((( Description pouvant heurter les plus sensibles. )))
Les arbres qui délimitent la frontière séparant la clairière du reste de la forêt forment une barrière végétale. Ils semblent animés d’une volonté propre, les poussant à protéger à ce qui leur est cher. Eru essaie de trouver une voie praticable, je l’entends soudain pousser un cri de joie et me précipite vers lui. Il est parvenu à créer une brèche à travers laquelle il va nous être possible de passer en se contorsionnant. Je fais tout d’abord passer le louveteau et m’engouffre à mon tour dans la faille. Une fois de l’autre côté, les rayons de la lune ne parviennent plus à traverser l’épais feuillage des arbres. L’atmosphère devient quant à elle plus pesante encore, le silence est ponctué de cris bestiaux que je ne parviens pas à identifier.
« Ceci est le dernier bastion avant d’accéder au cœur même de la forêt dense. Prépare toi car les animaux rendus fous par la magie Shaakt qui opère ici sont très dangereux… »
Une larme perle le long de sa joue, son corps est pris de convulsion mais je n’ose pas l’interroger de peur de me faire rabrouer. Il m’adresse un signe de la main et progresse à travers les buissons épineux, la main posée sur le manche de sa lame. Eru semble trop bien connaître les lieux, il existe forcément un lien entre son lunatisme et ce temple… Probablement une tentative ratée, mais pourquoi cette tristesse si apparente à certains moments ? Il a plusieurs fois mentionné le péril que nous encourons à pénétrer dans ce lieu hostile, peut-être que les personnes ayant fait partie de la précédente chasse sont morts. Je me décide à lui demander, histoire de jauger un peu la situation qui va bientôt nous tomber dessus.
« Eru… Que s’est-il passé ? Qu’est-il survenu de si grave ? J’vois bien que t’es pas bien, un instant joyeux comme une ribaude l’autre triste comme un croqu’mort. »
Je sens son regard sur moi, sa mâchoire se crispe, ses poings se serrent.
« Il est peut-être temps… Mais pas ici à la vue de t… »Il arrête soudainement de parler, une flèche fichée dans le flanc… J’ai le temps de me mettre à couvert mais Eru semble immobilisé, la flèche contient surement du poison. Laborieusement il extirpe le projectile et le jette à terre, puis appose sa main contre sa blessure et prononce quelques mots à voix basse tandis qu’un faible halo de lumière se forme autour de la plaie. Je ne sais que faire, et si il n’y avait pas qu’un seul archer embusqué ? Eru tourne sa tête et d’un geste quasiment imperceptible m’indique de rester là. J’entends tout à coup des bruits de pas, et une voix qui lâche d’un ton triomphant :
« Une nouvelle prise pour la maîtressssssse ! Elle va être ravie hihihi ! »Malgré l’obscurité ambiante j’arrive à discerner une forme, au son de la voix il ne peut s’agir que d’une femme. Quoi qu’en dise Eru je ne peux me résoudre à l’abandonner ici. D’une part car pour repartir bonjour l’horreur, et puis je n’arrive pas à contenir ce sentiment…. Plus familier des hommes que des sektegs… L’amitié peut-être ? Je dégaine ma dague, pose le louveteau à terre et observe la silhouette qui de sa démarche féline s’approche d’Eru. Elle est rapide mais je pense pouvoir gagner si je l’attaque le premier et lui inflige une blessure suffisante. J’attends que son attention soit entièrement focalisée sur sa cible, à ce moment-là elle sera coupée du monde extérieur, la privant de son temps de réaction habituel. Son visage exprime une immense satisfaction tandis qu’elle se poste devant mon ami. Quand j’aperçois la couleur violette de ses yeux mon sang ne fait qu’un tour.
(Une shaakt…)Là ! Elle est absorbée par Eru, je fonds sur elle à ce moment précis. Ma dague n’est que la prolongation naturelle de mon bras. Je vise son ventre, quoi de mieux qu’une plaie béante dans l’estomac pour gêner sa cible ? Mais celle qui semblait il y a un instant n’avoir d’yeux que pour Eru effectue au dernier moment une esquive en bondissant vers la gauche.
