L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Sam 2 Juil 2016 15:40 
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Grimper dans l'arbre monumental n'est qu'un jeu d'enfant, les lianes et autres parasites végétaux, les nombreuses branches noueuses aussi, forment des prises aux allures de marches d'escalier. Je m'élève ainsi d'une vingtaine de mètres sans le moindre problème, prenant garde de toujours rester sur la face opposée au camp pour éviter d'être repéré. Une fois parvenu à bonne hauteur, les choses se corsent quelque peu et c'est avec tout un luxe de précautions que je me risque sur une grosse branche vicieusement tordue et rendue glissante par l'humidité ambiante. Mon sens de l'équilibre me permet cependant de parvenir sans encombres jusqu'au point où elle devient trop fine pour supporter mon poids. Qu'à cela ne tienne, une branche de l'arbre voisin, plus épaisse, se trouve maintenant juste au-dessus de moi. Je calcule soigneusement mon mouvement avant d'effectuer un bond vers le haut, m'accrochant souplement des deux mains aux anfractuosités de l'écorce rugueuse avant de me hisser d'une vive traction. Je me rétablis sur mon nouveau perchoir et reste immobile quelques secondes, tous les sens aux affûts, ne me relevant que lorsque je suis raisonnablement certain de ne pas avoir été vu par les Shaakts. Debout, à la manière d'un funambule, j'avance pas à pas sur la branche, concentré sur chacun de mes gestes afin de ne pas glisser. Je parviens ainsi au tronc principal de l'arbre, marque une nouvelle pause pour m'assurer que nul ennemi ne se soucie de lever les yeux dans ma direction, puis poursuis ma lente avancée sur une branche opposée qui m'amène, cette fois, au dessus du premier cercle de tentes.

De ce point, une liane me permet de me glisser en douceur sur une branche de l'arbre suivant. Elle n'est pas bien grosse et ploie sous moi lorsque je lui inflige progressivement mon poids afin d'en éprouver la solidité, retenant mon souffle dans ce passage délicat. Elle ne cède pas, à mon plus grand soulagement, mais les quelques mètres me séparant du tronc vont être festifs à franchir, sur cette mince tige oscillant dangereusement à quelques vingt mètres du sol. Le coeur battant à tout rompre, je me résous à lâcher la liane avec une infinie lenteur, me sentant dans la peau d'un marin perché sur une vergue en pleine tempête. Bras écartés pour améliorer mon équilibre, je fais glisser mon pied droit en avant, centimètre par centimètre, corrigeant imperceptiblement ma position au fur et à mesure pour éviter le moindre à-coup. Je sens des gouttes de sueur glaciales glisser sur mon front et dans mon dos, toute ma volonté n'est pas de trop pour réprimer le frisson qui menace de me faire trembler, je me force à me détendre en respirant le plus calmement possible mais bons dieux je n'en mène pas large! A force de reptations dignes d'un escargot anémique, je finis par parvenir au fût central que j'enlace aussitôt d'une étreinte farouche, fermant les yeux un instant pour évacuer l'imperceptible tremblement qui agite mon corps et reprendre mon souffle.

(Par Sithi...qu'est-ce que je fiche ici? Tu parles d'une idée à la con...)

(Courage, un Danseur d'Opale ne tombe jamais!)

(Mouais...j'aimerais bien en être certain, tu vois, mais là...)

(Arrête! Concentre-toi et avance, tu te poseras des questions plus tard!)

Facile à dire, ai-je envie de rétorquer, mais je sais pertinemment où nous mène ce genre de débat, je suis têtu mais ma Faëra est capable de m'en remontrer à ce niveau, et pas qu'un peu. Je sais qu'elle a raison en plus, mais cela ne rend pas l'exercice moins périlleux pour autant. J'examine nerveusement la suite de mon parcours acrobatique, tentant de mon mieux d'avoir un regard objectif sur les difficultés à venir, et me force une nouvelle fois à me détendre en réalisant que j'ai probablement fait le plus dur. Du moins en ce qui concerne l'approche, parce que pour le reste...

(Arrête te dis-je!!! Avance, c'est tout!)

Une ample respiration, puis je dénoue à contrecœur mes bras du tronc pour le contourner et m'avancer sur la branche suivante, heureusement plus stable que la dernière. A force de persévérance, je finis par arriver au dernier passage scabreux avant d'être littéralement au-dessus de la tente de la matriarche. Il me suffit maintenant de me laisser pendre à la branche sur laquelle je me trouve, puis de me laisser tomber d'un mètre environ pour me réceptionner sur une excroissance moussue aux allures de furoncle décorant le tronc de l'arbre incliné qui me mènera à destination. Je me lance donc dans cette dernière acrobatie, atterrissant aussi silencieusement que souplement sur le moignon, qui cède sous le choc en émettant un sourd craquement!

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Lun 4 Juil 2016 00:18 
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Mes ongles tracent dans l'écorce de légers sillons alors que je tente frénétiquement de me raccrocher à quelque chose, mais le tronc n'offre nulle prise sérieuse. Sous moi, des éclats de bois brisé et quelques plaques de moussent chutent, à peine plus rapide car si peu couronnés de succès que soient mes efforts pour me retenir, ils me ralentissent tout de même imperceptiblement. Je sens la peur envahir mon esprit, mon corps, comme une marée irrépressible, mes mains se crispent fébrilement comme des serres sur le fût maudit, mais en vain, seules quelques traînées sanglantes soulignent ma chute alors que mes doigts sont écorchés vifs par le tronc rugueux.

Un choc, brutal, l'horizon bascule, feuilles et branchages me fouettent sans douceur le visage, le reste aussi sans doute mais mon armure m'en préserve. Je tente de m'agripper à la branche que je viens de heurter, mais la mousse rend tout glissant et ma chute se poursuit. Nouveau choc, à peine moins rude, mais qui inflige à mon dos une douleur vive. Nouvelle tentative de me freiner, aveuglé par les végétaux et le sang qui coulant dans mes yeux j'en suis réduit à balayer l'espace de mes bras au hasard, et en vain. Un choc encore, en pleine poitrine celui-ci, qui me coupe le souffle et voile ma vision de noir balafré d'écarlate. Mes bras se referment autour de la branche comme s'il s'agissait d'une planche de salut, et c'est bien ce qu'elle est en vérité car, sous moi, plus de dix mètres de vide béent avant le sol. Les pieds dans le vide, les bras noués autour du bois et le visage plaqué à la mousse, je me crispe dans l'attente de la flèche qui mettra fin à mes jours. Le fracas de ma descente n'aura pu passer inaperçu, je ne me fais pas la moindre illusion sur la question.

Quelques secondes s'écoulent, bien peu en réalité mais le temps peut sembler long quand on attend le trait qui nous percera. Comme rien ne vient, si ce n'est quelques cris en Shaakt dont certains me semblent bien lointains, je me hisse maladroitement sur la branche salutaire pour m'y allonger à plat ventre et examiner ma situation. La première chose que je distingue est la tente de la Matriarche, dont la pointe ne se trouve qu'à quelques mètres de moi. Plus bas, les cinq gardiennes qui, pour une raison que je ne cerne pas immédiatement, lorgnent avec un bel ensemble vers l'ouest. Suivant leur regard je discerne alors une colonne de fumée, agrémentée d'un certain chambard car Shaakts et chevaux s'emmêlent les uns les autres, les premiers tentant de reprendre le contrôle des seconds qui paraissent bien déterminés à fuir l'incendie naissant. Un cri plus proche me rappelle à l'ordre, un bref regard m'apprend que trois elfes noirs m'ont repéré, l'un d'eux me désignant du doigt et hurlant quelque chose à ses comparses. Néanmoins Sithi doit veiller sur moi car aucun ne possède d'arc, des fantassins sans doute. Reste que des archers il doit bien en avoir dans cette armée, et qu'ils ne tarderont guère à rappliquer. Je me saisis fébrilement de ma gourde contenant mes potions de soin, en avale une d'un trait, et rebouche vivement l'outre avant de rassembler mon Ki, il me faut tenter ma chance maintenant, sans quoi...

J'invoque le pouvoir de Rana en me mettant debout sur mon précaire perchoir, dégaine ma lame d'Eden et ma Vorpale, puis l'expulse pour bondir férocement sur la plus proche gardienne de la tente centrale! Un hurlement provenant de l'un des trois m'ayant repéré alerte la Shaakte qui se tourne vers eux d'un air surpris, elle suit des yeux la direction que lui indique son comparse, les ouvre comme des soucoupes en me découvrant. Mes deux lames tendues s'enfoncent dans son corps, la Vorpale assoiffée dans sa gorge, l'autre au défaut de l'armure, juste sous le bras qu'elle a instinctivement levé pour se protéger. Je la percute droit derrière de plein fouet, emporté par mon élan, la renversant et lui passant littéralement sur le corps pour aller bouler dans la paroi de la tente qui se déchire sans demander son reste. Je me relève d'un bond nerveux à l'intérieur de la demeure de la Matriarche, découvrant par la même occasion un spectacle des plus inattendu.

Tout n'est que luxe inouï, meubles de bois précieux rehaussés de marqueteries et de pierreries, épais tapis aux motifs somptueux, bibelots inestimables et oeuvres d'art, j'ai l'impression perturbante de me trouver soudain dans un palais fastueux bien plus que dans une tente d'armée en campagne. Toutefois ce n'est pas le coffre orné de tout un bestiaire plaqué or, ni le lit à baldaquins digne d'un conte de fées, qui attire mon regard, mais la Shaakte qui me fait face. Elle est assise, languide, dans un fauteuil d'ébène rehaussé de filigranes d'argent, vêtue d'une robe d'un noir scintillant comme les mille facettes d'une gemme à la lueur des deux lampes à huile allumées qui sont posées de part et d'autre d'elle. Sa chevelure d'or pâle est rassemblée en une longue tresse artistiquement parée d'une résille parsemée d'opales, qui cascade sur son épaule, son buste, son ventre. Ses grands yeux de jais sont posés sur moi, aussi sereins que si elle avait attendu ma venue, magnifiques et discrètement soulignés d'un habile maquillage. Elle irradie littéralement de l'assurance que seul confère un pouvoir issu d'une haute naissance, soutenu par une beauté à damner n'importe quel homme et un charisme à l'avenant. Je lui souris imperceptiblement. Je ne suis pas un homme, mais un Sindel, et si je ne peux prétendre qu'elle me laisse totalement indifférent, je n'en oublie pas pour autant ma mission.

Elle se lève gracieusement alors que les rabats de la tente s'écartent brutalement sous la poussée de deux de ses gardes, mais alors que ces dernières s'apprêtent à se jeter sur moi elle les arrête d'un ordre sec monosyllabique en Shaakt, puis poursuis avec un sourire charmeur, en langue commune cette fois:

"Sortez mes chères soeurs, voyez, c'est pour moi seule qu'il est venu. Je ne saurais le décevoir. Occupez-vous des autres."

Je plisse les yeux, hésitant à me lancer à l'attaque sans plus tarder, mais après tout si elle tient à me combattre seule je n'y vois aucun inconvénient. Je n'ai pas oublié le sombre pouvoir qui a manqué m'abattre au coeur du Rock et, si elle ne porte pas d'armes, je ne doute pas pour autant qu'elle soit une adversaire mortelle. Mais je ne lui laisserai pas le temps d'user de sa magie, mes lames décolleront sa jolie tête de ses non moins séduisantes épaules au premier signe de concentration, déjà mon Ki ruisselle en mes veines, ne demandant qu'à exploser en une geste meurtrière. Les deux guerrières n'émettent pas l'ombre d'une protestation, elles se contentent de se replier comme elles sont venues, non sans que je distingue un infime sourire machiavélique sur leurs lèvres juste avant que les pans de toile ne se rabattent.

"Tu es bien loin du Naora, Sindel. Un verre de vin, pendant que tu me diras ce qui me vaut l'honneur de ta visite pour le moins intempestive?"

Je devrais la tuer, là, maintenant, mais quelque chose en moi ne peut s'y résigner. Je suis un tueur, indubitablement, mais un assassin capable de trucider une femme désarmée sans état d'âme? Non. Quand bien même je sais que la femme en question n'hésitera pas, elle, et qu'elle est sans doute aussi mauvaise qu'il est possible. Ne devient pas Matriarche de Khonfas une douce créature, je serais le dernier des imbéciles de le supposer. Mais en l'assassinant maintenant, je ne vaudrais pas mieux qu'elle, pas mieux que les pires malandrins qui souillent ce monde. Sans attendre ma réponse, la Shaakt s'empare d'une carafe de cristal et de deux verres posés sur un buffet, qu'elle remplit d'un liquide pourpre avant de m'en tendre un, souriante comme une hôtesse à son invité. Je me contente de secouer négativement la tête, prendre ce verre signifierait rengainer une de mes lames, ce qui est hors de question. D'autre part, qui me dit qu'il n'y a pas un quelconque poison dans ce breuvage? Et même si ce n'est pas le cas, vais-je trinquer avec celle que je dois tuer?

"Je te remercie, Matriarche, mais non. Tu sais pourquoi je suis là."

Elle éclate d'un rire cristallin, puis me dévisage intensément pendant quelques secondes avant de rétorquer:

"Il me serait difficile de l'ignorer, Sindel, alors que tu te cramponnes à tes armes comme si ta vie en dépendait."

"N'est-ce pas le cas? Je suis seul, tu es entourée d'une armée. Mes lames sont le seul rempart qui me sépare de la mort."

"Erreur. La seule chose qui te sépare de la mort, c'est moi. Tu as un nom?"

Je secoue négativement la tête, lui répondant d'un ton dur:

"C'est toi qui fais erreur, Shaakte. Peut-être tes guerrières finiraient-elles par avoir ma peau, mais ce serait pour toi une bien amère victoire. Ordonne à ton armée de faire demi-tour, regagnez Khonfas et vous aurez la vie sauve."

