L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Ven 22 Juil 2011 14:43 
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La plaine aux herbes hautes


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Directement à la sortie d'Eniod se trouvent ces plaines aux plantes sauvages. Hautes d'une bonne cinquantaine de centimètres, les herbes qui poussent là sont indisciplinées et il est presque aussi difficile d'évoluer dans la plaine que dans la forêt dense. Heureusement, de multiples sentiers existent, permettant de rejoindre la forêt, le temple, et bien d'autres petits lieux se trouvant dans cette zone intermédiaire entre la ville et la forêt dense.

En général, tout y est relativement calme, même si l'on n'est jamais à l'abri par les temps qui courent de croiser quelques espions Shaakts venus observer les allées et venues des militaires d'Eniod...

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Ven 22 Juil 2011 14:44 
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Même de nuit, le temple était visible de loin. Pour avancer, la Shaman se fiait à cette faible lueur fluorescente semblant émaner des murs eux-mêmes, à moins qu’il ne s’agissait que du reflet de la lune et des étoiles sur les parois du temple. Mais Lilie était à bout de souffle. La vive douleur qu’elle ressentait à ses épaules lacérées par les lanières du sac était lancinante, et elle songea alors à consommer les fluides nouvellement acquis directement sur place, afin d’alléger sa charge.

(Le temple n’est plus qu’à quelques minutes et je suis attendue, mais je n’en peux plus…)

Déposant ses bagages à même le sol, Lilie décida de s’installer en tailleur pour entreprendre l’absorption des fluides de terre. Boire une grande quantité de liquide magique ne lui faisait à présent plus peur, mais c’était sa fatigue qu’elle craignait car elle ne désirait pas s'endormir sur place. Disposant devant elle les dix petites fioles tout juste achetées dans l’heure, la Taurion s’étira et bailla dans l’espoir de rester en éveil quelques minutes encore, frottant ensuite ses poings dans l’herbe haute qui bordait le sentier pour ressentir la puissance de la nature qui l’entourait.

Se sentant momentanément revigorée, elle se saisit de l’opportunité pour ôter les bouchons de cire des bouteilles aux reflets verts, avant de porter le liquide à sa bouche. Un a un, elle les consomma et dans son corps, elle sentit une vive sensation de plénitude annonçant que la magie était à son paroxysme. Son dos se cabra et la fit s’allonger dans les herbes folles, sans qu’elle ne pût plus ni bouger, ni réfléchir, durant ces quelques instants de bonheur absolu.

Doucement, l’émotion s’était dissipée et les idées de Lilie avaient fini par redevenir limpides. L’épuisement était toujours là, mais elle avait l’impression de contrôler différemment sa volonté et son corps, si bien que d’un bond déterminé, elle se releva et rejoignit le temple sans plus attendre. Le poid de son sac redevenu correcte y était sans doute aussi pour beaucoup...

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(((HRP : Absorption de fluides
10 fluides de terre 1/16e absorbés--> à valider)))

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Mar 13 Nov 2012 23:43 
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LA BAGARRE AU TEMPLE D'ENIOD

LE VILLAGE


La charrette bringuebalait le couple épuisé sur une piste mal carrossée au travers d'une prairie de hautes herbes parfois plus hautes qu'un hommes. La tension était retombée et la jeune femme avait l'esprit vidé. Elle ne se rappelait pas totalement ce qui c'était passé. Juste, elle avait senti cette colère monter et puis la déborder. Après, tout ce qui était advenu, n'était qu'un brouillard de ressentis et d'impressions confuses...
Les collines occultaient parfois la vision, alors qu'une brise légère venue du grand large dessinait des ondes sur la prairie. Le secteur était dangereux, parfois parcouru par des espions, des éclaireurs ou des petites troupes de Shaakts en mal d'aventures. Ils profitaient du couvert de ce terrain pour harceler les paysans, enlever des gens et des enfants pour en faire leurs esclaves.
Malgré la brise marine, dans ces terres du sud, la chaleur était accablante et N'Kpa trempée par l'attaque du prêtre avait rapidement séchée. Ils étaient tous les deux blottis l'un contre l'autre, souffrant ensemble dans un mutisme forcé. Sirat blessé n'avait pas ouvert la bouche et affichait un visage fermé, soucieux. La Shaman aussi ruminait, ne sachant quoi dire et quoi faire.

(Je suis désolée mon amour de t'avoir mis dans cette situation… J'espère que tu me pardonneras, j'ai peut-être agi comme une écervelée, mais je ne saisi pas ce qui c'est passé... dans ma tête. J'ai l'impression, le sentiment de ne pas avoir eu le contrôle de ce que je faisais. Mais comment te l'expliquer? ... Quoi faire pour que tu me comprennes?… J'ai peur de ce qui pourrait se passer… Pendant le combat, je savais comment me déplacer, où et comment frapper et j'y trouvais une profonde joie à verser le sang... Ce n'est pas de moi. Oh Thilytanataë… que m'arrive t-il?)

Elle était perdue dans ses pensées essayant de comprendre, de rassembler les bouts de cette l'histoire. Elle n'avait pas vraiment de remord de ce qu'il s'était passé. Après tout elle avait réagi dans son âme et conscience pour défendre ses idées et leur liberté... Qu'ils avaient à nouveau perdu.
Mais ce sont les sentiments de jouissances à faire déchirer les chairs, verser le sang, tuer et cette facilité à se bagarrer, anticipé les attaques qui l'effrayait. Parfois, elle essayait encore de contacter son vieil ami l'ermite avec qui elle avait passé tant de temps. Que devenait-il? Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu de vision, entendu sa voix. Était-elle trop loin pour garder ce contact spirituel qu'elle avait avec lui… Ou était-ce tout simplement le fait qu'elle n'était plus aussi libre dans sa tête?...
A chaque cahots de la charrette, elle pouvait sentir Sirat ce crisper et contenir un grognement. Ces blessures superficielles n'avait pas été soignées et même si, elles n'étaient pas graves en soit, ça blessure à la jambe à cause de l'araignée maudite, ravivée par l'attaque du milicien, devait être très douloureuse.
La jeune femme l'observa, en coin, ne voulant pas ternir l'amour propre de l'enchanteur. Il faisait tant d'efforts pour ne rien laisser transparaitre. Elle finit par se caler contre lui, posant sa tignasse humide contre son torse.
Elle avait mal partout, elle aussi, mais par miracle ne déplorait aucunes blessures, juste quelques contusions. Elle posa sa main sur le ventre du géant, palpant discrètement au travers de sa paume, sa respiration pour étudier son état. Elle ne cherchait pas à se faire pardonner de ce qui venait de ce passer. Elle était toujours en colère et ne souhaitait pas non plus aborder le sujet. Comme dans un commun accord, tous deux gardaient un silence réservé. L'enlèvement de Aïshala'h lui pesait lourdement et l'inquiétait plus que leur propre avenir...

Le voyage sous ce soleil de plomb sembla durer une éternité. Le chariot ralentit enfin et le bruit d'une porte en bois grinça. N'Kpa se tourna et découvrit un village miteux, entouré d'un muret de pierres en piteux état, tantôt surmonté d'une palissade de bois succincte, ou d'amoncellements de cailloux. Sur leur gauche, la mer roulait ses flots sur des plages de galets et les mouettes se chicanaient en vol pour un bout de gras dans une cacophonie de cris caractéristiques. Au loin plus au large, malgré la luminosité éblouissante d'un soleil presque au zénith, il était possible d'apercevoir les voiles latines de quelques embarcations.

La charrette reprit son chemin cahin-caha sur une piste remplie d'ornières à l'intérieur de l'enceinte du village. Alors qu'un attroupement de curieux se pressait autour du charroi, le couple prisonnier put distinguer l'ensemble du village. Des barques attendaient sur la plage, des filets que des anciens rapiéçaient et des herses où des séchaient du poissons occupaient le bas du village. Une trentaine de masures de pierres et de chaume plus ou moins en bon état composaient le hameau. Une multitudes de pairs d'yeux les dévisageaient comme une curiosité, des animaux de foires avec leurs dresseurs. L'analogie en était proche. N'étaient-ils pas prisonniers et menés par une belle troupe de gens d'armes?
La Shaman se sentit fort mal à l'aise et se cala encore plus contre son amant. Les oreilles rabattues, les yeux dilatés et grondant intérieurement. Après quelques minutes, alors que leur carrosse avait pris une petite côte, que la vieille carne avait eu du mal à grimper, les miliciens les firent descendre.
Le couple était devant un bicoque en ruine et un homme rondouillard petit à la moustache fine et bien taillée les attendait sur le perron. Il se présenta devant eux et leur expliqua sans plus de formalité leur situation.

N'Kpa était campée sur ses longues jambes musclées légèrement écartées. Sa queue et ses oreilles attestaient de sa déprime, alors que ses nattes cachaient son visage. Elle regardait le sol sans vraiment écouter, son attention focalisée sur le bruit du ressac lancinant de la mer. Sa forêt lui manquait beaucoup.
Les villageois rassemblés à l'extérieur du cercle formé par les gardes, y allaient de leurs commentaires…
De nombreux gosses c'étaient aussi rassemblés et questionnaient les geôliers pour savoir qui ils étaient.

Sirat changea de position, en titubant et répondit au magistrat délégué du village. Se dernier semblait pas foncièrement méchant et même condescendant. Le géant roux acquiesça et leurs chaines furent retirées.
N'Kpa se tourna vers son compagnon.


Que va t'il se passer? …

"On va se reposer et attendre de voir" Lui répondit-il un sourire forcé et se détourna.

Les miliciens reprenaient la route et leur chef laissa deux soldats en faction. L'homme joufflu, avant de les quitter leur lança une dernière remarque. La jeune femme ne comprit pas l'ensemble du message à cause de certains mots utilisés, mais la teneur globale était acquise. Les gardes seraient chargés de veiller à leur repas…
Sirat épuisé, venait de tourner les talons et s'éclipsait pour pénétrer dans la ruine. N'Kpa ne le remarqua pas tout de suite.
La jeune femme avait justement soif, très soif trop chaud et faim aussi.
Les enfants étaient toujours là et dévisageaient l'étrangère dans sa belle tenue. La timidité naturelle se lisait sur les visages juvéniles mais la curiosité ne tarderai pas à délier les langues.
Les gardes s'étaient retirés à l'abri d'un mur à l'ombre à quelques pas plus bas. Ils avaient posé leur pique et discutaient. Après ce qu'ils avaient assisté au temple et les dégâts qu'avaient provoqué la sauvage, ils n'étaient pas vraiment heureux de leur position. Le bourgmestre du village ne semblait pas inquiet… Mais eux n'avaient pas confiance. C'est d'un sale œil qu'ils observaient la jeune femme.

N'Kpa hésitait, elle ne savait pas quoi faire. Avait-elle le droit de circuler dans le village, de rencontrer les gens, de discuter avec les enfants? En pleine journée, la plupart des adultes vaquaient à leurs tâches et les hommes étaient en mer. Elle n'y tenait plus et avait vraiment trop soif.


