon compagnon de race a décidé de rester sur place à ma recherche. Les autres ont décidé de faire demi-tour, considérant que j'étais morte.

(C'est stable et peu profond. Un bon sort de colère verte et tu es dehors !)

N'en tenant plus, j'envoie toutes les lianes qui composent mon bouclier frapper contre ce qu'Anouar m'affirme être le plafond de glace, bien qu'il soit sous mes genoux. Manifestement, elle n'a pas tort, car d'un seul coup, je récupère à la fois l'air, et la lumière !

Je détache cette foutue corde de mon ventre meurtri et, tant bien que mal, à l'aide d'Earnys, je m'extirpe de mon trou de neige et de glace. Il me faut quelques secondes pour reprendre mon souffle et voir le groupe de Shaakts, aussi lâches que dans les légendes, à une bonne centaine de mètres de nous deux.
Notons cependant qu'ils viennent de se retourner, sans doute le bruit de la neige explosant sous mon sort les a fait changer d’avis sur mon état, tandis que je me redresse.

"Nous... vous pensions morte !"
"Soyez certains qu'une Gardienne de Yuimen ne meurt pas aussi aisément !"
"Par Zewen, cela tient du miracle, cependant !"
"Ne remerciez pas Zewen pour ça, mais bien Yuimen de m'avoir fourni des lianes en guise de cheveux, ainsi que des connaissances et des fluides pour m'en servir."

Un bref coup d'oeil vers ma main me confirme que j'ai dû user d'une bonne dose de magie et que je ne survivrais pas à une seconde avalanche de ce type-là, c'est certain. Mais bon, pour l'instant je suis en vie et, à part une ecchymose qui passe par mon nombril à l'emplacement de la corde, je suis indemne. Mon bouclier est devenu vraiment très puissant.

Après cinq minutes de pause, le temps pour le guérisseur du clan de m'ausculter malgré tout, et pour moi d'avaler rapidement un truc assis, nous finissons par repartir. La zone qui était instable est devenue praticable, bien qu'un peu glissante et la suite de la descente se fait sans difficulté, malgré la nuit. Sans doute n'aurions-nous pas pu achever ce périple sans notre vision nocturne que tant d'humains nous envient, même si, parvenus hors de la limite de la glace, la lave s'avère un précieux éclairage sur toutes les failles, les pierres et autres points dangereux qui se teintent dès lors de rouge flamboyant ou de noir abyssal.

C'est donc en bas de la montagne, à quelques kilomètres à peine du fort, que nos chemins se séparent. Les Shaakts, prudents, n'ont aucune envie d'aller plus en avant et s'en retourne vers le Nord, vers la route permettant de contourner Akuynra, les dragons qui ont bien failli avoir ma vie deux fois en l'espace de trois jours. Après un bref regard vers la troupe qui s'éloigne, nous regardons la caserne, un flot de lassitude m'envahit. J'ai qu'une seule hâte, pouvoir dormir, même si c'est sur le dos d'Harniän...

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Lun 23 Juil 2018 20:34 
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Il s'écoule ainsi près de deux semaines, durant lesquelles quatre des nôtres décèdent de faiblesse ou de leurs blessures, avant que notre attente ne s'achève enfin. Soudain pressés, les Eruïons débarquent en masse et nous font sortir deux par deux de la cellule afin de nous entraver les chevilles, de manière à ce que nous puissions marcher à condition de faire de petits pas, et nos poignets, qu'ils relient au moyen d'une corde au cou de l'Elfe qui nous précède. Impossible de fuir sans risquer d'étrangler son prédécesseur et sans risquer de se faire étrangler soi-même par celui qui nous suit, le système est efficace, rien à dire. J'ai pu m'arranger pour être juste derrière Brëanal et Tarhël me suit dans la misérable colonne que nous formons, mais savoir si cela nous servira est une autre affaire. Dès que nous sommes tous entravés, les Elfes Bruns nous font entamer une véritable marche forcée dans les souterrains, n'hésitant pas à se servir de fouets pour nous faire presser le pas dès que le moindre ralentissement les contrarie. Fort heureusement, le long séjour dans les prisons de l'ancienne cité Eruïonne nous a permis, à Brëanal et moi, de retrouver quelques forces, le peu de nourriture fournie s'étant avérée suffisamment roborative contre toute attente. Par ailleurs, l'atmosphère très sèche a empêché nos blessures de s'infecter, si bien que nous sommes tous deux en meilleure forme que depuis bien longtemps.

Après trois jours de marche harassante dans les infinies galeries qui parcourent le sous-sol des environs de Raynna, en direction du nord si mon sens de l'orientation n'est pas trop faussé, nous commençons à remonter inexorablement. La température s'élève en parallèle, devenant bientôt si écrasante que le moindre effort nous laisse en sueur et que plusieurs prisonniers s'effondrent d'épuisement. Les Eruïons ne font pas dans la dentelle, ils se bornent à les détacher et à raccourcir la colonne d'autant avant de les égorger proprement. Je hurle et tempête, la première fois que j'assiste à ce spectacle, mais le cinglant coup de fouet qui lacère mon dos m'incite à me montrer plus prudent et, malgré la rage qui naît en moi chaque fois que cela se reproduit, je me contrains à observer en silence sans réagir. Mais je prends soin de graver dans ma mémoire les visages de ceux qui tombent, l'heure viendra où je présenterai l'addition à ces maudits Eruïons, cela je m'en fais la promesse.

Deux jours encore, puis nous débouchons soudain à l'air libre, ce que je mets un moment à réaliser car il fait nuit et je me suis si bien habitué à regarder où je mettais les pieds que je ne pense pas immédiatement à lever les yeux au ciel lorsque la texture de l'air que nous respirons change. Un peu plus tard, tandis que nous faisons une brève halte, soigneusement surveillés comme de coutume par une dizaine d'archers alors que la quarantaine d'autres Elfes bruns qui nous accompagne se repose, le guerrier qui m'a capturé et qui occupe visiblement une place de sergent ou équivalent parmi ses semblables s'approche de moi:

"Traduis mes paroles pour tes compagnons, Sindel. A partir de maintenant, silence absolu. Le premier qui parle, qui crie ou qui gémit, nous lui trancherons la gorge. Tu m'as compris?"

"Oui. Je leur dirai. Où sommes-nous?"

Ma curiosité est récompensée par un rude coup de poing dans le sternum, qui me plie en deux en me faisant tousser à m'en irriter la gorge. Bon sang! Il ne pouvait pas juste s'abstenir de me répondre, non? Celui-là, je le tuerai en premier à la seconde où j'aurai les mains libres...

"Pas de questions, pas de bruit. Silence, ou..."

"Vous nous égorgerez, oui, merci, j'ai bien compris", haleté-je avec colère.

L'Eruïon opine d'un hochement de tête puis, alors que je me redresse péniblement, m'assène un nouveau coup de poing dans le ventre qui me replie aussi sec. "Silence", insiste-t-il d'un ton dur, et cette fois je me contente de hocher la tête pour indiquer que j'ai retenu la leçon avant de traduire la consigne à voix basse pour mes compagnons d'infortune. De toute manière nous n'aurions aucun intérêt à crier pour ameuter les éventuelles patrouilles Sindeldi qui pourraient traîner dans le coin: nous sommes des bannis et tout ce que nous y gagnerions, c'est d'être renvoyés fissa à Raynna. Pris entre le marteau et l'enclume, en somme, notre avenir s'annonce radieux...

A partir de là, nous n'avançons plus que de nuit et dans le plus grand silence, mais je parviens néanmoins rapidement à nous situer approximativement: nous sommes en train de longer la chaîne des volcans en direction de Nessima, en restant toujours dans ses premiers contreforts où les coulées de lave sont rares. Nous devons cependant en contourner quelques-unes, mais rien de comparable à ce qui nous attendrait si nous nous enfoncions davantage dans le dangereux massif. Durant la journée, nous nous tapissons dans des recoins invisibles depuis le désert, ce qui est habile car aucune patrouille ne nous verra à moins de se risquer sur les volcans, chose qui n'arrive qu'exceptionnellement pour ce que j'en sais. Par Sithi, quand je pense que l'équipement que j'ai fait dissimuler en vue de notre évasion, et donc mon armure et mes reliques, sont à quelques heures de marche seulement... ils feraient moins les fiers, nos chers Eruïons, si je parvenais à aller les récupérer. Mais tenter de nous évader maintenant serait peine perdue, pas un seul instant la vigilance des Elfes Bruns ne se relâche et force nous est de continuer sagement sur la piste qu'ils veulent nous voir suivre.

Cinq nuits plus tard, nous arrivons à la pointe nord du massif, si proches maintenant du Domaine de Farcha que je peux entrevoir les lumières des fermes les plus proches du désert. Pourtant, bien que la nuit soit encore jeune, nous n'entamons pas la traversée de la bande de désert qui nous en sépare encore. Les Eruïons nous conduisent au contraire plus à l'intérieur du massif, jusqu'à un vaste cirque rocheux si parfaitement dissimulé que je ne le découvre qu'à l'instant où nous y pénétrons par un étroit défilé.

(Sithi miséricordieuse! Tu vois ce que je vois, Sindalywë?!)

(Oui... je crains de comprendre...)

Près de trois cents guerriers Eruïons doivent être rassemblés là, à en juger par le nombre de tentes plantées dans le cirque. Mais, même si c'est un nombre trop conséquent pour un simple raid, ce n'est pas la cause de ma stupeur. Non, cette dernière provient d'un fait autrement plus dérangeant: je distingue une bonne cinquantaine de Sindeldi parmi eux, tous bardés d'amures d'acier et lourdement armés! Avec à leur tête, je le vois en train de les haranguer, ce fourbe de Maërel! Et, plus loin, aisément reconnaissables à leurs armures rouges, la matriarche Eruïonne que j'ai rencontrée et ses deux gardes du corps, la première étant penchée sur ce qui ressemble à une carte.

(Misère... ils manigancent quoi ces deux saletés, pour s'être alliés et avoir réuni autant d'hommes?)

(Aucune idée, mais certainement pas un simple pillage de quelques malheureuses fermes...)

(Non, ils préparent quelque chose de bien plus gros, mais quoi? Même s'ils étaient plusieurs milliers ils n'auraient aucune chance de prendre Nessima, mais je ne vois pas d'autre cible nécessitant une pareille organisation. Bon sang, il faut absolument que j'arrive à découvrir ce qu'ils magouillent!)

(Oui, mais prudence, je doute beaucoup qu'ils apprécient les fouineurs et tu n'as rien d'un espion habile à se dissimuler.)

Un doux euphémisme, mais je ne peux pas rester sans rien faire alors qu'une petite armée d'Eruïons et de bagnards s'apprête à aller répandre la mort parmi les miens, je dois trouver un moyen de les prévenir et vite! En théorie cela semble simple, Sindalywë peut envoyer un rêve à Sylënn et lui montrer ce qui se trame ici, mais prêtera-t-elle seulement assez attention à ses songes pour se décider à agir? Je vais le tenter bien évidemment, mais mieux vaudrait que j'aie un plan de rechange au cas où cela ne suffirait pas à la convaincre. Reste à le trouver, mais comment?

Nos accompagnants conduisent la grosse vingtaine de survivants que nous sommes dans un recoin du cirque et nous y parquent comme des bêtes derrière une vague palissade bricolée avec des branches récoltées les dieux seuls savent où. Nous découvrons y un autre groupe de miséreux Sindeldi arrivé avant nous, près d'une trentaine quand à eux, abattus et résignés. Nous pourrions aisément défoncer la maigre barrière qui nous enferme si nous n'étions pas attachés, mais ce serait pour nous retrouver au beau milieu de centaines d'ennemis en armes, alors à quoi bon? Moroses, nous allons nous asseoir dans un coin, d'un bloc car nous sommes toujours reliés les uns aux autres, et je murmure alors à l'attention de Brëanal et Tarhël:

"Il faut qu'on sorte d'ici, mais je ne vois vraiment pas comment...vous n'auriez pas une idée lumineuse?"

Le capitaine me sourit sans joie et secoue négativement la la tête, mais Tarhël se tortille comme un ver durant un instant de façon à pouvoir poser devant moi une petite pierre noire en chuchotant:

"Pas mieux, mais j'ai récupéré ça hier matin, ça pourrait peut-être servir?"