Elle hausse un sourcil amusé, déguste une gorgée de vin avant de me murmurer suavement:

"J'aime ton courage, guerrier, il est si peu répandu parmi nos mâles. Sans doute parce que nous leur avons appris leur juste place dans l'ordre des choses? Cependant, je n'ai connaissance d'aucune armée susceptible de contrer la mienne. Les Taurions? Quelques sauvages dispersés qui se terrent dans leurs bois. Les Hinïons? Voilà mille ans et plus qu'ils déclinent, il n'en reste qu'une poignée dans ces régions. Les terres sont arides dans les montagnes, vois-tu, elles ne suffiraient pas à approvisionner un peuple nombreux. Or, seuls quelques rares convois pénètrent dans la forêt, certainement pas de quoi nourrir une populace importante. Les Thorkins? Il n'y a que quelques familles isolées dans ces montagnes, Sindel, et tu le sais comme moi. Alors dis-moi, pourquoi ferais-je demi-tour quand rien ne me menace sérieusement?"

Je souris légèrement à ce discours qui, s'il n'est pas totalement faux, démontre aussi son ignorance de l'organisation d'Hidirain et du Rock. Je prends mon ton le plus détaché pour lui répondre:

"J'ai rencontré deux prêtresses qui pensaient comme toi en menant leur troupe contre les Thorkins. Elles supposaient qu'un Arctosa, une cinquantaine de combattants et l'effet de surprise suffiraient à assurer leur victoire. Rude fut la désillusion. Il en ira de même pour toi, Matriarche, et pour ton armée. Tu ne sais rien de ce qui vous attend. Reculez, avant qu'il ne soit trop tard. Vous n'aimeriez pas être pris en tenaille entre le Royaume d'Eniod et celui des Montagnes, veux-tu signer la perte de ton peuple?"

La Shaakt pose tranquillement son verre et appuie ses mains fines sur ses hanches, parées d'une étrange ceinture torsadée aussi noire que sa robe, pour me rétorquer:

"Une tentative louable, Sindel, mais vaine. Sois raisonnable, tu as vu la taille de mon armée, ce n'est qu'une fraction de nos forces. Voilà longtemps que je n'ai eu un amant...intéressant, rejoins-moi, sers-moi, je t'offrirai richesse, gloire et bien plus encore."

Une moue séductrice souligne ses derniers mots, elle s'avance en ma direction d'une démarche sensuelle et provocante, mais je n'ai cure d'une amante, et pas davantage je ne me soucie de servir qui que ce soit. Je secoue négativement la tête, m'apprêtant à ajouter quelques mots lorsque ses mains se décollent avec une vivacité redoutable de ses hanches, poursuivies chacune d'une fine et sombre lanière qui siffle dans les airs en visant ma gorge! Bons Dieux! Sa ceinture...était formée de deux fouets enroulés! Et la façon dont elle les a déployés m'indique assez qu'elle sait s'en servir!

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Dim 10 Juil 2016 02:07, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Lun 4 Juil 2016 13:47 
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[:attention:] Le texte qui suit comporte des scènes de violence susceptibles de choquer certaines sensibilités. [:attention:]

Je n'ai que le temps de lever en catastrophe les bras pour protéger mon visage, tant le geste de la Matriarche est vif et l'apparition de ses fouets surprenante. Les lanières s'enroulent en claquant autour de mes avant-bras, l'une des mèches trouvant tout de même moyen de me cingler la joue au passage. Je tente aussitôt de riposter en rabattant ma lame droite vers le bas avec violence, espérant ainsi lui ravager l'épaule, mais la Shaakt esquive mon attaque d'un entrechat gracieux tout en infligeant une sèche traction sur l'arme qui entoure le bras utilisé. Elle me contraint ainsi à pivoter rudement tout en dégageant son deuxième fouet, geste qui relègue ma deuxième arme au diable et me rend ainsi incapable de lui porter un deuxième coup, contrairement à elle qui ne s'en prive pas. La lanière fuse à nouveau comme un serpent colérique en visant ma trogne, je n'ai d'autre choix que d'accompagner la traction qu'elle vient de m'infliger en me baissant vivement et en me rapprochant ainsi d'elle. Le fouet claque juste au-dessus de mon crâne alors que je ramène enfin ma deuxième lame en une virulente courbe horizontale destinée à ses genoux, mais la Shaakt esquive une nouvelle fois mon assaut d'un pas glissant et fluide, riant moqueusement de ma vaine tentative!

Elle inflige une rude secousse à son deuxième fouet, toujours enroulé autour de mon poignet droit, m'obligeant une fois encore à pivoter sur moi-même avec une force insoupçonnée, mais cette fois je lui réserve un chien de ma chienne. J'accompagne souplement son geste en déployant mon Ki pour une tentative des plus risquées, je sais que je vais prendre de plein fouet, c'est le cas de le dire, son coup suivant, mais je doute fort qu'il suffise à m'abattre, du moins je l'espère. La lanière qui n'est pas accrochée à moi siffle effectivement dans les airs et, comme je ne cherche nullement à l'éviter, claque douloureusement en enlaçant ma gorge d'une sanglante étreinte. Seule une volonté d'airain me permet de surmonter la douleur cuisante et de poursuivre ma danse périlleuse, sachant pertinemment que si je ne parviens pas à la mener à terme je serais désormais à sa merci. Mon Ki et mes pas m'ont cependant permis de créer une sorte de décalage aux allures de contre-temps, que j'utilise pour riposter férocement de ma Vorpale! La Shaakt n'a que le temps d'esquisser son esquive, l'arabesque remontante de ma lame est si vive et si parfaitement placée qu'elle ne lui laisse pas la moindre chance, percutant violemment son poignet tenant l'arme qui m'étrangle!

Je sens une étonnante résistance lorsque ma lame atteint sa peau pourtant nue, mais la force de mon coup est telle que la protection, magique sans doute, cède malgré tout. La lame Shaakt ravage chairs et os d'un même élan, tranchant si bien le membre visé que ce dernier ne reste plus lié au corps de l'elfe noire que par un lambeau de peau! Je parachève mon oeuvre d'un brusque pas en arrière, arrachant ainsi le manche du fouet qui m'enserre le cou de sa main privée de toute force, et pour cause. Puis, profitant que la Matriarche incrédule baisse un regard étonné sur son membre tranché, je me livre à une volte brutale pour dégager ma deuxième main toujours entravée, parvenant cette fois à me dégager en la privant de sa deuxième arme qui lui échappe des doigts sous la violente traction infligée! Elle n'en réagit pas moins avec une rapidité stupéfiante et dégaine une fine dague placée à ses reins en plongeant follement vers moi, totalement insouciante du danger représenté par mes deux lames désormais libres!

Cette attaque me prend si bien au dépourvu, comment imaginer qu'elle poursuive ainsi le combat avec un poignet tranché, que je n'ai pas même le temps de réaliser vraiment ce qui m'arrive avant que la lame ne se plante à la jointure de mon bras gauche, judicieusement placée au défaut de l'armure! Je grogne de douleur alors que mes doigts laissent échapper mon arme, et riposte en lui balançant brutalement de l'autre main la garde de mon épée en pleine figure! J'ai la satisfaction de voir ses dents éclater sous le choc, comme ses lèvres et sa pommette droite, mais telle un fauve enragé insensible à la douleur elle parvient frénétiquement à dégager puis replonger sa lame dans ma plaie! Je ne peux retenir un hurlement de souffrance, cette fois, mêlé d'une rage abyssale! J'en oublie toute technique, c'est mon seul instinct de survie qui me pousse à remonter rageusement mon genou bardé de mithril en direction de son entre-jambe! Et, bien qu'elle ne soit pas un homme pourvu à cet endroit d'attributs particulièrement sensibles, le coup est assez rude pour qu'elle se plie en deux en hurlant à son tour! Ce qui l'amène littéralement dans mes bras, son visage ravagé cognant sèchement contre mon cou, mais ne l'empêche pas de s'agripper à la dague toujours plantée dans mon épaule! La lame fouaille si atrocement ma chair, crissant contre un os qui seul empêche que l'arme me déchiquette totalement, que je manque défaillir tant la douleur est vive! Je lui assène maladroitement le pommeau de ma Vorpale sur le crâne, le coup manque un peu de force mais suffit quand même à lui faire lâcher la dague alors qu'elle titube en tentant vainement de se raccrocher à moi. J’enchaîne d'un féroce coup de coude en plein visage, qui achève de dévaster sa dentition déjà malmenée puis, hurlant de haine, je rabats de toutes mes forces ma Vorpale sur sa gorge offerte! Le coup ravageur défonce protection, chairs et os dans un ignoble fracas, lui décollant à moitié la tête des épaules dans un jaillissement d'ichor et d'esquilles osseuses, la tuant sur le coup. Mais telle est ma fureur guerrière à cet instant que je me livre à une véritable boucherie sans même réaliser que je hurle sans discontinuer, lui assénant une redoutable série de coups aussi brutaux qu'inutiles avant que le corps privé de tête et d'un bras ne s'affale mollement au sol.

Je me fige alors, blême et tremblant de tous mes membres, respirant difficilement par saccades à plusieurs reprises avant de réaliser que si le souffle me manque, c'est que j'ai toujours un fouet étroitement serré autour de la gorge. Je plante nerveusement ma Vorpale dans le cadavre, libérant ainsi ma main valide pour dégager la lanière qui m'étrangle. Ce qui me permet enfin de prendre une grande inspiration, sifflante et malaisée certes, mais ô combien délicieuse! Je n'ai guère le temps de savourer ma victoire cela dit, car à peine ai-je inspiré deux fois que les rabats de la tente s'écartent violemment sous la poussée des gardes de la Matriarche, inquiètes sans doute pour leur commandante! Une vague de lucidité chasse de mon esprit la fureur aveugle engendrée par le combat de pure sauvagerie que je viens de mener, qui m'incite à saisir vivement ma gourde pour en avaler hâtivement une potion de soin. Par chance pour moi, le spectacle sanglant que découvrent les guerrières en entrant les stupéfie si bien qu'elles ne réagissent pas aussi vite qu'elles le pourraient sans doute, ce qui me laisse la seconde nécessaire pour reboucher ma gourde et récupérer ma lame Shaakt, mais guère plus. Les sbires de la Matriarche, au nombre de trois pour l'instant, se déploient en m'injuriant copieusement, regards brûlants de haine et fines lames sombres au poing. Je serre les dents, en les voyant entrer j'avais espéré qu'elles se jetteraient sur moi sans trop réfléchir, ce qui m'aurait donné une chance d'en estourbir une ou deux plus facilement. Mais, loin de se laisser emporter par la fureur, les combattantes agissent avec une froide lucidité, cherchant visiblement à m'encercler avant de m'attaquer de concert.

Je leur souris sombrement en dégainant ma lame ardente, préférant remettre à plus tard la récupération de ma lame d'Eden tombée à terre car me baisser pour m'en emparer serait trop risqué à mon goût. Les maudites me semblent bien assez expérimentées pour en tirer le meilleur profit en tout cas, et puis, la vue de l'impressionnante flamme dégagée par mon épée a de quoi refroidir les plus téméraires, paradoxalement. Et de fait les Shaaktes cillent en l'apercevant, leur assurance se teinte d'une discrète hésitation et c'est plus qu'il ne m'en faut pour tenter de saisir ma chance. Je ne sortirai probablement pas de ce camp vivant, les Shaakts sont trop nombreux, mais je vais emporter un bataillon de ces chiennes avec moi. Toujours ça qui n'assaillira pas Hidirain. Je déploie mon Ki dans mon corps et mon esprit comme une puissante lame de fond afin d'améliorer au maximum ma maîtrise d'armes.

Je vais leur offrir une dernière valse macabre qu'elles n'oublieront pas de sitôt, histoire de leur donner matière à réfléchir à deux fois avant de se risquer à nouveau du côté de la Perle Blanche...

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 4 Juil 2016 20:07, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Lun 4 Juil 2016 17:28 
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Chapitre 4: Promenons-nous dans les bois...

Aldaron n'eut guère le temps de riposter qu'une forme sombre et une force implacable le plaqua contre le sol.

Soudainement dans la pénombre, deux yeux jaunes l'observèrent dans la pénombre, un grondement sourd sortit de sa gueule que le Taurion parvenait à grand peine à la maintenir fermée, la salive du monstre coulant le long de ses doigts avec abondance rendant la prise encore moins aisée. Faisant une clef de bras à l'immense loup aux poils noirs, ce dernier ne se démonta pas pour autant et le souleva comme s'il n'était qu'un ballot de pailles avant de le projeter dans la petite clairière où se tenaient les shaakts qui dégainèrent presque instantanément lorsqu'ils entendirent le bruit de sa chute. Ses bracelets en écorce de vieux hêtre s'empêtrèrent dans la terre boueuse de la forêt dense.

Les armures d'acier et d'olath fondu cliquetèrent sous les pas des shaakts tandis qu'Aldaron se releva d'un bond preste et tenta de prendre son arc, cependant à la place de la précieuse arme, il ne rencontra que du vide et c'est alors qu'il avisa sa précieuse amie à quelques centaines de mètre de là, près des pattes du loup à la fourrure anthracite monté par un troisième elfe noir armé d'une pique primitive. Dégainant la lame de son frère plaqué contre sa hanche droite par un ceinturon improvisé fabriqué à partir de multitudes de lianes, il fit face à son premier adversaire qui balaya furieusement l'air de son cimetière telle une tapette à mouche. S'abaissant soudainement et se recroquevillant sur lui-même le taurion évita du même coup de se faire débiter en tranches et fit courir la dague courbe le long de l'armure du soldat en direction de sa trachée insuffisamment protégée par ses protections. Le shaakt n'étant cependant pas un débutant parvint de justesse à dévier la lame de sa trajectoire initiale d'un coup de gantelet et le mit également en difficulté lorsqu'il reprit une position plus défensive, la lame plus près de son corps qu'auparavant. Le shaakt sur le loup leur beugla quelque chose dans leur langue rude et disharmonieuse à ses oreilles, sans nul doute leur ordonnait-il de le tuer ou de le capturer.

Il se tourna un instant vers le cavalier mais celui-ci n'émit aucune velléité à son endroit se contentant sans doute que les deux autres exécutent le sale boulot à sa place. Aldarion le remercia intérieurement de ne pas se joindre au combat, autant il pouvait gérer les deux elfes en face de lui, autant un piquier sur un grand loup posait plus de problème sans son arc entre les mains.