Sirat, Tu as soif?… Elle se retourna et constata que son amant avait disparu et ne pouvait lui répondre. L'avait-il seulement entendu… Elle perçut grincer et craquer les vieilles planches d'un escalier. Elle resta songeuse un court instant, puis…

(Mon ami, je dois te trouver un homme médecine pour ta blessure. Tu ne peux pas rester comme ça. Je te ramènerai aussi de quoi manger et boire.)

Elle se tourna vers les enfants encore présents et dévisagea une petite qui se curait le nez avec affront, alors que son camarade qui la dominait d'une tête se grattait une tignasse hirsute d'un air désabusé. Le reste du groupe tricotait d'un pied sur l'autre, se tortillait les doigts et les derniers ce confiaient des messes basses. N'Kpa alors, pencha la tête que des nattes alla barrer et désigna une gamine d'une dizaines d'années.

Euh … Je m'appelle N'Kpa … Comment t'appelles-tu? Elle désigna la gamine plus grande… Pourrais-tu me servir de guide. Je voudrai parler à vote chef?

La fille se tourna vers ses congénères et échangea quelques mots dans une langue étrangère...

Mince, je crois qu'ils ne comprennent pas ce que je leur dis…

Les deux gardes semblaient nerveux et doucement rappliquaient, menaçants. L'un des deux prenant son courage à deux main, un peu plus téméraire, jeta un regard furtif pour ce rassurer à son camarade et apostropha la Shamane;

Hey ! m'z'elle pas d'entourloupette, ou vous tâterez de nos pointes. Qu'èque vous voulez?

Ben … je voudrai parler à … euh comment s'appelle t-il le seigneur de ce village?…

Toujours à distance, les deux hommes se regardèrent et pouffèrent.

Hu ! Hu ! Hu ! Le seigneur de ces lieux ma p'tite dame s'appelle Jacob. Gardez ben vos mains d'vant vous et suivez Gus, j'vous surveille… Allez…

Le trio déambula rapidement dans le petit village, suivit par les mômes, pour arriver à la maison plus cossue celle du bourgmestre. Les cochons, poules, oies et chats trainaient paisiblement en liberté sur l'esplanade devant la maison. A leur passage des chiens les avaient parfois regarder, parfois ignorés et d'autres aboyés, poussant les propriétaires à jouer les curieux. Le ventail bas de la porte de la grande maison était fermé, empêchant les bestiaux de rentrer. Celui du haut ouvert, laissait un peu d'air marin rafraîchir l'intérieur. Gus frappa de sa pique sur le mur et la voix de Jacob répondit. L'homme rappliqua et sa mine joufflue apparue dans un rai de soleil.

Qui y a t-il demoiselle?… Puis-je quelque chose pour vous?

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Dernière édition par N'Kpa Ithilglî le Dim 18 Nov 2012 10:58, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Ven 16 Nov 2012 18:22 
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Ils furent très vite enchaînés, dépossédés de leurs armes, Balancés dans une charrette et accompagnés à la sortie de la ville. Un vent marin soufflait légèrement, mais il ne suffisait pas à rafraichir le couple qui asservit, souffrait de la chaleur. Le convoi prit une route de pavé en direction d'une plaine. Elle se découvrit bientôt sur l'horizon, des plantes sauvages peuplaient l'espace ne laissant que peu de place à un chemin taillé. La flore abandonnée finit par avaler le paysage et les deux amants se laissèrent aller à observer le ciel parsemé de nuage. N'kpa posa son visage sur le torse de l'enchanteur, elle ne disait rien. Lui était perdu entre le ressentiment qu'il avait à son égard et la douleur que lui provoquait chaque rencontre du convoi avec une caillasse. Sa jambe l'irradiait d'un mal qu'il peinait à dissimuler. La chaleur le rendait fébrile, il réprima des tremblements avant de fermer les yeux espérant que cela atténuerait cette sensation atroce. Ils restèrent là, silencieux, ballottés comme de vulgaire marchandise.

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Peu à peu les herbes se dissipèrent, pour donner naissance à une clairière près de la mer. Un village de pécheur y trônait, vétuste, un muret de pierre éparse l'encerclait, tantôt rafistoler à la hâte avec des planches de bois, tantôt présentant une ouverture. Un attroupement se pressa à leur arrivée, les femmes qui faisaient sécher le poisson stoppèrent leur activité, les enfants qui jouaient s'arrêtèrent, les vieux sur leur banc somnolent levèrent leur nez. Ils poussèrent l'exploration jusqu'à une maisonnette en ruine, plus éloigné que les autres masures, elle était néanmoins construit sur le même modèle architecturale, pierre apparente et toit de chaume. Là, un des miliciens leur ouvrit la porte et leur rappela quelques règles.

Je suis le milicien en chef qui s'occupe de la patrouille sur ce village, je m'appelle Jacob. Vous êtes ici en tant que prisonnier, si vous faites la moindre chose pour vous évader nous le saurons rapidement et votre folie se répercuterai sur votre amie et je ne vous parle pas du sort de ses villageois. Si votre appartenance à une famille Kendran est prouvé vous serez libéré. En attendant profiter de cette retraite, si vous avez des doléances, faite m'en part, je tacherai d'y répondre.

Titubant Sirat regarda l'homme d'un air intrigué. Plutôt obèse, le visage grassouillet et marqué par le temps, il arborait une moustache finement taillé et un côté gentil malgré le ton impérieux qu'il avait mis dans sa phrase.

Si une lettre prouve notre innocence le conte pourra se vanter de ne pas nous avoir emprisonnés.

Le milicien soupira en haussant les épaules.

Je ne suis pas responsable de ce que fait le conte, mais je n’ai jamais eu de soucis ici et ce village est paisible et j’entends qu’il le reste.

Sirat acquiesça d'un air entendu et on lui retira ses chaînes ainsi que celle de la shamane. Elle se retourna vers lui inquiète et lui demanda ce qui allait se passer.

On va se reposer et attendre de voir.

Il n'afficha qu'un léger sourire crispé et se détourna des enfants venus s'amasser en nombre pour voir ses étrangers. Avant de partir, le milicien laissa deux soldats en faction devant la balustre en bois. Sirat les jaugea quand le milicien en chef le tira de ses pensées.

Je sais qu’ils ne pourraient retenir des guerriers de votre trempe, mais nous nous sommes entendu qu’une telle action serait délétère pour nous tous. Cependant ils vous apporteront vos repas de ce soir et des prochains jours. Le village est pas très riche ce ne sera pas grand-chose, si vous désirez me voir j’habite la première maison à gauche à l’entrée.

L'enchanteur n'écoutait déjà plus, même la voix de N'kpa lui apparut en second plan. Il avait claudiqué jusqu'à la porte en bois usée. Il posa sa main dessus et remarqua qu'elle ne tenait plus qu'à un fil. Il la poussa légèrement, découvrant un intérieur usé et vieillit. Les toiles d'araignées avaient peuplé chaque parcelle de la pièce, une couche de poussière s'était déposée sur le mobilier brinquebalant. Une vieille cheminée vomissait un coulis de cendre et de feuilles mortes. Un escalier recouvert de crotte de rongeur montait à une mezzanine où se trouvait un lit dont la literie était devenue grise. Sirat soupira, le seul bien fait de ses décombres était la fraicheur apportée par les murs.

Il releva une chaise et s'assit dessus. Le bois grinça sous son poids. Il resta là quelques minutes dans le noir sans penser à rien. L'esprit vide et las, il ne se concentra que sur sa douleur et tenta de l'amadouer. Le temps passa et elle diminua, peu à peu il fit sien cette gêne lancinante. Il régla son coeur sur le rythme de cette obsession et expira longuement. Finalement, il ouvrit les yeux, se releva et s'étira longuement. Il se dirigea et ouvrit les fenêtres, un grincement horrible s'extirpa des gonds et des volets en bois. L'air marin s'engouffra, enveloppé de lumière et bouscula la poussière faisant tressaillir ce monde oublié

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Mer 21 Nov 2012 07:53 
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Sire, mon compagnon est blessé, est ce qu'il y aurait un homme médecine dans ce village? …

Jacob se tâta le menton, regarda la shamane d'un air pensif avant d'éclater de rire.

Oui, un homme médecine nous avons, enfin pas tout à fait dans le sens que vous le pensez, je présume… Nous avons la vieille Graddle, si votre ami n'est pas trop amoché elle devrait pouvoir l'aider... Je vous accompagne.

L'homme sortit de sa maison, claqua le ventail bas de sa porte derrière et lui fit signe de le suivre. Après quelques instants de marche au travers du village, tous les regards se tournaient emplis parfois de curiosité, de questionnement, parfois désapprobateurs. Des mamans rattrapaient leurs bébés, par crainte de l'étrangère. Le cortège de gamins qui les accompagnait à distance arriva devant une vieille maison basse en pierre au toit de chaume. Jacob toqua à la porte.

Graddle, tu m'entends on a besoin de tes services, prends donc tes potions et tes bandages, il y a un blessé à soigner?

Il se tut, attendit et se retourna vers une N'Kpa dubitative.

La vieille dame est un peu sourde et acariâtre… mais, je sais qu'elle va répondre… De mémoire, peu de monde se rappelle d'où elle vient et qui elle est, ni son nom d'ailleurs. On l'a appelé comme ça car elle serait arrivée au milieu de débris d'un navire après une tempête. Blessée elle fut soignée et resta ici. Les gens du village sont de simples bougres un peu sauvages. Il se passa pas mal de temps avant qu'elle soit acceptée. Elle n'a jamais rien dit de son passé et d'où elle venait. Puis un jour, elle sauva une maman et son bébé lors de l'accouchement. Par la suite elle sauva un pêcheur d'une amputation et montra des qualités de soigneuse. Elle connait toutes les plantes et les remèdes. Petit à petit les gens sont venus la voir...

Des bruits de mouvements interrompirent l'explication de Jacob et la porte laissa apparaitre une petite vieille femme voutée sur une canne tortueuse faite d'un pied de vigne. Elle avait le teint olivâtre, des pommettes hautes, les yeux bridés, des cheveux d'un noir de jais, noués dans une savante coiffure faite de petites tresses et de nattes avec un ou deux peignes en ivoire qui retenaient le tout. Elle n'était effectivement pas de cette contrée.
Ce qui surprenait c'était son regard, celui de son œil encore valide, aussi sombre qu'un puits qui transperçait l'âme de celui ou de celle sur lequel il se posait.
La vieille femme ouvrit la bouche et porta son attention sur N'Kpa. Elle prit le temps de l'observer, de pied en cape, mettant mal à l'aise la jeune femme. Derrière, Jacob affichait un rictus amusé.


Par Zewen et Rana réunit, toi la Shamane, fille des bois, je dois te parler… pas maintenant, Allons voir ton compagnon !...

