Inscription: Mer 27 Oct 2010 20:28 Messages: 6658 Localisation: :DDD
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- Gorilla, viens voir.
Je lui fis signe du doigt et Gallion s'approcha, un peu inquiet. Il me rejoignit au centre du cercle infâme qui menaçait chacun d'entre nous d'une mort un peu trop violente à mon goût. Il ravala sa salive, moi aussi j'étais tendu au milieu de tout ce monde. La seule chose qui les maintenait en arrière, c'était l'assurance de celui qui se faisait appeler "Renart". Celui-là, il astiquait les lames aiguisées de ses faux en vue d'un bon petit combat, il semblait prendre plaisir à un affrontement contre notre petit groupe, désespérément inférieur en nombre. Quand le vieux loup des mers arriva à ma hauteur, je pointai son manteau du doigt et lui adressai une requête assez particulière en temps de combat :
- T'aurais pas encore un peu d'alcool sur toi ?
- Toujours... ivrogne de mes deux.
- Sans déconner. Passe pour voir, abruti.
Dans un grognement, il me remit la boisson ravageuse, le tord-boyau qui l'avait mis dans tous états il y avait un peu moins d'une heure. Je soulevai la grosse bouteille en direction du soleil, à-demi visible à partir de mon point de vue.
- Elle est à moitié pleine...
- Quoi ? C'est pas assez pour toi ?
- Nan, c'est parfait... Leoj, Thunar, Gorilla, reculez.
D'un geste hautain je les renvoyai en arrière, je voulais prendre ce duelliste en combat singulier, j'avais d'autres plans pour les trois qui m'avaient jusque là accompagné. Je retirai le bouchon du tord-boyau et m'enfilai une gorgée bien sentie. Pouah, c'était pas de l'alcool de tapette, je grimaçai rien qu'aux premières augures de son arôme enivrant. Puis, chose qu'à l'instant, personne ne comprit, je rangeai la bouteille à ma ceinture, là où je laissais traîner ma rapière, en l'inclinant légèrement, presque à l'horizontale. Achevant de la caler sur mon vêtement, je me plaçai à au moins trois pas d'écart du goupil provocateur. La bataille avait commencé.
- Tu veux pas reculer, hein ?
- Pourquoi je l'ferais ?
- .... Chais pas.
- Cette discussion était fort intéressante.
- Mais de rien.
On avait tous deux dégainé nos armes respectives, mais chacun attendait de l'autre qu'il fasse le premier pas. Un long silence prôna sur la tension environnante, et ça m'agaçait vraiment au plus haut point. Déjà que je faisais des efforts considérables pour cacher mon angoisse aux yeux de ce que je voulais un jour appeler mon "équipage", je ne voulais pas perdre face à cet enfoiré en frappant le premier. Je serrai les dents et elles grincèrent en silence dans ma bouche, le moindre geste de sa part m'aurait servi de prétexte pour lui en mettre une. Ce salaud semblait se moquer de moi à chaque instant, un sourire indélébile sur son visage, mais je risquais ma vie moi, il avait quoi à perdre lui ?
- Euh... j'suis pas pressé hein.
- Moi non plus.
- C'est que... le bordel ouvre dans une demi-heure alors...
- Faux, il ouvre vers vingt-et-une heure.
- Habitué ?
- Pas mal ouais.
- T'as déjà essayé Neige ?
- Je les ai toutes faites, même Calice.
- Quoi ? Mais t'es malade ! C't'une vieille pie, Calice !
- Elle a de bons restes, c'est dans les vieux bols qu'on fait les meilleures soupes.
- Tu préfères les vieilles donc ?
- ..... Ferme là.
- Pardon ?
- Montre un peu d'respect pour tes aînées, connard !
Premier coup, enfin. Quoique le sien était arrivé un peu à l'improviste. Renart se jeta sur moi tel un loup affamé et, avec une grâce surprenante, il bascula sa faux de droite pour la balancer comme une masse, puis m'attaqua avec un coup tranchant en balançant cette lame grâce à la chaîne de fer qui reliait ses deux fauchettes, il en résulta un coup à longue portée qui manqua de me découper à la diagonale si je n'avais pas évité son coup d'un pas de côté juste où il faut. Gardant mon épée en retrait, je me préparai à éviter le second assaut. Tout se passa en moins d'une seconde. Il rattrapa sa faux en main droite à la fin du coup et s'approcha d'un pas chassé de ma direction pour m'affubler d'un coup parfaitement horizontal, résultant de la détente qu'exerçait son bras gauche sur celle de droite, qui servit une nouvelle fois à me porter un coup aussi dangereux que le précédent. J'esquivai en me courbant aussi bas que possible, à tel point que je me mis à genoux, par précaution. A ma grande surprise, sa vivacité n'en resta pas là et il était déjà dans les airs, fauchettes jointes et levées, pour terminer son enchaînement par un troisième coup. Je profitai de l'appui que mes jambes pliées avaient sur le sol pour bondir sur la droite, là où j'étais à l'abri de l'écrasement acéré qu'il me réservait. Ses pointes s'enfoncèrent profondément dans le sol et il se retrouva en position de faiblesse : il était coincé et je l'avais sur le flanc. Or, je n'esquissai même pas la moindre agression envers lui, et gardait ma rapière pointée vers le sol. Temps mort, Renart s'était relevé et il ne daignait poursuivre ses assauts, il était encore essoufflé de ses efforts.
