L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Sam 29 Aoû 2015 16:41 
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Tintements de l'acier

Avant même d'avoir conscience d'être éveillé, la douleur lancinante du haut de son crâne s’annonce. Assit sur la roche et le bois, en ouvrant les yeux, Junas constate qu'il est toujours dans la forêt. Un cliquetis escorte ses mouvements, il se découvre enchaîné par un pied. Ses amis sont à ses cotés, inconscients mais bien vivants.

Il ausculte son entrave, tire dessus, force avec ses mains pour la rompre, mais sans succès. Les alentours cumulent divers objets formant un campement. Une charrette chargée de nombreuses caisses, une cage avec des chiens et plus loin la lueur d'un feu se dessine. Aucun bâtiment n'est visible.

Son étude attire un shaakt, qui arrive à sa hauteur. Après une brève hésitation, il le reconnaît. Il s'agit de celui ayant participé au combat, celui qui a paré sa flèche d'un revers de main. Sa carrure est imposante. Alors que Junas est assit et attaché comme un animal, il me domine de toute sa taille.

« Tu as bien faillie m'avoir, tu le sais ? »

Junas n'ose répondre, ne sachant pas à quoi s'attendre. Malgré son statut, son interlocuteur n'affiche aucune animosité. Il se contente de le regarder de haut, avec le même sourire en coin.

« Tu es habile avec ton arbalète, mais tu ne sais rien du combat. Cela crève les yeux. Tout comme tes amis d'ailleurs. Le moindre petit sort et vous voici tous à genoux. »

Il ponctue sa phrase d'un petit rire moqueur, auquel Junas répond d'un regard plein d'animosité.

« Tsss » Le soldat le calme d'un coup de pied en plein visage. « Je te conseille d'éviter cette attitude. Je ne m'affecte pas pour si peu, mais d'autres t'auraient volontiers rossés. »

Junas crache et tire sur ses fers, ne sachant pas vraiment pourquoi. Il a beau haïr cet elfe, déjà qu'il ne les aime pas vraiment en général. Toujours si fiers, si imbu de leurs races, de leur soit disant supériorité. Néanmoins celui ci est un guerrier confirmé, il en ressent une sorte d'admiration tintée de crainte. Si redoutable et habile au combat. Comme Tygett de son vivant. L'aura-t-il un jour ? Cette fibre guerrière.

Il songe à leur exode dans la jungle et se demande comment il s’achèvera. Certains disent qu'ils pratiquent des sacrifices pour entretenir la magie malsaine de cette forêt... La peur des événements à venir l'habite.

« Qu'allez vous faire de nous ? Nous tuer ? »

Le regard écarlate de l'elfe se fit plus perçant, il se penche et montre les chaînes à ses pieds.

« A ton avis, pourquoi vis-tu ? Il aurait-été aisé de vous tuer. Non, non. Vous serez vendu ! »

« Vendu ? »

« En effet, au marché des esclaves de Konfas. »


Un soleil de feu

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Dernière édition par Junas le Jeu 24 Mar 2016 23:39, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Lun 31 Aoû 2015 22:57 
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« Des légendes racontent qu’une ruine elfique se trouve ici, au centre de cette forêt labyrinthique. Si ceci n’est pas un mythe je compte la trouver. Elle doit regorger d’anciens manuscrits, source de connaissances ! » Il prononce ces derniers mots avec engouement

Mais sa mine s’assombrit aussitôt, il se mord la lèvre inférieure, je sens son regard devenir fuyant. Il est évident qu’il cache quelque chose, mais quoi ?

« J’vois pas trop en quoi tout c’t’histoire m’regarde. »

« Et bien… En rien. Mais je pourrais te…payer ? »

Je suis pris d’un fou-rire incontrôlable, je me tiens le ventre, je commence à avoir mal aux abdomens. Je m’essuie les quelques larmes qui ont perlées le long de ma joue et reporte mon attention sur l’inconnu.

« L’argent ne m’est pas utile ici bwahaha ! J’suis un chasseur, un nomade, un solit… Enfin presque solitaire. » dis-je en regardant mon louveteau, blottit contre moi. Je reprends : « Alors tes yus… »

« N’y a-t-il rien qui puisse te convaincre ? »

Je soupire, essaie de réfléchir un court instant, il faut avouer que je n’ai besoin de rien, sauf peut-être…

« J’ai bien une idée, tu m’entraînes pour l’combat, et tu m’fournis la bouffe pour mon louveteau et moi le temps du voyage. »

Il me tend la main tout sourire et me dit :

« C’est parfait ! A deux il y a plus de chances de réussir. »

Nous finissons de manger et v’là qu’il m’ordonne de me lever.

« Commençons tout de suite ! »

Les premiers jours furent les plus durs, mon corps est perclus de douleurs, stigmates des nombreux coups portés par mon professeur. Mais je ne flanche pas, je continue de me battre, ma détermination demeure plus forte que la fatigue qui s’empare de moi petit à petit. Mon louveteau grandit lui aussi, il est désormais capable d’attraper des lapins et autres petits rongeurs, son pelage commence à virer au blanc. Un blanc immaculé, plus les jours défilent, plus mon amour pour lui grandit. Quand je pars courir, je l’emmène systématiquement avec moi, il faut qu’il développe lui aussi ses muscles ! Pendant deux semaines, je m’efforce de suivre les instructions de mon maître provisoire, je me sens devenir plus fort, mes reflexes s’aiguisent. Un matin il me réveille et m’annonce qu’il est temps.

« Il va falloir y aller, mais je vais continuer de t’entraîner lors de notre périple ne t’inquiètes pas. »

J’acquiesce de la tête et me lève en prenant soin de rassembler mes maigres effets.

« J’y pense, je ne connais pas ton nom, moi c’est Skrap ! » je bombe le torse, fier

Il me regarde, pendant quelques instants le silence règne en maître, puis il décide de le rompre et me répond :

« Je me nomme Eru Ilùvatar, fils de Thranduil et de Nelwë. Libre à toi de raccourcir mon nom si cela te sied mieux. »

Je ne réponds rien, désormais absorbé par un spectacle qui me laisse songeur… Le cerf au pelage blanc est là un peu plus loin, juché sur une crête où quelques pins s’épanouissent. Je me sens étrangement rassuré, il a survécu à sa confrontation avec les loups, même si une nouvelle entaille lui parcoure le flanc gauche, elle est récente car un peu de sang s’écoule encore par filet et souille ses poils. J’ai l’impression qu’il attend quelque chose, mais Eru me presse de le suivre et je détourne mon regard. Pendant que je m’éloigne j’entends un bramement puissant. Plus nous progressons, plus l’atmosphère devient pesante, les arbres sont plus regroupés et par endroit leurs écorces semblent noircies. Je suis Eru qui trouve aisément des failles dans cet enfer végétal nous permettant de poursuivre notre route. Je le vois qui s’arrête soudainement et se baisse, inconsciemment je l’imite rejoignant les buissons. Il se retourne vers moi et me dit tout bas :

« Cette fois nous avons définitivement quittés l’orée des bois, c’est maintenant que tout se complique. Au nord, un sentier mène au cœur de la forêt dense, mais y aller par cette voie-là est suicidaire… Des escouades d’elfes noirs ratissent le secteur. Il faut que nous allions en direction de l’ouest pour bifurquer vers le centre de la forêt ensuite nous… »

Un jappement plaintif l’interromps je regarde autour de moi, pas de signe du louveteau. Je n’attends pas une seconde et me précipite vers la source du bruit tandis qu’Eru se lève d’un bond et me suit. Ce que je vois me plonge dans une rage bouillonnante, Le louveteau est acculé à un arbre pendant que trois araignées sifflent et essaient de le tuer à l’aide de leurs mandibules. Eru se projette en avant et d’un mouvement fluide dégaine sa lame. A peine est-il arrivé au niveau des araignées qu’il plonge son épée dans le dos de la plus proche de lui. Il la retire et d’un mouvement latéral tranche en deux une autre de ces saloperies. Je m’occupe de la dernière, en lui plongeant ma dague dans le crâne, elle remue un court instant puis s’effondre sur le sol. Mon louveteau est apeuré, il gémit et tourne vers moi ses petits yeux, je le dépose sur mon épaule et lui susurre d’une voix apaisante des paroles qu’il ne comprend pas. Eru m’indique qu’il nous faut repartir, le soleil ne va pas tarder à se coucher pour laisser place à la lune, et il est préférable d’être abrité quand cela survient. Il décide d’établir le camp en hauteur, cette fois pas de feu de camp, il entreprend de grimper un arbre pourvu de larges branches et d’un épais feuillage. Je monte à mon tour, manquant de tomber, déséquilibrer par le poids du louveteau sur mon épaule, Eru saisit ma main au dernier moment et m’aide à m’installer. Je dépose le louveteau sur mon ventre et m’endors.

Je sens quelque chose de râpeux contre ma joue, c’est humide… Quand j’ouvre les yeux, je découvre le louveteau en train de me lécher le visage, je le prends par la peau du cou et le pose sur mon épaule. Je sonde les horizons mais aucun signe de l’elfe, il doit surement chasser. Je descends de l’arbre et incapable de rester assis à rien faire, commence à chercher des indices de la direction prise par Eru. Je tourne mon attention vers l’ouest, des plantes sont écrasées par terre, des fines traces de pas sont également visibles sur la terre meuble. Je poursuis ma route, persuadé de tomber sur l’elfe à un moment donné.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Dim 6 Sep 2015 21:52 
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Quelques heures se sont écoulées depuis mon éveil. Pour l’instant je m’efforce de retrouver Eru, les traces qu’il a laissé un peu partout me sont des plus utiles mais tout cela me semble trop facile... J’entends mon louveteau gémir, il a l’air craintif. Pour le rassurer je le mets sur mon épaule et lui flatte le flanc tout en continuant d’avancer. Je parviens au niveau d’une clairière, l’herbe y est noire, la plupart des troncs d’arbres qui l’entourent sont rabougris, sombres, maladifs… Cela me fait mal au cœur mais une chose est sûre, je n’vais pas traîner ici plus que nécessaire, l’environnement est trop nocif. Au centre de la clairière médite une forme, je n’arrive pas à discerner ses traits mais il s’agit forcement d’Eru. Je marche dans sa direction quand soudain, le sol autour de moi s’affaisse ! Je tombe la tête la première dans une fosse, la terre meuble amortie ma chute.

