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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Jeu 18 Juin 2015 21:42 
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[:attention:] Certaines parties du RP peuvent choquer les plus jeunes, attention à la lecture [:attention:]

Cette situation, cette soudaine gentillesse de sa part, j’avais un mauvais pressentiment. Je voyais le mal partout depuis que j’étais dans ce camp et j’avais de bonnes raisons de le faire, après tout ce que j’avais subi. Je ne savais pas comment je faisais pour réussir à mettre encore un pied devant l’autre.

(C’est grâce à moi !)
(Tu crois pas que tu tires la couverture un peu trop à toi ?)
(Non, pas du tout. Ma capacité à te calmer intérieurement, tu t’en souviens ?)
(Oui, parfaitement. Il est très utile d’ailleurs, pourquoi ?)
(Je ne la désactive que lorsque tu dors depuis que tu es guérie.)
(Quoi ? Tu veux dire que mon calme apparent face à la situation, c’est à toi que je le dois ?!)
(Oui…)

Cette révélation changeait clairement la donne. Si je n’avais pas été submergée par mes émotions, c’était grâce à Crystallia. Je devais mon salut à un être immatériel millénaire fait de fluides magiques ! Cette idée me tourna légèrement la tête ou bien était-ce la vapeur et la chaleur qui me brouillaient le cerveau ?

Je me calai confortablement contre le bord de la baignoire laissant juste mes bras hors de l’eau. Je pris deux minutes afin de regarder ce que j’avais à ma disposition pour me laver et pour mon déplaisir, j’avais tout laissé sur la commode. Tant pis, l’eau était parfumée, cela ferait l’affaire pour aujourd’hui.

Fermant les yeux, je calmai ma respiration et me laissai aller au sommeil.

***


En rouvrant les yeux, je me retrouvai devant un visage familier, Ehemdim, et dans un lieu que je reconnus facilement : une salle de bains des baraquements militaires de Kendra Kâr. Je devais être en train de rêver, plus exactement c’était un souvenir, que Crystallia ne connaissait pas, ne l’ayant pas vécu avec moi.

Nus comme des vers, Ehemdim m’attrapa me faisant venir tout contre lui pour m’embrasser avec toute la fougue que je lui connaissais. Il m’enserra de toute la puissance que ses muscles pouvaient développer, collant nos deux corps l’un contre l’autre. Mes bras vinrent naturellement se poster autour de son cou pour ne pas glisser mais surtout pour le garder tout contre moi.

Ce souvenir était vraiment très agréable et je n’avais pas à m’occuper de la petite voix qui était aujourd’hui dans ma tête. Je pouvais me laisser aller complètement à cette sensation de bonheur pure qui m’entourait de ses bras, au sens propre comme au sens figuré.

Ehemdim se détacha de mes lèvres non sans continuer de déposer de chastes baisers dessus. De par notre proximité, je pouvais sentir son désir pour moi se manifester un peu plus à chaque seconde. Ses yeux parlaient également pour lui, il avait envie de moi au moins autant que j’avais envie de lui.

Il me repoussa alors avec force, mais une force contrôlée car emplie de désir, contre le bord opposé de la baignoire. Etonnement, cette action me perturba car dans mon souvenir, cela ne s’était pas passé ainsi. Ehemdim m’avait déposé des baisers dans le cou avant de glisser, m’entraînant avec lui. Mon esprit devait me jouer des tours ou bien il me réinventait mon souvenir. Après tout avec toutes les substances dont j’avais été la victime, ce ne serait pas si étonnant que cela.

Se rapprochant de moi il se prépara à m’embrasser avant d’esquiver au dernier moment, me tirant une petite moue de déception, se dirigeant vers la naissance de ma mâchoire à droite. Il commença à m’embrasser tout en descendant vers mon cou. Arrivé au niveau de mon trapèze, il laissa sa marque dans ma peau, comme si j’étais sa propriété.

Nous étions fiancés même si cela n’était pas légal mais il savait pertinemment que mon cœur et mon corps lui appartenaient depuis longtemps maintenant. Après avoir aspiré ma peau, il remonta en passant par l’autre côté, laissant sur son passage nombre baisers enflammés.

L’eau du bain était encore tiède maintenant mais j’avais terriblement chaud, de plus en plus chaud. J’étais sur des braises ardentes, mon corps réclamait plus et étonnement, le déroulement de ce souvenir me troublait toujours autant. Je mis cela sur le compte de la fatigue mentale afin de profiter de mon elfe.

Ses lèvres retrouvèrent le chemin des miennes et nos langues se mirent de nouveau à danser. Il nous sépara et plongea son regard émeraude dans le mien.

- « Tes baisers me rendent fou Aenaria ! »

Je m’apprêtai à répondre lorsqu’il reprit notre petit jeu buccal. Mes mains commencèrent à se balader dans le dos d’Ehemdim alors que les siennes descendaient le long de mes côtes afin de rejoindre mes cuisses où il ébaucha quelques caresses.

Remontant doucement vers mes fesses, ses mains vinrent titiller mon intimité ce qui me tira un petit son de surprise avant un son plus enjoué. Mon amant se sépara de nouveau de moi et je dus me pincer les lèvres pour ne pas crier de plaisir devant ses caresses de plus en plus insistantes.

Gardant mon regard fixé dans le sien, je vis que lui aussi prenait du plaisir à me voir ainsi sous son contrôle. Il accéléra ses mouvements de mains, je ne pouvais tenir plus longtemps et un vrai cri de jouissance sortit de mon corps, me laissant pantelante.

Il recula au fond de la baignoire et d’un signe de la main me demanda de me rapprocher de lui, j’étais encore sous le coup de l’émotion. Me ramenant à la réalité de la situation, Ehemdim attrapa mes mains et m’attira à lui, faisant tomber de l’eau en dehors de la baignoire par la même occasion.

Il était temps pour moi de prendre le contrôle de la situation. Je fonçai sur ses lèvres pour une succession de baisers enflammés, plein de fougue et de passion. Je me mis à califourchon sur ses hanches afin d’avoir mon visage plus haut par rapport au sien. Nous dûmes quitter les lèvres de l’autre à regret afin de reprendre notre souffle.

Ehemdim me souleva doucement avant de ne faire plus qu’un avec moi d’un coup de rein. L’amour était une chose qui se vivait à deux, nous allions être deux à nous employer physiquement afin de connaître la douce sensation de l’extase sexuelle. Les vas et vient commencèrent doucement mais rapidement cette position devint gênante pour l’un comme pour l’autre.

Avec force mais douceur, Ehemdim me souleva, nous sortant de la chaude couverture aquatique qui nous entourait. Il nous mena vers le comptoir le plus proche, envoya valser les affaires et me posa les fesses dessus sur le bord. Il écarta mes jambes, scella de nouveau ses lèvres sur les miennes et notre petite danse écourtée reprit de plus belle et plus intensément.

Nous avions une telle envie de l’autre que la jouissance arriva rapidement nous sortant des cris d’extase presque animaux. Nos corps étaient humides mais pas de notre passage dans la baignoire, de la transpiration indue par l’effort. Alors que nous respirions à grande goulée, Ehemdim me récupéra de nouveau dans ses bras afin de nous ramener dans la baignoire dont l’eau était étonnement encore tiède.

Il se cala contre les bords et me fit signe de m’approcher, je ne saurais dire avec précision ses intentions mais elles semblaient plus chastes que sportives. Je vins donc coller mon dos contre son torse et aussitôt ses bras vinrent enserrer mon ventre dans une douce et tendre étreinte.

Déposant quelques baisers dans mon cou, je me laissai aller et cela malgré une petite voix dans ma tête qui me disait que ce souvenir avait été altéré. Soupirant d’aise, je balayai cette idée de ma tête avant de sentir le sommeil me gagner.


***


Je me réveillai doucement et me retrouvai dans la salle de bains du camp d’Omyre. Comme j’aurais voulu que ce souvenir ne se termine pas même si… Certains détails me chiffonnaient car ils n’étaient pas tels que dans mon souvenir.

(Aenaria, tu es de retour parmi nous ?)
(Oui, je viens de faire un petit somme. Donne-moi le temps de sortir de ce brouillard.)
(Est-ce que tu peux faire quelque chose pour moi ?)
(Oui mais c’est quoi cette petite voix ?)
(Regarde autour de toi et je t’explique.)

Cette discussion éveilla ma curiosité et donc je me pliai au jeu de bonne grâce. En observant la pièce, je remarquai qu’il y avait de l’eau sur le sol en direction de la commode. De plus, les objets qui se trouvaient dessus à mon arrivée, le nécessaire pour prendre un bain digne de ce nom, étaient maintenant au sol non loin de la porte.

Je n’en croyais pas mes yeux, je sortis de la baignoire et attrapai la première serviette qui me passa sous la main. Je regardai de plus près les flaques d’eau qui menaient directement vers la commode… Les flacons qui étaient loin de leur lieu d’origine… Non… C’était impossible…

Puis mon regard passa sur le miroir. Je baissai la serviette m’entourant et découvris mes épaules où une trace rouge était présente sur la droite, une trace laissée par l’aspiration de ma peau par… Aussitôt les larmes me montèrent aux yeux parce que je comprenais. Je comprenais l’origine de la petite voix de ma faera. Je reniflai bruyamment avant d’en parler.

(Crystallia, dis-moi que j’ai pas fait ça ?)
(Oh ma pauvre Aenaria, je suis désolée…)

Elle avait assisté impuissante à toute la scène, elle m’avait vu couchant volontairement avec Liam, encore une fois. Face à la cruauté de cette situation, je tombai à genoux, m’apitoyant sur mon sort, pleurant à chaudes larmes. Ma faera fit son apparition devant moi et esquissa un mouvement de réconfort mais elle s’arrêta en route, elle ne pouvait pas me toucher.

Néanmoins, je vis sa main se mettre à briller comme si elle allait me lancer un sort en plein visage. Elle passa ensuite sa main devant elle et je sentis une vague de calme m’envahir. Elle venait de faire usage de l’un de ses pouvoirs afin que je remédie à la situation mais je voulais affronter ma peine.

(Tes intentions sont louables Crystallia mais pourrais-tu arrêter ?)
(Pardon ?)
(Je voudrais que tu lèves le sort que tu viens de relancer de manière plus forte sur ma petite personne. J’ai besoin d’évacuer tout ce que j’ai en moi.)
(A la seconde où je sens que tu vas déraper, un signe de ta part et j’interviens.)
(D’accord.)

Crystallia fit le mouvement inverse et de nouveau cette douleur apparut au fond de mon cœur. Il saignait mais pas physiquement, c’était mon égo qui venait d’en prendre un coup de nouveau. Liam avait encore réussi à abuser de moi et ce n’était même pas un viol, il m’avait utilisé, ma déchéance était complète.

Mes sanglots me secouèrent par soubresauts réguliers, j’avais touché le fond. Mais comment avait-il réussi ce prodige ? La première fois, il m’avait drogué par l’intermédiaire d’une boisson alcoolisée qui avait masqué le goût du narcotique. Cette fois-ci je n’avais rien bu je n’avais fait que respirer de la vapeur chaude…

Etait-ce possible ? De la vapeur pouvait-elle créer ce genre de sensation ? Penser que l’on s’endormait alors qu’en réalité, notre corps et notre esprit étaient manipulés par un des êtres les plus odieux que je connaisse sur cette planète ? On était dans un roman que l’on pourrait nommer 50 nuances de perversion !

La cruauté d’un homme pouvait atteindre un tel niveau ! Mes mains se mirent à trembler de rage envers ma stupidité, cette rage fit bouillir mes fluides en moi. L’éclair monta dans la main droite alors que la lumière montait dans la gauche. Je serrai les deux poings pour éviter de faire une bêtise mais je ne contrôlais rien du tout.

(CRYSTALLIA !)
(Il va falloir que tu m’aides.)

J’acquiesçai de la tête. Elle repassa devant moi et de ses deux mains, lança son sort de calme intérieur. Je dus mettre toutes mes forces dans ma lutte pour contrôler le feu qui brûlait en moi, un feu qui était dirigé vers Liam et qui réclamait son sang. J’ajoutai à cette concentration des exercices de respiration et une dizaine de minutes plus tard, mes fluides avaient quitté mes mains.

Je me relevai et observai de nouveau mon reflet dans le miroir. Ce que je vis était pitoyable, j’avais les yeux rougis par les larmes et ce fichu suçon qui se trouvait sur mon épaule.

(Aenaria, reste calme, s’il-te-plaît.)
(Je refuse de m’apitoyer sur mon sort, je ne suis pas responsable de cette situation.)
(Je sais bien mais pour le moment tu n’es pas en position pour gagner cette guerre.)
(Il n’empêche qu’il vient encore de gagner cette bataille ! Il est hors de question que je le laisse gagner la prochaine manche !)
(Pour le moment, rhabilles-toi, Liam ne devrait pas tarder à faire son apparition.)
(Une victorieuse apparition.)

Je repris mes vêtements que j’enfilai rapidement. Je terminai d’essuyer mes cheveux lorsque le pervers fit son entrée.

- « Toute propre ! »

Je me tournai vers lui, une expression outrée sur le visage.

- « Souillée de nouveau serait plus juste ! »

Ce fut Liam qui afficha des sourcils en point d’interrogation. Il s’approcha doucement de moi et je ne pus m’empêcher de lui décocher un poing dans son visage déjà balafré. Il refixa rapidement son visage sur moi avec un regard mutin dans les yeux. Je lui montrai la marque qu’il avait laissée sur ma peau.

- « Tu pensais sincèrement que je ne m’en rendrais pas compte ! »

- « Tu as vraiment des parties de jambes en l’air très intéressantes ! »

Je lançai de nouveau mon poing vers son visage mais cette fois-ci, Liam vit le coup venir et l’arrêta au vol avant de me faire une clé de bras à une vitesse étonnante. Il me poussa ensuite contre la commode où il y avait encore quelques minutes, il m’avait… Je sentis son souffle chaud sur mon cou alors qu’il respirait le parfum qui en exhalait.

Sa main glissa lentement vers mon fessier le caressant avant de s’aventurer vers l’intérieur de mes cuisses. Je serrai les dents pour ne rien laisser paraître et encore plus pour contrôler mes pouvoirs qui ne demandaient qu’à lui exploser à la tête.

- « N’oublie jamais que dans ce lieu, je fais ce que je veux de toi. »

Sa main remonta le long de mon dos me tirant un frisson de dégoût. Arrivé au niveau de mes cheveux, il tira dessus, tirant par la même occasion ma tête en arrière. Aoutch ! Son visage remonta sur le mien et il me lécha la joue.

- « Ne l’oublie jamais. »

Il me lâcha tout en me poussant un peu plus contre la commode.

- « Et maintenant tu te diriges vers la sortie, immédiatement. Et je te préviens, ne tente rien de stupide. »

Je contins avec peine ma colère mais obéis quand même. Je passai devant Liam non sans lui jeter un regard noir et pris la direction de la sortie. Une fois dans le couloir, je rejoignis ma chambre sans rien dire. J’y entrai et m’y fis enfermer par cet enfoiré. Je frappai de dépit dans la porte tellement fort que cela me sortit un cri de douleur.

Je secouai ma main afin de faire disparaître la douleur. Je rejoignis mon lit et m’écroulai dessus en travers les bras en arrière. Les images de mon souvenir avec Ehemdim me revinrent en mémoire puis les images de ce qu’il venait de se passer avec Liam. Comment avais-je pu autant manquer de discernement !

(Tu ne peux pas me frapper ? Je mérite des baffes bon sang !)
(Mais non, tu ne pouvais pas contrôler ce qu’il s’est passé !)
(J’aurais du m’en souvenir, j’aurais du être plus intelligente que Liam, j’aurais détecter le fait que j’allais me faire berner, j’aurais du réagir différemment à la proposition de Liam de me laisser prendre un bain…)
(Aenaria, STOP !)
(Comment veux-tu que j’arrête ! Je vis un véritable enfer depuis que j’ai mis les pieds à Omyre et je dis bien Omyre ! En fait depuis que j’ai quitté Kendra Kâr, pas une journée ne s’est passée sans qu’une chose affreuse ne me tombe sur le coin du nez. Comment veux-tu que je ne sois pas défaitiste ?)
(Il va falloir que tu mettes ton plan d’évasion à exécution très vite car ta magie a clairement envie de se manifester autrement que pour visiter de sombres tunnels.)
(C’est trop dur, mon amour-propre a encore pris un coup. Comment veux-tu que j’avoue ça à Ehemdim ?)
(Chaque chose en son temps tu veux ! D’abord tu sors d’ici et ensuite tu gèreras cette nouvelle crise !)

Je me passai les mains sur le visage l’essuyant avant de tenter de faire le vide dans ma tête pour trouver un minimum le sommeil. Je sentis une nouvelle vague de calme m’envahir me permettant de reposer mon esprit tourmenté.

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Dernière édition par Aenaria le Dim 5 Juil 2015 17:55, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Jeu 2 Juil 2015 11:53 
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Je me réveillai quelques heures plus tard, des larmes séchées sur le visage, une boule au ventre monumentale en repensant à ce qu’il s’était passé hier. Liam abusant de moi de nouveau en me faisant croire que je revivais un souvenir heureux avec Ehemdim, ce souvenir serait entaché à jamais de sa félonie.

Je me levai et m’étirai de tout mon long avant de m’asseoir de nouveau sur le lit. Je me frottai le visage et les yeux afin d’effacer les dernières traces de sommeil ainsi que les marques de larmes. Soupirant vivement, je gardai la main droite devant mes yeux fermés afin d’effacer les images de la veille.

(Je suis dans le pire de mes cauchemars.)

Quelqu’un toqua à la porte et entra après avoir ouvert le verrou. Je n’y prêtais pas attention sachant que c’était le serviteur qui apportait le petit-déjeuner ou du moins ce qui s’en rapprochait. J’entendis le plateau qui était posé sur la table, je n’avais plus qu’à attendre le départ du messager.

- « Bonjour rayon de soleil ! »

Oh non, pas lui, pas dès le réveil. Je baissai ma main et tournai la tête vers Liam, qui affichait un magnifique sourire, comme à son habitude après avoir abusé de moi.

- « La politesse voudrait que tu me répondes. »

- « Va voir ailleurs si j’y suis ! »

Il fronça les sourcils, se tourna pour prendre le plateau de sur la table et le porta jusqu’au lit sur lequel il le déposa.

- « Tu as 5 minutes pour manger ça. Ensuite au travail ! »

Il prit la direction de la sortie, me laissant seule avec un repas très simple : deux tranches de pain et un morceau de fromage. Je mangeai sans appétit, je ne pouvais pas me permettre de ne pas prendre un minimum de force surtout si je comptais quitter cet endroit dans les heures à venir.

(Parce que tu veux t’enfuir maintenant ?)
(Le plus vite sera le mieux, je ne supporterais pas un nouvel abus physique. Si ça devait arriver, je ne pourrais pas me retenir.)
(C’est juste. Quel est le plan ?)
(J’y réfléchis.)

J’attrapai le fromage que je posai sur la première tranche de pain puis posai par-dessus la seconde tranche de pain. Mordant dans ce pain au fromage, je me mis à penser à mon prochain mouvement. Il y avait encore tellement de choses que je ne connaissais pas au sujet de ce lieu, que l’idée même de le quitter aujourd’hui semblait s’écarter un peu plus de moi à chaque seconde.

Je terminai mon repas rapidement avant que Liam ne revienne. Je me levai du lit et me mis à arpenter la pièce tout en réfléchissant. J’avais encore deux tunnels à trouver, enfin un surtout, celui partant de l’aile est du camp, celui menant à l’entrée ne m’intéressait guère.

Le bruit de la porte s’ouvrant me sortit de mes pensées. Je vis apparaître la sale gueule de Liam que j’avais embrassé pensant que c’était le doux visage de Liam. Un frisson me parcourut tout le corps et je dus réprimer une violente envie de vomir. Je serrai les poings pour me contenir tout en expirant bruyamment.

- « J’adore voir cette lueur de rage dans tes yeux que tu ne peux pas exprimer ! »

Je bouillai intérieurement de ne pas pouvoir réagir, je dus me retenir de toutes mes forces pour ne pas exploser au visage de cet avorton. Nous nous toisâmes du regard pendant un long moment, le temps semblait s’être arrêté dans cette pièce. Le premier qui lâcherait prise verrait l’autre prendre un certain ascendant psychologique et il était hors de question que je perde. Trop souvent j’avais perdu contre mon adversaire, il était temps de sonner la révolte !

- « Il est l’heure pour toi d’aller travailler, esclave ! »

Il tourna la tête, lâchant mon regard, me laissant gagner cette manche. Il passa en premier la porte de la chambre, de bonne grâce et docilement je le suivis. Je savais très bien ou cela allait me mener, je verrai enfin un visage ami sur lequel je trouverai peut être un peu de soutien.

Quelques volées de marches plus bas, j’arrivai devant la porte de la salle des archives. Cette dernière était grande ouverte et je pus voir que Faerlyn était déjà à l’ouvrage, enfin un ouvrage léger comme notre plan le prévoyait. Liam m’indiqua de sa main d’entrer dans la pièce et lorsque je passai devant lui, il me gifla les fesses.

- « Allez, petit cul, au boulot. »

Encore une énième provocation à laquelle je ne devais pas répondre, je devais garder mes forces. Faerlyn tourna la tête juste après avoir entendu le claquement et afficha aussitôt un regard bienveillant sur son visage. Liam attendit que je continue d’avancer afin de refermer la porte derrière moi, je n’entendis pas tourner la clé dans le verrou, je mis cela sur le fait qu’un garde devait être posté de l’autre côté.

- « Tu as une mine affreuse… »

- « Je sais, merci de t’en préoccuper. »

Il me dévisagea attentivement, comme il avait l’habitude de regarder le monde qui l’entoure avant de reprendre.

- « Puis-je m’enquérir de la raison de ces yeux rougis par les larmes ? »

Je soupirai avant de le répondre, c’était toujours aussi difficile de l’avouer.

- « Liam a encore une fois fait usage de psychotropes sur moi me faisant revivre un souvenir avec mon fiancé où je couchai avec lui. Je te laisse imaginer ce qu’il s’est passé dans la réalité… »

- « Je vais tenter de te changer le plus possible les idées. Tu sembles en avoir besoin. »

Je fermai les yeux et soulevai les sourcils pour acquiescer à ses propos. Faerlyn se dirigea vers moi et posa une main amicale sur mon épaule, ce geste me fit rouvrir les yeux.