La Shamane resta bouche bée et chercha l'aide auprès de Jacob. Ce dernier haussa les épaules… La vieille femme claudiqua directement vers la masure où ils étaient assignés, comme si elle savait. N'Kpa se doutait que l'arrivée des prisonniers avait dû faire assez de bruit pour qu'elle en soit avertie. Le couple la suivait quelques pas en arrière. N'Kpa toute féline s'était rapprochée du Bourgmestre et tenta une question à son oreille:

Comment sait-elle d'où je viens et qui je suis?

Dans le village elle a acquis une réputation de… hum… voyante… Bien sûr on y croit… ou pas. Personnellement, je n'y crois pas bien sur. Pour moi c'est une vieille bigote qui a le sens de l'observation et surtout une bonne ouïe… même si je ne dénie pas ses talents de soigneuse.

Il se mit à rire. Ils arrivèrent devant la maison où les volets étaient grands ouverts. La vieille femme rentra sans formalité et le trio découvrit un Sirat assit sur une vieille chaise, les yeux clos en pleine méditation. Sa jambe blessée était étendue devant lui reposant sur une petite caisse. La fourrure de sa cuisse était collée par le sang coagulé. N'Kpa jeta un regard circulaire dans la pièce. La maison était un capharnaüm de meubles éparses, cassés, pourris. Les araignées en avaient fait leur lieu de prédilection et malgré la chaleur extérieure, la jeune femme frémit. La poussière régnait en maître. Le vent du large qui pénétrait par la fenêtre et la porte délabrée, l'avait soulevé pour former une atmosphère brumeuse et suffocante.
La vieille femme clopina jusqu'au géant maltait. Une fois de plus de son œil scrutateur elle l'examina de la tête au pied pour enfin terminer sur la blessure majeure.


C'est un grand costaud, il s'en remettra... Alors mon gaillard, l'influence de Zewen est très puissante chez toi, mais tu ne sais pas encore voir le chemin tracé… Allez voyons ça…

Elle déposa sa besace au sol et en sortit des ustensiles et des fioles, une petite boite noire et des tissus. la peau olivâtre de son visage était tendue comme un parchemin sur un abat-jour, mais on pouvait déchiffrer dans son œil pétillant la joie de pouvoir rendre service.

Elle se tourna vers N'Kpa et d'un ton impérieux.
Vous, trouvez dans ce foutoir une marmite, nettoyez-la et allez me chercher de l'eau propre. Ensuite allumez un feu dans cette cheminée et faites bouillir les tissus et les objets que je vais vous donner.

La jeune femme resta interloquée, se tourna vers Jacob qui souriait.

Be... bien... à vos ordres Ô ancêtre ...

Ancêtre ?!? ... Pffffiuuuu ! t'serais ma fille j't'aurais montrer comment avoir un peu plus de respect !

N'Kpa regarda de haut la vieille femme, les yeux ronds de surprise, les bras le long du corps dans une position de dépit. Pour elle, il n'y avait pas de manque de respect...
Jacob regardait la scène avec amusement. Il trouvait cocasse de voir une vieille pie se faire obéir par une sauvage qui avait saccagé le temple d'Eniod. Il se dit qu'avec eux, il n'aurait pas trop de soucis. Ils se tiendraient tous les deux à carreaux. Vu l'intérêt que leur portaient certains villageois à les connaitre, il se pourrait qu'il y ait de bons moments en perspective.


Je vous fais amener tout ça… Occupez vous de nettoyer la cheminée et de préparer un feu.

Il lui tendit un briquet et la pierre qu'il sortit d'une petite besace à sa ceinture. La Shamane le regarda s'éloigner tout guilleret. Des petits espions curieux cachés derrière la porte le rejoignirent avant de disparaitre avec lui.
N'Kpa s'approcha de Sirat et colla son ventre contre la toison rousse de son amant. Elle laissa glisser ses deux mains sur son torse, se pencha son parfum et ses nattes vinrent titiller les sens de l'enchanteur. Elle lui déposa un baiser dans le cou...
Je t'aime ... Lui glissa t-elle dans le creux de l'oreille.
Elle était heureuse de pouvoir souffler, elle renifla son odeur musqué, soupira, se releva et dans le mouvement sa poitrine rebondit appuya sur le crâne du géant. Elle alla se mettre à son travail. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était amoureuse... Lui exténué, n'avait pipé mot, juste observé l'étrange chose devant lui et savouré l'instant fugace d'un câlin, bourré de chaleur.
Le manège de la sauvage n'échappa en rien à l’œil exercé de la vieille femme, qui auscultait distraitement les différentes blessures. Elle ne dit rien, mais enregistra...


( Belle sauvageonne des bois... quelque chose grandit en toi et tu ne le sais pas encore, moi oui, je le vois, je le sens... Cela va te causer de grands chagrins... et des choix difficiles... )

La jeune femme se mit à la tâche très rude de nettoyer l'âtre et de préparer le feu...

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Dernière édition par N'Kpa Ithilglî le Sam 9 Fév 2013 10:36, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Sam 24 Nov 2012 11:36 
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Sirat s'était rassit, ouvrir les fenestrons l'avait fatigué et il sentait son sang pulsé dans sa jambe. Des vertiges l'avaient enveloppés et il dut se raccroché à la table poussiéreuse pour ne pas tomber de son siège. La douleur l'irradiait à nouveau et un violent haut le coeur l'assaillait. Il était sur le point de s'évanouir, le décor autour de lui se déformait en théâtre burlesque. Quand N'kpa débarqua accompagné de Jacob et d'une vieille femme clopinant, il les remarqua à peine. Le teint olivâtre les pommettes hautes, les cheveux bruns elle se dandina avec sa petite taille jusqu'au colosse. Elle fixa l'enchanteur de ses yeux bridés et l'apostropha.

Alors, mon gaillard, l'influence de Zewen est très puissante chez toi, mais tu ne sais pas encore voir le chemin tracé... Aller voyons ça...

Elle déposa ses affaires sur le sol terreux et attrapa la jambe de Sirat sans que celui ci puisse objecter. Il serra les dents surpris et lança un regard perplexe à sa compagne. Celle-ci n'eut pas le temps de répondre. La vieille soigneuse l'avait déjà envoyé faire du feu. Aidé du briquet de Jacob, la shamane fit une étincelle, puis deux qui finirent par embrasé le bois séché endormi dans la cendre de la cheminée. Une fumée âcre se dégagea, mais elle se dissipa emporté par la brise s'engouffrant par les fenêtres.

Sirat était devenu un frêle spectateur, ses oreilles bourdonnaient et sa tête semblait prise dans un étau. La guérisseuse retira les bandages putréfiés de sa cuisse, ils tombèrent lourdement sur le sol gorgé de leur exsudat. Une odeur aigre s'échappa de la plaie suintante et l'ancienne s'exclama qu'il était temps qu'elle intervienne. Elle ouvrit quelques fioles et humecta des cotons qu'elle passa sur la meurtrissure de l'enchanteur. Sirat réprouva un râle de désespoir. Elle s'appliqua soigneusement pendant un temps qui sembla interminable pour l'humoran. Il étranglait chaque élancement. Il suait à grosse goutte, il avait l'impression de vivre sous une fournaise. Une sensation de mal être l'empoigna comme un simple pantin, le faisant tournoyer autour de lui-même.

Quand il reprit connaissance, la vieille avait fini, elle lui fit boire une liqueur sucrée prétextant qu'il était fiévreux. La mélasse dégagea son gout de cassonade dans sa bouche et le libéra doucement de son enfer. Épuisé il ne tarda pas à s'endormir. Il sentit à peine son corps se soulever et atterrir sur le lit sale au parfum rance.

Il somnola pendant plusieurs jours, s'éveillant brièvement perdu entre réalité et délire. Il éprouva les mains douces de N'kpa lui verser de l'eau dans la bouche. Il ressentit la fièvre le faire tressaillir et le mettre à mal, la voix de la rebouteuse, on le déplaça et le recoucha, sans qu'il puisse en décider. Il apprécia les lèvres humides de la shamane, mais la chronologie exact l'échappait et tout cela restait noyé par des divagations et des cauchemars absurdes.

Puis il ouvrit les yeux. C'était un matin, il écouta le bruit des vagues apportées par le vent les yeux au plafond. Il entendit du bruit en bas et jaugea les alentours, l'endroit était toujours le même, brinquebalant, usée, mais il était propre. Il passa sa main sur son visage pour voir s'il ne délirait pas. Il se hissa hors du lit, les draps étaient propres, on les avait changés, il gratta une barbe naissante qui s'était déposé sur son visage et se mit debout. Sa jambe ne le faisait plus souffrir, elle était juste endolorie, d'ailleurs tout son corps semblait encore somnolent. Il se dirigea vers les escaliers, prudent. Il descendit prenant soin de ne pas faire grincer le bois, il évita les marches brisées et arriva dans la pièce principale.

L'âtre vivotait, sur la table propre était disposé des casseroles et la silhouette de la belle shamane de dos semblait affairé à cuisiner. Il s'approcha lentement, un sourire aux lèvres et l'attrapa par la hanche, la retournant et soulevant ses fesses sur la table.

La jeune femme fut surprise, mais elle lui rendit son sourire coquin avant qu'il l'embrasse. Sirat se sentait fort, son corps était réparé et une sève nouvelle coulait en lui. La vue des courbes de N'kpa, son parfum envoutant, l'avait existé et ses mains ne tardèrent pas à se déplacer sur elle, la caressant, décrivant ses arrondis fertiles. Ils firent tombé ce qui était sur la table, tandis qu'il la déshabilla, glissant ses mains sous les bretelles de sa tunique. Ses seins se découvrirent, galbé et délicieux, il les embrassa tendrement éprouvant leur chair délicate. Son odeur boisée l'enivrait, il la serra contre lui. Il la tira de ses bras et portant la belle ils montèrent à l'étage. Là ils rattrapèrent ses quelques jours perdus.

Les jours passèrent, Sirat n'étant pas habitué à cette vie sédentaire il éprouva quelques difficultés à s'adapter. Il se raccrocha à la joie simple de voir son amante chaque jour. Il trouva une occupation et munit d'un maillet et de quelques outils trouvé dans un coin sombre il entreprit de réparer la maison. Jour après jour celle-ci devenait moins délabré. Le regard des villageois était moins suspicieux et certains se laissaient même aller à quelques sourires. La vie s'écoulait lentement, mais agréablement, il appréciait faire l'amour à N'kpa, observer les vagues sur les falaises et la quiétude de sa nouvelle existence. Il en avait même oublié pourquoi ils étaient retenus là.

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Sam 24 Nov 2012 21:36 
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La cheminée s'illumina doucement dans un gerbe de fumerolles suffocantes. Il n'avait pas fallut beaucoup de temps à la sauvageonne pour le faire. Seul le vieil âtre poussiéreux rechignait de s'avouer vaincu.
Jacob était revenu avec des aides pour apporter tout ce qu'il fallait. La vieille femme chantonnait une litanie gutturale dans une langue inconnue, tout en s'affairant sur les blessures. Elle ne ménageait en rien son patient le faisant suer à grosses gouttes. Sirat souffrait le martyr et, en grand mâle fier qu'il était, il résistait avec courage. La jeune femme restait en retrait et souffrait autant que lui, dans une osmose emphatique. Elle ressentait chaque élancements qui troublaient le corps de son amant. Elle s'approcha doucement et lui attrapa la main. Soudain la vieille releva la tête :


Lâche ça et va voir ailleurs beauté sauvage… tu lui tiendras la main plus tard !