(Super me voilà piégé comme un animal…)

J’entends un rire cristallin, puis tout s’arrête pendant quelques instants. La voix me parle cette fois et se gausse de moi :

« Première leçon, toujours être attentif quand on traque une cible ! »

Je vois la tête d’Eru dépasser du trou, il me tend une corde que j’attache autour de mon torse, tenant sous l’bras le louveteau pendant qu’il m’aide à monter. Je suis furieux, plus contre moi-même qui suis tombé dans ce piège. Eru s’étire puis dégaine sa lame et se met en position. Je m’équipe de ma dague et d’un bond je suis sur lui, il pare sans difficulté mon attaque et m’envoie bouler d’un coup de pied bien ajusté. J’ai du mal à respirer, je dois me concentrer, cette fois je lui tourne autour, attentif à tous ses mouvements. Il prend l’initiative et m’assène un coup que je contre de justesse. Je ne perds pas de temps et me lance dans une riposte fulgurante qui est aussitôt bloquée. Me voilà de nouveau l’cul par terre, Eru ayant profité à nouveau de sa grande taille pour m’envoyer valser.

« Ta taille ne doit pas être un handicap mais un atout. Tu es bien plus chétif que moi et.. »

Je l’interromps, m’indignant de ce qualificatif :

« Du sang Orque coule en moi ! J’suis pas chétif… »

« Pour ton clan peut-être, mais le monde regorge de personnes bien plus imposantes que toi, en commençant par moi. Donc je disais, tu es chétif, c’est un fait, même en développant tes muscles le problème reste le même. En revanche s’il y a bien une chose que tu peux travailler, c’est ta vivacité, ton temps de réactions ! »

Il me claque le visage, laissant l’empreinte de sa main dessus, il m’en fout une deuxième, cette fois plus douloureuse. Il est tellement rapide que je n’arrive pas à anticiper ses mouvements. La troisième gifle me laisse à terre, médusé. Puis je commence à comprendre, il s’agit d’un autre test, je prends le temps de me relever et lui fais face. Toute ma concentration est tournée vers lui, ma cible. Un rictus satisfait se dessine sur son visage.

« Bien, je vois que j’ai toute ton attention. Commençons. »

Tandis que mon cœur bat à cent à l’heure, Eru me fait penser au chêne qui brave les tempêtes sans jamais céder. Il approche de sa démarche féline, même à cette distance j’éprouve la plus grande difficulté à l’entendre marcher. En quelques pas le voilà devant moi, tous mes muscles sont tendus, je suis prêt à contrer son prochain coup. Il renouvèle son assaut, une véritable symphonie s’opère… Un coup sur ma tempe me sonne, il profite de son avantage et me frappe une côte puis le ventre. Je tombe face contre terre, mon corps perclus de douleurs.

« Tu n’as pas été capable en mesure de bloquer un seul coup. Tu ne fais pas un élève très doué. »

Ses mots me blessent plus que ses coups, mon orgueil me pousse à me relever, je vacille mais je tiens bon. Eru me regarde et hausse un sourcil, il semble songeur, il ne m’en faut pas plus, je puise dans mes dernières ressources et le charge. Je le percute de plein fouet, il bascule en arrière et atterrit sur ses fesses.

« Humpf…Ré…Répète ? »

Je profite de ce répit pour cracher un peu de sang.

« Au moins tu es persévérant, bon va dormir, nous reprendrons demain. »

Je m’allonge sur le sol et m’endors presque instantanément, totalement épuisé.

Quand je me réveille le lendemain matin, le soleil est bas dans le ciel, quelques étoiles sont encore visibles. J’ai mal partout mais je ne perds pas de temps, je vais m’asseoir aux côtés d’Eru qui prépare notre pitance matinale. Le louveteau se réveille à son tour, baille et vient se positionner près de moi.

« Tu es prêt à t’entraîner ? Car dès ce soir il va nous falloir repartir. »

« Bien sûr ! J'finis d'manger. »

Les quelques lamelles de viandes sont réparties entre nous trois, après avoir tout dévoré je me sens d’attaque ! Je me lève et fais face à Eru qui ne semble pas impatient de venir. Je décide de prendre l’initiative et d’un bond lui fonce dessus, arrivé à sa portée je lui lance un coup de poing en direction du ventre, il l’écarte à l’aide de sa paume et lance une riposte fulgurante, je n’ai pas le temps d’esquiver qu’il m’enfonce son poing dans le ventre, mon souffle s’en trouve coupé. Je lève ma main pour demander un répit, mais il n’en a cure et essaie d’abattre sa paume sur ma trogne, cette fois je lève mon avant-bras et parviens à détourner son attaque. Nous nous regardons dans l’blanc des yeux. Il entreprend une nouvelle offensive, cette fois il attaque des deux mains, d’un geste désespéré je plonge sous sa garde et lui frappe le menton. Il fait deux pas en arrière et me sourit.

« Voilà ce que je veux voir ! Nous allons poursuivre l’entraînement, il faut que tu parviennes à bloquer, voir contre-attaquer plus souvent. »

Pendant de longues heures nous nous combattons, puis la lune se substitue au soleil, il est temps de partir. Je récupère mes effets disséminés autour du feu de camp et j’installe sur mon épaule le louveteau. Eru est déjà en train de partir, je lui emboîte le pas et nous quittons la clairière.

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Dernière édition par Skrap le Mer 16 Sep 2015 20:38, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Dim 6 Sep 2015 21:59 
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((( Description pouvant heurter les plus sensibles. )))


Les arbres qui délimitent la frontière séparant la clairière du reste de la forêt forment une barrière végétale. Ils semblent animés d’une volonté propre, les poussant à protéger à ce qui leur est cher. Eru essaie de trouver une voie praticable, je l’entends soudain pousser un cri de joie et me précipite vers lui. Il est parvenu à créer une brèche à travers laquelle il va nous être possible de passer en se contorsionnant. Je fais tout d’abord passer le louveteau et m’engouffre à mon tour dans la faille. Une fois de l’autre côté, les rayons de la lune ne parviennent plus à traverser l’épais feuillage des arbres. L’atmosphère devient quant à elle plus pesante encore, le silence est ponctué de cris bestiaux que je ne parviens pas à identifier.

« Ceci est le dernier bastion avant d’accéder au cœur même de la forêt dense. Prépare toi car les animaux rendus fous par la magie Shaakt qui opère ici sont très dangereux… »


Une larme perle le long de sa joue, son corps est pris de convulsion mais je n’ose pas l’interroger de peur de me faire rabrouer. Il m’adresse un signe de la main et progresse à travers les buissons épineux, la main posée sur le manche de sa lame. Eru semble trop bien connaître les lieux, il existe forcément un lien entre son lunatisme et ce temple… Probablement une tentative ratée, mais pourquoi cette tristesse si apparente à certains moments ? Il a plusieurs fois mentionné le péril que nous encourons à pénétrer dans ce lieu hostile, peut-être que les personnes ayant fait partie de la précédente chasse sont morts. Je me décide à lui demander, histoire de jauger un peu la situation qui va bientôt nous tomber dessus.

« Eru… Que s’est-il passé ? Qu’est-il survenu de si grave ? J’vois bien que t’es pas bien, un instant joyeux comme une ribaude l’autre triste comme un croqu’mort. »

Je sens son regard sur moi, sa mâchoire se crispe, ses poings se serrent.

« Il est peut-être temps… Mais pas ici à la vue de t… »

Il arrête soudainement de parler, une flèche fichée dans le flanc… J’ai le temps de me mettre à couvert mais Eru semble immobilisé, la flèche contient surement du poison. Laborieusement il extirpe le projectile et le jette à terre, puis appose sa main contre sa blessure et prononce quelques mots à voix basse tandis qu’un faible halo de lumière se forme autour de la plaie. Je ne sais que faire, et si il n’y avait pas qu’un seul archer embusqué ? Eru tourne sa tête et d’un geste quasiment imperceptible m’indique de rester là. J’entends tout à coup des bruits de pas, et une voix qui lâche d’un ton triomphant :

« Une nouvelle prise pour la maîtressssssse ! Elle va être ravie hihihi ! »

Malgré l’obscurité ambiante j’arrive à discerner une forme, au son de la voix il ne peut s’agir que d’une femme. Quoi qu’en dise Eru je ne peux me résoudre à l’abandonner ici. D’une part car pour repartir bonjour l’horreur, et puis je n’arrive pas à contenir ce sentiment…. Plus familier des hommes que des sektegs… L’amitié peut-être ? Je dégaine ma dague, pose le louveteau à terre et observe la silhouette qui de sa démarche féline s’approche d’Eru. Elle est rapide mais je pense pouvoir gagner si je l’attaque le premier et lui inflige une blessure suffisante. J’attends que son attention soit entièrement focalisée sur sa cible, à ce moment-là elle sera coupée du monde extérieur, la privant de son temps de réaction habituel. Son visage exprime une immense satisfaction tandis qu’elle se poste devant mon ami. Quand j’aperçois la couleur violette de ses yeux mon sang ne fait qu’un tour.

(Une shaakt…)

Là ! Elle est absorbée par Eru, je fonds sur elle à ce moment précis. Ma dague n’est que la prolongation naturelle de mon bras. Je vise son ventre, quoi de mieux qu’une plaie béante dans l’estomac pour gêner sa cible ? Mais celle qui semblait il y a un instant n’avoir d’yeux que pour Eru effectue au dernier moment une esquive en bondissant vers la gauche.