- Pfff... Qu'est-ce que tu fous ?
- J'me bats.
- Pourquoi t'attaques pas ?
- Hein ?
- Tu m'prends pour un faible ?!
- Héhé... ça dépend.
Il perdit patience. Le rusé, d'une frappe vive, m'écorcha la joue. Coup de chance, son coup était destiné à embrocher ma tête, c'était dans cet objectif qu'il m'avait attaqué du côté gauche, mon angle mort, car mon œil était aveugle de ce côté. Il ne jouait plus avec sa chaîne et m'engagea au combat rapproché, là où ma rapière perdait de son utilité face à ses armes courtes. Cette fois je pouvais la lever, l'esquive devenait bien trop ardue pour s'y risquer, la parade était plus appropriée. Il combinait sans relâche des coups à gauche puis à droite, il était énervé, ça se sentait. Je serrais les dents en déviant ses coups l'un après l'autre, mais il commençait irrémédiablement à m'étouffer en voulant y aller au corps-à-corps, la distance fatale. Il eut raison de moi à plusieurs reprises et mon incompétence me valut quelques blessures superficielles au niveau du torse et des bras, il visait le haut sans se préoccuper des jambes, il voulait ma tête. Lorsque nos corps se sont touchés, il bondit en arrière et retenta ses coups à longue portée, car ils couvraient plus d'espace et il m'avait usé au corps à corps. Il frappa sans attendre, un grand coup vertical que j'évitai sans trop grand mal, mais il avait deviné mes mouvements et, dans un tour de passe-passe, il dévia son coup. Par ce procédé il coupa mon flanc gauche, l'entaillant douloureusement bien que le sang qui en coulait n'était pas une trop grande perte. Une seconde pause suivit. Nous nous remettions à papoter alors que, discrètement, je me déplaçais vers la droite, formant un arc de cercle à l'intérieur de l'arène hurlante.
- Alors, c'est qui le minable maintenant ?
Je lui répondis en cachant ma fatigue soufflante.
- Ce s'rait pas moi par hasard ?
- T'as raison, crétin ! Avoue ta défaite et suicide-toi avant que je m'énerve vraiment !
- Pas envie.
- Tu préfères un dépeçage en règle ?
- C'est pas marrant si y'a que moi qui bouge...
- Quoi ?
- T'arrête pas d'frapper le vent, bourricot, tu m'donnes froid !
- Et toi, quand vas-tu te décider à frapper ?!!
Pas chassé, puis tranche. Renart ne changea pas sa tactique et tenta un coup similaire au tout premier du combat, un coup diagonal pour réduire l'espace entre nous. C'était mon occasion de lui montrer que j'étais pas là non plus pour plaisanter. Contrairement à ses attentes, je me rapprochai à pas de course et me précipitai de moi-même au corps à corps, son domaine. Du tranchant de mon sabre je déviai sa chaîne qui s'enroula autour et de mon poing gauche, je le cognai d'un puissant uppercut dans les règles de l'art que m'avaient apprises mes nombreuses baston à la taverne. Le coup fit mouche et sa tête bascula en arrière, tout son corps se retrouva en déséquilibre et, dans une jetée de sang nasal, il retomba sur ses fesses, sonné comme si il avait descendu un tonneau de bière en une traite. Son arme retomba toute seule en glissant de ma lame. Insulté, il passa sa manche sous son nez pour cacher le sang qui coulait, tandis que ma main à moi recouvrait mon côté gauche qui s'était trop lancé suite à mon coup de poing.
- Pffuhuhu... Alors, heureux ?
- Espèce de... !
- Allez, fais pas ta gamine, c'est ce que t'avais demandé, non ?
Les pauses se faisaient plus longues et moins calmes. En spectateurs, mes trois compagnons admiraient la scène. J'entendis les commentaires de Gorilla, perdus dans la cacophonie des cris de haine des voleurs :
- Il fait n'importe quoi, il aurait pu blesser le blondinet dès le premier échange mais il l'a pas fait. Il veut pas le tuer, en tout cas pas tout de site, Sirius a quelque chose derrière la tête. De toutes façons, même si il lui a mis une branlée maintenant, il est mal fichu, je sais pas si il va gagner.
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Dernière édition par Heartless le Sam 15 Jan 2011 18:25, édité 1 fois.
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