N'Kpa surprise fit un pas en arrière horrifiée et porta une main à sa bouche, ses oreilles tombèrent en signe de peine. Elle sortit pleurer sous le stress et s'assit sur le perron, les gens rassemblés devant la maison se regardèrent. Quelques personnes s'avancèrent timidement et enlacèrent la Shamane, une petite fille lui prit la main. La jeune femme releva la tête et lui sourit gênée. Elle n'était pas habituée à tant de sollicitude et de compassion. Le temps passa, interminable, quand la vieille femme enfin sortit à son tour.

Tu peux allez le retrouver jeune fille… Il s'en sortira...

N'Kpa se précipita à l'intérieur pour retrouver un sirat endormit sur sa chaise. Jacob et plusieurs personnes rentrèrent et aidèrent N'Kpa à déshabiller le géant pour le nettoyer pendant que des femmes faisaient un rapide ménage et installaient un lit propre.
Les jours passèrent et N'kpa ne quitta pas le chevet du convalescent. Deux fois par jours des femmes venaient l'aider pour refaire les pansements et lui faire prendre un bouillon. L'enchanteur, parfois refaisait surface quelques instants, à peine conscient du monde autour de lui. Souvent elle s'endormait tout contre lui sans oublier de lui offrir un baiser.
Les jours passaient, le village et les enfants acceptaient les étrangers. Les gamins adoraient venir écouter les histoires de la Shamane… Elle se lia avec un charmant adolescent aux yeux vairons, qui ne cachait l'attirance qu'il avait pour la shamane. Fils de chasseur, il lui apprit les bases du tir à l'arc et rapidement elle développa son adresse. L'amitié c'était vite créée entre les deux. Phalôme était agile et rapide, joueur, taquin et la jeune femme retrouva en lui une partie de ses jeunes années au ceint de son peuple d'adoption des Taurions.

Ce matin là, la jeune femme chantonnait doucement en bas et préparait un brouet de légumes et de poisson fraichement rapporté par les pêcheurs au petit matin. Elle avait pu constater que l'état de son amour s'améliorait. Ses retours conscients étaient plus nombreux et son poil plus brillant. Elle aimait ça petite barbe rousse qui naissait sur ses joues et son menton. Elle passait des heures à l'admirer.
Dans les jours qui avaient suivis les soins de Graddle, N'Kpa n'avait pas chercher à la revoir pour comprendre ce qu'elle lui avait dit. Mais la vieille femme n'avait pas voulu lui causer…

Plongée dans ses pensées, elle n'entendit pas le géant roux descendre les escaliers. Des mains chaudes et puissantes se posèrent sur ses hanche et la tournèrent. L'image souriante de l'enchanteur lui fit oublier la peur qui l'avait pris, elle lui rendit son sourire. Il la souleva et la déposa sur la table avant de l'embrasser avec fougue.
Elle ferma les yeux savourant les chaudes lèvres sur les siennes et frémit au contact de cette main qui s'égara sur ses courbes. La jeune femme ce cambra naturellement, rejeta sa tête et sa chevelure en arrière. Savamment le donjuan dégrafa la tunique dévoilant une poitrine rebondit aux mamelons tendus par le désir. La jeune femme soupira d'aise lorsqu'il suçota la chair délicate de sa poitrine. Elle avait chaud, haletait de plaisir. Il l'a saisi à bras le corps et la souleva, elle s'accrocha à son cou plongeant le visage de Sirat au creux de ses seins. Elle ne réalisa même pas qu'il montait à l'étage et ne comprit que lorsqu'il la déposa sur le lit.

Le sablier du temps s'écoula dans un grand moment de bonheur et de sensations des plus exquises. Ils rattrapèrent les jours perdus…

Les jours s'écoulèrent comme dans un rêve, partagé entre les moments de plaisirs charnels et les occupations quotidiennes. La jeune femme était radieuse et Sirat avait retrouvé toute son énergie. Les relations entre les villageois et eux s'étaient développer et Jacob se montrait un fort sympathique ôte.
On leur avait proposer de prendre part à la pêche. Mais la grande eau n'était pas leur milieu préféré. Alors ils se rabattaient sur des promenades et de longs moments de rêverie sur les falaises à regarder les vagues et les goélands se chamailler. Elle continuait de voir Phalôme et s'entrainer en cachète à l'arc. Elle savait que Sirat jalouserait le jeune homme, alors ils avaient convenu de se donner rendez vous à l'orée des bois. L'enchanteur savait que la jeune femme n'était bien qu'en forêt...
Sirat avait décidé de restaurer la vieille maison et les travaux avançaient, sous les yeux émerveillés de la Shamane et des villageois.
La jeune femme aimait beaucoup les gens de ce village et leurs enfants. Elle jalousait les mères et espérait fonder elle aussi une famille. Elle n'en avait pas parler à son compagnon, elle craignait de le perdre et surtout n'était pas sur que ce soit dans ses projets d'avenir. Parfois un voile de d'incertitude venait troubler ses pensées et ternir son humeur.

Ils avaient, presque oubliés pourquoi ils étaient là et le messager arriva…


(((développement de la CC arme de jet)))

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Dernière édition par N'Kpa Ithilglî le Jeu 7 Fév 2013 08:45, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Lun 26 Nov 2012 18:03 
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Sirat n'aurait jamais pu penser que la quiétude qui l'enveloppait et ce quotidien fait de petit rien, puisse le contenter. Il appréciait sa vie avec N'kpa. Très vite son aide fut sollicité au village. Mais personne ne se détourne de son destin et ce jour arriva. Il était en train d'aider un groupe de villageois, la chaleur frappait fort et Sirat se prélassait à l'ombre d'un olivier, se laissant emporter par des plaisanteries masculine et sur l'éventuelle avancée du futur réservoir d'eau. Jacob débarqua, la mine fermée il fit signe à l'enchanteur de le suivre. Il se releva de toute sa masse et s'essuya le visage avec un linge.

Il entra dans la maison de Jacob, les enfants du milicien lui sautèrent alors dessus. Sirat se prêta au jeu gaiement, un sourire enfantin aux lèvres. Jacob réprimanda ses enfants d’une manière peu autoritaire pour un homme de loi, mais cela mit un terme à leur chahut.
Il pénétra dans le bureau, simple et désuet celui si n’était constitué que d’une table et d’une chaise. Deux soldats se trouvaient là, un sac important était posé dans l’un des coins et N’kpa attendait déjà, anxieuse avec la femme de Jacob. Le petit bonhomme s’assit alors derrière son bureau, il s’éclaircit la voix et observa ses deux convives.

La réponse à votre requête est revenue et vos dires ont été vérifiés. Le conte s’excuse pour ce malentendu et vous prie de bien vouloir lui pardonner. En guise de pardon et pour garder de bonne relation avec le royaume Kendran, il vous prie d’accepter ces présents.

Un des soldats s'approcha et tendit à la shamane un bâton, d'apparence banale, celui-ci semblait néanmoins très résistant et ses gravures démontraient sa rareté, l'autre apporta une armure faite d'ossement de toutes races. Jacob reprit.

Vos équipements sont chez vous, dans leur totalité et avec votre argent.

N’kpa lança un regard inquiet et énervé à Sirat qui comprit rapidement.

Et la petite ?

Jacob réprima un sourire

Elle n’a pas de famille, alors on la donnée au bon soin de Gradlle. Depuis le temps, que la vieille pie nous demandait un disciple.

Un silence s’installa, ils étaient libres, ils pouvaient s’en aller, mais à cette annonce Sirat n’explosait pas de joie. Il était égaré entre le doute et le choix. La vie ici lui avait plu et être auprès de son amante l’avait apaisé. Il hésitait à reprendre la route et pour aller où.

Avant que vous partiez, je voulais vous dire que vous êtes les bienvenues ici et que j’ai moi-même intercédé en votre faveur, afin de vous offrir ceci.

Il déposa une clef sur la table.

C’est la clef de la maison, elle est à vous maintenant et une dernière chose, voici un courrier pour vous Sirat, il est de votre frère.

Le colosse prit le billet, salua avec la shamane l’assemblée et sortit. Ils reprirent le chemin de leur maison qui était maintenant leur propriété officielle. Leurs équipements avaient été déposés sur le perron. Sirat s’installa à la table et ouvrit le pli qui lui était destiné.

« Mon frère,

Tout d'abord, je te prie de bien vouloir accepter mes excuses pour notre dernière rencontre. J'ai depuis posé des questions à notre père et tu te doutes qu'il n'en à pas été heureux. Tu as de la chance que ta missive ait été interceptée par un ami, notre paternel m'a éloigné de la ville en punition de ma suspicion et il récupère mon courrier. Le conte d'Eniod ne devrait plus t'embêter, mais quand notre père apprendra que tu te serres de notre nom, il entrera dans une colère noire. Grand bien lui fasse. Quand tu repasseras par Kendra Kâr n'oublie pas de venir me voir, nous avons des choses à nous dire.

A Bientôt

Kedaw
»


Sirat resta pensif un instant. Il se retourna vers N’kpa.

Et maintenant on fait quoi ?

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Mar 27 Nov 2012 14:10 
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Le couple vivait des jours de bonheur après tant de temps passé dans des situations de galère. N'Kpa avait abandonné la tunique de cuir pour une tenue plus légère, souffrant trop de la chaleur sous cette latitude, composée d'un pagne et d'un haut. Sirat avait sympathisé avec le fonctionnaire et la jeune femme rêvassait souvent en le regardant jouer comme un grand enfant avec ceux de Jacob. Le milicien invita le roux à le rejoindre dans un petit recoin de sa maison qui lui servait de bureau.
Deux soldats se tenaient de chaque coté de la porte en compagnie de la femme du milicien et la Shamane. Elle affichait un air anxieux. Un grand sac était posé dans un coin quand Jacob vint s'assoir derrière une petite table qui lui servait de bureau.