« Il y croyait Maîtresssse oh oui il y croyait hihihi ! »

Je la regarde, ne me laissant pas distraire par ses divagations. Son arc est toujours attaché dans son dos mais elle dispose forcement d’une autre arme, au cas-où… Tant pis je n’ai guère le temps de me poser ces foutus questions ! Je pars dans un assaut frontal pour réduire la distance entre nous et l’empêcher de se servir de son arme. L’aura qu’elle dégage est meurtrière, la peur s’insinue dans mes muscles mais je ne dois pas me laisser submerger sinon la mort me fauchera. Je continue de mettre la pression à mon adversaire qui ne semble pas s’en soucier le moins du monde. Elle n’a pas même dégainée, utilisant uniquement ses mains pour contrer mes assauts répétés. Soudain elle lance son pied en direction de mon torse, je ne cherche pas à fuir son coup, bien au contraire. Je me porte à sa rencontre et élève mon genou. Le choc qui s’ensuit nous laisse tous deux en proie à une douleur certaine.
Elle se relève, dans ses yeux luit le désir de tuer, de me tuer… Elle porte sa main dans son dos et en sort une fine épée dont la pointe est courbée.

« Tu seras un mets de choix pour la maîtressssse… Goûteux sont les petits sektegs… » elle se pourlèche les babines en prononçant ces mots

Elle ne me laisse pas le temps de souffler et se lance dans une nouvelle offensive, je me retrouve rapidement acculé à un arbre n’ayant d’autres choix que de fuir. Sa maîtrise surpasse de loin la mienne mais sa colère est la clef. Elle effectue une attaque plongeante que j’esquive en bondissant sur le côté. Emportée par son élan elle plante sa lame dans le tronc. Je reviens à la charge et perfore son flanc. Le sang gicle, elle couine de douleur mais parvient à dégager sa lame et me renverse d’un coup d’épaule. D’un bond elle est au-dessus de moi et abat sa lame avec violence. J’échappe de justesse à ce coup en basculant sur le côté et me redresse. Je commence à craindre pour ma vie, l’effet de surprise n’ayant pas fonctionné. Elle déchaîne sa colère contre moi, me harassant de coups difficilement parable. Les lames s’entrechoquent furieusement, projetant des gerbes d’étincelles. Je me retrouve dans une situation critique, la fatigue commence à ralentir mes réactions. Elle semble déterminée à me tuer rapidement et perce ma garde à plusieurs reprises. Des filets de sang s’échappent des estafilades, mais gagné par l’exaltation du combat je n’y prête pas attention et redouble d’efforts pour l’atteindre. Elle montre enfin des signes de fatigue, ses joues sont empourprées et elle respire rapidement. D’un geste elle traverse ma défense et laboure mon torse.

(Je ne vais plus tenir longtemps…)

J’essaie de parer malgré tout mais mes efforts semblent vains. Avec une facilité déconcertante elle déjoue ma garde et m’arrache des cris de souffrance. Je décide de jouer le tout pour le tout et lui balance ma dague. Comme prévu elle esquive d’un pas sur le côté, j’en profite pour lui fondre dessus, la renversant. N’attendant pas une minute de plus je crie :

« Ça c’est pour Eru ! »

Et je lui perce les yeux à l’aide de mes pouces, elle lâche un cri suppliant mais c’est trop tard… A l’aide de mes dents je lui arrache le nez et commence à le manger, les cartilages croquent sous mes dents, c’est… Délicieux. Un faible râle sort encore de la bouche de ma victime mais je n’en ai cure, je ne compte pas abréger ses souffrances. Avec ma dague je lui tranche la langue et la mets de côté pour l’louveteau. J’entends des bruits de pas derrière moi.

(Encore un ? Je ne vais jamais y arriver…)

J’empoigne ma dague par le haut et d’un mouvement me retourne et la lance. Elle n’arrivera jamais à destination, bloquée par la main habile de mon compagnon.


« Charmant accueil aha ! »

Un bref silence s’instaure, rapidement brisé par Eru qui recommence à m’causer.

« Laisse-moi te remercier. Même si mon corps est habitué aux diverses toxines, certaines sont plus efficaces que d’autres. Quant à ta sauvagerie… Je ne sais trop que dire. Il est habituel chez les soldats de métier de succomber après de longs sièges à certaines pulsions… Mais pour ton cas tout s’est déclenché si subitement… »

La baisse d’adrénaline me prive de mon énergie restante, je me sens faible, mes jambes flageolent. J’éprouve énormément de difficulté à rester concentrer…

« Bah ! Elle n’a eu qu… »

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Dernière édition par Skrap le Sam 12 Sep 2015 17:22, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Dim 6 Sep 2015 22:03 
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Je suis réveillé par Eru, il parait inquiet, que m’arrive-t-il ? Malgré tous mes efforts, je suis dans l’incapacité de bouger, j’ai l’impression que mes membres pèsent des tonnes et sont collés à même le sol. Autour de moi, tout semble flou, les formes se délitent et s’agrègent, ma mâchoire est si crispée qu’en dépit de mon acharnement, ma bouche reste hermétiquement close et pas un son n’en sort. Je cède à la panique, en proie au désespoir le plus total…

(Est-ce donc déjà la fin du chemin ? Je suis incapable d’esquisser le moindre geste, je n’entends rien hormis un bourdonnement horripilant et je n’arrive même pas à déterminer la cause de tout ça…)

Bien que je ne puisse bouger, propre spectateur de ma déchéance, je me sens soulevé, Eru va sans doute essayer quelque chose. Mon corps est subitement traversé par une vague de douleur, c’est insoutenable… Mon cœur fonctionne au ralenti, pompant juste assez de sang pour me maintenir en vie encore un peu. Ter Zignok est réputé pour aimer jouer avec ses victimes, peut-être veut il prolonger mon agonie tant qu’il en tire du plaisir. Une nouvelle vague de souffrance me donne envie de crier bien que j’en sois incapable… Peu à peu viennent se planter des aiguilles glacées dans mes os que je sens traversés de toute part. Mon esprit somme mon corps de céder, de se laisser mourir pour mettre fin aux souffrances engendrées par ce poison mais quelque chose en moi s’y refuse. Les vagues de douleurs qui traversent mon corps semblent devenir plus fréquentes. J’ai l’impression que mon âme se morcelle, se fragmente…

(Je vais devenir fou ! Il faut que ça cesse ! Il faut que cette souffrance se termine !)


Je me sens posé à terre, Eru soulève mon avant-bras et pose deux de ses doigts sur mon poignet, il presse afin de chercher mon pouls, il finit par le reposer après quelques minutes. Sa forme s’estompe de nouveau, se mêle à l’environnement qui l’entoure. Une pression sur mon torse, impossible de redresser la tête mais je suis persuadé qu’il s’agit de mon louveteau, il continue sa progression sur mon corps et commence à me lécher le visage, après avoir terminé il se love sur ma poitrine et arrête de bouger. Pendant ce temps les vagues de douleur continuent leurs assauts, mon corps est parcouru de spasmes, mes pensées deviennent confuses, absurdes. Parfois j’ai le sentiment que mes pensées sont émises par un autre. Cette voix, cet autre que moi, qui parle en moi, à moi, se différencie plus nettement. Comme une partie de moi enfouie au plus profond de mon subconscient, qui effectue des percées furtives dans ma conscience. Pour l’instant il ne s’agit encore que de murmures insidieux mais qui semblent gagner en force avec les minutes et les heures. Cette rage de vivre, étouffée, loin, en dedans semble être animée d’une volonté propre, elle lutte de toutes ses forces pour assurer son avenir.

Ne plus sentir la caresse du vent et du soleil, ne plus admirer les paysages somptueux qui composent le vaste monde. Je suis comme écartelé entre mon désir de vivre et celui de mourir, ne pouvant me résoudre à choisir. Je me sens sombrer dans la folie, je perds conscience de ce qui m’entoure, des images m’apparaissent aléatoirement. Je me vois avec mon louveteau, avec Eru, quand j’ai décidé de vivre libéré des contraintes imposées par mon clan. Puis je me vois reposer en paix, les yeux clos, plus de douleur, plus de crainte… L’autre voix a encore pris de l’ampleur, elle me tonne de résister, de vivre.

Un voile sombre apparaît au-dessus de mes yeux, un noir absolu… Quand il se dissipe, je n’arrive pas à comprendre… Il y a un instant j’étais allongé dans la forêt dense, et maintenant me voilà au bord d’une falaise, en contrebas il n’y a rien d’autre que le vide, qui semble m’appeler d’une voix douce et réconfortante… Je me retourne, une plaine s’étend à perte de vue, uniformément recouverte d’une herbe jaunie par le soleil. Quelques arbres, principalement des séquoias sont disséminés à travers cette vaste étendue, ils arborent fièrement un feuillage verdoyant et leurs tailles oscillent entre soixante-dix mètre et cent mètre. Un vent tiède parcourt la plaine et fait onduler l’herbe, je suis absorbé dans ma contemplation et n’entends pas les bruits de pas dans mon dos.

Quelqu’un me toise, je me retourne et ce que je vois me laisse pantois… Il me ressemble à la perfection.

« J’ai préféré prendre une apparence familière. Je suis l’autre toi. »

« Qu’es-tu ? Où sommes-nous !? »

La chose qui vient de se présenter comme étant « L’autre moi » me laisse perplexe. Voyant que je reste muet il continue :

« Marche ou crève. »

« Quoi ? »

« Tu as le choix. Tu décides de lutter, de souffrir pour continuer à vivre ou alors tu abandonnes. » Il désigne à l’aide de son bras le vide qui s’étend par-delà la falaise et reprend : « Si tu abdiques, il n’y aura pas de retour en arrière, tu n’auras qu’à te jeter dans le néant. »

« Mais ai-je réellement le choix !? Il me semble tout à fait impossible de survivre à pareil empoisonnement… »

Il me regarde, les poings serrés, la mâchoire crispée, une lueur de démence dans les yeux, je deviens anxieux à l’idée de ce qu’il pourrait me faire, puis me ressaisis. Je suis déjà aux portes de la mort et il me suffit d’un pas pour arrêter cette folie.