Le second elfe attaqua, virevoltant, ses deux fines lames aiguisées comme des rasoirs et faisant vrombir l'air à chacun de ses coups vicieux et inattendus. S'il était encore assez loin pour pouvoir le toucher efficacement, cela ne saurait tarder. Un instant, le taurion joua avec la garde quasi-imprenable du shaakt, exécutant feintes et piquets du bout de sa lame mais l'autre continuait irrésistiblement à s'approcher de sa proie, continuant à faire virevolter ses lames en une danse mortelle.

Heureusement pour lui, son premier assaillant exaspéré par la lente progression de son confrère ne tarda pas à le gêner en voulant tuer le taurion à sa place. Lorsqu'il pénétra dans le champ de vision de son camarade, Aldaron en profita pour s'élancer et glisser dans la boue entre les jambes du soldat avant de profiter de l'élan pour sauter sur son véritable problème. Le duelliste n'eut guère plus le temps que d'émettre un cri apeuré alors que son épée courte s'enfonça dans la trachée avant d'y ressortir carmine. L'autre soldat grogna de rage de l'avoir manqué et, ne retenant pas la leçon, fonça droit sur lui, s'empalant directement sur son épée. Ce que le taurion ne prévit pas, c'était la force vitale du guerrier puisque même si celle-ci s'écoulait à flot de son aine cela ne lui enlevait pas le courage de le frapper au visage de ses mains couvertes d'acier. Aldaron ne put que subir les assauts du forcené, poussant en même temps sa lame au plus profond du corps du soldat. Une vingtaine de secondes plus tard, l'elfe s'écroula de tout son long sur lui. Il ne restait plus que le cavalier. Il entendit le hurlement du loup lorsqu'il fonça droit vers lui, son cavalier préparant sa lance de manière à exécuter un coup de biais plutôt que d'utiliser la pointe. Aussi sec, il utilisa la dépouille qu'il souleva difficilement pour s'en servir comme d'un bouclier. Il entendit le claquement sec de la lance dans les airs puis un bruit mou lorsqu'elle s'enfonça dans la chair à vif du cadavre. Aldaron tenta d'en profiter pour attraper la lance mais son adversaire, conscient de la manœuvre, retira vivement la lance pour venir la planter dans son épaule et le clouer au sol tandis que son loup se léchait les babines en voyant son prochain repas servi sur un plat en argent. Poussant des gémissements, le taurion agrippa le bout de la lance et tenta de la sortir de sa plaie mais le shaakt avait suffisamment de force pour le maintenir par terre, le corps couvert de la boue et du limon des marais. Il tenta désespérément d'attraper le sifflet dans son poche pour avertir la druidesse qu'il était en mauvaise posture mais la patte du loup au pelage gris l'empêcha de s'en saisir. C'est alors que le taurion aperçut dans les airs une silhouette familière mais qui n'augurait rien de bon, un oiseau aux plumes arc-en-ciel qui fondit sur le shaakt, son bec agrippant la tête non protégée de l'elfe noir qui criait et se débattait alors que le loup se débarrassa de son cavalier agonisant. Quelques coups de bec plus tard, son adversaire ne ressemblait plus qu'à un chiffon de chair sanguinolente et le silence se fit de nouveau dans la plaine seulement perturbé par la course du loup en train de fuir et les bruits de mastication du Moar Tueur.

Aldaron savait de source sûr que les Moar Tueurs ne chassaient qu'une seule proie à la fois et qu'elles étaient les créatures modifiées d'un des treize lieutenants d'Oaxaca, Xenair, que ces bestioles chassaient en couple en règle générale et pouvaient devenir complètement folles à l'odeur du sang. Le taurion espéra que cette dernière capacité du Moar ne se déclenche pas suite au sang versé par les shaakts et le liquide carmin qui s'écoulait de son épaule blessé, tout comme il redoutait le fait que l'animal voit la plume qu'il avait arraché au précédent Moar qui était peut-être sa moitié.

La créature ne parut guère intéressée par lui au premier abord et s'approcha plutôt de la cage dans laquelle se trouvaient quatre sektegs en son centre. L'animal tenta de les dévorer mais son bec heurta les barreaux de la cage ne manquant néanmoins pas d'effrayer les gobelins, puis essaya d'y faire entrer sa patte mais celle-ci était bien trop grosse.

Profitant de l'occupation de l'oiseau, Aldaron posa une main sur le manche de la lance et s'arrêta immédiatement lorsqu'il entendit le cri du Moar qui se tourna vers lui, le bec rempli de dents acérés près de sa tête. Le taurion sentit son cœur battre la chamade et crut que l'animal pouvait entendre son cœur battant, son corps semblant faire office de coffre de résonnance. Une sueur froide coula le long de sa colonne vertébrale et il vit sa fin arriver. Heureusement pour lui, un piaillement retentit de l'autre côté de la forêt obligeant le Moar à tourner la tête en provenance du son.

Le cri aigu du Moar répondit à l'autre Moar dans la forêt et l'animal qui devait faucher sa vie s'empressa de rejoindre sa moitié. Sans se rendre compte, Aldaron reprit son souffle alors même qu'il avait arrêté de respirer pour ce qui semblait être de longues heures à ses yeux. Il arracha la pointe de la lance de son épaule et la rejeta au loin avant de s'appuyer sur son bras valide pour se relever.

Avisant la présence des prisonniers, il songea à sa mission et débarrassant la boue tout autour de son sifflet, siffla dans son appeau. L'archer scruta pendant plusieurs minutes les cieux et finalement entendit le cri caractéristique d'un aigle. Lorsque l'aigle approcha, il reconnut Nennvial qui commençait déjà à reprendre sa forme originelle, atterrissant près de lui. Paniquée, elle s'approcha de lui et passa ses mains sur sa blessure.

- Mon aimé, votre blessure mérite des soins de toute urgence, nous devrions retourner à notre village au plus vite !

Lui retirant ses mains, elle le força à la laisser le bander correctement, son bandage sentant fortement les herbes médicinales.

- Regarde s'il y a une...

Après l'avoir pansé, elle venait juste de démolir le cadenas qui fermait la cage avec sa masse.

- Une clef... ça marche aussi comme ça sinon. Retournons rapidement au village avant que d'autres shaakts n'arrivent ou pire, que d'autres Moar se décident de nous chasser !

Se tenant légèrement le bras, il se dirigea en direction de son arc et le replaça en travers de son dos avant d'entreprendre de libérer les sektegs. Cette liberté n'était que temporaire puisque chacun des taurions en prit deux sous sa garde, les forçant à se diriger de nouveau dans la forêt d'Eniod de leurs armes.

Pour éviter d'être pistés par des shaakts plus malins que les autres, ils entreprirent de brouiller les pistes en passant par les marais, grand mal leur en prit puisqu'une bête de gel arriva à s'accrocher à l'un de ses prisonniers et à l'emporter dans le marais. Les sektegs tentèrent de sauver leur camarade mais ni Nennvial ni lui-même ne les laissèrent approcher et au contraire les firent ressortir du marais pour rejoindre finalement la luxuriante forêt d'Eniod.

Aldaron savait qu'il n'était pas en état de combattre une bête de gel, un adversaire coriace puisque leur corps n'était pas constitué de chair. La forêt ne pardonnait aucun faux pas et il ne pouvait faire échouer la mission en tentant de sauver l'un des prisonniers.

Seule la mort attendait l'imprudent qui osait défier la nature au lieu de se soumettre à ses caprices.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Lun 4 Juil 2016 18:23 
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[:attention:] Le texte qui suit comporte des scènes de violence susceptibles de choquer certaines sensibilités. [:attention:]

Je ne compte pas laisser à mes ennemies le temps de me cerner, leur offrir cette opportunité serait sceller ma perte. Je me trouve approximativement au centre de la tente, à moins de deux mètres du mât central et, tout en simulant une attaque sur l'une des Shaakte, c'est ce dernier que je vise de mon ardente. Je renforce au dernier moment mon coup d'un tranché de Rana à moyenne puissance, le pilier craque sous le violent impact mais sa section est assez importante pour qu'un seul coup ne suffise pas à le briser, à mon grand dam. L'une des gardes bondit sur moi en se fendant de façon experte, visant ma gorge dénudée plutôt que de confronter sa fine épée aux écailles de mon armure. Je me décale d'un pas de côté tout en levant ma Vorpale pour dévier l'attaque, qui me frôle cependant d'assez près pour que j'en sente le vent. Du coin de l'oeil j'aperçois les deux autres elfes qui poursuivent leur manoeuvre d'encerclement, j'ai intérêt à me remuer si je veux l'éviter car elles bougent vite et bien! Mon pas m'a rapproché du mât, aussi je poursuis le geste m'ayant servi à parer pour le percuter une nouvelle fois au terme d'une courbe oblique soigneusement calculée pour atteindre l'entaille déjà créée. Le mât fait à nouveau entendre un sourd craquement, il ploie imperceptiblement mais, maudit soit le charpentier qui l'a taillé, il ne rompt toujours pas! Les Shaaktes se sont aperçues de mon intention cette fois, elles bondissent simultanément pour me transpercer de leurs lames avant que je ne parvienne à administrer un nouveau coup de boutoir au rondin fragilisé!

Explosion de Ki, je tourbillonne comme un damné pour parer les six lames qui se précipitent sur moi, chassant les deux premières de mon ardente, une troisième de ma Vorpale, une quatrième ripant sur mon armure alors que je m'efforce de l'esquiver! La cinquième franchit ma garde mais ne fait que m'entailler légèrement le dessus de la main droite, quant à la dernière, elle heurte de pointe ma cuirasse et se brise net, non sans me faire reculer de deux pas sous l'impact. Je riposte férocement d'une taillade de ma lame de feu à hauteur de taille mais ma cible parvient à l'esquiver d'un rapide bond en arrière, ce qui me fait lâcher un sourd juron. Je poursuis mon tournoiement pour maintenir mes adversaires à distance, mon allonge supérieure me donne un léger avantage et j'entends bien l'exploiter sans vergogne! Les Shaaktes sont contraintes de prendre un peu de recul, ma lame lactée frôle au passage le torse de l'une des combattantes qui en saute en arrière si vivement qu'elle se heurte rudement à l'un des montants du lit à baldaquins! Je saisis cette opportunité en réitérant mon tranché de Rana en direction de sa tête , peu puissant cette fois, mais juste assez pour ce que j'espère accomplir. L'elfe noir se baisse vivement, esquivant parfaitement mon attaque qui, elle l'ignore, ne lui était pas vraiment destinée. C'est le montant auquel elle s'est cognée qui trinque et, ce bout de bois là n'ayant de loin pas la solidité du mât, il explose littéralement sous l'impact!

Un rictus de satisfaction relève mes lèvres alors que le lourd baldaquin s'effondre à grand bruit sur mon ennemie, l'empêtrant dans ses tissus si magnifiquement filigranés! L'une de ses comparses en profite pour me menacer d'un revers vicieux, elle s'est souplement accroupie pour viser l'arrière de mes genoux, à l'endroit précis que l'armure ne couvre pas, liberté de mouvement oblige. Je pare en catastrophe de mon ardente, avec succès, mais cela m'oblige à une contorsion qui ouvre salement ma garde en hauteur. Ouverture dans laquelle se rue avec adresse la troisième maudite, qui pointe sa rapière avec la vivacité d'un cobra sur mon oeil droit! Je tords désespérément mon corps pour esquiver mais mon mouvement est entravé par la lame de sa complice, toujours au contact de mon ardente à hauteur de genou, malédiction! Une sensation de froid irradie soudain de mon crâne, m'apprenant que l'acier tranchant a trouvé ma chair du côté de l'oreille. Je jure de plus belle et riposte d'une puissante ellipse de ma Vorpale, qui vient cette fois s'abreuver du sang de mon ennemie en traçant un profond et sanglant sillon sur sa cuisse gauche! La Shaakt accroupie s'est relevée d'un bond, peu soucieuse de rester à portée de mon enflammée et trop proche du sol pour atteindre autre chose que mes jambes de surcroît, et se déplace maintenant de biais en cherchant une nouvelle faille dans ma défense. Seulement elle a oublié un détail dans sa manœuvre, j'ai maintenant toute latitude pour cogner une fois encore sur le mât, et je ne m'en prive pas!

Le tronc cède dans un craquement de fin du monde à ce nouveau coup de boutoir plus digne d'un bûcheron que d'un maître d'armes, mais qu'importe! Les Shaaktes sacrent dans leur idiome rugueux, jetant un regard affolé à la lourde masse de toile qui s'abat, grand bien leur fasse j'ai pour ma part la ferme intention de m'extirper de ce piège avant de m'y trouver englué comme moucheron dans la nasse d'un de ces arthropodes adoré des Shaakts! Je rengaine d'un geste preste ma Vorpale afin de pouvoir me saisir de ma lame runique tombée au sol, et me dégage de là en plongeant dans la fente que j'ai pratiquée en entrant. Je parviens d'extrême justesse à m'échapper du chapiteau qui s'affaisse derrière moi au doux son des hurlements des guerrières piégées mais, si j'avais jamais caressé l'espoir de m'en tirer ensuite aisément, le grouillement de noirs que je découvre une fois à l'air libre m'en déleste sans délicatesse. Je me relève vivement de ma cabriole, m'apprêtant à vendre chèrement ma peau, la mâchoire serrée à me la briser.

(Sithi...comment je fais,là?!)

Les Shaakts courent en tout sens, braillent à qui mieux mieux dans l'indescriptible chaos qui a désormais gagné tout le camp. Du côté d'Hidirain, une épaisse fumée s'élève dans les cieux assombris par le crépuscule, des chevaux hennissent follement, paniqués sans doute par l'incendie. La diversion souhaitée semble avoir fait son effet, bon nombre de noirs se précipitent dans cette direction sans me prêter la moindre attention, mais d'autres, beaucoup d'autres, ont réalisé qu'il se passait quelque chose au centre même de leur campement. Pas de quoi me surprendre, entre les hurlements, le fracas des armes qui s'entrechoquent et l'effondrement de la tente principale, nul besoin d'être extra-lucide pour comprendre qu'il y a un sérieux problème. Problème que je vais me faire un plaisir d'accroître notablement, du moins je l'espère, en boutant le feu à la toile affaissée grâce à une caresse de mon Ardente! Avec un peu de bol les deux lampes à huile qui se trouvaient à l'intérieur vont joliment renforcer l'incendie, mais je n'ai pas le temps de m'en assurer, déjà une troupe de piquiers forment le rang pour m'interdire la sortie en direction d'Hidirain!