Alors, il sortit de sa tunique un rouleau de parchemin cacheté, qu'il déroula. Il en lu le contenu aux deux Humorans.
Ils étaient graciés, ou du moins on avait confirmé la véracité des dires de Sirat. le Comte s'excusait et achetait leur silence à propos de L'Aniathy, en leur offrant des cadeaux.
Un soldat s'approcha de la jeune femme et lui tendit un bâton grisâtre d'apparence banale, comportant juste quelques gravures et le second à Sirat des pièces d'une armure étrange faites d'os de provenances diverses.
La jeune femme, ne comprenait pas vraiment le pourquoi de cette offrande de la part du Compte. L'idée même de soudoyer une personne pour acheter son silence ne faisait pas partie de son éducation.
Elle apprécia tout de même l'objet, qui avait une légèreté et une finesse étonnante et pourtant semblait indestructible. Au touché, le bois était doux et l'arme magnifiquement équilibrée. Quand elle le tenait, elle avait l'impression de pouvoir le manier sans efforts et se demandait comment elle pourrait l'appréhender.
Son attention revint à la discussion lorsque Jacob leur expliqua que toutes leurs affaires étaient dans la petite maison retapée.
Cependant, peu matérialiste, N'Kpa jeta un regard inquiet, les sourcils froncés à Sirat. Une ombre gâchait le tableau. Dans tout ça, il y a avait les otages et surtout Aïshala'h.
Sirat avait compris et posa la question. La réponse était surprenante et N'Kpa ouvrit de grands yeux ronds.
La Shamane faillit bondir de joie, Aïshala'h était libre et serait accueilli ici. Elle allait pouvoir la revoir et en plus le village leur offrait la maisonnette. Le bourgmestre tendit un pli à Sirat et les deux Humorans saluèrent et sortirent heureux du bon dénouement de l'affaire. Ils se dirigeaient vers leur chaumière où ils trouvèrent leurs affaires.
Sirat ouvrit la lettre. Le colosse resta pensif un long moment, avant de poser la question :


Et maintenant on fait quoi ?

N'Kpa étira ses lèvres dans un long sourire coquin. Sa peur était passée et elle savourait sous de nouveaux yeux une possible retraite avec son amour, fonder une famille et vivre en paix.
Elle était loin de son domaine natal, mais le coin lui plaisait et les gens étaient gentils et accueillants.
Soudain Aïshala'h arriva et se jeta dans les bras de la jeune femme.
La petite fit l'accolade à Sirat et tira sur le bras de N'Kpa.


Doucement Aïshala'h, que me veux-tu? … Je reviens Sirat, je ne sais pas ce qu'elle veut où elle veut m'emmener… Je reviens garde moi le bâton…

La petite traina la Shamane chez la vieille femme. Graddle les fît entrer et comme si elle craignait quelque chose, jeta un regard suspicieux dehors de son seul oeil valide, avant de refermer la porte.
N'Kpa restait planter là, observant le capharnaüm de la vieille femme, toujours tenue par la main de la petite Humoran. Dans l'âtre brûlait un feu qui donnait une atmosphère trop chaude à l'intérieur. Il était la seule lumière projetant les ombres fantomatiques et dansantes des objets et des gens. Les volets étaient fermés et des tas de choses pendaient aux poutres. Des coffres étaient éparpillés et des étagères contenant de tout encombraient les murs. La table était couverte d'ustensiles divers et au fond dans la pénombre, une couche terminait le tableau derrière un rideau sale. Il régnait une atmosphère pas très agréable, oppressante.
La vieille femme sans préambule s'approcha de N'Kpa et lui posa une main brûlante sur le ventre. La jeune femme leva les bras de surprise et ses yeux jaunes luisirent dans le noir. Elle ne comprenait pas pourquoi la vieille faisait ça. Elle resta tétanisée.


Fille des bois… ton compagnon et toi êtes en danger… fuyez le village au plus tôt… Vos destins ne vous mèneront pas par le même chemin et l'avenir est incertain… Je te l'ai dit, bientôt tu auras un choix difficile à faire…

La vieille femme n'en dit pas plus et retourna à ses fourneaux, comme si rien ne s'était passé. N'Kpa resta quelques instants interloquée, puis Aîshala'h l'attira dehors. La jeune fille courait heureuse et retrouva les autres enfants… N'kpa suivait pensive, troublée et très inquiète. Qu'avait voulu dire Graddle? …
Elle retrouva Sirat qui s'attelait à l'inspection de leurs affaires. Il l'interrogea du regard en voyant la Shamane perturbée, mais elle ne répondit pas tout de suite, puis :


Sirat… J'ai un pressentiment… Nous devrions partir rapidement…




ENCORE DANS UNE CAGE (rentrée dans la pré-quête des Colliers maudits)

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Mer 16 Oct 2013 15:22 
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La pluie tombait violemment sur les plaines aux alentours d'Eniod, rendant le parcours un peu plus difficile pour Ciryon. Non pas à cause de l'eau elle même, celle-ci étant une bénédiction de Moura que l'elfe bleu appréciait à ça juste valeur, mais plutôt du fait que les nuages qui l'accompagnés cachaient partiellement les étoiles. Ce qui augmentait la difficulté à se repérer de nuit. Par contre, l'ondée procurait aussi plusieurs avantages au voleur.
Premièrement, elle occasionnait un rafraîchissement dans l'air ambiant de la région tropicale. Ce qui n'était pas de trop, la température étant élevée même de nuit !
Deuxièmement, elle diminuait le risque que l'earion rencontre des curieux sur son chemin. Ceux-ci préférant être au sec dans leurs chaumières.
Enfin, elle masquait l'odeur corporel du brigand que certaines bêtes sauvages auraient pu détecter.

Après trois quart d'heure de marche, Ciryon pénétra dans un bosquet. Celui-ci semblait anodin mais, bien qu'il soit naturel, servait surtout à cacher l'Auberge du Sang Fantôme. Assez courte, la petite forêt se traversait en même pas dix minutes. Une fois celle-ci passée, l'elfe bleu vit sa destination au loin. Prenant son courage à deux mains, le voleur avança vers son lieu de rendez-vous.

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 Sujet du message: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Mer 23 Déc 2015 18:02 
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Post précédent : Fin de la mission des guides

Au sortir de la forêt d'Enjod, ils découvrirent une mer verte s'étendant loin devant eux. L'air était rempli des stridulations des sauterelles et du bourdonnement des abeilles. De longues herbes bruissaient sous leur pas et le soleil réchauffait leur peau pendant qu’ils avançaient à grand pas mené par un seigneur marchand pressé. Ils suivirent un grand sentier qui finit par se transformer en route. A la fin de l'après-midi, ils arrivèrent sur une large plaine où se trouvait la zone d'embarcation sur laquelle se trouvait une multitude d’appareil atterrissant et décollant. Les cynores qui s’envolaient en direction des grandes villes du continent. Un unique engin se trouvait au milieu mais s’était suffisant pour faire gémir Bat et faire pâlir Liam.


Post suivant : Embarcation vers Tulorim

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Jeu 2 Mar 2017 16:15 
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4 – De retour sur les grands chemins


Le lendemain, l’aube nous trouva, Lhyrr et moi, à la porte de l’auberge face à une Mareg des plus déterminée. Celle-ci nous tendait avec insistance un énorme balluchon dont le contenu pouvait sans mal nourrir un régiment.

- Mais puisque je vous dis de le prendre, tudieu ! répéta-t-elle pour la quinzième fois. Il va bien falloir vous nourrir, bons dieux, et Dehant, c’est pas la porte à côté !

- Nous n’avons pas besoin de tant de nourriture, elle va s’abîmer et je peux chasser, répétai-je pour la quinzième fois.

- Je me doute bien que tu sais chasser, pignouf, mais j’ai vu combien ta bête mange, alors viens pas m’la faire et prends ce balluchon ou je m’énerve.

M’avouant finalement vaincu, j’attrapai finalement le balluchon avec un sourire en coin. Il alla rejoindre tous les objets que j'avais acheté la veille, incluant un nécessaire de premiers soins et un nécessaire de cuisine, ainsi qu'une bouteille d'eau-de-vie.

- Merci Mareg, pour tout. Tu nous as été d’une grande aide, je n’oublierai pas.

La varrockienne, bourrue, m’attrapa par les épaules pour me donner une accolade puissante.

- Moi aussi, mon petit, moi aussi. Puis pense à venir raconter un ou deux trucs, la prochaine fois que tu passes dans le coin.

Je hochai la tête sans quitter mon sourire.

- Je n’y manquerai pas.

Sans un mot de plus, la tenancière du P’tit Bout d’Gras rentra dans son domaine en maugréant, nous laissant Lhyrr et moi sur le pas de la porte. J’en étais réellement venue à apprécier cette femme, si habituée à rencontrer du monde et qui pourtant ne parvenait toujours pas à s’habituer à un simple « au revoir ». Finalement, je me retournai vers Lhyrr qui posa sa tête sur mon épaule, me communiquant sa chaleur.

(Nous sommes prêts pour de nouvelles aventures, n’est-ce pas, mon compagnon ?)

(Oui. Enfin, pas tout à fait, il nous manque encore quelque chose), répliqua-t-il dans le secret de mon esprit en indiquant Myinn du regard. En effet, la jument était elle aussi avec nous, apprêtée pour la route et n’attendant plus que son cavalier. Accordant le point à Lhyrr, je m’installai le dos contre ses côtes, les bras croisés et le laissait recouvrir mon bassin et mes jambes de ses ailes pour les cacher du froid matinal. Nous n’attendions plus qu’Elladyl.

Le jeune eruïon arriva peu de temps après, nous saluant un à un, allant même jusqu’à saluer le cheval. J’inclinai la tête pour l’accueillir.

- Bonjour Elladyl, bien reposé ?

Ce dernier acquiesça en souriant avant de répondre d’un air malicieux qu’il allait si bien qu’il s’empâtait, avant de s’enquérir de mon état. Sa remarque valut un imperceptible retroussement de mes lèvres.

- Fort bien, mais les grandes étendues me manquent.

Elladyl observa les alentours, comme s’il cherchait quelque chose, mais, ne trouvant rien, il reporta son attention vers la jument à l’adresse de laquelle il fit un geste, demandant si quelqu’un avait décidé de se joindre à nous. Je regardai à mon tour Miynn avant qu’une étincelle amusée ne s’allume dans mon regard.

- Oui, quelqu'un d'autre nous accompagne. Elle s'appelle Miynn et semble être d'un caractère joueur et avide de grands espaces, j'espère que vous vous entendrez bien. Il s'agit de votre monture, à partir de cet instant et jusqu'à ce que vous décidiez de l'inverse.

L’eruïon sembla pris de cours par cette déclaration, reculant de quelques pas en regardant sa monture d’un air interloqué comme s’il lui avait soudainement poussé une autre tête.

- Ma...monture ?! Je...je ne peux pas accepter, Dame, je n'ai rien à vous offrir en échange ! me dit-il avant d’ajouter à mi-voix, manifestement gêné : Et puis, je ne suis jamais monté sur un cheval, je ne saurais pas comment faire...

Je haussai un sourcil amusé. Je m’étais attendue à une réaction de surprise, mais pas à ce qu’il soit aussi affecté par ce modeste présent.

- Je ne demande rien en échange. Dites-vous que c'est un cadeau que vous me faites en l'acceptant, car cela nous ralentirait considérablement que vous restiez à pied et nous montés.

Un demi-sourire se forma sur mes lèvres lorsque j’ajoutai :

- Vous vous y ferez, vous verrez. Je suis certaine que Miynn et vous vous entendrez très bien. Les premiers jours seront peut-être un peu délicats, mais on en vient à apprécier.