« J’ai l’impression de parler à un mur ! Mais bordel regarde toi, pauvre petite chose malmenée par la vie ! N’es-tu point désireux de parcourir le monde ? De voir grandir ton compagnon et de te battre à ses côtés ? N’as-tu pas envie de ressentir une nouvelle fois cette exaltation quand tu as choisi de vivre comme tu l’entendais !? »

« Tout n’est pas si simple ! La souffrance est telle que je…Je ne crois pas être capable de surmonter cette épreuve. »

« La vie… Elle est comparable à un océan, parfois sa surface est aussi lisse que du marbre, elle est paisible et rien ne vient gâcher cette harmonie. Mais l’ordre n’existe pas sans le chaos et vice-versa ! La vie n’est pas plus un long fleuve tranquille qu’un torrent impétueux, elle se révèle être les deux à la fois et c’est ce qui fait tout son charme. Elle vaut qu’on se batte pour elle ! »

Ses mots se fichent en moi comme des flèches acérées, elles touchent des points sensibles, me poussant à réfléchir… Même si la mort est la fin logique de toute chose, qu’elle est inéluctable… Je peux au moins essayer de déjouer ses plans pour un temps. Je relève la tête et soupire.

« Tu as raison, je ne puis me résigner à mourir sans lutter, ramène moi et je te promets solennellement que jamais plus je ne baisserais les bras ! »

Mon doppelganger me regarde d’un air ravi, dévoilant sa dentition, et me dit :

« Bon et bah saute ! »

« Mais… Tu m’as confié qu’il s’agissait du passage vers la mort, je ne comprends pas…Ou alors ! Tu m’as piégé espèce de tartuffe ! »

« Disons que j’ai pris mes précautions mwahaha ! »

« Mmh… En tout cas, merci de m’avoir ouvert les yeux. Adieu. »

Avant que je ne saute, il rigole et me dit :

« Je ne crois pas qu’un adieu soit de mise... A bientôt ! »


Il affiche un grand sourire, et d’une impulsion des paumes me poussent dans l’vide.

J’ouvre les yeux, de nouveau dans la forêt, mon corps est toujours perclus de douleur mais je sens une amélioration. Eru se penche sur moi, il me dit quelque chose que je ne parviens pas à comprendre, les bourdonnements sont toujours trop fort. Il me semble le voir sourire, puis je le sens me soulever la tête et me faire ingérer une pate épaisse, qui coule lentement à travers ma gorge. Je sens des fourmillements aux extrémités de mes membres, c’est un signe encourageant. Malgré tout je suis toujours accablé de fatigue, je décide de me reposer et rapidement, tombe dans un sommeil sans rêves.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Dim 6 Sep 2015 22:07 
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Quand je me réveille ma première réaction est de me déplacer, de solliciter mes mucles à nouveau. Eru est en train de donner à manger à mon petit loup, il est plus grand que dans mes souvenirs, ses muscles se développent progressivement, ses canines grandissent. Il me regarde et vient se frotter contre mes jambes, je lui caresse la tête et vais m’asseoir aux côtés d’Eru.

Il ne pipe mot, attendant de ma part une réaction, je me lance :

« Tu sais c’qu’il m’est arrivé ? »

« La chasseuse a empoisonnée sa lame également. Une éraflure suffit généralement et comme ton métabolisme n’est guère habitué, tu es tombé dans un coma salutaire, afin que ton corps puisse éliminer les toxines. Sans oublier la mixture que je t’ai forcé d’avaler qui a renforcé tes défenses immunitaires. Mais pourtant plusieurs fois j’ai senti ta vie te quitter, tu as dû lutter âprement pour ta survie. »

Il laisse planer sur moi son regard, un petit sourire se forme aux commissures de ses lèvres.

« Cette expérience m’a changé… Il m’a semblé être confronté à une autre part de moi, une part plus sauvage, indomptable. »

« Hum… Voilà une expérience des plus surprenantes. As-tu échangé quelques mots avec elle avant de te réveiller ? »

J’hausse les épaules et lui réponds :

« Nous avons discourus des bienfaits de vivre, enfin je crois, ma mémoire a probablement occultée certains souvenirs. »

(Ouais enfin j’suis là hein ! M’oublie pas.)

Je suis choqué par ce que je crois avoir entendu… Une voix ? Mais pas la mienne, enfin… Je ne sais trop…

(Eh soit pas choqué je t’avais prévenu aha ! Je suis ton autre toi, l’envers du miroir si tu préfères.)

(J’entends des voix maintenant… Super. J’ai donc sombré dans la folie.)

(Je n’te permets pas l’avorton ! J’suis aussi réel que toi.)

Son ton catégorique ne laisse pas place à l’hésitation, j’entends bien quelque chose, quelqu’un.

(Qui es-tu au juste ?)

(Je viens d’te le dire imbécile, je suis ton alter ego, le côté plus bestial qui jusque lors sommeillait en toi.)

(C’est beaucoup à assimiler…)

(Tu vas t’y faire.)

Eru me regarde avec suspicion, j’ai dû rester immobile le temps de ma conversation intérieure. Je le rassure d’un geste de la main.

« Passons aux choses sérieuses, nous sommes actuellement sur le territoire des Funestes. Le nom est approprié car ils ne laissent généralement que morts et désolation, ils vénèrent une magicienne Shaakt qui use d’un sort drainant l’énergie vitale pour préserver sa jeunesse et sa force. Ces indigènes reconnaissent en elle une meneuse, une Déesse… » Il crache les derniers mots avec dédain, comme s’ils souillaient sa bouche.

(Eh bah, elle a pas l’air de verser dans la finesse c’te sorcière !)

Je décide d’ignorer cette voix et interroge Eru :

« Cette sorcière semble puissante, c’clairement pas la personne à croiser dans un coin sombre. Mais rassure moi, nous n’risquons pas de croiser sa route ? »

« Pendant ton inconscience j’ai été en mesure de trouver un autre itinéraire. Les chances de croiser des bêtes sont plus grandes mais celles de croiser d’autres Funestes sont réduites. Et je préfère éviter leur poison…La sorcière connait cet art subtil qu’est l’alchimie, il est impensable que ton corps puisse y résister une seconde fois dans un intervalle si bref. »

J’opine de la tête et me lève pour me dégourdir les jambes. Eru se lève à son tour, il m’attrape une épaule et me force à me tourner vers lui.

« Avant que nous n’en finissions, j’aimerais, en gage de ma gratitude pour ce sauvetage inopiné te conter la véritable histoire, si tu souhaites l’entendre bien sûr. »

J’repose mon cul par terre, découpe une lamelle de viande à l’aide de ma dague, en attendant qu’Eru ne me raconte tout. Il semble nerveux, toute couleur quitte son visage.

« Tout a commencé enfant, le temple que je cherche, n’était qu’une pierre dans le hameau construit au cœur de la forêt dense il y a des siècles. Je n’étais encore qu’un enfant mais ce jour-là tout a basculé. Mes parents, morts depuis longtemps déjà dans la guerre opposant les Taurions et les Shaakts, j’étais seul. Les villageois semblaient agités, des chariots furent apprêtés, les paquets chargés à l’intérieur. En désespoir de cause, je pris la décision d’aller demander à un des prêtres, les plus à même de connaître la situation. La seule réponse qu’on daigna me donner fut que l’exode commençait. Je ne savais alors où aller, vers qui me tourner… Alors je suis resté, au début je me suis réfugié à l’intérieur du temple, puis devenant plus hardi au fil du temps, je m’entraînais sans relâche, je m’aventurais toujours plus loin dans la forêt… Mais les années passèrent, les maléfices jetés par les Shaakts pour corrompre la forêt commençait également à altérer ma nature, par exemple la couleur de mes yeux découle d’une de ces malédictions. La solitude était devenue mon quotidien si bien que je décidai de partir, d’abandonner enfin mon foyer. Pendant de longues années je pus jouir de la vie en paix. Mais un soir, je fis la rencontre qui changea ma vie, une Taurion, elle aussi rescapée du hameau de la forêt. Ses parents avaient participé à l’exode comme tous les autres mais, cette jeune elfe ne rêvait que d’y retourner ! La détermination dont elle faisait preuve me conquis…. Ce fut un véritable coup de foudre, pour elle comme pour moi. Peu après nous étions en route pour le temple, qui selon elle devait regorger de manuscrits qui seraient utile pour comprendre son peuple, ses racines. Mais la forêt dense n’avait pas cessé d’être maudite, l’elfe qui m’accompagnait ne tarda pas à succomber sous les coups d’un ours. Il ne la mangea même pas, ce n’était pas son territoire habituel car nous avions pris soin de délimiter un terrain sûr à l’intérieur du cœur des bois. Non il avait dû sentir son odeur, et par simple haine, mit fin à sa vie. Quand je pu m’approcher, je m’aperçus qu’elle vivait encore, elle souffrait atrocement et je décidai d’abréger ses souffrances en lui tranchant la jugulaire. Peu après je quittais ce territoire pour m’installer en bordure, où tu m’as croisé. »


Il me semble soulagé, une part de son fardeau lui ayant été retiré par le simple fait de se confier à quelqu’un d’autre que lui-même.

Je décide de ne pas le brusquer, pose une main sur son avant-bras et lui dis :

« Tout ça n’a pas dû être facile à vivre. »

Eru semble absent, peut-être est-il déjà replongé dans ses souvenirs, je décide de le laisser seul et pars un peu plus loin en emportant mon louveteau.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Lun 7 Sep 2015 18:14 
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Je m’éloigne d’une dizaine de mètres, afin de rester à portée de voix. Je redoute ces Funestes et leurs poisons.

(J’dis ça j’dis rien, mais la nature est bien faite, suite à cette injection de poisons, ton corps a dû lutter pour le contenir dans un premier temps, dans un second le vaincre. Il va développer une défense immunitaire, même si pour l’instant t’es encore fragile tu vas devenir plus résistant.)