Menue piétaille que ces fantassins dotés pour seule protection d'une misérable armure de cuir, mais leur nombre est tel que les combattre de front serait folie. D'autant plus que, de l'est, accourt une bande d'archers, et que d'autres combattants, innombrables, se précipitent vers moi des quatre points cardinaux. Pas question de traîner, ni de finasser, mon unique espoir de survie réside dans une fuite éperdue mais, Dieux, par où filer alors que de ces damnés Shaakts, il en vient de toutes parts? Je songe fugacement à utiliser une nouvelle fois mon Ki pour bondir par dessus le premier rang des arrivants, mais mon énergie interne est presque épuisé et, le peu qu'il me reste, je préfère le conserver pour me prémunir d'une attaque qui me serait fatale. Il me reste cependant une carte à jouer, carte que j'ai précieusement conservée par devers-moi jusqu'à présent. Le moment me semble opportun pour abattre mon dernier atout, puisse Sithi faire en sorte qu'il suffise à remporter la plie!

Une simple pensée, trois mots aussi brefs qu'emplis de pouvoir, et mon fauve runique se précipite à l'attaque dans la direction que je lui indique, celle de Khonfas. Le félin se déchaîne, offrant aux plus proches ennemis un véritable déluge de coups conformément à mon ordre! Je lui colle au train, profitant de la percée qu'il vient de réaliser pour tenter de me sortir de ce traquenard, usant de mes lames et de toute ma science du combat pour le protéger autant que pour achever les blessés qu'il laisse dans son sillage. Plus longtemps mon tigre survivra plus j'aurais de chances de m'en sortir même si, au fond, je n'y crois qu'à moitié. Mais je n'ai plus rien à perdre. Ma mission est accomplie, la Matriarche est morte et si ma survie n'était en regard de cela qu'un objectif secondaire, j'aime trop la vie pour me résigner, quand bien même c'est toute une armée qui me barre la route!

(Esquiver la pointe de cette pique, parer celle-ci avant qu'elle n'éventre mon fauve, riposter à droite pour trancher ce bras, parer à gauche et fissa! Foncer entre ces deux tentes avant que ma bête ne me sème, ne pas se laisser coincer dans un combat, surtout, je dois rester en mouvement. Défoncer la trogne de ce bougre là, moche la cervelle qui gicle, parer à gauche, à droite maintenant et vite sinon...bordel, c'était juste, un chouia de plus et mon fauve y perdait la tête! Plonger au sol pour esquiver cette damnée volée de flèches, sabrer des deux lames avant de se relever, hé ouais mon pote, les chevilles ça se protège aussi quand on veut vivre! Aie, merde! En parlant de se protéger, ferais bien de faire gaffe à ces putains d'archers! Salopard! Bouffe-le, ouais, comme ça, arrache-lui la gorge à cet enfoiré! L'autre maintenant, là, entre les deux chariots! Ouuuiiii! L'autre à gauche il est...pour moi! Désolé mon gros, l'aine c'est vicieux, surtout avec une lame enflammée, mais...Han! Merde, il est costaud le bougre! Allez, un petit mouvement de poignet, on enveloppe la lame en douceur, ça t'apprendra à cogner comme un bourrin au risque de perdre l'équilibre, une petite impulsion bien sèche et hop, c'est tes doigts qui trinquent! Bon sang, pare-moi cette foutue hache...pas envie de perdre mon oreille, déjà que l'autre pétasse me l'a cisaillée...tiens, un bon coup de Vorpale dans les entrailles! Hum, jolie l'esquive! Seulement, mon gars, faut pas oublier l'autre arme, on vit beaucoup moins bien avec une lame dans le cou. Tu sens? Hé ouais, c'est con, mais tu meurs! Attends-moi du côté des enfers, je te rejoins d'ici peu...)

Mon fauve finit par succomber lorsque trois piques le clouent au sol. Derrière-moi, la bâche goudronnée d'un chariot brûle, des blessés glapissent de vains appels à l'aide, d'autres succombent à leurs blessures, rejoignant le nombre grandissant de cadavres qui tapissent ma route. Je n'en ai cure. Rien ne m'importe que l'espace que je peux balayer de mes armes et la direction que je m'acharne à conserver envers et contre tout, enfonçant sauvagement les obstacles de chair qui s'entêtent à se mettre en travers de ma route. Le temps lui-même semble s'effacer, ni passé, ni futur dans le chaos qui m'entoure, seule demeure la seconde présente, qui parfois se décompose elle-même en de plus fugaces instants encore, qu'importe les autres quand chacun peut être le dernier? Jamais je n'avais ressenti semblable impression, mélange d'exultation féroce, de sauvagerie démente et de détachement total, plus rien n'existe que mes lames qui tranchent, parent, tranchent encore et tuent chaque Shaakt qui entre dans le cercle défini par mes armes. Bleusailles, vétérans, tout meurt de même alors que déferlent sur eux comme une tornade insensée flammes affamées et adamantite glaciale.

Combien de coups ai-je reçu? Je l'ignore, un certain nombre sans doute. Mais je ne sens nulle douleur, la véritable transe meurtrière dans laquelle j'ai plongé ne laisse aucune place à la souffrance. Le sang ruisselle sur mon visage, mes mains, mon corps, le mien, celui de mes ennemis, je n'en sais rien, je n'en ai pas vraiment conscience. Arrivera un moment où je succomberai à mes blessures, subitement, sans le moindre signe d'avertissement, quelque chose au fond de moi le sait mais cela n'a pas la moindre espèce d'importance. Je vis, je frappe, et mes adversaires meurent. J'exulte, un rire fou aux lèvres alors que mes lames s'abreuvent de vies, crevez maudits, crevez pour avoir osé vous tourner contre ceux que j'aime, crevez parce que vous êtes faibles, pitoyables et lents!

Je trébuche soudain, incapable de comprendre le vide soudain qui se révèle devant moi. Comment? Je fais demi-tour, hurlant sans même m'en rendre compte, sans songer un seul instant qu'il pourrait y avoir autre chose à faire:

"Plus personne à étriper?! Où vous cachez-vous, lâches?! Montrez-vous maudits adorateurs d'arachnides puants et velus! Venez, venez mourir vermines!"

(TANAETH!!! NON! NON NON NON!!! FUIS!!! FUIS PAR SITHI!!!)

Fuir? Mais...pourquoi fuirais-je par tous les dieux? Je vais les exterminer, tous, jusqu'au dernier et...

Le hurlement mental de ma Faëra est si puissant et strident qu'il m'ébranle jusqu'à la moelle des os, évacuant comme brume au vent la folie qui m'aveugle. Je réalise soudain avec effarement que je suis sorti du camp, et que je me trouve en lisière de forêt. Dans le même temps je réalise également que j'ai, certes, trucidé un certain nombre de Shaakts, mais que cent fois plus se précipitent maintenant sur moi, enragés par le carnage que j'ai perpétré. Deux mots me viennent alors aux lèvres, jaillissant sans que j'aie l'impression d'avoir seulement voulu les exprimer:

"Hoooo merde..."

(FUIS!!!)

Jamais conseil ne m'a semblé si pertinent. Palpitant affolé, sueurs froides, panique totale, un peu de tout, mais je fais un resplendissant demi-tour droite et je détale. Assez vite pour ridiculiser n'importe quel lapin, de Yuimen et d'ailleurs!

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Mar 5 Juil 2016 15:26 
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Le soleil s'abaissait. Il était très difficile cependant de déterminer avec précision le moment de la journée tant la repoussante et foisonnante flore rendait le ciel obscur et les rayons du soleil, ténébreux. Peu loin de l'endroit où Tanaëth les avait laissés, le petit groupe de dix personnes patientait, attendant leur heure. Certains étaient assis, d'autres debout, d'autres appuyés contre un arbre, le regard surveillant machinalement le tronc qui suppurait parfois d'horribles bestioles et d'autres, enfin, quand elle était suffisamment solide, assis sur une branche, épiant les horizons. Kay s'était laissée tomber sur le sol où elle patientait, en tailleur, devant une sorte de besace rebondie. Parfois, elle relevait la tête et observait Lyann. L'elfe grise se tenait bien droite sur ses jambes, à une dizaine de pas d'eux, tout son corps tendu en direction d'Hidirain. La tension, le stress qui précédait tous les combats, était bien présent, reposant sur eux comme une lourde couverture. Personne ne parlait.

(Le pied en arrière, les jambes un peu pliées...)

Les pensées de la semi-elfe étaient confuses, sourdes. Parfois, elle passait des minutes à fixer un point dans le vide, l'esprit blanc. D'autres fois, elle essayait de se souvenir de tout ce qu'avait pu lui dire le maître d'arme en une journée. Mais toujours, Lyann revenait dans son champ de vision et Kay sentait son cœur se serrer, ses côtes presser son ventre et ce dernier, doucement gémir. C'était bizarre. Elle n'avait jamais ressenti le stress avant ce jour - et surtout pas à cette intensité. Elle en avait mal, elle en était malade. Elle voulait fermer les yeux et les rouvrir pour se retrouver chez elle, dans son lit, avec sa famille. Même si la réalité ne lui avait jamais paru aussi éthérée, Kay ne ferma pas ses paupières.

"Il ne viendra pas. Ne perdons pas plus de temps, en route."

Au son ferme de cette voix, Kay sursauta, tandis que les autres elfes et semi-elfes se tournaient tranquillement vers Lyann, qui venait de parler. Tout aussi calmement, ils se mirent en mouvement, l'un se décollant de l'arbre contre lequel il s'était laissé aller, l'autre ramassant une des quelques besaces remplies à l'excès, un autre encore, vérifiant ses armes. Comme dans un rêve, la demi-Sindel se releva, attrapant au passage le sac posé devant elle et se mit en route, avec les autres, à nouveau au milieu d'eux. Lyann menait la marche, accompagnée par un sang-mêlé, mi-Taurion, mi-Hinïon. Les quatre guerriers Sindeldi venaient ensuite. Les deux Hinïons fermaient la marche. Kay ne put s'empêcher de jeter un dernier coup d’œil en arrière quand ils quittèrent l'endroit où ils avaient patienté durant plus d'une heure.

(Pas de renforts pour nous couvrir...)

Pendant près de deux heures, après le départ de Tanaëth, ils s'étaient mis en quête de combustibles. Finalement, dans cette forêt maudite, la tâche s'était révélée plutôt aisée. Les branches sèches craquaient sous leurs pieds, la mousse se détachait par simple pression, la sève se récupérait à la moindre entaille dans un tronc, les pierres étaient hargneuses, parfaites pour produire des étincelles. Ils en avait remplis cinq sacs qu'ils portaient à présent. Cinq pour dix personnes. Tahynel n'était pas revenu. Cela devait faire pas loin de trois heures qu'il était parti, à présent ; suffisamment, s'il avait couru, pour faire l'aller-retour d'ici à la frontière d'Hidirain. Ainsi, soit il n'avait pu trouver aucun des siens, soit il s'était fait prendre. Quelque fût la raison de son absence, la maigre troupe ne pouvait désormais espérer que des Taurions couvrissent leur retraite.

Alors que Tanaëth, déjà, mettait son fol plan en action, ceux qui devaient provoquer la diversion n'étaient pas encore en place. Mais ils avançaient vite. Contrairement au maître d'arme qui avait dû se déplacer sans le moindre bruit, sans remuer la moindre feuille, eux se taillèrent un chemin, le demi-Taurion s'assurant de l'absence de patrouilles Shaakts sur leur chemin. Par deux fois, néanmoins, ils durent plonger sur le sol, évitant ainsi de se faire repérer. Après peut-être une demie-heure qui parut d'autant plus longue qu'avancer dans ce milieu humide, menaçant, refuge des ténèbres, presque putride, était éprouvant, ils finirent par se retrouver cachés derrière des buissons, à quelques pas des chevaux, tout au nord du campement.

"Bien" fit Lyann dans un murmure à peine audible. "Tout le monde sait ce qu'il doit faire ? Alors, en avant !"

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Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Mar 5 Juil 2016 16:37 
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Je m'engouffre dans la jungle à toute allure, ne ralentissant qu'après une centaine de mètres pour rengainer mes armes et avaler coup sur coup deux potions de soin. Si mon corps se régénère une fois encore merveilleusement et rapidement, je sens que, cette fois, deux rations ne suffisent pas à me guérir totalement, une première dont je me serais volontiers passé. J'en engloutis une troisième aussi sec, grimaçant alors que mes multiples plaies achèvent de se refermer, puis reprends sans tarder ma folle échappée, percevant à quelques dizaines de mètres de moi cris et fracas de branches brisées.

Prenant tous les risques, je fonce entre lianes et troncs, buissons et racines, je saute ici et là quelques fossés, des branches basses, manquant dix fois me fracasser le crâne, cent fois me briser une cheville. Mais mon sens aigu de l'équilibre me permet d'éviter le pire, à défaut d'empêcher broussailles et tiges malveillantes de m'érafler la moindre partie du corps n'étant pas protégée par l'armure. La nuit est maintenant tombée depuis belle lurette, j'ignore quelle distance j'ai bien pu parcourir au juste, conséquente sans doute, mais ce qui est certain c'est que ces foutus noirs ne me lâchent pas! Evidemment, les bougres sortent juste d'une bonne journée de sommeil alors que j'ai trotté toute la journée pour atteindre leur camp puis mené un rude et long combat, n'empêche que mon orgueil en prend un coup: pas même fichu de semer quelques crevures d'assombris, il y a de quoi rager! J'ai beau puiser dans mes ressources sans ménagement, les Shaakts se rapprochent de plus en plus, il ne leur faudra pas plus d'une dizaine de minutes pour me tomber dessus. Exténué, mains et visage religieusement écorchés, je finis peu à peu par réaliser que la fuite n'est plus une option.