Elladyl ne paraissait toujours pas convaincu, son regard bondissant du cheval, à Lhyrr et à moi avant de revenir sur Miynn. Je le laissai en silence se faire à l’idée, observant avec intérêt ses réactions jusqu’à ce qu’il finisse par acquiescer avec un petit sourire et une lueur malicieuse dans le regard. Il se dit reconnaissant que j’eus choisi un cheval car tomber d’un oiseau aurait été somme toute plus rude, avant de me remercier en usant enfin de mon prénom. J’inclinai la tête en acceptant ses mots.

Il s’approcha alors de la monture et se hissa péniblement sur son dos. Là encore, je le laissai se familiariser avec sa monture sans intervenir. Il finit par relever la tête et me poser une question à laquelle je ne m’attendais cependant pas.

- L'histoire que vous avez racontée hier soir, vous ne l'avez pas choisie au hasard, n'est-ce pas?

Je ne répondis pas tout de suite, préférant m’avancer vers le cheval pour me laisser le temps de réfléchir. D’un regard, je lui demandai si je pouvais régler les étriers à sa taille avant de replacer correctement les pieds dedans, talon vers le bas. Je lui indiquai également comment tenir les rennes et s’asseoir sur une selle. Ce n’est qu’alors que je redressai la tête vers lui pour répondre :

- Pas entièrement, non. En réalité, j'ai conté de nombreuses fois cette histoire lors de mes voyages, mais c'est la première fois qu'elle me revenait à l'esprit depuis que j'ai retrouvé Lhyrr.

Je lançai un coup d’œil à mon compagnon qui me fixait d’un regard égal. Je savais qu’il avait noté l’usage du mot « retrouvé » au lieu de « trouver ». Nous nous étions connus autrefois il y a bien, bien longtemps, dans une autre vie. C’était quelque chose dont nous n’avions pas encore parlé, séparés comme nous l’avions été par les shaakt ou trop occupés à survivre. Le temps viendrait où nous devrions en discuter. Je reportai mon attention sur la question d’Elladyl.

- Cette histoire était... appropriée, le lien qui nous unit est très particulier.

Je relevai les yeux vers l’eruïon, me rendant compte que je ne lui avais pas fait part de mes résolutions de la veille. Il sembla intrigué par l’échange que nous venions d’avoir avec Lhyrr, mais je poursuivis avant qu’il n’ait le temps de répondre.

- Nous pensons nous rendre jusqu'aux montagnes de Dehant pour nous rendre ensuite à Jarvron, à environ trois semaines de chevauchée vers le nord-est. Une grande partie du trajet se fait sur la route vers Tulorim, mais si jamais vous souhaitez vous joindre à nous, vous êtes le bienvenu. Quoi qu'il en soit, nous aurons le temps de voir en route.

Il joignit sans mal les deux idées, comprenant rapidement que Jarvron était le village dans lequel la fille de Matler avait, selon la légende, emmené ses armes après sa mort. S’il avait noté ce point, il ne répondit cependant pas tout de suite à ma proposition, aussi j’attendis. Il esquissa un nouveau sourire avant de désigner le nord-est d’un coup de menton.

- Je crois que c'est de ce côté-là. Allons donc voir s'il y a un fond de vérité dans cette légende. vingt jours, cela vous laissera peut-être tout juste le temps de me conter aussi l'histoire de l'hinïonne qui volait sur le dos d'un lokyarme ?

L’une de mes lèvres se retroussa légèrement avant que je ne me dirige vers Lhyrr qui inclina son buste pour me permettre de grimper sur son dos, juste derrière ses ailes. Le loykarme, frimeur invétéré, en profita pour les étendre de toute leur envergure et battre l’air, envoyant quelques brassées d’air vers l’eruïon. Celui-ci sembla plutôt bien prendre la chose, car il applaudit à la démonstration avant de se raccrocher en urgence à sa selle car Miynn avait décidé de se rappeler à son bon vouloir en se mettant à caracoler. Une fois un semblant d’équilibre retrouvé, je lui répondis enfin, le visage resté neutre :

- Cela devrait bien nous occuper une heure ou deux. Pour le reste, je serais très curieuse d'en savoir plus sur les légendes eruïones et sur l'eruïon qui m'accompagne.

Prenant un air trop sérieux pour être vrai, il me répondit que si mon histoire allait prendre deux heures et la sienne cinq minutes, nous allions avoir du mal à combler la vingtaine de jours de chevauchée devant nous. Son sérieux fut alors soudainement brisé par un sourire qui illumina son visage, accompagné d’un rire léger comme je n’en avais pas entendu depuis longtemps. Surprise qu’un simple rire, si ingénu soit-il, m’interpellât autant, je ne répondis pas à son hilarité, gardant un visage fermé en me demandant ce que cela signifiait et ce que j’avais bien pu devenir dans les mines du Trou du Cul pour m’étonner d’un rire. Il poursuivit, l’air taquin, en disant :

- Je vais faire durer un peu le plaisir, je crois. Deux heures ne vous suffiront pas, je suis curieux. Racontez-moi déjà, comment vous êtes-vous rencontrés, Lhyrr et vous? Et comment vous êtes-vous retrouvée dans ce misérable camp?

Je frissonnai, essayant de chasser ces obscures pensées avant de commencer à lui raconter ma rencontre avec Lhyrr, acculé par les braconniers, et le combat qui s’en suivit. Je lui racontai comment nous avions retrouvé Alessan, mon frère et Talis, mon ami, accompagnés d’un woran sombre qui donna son nom à mon compagnon. Je lui décrivis le manque étrange que cela avait été que de chercher à lui rendre sa liberté auprès de la colonie de loykarmes qui avait élu domicile dans la forêt de Cuilnen, puis les étranges visions qui m’étaient parvenues par la suite durant plusieurs semaines sans que j’en connaisse l’origine. Je narrai également nos retrouvailles impromptues lorsqu’il me sauva des griffes d’un jin silf, ces créatures bipèdes si étranges. Finalement, mon humeur s’assombrit et je lui racontai comment je m’étais retrouvée esclave chez les shaakts, la chute du cynore, ma capture, mon enfermement dans le Trou du Cul de Phaïtos et l’obscurité qui me fut imposée durant des mois entiers. Sous mes cuisses, je sentais Lhyrr bouillonner d’une rage à peine contenue, mais je ne voulais pas cesser de parler pour le ménager. Je savais que si je me taisais maintenant, je ne pourrais pas en reparler avant bien, bien longtemps et que du silence ne pouvait rien ressortir de bon. Aussi je pris ma respiration et relatai ma sortie de cet enfer pour être plongée dans une autre forme d’avilissement. Je ne mentionnai pas l’humiliation que cela avait été, mais je lui expliquai comment cela avait abouti à la lente mise en place de notre évasion et à la mort de ma très chère Ölendra dont je portais à présent l’épée à la ceinture.

Et l’arc et les mains qui l’avaient tuée.

Refusant de me laisser aller à ces pensées-là, je tournai la tête vers Elladyl.

- Et vous ? Quelle est votre histoire, comment vous êtes-vous retrouvé là-bas ?

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Jeu 16 Mar 2017 21:46 
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L'Hinïonne incline simplement le visage pour me saluer et me demande si je me suis bien reposé. Je hoche simplement la tête en souriant et réponds d'un air malicieux, faisant référence au temps passé à l'auberge plus qu'à la dernière nuit:

"Trop, je commence à m'empâter! Et vous-même?"

Dame Isil esquisse un petit sourire et rétorque qu'elle va bien, mais que les grandes étendues lui manques. Elle jette ensuite un regard à son Lokyarme et se fend d'un nouveau petit sourire avant de répondre à ma question de savoir si quelqu'un d'autre nous accompagne, la présence du cheval m'étonnant.

"Oui, quelqu'un d'autre nous accompagne. Elle s'appelle Miynn et semble être d'un caractère joueur et avide de grands espaces, j'espère que vous vous entendrez bien. Il s'agit de votre monture, à partir de cet instant et jusqu'à ce que vous décidiez de l'inverse."

Je recule d'un pas en ouvrant de grands yeux étonnés et inquiets:

"Ma...monture?! Je...je ne peux pas accepter, Dame, je n'ai rien à vous offrir en échange!"

J'ajoute d'un air piteux et gêné, à mi-voix:

"Et puis, je ne suis jamais monté sur un cheval, je ne saurais pas comment faire..."

L'Elfe hausse un sourcil avec une lueur amusée en me répliquant qu'elle ne demande rien en échange et que c'est un cadeau que je lui ferais en l'acceptant puisque je la ralentirait fortement en restant à pieds. Un demi-sourire se forme sur ses lèvres lorsqu'elle ajoute :

"Vous vous y ferez, vous verrez. Je suis certaine que Miynn et vous vous entendrez très bien. Les premiers jours seront peut-être un peu délicats, mais on en vient à apprécier."

J'hésite un moment, mon regard passant du cheval à Isil puis au Lokyarme, puis je finis par hocher la tête avec un discret sourire en coin et une étincelle de malice dans les yeux:

"Dans ce cas, je vous suis reconnaissant d'avoir choisi un cheval, tomber du dos d'un oiseau aurait incontestablement été un peu plus...délicat. Merci, Isil."

La dame accepte mes remerciements d'une inclinaison de la tête et, sans plus faire d'histoires, je me hisse tant bien que mal sur le dos du cheval, non sans renâcler intérieurement en sentant l'animal bouger légèrement sous moi. Ce n'est que lorsque j'ai l'impression d'être plus ou moins stable que je questionne à nouveau Isil:

"L'histoire que vous avez racontée hier soir, vous ne l'avez pas choisie au hasard, n'est-ce pas?"

Plutôt que de me répondre immédiatement, l'Elfe s'avance et me demande d'un regard si elle peut régler mes étriers, ce que j'approuve prestement car je n'ai vraiment pas l'impression que je resterai sur cette bestiole si elle se mettait à remuer. Quelle idée de monter sur un cheval, aussi, cela va rendre sa viande dure de lui faire faire tant d'efforts! Je me garde bien d'évoquer ma pensée à haute voix, la dame semble avoir quelque amitié pour les animaux, et l'observe retendre les courroies de cuir. Elle replace ensuite mes pieds correctement et me montre comment tenir les rênes, puis elle rectifie ma position sans se hâter pour, enfin, reprendre la parole:

"Pas entièrement, non. En réalité, j'ai conté de nombreuses fois cette histoire lors de mes voyages, mais c'est la première fois qu'elle me revenait à l'esprit depuis que j'ai retrouvé Lhyrr."

Elle s'interrompt pour lancer un coup d'oeil au loykarme qui lui rend un regard égal, puis poursuit:

"Cette histoire était... appropriée, le lien qui nous unit est très particulier."

Elle relève les yeux sur moi et m'informe soudain de ses projets, que j'écoute avec la plus grande attention:

"Nous pensons nous rendre jusqu'aux montagnes de Dehant pour nous rendre ensuite à Jarvron, à environ une quarantaine de jours de marche vers le nord-est. Une grande partie du trajet se fait sur la route vers Tulorim, mais si jamais vous souhaitez vous joindre à nous, vous êtes le bienvenu. Quoi qu'il en soit, nous aurons le temps de voir en route."