Cette pensée, même s’il est toujours déstabilisant pour moi de considérer que je n’suis plus seul d’dans, me réconforte. J’essaie d’imaginer la suite du trajet à travers ces bois peuplés d’animaux monstrueux, pour finalement accéder au temple. Eru me tapote l’épaule et me fait signe de rassembler mes effets ce que je m’empresse de faire. Je ne peux plus porter mon loup dorénavant, il est devenu trop imposant, même s’il reste jeune. Il semble pourtant s’y être accoutumé et dodeline de la tête en pointant vers moi un regard suppliant. Je lui ébouriffe le haut du crâne et commence à suivre Eru. Le chemin sinue entre les arbres, un silence absolu s’établit, brisé de temps en temps par des rugissements bestiaux. Derrière nous résonne un hurlement, enfin plutôt un éclat de voix, j’essaie de me concentrer sur cette source sonore mais je ne parviens pas à comprendre le dialecte. En tout cas c’est proche, trop proche… Je me tourne vers Eru, il l’a aussi compris, le corps a été trouvé, atrocement mutilé.

(J’aurais dû le cacher…)

(Oui tu aurais dû. On va dire que c’parce que j’étais pas encore là aha !)

Nous nous éloignons le plus silencieusement possible, il me guide à travers les buissons et bientôt nous arrivons au niveau d’une rivière. Son eau est opaque, des algues pourrissantes flottent à la surface.

« Nous allons devoir la traverser, ne bois pas son eau elle est nocive. »

« Mais… Je… Heu, je n’sais pas nager, et mon loup non plus… »

Il se frappe la tête avec sa paume et me jette un regard consterné.

« J’imagine que je vais devoir te porter, tout en essayant de ne pas boire la tasse. »

La traversée est périlleuse, pour l’aider je tiens d’un bras mon loup, maintenant sa gueule hors des flots tandis que l’autre est fermement agrippée autours du torse d’Eru, qui de son côté lutte pour garder sa bouille au sec.

(Heureusement que le ridicule n’tue pas.)

J’ignore une nouvelle fois cette voix, préférant rester focaliser sur ma survie. Je sens mes pieds toucher le fond, je lâche Eru et m’urge de regagner le rivage. Mon loup s’ébroue, projetant des gerbes d’eau un peu partout, je l’imite. Eru me regarde d’un air désabusé.

« Ne trainons pas. »

Il poursuit sa route, en devenant bien plus prudent, je l’imite et me courbe, de sorte que ma tête uniquement puisse être visible. Des traces de griffures sur les troncs marquent le territoire d’un ours, je ne suis pas rassuré quand je les aperçois… Mais Eru semble s’en moquer et ne s’arrête pas. Un rugissement retentit, il est puissant et me donne envie de fuir à toute jambes. Eru tremble, il a probablement peur lui aussi.

(Mais… Qu’est-ce qu’y fait c’con là ?)

Voilà qu’Eru se tient debout, sa silhouette se découpe nettement dans ce paysage aux teintes sombres. Il ne m’adresse pas un regard mais je sais où est ma place. Je ne vais pas interférer, non surtout pas… Ce qu’il est venu chercher est peut-être la mort, la rédemption, peut-être tout simplement est-il confiant en ses capacités de guerrier. Les rugissements se rapprochent rapidement, Eru dégaine sa lame, murmure à voix basse quelques mots, surement destinés à sa douce et se met en position. L’ours est arrivé, il se met sur ses deux pattes arrière et rugit de plus belle. Son pelage est noir, il doit mesurer dans les trois mètres, ce qui le classe comme dominant parmi ses congénères.

Eru lui fait désormais face, il hurle à son tour :

« MËAR A AISTÄ ! » en brandissant sa lame vers la bête

Ce que j’ai eu l’occasion de voir ensuite fut à la fois bouleversant et terrifiant. L’ours arriva à la hauteur d’Eru qui d’une roulade sur le côté esquiva, il lacéra le flanc de l’animal puis bondit sur son dos et y enfonça sa lame. L’ours eut beau se débattre, il ne parvint pas à déloger son adversaire qui continua avec acharnement à labourer son dos. Au bout de quelques minutes, l’animal cessa de bouger et tomba au sol, une flaque de sang se formant tout autour de sa dépouille.

« Eru, c’est… Déstabilisant. Je te savais bon guerrier, mais ce combat fut à sens unique ! Bravo ! »

Il ne prend pas la peine de me répondre et entreprend de grimper sur un arbre. J’utilise des lanières pour attacher mon loup dans mon dos et grimpe à la suite de l’elfe. Le combat, quoique bref, fut épuisant psychologiquement, enfin sans doute… Eru ronfle, son corps en position fœtale. Je l’imite rapidement, encore épuisé par mon empoisonnement.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Jeu 10 Sep 2015 23:44 
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Je m’éveille alors que le soleil pointe timidement l’bout d’son nez. Mon loup est toujours profondément endormi mais je ne vois pas Eru nulle part. Cette position en hauteur me permets d’avoir une perçante sur les environs immédiats. Il y a des vestiges de bâtiments dissimulés par la végétation mais dont certaines pierres restent distinctes. Je descends et pars en direction des ruines. Le sentier sinue entre les arbres et les anciennes constructions. Je finis par tomber sur une petite allée dont les dalles sont pour la plupart brisées, des mauvaises herbes ont poussées dans les interstices. Ce chemin se termine par un escalier que j’entreprends de monter rapidement. Je suis dorénavant sur une plateforme où plusieurs bancs sont disposés, je décide d'y attendre Eru.

(Eru devrait bien passer dans l’coin, c’est l’entrée du Temple même moi j’le vois.)


Finalement quelques heures passent sans qu’il ne se montre. Puis soudain j’entends des bruits de pas monter l’escalier et devine qu’Eru en est la cause. Il se dresse devant moi et me dit :

« Il va te falloir y aller seul. Essaie de rapporter autant de parchemins que possible s’il te plait ! De toute façon il n’y a pas de risque avec cette protection magie dressée contre les indésirables. »

J’opine de la tête et d’un pas lent me dirige vers le temple.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Sam 3 Oct 2015 23:31 
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Nous sortons rapidement de la ville et retournons à l’abri des arbres. Le soleil est à présent bas dans le ciel et un voile orangé recouvre l’horizon. Quelques nuages dérivent au gré du vent, des étoiles fleurissent de part et d’autre du firmament et célèbrent le crépuscule. Je suis impatient de retrouver mon loup, Eru n’a rien voulu m’dire mais apparemment il a commencé à vraiment grandir ! L’idée me plait et m’incite à aller plus vite, Eru accélère le pas pour me suivre.

Nous pénétrons sous le couvert des arbres, notre abri se trouve un peu plus loin. Eru me devance mais s’arrête soudainement. Je cours à sa hauteur pour voir qu’une flèche est fichée dans son épaule. Ses protections ont encaissées la majeure partie du choc mais il semble sonné…

(Encore c’poison.)

J’entends du bruit provenant des arbres situé à ma gauche et à ma droite, épuisé je ne songe même pas à éviter et deux flèche pénètrent simultanément dans ma panse. Je m’effondre à terre, ma trogne s’abat durement contre le sol, je n’arrive pas à contenir un filet de bave qui s’écoule d’ma bouche mais je reste à moitié conscient. Des bruits de pas, ils s’intensifient et s’arrêtent rapidement. Je vois Eru couché à terre, une silhouette s’approche, la tête encapuchonnée m’empêche de discerner ses traits mais je l’entends parler.

« Et une nouvelle prise. »

Une autre voix intervient alors pour répondre :

« J’en vois deux moi. »

« Oui car tu es encore jeune Maya. Le sekteg peut être très rapidement domestiqué, il suffit de le dresser. L’elfe en revanche… »

Elle achève sa phrase en donnant un violent coup de pied dans l’abdomen d’Eru qui crie de douleur. Elle regarde sa comparse avec insistance, attendant visiblement quelque chose. J’entends une lame sortir de son fourreau lentement. Celle qui semble se nommer Maya s’approche au plus près et à l’aide des deux mains plonge le sabre dans le corps d’Eru. Il a un dernier sursaut avant de perdre toute vie.

Il ressemble dorénavant à n’importe quel mort. Bientôt son corps deviendra rigide, jusqu’à se décomposer, nourrissant la terre. Je suis un peu confus, il est mort, cela devrait m’attrister mais je n’y arrive pas. C’est la vie, chacun crève un jour ou l’autre, si tu ne puis l’éviter alors il faut l’accepter. Et je n’envie guère mon destin, privé de mon compagnon, de mon ami, enfermé et maté par des inconnues…

Je sens une pression dans mon dos, elle m’attache les pieds et les mains de sorte que je ne puisse rien tenter. Puis une des deux me renverse la tête et me fait ingurgiter un liquide au goût amer. J’ai beau tousser, il devient épais et je n’arrive pas à l’expulser hors d’mon gosier.

« Ne commence pas ta nouvelle vie comme cela petit Sekteg. Laisse l’antidote agir, sois docile et discipliné. »

Je sens un choc au niveau de ma tempe, je perds toute combativité et tombe à genoux.

« C’est déjà bien mieux. Maya, met le sur ton araignée, nous partons pour la cité de Khonfas. »

« Oui, Briza, tout de suite. »

Je me sens soulevé du sol, encore nauséeux à cause du poison je n’ai que vaguement conscience des éléments qui m’entourent. Je suis rudement jeté sur le dos de l’araignée, sa maîtresse se plaçant devant. D’un ordre bref, elle se met en route, utilisant ses nombreuses pattes pour parcourir tout type de terrains avec célérité. Je vois le paysage défiler sous mes yeux à grande vitesse, mais le soleil s’étant couché, la luminosité n’est plus suffisante pour y voir quoi que c’soit d’autre que des formes indistinctes.

Je préfère économiser mes forces et essaie de trouver le sommeil malgré les cahotements et mon inconfortable position.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Dim 15 Nov 2015 17:52 
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Durant le trajet, tu seras dans un état second, oscillant entre pleine conscience de ton environnement et hallucinations. Finalement, au bout de deux bonnes heures de marche, ton petit convoi arrive devant les remparts de la ville. Une petite altercation éclata alors entre les gardes en faction et les personnes te gardant captif. Pendant un moment de conscience, tu pourras voir les shaakts se battre afin de gagner le droit d'entrer non sans que l'un d'eux ne soit blessé au bras.