- « Il y a de l’espoir Aenaria, tu l’as prouvé en trouvant deux tunnels. Il faudrait en trouver un autre aujourd’hui. »

- « Tu as raison, mais comment faire ? Nous sommes enfermés ici et il n’y a aucun autre tunnel qui parte de ce côté du camp d’après le plan. Le plus proche se trouve au niveau de l’aile est je te rappelle. »

- « A cœur vaillant, rien d’impossible ! »

- « Quel enthousiasme ! Il y a deux jours encore tu doutais de ma stratégie de sortie. »

- « Je sais mais tu m’as prouvé mon erreur. D’ailleurs à moi de te prouver la tienne, nous ne sommes pas enfermés. »

- « Je l’ai remarqué comme toi, il doit probablement y avoir un garde de l’autre côté de la porte. »

- « Tu es vraiment sur de toi ? »

Faerlyn se dirigea vers la dite porte et l’ouvrit. Je me ruai sur lui afin de lui éviter de se faire attaquer mais au lieu de cela, nous ne trouvâmes que du vide. L’éarion se tourna alors vers moi.

- « Prête pour ta prochaine mission d’exploration ? »

- « Et si je n’en revenais pas, je ne paye pas cher de ta peau mon ami. »

- « Mon sacrifice vaut le coup. Imagine si tu trouves ce nouveau tunnel, ce dont je ne doute pas, tu pourrais tomber sur des choses très intéressantes pour notre petite révolte. »

- « Ou bien je peux tomber sur un épineux problème et me faire descendre ! »

- « Je te croyais plus combattante que cela Aenaria ! Où sont passés ton courage, ta détermination et ta motivation ? »

- « Ils ont été balayés lorsque Liam a abusé de moi ! »

Les larmes me montèrent aux yeux sans que je puisse le contrôler. Je me montrai faible devant Faerlyn alors qu’il voyait en moi l’image d’une guerrière sure d’elle et de ses capacités. J’étais vraiment tombée bien bas pour présenter un tel visage à un moment pareil.

(Allez Aenaria, dis-toi qu’au moment venu, tu feras payer à Liam tout ce qu’il t’a fait subir.)
(Sauf que j’ai de plus en plus l’impression que ce « moment » ne va pas arriver.)
(Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de ma maîtresse ?)
(Est-ce que l’une de tes anciennes maîtresses a vécu ce que je vis en ce moment ?)
(Non.)
(Alors je t’en supplie ne me dit pas ce que je dois faire !)
(Ce n’est pas ce que je fais, je suis en train de me demander où se trouve la Aenaria que je connais comme une combattante farouche même dans les situations les plus catastrophiques. Dois-je te rappeler ton sauvetage de Duncan ? Ton combat en duo avec Lilith ? Tes prouesses lors de ton test d’entrée dans Equilibrium ? Ou plus récemment ton combat dans l’arène d’Omyre ? Même dans les situations les plus improbables, tu arrives à puiser au fond de toi-même les ressources nécessaires pour repartir de l’avant et repartir au combat.)
(Et si mes ressources étaient épuisées ? Hein ? Comment on fait ?)
(Ce genre de ressources sont inépuisables : le courage, la motivation, la détermination, la combativité, la témérité. Tout cela ne se perd pas en un battement de cil Aenaria ! Tu as gagné cela en faisant 45 ans de formation militaire, tu ne vas quand même pas me faire croire qu’une vingtaine de jours dans ce camp t’ont tout fait perdre !)
(Ce n’est pas tant le temps le problème que ce que j’ai subi. Passer 20 jours, 200 jours dans un camp, ce n’est pas un problème. Me faire torturer physiquement, ça passe encore, mais toucher à mon intellect, à mes souvenirs, ça ne je ne le supporte plus.)
(Alors fais en sorte que Liam n’y touche plus ! Il t’a eu par deux fois, de deux manières différentes, tu évites de manger et de boire le soir, tu évites de te baigner, tant pis pour l’odeur, et tout devrait bien se passer.)
(A quoi suis-je censée me raccrocher ?)
(Tu as un elfe qui t’aime à Kendra Kâr, tu as un meurtrier à traîner devant la justice elfique et plus encore tu as une folle blonde à retrouver !)

Crystallia avait raison, j’avais bien des raisons de sortir de ce lieu de perdition, mais en avais-je la force en moi ? Liam m’avait mise à rude épreuve durant ces derniers jours sans compter mes 4 jours de torture au début de mon séjour. Je me devais de lui rendre la monnaie de sa pièce, si je ne le faisais pas, qui serait capable de le faire ?

Je serrai mes paupières et fis couler le long de mes joues les quelques larmes qui étaient encore présentes dans mes yeux. Puis rouvrant les yeux, je supprimai les dernières traces de ces gouttes iodées sur mon visage. Fixant du regard Faerlyn, je pris une décision, celle de ne pas me laisser aller au chagrin, de ne pas me laisser aller au défaitisme. J’étais le seul espoir de toute la population de ce camp, je ne pouvais pas les laisser tomber même si c’était au prix de ma santé mentale.

- « On dirait qu’un combat fait rage en toi. »

- « L’un des opposants vient d’en sortir vivant. »

- « Lequel est-il ? »

- « Celui qui a décidé de mettre ces problèmes de côté pour sauver le monde ! »

- « Que fait-on ? »

- « Toi, rien. Tu restes ici et tu fais semblant de travailler comme d’habitude. Pour ma part, je vais me jeter dans la gueule du loup. »

- « Bonne chance et surtout sois prudente. »

- « J’essaierais de m’en souvenir. »

Nous nous serrâmes la main chaleureusement et je pris aussitôt les escaliers afin de gagner le rez-de-chaussée.

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Dernière édition par Aenaria le Dim 5 Juil 2015 18:13, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Sam 4 Juil 2015 22:44 
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Je pris le couloir sur ma droite en espérant que la porte ne soit pas fermée car je me voyais mal remonter dans ma chambre récupérer mon passe-partout.

Après ma petite crise existentielle, j’avais peur que ma chance m’ait abandonné mais il semblerait que le destin soit avec moi. En appuyant sur le loquet, il ne présenta aucune résistance et je pus entrer dans ce nouveau couloir. A l’image de ceux que j’avais déjà parcouru, celui-ci était constitué d’une coursive desservant plusieurs pièces, en l’occurrence, deux.

Je pris la première porte à droite et trouvai ce qui ressemblait à un dépotoir. Il y avait tout et n’importe quoi dans cette pièce : des caisses vides ou pas, des tonneaux remplis ou non, du mobilier en bon état ou pas. Par acquis de conscience, je fis le tour afin de trouver une trappe ou bien un quelconque accès à l’étage inférieur et rien du tout. Je savais ce qu’il me restait à faire.

Collant l’oreille contre la porte, j’écoutai les bruits provenant de l’autre côté. Comme rien ne me revenait indiquant la présence d’un garde, je sortis et, d’un pas léger mais rapide, rejoignis la seconde porte. Et là, ce fut une semi catastrophe : non seulement, je me trouvais dans une pièce qui servait d’entrepôt d’armes mais j’avais en face de moi deux gardes rudement bien équipés.

(Ca va faire mal là où je pense.)

A peine avais-je refermé la porte qu’ils se tournèrent vers moi. Un orque bien musclé et un gobelin fin mais probablement agile, cela allait être intéressant.

- « Qui es-tu ? »

- « Que viens-tu faire ici ? »

J’étais de toute évidence en mauvaise posture, je ne pouvais pas jouer très longtemps au jeu du chat et de la souris avec ces deux bonhommes. Un rapide coup d’œil autour de moi pour trouver une solution ou bien une arme facilement accessible, mais tout était rangé, sous clef. La clé se trouvant à la ceinture du gobelin, c’était bien ma veine.

Je repris mon rapide coup d’œil de la pièce mais cette fois-ci dans la zone la plus proche de moi. Malgré le fait qu’il y avait des armes tout autour de la pièce, je n’en trouvais aucune qui soit directement accessible à part peut être complètement sur ma droite, contre le mur, une longue tige de bois renforcé avec des feuille de métal, parfait.

Je reportai mon regard sur mes deux futures adversaires, car oui, un combat était inévitable entre nous, puis j’analysai de plus près mon environnement. La pièce était relativement large mais plutôt basse de plafond. Avec ce que j’avais en tête, les attaques aériennes me semblaient clairement compromises mais celles occupant l’espace à ma hauteur ne seraient pas un problème.

(Et maintenant ? Tu comptes faire quoi ?)
(J’ai pas trop le choix, je vais jouer à la plus fine quelques secondes mais après il va falloir que je rentre dans le tas.)
(Et tu vas faire quoi après ? Tu n’as pas ton épée à disposition pour te battre et encore moins accès à toutes les armes autour de toi !)
(Tu ne connais pas encore toute l’étendue de mes compétences ! Espérons simplement qu’elles ne me feront pas défaut aujourd’hui vu que je n’ai pas pratiqué depuis des années.)
(Mais de quoi tu parles ?)
(Et le rideau se leva…)

- « Et bien pour tout vous dire, je ne sais pas ce que je fais ici moi-même ! Je pense que je me suis perdue ! Je devais retrouver Liam et… »

- « Liam ? Attendez une seconde, cette tenue bleue et or… »

- « …des oreilles pointues, un corps parfait qui présentent des marques de blessures… »

- « Tu es la prisonnière de Liam… »

- « …et nous devons te ramener à lui immédiatement. »

- « Alors ne fais pas de manière, laisse-toi faire… »

- « … et tout se passera bien. »

- « Vous finissez toujours les phrases de l’autre ? Parce que je vais vous en donner une bonne : allez vous faire voir ! Si vous voulez me ramener à Liam, il faudra le faire par la force. Encore faudrait-il que vous arriviez à me battre ! »

Ma réflexion les laissa coi et je me rendis dans le coin récupérer le bâton qui n’attendait que moi. Je me mis en position de défense devant eux avant d’exécuter un kata simple en formant un huit avec ma nouvelle arme, histoire de les impressionner. Je finis en postant le bâton le long de mon dos dans la main droite. Mon bras gauche se tendit devant moi et de la main, je les enjoignis à fondre sur moi.

Il n’en fallut pas plus pour les provoquer. L’orque attrapa une masse d’arme se trouvant à côté de lui alors que le gobelin fonçait déjà sur moi, toute lame dehors. Ce pauvre bougre eut la mauvaise idée de me prendre pour une poire en me chargeant en tenant son épée au-dessus de la tête.

Je ramenai mon arme devant moi en lui faisant faire un demi-tour, l’empoignait comme mon épée et la suite n’était qu’une question de coordination. Je levai ma jambe droite afin de me donner de l’élan et d’un mouvement horizontal allant de la gauche vers la droite, je frappai le torse du gobelin qui me chargeait. Il termina sa course contre un présentoir d’armes au niveau du mur est de la pièce. Par chance, je l’avais sonné mais pas pour longtemps et de toute façon, j’avais un autre problème à gérer.

(N’oublie pas une chose : tu ne dois pas avoir de marque à cause de ce combat.)
(En gros, tu me demandes d’éviter de me faire toucher ! Vu l’arme de la peau verte, cela semble compliqué mais pas impossible.)

L’orque avança vers moi plus prudemment en positionnant son arme devant lui afin de se protéger. Il resta à bonne distance de ma petite personne afin de se protéger de l’allonge de mon bâton, futé le bonhomme. Il pouvait proposer des attaques dans le même style que les miennes, la suite s’annonçait compliquée.

Je me mis à observer le moindre de ses mouvements, le laissant m’attaquer le premier. Un petit décalage du pied sur le côté, une jambe qui partait vers l’avant et donc une ouverture pour une attaque. J’avais vu venir le coup et n’eut aucun problème à me décaler afin de voir tomber sa masse sur le sol.

Il était temps pour moi de lui rendre la monnaie de sa pièce. Une bonne attaque de paladin dans les dents devrait le calmer. Je tentai alors de placer mon bâton entre ses jambes afin de le propulser loin de moi mais l’orque était plus rapide que je ne le pensais. Mon temps de réflexion sur la marche à suivre me fit défaut et le résultat fut ce qu’il devait être : mon attaque rata.

L’orque en profita pour contre-attaquer. J’eus tout juste le temps de monter mon arme au niveau de mon torse avant que le bout métallique de sa masse ne m’atteigne. Sous le coup, je fus propulsée vers le gobelin que j’avais envoyé contre le présentoir auparavant. Ce dernier reprenait tout juste ses esprits, je ne pouvais pas me permettre de le laisser revenir à lui.

Alors qu’il se mettait doucement sur ses pieds, je ne réfléchis même pas. Rapidement et avec puissance, je passai derrière lui, passai mon arme entre ses jambes et d’un mouvement semi-circulaire, le soulevai de terre afin de le propulser une nouvelle fois à travers la pièce. Il atterrit contre le mur nord, brisant un présentoir dans sa chute, il était définitivement hors-course.

En m’attaquant au gobelin, l’orque en avait profité pour se rapprocher de moi et je ne vis pas le coup venir. Le coup fut porté au niveau du ventre me faisant voler contre le râtelier où j’avais fait voler le gobelin en première intention. Heureusement pour moi que la masse d’arme n’était pas piquante au bout mais lisse sinon j’aurais écopé d’une belle estafilade.

- « Tu ne fais plus la fière ! »

- « Ce combat est loin d’être terminé ! J’ai exterminé quatre de tes semblables dans l’arène d’Omyre, je vais en rajouter un cinquième à ma liste de victimes. »

- « C’est toi la sindel qui a exterminé mes amis ? »

Son visage jusqu’alors inexpressif afficha une colère monumentale. Il me fallait en profiter, une petite provocation supplémentaire pourrait m’être soit bénéfique soit le contraire. Levant la main gauche vers ma bouche, je fis mine d’être désolée.

- « Oups ! »

- « AAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHH ! VENGEANCE !!! »

Il fonça droit sur moi à une vitesse impressionnante et frappa mon visage dans un mouvement circulaire de sa masse. Le coup me décolla de l’endroit où j’étais, me déplaçant sur la droite. Je vis trente-six chandelles et je sus qu’un magnifique bleu ferait bientôt son apparition sur ma joue. En vérifiant l’état de ma dentition, je sentis du sang qui coulait dans ma bouche.

- « Tu veux la jouer comme ça, d’accord. »

Je crachai le sang aux pieds de mon adversaire et respirai profondément afin de me remettre les idées en place avant de bouger ma mâchoire de gauche à droite. Je fis de nouveau un huit avec mon arme avant de reprendre la position de provocation que j’avais prise quelques minutes auparavant mais cette fois-ci du défi pouvait se lire dans mon regard.

La réaction fut immédiate et identique à celle du gobelin à peu de choses près : il me fonça dessus sa masse au niveau du torse prêt à parer un coup. Alors qu’il s’approchait de moi, j’utilisai la géométrie de la pièce pour courir à mon tour vers le mur nord, vers le gobelin mort.

J’étais plus rapide que l’orque et arrivai en premier contre le mur. D’un mouvement souple, je pris appui contre le présentoir et contre le corps du gobelin afin de me retourner et tenant le bâton de la main droite par son extrémité, le projetai vers l’avant à la manière d’une lame. La seule différence étant que j’avais beaucoup plus d’allonge et je réussis à toucher l’orque à la tête.

Je retombai doucement sur le sol alors que mon dernier adversaire voyait à son tour trente-six chandelles. Je plaçai mon arme au-dessus de mes épaules tout en la tenant simplement de la main droite prête à dégainer en cas d’attaque. Je n’aimais pas attaquer un ennemi qui reprenait son souffle, je trouvai cela déshonorant mais ici, il n’y avait aucun honneur à gagner.

- « Tu vas me le payer cher ! »

Il fonça de nouveau sur moi, je me remis en position de défense mais d’un mouvement souple du poignet il dégagea le bâton sur le côté. Je me pris de plein fouet le pied de l’orque et si cela était possible, je passai à travers le mur avant de me sentir faire un immense roulé-boulé dans une pente. J’en lâchai mon arme de fortune et je finis ma course au bord d’un nouveau ravin.

(J’ai trouvé ce que je cherchai au moins !)
(Dépêche-toi au lieu de faire de l'humour, je l’entends qui arrive.)

Prenant appui sur la paroi et ses nombreuses aspérités, je remontai à la force de mes bras et constatai que mon bâton était bien loin de moi. Pour être tout à fait exacte, il se trouvait au pied de l’orque, ce que ce dernier remarqua en bon combattant qu’il était. En outre, un tunnel était visible un peu plus sur la droite de l’entrée de cet espace.

Me voyant sans défense, il fit ce que tout le monde ferait, il me fonça dessus à pleine vitesse. Il ne s’attendait probablement pas à ce que je fasse de même mais je m’élançai quand même vers lui.

Avec la vitesse, il perdit en précision et lorsqu’il frappa je pus esquiver d’un pas sur le côté, tout en continuant ma course. Je m’arrêtai et récupérai mon bâton avant de faire face à mon adversaire. Nos positions avaient été échangées, si mes calculs étaient mauvais, je ferai le grand saut de nouveau.

(Sithi, soit avec moi.)

- « C’est ici que ta vie se termine. »

- « C’est ici que je vais renaître au contraire ! Tu es le seul obstacle entre moi et la sortie de cet enfer. Je ne vais pas laisser une peau verte me voler ma victoire ! »

(Bien envoyé !)
(Merci.)
(Et maintenant achèves-le !)
(J’y compte bien.)

Nous nous rapprochâmes l’un de l’autre mais pour ma part, je gagnai plus de terrain que lui. Il espérait probablement que je me rate et que je ne passe par dessus le bord, ce qui n’arriverait pas. Je ne pouvais pas me le permettre. Une fois à deux mètres l’un de l’autre, nous nous toisâmes du regard. Le combat final commençait d’abord par un combat mental, enfin si on pouvait le qualifier ainsi.

Le premier à craquer serait le premier à attaquer. Il fallait la jouer stratégique, soit je tenais bon et je risquai de prendre une grosse attaque dans la vue, soit je prenais les devants et je risquai de rater complètement mon coup. Dans les deux cas, il me fallait prendre une décision et vite et comme le disait notre instructeur à l’armée, la meilleure défense était l’attaque.

Je cassai notre petit combat de regard et commençait à exécuter une attaque que j’appréciai énormément et qui se prêtai très bien au port d’un bâton : le soleil. Je fis tourner le bâton au-dessus de ma tête avant de le faire passer sur ma gauche, tout en continuant le mouvement circulaire. De la main droite, je le récupérai dans mon dos afin de le repasser devant moi.

Puis continuant, je fis simplement tourner mon arme en formant des huit en passant à droite et à gauche de ma petite personne le tout en avançant. A partir de là, l’orque fit de même, formant des huit de sa masse d’arme, imitant ainsi mon mouvement tout en reculant. Il me fallait le pousser le plus près possible du bord avant de lancer l’attaque finale.

Par moment, nos armes se touchaient créant un bruit presque identique à celui que produisaient deux épéistes croisant le fer. Je n’en avais que faire de ce bruit qui se répercutait sur les parois rocheuses. Je devais continuer d’avancer jusqu’au moment fatal où je me trouverai dans une configuration optimale.

Progressivement, le bord du gouffre se rapprochait, l’orque en avait bien conscience, car il commença à esquiver un mouvement vers l’avant, c’était là mon ouverture. Je forçai mon mouvement et arrêtai ma marche en avant afin de véritablement toucher mon adversaire. La manœuvre fut plus difficile que prévu car la peau verte contra ma première attaque.

Il profita de son avantage pour me donner un nouveau coup dans le ventre ce qui me fit cracher du sang à son visage, l’aveuglant momentanément, c’était mon ouverture. Attrapant mon bâton comme si c’était mon épée et me tournant d’un quart de tour sur la droite, je décochai un puissant coup horizontal qu’il reçut dans le ventre le faisant décoller du sol.

- « AAAAAaaaaaahhhhh… »

Le son de son cri se répercuta pendant plusieurs secondes sur les parois avant de mourir comme avait du le faire l’orque qui venait de tomber dans le gouffre. L’adrénaline dans mon corps commença à diminuer et la douleur dans mon ventre se fit franchement ressentir. Je m’appuyais sur mon arme afin de ne pas défaillir.

Je ne pouvais pas rester ainsi, j’avais encore du travail. Je fis alors appel à mes dons de guérisseurs et à ma magie de lumière afin de soulager ma douleur. Soufflant un bon coup afin de me détendre, je laissai mes fluides se libérer me permettant de laisser la bénédiction de Gaia m’envahir. J’arrêtai rapidement mon sort de soin car j’aurais probablement besoin de mes pouvoirs ce soir.

(Ce soir ?)
(Je ne tiendrais pas une minute de plus dans cet endroit.)
(Donc ça veut dire que…)
[Oui Crystallia, la révolte est pour ce soir.)

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Dim 5 Juil 2015 17:16 
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Après avoir pris ma décision, je claquai des doigts et fis apparaître ma boule de lumière habituelle. J’avançai ainsi tranquillement vers le tunnel que je venais de découvrir un peu par la force du destin. Je tombai rapidement au bout sur une porte. Je claquai de nouveau des doigts afin d’éteindre et de voir si de la lumière provenait de l’autre côté de la porte mais rien.

Je tentai alors de pousser l’obstacle de bois qui étrangement n’opposa aucune résistance. Je fus bien contente d’avoir pris avec moi ce bâton mais au final ma crainte fut vaine. Cette porte menait sur un meuble ? Je ne comprenais pas du tout, je me retrouvai derrière une armoire dont le font était escamotable.

J’entrai dans la dite armoire et rejoignis la porte. Je défis le loquet de l’intérieur prudemment et poussai doucement afin de jeter un coup d’œil prudent. Et là, je déglutis un poil fort en voyant que cette porte donnait sur un dortoir, probablement celui des gardes des geôles dont m’avait parlé Faerlyn.

J’ouvris un peu plus l’armoire afin de glisser ma tête à travers l’embrasure. Je constatai que j’étais seule dans la pièce, heureusement pour moi. Je sortis rapidement de ma cachette et inspectai le dortoir. 6 lits, donc 6 gardiens, ça devrait aller pour la suite. En englobant la pièce du regard, mes yeux se figèrent sur l’une des couchettes.