Je baisse les yeux sur sa trouvaille et lui sourit férocement:

"Bien joué! Au moins pourrons-nous tenter quelque chose!"

Sa petite pierre n'est autre qu'une obsidienne, pierre commune dans ces montagnes volcaniques, pourvue d'une arrête que je devine assez tranchante pour couper nos liens. Brëanal semble aussi ravi que moi, mais il ne perd pas le nord et nous questionne doucement:

"Parvenir à nous détacher sera un grand pas, mais ensuite? On ne fera pas dix mètres là-dehors sans nous faire repérer."

Il a raison, bien sûr, même si nous étions parfaitement équipés nous n'aurions pas l'ombre d'une chance de sortir vivants de ce cirque. Il faut attendre, encore, mais il y a tout de même quelque chose que nous pouvons faire:

"Essayons de trouver discrètement d'autres obsidiennes, le plus possible. Le moment venu, nous tenterons quelque chose et plus nombreux nous seront à pouvoir nous libérer plus nous aurons de chances de nous en tirer."

Personne ne me demande quand ce moment viendra, aucun de nous n'a la moindre idée de ce que nous réservent nos geôliers, ni même si une opportunité de tenter quoi que ce soit arrivera. Mais nous faisons passer le mot et, bien vite commençons à fouiller le sol en quête des précieuses pierres. Malheureusement elles ne foisonnent pas partout et, malgré nos efforts, nous n'en avons trouvé que trois autres, dont l'une trop petite pour être utile, lorsque le soleil se couche une nouvelle fois. A peine a-t-il disparu à l'horizon que le camp s'anime et que, quelques minutes plus tard, les Eruïons abattent la palissade pour nous encercler avec de nombreux archers. Je frémis à cette vision: auraient-ils finalement décidé de nous abattre là? Ce serait absurde, mais la vie m'a appris que la logique n'était pas toujours de la partie...

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Jeu 26 Juil 2018 10:15, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Mar 24 Juil 2018 01:58 
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A mon grand soulagement, les Elfes Bruns entreprennent de nous détacher et, dès que c'est chose faite, nous alignent sur deux rangs en prenant soin de mettre les plus petits d'entre nous devant. Autant dire que je me retrouve au premier rang, avec mes petits deux mètres, mais cela ne me dérange pas le moins du monde: je n'en verrai que mieux ce qui se passe.

La matriarche s'approche alors de nous, toujours étroitement gardées par ses deux séides et suivie par Mëaren, pour nous observer attentivement de son dérangeant regard doré. Non qu'il soit moche, mais c'est une couleur si inhabituelle que j'ai du mal à m'y faire. Pour le reste, elle comme ses gardes pourraient être de belles femmes, si elles avaient un peu plus de chair sur les os.

(Holà! Tu crois vraiment que c'est le moment de penser à la bagatelle), s'offusque ma Faëra?!

Non, sans doute pas, mais après tout je n'ai pas croisé beaucoup d'Eruïonnes dans ma vie et cela fait des mois que je n'ai pas vu une jolie femme, alors... Enfin, je me recentre sur ce qui se passe en soupirant, ce n'est certainement pas en tentant de la courtiser que je me tirerai de là. Peu à peu, elle répartit les prisonniers en trois groupes, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une douzaine d'entre nous devant elle, dont Brëanal et moi. Un sourire moqueur ourle ses lèvres lorsque son regard se pose sur moi:

"Le faux oracle a survécu, à ce que je vois. Dis-moi, jeune Sindel, tu appartiens bien à la noblesse de ton peuple?"

Je la fixe droit dans les yeux et, un sourire discret aux lèvres, lui rétorque calmement:

"Êtes-vous certaine que je ne sois pas un véritable oracle, Dame? Vous ne me connaissez pas et je n'ai pas davantage le privilège d'avoir pu faire votre connaissance."

L'un des gardes, outré par mon audace, lève son fouet afin de me punir, mais la matriarche interrompt son geste d'un regard sévère et le repose longuement dans le mien avant de remarquer d'un ton qui me fait frémir bien qu'il n'ait rien d'ouvertement menaçant:

"Tu n'as pas répondu à ma question, Elfe de Lune. Dois-je la reposer?"

"Non, ma dame. Je fais partie de la noblesse Sindel, c'est exact."

"Qui d'autre?", me demande-t-elle en désignant les quelques Sindeldi qui se trouvent près de moi.

Pourquoi cette question? Inutile d'être devin pour comprendre qu'elle réserve à certains d'entre nous un sort différent de celui des autres prisonniers, mais lequel? Sera-t-il meilleur, pire? Dois-je lui révéler que Brëanal aussi est un noble? Je n'ai aucun moyen de le savoir, mais j'ai consacré assez d'efforts à le retrouver pour ne pas risquer d'en être séparé maintenant si je peux l'éviter. Je le désigne donc du menton à la matriarche:

"Lui."

"Qui d'autre?" redemande-t-elle en me fixant avec une patience que je devine des plus limitées.

Peu soucieux de la mettre en colère pour le moment, je pose donc la question en Sindel à mes compagnons d'infortune et lui désigne sans tergiverser les deux qui m'ont répondu positivement. Elle sourit alors légèrement et ordonne aux gardes de répartir les autres dans les trois groupes déjà formés avant de s'adresser à nouveau à moi, sans doute parce que je suis le seul à parler sa langue:

"Obéissez-moi avec diligence et vous vivrez peut-être. Désobéissez-moi et vous mourrez promptement. Suis-je assez claire, "oracle"?"

Prenant sur moi pour dompter ma fierté, je lui rétorque de mon ton le plus neutre:

"Oui, ma dame. En quoi pouvons-nous vous servir?"

Elle hausse un sourcil à ma question qui la prend visiblement au dépourvu, mais, avant qu'elle n'ait eu le temps de me répondre, Mëaren s'avance en s'exclamant en Sindel:

"Celui-là est à moi! C'était ma condition et elle n'a pas changé!"

(Hum, il vient de faire une grossière erreur, le bougre), me murmure ma Faëra.

Il semblerait, de fait, car l'Eruïonne se retourne avec une inquiétante lenteur et pose sur lui un regard si glacial que je n'aimerais vraiment pas être à sa place. D'une voix qui ne l'est pas moins, elle lui répond dans la même langue:

"Ai-je bien entendu des mots jaillir de votre bouche, sieur?"

Diablesse! Pas un instant je ne me suis douté qu'elle parlait notre langue, une chance que je n'aie rien dit de stupide en posant ma question aux autres Sindeldi quelques instants plus tôt... Mais la cible de son courroux, loin de se laisser démonter, répète avec colère:

"Vous avez parfaitement entendu! Celui-là viendra avec moi ainsi que nous en avons convenu!"

Un grondement de colère monte des Eruïons assez proches pour avoir assisté à la scène, certains allant jusqu'à porter les mains à leurs armes. Réalisant que la tension monte, certains des hommes de Mëaren se rapprochent en faisant de même, ce qui ne fait que crisper davantage les Elfes Bruns alors que la matriarche garde un silence des plus inquiétant sans cesser de fixer le Sindel. Fichtre, la situation devient soudainement passionnante, mais...pourquoi ne lui répond-elle pas?

(Il se passe quoi Sindalywë? Je n'y comprends rien!)

(C'est parce que tu ne connais pas les coutumes des Eruïons. Jamais les hommes ne donnent d'ordre aux femmes ni ne leur parlent ainsi, surtout lorsqu'il s'agit d'une matriarche. Cela pourrait lui valoir de très sérieux ennuis, mais je suppose qu'elle a besoin de lui et qu'elle cherche une manière de réagir qui ne perturbe pas ses plans.)

(Ah oui? Eh bien...rendons-lui un menu service, dans ce cas...)

(Euh... tu ne devrais pas t'en mêler, c'est...)

"Vous avez là un bien misérable allié, Dame", lancé-je en Eruïon sur le ton de la banale conversation.

(...dangereux), achève ma Faëra avec dépit.

La dame en question se tourne vers moi, avec une vivacité des plus dérangeantes cette fois, pour me rétorquer d'une voix polaire:

"Silence. Un mot de plus et je te fais trancher la langue, Sindel."

Je m'incline légèrement mais, risquant le tout pour le tout, je rajoute néanmoins:

"A vos ordres ma dame. Mais vous avez un problème délicat que je pourrais résoudre pour votre plus grand bénéfice."

Excédée, elle me dévisage d'une manière telle que je me demande avec des sueurs froides si elle ne va pas mettre sa menace à exécution, mais elle finit par dompter son agacement pour me demander:

"Vraiment? Sois bref et convaincant, Elfe de Lune, très convaincant."

Je prends une ample inspiration et me lance, priant Sithi pour que ce que m'a dit Sindalywë soit exact, ce dont je ne doute pas, et que mon instinct vise juste:

"Il vous a insultée, mais vous avez besoin de lui pour diriger les Sindeldi. Vous pouvez difficilement le punir de son arrogance parce que lui et ses hommes risqueraient de se retourner contre vous. Vous en viendriez à bout, bien sûr, mais vos plans seraient fortement compromis. Mais si vous me laissiez le défier pour réparer l'offense qui vous a été faite, vous vous débarrasseriez de ce grossier personnage sans être directement impliquée et je me fais fort de convaincre ses hommes de vous suivre. Je suis un noble de leur peuple, ils m'écouteront."

"Tu pourrais perdre, Sindel, auquel cas mon déshonneur serait encore plus grand."

"Je pourrais, mais dans ce cas son exigence n'aura plus lieu d'être et passera pour un ridicule caprice puisqu'il aura lui-même démontré que je n'en valais pas la peine."

La matriarche me scrute pensivement, soupesant sans doute le pour et le contre, puis elle me demande encore d'un ton qui n'indique rien du résultat de ses cogitations:

"Et pourquoi ferais-tu cela?"

(Fais attention à ce que tu lui réponds, là, Bien-Aimé, très attention), me souffle ma petite compagne de fluide.

"Parce que je veux vivre, dame. Et comme je suis un banni, mon unique chance est de vous rejoindre."

Je retiens ma respiration alors que la matriarche me dévisage d'un regard aussi pesant qu'une montagne, mais je ne m'y dérobe pas et souris pour moi-même lorsque Mëaren, qui n'a pas compris un traître mot de notre échange, gronde stupidement:

"Quelle est cette embrouille? Ne l'écoutez pas, c'est un lâche et un traître! Il est à moi, c'était l'accord! Je vous somme de le respecter!"

Les yeux toujours rivés aux miens, l'Eruïonne ne prend même pas la peine de le regarder, encore moins de lui répondre. A la place, elle m'adresse un imperceptible hochement de tête qui fait bondir mon coeur d'allégresse. Cet idiot de Mëaren s'est laissé emporter par la coutumière et haïssable arrogance de notre peuple, une chance pour moi car, malgré mes efforts pour la convaincre, je ne crois pas que la matriarche aurait accepté ma proposition s'il n'en avait pas rajouté une couche. Se tournant enfin vers Mëaren, l'Eruïonne le toise avec un immense mépris et lui déclare d'un ton hautain en Sindel:

"Vous m'avez gravement offensée, sieur. J'aurais laissé passer cela pour le bien de nos projets, mais votre "oracle" connaît bien nos traditions et insiste pour laver l'affront qui m'a été fait. Je ne puis refuser sa demande sans risquer de passer pour une faible, mes guerriers ne comprendraient pas. Vous avez donc un défi à relever, pardonnez-moi si je ne vous souhaite pas bonne chance."

Comme par inadvertance, elle a pris soin de désigner d'un geste large les quelques trois cents Eruïons qui nous entourent, soulignant ainsi sans un mot le rapport de forces écrasant entre ses propres troupes et celle de Mëaren. Elle a aussi réussi à se dissocier de l'affaire d'une manière que la plupart des Sindeldi présents ne pourront qu'approuver, tous viennent de Raynna, un lieu où la faiblesse n'est pas précisément vue comme une qualité. Je ne peux m'empêcher d'éprouver une certaine admiration pour cette Elfe Brune, elle est plus habile que je ne l'imaginais. J'ai toujours entendu dire que les Eruïons étaient des sauvages à peine dégrossis, incapables de religion ou de politique, mais voilà qui met un sérieux coup à ces préjugés.