(((Hors RP : Bien donc l'idée étant pour toi de décrire ce que tu vois lorsque ton esprit divague complètement et lorsque ton esprit est au calme. Puis de décrire ton arrivée au rempart ainsi que l'altercation entre les gardes et les shaakts qui t'ont fait prisonnier avant que ton petit convoi n'entre dans la ville. L'idéal pour toi est donc de répondre à la suite de ce message. Lorsque ce sera fait, MP moi et je donnerais les indications suivantes. Bon RP.)))

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Mer 17 Fév 2016 23:13 
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Chapitre 3: Sur les traces des sektegs

L'aigle se posa sur une branche d'un arbre desséché alors qu'Alderon suivait les traces en contrebas. La terre était cendre en ces lieux. Les arbres décharnés et les Oudios corrompus par la guerre menée par les shaakts. Un lieu de désolation où la majorité des plantes ne pouvaient y survivre. La dernière guerre n'avait pas non plus laissé les animaux dépourvus de la corruption de la magie sombre de ses cousins. Il passa sa main sur un arbre rachitique et noirci et ne sentit aucune présence, du moins aucune à part la magie des shaakts qui irriguait les veines de l'arbre. L'Oudio ou l'Esprit comme il les appelait parfois était à présent corrompue et son âme mourait petit à petit dans son enveloppe corporelle. L'aigle se transforma de nouveau en la belle druidesse Nennvial lorsqu'elle toucha le sol, sa robe verte ondulant sous ses mouvements sensuels. Aldaron sourit doucement, elle avait l'art de rendre les chasses intéressantes, c'est pourquoi il adorait chasser en sa compagnie, outre que sa forme druidique était pratique.

- Nennvial, as-tu pu les pister ?

La druidesse n'était pas des plus joviales en ces lieux et il comprenait pourquoi au vu des arbres morts et de la terre desséchée. Aldaron était un des seuls taurions à s'être aventuré aussi profondément dans la forêt noire des shaakts et donc à ne pas être trop affecté par la magie noire que ce lieu véhiculait.

- Non, je suis navré Aldaron, je ne parvins ni à trouver leurs traces et encore moins leur présence dans la forêt.

Elle semblait trembler légèrement, les lèvres légèrement scellées. Il s'approcha d'elle et lui caressa le bras.

- Reste auprès de moi Nennvial, je serais ton lien à la forêt, ne te laisse pas abattre par les émanations de magie sombre de la terre brûlée. Je vais les pister à l'ancienne.

Il balaya le sol de son regard et vit les traces d'un moarteur et du sang venant tinter d'un léger trait carmin la terre noire. Lorsqu'il suivit la piste du moarteur, il donna marcha accidentellement sur une forme dure et triangulaire. Surpris, Aldaron s'agenouilla et retourna la terre pour découvrir la pointe d'un kikoup brisé et ensanglanté. Un des sektegs avait sans doute réussi à blesser la bête qui les suivait. Lentement, il suivit la piste qui devait les mener vers les intrus pour ne pas manquer un seul indice, il y vit des griffures sur l'arbre à quelques mètres de l'endroit où se trouvait le kikoup puis une ligne de sang de plus en plus rapproché jusqu'à ce qu'il trouve le cadavre d'un sekteg à moitié dévoré et mâchouillé. Il lui manquait également une jambe, était-ce le sekteg qui avait été touché par le couple de moarteur et qu'on avait dû amputer ou était-ce un autre sekteg du groupe dont la jambe avait été dévorée par des charognards ?

- Je ne sais même pas comment tu peux franchir la frontière de la forêt d'Eniod, souffla la druidesse.

- Je ne suis pas le seul Forestier qui s'y rend mais il y en a de moins en moins qui s'y aventurent depuis plusieurs années en effet. En tout cas, nous avons trouvés l'un des intrus, mais il reste encore deux jeux de traces près du cadavre. L'un traverse les marais au sud-est tandis que l'autre continue au nord. Il vaudrait mieux se séparer pour couvrir le terrain avant la tombée de la nuit, puis nous reviendrons dans notre partie de la forêt à la nuit tombée. Il vaut mieux éviter de s'attarder en ces lieux lorsque l'obscurité recouvre tout.

- Où nous rejoignons par la suite ?

- A notre petit endroit habituel, lui répondit-il d'un air espiègle.

Nennvial lui sourit, hocha la tête pour lui signifier qu'elle avait compris et repris sa forme d'aigle pour suivre la piste menant au nord, vers le royaume shaakt à vrai dire. Il n'était guère rassuré de la laisser partir en direction d'une zone plus surveillée par leurs cousins sombres, cependant il comprenait parfaitement que les marais n'étaient guère sa tasse de thé et il valait encore mieux qu'il suive cette piste personnellement. Il connaissait de surcroît mieux les zones marécageuses que la druidesse. S'arrêtant auprès de l'étendue d'eau marécageuse. Enfonçant ses pieds dans l'eau boueuse du marais, il parcourut les terres avec difficulté, s'emmêlant les pieds avec le limon. Il espérait qu'aucune créature des marais n'ose l'attraper et l'envoyer par le fond. Il remonta le long d'un petit îlot où il avait perçu de nouveau les mêmes traces du moarteur. Il espérait qu'en le pistant, il tomberait nez à nez avec les gobelins restants.

Pataugeant dans la mélasse, il finit par déboucher au bout d'une heure de marche sur une clairière. Entendant soudainement des voix à travers l'oraison des bois, il se faufila à travers les fougères et s'arrêta à quelques dizaines de mètres de la scène. Dans une cage en fer se tenaient les sektegs et un attroupement de shaakts portant des armures lourdes et de longues bardiches. Un soudain mouvement dans les fourrés lui fit tourner la tête et une chose le plaqua contre le sol rocheux violemment.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Lun 30 Mai 2016 18:26 
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Après quelques instants de silence, le vieil homme finit par murmurer d'une voix étrange, rauque et scandée:

"Le destin fugace et pourtant intemporel, l'équilibre fragile et occulte à nos yeux te feront miroiter le rêve millénaire de la réconciliation de ce que tout oppose. Mais, songe chimérique, délire onirique ou réalité fantasmée ne dépendra que de deux volontés inaltérables."

Je plisse les yeux à cette sibylline réponse, réfléchissant à ses divers sens possibles. Deux volontés inaltérables? Oui, mais lesquelles? Celles de Sithi et Zewen? La mienne et celle de Syndalywë? Celle de Syndalywë et Sithi? La mienne et celle de Sithi? D'autres encore dont je n'ai pas même idée? Je ne sais pas. Mais au-delà de cette interrogation, un point me semble à peu près certain: cette quête n'est pas totalement impossible. Il existe un espoir, si maigre soit-il, que Sithi reprenne place parmi son peuple. Je n'en demandais pas davantage, peu importe le temps que cela prendra, peu importent les dangers que je devrai affronter, je vivrai pour voir ce jour. Un sourire mystérieux et mystique relève mes lèvres, j'ai connaissances de quelques ébauches de pistes que je pourrai suivre, mais patience, il me reste tout d'abord quelques pas à accomplir.

Je me relève et remercie l'oracle d'une petite révérence, puis je dépose devant lui une petite bourse contenant du sel en lui disant:

"L'existence manquerait de sel sans rêves chimériques. J'irai recueillir ceux de la mer des songes jusqu'à retrouver le crépuscule sacré depuis trop longtemps enfoui dans les sables du temps."

Je me détourne enfin du vieillard et gagne la sortie, le temps est venu d'achever ma traque et d'entreprendre une nouvelle danse, qui ne s'achèvera que lorsque Sithi resplendira de tous ses feux sur ce monde.

Je quitte les derniers contreforts des montagnes quelques heures plus tard, suivant sans grand mal les traces sanglantes laissées par la Shaakt à intervales irréguliers pour m'engouffrer dans une sombre et inquiétante forêt qui me semble suinter la malveillance et la magie noire, mais sans doute n'est-ce qu'un effet de mon imagination? J'en doute pourtant de plus en plus alors que je m'enfonce plus profondément dans la sylve, j'ai parcouru nombre de forêts dans ma vie, nulle ne m'a jamais semblé si lugubre, si torturée. A tel point que je dégaine silencieusement la lame de mon ancêtre bien que nul ennemi ne soit en vue, l'atmosphère est pesante, irradiant d'un danger mortel mais encore dissimulé dans les ombres. Quelque chose corrompt cette forêt, un sombre pouvoir occulte est à l'oeuvre ici et si je suis devenu adroit au maniement des armes je ne me sens guère préparé à affronter de la magie ténébreuse. Je donnerais cher pour disposer d'une potion de soins et récupérer l'usage de mon bras, mais comme il ne sert à rien de regretter ce que l'on ne possède pas je me faufile le plus silencieusement possible entre les lianes grises et tortueuses, cherchant toujours du regard les indices du passage de mon ennemie.

Je finis par la rejoindre dans une petite ravine boueuse, la canopée est si dense et le ravin si encaissé que seule ma vision nocturne me permet d'y distinguer la Shaakt honnie. Elle est assise, adossée à la paroi, son teint est aussi gris que ma peau et son souffle est haché, ses mains et son visage sont maculés de sang et ses yeux voilés de souffrance autant que d'épuisement. La terrifiante guerrière n'est plus qu'une ombre cadavérique, une créature exsangue et misérable. Mon regard se rive au sien, nous nous dévisageons en silence durant de longues secondes. Peut-être aurais-je pitié d'elle si je n'avais, gravé au fer rouge dans mon âme, le souvenir de sa lame perforant la gorge de Ryll endormi, puis celle de Sylardann. Je revois le sourire sadique de cette charogne noire alors qu'elle retirait son arme du corps de mon ami, de mes amis. Je revois aussi Adrienn prostrée devant elle, écorchée vive, mutilée, nue dans le froid glacial des montagnes. Je revois le cadavre de mon père, tué par ma flèche sur les marches du temple de l'Oracle. Un sourire terrible folâtre sur mes lèvres serrées, je m'approche de la moribonde, écarte d'elle ses armes de la pointe de mon épée, assez loin pour qu'elle ne puisse espérer s'en emparer avant que je ne la mette en perce comme une vulgaire outre à vin.