Je m’avançai vers cette dernière et trouvai la ceinture de l’un des gardes, à la taille de l’équipement, probablement celle d’un gobelin. Un objet métallique y était attaché, un objet qui serait très utile pour ce soir, une clé et à sa forme, je pus en déduire que c’était celle qui permettait d’ouvrir les geôles. Je récupérai l’objet et repartis comme j’étais arrivée, le plus discrètement possible.

Je planquai mon sésame dans ma brassière, entre les seins. Puis refermant correctement l’armoire, j’en ressortis, traversai de nouveau le couloir et remontai dans la salle d’armes. Je retrouvai le cadavre du gobelin sur lequel je pris la clé des différents râteliers. Sans attendre, j’ouvris tous les cadenas qui se trouvaient dans la pièce afin de ne pas perdre de temps ce soir.

Revenant à mon point de départ, je poussai le corps du gobelin dans le tunnel descendant. Je suivis sa chute et du pied le repoussai jusqu’au ravin, le faisant rejoindre son pote l’orque. Je n’avais plus qu’à retrouver Faerlyn en ne me faisant pas voir. Rapidement, je retrouvai la salle d’armes et forte de la clé des cadenas, je me dirigeai vers la porte d’entrée. L’insérant dans le loquet, je tentai de m’enfermer dans la pièce ce que je réussis, pratique.

Balançant mon bâton à travers la pièce, je collai ensuite mon oreille sur la porte afin d’être attentive aux sons provenant de l’autre côté. Rien, j’ouvris doucement la porte. Personne, je me mis alors à penser que la chance que j’avais maintenant n’était pas naturelle. Mon père disait qu’il fallait être cocu pour avoir une telle chance, Ehemdim ne me trahirait pas même envoûté… Non, Tamìa n’irait pas jusque-là.

Chassant rapidement cette image de mon esprit, je refermai la porte à clé derrière moi et courus jusqu’à l’escalier le plus silencieusement possible. Je descendis les marches à toute vitesse, ouvris la porte de la salle d’archives et tombai nez à nez avec Faerlyn.

- « Je me faisais un sang d’encre ! Tu as la moindre idée de l’heure qu’il est ? »

- « Tu as la moindre idée de ce que j’ai découvert ? Non. Alors donne-moi deux minutes pour me remettre de mes émotions s’il-te-plaît. »

Il acquiesça de la tête me laissant de l’espace afin de reprendre mon souffle. Une fois les battements de mon cœur calmés, je fixai du regard l’éarion.

- « Tu as mis un temps fou à explorer ce tunnel ! »

- « J’ai malgré moi, perdu la notion du temps en me battant contre un orque et un gobelin ! »

Faerlyn ouvrit de grands yeux et me scruta de la tête au pied avant de soulever un sourcil d’étonnement.

- « Tu n’as aucune blessure apparente, comment est-ce possible ? »

- « Préservation et surtout magie. »

- « Où sont tes adversaires ? »

- « Au fond d’un ravin, morts. »

- « Et maintenant, raconte-moi ce que tu as découvert. D’après ces bougies, il ne nous reste que peu de temps ensemble, au mieux une heure. »

- « Alors pour la version courte, il me faut le plan du camp. »

L’elfe bleu récupéra les deux parchemins sur lesquels étaient inscrits les plans et les déroula sur la table. Du doigt, je montrai ou nous nous trouvions actuellement. Je passai à l’étage supérieur et déplaçai mon doigt dans le couloir du rez-de-chaussée, aile est. Tapotant sur la table, je désignai la salle d’armes.

- « C’est une salle d’armes, très bien fourni où je me suis battue. J’ai pu refermer la salle à clé avec ceci. »

Je lui montrai la clé que j’avais dans la main.

- « J’ai pris le temps de déverrouiller tous les cadenas de la pièce afin que les prisonniers puissent avoir accès à de l’équipement et crois-moi quand je dis que l’on peut tenir un siège avec ce qu’il y a dans cette pièce. »

Tapotant de nouveau le plan du doigt, je déplaçai mon index vers le dortoir des geôliers.

- « J’ai par hasard découvert le tunnel permettant l’accès au dortoir non loin de là où tu es enfermé. Et j’ai surtout glané ceci. »

Portant ma main dans mon décolleté ce qui surpris grandement Faerlyn, j’en sortis la clé que j’avais récupéré sur la ceinture du supposé gobelin. Je vis son regard s’illuminer en voyant l’objet métallique dans ma main.

- « Ceci mon ami provient de la ceinture d’un geôlier, je te laisse deviner ce qu’elle ouvre. »

- « C’est avec une clé semblable que l’on ouvre ma cellule ainsi que celles de tous les autres prisonniers. »

Je tendis la main vers lui pour la lui donner mais j’arrêtai mon geste brusquement ce qui interpella l’earion.

- « Pourquoi tu ne me la donnes pas ? »

- « Le doute raisonnable. Est-ce que tu es là pour me faire miroiter l’espoir de sortir de cet enfer ? Ne travailles-tu pas pour Liam ? »

Il s’offusqua de telles questions à son encontre.

- « Comment peux-tu douter maintenant de mon engagement ? Après tout ce que je t’ai aidé à accomplir ? »

- « Justement. Douter de ces ennemis est une chose, douter de ces alliés en est une autre. Je dois être sur que tu ne vas pas me poignarder dans le dos à la minute où je te donnerai cette clé. »

- « Je commence à comprendre. Tu ne veux pas être trahi, c’est bien ça ? Si je pouvais te faire accéder à la mémoire de mon peuple, à ma mémoire, tu verrais que la trahison est une chose que nous détestons dans ma famille et contre laquelle nous avons du lutter à maintes reprises. Tu peux avoir confiance en moi. »

- « Soit averti, si tu me mens, tu seras le premier à mourir ce soir. »

Il ânonna de la tête comme pour accepter ce petit arrangement avant d’arrêter son mouvement pour tourner la tête légèrement de côté, comprenant ce que je venais de dire jusqu’au bout.

- « Alors c’est pour ce soir la grande évasion ? »

Je lui tendis finalement la clé qu’il récupéra, la glissant dans une petite poche de son pantalon. Je fis rouler les parchemins sur eux-mêmes avant de les ranger.

(Ai-je raison de lui faire confiance ?)
(Tu es la seule juge de la situation mais il a prouvé jusqu’à présent sa bonne volonté.)

- « Oui nous quittons ce lieu de perdition ce soir. »

- « Je suis à tes ordres. »

- « Est-ce que les gardes passent à heure fixe ou du moins, est-ce qu’ils sont réguliers dans leurs passages de surveillance ? »

- « Passages de surveillance ? Tu rigoles j’espère ? Ils partent du principe qu’une fois enfermé, nous ne sommes pas un danger. »

- « C’est parfait, exactement l’information dont j’avais besoin. »

- « Alors que dois-je faire ? »

- « Voici le plan. Lorsque nous aurons regagné nos dortoirs respectifs, enfin tu m’as comprise, tu vas avoir pour mission d’ouvrir toutes les cellules que tu pourras en prévenant les prisonniers de ne pas faire de bruit. Si par aventure, tu avais de quoi te sustenter et boire, récupère, ta magie pourrait être très utile ce soir. Moi pendant ce temps, j’irais récupérer mon équipement et je filerai par le tunnel afin de te retrouver. Ensuite, il faudra arrêter les 6 geôliers pour qu’ils ne sonnent pas l’alerte trop tôt sinon nous sommes morts. A partir de là, je vous conduirais dans la salle d’armes où vous pourrez vous équiper. Dispersion par groupes de 10 personnes dans le camp, 10 pour être sur d’être en surnombre face aux gardes. Tu coordonnes tout ce petit monde pendant que j’irais personnellement m’occuper de Liam. Je lui ferai goûter à sa propre torture et ensuite nous quittons cet enfer. Des questions ? »

- « Non, tout cela me semble très clair. Je ne peux te dire qu’une seule chose maintenant : bonne chance ! »

Il tendit sa main droite que je serrai amicalement tout en posant ma main gauche sur son épaule.

- « Si jamais mon plan, je serais la seule à en porter la responsabilité, même si cela doit conduire à ma mort. Tu n’as fait que suivre mes ordres docilement, je me suis bien faite comprendre ? »

- « Parfaitement. »

Nous arrêtâmes notre poignet de mains, à peine quelques secondes plus tard, un gobelin et Liam apparurent à l’entrée de la salle d’archives. Nous avions eu chaud aux fesses.

- « Il est temps de rentrer dans tes appartements, chienne ! »

Je ne réagis pas d’un pouce à sa remarque désobligeante et commençai à monter les escaliers sans un mot. Je fus rapidement suivi par Faerlyn, le gobelin et Liam qui fermait la marche. Au rez-de-chaussée, comme à notre habitude, nous nous séparâmes et je continuai mon ascension suivi par mon ombre.

La route se finit comme elle avait commencé, en silence, mais c’était sans compter sur Liam et son ineffable envie de discuter.

- « Tu es bien trop docile à mon goût, pourquoi cela ? »

Arrivée sur le palier du dernier étage, je fis volte-face et me retrouvai nez à nez avec Liam.

- « Tu m’as fait clairement comprendre que je n’avais pas le droit au chapitre et que j’étais ton esclave, pourquoi me fatiguer à argumenter avec toi ? Tu m’as prouvé par deux fois ma faiblesse, je pense que c’est suffisant. »

- « Le bon sens poindrait enfin dans ta petite tête ? Je ne sais pas comment le prendre… »

- « Prends-le comme tu veux, je suis fatiguée de me battre contre toi, de me battre tout court, et fatiguée de ma journée. Donc si tu n’y vois pas d’inconvénients, j’aimerais aller me coucher. »

- « Faire venir de quoi manger et boire semble donc inutile ? »

Je baillai ostensiblement afin de bien lui faire comprendre le message.

- « Je pense que non. »

- « Ma parole, je ne pensais pas que trier des papiers pouvaient entraîner autant de fatigue. »

- « Lire, trier, ranger, déplacer, c’est plus fatiguant que tu le crois. Mets donc ton nez dans ces papiers un de ces jours, tu comprendras. »

- « Une fois le travail terminé, peut être. Allez avance vers ta chambre. »

Je ne me fis pas prier, il avait gobé mon mensonge. J’avais du être suffisamment convaincante apparemment. Je me retournai et rejoignis rapidement ma cellule, ma luxueuse cellule, mais quand même. Liam attendit que je m’allonge sur le lit, ce que je fis, avant de fermer la porte à clé derrière lui. Je l’entendis s’éloigner et fermer la grande porte de bois.

Dans l’obscurité, je révisai mon plan dans mon esprit. J’étais prête, j’avais pratiquement toutes les données dont j’avais besoin pour mener à bien cette opération. La seule incertitude était le nombre de gardes présents dans l’enceinte du camp et également le nombre de prisonniers. J’avais la vague impression que le deuxième groupe serait largement en surnombre.

Je pouvais sentir le sang dans mes veines bouillir à l’approche du moment fatidique. J’étais passée par tellement d’émotions en quelques jours, j’avais même complètement perdu foi en moi et en mes capacités. Mais heureusement pour moi Crystallia et Faerlyn avaient répondu présent pour me rappeler ce dont j’étais capable. Je pense que sans eux, je serais en train de m’apitoyer sur mon sort encore une fois.

Au lieu de cela, je me préparai à mener la plus grande opération de sauvetage jamais entrepris en Omyrhy. Si cela réussissait, il faudrait me décerner une médaille au moins sachant que me tête serait probablement mise à prix dans le coin.

M’allongeant sur le dos, je lançai une prière silencieuse à mes parents et à Gameleb afin qu’ils veillent sur moi dans les heures à venir.

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Mar 14 Juil 2015 17:36 
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Après cinq bonnes minutes de silence et de cogitation, il était temps pour moi de me mettre en route. Je récupérai la clé, le poignard ainsi que la potion que j’avais rangées sous mon lit et rejoignis la porte de ma chambre à tâtons. J’étais un peu plus habituée à la géométrie de la pièce, j’arrivai ainsi à destination sans encombre.

Mon petit rituel put commencer, ce qui allait suivre serait très risqué pour moi mais de la réussite de cette première partie du plan dépendait tout le reste. Collant mon oreille contre la porte, je calmai les battements de mon cœur pour tenter de capter un son provenant de l’autre côté mais rien. Je glissai la clé dans la serrure, la tournai et sortis dans le couloir.

J’étais sur mes gardes, le moindre bruit suspect, le moindre mouvement me mettait en alerte maximale. Une fois devant la grande porte sur la droite, je l’ouvris avec mon passe-partout tout en restant prudente. De l’autre côté, je pris de suite sur la droite et tombai directement dans la salle d’entreposage des armes de Liam, du moins c’était ce que je supposai.

Sans demander l’argent de mon reste, je rejoignis le fond où je me trouvai nez à nez avec un mannequin sur lequel se trouvait toutes mes pièces d’armures ainsi que mes armes. Il me suffit de lever le nez pour voir ma robe qui était propre et n’attendait que moi. Il ne m’en fallut pas plus. Je devais récupérer toutes mes affaires, les valeurs sentimentales qui y étaient attachées n’avaient pas de prix à mes yeux, je me sentais nue sans elles.

(Crysti, garde un œil sur le couloir le temps que je me change.)

Je vis mon bel oiseau sortir de mon anneau et avancer vers l’entrée de la pièce. Tirant doucement sur ma robe, je la fis tomber au sol. Je me défis au plus vite de la tenue que Liam m’avait donnée afin de retrouver la robe que mère m’avait offerte. Je poussai un soupir d’aise en sentant de nouveau le tissu sur ma peau. Je passai ensuite à mes différentes pièces d’armures.

(Naria !)

Je me plaquai aussitôt contre un râtelier face au mannequin présentant mon équipement tout en me rapprochant le plus possible du sol. Ma seule crainte était que la personne qui allait passer ne voit que ma robe n’était plus au mur. Mon cœur commença à faire des bonds incontrôlés dans ma poitrine, reflet de la peur qui me vrillait les entrailles.

Des bruits de pas vinrent alors à mes oreilles, quelqu’un passait dans le couloir. Je l’entendis s’arrêter, inspecter la grande porte de bois que j’avais oublié de refermer à clé avant de repartir d’où il venait. Je gonflai mes joues avant de souffler tout l’air que j’avais emmagasiné.

Je n’avais plus de temps à perdre, je chaussai mes bottes et mes protections de poignet avant d’ajuster mon épée et mon bouclier dans mon dos. J’ajoutai la potion dans mon sac et mis le poignard à ma ceinture. Je n’étais pas coutumière de l’utilisation de ce genre d’arme, je pourrais probablement la donner à quelqu’un.

J’étais de nouveau moi après 22 jours sans identité, battue, bafouée, pratiquement violée. Tel le phénix, j’allais renaître de mes cendres et prendre ma revanche sur mon bourreau avant de prendre ma revanche sur le commanditaire, Tamìa.

Crystallia vola alors vers moi et afficha un grand sourire sur visage angélique.

(C’est bon de te revoir)
(C’est bon de se revoir !)
(Prête ?)
(Plus que jamais.)

C’était comme si retrouver mon équipement m’avait redonné la confiance que j’avais perdue en ces murs. Il me fallait maintenant rejoindre Faerlyn et tous les autres détenus afin de sonner la révolte dans le camp. Sans plus attendre, je sortis de la pièce et pris la direction de la salle d’armes au rez-de-chaussée.

(Je croyais que tu passais par l’autre tunnel ?)
(Changement de plan. Il est plus logique pour moi d’arriver par les dortoirs. Si j’arrive par l’autre tunnel, je vais me faire repérer immédiatement, j’aurais plus de chance de tous les bloquer dans la même pièce en passant par là.)

Il y avait un obstacle de taille, je devais passer devant la pièce de réception de Liam et donc probablement devant Liam. Je me compliquai la tâche, certes, mais ce serait bénéfique à la fin pour moi. J’avançai donc prudemment vers l’entrée de la pièce aux aguets. Je fermai les yeux, tentant de calmer les battements de mon cœur, afin de capter les sons provenant de la pièce.

(Je peux regarder si tu veux.)
(Je gère.)

Me collant contre le mur, complètement à découvert, j’écoutai. Rien, absolument rien. Pas un bruit ne venait de cette pièce, c’était comme si elle était vide. Mais où se trouvait Liam alors ? J’espérai le trouver ici tout à l’heure mais il semblerait que j’avais tort et qu’il ne passait pas ses journées ici. Ainsi donc il avait d’autres pièces à lui, probablement au dernier étage de l’aile Est, à la suite de sa salle de réception.

Gardant cette information dans un coin de mon cerveau, je penchai doucement la tête à travers l’embrasure afin de confirmer mes doutes. Et effectivement, même si il y avait de la lumière, personne ne se trouvait dans la salle, pas même les musiciens qui m’avaient accompagné durant ma danse.

Je rejoignis alors les escaliers menant à la salle d’archives se trouvant juste après cette pièce et descendis à toute vitesse les marches. Mes différents voyages aller-retour m’avait permis de constater qu’il n’y avait pas de garde sur les paliers. Une fois au rez-de-chaussée, je récupérai la clé de la salle d’armes et au pas de course rentrai dans la pièce.

Je refermai derrière moi mais pas à clé, je récupérai une hache à manche long se trouvant sur le présentoir le plus proche et utilisai la partie métallique afin de bloquer la poignée. Je vérifiai que mon petit système était efficace avant de rejoindre le tunnel. Mes yeux tombèrent alors sur le bâton qui m’avait permis de m’en sortir contre le gobelin et l’orque.

- « Ca pourrait être utile, je te garde. »

Je pris l’arme, claquai des doigts afin de faire apparaître ma boule de lumière et au pas de course, je passai le premier tunnel menant au ravin. Toujours au petit trot, je passai ensuite par le couloir menant dans le dortoir des gardes des geôles. En deux minutes, je me trouvai de nouveau face au fond de l’armoire.

Coupant mon sort, j’entrai dans l’armoire et tendis l’oreille. Mauvaise surprise pour moi, des bruits de ronflement parvinrent jusqu’à moi. Ainsi donc un ou plusieurs gardes dormaient dans la pièce, autant tirer cela à mon avantage.

(Je croyais que c’était déshonorant de tuer quelqu’un lâchement ?)
(Ca l’est, mais lorsque la réussite d’une mission en dépend, je peux faire une exception.)
(Tes règles sont drôlement souples par moment !)
(Elles ne sont pas souples. Si je fais une bourde en délivrant les prisonniers et qu’ils se réveillent, ils vont donner l’alerte. C’est une nécessité, ce que l’on appelle une perte acceptable.)

Doucement, je poussai la porte de l’armoire et me retrouvai dans le dortoir où je trouvai deux gobelins en plein sommeil, les deux sur ma droite. Il semblerait que le poignard allait me servir plus vite que prévu. Je déposai mon bâton sur l’un des lits afin d’être plus libre de mes mouvements.

M’approchant du premier, je sortis la petite lame de ma ceinture et d’un coup sec tranchai sa gorge avant d’apposer ma main sur sa bouche pour qu’il ne fasse aucun bruit. Je répétai l’opération avec le deuxième gobelin qui expira plus vite que son compatriote. J’essuyai la lame sur le lit avant de récupérer mon bâton.

Je passai dans le couloir tout en me demandant de quel côté je devais aller. Il me suffit de me rappeler les plans du camp, si le tunnel que j’avais emprunté arrivait à droite, le second arrivait à gauche, donc à gauche je devais aller. Doucement mais sûrement, je me mis à arpenter le couloir. A la première porte sur la droite, je m’arrêtai et passai ma tête dans l’embrasure.

Une vue familière que celle des prisons où j’avais passé mes premières nuits. Un elfe s’affairait pour deux, Faerlyn. Il était à l’œuvre comme promis et comme prévu il avait ouvert la plupart des cellules, parfait. Un murmure enfla dans les cellules ce qui fit tourner la tête de l’earion vers l’entrée. Je vis la crainte dans ses yeux disparaître à la seconde même où il posa les yeux sur moi.

- « Tout va bien, elle est avec nous. C’est grâce à elle que nous allons nous enfuir. »

Il s’approcha de moi et fit une petite moue admirative.

- « C’est le jour et la nuit de te voir ainsi. »

- « Merci. Tout se passe bien ? »

- « Tout le monde est prêt à en découdre. Nous avons des nouveaux arrivants dans les cellules, donc du sang frais. »

- « Parfait. Je vais aller m’occuper des 4 autres gardes du niveau. »

- « Tu en as éliminé deux ? »

Je lui tendis alors le poignard que j’avais à la ceinture et lui en fit ainsi cadeau.

- « Qu’elle te porte autant chance qu’à moi. »

- « Il y a peut être moyen que je te simplifie la tâche avec ceci… »

Je vis alors une orbe d’eau apparaître au bout de sa main droite, j’en avais presque oublié que c’était un aquamancien, tout comme Nathanael.

- « Si nous allions rendre le terrain glissant, tu pourrais peut être les arrêter plus facilement. »

- « Ta proposition me plaît mais je te rappelle que mes fluides ne vont pas apprécier. »

- « Deux contre quatre, c’est toujours mieux que un contre quatre. »

Sa proposition était plus qu’alléchante mais une petite voix en moi me disait que me trouver dans la même pièce que quelqu’un lançant des sorts d’eau ne serait pas évident à gérer. Je mis mes a priori de côté et laissai ma raison dominer mes propos, deux contre quatre c’était toujours mieux et plus rapide.

- « Alors faisons vite ! Il faut confier les clés des cellules à un autre prisonnier ou du moins ancien prisonnier pour qu’il continue ta tâche. »

- « Je sais exactement qui pourra faire ça. »

Je vis Faerlyn rejoindre la cellule qui de mémoire était voisine de la sienne. Il confia la clé à un hinion avant de faire un salut tout elfique et de me rejoindre. L’elfe blanc tourna alors la tête vers moi, sachant que j’étais le leader de cette révolte, il fit un signe de la tête comme pour me dire que je pouvais avoir confiance en lui. Parfait.

- « Ecoutez tous ! Vous êtes sous la responsabilité de cet hinion. »

Je le désignai du doigt même si cela était parfaitement impoli, je n’avais pas d’autres choix pour le montrer à tous.

- « Vous devez attendre ici que je vous emmène à la salle d’armes pour vous équiper. Faerlyn et moi allons nous occuper des gardes restants à cet étage. Ensuite ce sera à vous de jouer. »

Comme un seul homme, je vis tous ces prisonniers acquiescer de la tête. Ils me faisaient une confiance aveugle, voyant en moi un espèce de sauveur. Et si tout ceci ne servait à rien, et si il y avait un hic dans le plan, que je me faisais capturer, s’en serait fini. Non ! Je ne pouvais pas le concevoir, avec Faerlyn à mes côtés, j’avais de bonnes chances d’arriver au bout de cette mission.