Je me force malgré tout à poursuivre un peu, jusqu'à trouver un lieu plus ou moins dégagé qui me semble favorable pour affronter mes poursuivants. Ce n'est qu'une ébauche de clairière d'une vingtaine de mètres de diamètre, mais elle a l'avantage d'être en pente remontante, et de s'achever sur une épais taillis barré par un arbre déraciné. Je grimpe jusqu'au taillis, escalade péniblement le tronc couché et me dissimule de mon mieux derrière une épaisse branche se trouvant à l'horizontale de par l'inclinaison du tronc principal. Je prends plusieurs amples respirations pour récupérer mon souffle durement éprouvé, me désaltère à petites gorgées d'une eau devenue tiédasse au fil de la journée, puis je me saisis de ma relique de glace et y encoche une flèche non sans rectifier au passage le positionnement de mon carquois. Quelques minutes passent, les cris de mes poursuivants se rapprochent inéluctablement, soutenus par un fracas de végétation malmenée. Ils ne cherchent aucunement à être discrets, sûrs que leur proie ne peut que continuer à fuir apparemment, après ces quelques heures de poursuite.

Je les laisse approcher et entrer dans l'espace dégagé, désireux de pouvoir les compter et préférant surtout les avoir tous en vue. J'ai estimé leur nombre à une dizaine, au bruit, mais lorsque ils s'engagent dans la clairière, je réalise qu'ils sont un peu plus que ça. Un pisteur les guide, les yeux aux aguets et un arc en main. Il est suivi de près par quatre autres archers, eux-même suivis d'une dizaine de guerriers, parmi lesquels se trouve l'une des gardes de la matriarche, reconnaissable à son armure d'une qualité bien supérieure à celle de ses comparses. Je jure intérieurement, une dizaine de simples guerriers aurait largement suffit à m'inquiéter vu mon état de fatigue, mais là...

Un discret soupir, rien ne sert de récriminer sur une situation que l'on ne peut changer, mes ennemis sont là et je dois faire avec. Les quelques minutes d'attente m'ont permis d'examiner mon environnement direct, j'ai défini un éventuel chemin de repli, vague sente serpentant entre les arbres tortueux, mais la présence des archers complique notablement l'affaire. Même si leurs tirs seront rendus plus difficiles par la végétation, ils auront beau jeu de me ficher un trait entre les omoplates. Quant à les abattre tous avant de fuir, pure utopie, dès que j'aurais tiré ma première flèche ils se mettront à couvert. Ce premier projectile doit donc être décisif et éliminer l'adversaire le plus dangereux: la garde de la matriarche, indubitablement. Je me concentre pour évacuer toute tension de mon corps, gèle ma flèche d'un effort de volonté puis, d'un unique geste fluide, je me décale légèrement de mon abri, vise soigneusement en bandant ma relique et lâche mon trait.

La flèche atteint la Shaakt dans l'abdomen, s'y fichant profondément, mais je n'ai pas attendu de voir le résultat de mon premier tir pour encocher un deuxième trait, l'effet de surprise ne durera pas et il est mon seul atout dans cette confrontation. La guerrière hurle de douleur autant que de stupeur, alertant ses compagnons qui regardent en tout sens pour découvrir leur ennemi, mais déjà ma seconde flèche fend les airs et va se planter en vibrant dans l'épaule de l'un des archers. Les trois autres réagissent vivement en bandant leurs armes, ils m'ont repéré et je n'ai d'autre choix que de me calfeutrer vivement derrière la branche qui me sert d'abri! L'un des projectile se fiche dedans, d'ailleurs, tandis que les deux autres me sifflent aux oreilles et vont se perdre dans la forêt. Je me dévoile à nouveau pour décocher un nouveau trait, mais mon tir un peu hâtif manque de précision et ne fait que frôler sa cible, qui ne s'en jette pas moins de côté pour se mettre à l'abri. Ses deux comparses en revanche encochent de nouveaux projectiles et je me replie vivement alors qu'ils volent à leur tour, non sans avoir le temps de constater que les guerriers se précipitent sur moi! A peine les flèches ennemies ont-elles dépassé ma position que je sors une fois encore de mon abri et épingle l'attaquant le plus proche d'un trait en pleine poitrine, le dernier que je peux tirer car mes adversaires ne tarderont plus à être sur moi.

Je passe nerveusement mon arc en bandoulière et dégaine mes lames en bondissant à terre, puis je me précipite sur les Shaakts en hurlant comme un possédé! Une flèche frôle mon crâne, une autre se brise contre mon armure sans parvenir à la transpercer juste avant que je ne m'enfonce férocement dans le groupe d'assaillants, qui ne semblent guère goûter mon assaut forcené et bruyant, à moins que ce ne soit la vision de mes redoutables lames qui les fait hésiter? Quoi qu'il en soit c'est la peur qui brille dans leurs yeux lorsque ma Vorpale fracasse le premier crâne d'un brutal coup de taille, suivie de l'Ardente qui défonce proprement le torse d'un Shaakt tout en boutant le feu à sa chevelure! La panique naissante fait cependant long feu, un hurlement de la guerrière blessée les galvanise et la peur cède la place à une haine brûlante, qui incite les huit survivants à riposter sauvagement!

J'esquive la pointe d'une pique visant ma cuisse d'un pas de côté, relève sèchement ma Vorpale pour contrer dans une pluie d'étincelles une hache menaçant mon crâne et bloque de justesse un sabre cherchant à me piquer le bras de mon ardente, mais une deuxième pique franchit ma garde et me percute violemment les côtes! Elle ne franchit pas mon armure mais le choc reste douloureux, un bon gros bleu en perspective si je m'en sors...mais là n'est pas ma préoccupation première, ce foutu coup m'a déséquilibré et le Shaakt muni d'une hache en profite pour m'asséner un rude coup de taille que je vais avoir le plus grand mal à parer! Je tente d'utiliser mon déséquilibre pour esquiver en effectuant une roulade à terre, censée m'éloigner la moindre de mes assaillants et me permettre de me relever avant qu'ils ne me retombent dessus grâce à la pente favorisant ma cabriole, mais si je parviens à limiter les dégâts, le coup me percute tout de même rudement à l'épaule gauche! Ce qui, à tout prendre, accélère ma roulade puisque le choc me propulse d'autant plus rapidement à terre, n'empêche que je grimace joliment lorsque mon épaule heurte le sol, sentant mon bras s'engourdir salement. Je surmonte la douleur d'un effort de volonté et me relève d'un bond, peu soucieux de rester au sol alors que huit damnés veulent ma peau, juste à temps pour encaisser une flèche dans le bras que je lève afin de repousser de mon arme mes ennemis! Le trait s'insinue entre les écailles de ma protection et propulse mon bras en arrière, me faisant tituber sous la force de l'impact et, pire, lâcher ma Vorpale! Il n'en faut pas davantage pour que les chiens noirs glapissent leur jubilation, et se précipitent à la curée...

Si intense que soit la souffrance, si désespérée ma situation, le premier Shaakt arrivant à ma portée apprend à ses dépends qu'il faut plus qu'une flèche dans le bras et quelques contusions pour m'abattre. Un puissant moulinet remontant de l'Enflammée le cueille à l'aisselle alors qu'il lève son sabre pour me défigurer, bras et arme s'envolent de même, ce qu'il ne semble par réaliser immédiatement. Je n'ai que le temps de me placer de profil et de jeter mon épaule intacte en avant pour absorber le choc lorsque il me heurte de plein fouet, m'aspergeant par la même occasion d'une répugnante saccade d'ichor. Ce qui ne me trouble guère à vrai dire, je n'en suis plus à ça près, bien plus gênant est le fait que son corps mourant m'encombre et m'empêche de parer la pique de l'un de ses comparses, qui m'atteint vicieusement aux reins. La pointe acérée ne parvient pas à franchir la barrière de mithril qui me barde mais, là encore, le choc est rude. Assez pour me faire vaciller, puis, mon pied heurtant maladroitement une irrégularité du sol, mettre un genou en terre.

Je vois le Shaakt muni d'une hache se placer vivement au-dessus de moi, je le vois lever son tranchoir pour me fendre le crâne, un rictus de satisfaction morbide aux lèvres. Du coin de l'oeil, je distingue aussi un mouvement dans les fourrés, derrière les archers. D'autres Shaakts? Quinze elfes noirs, n'était-ce pas un nombre suffisant pour un unique Sindel déjà épuisé avant même d'entamer le combat? Quel besoin de renforts alors que je vais mourir dans moins d'une seconde? La hache s'abat, son tranchant luisant imperceptiblement alors qu'un infime rayon de l'astre nocturne perce la canopée et illumine brièvement la scène. Manière de saluer ma fin? Je ne sais, cela n'a pas vraiment d'importance.

Je me propulse vers le haut d'un bond explosif, grillant mes dernières réserves de Ki dans cette action désespérée, y insufflant mes ultimes forces, mes espoirs les plus enfouis, ma colère la plus profonde. Mon poing ganté de mithril et reployé sur la poignée de l'Ardente jaillit comme un météore au ras de ma joue ensanglantée, précédant de quelques centimètres mon crâne pour percuter le dessous de la mâchoire du Shaakt avec une force rendue colossale par les dernières bribes de mon Ki. La tête de l'elfe noir part brutalement en arrière dans un grand craquement de vertèbres brisées, la hache qui devait mettre fin à mon existence achève sa course, privée de toute force, en tintant légèrement contre les écailles qui protègent mon dos. Je n'exulte pas cette fois, un ennemi de moins ne changera pas l'issue de ce combat, je n'ai plus même la force de lever mon arme après cette dernière débauche d'énergie. Je n'ai fait que repousser l'inéluctable, mais il y aura un Shaakt de moins pour assaillir cette blanche cité à laquelle je me suis lié.

Pour une raison qui m'échappe, les autres Shaakts ne m'attaquent pourtant pas immédiatement. Debout, vidé jusqu'à la moëlle des os, le regard brouillé par le sang et la sueur, il me faut une seconde pour retrouver une bribe de lucidité et une autre pour trouver la raison ayant détourné les noirs de moi. Suis-je mort, ou en train de rêver? Je me le demande très sérieusement en voyant la scène qui se déroule sous mes yeux. Une créature étrange, plus ou moins féline bien que dotée d'ailes, s'est abattue sur les archers et elle n'a visiblement pas fait dans la dentelle car les trois tireurs gisent à terre, indubitablement morts. Il me faut une seconde de plus pour identifier le fauve qui, loin d'en rester là, bondit maintenant avec férocité sur les six guerriers survivants: un Lokyarme! Par Sithi, serait-ce celui que j'ai côtoyé voilà bien des mois dans les montagnes, alors que je fuyais Tulorim? Par quel miracle serait-il arrivé jusque là?! Un regard plus attentif m'apprend que ce n'est pas le même, la couleur de son pelage, ou de ses écailles plutôt, est très différente. Celui-ci est plus coloré et...

(Tanaëth, aide-le! Secoue-toi, il ne s'en sortira pas tout seul!!!)

L'injonction de ma Faëra m'extirpe de mon hébétude, et une fois de plus je réalise la pertinence de son conseil: la créature s'abstient effectivement d'attaquer de front les guerriers, elle détourne sa course au dernier instant et semble plus encline à harceler mes adversaires qu'à s'y confronter véritablement. Logique quelque part, le Lokyarme ne possède pas d'armure, s'exposer à l'acier tranchant des Shaakts signerait sa perte. Il a profité de l'effet de surprise pour tuer les trois archers en les attaquant dans le dos, sans doute, mais de là à vaincre six combattants lui faisant face, non. Je me secoue donc, arrache la flèche fichée dans mon bras en grognant de douleur et m'empare de ma gourde pour ingurgiter une nouvelle potion de soin. Non sans me demander combien je peux en absorber dans une même journée avant de subir des effets secondaires déplaisants mais, comme je n'en ai pas la moindre idée et que ce risque me semble bien hypothétique comparé à ce qui m'attend si les Shaakts survivent, ma question est de pure forme. Les noirs ayant presque oublié ma présence pour faire face à la créature qui les harcèle, ces bougres supposant sans doute que je ne constitue plus vraiment un danger au vu de mes blessures, je ramasse vivement ma Vorpale tombée au sol et me rue sur eux, en silence cette fois.

L'un des noirs m'avait gardé à l'oeil pourtant, moins sot que ses congénères, et se tourne pour m'affronter alors que j'arrive sur eux. Il brandit sa pique pour m'empêcher de parvenir au contact, mais un revers de ma lame lactée écarte sans douceur la pointe menaçante. Je poursuis mon geste par une sobre contre-volte et lui balance mon ardente à toute volée dans les côtes, un coup de taille sans la moindre finesse, mais une pique n'est pas précisément l'arme idéale pour parer ce genre d'attaque, d'autant plus que sa pointe se trouve désormais derrière moi. Cuir, chair et os cèdent sous le violent impact, ma lame se fiche si profondément dans son torse qu'il me faut accompagner sa chute et mettre un pied sur son ventre pour parvenir à dégager mon arme. Mon assaut n'est évidemment pas passé inaperçu et contraint les noirs à tourner leur attention vers moi. Ce qui constitue une erreur fatale, comme le leur enseigne aussitôt le Lokyarme qui en profite pour égorger l'elfe le plus proche de lui avant de se replier aussi vite qu'il a avancé.

Les quatre survivants cèdent soudainement, à la manière d'une digue qui rompt leur courage s'enfuit, laissant place à une panique totale. L'un s'agenouille en demandant grâce alors que les trois autres tentent de s'enfuir, l'un en direction de Khonfas, les deux autres préférant essayer de rejoindre le campement d'où ils sont venus. Je désigne de la pointe de mon embrasée celui qui fuit vers Khonfas en pressant le Lokyarme, sans trop savoir s'il peut me comprendre:

"Occupe-toi de celui-là! Vite!"