Après la réponse de la jeune femme concernant le récit de la soirée, je hoche la tête sans répondre en jetant un coup d'oeil intrigué au Lokyarme. Ce n'est qu'après qu'Isil ait évoqué sa destination que je reprends la parole, songeur:

"Jarvron...la région où la fille de Malter aurait emmené ses reliques et celles de sa compagne louve après qu'ils soient tombés..."

Je souris tranquillement et désigne approximativement le nord-est du menton:

"Je crois que c'est de ce côté-là. Allons donc voir s'il y a un fond de vérité dans cette légende. Quarante jours, cela vous laissera peut-être tout juste le temps de me conter aussi l'histoire de l'Hinïonne qui volait sur le dos d'un Lokyarme?"

Isil laisse un demi-sourire et un air amusé éclairer son visage avant de se diriger à son tour vers le loykarme et de grimper sur son dos, juste derrière ses ailes. Lhyrr, qui semble toujours prêt à frimer un peu, déploie ses ailes et bat l'air avant de commencer à se diriger vers la sortie de la ville. Oubliant toute prudence à ce spectacle, j'applaudis des deux mains avant de devoir me raccrocher en urgence à la crinière puis aux rênes de ma jument qui s'est mise à caracoler, comme pour me rappeler qu'elle aussi existe et que je ferais bien de me soucier d'elle plus que du frimeur ailé. Une fois mon assiette plus ou moins retrouvée, l'Elfe me répond, toujours avec un demi-sourire:

"Cela devrait bien nous occuper une heure ou deux. Pour le reste, je serais très curieuse d'en savoir plus sur les légendes Eruïones et sur l'Eruïon qui m'accompagne."

La menace de chute immédiate me semblant écartée, je soupire de soulagement et réponds avec le plus imperturbable sérieux:

"Deux heures pour votre histoire, cinq minutes pour la mienne, comment allons-nous occuper les quarante jours de chevauchée qui nous attendent?"

Un sourire irrépressible fendille mon masque, vite suivi d'un rire insouciant, puis je reprends, taquin:

"Je vais faire durer un peu le plaisir, je crois. Deux heures ne vous suffiront pas, je suis curieux. Racontez-moi déjà, comment vous êtes-vous rencontrés, Lhyrr et vous? Et comment vous êtes-vous retrouvée dans ce misérable camp?"

Mon rire semble surprendre l'Elfe qui se referme alors comme sables mouvants sur l'imprudent voyageur, elle frissonne à mes questions et semble lutter pour chasser ces ombres qui, je le vois bien, l'ont envahie. Je laisse mon sourire s'évanouir et le remplace par une expression neutre pour écouter son récit qui n'a certainement rien d'amusant. Elle me conte sa rencontre avec son Lokyarme acculé par des braconniers, puis le combat qui en a découlé. Puis elle me parle de son frère et d'un ami retrouvés, tous deux accompagnés d'un Woran sombre qui donna son nom à Lhyrr. L'Elfe tenta ensuite de rendre la liberté à la magnifique créature et s'efforce de me faire comprendre le sentiment de vide qui s'est emparé d'elle à cette séparation qui, apparemment, aurait aussi engendré en elle d'étranges visions. Elle me raconte avoir ensuite retrouvé le Lokyarme de manière imprévue lorsqu'il vint la sauver des griffes d'un Jin Silf, créature étonnante et inconnue en ce qui me concerne. Je m'abstiens pourtant de l'interrompre pour lui poser la question, elle n'a pas fini son histoire et aucun Eruïon n'aurait l'audace d'interrompre un conte, qu'il soit légende ou récit réel. Dans notre culture, ce qu'il en reste du moins, un conteur est sacré, l'interrompre vaudrait au malotru le mépris de toute l'assemblée.

L'Hinïonne s'assombrit encore pour me raconter comment elle s'est retrouvée esclave chez les Shaakts. Elle évoque une chute de Cynore, sa capture puis son enfermement dans un lieu qu'elle nomme très poétiquement le "trou du cul de Phaïtos" et que je devine être un bel enfer souterrain, l'obscurité qui lui a été imposée durant des mois. Je hausse un sourcil un peu étonné à cette dernière évocation, en quoi l'obscurité peut-elle être dérangeante? Dans le désert de Sarnissa c'est une bénédiction, l'unique moyen d'échapper à la fournaise qui règne partout en maîtresse absolue et létale. Mais une fois encore je garde ma langue derrière mes dents, le temps des questions viendra plus tard. Isil marque une pause après ce récit, puis elle prend une ample inspiration et poursuit courageusement son histoire.

Elle me parle ensuite à mots couverts de sa sortie de cet enfer, non pas pour retrouver la liberté mais au contraire pour subir une nouvelle forme d'avilissement. Elle m'explique comment elle a mis peu à peu en place le plan d'évasion qui m'a également permis de fuir, puis évoque la mort de son amie Ölendra, un instant que je ressens comme étant la goutte qui a fait déborder le vase pour ma nouvelle compagne d'aventures. Elle finit par tourner à nouveau la tête vers moi et me demande de lui conter mon histoire en retour, ce que je n'ai aucune raison de lui refuser, même si mes "aventures" sont loin d'être aussi épiques que les siennes. Je souris avec une certaine timidité à l'Elfe puis je replonge dans mes souvenirs afin de partager avec elle certains d'entre eux, non sans une discrète mélancolie:

"Je suis né dans la Tribu de Moura, l'une des neuf tribus qui survivent dans le désert de Sarnissa, voilà un peu plus de soixante ans. J'ignore ce que vous savez de ce désert, alors je vais vous en parler un peu pour que vous compreniez la suite."

Incapable de conserver longtemps un inébranlable sérieux, j'adresse un sourire en coin à Isil en plaisantant:

"Voyez, tous les moyens sont bons pour faire durer mon récit plus de cinq minutes."

Je ris avec insouciance et reprends plus sérieusement:

"Le désert de Sarnissa est un lieu...dur. Durant la journée, le soleil tue ceux qui ne savent s'en protéger en deux ou trois heures. La nuit, le froid est si perçant qu'il gèle l'eau d'une grande outre en moitié moins de temps. Il n'y a presque pas de vie dans le désert profond, seuls quelques insectes survivent, des scorpions surtout, et aussi quelques serpents. Il n'y a pas de végétation, à part dans de très rares oasis, l'eau est si rare que les tribus sont obligées de changer de lieu plusieurs fois dans l'année pour subsister. Nous passons ainsi de caverne en caverne et, souvent, les plus faibles meurent durant le déplacement. Il n'y a jamais assez à manger pour tout le monde, les enfants ont la priorité car ils sont rares et ils manquent donc rarement de nourriture, le reste de la tribu se partage ce qu'il y a. Quelques racines, les serpents et les insectes que nous avons pu attraper. Parfois il n'y a rien de tout ça, alors nous suçotons des pierres pour passer la faim et en absorber les minéraux qui s'en détachent."

Ces évocations que d'aucuns pourraient trouver pénibles ne me touchent guère mais, derrière la façade rieuse et insouciante que j'offre la plupart du temps au monde, il y a un être aussi dur et impitoyable que le désert qui l'a vu naître. Peut-être cela transparaît-il à cet instant, mais je ne me soucie pas de le dissimuler à l'Elfe. Nous partageons nos histoires, nos vécus, et c'est un partage que je ne peux concevoir autrement qu'entier dans ce que nous acceptons de nous révéler l'un à l'autre:

"Lorsque les hommes dans la force de l'âge commencent à mourir de faim ou de soif, nous tentons de nous procurer de quoi survivre en attaquant les fermes Sindel. Parfois nous réussissons et la tribu peut se sustenter. Parfois nous échouons et la tribu survit aussi parce qu'il y a moins de monde à nourrir. Dans les deux cas les Sindeldi organisent des expéditions punitives, ils nous envoient les troupes d'élite de Raynna. S'ils nous trouvent, ils nous massacrent tous. Femmes, enfants, vieillards, ils ne laissent que des cadavres derrière eux. Mais souvent nous parvenons à leur échapper, le désert est devenu notre terre et nul ne la connaît comme nous. Parfois c'est notre terre qui nous défend, les tempêtes de sables peuvent être soudaines et brutales, il n'est pas rare qu'elles déciment nos agresseurs. Parfois ils comptent sur un puits pour se réapprovisionner en eau et le puits est à sec, alors ils meurent."

Je hausse les épaules, c'est le destin, la vie telle que je la connais, ni plus ni moins.

"De temps en temps nous récupérons des survivants de ces troupes, ou des fugitifs du bagne de Raynna. Certains se joignent à nous et c'est sans doute ce qui a permis à mon peuple de survivre, nous aurions disparu depuis longtemps sans eux car les naissances sont rares. Autrefois nous avions la même apparence que ces Shaakts de Khonfas, mais à force de mêler notre sang à celui des Sindeldi et des Hafiz, nous avons changé. Le désert aussi nous a changé, je n'ai besoin que d'une ou deux gorgées d'eau par jour pour survivre aux plus terribles chaleurs et chacun des repas qui nous a été servi à l'auberge me permettrait de manger durant plus d'une semaine."

Je tapote d'un air pensif mon sac plein de victuailles, un trésor inestimable comme jamais je n'en aurais rêvé lorsque je vivais au Naora:

"Avec ce qui se trouve dans mon sac, je suis plus opulent que n'importe quel Eruïon du désert, jamais je n'aurais imaginé être un jour aussi riche. Enfin, c'est la présence parmi nous de quelques-uns de ces survivants Sindeldi et Hafiz qui sont à l'origine de mon départ du Naora. Eux avaient vu autre chose que le désert, ils nous racontaient des histoires incroyables de villes et d'entrepôts pleins de victuailles. Ils parlaient de lacs immenses et de rivières si larges qu'il fallait un bateau pour les traverser. J'étais encore un enfant, mais cela me faisait déjà rêver. Quand j'ai eu une cinquantaine d'années, une famine plus rude que les autres m'a convaincu de tenter ma chance, alors je suis parti et je me suis rendu à Nessima. Là, j'ai observé pendant des jours les Cynores qui s'envolaient et j'ai fini par parvenir à me faufiler discrètement à bord de l'un d'eux. Je n'avais aucune idée de l'endroit où il m'emmènerait, mais ça ne pouvait pas être pire que le Dragomélyn."