Mëaren a pâli de colère au discours de la matriarche et un brouhaha confus brise le relatif silence des lieux alors que ses sbires et les prisonniers se mettent à commenter ce qui vient de se passer, avec inquiétude pour les premiers, avec un espoir plein de retenue pour les seconds. Les Eruïons, quant à eux, observent la scène en silence jusqu'à ce que la matriarche leur traduise ses précédentes paroles, ce qui engendre un véritable tollé approbateur encore accru par le vacarme qu'ils font en frappant leurs armes entre elles! S'il y a une patrouille Sindel à moins de dix kilomètres d'ici, aucun doute, ils seront avertis de la présence de la petite armée. La matriarche ordonne alors à ses guerriers de créer un cercle au centre du cirque rocheux pour que le duel puisse s'y dérouler, puis elle lance à l'une de ses gardes du corps:

"Prête-lui un de tes sabres, Erythëa."

Sans me soucier du regard haineux que me jette le fourbe qui m'a jeté dans les griffes des ennemis de mon peuple, je prends avec délectation le magnifique sabre que me remet, à contrecoeur mais je m'en fiche, ladite Erythëa. J'en apprécie rapidement l'équilibre et le poids, puis je souris à sa propriétaire en lui disant:

"Je vous remercie, dame, c'est une très belle arme. Je tuerai ce misérable en votre honneur, ce sera un peu comme si vous l'aviez châtié vous-même."

Mes paroles adoucissent quelque peu l'Eruïonne qui se contente de hocher la tête avant de se reculer en m'indiquant de la main l'espace vide qui commence à se former au centre du cirque rocheux. Je m'y dirige sans hésiter, un rictus féroce aux lèvres, l'envie d'étriper ce fourbe esclavagiste me taraude depuis trop de jours pour que je retarde encore l'instant jouissif où je lui plongerai mon arme dans le coeur.

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Mar 24 Juil 2018 22:20 
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Lorsque Mëaren me rejoint, quelques minutes plus tard, au centre du cercle d'une quinzaine de mètres qui s'est formé, il a revêtu une lourde armure de plate de bon acier et a coiffé un heaume intégral, une vision qui me fait sérieusement grincer des dents car le sabre qui m'a été prêté n'a rien d'une arme capable de seulement cabosser une plaque d'acier massif. A contrario, je ne suis vêtu que d'un pagne et l'épée longue de mon adversaire n'aura donc aucune peine à trouver ma chair à la moindre erreur de ma part. Mais bon, personne n'a jamais dit que le combat se devait d'être équitable, seuls les preux imbéciles bourrés d'idéaux chevaleresques s'attachent à ce détail, les autres ne se soucient que d'une unique chose: abattre leur adversaire avant qu'il ne le fasse. Reste que le combat s’avérera des plus délicats pour moi, je ne dispose pas du redoutable avantage que me confère habituellement le maniement simultané de deux lames et je n'ai aucune protection susceptible de compenser un défaut de parade ou d'esquive. Mais c'est aussi en cette absence d'armure que résidera ma force dans cet affrontement: je serai plus léger, plus souple qu'avez vingt kilos de ferraille sur le dos, je me fatiguerai moins vite que lui et mon champ de vision sera bien meilleur que celui permis par le foutu heaume porté par Mëaren. On se rassure comme on peut...

"Tu viens de commettre ta dernière erreur, petit. Une ultime déclaration avant de mourir?"

Je lui souris froidement en me mettant en mouvement de façon à lui tourner autour tout en restant hors de portée de sa lame et en prenant soin de dissimuler mes capacités réelles:

"Je n'ai pas prévu de mourir aujourd'hui sieur. Mais je vais vous apprendre qui je suis afin que vous sachiez qui va prendre votre vie: je suis Tanaëth'tar Ithil, Lame du Crépuscule, champion de Sithi et dirigeant des Danseurs d'Opale."

Mon ennemi ricane moqueusement dans son heaume, rétorquant avec mépris tout en pivotant pour continuer à me faire face:

"Je savais déjà ton nom, vermisseau. Tu n'es rien, ta famille a été écrasée et ton tour est venu."

Je plisse les yeux à ces paroles, comment peut-il savoir qui je suis et ce qui est arrivé à mes parents? Je suis certain de ne jamais l'avoir vu à Nessima et je doute fort que l'histoire ait jamais atteint une autre ville, l'affaire ayant été soigneusement étouffée par Averenn et ses laquais. Sans cesser de bouger, je repense à la trop grande facilité avec laquelle il a accepté mes conditions à Raynna, une aisance que n'explique pas ce que j'ai découvert de ses manigances par la suite. Il lui aurait été facile alors de me capturer et de me livrer aux Eruïons au lieu de les laisser se charger de moi, alors pourquoi ne l'a-t-il pas fait? Le bougre profite de mes cogitations pour se fendre subitement et pointer mon ventre de la pointe de sa lame, un coup basique que je pare d'un revers nerveux avant de me reculer vivement hors de sa portée.

"Vraiment? Je ne me souviens pourtant pas vous avoir déjà rencontré, ni même avoir entendu parler de vous. Mais peut-être étiez-vous en charge des latrines plutôt que général, à l'époque? Ceci expliquerait cela..."

De la provocation pure est simple, volontaire. Je veux savoir de quoi il retourne, le pousser à se mettre en colère et à laisser son orgueil le dominer afin qu'il parle et commette des erreurs, mais ce ne sera sans doute pas aussi simple que je l'espérais car il se contente de rire une nouvelle fois en me rétorquant:

"Tu es comme ton père: tu n'as jamais rien compris à ce qui se passait, te duper est si aisé que c'en est presque inintéressant."

Mais c'est qu'il tenterait de retourner mes armes contre moi, l'enfoiré! Surtout, surtout ne pas laisser la moindre prise à la colère que l'évocation de mon père pourrait facilement faire naître en moi, je dois garder une absolue maîtrise de mes émotions si je veux avoir une chance de m'en sortir. J'esquive une nouvelle attaque en direction de mon bras gauche et riposte d'une taillade visant ses yeux pour le forcer à reculer. Je sais très bien qu'elle ne risque pas de le blesser, mais rares sont ceux qui ne réagissent pas instinctivement quand quelque chose menace leurs prunelles. Il n'échappe pas à la règle et recule comme prévu pour esquiver mon sabre, mais sans m'offrir la moindre ouverture malheureusement. Je ne sais pas s'il a vraiment été général, j'en doute un peu, mais il sait se battre le saligaud!

"Vous êtes à la solde d'Averenn, c'est ça? Son allié peut-être?"

"Ahahaha! Que tu es amusant! Malgré toute sa morgue, Averenn n'est qu'un pion insignifiant sur l'échiquier, petit. Ce qui se passe échappe aussi totalement à sa compréhension qu'à la tienne, et jamais vous n'aurez la moindre chance de seulement entrevoir un plan qui vous dépasse de très loin."

Le fourbe en profite pour se lancer soudain dans une brutale série d'attaques de pointe vicieusement dispersées, manquant de peu me prendre en défaut, distrait que je suis par mes réflexions. Un vigoureux bond en arrière m'épargne la mort mais, ce faisant, j'ai omis de prendre en compte la foule qui nous entoure et sens soudain des mains me pousser sèchement dans le dos et me propulser vers l'épée qui vrombit toujours! Je parviens à la parer en catastrophe, mais mon geste est imparfait et la lourde lame me balafre salement l'épaule gauche avant de revenir à une vitesse foudroyante pour me trancher le col. Huées et cris de joie résonnent dans l'assemblée alors que je me jette précipitamment au sol pour esquiver le coup mortel, qui passe si près de mon cou que je sens contre ma peau le mouvement d'air que l'épée provoque. Je roule aussitôt sur moi-même pour me dégager de cette fâcheuse posture, mais Mëaren est rapide et n'entend pas me laisser le loisir de me reprendre. Sa lame pointe mon ventre, me forçant à une contorsion désespérée, puis ma cuisse droite, piquant cette fois douloureusement ma chair! Rageur, je m'empare d'une poignée de sable de ma main libre et la lui projette au visage, ce qui l'oblige à secouer furieusement la tête pour évacuer les grains qui se sont infiltrés dans les fentes de son heaume et donc dans ses yeux. J'en profite pour me relever hâtivement, non sans grimacer de douleur lorsque je prends appui sur ma cuisse blessée, et m'écarte en boitant afin d'avoir le temps de jeter un rapide coup d'oeil à mes blessures. Celle de l'épaule n'est apparemment qu'une estafilade, peu profonde mais saignant passablement. Celle de la cuisse est plus sérieuse, mais rien d'essentiel à mes mouvements ne semble avoir été touché, cela fait juste un mal de chien. Mon ennemi ne tarde pas à me refaire face, goguenard:

"Alors, "oracle", tu ne l'avais pas vu venir, celui-là?"

Plutôt que de lui répondre, je rassemble massivement mon énergie intérieure et la déploie de manière à améliorer ma maîtrise d'arme et ma précision, sacrifiant ainsi un peu de ma force qui ne me sert strictement à rien dans le cas présent. Mëaren repasse à l'attaque en me chargeant soudain comme un taureau dans le but de m'empaler, une technique des plus rustiques que je maîtrise aussi bien que lui mais qui, dans le cas présent, s'avère être un choix idiot car ce faisant il y perd en précision alors que je viens justement d'accroître la mienne. Je l'esquive souplement d'un entrechat sur la gauche et déploie une nouvelle fois mon ki pour riposter en portant un coup vif et puissant sur sa main d'arme, mais le bougre parvient de justesse à la ramener assez vite à lui et mon acier ne fait que claquer bruyamment sur la garde de son épée. Je bondis en arrière lorsqu'il enchaîne d'un revers visant mes côtes puis, alors que sa lame revient en coup droit, l’enveloppe joliment de la mienne en soutenant mon geste d'un peu de ki afin d'essayer de la lui arracher. Durant une fraction de seconde, j'ai l'impression que ma technique va réussir, mais mon rude adversaire est retors et, pivotant brutalement en prenant soin d'accompagner ma tentative de désarmement, il m'assène de sa main libre un formidable coup de poing bardé d'acier sur mon épaule déjà blessée! Et là, j'ai beau y être résistant, je jappe de douleur en titubant en arrière...

"Champion de Sithi, hein? Sans rire. Un vulgaire fermier, oui, je pourrais t'écraser à mains nues sans même transpirer..." ricane Mëaren en me collant au train.

Le pire, c'est que je me sens bel et bien dans la peau d'un paysan face à un guerrier aguerri, juste là, pas une seule fois je n'ai seulement réussi à le menacer sérieusement! Qui est ce type, par Sithi?! Et le sang que je perds en abondance commence à m'affaiblir insidieusement, si je n'en finis pas très vite je suis un Sindel mort... mais comment? Comment passer sa bons dieux d'armure avec mon arme trop légère? Viser les jointures, bien sûr, mais cet enfoiré les protège avec une remarquable efficacité. La donne serait différente si j'avais deux armes, je pourrais en utiliser une pour écarter son épée et l'autre trouverait alors à s'insinuer jusqu'aux points faibles de sa plate, mais avec une seule?

(Feinte-le, sois plus malin que lui!)

(Je fais de la broderie, là, à ton avis? Tu en as de bonnes...)

J'esquive deux rudes coups de taille et en pare un troisième in extremis tout en cherchant désespérément une faille dans sa défense, mais je n'en vois aucune. Ce mec est une véritable tour ambulante, les seules ouvertures que je distingue sont pareilles à des meurtrières, trop étroites et parfaites pour qu'en jaillisse la mort. Néanmoins le conseil de ma Faëra fait peu à peu son chemin et une stratégie commence à se dessiner dans mon esprit, risquée, incertaine, mais je n'ai pas mieux et ne rien tenter me conduira inexorablement à ma fin. Après avoir esquivé une dangereuse fente, je rassemble massivement mon ki et le modèle en une forme d'attaque qu'il ne peut avoir déjà vue: la danse de l'éclipse. J'entame aussitôt une véritable chorégraphie tournoyante de toute ma célérité, dissimulant mon sabre avec mon corps pour le faire jaillir de l'ombre à contre-pied de la défense de mon adversaire, encore et encore. La technique le surprend clairement et il perd pied un instant mais, lorsque ma lame trouve enfin la faille et s'y précipite au terme d'une ellipse foudroyante, ce n'est que pour riper sur sa plaque d'épaule au lieu de s'enfoncer comme prévu dans la jointure!