« Il y croyait Maîtresssse oh oui il y croyait hihihi ! »Je la regarde, ne me laissant pas distraire par ses divagations. Son arc est toujours attaché dans son dos mais elle dispose forcement d’une autre arme, au cas-où… Tant pis je n’ai guère le temps de me poser ces foutus questions ! Je pars dans un assaut frontal pour réduire la distance entre nous et l’empêcher de se servir de son arme. L’aura qu’elle dégage est meurtrière, la peur s’insinue dans mes muscles mais je ne dois pas me laisser submerger sinon la mort me fauchera. Je continue de mettre la pression à mon adversaire qui ne semble pas s’en soucier le moins du monde. Elle n’a pas même dégainée, utilisant uniquement ses mains pour contrer mes assauts répétés. Soudain elle lance son pied en direction de mon torse, je ne cherche pas à fuir son coup, bien au contraire. Je me porte à sa rencontre et élève mon genou. Le choc qui s’ensuit nous laisse tous deux en proie à une douleur certaine.
Elle se relève, dans ses yeux luit le désir de tuer, de me tuer… Elle porte sa main dans son dos et en sort une fine épée dont la pointe est courbée.
« Tu seras un mets de choix pour la maîtressssse… Goûteux sont les petits sektegs… » elle se pourlèche les babines en prononçant ces mots
Elle ne me laisse pas le temps de souffler et se lance dans une nouvelle offensive, je me retrouve rapidement acculé à un arbre n’ayant d’autres choix que de fuir. Sa maîtrise surpasse de loin la mienne mais sa colère est la clef. Elle effectue une attaque plongeante que j’esquive en bondissant sur le côté. Emportée par son élan elle plante sa lame dans le tronc. Je reviens à la charge et perfore son flanc. Le sang gicle, elle couine de douleur mais parvient à dégager sa lame et me renverse d’un coup d’épaule. D’un bond elle est au-dessus de moi et abat sa lame avec violence. J’échappe de justesse à ce coup en basculant sur le côté et me redresse. Je commence à craindre pour ma vie, l’effet de surprise n’ayant pas fonctionné. Elle déchaîne sa colère contre moi, me harassant de coups difficilement parable. Les lames s’entrechoquent furieusement, projetant des gerbes d’étincelles. Je me retrouve dans une situation critique, la fatigue commence à ralentir mes réactions. Elle semble déterminée à me tuer rapidement et perce ma garde à plusieurs reprises. Des filets de sang s’échappent des estafilades, mais gagné par l’exaltation du combat je n’y prête pas attention et redouble d’efforts pour l’atteindre. Elle montre enfin des signes de fatigue, ses joues sont empourprées et elle respire rapidement. D’un geste elle traverse ma défense et laboure mon torse.
(Je ne vais plus tenir longtemps…)J’essaie de parer malgré tout mais mes efforts semblent vains. Avec une facilité déconcertante elle déjoue ma garde et m’arrache des cris de souffrance. Je décide de jouer le tout pour le tout et lui balance ma dague. Comme prévu elle esquive d’un pas sur le côté, j’en profite pour lui fondre dessus, la renversant. N’attendant pas une minute de plus je crie :
« Ça c’est pour Eru ! »Et je lui perce les yeux à l’aide de mes pouces, elle lâche un cri suppliant mais c’est trop tard… A l’aide de mes dents je lui arrache le nez et commence à le manger, les cartilages croquent sous mes dents, c’est… Délicieux. Un faible râle sort encore de la bouche de ma victime mais je n’en ai cure, je ne compte pas abréger ses souffrances. Avec ma dague je lui tranche la langue et la mets de côté pour l’louveteau. J’entends des bruits de pas derrière moi.
(Encore un ? Je ne vais jamais y arriver…) J’empoigne ma dague par le haut et d’un mouvement me retourne et la lance. Elle n’arrivera jamais à destination, bloquée par la main habile de mon compagnon.
« Charmant accueil aha ! »Un bref silence s’instaure, rapidement brisé par Eru qui recommence à m’causer.
« Laisse-moi te remercier. Même si mon corps est habitué aux diverses toxines, certaines sont plus efficaces que d’autres. Quant à ta sauvagerie… Je ne sais trop que dire. Il est habituel chez les soldats de métier de succomber après de longs sièges à certaines pulsions… Mais pour ton cas tout s’est déclenché si subitement… »La baisse d’adrénaline me prive de mon énergie restante, je me sens faible, mes jambes flageolent. J’éprouve énormément de difficulté à rester concentrer…
« Bah ! Elle n’a eu qu… »