D’un signe de la main, j’enjoignis l’earion à me suivre dans le couloir. Nous remontâmes le couloir en direction du nord. Des bruits de voix nous parvinrent alors rapidement, il y avait une discussion qui allait bon train concernant le devenir de certains prisonniers.

- « Deux pour moi, deux pour toi. J’espère que tu as déjà tué quelqu’un, il ne faut pas hésiter une seule seconde. »

J’avais dit cela dans un murmure que seul un elfe pouvait entendre. Faerlyn ânonna de la tête, bien. Il était temps d’entrer dans l’arène. Agrippant fermement ma nouvelle arme, j’entrai dans la pièce rapidement suivi de Faerlyn.

(Il faut fermer cette porte.)

Je vis à côté de moi Faerlyn faire une drôle de tête mais il s’exécuta quand même. Par Sithi, que venait-il de se passer ? C’était comme ci il avait entendu mes pensées ! C’était impossible ! Je chassai cette idée de ma tête revenant à la situation présente, les explications viendraient plus tard.

Pour le moment, un orque et trois gobelins nous faisaient face. Très mal équipés et surtout très mal protégés, cela serait un jeu d’enfant. Ils étaient autour d’une table, un par côté et nous regardait complètement ébahi par l’incongruité de la situation. J’avais maintenant hâte de voir les capacités magiques de mon acolyte.

- « Bienvenue à votre exécution messieurs. »

Sans plus de cérémonie, j’avançai dans le gobelin qui me tournait le dos mais pas la tête afin de lui décocher un magnifique coup horizontal de bâton alors de droite à gauche. Mon adversaire tomba de sa chaise, le nez apparemment cassé. Les trois autres se levèrent alors d’un seul coup, balançant leurs chaises en arrière.

Je vis alors passer sur ma droite un magnifique mais puissant jet d’eau en direction de l’orque, le geôlier comme je le surnommai. Il se prit le sort en pleine figure, cela devait être douloureux ! Un deuxième gobelin vint alors vers moi en sortant une petite lame. Il n’avait vraiment pas peur.

Il sauta sur moi pensant que je ne l’avais pas vu venir, vraiment Liam s’entourait de personnes pas très douées pour le maniement des armes. Si tous les adversaires étaient de cet acabit, malgré le nombre, il sera aisé de tuer tout le monde. Il ne restait plus que la question de la porte. Chaque chose en son temps.

Je n’eus qu’à me décaler de quelques centimètres sur la gauche afin de voir le gobelin lamentablement finir avec sa lame dans le sol. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, pauvre fou. D’un puissant coup vertical, j'écrasai mon bâton sur le dos du sekteg dont j’entendis quelques os craquer. Il ne reviendrait pas dans le combat de si tôt.

De son côté, Faerlyn se débrouillait plutôt bien. L’orque étant à terre, il n’avait plus qu’à répéter son attaque sur le troisième gobelin ce qu’il fit en le touchant dans le ventre. Sous la force du sort, ce dernier rejoignit le geôlier en tombant lourdement sur le sol. L’earion tourna alors la tête vers moi.

- « Puis-je les achever ? »

- « Si tu peux faire ça, vas-y. »

- « Alors sors de cette pièce. »

La détermination dans sa voix m’imposa l’obéissance. Je me rendis vers la porte que j’ouvris et sortis dans le couloir. Faerlyn recula de quelques pas en direction du dit couloir et commença à faire de magnifiques mouvements des mains, presque comme une danse.

Puis d’un seul coup, il leva ses deux mains vers le plafond et aussitôt un mur d’eau fit son apparition devant lui. Il poussa ensuite ce mur dans la salle déclenchant un véritable raz-de-marée emportant tout sur son passage. Les trois gobelins et l’orque furent projetés contre le mur du fond de la pièce, morts.

Faerlyn sortit de la pièce et referma derrière lui. Il utilisa ensuite le poignard afin de bloquer la porte, empêchant la sortie, mais vu l’état des gardes, ils ne sortiraient que les pieds devant.

L’elfe bleu présenta alors un regard interrogatif dans ma direction.

- « C’était quoi cette phrase dans ma tête tout à l’heure ? »

- « Je n’en ai pas la moindre idée. Au départ, j’avais dit cela pour moi, pas pour toi. Je ne savais même pas que j’avais cette capacité en moi. »

- « Tu pourrais recommencer ? »

Il me suffisait de faire comme si je parlais à ma faera. C’était ça, en réalité, j’avais parlé pour ma faera et Faerlyn avait intercepté la phrase. Mais comment ?

(Crysti ?)
(Je n’ai pas la moindre idée de comment tu as pu faire ça.)

Je fermai les yeux et me concentrai sur l’earion afin de lui transmettre un message mais rien du tout. Je rouvris les yeux, tombai sur lui et décrochai une phrase dans ma tête afin de signifier ma frustration.

(Oh et zut ! C’était un accident et puis c’est tout.)

- « Non, ce n’était pas un accident tu viens de le refaire. »

- « Impossible. J’ai essayé en fermant les yeux il y a trois secondes et rien et maintenant tu me dis que tu viens d’entendre ma frustration ? »

- « C’est ça ! »

(Mais oui !)

- « On peut m’expliquer ? »

- « Il faut que tu aies un contact visuel avec la personne que tu souhaites contacter. Il faut que tu la voies, mais la réciproque n’est peut être pas nécessaire. Si c’est le cas, tu es télépathe Aenaria ! Tu m’avais caché cela. »

- « Je ne le savais pas moi-même ! Mais je pense qu’après tout ce que Liam m’a fait, j’ai le cerveau qui s’est détraqué et je peux maintenant faire ça. Ca peut s’avérer utile pour la suite. »

- « Oh que oui ! En parlant de Liam, il serait temps de mettre le reste de ton plan à exécution. »

J’acquiesçai de la tête et nous rejoignîmes le reste des troupes. Il fallait maintenant faire en sorte que tout se passe dans un calme relatif mais que tout cela soit fait de manière efficace. Je me mis au milieu de la foule des prisonniers qui s’était massé à l’entrée des cellules.

- « Bien les amis, il est temps de m’écouter. Vous ne me connaissez pas et je ne vous connais pas et pourtant je vais vous demander une chose : mettre votre confiance en moi. Est-ce que vous pouvez faire cela ? »

Tous firent oui de la tête.

- « Donc écoutez-moi bien. »

De la tête, je désignai Faerlyn afin que tout le monde soit capable de l’identifier.

- « Voici Faerlyn, il est mon second dans cette opération. Ce sera votre seule et unique chance de sortir de ce lieu de perdition. Je vais emmener une partie d’entre vous dans un tunnel menant à la salle d’armes du camp. Vous y récupérerez des armes à tour de rôle et une fois fait, vous constituerez des équipes d’une dizaine de personnes afin de libérer le reste des prisonniers dans les étages supérieurs. D’autres parmi vous auront la lourde tâche de vider le reste du camp des gardes. Une fois que ce sera fait, nous pourrons ensuite nous occuper de l’extérieur qui est malheureusement bien mieux gardés. Je fais confiance à Faerlyn pour s’en occuper et vous donner les ordres en conséquence. Pendant ce temps, j’irais m’occuper de la personne responsable de notre situation, Liam de Falek ! Est-ce que vous êtes avec moi ? »

- « OUI ! »

- « Alors les amis, souhaitez-moi bonne chance, souhaitez-vous bonne chance et soyez le plus discret possible. »

Faerlyn me présenta son avant-bras afin de le saluer. Je l’attrapai et le serrai comme on le ferait à un égal.

- « Que Moura soit avec toi. »

- « Que Sithi t’accompagne. »

Puis me tournant vers les prisonniers j’annonçai ceci.

- « Il me faut 10 volontaires pour me suivre jusqu’à la salle d’armes. »

Dix mains se levèrent rapidement et d’un geste de la main, je les enjoignis à me suivre dans le couloir puis dans la pièce qui servait de dortoir aux gardes, où deux d’entre eux étaient allongés sans vie. Les prisonniers n’osèrent pas avancer à ma suite dans la pièce.

- « Ne vous inquiétez pas, Phaitos les a accueilli dans son royaume depuis peu. »

Cela rassura les anciens prisonniers et ils me suivirent à travers l’armoire. Je fis délibérément la route dans le noir, elle n’était pas longue et rapidement nous arrivâmes dans la salle d’armes. Je levai la main afin qu’ils se calment car je voyais bien qu’ils étaient excités à l’idée de prendre les armes, je devais canaliser tout ce regain d’énergie.

- « Equipez-vous de l’arme qui vous convient le mieux et rejoignez vos camarades. Faites ceci en roulement. Lorsque deux groupes auront récupérés leurs armes, qu’ils passent au premier étage, libèrent les autres prisonniers, éliminent les gardes. Et ainsi de suite, compris ? »

- « OUI ! »

- « Je vais sortir par la porte, faites en sorte qu’elle soit bloquée une fois que je serais passée. »

L’un des prisonniers, un ynorien vu ses traits, me suivit jusqu’à la porte. J’enlevai la hache, la lui tendis et sortis de la salle. J’attendis d’entendre la hache être apposé contre la porte en bois et traversai le couloir en catastrophe afin de rejoindre le dernier étage.

Montant quatre à quatre les marches, j’arrivai en deux minutes au second, le cœur battant la chamade dans ma poitrine. Je soufflai avant d’avancer dans le couloir de l’aile nord, une zone inconnue pour moi, mais je n’en avais que faire. Tout ceci m’avait galvanisé, j’étais prête à endurer la pire des choses afin de mettre un terme au règne de terreur de Liam.

J’avançai doucement dans ce couloir avant de voir de la lumière provenir d’une pièce sur ma droite. Le son de voix me parvinrent ensuite aux oreilles, je reconnus aussitôt les deux, Liam et le serviteur qui venait dans ma chambre m’apporter à manger. Des bruits de pas venant dans ma direction, si c’était Liam, j’étais fini, si c’était le serviteur je pourrais m’en accommoder.

Par prudence, je me collai contre le mur et attendis de voir l’identité de la personne sortant de la pièce. A mon grand soulagement, ce fut le serviteur qui sortit et qui tourna dans ma direction. Je réagis dans la seconde en venant plaquer ma main contre sa bouche tout en lui faisant signe de se taire de mon autre main.

Bloquant mon regard dans le sien, je prononçai ces quelques mots avec une voix suffisamment basse pour que le serviteur soit le seul à entendre.

- « Tu cries ou tu fais la moindre chose qui pourrait alerter Liam ou bien un garde et tu es un homme mort, me suis-je bien faite comprendre ? »

Il acquiesça de la tête. J’enlevai ma main droite de devant sa bouche et attendis sa réaction.

- « Je savais à la minute où vous avez mis les pieds dans cette chambre que vous ne resteriez pas les bras croisés. Votre secret est sauf avec moi. Faites le souffrir autant qu’il m’a fait souffrir. »

Je m’attendais à tout mais pas à cela, si les serviteurs se mettaient aussi de mon côté, c’était parfait. Toujours avec le regard déterminé, je le laissai repartir avant de respirer profondément. Il était temps pour moi d’accomplir ma destinée alors que les souvenirs de toutes les tortures que Liam m’avaient fait subir me revenaient en mémoire.

Ce fut avec de la douleur, de la colère et toute la rage du monde que j’entrai dans la pièce. Fermant violemment la porte derrière moi, j’attirai ainsi l’attention de Liam qui se tourna de sa chaise avec le bruit. En me voyant en arme dans la pièce, une légère lueur de panique passa dans son regard alors que dans le mien, rien n’avait changé.

- « Tu la vois ma lueur de rage maintenant ! »

_________________


Dernière édition par Aenaria le Dim 19 Juin 2016 20:42, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Lun 12 Oct 2015 17:31 
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[:attention:] Certains passages de ce RP peuvent choquer dans les propos. [:attention:]

Ayant toujours mon bâton bien en main, je le tenais devant moi comme une protection en cas d’imprévu. Je profitai de ce moment afin de regarder ce qui m’entourait : un lit de très belle facture sur ma droite avec du tissu comme ciel de lit, des coussins sur la gauche, un bureau en face de moi auquel Liam travaillait.

Ce dernier était toujours abasourdi par mon audace, ne réagissant pas le moins du monde. Puis sa bouche s’ouvrit avant de se refermer pour se rouvrir de nouveau et articuler un seul mot.

- « Comment ? »

Je gardai mes yeux fixés dans les siens, il était grand temps pour moi de lui faire goûter à ses propres tourments.

- « Tu es vraiment naïf à ce point ? »

(Tu pensais vraiment que j’allais rester ici sans rien faire ?)

Liam sursauta et se leva précipitamment de sa chaise, la faisant chuter. La panique dans son regard avait fait place à la peur, cette petite scène était très amusante.

- « Qui vient de parler ? »

- « Que se passe-t-il Liam ? Tu as peur de ton ombre ? »

(Ou bien d’autre chose ?)

Il se prit alors la tête entre les mains, se bouchant les oreilles par la même occasion. Il souhaitait s’isoler mais il ne faisait que renforcer mon envie de lui faire plus mal. J'en profitai pour regarder son équipement de la tête au pied : une armure en cuir souple et métal composée d'un plastron de très belle facture comprenant pectoral, gorgerin et spalière, de brassards et de bottes sortant du même moule, une épée ceinte à sa ceinture allant dans le même style. Pas mal du tout.

(Que se passe-t-il Liam ? Tu as donné ta langue au chat ?)

- « Sors de ma tête ! »

- « Sortir de ta tête ? Ma parole mais tu es devenu fou ! »

(Il semblerait que tu ne sois pas tout seul là-dedans !)

Il regarda alors tout autour de lui, sa chambre, son domaine, à la recherche de la source de son mal.

(Tu refroidis…)

Son regard s’approchait de moi tout doucement.

(Hum, ça se réchauffe.)

Je prenais un malin plaisir à le faire tourner en bourrique. Sa tête continuait de se tourner vers moi.

(J’ai l’impression qu’il fait aussi chaud que lors de mes parties de jambes en l’air.)

Cette fois-ci Liam comprit d’où venait la voix dans sa tête. J’affichai un regard déterminé et un rictus de victoire sur mon visage.

- « C’est toi qui fait ça ? »

- « Comme dirait un très bon ami, tu ne poses pas les bonnes questions Liam ! »

- « Tu es une combattante, pas une magicienne ! Tu t’es faite aider dans l’arène d’Omyre afin de battre mes guerriers. »

Et le couperet tomba me faisant écarquiller les yeux l’espace d’une seconde. Les quatre orques qui avaient voulu me transformer en esclave à mon réveil d’entre les morts étaient à la solde de Liam. Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? La perfidie de Tamìa avait déjà commencé à ce moment-là !

- « Ainsi donc c’était toi l’esclavagiste qui voulait de moi ! »

- « Ordre de Tamìa. »

- « Inutile de l’ajouter, j’avais bien compris que tu agissais sur son ordre ! Il n’empêche que personne ne m’a aidé dans cette arène. »

- « Tamìa m’a affirmé que tu étais une simple guerrière mais que tu savais manier une épée avec classe. »

- « Je vais lui reconnaître ça, elle me connaît, mais elle ne connaît pas tout, surtout pas ce qu’il est arrivé dans ma vie ces dernières semaines. La guerrière a disparu pour laisser place à une paladine dotée de pouvoirs magiques dépassant ton entendement ! »

(Tu n’exagères pas un peu là ?)
(Si je peux lui faire peur, c’est bon à prendre.)

- « Tu continues de mentir afin de t’en tirer à bon compte et me déstabiliser avant que nous ne croisions le fer, mais je ne me laisserais pas faire ! Je suis le grand régent Liam de Falek ! Je ne suis pas arrivé à cette place en écoutant des boniments ! »

Je n’eus pas le temps de répondre qu’il sortit son épée de son fourreau et chargea dans ma direction. Une fois à ma hauteur, je le vis préparer un grand mouvement vertical. J’eus le temps de poster mon bâton devant sa lame mais il était beaucoup plus fort que je ne le croyais. Il réussit à me faire plier les genoux, devant en poser un à terre.

- « Tu vas plier Aenaria, comme tu as plié sous mes coups, comme tu as hurlé sous la douleur ! »

- « Plier mais ne pas rompre Liam. »

Me servant de mon genou comme d’un pivot, je fis un quart de tour sur la gauche, dérobant mon bâton, faisant se cogner Liam contre la porte. J’en profitai pour me relever et me remettre en position car mon adversaire était vif, très vif, à tel point qu’il était déjà face à moi. Le combat serait long et douloureux.

Liam s’avança vers moi m’attaquant les jambes, je pus facilement parer son attaque du bout de mon bâton en l’abaissant vers le sol main gauche en bas avant de voir qu’il était très proche de moi. Idéalement placé pour une riposte, ce que je fis immédiatement en lançant vers sa tête mon poing droit frappant ainsi son visage avec le bout de mon arme.

Il ne s’attendait pas à cela de toute évidence et pour toute réponse secoua la tête afin de se remettre les idées en place.

- « Pas mal. Voyons de quoi tu es capable ! »

J’allais lui sortir une réplique cinglante dont j’avais le secret mais je n’eus pas le temps de prendre ma respiration que de nouveau il lançait une attaque sur mes jambes, voulant probablement me faire chuter. Une nouvelle fois je l’avais vu venir, sur ma droite cette fois-ci, et n’eut aucun mal à contrer son attaque. Sauf que je n’avais pas prévu ce qui allait suivre.

Liam ayant réussi à fixer mon attention sur la droite en profita pour effectuer un tour sur lui même afin de me décocher un coup de pied latéral dans la mâchoire qui me fit tourner sur moi-même à l’impact. Ce fut à mon tour de jouer avec mon visage pour remettre le matériel en place.

- « Pas mal non plus. Voyons si tu sais te battre contre une paladine. »

Son visage afficha un masque de surprise. Il était temps pour moi de lui montrer de quoi j’étais capable en utilisant une de mes techniques préférées, le soleil. Ramenant mes mains au milieu de mon arme, je me mis à faire des huit autour de moi et devant moi, faisant pleuvoir une dizaine de coups sur Liam qui se trouva rapidement submergé sous le nombre, ne pouvant pas tous les esquiver.

Ainsi à plusieurs reprises mon attaque atteignit sa cible sur les bras et les avant-bras fragilisant par la même occasion la prise de Liam sur son épée. Cependant, cette technique, aussi puissante fut-elle, présentait un inconvénient de taille, j’avais fait reculer mon adversaire. Dans un espace ouvert, cela ne constituait pas un problème, mais dans un espace fermé, cela pouvait être mortel et de toute évidence, mon adversaire vit rapidement la faille.

Se mettant en position avec un pied contre la porte de bois, il se poussa vers moi tentant ainsi un coup d’estoc propulsé, une technique très intéressante. Ce ne fut qu’un réflexe salvateur qui me sauva la vie sinon je finissais en brochette sur son arme. J’avais eu la bonne idée de remettre mon arme devant moi à la fin de ma dernière attaque, il me faudra faire une prière dans un temple de Sithi si j’en sortais vivante.

- « Fini de rigoler maintenant, on passe à la vitesse supérieure. »

Il tourna autour de moi comme un lion autour de sa proie. Il bougea à tel point que le bas de mes jambes vint toucher le bord de son lit, j’étais coincée, j’allais devoir faire front et ne pas flancher. Liam s’avança vers moi doucement lançant son épée, la passant de sa main droite à sa main gauche. Il voulait jouer avec moi, cela n’augurait rien de bon.

D’un seul coup, il cessa son petit tour de passe-passe gardant son arme dans sa seule main droite et se fendit vers l'avant, me visant le ventre. Je pus bloquer sa lame avec mon bâton, l’arrêtant à quelques centimètres de ma cuirasse. Néanmoins, il n’avait pas terminé son attaque pour autant et au moment où je baissai ma garde, il passa à la suite.

Il attrapa le pommeau de son épée à deux mains et poussa vivement vers mon moyen de défense, ayant relâché ma prise dessus, je n’eus d’autre choix que de plier sous l’attaque. Résultat, mon bâton fit un vol plané vers la porte avant que je ne fasse de même sur le lit suite à un coup de pied latéral.

Liam n’attendit pas son reste et me suivit sur sa couche, se postant à califourchon sur moi, épée sur le côté, mains sur mes épaules m'appuyant ainsi le dos contre mon propre bouclier, ce qui me coupa quelque peu la respiration.

- « Tu es à ma merci Aenaria dans une position qui nous est familière en plus de cela ! »

- « Tu as toujours envie de moi à ce que je vois ! »

- « Tu n’as pas idée ! »

Il se lécha sensuellement les lèvres du moins ce qui ressemblait à de la sensualité. La vue de son expression me rebuta grandement et je ne pus m’empêcher de tirer la langue en affichant une mine de dégout avant de répliquer. Je recentrai mon regard sur le sien en ayant une idée cocasse en tête, un petit rictus de victoire sur le visage. Liam fronça les sourcils devant mon expression.

- « Qu’est-ce qui te fait sourire ainsi esclave ? »

- « Je me disais que j’étais bien heureuse d’être une elfe ! »

Il baissa son visage, lécha ma joue avant de se diriger vers mon oreille droite.

- « Et pourquoi cela ? »

- « Parce que je n’aurais pas à porter tes enfants mais je peux au moins te priver d’avoir une descendance ! »

Montant vivement mon genou au niveau de son entrejambe, je lui coupai le sifflet et la respiration suffisamment longtemps afin de me débarrasser de lui en le poussant sur le côté. Il se recroquevilla de douleur en postant ses mains sur ses parties génitales, j’en profitai pour me relever, me poster de l’autre côté du lit et dégainer mon épée. Péniblement, Liam se remit debout, récupéra son épée et se posta face à moi.

Devant le spectacle affligeant que me proposait Liam, je ne pus rien faire d’autre à part éclater de rire. Imaginez un peu : un guerrier qui se dit aussi fort que ce régent qui tient à peine debout, l’épée tremblante dans la main droite, la main gauche toujours posée sur son entrejambe. Je stoppais mon rire et revint dans la situation.