(Putain de sabre!)

Maniant une arme que je ne connais pas parfaitement, j'ai en effet sous-estimé sa courbure, d'un rien, mais un rien de trop. Et la riposte s'abat, brutale, sous la forme d'un véritable déluge de coups puissants qui me contraignent à toute une série d'esquives et de parades mettant ma résistance et mon souffle à rude épreuve. La mort dans l'âme, je prends conscience que ce salopard me surpasse dans le maniement des armes et que je ne lui résisterai plus bien longtemps car je sens déjà mes jambes trembler de fatigue sous moi. Comment Mëaren fait pour être encore aussi en forme avec le poids qu'il a sur le dos, ça je l'ignore, mais le fait est que contrairement à moi il ne semble pas même essoufflé. Il ne me lâche pas d'ailleurs, et enchaîne avec une contre-volte effrayante de rapidité qui me prend une nouvelle fois en défaut. Je n'ai que le temps d'interposer ma lame très imparfaitement, ce qui réussit néanmoins à faire pivoter légèrement l'épée de mon ennemi et, au lieu de me faire proprement trancher la jambe, c'est le plat de la lame qui me percute violemment à l'arrière du genou. Le choc est tel qu'il me contraint à mettre ledit genou en terre en grognant de douleur, une position désastreuse car déjà mon adversaire revient à la charge pour m'achever en riant:

"Bien le bonjour à tes parents, petit paysan!"

A l'instant où il se dresse au-dessus de moi pour en finir, je rassemble le maximum d'énergie spirituelle possible et joue ma dernière carte en la relâchant sans douceur. Sabre à l'horizontale juste au dessus de mon crâne, comme si j'espérais me protéger de son coup, je me ramasse sur moi-même, mimant ainsi l'attente du coup fatal. Puis, puisant dans mes ultimes ressources, je me projette soudain vers lui et vers le haut au moyen de ma jambe intacte et pliée, redressant dans le même temps mon sabre qui crisse atrocement contre l'épée qui s'abat et l'écarte ainsi juste assez de moi pour qu'il m'entame légèrement le cuir chevelu au lieu de me fendre le crâne. La pointe de mon arme, elle, trouve sans faillir le mince espace qui sépare le heaume du gorgerin et s'enfonce profondément dans la mâchoire, puis dans le crâne de mon adversaire. Collé à lui, je vois son regard s'écarquiller de stupeur et d'incompréhension, puis se brouiller alors que je retire ma lame et lui adresse quelques mots d'une voix glaciale:

"Technique de petit, ce sont les Thorkins qui me l'ont apprise. Approprié, non? Bien le bonjour à tes semblables, charogne!"

Contre toute attente, Mëaren parvient encore à croasser un faible rire en bafouillant d'une voix hachée:

"Ah ah ah! Crever...tous crever...foutus...dupés ju...jusqu'à l'os!"

Puis il s'effondre lourdement, m'obligeant à faire un pas de côté pour ne pas me retrouver coincé sous son cadavre. Une monstrueuse clameur s'élève à cet instant des Eruïons et des Sindeldi qui ont été les esclaves ou les prisonniers de cette vermine, me rappelant subitement où je me trouve. Vacillant, je me tourne vers la matriarche et m'incline quelque peu maladroitement devant elle en lui demandant:

"Votre honneur est-il suffisamment lavé, ma dame?"

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Mer 25 Juil 2018 14:31 
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La matriarche Eruïonne incline légèrement le visage avec un petit sourire au coin des lèvres en réponse à ma question, puis elle me désigne la cinquantaine de Sindeldi armés en me disant dans sa langue:

"Fais en sorte qu'ils se tiennent tranquilles cette nuit, je m'adresserai à eux au matin. Précise-leur que ceux qui tenteraient de filer seront abattus sans pitié, le secret de notre présence ici l'exige."

Pensif, je les observe brièvement, me demandant comment tourner les choses pour que cela ne dégénère pas en bataille rangée. Tous sont tendus, inquiets de la tournure des événements. Certains semblent prêts à dégainer si la situation l'exigeait tandis que d'autres, bien moins nombreux, paraissent abattus par la mort de leurs chefs. Si la plupart nous observent d'un air incertain, quelques-uns nous fixent avec colère, voire haine, mais ceux-là ne sont pas plus d'une demi-douzaine pour ce que j'en vois. Cela pourrait néanmoins suffire à engendrer un bain de sang, si je ne m'abuse, que deux ou trois décident de se conduire comme des imbéciles et le reste pourrait suivre, engendrant ainsi le bain de sang que je préférerais éviter. Je refais face à l'Eruïonne et lui réponds prudemment:

"Dame, oserais-je vous soumettre une suggestion?"

Elle acquiesce d'un imperceptible hochement de tête, les yeux légèrement étrécis de méfiance et de curiosité, si bien que je me lance:

"Je vous suggère de faire en sorte de les désarmer, puis de les attacher avec les autres prisonniers pour la nuit. Si je suis convaincu que la plupart n'a servi Mëaren que parce qu'il leur assurait d'avoir assez à manger, certains d'entre eux lui étaient sans aucun doute véritablement dévoués et pourraient poser problème. Les premiers auront pris plaisir à maltraiter leurs frères et soeurs réduits en esclavage pour plaire à leur chef, les seconds se seront très certainement comportés moins durement. La nuit fera le tri, il y aura quelques morts au matin bien sûr, mais ceux qui auront passé la nuit seront aussi les plus susceptibles de vous rester loyaux."

Je laisse filer un bref silence, puis j'ajoute juste assez fort pour qu'elle entende:

"Par ailleurs, Mëaren a dit quelque chose de troublant juste avant de mourir. Avec tout le respect que je vous dois, je pense que vous devriez entendre ses paroles et ma pensée à leur propos avant de poursuivre l'exécution de vos plans."

L'Eruïonne pose sur moi un long regard indéchiffrable, puis elle se tourne vers Erythëa, sa garde du corps, et lui donne quelques rapides instructions:

"Récupère ton sabre et désarmez les Sindeldi de Mëaren avant de les attacher avec les autres prisonniers. Abattez ceux qui tenteraient de s'enfuir ou de résister."

La guerrière opine d'un petit signe de tête et, après avoir récupéré le sabre que je lui remets sans discuter, s'éloigne pour transmettre les ordres de la matriarche qui se retourne vers moi:

"Je ne sais pas ce que tu manigances, Elfe de Lune, mais je vais très vite le découvrir et mieux vaudrait pour toi que cela ne me déplaise pas. Suis-moi."

Escorté par la deuxième garde du corps, j'emboîte le pas à l'Eruïonne qui me conduit rapidement jusqu'à une assez grande tente de toile couleur de sable, la sienne selon toute vraisemblance, dans laquelle nous entrons tous deux tandis que la garde se poste devant l'entrée. L'aménagement intérieur est des plus sommaires: quelques nattes au sol, deux ou trois couvertures soigneusement pliées, une théière en terre cuite posée sur un petit brasero et quelques gobelets de même matière. Dans un recoin, j'avise encore un assez grand paquet emballé dans la même toile que celle de la tente, une besace de cuir et, accrochés au mât central, deux sabres dans leurs fourreaux. Un dénuement qui me révèle plus encore que l'équipement militaire hétéroclite de ses guerriers le dénuement de ce peuple. Comment vivent les autres, si la matriarche qui les dirige ne possède rien de plus que ce que je vois là? Dès que nous sommes entrés, cette dernière se dirige vers la besace posée au sol et en extrait une petite fiole qu'elle me tend:

"Avale ceci avant de mettre du sang partout."

A mon air indécis, elle précise encore d'un air sarcastique:

"Je n'ai pas besoin de poison pour prendre ta vie, Sindel. C'est une potion de soin."

Je prends donc la fiole et, après l'avoir remerciée d'une courbette du buste, en avale le contenu. Je frissonne en sentant mes plaies se refermer et les douleurs qui me taraudent depuis des semaines s'atténuer, bon sang ce que ça fait du bien! L'Eruïonne récupère la fiole vide et la range soigneusement avant de décrocher l'un des sabres pendus au mât et de me le lancer en me dévisageant calmement:

"Si tu veux m'assassiner comme le prétendait Mëaren, tente ta chance maintenant. Tu n'en auras pas de meilleure, nous sommes seuls et la plupart de mes hommes sont occupés."

Surpris, je fronce les sourcils et secoue négativement la tête en lui tendant l'arme, garde en avant:

"Je n'ai aucune intention de vous nuire, dame. Mëaren était un fourbe cruel et aucune de ses paroles n'était digne de confiance. A part peut-être celles qu'il a prononcées en mourant."

L'Eruïonne, après avoir récupéré le sabre et l'avoir remis à sa place, me rétorque avec un sourire en coin:

"Assieds-toi. Je veux entendre ces derniers mots et ces pensées qu'ils t'ont inspiré. Je veux aussi que tu me dises qui tu es vraiment, comment tu as connu Mëaren et tout ce que tu sais sur lui. Évite de mentir, il n'est pas facile de me tromper et je le prendrai très mal."

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Mer 25 Juil 2018 14:44 
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Je m'assieds donc en tailleur à même le sol, face à l'Elfe Brune qui s'installe de même, et réfléchis un instant avant de prendre la parole. Que puis-je lui révéler? Et, surtout, que signifient les ultimes éructations du Sindel que je viens de tuer? Ont-elles seulement un sens ou n'a-t-il proféré ces mots que par haine et dépit? Je ne peux qu'émettre des hypothèses, vagues et peu convaincantes, pour l'instant, mais mon instinct me souffle qu'il y a véritablement une sérieuse anguille sous roche. Seulement, je doute fortement que la matriarche accorde un grand crédit à des supputations fondées sur mon seul instinct et mieux vaudrait que je sois persuasif si je veux vivre encore quelques temps. Plus important encore que ma vie, il faut que je trouve un moyen d'empêcher les Eruïons d'aller saccager ma terre natale et massacrer les Enfants de Sithi que je suis censé protéger, mais comment? Après avoir pris une ample inspiration, je me décide enfin en la regardant au fond des yeux:

"Je me nomme Tanaëth Ithil. J'appartiens à la noblesse de Nessima et, si je me suis rendu à Raynna, ce n'est pas parce que j'y ai été condamné mais parce que j'avais une mission à y accomplir: en sortir un Sindel qui y avait été envoyé injustement et qui a une grande importance pour moi."

La matriarche plisse les yeux à mes paroles qui renforcent clairement sa méfiance, mais elle me fait néanmoins signe de poursuivre, ce que je fais sans attendre:

"Ce Sindel était sur le point de mourir lorsque je l'ai trouvé, or je n'avais rien pour le soigner ou payer quelqu'un pour le faire. Je l'ai donc amené à Mëaren et j'ai prétendu que j'étais un oracle afin qu'il le soigne en échange d'une prophétie. Il ne m'a pas vraiment cru bien sûr, mais il a pourtant accepté le marché en y ajoutant une condition: que je tue l'un de ses ennemis. Je n'avais pas d'autre choix que dire oui, si je voulais que mon ami survive. La question qu'il m'a posée était la suivante: qui massacre mes esclaves et mes guerriers? Je ne suis pas vraiment un Oracle, mais j'ai le pouvoir d'entrevoir certaines choses, la plupart du temps de manière floue et imprécise, comme dans un rêve. J'ai donc vu par ce moyen des Eruïons attaquer les esclaves mais, ma vision n'étant pas claire, j'ai cru qu'ils étaient massacrés comme Maëren l'avait affirmé. Lorsque je lui ai fait part de cette découverte il n'a pas été surpris, ce que je n'ai pas compris à l'époque, et a exigé votre vie en paiement de ma dette. La suite vous la connaissez puisque c'est ainsi que vos guerriers nous ont capturés, moi et mon ami, dans les mines. Ce n'est qu'après notre première rencontre, en découvrant que les esclaves soi-disant massacrés étaient en vie, que j'ai compris que ce fourbe m'avait dupé sur toute la ligne."