Ma deuxième lame vrombit dans les airs avant même que les mots se soient totalement écoulés de mes lèvres, de pitié je n'ai plus l'ombre, et l'agenouillé meurt aussi sec lorsque le redoutable tranchant d'adamantite percute sa sale trogne d'esclavagiste. Je plante aussitôt mes arme dans le sol et me saisis de mon arc, n'hésitant pas une seconde à tirer dans le dos des deux fugitifs qui se précipitent vers le camp. Mon premier trait se fiche entre les deux omoplates de l'un des fuyards qui s'abat au sol sans douceur. Le deuxième atteint l'autre au mollet, le faisant également chuter avec un cri de souffrance aigu. Je remise ma relique de glace et récupère mes lames, puis je m'avance vers le blessé qui rampe en pleurant vers un utopique salut et lui enfonce d'un geste sec ma Vorpale dans la nuque, le tuant sur le coup. Aucun état d'âme, pas l'ombre d'un remords, je suis dans un état second et c'est sans me poser la moindre question que je vais également achever les blessés dans la clairière devenue charnier. Lorsque je détache enfin mon regard du dernier cadavre, c'est pour découvrir le Lokyarme qui me scrute tranquillement, de retour de sa brève chasse visiblement puisque je l'ai aperçu se faufiler à la suite du fugitif quelques instants plus tôt. Je l'observe quelques instants en silence, puis j'incline le visage en lui disant simplement:

"Merci de ton aide. C'est la deuxième fois que je dois la vie à un être tel que toi. Je n'oublierai pas."

La créature incline à son tour la tête, par Sithi, m'aurait-il compris?! J'ignore quelles sont leurs capacités au juste, mais le Lokyarme que j'ai rencontré jadis m'avait déjà stupéfié par son intelligence, et laissé supposer qu'il comprenait plus ou moins mes paroles. Quoi qu'il en soit, la bestiole me dévisage avec plus d'intensité encore, puis semble désigner une direction précise dans la forêt, que j'estime être celle de Khonfas. Je fronce les sourcils, qu'essaye-t'il de me dire? Le fauve volant réitère la manoeuvre une deuxième fois, puis une troisième. Il s'engage ensuite de quelques pas dans la jungle, se retourne comme pour m'inviter à le suivre, désignant une fois encore cette fameuse direction du bout du museau. Perplexe, je lui murmure pensivement, assez fort pour qu'il entende:

"Tu veux que je te suive, c'est ça? Ma foi...j'ignore ce que tu veux, mais...je te dois bien ça...Mais il faudra que tu patientes un peu."

Je nettoie soigneusement mes armes, récupère toutes les flèches que je peux retrouver et fouille méthodiquement les corps des Shaakts avant de me décrasser sommairement au moyen de mousse humide, simples gestes qui me rappellent douloureusement à quel point je suis épuisé. Je soupire doucement et décide de m'accorder un bref répit avant de suivre le Lokyarme, je ne sais où il compte me conduire, mais j'ai besoin de recouvrer quelques forces avant d'affronter une nouvelle marche dans l'épaisse jungle. Je grignote donc quelques biscuits et un peu de viande séchée, achevant mon maigre repas par quelques fruits secs avant de m'adosser à un arbre pour faire une courte sieste. Je demande par acquis de conscience à ma Faëra de me réveiller une heure plus tard, ce qu'elle ne manque pas de faire et heureusement parce que j'aurais sans doute pu passer douze heures à dormir comme une souche sans son intervention.

J'émerge de mon sommeil avec peine, je me sens toujours fatigué, certes, mais ce bref repos m'a tout de même fait du bien. Je me lève, me désaltère et me décide enfin à me diriger vers le Lokyarme, qui s'est tranquillement allongé en m'attendant. Dès que je m'approche de lui il se relève et recommence son manège, indiquant encore et toujours la direction à suivre de son museau.

"Oui oui, on y va, je te suis..."

Il faut près de cinq heures à la créature pour m'amener en lisière de forêt, d'où je découvre les vastes plaines de Khonfas et, au loin, l'immensité de l'océan. Suivant du regard la direction que s'obstine à m'indiquer mon étrange compagnon, je découvre à l'horizon un village, ou du moins quelques constructions, situées au bord de l'eau pour ce que j'en distingue. Compte tenu de l'endroit, il ne peut s'agir que d'un lieu Shaakt, alors par Sithi que veut-il que j'aille faire là-bas?! Curieux, je demande à Syndalywë:

(Dis, je ne sais pas ce que ce Lokyarme veut me dire, mais...tu pourrais aller jeter un coup d'oeil là-bas?)

(Si tu veux mon avis c'est un camp d'esclaves. Il est peut-être lié à l'un d'eux et veut que tu le libères?)

(Mmm. Possible...mais pour ce que j'en sais ce genre de camp est gardé et je ne me sens pas vraiment d'attaque pour me coltiner toute une garnison. Vas toujours voir, tu veux?)

(J'y vais.)

Quelques secondes suffisent pour que ma Faëra revienne et me murmure:

(C'est bien un camp d'esclaves. La plupart semblent travailler dans des mines d'opales qui se trouvent à quelque distance du village. Pour ce que j'en ai aperçu, les conditions y sont atroces, c'est un lieu...ignoble. Il y a des Hinïons, des Taurions, des Humains, ils sont nombreux, et misérables...c'est...terrible de voir ça.)

(J'imagine, oui...mais je ne peux pas libérer seul tous les esclaves des Shaakts, malheureusement.)

(Non, mais je pense que tu devrais au moins aller voir, discrètement, et essayer de comprendre ce que veut exactement ce Lokyarme.)

(Mouais...mais en admettant que je parvienne à cette mine sans me faire repérer, je ne vois pas très bien ce que je pourrais y faire. Tu as une idée du nombre de soldats qui la gardent?)

(Une trentaine, environ.)

(C'est beaucoup...Enfin, soit, je vais aller voir. Mais pas seul. J'espère que nos amis de l'Opale et Kay ont survécu, avec leur aide...il serait peut-être possible de faire quelque chose.)

(Je pense que c'est une bonne idée.)

Je me saisis donc de mon nécessaire d'écriture télépathique et y écris un message à l'attention de Lyann, lui mandant de me rejoindre avec les survivants de l'attaque du camp au plus vite. J'y ajoute une description de l'endroit où je me trouve, la plus précise possible, puis je me dissimule sous un amas de racines afin d'y prendre un vrai repos, accompagné du Lokyarme qui semble bien décidé à me suivre de près et s'allonge non loin de moi lorsqu'il comprend que je vais dormir un moment. Mes compagnons n'arriveront pas avant plusieurs heures et s'il me faut mener un nouveau combat, mieux vaudrait que j'aie sérieusement récupéré avant de m'y lancer.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Mar 5 Juil 2016 17:25, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Mar 5 Juil 2016 17:04 
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De là où ils étaient, ils pouvaient voir sans être vus. Cela leur permis d'affiner davantage leur plan d'action. Bien sûr, grand, immense même, était le campement qui regroupait cinq milliers de Shaakts, mais Kay en fut pourtant étonnée. La forêt avait été ravagée, défrichée jusqu'aux racines sur des hectares. Seuls subsistaient d'énormes arbres dont le tronc imposant ne céderait pas facilement aux coups de hachette - ce qui expliquait sûrement pourquoi les elfes noirs avaient renoncés à les abattre. Les tentes des combattants étaient montées en cercles plutôt relatifs et chacun de ces cercles devait abriter une vingtaine de guerriers peut-être. De là, ils ne pouvaient voir la tente de la Matricharche. Ils ne pouvaient non plus voir toutes les acrobaties auxquelles s'adonnait Tanaëth dans le but d'atteindre sa cible. Ils ne voyaient que leur cible à eux.

Il y avait sans doute deux cent chevaux parqués là, rassemblés par groupe de dix ou quinze, dans des enclos montés rapidement, des pieux d'un mètre formant une barrière qui ne paraissait pas très résistante, avec, du côté Shaakt, des ouvertures, fermées par un simple loquet. Un autre détail leur mit du baume au cœur, laissa l'espérance s'installer : les chevaux n'étaient pas attachés. Aucun d'entre eux. Il n'y aurait aucune longe à trancher, aucune corde sur laquelle ils devraient s'acharner. Juste à côté des montures, à environ un mètre, se tenaient trois charriots de fourrage. Ils purent en apercevoir quelques autres, plus loin, en direction de l'est. Ils étaient couverts d'une bâche et abritaient vraisemblablement les vivres de l'armée.

(C'est trop facile.)

Tout était là : n'importe qui, semblait-il, pouvait semer le chaos. C'était facile et cela l'était bien trop pour autoriser le groupe à y aller sans s'appesantir encore un peu sur la question. Mais le temps pressait : Tanaëth avait besoin de leur diversion maintenant.

"Allez !"

Lyann se releva à demi et, les mains glissant sur le sol, les genoux repliés à leur maximum, s'approcha des chevaux. Les neuf guerriers la suivirent un à un. Tous se retrouvèrent accroupis derrière les enclos, cherchant du regard une patrouille de noirs qui se trouverait à l'extérieur du camp - et donc, en face d'eux. Après une minute, convaincus qu'il n'y en avait aucune, ils se mirent à bouger. Lyann resta près des chevaux, avec Kay et les deux sangs-mêlés, gardant trois des cinq sacs contenant le nécessaire pour faire la flambée. Les quatre Sindeldi se dirigèrent, avec la même discrétion que juste avant, vers les charriots de fourrage. Ils s'arrêtèrent arrivés derrière. Pendant ce temps, les deux Hinïons se coulèrent dans l'enclos des chevaux. Ils avançaient au ras du sol, tous leurs sens aux aguets pour ne pas se faire écraser, mais aussi avec le moins de mouvements brusques qui eussent pu affoler les chevaux. Ce n'était pas encore l'heure.

Du côté des charriots, les Sindeldi agissaient avec tout autant de précaution. Il avait été résolu de les déplacer pour approcher un des chevaux et un deuxième des plus proches tentes. Évidemment, pour ne pas attirer l'attention par un mouvement absurde d'objets censément inanimés, la chose se faisait avec une extrême lenteur, à l'exacte opposée de leurs cœurs qui étaient partis dans une abominable cavalcade. Mais, insensiblement, un des Sindeldi approcha son charriot des bêtes. Sur un geste de Lyann, Kay dégagea de son sac les différents combustibles qu'ils avaient trouvés et, en même temps que les deux autres sangs-mêlés, entreprit d'allumer un minuscule brasier. Avec, ils enflammèrent des torches fabriquées à la hâte. Lyann et le Sindel ne restèrent pas à les regarder : ils entreprirent de décharger le fourrage du charriot dans l'enclos. Curieux et gourmands, quelques montures s'approchèrent. À cet instant, un bref sifflement d'oiseau retentit.

Le signal convenu avait été lancé. Comme instantanément, les deux charriots s'enflammèrent. Une épaisse fumée noire s'en éleva, les entoura, eux et les Sindeldi qui s'étaient occupés d'y bouter le feu. Les chevaux hennirent. Une seconde plus tard, les trois sangs-mêlés abattaient leurs torches sur le fourrage répandu au sol. Nourri par la mousse et des branches sèches, il s'embrasa immédiatement à son tour. Les chevaux paniquèrent aussitôt. Maniant leurs torches, les trois guerriers les effrayèrent davantage, leur barrant le chemin. Réaction logique : ils se précipitèrent dans l'autre sens, en direction de l'intérieur du camp. Cinquante chevaux qui se ruèrent soudainement à travers les tentes Shaakts.

"Vite ! Il faut libérer les autres !" s'écria la maître d'arme Sindel.

Déjà, la confusion s'installait. Des cris retentirent du camp et des elfes noirs se précipitèrent, les uns, vers les charriots enflammés où les attendaient les Sindeldi, les autres, vers les chevaux affolés qui galopaient en tous sens. Du premier côté, les combats éclatèrent et les Sindeldi purent avoir l'avantage, les soldats étant complètement désorientés et décontenancés. Mais nul doute que s'il continuait à en arriver, les elfes gris seraient bientôt dépassés. La fumée couvrait déjà tout. Les barrières de l'enclos commencèrent aussi à brûler. Kay se mit à tousser. Une ombre la saisit par le poignet. C'était Lyann. Toujours tenant sa torche à la main, la semi-elfe n'eut d'autre choix que de la suivre. Les guerriers entreprirent de faire le tour des enclos avec la ferme intention, arrivés de l'autre côté, de libérer les autres chevaux, encore prisonniers, en ouvrant les barrières dont les Hinïons n'avaient pas eu le temps de s'occuper (ces derniers, d'ailleurs, étaient cachés à leur vue et Kay ne put savoir s'ils avaient été emportés par le flot tumultueux des bêtes folles ou s'ils étaient encore dans un des enclos).
Malheureusement, de cet autre côté, les y attendait, déjà, une vilaine surprise sous la forme d'une troupe de soldats Shaakts, comprenant aussi bien des fantassins que des archers.

_________________
Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Mar 5 Juil 2016 19:39 
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Ils étaient quatre : Lyann, Kay et les deux autres sangs-mêlés. Quatre contre plusieurs fantassins armés d'une lance qu'ils pointaient dans leur direction et quelques archers à l'arc déjà bandés. En une seconde, Kay se vit transpercée, mourant sur ce sol ingrat. La peur, la peur de la mort, de la souffrance, la peur de la fin, lui fit mal, l'empêcha de bouger. Mais, au moment où les archers s'apprêtaient à relâcher leurs traits et les fantassins, à se ruer vers eux, trente chevaux s'interposèrent et rapidement, ce fut le désordre, un chaos inextricable.

"Maënwl !"

L'un des deux Hinïons qui étaient partis ouvrir les enclos des montures se retourna brièvement pour saluer la maître d'arme. Juché sur un cheval, il avait réussi à l'entrainer, lui et ses congénères, pour venir au secours de ses compagnons. Se cramponnant fermement à sa nouvelle monture, Maënwl la força à s'élança vers le centre du camp. Un instant après une flèche fila dans sa direction et Kay vit l'elfe blanc tomber de son cheval. Elle n'eut pas le temps de crier. D'autres bêtes arrivaient. Leur nombre grossissait et leur affolement ne diminuait pas. Le ciel se teintait d'ocre. Les enclos flambaient désormais joyeusement, tout comme quelques tentes et les charriots. L'air fut déchiré d'un tonitruant claquement lorsque l'un d'entre eux s'effondra sur lui-même, le bois lâchant. La figure d'un Sindel apparut brièvement, entourée de Shaakts. Les quatre elfes gris tentaient de se rejoindre pour s'opposer plus efficacement au nombre grossissant d'ennemis.

"Kay, les enclos !"