- « Tu es pitoyable ! »

- « Attends un peu que je t’attaque. »

- « Mais je t’en prie, je n’attends que cela. Le combat au bâton c’était de l’amateurisme, on passe au niveau supérieur maintenant. »

Prenant de bons appuis dans le sol, je m’élançai vers l’avant chargeant mon ennemi de ma lame. Je ne souhaitai pas atteindre un point vital mais plutôt continuer mon travail de sape commencé avec mon arme précédente.

En moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, je me trouvai à distance de frappe. Liam se prépara à encaisser en postant son épée en défense devant lui, ce fut le moment que je choisis pour modifier ma course d’élan sur son côté droit, lui coupant le bras sur la route.

Arrivée face au mur, je posai mon pied sur ce dernier, arrêtant ainsi ma course avant de me planter dans la porte, me retournant en route, empêchant Liam de contre-attaquer par la même occasion en bloquant sa lame contre la mienne.

Liam repassa aussitôt à l’attaque avec un coup d’estoc latéral de gauche à droite, je dus faire un petit saut en arrière afin d’éviter l’impact mais le coup retour me toucha quand même au niveau du ventre. Heureusement pour moi, ma fidèle armure m’avait protégé. Il était temps de lui mettre en faire voir des vertes et des pas mûres.

Je récupérai mon bouclier juste à temps afin de contrer un nouveau coup d’estoc droit devant moi cette fois-ci. Liam prit son arme à deux mains et repartit à l’attaque avec une pluie de coups sur les côtés, j’esquivai le premier, le second mais le rythme était tellement intense, que même mon bouclier ne me permit pas de protéger efficacement. Un coup sur la cuisse, des entailles sur l’avant-bras, voilà le résultat.

Il avait réussi son coup vu le sourire machiavélique sur son visage en tout cas, une chose était sure, il m’avait prodigieusement énervé. J’avais perdu la main durant mon incarcération ou quoi ! C’était frustrant de prendre des coups à chaque fois, j’avais l’impression d’être de nouveau à l’académie.

Non, je ne le permettrais pas. Mon bouclier n’avait servi qu’à me protéger, il était temps pour moi de lui prouver que c’était également une véritable arme. Serrant les attaches à m’en faire blanchir les jointures de la main gauche, je lui fonçai dessus ne m’arrêtant que lorsque j’atteignis ma cible en plein plexus.

Il était maintenant coincé contre le mur, son épée entre lui et mon bouclier. Il avait percuté la pierre de son corps avant que la tête ne suive le mouvement. Le régent me repoussa violemment en arrière en recouvrant ses esprits. Je n’attendis pas mon reste et reculai immédiatement mon bras afin de lui asséner un puissant coup de bouclier.

Néanmoins, mes intentions étant relativement claires, Liam me coupa dans mon élan me balayant les jambes ce qui me fit lourdement chuter au sol. Une fois sur mon séant, mon adversaire leva son épée au-dessus de sa tête avant de la descendre à toute vitesse dans ma direction.

Me recroquevillant le plus possible, je me retrouvais sous mon bouclier qui amortit le choc non sans me comprimer contre le sol. Liam avait une force physique que je n’avais pas soupçonnée jusqu’à présent. Il était donc plus dangereux que de prime abord. Il releva son épée au-dessus de sa tête pour retenter sa chance mais cette fois-ci, il ne m’aurait pas.

Une fois au bout de sa course, il redescendit dans ma direction mais je réussis à me décaler au dernier moment sur le côté en me tournant sur la droite. J’en profitai pour donner un coup de bouclier dans la tête de Liam qui recula sous l’impact. Ce petit laps de temps me permit de me remettre sur mes jambes remettant de la distance entre nous.

Le régent cracha du sang au sol, je jubilai intérieurement, j'avais réussi mon coup. Mon adversaire avança vers moi, fit un espèce de moulinet avec son poignet et envoya du bout de sa lame valser mon bouclier sur le lit. Je regardai voler mon dernier rempart de protection vers les draps.

- "Enfin seuls !"

Mon regard glissa vers Liam, de la détermination pouvait se lire sur son visage. J'avais la rage au ventre alors que les souvenirs de mes différentes séances de torture remontaient à la surface. Je ne pouvais pas mourir face à lui. Nous nous postâmes de nouveau face à face et nous entamâmes une danse des épées : attaque, riposte, parade, contre-attaque, défense, le tout s’alternant, nous touchant ou ratant notre cible.

Plusieurs minutes plus tard, nous étions tous les deux à reprendre notre souffle, saignant tous les deux de plusieurs endroits sur les bras, les jambes et le visage. De toute évidence je ne l’aurais pas par la force des armes car à l’épée nos compétences étaient semblables, mais je possédais une autre arme : ma magie.

Me revint alors en mémoire tous les mauvais traitements qu’il m’avait fait subir, toutes les tortures physiques et mentales que j’avais du affronter. Une petite idée naquit dans mon esprit, une idée concernant mes compétences magiques. Je devais d’abord consulter ma petite conscience avant d’aller plus loin dans mon idée.

(Est-il possible de lui faire subir la même chose avec ce dont je dispose ?)
(C’est un type de magie particulier, qu’on appelle magie neutre, mais oui c’est faisable de torturer mentalement. Mais attention c’est très dangereux.)
(Danger est mon deuxième prénom mais cela me semble un peu trop compliqué, surtout dans un tel combat. Je vais m’en tenir à la torture physique mais avant cela, éblouissons-le par notre présence.)

Du bout de ma main gauche, je fis discrètement appel à mes fluides de lumière afin de l’aveugler. Ma respiration reprenait un rythme normal et je pouvais voir que les mouvements de la cage thoracique de Liam devenaient plus réguliers. Les sens exacerbés afin de capter les rayons lumineux de la pièce, la suite dépendrait d’un timing parfait.

- « Comme au lit, tu n’en as jamais assez ? »

- « Ce n’est pas toi qui avait dit que j’avais des parties de jambes en l’air très intéressantes ? Si je n’étais pas endurante, elles ne seraient pas aussi croustillantes, ne crois-tu pas ? »

- « C’est vrai. Je dois avouer que Tamìa avait raison sur ce coup là, tu es vraiment un adversaire à ma hauteur épée à la main. Mais j’ai gardé mes meilleurs coups pour la fin, prépare-toi à quitter ce lieu les pieds devants. AAAAHHHH ! »

C’était le moment, Liam prit son élan et s’élança vers moi à toute vitesse. Je pouvais sentir mes fluides de lumière au bout de mes doigts.

- « Désolée pour ça. »

Fermant les yeux, je levai ma main à hauteur d’épaule et lançai un jet de lumière suffisamment puissant afin d’aveugler mon adversaire. Mon attaque magique arrêta Liam dans sa course, il porta ses deux mains à ses yeux.

- « Qu’est-ce que tu viens de faire à mes yeux ??? »

Je ne répondis pas, passant à l’attaque, profitant de mon avantage. Je m’élançai à mon tour vers le régent de ce camp, le privai de ce qu'il avait le plus usé sur moi : sa puissance masculine. Ce geste lui tira un affreux cri de douleur et le fit tomber genoux à terre. J’arrêtai ma course, fis un demi-tour et lui coupai la tête mettant ainsi un terme à son règne de terreur.

- « Je suis telle la valkyrie qui éradique la vermine de ce monde protégeant sa population de l’oppression. »

Réalisant ce que je venais de faire, je tombai moi-même à genoux suite à l’effort consenti durant ce combat. C’était le calme après la tempête, je soupirai de soulagement et de fatigue. Toutes ces entailles partout sur mes bras et mes jambes, j’en ressentais enfin les effets suite à la fin de cet affrontement. Je me souvins alors avoir réussi à subtiliser une potion de soin sur un gobelin, je la récupérai dans mes affaires et la bus. Un sentiment de bien être envahi alors mon corps refermant certaines de mes plaies mais pas toutes.

J’avais réussi ma mission, j’avais tué Liam de Falek et une révolte était en cours au sein de ce campement. Je posai mon regard sur ce corps sans vie quelques secondes avant de lui faire les poches, on pouvait toujours trouver des choses intéressantes surtout si la personne concernée était le grand chef.

Rangeant mes acquisitions, je réalisai qu’il ne me restait plus qu’à rentrer à Kendra Kâr, retrouver Ehemdim et tout rentrerait dans l’ordre pour nous. Un sourire naquit alors sur mon visage à cette idée et je me perdis dans mes souvenirs.

Quelques coups toqués à la porte me sortirent de ma rêverie, me retournant je vis un visage familier dans l’embrasure, Faerlyn.

- « La situation est critique dehors, on a vivement besoin de ton aide Aenaria. »

Des gens en danger, la rébellion qui risquait d’avorter et cela malgré la mort de Liam, je ne pouvais pas laisser des innocents mourir sans les aider même si je devais y laisser ma vie.

- « Montre-moi la route. »

Je me relevai sur l’instant, récupérai mon épée et quittai la pièce non sans jeter un dernier regard à ce que fut le régent du camp de déportation d’Oaxaca.

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Dernière édition par Aenaria le Dim 19 Juin 2016 21:20, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Dim 12 Juin 2016 22:59 
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Je sortis de la pièce et Faerlyn me montra le chemin en gardant le silence. Je repensais à ce que je venais d’accomplir et ceci me donna un frisson dans le dos. Je venais de tuer une des personnes les plus puissantes d’Omyre, probablement un subordonné important d’Oaxaca…

(Lorsque l’information sera connue de tous, je ne paie pas cher de ma tête dans le coin, je vais devenir une vraie paria en Omyrhy.)
(Tu viendras tuer de la peau verte à l’occasion et puis c’est tout. Ne te fais pas de souci, pense à Ehemdim et à quel point il serait fier de toi.)
(Tu as raison, gardons le positif en tête.)

Sans vraiment faire attention à ma route, mes pas à la suite de l’éarion me conduisirent à une porte donnant sur la cour principale du camp. Ce que mes yeux virent à cet instant me les fit ouvrir en grand tout comme ma bouche. Une boucherie… J’avais envoyé toutes ces personnes à la mort. Je pouvais voir un nombre de corps incalculables joncher le sol de la cour alors que les gardes en hauteur les visaient de leurs flèches.

Je me mis à trembler devant la bêtise que j’avais pu faire, comment avais-je pu être aussi stupide !? Je refermai la bouche et serrai très fort les poings à m’en faire blanchir les phalanges. J’étais en colère contre moi-même et je n’avais plus qu’une chose à faire, rattraper mon énorme erreur tout en espérant que les survivants ne m’en tiendront pas rigueur.

Avant de foncer tête baissée dans la mêlée au risque de prendre une flèche en route, je regardai en détail la situation. Il y avait de l’eau partout à cause d’une pluie légère qui tombait à l’extérieur. Depuis le tour de garde, on voyait des espèces de gargouilles par lesquels de l’eau s’échappait, probablement celle accumulée sous les pieds des archers. Ceci me donna une idée qui était risquée mais qui méritait d’être mise en œuvre.

Mes yeux se fixèrent sur un élément du décor, des escaliers qui se situaient de l’autre côté de la cour, au niveau de la porte d’entrée, que des prisonniers essayaient désespérément d’enfoncer. Ces escaliers menaient tout droit au tour de garde et à en juger par les corps se trouvant au pied des marches, je n’étais pas la seule à y avoir pensé.

Sauf que je n’irais pas sans protection. Je pris mon bouclier dans mon dos et me tournai vers Faerlyn qui ouvrit grand les yeux comprenant que j’allais traverser la cour.

- « C’est du suicide ! »

- « Tu vois une autre solution ? Est-ce qu’il y a une porte qui permet d’accéder au tour de garde ? »

Faerlyn ferma les yeux et soupira profondément de résignation.

- « Aucune… »

- « C’est bien ce que je pensais. Ce bouclier ne m’a jamais laissé tomber depuis que je l’ai récupéré. Voilà ce que je te propose. Je vais courir jusqu’aux escaliers en évitant les corps de nos camarades tombés. Je vais avoir besoin de ton assistance pour la suite des opérations. Il faudra que tu surveilles les archers afin de voir qui s’apprête à me tirer dessus afin de lui lancer une belle attaque dans la tête pour l’arrêter. »

- « Attends une seconde, ton plan présente une faille Aenaria. »

- « Je sais très bien. Tu ne pourras pas me protéger des archers qui sont au-dessus de nos têtes au moment où nous parlons mais c’est un risque qu’il me faut prendre. »

- « Et après ? Une fois en haut de l’escalier, tu fais quoi ? »

- « J’attire un peu plus leur attention sur moi. »

- « Pour te faire tuer ? »

- « Non, disons simplement que de la ville d’où je viens, on nous apprend une chose très importante dès notre plus tendre enfance : ne jamais mélanger un éclair et de l’eau car le second conduit le premier. »

- « Tu es balsinaise ! Je connais l’un des tiens mais nous aurons l’occasion d’en reparler plus tard. »

Je vis Faerlyn fermer les yeux et en une fraction de seconde, de l’eau apparut au bout de ses mains, il était prêt à me couvrir. En rouvrant les yeux, je ne distinguais plus ses magnifiques prunelles bleues mais seulement du blanc, étonnant et effrayant à la fois.

(Tu es sûre de ton coup ?)
(Si je te dis que je préférerai être en train de jouter avec Liam plutôt que là, ça répond à ta question ?)
(C’est bien ce que je pensais.)

Prenant une profonde inspiration, je m’élançai dans la cour comme une flèche. Cette course me ramena des années en arrière alors que j’étais encore à l’académie et que je devais apprendre à courir sur un terrain jonché de corps. Sauf qu’à l’académie je devais juste courir, pas éviter des flèches que des archers me lançaient depuis des hauteurs.

Le terrain était boueux avec la pluie ce qui ralentissait considérablement ma progression et plus dangereux encore, me faisait facilement perdre mes appuis. La première fois je réussis à me rattraper de justesse mais la deuxième fois, j’atterris la tête la première sur le sol contre des corps. Par réflexe, je m’étais recroquevillée sur moi-même et sous mon bouclier afin de ne pas prendre une flèche en route.

(Et maintenant ?)
(Merci de me rappeler à quel point je suis dans la merde !)
(Je ne faisais que souligner une évidence, tu es dans la merde, donc qu’est-ce que tu vas faire ?)
(Attendre que les tirs se calment.)

Après avoir pensé cela, plusieurs projectiles percutèrent mon moyen de défense.

(Mais bien sur et la marmotte…)
(Tais-toi, j’essaie de me concentrer.)

Oui me concentrer sur le rythme de l’arrivée des flèches sur mon bouclier. Après une salve de quatre, il y avait exactement cinq secondes avant l’arrivée de la flèche suivante. Je fis le compte une nouvelle fois et mon calcul était bon. Je n’étais pas pressée de quitter mon abri et la troisième fois me confirma ce laps de temps.

Prenant mon courage à deux mains, je m’accroupis tout en restant sous mon bouclier et attendis que la dernière flèche ne tape le métal avant de me relever et de reprendre ma course. Je me mis à slalomer de nouveau entre les corps tombés au combat tout en me protégeant du mieux possible, entendant régulièrement claquer une pointe de flèche contre le métal.

Arrivée pratiquement à destination, un petit malin eut la riche idée de viser le bras tenant mon bouclier. La pointa se ficha dans mon biceps, me faisant lâcher mon seul véritable moyen de protection, j’étais juste à découvert. Mes pieds se prirent dedans, je fis alors une sorte de roulade dans la boue en guise d’atterrissage.

Un nouveau projectile siffla à mes oreilles, il y avait clairement une cible qui venait de se dessiner sur tout mon corps. En levant les yeux vers le tour de garde, mes craintes devinrent réalité, tous les archers à ma droite avaient leurs flèches pointées vers moi. Nul doute qu’il en était de même pour tous leurs frères d’armes.

Ma dernière heure venait d’arriver, j’allais me transformer en tissu rongé par les mites. Le plus triste dans toute cette situation était que je ne pouvais absolument rien faire pour me défendre. Ma magie était inutile dans la situation actuelle, seul un miracle pourrait me sauver la vie.

(Père, mère, j’ai échoué…)
(Aenaria, regarde autour de toi !)

Alors que le temps semblait s’étirer à l’infini pendant que j’adressai mes dernières pensées vers le ciel, quelque chose d’étrange se produisit. L’eau autour de moi disparut progressivement pour former une sorte de vague immense qui allait bientôt s’abattre sur moi, c’était la fin. Je fermai les yeux, attendant le sort funeste qui allait être le mien…

Mais de toute évidence mon trépas n’était pas au programme du jour car je ne sentis absolument rien, à part une pluie très fine tombant sur mon visage. En rouvrant les yeux, je trouvai autour de moi la fameuse vague, très fine d’ailleurs, qui avait formé une sorte de dôme protecteur. L’espace était très large, tellement large qu’il me permit de trouver mon bouclier et de le récupérer.

Soit la situation était bonne pour moi, soit la situation était catastrophique si ce sort avait été lancé par un mage à la solde de Liam. Il n’aimait pas spécialement la magie, n’y croyant pas, j’optais donc rapidement pour la première solution. Je me mis à chercher l’éarion des yeux et ce qu’ils captèrent me surprit grandement.

Faerlyn avait des tatouages sur la peau qui recouvraient une bonne partie de son visage ainsi que son épaule. Je ne les avais jamais vu auparavant peut être parce qu’ils n’étaient pas lumineux, ou plutôt brillants d’un bleu clair faisant ressortir la pâleur habituelle de mon camarade.

(Il démontre toute la puissance de sa magie d’aquamancien.)
(C’est proprement impressionnant ! Il vient de me sauver la vie en m’isolant. Il faut maintenant que je lui montre que je vais bien, mais comment ?)
(Avec de la magie, peut-être ?)

Je souris malicieusement à la réplique de ma faera, elle avait toujours réponse à tout ! Mobilisant rapidement mes fluides de lumière, je me préparai afin de lancer une orbe éclairante lorsqu’une flèche passa à travers mon mur aquatique, certes à une vitesse moindre qu’à l’instant où elle fut décochée, mais suffisamment rapidement pour se ficher dans le sol. C’était le signal pour que je me remette en mouvement.

Tournant la tête dans la direction de Faerlyn, j’abandonnai l’idée du sort lumineux et essayai de capter le regard de l’earion dans le but de lui communiquer un message.

(Je suis prête à repartir.)

Mon petit message atteignit son destinataire car je sentis le sort perdre en puissance. Resserrant ma prise sur mon bouclier, je me préparai à monter les marches me séparant des archers quatre à quatre. Enfonçant mes pieds dans le sol afin de garantir mes appuis, je n’attendis pas la disparition complète du halo aquatique afin de m’élancer dans les escaliers.

Mon bras gauche tenait fermement mon bouclier afin de protéger mon flanc le plus exposé alors que je montais les marches quatre à quatre. Dans la main droite, je fis affluer mes fluides d’éclair espérant que ma petite stratégie soit payante. J’avais dans l’idée qu’une charge minimale ferait suffisamment de dégâts, du moins suffisamment pour les sonner le temps de s’occuper de cette porte d’entrée.

Une fois en haut du rempart, route qui fut non sans encombre à cause de l’eau qui me fit glisser plus d’une fois, j’englobai la scène du regard et dénombrai douze archers à atteindre. Je me mis en hauteur sur l’un des créneaux afin de ne pas être touché par mon propre sort car cela serait fâcheux pour la suite des opérations.

Je continuais de me protéger des flèches qui fusaient toujours dans ma direction lorsqu’un éclair déchira le ciel afin de toucher la rigole qui permettait l’évacuation de l’eau par les gargouilles de la façade et où les pieds des archers se trouvaient. La réaction fut immédiate, les tireurs furent légèrement électrocutés, l’eau conduisant la foudre.

Je fis en quelque sorte d’une pierre deux coups, stoppant douze archers d’un seul sort savamment dosé. Je n’avais pas lancé mon sort à fond au cas où j’aurais besoin de ma magie une nouvelle fois pour nous sortir d’une mauvaise passe. Je devais également préserver les forces magiques de Faerlyn au cas où nous aurions besoin de lui par la suite.

Maintenant que les tireurs étaient hors d’état de nuire pour un petit moment, je n’avais plus qu’à trouver un moyen de m’occuper de cette porte d’entrée qui résistait toujours aux attaques répétées des ex-prisonniers. Je jetai un coup d’œil afin de voir si quelque chose bloquait le bois et là, ce fut la tuile. Il n’y avait pas une enceinte mais bien trois enceintes successives qui étaient de moins en moins fortifiées, certes, mais fortifiées quand même.

Cependant, le cauchemar ne faisait que commencer. En effet, en me penchant légèrement pour essayer de comprendre pourquoi mes camarades ne pouvaient pas ouvrir la première porte, je compris ce qui n'allait pas. Elle n'était pas fermée de l'intérieur mais plutôt de l'extérieur. Vicieux jusqu'au bout des ongles ce Liam, c'était la meilleure protection envisageable pour éviter un quelconque mouvement de rébellion, stoppant la révolte dans l'oeuf.

Les quelques gardes qui se trouvaient en contrebas étaient en train de renforcer cette porte avec des madriers. L'un d'eux leva les yeux vers moi et me nargua avec un sourire moqueur. Tacitement, il me faisait comprendre que jamais je ne sortirai vivante de ce camp, que personne ne sortirait de ce camp. Je soupirai de tristesse, la situation que je contrôlai à peu près jusque-là était en train de m'échapper, tout espoir de revoir Ehemdim s'enfuyait de moi.

Je descendis les marches afin de rejoindre le plus gros des troupes et essayer de trouver une solution rapidement car les archers les plus résistants devraient rapidement faire leur retour au combat. Inutile de les tuer pour rien même si cela serait plus judicieux mais je n’étais pas une exécutrice sans cœur et sanguinaire mais bien un soldat qui respectait les ordres.

Faerlyn avait eu la même idée que moi et me rejoignis en petite foulée dans la cour. En voyant mon expression défaite, son sourire s’effaça, il ne comprenait pas ce qu’il se passait dans ma tête.