Totalement impénétrable, l'Elfe Brune me scrute longuement sans prononcer un mot, puis demande enfin à mi-voix:

"Ses dernières paroles, quelles étaient-elles?"

"Il a dit que nous allions tous crever, que nous avions tous été trompés. J'ai d'abord pensé qu'il ne parlait que de ses anciens esclaves, mais je n'en suis plus aussi sûr maintenant."

"Pourquoi cela?"

"J'ignore quels sont exactement vos plans et quels étaient les buts de Mëaren, mais vous êtes trop nombreux pour un simple raid. Or si mon peuple tolère quelques pillages ici et là parce que cela revient finalement moins cher que de protéger toute la région en permanence, une attaque massive de votre part engendrera forcément des représailles impitoyables. Cela fait longtemps que certains de nos dirigeants prônent votre éradication définitive, sans succès jusque là parce que la région est trop désolée pour attiser les convoitises et que la ratisser pour vous débusquer serait extrêmement difficile et coûteux. Mais suivant ce que vous faites, l'équilibre pourrait basculer et ces dirigeants obtenir gain de cause. Auquel cas c'est une véritable guerre que vous auriez sur les bras, une guerre qui signifierait la fin de votre peuple."

L'Eruïonne garde longuement le silence, réfléchissant à mes paroles, puis elle remarque d'un ton neutre:

"Tu dis faire partie de la noblesse de ton peuple et ne pas avoir été banni. Si tout cela est vrai, tu es donc libre de retourner chez toi. Je crois que tu mens et que tu essayes de protéger les tiens en tentant de me détourner de mes plans. Je crois que, comme tous les tiens, tu nous méprises et n'as que faire de mon peuple tant qu'il reste bien sagement terré dans ses trous et demeure assez misérable pour ne pas vous menacer. Contrairement à ce que tu sembles croire, aucune armée ne survivrait plus de quelques jours dans le désert de Sarnissa ou sur l'Akuynra. C'est la fin de tous les soldats que ton peuple enverrait que cette guerre signifierait, Sindel, pas la nôtre."

"Je n'ai aucune envie de voir les miens massacrés par vos guerriers, c'est un fait, dame. Mais je ne vous méprise pas, en aucune façon, et je ne souhaite pas davantage voir mourir les vôtres pour rien."

Le regard de la matriarche s'enflamme dangereusement à ces mots et c'est d'une voix sifflante pleine de colère qu'elle me rétorque durement:

"Pour rien? As-tu la moindre idée des conditions dans lesquelles nous vivons?! Cela fait des millénaires que tes semblables nous traquent comme des bêtes nuisibles, vous avez pris nos terres, ravagé nos cités, exterminé tant des nôtres que nous avons failli disparaître! Nous n'avons plus rien, Sindel, nos enfants meurent de faim et de soif dès qu'une source se tarit, nous sommes contraints de nous terrer dans des cavernes misérables pour échapper à vos tueurs! Nous n'avons plus rien à perdre, Tanaëth Ithil, plus rien du tout!"

Je m'assombris en l'entendant, comme tous les Sindeldi je connais l'histoire, du moins la version mitonnée par le Clergé. Je sais néanmoins pour avoir discuté avec pas mal de vieux soldats dans ma jeunesse que ses paroles ne reflètent que la plus stricte vérité, que si les Eruïons s'attaquent à nos terres pour les piller ce n'est que parce qu'ils n'ont pas d'autre solution pour survivre. Je ne cautionne pas plus le comportement de mon peuple à leur égard que le traitement qu'il réserve aux bannis de Raynna mais, malheureusement, je n'ai pas le pouvoir de changer cela. Soupirant tristement, je lui réponds doucement:

"Je sais tout cela, dame, et cela me désole profondément, croyez-le. Mais ce n'est pas en déclenchant une guerre que vous ferez changer les choses, vous ne ferez que les empirer. Attaquez nos terres en règle et, en admettant que nous n'ayons pas les moyens de vous traquer dans le désert, nous renforcerons si bien leurs défenses que vous ne serez même plus en mesure de les piller de temps à autre. Je sais que vous n'avez pas le choix et que c'est pour vous la seule manière de survivre, alors songez aux conséquences: faute de cet apport, davantage de vos enfants mourront. Voilà tout ce que vous gagnerez en mettant vos plans à exécution."

"Que devrions-nous faire, alors, selon toi? Nous résigner à notre sort? Continuer à vivre comme des animaux tandis que les tiens s'accaparent tout ce qui était autrefois à nous?"

Bon sang! Que répondre à ça?! Que ferais-je à sa place, si la situation était inversée? Jusqu'à très récemment, j'aurais répondu que me battrais jusqu'à la mort pour que cela change, exactement comme elle s'apprête à le faire. Mais aujourd'hui, je sais que ce n'est pas une solution viable, que la guerre et les tueries ne résolvent pas tout. Au contraire, elles ne font souvent qu'empirer les choses, ainsi que je viens de le lui dire. Je sais aussi qu'elle ne renoncera pas à son action si je ne lui offre pas une meilleure alternative, mais laquelle? Je suis très loin d'avoir l'influence nécessaire parmi les miens pour peser sur les décisions de nos dirigeants afin de faire changer la situation et ne l'aurai probablement jamais, même si je retrouvais mon rang à Nessima. Alors quoi, bons dieux?! Comment puis-je éviter le drame qui se prépare? Après un long silence, les yeux au sol, je murmure d'un ton déprimé:

"Je ne sais pas, dame, je n'ai pas le pouvoir de changer la mentalité de mon peuple d'un claquement de doigts, malheureusement."

Je relève la tête et accroche à nouveau son regard d'or avant d'ajouter:

"Mais je sais que la violence n'amènera rien de bon, pour personne. Nous vivons sur la même terre et nous nous étripons depuis des millénaires, faut-il vraiment continuer sur cette voie sans fin en alimentant encore les rancunes par des massacres?"

L'Eruïonne sourit mystérieusement et me rétorque posément:

"Précisément pas. Je vais mettre un terme à tout cela."

Surpris, je la dévisage avec incrédulité en essayant d'imaginer ce qu'elle mijote, mais en vain:

"Comment?"

"Tu le découvriras bien assez tôt, tu m'as rendu service et je te crois plutôt honnête, mais je n'ai certainement pas assez confiance en toi pour te confier mes plans, Sindel. Rejoins les tiens maintenant."

Perplexe, je me relève et la gratifie d'une brève courbette avant de quitter sa tente. A peine en suis-je sorti qu'Erythëa m'attrape par le coude pour me conduire auprès des autres Sindeldi qui, je le découvre bientôt, ont tous été désarmés, attachés et parqués dans un recoin du cirque rocheux sous la surveillance d'une trentaine d'archers.

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Mer 25 Juil 2018 20:08 
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Une fois plus proche des Sindeldi, je réalise qu'ils ont été attachés par groupes, les trois constitués uniquement des anciens esclaves de Mëaren, un formé de ses sbires et, enfin, un dernier placé un peu à l'écart ne comprenant que Brëanal et les deux autres nobles que j'ai désigné plus tôt à la matriarche. C'est vers celui-ci qu'Erythëa me conduit mais, alors que je lui présente déjà mes poignets pour qu'elle les ligote, elle secoue négativement la tête en me fixant de son regard d'azur et me dit de sa voix un peu rauque:

"Je n'ai pas reçu l'ordre de t'entraver. Mais reste tranquille, les archers n'ont pas non plus reçu l'ordre de t'épargner s'ils te voient en train de te promener."

"Je serai sage, promis. Merci Erythëa."

"Tu as bien combattu", se borne-t-elle à me répondre avant de s'éloigner pour rejoindre sa consoeur qui monte la garde près de la tente de leur dirigeante.

Un peu surpris de cette pseudo liberté qui m'est laissée, je fais discrètement signe à Brëanal de s'écarter autant que ses liens le lui permettent des deux autres nobles et m'assieds à côté de lui alors qu'il remarque avec un sourire en coin:

"Eh bien, vous vous êtes fait une amie, je crois bien. Mais si vous m'expliquiez plutôt ce qui s'est passé? Je n'ai pas compris grand chose..."

Je hausse les épaules à sa boutade, puis entreprends de lui expliquer à voix basse les événements qui viennent de se dérouler, les suppositions que j'en ai tirées et ce que j'ai appris, histoire qui laisse le capitaine aussi perplexe que moi.

"Je ne vois pas mieux que vous comment elle pourrait mettre un terme à la misère qui frappe son peuple. Prendre Nessima n'est pas à leur portée et je pense également qu'un nouvel accès de violences ne fera qu'empirer leur situation..."

Songeurs, nous gardons tous deux le silence durant quelques minutes avant qu'il ne le rompe pour me demander:

"Que fait-on, maintenant? On essaye de s'échapper dès que possible pour aller prévenir les nôtres de l'attaque imminente?"

"Aucune idée, mais je ne crois pas qu'ils nous laisseront l'opportunité de fuir. Regardez-les, ils sont d'une rare vigilance."

"J'ai vu, oui. Mais on ne va quand même pas rester les bras croisés, en attendant que...que quoi au juste? Avez-vous appris quelque chose sur le sort qu'ils nous réservent?"

"Non, je n'ai pas demandé, l'occasion ne s'est pas présentée. Quant à agir, cela me démange autant que vous mais pour l'instant je ne vois pas ce que nous pourrions tenter. Enfin, si, je vais essayer de savoir ce qu'ils projettent, peut-être que cela nous donnerait une idée..."

"Et comment espérez-vous découvrir ça?"

"En rêvant", lui réponds-je en souriant légèrement, "veillez à ce que personne ne me dérange pendant un moment, voulez-vous?"

Ma réplique le laisse perplexe, mais il hoche néanmoins la tête en signe d'accord et je m'installe alors pour entrer dans l'état de profonde méditation qui me permet d'user du Don de Vision que m'a offert Sithi. Quelques minutes plus tard, après avoir focalisé ma volonté sur le futur et, plus précisément, sur l'instant où la matriarche tentera d'atteindre son but, une image se dessine enfin dans mon esprit.

Je distingue une grande plaine, par une nuit sans lune, barrée à l'horizon par une masse plus sombre, imposante, qui délimite tout l'horizon. Un instant encore et je discerne, presque invisible sur la masse sombre, une autre forme qui évoque un peu une immense pointe de flèche. Je ne comprends pas de quoi il s'agit, mais je n'ai pas le temps de m'attarder sur cette question car déjà la scène change, de manière si subtile que, de prime abord, je ne vois aucune différence. Pourtant il y en a une: rien ne bougeait dans la première alors que là, de nombreuses petites formes paraissent courir sur la plaine, en direction de la "flèche".

Un instant encore et elles commencent à tomber par dizaines, pour une raison que je ne perçois pas. Une lueur apparaît soudain dans la masse sombre qui barre l'horizon, il en sort une...ligne argentée? Puis la vue change à nouveau, brutalement cette fois, et me montre un visage ensanglanté, livide, que je reconnais pourtant sans le moindre mal: l'Eruïonne aux yeux d'or. Elle semble me fixer durant une seconde, avec un désespoir si profond que j'e ai le coeur qui se serre, puis les brumes du temps se referment et je reviens sans douceur au présent.


Ébranlé par cette dernière partie et plongé dans une profonde incompréhension quant au reste de ce que j'ai vu, je garde encore les yeux fermés durant de longues minutes jusqu'à ce que, soudain un éclair de compréhension jaillisse, en moi et de mes lèvres:

"Un Aynore! Par tous les dieux, la pointe de flèche était un Aynore!"

"Quoi?" me demande un Brëanal éberlué et totalement incapable de percer le sens de cette exclamation.

Fébrile, je lui explique à voix basse:

"Elle prévoit de tenter de s'emparer de l'un des Aynores qui atterrissent à Nessima, mais c'est un piège! Mëaren l'a trompée comme il nous a dupés, je suis convaincu que l'armée sait qu'ils arrivent et connaît leurs plans, ils vont tous se faire massacrer et nous avec! Cet enfoiré était à la solde de quelqu'un de puissant qui trouverait son intérêt dans tout ça, mais alors qui, ça je n'en ai pas la moindre idée!"