Je suis pareil au crépuscule en cette heure, d'ombre et de lumière. Peut-être est-ce ce que l'Oracle voulait dire en me qualifiant de Lame du Crépuscule. Je l'ignore, je n'en ai cure, mon âme est froide comme la plus pâle lueur lunaire à cet instant.

Je m'accroupis face à elle, les yeux dans les yeux, et j'attends.

Il lui faut un peu plus d'une heure pour mourir. J'ai recueilli ses râles comme un dû. J'ai savouré sa souffrance comme le plus doux breuvage. Je me délecte de sa mort comme d'une friandise exquise. Nul ne nuit à mes proches sans en payer le prix.

Ombre. Et lumière. Je suis un Hirdam Sindel, fils de Sithi et du Crépuscule, ma route est pavée de morts et je suis maintenant capable de l'accepter, d'autres vivront parce que cette Shaakt a trépassé. Je me souviens du récit de mon ami Woran, nul ne le saura jamais mais il y aura peut-être quelques Chilali de moins parce que mes lames ont dispensé leurs froids baisers. Tout est bien.

Je me relève et dépouille le cadavre encore tiède de ses possessions, récupérant en premier lieu l'épée de ma famille que je nettoie soigneusement avant de la ranger dans mon sac qui commence à être bien plein. La vente de tout ce que j'ai récupéré financera l'une ou l'autre partie manquante de mon armure, une protection plus complète sera loin d'être un luxe dans la guerre que je m'apprête à rejoindre. Allons, il est temps pour moi de retourner en Hidirain. Je dois rendre compte de ma mission et aller revoir le vieux Baldwinn mais, surtout, je veux passer quelques jours avec Ethëll avant de me jeter enfin dans une véritable guerre.

Sans un regard en arrière je quitte la forêt maudite et regagne les premiers contreforts de la montagne, me dirigeant par le plus court chemin en direction de la Perle Blanche.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Mar 28 Juin 2016 17:29 
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Lorsque je reviens vers Kay pour observer ses progrès, elle m'indique être prête à partir, ce qui n'est pas pur me déplaire car nous avons du pain sur la planche. Je hoche donc simplement la tête puis hèle mes compagnons afin que nous nous mettions en route sans plus tarder. Le Taurion s'engage le premier sur l'étroite sente menant en direction de Khonfas, il jouera le rôle d'éclaireur et, s'il y a d'autres elfes verts dans les alentours, il saura les repérer mieux que n'importe lequel d'entre nous. Je lui emboîte le pas, si nous devons tomber sur des éclaireurs Shaakts j'aime autant être aux premières loges, et fais signe aux autres de nous suivre. Quelques trois heures de marche nous sont nécessaires pour parvenir aux frontières d'Hidirain qui, si elles ne sont pas matérialisées par une ligne aimablement disposée à notre intention, n'en demeurent pas moins perceptibles par le changement qui se produit dans la végétation. L'atmosphère devient subtilement plus sombre, les arbres paraissent plus noueux, les buissons feuillus du sous-bois laissent peu à peu place à d'autres, épineux et urticants. Les nombreux chants d'oiseaux laissent place à un silence lugubre, les papillons sont remplacés par des moustiques et autres insectes buveurs de sang, laissant supposer qu'un mal insidieux sévit ici, qui corrompt peu à peu la sylve luxuriante.

Deux heures de marche plus tard, le Taurion revient vers nous, le visage aussi lugubre que la forêt qui nous entoure, un pli soucieux barrant son front. A mon haussement de sourcil interrogateur, il nous informe à mi-voix:

"Les Shaakts ont établi un camp à une demi-heure d'ici, ils sont...nombreux...plusieurs milliers, c'est une véritable invasion..."

Je m'assombris à ces mots, je m'étais imaginé avoir affaire à quelques centaines de noirs, un millier peut-être, ce qui me paraissait déjà bien suffisant pour qu'atteindre la Matriarche soit malaisé, mais là...Je me reprends rapidement et questionne le Taurion:

"Des milliers, dis-tu...combien? Leur camp, comment est-il agencé? Ont-ils placé des sentinelles? Ont-ils des chevaux? Des engins de siège?"

"Je dirais environ cinq mille. Leur camp est approximativement circulaire, l'agencement de leurs tentes m'a fait penser à une immense toile d'araignée. Je n'ai pas vu d'engins de siège, mais ils ont des chevaux, peut-être deux cents, qui sont parqués en bordure nord du camp. Quant aux sentinelles, il y en a quelques-unes aux abords du camp, mais aussi d'autres qui patrouillent dans la forêt par petits groupes de quatre ou cinq."

"Hum, c'est la fête...as-tu vu une tente plus importante que les autres? Les chevaux, comment sont-ils attachés? Et comment sont-ils gardés? As-tu vu où ils stockaient le fourrage, ont-ils des chariots?"

"Il y a une grande tente centrale, oui. Les chevaux sont entravés entre eux, par petits groupes, quelques gardes les surveillent, peut-être une dizaine. Il y a en effet des chariots, la plupart sont parqués au nord-ouest, mais il doit y en avoir trois ou quatre à proximité des chevaux, qui contiennent le fourrage j'imagine."

Je garde le silence quelques instants, l'esprit en ébullition pour tenter de concocter un plan ayant une petite chance de réussir, et demande encore au Taurion:

"Sais-tu s'il y a quelques-uns de tes compatriotes dans le coin?"

"Je n'en ai pas croisé, mais il y en a certainement qui surveillent la frontière d'Hidirain."

Soit au minimum à deux heures de marche d'ici. Et encore faudrait-il avoir la chance de tomber dessus, la forêt est vaste et touffue. Des renforts seraient les bienvenus, mais le temps presse et rien ne garantit qu'ils arriveraient à temps pour agir aujourd'hui encore. Reporter à demain l'attaque ne me plait pas, les Shaakts sont déjà beaucoup trop proches d'Hidirain, une armée se déplace bien moins vite qu'un petit groupe d'Elfes, mais dans deux jours au plus tard ils seront devant la cascade. Si j'échoue à tuer la matriarche aujourd'hui les Hinïons pourront éventuellement faire une deuxième tentative, alors que si j'échoue demain, ils n'auront plus rien le temps d'organiser avant l'assaut. Je dévisage pensivement ceux qui m'accompagnent, de ma décision dépendra leur destin, ai-je le droit de risquer leurs vies dans une mission aussi hasardeuse? Que je fasse une erreur en établissant une stratégie et aucun n'en réchappera, par Sithi voilà une responsabilité qui me paraît bien pesante...comment font les généraux pour envoyer sans sourciller des centaines de combattants à la mort?! Je n'en sais rien, j'ignore si j'en serais capable, mais je dois prendre une décision, et vite. Je pousse un imperceptible soupir en me décidant, priant tous les Dieux et Déesses que je connais pour que ma stratégie soit la bonne:

"Bien, voici comment nous allons procéder. Il nous reste environ six heures avant le crépuscule, Tahynel, fonce à la frontière d'Hidirain et vois si tu peux trouver quelques-uns des tiens rapidement. Sois de retour au plus tard une heure avant le coucher du soleil, nous agirons à ce moment-là. Si tu as trouvé des Taurions, placez-vous dans la forêt en direction d'Hidirain, et préparez-vous à protéger notre fuite. Si non, reviens et tâche de couvrir notre retraite comme tu peux."

L'elfe vert acquiesce gravement puis se met en route aussitôt, filant au pas de course par le chemin que nous venons d'emprunter. Je poursuis à l'intention des autres:

"Quant à vous, votre rôle sera de semer le plus grand chaos possible pour me permettre de me faufiler jusqu'à ma cible. Pour cela, arrangez-vous pour libérer le maximum de chevaux le plus discrètement possible, puis boutez le feu aux chariots de fourrage ou à n'importe quel autre truc susceptible de brûler. Les chevaux sont des animaux craintifs, faites-les paniquer de votre mieux mais surtout ne vous laissez pas attirer dans un combat rangé. Si vous en avez l'occasion harcelez les Shaakts pour accroître la panique, attirez leur attention où vous voulez sauf en direction de Khonfas, à l'ouest, c'est de ce côté que je tenterai de me faufiler dans le camp. Débrouillez-vous pour agir une heure avant le coucher du soleil, d'ici là récoltez de la résine, de la mousse sèche, n'importe quoi qui vous permettra d'allumer facilement un incendie. Quand cela deviendra trop risqué pour vous, repliez-vous et fuyez, pas de folies. Nous retrouverons à la milice d'Hidirain. Puisse Sithi veiller sur vous et nous donner la force de réussir."

Je fais ensuite face à Lyann et ajoute:

"Si je ne reviens pas, prends soin de Kay, veux-tu? J'ai promis de l'aider à retrouver son père. Pour le reste...ullume au oialë!"

La Sindel me dévisage avec une légère surprise à ces derniers mots, mais elle finit par me sourire avec douceur en hochant simplement la tête pour manifester qu'elle accédera à ma demande. Je me tourne alors vers Kay et lui dis encore:

"Prends soin de toi, Kay de Kallah. Quoi que nous réserve l'avenir, j'ai été heureux de faire ta connaissance et de passer ces quelques heures avec toi."