- « Pourquoi ce visage ? Tu devrais te réjouir, c’est la victoire et la liberté dès que nous aurons ouvert cette porte ! »

- « Tu te trompes… »

- « Alors explique-moi. »

- « Il n’y a plus aucun espoir, c’est fini. »

- « Il y a toujours de l’espoir ! »

- « PAS CETTE FOIS !!! NOUS SOMMES BLOQUÉS ICI !!! JE SUIS FATIGUÉE DE ME BATTRE ! »

- « JE CROYAIS QUE LES SOLDATS DISAIENT QUE TANT QUE L’ON SE BATTAIT TOUT ÉTAIT POSSIBLE ! »

- « SEULEMENT SI NOUS AVONS LES ARMES ADÉQUATES ET NON TROIS FOUTUES PORTES À DÉTRUIRE QUI NOUS SÉPARE DE LA LIBERTÉ QUE NOUS DÉSIRONS TANT !!! »

- « NE PARLE PAS SI FORT TU VAS FAIRE PEUR À TOUT LE MONDE ! »

- « IL FAUT ÊTRE RÉALISTE DANS LA VIE, NOUS SOMMES PERDUS FAERLYN !!! »

Après cette dernière phrase, quelque chose d’étrange se passa en moi, un petit je ne-sais-quoi qui me laissait penser qu’un nouveau problème allait surgir. Mes mains s’agitèrent sans que je ne puisse les contrôler, mon ventre se mit à me faire mal m’obligeant presque à me tordre en deux afin d’essayer d’amoindrir la douleur. J’avais l’affreuse sensation que quelque chose essayait de sortir de moi sans que je ne sache quoi.

(Crystallia, qu’est-ce qui se passe ?)
(Je n’en ai pas la moindre idée Aenaria, je suis aussi démunie que toi en plus d’être inquiète.)
(Parce que tu crois que je ne le suis pas peut être ?)
(Qu’est-ce que je peux faire pour aider ?)
(Il semblerait que je sois… seule…)

La douleur se déplaça progressivement de mon ventre vers mon cœur, me faisant rater plusieurs battements à la suite, me laissant ainsi la sensation de mourir sur place. Finalement je sentis le mal bouger vers mes épaules pour terminer son trajet dans mes mains qui s’arrêtèrent de trembler net avant qu’elles soient envahies d’une douleur telle que j’aurais préférée me les faire couper.

- « AAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH !!!!!!! »

C’était bien là tout ce que je pouvais faire et même dire face à ce que je traversais. Alors que je pensais souffrir déjà le martyr, la douleur dans mon ventre revint sans crier gare me faisant transpirer à grosse goutte. J’en perdis la notion du temps, ne faisant plus du tout attention au monde qui m’entourait, j’étais dans ma bulle de souffrance et le pire dans cette histoire, c’était le froid constat auquel j’arrivais : je ne savais pas ce qui se passait.

Je ne savais pas trop combien de temps s’était écoulé depuis le début de « ma crise », une minute… deux minutes… une heure… plus ? J’étais complètement perdue. Mes yeux se mirent soudain à me jouer des tours, me faisant voir flou. La bile me monta progressivement au fond de la bouche alors que les larmes coulaient abondamment sur mon visage crispé par la douleur.

Le moindre mouvement de ma part ressemblait à une véritable torture et pourtant j’en avais déjà fait les frais plus d’une fois. Tombant à genoux car mes jambes ne me portaient plus, j’amortis ma chute de mes mains, créant une vague de souffrance qui remonta dans mes bras avant de redescendre aux extrémités.

Et… ce fut la défection totale… la douleur avait complètement disparu, dans mes mains, dans mon ventre… C’était totalement incompréhensible. Je regardais tour à tour la paume de ma main droite et celle de ma main gauche, hébétée par une situation qui m’échappait.

Doucement mais sûrement, deux points de couleur apparurent dans mes mains, un blanc et un plus gris. Ils se transformèrent en boule, la sensation qui découlait de cet événement ne m’était pas complètement inconnue, c’était mes fluides qui se modélisaient différemment.

Une fois formée en entier, pouvant tenir dans la paume de ma main, elles s’en séparèrent pour s’élever légèrement au-dessus, restant ainsi en suspens dans l’air, le tout sans que je ne contrôle quoi que ce soit. Pensant que tout ceci était terminé, je gardai mon regard sur ce petit phénomène magique improbable, je n’étais pas capable d’un tel prodige, du moins pas à ma connaissance.

(Tu as repris le contrôle !)
(Que tu crois ! Je ne suis pas responsable de ce qu’il se passe mais c’est très joli…)
(Naria, regarde tes mains !)

Le phénomène qui s’était déroulé sous mes yeux quelques secondes auparavant, avec ce que je supposais être mes fluides de lumière et d’éclair, se reproduisit. Cette fois les points étaient vert et rouge, mes fluides de feu et de vent. Deux points, deux boules et finalement elles rejoignirent leurs sœurs fluidiques dans l’espace et continuèrent de s’élever, arrivant à hauteur d’homme ou du moins d’elfe.

Je mis un pied au sol, testant ainsi mes jambes pour vérifier si elles me portaient ou non, puis me relevai complètement me retrouvant nez à nez avec ces quatre boules. Mais que faire ?

(C’est une bonne question !)
(Donc j’ai ma réponse. Super…)

Au final, je n’eus pas à me triturer l’esprit trop longtemps, obtenant ma réponse visuellement. Les quatre boules s’assemblèrent progressivement pour n’en former qu’une seule qui descendit au niveau de mes mains. Okay… Quelqu’un pouvait-il me dire ce qu’il fallait faire de cette masse fluidique ?

J’étais complètement perdue, tout comme mon regard qui se mit à errer sur le champ de bataille. Il finit par se poser sur Faerlyn qui avait du observer cette scène insolite. Son regard était perplexe, ne sachant si il devait être admiratif ou bien craintif face à ce que j’avais dans les mains.

- « Faerlyn, je fais quoi ? »

- « Tu veux mon avis ? »

- « Tu es le seul proche de moi dans ce lieu de perdition qui s’y connaisse en magie, donc OUI je veux ton avis ! »

- « Euh… Je… Vu l’aspect de ce que tu tiens entre les mains… Je dirais que tu as crée à partir de tes fluides une sorte de projectile magique complexe… qui, si tu le lances, va déferler vers une cible pour la faire exploser… Mais ce ne sont que des suppositions, je ne suis sur de rien. »

- « Bon, qui ne tente rien n’a rien ! »

- « Tu vas te lancer ? Tu peux attendre que j’aille me cacher ? »

- « Inutile, tu ne devrais pas être touché si moi je ne suis pas touchée après impact. »

(J’ai raison ?)
(Ton calcul semble correct mais par sécurité, tu ne m’en veux pas si je me mets à l’abri ?)
(Lâcheuse !)

- « QUE TOUT LE MONDE SE POUSSE DE LA PORTE ! »

Et maintenant, comment lancer cette boule sans avoir l’air ridicule ? Situation problématique et moi je pensais à mon style, où avais-je la tête par Sithi ! Bon, il était temps pour moi de me jeter à l’eau. Rapprochant mes paumes de mon abdomen, je repoussai vivement cette masse fluidique vers la porte, espérant très fort qu’elle rejoigne sa destination.

Intérieurement, je croisai les doigts pour que ça fonctionne et que ce soit suffisamment puissant pour faire exploser la première enceinte, la deuxième voir la troisième mais là, je m’imaginais des choses. Je fermai les yeux avant l’impact pour ne pas voir la réussite ou l’échec de mon action.

Lorsque mes oreilles captèrent un son franc et distinctif d’explosion, j’ouvris aussitôt les yeux afin de voir des débris voler dans tous les sens. Ma tête se tourna vers le ciel afin d’observer ce magnifique spectacle qui raviva la flamme de l’espoir dans mon cœur, l’espoir de quitter définitivement ce bagne.

- « Ouaaaaiiiiiiiiis !!!!!! »

Un cri de joie qui venait des quelques prisonniers qui s’étaient mis à l’abri avant l’impact. Aussitôt mon regard se déplaça vers notre obstacle ou devrais-je dire nos obstacles. La porte de la première enceinte avait volé en éclat, la seconde était déjà bien attaquée mais la dernière ne semblait que très peu endommagée.

(Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?)


Se battre aussi fort pour voir ses actions non récompensées, c’était encore une fois un mauvais coup du sort. J’avais clairement perdu la faveur des dieux. Mes forces m’abandonnèrent quelques secondes, mes jambes se dérobèrent de nouveau sous moi mais cette fois-ci Faerlyn m’avait vu vacillé avant de m’effondrer. Il me rattrapa avant que je ne rencontre le sol, me tenant par la taille, passant mon bras gauche autour de son cou.

- « Ne perds pas espoir Aenaria, reste encore un peu avec nous. »

- « Est-ce que tu te rends compte des forces que ce sort m’a pris ? Tu peux faire pareil peut-être ? Je te croyais aquamancien ! »

- « N’oublie jamais que l’eau est un élément très puissant que l’on peut déchaîner de pleins de manières différentes. Avançons vers cette dernière porte pour regarder ce qu’il en est. »

- « Attends il faut faire quelque chose avant cela. »

Faerlyn me tenant toujours fermement, je levai ma main vers ma bouche afin de siffler. Aussitôt les prisonniers se tournèrent vers nous.

- « Il faut aller tuer les gardes au-dessus des remparts avant qu’ils ne récupèrent tous leurs moyens. »

Plusieurs d’entre eux acquiescèrent et se dirigèrent vers les escaliers afin d’exécuter l’ordre que je venais de leur donner. Faerlyn commença à avancer doucement pour que je continue de récupérer. Ainsi nous marchâmes jusqu’à la première porte qui n’était plus qu’un vaste trou béant maintenant.

La deuxième porte avait reçu les débris de la première, la fragilisant grandement. Concrètement, il ne tenait plus à grand chose pour la voir tomber en morceau. Ce travail était accompli par nos compatriotes de cellules qui mettaient beaucoup de cœur à l’ouvrage, voulant sortir de ce lieu de déperdition tout autant que Faerlyn et moi.

En quelques minutes, la porte fut complètement au sol. Faerlyn nous fit avancer en direction de la deuxième enceinte pour voir de plus près la troisième qui se présentait maintenant à nous. Toujours vacillante, je me séparai de l’earion me sentant un peu mieux, du moins suffisamment pour rester seule sur mes jambes.

Je pus constater, en fronçant quelque peu les yeux afin de bien voir à travers la pluie qui tombait toujours sur nos têtes, que les dégâts étaient minimes sur la troisième et dernière porte. Faerlyn courut prestement jusqu’à cette dernière et sonda le bois de sa main, cherchant quelque chose, mais quoi ? Lui seul le savait.

Quoi qu’il en soit, il revint vers moi d’un pas léger avec un petit sourire sur les lèvres. Je fronçai les yeux devant ce regain de joie sur son visage lui qui exprime rarement cette émotion. Il revint se poster à mes côtés face à la dernière porte, posant ses poings sur ses hanches. Mes yeux fixèrent de nouveau cette porte ainsi que tout ce qui se trouvait autour, à savoir un entrepôt sur la gauche et des écuries sur la droite qui étaient bien fournies. Les chevaux n’avaient pas trop souffert de mon attaque, ils seraient utiles pour notre fuite.

- « Puis-je savoir ce qui te mets dans cet état ? »

- « Nous allons quitter cet endroit. »

- « Quel est ton plan ? »

- « Recule et admire le travail. Tu te souviens quand je te disais que l’eau était tout aussi dévastatrice que n’importe lequel des éléments en ta possession, je vais te le prouver. »

- « Si tu le permets, je vais rejoindre les écuries afin d’atteler des montures pour le plus grand nombre possible. »

De nouveau, je portai ma main droite à ma bouche afin de siffler le plus fort possible. Rapidement les bagnards se tournèrent vers moi attendant des directives.

- « Faerlyn a une idée afin de faire tomber cette dernière barrière. Laissons-le se concentrer et rejoignons les écuries afin d’atteler le plus de montures possible. »

Je fis un signe de la tête en direction de Faerlyn pour lui dire qu’il avait le champ libre et me rendis sur la droite afin de retrouver les prisonniers. Je m’occupai en premier d’atteler des chariots à deux montures, permettant la fuite du plus grand nombre, montrant par la même comment faire aux différentes paires d’yeux qui m’observaient religieusement.

Je choisis ensuite deux montures que je mis volontairement de côté pour Faerlyn et moi, je les scellai rapidement avant de porter mon regard vers l’earion. De nouveau, les tatouages sur son visage se mirent à étinceler d’une lueur bleue océan alors que ses bras étaient tendus, paumes vers le ciel. L’eau qui était sous nos pieds se retira magiquement, rejoignant Faerlyn qui forma devant lui une murette d’eau d’une épaisseur impressionnante.

Une murette ? Comment espérait-il fragiliser la porte avec un petit mur d’eau ? Je fronçai les sourcils d’incompréhension mais c’était sans compter sur l’augmentation progressive de cette masse qui finit par devenir un mur de plus de trois mètres de haut qui se transforma en une vague qui serait sûrement dévastatrice.

Faerlyn dans un mouvement ample tourna ses paumes l’une vers l’autre, les faisant se rejoindre devant lui dans un claquement puissant. La vague se propulsa alors vers la dernière enceinte et surtout vers la dernière porte qui opposa une résistance sur le début à cette immense vague avant de céder sous la puissance du sort.

L’eau se fraya un chemin à travers le bois le faisant craquer puis exploser vers l’extérieur ouvrant finalement une brèche dans laquelle le liquide put s’engouffrer. Au bout d’un moment, la vague disparut complètement de notre vue laissant simplement un trou, immense permettant à tout le monde de sortir.

- « Pour Aenaria et Faerlyn, hip hip hip ! Houra ! Hip hip hip ! Houra ! »

Ca y est, cet enfer allait enfin prendre fin, nous allions tous pouvoir sortir. Je fus tétanisée l’espace de quelques secondes réalisant ce que nous venions d’accomplir tous ensemble. Car oui, tout ceci n’avait été possible qu’avec l’assistance de Faerlyn et l’aide de tous les prisonniers du camp. Certains d’entre eux étaient tombés pour gagner leur liberté et leurs mémoires seraient honorées dès que je le pourrais.

Une frappe amicale sur mon épaule me fit revenir à la réalité. Nous devions fuir au plus vite maintenant. Je regardai vers les écuries constatant l’efficacité des prisonniers à sceller tous les chevaux présents et mettre des attelages sur le plus grand nombre d’entre eux.

Je me mis en scelle, attrapant au passage les rennes de la monture pour Faerlyn. Me dirigeant au petit trot vers lui, je me retournai vers ce qui avait été la coquille de ma torture voyant les prisonniers ayant survécu se diriger vers nous.

- « La liberté nous attend mes amis ! »

Une grande clameur s’éleva de la cour alors qu’ils passaient la première porte. Je me tournai vers Faerlyn et lui tendis les rennes de son cheval. Il y grimpa prestement et me regarda droit dans les yeux.

- « Rentrons chez nous ! »

- « Allons à Oranan, c’est la zone d’embarcation la plus proche d’ici. »

- « Direction l’Ynorie alors. Ya ! »

Faerlyn talonna sa monture afin de l’éprouver et je fis de même. Nous traversâmes un pont qui sortait et apparaissait dans la brume laissant entrevoir le vide au-dessus duquel nous galopions. Nous finîmes par arriver au bout de ce pont et je ne pus m’empêcher de me retourner afin de graver cette image dans ma mémoire : le camp d’Oaxaca éventré par l’attaque de Faerlyn ainsi que par la mienne avant cela et au milieu, une armée de prisonniers qui pouvaient enfin goûter à la liberté.

Ce n’était pas le moment de faire de la littérature mais quelques mots revinrent à mon esprit, des mots que j’avais lu des années auparavant mais qui résonnaient particulièrement bien en ce jour.

(Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.)

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Mar 4 Avr 2017 10:33 
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Sous les huées sauvages des prisonniers et gardiens confondus, frappant leurs chaines et leurs coutelas épais sur les barreaux de fer de l’arène, je me relevai. Foutu serpent, vicieux, qui avait osé m’attaquer dans le dos, vicieux et fourbe, pour me faire choir avant même que je ne puisse l’apercevoir. Je secouai la tête en me campant sur mes deux jambes, me donnant un coup du plat de la main sur la tempe pour me remettre les idées en place. À peine étais-je entré dans la Cage que j’avais reçu un violent coup dans l’arrière du genou, me forçant à ployer ce dernier alors qu’il s’écrasait au sol. Puis un second, non moins sec, sur l’arrière du crâne, m’envoyant au tapis en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. La Cage, nom donné à cette zone large et arrondie cernée de barres de fer qui se repliaient à quatre mètres de haut pour former un toit, semblable à ces clapiers où les chasseurs au vol enfermaient les faucons. Mais en bien plus grand. Le cliquetis de mes chaînes, attachées par de lourds cerclets de fer à mes larges poignets, résonnèrent un instant dans ma tête alors que les sobriquets peu flatteurs filtraient de ce public de merdeux et de lâches. S’ils étaient face à moi, et non à ces putains de barreaux, ils en mèneraient bien moins large. Mais il n’était pas temps de songer à leur cas.

Devant moi, mon adversaire se mouvait latéralement, agile comme un chat, me lorgnant, analytique, avec ses yeux sauriens. Ainsi était celui qui m’avait attaqué dans le dos pour porter le premier coup. Une chiure d’elfe noir qui avait réussi à se faire suffisamment discret pour que je ne le voie pas en entrant, s’accrochant sans doute tel un acrobate aux barreaux. Un connard de poltron, lui aussi, qui me provoquait désormais d’un regard acéré de ses yeux d’un vert intense. Un grognement rauque monta de ma gorge, alors que mes yeux dardaient sur lui toute ma colère. Son torse nu laissait apparaitre les muscles travaillés coulant lentement au rythme de ses interminables pas chassés. Penché comme une vipère prête à bondir, il m’attendait, sardonique. Je n’allais pas le décevoir, ce fils de chienne.

Sans dire gare, je m’élançai vers lui de toute ma masse, prêt à l’écraser comme un vulgaire insecte. Mais au moment où mon poing fermé allait s’abattre, en bout de course, sur son visage émacié, il bondit sur le côté pour esquiver ma charge, et pivota aussitôt pour m’asséner de plus belle un coup de manchette dans l’omoplate, qui me fit foncer droit sur les barreaux de la Cage, tête la première. Les sales gueules des spectateurs les plus proches s’éloignèrent en grimaçant alors que je me tournai vers mon adversaire sans même les calculer. Cette pourriture me dardait d’un regard de défi, passant son pouce sous sa gorge comme pour me menacer de m’égorger, lui qui n’était même pas armé. Car tels étaient les combats d’arène de la Cage du Camp de déportation. Sans armes, laissant parler pieds et poings des combattants jusqu’à la mort ou l’abandon. Et parfois, mieux valait la mort que l’abandon, quand on voyait comment les perdants étaient traités hors des barreaux par les gardiens ayant misé leur paie sur leur tronche écornée. Il fallait l’avoir en tête, en combattant. Les gagnants de l’arène étaient des survivants, et j’avais remporté nombre de combats de moindre envergure, contre des petits vieux ou des gosses trop jeunes, des esclaves lessivés qui n’avaient plus de force.

Mais lui, cet elfe noir au crâne rasé uniquement d’un côté, laissant glisser le long de son visage de longues mèches blanches de l’autre, il valait quelque chose. Ce n’était pas le dernier des abrutis, et il avait déjà combattu. Un autre gagnant, peut-être. Je n’en avais rien à foutre des combats, lorsque je ne me trouvais pas au beau milieu de la Cage. Il était leste, rapide. Ma carrure ne m’aidait pas ici. Pour l’instant en tout cas. Mais je n’étais pas bête, ni né de la dernière pluie. Je ne connaissais que trop bien la technique simple où l’agile épuise le puissant avant de lui asséner le coup fatal. Je n’étais pas dupe, et ce merdeux allait l’apprendre à ses dépens. Me saisissant des longues chaines pendant à mes avant-bras, je commençai à les faire tournoyer, alors qu’il coulait toujours sur le côté, tournant en arc de cercle tel un fauve prêt à bondir sur sa proie. J’attendais moi aussi le bon moment. Ce couillon, qui avait prétendu prendre l’initiative du combat, me laissait maître du crachoir à coups, désormais, n’osant m’attaquer de face. Pas bête, l’asticot. Je fis subitement claquer la chaine dans sa direction. Rapide, il l’esquiva d’un pas sur le côté, alors que les maillons métalliques s’écrasaient bruyamment sur le sol en en soulevant la poussière. Rageur, car mon coup avait échoué, je frappai, et frappai encore dans sa direction, mais à chaque fois il était suffisamment agile pour esquiver le coup. Pire, il profita de mes coups acharnés dans le vide pour s’approcher de moi et me donner une bourrade de l’épaule dans l’estomac. Je reculai d’un pas, le souffle court. Le choc avait écrasé mon diaphragme sur mes poumons qui s’étaient vidé de tout air alors que mon estomac semblait faire du yoyo dans mon bide.

Mais sans doute fut-il surpris que son coup ne m’ait pas plus affecté, ou envoyé bouler dans les barreaux à nouveau, car il baissa la garde un instant. Un instant qui me suffit pour le balayer d’un revers de mon bras, l’envoyant rouler au sol. Vif, pourtant, il se releva en m’octroyant un nouveau regard défiant. Mais j’avais été plus dégourdi, cette fois, et fis claquer de plus belle mes chaines dans sa direction. Cette fois, il n’eut pas assez de réflexe pour en éviter le choc, qui lui molesta rudement les côtes, alors que son visage provocateur se muait en trogne haineuse. J’avais mis à mal sa superbe, et désormais il m’en voulait vraiment. Nul doute que le choc ait pu lui laisser quelques hématomes violets, tant il était puissant, s’il n’avait pas sur tout le corps des marques tatouées dans une encre pâle, presque blanche.

Autour, les spectateurs et parieurs commençaient à s’impatienter. Mes combats étaient généralement plus bref, plus directs. Je tuais aisément le pouilleux d’en face, et l’on retirait son corps exsangue alors que les gagnants retiraient leurs gains. Là, ce n’était pas le cas : les crachats fusèrent à travers les barreaux, les quolibets déplaisants aussi, mais une fois encore, je n’en tins pas compte. D’autant que cette fois, ce fut au tour du shaakt de se lancer à l’assaut, vif. D’un bond, il parvint à ma hauteur, et me percuta deux fois la mâchoire de ses poings fermés. L’occasion que j’attendais. Car désormais, il était à ma portée. Mes mains se refermèrent sur son cou, et je le soulevai du sol, prêt à l’étranger jusqu’à la mort. Pour la première fois, je vis la panique dans son regard. Pour se libérer, il me frappait les avant-bras à répétition, en vain : je tenais bon.