Le capitaine fronce les sourcils en réfléchissant intensément, puis il finit par grommeler:

"C'est audacieux, mais s'ils disposaient d'un Aynore avec pilotes et techniciens ils pourraient quitter le Naora et cela réglerait effectivement leur problème. Enfin, plus où moins, il leur resterait à trouver un lieu où s'établir sans se mettre à dos la population locale, mais ça doit pouvoir se trouver. Quant à savoir à qui cela pourrait profiter, je n'en sais trop rien. Mais nous, dans tout ça, à quoi leur servirions-nous?"

"D'otages, j'imagine?"

"Des bannis feraient de bien piètres otages, vous ne croyez pas?"

"Habillez-nous à peu près correctement et personne ne devinera que nous venons de Raynna, capitaine. Mais ce n'est qu'une supposition, ma vision était trop brève et trop floue pour que je puisse différencier des Sindeldi des Eruïons, je n'ai vu que des silhouettes noires en train de courir, puis tomber."

"Je vois... ils participaient tous à cette attaque?"

"Difficile à dire", lui rétorqué-je pensivement en tentant de me remémorer de mon mieux la scène avant d'ajouter "il ne me semble pas avoir vu quatre centaines de silhouettes, mais ce que je vois n'est jamais parfaitement net et certains pouvaient se trouver hors de mon champ de vision. Pourquoi?"

"Eh bien parce qu'ils nous ont divisés en plusieurs groupes et que, si j'étais eux, je tâcherai de créer une ou deux belles diversions, par exemple en attaquant les fermes. Cela attirerait une partie des troupes de Nessima loin de la ville et leurs chances seraient meilleures. Et comme ils parlaient de nous comme des cibles pour les archers...nous pourrions leur servir de "boucliers" lors de ces attaques, si vous voyez ce que je veux dire."

"Mmm. Pas bête. Mais ils nous ont séparé du reste de la troupe, vous, ces deux nobles et moi, pourquoi?"

"Parce que nous sommes en meilleure santé que les autres et que nous pourrions tromper la vigilance des gardes de l'Aynore pour leur permettre d'approcher au plus près avant de se faire repérer? Ou encore parce qu'ils comptent se servir de nous pour obliger les pilotes et techniciens à leur obéir? Vous parliez d'habits, tout à l'heure, bien vêtus nous passerions pour des nobles et les Sindeldi de l'Aynore hésiteraient à nous laisser exécuter, en refusant d'obtempérer, je suppose."

"Possible, oui. Mais tout ça ne répond pas à notre question: comment empêcher cela?"

"Aucune idée. Je crains que la seule chose qui nous reste à faire soit d'essayer de leur échapper pendant le trajet."

"Moui... mais ça signifie que tous les êtres de ce camp vont se faire massacrer, et ça ne me plaît pas du tout."

Nous plongeons à nouveau dans le silence, incapables d'imaginer un moyen de résoudre ce problème en apparence insoluble. Pourtant il doit bien y en avoir un par Sithi! Ce n'est qu'une bonne heure plus tard qu'une idée me vient soudainement. Je n'ai pas vraiment grand espoir qu'elle fonctionne, mais n'ayant rien de mieux à tenter...

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Jeu 26 Juil 2018 00:58 
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(Sindalywë, faisons rêver, enfin, cauchemarder un peu cette chère matriarche, veux-tu?)

(Avec le plus grand plaisir!)

Tissant ensemble un monde onirique sur mesure pour l'Eruïonne, nous lui montrons tout d'abord la vision que j'ai eue de son visage exsangue, ensanglanté, puis la scène des silhouettes qui courent vers l'Aynore et tombent par grappes, son visage de mourante encore, avec pour accompagner le tout quelques paroles interminablement répétées: c'est un piège, c'est un piège... Nous lui faisons ensuite parvenir une image de ma jeunesse, représentant l'armée de Nessima au grand complet, impressionnante, en train de parader dans les rues de la cité pour une cérémonie, puis à nouveau son propre visage moribond, sans cesser notre litanie verbale. Puis nous lui transmettons une image du visage de Sithi, emplie d'une profonde tristesse, issue de ma rencontre avec elle tandis que je me trouvais sur Izurith. Nous y joignons une nouvelle phrase: écoute mon fils, écoute l'Elfe de Lune, puis lui envoyons une dernière image de mon visage tirée, elle, de la mémoire de ma Faëra en lui répétant encore deux fois d'écouter l'Elfe de lune, moi autrement dit.

(Eh bien, si avec tout ça elle ne se réveille pas avec un sale pressentiment...)

(C'est clair, espérons qu'elle en tiendra compte.)

Moins d'une heure plus tard, Erythëa s'approche de moi et m'ordonne de la suivre car la matriarche désire me parler, ce qui me fait sourire intérieurement: je crois que notre petit stratagème a fait son effet... Reste à l'utiliser adroitement pour la convaincre de renoncer à son projet, ce qui sera, je n'en doute pas, plus facile à dire qu'à faire. Lorsque je pénètre dans la tente de la dirigeante Eruïonne quelques minutes plus tard, j'ai la surprise de la trouver en bien légère tenue: dépourvue d'armure contrairement à toutes les fois que je l'ai aperçue, elle ne porte en effet qu'un simple pagne et une bande de tissu nouée autour de la poitrine. Debout, elle devait être en train de faire nerveusement les cent pas car je la vois s'immobiliser subitement à mon entrée pour me faire face et me dévisager d'un air sombre. Apparemment elle a bien reçu le message, à voir maintenant comment elle l'a perçu.

Je m'incline légèrement tout en l'observant sans ostentation, force m'est d'avouer qu'elle est très loin d'être désagréable à regarder. Elle est très mince, certes, presque à la limite de la maigreur, mais son corps aux courbes indubitablement féminines est solidement musclé et semble aussi dur que de la pierre sous le faible éclairage de l'unique source de lumière, le petite brasero lui servant à maintenir sa théière au chaud. Sa longue chevelure couleur d'argent dénouée forme comme un halo lunaire autour de son visage aux traits durs, contrastant étrangement avec ses prunelles d'or rivées sur moi.

(Ho! Ce n'est pas le moment de te laisser troubler par cette donzelle! N'oublie pas qu'elle pourrait aussi bien te faire trancher la tête dans cinq minutes), s'offusque Sindalywë!

Amusé par la jalousie récurrente de ma Faëra, je lui rétorque avec ironie:

(Alors autant profiter du spectacle, non?)

(Pfff! Tu ne changeras donc jamais?!)

"Crois-tu aux rêves prémonitoires, Elfe de Lune" me demande soudain l'Eruïonne?

J'incline le visage et lui réponds avec gravité:

"Oui ma dame. Je suis un Fils de Sithi et notre Mère est issue du Fluide primordial de Vision, dont les rêves font partie intégrante."

"Assieds-toi. Veux-tu du thé?"

"Avec plaisir, dame", réponds-je en m'asseyant ainsi qu'elle l'ordonne.

Elle remplit deux gobelets de terre cuite du breuvage bouillant puis s'installe face à moi avant de m'en tendre un que je prends en inclinant une nouvelle fois le visage pour la remercier.

"Tu as dis que tu pouvais entrevoir des choses. Peux-tu voir l'avenir?"

"Je peux parfois entrevoir un avenir, oui, une possibilité parmi beaucoup d'autres. Rien ne garantit qu'il se produira effectivement, les actes des vivants peuvent changer le cours des choses et c'est alors un autre qui adviendra."

Elle hoche légèrement la tête et déguste prudemment une gorgée de thé fumant, geste que j'imite avec le plus grand plaisir car cela fait des mois que je n'ai rien bu d'autre que de l'eau, puis elle reprend en me fixant à nouveau:

"J'ai rêvé de ma mort, Tanaëth Ithil, et de celle de tous ceux qui m'accompagnent."

Bon, le moment me semble bien choisi pour abattre quelques atouts, quitte à prendre quelques risques:

"Je sais. Mëaren vous a trahie, l'armée de Nessima vous massacrera lorsque vous tenterez de vous emparer de l'Aynore."

Une profonde surprise se peint sur son visage et c'est d'un ton incrédule et proche du murmure qu'elle demande:

"Comment...comment sais-tu cela?!"

"Je ne vous ai pas menti en vous disant que j'étais capable de voir certaines choses, dame. J'ai utilisé ce pouvoir, cette nuit."

"Qu'est-ce qui me prouve que tout ceci est vrai", demande-t-elle encore en se reprenant avec une remarquable rapidité?

"J'imagine que vous avez prévu de faire des diversions pour vous faciliter la tâche, en attaquant des fermes pour obliger l'armée à y envoyer des troupes je suppose. Si Maëren était aussi au courant de ça, vous pouvez être sûre qu'une solide défense vous y attend. Envoyez des éclaireurs s'en assurer et vous aurez votre preuve."

Le regard doré de l'Elfe se fait plus intense et elle semble sur le point de dire quelque chose, mais ce n'est qu'après plusieurs secondes de silence qu'elle reprend d'un ton amer:

"Je ne peux pas attendre. Nous n'avons pas assez de provisions pour cela, surtout pour les tiens qui dévorent chacun autant que cinq Eruïons. Nous devons nous emparer de ces fermes dans les plus brefs délais."

"Alors vous mourrez. Mais il y a une autre solution. Je sais où vous pourrez trouver de la nourriture sans prendre des risques insensés."

"Je t'écoute."

Je bois une nouvelle gorgée de thé, sans la quitter des yeux, puis je lui réponds doucement:

"Oserais-je vous demander votre nom, dame?"

La question sans aucun rapport avec le sujet dont nous discutons la prend totalement au dépourvu, ce qui était mon but. Entre le combat que j'ai mené pour elle, du moins en apparence, et le rêve sans doute traumatisant que je lui ai fait parvenir, se réserve envers moi s'est légèrement effritée et notre relation a imperceptiblement changé, devenant peu à peu plus ouverte. C'est cette ouverture, encore fort étroite, que je tente ainsi d'élargir afin de gagner sa confiance qui, seule, me permettra d'éviter le pire. Mais, durant quelques instants, je me demande si je n'ai pas été un peu vite car elle garde longuement le silence avant de me répondre enfin:

"Sëraya, de la tribu de Moura."

C'est à mon tour d'être surpris et de hausser un sourcil étonné en remarquant impulsivement:

"Sëraya? Mais...c'est un nom Sindel! Enfin, on le prononce un peu différemment, mais dans notre langue cela signifie..."

"Petite tempête, je sais. Ma mère était Sindel, Tanaëth, c'est elle qui m'a donné ce nom."

Je n'en reviens pas! Je savais pourtant très bien que les Eruïons recueillaient certains de nos soldats égarés dans le désert ou des fugitifs de Raynna, mais à la voir jamais je n'aurais imaginé qu'elle avait du sang Sindel dans les veines, encore moins en ligne aussi directe. Elle a tout d'une pure Eruïonne, enfin, si tant est qu'il existe de purs Eruïons puisqu'ils sont en fait le résultat de millénaires de métissage avec nous d'après ce que j'en sais, mais j'aurais instinctivement cru qu'un être issu de parents de races si différente au niveau de la couleur de peau aurait été moins typé, moins...brun de peau en somme. Déstabilisé par cette révélation, je réalise que je dois avoir l'air totalement stupide avec mon expression incrédule et m'empresse de me reprendre:

"Je suis honoré de faire votre connaissance, Sëraya de la tribu de Moura."

Elle incline légèrement le visage mais, contrairement à moi, elle ne perd pas le nord:

"Où puis-je donc trouver cette nourriture dont tu as parlé?"

Prudence, maintenant, me dis-je intérieurement à cet instant. Je dois absolument éviter de reproduire l'erreur commise par Mëaren, mais dans le même temps il faut aussi que je parvienne à m'assurer du sort des miens. Ce qui est délicat, car il est absolument exclu d'exercer une sorte de "chantage" en exigeant qu'elle me garantisse la sécurité des Sindeldi en son pouvoir en échange de nourriture, elle ne le tolérerait pas si j'ai bien compris le peu que Sindalywë m'a expliqué de leur culture. Par ailleurs, je perdrais probablement la confiance croissante qu'elle m'accorde, ce qui reviendrait à signer l'échec de ma tentative de résoudre le problème sans violence. Peut-être est-il temps que je lui fasse moi aussi un minimum confiance:

"Maëren en gardait tout un stock dans son repaire. Assez pour nous nourrir tous pendant des semaines, d'après ce que j'en ai vu. Il vous sera aisé de vous en emparer, vu que la plupart de ses hommes se trouvent ici. Je suppose qu'il n'a laissé que quelques gardes pour décourager les Ranais."