Kay sursauta, reprenant conscience. Les bêtes l'encerclaient. Elles couraient en tout sens, sans prêter attention à qui que ce fût, martelant jusqu'à la mort quiconque aurait le malheur de se trouver dans leurs pattes. La semi-elfe brandit sa torche. Elle l'aveuglait à demie, mais, grâce à elle, elle put se frayer un passage. Kay n'avait plus conscience de ce qui se passait autour d'elle. Il y avait juste des pattes et du mouvement, mais son regard restait rivé sur les loquets qui fermaient les enclos. Il y en avait encore cinq fermés. Elle s'élança. Son bras était tendu vers le loquet. Elle ne voyait que lui. Le feu lui soufflait un brûlant vent sur tout le corps, les bêtes étaient devenues folles, certaines tentaient de sauter directement la barrière. Enfin, sa main toucha le verrou ou, plutôt, l'arracha et la semi-elfe emporta la porte avec elle. Une quinzaine de montures s'échappèrent aussitôt, flot hennissement.

Kay était entourée de toute part. Où était Lyann ? Où étaient les autres ? Elle entendit une flèche siffler et par réflexe, se précipita en avant, en plein milieu du cheptel terrifié et que sa torche excitait davantage. À droite, à gauche, devant, derrière ; elle ne cessait de se tourner en tous sens, souhaitant se repérer, sortir d'ici, vite, car c'était potentiellement un piège mortel. Mais comment ? Elle avait fort à faire pour ne pas tomber, emportée par les bêtes, emportée dans leur élan qui les faisait se ruer vers le centre du campement. Grimper sur une monture comme l'avait fait Maënwl ? Mais elle n'en était pas capable !

"LY..."

Elle trébucha, son cri s'étouffant au fond de sa gorge. Le sol vola à sa rencontre, sa torche lui échappa des mains. Elle tenta de se relever, s'appuyant sur la terre mauvaise, dont la poussière lui emplissait les narines, lui faisant cracher ses poumons, essaya de récupérer sa torche. Un monstrueux coup lui fut asséné à l'arrière du crâne et elle crut que sa tête allait exploser. S'accrochant à un lambeau de conscience, elle se remit debout. Cette fois-ci, non, elle n'avait guère le choix. Elle se mit à courir, courir pour être à hauteur d'une des bêtes, lui agripper la crinière avec la force du désespoir et sauter. Son corps était plaqué contre celui de l'animal qui se cabra soudainement. Kay s'accrocha. Des étoiles dansaient devant ses yeux. Par un violent effort, elle parvint à faire passer sa jambe gauche de l'autre côté et à se redresser un tant soit peu, ne pouvant que se laisser ballotter au gré de l'affolement de la bête. Soudain, son champ de vision s'éclaircit d'un coup et elle vit, droit devant elle, les charriots de vivre.

Son esprit n'avait jamais été plus clair. Kay se saisit à pleine main de la crinière du cheval et à grands coups de bottes dans ses flancs, parvint à le faire dévier de sa course. Longtemps, elle batailla, contre les autres, contre leurs mouvements opposés, mais, finalement, tous deux parvinrent à s'extirper du flot impétueux des bêtes effarées. Elle ne voyait aucun signe des soldats qui les avaient précédemment menacés. Son cheval cavalait, les charriots se rapprochant d'eux à folle vitesse. Désormais, ce n'était plus juste une question de diversion. S'ils pouvaient ralentir de quelques autres manières que ce fussent l'avancée de la troupe, ce serait toujours ça de pris. Kay devait bouter le feu à ces charriots. Plus rien d'autre n'importait. Elle y était. C'était bon, elle allait pouvoir sauter à bas, elle allait pouvoir le faire, elle y était. Involontairement, elle étendit la main. Au même instant, son cheval fut abattu.

La flèche, en venant se ficher en plein dans le flanc de l'animal, l'arrêta net dans sa course. Ses pattes se dérobèrent sous son poids et il plongea sur le sol, entrainant avec lui la semi-elfe qu'il portait. Kay n'eut pas le temps de réagir, elle fut lancée en avant et atterrit lourdement - et douloureusement, sur le sol. À nouveau, sa vue se troubla. Maladroitement, elle posa une main sur le sol et ramena sa jambe pour lui permettre de se remettre debout. Elle releva la tête. Juste à temps. Elle se déporta soudainement sur la droite et roula sur le sol alors même que l'épée s'enfonçait dans le sol, à l'endroit exact où elle gisait, une seconde auparavant. Kay sauta sur ses pieds, l'adrénaline afflua avec force dans chacun de ses muscles. Prestement, elle dégaina sa propre épée pour faire face au Shaakt. Ce dernier retira du sol son arme et se précipita sur elle en hurlant. Kay fit un inhabile pas de côté pour esquiver son attaque, manquant se déséquilibrer elle-même. L'elfe noir ramena son bras en arrière avant de fondre à nouveau vers la jeune femme. Attrapant son épée à deux mains, elle para le coup. Le Shaakt leva son arme puis la replongea dans sa direction. Mais Kay était prête. Inconsciemment, son corps venait d'adopter la posture de défense que lui avait enseignée Tanaëth, la veille. Presque avec facilité, elle para le coup. Puis un deuxième. Le troisième visa son ventre et elle fut obligée de reculer. Elle en profita pour prendre de la distance. Pas le temps pour se concentrer. Pas le temps pour savoir si elle le faisait bien ou pas. Elle en appela à son Ki, à cette énergie qui coulait dans ses veines, qu'elle ramassa de tous ses membres, de sa tête, de ses bras, de son torse, de ses jambes, qu'elle stocka dans ses pieds. Avant de s'élancer, sauvagement, les trois pas qui la séparaient de son adversaire faisait exploser son Ki. Son épée s'abattit comme la foudre, comme un fouet et la main du Géant brisa celle du Shaakt, lui faisait lâcher son arme. Kay en profita immédiatement, son pied gauche glissa sur le sol, lui conférant l'appui dont elle avait besoin. Bien que de mauvaise facture, son épée vint transpercer l'elfe noir à l'abdomen. Le sang jaillit. L'elfe succomba et son corps chut mollement sur le sol, manquant d'emporter Kay qui eut néanmoins la présence d'esprit de faire un bond en arrière, arrachant de ce fait son épée des restes moribonds.

Son cœur battait fort en sa poitrine et son sang cognait sur ses tempes. L'incendie qu'ils avaient provoqué n'en finissait plus de rugir et de s'élever vers le ciel et de répandre son épaisse fumée noire. Les chevaux continuaient de semer le trouble et le désordre partout dans le camps (permettant, plus loin, à Tanaëth de n'avoir pas l'armée au complet sur son dos, alors qu'il sortait de la tente de la Matricharche). Mais pour Kay, tout s'était tu. Elle respirait largement, contemplant d'un œil vide le témoin de la vie qu'elle venait d'ôter.

"Derrière toi, attention !"

Elle se retourna juste à temps pour parer l'attaque, son épée à l'horizontale, sa main droite sur le pommeau et la gauche pressant l'acier. La surprise l'avait empêchée de se mettre en position défensive et à présent, la force de son adversaire l'empêchait de se dégager. À nouveau, elle crut qu'elle allait y rester. Mais alors que ses genoux pliaient sous la contrainte, le soldat Shaakt poussa un hurlement et s'effondra sur elle. Avec horreur, Kay se dégagea aussitôt et vit Lyann qui retirait son arme du dos de son adversaire. Du menton, elle désigna à la semi-elfe le charriot de vivres, derrière elles. Kay hocha la tête et se précipita dans cette direction, tandis que la maître d'arme se remettait en position, prête à assurer leurs arrières.

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
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Le ciel était orange, grignoté d'un côté par le soleil couchant et léché de l'autre par les flammes montantes de l'incendie qui ravageait tout le nord du campement Shaakt. Un incendie que Kay avait prévu d'augmenter encore un peu, alors qu'elle se précipitait en courant vers les charriots de vivres. Ils avaient quatre immenses roues, une large toile blanche pour les couvrir et deux longues barres pour permettre de les atteler à deux chevaux. Pour le moment préservés du feu, la semi-elfe avait résolu d'y remédier.

Derrière elle, Llyann assurait ses arrières, empêchant les quelques soldats shaakts qui parvenaient jusque là d'aller plus loin. Mais, en se retournant, Kay s'aperçut que la maître d'arme n'était pas indemne : du sang coulait le long de son bras et tombait depuis sa main en grosses gouttes écarlates. Inspectant les horizons, la semi-elfe remarqua de même que les deux sangs-mêlés n'étaient plus en vue. Ils avaient été séparés quand ils avaient voulu aller ouvrir les enclos restants. Où pouvaient-ils être à présent ? Avaient-ils péri ? De leur groupe, combien étaient-ils encore ?

(Non ! Me concentrer sur ma tâche !)

Llyann n'était pas en train de se battre jusque dans ses derniers retranchements pour que elle, Kay, rêvassât. D'autant plus qu'il n'avait jamais été prévu d'incendier les roulottes de victuailles. La jeune femme bondit jusque dans une d'entre elles, lâchant au passage son épée. Par chance, malgré le chaos et le combat, son sac était toujours avec elle. Elle en sortit de la mousse sèche et du petit bois qu'elle posa sur le plancher du charriot du milieu. En équilibre dessus, elle entreprit alors activement d'allumer un feu. Ses doigts tremblaient, elle était nerveuse et la sueur perlait dans son cou. Avec des gestes hachés, elle frotta les deux pierres l'une contre l'autre.

(Allez, allez !)

Pourquoi était-ce aussi compliqué de produire du feu ? Pourquoi en cet instant ! Que n'avait-elle pas réussi à garder sa torche, sa tâche en eût été grandement facilitée ! Trop tard, pour les regrets, à présent. Des cliquetis, des coups sourds et métalliques, dans son dos. Par réflexe, elle se retourna. Llyann était aux prises avec quatre lanciers noirs. Kay frotta de plus belle. Une étincelle, juste une étincelle. C'était tout ce dont elle avait besoin. Juste une étincelle. Un cri. Elle se retourna encore. Un des lanciers venait de s'effondrer. La semi-elfe revint à son ouvrage. Frotter. Soudain, une mince colonne de fumée, presque transparente, sortit de la mousse. La seconde d'après, il eut des crépitements et une faible flamme s'éleva. Kay la protégea du mieux qu'elle le put et la nourrit, pour la faire grandir, vite et bien. Cinq minutes encore et un petit brasier était désormais en place. Kay sauta à bas du charriot et récupéra son épée dans le même mouvement.

"C'est bon !" cria-t-elle à l'adresse de Llyann.

Si personne ne venait l'éteindre, dans dix minutes, il y aurait une belle flambée et les elfes noirs se retrouveraient diligemment sans provision aucune. Il fallait donc tenir juste un peu plus. Kay se joignit par conséquent à la maitre d'arme au moment où un deuxième lancier tombait, transpercé. Sans même prendre le temps de se mettre en position, la semi-elfe s'élança vers l'un des deux soldats restants. Le combat s'engagea. Le lancier, de part son choix d'arme, avait une allonge beaucoup plus importante que Kay qui ne pouvait que dévier et parer les coups sans pouvoir parvenir à en porter, ni même à se rapprocher de son ennemi. Bien qu'hésitante au départ, elle prit peu à peu confiance en elle. Ses jambes légèrement pliées lui garantissait un équilibre sans faille. Elle se mouvait, sans y penser, sans s'exposer. Mais ce n'était pas ainsi qu'elle gagnerait. Alors, soudainement, sa main gauche s'empara de la lance adverse, et sa main droite, faisait appel à son Ki, se détendit brusquement, tel un fouet. Utilisant à nouveau la main du Géant, Kay força le Shaakt à lâcher son arme. Elle rejeta au loin la lance qu'elle avait agrippée. En refermant le poing, ses doigts se couvrirent d'une substance poisseuse et elle comprit que la lame lui avait entaillée toute la paume. Aucune importance.

"Yah !"

Elle se fendit en avant et son épée traversa de part en part le corps malheureux de l'elfe noir qui s'effondra à ses pieds, sans vie. Kay n'eut pas le temps de reprendre ses esprits pour analyser à nouveau son environnement ; Llyann, qui avait achevé son propre combat depuis plusieurs secondes maintenant, la poussa brutalement en direction de la forêt. La maître d'arme porta ses doigts à ses lèvres et émit un long sifflement. C'était le moment de la retraite. Ils avaient donné à Tanaëth tout le temps qu'ils avaient pu, portant l'attention de l'armée shaakt ailleurs que sur la tente de la Matricharche. Rester davantage ne serait que suicide inutile. Sans se préoccuper plus avant de potentiels archers qui eussent pu se trouver dans les environs, Kay tourna ainsi le dos au campement noir et s'élança en direction de la forêt. Elle passa devant les charriots de vivres où le feu avait désormais pris, consumant à volonté les victuailles présentes. Elle obliqua pour se diriger près des enclos, désormais impossibles à sauver et totalement vides des bêtes qui avaient pu y être enfermées. Elle longea un charriot de fourrage désormais réduit à un tas de cendre encore généreusement fumant. À cet endroit, un des guerriers Sindeldi la rejoignit. Près des enclos, ce furent les deux sangs-mêlés qu'elle retrouva. Entre temps, deux autres Sindeldi avaient pu emboiter le pas à Llyann qui serrait Kay de près. Tous ensembles, ils se dirigèrent vers la forêt, vers ses entrailles et, loin, vers la frontière d'Hidirain.
Hélas, toute une troupe shaakte avait décidé de les prendre en chasse.

(Sithi, si jamais tu peux faire quelque chose, c'est le moment !)

Contrairement aux autres elfes gris, Kay n'avait pas confiance en Sithi. Elle ne croyait pas que la lune veillait effectivement sur eux, les protégeant du danger. Aujourd'hui semblait en être une nouvelle preuve. Ils s'engouffrèrent dans la forêt et la jeune femme manqua de trébucher sur une racine. Elle ne s'était pas plutôt réjouie de cette presque infortune quand cela arriva pour le demi-Taurion qui s'affala de tout son long sur la terre inhospitalière et dure. Il était essoufflé. Incapable de se relever. Tout le monde se stoppa aussitôt et avec horreur, regarda des lanciers fondre sur eux. Au moment où cette troupe atteignait la frondaison, cependant, elle fut entièrement décimée par un jet de flèches lancées avec perfection. Il y eut ensuite une minute de flottement où les Shaakts qui arrivaient par derrière reculèrent brusquement pour se mettre hors de portée de ces archers inconnus. Qui ne le restèrent d'ailleurs pas très longtemps ; Kay faillit sursauter lorsqu'un elfe tomba de l'arbre au pied duquel elle se tenait. Et cet elfe n'était autre que Tahynel.