Mais il se passa alors quelque chose que ma plus intime conviction n’avait pas prévu : ses pieds ballants dans le sol retrouvèrent une tension musculaire, et escaladèrent mon buste jusqu’à me donner un formidable coup de pied dans le menton, qui me fit lâcher prise. Je fus violemment projeté en arrière, percutant les grilles, où je sentis des coups de poings mièvres dans mon dos, et des hurlements m’intimant de retourner au combat. Bande de vautours teigneux. Le goût du sang en bouche, désormais, de mon propre sang, je me ruai à nouveau vers l’affrontement, chargeant en balançant ma chaine vers l’elfe, qui esquiva le premier moulinet, mais pas le second, qui vint le frapper à la tempe, faisant céder la peau sous l’impact. Lui aussi saignait, maintenant. Ma charge finit par le percuter violemment à son tour, et il fut lui-même propulsé vers les grilles, où, poursuivant sur mon élan, j’allai l’écraser de tout mon poids. S’ensuivit un corps à corps plus violent et intense. Je ne le laissais plus quitter ma portée, et nous échangeâmes de nombreux coups. De manchette, de poings, de genoux. Il en évitait la plupart des miens. J’étais trop lent, et lui trop agile. Mais les siens manquaient de puissance, et si je subissais de nombreux heurts, ils n’étaient pas si rudes à encaisser.

Puis, vint de ma part ce formidable coup de poing qui l’envoya valser dans la poussière de l’arène. Un crochet du droit qui vint le cueillir sur la joue, faisant exploser sa pommette en fendant sa peau. À plat ventre au sol, il mit trop de temps, cette fois, pour se relever. Mon genou droit vint frapper son dos violemment pour le maintenir au sol, alors que je passai ma chaine autour de son cou, la maintenant d’une main ferme alors que l’autre côté était maintenu par mon poignet. Il était à ma merci, enfin. Dans cette position de soumission, il ne pouvait plus rien faire. Il frappait le sol de ses pieds et mains, soulevant frénétiquement la poussière qui se mêlait à son sang à hauteur de son visage. Mais il n’avait guère assez de force pour espérer me soulever. De sa gorge monta une supplique étouffée, rauque. Sans doute voulait-il se rendre, mais la tentative était vaine, et il le savait. Tout comme la foule de voyeurs qui arrivaient enfin à leur passage préféré : la mise à mort.

Les gestes de l’elfe noir commençaient à être moins puissants, moins vifs. Il n’avait plus la force de se débattre. Il s’abandonnait à la mort. Je relâchai aussitôt mon étreinte mortelle et retournai son corps pour le mettre face à moi. Je plongeai mon regard sanguin dans le sien. Le serpent était à ma merci. Je posai une main sur sa gorge pour poursuivre l’étranglement. Vainement, sans force aucune, il vint placer ses deux mains sur la mienne, comme s’il pouvait m’échapper. Mais c’était futile. Mon poing libre vint s’abattre sur son visage, brisant le cartilage de son nez en une gerbe de sang. Puis encore, et encore. Je frappai jusqu’à ce que son visage ne soit plus qu’une bouillie de chairs. Sous moi, l’elfe ne bougeait plus. Il était mort. Je relâchai mon étreinte sur sa gorge, et me servis désormais de mes deux poings pour lui exploser le visage, à grands renforts de coups violents, où j’expulsai ma haine la plus animale. Je frappai, frappai sous les vivats de la foule de prisonniers. Et frappai encore, jusqu’à sentir plusieurs bras m’agripper et me tirer en arrière. La fin du combat, dont j’étais le vainqueur. Je me laissai tirer en arrière, sans pour autant me retourner. Mes yeux, eux, étaient rivés sur la dépouille de celui que je venais de tuer, immobile et baignant dans son sang, alors que la poussière soulevée retombait sur son cadavre.

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Jeu 6 Avr 2017 12:30 
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Sous bonne escorte, j’avais été ramené dans un endroit de la mine déserté pour l’heure. Les gardiens savaient qu’après un meurtre, mieux valait me laisser tranquille. Ne pas me chercher des noises. Nombre d’entre eux en avaient payé le prix, précédemment, qui une oreille en moins, qui un doigt retourné, qui des hématomes douloureux sur tout le corps, qui un bras tordu. Ils me le faisaient payer instantanément, bien sûr, me rouant de coups jusqu’à ce que je ne puisse plus rien faire, maîtrisé au sol, ensanglanté, mais ils ne retiraient rien de cette violence défouloir. Alors ils avaient arrêté de me chercher. Cette fois, je me retrouvai assis sur un tas de gravats, poings serrés, yeux rivés sur le sol, mâchoire haletante, muscles tendus. Le calme, la solitude, ça m’apaisait. Dehors je savais que les gagnants des paris étaient en liesse. Nombreux parmi les surveillants avaient pris le parti de voter pour moi, le garzok, plutôt que pour une pourriture d’elfe noir. De ce fait, ils étaient moins présents pour surveiller le reste du camp, dont les prisonniers, en plus d’avoir été gâtés par un spectacle sanglant, étaient plus tranquilles. Tout le monde retirait un profit certain de ma victoire, ici. C’était comme ça que ça fonctionnait.

Tout le monde, ou presque. Non loin, j’entendis des pas s’approcher nerveusement, une cruche brisée sur le sol nerveusement, des outils renversés avec rage. Je fronçai les sourcils, attentif, jusqu’à entendre une voix grave qui m’appelait.

« Throk, fils de chienne, où es-tu ? Viens me montrer ta sale gueule, tout de suite !! »


Aucune bienveillance dans le ton. Des hésitations qui ne laissaient pas l’ombre d’un doute, celui qui avait prononcé ces paroles était ivre, ayant sans doute commencé à fêter un peu tôt sa victoire. Son identité ne faisait pas l’ombre d’un doute. Grommush. Un gardien brutal, violent, aussi grand que large. Il me détestait, m’avait toujours détesté, depuis le premier jour, où je lui avais crevé un œil alors qu’il cherchait à me maîtriser. C’est à lui que je devais la plupart de mes cicatrices. Les plus profondes, les plus douloureuses. Jamais il ne m’avait pardonné. Et dans ce combat que je venais de mener, il avait certainement parié contre moi. Le jeu en valait la chandelle : à un contre cent, il aurait pu ramasser gros, si j’avais perdu. Mais ça n’avait pas été le cas, et là, ivre de rage, il venait réclamer son dû, déchainer sa colère. Nul doute qu’il était armé, dangereux. Je le savais plus puissant que moi. Il ne ferait part d’aucune pitié. Aussi, je me dérobai à sa vue avant qu’il ne m’atteigne. J’avais beau être fier, je ne l’étais pas suffisamment pour risquer de l’affronter en face à face perdu d’avance. Je me fondis dans les ombres de la mine, et grimpai en hauteurs, dans les recoins sombres des boyaux forés par les plus lestes des prisonniers, pour me cacher. À plat ventre, j’observai la scène en contrebas. Grommush arrivait, titubant, écumant de rage, renversant le moindre objet à sa portée. Il hurlait.

« Montre-toi ! Lâche ! Je vais te trouver, et je vais te défoncer ! »


Il était armé d’une hache orque. Un Kikoup brut et large, aussi lourd que peu maniable, mais tranchant et terrible si l’on touchait avec. Il balayait l’air, maladroitement, avec son arme, frappant le roc et les fondations de bois, foncièrement encoléré. Tapis, je l’observai. Sa rage était presque tangible. Monstrueuse. Il ne la quitterait pas sans m’avoir arraché la vie. Mais j’étais un survivant. Un battant. Je ne pouvais pas me laisser faire. Le laisser me trouver. Rampant dans les ombres, en surplomb de sa position, j’approchai d’un bloc de pierre taillé n’attendant qu’à être transporté. Mon travail quotidien, ce transport. Je n’avais pas le droit à l’erreur : ma vie en dépendait. Sous moi, il beuglait désormais, laissant exploser sa rage :

« Throk ! Throooook ! Rhaaaaaa ! »


Il brisait tout, explorant le moindre recoin, visionnant toutes les ombres. Serrant les mâchoires, je m’appuyai sur le roc de tout mon poids. Il vacilla, crissant sur le sol, et bientôt, tomba dans le vide, droit vers Grommush. Un bruit rude se fit entendre, résonnant dans toute la caverne, dans les couloirs de la mine. Puis plus rien. Un silence lourd, pesant. Horrible. Poings serrés, je regardai en contrebas, et mes yeux se figèrent un instant de stupeur.

Le bloc s’était violemment écrasé au sol, se brisant en plusieurs morceaux, juste aux pieds de Grommush, qui regardait, perclus d’une haine immense, dans ma direction. Il n’avait rien eu du tout, mais faisait sans doute le calcul de la vie qu’il aurait pu perdre par mon fait. Alors sa rage se décupla encore, et il bondit vers le chemin que j’avais emprunté pour monter là. J’étais fait comme un rat. Dans sa course éperdue, il avait lâché son arme. Il allait m’étriper à mains nues. Je l’en savais capable. Et alors qu’il arrivait à ma portée, il se rua sur moi en hurlant, me plaquant violemment contre la pierre. Mon cuir chevelu se fendit sous le choc, et je sentis le sang couler sur ma nuque. Déjà, il me frappait de coups de poings répétés et rageurs. Je levai les bras pour monter ma garde, et accusai les chocs répétés qui mettaient à mal mon endurance. J’allais ployer, bientôt, m’effondrer et choir définitivement sous ses coups. Mes côtes en prenaient pour leur grade, comme mes bras. Avec acharnement, je protégeais ma tête. Grommush grognait, bavait. Il n’était plus qu’animal, que colère. Il voulut me saisir, mais ne trouva que mes cheveux pour le faire. Il me balança au sol, proche de l’à-pic surplombant la salle de minage, et me passa par-dessus avec un sourire cruel plaqué sur son visage. J’avais baissé ma garde, perdu ma défense. Il plaquait ses mains sur mon menton, ma gorge, avec une telle puissance qu’elle eut pu m’arracher la tête.

Je fermai les yeux, prêt à abandonner, à m’avouer vaincu. J’allais rejoindre les Enfers de Phaïtos, et Ter Zignok me jugerait en personne. Derrière mes paupières, je vis ma vie défiler : le clan Ter’Rok, des marais de Gutenborg. Le cadavre de cet officier recruteur, étranglé de mes mains. Mes combats dans l’arène.

Non. J’étais un battant. Je ne pouvais me laisser périr de la sorte. Une force qui m’était jusque-là cachée vint s’armer en moi, libérant mes muscles, éclatant ma propre rage de vivre. Mes doigts se refermèrent sur le surcot de cuir du puissant gardien, et mes jambes se soulevèrent avec force pour le faire basculer. Surpris, certain d’avoir déjà gagné, il ne vit pas venir le coup, et chavira vers le vide, ne se retenant qu’en dernier recours à la roche, d’une main salvatrice. Fourbu, harassé, je me retournai vers lui, encore au sol. Ses yeux avaient une lueur qui ne méritait pas de se trouver dans le regard d’un garzok : une lueur de peur. Je plantai les miens dans les siens, et du fond de ma gorge monta un grognement qui n’avait qu’une signification :


« Crève. »

Je repoussai violemment sa main de la mienne. Il tenait tellement bon que je lui arrachai les ongles au passage, tant il s’agrippait. Il chuta, lourdement, et le bruit que fit son corps meurtris, brisé, en touchant le sol, ne souffrit d’aucune équivoque : il ne se relèverait pas. Terrassé moi aussi, je relâchai toute pression dans mes muscles, et m’effondrai au sol, face contre terre, soupirant, haletant. J’avais survécu, oui. Mais pour combien de temps ?

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Lun 10 Avr 2017 11:46 
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Le sol m’était dur, et réconfortant pourtant. J’y trouvai la vie qui n’avait pu m’être arrachée. Mais bien vite, une autre idée se logea dans mon esprit. Une idée qui ne pouvait pas s’en aller, désormais, tant qu’elle ne serait pas réglée : je devais fuir cet endroit. Y rester signifiait au mieux ma mort rapide dans une bagarre vaine contre les gardiens, au pire des heures de torture et de déshonorantes pratiques qui m’humilieraient irrémédiablement et arracheraient à mon corps toute parcelle orque pour me laisser telle une enveloppe vide et sans volonté. Perdre mon identité, ma force, voilà qui était pire que de perdre ma vie. Bien pire. Fermement raccroché à cette conviction profonde, je me relevai et descendis de mon promontoire pour rejoindre, en contrebas, le corps de Grommush. L’ordure était bien amochée, mais s’accrochait à la vie comme un résidu de bouffe refuserait de partir à la vaisselle, qu’importe la force de friction. Il était brisé, néanmoins, et ses os de jambes et de bras formaient des angles étranges. Des fractures dont une, à son tibia, était ouverte. Il geignait comme un mioche, sa poitrine se soulevant douloureusement au prix d’efforts cruels pour exhaler une respiration rauque et irrégulière. Il faisait pitié, même plus capable de me regarder dans les yeux.

Je ramassai sur le côté un morceau de pierre du bloc qui s’était il y a peu écrasé à ses pieds, se fendant à l’occasion. Si ça ne tenait qu’à moi, je l’aurais laissé périr longuement dans son jus, peinant et souffrant. Mais je ne pouvais prendre aucun risque qu’il ait un subit regain de force et de conscience et sonne l’alarme auprès de ses semblables. Je levai au-dessus de ma tête la pierre, et regardai vers le bas. Les yeux jaunes de mon ennemi étaient rivés vers moi. Il savait ce que je m’apprêtais à faire, mais n’avait plus l’occasion de réagir. Il tenta de lever un bras, mais seule son épaule bougea, et je donnai un coup de pied virulent dedans avant de réajuster ma prise sur la pierre.


« Adieu, connard ! »

Le roc s’abattit sur son visage disgracieux avec un bruit mêlé d’os brisés et de chair écrabouillée. Un craquement, et un son spongieux répugnant. Nul chance qu’il ait survécu à ça : sa cervelle en morceaux glissait déjà de sous la pierre pour s’étendre dans son sang. Sans tarder, je le débarrassai de son pourpoint sombre, le même que partageaient tous les gardiens de ce bagne géant. Les taches de sang ne se verraient pas sur ce gris nocturne. J’enfilai l’habit doublé et rembourré pour offrir une protection passable mais pas ultra efficace aux soldats de l’endroit. Il était un peu juste aux épaules et aux bras : Grommush avait beau avoir été une force de la nature, j’étais plus basé que lui. Tant pis, pour ce que je prévoyais, ça passerait. Je pourrais toujours m’en débarrasser plus tard. Plus qu’une protection, ce dont je venais de m’équiper était davantage un déguisement, une couverture qu’une armure. Je ne me faisais pas d’idée, cependant : tout le monde ici connaissait ma tronche. Je farfouillai un instant dans la salle de minage et trouvai un vieux sac de jute dont je vidai le contenu de graviers sur le sol avant de me le mettre sur la tête comme une coule. Ça ferait illusion de loin, même si je savais que le premier gardien rencontré de près me reconnaitrait entre mille. Il ne me restait plus qu’à ramasser le Kikoup de mon agresseur, et je pouvais quitter l’endroit.

Ceux qui viendraient, plus tard, auraient bien du mal à déterminer à qui appartenait ce cadavre, avec sa tronche éclatée sur le sol. Certains pourraient même croire qu’il s’agissait du mien, d’un regard distrait. Je comptais bien là-dessus, désormais. Le moindre indice allant dans le sens contraire d’une discrète évasion pouvait m’être utile. Car tel était ce que je m’apprêtais à faire, contre toute attente. Nombre étaient ceux qui voyaient en moi un caractériel colérique qui aurait préféré foncer dans le tas tête baissée plutôt que de la jouer fine. Ils n’avaient pas tort, d’habitude. Mais je n’étais pas si stupide : je n’avais aucune chance, en forçant le passage. La discrétion allait être ma seule arme, ici, aujourd’hui. Et la chance ne se représenterait plus : je devais la saisir, et vite.

Quittant la zone des mines, j’avançai dans le Camp de la Déportation vers la sortie, par un chemin le moins direct possible, et esquivant les groupes de prisonniers et de gardes affairés. Je tâchai de ne pas paraitre suspect : je devais être reconnu, de loin, comme un simple garde en patrouille, allant d’un point A à un point B. Et l’illusion fonctionna. Un temps, du moins. La liesse de ma victoire faisait toujours écho dans le camp, et les gardiens s’avinaient en profitant déjà de leurs gains, rossant au passage quelques détenus retors, sans la moindre considération. Oh nul doute que cet endroit était dangereux, à bien des égards, et que nombre de ces enfermés auraient été prêts à se révolter, au prix de nombreuses de leurs vies. J’aurais pu être celui qui, vaillant, les aurait emmenés vers la liberté. Mais à quel prix ? Sous quels risques ? Je ne pouvais me le permettre. J’étais trop faible, désormais, pour mener de telles actions, réaliser de telles choses. Je devais sortir d’ici, recouvrer ma force d’antan, mon art du combat, dans toutes les disciplines. Chasseur, guerrier, bagarreur. J’étais tout ça, autrefois. Et je devais le redevenir.

Ivres pour la plupart, les gardiens avaient une attention bien moindre qu’à l’accoutumée. Arrivé près des portes souvent surprotégées, je constatai que les soldats en place étaient bien présents, certes, mais dans un état second, d’une ébriété prononcée. Je savais pourtant que ces portes ne s’ouvriraient pas. C’était une voie close, qui ne se libérait que lorsqu’un prisonnier entrait, ou que les charriots de vivres pénétraient l’enceinte, sous très bonne garde. Non, je ne passerais pas par ces portes. Pourtant, c’était là le seul corps de bâtiments qui était directement relié à la liberté, aux steppes entourant le bagne, cerné de hauts murs inaccessibles. C’était ma chance. Mais ça allait être tendu : ils étaient tout de même six à monter la garde de concert, ici, près des portes, et ayant un œil alerte, quoi qu’embrumé, sur la porte du bâtiment que je visai. Ce fut alors que le destin me donna un coup de pouce inattendu et fort bienvenu. Une rumeur monta du Camp, des cris. Une bagarre venait d’éclater. Ce n’était pas courant, contrairement à ce qu’on pouvait penser, de la part des prisonniers qui savaient très bien qu’ils ne faisaient pas le poids. Mais là, c’étaient sans doute deux gardiens qui, soûlés, s’étaient mutuellement insultés. Les six pochtrons de l’entrée eurent irrémédiablement l’attention attirée par le camp, si bien que deux d’entre eux allèrent jusqu’à s’éloigner de leur poste en me passant à côté, tout concentrés sur le camp. Ils ne m’avaient pas vu, et s’éloignaient désormais, alors que les quatre autres s’interrogeaient sur l’origine du mouvement. Je n’avais plus le droit d’attendre. Je repris ma route, aussi furtivement et naturellement que possible, et ne pris aucun détour cette fois pour pénétrer le bâtiment de front du Camp de la déportation.

À l’instant où je passais la porte, une voix venue du quatuor me héla cependant :


« Hé, toi ! »


Je tâchai de feindre ne l’avoir pas entendue, et poursuivis mon avancée en refermant la porte derrière moi. D’un pas rapide, je parcourus les couloirs, attentif au moins bruit qui aurait pu attester de la présence d’un garde errant par ici. Mais non, rien, le bâtiment était vide. Je savais que du rez-de-chaussée, je n’avais aucune chance de m’enfuir. Les fenêtres n’étaient que des meurtrières trop fines pour pouvoir passer, et grillagées de surcroît. Je m’en allai dont à l’étage, grimpant quatre à quatre les marches d’un double escalier de pierre. Là, je me retrouvai au premier et unique étage de l’endroit, où se trouvaient les bureaux d’admission des gratte-papiers, souvent vides s’il n’y avait pas de nouvel arrivage. Et c’était une fois encore une chance. Je me précipitai dans l’une de ces pièces, et m’avançai vers une fenêtre. Grillagée, elle aussi, quoique suffisamment large pour me laisser passer. Les garzoks étant ce qu’ils étaient, le métal était loin d’être entretenu, à moitié rongé de rouille, et fixé grossièrement dans la pierre du mur. J’avais ma porte de sortie. Il me suffisait juste de déloger ces barreaux.

Je me servis du Kikoup de Grommush comme d’un levier pour affaiblir la structure et les attaches, mais quand bien même y eussé-je mis toute ma force, ça ne cédait pas. Je grognai de frustration. Je ne pouvais plus faire demi-tour, désormais. Je n’aurais plus dans l’autre sens la chance insolente que j’avais eue en venant là. J’allais devoir défoncer ces grilles plus bruyamment, désormais. M’armant de toute ma masse, je pris mon élan, et donnai un coup de boutoir à la grille, qui vacilla, chancela, sans se détacher pour autant, aidée par le travail que j’avais exercé dessus avant. Le choc faisait par contre un bruit de dingue, qui à terme alerterait certainement quelqu’un. Je devais faire vite, aussi ne pris-je pas la peine de me remettre du premier choc pour en donner un second, un troisième, et un autre encore après. À chaque fois, le jeu des attaches au mur était de plus en plus lâche. Au cinquième coup, plus bruyant encore que les autres, la grille fut expulsée du mur et tomba en contrebas, dans la lande.

L’épaule meurtrie, je me penchai au-dessus du vide. La chute était risquée, dangereuse. Je risquais d’y laisser des plumes. J’hésitai la seconde de trop, hélas, car derrière moi, la porte du bureau s’ouvrit à la volée, et une voix m’apostropha :


« Bordel ! Tu fais quoi, là ? »

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Jeu 13 Avr 2017 10:32 
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Ni d’une, ni de deux, je me tournai vers le garzok m’ayant surpris. Je ne pouvais pas sauter et le laisser prévenir la garde : je me serais retrouvé aussitôt avec une vraie armée à mes trousses, une fois hors de l’enceinte. Autant être la victime consciente et volontaire d’une chasse à courre. Par chance, la plupart des orques avaient l’esprit lent et peu orientés vers la logique, et celui-là ne faisait pas exception à la règle : sa question était réelle et non rhétorique, et il entra dans la pièce avec circonspection. L’alcool coulant dans ses veines ne devait pas aider : lui aussi avait pris part à la murge post-combat d’arène. Je ne devais pas lui laisser l’occasion de réfléchir trop longtemps, et au lieu de lui répondre, chargeai vers lui en poussant à la fois un grognement viscéral et le bureau de chêne nous séparant, qui racla le sol bruyamment jusqu’à venir le cueillir dans le bas ventre. Surpris par la rapidité de ma réaction, de mon action, et sans doute ralenti par son ivresse, il n’esquissa pas le moindre geste d’esquive, et se le mangea de plein fouet. Souffle coupé, je le repoussai avec le meuble jusqu’à ce que les deux s’écrasent sur le mur derrière eux. Mais l’instinct guerrier du gardien reprit aussitôt le dessus, et il envoya son poing par-dessus le meuble pour me l’envoyer en pleine mâchoire. Le choc fut rude, et je me sentis vaciller sur le côté, faisant un pas latéral pour ne pas choir, tout en me tenant l’os maxillaire, douloureux.