"Je ne comprends pas, tu n'es pas désespéré, perdu dans le désert ou condamné à l'exil. Tu appartiens à la noblesse de ton peuple, celle-là même qui nous méprise tant, et pourtant tu m'aides. Pourquoi?"

"C'est une longue histoire, Sëraya. Mais disons que, contrairement à la plupart des miens, j'ai vécu des décennies parmi d'autres peuples, ce qui m'a ouvert les yeux. En vous aidant et en évitant un nouveau carnage j'aide indirectement mon peuple, la guerre et la violence entre Sindeldi et Eruïons n'amène rien à personne, il serait temps que nous apprenions à vivre en paix et à partager."

"Tu es un Sindel peu commun, Tanaëth Ithil" déclare-t-elle en me souriant avec plus de douceur que je ne l'aurais cru possible. "J'enverrai des éclaireurs vers ces fermes et des hommes chercher cette nourriture. J'espère que tu ne tentes pas de me tromper, parce que je ne te le pardonnerai pas."

"Vous aurez très bientôt la preuve de mes dires, dame. J'espère que nous pourrons alors apprendre à nous faire confiance et, qui sait, devenir amis."

"Nous verrons cela. En attendant, viens avec moi, il y a quelque chose que je veux te montrer", me répond-t-elle en se relevant.

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Jeu 26 Juil 2018 12:02 
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Se munissant d'une bande de tissu couleur de sable extraite de ses affaires, Sëraya m'entraîne hors de la tente et prend un instant pour donner les ordres nécessaires à l'envoi des éclaireurs et de ceux qui doivent aller chercher de la nourriture, ce qui me fait soudain penser à une chose qui pourrait me faire gagner un temps précieux:

"Dame, m'autorisez-vous à vous soumettre une requête?"

Après qu'elle ait indiqué qu'elle acceptait d'un petit geste de la main, je me lance prudemment:

"Je souhaiterais que vous autorisiez mon ami à accompagner ceux de vos hommes qui retournent à Raynna. J'ai dissimulé mon équipement à deux journées de marche du bagne en prévision de notre évasion, si vous permettiez qu'il profite de votre expédition pour le ramener cela me rendrait un immense service. Cela ne ferait pas un grand détour et, par ailleurs mon ami sait où se trouve exactement la nourriture dont je vous ai parlé, il pourrait donc guider vos hommes et leur faire regagner le temps perdu."

"Ton ami, c'est le premier que tu m'as désigné comme étant de la noblesse?"

"Oui."

"Très bien. Mais tu ne récupéreras ton bien que lorsque je le déciderai."

"Cela va de soi. Merci, ma dame."

Elle ajoute rapidement les consignes adéquates à l'intention de celui qui doit être, je suppose, l'un de ses officiers, puis nous nous remettons en route en direction de l'extrémité sud du crique rocheux, suivis par ses deux gardes du corps qui maintiennent une distance de quelques mètres avec nous. Parvenus près de la haute falaise qui ceint la quasi totalité du lieu, je découvre une discrète faille la perçant à sa base, large d'un peu plus d'un mètre au niveau de mes épaules et haute de trois. L'Eruïonne s'y glisse en me faisant signe de la suivre, ordonnant dans le même temps à ses protectrices de rester à l'entrée et de ne laisser entrer quiconque avant que nous n'en ressortions. Me demandant ce qu'elle peut bien vouloir me montrer, je remarque que le sol sableux de la faille est couvert de traces de pas, signe que de nombreuses personnes ont emprunté récemment ce passage. Étrange... Nous devons parcourir une cinquantaine de mètres dans le conduit qui descend en pente douce, et dans une totale obscurité, avant de déboucher soudainement dans une petite salle approximativement circulaire d'une douzaine de mètres de diamètre, visible grâce à la lueur dispensée par une lampe à huile posé dans une niche naturelle de la paroi.

Après les quelques secondes nécessaires à l'acclimatation de ma vue au changement de luminosité, je découvre avec surprise qu'il y a un bassin d'environ trois mètres sur deux rempli d'une eau légèrement fumante et sentant un peu le souffre contre la paroi située à gauche de l'endroit où nous sommes arrivés. Ses bords recouverts de calcite sombre sont arrondis et sa profondeur ne doit pas excéder un bon mètre mais, en revanche je ne vois aucun exutoire pour l'eau alors qu'il me semble qu'il doit être alimenté en permanence car je distingue un léger bouillonnement à sa surface. Je me demande un instant si cela ne tient pas simplement au fait que l'eau est bouillante, mais je laisse vite tomber cette hypothèse: elle fumerait bien davantage si c'était le cas. C'est assez joli, mais pourquoi diantre m'a-t-elle emmené ici? Un peu perplexe je me tourne vers elle afin de le lui demander, mais elle anticipe ma question et désigne le bassin d'un main tout en fronçant le nez:

"Lave-toi, tu es crasseux à faire peur et tu sens mauvais."

Soudain honteux, je m'empourpre si joliment en réalisant à quel point elle a raison qu'elle éclate de rire, un son agréable que je n'aurais jamais cru entendre dans sa bouche. Par Sithi, ai-je donc tant perdu mon côté "civilisé" durant ces dernières semaines que je n'aie même pas remarqué à quel point j'étais sale ni même songé à me décrasser, moi qui ai toujours apporté un soin méticuleux à mon hygiène? Je suis si mal à l'aise que j'en oublie mon absence de pudeur habituelle, que certains ont parfois qualifiée de consternante, et bredouille avec une terrible gêne:

"Euh... vous...vous ne voudriez pas sortir? Ou au moins...vous retourner?"

Elle secoue la tête en riant et me rétorque d'un ton empli d'autorité qui met fin à toute discussion:

"Non."

Bon, eh bien ça c'est dit. Je soupire doucement et retire donc mon pagne, devenu d'un ignoble gris de saleté au fil des jours, avant de me glisser dans l'eau sous le regard attentif et ô combien gênant de l'Eruïonne. Mais ma honte s'estompe dix secondes après que je sois entré dans l'eau délicieusement brûlante, bon sang ce que ça fait du bien! Envahi d'une bienfaisante torpeur, je m'accroupis de façon à y être plongé jusqu'au menton et ferme les yeux de bonheur sous la sensation oubliée que procure un bon bain chaud, oublieux de tout, me contentant de savourer le moment présent. C'est le soudain contact d'une main sur mon épaule qui me sort de ma béatitude, en sursaut car je ne l'ai même pas entendue approcher!

"Que...que faites-vous, dame", demandé-je en me retournant vivement.

Question idiote, je le réalise une fraction de seconde après l'avoir posée, d'autant plus qu'elle est aussi nue que moi. Mais...pourquoi fait-elle ça? Nous étions pour ainsi dire ennemis voilà moins d'un jour et maintenant elle voudrait...quoi au juste? Coucher avec moi? Ou simplement profiter de ce moment de détente sans aucune arrière-pensée? Peut-être que c'est chose courante et normale pour ce peuple, comment le saurais-je? Et la bougresse ne m'aide pas car elle se borne à hausser un sourcil en me répondant d'un ton moqueur:

"Je te décrasse, Sindel, quoi d'autre?"

Aussi emprunté qu'un adolescent n'ayant jamais connu de femme pourrait l'être, je préfère ne rien répondre et me laisser faire. Ce qui n'a rien de désagréable, au demeurant, loin s'en faut. Ce sont de bien étranges instants qui s'ensuivent, durant lesquels nous n'échangeons pas une parole. Je ne peux évidemment pas lui dissimuler mon trouble, elle est très belle et cela fait des mois que je n'ai pas seulement serré une femme dans mes bras, mais cela ne semble nullement la déranger, bien au contraire car elle ne tarde pas à profiter éhontément de la situation, ce dont je ne pense pas à me plaindre, pour être honnête. C'est une femme rude, sauvage d'une certaine manière, mais elle sait aussi faire preuve d'une étonnante douceur qui, je le réalise, m'a beaucoup manqué ces derniers temps. Lorsque nous ressortons de la cavité, un bon moment plus tard, je suis muni d'un pagne neuf couleur de sable et c'est tout naturellement, sans qu'il y ait besoin d'un seul mot, qu'elle m'invite à partager sa tente pour le reste de la nuit.

Tout aussi étranges sont les jours qui suivent car, si dans l'intimité nous sommes amants donc relativement proches, en public c'est la matriarche qui ressurgit et je comprends très vite que distance et obéissance sont la règle. Coutumes Eruïonnes, me rappelle Sindalywë en se gaussant de moi et des constants efforts que je dois faire pour ne pas commettre d'impair en lui parlant d'égal à égale comme je le ferais naturellement avec une femme d'un autre peuple. Je peux me permettre une plus grande liberté lorsque nous sommes seuls, mais les limites restent néanmoins strictes et je m'applique religieusement à ne pas les dépasser. Autre liberté des plus appréciables, j'ai désormais le droit de me balader à ma guise dans le cirque rocheux, à condition de ne pas chercher à en sortir. Je découvre aussi aux côtés de Sëraya la véracité d'histoires que je pensais exagérées: l'équivalent d'un repas normal pour moi la nourrit durant des jours, c'en est ahurissant!

Sur son ordre, je consacre pas mal de temps à rassurer mes compatriotes, leur assurant que tout va s'arranger et que leurs vies ne sont plus en danger pour l'instant. Certains me croient, d'autres au contraire mettent ma parole en doute, surtout à cause du fait que je ne peux répondre à leurs questions lorsqu'ils me demandent ce qui va advenir d'eux, mais aussi parce que la nourriture est désormais sévèrement rationnée. Les réponses viendront avec le retour des éclaireurs et des Eruïons envoyés chercher de la nourriture à Raynna, je suppose, mais c'est une bien piètre explication qui ne convainc pas les plus inquiets. Aussi est-ce avec un soulagement mêlé d'anxiété que je vois revenir, un peu moins d'une semaine après qu'ils soient partis, les éclaireurs envoyés espionner les fermes Sindel les plus proches. Si je me suis trompé et qu'ils n'ont rien vu d'anormal ma situation risque de notablement en pâtir, mais s'ils sont en mesure de confirmer mes déductions comme je prie Sithi pour que ce soit le cas, cela marquera possiblement un tournant majeur dans toute cette histoire.

L'heure qui s'écoule entre leur retour et le moment où Sëraya me convoque me semble interminable, mon inquiétude croissant au fil des minutes qui passent pour atteindre des proportions à la limite de l'absurdité. Je me pose mille questions, auxquelles il m'est naturellement impossible de trouver la moindre réponse tant que je ne saurais pas si cette histoire de piège est véridique ou si je me suis fait berner une fois encore par cette crevure de Mëaren. Lorsque je pénètre enfin dans la tente de la matriarche et l'aperçois, quelques gouttes de sueur glaciale ruissellent dans mon dos et mon coeur s'emballe d'anxiété: elle est furieuse, véritablement furieuse, et me dévisage d'un air mauvais, cela voudrait-il dire que...

"Tu avais raison."

Bordel! Une puissante vague de soulagement me submerge à ces trois mots qui, pour moi, signifient la vie. Je me maîtrise cependant rudement, lui montrer ma joie serait une grave erreur "diplomatique" qui, vu son état d'esprit actuel, pourrait me coûter cher. Je me contrains donc à adopter un ton attristé pour lui répondre à mi-voix:

"J'en suis désolé, ma dame."

Rageuse, elle me rétorque durement:

"Pourquoi? C'est bien ce que tu voulais, non? Que mes plans échouent et que ton peuple l'emporte une nouvelle fois!"

Aie. Me voici devenu le bouc émissaire, si je comprends bien, étant Sindel je représente en quelque sorte la cause de son échec et des tourments de son peuple, quoi de plus logique? Mais je ne l'avais pas vraiment prévu, espérant instinctivement que le lien s'étant créé entre nous ferait qu'elle continuerait à me voir comme son allié et amant plutôt que comme un ennemi. Une erreur qu'il me faut rattraper au plus vite car là, je suis subitement sur le fil du rasoir, ça ne fait pas le moindre doute. Je secoue la tête avec une tristesse qui n'est pas que feinte et lui réponds d'une voix calme et emplie d'une assurance que je suis loin d'éprouver à cet instant précis:

"Non ma dame, tout ce que je voulais c'est éviter un massacre. Des vôtres comme des miens. Et vous aider, si je le peux. J'espérais vous l'avoir démontré."