Je presse doucement son épaule en guise d'adieu, puis je m'enfonce dans la sylve maudite sans un mot de plus, tout a été dit.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Jeu 30 Juin 2016 22:18 
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Tanaëth ne dit rien, se contentant d’hocher la tête. Pour Kay, cependant, cela équivalait presque a un compliment. Du moins, a la certitude qu’elle ne se fourvoyait pas sur toute la ligne. Ou peut-être que si, car, après tout, comme elle l’avait deviné, il était temps de se mettre en marche. Rapidement, Kay effectua quelques étirements avant de rejoindre le reste de la petite troupe menée par Tanaëth, mais dont le Taurion venait de prendre la tête – ce qui n’était pas stupide, compte tenu du fait qu’en sa qualité d’elfe vert, il avait plus de chances de repérer ses compatriotes ou même des elfes noirs qui seraient venus en éclaireur. Tanaëth passa juste après lui, prêt à en découdre s’ils rencontraient le deuxième cas. Quant à Kay, elle se plaça judicieusement au milieu. En fin de troupe, elle serait incapable d’assurer leurs arrières et elle n’avait certainement pas sa place aux cotes du maitre d’armes. Bien que protégée par le reste des elfes, donc, Kay n’en demeura pas moins nerveuse, la main serrée sur le pommeau de sa courte épée, tout le temps que dura leur trajet. C’était à dire, cinq heures au total : trois pour quitter les frontières d’Hidirain et deux pour rejoindre le campement des Shaakts.

Laisser Hidirain derrière eux, bien qu’il n’y eut aucune marque d’aucune sorte pour le leur indiquer, se fit de manière plus qu’évidente et marquée et Kay, dont les environs de la citée lui procurait un certain sentiment d’apaisement, se retrouva, au milieu de la forêt dense peu loin de Khonfas qui se révéla être d’u caractère incroyablement tourmenté et lugubre, à se demander ce qu’elle fichait là. Avait-elle vraiment une part à prendre dans cette bataille ? Sans que cela ne la concernât pas, avait-elle de quelconques compétences à faire valoir à présent ? Elle se sentait faible – faible et inutile.

(Plusieurs milliers… Et nous, on est que douze !)

La différence de force était presque grotesque tant elle était disproportionnée. Profitant de ce que Tahynel, l’elfe vert, fut revenu pour faire son rapport sur l’organisation de l’armée Shaakte, Kay se laissa tomber sur le sol dur, noir et rétif a toute culture, et reprit son souffle tranquillement. En fait de milliers, il y en avait cinq, repartis sur un cercle dont les allées formaient des veines qui se rencontraient sur d’autres cercles, circonscrits au premier et dont le centre était occupé par une grande tente – sans doute celle renfermant la Matriarche. En bordure nord se trouvaient les chevaux, gardés par un groupe de dix elfes noirs, apparemment. Juste un peu à l’ouest se trouvaient des chariots. Pour le reste, des sentinelles prévenaient de toute intrusion dans le camp.

(Que douze…)

Nul espoir, non plus, concernant des renforts. S’ils eussent pu en espérer, c’eut été des Taurions, mais ces derniers étaient minimum à deux heures de marche de l à, gardant leurs frontières. Cela n’empêcha pas Tanaëth d’y dépêcher Tahynel. Ayant décidé que la maigre troupe agirait une heure avant le coucher du soleil, cela laissait à l’elfe gris cinq heures pour faire l’aller-retour. Kay se dit que cela suffirait et l’idée que d’habiles personnes couvriraient possiblement leur fuite lui réchauffa le cœur. Pour sa part, elle avait désormais autre chose à penser.

D’accord.

Avec attention, la jeune femme avait écouté Tanaëth. Selon le plan du maitre d’arme, elle et les autres feraient diversion en libérant les chevaux – au nord, donc, tandis que lui-même tenterait de se faufiler jusqu’à la matriarche par l’ouest. Kay tiqua. Il leur recommanda avec insistance d’attirer les Shaakts partout, sauf par là où il se rendrait. Mais les chariots avec le fourrage – donc ce qui avait le plus de chance de bruler vite et bien, se trouvait au nord, mais aussi un peu à l’ouest… La semi-elfe ne pipa mot, néanmoins : elle n’avait aucune aptitude en stratégie, ce n’était pas à elle que pourrait revenir le droit de faire des remarques sur le plan. Elle se releva, décidée a s’enquérir au plus de tout ce qui pourrait les aider à allumer des feux. Au même instant, Tanaëth s’adressa à Lyann pour lui demander explicitement de prendre soin de Kay s’il venait à disparaitre. Il ajouta quelque chose, surement en elfique car Kay, n’ayant toujours reçu qu’une éducation humaine, n’y comprit mot. Enfin, il se tourna vers elle-même et lui adressa son au revoir qui résonna comme un adieu. La gorge serrée, le cœur compressé, la semi-elfe ne sut quoi répondre et avant que sa bouche ne s’ouvrit, Tanaëth avait déjà disparu dans les profondeurs du bois. Pendant quelques instants, la jeune femme ne quitta pas des yeux l’endroit.

(Moi aussi j’ai heureuse d’avoir pu te connaitre…)

Puis elle se détourna et se mit à la recherche de résine, de mousse sèche, de petits bois, bref, de tout ce qui pouvait flamber.

_________________
Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Ven 1 Juil 2016 22:26 
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Je me faufile sans bruit dans la jungle malveillante, évitant de mon mieux ses pièges nombreux autant que vicieux. Buissons pourvu d'épines longues comme des poignards, lianes secrétant des humeurs sans doute toxiques, racines tendues en travers de mes pas comme autant de traquenards. Serpents aussi, insectes inconnus dotés qui de dards, qui de mandibules inquiétantes, couvertes de poils urticants ou de chitine bardée de piques assez coriaces pour infliger de sérieuses balafres à qui commettrait l'erreur de s'y frotter. Et tout cela dans une atmosphère moite, irrespirable, rendue putride par la décomposition de végétaux qui n'ont plus rien de naturel. Je transpire ferme dans mon armure, ce qui attire assez de suceurs de sang et autres nuisibles pour que j'aie l'impression d'être entouré d'un fin brouillard bourdonnant. Le soleil pourtant encore haut peine à franchir la sombre canopée, ne parvenant guère qu'à répandre une lueur blafarde au plus profond du labyrinthe végétal.

Il me faut deux heures pour simplement contourner le vaste camp, c'est une chose que de parcourir un sentier plus ou moins défriché, une toute autre que de se déplacer dans l'inextricable forêt vierge. J'entends de ci de là les patrouilles Shaaktes qui se frayent un chemin à grand renfort de machette et de jurons, peu soucieuses apparemment d'une quelconque discrétion, mais quel besoin auraient-elles de se dissimuler quand des milliers des leurs sont à portée de voix? Je me contente de les laisser passer, immobile, enveloppé pour plus de sûreté dans ma cape, simple ombre parmi les ombres. Puis je me rapproche de la bordure du camp, plus près, encore un peu plus près, jusqu'à être en mesure d'en discerner les moindres détails.

Dans ma poitrine, dans mon crâne, sourdes et lentes pulsations, aussi sonores que des coups de tambour. A ceci près, le silence, fugacement brisé de temps en temps par un échange de mots dans le camp endormi, par le bourdonnement incessant des insectes aussi, auquel je ne prête plus garde. Pas plus que je ne me soucie des quelques bruits de reptation qui hantent en permanence la jungle maudite. Je n'ai qu'une question en tête, lancinante, à laquelle toute tentative de réponse se solde par un cul de sac: comment atteindre la Matriarche?

Les Shaakts ont défriché une vaste zone pour monter leur camp, n'épargnant que les arbres les plus massifs, qui auraient sans doute nécessité trop d'efforts et de temps pour être abattus puis dégagés. Entre ces monstres de bois, des rangées de tentes grises sont plantées en cercles approximatifs, chacune pouvant abriter une vingtaine de combattants environ. Au centre de ces cercles concentriques se trouve une tente conique aux allures de chapiteau, constituée de toile noire richement ornée de symboles arachnoïdes écarlates, qui ne laisse pas le moindre doute sur l'identité de sa propriétaire. Ni sur sa place dans la hiérarchie de Khonfas, d'ailleurs, seule une riche et puissante dirigeante peut s'offrir un tel luxe en campagne. Cinq femelles Shaakt en armures noires font le pied de grue autour de cette demeure, un air de profond ennui peint sur le visage. D'autres gardes sillonnent le camp par petits groupes de deux ou trois, peu nombreux, pas plus attentifs que ça, sûrs qu'ils sont de leur écrasante supériorité. Et de fait, le moindre cri engendrera un branle-bas de combat, les tentes vomiront des flots de tueurs prêts à massacrer tout intrus en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

Dieux...comment trucider ma cible dans ces conditions?! Je n'ai presque aucune chance de parvenir à la tente centrale sans être vu, et même si j'y arrivais, les cinq gardiennes me repéreraient dans la seconde et donneraient l'alarme. Auquel cas, j'aurais peut-être une infime chance d'atteindre la Matriarche en jouant au fou de guerre, mais pas la moindre de me sortir vivant de ce guêpier. Une flèche bien placée au moment où elle quittera son abri? Trop incertain à mon goût, sans compter que la première tentative sera aussi très certainement la seule possible. Mais alors, par Sithi, je fais quoi?! Je lève instinctivement les yeux au ciel, apercevant l'astre du jour qui s'abaisse lentement sur l'horizon grâce au défrichage opéré par les noirs, il me reste environ une heure avant d'agir et je n'ai toujours pas la moindre idée de la manière d'atteindre mon but. A moins que...les battements de mon coeur accélèrent dans ma poitrine alors qu'un espoir renaît en moi, un infime sourire relève mes lèvres, je crois que je tiens une piste! Folle, certes, mais plutôt moins que toutes les autres envisagées. Un regard plus attentif me permet de confirmer qu'il y a moyen de réaliser mon plan. Je n'en sortirai certainement pas vivant cela dit, mais si tel est le prix pour préserver Hidirain de la destruction, ma compagne et mes amis d'une mort certaine...

J'utilise mon nécessaire d'écriture télépathique pour envoyer un message à Ethëll, fort laconique au demeurant car les mots pour exprimer ce que je ressens me manquent cruellement. Mais qu'importe, elle sait. J'adresse ensuite une fervente prière à Sithi, une autre à Rana qui m'a si souvent permis de me sortir de situations périlleuses, puis je m'éloigne un peu des abords du camp pour rejoindre un arbre incroyablement massif et tordu qui se dresse non loin. Que la danse commence!

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