Mon adversaire profita de cette seconde de déroute pour repousser d’un violent coup de pied le bureau vers le sol, en le renversant ainsi que tout son contenu, et se libérant de sa position de faiblesse. Il dégaina son kikoup, une arme semblable à celle que j’avais récupérée sur le cadavre de Gromush et qui venait de voler au sol avec le reste des objets du bureau. Inaccessible pour l’instant, d’autant que le garzok, véloce, se ruait déjà vers moi pour m’asséner un coup vertical tout juste bon à me trancher en deux, si je n’avais pas eu l’extrême réflexe salvateur de me protéger la tête de mes bras croisés. Le coup était puissant, et résonna jusque dans mes os, alors qu’une grimace douloureuse devait rayonner sur mon visage. Mais je n’avais pas été blessé : une chance inouïe avait placé mes bracelets de prisonniers, ceux retenant mes chaines, sur le chemin de son coup, et celui ayant amorti le choc s’était suffisamment fendu pour que j’en sois libéré. L’objet tomba à terre alors que je bondis moi-même en arrière pour esquiver son revers maladroit, surpris sans doute que son premier coup ne m’ait pas tué.

Désarmé, un kikoup au sol et débarrassé de mes chaines, drôlement pratiques pourtant pour me battre, je dus improviser avec ce qui m’entourait, alors que vacillant, il se redressait, ivre de rage, prêt à me foncer une fois encore dessus. Une étagère sur laquelle les lourds volumes des registres du bagne stagnaient, poussiéreux, était juste derrière moi. Une aubaine que je sus saisir à temps. Me saisissant d’un des volumes, je l’envoyai vers le gardien avec force. Il ne s’attendait guère à ça, et se le pris droit dans le nez, faisant gicler son sang sombre sur son visage vert. Je réitérai aussitôt, m’emparant d’un second volume pour lui balancer à la tête. Cette fois, il ne se laissa pas surprendre, et d’un revers de la main l’envoya balader plus loin dans la pièce. Sans attendre, il me chargea violemment, et je n’eus que le temps de faire un pas latéral vif pour esquiver son assaut furieux et peu précis. Ce faisant, je frappai la bibliothèque qui aussitôt s’effondra vers mon adversaire. Rien de bien effrayant, pour un garzok qui se respecte. Il se la prit en pleine face, écrasé sous le poids des volumes, mais ne fit que vaciller, sans tomber, devant toutefois lâcher son arme pour attraper le meuble choyant et l’envoyer bouler sur le côté.

C’était, par ailleurs, tout ce qu’il me fallait : suffisamment de temps pour bondir à mon tour vers mon propre kikoup au sol et m’en saisir, prêt à faire face à cet ennemi encoléré, qui ramassa sa propre arme pour me faire face en grognant. Son nez pissait le sang, et il reniflait bruyamment ce dernier, s’essuyant sur la manche de son surcot de cuir. Je pris cette fois l’initiative de l’attaquer de front, plus vif que lui, et balançai mon arme dans sa direction d’un coup latéral qu’il para de la sienne, reprenant la force de mon assaut pour le retourner contre moi en repoussant ma lame de la sienne dans un raclement métallique faisant scintiller quelques étincelles. Il contra ma frappe en élançant son propre tranchoir dans ma direction, que j’esquivai de justesse en bondissant en arrière. Il enchaîna sur un nouvelle frappe, et une autre, et encore une autre, que je parvins à esquiver car elles étaient lentes, quoique successives et remarquablement bien maniées pour un être sous influence de l’alcool. Il était meilleur bretteur que je ne l’étais devenu, par manque d’entraînement. Lame en main, j’étais perdant.

Il continuait à m’asséner coup sur coup sans que je puisse reprendre le dessus, reculant progressivement sous ses moulinets furieux, dont j’esquivais certains, et parais d’autres non sans difficulté. Je reculai ainsi jusqu’à me trouver dos au mur, bloquant un dernier coup vertical de ma lame. La pression sur mon arme était forte, mais je tenais bon. Hélas, je ne vis pas venir son poing serré, qui vint me cueillir dans le ventre, me coupant le souffle et me pliant en deux douloureusement. Avant qu’il puisse abattre son arme sur moi, cependant, je pris appui sur le mur et envoyai mon épaule dans son buste, nous entraînant tous deux dans une chute chaotique qui nous fit rouler au sol. Dans l’action, je m’écorchai le bras sur son arme tranchante, et sentis le surcot de Grommush céder dans mon dos : trop étroit, il s’était déchiré partiellement entre mes deux épaules, libérant un peu mes mouvements, mais réduisant nettement la protection de l’objet.

Je lui collai une droite avant de m’écarter vivement pour me relever, ramassant mon arme tombée pendant qu’il faisait de même, et nous nous fîmes de nouveau face. Il commit cependant l’erreur de vouloir me lancer une provocation, me regardant furieusement, et s’adressant à moi dans le noir parlé d’Omyre :


« Toi, t’es mort ! »


Mal lui en prit, car ça me permit de canaliser suffisamment de puissance pour réaliser une botte que j’avais apprise dans mon clan, et que nous appelions entre nous la main du géant. Un coup rapide, furieux et puissant visant à défoncer la main ou le poignet de notre adversaire pour lui faire lâcher son arme et rendre sa main d’arme inutilisable. Surpris que je ne respecte pas sa mise en garde, il tenta de parer mon coup en protégeant de sa lame ses parties vitales. Mal lui en prit, car elles n’étaient pas ma cible, et sous le métal de mon kikoup, je sentis ses phalanges céder, tranchées net. Son arme tomba au sol alors qu’il porta le regard sur sa main morcelée avec horreur. Il était pour moi temps de porter le coup fatal.

Armant un coup puissant depuis le dessus de ma tête, j’abattis ma lame dans sa direction avec fureur. Mal me prit de le considérer vaincu, cependant, car le désespoir du dernier recours l’habitait désormais. Il para mon coup de ses mains nues, accusant le choc dans ses paumes, qui furent salement tranchées. Aussitôt, cependant, ivre de rage, il me balança un coup de pied dans les guiboles, qui me fit choir sur le côté, alors qu’il se ruait sur moi pour me frapper de ses poings blessés, m’éclaboussant de son sang. Perdu par la vitesse de ses coups, et aveuglé par le sang qui giclait partout, je n’eus de choix que de subir ces heurts heureusement affaiblis par ses blessures, qui me firent néanmoins éclater une pommette, fendant ma peau juste sous l’œil.

Mais ses coups ralentissaient. Sa fureur disparaissait, et la fatigue apparaissait. Il jetait l’éponge, il laissait tomber. Une occasion que je sus saisir pour me saisir de ma lame à mon côté et lui plonger dans le ventre dans un râle du dernier espoir. Je renversai son corps sur le sol en le faisant pivoter, me redressant en sortant le kikoup de ses tripes pour le balancer, coup fatal de ce combat malvenu, droit dans la tête. L’arme fendit chairs et os, et resta plantée dans la cervelle de ce corps désormais mort.

Mais notre remue-ménage avait causé un bruit infernal, qui avait attiré dans le bâtiment toute une foule de monde, que j’entendais désormais clairement pénétrer le bâtiment, au rez-de-chaussée. Je n’avais plus le temps de faire quoique ce soit ici, pas même ramasser mon arme coincée dans son système nerveux. Aussi vite qu’une ombre, je filai vers la fenêtre libérée de ses barreaux.

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Mar 18 Avr 2017 18:36 
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Les poings serrés, je regardais le vide vacillant sous moi. La fenêtre de l’étage où j’étais semblait si haute, d’ici. Sans doute était-ce à cause des murs prenant leurs racines plus bas sur l’extérieur du camp qu’à l’intérieur, comme si des douves avaient été creusées partout autour de la forteresse pour éviter toute escapade de la sorte. La plaine d’Omyre foisonnait autour, vaste et chauve, parcourues de quelques bosquets à peine, fort peu feuillus. Un pays dévasté, stérile. Mes yeux rouges étaient fixés sur un buisson tout sec, épineux sans doute, aux petites feuilles jaunies. Mon seul espoir d’amortir un tant soit peu ma chute, et de m’offrir un couvert suffisant pour ne pas me faire repérer sitôt la liberté retrouvée. Mes oreilles, elles, étaient concentrées sur les bruits du rez-de-chaussée, qui se faisaient de plus en plus remuants. De plus en plus proches. Ils montaient désormais les escaliers, pressés par le remue-ménage de mon duel contre le garde, se demandant encore ce que ça pouvait être, sans se douter de ma tentative. Pour l’instant.

Je n’avais plus le temps d’hésiter. Je ne l’avais jamais eu, d’ailleurs. Peut-être était-ce là le dernier bond que je ferais jamais, mais au moins c’était un bon vers la liberté. Combattif, je l’aurais été jusqu’au bout. Je grimpai sur le rebord de la fenêtre et m’élançai dans le vide. Je réfrénai un cri en sentant le vide m’appeler, en ressentant mes tripes remonter dans mon buste. Je me retins aussi de fermer les yeux : je devais savoir où tomber. Mais ça alla tellement vite ! Sitôt eussé-je sauté que j’atterrissais au sol brutalement. Mon bras gauche subit le plus gros du choc, ainsi que la jambe du même côté. Mais tout mon corps, sitôt au sol, se fit douleur. Une douleur sourde, cuisante, qui me fit serrer les dents. D’un bras, je me trainai sur le sol pour me mettre sous le couvert du buisson que j’avais partiellement désintégré dans ma chute. Je me glissai sous son feuillage sec, crissant sur les branchettes mortes, et m’immobilisai, regard vers la fenêtre d’où je venais de sauter. Elle apparaissait si haute ! Dix secondes passèrent avant que là-haut, une tête sorte de l’embrasure pour reluquer en contrebas. Un garzok que je ne connaissais pas, sans doute un garde de l’entrée. Je retins tout mouvement, y compris respiratoire. Je sentis ses yeux peser sur le buisson avec circonspection, et serrai les poings. Mais la chance était mon alliée, en ce jour, et bien vite, il se retourna vers l’intérieur, lorsqu’il me sembla entendre, de loin :


« Oublie, personne peut survivre à une telle chute. Fouillons le bâtiment. »


Le supérieur de cet orque était un abruti. C’était ma chance : il ne me restait que peu de temps avant qu’ils prennent conscience de mon absence dans les mines, et de la multiplication des cadavres : Grommush, puis ce garde… L’évasion allait évidemment être leur première pensée. Et là, ils chevaucheraient dans la plaine, montés sur leurs loups géants à l’odorat développé.

Je me mus dans mon buisson, mais grognai subitement. Je venais seulement de me rendre compte, alors que la pression descendait d’un cran, de mon corps perclus de petites aiguilles ayant dessiné sur ma peau verte de fines striures sanglantes. Connerie. Je fis d’ailleurs état des dégats que j’avais subi : mon bras était cassé, irrémédiablement. Ou déboité en tout cas : je ne savais plus le bouger. Ma jambe était dans un état moins critique, même si douloureuse. Foulée, sans doute. Et meurtrie par le choc. Je n’allais clairement pas pouvoir galoper, mais au moins pouvais-je me tenir debout. Les épines étaient douloureuses, certes, mais bénignes. J’attendrais d’être réellement à l’abri pour les ôter. Il ne restait bien sûr plus rien du surcot de Grommush, en lambeaux. Je me débarrassai rapidement de la ruine de protection et, m’emparant du Kikoup, me redressai finalement douloureusement.

Sans jeter un regard en arrière, je longeai d’abord le mur d’enceinte pour ne pas fuir tout droit face à l’entrée : erreur basique qu’auraient pu commettre tous les débutants irréfléchis, ivres d’une liberté retrouvée. C’était le meilleur moyen d’être suivi à la trace, et directement repéré. Je longeai donc, clopinant, le mur, m’aidant de celui-ci pour me mouvoir et me soutenir, et filai une fois le coin atteint vers la futaie la plus proche qu’il me fut donnée de voir. Rien de bien grand, mais ça ferait un premier abri de fortune.

Je l’atteignis en un temps record, compte-tenu de mon état déplorable. Boitant comme un bossu, je parvins à me retrouver sous le couvert des buissons épais et petits arbustes aux troncs noirs. Déjà essoufflé, plus par la douleur que par l’effort physique, je m’effondrai au sol en grimaçant. Bordel, que ce bras me faisait mal. Je n’avais plus le choix : je devais le remettre en place. Le laisser pendouiller de la sorte ne ferait qu’aggraver son état, sans parler du fait que ça faisait un putain de mal de chien. Je tâtai de ma main valide les dégâts. Il était bien déboité, à hauteur de l’épaule. Bordel, ça n’allait pas être simple. Je m’aidai d’un tronc plus ou moins solide pour appuyer fermement mon dos, et forçai d’un coup sur mon épaule, tirant sèchement vers l’avant pour la remettre en place. Une douleur vive faillit me faire tourner de l’œil, et le résultat escompté ne fut pas atteint. Loin de là, même : mon bras retomba mollement alors que mon poing valide alla s’écraser furieusement sur le sol dans un rugissement haineux. Essai raté, et la colère montait en moi. Je devais retenter le coup, et tout de suite. Mais cette fois, non sans prendre quelques précautions. Je ramassai un bâton solide au sol et le calai entre mes dents. Je devais être plus violent, cette fois. Ne pas me laisser submerger par la douleur, ne pas lâcher prise. Je me saisis une fois de plus de mon bras ballant, et poussant comme un forcené contre l’arbre sur lequel j’étais appuyé, allant jusqu’à cambrer mon dos musclé et soulever mes jambes de terre, je tirai mon bras vers l’avant. Un grand CRAC se fit entendre, alors que des flashs lumineux m’aveuglaient et me faisaient tourner de l’œil. Le bâton entre mes dents chut au sol, et je me retrouvai penché vers la terre, en stabilité sur mon poing fermé.

Des picotements le long de mon échine, de la sueur sur mes tempes, une sensation de nausée désagréable au possible mais au moins, mon bras était de nouveau en place. Je me relevai, chancelant, pour apercevoir au loin les premières patrouilles de loups montés qui prenaient leur départ du camp de déportation. Droit en partant des portes, sur l’unique route de la région, comme je l’avais prévu. Ils étaient stupides. Mais ce n’était pas une raison pour traîner là : une fois qu’ils se seraient rendu compte qu’il n’y avait personne sur la route, ils se sépareraient pour fouiller les alentours. Et là, je devrais être loin. Reprenant mon clopinement claudiquant, je m’aventurai douloureusement dans la plaine, à la recherche d’un abri sûr où je pourrais enfin me débarrasser des épines dardant ma peau.

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 Sujet du message: Re: Camp de la déportation d'Omyre
MessagePosté: Mar 25 Juil 2017 22:22 
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Localisation: Sur la route de Darhàm
Vilglas toussa longuement alors que la première porte s'ouvrait face à lui, lui valant une timide tape dans le dos de la part du garzok en armure à sa droite qui, avec un autre collègue et deux sektegs surveillant leurs arrières, constituaient son escorte armée, encore peu sûre de la véritable nature de leur convoi.
La conversation fut très brève entre les deux partis et entrecoupée de violentes quintes de toux sombres, qui firent bien vite frémir les soldats noirs. Un mage obscur tombé dans une folie meurtrière n'était pas un fait particulièrement rare.
La porte grinça sur ses gonds, grands et épais comme un enfant en bonne santé, avant de siffler de satisfaction en venant reposer contre les parois massives qui la soutenaient. Vinrent alors les chaînes surdimensionnées, le roulis de la herse qui, lentement, s'élevait.


- "Et vous avez dit, vous êtes quoi au juste, uh ?" se lassa finalement l'orque sénestre, jaugeant le petit être fragile en robe qui recrachait ses poumons.

- "Un envoyé de Thimoros. J'ai un grand chemin à parcourir.

- "Ah ouais ? V'vous rendez z'où ?" reprit le peau-verte,
intrigué, tandis que son collègue attendait patiemment la levée de la herse. Les deux sektegs, en retrait, ne faisaient déjà plus attention à leur devoir et tentaient chacun leur tour d'aperçevoir d'éventuels objets de valeur émanant du fanatique. Bien vite, chacun fut déçu à son tour.


- "J'ai un navire à prendre, à Darhàm. Je suis...en pèlerinage."

"Phaïtos ?" lâcha le garzok harnaché à sa droite, jusque là muet.

- "C'est une obsession chez les gens de m'associer avec lui mais non, je recherche le savoir de Thimoros." soupira Vilglas, retenant une nouvelle quinte de toux alors qu'un filet ténébreux sifflait entre ses lèvres, à peine visible.

- "Ah. Thimoros hein ? J'ai un cousin qui connait le prêtre d'Omyre.
Fin, il a vu un type qui le connaissait. Pas commode. Fin, il paraît."
se perdit alors l'orque à sa gauche, le plus bavard des deux.

- "Du coup, vu qu't'es pas venu te constituer prisonnier et qu'tu viens d'Omyre, tu cherches quoi ici ? Darhàm, c'est pas dans l'coin." s'étonna l'orque de droite, avant d'ouvrir la marche.

La herse se referma dès que les cinq personnages l'eurent passé, bien plus vite et lourdement que lorsqu'il fallut la hisser. Gravité faisant, elle s'abattit en projetant quelques malheureux gravillons à haute vitesse, ricochant contre les pierres.

A peine eurent-ils fait quelques mètres qu'une deuxième porte dissuadait de nouveau ceux qui seraient assez courageux pour tenter une deuxième traversée. A en voir les meurtrières et les ombres qui s'agitaient derrière elles, un visiteur non invité serait déjà mort une centaine de fois avant de s'offrir la vision de la lourde et deuxième herse.


- "J'avais quelque chose à voir dans les montagnes. Et j'ai besoin de voir quelques prisonniers." glissa Vilglas, un léger sourire aux lèvres baignées d'ombre fumante,
d'une voix s'éteignant doucement, déjà fatiguée.


- "Ahah ! S'tu crois eu'qu'tu vas faire s'fuir un d'ceux là, tu.. s'esclaffa le premier avant que le deuxième orque ne lui lance un regard assassin,
désignant d'un hochement de tête la robe noire de leur hôte.


- "Je vois bien que tu veux pas leur conter les histoires de tes bouquins. Mais t'vas d'abord devoir demander avant d'faire mumuse en bas avec les autres. Pis espère pas qu'on t'sauve en cas d'déboire, hein, c'est l'jungle là eud'dans." avisa le plus sage des deux orques avant de pousser légèrement Vilglas en avant.

- "A qui dois-je m'adresser, d'ailleurs ?" l'interrogea alors le fanatique.

- "Juste Kalel." chantonna l'orque de gauche, le pas pressé.

- "Comment ça, juste Kalel ? Comment s'appelle-t-il ?" questionna-t-il, peu confiant quand au pouvoir d'élocution de ses camarades maléfiques.

- "Nan, peau roz', il s'appelle Juste Kalel. C'est l'chef ici." grogna alors celui de droite, bien qu'un peu amusé.

- "Il n'a qu'un prénom alo -"M'non, c'est JUSTE le prénom et KALEL son nom, uh ! Urf uf uf." échangèrent vivement les deux marcheurs.

Se sentant un peu idiot, Vilglas garda le silence, retint ses toux, et subit docilement la marche à travers la troisième porte, la troisième herse et l'entrée dans l'enceinte du Camp, où le paysage ressemblait à une prison à l'atmosphère à peu près normale pour le moment. La falaise était là où le véritable drame se déroulait. Le plateau rocheux du dessus n'était qu'un amas de bâtiments fabriqués par un long et dur labeur commun.

Parmi ces bâtiments trônait le centre de commandement, l'un des premiers érigés à un moment où l'on cherchait un bâtiment central richement décoré de pierre noircie au charbon et à l'Onyx, aux gouttières vomissant une eau noire et sale en permanence comme un constant crachat en direction de ceux qui voudraient poser le regard trop longtemps sur la façade du triste endroit. A mesure qu'il progressait, un étrange sentiment venait nouer son ventre, en plus de la fatigue et d'une certaine faim qui commençait à se réveiller en lui après une si longue marche.

Arrivée aux portes de bois sombre, du même acabit que celui des arbres des marécages,
les garzoks heurtèrent le butoir par trois fois avant de reculer, laissant dans une place très scénique le fanatique seul face à la gueule grande ouverte du petit palais, capable d'entendre les quelques pas qui s'activaient derrière les pans immobiles de l'entrée.

Lorsque celles-ci s'ouvrirent, le contraste le frappa. Si les lieux étaient aussi peu accueillants que le reste des chaumières de pierre brute, la lumière des torches lui donnaient une radiance de taverne de village, les flammes dansant chaudement sur les murs blanchis en fresque à la chaux.

Un visage radieux l'accueillit alors qu'une force inconnu le poussait à rentrer, prenant le contrôle de ses jambes avec l'abandon de l'assoiffé face à un oasis. Il s'engouffra en se sentant presque se jeter à l'intérieur, sans même détailler la demoiselle qui lui avait offert asile.

Son sourire magnifique ne dit cependant mot, et de fines cicatrices sur son dos firent de suite comprendre que le fouet avait caressé sa chair plus de fois que des mains d'homme.

Silencieux, Vilglas contempla l'horreur de ce qu'il allait faire. Il vit la souffrance, le traumatisme, et la soumission que ces actes monstrueux pouvaient engendrer.

Et rien de tout ça ne le dérangea. Il suivit docilement l'hôtesse vers celui qu'il devait rencontrer, laissant échapper une nouvelle quinte de toux qui lui sembla libératrice, comme si sa progression le soulageait.

Peu importe le mal qui l'avait envahi, il agissait avec un but, et ce but était inconnu de Vilglas.

_________________
Vilglas Putrescent, Fanatique.


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