Elle me fixe en silence durant de longues secondes, respirant amplement pour retrouver la maîtrise d'elle-même et soupesant probablement l'honnêteté de mes paroles. Je n'en mène pas large, mais je parviens néanmoins à soutenir sans faillir le poids de son regard et à me taire, bien que l'envie de la convaincre me taraude. Je réalise au bout de quelques instants qu'il n'y a pas que de la colère dans ses beaux yeux d'or, mais aussi un profond abattement qu'elle s'efforce de son mieux de dissimuler. Et c'est cela qui me décide finalement à reprendre prudemment:

"Je ne peux pas faire en sorte que Mëaren ne vous ait pas trahi, Sëraya. Ni vous offrir l'Aynore qui vous aurait permis de quitter le Naora. Mais je crois que je peux tout de même faire quelque chose pour soulager les souffrances de votre peuple, au moins un peu."

"Ah oui? Et que pourrais-tu faire, alors que tu as avoué ne pas pouvoir influencer les dirigeants de ton peuple malgré ton appartenance à la noblesse", demande-t-elle d'un ton agressif et amer qui laisse entrevoir de manière émouvante le désespoir qui s'est emparé d'elle?

Dieux que je voudrais pouvoir la serrer dans mes bras pour la réconforter! Mais, là encore ce serait une erreur, car à cet instant elle n'est pas mon amante mais bien la matriarche sévère responsable de la survie des siens. Je reste donc rigoureusement immobile et me borne à lui rétorquer doucement:

"Je ne suis pas impliqué dans la politique Sindel, c'est vrai. Mais sans être vraiment riche, je dispose tout de même de certains moyens. Autorisez-moi à retourner à Nessima et j'achèterai un navire que je remplirai de vivres, il les déposera à l'endroit de la côte que vous m'indiquerez."

Elle soupire profondément et, son calme plus ou moins retrouvé, déclare:

"C'est une proposition généreuse, Tanaëth. Mais ensuite? Une cargaison de vivres ne résoudra pas notre problème, elle ne fait que le repousser de quelques temps, sans rien changer à notre situation générale."

"Je sais bien... mais vous fournir régulièrement un apport en nourriture est dans mes moyens, changer la mentalité des miens ne l'est pas, du moins pas sur du court terme. Ce n'est pas grand chose, j'en ai conscience, mais n'est-ce pas toujours mieux que rien? En parallèle je m'efforcerai d'agir en faveur de la paix et du partage entre nos peuples, je vous ai dit à quel point je considérai cela comme étant important, mais je ne vous cache pas que cela sera extrêmement difficile et que dans le meilleur des cas cela prendra du temps. Ensuite, si je peux faire davantage, dites-moi comment, j'en serai heureux, vraiment."

"Je ne sais pas...je ne sais plus... Laisse-moi. J'ai besoin d'être seule pour réfléchir", murmure-t-elle avec découragement en se détournant.

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 Sujet du message: Re: Akuynra, la chaîne des volcans
MessagePosté: Jeu 26 Juil 2018 15:31 
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C'est d'humeur bien morose que je quitte Sëraya, tout ce que je suis parvenu à accomplir jusque là va-t-il à nouveau être mis en péril par la fourberie de Mëaren? Cette vermine aura-t-elle le pouvoir de me nuire même après sa mort? Rien d'impossible, une fois de plus mon sort, notre sort, est entre d'autres mains que les miennes. Tout dépendra du résultat des réflexions de l'Eruïonne et je prie avec ferveur mes trois déesses favorites pour qu'il soit modéré. Soucieux, je vais m'asseoir dans un recoin isolé du cirque, éprouvant moi aussi le besoin d'être seul un moment pour mettre de l'ordre dans mes pensées.

Mon inquiétude grandit au cours des jours suivants car, contrairement à ce que j'espérais, je n'aperçois pas même une seule fois la matriarche. Outre l'incertitude que cela engendre en moi, mon égo en prend aussi un coup: ce que nous avons vécu ensemble ne signifie-t-il donc rien pour elle? Enfin, de cela je me remets vite, après tout je n'ai jamais eu l'intention de passer le reste de ma vie avec elle, mais il me tarde de savoir à quelle sauce nous allons être mangés.

Près d'une semaine s'écoule ainsi, un temps qui me semble s'étirer interminablement, puis la trentaine d'Eruïons envoyés à Raynna reviennent enfin, chargés comme des mules des provisions de feu Mëaren. Des cris de joie les accueillent, aussi bien de la part des Eruïons que des Sindeldi, la faim rassemble semblerait-il. Pour ma part ce n'est pas tant la nourriture que mon équipement qui m'intéresse, aussi me dépêché-je en direction de Brëanal dès que je l'aperçois pour m'assurer qu'il l'a trouvé et qu'il a bien pu le récupérer.

"Oui, tout est là", me répond-il d'un air épuisé en désignant un gros paquet de toile cirée porté par deux Eruïons. "Mais ces démons se déplacent à un rythme infernal quand ils le veulent, je crois que je vais aller m'allonger et dormir une petite semaine! Quoi de neuf, sinon?"

Je l'entraîne un peu à l'écart avant de lui résumer ce qui s'est produit en son absence, récit auquel il se contente de réagir d'un haussement d'épaules en me rétorquant:

"Eh bien, ce que nous avons ramené devrait lui rendre sa bonne humeur, je présume. D'autant plus qu'il en reste dix fois autant sur place. Ils ont placé quelques gardes pour veiller à ce que nul ne s'en empare, d'ailleurs."

"Je l'espère, oui... enfin, il n'y a plus qu'à attendre. Mais vivement que ça bouge, parce que contrairement à vous j'ai eu plus que le temps de m'ennuyer ces derniers jours."

Le capitaine m'adresse une grimace mi-figue mi-raisin, puis va s'affaler lourdement contre un rocher tandis que je tourne en rond en attendant le bon vouloir de Sëraya. Près de deux heures s'écoulent encore avant qu'elle ne me fasse appeler, enfin!!! Le coeur battant d'anticipation inquiète, je la retrouve devant le monceau de caisses et autres contenants ramenés de Raynna, entourée comme à l'accoutumée de ses deux gardes. Solennelle, elle s'adresse alors à moi en Eruïon:

"J'ai eu tort de douter de toi, Tanaëth Ithil. Tu peux récupérer ton matériel."

Euphorique, je m'incline pour la remercier tandis que deux Elfes Bruns amènent le gros paquetage contenant mes affaires et le dépose devant moi. Je l'ouvre lentement sous le regard curieux de la matriarche et des Eruïons présents, comme s'il s'agissait du plus précieux des cadeaux et que je voulais faire durer le plaisir. Des exclamations de surprise et d'admiration fusent lorsque se révèle mon armure de mithril, puis les merveilleuses reliques qui m'ont tant manqué. J'en caresse amoureusement chaque pièce du bout des doigts, si heureux de les retrouver qu'une larme roule lentement sur ma joue. Puis je m'équipe de pied en cap avec l'aisance d'une longue habitude, retrouvant avec émotion le poids rassurant de mon armure d'écailles écarlates et de mes lames bien-aimées avant de refaire face à la matriarche, qui me contemple alors avec un certain effarement et murmure:

"Par Zewen... je n'avais jamais rien vu de tel. Cela te...transforme."

Il faut bien avouer que l'art des Thorkins du Rock et les armes d'exception que je possède en imposent, mais j'y suis en réalité tellement habitué que je n'y ai que rarement prêté attention, bien que je sache pertinemment que je passe difficilement inaperçu en les portant, même dans des villes comme Tahelta ou Kendra-Kâr. Mais pour les Eruïons démunis de tout, ou presque car les armures portées par la matriarche et ses gardes n'ont pas grand chose à envier à la mienne, il semblerait que ce soit une vision quasiment surréaliste. Ils se rassemblent d'ailleurs autour de nous, de plus en plus nombreux, commentant à voix basse ce qu'ils voient comme si cela relevait du prodige. Je prends toutefois bien garde de ne pas me laisser griser par la sensation de puissance que me confère mon équipement et les réactions des Elfes Bruns, ce n'est vraiment pas le moment de faire un faux pas! C'est donc avec tout le respect et l'humilité que j'ai manifestés ces derniers temps que je m'adresse à Sëraya:

"Puis-je vous poser une question, dame?"

"Je t'écoute."

"Que va-t-il se passer maintenant? Je parle surtout de vos prisonniers..."

L'Elfe me sourit sans joie, puis elle hausse les épaules et me répond d'un ton las et détaché, presque fataliste:

"Je leur proposerai de nous rejoindre, nous manquons toujours cruellement de sang neuf. Et s'ils refusent, ma foi, libre à eux d'aller où bon leur semble, fut-ce en enfer. Mais je ne prendrai pas leurs vies, si c'est ce que tu craignais."

"Je vous en remercie, ma Dame. Et...moi?"

"Tu es libre. J'aimerai que tu restes parmi nous, mais tu nous seras plus utile en retournant chez toi. Enfin, si tu tiens parole."

Je m'incline en portant une main à mon coeur, puis rive mon regard au sien, aussi solennel qu'elle l'était quelques instants plus tôt:

"Je tiendrai parole, Sëraya. Prêtez attention, si vous entendez ma voix dans votre esprit, c'est ainsi que je vous préviendrai lorsque le navire promis quittera pour la première fois le port de Nessima. Où devra-t-il déposer les vivres?"

"Nous sommes un peuple de nomades. Mais il y a une grande baie en face de la terre des Hafiz. Elle conviendra."

"Parfait. Pour la suite vous pourrez vous arranger avec le capitaine du navire, je veillerai à choisir quelqu'un de confiance désirant véritablement que votre situation s'améliore. Transmettez-lui une liste de ce dont vous avez besoin en priorité, il s'efforcera de vous le fournir."

"Bien. Il est temps de nous dire adieu, Tanaëth Ithil. Va en paix."

Impulsivement, je prends ses mains entre les miennes et les presse doucement en lui rétorquant à mi-voix:

"Je n'aime pas les adieux. Je préfère croire que nous nous reverrons. Un jour prochain je viendrai vous rendre visite, porteur de bonnes nouvelles. Gardez espoir, dorénavant vous avez un ami au sein du Royaume Sindel. Au revoir, Sëraya, puisse Sithi veiller sur vous et votre peuple."

Elle répond brièvement à la pression de mes mains en inclinant légèrement le visage, puis les retire et se détourne pour rejoindre sa tente d'une démarche altière. Tout est dit. Je la suis quelques instant des yeux, puis je récupère le matériel destiné à Brëanal resté au sol et rejoins ce dernier que je secoue:

"Debout mon ami! On rentre chez nous!"

"Hein? Que..."

Il cligne à plusieurs reprises des paupières, puis remarque d'un ton ensommeillé:

"Ah. Vous avez récupéré votre équipement. J'ai dormi longtemps? Que s'est-il passé?"

Je ris avec une légèreté qui ne s'est pas manifestée depuis que j'ai pris le Cynore à Tahelta pour retourner dans ma ville natale et lui rétorque avec malice:

"Pas plus de quatre ou cinq jours, rassurez-vous. Non, je plaisante, cela fait à peine trois heures que vous êtes rentré. Quant à ce qui s'est passé, je vous raconterai ça en route. Habillez-vous et partons, voulez-vous?"

"Vous n'avez donc aucune pitié envers un vieux Sindel fatigué", maugrée-t-il tout en se relevant pour s'équiper des habits, de la cotte de maille, de l'épée longue et du sac rempli de provisions que j'avais emportés pour lui.

Dix minutes plus tard, qui m'ont laissé le temps d'informer succinctement mes compatriotes des intentions de la matriarche, nous nous mettons en route sous les regards des Eruïons, neutres ou, au contraire, teintés d'émotions diverses. Envie, espoir, regret, admiration, perplexité... autant d'états d'âme qu'il y a d'êtres, toujours.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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