Je ne peux m'empêcher de sourire à ce souvenir, je me revois encore en train de me cacher naïvement entre les caisses de la cargaison, une cachette bien imparfaite:

"Quand le Cynore a atterri, les Sindeldi ont commencé à décharger l'appareil et ils m'ont évidemment découvert. Certains étaient d'avis de me jeter par dessus-bord lors du voyage de retour, mais leur officier a préféré me confier à la milice de la ville. J'ai appris plus tard qu'elle s'appelait Kendra-Kâr. La milice m'a jeté dans une petite cellule de pierre où j'ai passé quelques mois, puis il y a eu un grand rassemblement d'humains étrangement poudrés et vêtus comme des paons, ils m'ont jugé et j'ai été condamné à vingt ans de galère. J'ai ramé durant environ onze ans avant que des pirates ne s'emparent du navire, et de nous par la même occasion. Ces pirates nous ont revendus aux Shaakts, quant à la suite, vous la connaissez."

Je hausse une nouvelle fois les épaules, un geste qui dissipe toute trace d'amertume en moi, bien vite suivi d'un sourire tranquille:

"Mais tout ceci appartient au passé. Aujourd'hui vous et moi sommes libres, nous avons à manger et à boire, des armes et même des montures. Le monde s'ouvre à nous, quel genre d'êtres serions-nous si nous ne nous réjouissions pas de notre chance?"

Je rive un regard sérieux dans celui de l'Elfe et ajoute à mi-voix:

"Et puis, pour la première fois depuis que j'ai quitté ma tribu...j'ai une amie. Et un ami aussi, bien sûr", rajouté-je précipitamment avec un léger rire en jetant un coup d'oeil au Lokyarme.

Je laisse passer quelques instants de silence pour marquer l'importance que cela a pour moi après des années de solitude passées enchaîné à un banc de nage. Puis, renouant avec mon insatiable curiosité je demande:

"Et vous, où êtes-vous née? Votre enfance, comment a-t'elle été? Pourquoi avoir quitté les vôtres?"

_________________
Elladyl, Eruïon errant de son état.


Dernière édition par Elladyl le Ven 18 Aoû 2017 14:05, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Dim 14 Mai 2017 20:12 
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Le vent soufflait doucement sur la vaste plaine et faisait gentiment danser l'herbe verte et tendre. Un mois était passé, déjà. La vaste plaine qui entourait Eniod et s'étendait loin vers le nord était parsemée, çà et là, de petites bourgades, de villages de quelques habitants, une centaine, pas plus qui vivaient, insouciants, entourés de leurs champs, d'un bois où ils récoltaient des champignons, parfois prenaient au piège un lapin, peu loin d'une rivière qui abreuvait tout le monde de son eau claire et fraîche. Maelgion avait oublié à quel point la vie, ici, était tranquille, sans souci aucun. Ici, il n'y avait pas de voiles à tendre, de grandes voiles pour se gonfler de violents courants d'air, de palpiter dans l'air salé du large, claquer contre les imposants mâts, claquer à la figure, claquer entre les doigts alors qu'à grand peine seulement, on retenait les cordes. Ici, il n'y avait pas une surface lisse et rugueuse de planches parfaitement jointes sur une surface liquide qui montait et descendait, se coulait et glissait dans une berceuse infinie. Ici, il n'y avait rien d'excitant. C'était... plat.

(Ça me manque tellement.)

Et déjà un mois, pourtant ! Maelgion n'arrivait vraiment pas à faire le bilan objectif de cet autre mois, celui avant ce mois-ci, celui qu'ils avaient vécu, son frère et lui, en pirates, à naviguer par toutes les mers. Les côtés négatifs avaient été plus que présents et ne pouvaient être niés : la peur de ne jamais retrouver leurs parents, la peur de couler, de se noyer, la cruauté vicieuse des autres marins à leur encontre. La séparation aussi, qu'ils avaient vécu. Un mois entier pendant lequel son petit frère, celui sur qui il s'était juré de toujours veillé, avait tremblé de peur et de tristesse. Oui, ce n'était pas une aventure ; ça avait été un grand malheur dans leur jeune vie. Et pourtant ! Et pourtant, qu'il avait aimé cette odeur d'iode, ces reflets mordorés du soleil sur une mer câline, ce constant balancement sous ses yeux ! Qu'il avait aimé monter là-haut, tout en haut du mât et aspirer l'air du large qui avait pour lui le goût de la liberté ! Et puis il y avait eu Asam. Asam lui manquait tellement...

(Qu'est-ce qu'on s'ennuie ici !)

Le jeune garçon écarta soudainement les jambes pour mieux se camper sur le sol, face à un arbre éclatant de verdure. Trêve de rêveries. Le soleil n'était pas encore à zénith ; il lui restait encore un peu de temps avant qu'il ne dût rentrer à la maison. Assez pour faire quelques tentatives supplémentaires. Il tendit les bras devant lui, paumes ouvertes. Respira lentement. Il ferma les yeux pour mieux se concentrer et, sans qu'il ne s'en rendît compte, tira la langue. Il poussa très fort. Puis il rouvrit les yeux. Tout était exactement comme avant. Il jura - et jeta un regard apeuré dans les environs pour être sûr que personne n'avait entendu et n'était sur le point de lui tirer les oreilles. Mais il était seul. Il était toujours seul quand il s'entrainait à la magie. Maelgion laissa ses bras retomber. Voyons. La dernière fois qu'il avait réussi son sort, Asam était en danger. À nouveau, le jeune mage se concentra. Il essaya de visionner Asam à la place de l'arbre. Il devait protéger son ami. Comme lors de l'abordage. À nouveau, il tendit brusquement les mains en avant comme s'il voulait pousser un objet. Cette fois-ci, il sentit une légère brise et vit les branches s'agiter sous un courant d'air invisible. Un sourire se dessina sur le visage enfantin. Il avait réussi. Il baissa les bras et l'Armure d'Alizée cessa. Il releva les bras et le vent se remit à tournoyer autour de l'arbre, le protégeant. Mais ce n'était pas cela que voulait l'aîné des Syalgius. Il fronça les sourcils sous la concentration. Comme il croyait que ses gestes aidaient ses pouvoirs à s'activer, ses deux mains se rejoignirent et se serrèrent avec force. Sans effet.

"Pourquoi je n'y arrive pas ?"

Maelgion se laissa tomber un instant sur le sol pour reprendre sa respiration. C'était bien beau de pouvoir protéger quelqu'un et soi-même avec, mais quel intérêt s'il ne pouvait, ensuite, riposter ? Pourquoi cela était-il si dur ? Le garçon fixa l'arbre, objet de tous ses sorts depuis le début de la matinée, mimant ce qu'il souhaitait lui faire. Une boule de vent autour et puis crac ! il brisait le tronc comme on écrase un fruit trop mûr en le prenant en main. Oui, aussi simple que cela. Sa motivation regonflée, il se remit debout, en position de combat, les jambes bien fixées sur le sol, meuble après la bruine de l'aube. Il prit une profonde respiration puis lança ses bras en avant et ses mains se rejoignirent. Toujours rien. L'apprenti magicien réfléchit. Quand il lançait son sort de protection, le vent semblait s'enrouler autour de sa cible pour former une bulle inviolable. Peut-être que si ce vent était plus fort, sa cible en pâtirait ? Ça valait le coup d'essayer en tout cas !

_________________
L'aîné


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 Sujet du message: Re: La plaine aux herbes hautes
MessagePosté: Lun 22 Mai 2017 16:29 
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Allongé sur l'herbe, Lenen regardait les nuages, se déplacer, là haut dans le ciel. Il pouvait sentir le vent caresser doucement son visage. Ses cheveux. Son corps en général. La brise n'était ni trop fraîche, ni trop chaude. Elle était à la parfaite température, à son goût, et cela lui faisait énormément de bien. Non loin de là se trouvait le petit village où il habitait. Sa mère avait enfin réussi à lâcher la laisse maternelle qui la liait avec Lenen. Depuis que Lenen et Maelgion étaient revenus, leur mère n'arrêtait pas de paniquer à la moindre absence, en particulier pour le plus jeune. Heureusement pour ce dernier, sa mère s'était rapidement calmée en l'espace d'un mois, le laissant enfin courir dans la nature, jouant de son esprit imaginatif.

Un mois s'était effectivement écoulé depuis cette folle aventure. Contrairement à Maelgion, Lenen se sentait très nettement mieux de ne plus être dans ce bâteau rempli de pirates, puants par ailleurs, et méchants avec lui. Etonnamment, il arrivait même à en parler, parfois. Dans sa tête, c'était déjà du passé. Mais cela ne l'empêchait pas pour autant de ne plus demander sans cesse à ses parents pour aller vendre des fourrures tout seul, sans avoir à être accompagné de Maelgion. Non, non ! Il avait comprit sa leçon ! D'ailleurs, il s'en porterait très bien aussi s'il n'allait plus vendre une seule fourrure. Cela dit, la monté d'adrénaline, quoique violente, fut néanmoins bon pour sa personnalité; pour une raison ou une autre, il allait plus souvent s'entrainer avec son père au combat à l'épée, ou même à courir avec lui en forêt. Mais cet après-midi là, il n'avait pas de quelconques entrainements de prévus. Juste du repos. Il emplit ses poumons d'air frais, par la bouche.

(Que j'aime cet air ! Qu'il fait bon ! Pour rien au monde je ne quitterais cet endroit.)

Soudain prit par l'adrénaline, il se leva en bondissant, ramassant une branche satisfaisante en guise d'épée - enfin, dans sa tête tout du moins. Sans ménagement, il frappa un arbre non loin, avec son bâton.

"Haha ! Tu as baissé ta garde ! Tu ne peux rien contre moi !" dit-il alors en prenant un ton héroïque et sûr de lui.

Dans son imagination, il regarda soudain trois autres arbres, à sa gauche, et se mit en position défensive, reculant. Du haut de ses 12 ans, son esprit imaginatif n'était pas encore tout à fait parti ... En même temps, c'était parfois difficile de s'occuper. Que devait-il faire ? Ses corvées ? Lire ? Parler avec Papa ou Maman ? Non ! Il avait une quantité foudroyante d'énergie à dépenser. Il prit une voix plus grave.

"Tu n'as aucune chance ! On est trois contre toi, pose ton arme et abandonne ! Nyahahaha !"

"Jamais ! Je suis assez fort pour tous vous repousser ! Yaaaah !"

Il bondit alors, frappant dans le vide avec son "épée", et imitant le bruit des lames avec sa bouche. Le premier ennemi tomba à ses pieds, rapidement suivi par le deuxième. Enfin, le combat avec le dernier esprit imaginaire fut rude, mais se termina aussi par la victoire de Lenen. Cette scène de victoire n'avait rien de pleinement imaginaire. Il se souvenait encore de la grâce, l'élégance et l'agilité au combat de Richard, alors contre trois pirates un mois plus tôt. Cette scène l'avait marqué.

"Voilà le navire libéré !... Aaah !"

Il se retourna, se faisant attaquer par surprise par l'arbre derrière lui - dans son imaginaire du moins - donnant alors un violent coup d'épée à l'arbre. L'épée, par ailleurs, explosa dans ses mains, le bois n'ayant pas supporté le choc et étant catapulté quelques mètres plus loin. Il regarda, ahurit, le mince petit bout de bois qui lui restait alors dans sa main.

"Oups ... Il n'était pas si solide que ça, en fait ..."

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