"Je suis désolé de mon retard. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour arriver à temps."

"Tu es arrivé à temps. Merci Tahynel, tu nous a sauvé la vie."

L'elfe vert hocha la tête, mais ses sourcils se froncèrent sous la contrariété.

"Je n'ai trouvé que cinq des miens, néanmoins. Nous ne pourrons pas tenir les Shaakts à distance encore longtemps. Je propose donc que nous nous séparions."

"Tu as raison, cela me semble la meilleure idée. Dans ce cas, c'est décidé : chacun pour soi et nous nous retrouverons là où nous avons campé hier soir, si Sithi le veut."

Ils acquiescèrent. Les maigres et ténébreux feuillages bruissèrent quand les cinq Taurions se dispersèrent. De même, Tahynel, les deux sangs-mêlés et les trois Sindeldi partirent chacun de leur côté. Llyann, ayant promis de veiller sur Kay, les deux femmes partirent ainsi ensembles. Elles coururent. Elles entendaient les soldats noirs, derrière eux, sur leurs traces, elles entendaient des flèches qui transperçaient l'air, sur leur droite ou sur leur gauche. Elles ne parlaient pas, respiraient la bouche ouverte, les yeux à moitié sur le sol pour éviter de trébucher sur une racine traitresse, une flaque d'eau croupie et à moitié en l'air à cause des branches basses. Des ronces leur lacéraient chaque parcelle de peau qui ne fut pas couverte. Plus rien ne comptait que leur course. Pas une seule fois elles ne croisèrent un de leurs compagnons. Ils s'étaient évanouis dans les profondeurs de la forêt dense, tout comme elles, elles s'y étaient perdues dans son cœur le plus intime. Kay n'était pas habituée à courir aussi longtemps et encore moins dans un environnement hostile. À plusieurs reprises, Llyann la fit monter dans un arbre où, silencieuses, immobiles, elles attendirent de longues minutes que le temps passât et leur fît reprendre leur souffle, espérant aussi semer par là même leurs poursuivants. Petit à petit, elles y virent de moins en moins, jusqu'à ce que l'obscurité complète de la nuit se fît. Comment escompter pire ? Elles étaient au bord de l'épuisement, le corps brisé par les longues heures de marches et l'intense bataille, tandis que ceux qui s'étaient lancés à leur poursuite avaient passé la journée à dormir, se reposer et étaient à présent aussi frais et dispos que possible. Kay se mit à avoir peur. Leur course ne put aller qu'en se ralentissant. Llyann courrait devant, défrichant le passage si besoin. La semi-elfe se trainait par derrière. Elle avait mal à la tête, tous ses membres la faisaient souffrir atrocement. Quand arriveraient-elles au point de rendez-vous ? Y arriveraient-elles seulement ?

(Sithi, pitié...)

Kay n'avait plus aucune velléité de combattre, plus aucune volonté de fuir. Elle était vidée, mortellement épuisée. N'eût été Llyann qui l'encourageait par intermittence, dès qu'elle le pouvait, la semi-elfe aurait abandonné. Se serait laissée tomber au pied d'un arbre, attendant les soldats noirs, attendant la mort. Mais quel dommage après avoir réussi à ressortir vivante du campement shaakt ! Non, il fallait continuer, il ne fallait pas se décourager ! Kay sentit ses jambes devenir lourdes, ses paupières papillonner, troublant sa vue.

"Courage ! On est presque à la frontière !"

La frontière avec Hidirain ! Pouvait-elle espérer des Taurions ou des Hinïons pour les y attendre ? Pour les aider ? La troupe ennemie leur collait aux basques sans que pourtant ils ne se fussent jamais rencontrés. Il en résultait une pression constante. La moindre erreur pouvait leur être fatale. Mais elles courraient. Chaque pas était épouvantable, meurtrissant. Ses côtes ne se soulevaient qu'avec peine, un point de côté l'empêchait de respirer convenablement. Courir. Ne plus penser au reste. Courir. Même si elle mourrait d'épuisement à l'arrivée.

Et d'un coup, des flèches. Des cris. La troupe Shaakte qui les poursuivait depuis le campement s'effondra dans sa majorité, les survivants tournant les talons avec la ferme intention de sauver leur peau et de retourner d'où ils étaient venus.

"Ne les laissez pas s'enfuir !"

Trois elfes verts se lancèrent à leur poursuite. Kay n'en crut pas ses yeux. Ses jambes lâchèrent à cet instant et seule la présence du Taurion qui avait lancé l'ordre, à ses côtés, l'empêcha de s'écrouler sur le sol. Avec fermeté, il la rattrapa et l'aida à rester debout.

"Permettez-moi de vous accompagner jusqu'à Hidirain." leur dit-il.

Lyann hocha lentement la tête pour le remercier, se tenant le bras où sa blessure, n'ayant pu se refermer, laissait toujours couler son sang. Kay avait la tête qui tournait. Elle ne savait plus ce qu'il se passait. Durant un peu plus de trois heures, ensuite, Llyann, elle, et l'elfe vert marchèrent pour atteindre la cité blanche. Ils n'arrivèrent pas jusque là, cependant, s'arrêtant dans une vallée, en contrebas, que couvrait aimablement une forêt belle et apaisante. Là, le Taurion les laissa et reparti en courant vers son poste, à la frontière. Kay reconnut l'endroit : c'était bien le point de rendez-vous, là où ils avaient dormi la veille.

"Dors" lui dit Llyann "il n'y a, de toute façon, plus rien à faire, sinon à attendre les autres."

La semi-elfe ne le fit pas prier. À peine se fut-elle allongée sur le sol doux et confortable qu'elle sombra dans un profond sommeil. Elle ne vit pas Tahynel et les deux autres sangs-mêlés arriver. Non plus les trois guerriers Sindeldi. Quand elle se réveilla, on n'attendait plus le dernier Sindel, ni les deux Hinïons. Et entre temps, Hidirain n'était plus non plus leur objectif.

"J'ai reçu un message de Tanaëth" expliqua Lyann aux membres de l'Opale et à Kay. "Il me demande de le rejoindre, dans les plaines Khonfas semble-t-il. Après ce que nous venons de faire, je ne force personne à me suivre, évidemment." Elle se tourna vers Kay. "Surtout toi. Tu as déjà fait beaucoup, tu n'es pas obligée de...

"Je viens."

Eh, après tout, n'était-ce pas la place qu'elle cherchait pour elle-même ? Sa place dans ce monde en mouvement ?

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 Sujet du message: Re: La forêt dense
MessagePosté: Mer 6 Juil 2016 23:57 
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Ils se trouvaient dans la clairière où ils avaient campé voilà plus d'un jour auparavant. Au réveil, personne ne savait si ce ne serait pas leur dernier ou si la vie leur en accorderait d'autres. À présent, la réponse, comme un jugement implacable, était tombée et en pansant ses blessures, on s'assurait qu'on fût toujours de ce monde. On n'essayait de ne pas trop penser aux absents. Incontestablement, ils méritaient tout le respect possible, mais alors venait la terrible question pour les âmes.

(Pourquoi eux et pas moi ?)

Arrivée la première avec Llyann, Kay avait pu profiter de longues et profondes heures de sommeil qui, si elles ne purent totalement la remettre à neuf, lui permirent de renouer avec son corps qui n'était plus davantage une loque inutile. Assise sur un rocher, un peu à l'écart, un peu en hauteur, la semi-elfe observait les autres, un malaise confus lui rongeant les entrailles. Elle passa sa main dans ses cheveux et rencontra une croûte dure de sang séché qu'elle gratta machinalement. Cette blessure était certainement due à ce sabot qu'elle s'était pris, quand elle avait été piégée au milieu des chevaux effarés. Cependant, comme l'absence de douleur le lui confirmait, elle était superficielle. Ses yeux s'abaissèrent de même sur sa paume gauche que balafrait une longue ligne rouge. Ce n'était déjà plus qu'une cicatrice, là aussi. Pour le reste, son corps n'était couvert que de bleus et de brûlures anodines, souvent, même, arrêtée par le pauvre vêtement de cuir sombre qu'elle portait.

(Comment j'ai pu m'en sortir aussi bien ?)

"Tu es blessée ?"

Kay sursauta, n'ayant pas vu Llyann arrivait. La maître d'arme finissait de boire une potion de soin et, avec soulagement, la jeune femme constata qu'elle ne saignait plus du bras. Jetant un regard aux autres membres de l'Opale, elle vit qu'ils agissaient de même, s'occupant de leurs corps malheureux. Les plus éprouvés étaient assurément les Sindeldi qui avaient dû engager le combat et très tôt, afin de protéger les charriots de fourrage auxquels ils avaient mis le feu. Ils arboraient de graves blessures sur presque tous leurs membres, leurs vêtements et armures étaient couverts d'autant de sang Shaakt que du leur. Du reste, l'un d'entre eux n'en était pas sorti vivant. Tout comme les deux Hinïons, d'ailleurs, qui s'étaient portés volontaires pour ouvrir les enclos des chevaux. Vrai, aucun d'entre eux ne les avaient vus à terre, mais ils avaient été emportés dans le flot des bêtes affolées et si ces dernières, dans leur égarement n'avaient pas eu raison d'eux, seuls contre cinq mille guerriers, il n'y avait aucune chance pour qu'ils s'en fussent sortis. Plus chanceux avaient été les deux sangs-mêlés qui, comme Kay, ne portaient que des coupures et des brûlures légères. Tous, néanmoins, étaient choqués. Ils avaient survécu.

(Douze contre cinq mille. On l'a fait !)

Enfin... Pas tous. Mais ils avaient été prévenus ; dès lors, pouvait-on lui en vouloir de se réjouir ? Et si Tanaëth avait pu envoyer un message à Llyann pour lui demander de le rejoindre ailleurs, loin des frontières d'Hidirain, cela ne signifiait-il pas qu'il avait survécu et, en outre, qu'il avait réussi sa mission ?
Kay se tourna vers la maître d'arme et lui offrit un beau sourire. Oui, elle avait le droit de se sentir heureuse.

"Non, je n'ai rien, je vais très bien."

L'elfe grise hocha la tête et un soulagement sincère put se lire sur son visage.

"Tant mieux. Finis de préparer tes affaires car nous allons y aller. Mais, laisse-moi insister : es-tu vraiment sûre de vouloir... ?"

"Je ne reviendrai pas sur ma décision. Je vous accompagne."

Llyann acquiesça encore, semblant peser le poids de ses paroles. Puis elle se détourna pour rejoindre ses compagnons. Kay resta encore un instant, le nez en l'air. Sithi - la lune, n'était plus visible et les doigts de l'aurore, déjà, touchaient le ciel éthéré. Cela n'empêcha pas la semie-elfe de le sonder en quête d'une réponse. Cette nuit, Sithi ne les avait-elle pas protégés, en fin de compte ? Quand les Taurions étaient venus à leur secours, une première fois, leur permettant de fuir à travers la forêt et ensuite, une deuxième fois, aux frontières d'Hidirain. N'était-ce pas Sithi qui inspirait leurs gestes ? Kay haussa les épaules.

(D'accord ; on est quitte.)

Alliée ou tortionnaire, elle statuerait plus tard. La jeune guerrière se releva, vérifia que son épée, legs de son paternel et unique bien précieux à ses yeux, était bien accroché à sa ceinture et ramassa son sac contenant ses maigres possessions de voyage. Pour le moment, c'était une nouvelle aventure, un nouveau combat qui l'attendait. Elle rattrapa les Danseurs d'Opale qui s'étaient déjà mis en route. Llyann était en tête, accompagnée de Tahynel. Ensuite venaient les Sindeldi. Les trois sangs-mêlés fermaient la marche. Ils avaient trois bonnes heures de marche avant d'atteindre la frontière. Contrairement à la veille, les langues se délièrent, à l'arrière, et Kay fit connaissance avec ces deux elfes qui, en réalité, avaient hérité du même statut de semi-elfe qu'elle ; l'un était mi-Taurion, mi-Hinïon et l'autre était mi-Sindel, mi-Hinïon. Les deux sangs-mêlés lui parlèrent plus en détail de l'Opale, de son but, de ses motivations, de son lieu. Aux oreilles de Kay, cela sonnait comme le jardin d’Éden. Ou la famille après laquelle elle avait toujours couru. Les trois heures passèrent comme un clignement de paupière, bref et agréable. Parvenus à nouveau dans la forêt dense qui entourait Khonfas, néanmoins, ils se turent et le silence devint le seul orateur du groupe.

Ils marchèrent encore, si longtemps que Kay ne tint plus compte des heures et ne releva plus les yeux en direction de l'astre brûlant qui, de toute façon, avait toutes les peines du monde à franchir les frondaisons ténébreuses de cette forêt mauvaise. Le silence rendait leurs pas plus pesants, leur avancée plus lente et plus laborieuse. C'était long et ça n'en finissait pas. D'autant plus que, par sécurité, ils durent faire un immense détour, d'une part pour contourner le campement de l'armée shaakte, d'autre part parce que les environs devaient encore grouiller de soldats lancés à leur poursuite. Le sol était presque impraticable, les branches cornues leur giflaient le visage, les ronces vicieuses leur griffaient les jambes. La bonne humeur de Kay finit par s'envoler. Ils marchèrent encore ; au total, peut-être cinq heures. Ou sept. Et finalement, quand ils eurent finis par croire qu'ils s'étaient perdus, ils percèrent brusquement la lisière de la forêt. Un énorme Lokyarme se tenait là, devant eux. Avant que Kay n'eût pu s'émerveiller correctement devant cette noble bête qu'elle n'avait encore jamais rencontrée de sa vie, Llyann se porta à sa rencontre et, à voix pas trop forte, appela Tanaëth Ithil.

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